‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècleChapitre 1 sur 28 · DEPUIS L'ÈRE CHRÉTIENNE JUSQU'AU XIX- SIÈCLE · texte numérisé non relu

DEPUIS L'ÈRE CHRÉTIENNE JUSQU'AU XIX- SIÈCLE

TREIZIEME LEÇON

Messieurs,

Nous voici arrivés à la seconde époque de l'histoire de la civilisation européenne.

Vous l'avez vu : l'histoire de ce qu'on nomme la civilisation n'est pas seulement dans le récit des faits; elle n'est pas dans le développement de l'état des arts, des sciences, de l'industrie ou des lettres; elle n'est pas dans l'état des mœurs d'une nation ou d'une époque; l'histoire de la civilisation est l'ensemble de toutes ces choses, elle les comporte toutes; l'univers physique ou moral est de son domaine : la plus modeste analyse du chimiste, l'ob- II. i

servation la plus simple du naturaliste ne doivent pas plus être oubliées que les sanglantes victoires des conquérans par l'historien de la civilisation, si elles ont fait avancer d'un pas la science ou l'industrie.

Pénétré de cette idée , et dans l'impuissance de parler de tout longuement et avec détails, j'ai voulu tout entrevoir, tout effleurer, sinon pour vous donner des connaissances approfondies que je n'ai pas moi-même, au moins pour vous faire connaître l'état des connaissances humaines répandues en Europe pendant les siècles que nous parcourons. C'est ainsi qu'après avoir tracé un résumé très succinct de l'histoire politique de l'Europe sous les empereurs romains , après avoir essayé de définir ce que j'entendais par la civilisation, ce que je pensais des biens et des maux qu'elle peut produire , je suis entré dans quelques détails sur l'état social de l'Europe pendant les quatre premiers siècles. Les mœurs du peuple romain qui était alors le premier, ou pour mieux dire le seul peuple, sa philosophie toute dans l'éclectisme et le néoplatonisme, sa littérature, ses sciences, son industrie , nous ont successivement occupés. Nous avons ensuite étudié en détail dans les Gaules, la Bretagne, l'Ibérie, la Germanie et les autres contrées de l'Europe, ce que nous avions vu dans l'antique Italie.

À chaque sujet différent j'ai eu l'occasion de par-

1er du christianisme, dont l'histoire domine celte grande époque, mais je n'en ai parlé que pour vous faire pressentir quelle avait dû être son influence sur les destinées du monde. Plus tard, spécialisant ce sujet, je vous ai donné le récit de sa naissance miraculeuse et de ses immenses progrès, l'histoire des persécutions qui l'agrandirent, des hérésies qui l'ont affaibli , de ses institutions, de sa hiérarchie, de ses ordres monastiques enfin de tout

ce qui se rattache à cette religion sublime de graDdeur, de morale et de vérité.

Aujourd'hui, etpuisque j'ai la satisfaction de vous voir réunis dans celte enceinte avec la même bienveillance que vous avez déjà daigné m'accorder, j'aurai l'honneur de vous entretenir de l'état de l'Europe du cinquième au huitième siècle.

Fidèle au plan que je me suis tracé , je rattacherai toujours autour d'un centre commun l'histoire générale d'Europe, dont l'intérêt semble se diviser de plus en plus eu avançant.

L'empire romain a été le pivot des premiers temps du christianisme; Constantinople lui succède malgré la honteuse vie de ses empereurs, le pouvoir pins honteux de ses eunuques et les crimes toujours renaissans qu'elle a vus commettre dans son sein. Avant que les divers Etats d'Occident eussent acquis une existence à eux, cette cité a long-temps

donné des lois à l'Europe1. Partout ailleurs un chaos informe semblait préparer une nouvelle création. L'espritse fatigue et se perd au milieu des guerres et des invasions de peuples qui changent de noms dans des pays dont les noms changent aussi2. Nous nous bornerons à quelques mots sur ces diverses

migrations.

Au commencement du cinquième siècle les Barbares des frontières de la Chine attaquèrent et firent refluer d'autres Barbares du levant au couchant; ceux-ci, voyant plus d'avantages à piller leurs voisins du midi et de l'ouest, plus riches et moins forts, se laissaient entraîner par le torrent qu'ils grossissaient toujours. Enfin, les peuples de tout le nord de l'Asie et de l'Europe, depuis les murailles de la Chine jusqu'à l'Océan germanique , et depuis la Scandinavie jusqu'au Rhin et au Danube, se pressèrent, se culbutèrent les uns les autres, et seprécipitèrent sur l'empire romain tel que l'avaient fait les empereurs.... sur l'empire romain soutenu par Arcadius et Honoriusî...

Alaric s'était déjà avancé plusieurs fois au cœur de l'Italie, mais tant que Slilichon exista ses efforts furent inutiles. L'imbécile empereur d'Occident, jaloux de son lieutenant, dans lequel il voyait un tyran plutôt qu'un défenseur, eut la lâcheté de le

livrera ses ennemis, et la plus odieuse ingratitude récompensa de longs services : il périt assassiné ; sa mémoire fut diffamée ; le seul poète Claudien osa lui conserver son amitié; il voulut partager sa disgrâce et s'ensevelit dans une retraite après la mort de son ami.

Trop faible pour résister à de nombreux ennemis, Honorius, retiré à Ravenne, voyait Alaric s'avancer vers Rome et se vengeait en massacrant les otages restés en Italie par suite d'un traité. Alaric livra Rome à la famine. Dédaignant la couronne, il accepta une rançon et se retira; mais les conditions n'étant pas exactement observées, il reparut sur le Tibre pendant qu'Honorius, tremblant, se fortifiait dans Ravenne; il plaça sur le trône un empereur de son choix qui venait recevoir ses ordres et qu'il dégrada peu de temps après.

De nouvelles fautes d'Honorius amenèrent une troisième fois les Goths devant Rome, et ce fut la dernière. Le pillage, l'incendie, toutes les horreurs que peut entraîner une invasion de Barbares, ruinèrent l'ancienne capitale de l'empire. Les églises seules furent respectées par des soldats nouvellement convertis. Les principaux habitans se réfugièrent dans les provinces les plus éloignées, et l'on en vit. porter leur splendeur déchue jusque dans la retraite de saint Jérôme, à Bethléem. D'autres,

pour sauver une misérable existence, s'avilirent jusqu'à servir en esclaves leurs farouches vainqueurs. Ces derniers se répandirent ensuite dans le reste de l'Italie qu'ils ravagèrent aussi. Àlaric mourut au momentoùilsedisposaitàpasserenAfrique.Unfleuve3, détourné un instant de son lit pour recevoir le conquérant et ses trophées, roule depuis lors ses ondes sur son sépulcre.

Ataulphe, son beau-frère, lui succéda, mais ne l'imita pas long-temps. Après avoir occupé une partie des Gaules, il revint traiter avec Honorius, promit de le maintenir sur le trône, de le défendre contre ses ennemis et lui demanda la main de sa sœur. Ataulphe était chrétien, il avait plus de lumières et d'humanité que ses compatriotes; il renvoya les Goths, et l'Italie reprit pendant quelques années une apparence de tranquillité; mais cette tranquillité éphémère ne pouvait arrêter les progrès de la chute du colosse romain : Cadeva a brano a brano l'Imperio Occidentale, dit un historien italien, simite a vetusto colossalo cdifizio dal quale ta ferrea mano del tempo stacca ogni giorno una pietra che rotola romorosamcnte a suoi piedi.

«L'Empire d'Occidenttombaitmorceau parmorceau, semblable à cet antique et colossal monument dont la main de fer du temps détache tous les jours une pierre qui roule en grondant à ses pieds. »

L'empire d'Orient, gouverné par un empereur aussi nul qu'Honorius, n'avait point de Stilichon... Les ministres d'Arcadius étaient dignes de lui. L eunuque Eutrope, être difforme, décrépit, aussi laid au moral qu'au physique , aussi vil par sa naissance que par ses vices, tenait les rênes du royaume avec le titre de consul — Les premières années du cinquième siècle virent tomber ce ridicule ministre. L'impératrice Eudoxie hérita de sa puissance, et l'un des premiers effets de cette autorité fut une odieuse persécution contre l'homme le plus justement célèbre de ses Etats, saint Jean-Chrvsostôme, qui mourut dans l'exil après y avoirpassé les années les plus glorieuses de sa vie. La fin d'Arcadius et d'Eudoxie suivit de près celle de Chrysostôme, et lut regardée par le peuple comme une vengeance céleste.

Théodose II, encore enfant, succéda à Arcadius.

Les Huns , chassant devant eux des myriades de Barbares, s'étaient avancés jusqu'aux frontières de l'empire qui ne purent les arrêter long-temps, surtout lorsque Attila devint leur chef. Après avoir soumis la Scythie, la Germanie et la Perse, iis attaquèrent l'empire d'Orient, ils ravagèrent l'Europe jusqu'à Constantinople, et là ils dictèrent une paix honteuse au faible Théodose qui termina peu de temps après une inutile vie.

Pulchérie lui succéda et éleva au trône un sénateur nommé Marcien.

La richesse et la fertilité des provinces romaines avaient excité l'avidité des Huns; peu content de ses premiers succès, Attila se disposa à renouveler une expédition qui lui avait coûté si peu d'efforts, et, dans l'excès de son mépris pour les deux empereurs, il leur écrivit à tous deux: « Attila, ton maître, t'ordonne de faire préparer sans délai un palais pour le recevoir. » Mais , informé des dispositions que faisait Marcien pour le repousser, il ajourna la prise deConstantinople, et, secondé parle rebeile Aëtius* et les Francs , il marcha sur l'Occident.

Suivi d'un demi -million de soldats de cent diverses peuplades , Attila envahit la Gaule , dévasta les plaines de Metz et les contrées situées entre le Rhin, la Marne et la Seine; cependant Aëlius était retourné sous ses anciens drapeaux, et son bras redoutable soutenait encore le trône chancelant de Valentinien.

Aidé par le roi des Yisigolhs, le roi des Francs et les Bourguignons, ralliés par un intérêt commun, Aëtius joignit le conquérant auprès de Châlons, et la Champagne fut le théâtre de cette terrible rencontre. La victoire, long-temps incertaine, se déclara enfin pour Aëtius. Le roi Barbare s'enfuit, abandonnant des montagnes de cadavres et médi-

tant des projets de vengeance qu'il ne tarda pas à exécuter. Une saison s'était à peine écoulée depuis cette terrible boucherie, et Attila, suivi de nouveaux Barbares, était déjà devant Aquilée. Cette ville osa lui fermer ses portes et fut réduite en cendres. L'Italie épouvantée ne résista plus, et ses plus belles provinces furent saccagées ; ses champs, couverts de moissons, furent inondés de sang humain. Les historiens du temps ne parlent qu'avec horreur de ces deux invasions: Irruentes super parentes nostros , dit Grégoire de Tours, omnem substantiam abstulerunt , pueros per nervum femoris ad arbores appendentes , puellas amplius ducentas crudell nece

interfecerunt

Les Barbares massacraient indifféremment les femmes, les enfans, les vieillards et livraient les villes aux flammes. La délivrance de l'Italie fut achetée par l'abandon de la princesse Honoria et d'un immense douaire. Attila les demandait depuis long-temps l'un et l'autre, mais ces négociations n'avaient jusqu'alors obtenu que desirefus dédaigneux; la crainte les lui livra, tant les llomains dégénérés s'épouvantaient de l'approche du fléau de Dieu. Le pape Léon fut le seul qui défenditRome, ens'avançant majestueusement et recouvert de ses habits pontificaux au-devant d'Attila saisi de respect— Retiré dans son village royal sur le 'Danube,

le Barbare y attendait sa fiancée impériale lorsque la mort le surprit dans l'ivresse d'un festin.

Une tête large, un nez aplati, une taille courte, mais forte , un œil faux et féroce , étaient les traits principaux de la figure d'Attila. Cruel et belliqueux, il déployait tous les talens qui peuvent illustrer un général et un soldat. Né pour dominer, il s'était habilement servi de l'ignorance superstitieuse de ses sujets qui Je croyaient plus qu'un homme. L'herbe ne croît plus, disaient-ils, partout où a passé le cheval d'Attila!

La puissance des Huns s'écroula avec lui ; son empire divisé éprouva une dissolution complète par les prétentions et la discorde d'une foule de chefs ennemis. Valentinien , débarrassé de cette crainte, assassina lâchement son général Aëtius qui , après tant de trahisons et de victoires, lui était devenu suspect. 11 fut lui-même égorgé la nuit suivante par un sénateur dont il avait séduit la femme. Son assassin monta sur le trône d'où un séditieux le précipita par un autre coup de poignard. Le gouvernement romain devenait de jour en jour plus odieux à ses sujets et moins redoutable à ses ennemis; il ne manquait plus que la goutte d'eau pour faire verser le vase 5.

Les ravages d'Attila donnèrent naissance à la république dt: Venise par la fuite des habitans d'A-

quilée , de Padoue , et des villes échappées à la fureur des Huns, qui se réfugiaient dans les îles et les marais de l'Adriatique 6. Ainsi , un nouveau inonde s'élevait des ruines de l'ancien ; l'Europe renaissait peu à peu , plus jeune , plus forle et plus belle. La civilisation arrivera lentement; mais ces bases ne reposant plus sur la férocité et le pillage , l'esclavage et le despotisme, le matérialisme surtout, sa marche sera plus féconde et la destinée de l'Europe plus heureuse7.

Au milieu de ces troubles dont Rome avait été si souvent le témoin , de nouvelles horreurs survinrent. Genseric parut à l'embouchure du Tibre avec ses Vandales, et, malgré un second dévouement du pape Léon , il pilla pendant quatorze jours et quatorze nuits la ville impériale. Après avoir porté sur tout le fer et la flamme , il se retira à Carthage qu'il croyait avoir vengée, emmenant avec lui les Romains dont il espérait tirer quelque utilité, et laissant au milieu des ruines les enfans et les vieil lards...

Ce qui restait de Romains n'avait ni le courage ni le pouvoir de choisir un empereur. Les Gaulois leur imposèrent l'Auvergnat Avitus, qui, proclamé en même temps à Rome , à Toulouse et à Arles, ne garda pas long-temps le rang suprême8.

Depuis la mort du grand Théodose , nous avons

déjà vu monter sur le trône une loule de souverains incapables de régner par eux-mêmes; nous allons en voir passer d'autres plus rapidement encore, et pour le moins aussi nuis, à quelques légères exceptions près ; consuls, empereurs , sénat, légions, tout est petit et ridicule, tout est faible et avili.

La mort de Maxime et celle d'Avitus avaient donné le sceptre à Majorien qui semblait digne de le porter, et le porta môme avec gloire jusqu'à la première sédition qu'il voulut réprimer; et où il trouva la mort. Les Romains n'étaient plus capables de sentir le prix d'un bon empereur; il eût fallu un être au-dessus de l'humanité pour reconstituer un ordre quelconque dans l'empire, et surtout pour le rendre durable.

Ricimer, Barbare qui disposait des forces romaines, et par conséquent de la toute-puissance, avait tour à tour élevé et précipité du trône les premiers empereurs. Après avoir conduit la conspiration contre Majorien devenu trop puissant pour lui, il ordonna au sénat de revêtir de la pourpre un Libius- Sévère qui ne sortit pas pour cela de son obscurité, mais qui cessa d'existerdès que sa vie devintàcharge ou inutile à son insolent protecteur.

Pendant ces débats, les Vandales désolaient les provinces maritimes de l'Occident, et les Visigoths l'Espagne et la Gaule.

D'accord avec Léon l'Isaurien, élu empereur d'Orient, Ricimer choisitpourgouvernerl'Occident Anthémius, et Olibrius après lui; mais ce faiseur de souverains succomba au milieu de sa puissance, une maladie en délivra l'empire. D'autres empereurs aussi nuls furent tour à tour revêtus de la pourpre : Glycirius, Julius-ÎNepos et Augustin précédèrent Odoacre; ce dernier, né parmi les Huns, tenait peu au vain titre d'empereur d'Occident. Obligé d'ailleursde capituleravec Zenon, qui avaitsuecédé à Léon dans l'Orient , il ordonna à Augustule d'abdiquer, convoquale sénat, reçut son consentement, sollicita et obtint celui de Zenon, devint le chef des Etats d'Italie, etl'empire d'Occident fut anéanti.

Tels furent les derniers temps de Rome, de cette Rome dont les faibles commencemens, la victorieuse liberté, les tyrans et la chute excitent tour à tour l'intérêt, l'admiration, l'horreur et la pitié... Après avoir long-temps fatigué la terre de son despotisme vieilli, le colosse docile tomba sans résistance à la voix d'un Barbare.

Depuis cet événement important dans l'histoire du Bas-Empire, on ne trouve, dans un intervalle de près d'un demi-siècle jusqu'au règne de Justin, que des annales imparfaites, des noms obscurs, des actions sans éclat. La veuve de Zenon épousa un serviteur du palais, Anastase, à qui ce caprice donna

un diadème qu'il ne sut pas conserver. Durant la même période l'Italie se ranima; un homme de génie, un roi Goth qui n'eût pas été déplacé parmi les plus braves généraux de la république, lui donna une nouvelle vie. Nous retrouverons son règne dans notre prochain entrelien. Avant d'y revenir et de suivre dans leurs conquêtes Justinien, Bélisaire et Narsès, retraçons en peu de mots l'état des divers peuples d'Occident, et voyons un instant sur le premier plan ces hommes du Nord, dont nous avons esquissé les mœurs dans la première partie de cet ouvrage. Dans la part de chaque peuple barbare on me pardonnera d'accorder une plus large place à ceux qui furent nos pères.

A la chute de la domination romaine, la Gaule, ne pouvant plus opposer de résistance à ses ennemis, vit tous les Barbares du Nord fondre sur son sol; ils y détruisirent les lumières, l'ordre, le lien social, les institutions et jusqu'à l'amour du pays qui ne pouvait plus exister avec un pareil mélange de nations. De tous ces peuples, les uns ne firent que traverser les terres pour se rendre en Espagne, d'autres se dirigèrent vers l'Angleterre. Les Francs presque seuls se réunirent aux Gaulois et s'établirent en vainqueurs dans tout le nord de la Gaule. Les Francs, jusqu'au troisième siècle, ne furent

pas distingués des autres Germains; ils occupèrent la rive droite du Rhin, depuis le Mein jusqu'à la mer, une partie de la "Westphalie et du pays de Hesse. Us étaient grands et forts ; on remarquait leur chevelure blonde, leurs yeux bleus et la blancheur de leur teint. L'inaction était inconnue à ce peuple belliqueux et inconstant; la guerre était son élément, son bonheur. Il ne la bornait pas au continent. Les Francs parcouraient, dans des navires informes, les mers voisines dont ils ravageaient les cotes.

Les Francs, comme les Gaulois, étaient fiers et querelleurs, mais vifs, braves, hospitaliers. 11 serait difficile de ne pas reconnaître les Français pour leurs descendans; les défauts et les qualités ont passé des Barbares au peuple civilisé, mais avec de grandes modifications, selon les règnes et les époques.

Devenus maîtres de la Gaule, les Francs eurent bientôt, d'accord avec les Romains, à la défendre contre les invasions de nouveaux Barbares. Le fléau de Dieu, brisé dans les plaines de Champagne par le dernier général romain digne de ce nom, fut mourir au-delà du Rhin et laissa en paix l'Occident. Un chef de Francs prit alors le titre de roi et donna son nom à la première race : ce fut Mérovée. Quelques combats glorieux sont tout l'éloge, toute la biographie certaine de ce chef qui céda le sceptre et le pavois à son fils Childéric. Celui-ci s'em-

para de la femme d'un de ses guerriers et fut chassé , puis rappelé par les Francs qui avaient besoin de son bras; mais il ne tarda pas à laisser la couronne à Clovis qui devait l'illustrer plus que lui. L'histoire, assez douteuse sur ces temps de trouble et de barbarie , ne parle avec un peu de certitude que depuis le règne du jeune fils de Childéric.

Les premières années du règne de Clovis offrent peu d'intérêt : après s'être fait quelques alliés et s'être battu dix ans dans la Gaule septentrionale, il n'était, en 49 1» qu'un chef de tribus, dominant un très petit pays; car il ne faut pas penser que cette Gaule comprise entre le Rhin , les Alpes, les Pyrénées et les deux mers soit la propriété des premiers rois; à peine en possédaient-ils une faible portion au nord, dans les environs de Tournai.

Pour augmenter sa puissance, Clovis demanda en mariage la nièce du roi des Bourguignons ; elle était chrétienne, attachée à sa religion, et le Franc tenait peu au druidisme germanique. A la première occasion politique il l'abjura et sut habilement tirer parti de cet acte religieux : dans une guerre contre les Allemands, il allait être battu lorsqu'il imagina, pour ranimer l'ardeur des chrétiens qui servaient en grand nombre dans son armée, de s'engager par un vœu solennel à se faire chrétien après la balaillc.

La déroute «les Allemands fut complète , el Clovis, fidèle à son ran, reçut le baptême à Reims avec trois mille «le ses sujets9. Cet acte politique fut couronné du plus grand succès; Clovis devint par sa conversion le héros de tous les chrétiens d'Occident, et cet événement, en lui donnant des alliés et des soldats, fut la cause principale de son agrandissement rapide dans le royaume. Sa puissance centupla, aidée par do* milliers, de bras et par l'autorité de l'Eglise dont il lut le plus ferme soutien 10. Après plusieurs victoires il se fit nommer consul à Tours, et dès lors tous les restes de la domination romaine disparurent devant son pouvoir qui ne s'étendait cependant que sur son année. Il était le roi des Barbares et non celui des pays qu'il avait conquis; mais cette armée devenait tous les jours plus considérable. On abandonnait les autres chefs pour se ranger sous ses étendards victorieux, et c'est de là que provenait sa force. Ses soldats, disséminés dans le pays vaincu, n'auraient plus été utiles à de nouvelles conquêtes; cantonnée près de lui, l'armée épouvantait les Gaulois, et aucune rébellion ne naissait malgré le malaise général.

Clovis trouva la mort au milieu de nouvelles victoires; il avait peu auparavant Hxé sa résidence à Paris qu on appelait alors Lutèce, et rassemblé un concile à Orléans; il y combla le clergé" de ses dons,

et les évèques hésitèrent s'ils ne feraient pas un saint du guerrier qui soutenait si bien leurs intérêts. Si la puissance des Francs ne diminua pas à la mort de Clovis, c'est une la force de la monarchie était dans l'armée; elle sentait le bienfait de son union et ne croyait pas même L'affaiblir en lui donnant quatre chefs. Chaque fils de Clovis eut en sa possession des fonds de terre de divers genres, mais leur autorité royale se bornait à leur résidence, Paris, Orléans, Metz et Soissons; encore n'existaitclle souvent que dans le plus ou moins de luxe et de richesses. Le peuple, abandonné à lui-même en temps de paix, ne reconnaissait pas de pouvoir

souverain dl.

Les Bretons, après avoir été pendant quatre siècles défendus par les empereurs, furent laissés sans forces militaires sous Honorius qui n'étendit pas si loin les soins d'un empire trop lourd pour lui. Abandonnés à eux-mêmes, ils rejetèrent l'autorité de Rome incapable de les protéger, déposèrent ses magistrats et proclamèrent leur propre indépendance.

Plus tard, forcés de recourir aux étrangers pour se défendre contre les montagnards acharnés, ils firent un traité avec les Saxons qui d'abord les protégèrent et ensuite les subjuguèrent. Ils repion-

gèrent la Bretagne dans l'état «le barbarie d'où l'a vaient tirée les Romains, jusqu'à ce que le repos el le bien-être les civilisât eux-mêmes.

La riche Ibérie avait toujours été un pays de prédilection pour les empereurs romains et pour les marchands de toutes les contrées qui venaient à l'envi exploiter ses trésors. LesBarbares, aprèsavoir traversé l'Europe, vinrent troubler son repos et couper par la racine sa civilisation croissante.

Les Alains, les Suèves, les Visigolhs franchirent tour à tour les Pyrénées et s'y établirent ; d'autres, tels que les Francs, les Bourguignons, les Ostrogoths la pillent et l'abandonnent ensuiLe. Les rois Goths y tinrent long-temps un sceptre sans éclat et sans autorité.

Tant que les Romains avaient pu diviser les Barbares ils en avaient facilement triomphé. Ces Barbares, guidés par des chefs tels qu'Alaric, Attila, Genseric et Clovis, furent plus unis, et leurs forces grandissaient en même temps que celle de Rome et de Constantinople s'évanouissait. Les invasions se multiplièrent; il ne leur était plus possible de retourner dans leurs forêts primitives, il fallait périr ou rester maîtres du pavs. Dans le principe, leur brutalité furieuse et irritée par la résistance ravageait tout ce qui s'offrait à sa vue et passait outre;

ils sentirent plus tard le besoin de se fixer, et eurent dès lors a se défendre contre d'autres Barbares.

La civilisation, détruite parles invasions, devait reparaître pour d'autres peuples et d'autres générations, mais ce moment est encore loin de nous.

Nous terminerons cette séance avec le cinquième siècle. Obligé de prendre des circonscriptions d'époques et de nations, obligé de passer sans transition de l'empire d'Orient à l'empire d'Occident , d'un chef barbare à un empereur romain, d'une tribu sauvage à un pays civilisé , je ne sais si mon récit aura pu être clair, malgré tous mes efforts pour le dégager de ces entraves continuelles... Mais mon ambition n'est pas de vous faire connaître à fond l'histoire de ces temps dénués de tout intérêt ; j'ai voulu seulement, dans une esquisse rapide, vous montrer le tableau général qu'ils présentent et vous faire connaître les quelques noms qui sont sortis de cette immense révolution.

QUATORZIEME LEÇON

Dans notre dernière séance, les fastes de l'Europe barbare se sont déroulés à nos yeux avec une confusion inhérente au sujet , et que je ne vous promettrai pas de dissiper aujourd'hui. Force nous est d'en passer par-là puisque j'ai entrepris de vous faire le récit de faits aussi multipliés et aussi enchevêtrés que ceux de ces siècles de barbarie. Le sixième siècle nous occupera seul aujourd'hui. Nous commencerons par l'Italie et Théodoric.

On ne devait pas s'attendre que le roi des Goths, à la tête d'un peuple qui avait déjà fait tant de mal à l'empire, combattrait pour les intérêts de cet empire; il combattit pour les siens1. Théodoric, après avoir tour à tour abandonné et. trahi Odoacre, occupa seul le trône d'Italie. L'état florissant de ce pays pendant son règne a conservé son nom à la postérité. Il mourut cependant haï de ses sujets;

ils avaient provoqué sa colère , il les punit trop sévèrement et fit entrer dans sa vengeance Boëce et Symmaque. Le souvenir de ce supplice fut le tourment du reste de sa vie qu'il termina après trentetrois ans d'un règne glorieux. Il avait accru llavenne , rétabli Rome , retenu dans leurs limites les rois barbares qui avaient démembré l'empire ; il avait, en un mot, terminé pour un quart de siècle la hideuse série de bassesses et de crimes, d'actions viles et honteuses dont l'Italie était le théâtre depuis la mort de Théodose 2. Mais une main , quelque puissante et habile qu'elle fût, pouvait -elle construire un édifice durable avec des matériaux aussi vermoulus?

Les Italiens, dit un écrivain national, corrompus par les richesses d'un monde que leurs victoires avaient subjugué et dépouillé , avilis depuis lors par leurs adversités et le mélange continuel de nations barbares qui se disputaient tous les morceaux de terre de la mère-patrie , se divisèrent misérablement et oublièrent toute pensée de lien fraternel. Une cité , une famille devint ennemie de l'autre; une politique égoïste, étrangère à tout sentiment italien , loin d'éteindre ce déplorable incendie, souffla pour l'animer et l'étendre. L'Italie, ainsi déchirée de ses propres mains, devint une proie facile pour les oppresseurs étrangers, et ouvrit dans

son propre sein une lice tous les jours plus vaste à leurs sanglantes contestations s.

Voyons maintenant l'Orient.

Justin était le fils d'un barbare ; il quitta lui-même la houlette pour l'épée et l'épée pour le sceptre; mais il dut cette élévation à de viles intrigues ; aussi ne laissa-t-il ni traces, ni souvenirs. Son neveu Justinien lui succéda. Il n'avait pas rougi d'élever jusqu'à lui une prostituée qui avait rempli l'Orient des récits de sa vie scandaleuse; il osa lui faire partager son trône. Une loi nouvelle la rendit tout à coup digne du rang suprême.... Son courage au moins fut à la hauteur de ce rang.

Des factions rivales , qui avaient pris naissance dans les jeux du cirque, agitaient, ensanglantaient depuis long-temps Constantinople, et devenaient de jour en jour plus furieuses et plus redoutables.

Elles s'unirent un jour contre Justinien et l'eussent peut-être contraint d'abdiquer s'il eût été seul sur le trône. Théodora. plus ferme , le retint et ranima son courage. Aidé de ses légions, il combattit alors les révoltés, les vainquit et ferma l'hippodrome.

Les expéditions lointaines plaisaient au caractère aventureux de Justinien qui y voyait d'ailleurs un but politique; il y acquérait , avec la gloire, les

moyens nécessaires pour comprimer les factions. Il avait déjà fait conlre la Perse des guerres dispendieuses. A peine les mutins furent-ils soumis et la terreur dissipée que, rêvant de nouveau les conquêtes, il songea à envahir l'Occident.

L'Afrique lut le premier but de ses armes. Les Vandales l'occupaient alors et Gélimer était leur roi. Bélisaire, déjà célèbre, devait commander l'expédition. Cinq cents navires portaient plus de quarante mille hommes, soldats ou matelots, La flotte aborde; Gélimer est vaincu deux fois. Carthage, Tripoli, la Sardaigne et la Corse se soumettent à l'empereur qui y nomme un exarque pour le suppléer.

Gélimer, après avoir long-temps supporté la plus dure vie dans les montagnes, se rendit à la cour et y servit à orner le triomphe de Bélisaire. Arrivé au pied du trône impérial , sa bouche , jusqu'alors muette, ne fit entendre que ces mots: Vanitas van tatum , omnia vanitas !...

Une guerre civile éclatait alors en Espagne. Sollicité par un parti, Justinien y porta ses armes triomphantes, et sa vanité put compter la Péninsule au nombre de ses provinces.

Un pareil motif l'attira en Italie. Théodat avait usurpé le trône de la famille de Théodoric; Bélisaire , après avoir conquis la Sicile et défait les

Maures révoltés à Carthage, envahit l'Italie et fit son entrée dans Rome soumise. Théodat, vaincu , abandonné, avait été assassiné par un de ses sujets. Vitigès, proclamé roi, marcha sur Rome à la tête des Goths depuis long-temps accoutumés à la licence et à un repos avilissant. Les Romains préféraient la servitude à une privation ; peu leur importait de servir tel ou tel maître , ils ne savaient plus qu'obéir et végéter.

Malgré les obstacles de tout genre qui s'opposaient à la défense de cette capitale, Bélisaire sut s'y maintenir, et, après les plus brillans faits d'armes, il força ses ennemis à lever le siège.

Vitigès, alors se retirant à Ravenne, sollicita des secours de l'Orient et de l'Occident; mais les forces réunies des Francs, des Bourguignons et des Goths échouèrent devant l'habileté de Bélisaire. Vitigès fut fait prisonnier, et l'Italie, n'opposant plus de résistance, appartint à Justinien. Bélisaire avait ajouté à tant de gloire celle de refuser la couronne que les Goths lui offrirent à Pavie. Il revint à Constantinople et s'y montra brillant de renommée, entouré d'admiration 4; le bonheur seul semblait le fuir. L'envie de ses collègues, la faiblesse de l'empereur, les caprices de Théodora et la coupable conduite de sa femme remplirent de douleur la fin de sa vie.

Pendant qu'on apportait aux généraux de Justinien les clefs de Carthage, de Ravenne et de Rome, les Perses détruisaient Antioche, les Barbares5 menaçaient l'Empire, et l'empereur tremblait dans Gonstuntinople. L'arrivée de Bélisaire changea la face des choses. Nommé général de l'Orient, son nom créa une armée et régénéra l'ancienne ; il partit , et des victoires multipliées, qui auraient dû élever sa faveur à l'égal de sa gloire , lui valurent une disgrâce. L'envie excita une sédition dans les troupes qui demandèrent à grands cris leur retour. Bélisaire fut rappelé et son séjour dans la capitale fut employé à se justiBer. Mais on avait besoin de lui en Italie , où Totila , proclamé roi des Goths , entrait en maître. Esclave à Constantinople, héros dans les combats, Bélisaire fut envoyé pour réparer les fautes des chefs qui l'avaient remplacé. On l'y laissa manquer de troupes et d'argent. Rappelé de nouveau , il jouit enfin d'un repos si glorieusement acquis. L'eunuque Narsès lui succéda. Le physique le plus ignoble cachait en lui la tête d'un homme d'état et d'un habile général. Etranger, esclave, nourri dans les intrigues du palais, il avait su plaire à l'empereur, et son génie acheva ce que l'adresse avait commencé.

Ses premiers pas en Italie furent marqués par la défaite dos Gofhs et la mort de Totiln, leur roi, qui

suivit de près la reddition de Rome, cinq fois prise et reprise sous le règne de Justinien. Teias succéda à Totila et périt comme lui. Les Allemands et les Francs tondirent alors sur l'Italie; iNarsès laissa le torrent s'écouler et le tarit ensuite à force de morts. L'Italie payait toutes ces guerres; son état était affreux. L'habile eunuque fut récompensé de ses victoires par le gouvernement de ce royaume réduit en provinces romaines; Longin , son successeur, reçut le premier le titre d'exarque. Cependant Bélisaire, oublié depuis dix ans, sortit de ce long repos pour repousser d'autres agressions, vainquit encore une fois les Barbares, et encore une fois reçut en récompense les acclamations de la multitude et la disgrâce du pouvoir. Il n'y survécut pas long -temps. La vie de ce grand homme fut sans tache, si la faiblesse et la bonté ne déparent pas l'ame d'un héros.

Justinien mourut huit mois après, en 565.

Des généraux habiles , de savans jurisconsultes, un trône sans concurrens, firent une bonne partie de la gloire de Justinien. Ce qui lui appartient en propre est peu de chose ou du moins est compensé par des défauts indignes d'un grand souverain. Faible , jaloux, superstitieux , minutieux et prodigue à la fois, il fit oublier qu'il était affable , instruit, sobre , actif et ambitieux de tous les genres <!•

gloire. La postérité ne lui a pas pardonné la coupable faiblesse qui éleva Théodora au trône et priva Bélisaire de sa liberté.

Ses conquêtes avaient naturellement leur place ici. Nous reviendrons plus tard sur son gouvernement intérieur et sur les institutions qui ont donné à son règne un éclat impérissable.

Ce règne de trente -huit ans fut témoin d'une foule de désastres que Procope nous a rapportés avec des détails qui prouvent l'effroi qu'ils inspiraient et les faibles moyens qu'on avait de se garantir de ceux que l'homme peut éviter. Nous ne parlerons pas des comètes qui étaient cependant pour ce temps d'ignorance une véritable calamité par l'état de démoralisation où elles jetaient le peuple , mais des malheurs plus réels, tels que des secousses de tremblement de terre, de la famine et de la peste... Cette dernière dura un demi-siècle; on ne connaissait aucun moyen de s'en garantir et de s'en débarrasser; elle languissait et se ranimait sans cesse.

A la mort de Justinien , Justin , l'un de ses neveux, fut couronné par le sénat à défaut d'héritier direct. Les Avares vinrent lui demander le tribut accoutumé, et, n'en obtenant que des refus, ils se joignirent à Alboin, roi des Lombards, pour combaltre les Gépidesdont ils détruisirent le royaume.

Alboin, fier de ce succès, entreprit la conquête de l'Italie , dont les riches contrées étaient le but constant des Barbares du INord. Narsès seul eût pu défendre l'Empire , mais il expirait alors , victime de son insatiable avarice , qui ternissait ses grandes qualités, et de la haine de .l'impératrice Sophie 6.

Vérone et Milan furent pour Alboin une conquête facile; la terreur précédait ses soldats et aucune armée romaine n'était en état de le repousser. La place de Pavie lui résista seule, et fut, pendant longtemps, le siège de sa résidence royale. Les Lombards donnèrent leur nom à l'Italie septentrionale. Le règne brillant, mais court, de leur chef fut terminé par la trahison de sa femme Rosemonde, qui vengea sur lui le meurtre d'un père 7. Cleph remplaça Alboin; un de ses domestiques l'assassina. Son règne de dix-huit mois avait fait haïr la royauté aux Lombards, qui créèrent trente ou trente-six ducs, souverains chacun dans leurs duchés ; les grandes villes étaient sous les juridictions de comtes et les bourgs sous celles de châtelains. Celle étrange république dura dix ans. La noblesse asservit les pauvres, dépouilla les riches, ruina et dépeupla tou!. «L'Italie, dit saint Grégoire, ressemblait alors à un repaire de bêles féroces 8. »

En Orient, une maladie avait affaibli les facultés

de Justin II, qui, ne pouvant soutenir le fardeau des affaires, abdiqua après avoir choisi pour successeur Tibère, son capitaine des gardes. Ce choix fut un bienfait pour l'Empire, nui n'en jouit pas long-temps. Attaqué d'un mal mortel, il distingua Maurice dans la foule, lui donna sa fille et le couronna quatre ans après la mort de Justin. Si quelques fautes ne venaient dégrader le beau caractère de Maurice, son règne serait l'un des plus heureux pour l'empire d'Orient; mais sa justice ne fut pas toujours exempte de cruauté et son économie d'avarice.

L'Italie exposait depuis long -temps sa misère aux empereurs; elle leur demandait sans cesse des secours qu'ils ne pouvaient lui accorder. Tibère essaya en vain de l'aider dans sa détresse. Maurice s'allia à un petit- fils de Clovis pour effrayer les Lombards, qui résistèrent à ces forces réunies. Un traité fixa alors l'étendue du royaume Lombard et le pays dépendant des exarques de Ravenne9.

Le pontificat de Grégoire Ict est une des plus belles époques de l'église romaine. Ses vertus et ses défauts même convenaient à son siècle; son éloquence grossière, mais pathétique, enflammait les passions du peuple qui l'écoutait. La fermeté, une prévoyance active et un ardent amour du bien caractérisèrent son administration; il sut à la fois

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