Etienne II lui succéda
752. Etienne III lui succéda. La tyrannie et l'injuste violence des Lombards l'obligèrent de se retirer en France, qui a toujours été l'asile des vicaires de Jésus- Christ persécutés.
757. Paul 1er lui succéda. Il se fit admirer dans la pratique des vertus chrétiennes.
708. Etienne IV lui succéda. Il se rendit considérable par sa croclrine, par sa vertu et par les soins qu'il prit à procurer et à entretenir la paix dans l'Eglise.
7 72. Adrien Ier luisucce'da. Il sut joindre l'humilité avec la profonde érudition, et la douceur avec le zèle pour la discipline de l'Eglise.
7'.)5. Léon III lui succéda. Il était savant, modeste , charitable et doux , et il couronna Charlemagne empereur d'Occident.
A cesjugeniens tout bienveillans de Malebranche on pourrait opposer ceux de quelques autres écrivains. Mais prenant entre ces opinions diverses un juste milieu <Je vérité, je dirai que pendant les huit siècles dont nous nous sommes occupés,
il y a eu beaucoup de vertus el peu de vices sur le trône pontifical. D'autres historiens prétendent que pendant celte même période rien ne désigne l'Eglise de Rome autrement que comme une église particulière , ni qui montre ses évèques comme ayant autorité sur l'Eglise universelle. D'autres ajoutent que jusqu'au neuvième siècle, ces évèques n'avaient pu monter sur leurs sièges sans que les empereurs eussent approuvé leur élection. C'est là sans doute la raison qui a maintenu pendant huit siècles la vraie piété et la vertu sur le siège de Rome. Lorsque Louis-le-Débonnaire et d'autres souverains leur eurent facilité le despotisme spirituel et temporel, la nature humaine l'emporta, el l'on vit l'orgueil, les vices, les crimes les plus hideux se revêtir de la sainte tiare. Mais n'anticipons pas sur les siècles , ces temps affreux n'arriveront que trop tôt.
(il) Giannone , Gibbon , Fra Paolo , Hallam. Cet édit est de l'an 321.
(12) En examinant la conduite des Barbares, malgré tant de zèle pour le christianisme , on cherche parmi eux des chrétiens. Leur dévotion, également aveugle et cruelle, voit sans cesse des miracles de saints, et rarement les caractères distinclifs de la sainteté ; elle se nourrit de fables , sans connaître les préceptes de l'Evangile; elle se permet la débauche, les rapines, le meurtre, croyant acheter le ciel par des pratiques bizarres ou par de somptueuses fondations; au nom de Dieu , pour sa gloire et par ses ordres prétendus , elle fait en conscience tout le mal que peut inspirer le fanatisme, et viole tontes les vertus bienfaisantes qu'ordonne lareligion. De pareils chrétiens ont^élé, toutefois, préconiséspar des faiseurs de chroniques , ignorans comme eux ; c'est que les largesses prodiguées aux églises et aux monastères rachetaient tous les crimes , à la faveur de l'opinion commune.
Une suite de cette démence ,el l'uu des principaux effels de l'établissement des Barbares , ce fut l'énorme pouvoir qui rendit bientôt le clergé maître des peuples et des souverains. Les empereurs, en l'appelant h la cour et en mêlant la théologie aux affaires politiques , avaient excité par leur imprudence les entreprises d'un corps si respectable , si utile , si saint dans les premiers siècles , mais que l'abus de son auguste ministère pouvait rendre un jour dangereux. Le mal s'accrut avec une rapidité sans égale. (L'abbé Mit.lot.)
Comme les Barbares étaient persuadés que tous les crimes étaient rachetés à prix d'argent, el qu'en donnant à l'Église on gagnait le ciel , plus ils se livraient à leurs brutales passions, plus ils se montraient prodigues pour celle espèce de bonnes œuvres, t On croyait en quelque sorle que l'avarice élail le premier attribut de Dieu , que les saints faisaient un commerce de leur crédit et de leur protection. De là le bon mot de Clovis , que saint Martin ne servait pas mal ses amis, mais qu'il se faisait payer trop cher de ses peines • {Vabbè Maely)
(13) Muratori (Anliquilates Italien) donne ce fragment du testament d'un riche Italien qui avait consulte quelques ecclésiastiques sur les meilleurs moyens d'expier ses fautes : Acccpto consilio ab iis , excepto si renunciare sœculo posseni, nullum esse melius inter elemostnarum virtutes, quàm si de propriis meis substantiis in monaslerium concédèrent. Hoc consilium ab iis libenter, et ardentissimo animo ego accepi.
(14) Hallam. — Schmidt. — Muratori. — Ducange, etc.
(15) Les biens temporels de l'Eglise doivent être dispenses avec beaucoup de soin et de fidélité , comme sous les yeux de Dieu ; ou doit en l'aire part à tous ceux qui en ont besoin , dans un esprit ds religion et de pieté. L'évêque ne doit prendre que son nécessaire . que l'apôtre réduit à la nourriture et au vêtement. Que s'il ne s'en contente pas et tourne les biens de l'Eglise à son usage particulier ; s'il ne fait point part de leur administration aux prêtres, aux diacres ; qu'il s'en serve pour ses domestiques ou ses parens , il en rendra compte au concile de la province. Si les pi êtres et l'évêque sont d'intelligence pour tourner a leur profit les revenus de l'Église, en sorte que les pauvres en souffrent et que la religion en soit décriée, ils seront corrigés par le concile.
(Canons du concile d' Anlioche.}
(16) Fleury.
(l 7) Les donations gratuites cl les dîmes ne fuient pas les seules sources des richesses du clergé. Dans ces temps de profonde barbarie où tout était abus et désordre , comment les gens d'église auraient-ils pu se défendre contre les atteintes d'une corruption universelle? On osa faire trafic des choses les plus sacrées. L'absolution des péchés , l'exemption des peines du purgatoire , les messes privées, la sépulture dans un monastère furent vendues à prix d'argent. L'opulence et l'ambition portèrent dans l'Église les vices du monde; elles introduisirent dans les cloîtres les erreurs de la vie et soulevèrent plus d'une fois des passions tumultueuses dans ces asiles de la paix. La morale évangelique fut souvent mal comprise, plus ma! interprétée , et lu lumière de la foi sembla s'obscurcir des ténèbres du siècle. Ces maux,, enfantés par l'ignorance, devaient, après de longs efforts , se dissiper avec elle. (Df.smichf.i.s.)
(18) L'avarice est la racine de tous les maux, et celte soif coupable s'empare même du cœur des évèques. Beaucoup de fidèles, par amour pour le Christ et les martyrs, élèvent des basiliques dans les paroisses des évèques , et y déposent des offrandes ; mais les évèques s'en emparent et les détournent à leur usage. De )à suit que les clercs manquent pour célébrer les saints offices , car ils ne reçoivent pas leurs honoraires. Les basiliques délabrées ne sont point réparées, parce que l'avidité sacerdotale a enlevé toutes les ressources. Le présent concile or-
^onne donc que les évêques gouvernent leurs diocèses sans recevoir rien de plus que ce qui leur est dû , d'après les anciens décrets , c'est-à-dire le tiers des offraudes et<les revenus de paroisses que s'ils prennent quelque chose de plus , le concile le fasse rendre à la demande, soit des fondateurs des églises , soit de leurs parens. Que les fondateurs des basiliques sachent cependant qu'ils ne conservent aucun pouvoir sur les biens qu'ils confèrent auxdites églises, et que, selon les canons , la dotation de l'église , ainsi que l'église elle-même , est sous la juridiction de l'évêque.
Entre les choses qu'il nous convieut de régler d'un commue accord, il importe surtout de satisfaire sagement aux plaintes des prêtres paroissiaux de la province de Galice; plaintes qui ont pour objet la rapacité de leurs évêques, et que la nécessité les a poussés enfin à soumettre à un evamen public. Ces évêques, en effet, comme l'a évidemment manifesté une enquête , accablent d'exactions leurs églises paroissiales, et pendant qu'ils vivent eux-mêmes avec un riche superflu , il est prouvé qu'ils ont réduit presque à la ruine certaines basiliques. Afin donc que de tels abus ne se renouvellent point, nous ordonnons que, selon le synode de Braga, chacun des évêques de ladite province ne reçoive annuellement de chacune des basiliques de son diocèse, pas plus de deux solidi. {Concile de Tolède.)
Comme il nous est parvenu des plaintes sur ce que certains évêques s'emparent-des choses données par certains fidèles ans paroisses, de telle sorte qu'ils n'en laissent que bkn peu ou presque rien aux églises auxquelles elles ont été données, il nous a paru juste et raisonnable que, si l'église de la cité où réside i'évêque est si bien pourvue qu'avec la grâce du Christ elle ne manque de rien, Mut ce qui reste aux paroisses soit distribué aux clercs qui les desservent , ou employé à la réparation de leurs églises. (Concile de C arpent ras.)
11 était passé cet heureux temps où il fallait tantôt arracher de force un humble solitaire à sa grotte pour le faire monter sur la chaire pastorale , tantôt donner des gardes à un laïque vertueux, de peur qu'il ne s'y dérobât par la fuite. Mais l'Eglise invoqua contre cette licence profane les puissances chargées de sa protection extérieure, et l'on remit en vigueur les canons qui déclaraient indignes de J'épiscopat quiconque n'y était pas élevé malgré lui.
Le relâchement et les abus gagnèrent jusque cette classe privilégiée de fidèles, qui avaient fait si long-ten.ps l'édification et la plus douce consolation de l'Eglise.
(PÉLita de Lacroix.)
(19) On lit dans Fleury ; t La plupart des conciles qui se tinrent en Occident étaient occupés d'affaires temporelles: on fut obligé d'interdire la guerre et la chasse aux clercs, et d'autres plaisirs encore
Et ailleurs :
• Alors le commun des fidèles commença à ne plus tant craindre les honneurs, les richesses et les commodilés de la vie ; l'amour des plaisirs sensibles , l'avarice et l'ambition se réveillèrent. Le monde, devenu chrétien, ne laissait pas d'être monde. La corruption de la nature empoisonna tout. On abusa de ce que le ministère ecclésiastique avait d'agréable aux sens. Le corps est un esclave qui devient insolent sitôt qu'on cherche à le contenter, et l'esprit ne pcul en^demeurer le maître. C'était un grand scandale, et ce n'en était encore que lecommencement, etc.»
Ou lit aussi dans Y.-Inaljse des conciles généraux et particuliers, par le P. Richard: » Le concile d'Epaone avait déjà défendu, en 5l7,auxévêques, de nourrir des chiens et des chevaux pour la chasse. »
(20) Bandes de fanatiques qui couraient les provinces d'Orient , déclamant contre l'Église , célébrant la prière irrégulière et spontanée, et se livrant h loules sortes d'excès.
(21) Voyez la leçon douzième.
J'ajouterai aux divers documens que j'ai déjà donnés à cet égard, le récit suivant puisé par Rérault-Bercastel dans Théodorel et Evagrius.
« L'Orient admirait à celte époque les vertus plus qu'humaines de saint Siméon- Stylite. Prévenu d'une grâce fort éloignée de l'ordre commun , les premiers pas que fit cet homme de prodiges dans les roules de la venu étonnèrent les plus avancés. Au lieu d'un enfant négligé eï presque sauvage, d'une rusticité et d'une ignorance extrêmes jusqu'à l'âge de treize ans, où il quitta la garde de ses troupeaux, on vit un saint et sublime ascète , aussi avide de la nourriture spirituelle qu'indifférent à celle du corps. Il ne p;enait qu'à regret, une fois en sept jours, ce qu'il ne pouvait se refuser sans être homicide de lui-même. Les macérations accoutumées eurent paru pour lui des exercices de mollesse. Extraordinaire en tout, il lit sa cellule d'un puits infect, son ciliée des replis d'une corde qui l'enveloppait et le serrait tellement qu'elle lui entra dans la chair et ne fit de la plus grande partie de son corps qu'une borrible plaie. Encore ne fut-ce là que le prélude de sa longue et miraculeuse pénitence , plus admirable sans doute qu'iniirîible , et dont le Tout-Puissant donna le spectacle au monde pour en confondre la lâcheté et montrer à quel point la force de la grâce peut élever la faiblesse humaine.
«Pendant trente-six ans, c'est-à-dire jusqu'à la décrépitude et à la mort, il n'eut d'autre habitation que le haut d'une colonne où il se tenait sans cesse exposé, soit au soleil brûlant de la Syrie , soit au froid pénétrant de ses nuits humides, aux pluies , aux vents, aux frimais très piquai» dans ces contrées, en certaines saisons. 11 lui vint un ulcère à la cuisse, d'où le pus et les vers se répandaient sur sa colonne, [lien ne put ébranler sa résolution. Tandis qu'il rendait la saute à la multitude innombrable des malades qu'on lui amenait de toule part , loin '''
demander à Dieu sa propre guérison , il s'estimait si heureux de souffrir sans relâche qu'il remettait lui-même dans sa plaie les insectes qui le dévoraient tout vivant. 11 vécut néanmoins jusqu'à l'âge de soixante-neuf ans : prodige incroyable comme tous ceux de sa vie, si elle ne se fût passe'e sous les yeux de tout le monde, pour ainsi dire, dans un temps et des lieux connus, près d'un monastère nombreux, à quinze lieues tout au plus d'Autioche. Le spectacle parut si étrange, et dura si long-temps qu'on y vint des lieux les plus éloignes pour éprouver avec son humilité, l'esprit qui le guidait par des voies si étranges. Les pères du désert lui firent commander de quitter sa colonne, et il se mit sur-le-champ en devoir d'eu descendre. Les empereurs l'ont visité eux-mêmes avec admiration et l'ont fait consulter sur les objets les plus importans pour l'État et pour l'Eglise. Outre l'attestation des fidèles, les Sarrasins et les autres infidèles qui accouraient journellement à sa colonne, et qui lui voyaient opérer sur eux-mêmes un nombre infini de guérisons miraculeuses, ont donné à ces prodiges une célébrité qui s'est transmise d'âge en âge jusqu'aux derniers siècles. Théodorel , qui l'avait vu et entretenu plusieurs fois pendant la longue durée de sa vie merveilleuse, et qui en écrivit alors l'abrégé, prend à témoin, sur ce qu'il en rapporte, toutes les personnes de son temps. « Le saint homme Daniel avait succédé à Siméon, plus admirable que Siméon même, en ce qu'il habitait un climat beaucoup plus dur , près l'embouchure du Pont-Euxiu , sur une montagne exposée à des vents continuels et à des froids rigoureux. On le regardait comme la sauvegarde de l'empire, dès le temps de l'empereur Léon qui le visitait souvent, et à qui il obtint un fils par ses prière». Les Barbares avaient eux-mêmes tant de respect pour lui que le roi des Lazes étant venu traiter avec les Romains, et l'empereur l'ayant mené voir Daniel, le saint fut l'arbitre du traité entre les deux princes. Dans le péril où se trouvait l'Eglise , le patriarche de Constanlinople manda Daniel qui d'abord refusa de venir, ne pouvant se résoudre à interrompre sa manière de vivre toute spirituelle et toute céleste, pour rentrer dans la fange de ce monde.»
(22) 11 est des moines , dit ailleurs saint Jérôme, « qui , par l'humidité des cellules, par des jeûnes immodérés, par ennui de la solitude, par excès de lectures... tombent dans la mélancolie et ont plutôt besoin des remèdes d'Hippocrale que de nos avis... J'ai vu des personnes, de l'un et de l'autre sexe, en qui le cerveau avait été altéré par trop d'abstinence , surtout parmi celles qui habitaient dans des cellules froides et humides ; elles ne savaient plus ce qu'elles faisaient, ni comment se conduire, ni ce qu'il fallait dire OU taire. 1
El ailleurs encore :
c J'ai vu des hommes qui, renonçant au siècle, d'habits seulement et de nom, mais point de fait, n'ont rien changé a leur ancienne façon de vivre. Leur for»
tune est plutôt accrue que diminuée. Ils ont les mêmes cohortes d'esclaves, fe» mêmes pompes de banquets. C'est de l'or qu'ils mangent sur de misérables plats de faïence ou d'argile , el au milieu des essaims de leurs serviteurs , ils se font ap» peler solitaires... •
(23) Gallais, Biog. univ.
(24) La règle de saint Benoît se divise en soixante-treize chapitres : Neuf sur les devoirs moraux et généraux des frères ;
Treize sur les devoirs religieux et les offices ;
Vingt-neuf sur la discipline , les fautes , les peines , etc.;
Dix sur le gouvernement et l'administration inte'rieure;
Douze sur divers sujets , comme les hôtes , les frères en voyage , etc.
C'esl-à-dire , 1o neuf chapitres de code moral; 20 treize de code religieux ; 30 vingt-neuf de code pénal ou de discipline; 4o dix de code politique; 5° douze sur divers sujets.
Saint Maur porta celle règle en France. Le premier monastère qu'il y fonda fut celui «le Glanfeuil en Anjou. A la fin du sixième siècle tous les monastères de France avaient adopté cette règle.
Voici quelques détails assez curieux sur la vie intérieure du monastère:
« Pendant l'hiver on se levait à deux heures pour l'office de la nuit , qui est nommé vigile et composé comme aujourd'hui , quoique dans un ordre moins invariable et tant soit peu différent, d'une hymne, de psaumes, de leçons et répons. Au point du jour ou devait commencer laudes , que le saint appelle malines , et dans l'intervalle de ces deux offices on s'occupait de la méditation et de la lecture. L'ollice élant plus long les jours de fête el de dimanche, on s'y levait plus malin , ainsi que pendant l'été; l'office du matin, ou laudes, devant toujours se commencer à la pointe du jour , et l'office de la nuit devant le précéder de tout le temps requis pour les méditations ordinaires el pour les lectures. La distribution des psaumes pour chaque heure , est marquée telle qu'on l'observe encore parmi les disciples du saint. 11 parait cependant qu'elle n'était pas aussi fixe, ou d'une obligation aussi stricte que dans les offices d'aujourd'hui , puisque le pieux instituteur dit positivement que si quelqu'un n'est pas content de la distribution des psaumes , il peut les ranger autrement , pourvu qu'en chaque semaine on dise le Psautier, que nos pères, ajoule-i-il , avaient la fciveur de réciter tout entier chaque jour.
0 Après l'office du malin, c'est-à-dire h six heures en été, et plus tard suivant le degré de jour ou les saisons , ou allail au travail qui durait jusqu'à dix heures, puis on donnait encore deux heures à la lecture. Après midi , il y avail à peu près autant de travail que dans la matinée; eu tout sept heures au moins par
yoor. 11 paraît cependant que dès lors tous les moines n'étaient pas généralement et nécessairement occupes des travaux rudes et grossiers , tels que la culture de leurs terres et la recolle de leurs moissons; mais seulement quand la ne'cessite' du lieu ou la pauvreté' les y obligeait. On a pu, suivant les circonstances, substituer les travaux de l'étude à ceux des mains ; il a même été convenu de le faire quand la coutume s'est introduite de conférer les saints ordres au plus grand nombre de religieux. Ils étaient presque tous simples laïques , au temps de saint Benoît, et l'on ne croit pas que lui-même ait reçu aucun ordre ecclésiastique.
«L'habit des moines était le vêtement ordinaire des pauvres ou des gens de la campagne, c'est-à-dire la tunique; la cuculle dont l'étofle variait suivant les saisons, et pour le travail, le scapulaire plus large et plus court qu'à présent. Quant à la qualité des étoffes, on choisissait les plus communes du pays : le saint abbé n'en marque pas la couleur. Les lits consistaient en une natte ou une paillasse piquée, un drap de serge, une couverture , un chevet , et l'on couchait tout vêtu afin d'être toujours prêt pour l'office.
«Quant à la nourriture , ou accorde pour chaque repas deux portions cuites, non compris une troisième portion des fruits ou des légumes qui croissaient dans les terres du monastère , et par jour une livre de pain , c'est-à-dire douze onces, qui faisaient la livre tomaine. Pour la boisson , on accorde ud demi-setier de vin, comme par indulgence , parce qu'il était devenu difficile , dit le saint abbé , de faire goûter a--ix moines plus d'abstinence en celte matière. Les heures des repas variaient suivant les saisons. Tout l'été , c'eu-à-dire depuis pàques jusqu'à la miseptembre , on dînait à sexie ou midi, et l'on soupait au déclin du jour , si co n'était les mercredis et vendredis qu'on jeûnait , hors le seul temps pascal, jusqu'à l'heure denone, ou pour mieux dire jusqu'à une heure et demie, marquée j.ar la règle pour la réciialion de l'office de none. On dîuail à celle même heure durant tout l'automne et l'hiver. Pendant le carême on mangeait seulement au soir. Pour le souper, en quelque saison que ce fût, il devait se faire de jour. Les moines faisaient la cuisine tour à tour, ce qui ne l'annonce pas fort avantageusement. On avait beaucoup plus soiu des malades , à qui l'on accordait toutes les viandes qui pouvaient leur être bonnes, au lieu que la chair des quadrupèdes était interdite aux religieux qui se portaient bien.
«La règle attribue une grande autorité à l'abbé. Dans les affaires il doil consulter les anciens, et même assembler toute la communauté ou le chapitre pour les choses d'importance ; mais après avoir pris l'avis de chacun, la décisiou dépend de lui seul , et tous doivent s'y soumellre. Personne , sans sa permission , ne doit recevoir ni présens , ni lellres , ni sortir de l'enclos du monastère.
« Tels soûl les points capitaux et les plus dignes de remarque dans la règle de
saint Benoît , trouvée si sage qu'elle est devenue, avec le temps, la règle presque universelle de tous les moines d'Occident On rapporte la fondation du mont Cassin au pontificat de Félix III. » (Ber.-Berc*st.)
(25s, Voyez la leçon treizième.
(•->G) Nous retrouverons dans la séance consacrce aux mœurs des preuves de ce nue j'avance ici.
DIX-HUITIÈME LEÇON
(1) F.dimb. Review.
(2) On remarque combien nous avons pris , sous l'empire surtout , de cet ordre et de cette hiérarchie. Pendant que l'édifice croulait d'an côte' chez les Romains , on était arrivé d'un autre à un état décentralisation excellent pour le despotisme. Napoléon l'avait bien compris.
(3) Pancirole , Desmichels , Guizot , etc.
(4) Voyez pour les détails, que le cadre de ce cours ne me permet pas de donner, l'excellent ouvrage de M. Guizot sur le régime municipal de l'empire romain, etc.
(5) Desmichels, d'après Salvien.
(6) Dès le moment où le gouvernement romain marqua son impuissance à soutenir l'étendue de son empire, en se retirant de ses provinces, les Germains fondèrent , depuis le commencement du cinquième jusqu'à la fin du sixième siècle, huit grandes monarchies ; les unes furent établies par la force , les autres furent en quelque sorte consenties par les empereurs.
En 409 les Vandales, les Suèves et les Alains , après avoir ravagé la Gaule et passé les Pyrénées, londèrent à main armée trois monarchies qui se réduisirent à une seule. Celle-là même fut détruite par les \isigoths.
En 429 les Vandales passèreut d'Espagne en Afrique et y fondèrent une monarchie qui fut renversée par Bélisaire.
En 414, les Bourguignons fondèrent un royaume dans la Gaule , du consentement des empereurs.
En 4 1 6 les Visigoths pénétrèrent dans la Gaule méridionale , y fondèrent le royaume d'Aquitaine , et entrèrent par le nord-est en Espagne , où ils s'élabliren après avoir détruit la monarchie des Suèves.
En 450, les Saxons, sous la conduite d'Hengist et d'Horsa , s'emparent de la Grande-Bretag;ne et y fondent l'Heptarchie saxonne.
En 476 les Hérules , commandés par Odoacre , fondent une monarchie en Italie.
En 48l les Francs , ayant Clovis à leur tète , s'établissent dans les Gaules.
En 568 les Lombards, sous la conduite d'Alboin, font à leur tour la conquête de l'Italie , et y fondent une monarchie.
(7) Les Thanet étaient les propriétaires du sol ; on les subdivisait en deux classes ; ihanes royaux et lhanes inférieurs.
Les Ccorls n'étaient qu'hommes libres, sans propriétés territoriales. Le Ifiltenagemot, ou assemblée des hommes sages, e'tait composé d'évêqnes,, d'abbés, Je ducs et de comtes.
(8) Le mot alod, ditM. Guizot, aux savans essais duquel j'emprunte ces données sur Te'lat des personnes et des propriétés dans les Gaules, le mot alod ne permeE guère de douter que ces terres ne lussent tombées en partage aux Francs. Il vient du mot loos, sort, d'où sont venus une foule de mots dans les langues d'origine germanique, et en français les mots lot, loterie, etc. On trouve dans l'histoire des Bourguignons, des Visigoths, des Lombards, etc., la trace positive de ce partage des terres allouées aux vainqueurs. Ces peuples, est-il dit, prirent les deux tiers des terres, ce qui ne veut pas dire les deux tiers de toutes les terres du pays, mais les deux tiers des propriétés territoriales dans chaque lieu où s'établit un barbare un peu considérable. 11 est absurde de supposer que les conquérans procédèrent à cet égard, dans leurs relations avec les anciens habitans du pays, par une sorte de loi agraire universellement et systématiquement appliquée. Chaque guerrier assez important pour se faire ou pour qu'on lui fit une part prit ou reçut les deux, tiers des propriétés dans le territoire qui lui fut assigné. Les terres ainsi échues aux Barbares sont appelées par leurs propres lois et par les historiens sortes Burgundionum, Gothorum, sic.
On ne rencontre dans l'histoire des Francs aucune indication formelle d'un partage semblable, mais on voit partout que le butin était tiré au sort entre les guerriers, et ce qui prouve qu'on n'en agit pas autrement quant aux terres, c'est qu'un manoir (mansus") s'appelait originairement loos, sort.
(9) Omnia namque prœdia aul propria erant aut fiscalia. Propria seu proprietates dicebantur qua? nullius juri ohnoxia erant, sed oplimo maximo jure possidebantur ideôque ad hseredes transibant. Fiscalia verô, bénéficia si\e fisci vocabanlur quœ à rege ul plurimum posteàque ab aliis ita concedebanlur, ut cerlis legibus serviliisque obnoxia cum vilà accipientis UDirentur.
(A'af. ad Marculph. apud Baluz.) Le roi, comme représentant l'Etat, dut avoir l'administration de cette espèce de biens, et les Barbares suivirent, en en disposant ou en les donnant, les usages qu'ils avaient été accoutumés à observer dans leurs bois.
Un étal germain comprenait un souverain qui agissait pour l'intérêt commun,, des chefs qui gouvernaient dans diflérens districts, et la masse du peuple ; le souverain et les chefs devaient leur rang et leur considération , quelquefois à leur naissance, niais plus souvent à leur mérite. Le premier était jaloux de remplir avec gloire la dignité dont il était revêtu, et les derniers avaient grand soin de chercher à mériter sa laveur el a l'emporter les uns sur les autres ; le peuple se rangea!'-
sous les bannières des chefs particuliers dont les qualités le frappaient d'admiration, et il s'attachait à leur fortune; le grand objet d'émulation de chaque chef élait de se faire remarquer par le nombre et le courage des hommes qui étaient engagée à son service ou de ses adhérens ; c'était la gloire qui le flattait le plus et le pouvoir qu'il recherchait davantage. Ceux-ci formaient son lustre en temps de paix et sa sûreté en temps de guerre ; dans les combats ie chef était déshonoré s'il se laissait surpasser en valeur, et ses adhérens étaient couverts de honte s'ils ne l'e'galaient pas en bravoure; leur serment le plus sacré était celui de garder et de défendre sa personne ainsi que de lui attribuer toutes leurs belles actions; le chef combattait pour la victoire, et celui qui élait engagé à son service combattait pour son chef; ces liaisons et cette subordination suivirent les nations barbares dans leurs élablissemens, et on y peut remarquer les fondemens de l'association féodale. (G. SmtJ.)
(10) Louis-le-Débonnaire dressait, en 817, à Aix-la-Chapelle, la liste des monastères qui lui devaient des dons. (Balcze.)
(il) Montesquieu, Hallam, Mably, Guizot, etc.
(12) Des institutions politiques en France du cinquième au dixième siècle.
(13) Histoire générale de la civilisation en Europe.
(14) Ou loi Gombelte, rédigée par Gondebaud, acceptée et proclamée à Ambérieux, près Lyon, en 502.
(15) Heniion de Pansey.
(16) Les affaires peu importantes, dit Tacite, sont réglées par les chefs, les autres par la nation, etc. Ils s'assembleut à des jours fixes, en nouvelle et pleine lune, temps que les Germains jugent plus favorable. Lorsque l'assemblée est assez nombreuse, ils prenuent place tous armés, les prêtres chargés de la police imposent silence, ensuite le roi ou le chef prend la parole, et, selon ce qu'il a d'âge, de naissance, de considération militaire, d'éloquence, il se fait écouter par la force des raisons plutôt que par celle de l'autorité; si son avis a déplu un cri général l'annonce, s'ils l'approuvent ils agitent leurs/rame'ej. Celte manière d'exprimer leur approbation par les armes est la plus flatteuse On peut aussi à ces assemblées générales porter les accusations et les affaires criminelles.
(Hesrion de Paksey.)
(17) I/enlrée du clergé, dit M. H. de Pansey, changea la forme et l'objet des assemblées nationales. Auparavant la nation y était représentée par tous les hommes en état de porteries armes, elle ne le fut plus que par les olficiers supérieurs du palais et de l'armée, et cessa totalement de l'être lorsque ces grands offices étant devenus héréditaires, ceux qui les possédaient foi nièrent la classe que l'en a depuis appelée Tordre de la noblesse.
auparavant les guerriers qui formaient ces assemblées, plus hommes de bien qu'hommes d'esprit, plus judicieux qu'éclairés, plus raisonnables que raisonneurs, adoptaient les lois qui leur étaient soumises en frappant sur leurs boucliers, ou les rejetaient par un cri d'improbaiion. Sans doute ces formes e'taient trop simples, mais le défaut d'éloquence vaut encore mieux que l'abus de l'éloquence , et cet abus entra dans les assemblées avec les évèques. Accoutumés aux disputes théologiques, ils y portèrent les subtilités de l'école et surtout l'esprit de domination.
Cet esprit prévalut; il en devait être ainsi. La plus profonde ignorance était le partage des grands de l'Etat, et les connaissances du clergé, quoique très bornées, embrassaient tout ce que l'on savait alors. Ces connaissances, comme cela arrive toujours , rendirent les évèques maîtres des délibérations , et tout fut réglé par eux.
(18) Desmichels, d'après Tacite, Marculfe, et les constitutions des rois mérovingiens.
(10) Voyez, comme preuve de toutes les assertions précédentes, l'excellent ouvrage de !\i. de Savigny (Histoire du droit romain au moyen-âge). Cet auteur montre, dans le travail le plus savant et le plus minutieux, comment celte partie du droit actuel qui doit son origine aux Romains est sortie de la civilisation de l'empire d'Occident par une suite de modifications et de changemens non interrompus.
(20) Gibbon.
(21) On peut y ajouter, dit M. de Savigny, un édit de Théodoric rendu en 500, le breviarium d'Àlaric II en 506, et le papien chez les Bourguignons, du même siècle. On voit combien est peu fondée cette assertion de Montesquieu qu'à celte époque les sources du droit se bornaient au code Théodosien.
(22) Tribonien composa, avant de s'occuper de la réforme des codes, deux Panégyriques de Justinien et la vie du philosophe Théodote ; il publia un livre sur la Vie du bonheur et hs devoirs du gouvernement , et les Vingt-quatre sortes de mètres, le Canon astronomique de Ptolémée,\es Phases delà lune >les Demeures des planètes, et le Sjsléme harmonique du monde. A la littérature de la Grèce il joignit l'usage de la langue latine. Les jurisconsultes romains étaient dans sa bibliothèque et dans sa tète ; il cultivait assidûment les arts qui menaient à la fortune et aux emplois. De la barre des préfets du prétoire il parvint aux dignités de questeur, de consul et de maître des offices ; il fit enlendre dans les conseils de Juslinien la voix de la sagesse et de l'éloquence, el l'envie se laissa apaiser par la douce affabilité de ses manières. Les reproches d'impiété et d'avarice ont souille ses vertus et sa réputation. (Gibbow.)
(23) Weifl.
(24) Gibbon.
(25) C'est dans ce recueil authentique des lois barbares qui ont été faites pour nos pères, et appropriées à leurs premiers besoins, qu'on voit le mieux se dérouler le tableau fidèle et naïf de leurs passions, de leurs moeurs, de leurs usages et de leurs institutions. L'histoire des peuples qui sont encore dans l'enfance de la civilisation est tout entière écrite dans leurs lois.
On ne saurait se dissimuler que, pour retirer de l'étude de l'histoire toute l'utilité qu'on peut en attendre, il faut y joindre l'étude des usages anciens, des mœurs et des institutions primitives du peuple dont on étudie l'histoire. Celte connaissance est souvent une lumière soudaine au milieu des ténèbres épaisses qui couvrent le berceau de l'histoire de tous les peuples ; elle est comme le fil qui lie les évéuemens, qui en fait connaître les replis les plus cachés, et qui conduit l'observateur attentif, par le chemin le plus court, à la découverte de la vérité. Que d'événemens, en apparence inexplicables, ont cessé de paraître une énigme à l'homme familiaux avec la connrùsiance des anciens usage» et des anciennes mœurs !
(Petbé.)
DIX-NEUVIÈME LEÇON
(1) On demanda à Selon si les lois qu'il avait données aux Athéniens étaient les meilleures. . Je leur ai donne, répondit-il, les meilleures de celles qu'ils pouvaient souffrir. . Belle parole, qui devrai, è.re entendu, de tous les législateurs I
(MoNTKSQUIEU.)
Les Etats périraient si on ne faisait plier souvent les lois à la nécessite'.
(Pascal.)
(2) Par les mœurs générales on peut, disons-nous, deviner les lois générale»; cela est vrai, mais des lois générales seulement. Il serait absurde de croire qu'on peut en savoir les détails qui naissent de mille antécédens ou particularités diverses. Les mêmes lois conviendront, comme je l'ai dit, aux Athéniens, aux Francs et aux Gaulois, aux Allemands, aux Napolitains, à l'habitant de la Guinée ou de la Nouvelle-Zemble, mais les coutumes qu'y ont introduit l'ignorance, la superstition ou des habitudes enracinées, la loi devra aussi en tenir compte.
Écoutons parler Montaigne, . J'estime, dit.il, qu'il ne tombe en l'imagination humaine aucune fantaisie forcenée qui ne rencontre l'exemple de quelque usage public, et par conséquent que nostre raison n'eslaye et ne fonde. 11 est des peuples où on tourne le dos à celuy qu'on salue et ne regarde l'on jamais celui qu'on veut honorer.-D'autrcsoù lesenfansne sont pas héritiers, ce sont les frères et nepveux, et ailleurs les nepveux seulement, sauf à la succession du prince. Où, pour régler la communauté des biens qui s'y observe , certains magistrats souverains ont charge universelle de la culture des terres et de la distribution des fruicts.selon le besoin d'un chacun. Où l'on pleure la mort des enfans et festoyé l'on celle des vieillards.-OÙ les femmes qui perdent leurs maris par mort violente se peuvent remarier, les autres non. Où l'on estime si mal de la condition des femmes que l'on y tuë les femelles qui y naissent et achepte l'on des voisins des femmes pour le besoin. Où'les maris peu. vent répudier, sans alléguer aucune cause, les femmes non pour cause quelconque. Où les maris ont loy de les vendre si elles sont stériles. Où ils font cuire le corps du trépassé, et puis piler, jusques à ce qu'il se forme comme en bouillie, laquelle ils meslent à leur vin et la boivent. Où la plus désirable sépulture est d'eslre mangé par les chiens, ailleurs par des oiseaux. - Où, quand le roy, pour s'adonner du tout à la dévotion, se relire de sa charge (ce qui advient souvent), son premier successeur est obligé d'en faire autant , et passe le droict du royaume au troisième successeur Où l'on diversilie la forme de la police selon que les af.
faires semblent le requérir : on dépose le roy quand il semble bon, et lui substitue Ton des anciens à prendre le gouvernail de l'Eslat, et le laisse l'on par fois aussi ès-mains de la commune. Où hommes et femmes sont circoncis et pareillement baptise's. Où le soldat qui, en un ou divers combats, eu arrivé à pre'senier à son roy sept testes d'ennemis, e*l faict noble. On l'on vil sous celle opinion si rare et insociable de la mortalité des âmes. — Où ils envoient de leur sang en signe d'amilié, et encensent comme les Dieux les hommes qu'ils veulent honorer. Où, non-seulement jusques au quatrième degré, mais en aucun plus esloigné, la parenlé n'est souffert aux mariages. Où les eofans sonl quatre ans à nourrisse et souvent douze, et là mesme il est eslimé morlel de donner à l'enfance à letler tout le premierjour. Où les pères ont charge du chaslinienl des masles, el les mères à part des femelles, et est le chasliment de les fumer pendus par les pieds. — Où tout est ouvert, et les maisons, pour belles et riches qu'elles soyent, sans porte, sans fenestre, sans coffre qui ferme, et sont les larrons doublement punis qu'ailleurs. Où ils tuent les pouils avec les dénis comme les magots et trouvent horrible de les voir escacher sous les ongles. Où l'on ne couppe eu toute la vie ny poil, ny ongle: ailleurs où l'on ne couppe que les ongles de la droicle, celles de la gauche se nourrissent par genlillesse. — Icy on vit de chair humaine, là c'est ofûce de piété de tuer son père en certain aage ; ailleurs les pères ordonnent, des enfans encore au ventre des mères, ceux qu'ils veulent eslre nounis el conservez et ceux qu ils veulent eslre abandonnez et tuez. — N'a pas faict la couslume encore une chose publique de femmes à part? Leur a-l-elle pas mis les armes à la main ? Faict dresser des armées et livrer des batailles? Et ce que la philosophie ne peul planler à la leste des plus sages, ne l'apprend-elle pas de sa seule ordonnance au plus grossier vulgaire? Car nous scavoiu des nations entières, où non-seulement la mort esloit mesprisée, mais festoyée, où les enfans de sept ans souffraient à estre fouëlez jusqu'à la mort sans changer de visage; où la richesse esloit en tel mépris que le plus chétif citoyen de la ville u'eust daigné baissé le bras pour ramasser une bourse d'escus. Et se avons des régions très fertiles en toutes façons de vivre où toutes fois les plus 01 dinaires mets et les plus savoureux, c'estoient du pain, du nasitorlet de l'eau. — Celui qu'on rencontra battant son père respondit que c'esloil la coustume de sa maison, que son père avoit ainsi battu son ayeul, son ayeul son bisaveul, et montrant son fils : Celluy-cy me bâtira quand il sera venu au terme de l'aage où je suis. Et le père que le Gis tirassoit et sabouloit emmy la rue, luy commanda de s'arresler à certain huis, car luy n'avoil Haine son père que jusques là: que c'esloil la borne des injm ieui traitements héréditaires que les enfans avoient en usage faire aux pères en leur famille.
« Les loix de la conscience, que nous disons naislre dénature, naissent de la
couslume i chacun ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour île luy, ne s'en peut desprendre sans remors , ne s'y appliquer sans applaudissement.
a Quand ceux de Crète vouloient au lemps passe' maudire quelqu'un, ils prioient les dieux de l'engager en quelque mauvaise coustume. Mais le principal eflect de sa puissance c'est de nous saisir et empiéter de telle sorte qu'à peine soil-il en nous de nous r'avoir de sa prise et de r'entrer en nous pour discourir et raisonner de ses ordonnances. De vray, parce que nous les humons avec le laict de notre naissance, et que le visage du monde se présente en cet estât à nostre première veuë, il semble que nous soyons naiz à la condition de suivre ce train. Et les communes imaginations, que nous trouvons en crédit autour de nous et infuses en nostre ame par la semence de nos pères, il semble que ce soyent les géneralles et naturelles. Par où il advient que ce qui est hors les gonds de la couslume on le croid hors les gonds de la raison : Dieu sçail combien desraisonnablement le plus souvent. — Les peuples nourris à la liberté et à se commander eux-mesmes estiment toute autre forme de police monstrueuse et contre nature. Ceux qui sont duits à la monarchie en font de mesme. Et quelque facilité que leur preste fortune au changement, lors mesme qu'ils se sont avec grandes difncultez deffaitz de l'importunilé d'un maistre, ils courent à en replanter un nouveau avec pareilles difficultez p.mr ne se pouvoir résoudre de prendre en haine la maistrise.
« C'est par l'entremise de la coustume que chascun est coulent du lieu où nature Ta planté , et les sauvages d'Escosse n'ont que faire de la Touraine , ny les Scythes de la Thessalie.
a Daiius demandait à quelques Grecs pour combien ils voudraient prendre la couslume des Indes démanger leurs pères trespassez (car c'esloil leur forme, estimans ne leur pouvoir donner plus favorable sépulture que dans eux-mesmes), ils luy respondirent que pour chose du monde ils ne le feroient. Mais s'estant aussi essayé de persuader aux Indiens de laisser leur façon et prendre celle de Grèce qui estoit de brusler les corps de leurs pères, il leur fit encore plus d'horleur. Chacun en fait ainsi, d'autant <jue l'usage nous desrobbe le vray visage des choses.
« Qui voudra se desfaire de ce violent préjudice de la couslume, il trouvera plusieurs choses reçues d'une résolution indubitable qui n'ont appuy qu'en la barbe chenue et rides de l'usage qui les accompaigne : mais ce masque arraché, rapportant les choses à la vérité et à la raison, il sentira son jugement comme loul bouleversé et remis pourtant en bien plus seur eslat. Pour exemple je luy demanderay lors quelle chose peu! eslie plus eslrange que de voir un peuple obligé à suivre des lois qu'il n'entendit oneques, attaché en tous ses affaires domestiques, maria-
ges, donations, testaments , ventes et achapts , à des règles qu'il ne peut sravoir, n'estant escrites ny publiées en sa langue, et desquelles par. nécessité il luy faille acheter l'interprétation et l'usage, non selon l'ingénieuse opinion d'Isocrales qui conseille à son roy de rendre les trafiques et négociations de ses subjects libres, franches et lucratives, et leurs débats et querelles onéreuses, chargées de poisans subsides: mais, selon une opinion prodigieuse, de mettre en trafique la raison mesme, et donner aux loix cours de marchandise. i
Je pourrais multiplier ces citations, mais elles sont peut-être déjà trop longues, malgré le soin que j'ai eu d'en enlever tout ce que le naïf cynisme du philosophe gascon prenait tant de plaisir à y ajouter.
(3) Il y a deux peuples très fiers de leurs gouvernemens : ce sont les Anglais et les Américains. Leurs gouvernemens que j'admire sont très différens ; transportez en Angleterre l'égalité américaine, vous bouleverserez l'Etat ; sa puissance et ses richesses périront, avec ses libertés, dans les horreurs d'une sanglante démagogie. Imposez à l'Amérique l'aristocratie anglaise, sa population, son industrie languiront, et peut-être une partie de ses vieux habitans chercheront-ils uu asile loin d'une terre devenue pour eux inhabitable. Ces vérités sont évidentes, mais quel mépris les faits et l'expérience inspirent aux rêveurs politiques! Les philosophes sont traités par eux comme les médecins par l'alchimiste qui croit avoir trouvé le remède universel. (J. Droz.)
(4) D'autres nations ont toujours fait céder les intérêts du commerce aux intérêts politiques, l'Angleterre a tout concilié; et lorsqu'il y a eu lutte, le commerce l'a emporté. Les Anglais, dit Montesquieu, sont le peuple du monde qui a le mieux su se prévaloir à la fois de ces trois grandes choses : le commerce, la liberté et la religion.
(5) Application de la morale à la politique.
(C) Dugas-Montbel. — Disons, ajoute cet écrivain dans un excellent mémoire destiné comme celui de M. Mattel' à concourir pour la question proposée par l'Académie française, disons que les lois d'une société sont dans les mœurs; que le mérite et le devoir du législateur sont de découvrir quelles sont ses lois et de les promulguer ; que plus ces lois promulguées sont conformes aux lois réelles , c'est-à-dire sont l'expression fidèle des mœurs, plus elles auront de force et de durée; mais que si, au contraire, elles se trouvent opposées aux mœurs, nécessairement elles doivent, dans cette lutte, finir par succomber devant les mœurs, tout en contrariant le momement de perfection auquel il n'est point de société qui ne soit appelée. Ajoutons (pie le second devoir du législateur, non moins impérieux, que le premier, est de s'associer à ce mouvement progressif et de l'aider pai idoles moyens qui sont en sa puissance. Ce côté inoral du travail du législateur, qui
«'avait que peu d'extension dans les temps anciens et encore aujourd'hui parmi les peuples d'Orient, trouve surtout son application parmi les Europe'ens de nos jours.
(7 La liberté' elle-même, dit Montesquieu, a paru insupportable à des peuples qui n'étaient pas accoutumes à en jouir. C'est ainsi qu'un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans des pays marécageux.
Un Vénitien nommé Balbi, étant au Pégu, fui introduit chez le roi. Quand celui-ci apprit qu'il n'y avait point de roi h Venise, il Ct un si grand éclat de rire qu'une toux le prit et qu'il eut beaucoup de peine à parler k ses courtisans. Quel est le législateur qui pourrait proposer le gouvernement populaire à des peuples pareils ?
(S~) « Quand un peuple a de bonnes mœurs , les lois deviennent simples. • De nombreux exemples suivent cette assertion de Montesquieu; je n'en citerai qu'un. Plalon dit que Rhadamante, qui gouvernail un peuple extrêmement religieux, expédiait tous les procès avec célérité, déférant seulement le serment sur chaque chef. Mais, dit le même Platon, quand un peuple n'est pas religieux, on ne peut faire usa^e du serment que dans les occasions où celui qui jure est sans intérêt, comme un juge et des témoins.
(9) Dans le temps que les mœurs des Romains étaient pures, il n'y avait point de loi particulière contre le péculat. Quand ce crime commença à paraître, il fut trouvé si infâme que d'être condamné à restituer ce qu'on avait pris fut regarde' comme une grande peine, témoin le jugement de L. Scipion. (Montesquieu.)
(10) 11 n'y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intérieures que le démocratique ou populaire, parce qu'il n'y en a aucun qui tende si fortement et si continuellement à changer de forme ni qui demande plus de vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne. C'est surtout dans cette constitution que le citoyen doit s'armer de force et de constance et dire chaque jour de sa vie au fond de son cœur ce que disait un vertueux palatin dans la diète de Pologne: Malo periculosam libertatem quam quiettim servitium.
S'il y avait un peuple de dieux il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.
(J.-J. Rocssf.au, Contrat social.} (\\) Tirannide indistinlamente appellare si debbe ogni qualunque governo, in cui chi è preposto alla esurezion délie leggi, puô farle, distruggerle, infrangerle, internretarle, impedirle, sospenderle ; od anche soltanlo deluderle, con sicurezza d' imnunità. E quindi, o questo infrangi-legge sia ereditario, o sia eleltivo ; usurpaloreo le^ittimo ; buono o trislo ; uno o molli; a ogni modo, chiunque ha una forza elfelliva rhe basti a ciô fare è tiianno ; ogni societb, che lo ammetle, è tirannide ; ogni popolo, che lo sopporta, è schiavo... (Aliieri.)
(12) I Romani erano educaii fra il sangue ; i loro crudeli spettacoli, che a tempo di reppabblica virlnosamenle feroci li rendevano, al cessar d' esser liberi non li faceano cessare perciô di essere sanguinarj. Nerone, Caligola, etc., etc., trucidavano la madré, la moglie, i fratelli, e chiunque a lor dispiacesse ; ma Nerone, Caligola, e i simili a loro, morivano pur sempre di ferro. I noslri liranni non uccidono mai apertamente i loro congiunli; rarissimamente versano senza nécessita il sangue dei sudditti, et ciô non fanno se non sotto il manto délia giustizia : ma anche i liranni nostri se ne muojono in letto.
Konneghero, che a raddolcire gli universali costumi non poco contribuisse la religione crisliana ; benchè da Costanlino fino a Carlo VI tanli traui di stupida ignoranza e non grandiosa ferocia si possono pur leggere nelle storie di tutti que i popoli intermédiare che storia a dir vero non meritavano. Nondimeno altribuire si debbe in qualche parte il raddolcimente universale dei costumi, e uDa certe urbanità nella tirannide diversamente raodificata, alla influenza délia crisliana religione. /. ..
b (Alfieri.)
(13) Croire que telle constitution politique est un talisman qui porte le bonheur avec elle est une insigne folie. La proposilion contraire serait plus vraie ; il n'y a pas de forme de gouvernement qui, par elle-même, voue un peuple au malheur. En effet, on distingue les diverses formes de gouvernement par la manière dont l'autorité est placée ou distribuée dans chacune d'elles. Quiconque possède l'autorité peut l'employer au bien de tous ; il n'y a donc pas de gouvernement qui rende inévitablement malheureux le peuple soumis à son influence.
Des hommes bons rendraient bonnes les formes de gouvernement les plus défectueuses, et les meilleures se corrompent avec des êlres dégradés. L'autorilé doit être bénie partout où ses vues se dirigent vers les deux grands moyens de civilisation, partout où, cherchant à propager la morale et l'industrie, elle a pour but de rendre les mœurs plus douces et l'aisance plus générale.
Toutefois, la distribution du pouvoir dans la société ne saurait être indifférente; les hommes passent, les institutions restent. (Droz )
(il) Matter.
VINGTIÈME LEÇON
(1) Depuis la dispersion de la première famille jusqu'à l'établissement do christianisme, cette e'ducation du genre humain a été bien avancée. La Chine, l'Inde, la Perse, la Phénicie, l'Egypte, la Judée, la Grèce, et Rome enfin, y ont contribué dans la mesure que la Providence leur avait fixée, et cette lumière, qui a successivement éclairé toutes les parties du monde, a marché comme celle du soleil, d'orient en occident. Je l'appellerai, si l'on veut, civilisation.
(Rio, Essai sur l'hist. de Fesp. hum.)
(2) Les auteurs contemporains, écrivant sous l'influence de ces scènes de désolation , ont de la peine à trouver des expressions assez énergiques pour en peindre toutes les horreurs. Ils donnent les noms dejléau de Dieu, de destructeur des nations, aux chefs les plus connus des Barbares, et comparent les excès qu'ils commirent dans leurs conquêtes aux ravages des tremblemens de terre, des incendies et des déluges , calamités les plus redoutables et les plus funestes que l'imagination puisse concevoir.
Les Barbares ravagèrent tout avec la plus grande férocité ; la peste vint ajouter ses horreurs à cette calamité ; la famine fut si générale que les vivans furent obligés de se nourrir de cadavres. Ces terribles fléaux désolèrent à la fois ces malheureux royaumes. (Ibace.j
Les Goths ayant attaqué les Vandales dans leurs nouvelles possessions, ces peuples se livrèrent une guerre sanglante ; le pays fut ravagé par les deux partis ; les villes qui avaient échappé à la fureur des premiers furent réduites en cendres, et les habitans se virent exposés à toutes les horreurs que pouvait accumuler sur eux la cruauté gratuite de ces peuples barbares. (RtfBEKTsoN.)
(3) Sous la dénomination de Germains on comprend les Barbares d'Europe, c'est-à-dire les Francs, les Allemands, les Goths, subdivisés en Visigoths; Ostrogoths at Gépides, les Lombards, les Bourguignons, les Vandales, les Suèves, lesHérules, les Quades, les Marcomans, les Angles, les Saxons, les Danois et les Normands.
(Lascases.)
(4) Trois grandes races habitaient l'Europe centrale et septentrionale ; les Celtes dans la haute Italie et sur les Alpes, dans le milieu de la France, dans une partie de l'Espagne et dans les Iles Britanniques ; les Germains peuplaient les empires allemand et Scandinave , car alors les Suédois et autres peuples habitant les
"empires du Nord étaient rangés au nombre des Germains ai ne faisaient qu'un
avec eux.
Les plus anciens pays de l'Europe habités par les Germains étaient le nord de 'l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemarck, le midi de la Suède, la Norwè»e les côtes de la mer Baltique et celles de l'Océan. (F, Schlegel.)
(5) Gladius barbarico rilu humi figitur nudus.
(6) (E. Ch. D'Arnouyille, Enc. mod.) Voyez Mallet, les poésies d'Ossian, etc. Voici un résumé très piquant, très curieux, mais incomplet aussi, que j'emprunte aux éludes historiques de M. de Chateaubriand : • Le géant Ymer fut tué par les trois fils de Bore : Odin, Vile et Ve. La chair de Ymer forma la terre, son san" la mer, son crâne le ciel. Le soleil ne savait pas alors où était son palais, la lune ignorait ses forces, et les étoiles ne connaissaient point la place qu'elles devaient occuper.
« Un autre géant, appelé Norv, fut le père de la Nuit ; la Nuit, mariée à un enfant de la famille des dieux, enfanta le Jour. Le Jour et la Nu=l furent placés dans le ciel, sur. deux chars conduits par deux chevaux; Krim-Fax (crinière gelée; conduit la Nuit, les gouttes de ses sueurs font la rosée ; Skin-Fax (crinière lumineuse) mène le Jour. Sous chaque cheval se trouve une outre pleine d'air, c'est ce qui produit la fraîcheur du matin.
«Un chemin ou un pont conduit de la terre au firmament; il est de trois couleurs et s'appelle l'arc-en-ciel. Il sera rompu quand les mauvais génies, après avoir liaversé les fleuves des enfers, passeront à cheval sur ce pont.
«La cité des dieux est placée sous le chêne Ygg-Drasill qui ombrage le mon.lv Plusieurs villes existent dans le ciel.
« Le dieu Thor est fils aîné d'Odin ; Tyr est la divinité des •victoires. Heidall aux dents d'or a été engendré par neuf vierges. Loke est l'artisan des tromperies; le loup Fenris est fils de Loke ; enchaîné avec difficulté par les dieux, il sort de sa bouche une écume qui devient la source du fleuve Vam (les vices).
• Fr'gga est la principale des déesses guerrières qui sont au nombre de douze ; elles se nomment Walkiries : Gadur, Bosta et Skulda (l'aNenir), la plus jeune des douze fées, vont tous les jours à cheval choisir les morts.
«11 y a dans le ciel une grande salle, le Valhalla, où les braves sont reçus après leur vie. Cette salle a cinq cent quarante portes; par ebacune de ses portes sortent huit guerriers morts pour se battre contre le loup ; ces vaillans squelettes s'amusent à se briser les os et viennent ensuite dîner en5emble. Ils boivent le lait de la chèvre Heidruna, qui broute les feuilles de l'arbre Lœrada. Ce lait est de l'hydromel ; on en remplit tous les jours une cruche assez large pour enivrer les héros décédés. l.o monde finira par un embrasement. >
(/) Voyez la dixième le n
(S) Cuizut, Cours d histoire moderne. On lit aussi dans F. Schlegel : • Le mérite du gouvernement germain consistait dans la liberté' entière des individus, garantie par l'union la plus forte de tous. Chaque homme libre Pelait loul-à-fail el elail maître de lui-même, en quelque sorte son propre seigneur ; il avait part active à la force du tout, à la puissance du lien commun...
La noblesse et la liberté étaient les deux bases principales sur lesquelles reposait le gouvernement des anciens Allemands; une caste noble et une caste d'hommes libres, sous des ducs élus el des princes hérédiiaires, formaient toutl1 étal allemand. Mais quelle noblesse el quelle libellé, si nous la comparons avec celle aristocratie despotique, oppressive, avide, de Sparte ou de Piome, avec la liberté séditieuse des petits Etats grecs 1 Une noblesse fondée sur une aulorilé douce el une libellé générale, une liberté basée sur l'honneur, la vertu et la fidélité...
Il ne faut pas que celte liberté individuelle nous fasse croire que tout était sans lien, sans frein ; les lois avaient beaucoup de force dans certains cas, par exemple, dans tout ce qui avait rapport au gouvernement et à la communauté. Alors le principe de un pour tous el tous pour un primait la vie et la mort; la trahison ou l'abandon du devoir commun était puni de mort ainsi que la làchelé. (Jelui qui avait perdu son bouclier était proscrit, déshonoré et privé de ses droits. » On s'aperçoit sans peine , à ces passages , que F. Schlegcl est d'origine germanique.
(9) Guizot, ibid.
VINGT-UNIÈME LEÇON
^l) !.ex salies antiqua, anliquissima.
(2) l.c-x salica recentior, eniendata, reformata.
(3) î^o pouvant donner dans ces leçons toute l'extension désirable à un sujei <jui, d'un coté, demanderait à être traite' avec détails, et, de l'autre, exige une marche rapide, je donnerai au inoins dans des notes tous les litres des diverses lois dont nous parcourons succinctement les principales dispositions. Les titres seuls ne pourraient îi^u appiendre ; venant après les considérations données dans le cours, ils feront connaître l'ensemble de la loi et ses diverses parties, l'esprit générai dans lequel elle a été écrite.