CHAPITRE ni niKMC
(i) Guizut.
(i) Oq trouve daos les chronique* des eieœpies rre'quitilt de cruauté* eier-
ce'es par les vainqueurs sur les bourgeois vaiQcus , nous n'en citerons qu'un
passage : « Movum genus spcctaculi , continuo nainque armati limen saoclis-
sima: xdis alisque reverenlirc modo irrumpenlps , alios ialcifecerunt , alios
truDcatis macibus et pedibus dennembrarunt : quibuidam veiit oculos fodiebaot,
quibusdatn froates ferro ardente notabant. »
( C/i/o/ii'c. Baldebici)
(3) Thierry.
(4) Ce mot nouveau de commune ou communion, association [our la défenie
mutuelle des bourgeois , était en horreur au clergé cl à la noblesse du d^uiième
siècle. « Communio (dit un auteur ecclésiastique du douzième siècle) aulem,
novum ac pessimum nomen , sic se habot, ut capite consi omncs tolitum ser-
vitutis drbitum domiois srmel in anno solvant , et si quid contra jura delioqae-
rint , pensioDC legali entendent. CaMeric censuum eiactiooes , qure servis intliçi
soient omnimodis vacent.
(GuinERTUS ABBAS, r/e »'l/<( Suit.)
(5) Ainsi, en 1189, le roi approuva la rt'volte de Nantes, attendu la trop s^rnndc oppression du peuple; celle delà Rochtile, attendu les injures et insultes qu'éprouvaient fréqucmnaent les habitants , etc., etc. C'est cette approbation que la plupart des historiens prenoeni pour une concession complète , attribuant ainsi à la politique de Louis-le-Cros , Philippe-Auguste ou saint Louis, ce qui n'est que le rvsultit de l'insurrection populaire, et travestissant en réforme administrative ce qui n'est qu'un énergique mouvement de l'esprit de démocratie qui eût été droit à la république s'il y 3vait eu à cette époque les lumières nécessaires pour la constituer.
(6) V. Guizot, Thierry, Sismondi et Garante , qui ont remonté aux sources et ont su les comprendre. £u p.irljul des historiens qui sont restés dans l'erreur, c'est Méieray. Anquetil, Velly, Villaret, Girnier et autres que je Vfui surtout désigner.
(7) Thierry.
(8) V. le lieciieil des ordonnances des rois.
i.9) Voyez , ilaas le cliapilrc suivant , lei dlecti ;ds muairi piles à Somniières en Languedoc ctaillems.
(10) C'est en Italie seulement que le principe communal s'est élf:vc à la iiauteur et à la clarté d'un régime politique; c'est donc là qu'on en peut reconnaître la^ vraie nature , et saisir toutes les conséquences.
Qu'arriva- t-il en Italie? la liberté' politique y succomba sous ses propres excès, faute de pouvoir procurer la sécurité sociale. Ces turbulenies républiques toipbèrent rapidement sous le joug d'une aristocratie fort concentrée et de se» chefs. C'est là l'histoire de Venise , de Florence , de Gènes , de presque toutes les cités italiennes.
(11) Pendant que de pctilef communes s'afifranchissaient , se formaient à grand'pcine en France, les républiques italiennes étaient déjà constituées et fortes et imprégnées de Tespiit de l'ancien régime municipal, mais elles contenaient peu de germes d'amélioration, d'eitension et de durée. Il y manquait deux choses essentielles , la sécurité de la vie et le progrès des institutions ; il y manquait de p'us la force d'union contre les agressions étrangères.
Le midi de la France ressembla à l'Italie jusqu'à la croisade des Albigeois , qui y rétablit le régime féodal pour un certain temps.
(12) « La royauté du douzième siècle , dit M. Guizot à qui j'emprunte quelques-unes de ces idées , n'est plus ni royauté barbare , ni royauté religieuse, ni royauté impériale , elle ne possède qu'un pouvoir borné, incomplet , accidentel, le pouvoir en quelque sorte ( et je ne connais pas d'expression plus exacte), le pouvoir [de grand juge de paix du pays. »
(lî) V^o)-. Hdlam, Velly et Pasquier.
(i4) Forcés de nous renfermer dans un cadre peut-être trop restreint pour notre sujet, nous laissons de côté l'Angleterre, et la lutte qui depuis la conquête jusqu'à la fin du treizième siècle fut engagée entre l'aristocratie et la royauté pour obtenir, d'une part, des chartes ou des confirmations de cliartes; de l'autre part, pour les refuser, les modifier, les violer ou les rétracter. Celte longue histoire des chartes, qui semble finir à la dernière confirmation obtenue d'Edouard I", n'offre d'événement vraiment remarquable que la guerre des ))aron8 contre le roi Jean; et l'on ne peut nier que la grande charte ne soil le plus important des actes de ce genre. Les autres guerres et les autres chartes ne sont que des repétitions affaiblies de celle-ci. Quand le roi avait besoin d'argent ou qu'il n'était pas le plus fort, les barons lui faisaient la loi, et il signait. Quand il avait de l'argent et qu'il «e trouvait fort, il révoquait et annulait tout, en disant qu'il n'avait pas joui de sa liberté. Le quatorzième siècle vit comme en France les premiers essais des formes représentatives.
(i5) Ordonnances du Roi, tome I".
(16') foy. Bodin, Hallara, et surtout Pasquier, Recherche.i de la France. Voici en quels termes parle ce dernier des assemblées nationales et du parti
or
que le» rois «mcol en (irrr, à partir de Pliilipjjc-lr-Drl ; • Ci-lu^ a iiien i.a'.e d'yeui, ajoute Pa«q(iier, qui oc voil (jiie le rnliirier fat ex|>r«'i atijoulé contre l'ancien ordre de Franre, à n-lle asuembleV, non pour antre raiiOD, «inon H autant que c'estait celuy «ur lequel drvait principalement tonilitrr tout le fai» et ciiarg», alla qii'csiani <-ii ce lieu ensiipé de prometsr, il nVuit puis apri?* o< cation J
de rectilicr ou murmurer Invention {;randemi nt s^i^e et politique; rar, comme M
ain»y «oit que le commun peuple trouve touioun à redire sur ceux qui «ont appelés aux p'us grandes rlnrgeg, et qu'il pense qu'en d^rouvraiit ses doléanc'S on rétablira toutes choses de mal en bi<'n, il ne de^ii r liio tant que ron\ ertu'c de telles atsembli^vs. D'ailleurs se vcvant honora pour y avoir lien, et cliatouillé du vent de ce vain ln'iiueur, "il se ren 'i plus lurdy pruniell-ur de rc qu'on luy demande. Mais ayant une fuis promis, il ne luy est pas puis loisible de résilier de sa parole, pour rtiunoeste obligation qjil a contractile avec son prince en une occasion si suleuneJle. D dv,iulaj;t', qui est celuy qui ne trouve un roy plein de debonoairele', lequel par lionuestes ri nioutranres veut tirer de tes subjecls ce que quelques esprits li^girds penserainit pouvoir eslre exigé par une puissance absolue? Tellement que soubs ses beaux et doulx appâts l'on n'ouvre jamais telles assemblées, que le peuple n'y arrourre, ne \f» embrasse, ne s'en evjouysse ioCniment, ne considérant pas qu il n'y a rien qu'il dust liiLt craindre, comme estant lu général refrain <t icruli de tirer argeot de icy- Ea ce lieu, dit encore le nicine auteur, quelques booues ordonnances qoe l'on latse pour la rélormatioD générale, ce sont belles tapisseries qui servent seulement de parade à une posié;il.c. Cependant 1 inipùt que l'on accorde au roy est fi ri )>ipn mis à l'efl'ect. •
(17) Migoet, Des Jnslitiitioiis tic saint Louis.
(18) T^oy. le troisième volume de cet ouvrage. Dopui* lorf, le du"! a< r t cliangc^ de face; mais malgré les institutions de saint Loui*, ret usage barlanque rien n'a jamais pu déraciner de nos mrcurs existait encore.
Nous citerons à ce sujet un passage intéressant de l'Iiisloire de» rr:.ncai«, par M. Monleil : «Une jeune demoiselle, fille d'un gentilhomme, iftant alli<e à un cliàlcau voisin , est insultée par un liomme dont le visage t'tait rouvert. Elle croit recoonnilrc un jeune écoyer, et l'accuse. Le jeune homme rie, elle persiste, il n'y avait pas de témoins, la bataille a été ordonnée entre rarcusé et le pbre de la demoiselle qui soutenait l'acciisatiuD.
M Le gage est jeté et relevé; le jour est pris.
« Vous connnisjeila granile esplanade ■laionnée, située près de notre rouvert entre le» murs de la ville et la rivière, C/est là que le combat a ru lieu. De* le point du jour le peuple de la ville et de la campacne avait couvert d'abord le* cchafnuds dressé» autour des licfi, ensuite le haut de» rempart» , de» tour» et ds» clochers. Midi est prè» de sonner; une cavalcade arriw à I.1 porte de» l'f». Le hifraut crier (Jiie Itijiffliinl rii-gne : Le pèiede la fille se prcseote: ci-oliir-
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mémeot à l'ordonnance, il était à cheval, arraé de toutes pièces, l'e'cu pendu à toa rou, lit visière Laissée, portaDt à la màia l'image de saint Jacques. La porle's'onvre : il entre, et il est conduit à son pavillon. Peu de temps après une seconde cavalcade se présente. Le liéraut crie: Que l'af)j)elé viegne ! La porte des lices se rouvre. Le jeune homme armé aussi de toutes piècs, la visière baissée, tenant à la main l'image de saint Martin de Tours, entre, et il est de uiônie conduit à son pavillon. Alors le héraut, vêtu de sa robe armoriée de fleurs de 11^, s'avance vers le milieu des lices et crie de toutes ses forces: Or oez ! or oez .' seigneurs chevaliers, écityers, gens de tout étal, notre soui'erain> seigneur, par la grâce de Pieu, roi de France, défend sur peine de fie et de la confiscation des biens, de crier, de parler, de tousser, de cracher, défaite aucun signe. Aussitôt règne un profond silence. On n'enlend plus que le sifflement du vent, le bruit de la rivière et le cri d» s oisesui. Les deui champions sortent successivement de leur pavillon, pour faire séparément les deux premiers serments. Au troisième, ils viennent ensemble et le maréchal du camp prend à chacun la main droite, dépouillée du gantelet, et la pose sur la croix.
« Ici commencent, suivant l'usage, les fonctions ecclésiastiques,
« L'appelant et l'appelé ayant persisté, on leur a fait jurer qu'ils souleno'ent une cause juste, et en outre qu'i7.s n'avaient sur eux- ni sur leur cheval aucune parole, pierre, herbes, charme, charroi ou invocation d'ennemi, et qu'ils ne voulaient combattre que par leur corps, leur cheval et leurs armes. Alors pour la dernière fois, je leur ai présenté à kaiser le Te igitur et le crucifix , et je me suis retiré, eu même temps que les deux champions rentraient dans leurs pavillons.
« Un moment après, le héraut est venu faire le dernier cri ; Faites vos devoirs.' a-t-il crié par trois fois. Aussitôt les deux combattants environnés de leurs conseillers sunt sortis de leurs pavillons, qui à l'instant ont été enlevés et jetés hors des lices. Enfin, le maréchal du camp ayant crié : Laissez-les aller.' laissez-les alltr! laissez-les aller.' les conseillers se sont retirés. Tout de suite les deux champions sont montés lestement à cheval, et, à un signal donné, oat fondu l'un sur l'autre.
« Tout le monde a remarqué l'extrême fuicur du père, qui, âgé de plus de soixante ans , mais encore plein de vigueur, n'a pas voulu se faire remplacer par un jeune avoué, qui.pour une somme raisonnable se seruit battu pour lui. Il ne faisoit que porter des coups sans vouloir perdre de temps à parer ceux de son adversaire, tandis que celui-ci, jeune homme d'une complexion délicate, iiwis d'une adresse rare, paroit et frappoit en même temps. Apre» une demiheure de combat au plus , le père ayant voulu profiter de la supériorité de sa taille pour asséner un grand coup d'épée sur la tête du jeune homme , celui-cj fait une passe à dcuite, et jetant sa granle épée il saisit avec la promptitude de 1 etlair sj petite épée appelée miséricorde, djut au défaut de l'aisselière il
IrdDSperce le brj« Ju pèr« cd l'eatraiDant au bjs uu ciM\-ai, il iiute légèrement à terre, et, retirant ta miséricorde du bras du pcre, qu'il tient tous lui, il la lui purlc à la gorge, lui fuit ciier merci, et lui accorde la vie.
Au mcmc ioataat uo bruit coafua Je cris, de voix rt d'acclamatiuos l'élè'e autour des lices, etaVleod dan* la tille et dans la C3ni|'?gae. Eu même temps que les gardes du c^mp trantpotteot le vaiocu , et s'assurent de sa personne, pour attendre les ordres du duc de Tounioe, qui seul a le droit de lui faire grâce ; un nombreux cortège suivi de tout le peuple reconduit en tiiomphe le vainqueur.
u Peignez-vous mïinlenaDt une Siène bien dilTerentc. Tout à côté des lires, dans un pavillon était détenue la demoiselle, jeune personne d'environ seize ans, les mains liées, ayant autuur de s.n cou la corde destinée à l'étrangler si dans le combat celui qui soutient sa cause a du pire; aux premiers cris elle apprend que son père est vaincu. Elle voit approcher la mort sans montrer li moindre faiblesse. Un mument api es on lui apprend que le vainqueur a fait glace, qu'il y a tout à espe'rcr de la démence du roi. » (ig) Mignet.
(]o] Pendant la période féodale, quatre-vingts seigneurs battaient monnaie dans leurs terres, et pour leur propre corajite; et les monnaies avaitot succesiivemcnt baissé de valeur. Le sou de Cliarlerragne valait un tiers de moins Sous Philippe 1", il baissa demuilid sous Louis VI, des trois quarts sous Philippe- Auguste, et eniÎQSOus sjiat Louis il oe lui restait plus qu'un cinquième de son ancienne valeur.
Le rui, aussi plein de jugement que de bonté, comprit la nécessité de mettre la monnaie à l'abri de ces fréquentes variations, utiles pour un moment au prince, mais funestes à l'état , dont elles bouleversaient tous les rapports.
Il fabriqua plusieurs espèces, et en Cia la valeur. Le deninr d'or, appelé agnel, pesant soixante-dix-srpt grains, valant douze sous le deniv.r tournois; le sous tournois, appelé gros denier d'argent, pesant soiiante-dlx-neuf grains, valant dutize deniers tournois ; le petit tournois, appelé maille d'argent, pesant la moitié ou le lie s du gros tournois; le denier, allia;;? d'argent et do cuivre, ne contenant du premier que six grains et demi; enlia l'i'bolc, no valant que la moitié du denier, et la puugeoise, que le quart.
Ces monnaies sullis.int à toutes les opérations par leur diversité, restèrent long temps dans cet état. Saint Louis, dans son ordonnance de i]65, désigna celles qui auraient cours eu évaluant leur piii d'après celui des tournois, et condamna les autres, qui étaient trop iltéiées pour être admises. Il donna quelque temps pour les porter à la monnaie, et prescrivit de les retirer dans 1rs domaines royaux et dans les ICires dos scigueuis qui u'avsieol pas le droit de battre monnaie , obligeant en même temps ceux qui avaient ce droit >\- >"- r>l'>- Ici recevoir.
(il) Voyez les éublissemenU de saiol Louis , BeauinaDuir, DuciDge, Joioville, DëfuDtaioe, Laurière, etc., etc.— Parmi les coDlemporains, MM. SismonJi , Beugaot et Mignet. — M. Guizot s'est malheureusemeDt arrêté avant de parler des instilutions de saint Louis; il eût plus que personne contribué a jeter la lumière sur celle époque si intéressante dans l'iiisloire de l'ordre social. '