‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècle (volume 2)Chapitre 23 sur 44 · CHAPITRE D0UZIÈ3IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE D0UZIÈ3IE

Nous sommes arrives à l'une des époques les plus intéressantes de l'histoire monumentale : l'ogive va triompher du cintre. A dater de ce jour les monuments ont plus d'air, de soleil , de fantaisie et de majesté'. L'e'glise n'enfonce plus sous terre ses cryptes , ses galeries sombres , secrètes , mystérieuses , pavées de tombeaux, L'ide'e religieuse , jusque là concentrée dans le silence et l'initiation du cloître, jaillit tout-à-coup libre, joyeuse et fière ; de toutes parts la ligne courbe se redresse et s'élance. L'église romane était encore vide et muette 5 à peine ses piliers massifs se couronnaient-ils de feuillages de chêne ; ces feuillages paraissent désormais tristes et nus : on y perche de beaux oiseaux venus d'Orient , on les égaie du chant de l'orgue. Les rosaces s'ouvrent diaphanes et flamboyantes au grand jour comme des queues de paons qui font la roue. Le soleil ,

à travers les vitraux rouges et bleus, re'pand sur les grandes dalles une flamme fantastique qui s'e'teint tour-à-tour et se rallume. L'église au-dehors présente l'image d'une volière , d'une ménagerie riche d'animaux indigènes et exotiques, tels que le singe, le perroquet, le crocodile, le taureau ou le dragon. La croisade y avait jeté tous ses trésors.

Alors , le monument chrétien , jusque là si austère, si sérieux, se permet des licences et des gaîlés inouïes : voici venir à lui les grotesques et les parodies ; l'esprit du temps y aiguise sa pointe avec le burin ou le ciseau , et Dieu sait s'il la fait acérée. Plus d'un évéque, d'un roi, d'un grand seigneur y déchire son blason. C'est la presse, avec son sarcasme, ses lazzis amers , son persifllage ; une ironie sanglante et mortelle commence à monter aux lèvres de l'édifice ^.

Jusqu'au quinzième siècle, toutes les idées ne parlent guère qu'avec le marbre et le granit ; rarchitccture est l'art souverain , l'art \mivcrsel parlant aux yeux , à l'esprit , au cœur et à Timagination.

11 l'audrait être loul-à-fait dépourvu de sensibilité pour contempler sans émotion , sans enthousiasme Tefiet magique de nos belles églises du treizième siècle : les heureuses proportions oh-

servées par les architecles clans la forme des arcades et des fenéires , la vaste e'tendue des nefs, ces murs aériens sur lesquels on a semé les découpures et les élégantes broderies 5 toutes ces merveilles d'une hardie sculpture , rehaussées par la clarté mystérieuse d'un jour passant au travers des vitraux aux mille couleurs, impriment à l'âme un sentiment éminemment religieux.

Et lorsque placé sous le portique d'une cathédrale , l'œil saisit tout l'espace du temple , parcourt la nef centrale , glisse avec étonnement sous ces voûtes , à la fois légères et gigantesques , pour venir se perdre dans le lointain où apparaît le rondpoint , on ne peut se défendre d une vive exaltation j d'une sorte de tressaillement ; l'aspect d'une basilique frappe les sens comme le ferait une poésie sublime ou une belle mélodie.

Si de l'intérieur , on passe à l'extérieur , on n'est par moins charmé des proportions à la fois vastes et gracieuses du vaisseau, de l'élégance des tours, de la profusion des clochetons, des arcs-boutants et des contre-forts.

L'examen le plus superficiel suffît pour convaincre qu'une pensée prédomine dans les monuments du treizième siècle : Vélancement, la direction vers le ciel. Cette forme pyramidale, qui se reproduit dins toutes les paiticî domi-

nantes des édifices, non seulemunt dans les frontons , les tours et les clochers , mais encore duos les fenêtres en lancettes , contribue beaucoup à donner aux basiliques une apparence de hauleur qu'elles n'ont pas toujours en réalité. C'est aussi de cet accord dans les formes que naît l'harmonie et l'unité qui distinguent si heureusement les monuments de la première époque ogivale.

La forme, dit M. de Caumont, au savant ouvrage duquel nous empruntons quelques-unes de ces données , sans y puiser toutefois des détails que ne comporte pas notre œuvre , la forme est tout dans l'architecture antique; dans l'architecture ogivale il y a la forme et la pen fiée ; car dans cet élancement des parties vers le ciel et dans la plupart des combinaisons usitées au treizième siècle , on ne peut méconnaître l'expression d'une idée mystique; qui sait même si la forme triangulaire de l'ogive n'était point un symbole aux yeux des architectes? Mais, sans insister sur ces considérations qui intéressent à un très haut degré la philosophie de riiisloire de l'art, bornons-nous à poser en princi[)e : que si l'architecture des anciens est plus pure comme art , celle des modernes est plus touchante et plus religieuse *.

11 suffit, en effet, d'observer sans prévention

l'aspect magnifique des grandes églises élevées par les architectes du moyen âge , pour se convaincre que le style ogival convient plus particulièrement à nos temples , auxquels il imprime un caractère solennel , que n'ofi'rent point en ce genre les imitations plus ou moins heureuses de l'architecture antique. Les basiliques de Saint-Pierre de Rome, de Saint-Paul de Londres, de Sainte-Geneviève de Pans, chefs-d'œuvre de l'école moderne, sont loin, malgré leur grandiose, et leur somptuosité, d'exciter en nous ce sentiment involontaire de vénération et de grandeur, cette émotion indéfinissable quis 'empare de notre âme quand nous contemplons , même avec des dispositions indifférentes, l'intérieur des édifices étonnants, bâtis dans les douzième , treizième et quatorzième siècles.

Mais quels trésors pouvaient payer ces gigantesques œuvres. Le clergé, la noblesse, le roi, ^ tous y contribuaient , et ce que ne pouvait pas faire le roi , la noblesse ou le clergé ; le peuple , la charité , l'aumône le faisaient. La chrétienté relevait à frais communs ces cathédrales dont chaque état en particulier n'était pas assez riche pour payer la main d'œuvre , et dont aucune n'est achevée. Dans ces vastes et mystérieux édifices se gravaient en relief ou en creux, comme

avec un emporte-pièce , les parures de l'autel , les raonograruraes sacrés , les vêtements à l'usage des ministres : les bannières, les croix de divers agencements , les calices, les ostensoirs, les dais, les chapes, les capuchons, les crosses, les mitres, dont les formes se retrouvent dans le gothique , conservaient les symboles du culte en produisant

des effets d'arts inattendus Veut-on savoir à

quel point la France e'tait couverte de ces monuments? Les treize volumes de la Gallia clmstiiiia, qui n'est pas achevée, donnent mille cinq cents abbayes ou fondations monastiques. Le pouille' général fournit un total de trente mille quatre cent dix-neuf cures, dix-huit mille cinq cent trentesept chapelles, quatre cent vingt chapitres, ayant église , deux mille huit cent soixante-douze prieurés , neuf cent trente-une maladreries , et le pouille est fort incomplet. Jacques Cœur comptait dix-sept cent mille cloclicrs en France , et la Satire Ménippée reproduit le même calcul.

Lorsqu'il fallait recourir à Tassistancc des fidèles, alors on trouvait dans le zèle extraordinaire , dans renlhousiasme inconcevable qui animait les esprits, do telles ressources de tout genre, qu'au lieu de se borner ;\ construire de nouvelles églises et à réparer les anciennes, on en renversait quelquefois de très solides pour les réédilier

— nos — d'après les règles du style ogival. Non contents de contribuer par des offrandes à la construction des basiliques , les fidèles se rendaient en foule dans les lieux où on en élevait pour prendre part aux travaux les plus pe'nibles. G'e'tait une sorte de pèlerinage qu'on entreprenait, pour racheter ses fautes et pour obtenir des grâces spirituelles.

Dans une lettre écrite, en 1145, aux religieux de l'abbaye de Tutteberg, en Angleterre, Haimon, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, peint l'empressement avec lequel on se livrait à cet acte de dévotion.

« C'est un prodige, inouï, dit-il , que de voir des hommes puissants , fiers de leur naissance et de leurs richesses, accoutumés à une vie voluptueuse, s'attacher à un char avec des traits, et voiturer les pierres , la chaux, le bois et tous les matériaux nécessaires pour la construction de Tédifice sacré. Quelquefois mille personnes , hommes et femmes, sont attelées au même char, tant la charge est considérable ! et cependant il règne un si grand silence qu'on n'entend pas le moindre murmure. Quand on s'arrête dans les chemins , on parle , mais seulement de ses péchés dont on fait confession avec des larmes et des prières ; alors les prêtres engagent à étouffer les haines , à remettre les dettes, et s'il se trouve quelqu'un â^g^ez endurci IV. 26

pour ne pas vouloir pardonner à ses ennemis, et refuser de se soumettre à ces pieuses exhortations, aussitôt il est détaché du char , et chassé de la sainte compagnie. »

Haimon rapporte ensuite que pendant la nuit on allumait des cierges sur les chariots , autour de l'église en construction, et qu'on veillait en chantant des hymnes...

La peinture et la sculpture , jusqu'à la fin du treizième siècle , s'étaient bornées à suivre les caprices de l'architecture, pour la décoration des églises; aussi tout le talent des peintres de cette époque consistait-il à tracer quelques ébauches sans proportions, qu'ils recouvraient souvent de couleurs d'une seule teinte , et l'on avait le courage d'admirer ces pitoyables ouvrages en présence des basiliques gothiques.

La gloire de tirer la peinture de cet état de dégi'adation était réservée au Gimabué , le premier des peintres de l'Italie, qui tlorissait vers il260. Il eut le bon esprit de sentir qu'en étudiant la nature, on pourrait parvenir à rendre quelquesuns de ses efî'ets, que l'on ne suivait pas la marche que l'on devait tenir, et il essaya de sortir de la rotile servilement parcourue par ses prédéirsseurs.

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Il mérita le titre de restaurateur de la peinture, en dessinant correctement, en tirant parti des ombres et de la de'gradation des tons. L'enthousiasme que ses ouvrages excitèrent à Florence, lui attira les plus gi'ands honneurs; ses tableaux n'étaient portés de sa maison dans les lieux oii ils devaient être placés, qu'avec une pompe extraordinaire, et jamais peintre n'a reçu des témoignages d'admiration aussi nombreux et aussi flatteurs. Cependant ces essais étaient encore bien faibles, et pour s'en former une idée, il suflira de savoir que ne pouvant donner à ses figures, soit par le jeu des muscles du visage , soit par le geste, toute l'expression qu'il désirait , il imagina de leur faire sortir de la bouche des rouleaux sur lesquels il écrivait les paroles que ses personnages étaient censés prononcer.

Ange Gaddo-Gaddi fut des premiers à imiter le Gimabué, ainsi que l'architecte Margaritone, qui s'occupait de peinture ; André Taffi , en copiant aussi sa manière , s'attacha au genre de la mosaïque, dont les Grecs avaient apporté les premiers éléments.

Le Giotto, abandonnant la manière encore sèche de Gimabué, copia la nature avec plus d'exactitude et s'attacha à donner à ses portraits des poses aisées et gracieuses. Simon Memmi se

— uor» — rendit célèbre par les porlraits de Laure et de Pétrarque, dont il inonda la France et l'Italie. « Ce fut lui, dit Vasari, qui, ayant à peindre l'inutilité des tentations du Diable sur saint Régnier, représenta le prince des ténèbres la tête baissée, le visage couvert de ses mains, avec un rouleau sortant de sa bouclie , sur lequel étaient écrites ces paroles : Ohimè ! non posso put ! »

Orgagna diLione peignit un jugement dernier, où il plaça plusieurs portraits de personnages célèbres ou puissants de cette époque ; il les mettait au rang des élus ou des réprouvés , selon qu'il voulait bonorer ses amis ou se venger de ses ennemis. Spinello d'Arrezzo , ayant représenté le Diable avec des traits épouvantables , mourut de la frayeur que sa conception bideuse lui causa à lui-même. Paolo Cuccllo observa, le premier, les règles de la perspective. Massolino donna quelque majesté à ses figures , et les vêtit avec élégance. Massaccio eut des connaissances dans l'art des raccourcis. Pietro délia Francesca sut metlrc dans ses tableaux de la vie et du mouvement "*. Tels étaient les essais encore faibles du quatorzième siècle, qui préludaient à une rénovation complète de la peinture; nous la retrouverons dans le siècle suivant.

La musique , comme tant d'autres choses , doit presque tout aux Arabes, ils en faisaient leurs délices, en connaissant les artifices et les finesses, lorsque l'Europe chre'tienne ne connaissait que le chant gre'gorien. Le grand Almanzor, Harounal-Raschid, l'aimèrent et en favorisèrent les développements. Sous le règne de ce dernier prince, Ishak, célèbre joueur de flûte, s'acquit une gloire immortelle , et Alfarabius, l'Orphée des Arabes, obtint les plus merveilleux ejBfets d'un instrument de sa composition. Ces peuples attribuaient à la musique un pouvoir surnaturel ; mais on ne connaît ni le genre de leur mélodie , ni les règles de leur chant. On sait seulement qu'ils avaient quatre modes principaux ou phrases harmoniques, qu'ils nonunaient racines, et auxquels ils donnaient les noms de diyerses contrées. Ces modes recevaient un certain nombre de dérivés adaptés chacun à une espèce de poésie particulière , ou à l'expression d'une passion distincte. Le mode Ishak, par exemple, était celui de l'amour, et le Douglîiak , celui de la douleur. La science des accords leur était inconnue , et leurs plus savants accompagnements consistaient à jouer à l'octave ; leur gamme cependant a des rapports étonnants avec la gamme italienne , et elles semblent calquées l'une sur l'autre. Il a pu arriver que 1 Italie

en ait eu l'obligation à l'Arabie , par les Maures d'Espagne. Ils ont inventé le luth , qu'ils regardaient comme le plus beau des instruments} ils ont légué le tambour de basque aux Espagnols, et ils se servaient de l'orgue, de la flûte, de la harpe et de la mandoline.

Les découvertes que Guy d'Arrezzo , bénédictin du monastère de Pomposie, près Ravennes, fit dans la musique, vers la fin du onzième siècle, furent le signal de la renaissance de l'art. Il sid)stitua aux six lettres de l'Alphabet romain dont on se servait dans le plain-chant grégorien , six notes qu'il tira de l'hymne de saint Jean.

UT queant Iaxis vjs.sonare fihns mra gestoruni i-kinuli tiionim, soLi'e polluti Lkbii reatwn , Sancte Joannesl

Cette découverte simplifia beaucoup l'étude de la musique, que Guy d'Arrezzo n'-duisil d'ailleins en système raisonné par l'invention ilc 1 édielle et les développements des principes du contrepoint.

Mais si l'art nnisical progi'essait d'un côté, d'un autre il déchniiit sensiblement, li'i'poqne <jui nous occupe, lut une époque de décadence pour la niu-

siqiie religieuse : dès le commencement da douzième siècle , Ja majesté' et la simplicité du plainchant avaient disparu ; vers 1316, un grand pape, né en France, Jean XXII reprend, dans une bulle, cette foule de notes accumulées qui ne laissaient plus distinguer l'intervalle des tons. Voici ses propres paroles : i<Jdeo ut interdum Antiphonarîi et Graduarîs fundamenta despiciant , ignorent super quo œdijicant , tonos nesciunt, quos non discernuntuno conjundunt: quum ex earum multitudine notarwn ascensiones pudicœ descensionesque tempérât œ plani cantus, quïbus toni ipsi secemuntur adinvicem , ohfuscentur. »

Il y avait deux causes à cette décadence de la musique hiératique au quatorzième siècle : la première et la principale est que ce n'élaient plus^ comme aux beaux siècles de l'art hiératique , les évéques, les abbés, les doyens de chapitre , les membres, en un mot, les plus considérables déjà parvenus aux premières dignités, ou jugés dignes d'y parvenir , qui s'occupaient de la composition ducliant. Ce soin était tombé entre les mains des clercs peu instruits , et peut-être entre celles de laïques qui ne possédaient plus la tradition hiératique. Secondement, et comme une conséquence de la première décadence , on ne composait presque plus de chants originaux. On était

— r<08 — tout-à-fait tombe dans l'imitation , et même dans le plagiat. On prenait, dit l'abbé Lebœuf, dans les offices de Saint-Nicolas ou de la Trinité , qui passaient alors pour les plus me'lodieux , les phrases musicales dont on avait besoin, et presque toutes ces transpositions étaient très maladroites et souvent à contre -sens. C'est à ce degré qu'était descendu l'art musical hiératique , auparavant simple et nu , mais si grave et si sévère ^.

Nous avons tout dit sur les arts.

Les croisades et la philosophie scolaslique n'eurent pas sur les sciences pliysiques et naturelles l'influence qu'avaient eue les Arabes. Au douzième siècle encore Averrhoès de Gordoue brillait comme philosophe, comme médecin, jurisconsulte et poète, et était, pour ainsi dire, la seule lumière de l'Europe , lumière empruntée, il est vrai, à Aristote qu'il reflétait complètement. Au treizième siècle les écoles de Salerne et de Montpellier étaient seules en honneur et toutes deux encore filles des Arabes. Celle de Paris était avilie parles empiriques qui s'en étaient emparés 6. Dans le reste de l'Europe plusieurs circonstances heureuses favorisèrent l'étude des sciences : les

— fjoa — rois de France et d'Angleterre, les empereurs romains et les papes protégeaient avec ardeur l'instruction publique et rivalisaient, soit dans l'e'tablissement d'institutions savantes, soit dans l'appui qu'ils accordaient aux savants eux-mêmes. L'empereur Frédéric II influa surtout d'une manière immédiate sur les destinées de l'histoire naturelle et de la médecine. Il attira à sa cour tous les savants du monde chrétien , ou les plaça dans les universités qu'il avait établies. Ce prince fut bien secondé par son chancelier Pierre des Vignes , mais un peu de superstition se mêlait à ses bienfaits. Frédéric, par exemple , confondait, dans son amour pour les sciences , l'astronomie et l'astrologie ; et presque toujours , avant de rien entreprendre , il faisait consulter les astres par le célèbre Scot qui vivait à sa cour '.

En Angleterre , les sciences exactes et naturelles fleurirent par les efforts d'un homme auquel la postérité a assigné l'une des premières places parmi les philosophes , mais qui fut persécuté par ses contemporains trop barbares pour apprécier son vaste génie : cet homme est Roger Bacon. Il combattit des préjugés enracinés, et voulait surtout qu'on se livrât à l'étude des anciens et à la culture des sciences exactes ; mais il était trop hardi pour son siècle et il prêcha dans le désert.

Les voyages fréquents entrepris au treizième siècle dans les pays les plus éloignés contribuèrent à répandre les lumières et à faire connaître les productions de la nature dans tout le monde connu. La science géographique gagna aussi beaucoup à ces excursions lointaines.

Mais attachons-nous à l'état de la médecine et de la chirurgie.

Pendant le cours du treizième siècle , la théorie de cette science reçut la forme qu'on devait s'attendre à lui voir prendre sous le règne de l'astrologie et de la scolaslique : au lieu de soumettre les opinions au creuset de l'expérience , on se perdait dans un dédale de subtilités , sans pouvoir éviter une foule de contradictions manifestes, parce qu'Aristote , Averrhoés^ Gallien et Avicenne étaient regartlés comme des juges infaillibles. On écrivait des volumes entiers pour résoudre des questions oiseuses, qui n'avaient aucune influence sur le fond de la science. Au lieu d exposer simplement les résultats de 1 observation , on accunudait doutes sur doutes, on parlait tou* jours d'idées abstraites , et on s'attachait à scruter comment il peut se faire quiine chose soit tellâ

quelle est Nous ne pouvons aujourd'hui nous

faire une iih-e des subtilités scolastiques qu'on étalait alors dans toutes les écoles et dans tous

— Mlles ouvrages de médecine^ et qu'on appliquait même à la pratique , et , par exemple , en examinant si la tisane d'orge convient aux personnes atteintes de la fièvre, on concluait que cette boisson ne saurait leur être utile parce qu'elle est une substance! tandis que la fièvre est un accident! Joignons encore à cela l'idée ge'néralement admise qu'il existe une liaison des plus intimes entre le corpsbumain etl'univers, mais surtout les planètes, et que par conse'quent le médecin ne doit pas y opérer le moindre changement sans avoir préalablement égard à 1 influence des constellations. On ne saignait ou n'administrait jamais un purgatif, ou un vomitif, sans consulter les astres....

Gilbert d'Angleterre est un des premiers écrivains savants de son siècle, mais si savant, en effet , qu'il est parfois difficile de comprendre ou d'emplojer ses remèdes ; nous n'en citerons que trois rapporlés parKurth-Sprengel: « Il guérissait la léthargie en attachant une truie dans le lit du malade Dans l'apoplexie, il provoquait la fièvre avec un mélange d'œufs de fourmis, d'huile de scorpion et de la chair de lion Enfin, il prétendait forcer l'expulsion des calculs vésicaux en faisant boire au malade le sang d'un jeune bouc , nourri avec des herbes diurétiques....»

Quant à la superstition , il en avait aussi sa

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