IV. a i
La foule des crcMsëftieD marche offrait un spectacle des plus curieux ^ un bizarre mëlaoge de sexe y de rang, d'ëtats et d'armures. Des femmes ^ dit Michaud, paraissaient en armes au milieu des guerriers. La prostitution se montrait au milieu des austérités de la pénitence ; on voyait la vieillesse à côté de Tenfance j Topulence près de la misère ; le casijue était confondu avec le froc, la mitre avec Tépëe. Près des villes ^ près des forteresses ^ dans les plaines, sur les montagnes s*éLevaient des tentes et des pavillons ; partout se déployait un appareil de guerre et de fôte : ici on entendait le bruit des armes et le son des trompettes , plus loin on chantait des psaumes et des cantiques. Depnb le Tibre jusqu'à TOcéan^ depuis le Rhin jusqu'aux Pyrénées, on ne voyait que des troupes d'hommes revêtus de la croix , qui juraient d'exterminer les Sarrazîns , et qui d'avance chantaient leurs con« quêtes. De toutes parts se faisait entendre le cri de guerre des Croisés : Dieu le çeuti Dieu le veut /••
Les familles, des villages entiers partaient pour la Palestine, et entraînaient dans leur marche tous ceux qu'ils rencontraient sur leur passage. Ils marchaient sans piévoyance , et ne pouvaient croire que celui qui nourrit les petits oiseaux laissât périr de misère des pèlerins revêtus de sa croix. Iicur
Ignorance ajoutait à leur îIlusioD^ et prétait à tout ce quHIs voyaient un air (Tencbantemei]^ ; ils croyaient sans cesse toucher au terme de leur pèlerinage. Les enfans des villageois , lorsqu'une vîUe ou un château se prësentail à leurs yeux , demandaient si c^ était là Jérusalem. . • Beaucoup de grands seigneurs qui avaient passe leur vie dans leurs donjons rustiques n'en savaient guère plus que leurs vassaux. Ils faisaient conduire avec eux leurs équipages de pèche et de chasse , et marchaient prëcëdës d'une meute, portant leur faucon sur le poing. Ils espéraient atteindre Jérusalem en faisant bonne chère^ et montrer à TAsie le luxe grossier de leurs châteaux.
Au milieu de ce délire universel, personne ne s^étohnait alors de ce qui fait aujourd'hui notre surprise» Ces scènes si étranges , . dans lesquelles tout le monde était acteur , ne devaient être un spectacle que pour la postérité ^.
Cependant Pierre ne tarda pas à s'apercevoir quHI était plus facile d'enthousiasmer la foule que de conduire une multitude indisciplinée. Il partagea sa troupe en plusieurs corps : le premier fut confié à un brave chevalier, nommé Gauthier sans avoir ou sens as^eir^ comme disent les vieilles chroniques. Cette sorte d'avant-garde ne coviptail
que huit chevaliers. Le reste marchait à la con-
— to — quête de l'Église en demandant Faumône ou pillant sur la roule , et recrutant de nouveaux vagabonds qui les aidèrent h enlever des troupeaux , à brûler les maisons et à massacrer les propriétaires qui s'opposaient à leurs violences. Ils furent extermines sur la route.
Le second corps des Croises fut conduit par le moine Gotschalck, et ne fut ni plus sage ni plus beureux. D'autres bandes y tout aussi indisciplinées , s^j mêlèrent encore ; et , commettant les marnes excès^ eurent le même sort. La Hongrie fut leur tombeau.
Un noyau, composant la majeure partie des Croisés et la moins dénuée de ressources , atteignit Gonstantinople sans trop de désastres , mais il le dut surtout à ses chefs ^ Godefroy de Bouillon^ duc de Lorraine ; Eustache et Baudouin , ses frères ; Dudon de Conti , Renaud et Pierre de Toul ; Hugues de Saint-Paul , Tancrède , Bohe'mond et d'autres princes et ducs moins célèbres, mais braves et loyaux chevaliers ^'.
Pendant qu'ils arrivaient en Palestine, d'autres convois , également guidés par de nobles chevaliers , quittaient la cour de France pour la Palestine. Nicée, Edesse, Ânlioche voulurent se défendre contre leurs armées aguerries. Le premier choc leur fut fatal , et les Croises occupèrent les
capitales , dans chacune desquelles ils laissèrent un de leurs chefs. Dëcimës cependant par la fatigue^ Tardeur du climat et quelques défaites , ib arrivèrent enfin devant cette Jérusalem , seul but de tant d'efforts et de fatigues ^^ avec vingt ou trente mille combattans; mais c^était Fëlite de l'armée, et après quarante jours de siëge, la place fut emportée d'assaut. Ce brillant fait d'armes , si différent de tout ce qu'avaient fait jusqu'alors cette myriade de Croisés partis de tous les coins du monde, a été choisi par le prince des poètes italiens comme le plus beau sujet d'un poème qui en a éternisé la mémoire si. Godefroy fut aussitôt proclamé par ses compagnons roi de Jérusalem , comme Baudouin Favaitété àEdesseetBohémond à Ântioche ^^. Ces trois conquêtes, si importantes et si glorieuses , n'avaient été effectuées qu'après des maux sans nombre et des fatigues inouïes. Il est vrai de dire aussi qu'ils le firent payer cher aux Musulmans et aux Juifs. Leur implacable fureur, irritée parla résistance, ne se laissa désarmer ni par la faiblesse de l'âge , ni par celle du sexe. Le massacre dura trois jours, à tel point que l'infection des cadavres produisit une maladie épi* démique. Tancrède, disent les chroniques, fut le seul entre ces féroces guerriers qui laissât voir quelques sentiments de compassion.
Le Saint 'Sëpulcrc était enfin libre, et les vain* qoeurs se préparèrent à accomplir leur vœu. La tête et les pieds nus , le cœur contrit et dans une ]iumble posture , ils montèrent le calvaire , au milieu des antiennes cbantées, à haute voix, par le clergé; ils purent Imprimer leurs lèvres sur la pierre qui avait couvert le Sauveur du monde; ils baignèrent de larmes de joie et de pénitence le monument de leur rédemption.
L^armée entière confirma alors le choix de ses chefs, et donna à Godefroy le pouvoir et le titre de roi de Jérusalem ; le héros accepta un dépôt non moins accompagné de dangers que de gloire, mais, dans une cité où le Sauveur du monde avait été couronné d'épines , le pîeux Godefroy rejeta le titre et les marques de la royauté, et le fondateur du royaume de Jérusalem se contenta du nom modeste de défenseur et baron du Saint-Sépulcre. Son règne qui, pour le malheur de ses sujets^ ne dura qu'une année, fut troublé dès la première quinzaine par Tapproche du vîsir ou Sultan d'Egypte, qui, n'ayant pu venir assez tôt pour prévenir la perte de Jérusalem^ était impatient d en tirer vengeance. Sa défaite totale, à la bataille d*Àscalon, scella la puissance des Latins dans lu Syrie, et signala la valeur des princes français qui, après cette action, prirent congé
poor long-temps de la Palestine. Tanorède, seol'i resta avec une faible troupe.
Godefroy songea alors & donner des lois à son nouveau peuple , et réunit des hommes de savoir^ de sagesse et d'expérience pour composer les assises du royaume. Cette assemblée fit un code approprié aux besoins et à Fespit de la population : ce code est célèbre sous le nom S Assises de Jérusalem w, La ville sainte voyait l'aurore d'une civilisation croissante, lorsque, au retour d*une expédition, Godefroy tomba malade et ex* pira bientôt après , victime d'un climat dévorant ou d'un empoisonnement probable» II fut enseveC dans Tenceinte du Calvaire et pleuré même des Musulmans. Son frère, Baudouin, fut appelé au trdne par les chefs des Croisés, restés barons du royaume ; ce prince vécut et mourut 9u milieu des camps. Pendant son règne^ qui dura dix-huit ans , les habitants de Jérusalem entendirent, chaque année, le beffroi annoncer l'approche des Sarrasins; ils ne virent presque jamais reposer dans le sanctuaire le bois de la vraie croix qui accompagnait les armées, et dont la vue suffisait souvent pour donner la victoire aux Chrétiens.
Trois ordres monastiques naquirent à cette époque dans Jérusalem : les Hospitaliers, les Tem« plinrs et fes leutoniques conncrés alors au ser*
vice des hôpitaux et à la défense de la Terre- Sainte. Ces guerriers religieux s'attirèrent les bënëdictions des populations chrétiennes; mais bientôt, enrichis et démoralises par l'or et le repos^ ils se divisèrent et devinrent, plus tard, la honte du nom chrétien **.
Un demi -siècle après la délivrance du Saint- Sépulcre^, une seconde croisade fut entreprise pour secourir l'empire ébranlé des Latins de la Palestine. Le pape Eugène III l'avait provoquée, le fameux abbé de Clairvaux, saint Bernard, en fut Fapôtre. Ses prédications avaient produit un tel enthousiasme qu'il écrivit au pape : « Villes et châteaux, tout est désert; on ne voit partout que des veuves dont les maris sont vivants... » Son éloquence , en effet, était entraînante et ne re^ culait devant aucun moyen ^, surtout pour dé* cider les puissants souverains. Conrad III, à peine revêtu de la pourpre, venait de convoquer à Spire une diète générale ; saint Bernard s'y rendit et pressa vivement l'empereur de prendre la croix. Conrad hésitait et alléguait des troubles récents de Tempire : « Pendant que vous dé* fendrez son héritage, lui dit-il. Dieu défendra et gouvernera lui-même vos peuples. »
Un jour que l'orateur de la croisade disait la mesie devant les princes et les seigneurs convo*
quës à Spire^ il interrompit tout-à-coup le service divin pour prêcher la guerre contre les infidèles. Â la fin de son discours , il transporta la pensée de ses auditeurs au jour du jugement dernier, et leur fit entendre les trompettes qui devaient appeler toutes les nations de la terre devant le tribunal de Dieu. Jésus-Christ, armé de sa croix, entouré de ses anges^ s'adressant à Tempereur d^AUemagne^ lui rappelait tous les biens dont il Tavait comblé, et lui reprochait son ingratitude. Conrad fut si touché de cette apostrophe véhémente qu'il interrompit ]e prédicateur, et s'écria, les larmes aux yeux : « Je sais ce que je dois à Jésus-Christ, et je jure d'aller où sa volonté m'appelle. » Alors le peuple et les grands, qui crurent être témoins d'un miracle , se jetèrent à. genoux et rendirent à Dieu des actions de grâce. Conrad reçut , des mains de l'abbé de Glairvaux, le signe des croisés, avec un drapeau qui éUiit déposé sur Pautel et que le ciel lui-même avait béni. Un grand nombre de barons et de chevaliers prirent la croix, à Pexemple de Conrad, et ladiète, qui s^était assemblée pour délibérer sur les intérêts de l'empire , ne s'occupa plus que du aalut des colonies chrétiennes en Asie s^.
L'esprit de chevalerie, qui faisait tous les jours de nouveaux progrès ^ amena beaucoup de preux
— « — 80US la bannière des àenx princes, et Pon vit jus» qu*à des daines de hant lignage qui, entratnëes par Fezemple de k reine Élëonore de Guyenne, prièrent la croix , la lance et Vépée. . •
L'empereur Conrad etie roi Louis YII conduisirent cette expédition^ mais, moins heureux que Godefroy, ils furent obliges, après des calamités sans nombre, de s'embarquer à peine arrivés pour retourner dans leurs états. Aussi, la désolation la plus grande régnait-elle en France en en Allemagne. La gloire du martjrre, promise à ceux dont on regrettait la perte, ne pouvait essuyer les larmes. On accusait l'abbé de Glairvaux dWoir envoyé les Chrétiens mourir en Orient , comme si PËurope avait manqué de sépultures. Les partisans de saint Bernard, qui avaient vu sa mission attestée par des miracles, ne savaient que répondre , et restaient dans la stupeur et Tétonnement. « Dieu, dans ces derniers temps, disaientils entre eux , n'avait épargné ni son peuple ni son nom; les enfants de TËglise avaient été livrés à la mort dans le désert , ou massacrés par le glaive, ou dévorés par la faim. Le mépris du Seigneur s'était répandu jusque sur les princes; Dieu les avait laissés s'égarer dans des routes inconnues, et toutes sortes de pémes et d'afflictions avaient été iemëea dans leur carrière. » Tant de
maUieurSji MmYéAdsLUs une ^gpent Minte^ dana une guerre entreprise aa nom de lUeu | confondaient la raison des Chrétiens qui. avaient le plus ajqplaitdi à la croisade^ et saint Bernard lui« même s^étonnait. que Bien eût youlu juger luniyers avant le temps., sans se ressouvenir de sa miséricorde. « Quelle hcnle pour nouS| disait-il^ dans une apologie adressée au pape, pour nous qui ayons été partout annoncer la paix et le bonheur! nous sommes-nous donc conduits témérairement? Nos courses ont-elles été faièes par fantaisie? N'ayons-nous pas suivi les ordres du chef de rjÉglise et ceux de Dieu? Pourquoi Dieu nVt-il pas regardé nos jeûnes? Pourquoi a-t-il paru ignorer nos humiliations? Avec quelle patience entend-il les voix sacrilèges et les blasphèmes des peuples d'Arabie qui Taccusent d'avoir conduit les siens daus le désert pour les faire périr? Tout le monde sait, ajouta-t-il , que les jugemens du Seigneur sont véritables^ mais celui-ci est un si profond abîme qu on peut appeler heureux celui qui n'en est pas scandalisé ''. )^
C'est de cette époque qu^ date l'apparition dans rOrient du célèbre Salali-£ddjA ou âaladin |, le plus grand capitaine de sonsiàde, et contre legé<nie duquel vinrent se briser lesesflbrts de tous les rois de la chrétienté» Son^prenuLer lait d'-ajrmeaiut
la défaite du roi de Jërusalem^ et la prise de cette ville après quatorze jours de combats meurtriers'^.
Ce désastre eut dans l'Europe un immense retentissement. Philippe-Auguste et Richard Cœurde-Lion, alors en guerre, firent cesser leurs querelles, et , à la voix de l'archevêque de Tyr, s'embrassèrent en pleurant. Frëdëric Barberousse se joignit à eux , et les autres souverains suivirent cet exemple. L'enthousiasme, un peu refroidi par tant de désastres successifs , se réveiUa comme au temps de Termite Pierre. Nobles et vilains , tout prit la croix. Le roi de France ordonna que ceux de ses sujets qui ne pourraient ou ne voudraient pas partir pour cette grande entreprise paieraient le dixième de leurs revenus, et cet impôt fut appelé la dhne saladine . Arrivés devant Jérusalem, la première affaire des Croisés fut de disputer de vains titres de prééminence, et des guerres civiles affaiblirent une coalition qui eût pu avoir àes suites glorieuses... Bientôt découragés^ les rois de TEurope repartirent. Richard seul resta en vrai paladin , pour faire admirer sa bravoure et Tétonnantè vigueur de son bras ; mais il fut forcé d'en repartir à son tour ^ n'y laissant que le souvenir de sa vaillance^ et s'en vint retrouver la captivité en Allemagne, et la mort en Angleterre.
Quelques mois après , Saladin mourut aussi^ et
la guerre civile s'alluma dans le camp musulman , mais les Chrétiens n'ëtaient plus là pour en profiter.
On raconte entre autres singularités du soudan , dont nous regrettons de ne pouvoir peindre plus longuement le caractère , qu'il ordonna avant d'expirer que son drap mortuaire fût porte dans les rues de la capitale , et suivi d'un officier du palais qui devait crier à haute voix : Foilà tout ce que Saladin , ifainqueur de l'Orient y emporte de ses conquêtes l
Saladin ne laissa après lui que des esclaves accablés sous le poids de sa gloire, et qui partagèrent son autorité sans pouvoir la faire respecter.
Vers la fin du douzième siècle, un simple abbé, Foulques, curé de Neuilly, ralluma le feu des croisades^ et Baudouin, comte de Flandre, conduisit en Palestine une armée française. Les Croisés s'emparèrent de Constantinople et la pillèrent impitoyablement, sans en excepter les églises, qu'ils profanèrent ensuite. Ce fut le seul résultat de cette quatrième expédition.
En 1212 , quelques prêtres eurent Tidée ingénieuse de conduire à la conquête de Jérusalem cinquante mille enfants, par la raison que Dieu^ d'après l'Écriture, aidait tiré sa gloire des enfants.. Les uns périrent en chemin , les autres furent vendus en Egypte ^.
En iS17, le rai deHmigrie «ondaisit une antre croisade. EHe aboutit à la prâe de Damiette, après an ^ége de ^memois. En 1228 , d^autres Croi- 8& partirent encore, et dViutres les imitèrent plus tard j mais rien de rëéQement intéressant n'eut lien jasquW moment on Louis IX s^embarqua à son tour , en 12&8 , dans le port d^Aygues- Mortes.
Lorsqu'on compare les Croisés des diverses époques à ceux que guida Godefroy, on retrouve en eux la même ardeur chevaleresque, mais non plus cet enthoœiasme qui animait les premiers soldats de la Croix à la vue des Saints-Lieux. Jémsalem, qui n'avait jamais cessé d^être ouverte à la dévotion des Chrétiens ^\ ne vojaîl plus dans ses murs cette foale de pèlerins qui y au commencement des guerres saintes, s'y rendaient de toutes les parties de rOccident. «Le pape, ditMichaud, deTendit aux Croisés d'entrer dans la ville sainte avant de l'avoir conquise. Les Croisés chassaient sans peine à cette défense, au point que cent mille guerriers, qui avaient quitté VEurope pour d^ivrer Jérusa* lem , revinrent dans leurs foyers sans avoir eu la pensée de visiter le Saint-Sépulcre**. »
Saint Louis , persuadé que la possession de l*Egypte était nécessaire à la conservation de la Palestine, se dirigea vers Damiette dont il s'empara ^
— w — et où U eut 1» douleur de volr^. comme dans ime autre Capoue, son armëe toute ehrëtienoepawe* nue à un tel degré de dîasolation^ qu^elle souffirait des lieux de prostitution jusque autour du |)avil* Ion royal ^'.
Sortis de cette place pour courir à de nouveaux dangers y les Croises ^ après quelques combats malheureux à Mansourah et à Djédileh ^ en proie à la famine et aux maladies ^^^ commencèreat, le 7 avril i250y cette funeste retraite qui leur coûta la vie > et la liberté à leur roi ^^ Saint Louis, prisonnier^ fut conduit charge de fer à Mansourali , où il fit admirer une grandeur d'âme vraiment royale et une courageuse résignation. Gest le plus fier des rois j disaient les quelques compagnons qu'on lui avait laissés ; c'est le plus fier chrétien que nous ayons vu ^ disaient les Musulmans««« Le sultan offrit de lui vendre chèrement sa liberté. Il répondit qu'un roi de France ne se rachetait point ainsi ; qu'il donnerait la ville de Damiette pour sa personne royale et de l'or pour ses sujets ^^. Le généreux sultan lui fit remise d'une partie de cette somme, mais sa mort retarda l'exécution du traité. n périt assassiné par ses mameluks^ et la vie de saint Louis eût été aussi en danger sans leur chef, qui tint à honneur d^accompllr le traité, et laissa partir saint Louis et son armée , qui , après un sé-
jour de flus de trob ans dans la Palestine^ rerit la France^ en 1254*
Seize ans après^ la M^terranëe se coaYrit encore de ses flottes^ et dix^hoit cents voiles portèrent soixante mille hommes sur les côtes d'Afrique. Il espérait , disent quelques historiens , convertir le roi de Tunis à la foi chrétienne ^^. Mais celui-ci 9 loin de songer au haptéme^ vint fondre sur les Français à la tête de cent mille soldats. Les chaleurs excessives ^ la mauvaise nourriture , les eaux corrompues décimèrent Tarmëe j et produisirent une maladie contagieuse à laquelle le roi lui-même succomba <*.
Quelques expéditions sans résultat suivirent encore cette dernière et funeste entreprise de saint INOUÏS. Les Musulmans, maîtres sur tous les points, rasèrent les dernières fortifications chrétiennes, et un silence de mort régna sur ce rivage qui , pendant plus de deux siècles, avait rententi du bruit dos armes.
Ainsi finirent les croisades , dont nous n'avons (dit que retracer ici les principaux événements, nous réservant d'examiner plus tard quelle fut lour influence sur Tétat moral et religieux des |)C'uples d^EuropCi comme sur leur état matériel.
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GHAPITBE SECOND.
Les croisades ont été Yé\énement le plus important de Tépoque qui nous occupe, mais elles n^ont pas été le seul fait important. Pendant que les princes 9 les barons et les ëvéques conduisaient en Palestine des troupes indisciplinées, le désordre était souvent dans Fintérieur du rojaume. Le retour de la Terre-Sainte amenait alors le châtiment des coupables, ou des troubles plus graves encore et d'autres événements surgissaient alors de ce retour. Le plus important d'entre eux est Taffranchissement des communes , que nous nous contentons d'indiquer dans ce chapitre, pour lui donner une place à part dans le chapitre consacré à la peinture de l'état social et des lois.
Sans abolir la féodalité, cet établissement des communes en fit du moins disparaître les effets les plus barbares et les plus oppressifs^ dès lors les habitants des villes purent être gouvernés par des^ échevins, des consuls, des maires ou majeurs, etc., IV. 5
enfin, par des autorités de leur choix. Ils purent en appeler des justices seigneuriales au jugement du roi , ce qui était un grand pas vers d'autres améliorations qu'ils obtinrent plus tard. Ils recouvrèrent le droit de changer de domicile, de se marier, de commercer et de disposer de leurs biens à leur gré. La liberté des villes , en ranimant l'industrie, rendit à la France un peu de cette vie active , animée , qui fait le bonheur et la richesse des états. . . Mais cet événement , résultat des longues soufirances d'un peuple opprimé , ne fut pas l'affaire d'un jour ; il fut au contraire long et partiel : ici ce fut l'évéque qui l'accorda et obtint la sanction du roi , ailleurs là violence seule put l'arracher après de longs delDats. Dans beaucoup de communes , des sommes d'argent considérables engagèrent le souverain à accorder un droit plus favorable que nuisible à son autorilé. Louis-Ie- Gros a eu l'honneur de l'octroyer le premier j mais Louis VII , Philippe-Auguste et saint Louis eurent encore bon nombre de chartes à sanction* ner ; et telle commune qui commença sa régénération sous Philippe I^^, ne fut réellement libre qu'après les dernières croisades, A Texemple des rois, les seigneurs, presque tous ruinés par ces croisades , ravis de trouver une ressource qui rétablissait leur fortune^ et ne prévoyant pas assez
le coup quïls allaient porter à leur puissance ^ vendirent à leurs vassaux raffranchissement de Tesclavage dont ils les avaient accablés j ils accordèrent aussi des chartes de communes dans leurs terres.
Loois-le-Gros fut plus vertueux que politiqua et se laissa toujours tromper par le roi d'Angleterre. Il mourut) laissant à son fils, encore biea jeune , la charge du gouvernement ; les dernière* parolei qu'il lui adressa méritent d'être répétées : « Sou venez- vous , mon fils , que la royauté n'est q[u'une charge publique dont vous rendrez un compte très rigoureux après votre mort. » Depuis le r^e de Hugues-Gapet , le pouvoir royal était anéanti en France ; on doit savoir gré à Louis d'avoir^ plus que ses prédécesseurs^ songé à sea sujets et adopté des mesures énergiques.
C'est sous son règne qu'eurent lieu les disputes théologiques de saint Bernard , de l'abbé de Gluny. et du malheureux Abeilard, tous trois diversement célèbres, heà leçons de ce dernier étaient suivies par trois mille écoliers, et, comme aucune salle n'était assez vaste , il les donnait en plein air. Il fonda ainsi la réputation des écoles d& Paris. Lm progrès de Fesprit se manifestaient par le zèle qui se réveillait pour les études ; malheureusement la direotiDn donnée à ces études était plui &voNÎbU
à la dispute qu'à la raison, et ne reproduisait qu'une yaine scolastique ; malheureusement aussi, la science du droit féodal remplaçait pour les princes toute autre ëtude.
Les moines firent à cette époque ce que les rois ne voulaient et ne pouvaient pas faire : ils rendirent de grands services aux lettres en établis* sant des écoles dans leurs monastères, en oo« piant les anciens manuscrits ; sans eux nous aurions peut - être perdu tous les trésors de l'an^ tiquité.
Philippe-Auguste signala la première année de son régne en chassant les Juifs de ses états et en exterminant les Brabançons , bandits rassemblés en corps , dont les brigandages portaient partout la désolation. Cependant les Croisés, divisés en Palestine, étaient battus par le célèbre Saladin ; cette triste nouvelle ranima Tardeur des croisades : les rois de France et d'Angleterre oublièrent leurs quereUes pour prendre la croix.
Après cette expédition sans succès, Philippe s^empara de la Normandie , divorça et encourut Texcommunication ; mais il méprisa l'anathéme et usa de son autorité avec les évéques. Il fit plus z le roi d'Angleterre avait tué le jeune Arthur , qui avait quelques droits au trône ; Philippe le fit juger et condamner par sa cour des Pairs comoiLe
aoD yassal , et réunit ensuite ses états à la cou* ronne de France.
C'est à cette époque qu'eut lieu la croisade contre les Albigeois , abominable épisode de notre histoire ^ , dont nous nous contenterons de donner ici le résultat pour parler plus tard des causes et des conséquences de cet éyénement, qui se lie d'une manière flàcheuse à Thistoire de rÉglise.
La doctrine de ces novateurs, plus hardie et moins spécieuse que celle de Luther qu'elle précé* dait, attira sur eux les plus cruelles persécutions. Connus d'abord sous le nom d'hérétiques delà Provence ^ ils le furent plus tard sous celui d'Albigeois , parce qu'ils se mirent sous la bannière du vicomte d*Alby et couvrirent le territoire.
Après beaucoup de combats et de scènes d'horreur, qui toutes rappellent les siècles de barbarie , quatre ou cinq cent 'mille Croisés* fureut envoyés pour en finir : Bourguignons , Nivernais , Picards, Normands, sous la conduite de leurs seigneurs se firent une joie de dévaster le riche Languedoc et la riante Provence.
Monfort , soutien de cette croisade , exécuta , dépassa même les conseils d'Amalric , qui avait osédire de sang-froid : « Tuez-les tous , Dieu connaîtra bien ceux qui sont à lui... » Aussi y eut-il sept mille cadavres dans une seule église de.Bé-
î5tt« , quamtite tnille autres gîsâîent ëpôw fittrtoi places et les rues de la vîUe!... A CarcassOline , outre des scènes de la pins honteuse dëbaucbe que notre plume se refiise à décrire ^ quatre cents cbe- Valiers ou bourgeois furent pendus ou brûles vîfe. On eût dit que les Croises, pleins de générosité, d*aflEectîon et de courtoisie entre eux , mais fanatisés , regardaient les hérétiques comme étant hors de la race humaine. Le zèle de Monfort était partagé par la majeure partie des princes de l'Europe', et, tel était Faveuglement général, que cet homme odieux était presque assimilé h Godefroj de Bouillon. Il trouva enfin la mort sous les murs de Toulouse , oii vint se briser son orgueil. Après trois sièges consécutifs , une pierre lancée par un mangonneau brisa la tête du féroce guerrier. Le fruit de ses conquêtes tomba avec cette télé que la cruauté seule avait rendue célèbre ♦, mais qui n'avait eu ni génie pour conquérir, ni sagesse pour conserver. Le roi de France , Louis VIII , profita de ses succès et continua la croisade ; mais le résultat, en fut déplorable : après avoir ravagé le Languedoc à la tête d'nne nombreuse armée et assiégé Avignon , il périt victime de la contagion qui décimait son armée.
Toulouse avait long-temps résisté aux assiégeants ; on ki yédaisi^ p«r la famine en détruîsaiit
toute vrfgëtation dans un rayon de plusieuraliau^f. Cependant le fanatisme commençait à se lasser* Lebûcher et legihet ne trouvaient plus qjue de rares victimes. La guerre dans TAlbigeois continua sans ëclat comme sans intérêt , et la couronne de France hérita de ces provinces vastes et fertiles autrefois I mais désolées et ruinées par le fer et le feu«.. Lliërdsie seule n'était pas détruite i car on ne détruit jamais riiéiésie par la perse"* eu lion.
Revenons au règne de Philippe-Auguste ^ que nous avons laissé à la première expédition contre les Albigeois.
Innocent III ^ mécontent du roi d^Angleterre ^ avait disposé de sa couronne en faveur de Philippe y qui avait eu l'imprudence d'accepter ce parti dangereux « Une prompte soumission du rQi Jean aux désirs du pontife changea ses disposi-* tiens, et une puissante ligue menaça Philippe : Pempereur Othon lY et le comte de Flandre $y joignirent ; deux cent mille homnies marchèrent Quatre le roi de France ; il les vainquit avec cinquante mille dans les champs de Bouvines» Ce fait extraordinaire ^ qui amène Tattention sur Philippe-Auguste , s'est renouvelé souvent depuis son règne et surtout de nos jours. Bientôt après, les Anglais , mécontents de leur roi | proclamèrent
Louis y fils de Philippe- Auguste , maigre les désirs du pape. Louis ne jouit pas de son triomphe : il fut chasse par les Anglais, et changea bientôt cette couronne contre celle de France , que lui laissa la mort de son père.
Philippe- Auguste ayait été brave , actif et grand capitaine, il sut se faire obéir d'une noblesse orgueilleuse et dominatrice jusqu^alors. En défendant son autorité et son influence, il franchit aussi les bornes étroites de lliumble héritage des Gapets : son infatigable épée dompta beaucoup de grands vassaux et réunit à la couronne les provinces de Normandie, du Maine, de l'Anjou , de la Touraine et d'autres encore ; l'indépendance des grands neutralisée , peu à peu s'apaisent les violences et les brigandages qu'avait enfantés le régime féodal. Les épaisses murailles des châteaux forts ne dérobent plus leurs maîtres à la justice royale. Le prince s'appuie sur la force de Tépée et sur la force de la loi. Il ne put néanmoins achever l'œuvre , quelle que fût son habileté. 11 était réservé à Louis IX de dominer, et à Louis XI de courber sous un joug de fer cette arrogante noblesse.
Les exploits du roi Louis VIII , qu'on a , nous ne savons trop pourquoi, surnommé le Lion, se bornèrent à chasser le roi Jean de la terre de
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France, comme ce dernier Payait chasse de Pàhp gleterre ; il mourut peu après, laissant sur le trône un enfant sous la régence d'une femme , mais cette femme était Blanche de Gastille et cet enfant Louis IX. Forcés d'aller rite et de résumer à grands traits, les événements peu importants de cette régence ne nous arrêteront pas , non plus que caix de la croisade que nous connaissons déjà. Louis parut destiné de bonne heure à de grandes choses ; roi à douze ans , il prit les rênes de VétAt à yingt-et-un. Le comte dé la Marche, excité et soutenu par le roi d'Angleterre , s'étant révdté, il battit les Anglais à Taiilebourg et remporta le lendemain une nouvelle victoire ; mais il fit plus que triompher de ses vassaux , il gagna leur affection. Il sut terminer la déplorable guerre des Albigeois qui avait coûté tant de crimes et de malheurs; son domaine s'agrandit , sa puissance se fortifia ; après avoir raffermi Tétat contre l'étranger et le trône contre les grands vassaux , il régla les droits des divers ordres du royaume , il protégea les communes contre la noblesse et le clergé , et le der^ contre Borne. Quelques souverains sollicitèrent sa puissante médiation , il refusa une couronne , et , après avoir mis la France en paix et diminué les désordres de l'Italie , de l'Angleterre et de l'Empire/ il alla en Orient . défendre l'Europe contre
hi batbeir» qui la Ddeni^eDt» Après trois aoa de préparatifs , il laissa la régence à sa mère , partit pour rÉgypte, prit Damiette et mit les Sarrasins en fuite ; mais ses sucoèa s'arrêtèrent là ; il fit en pore perte des prodiges de valeur $ les maladies et la famine anéantirent son armée ; loi-mâme resta prisonnier*
De retour en France, à la mort de Blanche 9 il fut reçu arec des transports de joi«« Il seUrra^ tout entier alors, à Tadministration du royaume ; il entretint riiarmonie entre ses feudataires; de tonte part on vint réclamer sa justice* Il soumit â Thommage-lige le roi d^ Angleterre, et opéra en France de grandes réformes. Sa seule yolonté y maintenait l'ordre, mais il sentit que oe bien&it aérait temporaire, il voulut le rendre durable par les lois : ce fut Tépoque de ses étahlissêmeM^ législation admirable, pour le siècle ^ qucf nous Murons occasion d examiner plus tard.
La France recueillait tous les jours les aiTnntages d^un gouv^nement plein de sagesse ^ natais Louis réyait encore la Terre^Saiate.*» 11 y, trouva Ja Heort; conservant son besu caractère^ il la i^ut en chrétien comme il Tavait bravée en bâros. Pëndatit les yingt-deux jours que dura sa maladie, il s^efforça dlnculquer à son fils des sentiments re- ^gjieux et des préceptes pour gtuwrfter ses .peu-
pies. « Biau filz, Im disait-il ^ la première cho9e que je t^enseigne, si es que tu mettes ton Quer en aimer Dieu. Maintiens les bonriea coustumes de ton royaume, et les mauvèseaabesse. Ne convoite pas sua ton peuple, ne le charge pas de toile ni de taille. •• A justices tenir et à droitares soioa lojraua et roide, et à tes soubjez, saqs tourner à dextre ni à aenestre ; mais aide au droit et aoustien la querelle du pauvre, jeusques à ce que la vérité soit desclaiiiëe : et ai aucun a action contre toy, ne le croi pas, jeusques à ce que tu en saches la v^ritë; car ainsi le jugeront tes conseillers^ plus hardiement selonc la vérité, pour toy ou contre toy« Si tu ti^3s rien d'autruy, ou par toy ot^ par tes dëvenciers^ si cW cliose certenne, rqp^le sans demeurer } si c'e9t oho^ douteuse^ faille enquerre par sages gens, isneliement et diligemr ment... Soutiens la querelle du* pauvre jusqueaà tant quelle soit édaircie..* Sois soigneux et diligent d avoir bons baillis et bona prëvos; eqquiers souvent d'euiz et de ceuls de ton hostel comment ik se maintiennent** Prens te gardç que les dé" penses de ton bostel soient résonnables..« £n la fie, doute fila, je te conjure et te requiers qpe,...si je meurs avant toy, tu fasses secourir mpn aatufi parBaeaeeaet par oraisonân partout le royaume de 1.,.^ Aju dwnier, eher ^ je te dacine.l!pute9
-«Miles bënédiotions que bon père et piteux peut donner à son filz. »
Ce prince^ dit un célèbre écrivain ^ si extraordinaire pour Thumanitë, mais plus encore pour son époque, vit un siècle inique et ombrageux en admiration devant sa vertu, et en sécurité sur ses entreprises. Des Barbares, vainqueurs, furent à ses pieds ; des papes et des empereurs, un roi et ses barons, deux grandes Églises, celle d^Orient et celle d'Occident, le prirent pour arbitre de leurs droits et de leurs différends. La France, déchirée, désunie, livrée à tous les désordres, vit dans lui son sauveur et son législateur. Prince de paix et de justice, comme rappellent aes contemporains, infatigable dans ses travaux, insouciant pour les périls, juste envers tous et contre lui même, héroïque au milieu des batailles et dans les fers, admiré', aimé, pleuré de tous, il est le modèle le plus accompli de Thomme , des guerriers, du monarque. Il n'est personne qui ne soit saisi d'attendrissement au souvenir de son amour pour l'humanité , de son respect pour les droits de chacun, de sa compassion pour le malheur, de sa bienfaisance envers les pauvres et de son humilité devant Dieu '.
Son fils, Philippe III, s'empressa de retourner en France oii l'attendait une couronne. Après
quelques guerres sans ëclat, il se laissa gouverner par le barbier de saint Louis, Pierre de la Brosse. Ce favori^ d!un nouveau genre, fut pendu bientôt apjrès pour avoir calomnie la reine.
L'ëvënement le plus remarquable de ce règne se passa en Sicile. Nous avons vu, sous Louis IXj Gonradin décapité et le comte d'Anjou usurpant son royaume. Il en avait joui tranquillement pendant plus de seize ans, quand les habitants de Palerme> las de sa tyrannie, conjurèrent la perte des Français. Un lundi de Pâques, au moment des vêpres, un soldat, ayant insulté une jeune fille de Palerme^ expira sur-le-champ , percé de coups^ et ce meurtre devint le signal d^un massacre général : on donna le nom de Yépres-Siciliennes à cette vengeance ajSreuse, mais qui n^était pas dénuée de justice. Gbarles d^ Anjou jure d'exterminer les rebelles, le roi d^Arragon survient avec une flotte considérable , la Sicile lui rend hommage, et le pape, irrité de son audace^ le foudroie. Dès lors une croisade est publiée contre lui, et Philippe la dirige sur TEspagne : il prend Glronne, après un long siège ; les maladies ravagent Farmée, le roi repasse les monts et vient mourir à Perpignan.
Philippe -le-Bel succéda à Philippe-le-Hardi; de grandes actions et de grandes iautes pnt en-
touré son règne d*un assez vîf ëckt. A peine ftgé de dix-sept ans lorsqu'il monta sur le trône , il s^empara de la Guyenne qui appartenait au roi d'Angleterre; bientôt après il conquit la Flandre. Toutes ces guerres appauvrissaient le trésor. Philippe, pour Tenrichir, leva un impôt sur te clergé, mais le pape défendit aux siens de rien payer aux laïques ; le roi fit à ceux-cn la mâme défense à l'égard du clergé. Le pape lance une bulle, et bientôt après envoie à Philippe un légat qui ose l'insulter en face et le menacer de la redoutable excommunication. Le roi le chasse de sa présence. Boniface, h cette nouvelle, ne met plus de bornes à sa colère ; il envoie bulle sur bulle et lance toutes ses foudres. Le moindre de ces coups eût détrôné un des prédécesseurs de Philippe-le-Bel, mais ce roi leur opposa une fermeté inébranlable , et donna le premier exemple d'une pareille résistance. Il fit brôler ces bu Iles , et écrivit au pape une lettre qui commence par ces inots : « Philippe, par la grâce de Dieu , roi des Français^ à Boniface qui se donne pour pape, peu ou point de salut ; que ta grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le tem* porel| etc. « »
Cependant il avait besoin d'argent et trouvait partout de la résistance dans la levée d'impdls
! e)(ûetôifs et fréquents. Pour obtenir des secours et se mettre hors des atteintes du pontife^ il assemblft les états-gënéraux du royaume, flatta lé peujMe en 1 admettait pour la première ibis aU conseil, sous le nom de tiers-^tat. Il ne manqua pas son but : ks trois ordres, o^ést-à-dire le clergtf^ la noblesse et le tiers donnèrent chacun leur âvift en faveur de l'indépendance de la couronne ^.
Les eccl&iastiques, qui craignirent le pap^, tië parurent ^înt h l'assemblée, et furent le trouveif àBotiie. La dispute, bien loin de s'éteindre, de^ Tint plus yiolente : Bôniface donna la couronné de France à l'empereur d'Autriche et fit déclarer sa tottte^puissanee dans un concile. Philippe accusa à son tour le pape d'imposture et d'hérésie^ et le fit enlever par Nogaret, et quelques chevaliers français, dans son château d'Anagnie. Délirté par les habitantad'Anagnie, il se réfugiaà Rome où il mourut. Son successeur leva rexcommunica^ tion et réconcilia la France avec le Saint-^Siége/
Cependant les Flamands s^étaient révoltés ; le comte d'Artois, envoyé pour les soumettre, fut battu à Courtrai, et Philippe , venu pour le se** courir^ échoua comme lui : il fallut rétablir le^ comte de Flandre dans ses états. On voit que le roi était loin d'être tout-puisSant^ et que les sei«f gneurs étaient encore redoutables.
Le besoin d'argent amena Texpulsion des JuîfS| toujours accuses de profaner des hosties et de sacrifier des enfants, mais certainement coupables de grosses usures, et devenus Pobjet de la haine publique. Ils furent de nouveau bannis du royaume, mais leurs biens y restèrent au jwofit du trësor.
Le procès des Templiers est le grand ëvënement de ce règne : cet ordre religieux et militaire avait ëte établi à Jérusalem pendant les croisades. De grands privilèges, d'immenses richesses, la li«» cence des armes, Torgueil de la naissance^ y avaient introduit des abus , augmentés sans doute par rignorance et la superstition qui r^;naient alors. On ne peut douter que les Templiers ne se livrassent aux excès de leur siècle ; mais les accusatioDs qu'on porta contre eux avaient un tel caractère d'absurdité que la postérité les en a absous. Ces accusations disaient : que des moines armés renonçaient à Dieu et à Jésus-Christ dans Vacie de leur réception; qu^ils crachaient trois fois sur le crucifix; qu^ils adoraient une tête hideuse et se livraient en secret aux débauches les plus in^ fâmes.
Plus bouillant que juste et éclairé, Philippe demanda leur ruine à Clément Y, et, de concert avec ce pape, les fit tout*à-coup arréler d'un
bout de la France à l'autre., On les interroge et ils avouent dans les tortures tous les crimes dont on les accuse; mais, le supplice fini^ ils se rétractent et désavouent ce que la douleur leur avait arraché. Les juges ne les condamnent pas moins ; cioquante-neuf furent brûlés à petit feu. Il n'y en eut pas un seul qui n'invoquât Dieu dans les flammes; le peuple, étonné de leur courage héroïque y le regarda comme une preuve d'irinocence.
Quelques écrivains prétendent que la destruction des Templiers fut une conséquence de la haine que Philippe-le-Bel gardait à cet ordre , qui Pavait si mal protégé contre la populace, lorsqu'en 1302 il s'était retiré au Temple. Nous n'entrerons point dans ces discussions historiques que je me borne à signaler.
Les Templiers détruits, l'ordre fut aboli j le
pape donna leurs biens aux religieux Hospitaliers^
appelés depuis Chevaliers de Malte. On raconte
que le grand-mattre des Templiers, sur le point
d'expirer, ajourna Clément V à comparaître dans
quarante jours au tribunal de Dieu, et Philippe
au bout d'une année y prédiction fabriquée sans
doute après l'événement. Le pape vint mourir à
Roquemaure en Languedoc, et le roi périt dans
une chasse à Fontainebleau ®.