‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ère chrétienne jusqu'au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 21 sur 44 · IV · texte numérisé non relu

IV

Voici deux coujpletB dé la venioii proyençale.

Jà nul hom pp«9 non 4vi ia ?4ZMI Adreitamen , se corne hom dpubo non % Mas per conort pot el £aire canson.

Prou ha d'amicz, «aa paù?i« «m lî dan !: Honta y aimo ae por ma rdiazoB Souy fach do» hîyavs prex.

Or sacham ben tsù/^ hom e miei baroQy AngWs y Normau , Peytayin et Gascon , Qu'y eu non hai ja si paure compagnon Que per ayë , L(^u laissesse #n prezoa ; Faire reproch , oertas yen yoU npn , Mm S019 dos Uyers

Voici mauiteiiiint la traduction de if. Siamondi.

Si prisonnier ne dit point sa raison Sans Uïi grindiroubk «f doulonreaxaanifoa» Pour son confort qu'il bMf^ «ne ekaaspn ; Tai prou d'mis » «orâ bien pamyre «st lear iea ^ Honte ik «iMmat^^si, laute de rançaB y Je^suis daiUL tâyoss frfs.

Qu'ils sachent bien , mes hommes , mes barons , Anglais y Norm^^dl 1 P^ûjteyins ^ ^iaiçi^^s , Que je n'ai ppipt^ paHyf[yi9 'C^np^gilOD» Que pour argent n'ouyri$p(Bpt j^ou^ FJMlpa; Point ne les yeux taxer 4^ ftrahJi^B ^ Mais suis deux hiyei:^ ^jn*

9ùmm ci|^, fini d'mi , dt {u^ifti Plof fpe let joun ib qpargaeof r«i|;mt : lias ! que je sens me douloir ce tourment ! Et si je meurs iaaï$ mon confinement , Qui saayera le renom de ma gent t Car sois devz Utcis prb.

fm»l au diagrin n^ vpudxiis spcpoodier I Le roi français peut mes terres brûler , Fausser la paix qu'il jura d^ garder ; Pourtant mon cœur je sens se rassuivr; Si je l'en crois, mes fers vont se briser^ Mais sais deux bî?«is pris.

|?ieis cimemis , dont le csur eif ai yaijy , Pour guerroyer attendez donc la fin De mes ennuis : me trouverez enfin. Dîtes-le leur^ Ghaïl et Pensavin , Qiers troubadours, qui me plaignez en yain, Gff suis deux biiren pris.

HmW wiiu»e0 paiot^w|l|; />jg4 fyfi^ s^ ip JsagmÂère de la poém 4^ dousj^^ ^^^ ft 3W les progrès qu'a faks la langue 4'op ; nom y jkYons •TU aussi UB nouveau reflet des rncwfs 4^ tepips ; il aérait facile 9 si nous ne craignions de mnltipUçr 4»utiie mesure les citations , dfi tvouvfif 4'W&*^ fâèces fort belles qui peignent l^ açci4e^ 4^ la iBToisade » icet âge faâ-oiique j^ miti99^ ^uropéauKSs. Là 1 en aSht 1 ]fi^ fi9§ liffmmi^pnk^

ont pris leur source ; là le mouvement social a commence j les gouvernements ont pris un caractère nouveau , comme la poësîe ; mais la croisade a été une merveille au-dessus de Fimagination des hommes qui en ont ëtë les auteurs et les témoins. Tous Tout vue , aucun ne Ta comprise dans son ensemble. Elle n'a été chantée que dans ses détails. C'est qu'au milieu de ces guerriers aussi enthousiastes que vaillants, aucun grand génie ne vint planer.

Les troubadours chantèrent la croisade ayant le départ , pendant le combat et au retour. Ils contribuèrent à animer Tardeur belliqueuse des nobles et des vassaux qui , assujettis jusque là à deux jougs bien différents entre eux , qui les entraînaient souvent dans des voies diverses, s'étaient réunis pour préconiser ce noble pèlerinage et y pousser tous les cœurs généreux : ces deux puissances du moyen &ge c'étaient le cleigé et les troubadours , les prédications et la poésie ^ ^ou pour mieux dire la chanson, mais telle que Tyrtée l'avait faite pour les Grecs et que notre époque Ta vue reparaître dans les inspirations patriotiques de Rouget de Lille ^ Delayigne et fiéi*anger , dans Béranger surtout qui ^ seul des trois , a allié le mordant des sirventes provençales au rhy thme patriotique des chansons de gestes ^

Malheureusement pour les troubadours, aux croisades d'Orient succédèrent les croisades de France : les premières avaient accru leur gloire , les autresL ruinèrent leur poésie , leur existence. La cour de Provence fut déserte et les troubadours malheureux , persécutés , ne firent plus entendre que des chants de douleur et de vengeance. C'est surtout à Rome qu'ils en voulaient^ à Rome dont le zèle apostolique s'irritait des libertés de leurs canzoni comme des hérésies des Albigeois. Aussi la plupart de leurs sirventes sontelles dirigées contre elle.

« Rome , lui disaient-ils , je ne m'e'tonne point si le monde est dans Fenreur , puisque tu as mis le siècle en trayaîl et en guenre » car mérite et miséricorde par toi meurent et s'ensevelissent...

« Tu règnes méchamment, Rome ; que Dieu t'abatte en ruines, car tu es trop travaillée de la fougue de tes prédications contre Toulouse y tu ronges laidement les mains , à la manière des serpens enrage , aux petits et aux grands. . .

« Que le Saint-Esprit qui prit chair humaine écoute mes vœux et te brise le bec , Rome ! car tu es fourbe et méchante envers nous 9 etc. »

a Le sain Esperitz Que receup carn humana Entenda mos precs , Sfragnatosbeçs,

Coin'e falM e trabna Vas DOS y etc. »

Le ddscspôir , on le voit , troublait la tête de ces pauvres poètes. Traques comme les Albigeois par le farouche Simon deMonfort , ils ne voyaient pas que le pontiFe Innocent pleurait aussi des ct^udutës des siens et anath^matisait ce Monrort ^iii ne s^inqùi^tait pas plus de ses anathémcs que du desespoir de la gaie science. Ils ëtaicnt persécutes j anéantis et ils s^en prenaient à la pensco prenîière de ces guerres affreuses qui avaient couvert le midi de sang et dé rumes.

Nous terminerons cet aperçu sur la littérature de la langue d*oc aux douzième et treizième aièclei» pal* h rëdt d'un des plus terribles épisodes de la croisade des Albigeois qui viendra à Tappui do ce que nous venons de dire , tout en montrant cv qu^était la proSc de cette époque et de ce pays.

Le 22 juillet 1209 , Béziers fut pris d'assaut, la ville ^ après un massacre général , fut réduite en cendres. L'historien contemporain raconte ainsi cet événement :

« Dins la villa de Beziei-s bob inirâts, ou fouc fait lo plas grand muitre de gens qtte Jatnas fossa fait en tout le monde; car a qui non eraspamiat vieil ni jove; non pas los enfan que popavan; los toavan et murtrisian , la quella causa vesen por los dits de la ville ^ se rctircgticn los que poudian dins la grant

glriTM de fan Naiary, tant homes fuefiemes. La ont k» çapalaa

de aquella se retiringuen , fasen tiras las campanas , tpanà tout lo monde fossa mort. Mais non y aguet son ni campana , ni capda reréstit , ni derc, que tout non passis per lo trinckeC de Pespaiâ) fiie nng tant solament tm seapet^ que ttOU Ali«tt mortset tuais, que fono la plus grand pietat que jamajdssptj ■e sie auiida et &cha; et la yilla piUadai meteguen lo foc pev tota la yiila^ ttlamen que touta es pillada et arsa , ainsin qœ encaras de presan, et que non y demoret causa yiyenta al mondo.*. ^ »

On toit que cette prose , toute languedooieniie^ est bien- plus facile à comprendre que les vers des troubadours. Noua croyons cependant enoOri devoir en donner la traduction pour en 6i«a mieux saisir Fesprit.

« l)ans la yÛIe de Bëâers sont entres , où fut bh le plus grand meurtre de gefis que Jamais fut fait en tout lé monde ; car là ne Alt ^argne yieux ni jeunei non pas mène ks enfuiaàk au» melhl ils te tuaient et meurtrissaient t kqueUe chose yue par liidilidelayQle» se recirèrent eeax qui le purent dans la grande él^MM de Saint-Naïaùre^ tant hommes que femmes. Les chapelains d'ibelle, quand ils s'y retirèrent , firent sonner les cloches jusqu'à ce que tout le monde fût mort. Mais il n'y eut ni son de clodesy ni chapelains en habits polatificaux^ ni clercs, qtd pussent empêcher que tous ne passassent par le tnuichatil de IVpéé. Xhx tant seulement sVchappa , qu'ils ne fussent tous morts et taés. Ce fut la plus grande pitië qui jamais deptais se soit «lue on fiûlsi et h yille pÛlëe , ils y mirent te ieu partout, tellement qut tout entière eUe fut pillée et brûlée ayec tout ce qui

ie trouvait decUuDi comme elle demeure* jvi^'à co jour. II 1^7 demeura chose Titante au monde, »

La langue d'oc était prête à se fixer , lorsque cette longue catastrophe , ces massacres et Tasservissement de la Provence et du Languedoc dë« truisirent le caractère national. Alors la littérature italienne 1 qui empruntait à celle de Provence ce que celle-ci avait pris des Arabes , resta seule ; toute rivalité s'éteignit avec les troubadours ^ qui emportèrent avec eux la gloire passagère de leur idiome, malgré les efforts que la reine Jeanne et le bon roi René firent plus tard pour les sortir de l'oubli.

G^est donc en Italie que nous sommes naturellement transportés ; THomère du moyen âge nous y attend^. Génie vaste , esprit pénétrant , imagi« nation ardente , connaissances étendues , rien ne manquait au Dante ; aussi , laissant de côté la tourbe des poètes imitateurs ou rivaux des troubadours , abandonnant la lingiia cortigiana en faveur dans sa patrie , et le latin qu'il avait quelque temps préféré , il s^éleva et par la pensée et par le style à une hauteur teUe que ses émules 1 désespérant de le suivre y se contentèrent de battre des mains i son vol audacieux. Il s^était 9 en effet j élevé si vitCi et si haut que Tenvie même ne put l'atteindre v,

Awim jpoMiç encore R'rtvf^it for^pmpnt remwrf

les ftm60 1 aucuii philosophe n*ayait remue la pensée , lorsque Dante , profitant de ces matériaux informes» de cette langue à moitié faite que lui livrait le siècle en travail ^ ccmstruîsit cet édifice imposant comme Tunivers dont il était Timage. Au lieu de chants d'amour éternels y de lais plain» ti£i et de monotone» sonnets ^ au lieu d'allégories froides ou forcées y seuls modèles qu'il eût à suivre » il conçut tout un monde invisible et le dévoila aux yeux de ses contemporains étonnés * Le choix de son sujet était déjà une conception de génie y car ce sujet difficile , épineux^ inabordable était alors le plus populaire , le plus reU« gienx j le plus étroitement lié aux souvenirs de patrie y de gloire ; de parti y puisque tous les morts illustres devaient à leur tour paraître sur ce nouveau théâtre. La dmna CommeéUa , que nous n'entreprendrons pas d'analyser , a pour héros Dante lui-même et Virgile; Virgile, objet de son admiration constante , est là pour lui expliquer les mystère^ de cet enfer qu'il doit connattre puisqu'il Ta décrit » car Dante adopte toutes les fables païennes qu'il fait servir ou conune sym* boles ou comme poésie à son œuvre gigantes-» que. Il mêle sans cesse aux vérités de la Bible les mensonges du paganisme y sa poésie enlace

tontw Ion Y^^^^ ^' P^^' 1» gr^ndç ombrç ^ sa

Béatrii ^ qui le fait délirer ri souvent 9 pbne mxt tout oda ^«

. Pendant la semaine de Pâques de Tan iSOO^ le poète égare dans un désert près de Jiâ*usalem arrive aux portes de Tenfi^ 9 Virgile devient son guide , et p&ndànt cette intenninaUe promenade ee déroulent tous les trésoni de poésie qu'on connaît et qui ne peuvent pas titre nûeux nommés que de e6 nom àmna Commeâut^

Tout 9 dans ce singulier Uvre ^ ne doit pas éti^ doiiné au génie inspirateur. Dante avait été bien inibrtunéy il avait une àme de feu, mais une âme impladable* Guelfe ^ proscrit par les Guelfes ^ il s'était fait Gibelin , et ce fut ainsi , passant d'un parti à l'autre , et d'une souffrance à l'autre | qu'il composa son sublime ouvrage. « Ge travail ^ dit un éloquent écrivain > n*était pas seulement une préoccupation poétique , c'était sa vengeance^ ro'étaitsonarine. Maître de l'enfer 9 du purgatoire «t du paradis ^ les possédant par droit de génie ; il pouvait ) là , donner des places à ses ennemis età «es amis. Get exilé , ce banni que vous aviet diassé de Florence ^ dont vous aviez xédigé la «entence de mort , il avait à peine un asile , il était obligé , comme il le dit , de monter et de redescendre l'escali^ d'autrui y et de sentir combien est amer le pain de l'étranger. Cependant il

était bien plus puissunt que vous. Du milieti 4e sa fuite ^ de son exil , il y pensait , il ëcrivaît ^ il punissait ses ennemifi. Il y avait trois hommes qui s'ëtaient . montres ses persécuteurs ; . il ne les tuait pas , il les laissait à Florence ; mais il (UsaH dans ses vers que ces trois hommes ëtaieiri^iaortdi qu'il les avait vus dans Tenfer , que le«uf» corps n'avaient plus qu'une apparence de vie animée par des démons. Ces récits terribliss faisaient fuir les Florentins à l'approche des trois danmés vivants qui , eux-mêmes peut*^étre| n'étaient pfta sûrs d'être en vie , et ne savaient s'ils n'étaient pas en effet des démons ^ et si le poète « n'i^vait pas raison.

Voilà la véritable puissance que Iç génie de cet homme exerçait sur ses contemporains. Voilà ce qui vous expliquera sans peine pourquoi ses chants étaient répétés partout , pourquoi il avait mille occasions de s^impatienter^ en rencontrant un forgeron ou un ftnier qui estropiait quelquesuns de ses vers. Celle gloire populaire était mêlée de je ne sais quelle terreur mystique qui s'attachait au nom , à la présence du poète.

Vous savez celle joie de Démosthènes, le jour où il entendit une femme du peuple , disant : t Vois-tu cet homme , c'est Démosthèn^« >^ Le Dante recueillait souvent ces témoignages naïfs

d'admiration populaire* A Vérone , passant près d'une porte où plusieurs femmes étaient assises , il entendit une d^elles dire à voix basse : « Voyezvous cet homme , c'est lui qui va en enfer , quand il veut , et qui en revient y et qui rapporte des nouvelles de ceux qui sont là-bas ; t et une autre répondre : « Ce que tu dis doit être vrai ^ ne vois-tu pas comme il a la barbe crépue et le teint noirci? C'est le feu et la fumée de Tenfer. » Il sourit en continuant son chemin , et ne fut pas ISkrhé de cette crédule terreur qui donnait plus de foi à ses vers.

Ainsi votre pensée se figure cet homme de génie mêlé à ses contemporains ^^.

Pourquoi sommes*nous forcés de Fabandonner sitôt ? il nous eût été doux de le suivre dans sa course poétique malgré Pefifrajante inscription qui domine la porte de son enfer :

Per me si Ta nella città dolente Fer me si va neireterno dolore Per me si va tra la perduta gente

Lasciate ogni spcranza voi ch'eDU'ate.

£t niaintena^t d'où viept; que ce poème en cent chants que Ton a coutume de placer sur le

même r9ngqucriUif)d<p est 9ujQur4'lmi plwadmiré

sur la foi des savants que lu ? c^est que les longs détails, les interminables discussions thëologiqaes^ les expositions de doctrines, qui y jettent pour nous tant de difilcuUës et de langueur , étaient pour les hommes du quatorzième siècle une source inépuisable d'institiclion. Que , dans une ficlioii éblouissante de poésie , le poète retrace un char ailé , trainé par un griffon merveilleux y précédé de vingt-quatre vieillards , de candélabres d'or et de toutes les pompes décrites par Ezéchiel \ que ce char s^arréte j au milieu du cantique des anges f à Tapparition de Béatrix ; qu'un aigle se précipite sur le char , et y laisse une partie de ses plumes ; qu'un renard s'y glisse ; qu'an dragon s*y attache; qu'une prostituée s'y vienne asseoir ^ qu'un géant la saisisse j et que le char entraîné disparaisse avec elle dans la forêt , tandis que Bëatrix demeure au pied de l'arbre de la science : l'imagination des contemporains aimait à travailler sur ces allégories. Ce char était l'Église ; ce griffon ^ Jésus-Ghrist i et sa double nature ; ce renard , Fhérésie trompeuse ; cette prostituée y les mauvais papes; ce géant , Philippele-Bel.

Gela était compréhensible alors et plein dMn« térét , ce n'est maintenant ni Y an ni Pautre*

La théologie | la politique et Tamour f les trois

grandes puiasances de ce siècle , semblaimt ne pouvoir marcher qifunies et de concert t nous tyCMis vu Bëatrix sans cesse xaêlée à la longue division des Guelfes et Gibelins et à la peinture de l'enfer et du paradis , Héioïse prendre place à nâtë d'Afa^lard y dans les écoles et dans les discussions thëologiques ; nous allons voir Laure se miUèr «u triomphe scientifique de Pétrarque et monter avec lui au capitole.... C'était plus qu'un ^eniûnont , c'était un besoin de Phoque. De ces Irois femmes célèbres , en effet j Héloïse est ia «eule qui ait été réellement unie à AbiAard; Laure b% Bëatrix sont des fantômes sublimes qui auîyaiant les poètes dans toutes les phases de leur wia 4Bt se liaient dans leur imagination à toutes Ans TÎcissitudes de la gloire et de Tinfortane.

Pitraïque, fils dun Florentin, exilé comme le Dante , naquit À j^rrezzo , en 180b , mourut ii Arqua , en 1^1 k y et dans ce long espace , il imprima il la littérature italienne un mouvement WWB les eciences que l'Italie et la France ont ou*

iilié pouri^e s'occuper que de ses canzoni

PéliPanque , Pami des princes de Parme $ de Milan et de Fa Joue , plus admiré , plus vénéré que tous <Qes petits potentats dans Dtalie et le midi de la France, Pétrarque, régulateur de la science etdes i«tta0S«e|i Italie I n'est plus pour nous que Tamaot

de Laure. C'est que sa tête saula aViaMpiit de la recherche des manuscrits latins , et que s<m cœur tout entier était à Yaucluse. Yaucluse y pour la gloire de Pétrarque , est plus que le CJapitole : c'est là qu'il apprit de la religion chrétienne cette pureté de pensées , cette daastQté d^ tendresse , charme divin de Pétrarque , poésictoute nauvelle, inconnue à lltalie modwne comme ^ l'antique Italie 11.

Energique, concise , mais âpre et saccadée dans le Dante , la langue devient avec P^trarquQ souple et harmonieuse. Les expressions .sWçuci^ent et s'épurent comme les sepitime9ts. Prépur9eur de TArioste et du Tasse , il achève à» fafOiiitf r pour eux cet instruxoent souple et brillant que Dante venait de créer.

Nous ne reproduirons qu'une seule poésie de Pétrarque , la Fontainç de p^aucluse ^ qui aura pour nous un double cliarme

Chiare , fresche e dolci «ofU^ Ove le belle membra Pose colei che sola a me p^^ Qfuui»; Gentil ramo , ove piaof ne ( Gon sospir mi rimemhra ) A lei di fare al bel fianco coloa^a ; Erba e fier ehe la gonna Leggiadra rwv^ae

Ooo TangeUco leno ;

Aor Moo ioreno

Or'amor oo'bagli occhi il corm*«perse}

Date udicDxa insieme

Aile dolenti mie parole ettreme.

S^^li è pur mio destiDO , E'I cielo in ci& s'adopra , Gk'amor ^ett'ocohi lagrimando ddada ; Qualche grazia il mesehiDO Gorpo fra roi ricopra ; E tomi ralma al proprio albergo ignuda. La morte fia men cruda , Se questa speme porto A quel dttbbioso passo :

Cke lo spirito lasso Non poria mai'n più ripoiato porto , Ne'n piii tranquilla fossa Fuggir la cane travagliata e l'oisa.

Tempo yerri ancor fbrse Ghe aU'usato soggiomo Tomi la fera bella e mansueta ; E \k V*ella mi scorse Nd benedetto giorno Volga la Tista dcsiosa et lieta Cereandomi : Ed , oh Picti !

Già terra infra le piètre Vedendo , Amor l'inspiri Inguisa che sospiri Si dolcemente» cke mereè m*impetre|

E faccii^ forza al cicio Asciug.indosi gli occhi col bel vclo.

Da' bc' rami sçeodea , Doice noUa memoria , Una ptoggia di fior soyra '1 stio grcmbo; Ed ella si sedea Umile in tanta gloria , Coverta già dell^ amoroso nombo :

Qttal fior cadca sul icmbo , Qttal suUe trecctc biondc ; Ch* orofoi'bito e peile EraD quel d\ a vcderle :

Qoal'si posava in terra , et qunl su l'onde : Quai €on un vago crrore Girandoparea dir : qu\ r^gna Araore.

Quantcvolte, disa^io Allor pien di spaycnto :

Coitei pcr fermo nacque in paradito :

Cos\ carco d^oblio Il divin portamento El yolto , e le parole, eU dolcc riso STateano , e s\ diviso Sair imagine vera ; Cb'i* dicea sospirando s Qu\ corne venn'io ,ao quàndo ?

Crcdendo esser in ciel , non là dov'era. Sa indi in qua mi piace Quest*crha 8\ , ch'nltrovc non ho pncc, IV. S3

Se ta tnssi omamoiti fiuoitltti yn^ijSàf

Potmti Afdituiaite

Uscir del bofcoy e gire infra la gcnte ^*.

Voici la traduction. Quelque fidMe qu'elle puisse être j elle ne reproduit pas complètement Toriginal : Pétrarque, comme tous les grands poètes est intraduisible.

«Glairesy fraîches et douces ondes, où celle cpii me parait la seule fiemme qui soit sur ia terre, a plongé ses ncvibres délicats ; heureux rameau (je me le rappelle en soupirant), dont il lui plut de se faire un appui; herbes et fleurs que sa robe dégante renferma dans son sein pur comme celui dea anges , air serein et sacré, ou planait l'amour quand il oatrit mon oœnr d'un trait de ses beaux yeux , écoutez tous en^emUe mes plaintifi et derniers accents.

« S'il est de ma destinée» si c'est un ordre du del que ramoor ferme mes yeux et les éteigne dans les larmes., que du mdos mon ébrps malheureux soit enseveli parmi tous , et que moo âme^ libre de sa douille, retourne à sa première dcmcoie. La mort me sera moins cruelle, si j'emporte, à ce ppssage donteux, une si douce espérance. Mon âme fetiguée ne pourrait déposer dans un port plus sûr ni dans un plus paisible asile> cette chair et ces os éprouvés par de si longs tourments.

« Un temps viendra peut-être où cette beauté douce et cmeDe reviendra visiter ce séjour. Elle reverra ce lieu ou , dans un jour heureux à jamais^ elle jeta sur moi les "jeia,. Ses rq^ards carieux s'y porteront avec joie. Mais , 6 douleur I cQe ne Tena plus qu'un peu de terre entre les rochere. Alors, inspirée par

Vmtmf fA9 9gapir«ra « douMoeiit « 4«'^ obtwiclra vwa pudoD, çt qfC^mjm 9e$ yeux aycomi bçau voiby «Ue ftr» .Tiolenoe au ciel mâiQQ. ^

« De ces rameaux (j'en garde le délicieux souvenir ) tombait une pluie de fleurs ^i descendait sur son sein. Elle était assise^ lundde au milieu de tant de gloire , et couverte de cet amoureux nuage. Des fieurs volaient sur les pans de sa robe , à*9xire$ sur H$ tresses bkmdes ^ qui ressemblaient alors k de l'or poli , gami de pertes- X^ unes jonchaient la terre, et les autres ilotteieiit sur lesondoBi; d'autres, eu voltigeant l^irement dans lesairsn semblaient dire i Ici règne l'amour.

« Combien de fois alors , frappe d'ëtonnement , ne répétai- je pas : Sans doute die est née dans les cieux ! Son port divin , son visage , ses paroles et son doux sourire m'avaient £dt oublier tout c« qhi n'est pas die : ils m'avaient tellement séparé de moimâne> q«e Je disais m soupirant : Gomment $uis-jeid> et ^and y ixA»i/à ^9mfh croyais être au ciel^et nonoù j'étais o« effelt Depuîa i!e JQUTi je xm plai§ tant sur cette borbe fkme q[ue par^ tout aiUiëuii je ne puis^ rester en pai^» -^ Et maintenant » m^ verSy si votre beauté égale vos désirs , vous pourrez sortir du bois et parcourir le monde ^'. »

Apvà9 h inoésie » k proae. Ifoms avena tu bt fxwàiènt i'âever toutsà^o^p au^deMis àm pa4l^s ÔM nutres iiatioii& auropëenoea , au^deasu» du httà» é^néréi La prose, avec Boccaoïs^ , va axàne ^ ^im ; ek fixer la langue encore inoertaiM ds l'ïtalie.

BoGcace. vmit dans la cour corroiupue d^ iwukB de Napleaf il avait suhi la me 4» €«tle

rdno qui f pord«tit Vépom (fii^eWë È^ét^H â&tÉné p»r un ctime f en olioit^it tifi ttoitAèinË f puià nn qmitihne , Gi p^it étranglée ; bdlë ^ puiMinto et voluptueuse encore. Le» tnceuf» de cette coar fivifietit influa fiur le ge'uie de Boccuce. Si Ton en Juge pur M Gfiêelidiê ^ il aurait pu m faire «dmi' ter datia un autre genre où le ccBur et 1« yerto euMeut eu plu» de part. Naplea et êm tempa en ordonnèrent autrement* CW ain«i quil faut expliquer ce contraste bissarre et pénible entre le prologue du Déoum(^.ron ^ Mn cbef«d^oeutre| et le Déccméron lui-m^nie. Comment li côt^ dé cette horrible contagion , di^crite avec tant de vigueur et de talent ^ a4-il pu placer de» conte» griviri» ^ et de» récit» d^amour plu» »ale» encore que volup« tueux« «Je reconnai» f dit M« Villemain ^ dont le goât t»t »i pur 9 je reconnai» dan» le Déoaméron la vie de Naple» i Boccace e»t in»ouciant comme le» maftre» qu^il avait »ervi»« Il avait vu cette cour de Jeanne oà le» crime» »e mêlent aux Ute»^ oe» apectacle» de »ang et de aupplice» qui fi1oter« rompaient pa» le» dan»e» du palai» | H avait vu octte reine I Intrépidement frivole^ &rapproeli0 d^une invftrion de barbare»^ abandonnant im état» & letir vengeance t et ramenant bieiitét la cour brillante dan» Naple» »accagé6 1 fuyant et revenant en(;ore« Cette per»évérance dan» let

plaisirs, au milieu des pi>rils et des m;dliciirâ d'un peuple, lui servit do jnodMc : c'est rinspiralion qui a diolélcsiugulier ipldiadaDecamemii. »

On voit , on sent , en lisant Boccace > qn^il est nourri à IVcole de Fantiquite' ; et cela est si vrai, que de cetamas dWduresdont le Tond est puise, soit dans les vieux fabliaux, soit dans les anecdotes du palais de Jeanne, sort une langue faite , fixëe , adoiirable , et d'une pureté parfaite. C'est que Boccace n^avait pas ëtudid en vain Cicëron et tous les grands écrivains du siècle d'Auguste.

Parlerons-nous des auti^s écrivains de Tltalic du treizième et quatorzième siècles? A quoi bon , puisque Dante , Pétrarque et Boccace les résument et les surpassent tous dans trois genres bien divers ^*? Aussi bien n'avons-nous pas la prétention de faire un cours de littérature , et notre excursion, déjà si longue dans ce domaine, est loin d'être terminée. Après la Provence , le Languedoc et ritalie , r£spagne nous attend encore , et puis le Nord qui va réclamer une place tous les jours plus grande et plus importante.

ipiîous avons déjà parlé du Cid et nous y reviendrons encore , car ce poème est pendant plusieurs siècles, le plus beau , et presque le seul aliment de la littérature espagnole.

lic héros des Espagnes , qui contribua tant à

fonder , à ëtendre et à consolider la monarchiei se trouve lie à tous les souvenirs de gloire , d'amour et de chevalerie de la nation. Le poème qui retrace ses actions est écrit sans prétention^ sans art, mais admirable de naïveté et de force, il caractérise parfaitement les honunes de ce temps, il nous fait vivre avec eux et nous séduit d'autant plus que telle n'est pas son ambition.

Sous le rapport du style , le poème du Gd mérite moins d'éloges: comme Pioeuvre de Dante il était en harmonie avec les mœurs de sa nation, mais il ne contribua pas le moins du monde à former la langue qui avait fait, un siècle après, de remarquables progrès. Il n'est guère possible d'en juger par quelques vei^s ; néanmoins nous en citerons, ne fût*ce que pour donner un spécimen de la poésie de chaque nation. Nous trouverons, dans Gonzalo de Berceo , une peinture du jugement dernier, dans laquelle il nomme Dieu Valcade justicier^ et il dépeint ime bataille rangée des pierres qui s entre -briseront comme du sel et sous lesquelles périra le genre humain. . . Mais quelle que soit la magnificence de cette singulière poésie, fort renommée en Espagne, noas préférons citer un morceau de Juan d'Astorga qui écrivait vers 1250 , et qui a laissé un poème en Phonneur du héros, du conquérant héritier de la renonomée du

Gid, car il faut absolument à FEspagne un héros à célébrer, et faute d'autre, on était remonté jusqu'au conquérant de l'Asie, jusqu'à Alexandre, le plus grand des cheyaJiers errants.

Dans ce po^e brillent éparses, au milieu des plus risibles anacfaronismes , quelques beautés vraiment épiques. Le début est pompeux :

« Qaiero leer un libro de on noble rey pagano, Qae fne de grand esforcio , de corazonlosano; Gonqai5to tod'el mundo , metiorso sa mano... »

On remarque surtout la description des armes de Darius, qui^ à moins d*étre une heureuse rencontre avec Homère et Virgile , semble indiquer dans l'auteur la connaissance de ces maîtres du genre ; la description de Babylone , décrite avec une certaine magnificence; celle de la tente d'Alexandre, autour de laquelle étaient peints les douze mois de Tannée ; enfin des sentences morales jetées. au milieu du récit. Je citerai de pré-^ férence , à cause de leur brièveté , ks premières strophes de la peinture des mois :

• • • « Estabo don Janero a todas partes catando, Gercado de ceniza sns oepos acaxxeando , Tenie gruesas gallinas , estabalas asando; Estaba de la percha longanizas tirando.

« EsIaIxi doD Fcbreru sos manos cdicnUndo » Oras facic sol ^ oras sarracrando Vcrano ê invicrno ibalos d' slrcmanilo , Porqnc era mas chico scicse qucrellaiido*

« Marcio habio grant pritsa de siis vinnas LabMr, Priesa de podadoiTS^ c pricsadc cavar; Los dias é Lis noches (acirJes îguar j Facîc avcs c bestias en ze!o entrar*

« Abril sacaba hucstcs para in gucrrcar , Ga habic alcaxcrcs grandes ya por scgar ; Facie meter las yiniias pora viiio levar , Creoer micses e' yervas , los dias «longar.

« Sedie d nés de Mayo ooronado de flores» kkjtèJûdo los eampos de diyersas colores , Organeando las Mayas e' cmtando de amorcs^ Espigando las mieses que sembran hbradorcs. «

A rëpoque de Lorenzo, la prose, qui a toujours eu la poësie pour aînëe chez toutes les nations de la terre , sans doute parce que chex les hommes Pimngination devance la raison , marchait ddjà sa rivale. Pendant la formation des nouveaux idiomes , le latin était toujours reste la langue écrite, la langue politique et judiciaire» et b langue des sciences. Citait en latin qu'étaient rédiges les trajtés, les lois, les chartes, les privilèges, les jugements, les actes do tonte cs|>èce;

- SGI —

c'ëtail en latin que le* moine de Silas avait dcrit sa vieille chronique; que Lucas, (évoque de ïuy, Tavait continuée jusqu'à la mort de fiérengèroi femme d'Alphonse IX; que le cëièbre Rodrigo Ximenez de Rada, archevêque et général, avait écrit j dans ses quartiers d*hiyer, Thistoire des Gotlis , celle des Alains 9 des Suèves et des Vandales, celle des Romains et celle des Arabes; que Pedro Juan, savant médecin portugais, qui devint archevêque de Braga et pape , sous le noin de Jean XXI , avait écrit son Thésaurus pcuâpe" rum^ et d'autres ouvrages d^hygiène et de philo* Sophie médicale. Ce fut saint Ferdinand qui permit le premier l'usage du romance, ou langue vulgaire , dans les actes publics et privés , à peu près dans le même temps que Philippe-Auguste permettait, en France, l'us«ge du Français ".

De la loi, la prose possn aussitôt dans les lettres; le roi Alphonse X, qui s'occupait iMa fois et avec bonheur, d'administration, de sciences et de litléralurc, la popularisa encore vers la fin du treizième siècle, mais la litlérature, lu vruie littérature, fut morte jusqu'au quinzième siècle. 11 semble que pour naîlrc et se développer, son génie attendit lu découvciic <ruu monde. Jusque là, nous l'avons dit, lo Gid occupe tout, il

£t| eiifioj pour le quatorzième siècle, nous citerons Tcxtr^iit d'une ordonnance de Fëvéqne de BletZ;, Adlictiiari du i6 septembre 1332, qui est un appendice aux conciles de cette époque dont elle fait connaître les mœurs.

D*après celte ordonnance il est dëfeodu aux moines t

*, « t^ De porter des iolers destrandiiéft corn ebeualiers f àa chanwefde colour, des robes des pons prcciouses et sintcs de siih turcs d*argeDt «aec las on noires de soie si estroits oom dAmoiselles , et des flot tant qu'ils puissent couurir leurs espaules.

« S* De cliea«ittccr à grans espces com ung conte les iambes deseounrtrs.

« S* D*aller de neu et de ior en place commune , en nosscs, en danses et en aultre leus que ne sont mie a dire.

« ^^^ De roenjucr en iardin aiiec femmes séculières rt nonaios â grant foison de mcncsincs. •#••••»

Quelques progrès se font sentir dans ces trois fragments 9 mais ils sont peu de chose avant le seizième siècle*. Voici im fragment d*un autre genre, il est assez curieux pour être i*apportë. Ce sont des vers chantés et rdcitds en Thonneur de la Viciée. Le latin est note en plain-cliant : .

a De chaoter m'est pris envie

De Rcgtna cœlorum Qui porta le fruit de vie

Cibori-t ju^torum

Panis làus aDgelormn Qui siirtouz a seignorie In ailla beatonim.

Seinte Vierge netc et pure

Sine viri macula Flor de toute crëatare

. Populoram glûria

Domini puerpera Poita le Dieu de nature

Absfiue yidencia.

C'est le roi de majesté

Splendor etenim Patris Qui couvrit sa i&ié

In nube daritatis

In utero virginis Vesti notre humanitë

Ut esset passibilis*

Cil ^i por nous vost morir

Caritate nimia De ses cieux vint nous servir

Dulcia sérvitia ,

De patris sentcntia Vost son service accomplir

In obediencta.

Bde et bonne I preux et sage*

Decorata virtutum.

Sanz pechië d'orne et Sans tacbe

Conccpisti Filium

Redepq^lCBi gentium i Pour famor d'un Teiii %Mfe Sohit mortb debituni.

Trictos diris ymcolis Es batta par grant osUge

Acerrimis flagdlis

Corpus fluens aangninis En sa mort soust le domnage

Nursu primî hominii*

En la croiz fat mis le lire

ImmoIandii4 popuUs Peine soustint et marture

 perfîdis Jad«Î9

Repletus ob propriis Leqael sanz fiel et w» ire

Deyoratur a liipb*

Des langq«ft ^ det d^QS «gu«8 ,

Percusserunt domimmi Gomme gUÎTQs es molues

Clamantes contra iUmn

Cnicifigerunt eum »

Au cuer li aant enbatim

Secundum psalmum «eptiiftiuil»

L'ire i fut delor courage

Ad instar serpentium Pleine de loortdi ostrage

Quasi Tiruf a^idttm

FroBens «drmui Jkm Por Fangoiise de leur ri|e Grodfizemnt Jemim

Li doux cofté li perderept

Gens misera j crudelU Et le cors li deipederrat

yirgatum corrigUs

AfiUctus miserii»

Le seint chief li traDiperoeieot

Cofime ecoleis.

Les durs dos I la cruel hnee

Sustinuit fortiter Et mit son cors eu balanee

In cnioe viriliter

Transmiserabiliter Soufiri despiz et yitançe

Fro nobis bumiliter*

Quant la Vierge reguarda

Filium ^em genuit Tremuerunt viscera

Angustia dduit

Gladiis pertransivit Son cuer et s'ame perça

Plusquam nuqtis fuit.

Dame de glaiye enayrée

In corde maternali Mère de deul aoourëe

la morte horribili

Seoundum dictun justi Fu la parole aurëe looraprophetali.

Loi plaies ensangla&ttfei

Torquentea cor virginis Eotane li sont entrées

Repleto aDguatiia

In paiiione crucis Li furent représentées

In angore doloris.

Trop ot dolor ot hontage Propter genua kumanum

Par enibr fist son passage Yisitâre populum Fraude fracta demonum

Qui se sooit en Tumbrage Inlêmi tenebrarum.

Mole noua a fait davanuge

Sanotus Paler luminum Qui son Filt mist en servage

Pro ulute hominum

Liberayit miserum Par ion sano mist bon lotage

Spoliavit infemum.

Nous derrions bien remambrer

Taie benefieium Que nous pusson cscKiTcr

Morl»lç|Mnculum

Percruois patibulum Vous YOt le filz rapder Intra paternam domum*

Gl qui est en voie et vie

Veritas remedium Nous doint conseil et aidie

Nunc et in perpetuum

Fons dulcedo^dulcium Nous maint en sa compaignie

Ad eternum gaudium. »

Amen.

Le livre du treizième siècle , dans le nord , c'est le Roman de la Rose. On voit alors Tantiquitë se faire jour et pënëtrer cette littérature rude et vierge. Le Roman de la Rose qu*on serait souvent tenté de croire original , n'est que la glose de VJrt d'aimer d*Ovide , entremêle d'abstractions thëologiques et de subtilités scolastiques ; car ici comme ailleurs, la théologie, la scolastique et Tesprit chevaleresque sont partout, se mêlent à tout. Le sujet de ce poème allégorique , divisé en cent chapitres , est unç rose que Vcunant ambitionne de cueillir; amour, bel accueil, franchise, déduit y pitié j etc. , favorisent son entreprise sans cesse renversée par faux '-semblant, jalousie^ dangier, et autres... Le poète Guillaume de Lorlia , est lui-même le héros de son épopée amou- IV. U

reuse , que de nombreux i$piMdes et de longues digressions sérieuses viennent trop souvent refroidir. Enfin Pâmant cueille la rose et Touvrage

finit.

Le voile de l'allëgorie est transparent et se ressent de la liberté des mceurs du temps. Ce roman contient plus de vingt- deux mille vers de huit syllabes y et fut Fouvrage de deux poètes qui y travaillèrent successivement. Guillaume de Lorris avait d*abord choisi et traite le sujet ; quarante ans après sa mort, Jehan de Meung j surnomme Clopinelf entreprit de le continuer , mais air un plan beaucoup plus vaste. Ce poète ay^ait de l'im»» ginatiop et de Térudition ; il abusa de Tune et de lautre. Guillaume de Lorris n'avait point dépassa Iw bornes de la décence ; son continuateur , noa seulement les franchit , mais enocHre n'hésita point à s'aj^laudir de son audace , et même il VéngBfk en principe.

Ce fiit vraisemblablement lors de la publioatien du romau entier , tel qu'il avait été continué on arrangé par Jehan de Meung, que commencèrmtf les critiques et les censures.

On reprochait à 1 auteur d'avoir fait la attire de la plupart des rangs de la société , et aiirtoiit d'avoir offensé les mcrars par la licence deapeosées^ des descriptions et des images* Mais lUocs»

çmom» k d'wtreft époque» , acfs justes «ujeU de plaiiil# 4tiaeiit loîn de noire à U vogue de Tonvrage; il a été reconnu que l'une des osmses du «uocàs da BonuiQ de le Rose, ce f^fetit les f^iroisfaee mêmes , les eccusations qui le dëoooeCreat eofosie scandaleux» Les moines et les dames y sont surtout maltraités i7.

fin résumé , des peintures gracieuses , des traits eetiffiqpies, des all^ories fort libres» un stjie toujours fiieile et parfois élégant, furent les priompiles ewses du sueeès de cet ouvrage ^ sue^ eès qui se prolongea si long^temps , quVn siècU 0prks h pu])|ieation du Koman dç U Bose 9 m docteur reeommandeble par son érudition, sM ^oqpaeneé et son eanctère. Je célèbre Genoii onot jienrir la religion ^ la morele 9 en attaquenf: direebnoent ce poème ^ qui était encore très ré* poMltt ot trxès goûté.

TeUe ^seit e^^endent Tiiiflueriçe qae ronTp^ige ettoqvé offii esm^ sur la litténliiref que m» terrible antagoniste et d'autres edfe^iyeiFesi qw pvniml tour^4*4ouf , s'^sienrir^j^t eupc-r^llvies ma fotmm poétiques , que ranjteur d» Acxmae de la roee eyait introduites ou mises k la jx^ode ^^«

L'écrit du docteur Gerson, dit M. Bajuouard| est intitulé : }. GmsQun^ doctpris et canceUarii Parimnms^ Tmctatus conUn Bs^ulakum w

RosA, qui ad illicitam venerem et Ubidùiosum amorent vtriusque statâs homines quodam UbeUo excitahat.

On voit dans ce traite que le célèbre chancelier de l'unirersitë crut un matin (le 18 mai de Tan ikOfi) un peu ayant son réveil, s^éleyer à la cour de la Sainte chrétienté.

La Justice i siégeant sur le trône de VÉquité^ était soutenue par la Vérité et par la Miséfir corde; à l'entour s'étendait sa noble compagnie , la milice et le baronnage de toutes les vertus telles que la Charité ^ la Force ^ VHumilUéj la Tempérance^ etc. V Esprit subtil j joint à la Raison^ était le chef du conseil, et avait la Prudence et la Science pour secrétaires ; la Foi CBsi- TIENNE et la Sagesse divine formaient le conseil étroit ou secret; la Mémoire 9 la Prêwyasnae^ le Bon sens , et plusieurs autres personnages , étaient des auidiliaires; X Éloquence ihéolo^up$e servait d'avocat , et le promoteur des causes » c*é* tait la Conscience.

' H vit tout-à-coup la Conscience se lever et pré* senter la plainte de la Chasteté j car la dhasiete elle-même n'eût jamais voulu rien dire , ni même rien penser de déshonnéte...

Gerson n'employa pas seulement cette forme si goûtée alors , il attaqua le Roman de la Rose

m chaire I et s'ëleyant contre les libertins qui étaient cet ouvrage comme autorité , à V effet de Mre et de prononcer des mots malhonnêtes et licencieux : « Hommes sages, s'ëcriait-il, arrachez ce livre dangereux des mains de vos fils et de vos filles. Si je possédais un exemplaire du Roman de la Rose ^ et qu'il fut unique , yalût-il mille livres d'argent, je le brûlerais... » Après cela, on nous pardonnera de ne point en citer de fragment...

Les chroniques de Froissard sont , avec Toeuvre de Nangis et de Clopinel, le monument le plus carieux de Fépoque, celui qui en réfléchit le plus complètement et le plus naïvement les mœurs prises du côté sérieux et du côté romanesque, la politique , la vie sociale tout entière. Si le Roman de la Rose est le roman du treizième siècle, la chronique de Froissard en est Thistoire; histoire sans plan, sans choix, sans critique, sans méthode, sans idée générale ; mais histoire pleine dHntérét, parce qu'elle a de la vie et de la naïveté. Les événements européens de cette époque sont intéressants et importants. L'histoire naquit des événements ; ainsi pendant que Yillani s'élève en Italie , qu'Ajrala porte dans les chroniques espagnoles son naturel âpre et son éloquence nue, Froissard raconte en France; il se fait lire et écouter avec charme.

Quel était Froiseard? Un homine d'Éf^f un bon chanoine de basse extraction ^ et cependant aes poëaies ne 80i:it que récits de guerre et d^amwr^ Mais il faut prendre le quatorzième sièole <mbdm il est f et ne pas s'effaroucher de voir un derc faire un tolume de poésies galantes , ne rester 6D place nulle part, être toujours à la suite des Atoi et des noceSi mcfkier joyeuse vie et laisser son ar^ gent ehea les tavemiers.* . Tout cela, noua Fatoas déjà yti par les actes des concileS| était alors fort aiitiple. Il ne cherche d'ailleurs pas à eVn dé* fendre. Voie» ce qu'il éc»*it luinnâlne y ayant que Tenyie le prit de se faire htstori^ê wrwU :

« Aa boke je prends grant pkisir :

Aussi fai-je en beaus draps yestir»

En yiande fresche et nouvelle , Quant à table me voy servir , Mon esperit se renouvelle.

Violettes en leurs saisons , Bl tesH Uanebes et teimeilkt Voy volcttUers ; oar c'est raisoasi £l dMiabines pleines de candeilissi Jtax ft danses et longues veilles »

Et beaus lids pour li raireschir , Et au couchier , pour mieulx dormir , ÊpiceSy dairet et rocelle; En toutes ces choses vâr Mon esperit se renouvelle. »

Cas yen ont un ohanne naïf et gai qui le r«^ trouve dans ses chroniques : « Je suis Iiistorien» di« sait^il en se présentant dans les châteaux et les chaumières, les villes et les hameaux; je suis hia^ torieiii racontez et j'écouterai, » £til faisait des questions sur toutea choses, et toutes choses lui itftiueQt dites. • •

Froissart parcourut la France, la Hollande, VAngleterre, l'Italie et d'autres pays, mont^ sur un bon cheval, et menant souvent en laisse de grands lévriers, partout fétë et choyé, partout interrogeant et écrivant, •• C'est ainsi qm nous sont advenus ces précieuses chroni^iea qui mm égaient encore au bout de cinq oents ans, et qui noua font passer tant de longues soirées d'hiver ^K

La France , dit avec raison M, YiUelnain, eat trop mâlée à l'Angleterre dans le quatoraième siècle pour ipie nous puissiez bien oonnattre la littérature de Tun de ces pays, sans étudiw odie de l'autre. Ce contact perpétuel d'alliance et d^hne* tilités pendant plusieurs siècles est un des grands apectacles du moyen Age. Vit-on jamais en effitt deux payS| se détestant davantage, plus intimement unia? La langue, les lois, les usages, les ftmillea françaises occupent le sol anglaia avec Guillaume| la natÎQD apgLoHoormande possède k son tour une

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