‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècleChapitre 27 sur 28 · LOI SALIQUE · texte numérisé non relu

LOI SALIQUE

Titre f1. Des assignations. 2. Du vol des porcs. 3. Du vol des bestiaux. 4. Du, vol des brebis. 5. Du vol des chèvres. 6. Du vol des chiens. 7. Du vol des oiseaux. 8. Du vol des arbies. 9. Du vol des abeilles. 10. Du dommage causé dans un champ de blé ou dans un enclos quelconque. 11. De l'enlèvement des serviteurs ou esclaves. 12. Des vols et des effractions commis par des ingénus. 13. Des vols commis par des esclaves. 14. De l'enlèvement des femmes de condition libre par des hommes de même condition, lo. Du vol commis sur la personne d'un ingénu. 10. De celui qui a assailli une habitation. 17. De ceux qui auront dépouille! un homme mort. 1 8. Des incendies. 19. Des blessures. 20. De l'accusation calomnieuse portée devant le roi en l'absence de l'accusé. 21. Des maléfices. 22. De celui qui presse la main dune femme de condition libre. 23. De celui qui auia emmené une barque sans la permission du maîtie ou qui l'aura dérobée. 24. De.-, vols commis dans un moulin. 25. De l'action d'un homme qui monte un cheval sans la permission du maître. iC. De ceuv qui auront tué de jeunes garçons ou de jeunes filles ou leur auront coupé les cheveux. 27. Des liaisons illicites avec une femme esclave. 28. De l'affranchissement des esclaves. 20. De différentes soi ces de vols. 30. Du louage. 3 ! . Des mutilations. 32. Des injures. 33. Des obstacles apportés à la libre circulation sur les routes. 34. De la détention arbitraire exercée sur un ingétui. 3.r>. De U chasse. 30. Des clôtures. 37. Du meui lie des esclaves mâles ou femelles. .'!S. Du cas où un homme a été tué par un animal domestique. 30. De la recherche des animaux volés. 10. Du vol des chevaux. 1 I. De cru l'enlever u.i esclavcà son maître. 42- De l'accu alioi de ."i i

an esclave. 43. Du meurtre des inge'nus. 44. Du meurtre commis par des homme; rassemblée. 45. Des meurtres commis dans un fe3lin. 46. Du mariage des veuves. 4 7. De celui qui s'est établi dans une proprie'te' qui ne lui appartient point et de celui dont la possession remonte à douze mois. 48. De la donation avec tradition. 49. Du séquestre, c'est-à-dire de la manière dont un homme doit faire déposer en mains tierce? les choses qui lui ont été volées. 50. Du faux témoignage. 5l. De la production des témoins. 52. De celui qui refuse d'acquitter sa dette. 53. Du cas où une personne a fait illégalement procéder à une saisie par le graphion. 54. Dn prêt. 55. De celui qui veut racheter sa main de l'épreuve de l'eau bouillante. 56. Du meurtre d'un graphion. 57. De la violation des sépultures. 58. De J'incendie ou du pillage des églises et du meurtre des clercs. 50. Du refus de comparaître en justice. 60. Des rachimbourgs qui ne veulent pas juger selon la loi dont les parties réclament l'application. 61. De la cession des biens. 62. Des ;ileux.63.De celui qui veut briser les liens civils qui l'unissent à sa famille. 64. Du vol commis avec violence. 65. Du partage de la composition d'un meurtre. 66. Du meurtre commis en présence de l'ennemi. 67. De celui qui aura traité un homme d'empoisonneur. 68. De celui qui a coupé la queue d'un cheval qui ne lui appartient pas. 69. De celui qui aura détaché un homme du gibet ou de la potence. 70. Du refus d'épouser une fille après l'avoir demandée en mariage 7 t. Du dommage fait à un fonds.

LOI RIPUAIKE.

Titre. 1«. Des coups portés à un ingénu. 2. De l'effusion du sang. 3. De lafracture d'un os. 4. Des blessures internes. 5. Des mutilations. 6. De la castration. 7. Du meurtre. 8. Du meurtre des esclaves. 9. Du meurtre des hommes du roi. 10. Du meurtre des hommes attachés aux églises. 11. Du meurtre des antruslions. î2. Du meurtre des femmes. l3. Du meurtre des jeunes filles. 14. Du meurtre d'une femme attachée au service d'une église. 15. Du meurtre qu'on a voulu celer. 16. Des atteintes à la liberté d'un homme ou d'une femme de condition libre. 17. Des incendies. 18. Du crime appelé sonesti. 19. Des coups portés à un esclave. 20. De l'effusion du sang. 21. De la fracture d'un os faite a un esclave. 22. De la fracture d'un os faite à un ingénu par un esclave. 23. Des coups portés par un esclave k un autre esclave. 24. De l'effusion du sang entre esclaves. 25. De la fracture d'un os entre esclaves. 26. Des mutilations commises par un esclave sur la personne d'un esclave. 27. De la castration d'un esclave par un autre esrlavc. 28. Du meurtre d'un esclave commis par un autre esclave. 29. Du vol commis par des esclaves. 30. De l'épreuve du feu pour les esclaves. 3l. De l'o- W'faUon, pour un maître, do représenter son esclave en justice. 32. Du cas où

i 'esclave s'est enfui dans l'intérieur de la province. 33. De l'obligation de représenter un ingénu. 34. Des assignaiions. 35. Du séquestre. 36. Du rapt des femmes de condition libre. 37. Du rapt des femmes mariées. 38. De divers genres de meurtre. 39. De la dot des femmes. 40. Des accusations calomnieuses portées devant le roi. 41. De celui qui a pressé le bras ou la main d'une femme libre. 42. De celui qui monte un cheval sans le consentement de son maître. 43. De la détention des ingénus. 44. De la chasse. 45. Des clôtures. 46. De l'action de passer avec un char dans un champ de^blé. 47. De celui qui, à l'insu du maître d'une maison, a caché dans cette maison un objet volé. 48. Du cas où un homme a été tué par un animal domestique. 49. De la recherche des animaux volés. 50. De celui qui ne laisse en mourant aucun héritier légitime. 51. De la donation entre époux. 52. De la production des témoins. 53. De ceux qui, sans titre légitime, ont fait procéder par le comte à une saisie. 54. Du prêt. 55. Du meurtre d'un graphion. 56. De l'action de celui qui dépouille un corps mort. 57.Desjuçemens des rachimbourgs. 58. Des aïeux. 59. Des affi anchissemens faits devant le roi. 60. Des affranchis tabulaires. 61. Des ventes. 62. De la tradition et de la preuve testimoniale. 63. Des affranchis selon la" loi romaine. 64. Des esclaves devenus affranchis?tributaires. 65. Du meurtre commis en présence de l'ennemi. 66. Du meurtre d'un homme commis dans sa maison. 67.Du]refus d'exécuter les ordres du'prince. 68. Du serment. 69. De celui qui meurt sans enfant. 70. De la fracture d'un os non suivie d'effusion de sang. 71. Du crime de trahison envers le roi. 72. De la mort occasionnée par la chute d'une pièce de bois. 73. De la stipulation. 74. De la mort d'un esclave ou d'un animal, survenue depuis la revendication. 75. De celui qui a favorisé l'évasion d'un voleur. 76. De la défense de faire aucun marché ni aucun échange avec un voleur. 77. Des choses trouvées. 78. Du vol des bois de construction et autres bois. 79. Du meurtre commis dans le cas d'une légitime défense. 80. De l'asile donné à un voleur. 81. Déjà succession des pendus. 82. Des obstacles apportés à la libre circulation sur les routes. 83. De la défense de faire entendre en justice un enfant' au-dessous de 1 âge de quinze ans. 84. Du dommage causé daus un champ de blé ou dans un enclos quelconque. 85. Des maléfices. 86. Du cas où une personne a fait procéder, sans titre légitime, par le graphion à une saisie. 87. De celui qui a dépouillé un cadavre. 88. De celui qui a écorché un cheval appartenant à un autre homme. 89. Des hommes condamnés au bannissement. 90. De la défense faite aux juges de recevoir des présens. 91. De la défense faite aux juges ou aux envoyés royaux d'exiger le fred avant que la composition ait été payée.

(4) Il fallait, comme on le voit, 40 deniers romains pour faire un ton d'or ou tolidum. Le denier équivalait, sous les derniers empereurs, à 70 centimes de notre

monnaie, et le sou d'or à 16 ou 18 francs; le sesterce valait quatre fois moin.que le denier et cent fois moins que le solidum. Ces donne'es, sur lesquelles je ne retiendrai pas , serviront à comprendre Te'valuation pécuniaire des amendes stipulées en deniers et sous d'or dans les lois des Francs-Saliens, qui n'avaient encore î ien change' aux monnaies romaines. Le sou d'or des Francs-Ripuaires se divisait en 12 deniers.

(5) Loi Salique, lit. 1er, art. ler.

titre 2, art. 1, 3, 12, 14.

titre 3, art. 3, 5, 10.

titre 4, art. 2.

titre 5, art. 1.

titre 6, art.'l, 4.

titre 7, art. 3, 6.

titre 8, art. 1.

titre 9, art. 1.

titre 10, art. 11.

titre 11, art. 5.

titre 12, art. 1.

titre 13, art. 1.

titre 14, art- 1, 2, 4, 5, 6, 7, 11, 12, 13. 14, 16.

titre l5,art. 1, 2, 3, 4.

titre 17, art. 2.

titre 1 8, art. 1 , 2.

titre 19, art. 1, 2, 5, 6, 7.

titre 20, art. 1, 2.

titre 21, art. 1, 3,4.

titre 2 , art. 1, 2, 3, 4.

titre 25, art. 1.

titre 26, art. 1, 2, 3, 4, 7, 8.

titre 27, art. 3, 4,5.

litre 29, art. 1, 12, 17, 38.

titre 30, art. 1.

titre 29, art. 1, 12, 17, 38.

titre 32, art. 1, 2, 4, 5, 6.

titre 33, art. 1, 2, 3.

litre 34, art. 1, 3, 4,

titre 37, art. 1, 2.

titra 42, ait. 1 , 4.

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(37) Loi Salique, litre 43, art. 1, 2.

titre 44, art. 1,2, 4.

titre 46, art. 1.

titre 50, art. 1, 2.

titre 55, art. 1.

titre 58, art. 1, 2, 3, 4

titre 62, art. J, 2, 3,4, 5. G.

Les savans et les jurisconsultes ne sont pas encore d'accord sur l'important.) a accorder à cet article, sur lequel on a tant dispute' ; les uns, comme Ducan^c . Adelung, l'abbé Dubos, ont ru dans les terres saliques de -véritables fiefs ou bénéfices militaires ; d'autres, comme Eckard, et après lui Montesquieu, ont pense' que la terre salique n'était autre chose que la maison patrimoniale et un morceau de terre dans l'enceinte autour dune maison. Voici comment s'exprime l'auteur de l' Esprit des Lois, liv. 18, chap. 22: « I\'ous savons par Tacite et César que les terres que les Germains cultivaient ne leur étaient données que pour un an , après quoi elles redevenaient publiques. Ils n'avaient de patrimoine que la maison et un morceau de terre dans l'enceinte autour de la maison. C'est ce patrimoine particulier qui appartenait aux mâles. En effet , pourquoi aurait-il appartenu aux filles? Elles passaient dans une autre maison. La terre salique était donc celte enceinte qui dépendait de la maison du Germain; c'était la seule propriété qu'il eût. Les Francs, après la conquête , acquirent de nouvelles propriétés, et on continua à les appeler terres saliques. i

i Montesquieu, dit M. Peyré, a très bien prouvé que la terre salique ne pouvait être une terre de fief ou un bénéfice militaire, comme l'avait assuré l'abbé Dubos, mais nous pensons qu'il a trop restreint le sens qu il fallait attacher aui mots terres saliquts. *

(44) Loi Salique, titre 63, art. 1,2,

(45) Id. titre 67, art. 1, 2, 3.

(46) Id. titre 69, art. 1, 3, 4.

(47) Id. titre 70, art. 1.

(48) Les plaisirs des Barbares étant surtout la chasse et la pèche , il était naturel qu'ils attachassent aux chiens, aux faucons, aux éperviers, un prix extraordinaire. Ils connaissaient eu outre lesjeux de balle, de dés et d'échecs. Ces derniersjeux leur plaisaient tant qu'il s'y livraient des nuits entières , et avec une si grande fureur qu'après avoir perdu leur fortune , ils finissaient par jouer leur libelle. Leur exercice favori était la chasse et la pèche. En ce lemps-là on connaissait déjà le cor et les faucons.

Les Français avaient plus il« spectacles sous u première race que son

coude el au commencement de la troisième, car la plupart de ces divertissement étaient donnes par les Romains, tels que les combats de bêles féroces et les pantomimes ; mais ces deux sortes de spectacles furent ensuite de'fendus avec raison par les conciles, l'un à cause de sa cruauté, et l'autre à cause de l'indécence que les lustrions mettaient dans leurs gestes.

Le spectacle qu'on applaudissait le plus dans ce lemps-lk,et qui, dit-on, était singulièrement perfectionné, c'était la danse sur la corde lâche ou tendue. Marcel , en ses Origines de la monarchie française, Strutt, en ses Antiquités, MM. de l'aulmy , Legendre , Legrand d'Aussi , etc. , parlent de beaucoup d'autres diverti ssemens.

(4 9) On a déjà pu remarquer combien les Gaulois et les Francs étaient jaloux d'une belle chevelure ; on pourrait faire un chapitre curieux et intéressant sur les modes, les prérogatives, les usages dont les cheveux ont été l'objet, tant chez nos ancêtres que chez les Scandinaves.

Les Suèves et les Sicambres relevaient leurs cheveux sur le sommet de la tele cl en formaient un ou plusieurs nœuds.

Crinis rtifus et in uodum caactus apud Germanos..."

(SÉNEQUE.) Crinibus in noium lards venére Sirambri.

( Martial.)

C'est par-là que l'homme libre était distingué de l'esclave.

Les grands et les chefs de la justice, chez les Gaulois et chez les Germains, secouaient sur leur chevelure une poudre d'or qui lui donnait un éclat bizarre. Quand ils allaient au combat, ils la frottaient avec une composition d'un rouge très vif qui leur prêtait un air effrayant.

Hic quoque montïïa damas , rutili qtiibut arce cerebri Ad fronttm coma tractu jacet, nudataquc ceriix Selarum ptr damna iiitel.

(Sidon. Arrou)

Dans le deuil el l'affliction ils laissaient flotter leurs cheveux épars ; une épouse, une amante coupait les siens sur le tombeau de celui dont elle pleurait la perte.

AiAê ducein noilrum flavam sparsere Sirambri Cœsariem, pavidoque oranlet munere Fi'anri.

(Claudiek.)

Ils juraient sur leur chevelure, et ce serment était sacré.

Us ne pouvaient donner uue plus grande marque de politesse à ceux qu'ils honoraient que de s'arracher un cheveu en les saluant.

Les religieuses, en prononçant leurs vœux, faisaient le sacrifice de leurs che\ eux, comme si désormais elles eussent renonce aux moyens de plaire. Les moines, en se rasant une partie de la tète, se rendaient serfs et esclaves de Taulel, parce qu'une chevelure longue était l'emblème de la liberté.

(Acsose, Martial, Sthott, Mahchangy, Mole, Saim-FoIx, etc.)

(50) La composition se payait aux parens de l'homicide d'après le tarif de la loi. Cette composition était fixée à six cents sous pour un anlruslion du roi. à trois cents pour un Romain conviva rejis (homme noble de rang suffisant pour être admis à la table du roi), à deux cents pour un simple Franc, à cent pour un Romain possesseur de terres, et à quarante-cinq pour un tributaire ou cultivateurde la propriété d'un antre. Chez les Bourguignons, où-la religion et la longue durée de leur établissement avaient introduit des idées différentes, le meurtre était puni de mon, mais les autres injures personnelles étaient compensées , comme chez les Francs, par une amende graduée suivant le rang et la nation de la partie lésée.

Les conquérans barbares de la Gaule et de l'Italie étaient guidés par des idées bien différentes de celles de Rome, qui avait imposé ses lois à tous les sujets de son empire. Attachés en général à leurs anciennes coutumes, sans désirer de les améliorer, ils laissèrent les anciens habitans jouir paisiblement de leurs institutions civiles. Le Franc était jugé par la loi salique ou ripuaire ; le Gaulois suivait le code The'odosien. Celle grande distinction entre le Romain et le Barbare, fondée sur la loi à laquelle chacun d'eux était soumis, était commune aux royaumes <*es Francs, des Bourguignons et des Lombards 5 mais les Oslrogoths, dont l'établissement dans l'empire était plus ancien et les progrès dans la civilisation des mœurs plus avancés, commençaient à quitter leurs anciens usages pour adopter la jurisprudence romaine. Les lois des Visigolhs furent aussi rédigées par les évèques sur le plan des lois romaines et destinées à former un code uniforme par lequel les deux nations seraient gouvernées. (Hallam. ï

(51) La procédure relative au seul cas de mort en réparation d'homicide est un tableau de mœurs. Quiconque a tué un homme, et n'a pas de quoi payer la composition, doit présenter douze co-jurans, lesquels déclarent que le délinquant n'a rien, ni dans la terre, ni hors la terre, au-delà de ce qu'il offre pour la composition. Ensuite l'accusé entre chez lui et prend de la terre aux quatre coins de sa maison ; il revient à la porte , se tient debout sur le seuil, le visage tourné vers 1 intérieur du logis; de la main gauche il jette Ja terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. Si son père , sa mère et ses frères ont fait l'abandon de tout ce qu'ils avaient, il lance la terre sur la sœur de sa mère ou sur les tils de cette sœur, ou sur les trois plus proches parens de la ligne maternelle. Cela fait , déchaussé el en chemise, il saule, à l'aide d'une perche, par-dessus la haie dont sa

maison est entourée ; alors les trois païens de la ligne maternelle se trouvent chargés d'acquitter ce qui manque à la composition. Au défaut des païens maternels, les païens paternels sont appelés. Le parent pauvre qui ne peut payer jette à son tour la terre recueillie aux quatre coins de la maison sur un parent plus riche, Si ce parent ne peut achever le montant de la composition, le demandeur oblige le défendeur meurtrier à comparaître à quatre audiences successives, et enfin, si aucun des parens de ce dernier ne le veut rédimer, il est mis à mort : De vila componat.

De ces piécauiions multipliées pour sauver les jours d'un coupable il résulte que les Barbares traitaient la loi en tyran et se prémunissaient contre elle 5 ne faisant aucun cas de leur vie ni de celle des autres, ils regardaient comme un droit naturel de tuer ou d'être tués. Un roi même, dans la loi des Saxons, pouvait eue ociis; on en était quitte pour payer sept cent vingt livres pesant d'argent. Le Germain ne concevait pas qu'un être abstrait , qu'une loi pût verser son sang. Ainsi, dans la société commençante, l'instinct de l'homme repoussait la peine de mort, comme dans la société achevée la raison de l'homme l'abolira. Celle peine n'aura donc été établie qu'entre l'étal purement sauvage et l'état complet de civilisation, alors que la société n'avait plus l'indépendance du premier état et n'avait pas encore la perfection du second. (Ciiatf.auukund.)

(62) La loi salique n'était pas la seule à prouver celle assertion ; les lois ripuaires, lombardes, etc., en offrent des preuves plus fortes encore. J'en citerai quelques-unes :

Si quis, propter libidinem, liberoe nianum injecerit, aut virgini seu uxori allerius,quod bajuvarii horgrift vocanl,cum VI solid. componat. LL.Baiw., lit. 7, 1. 3.

Si indumenta super genicula elevaverit, quod humilzWun vocant, cum XII solid. componat. Ibid , 1. 4.

Si aulem discriminalia ejeceril de capite, Wuilworf dicunt, vel virgim libidinosè crines de capite extraxerit, cum XII sol. componat. Ibid., !. 5.

Siqua libéra fœmina virgo vadit in ilinere suo inter duas villas et obviavit eam aliquis el per raptum dénudât capul ejus, cum VI sol. componat. Et si ejus veslimenta levaverit, ut usque ad genicula denudel,cum VI sol. componat. El si eam denudaveritul genilalia ejus appareant, vel posteriora, cum Xli sol. componat. LL. Alaman., lit. 58,1. 1.

Si quis liberam fœminam per verenda ejus comprehenderit, IV solid. componat. El duos solidos pro l'ieda. LL. Frision., lit. 22, 1. 89. Voyez en oulre LL. Sa'., tit. 22; LL. Longobard., lib. 2, lit. 5.r>, 1. 1G.

On doil rire de la simplicité de ces réglemens; ils sont cependant des preuve, du respect qu'on avaii poui la chasteté. Ils expriment d'une manière immodeste

la délicatesse d'un peuple grossier, mais qui se pol nseni la vertu en

voulant la favoriser. (G. Stcmit.;

(53) Quand je dis que ces lois barbares diffèrent peu entre eiles, je n'ai en vue que le sujet qui nous occupe. Pour l'historien des législations il y a des différences notables et importantes que l'historien de la civilisation générale des peuples d Europe peut et doit passer sous silence.

Je me suis borne seulement à observer que le code des Visigoths m'a paru plus éclairé, plus humain, plus complet, plus prévoyant, plus avancé en un mot, que les autres codes barbares.

(54) Je rappellerai ici que le sou d'or des Fraucs-Hipuaires ne valait que 12 deniers tandis que celui des Saliens en valait 40. Le sou d'or de 40 deniers valant lG ou 18 francs de notre monnaie, celui de 12 deniers devait donc valoir environ 6 francs.

(55) Loi ripuaire, titre 5, art. 1, 2, 3, 4, 5, G, 7, S. 9. 10, 11, 12, 13, 14, 15, 1l>.

La barbarie se montre dans tous les codes sur la législation des blessures. La loi saxonne est la plus détaillée à cet égard ; qualre dents cassées au-devant de la bouche ne valent que six schillings, mais une seule dent cassée auprès de ces qualre dents doit être pavée qualre schillings; l'ongle du pouce es l estimé trois schillings,ct une des membranes du nez le même prix. La loi ripuaire s'exprime plus noblement ; elle demande 36 sous d'or pour la mutilation du doigt qui serl à décocher les flèches. Si secundus digitus, unde sagittatur, etc.

(56) Loi Ripuaire, titre 6, art. 1.

litre 7 , art. 1.

titre 8, art. 1.

titre 9 , art. 1.

titre 10, art. 1 , 2.

litre 11, art, 1,2.

litre 30, art. 1.

litre 31 , art. 1.

titre 38, art. 1, 2, 3, 4. 5, titre 70, art. 1, 2.

litre 7 l, art. : , 2.

litre 72, art. 1.

titre 7 7, art. l, 2.

litre 79, art. 1 . 2.

(70) Guizot, Cours dliist. mod.

(71; Forum ju.dicum, titre l .

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TINGT-DEUXIEME LEÇON.

(1) Il m'arrive souvent Je ne parler que d'un peuple, présumant que tous se a essemblent dans ces temps de barbarie ; et en effet , du quatrième au neuvième siècle les mœurs des peuples d'Europe sont les mêmes à peu d'exceptions près. Chez les Francs, les Anglo-Saxons, les Germains, etc., on retrouve le combat judiciaire, l'épreuve du l'eu, de i'eau bouillante, elc, les amendes pour assassinat, les églises asiles des assassins, le brigandage impuni, et enfin les germes du système féodal qui plus tard arriva à son plus haut période.

Voyez Defontaines , Beaumanoir et Montesquieu, les Capilulaires de Charlemagne, les chartes des anciens rois de France, elc.

(2) Voyez Muratori, Gibbon, elc.

(3) Gibbon. — Les épreuves du feu et de l'eau n'étaient point les seules; il fallait d'autres fois manier une barre de fer ou marcher sur un soc de charrue rougis au feu, plonger le bras dans l'huile bouillante, etc. On enveloppait ensuite dans un sac les membres soumis à l'épreuve , et si, au bout de trois jours , on les retrouvait sans brù'ure, l'accusé était absous, ce qui n'arrivait pas souvent. Les prêtres en avaient imaginé de plus douces pour eux ; il s'agissait seulement de dire la messe ou de recevoir la communion sans que Dieu en parût offensé, ce qui arrivait toujours. Ces épreuves étaient suivies de prières , et l'on croyait fermement que Dieu aurait fait un miracle plutôt que de permettre une injustice. Plusieurs faits, regardés alors comme des miracles , et qui seraient aujourd'hui de simples tours de charlatans, confirmaient cette opinion absurde. La justice était une injustice continuelle, car les coupables, ordinairement plus hardis ou plus adroits que les innocens, avaient presque toujours l'avantage.

Voyez Baluze, Verstegan , Hallam , Gibbon, Montesquieu, Muratori, Spelman, etc.

(4) Esprit des lois, liv. 2S.

(à) • La nuit arrive trop lente au gré de l'amoureux époux, et voilà que tous deux on les conduit dans l'asile destiné aux mystères du mariage. Les parens se retirent aussitôt que la bien-aimée eut, non sans quelque résistance , laissé couler les nœuds de sa ceinture virginale. Déjà le lit nuptial l'enveloppait sous ses voiles, l'époux l'y suivit soudain ; elle s'était reculée jusqu'à l'autre extrémité du lit , et -son beau visage, tourné du côté des lambris , rougissait de pudeur et de honte. On eût dit la rose pi intanière à l'approche du soleil levant. Cependant ses yeux

répandaient des larme-, el ion cœur opprci.-é battait dans son sein a\ec »io> ience. >

Ainsi parle Grégoire de Tours des mœurs de nos aïeux; mais, chose surprenante, celle couche si pudique, si mystérieuse la première nuit de l'hvménée, admettait par la suite, sans perdre de son innocence et de sa pureté, les parens , les amis et les étrangers. En louchant l'oreiller de l'hospitalité un sentiment de respect et de vénération assoupissait les désirs illégitimes; au reste, c'était un honneur de partager son lit avec quelqu'un, et cet usage s'est conservé long-temps parmi nous.

Voyez , pour preuve des cérémonies du mariage chez les Francs et quelques autres peuples barbares, le même Grégoire de Tours, les mémoires de l'Académie celtique, Cambry, Isidore de Séville, Marculfe, Baluze. saint Martenne, Fleurv, Montfaucon, Paulmv, etc.

(6) Ducange, Legrand, d'Aussay. Laureau, Grégoire de Tours, saint Martin, Legendre, etc.

(7) Chorier , Geulher, Legoux de Guerland, Laureau, saint Martin, etc., donnent un grand nombre de ces inscriptions. Marchangv cite les suivantes»

« Si vous ne trouvez plus les cendres dans cette urne, songez à la belle anie contre laquelle il ne fut jamais rien dit.

Ici se découvre tout te secret de la vie humaine.

Lève le voile et médite sur ce composé des substances qui s'unissent el se séparent.

Le soleil s'est levé pour moi.

La vie est courte, le temps n'est long qu'après la mort .

Rien n'est plus assuré que la mort.

Réjouis-toi et viens, i

(8) Marchangv, d'après Saint-Foix ; Saxo-Gram, Slruti , Norlh, antiquités ; Marcel, anecd. ecclés.

(9) Idem d'après les mêmes.

(10) Voyez les conciles de Ifîcéè, de Gangres, de Laodirée, de Saiagosse, de Chalcédoine, d'Arles, de Tours, d'Anjou, d'Auvergne, etc.. pendant les quati ième, cinquième et sixième siècles.

(l l) Voyez les vies de saint Valéry, saint Germain, saint Sulpice, etc.

(12) L'Italie ne peut cependant être mise au rang des autres nations, et, si le temps m'a manqué pour en parler dans cette leçon, les notes suppléeront au texte. Mes lecteurs pourront avoir souvent à recourir à ce» notes, parfois curieuses el pleines d'intérêt par les citations qu'elles contiennent. C'est à Gibbon que j'emprunte cette dernière sur l'étal de l'Italie sous les Lombards.

« Le&changemens d'idiome qui surviennent dans un pays subjugue' par la conquête sont les meilleurs indices qu'on puisse suivie sur la proportion des vainqueurs et des vaincus. 11 paraît, d'après cette règle , que les Lombards de l'Italie et les Visigolbs de l'Espagne étaient moins nombreux que les Francs et les Bourguignons, et les vainqueurs de la Gaule doivent le céder à leur tour à la multitude de Saxons et d'Angles qui anéantirent presque l'idiome de la Bretagne. Le mélange des nations a formé peu à peu l'Italien moderne.

■ Lorsque Alboin descendit des Alpes, ;il établit son neveu duc de Frioul et lui donna le commandement de la province et du peuple; mais le sage Gisulf n'accepta ce dangereux emploi que sous- la condition qu'on lui permettrait de choisir, parmi les nobles Lombards, un nombre de familles suffisant pour former une colonie de soldats et de sujets. Daus le progrès de la conquête on ne put accorder la même liberté aux ducs de Brescia ou de Bergame , de Pavie ou de Turin , de Spolelte ou de Bénévent ; mais chacun de ceux-ci , et chacun de leurs collègues, établit dans sou district une bande de compagnons qui venaient se ranger sous son drapeau pendant la guerre et qui ressortissaient à son tribunal durant la paix. Cette dépendance était libre et honorable ; en rendant ce qu'ils avaient reçu, ils pouvaient se retirer avec leurs familles dans le district d'un autre duc; mais leur absence du royaume passait pour une désertion militaire , et elle était punie de mort. La postérité des premiers conquérans s'attacha par de plus profondes racines à ce sol que l'intérêt et l'honneur l'obligeaient à défendre. Un Lombard naissait soldat de son roi ou de son duc , et les assemblées civiles de la nation arboraient des drapeaux et prenaient le titre d'armée régulière. Les provinces conquises fournissaient à la solde et aux récompenses de cette armée, et l'injustice et la rapine présidaient à la distribution des terres qui n'eut lieu qu'après la mort d'Alboin. Un grand nombre de riches Italiens furent égorgés ou bannis ; les autres furent partagés comme tributaires entre les étrangers, et on leur imposa, sous le nom d'hospitalité, l'obligation de payer aux Lombards le tiers des productions de la terre. En moins de soixante-dix ans on adopta sur les propriétés un système de redevance beaucoup plus simple et plus solide. Le Lombard, abusant de sa force , dépouillait et chassait le propriétaire romain, ou bien celui-ci, pour se racheter du tribut du tiers des productions, cédait, par une transaction un peu plus équitable, une certaine quantité de terres. Sous ces maîtres étrangers, les blés, les vins et les olives étaient cultivés par des esclaves ou par des naturels, tous les jours moins habiles dans les travaux de l'agriculture ; mais la paresse des Barbares s'accommodait mieux des soins delà vie pastorale. Ils rétablirent et améliorèrent , daus les riches pâturages de la Vénélie, la race des chevaux qui avail autrefois rendu ceiic province célèbre, et les Italiens virent avec élounemeni la

propagation d'une nouvelle race de boeuf» et de buffles. La dépopulation de la Lombardie et l'augmentation des forêts ouvrirent une vaste carrière aux plaisirs de la chasse; l'industrie des Grecs et des Romains ne s'était pas étendue jusqu'à cet art merveilleux qui rend les oiseaux dociles à la voix et obéissans à l'ordre de leur maître. La Scandinavie et la Scythie ont toujours produit les faucons les plus hardis et les plus faciles à apprivoiser ; les habilans de ces deux contrées, toujours à cheval et parcourant les campagnes, savaient les élever et les dresser. Les Baibares introduisirent dans les provinces romaines cet amusement favori de nos aïeux, et, selon les lois de l'Italie, l'épée et le faucon ont, dans la main d'un noble lombard, la même dignité et la même importance.

t L'effet du climat et de l'evemple se lit si rapidement sentir que les Lombards de la quatrième génération regardaient avec curiosité et avec effroi les portraits de leurs sauvages ancêtres. Leur tête était rasée par derrière, mais une chevelure en désordre tombait sur leurs yeux et sur leur bouche, et une loû^ue barbe indiquait le nom et les habitudes de la nation. Ils portaient, comme les An"lo-Saxons, de larges vêlemens de toile ornés, à leur manière, de larges bandes de différentes couleurs. Une longue chaussure et des sandales ouvertes couvraient leurs jambes et leurs pieds, et, même au milieu de la paix , leur fidèle épée se trouvait toujours suspendue à leur ceinture. Mais cet étrange costume et cet air effrayant cachaient souvent un naturel doux et généreux, et, dès que la fureur des combats s'était calmée, l'humanité du vainqueur étonnait quelquefois les captifs et les sujets. Il faut attribuer leurs vices à la colère, à l'ignorance et à l'ivrognerie, et leurs vertus méritent d'autant plu s d'éloges qu'ils n'étaient ni assujétis à l'hypocrisie des mœurs sociales, ni gèné^ par la crainte des lois et de l'éducation.

i Les Lombards avaient le droit d'élire leur souverain et assez de bon sens pour ne pas user trop souvent de ce dangereux privilège. Leur revenu public venait des productions de la terre et des émolumens de la justice. Lorsque les ducs indépendans permirent à Autharis de monter sur le trône de son père, ils attachèrent à la couronne la moitié de leurs domaines respectifs. Les plus fiers d'entre les nobles aspiraient aux honneurs de la servitude auprès de la personne de leur prince; celui-ci récompensait précairement la fidélité de ses vassaux par des pensions et des bénéfices, et travaillait à expier les maux de la guerre par de magnifiques fondations d'églises et de monastères. Il exerçait les fonctions de juge durant la paix, celles de général pendant la guerre, et n'usurpa jamais les pouvoirs d'un législateur absolu ; il convoquait les assemblées nationales dans le palais de Pavie, ou, ce qui est plus vraisemblable, dans les champs voisins de cette ville ; les personnages les plus éminens par leur extraction et leurs dignités formaient son -îand conseil, mais la validitéct l'exécution des décret* de ce<énat dépendaient de II. 20

l'approbation Au fidèle peuple et de l'armée fortunée îles Lombards. Qnaue-vinglï ans environ après la conquête de l'Italie, on écrivit en latin teutonique leurs coutumes traditionnelles; elles furent ratifie'cs par le consentement du prince et dn peuple; on établit de nouveau\ réglemcns plus analogues à la situation où ils se trouvaient alors. Les plus sages des successeurs de Rotharis imitèrent sonVxemple, et, des diffèrens codes des Barbares, celui des Lombards a été' jugé le moins imparfait. Assurés par leur coxirage de la possession de leur liberté, de pareils législateurs ne songeaient guère, dans leur imprévoyante simplicité, à balancer les pouvoirs d'une constitution ou à discuter la difficile théorie des gouvernemens; ils condamnaient à des peines capitales les crimes qui menaçaient la vie du roi ou la sûreté de l'Etal, mais ils s'occupèrent surtout du soin de défendre la personne et la propriété des sujets. Selon la jurisprudence de ces temps-là , le crime du sang pouvait être racheté par une amende. Au reste, le prix de neuf cents pièces d'or exi"ées pour le meurtre d'un simple citoyen est une preuve de l'importance qu'on attachait à la vie d'un homme. On calculait avec des soins scrupuleux et presque ridicules les injures moins graves, une blessure, une fracture, un coup ou un mot insultant; et le législateur favorisait l'ignoble usage de renoncer pour àc l'argent à l'honneur et à la vengeance. L'ignorance des Lombards, soit avant , soit après leur conversion au christianisme, faisait, chez eux, du crime de sorcellerie, un objet de croyance absolu et de haine générale.

i Au milieu des hostilités des Lombards, et sous le despotisme des Grecs, la condition de Rome, vers la Gn du sixième siècle, avait atteint le dernier degré de l'humiliation ; le siège de l'empire transféré à Conslanlinople et la perle successive des provinces avaient tari la source de la fortune publique et de la richesse des individus ; cet arbre élevé, à l'ombre duquel s'étaient reposées les nations de la terre, n'offrait plus ni feuilles, ni branches; et son tronc desséché approchait de la dissolution. Les courriers qui portaient les ordres de l'administration et les messagers delà victoire ne se rencontraient plus sur la voie Appienne ou sur la voie Flaminienne ; on éprouvait souvent les funestes effets de l'approche des Lombards, et on les craignait toujours. Les paisibles habitans d'une grande capitale, qui parcourent sans inquiétude les jardins dont elle est environnée , se formeront difficilement une idée de la détresse des Romains ; c'était en tremblant qu'ils ouvraient et fermaient leurs portes ; du haut des murs ils voyaient les flammes qui dévoraient leurs maisons des champs, ils entendaient les lamentations de leurs compatriotes, accouplés comme des chiens , qu'on menait en esclavage au-delà des mers et des montagnes. Ces continuelles alarmes devaient anéantir les plaisirs et interrompre les travaux de la vie champêtre ; bientôt la Campagne de Rome ne fut plus qu'un affreux déseï t où l'on ne trouvait qu'un sol stérile, des eaux impures et une al-

Biosphère empestée. La curiosité et l'ambition n'amenaient plus les peuples dam la capitale du monde . et si le hasard ou la nécessité y conduisait les pas errans d'un étranger, il ne contemplait qu'avec horreur celte vaste solitude et se sentait prêt à demander : Où est le sénat ? où est donc le peuple ? Dans une année excessivement pluvieuse le Tibre sortit de son lit et se précipita avec une violence irrésistible dans les vallées des Sept-Collines ; la stagnation des eaux produisit une maladie pestilentielle, et la contagion fut si rapide que quatre-vingts personnes expirèrent en une heure au milieu d'une procession solennelle destinée à implorer la miséricorde divine. Une société où le mariage est encouragé et l'industrie en honneur répare bientôt les malhejrs qu'a causés la peste ou la guerre; mais la plus grande partie des Romains se trouvant condamnée à la misère et au célibat, la dépopulation demeura constante et visible , et la sombre imagination des enthousiastes put y voir l'approche de la fin du monde. •

VINGT-TROISIEME LEÇON

(l) La portion du genre humain que Dieu avait voulu comprendre

dans un plan d'éducation elait mûre pour un second grand pas dans son éducation.

En d'autres termes, celle portion du genre humain était arrivée assez loin dans l'exercice de sa raison pour pouvoir désirer et réclamer , quant à ses acles moraux, des motifs plus nobles et plus dignes que les récompenses et les punitions temporelles qui l'avaient conduite jusque là. L'enfant devient adolescent; les friandises et les jouets font place au désir qui germe en lui d'acquérir la liberté, la considération et le bonheur dont il voit son aîné en possession.

Depuis long-temps, déjà, l'élite du genre humain avait l'habitude de se laisser conduire par l'ombre , en quelque sorte , de ces motifs d'une nature plus noble. Les Grecs et les Romains faisaient tout pour se sut vivre dans la mémoire de leurs concitoyens.

Il était temps que l'espoir d'une vie future vint diriger leurs acles.

C'est ainsi que le Christ fut le premier professeur d'immortalité de l'ame qui méritât la confiance, et comme professeur, et comme praticien.

(Lessing.)

(2) Et quasi cursores vilà i lampada Iradunt.

a dit Lucrèce. Ce vers, imité de Platon, peint assez bien les lumières transmises par des hommes de génie d'une génération à l'autre.

(3) DeGerando. — Ce travail, que vit naître le septième siècle, ne fut réellement profitable qu'au neuvième. A celle époque surtout , les monastères étaient devenus un asile où, non-seulement la piété, mais le simple amour de la paix conduisait la plupart des hommes qui conservaient quelque goût pour l'élude. Presque toutes ces maisons avaient des bibliothèques, dans lesquelles ce qu'on pouvait se procurer d'auteurs anciens était joint aux livres de religion et de littérature ecclésiastique qui en faisaient le fond. Une règle fort sage de la plupart de ces institutions obligeait ceux qui les embrassaient à consacrer tous les jours quelques heures au travail des mains. Tous ne pouvaient pas travailler à la terre ou s'occuper d'autres opérations manuelles qui exigent la force du corps ; les moines faibles de santé, ceux du moins qui avaient un peu d'instruction et une écriture lisible, obtinrent de remplir leur tâche en copiant des livres. Cela devint bientôt un exercice favori; les nbbés el les autres supérieurs encouragèrent ce travail

qui multipliait leurs richesses littéraires. De là vînt dans les ordres le litre d1 antiquaire ou de copiste, mots synonymes, que l'on trouve souvent employés l'un pour l'autre dans Fhistoire monastique du moyen-âge. Ainsi, taudis que les Barbares incendiaient, dévastaient, saccageaient des provinces entières, détruisaient les monumens des arts, les livres, les bibliothèques, des solitaires laborieux s'occupaient de réparer au moins une partie de ces pertes, et si nous possédons aujourd'hui un assez grand nombre d'ouvrages de l'antiquité, c'est, avouons-le avec leconnaissance, presque uniquement à eux que nous le devons.

(GlNCUÉNÉ.)

(4) Gours de littér. française.

(5) A. Garnier.

(G) Boëce a bien laissé des ouvrages de philosophie religieuse et de théologie, mais comme ces ouvrages n'ont fait faire aucun pas h la science philosophique, je n'ai pu classer leur auteur parmi les philosophes. Boëce, savant illustre de celte époque, ne peut du reste être classé, car il a fait aussi divers traités de musique et de mathématiques ; il était de plus mécanicien et astronome.

(7) De Gerando. — Saint Jean de Damas énumère six définitions différentes de la philosophie : « La philosophie est la connaissance des choses qui existent, en tant qu'elles existent, c'est-i-dire la connaissance de leur nature. La philosophie est encore la connaissance des choses divines et humaines, c'est-à-dire des choses qui s'offrent à nosregards ou qui y échappent. La philosophie est la méditation de la mort, soit naturelle , soit volontaire , car il y a deux vies: Tune naturelle, en vertu de laquelle nous respirons ; l'autre de notre choix, par laquelle nous adhérons de notre propre affection à la première ; il y a donc deux morts: l'une qui sépare l'âme du corps, l'autre par laquelle notre ame se détache elle-même de la vie présente par le mépris qu'elle en conçoit et en aspirant à un meilleur avenir. La philosophie est l'imitation de Dieu; or nous imitons Dieu par la sagesse, c'est-àdire par la vraie connaissance de ce qui est bien, par la justice qui ne fait aucune acception de personnes, par la sainteté, par la bonté qui est supérieure encore à la justice et qui triomphe par ses bienfaits de ceux dont nous avons reçu quelque injure. La philosophie est l'art des arts et la science des sciences, car c'est à elle que sont dues toutes les découvertes dans les uns comme dans les autres. Enfin la philosophie est l'amour de la sagesse; or la vraie sagesse est Dieu même; la vraie philosophie est donc l'amour de Dieu. » (Dialeclica.)

.... De ce côté, dit Tennemann , on donna plus d'attention à Aristole. Le monophysite, Jacques d'Edesse.fit traduire en langue syriaque les traités dialectiques; l'éclectique, alexandrin Jean, surnommé Phdoponus, se distingua par ses comaientaires grec» sur Arislote dont il s'éloigne cependant sur la question do l'e-

leiDile du monde. Après lui Jeun de Damas, non-seulement établit, pour la première fois en Orient, une sorte de système the'ologique , mais entretint, par ses ouvrages, l'étude de la philosophie aristotélique qui se conserva jusqu'à la chute de l'empire grec.

Dans les temps de barbarie et d'ignorance que nous allons traverser la curiosité philosophique, qui avait dominé pendant la période précédente, ne conserva plus qu'une bien faible influence sur les esprits et ne leur transmit qu'une légère partie de ses ressources. (Traduction de Cousin.")

(8) Si quelque littérature put se conserver au milieu de la barbarie du moyenâge, c'est à la religion que nous le devons. Elle inspirait encore des chefs-d'œuvre d'éloquence quand tout le reste était déjà dans le sommeil de la mort.

(S. Vincent.)

(9) Tiraboschi, Ginguéné, Deniua, etc.

(10) Aussi en donnaient-ils bien peu , car Théodoric lui-même qui, au dire d'un écrivain italien, sentiva amor per le letlere e Ictterali ed arlisti incorragiva

mollo ed onorava Théodore fit enfermer Boëce, son conseiller et son ami,

dans une tour du château de Pavie, et l'y fil périr du plus affreux supplice pour avoir fait entendre au roi égaré les accens de la vérité. Les détails de sa mort font frémir. On lui serra, dit-on, la tète avec une corde attachée à une roue qui, en tournant, lui fit sortir les deux yeux; on l'étendit enfin sur une poutre où deux bourreaux le frappaient avec des bâtons sur toutes les parties du corps, et, comme il respirait encore, ils l'assommèrent, avec une hache, !e 23 octobre 526. Peu de temps après son beau-père Symmique fut décapité.

Si Théodoric avait soutenu et encouragé les lettres , sa reconnaissance envers Jes hommes distingués de ses Etats se révélait d'une singulière façon !

(il) Les contrats se faisaient verbalement, faute de notaires capables de dresser les actes, et les actes écrits étaient, pour la plupart, conçus dans un style excessivement incorrect et barbare. 11 y a des intervalles de temps considérables dont il nous reste à peine quelques monumens littéraires, à l'exception de quelques maigres chroniques, de pauvres légendes de saints, ou de vers dénués à la fois de poésie et de mesure. (Hallam.)

(12) Quoique ce cinquième siècle soit la première époque bien sensible de la décadence des lettres dans les Gaules, elles n'ont pas laissé de produira encore duraul ce temps-là un très grand nombre de savans de tous les ordres. On y a vn encore, comme auparavant, quantité de théologiens, de philosophes, de mathématiciens, d'historiens, de poètes, d'orateurs, d'hommes versés en toute sorte ■ l'érudition sacrée et profane. On y a fait encore, comme auparavant, une infinité d'ouvrages en tout genre de littérature qui, <•; lu venté , ne sont pas tous venu*

jusqu'à nous, mais ce qu'oa en sait ,-ulût, arec ceux qui nous restent, pour juger de la fécondité dr: ce siècle en gens de lettres et en beaux-esprits.

(Hist. des Béned. de Saint-Maur.)

(13) Lefranc de Pompignan a traduit Rutilius en prose. Voyez ioa\Recucil amusant de voyages, 1. 1.

(14) Le Cuy, Biog. univ.

(15) Forlunat carm. L. XI, traduit par Guizot.

(16) « Fortunat, ajoutent les Bénédictins, ne faisait pas difficulté de dire diacni pour diaconi. 11 ne laisse pas après tout d'y en avoir plusieurs fort ingénieux, remplis d'agrémens pour le tour poétique qui s'y fait sentir. Notre poète est surtout fleuri et agréable dans ses descriptions géographiques. C'est le geure où il a le mieux réussi. »

Singulier genre de poésie !

(17) Béuédict. de Saiut-Maur, t. 111.

(18) On pourrait même dire : avant Aminien; car que sont en effet des historiens tels que Lampridius, Vopiscus, Victor, Eulrope, et d'autres encore?... de purs chroniqueurs.

(19) Desmichels.

(20) Encycl. mod.

(21) Evèque de Clermont.

(22) Histoire littéraire de la France , par les religieux bénédictins de Saint- Maur.

(23) Il s'attira par son mérite, ajoutent les biographes de Grégoire de Tours, l'estime et la confiance de Contran, roi d'Orléans et de Bourgogne, et de Childehert II, roi d'Austrasie. En 5S5, Contran l'envoya en ambassade vers Childebert, son neveu, et trois ans après Childebert, à son tour, le fit son ambassa deur auprès de Gontran, son oncle. L'empressement qu'avaient ces princes de l'employer dans leurs négociations, qui ne tendaient pour l'ordinaire qu'à la paix de leurs Etats et au bien public de l'Eglise, fit voir la haute opinion qu'ils avaient de son intégrité, de sa sagesse, de sa suffisance. Eu 590 il fut commis pour pacifier les troubles que Chrodielde et Basine, religieuses du monastère de Sainte-Croix à Poitiers, avaient excités dans cette maison. 11 étouffa aussi une autre espèce de trouble qui s'élevait dans l'église de Tours. Un des prêtres de son clergé , infecté de Terreur des Sadducéens, niait la résurrection et répandait déjà cette hérésie dans le diocèse; nôtre saint eut avec lui une longue conférence, et, joignant la douceur à la force des raisons et à l'autorité des saintes Ecritures, il le ramena à la foi catholique et coupa la racine à cette hérésie naissante.

En 594, il fit un voyage à Rome pour voir saint Grégotrs-le-Grand. Ce pontife,

à la vue de ta taille, qui était des plus petites, ne put s'empêcher d'admirer que Dieu eut renfermé tant d'esprit, de talens et de grâces dans un si peti". corps. Notre saint évêque, qui était en prière lorsque le pape faisait celte réflexion, se leva et lui dit : » C'est le Seigneur qui nous a fait tels que nous sommes; pour fui il est toujours le même dans les petits comme dans les grands, t Le saint pape, surpris qu'il eut connu sa pensée, conçut beaucoup d'estime pour sou mérite et le regarda comme un grand serviteur de Dieu.

Grégoire, de retour a son église, mourut de la mort des justes, le dix-septième de novembre 595, jour auquel on célèbre sa fête. 11 était alors âgé de 51 ans moins quelques jours, et en avait passé 22 et près de trois mois dans l'épiscopat. Saint Odon, qui a écrit sa vie, dit néanmoins qu'il ne fut évèque que 21 ans, ce qui est une faute, ou de la part de cet écrivain, ou de celle de ses copistes. Le saint, par esprit d'humilité, voulut être inhumé en un endroit où il put être foulé aux pieds des passans, mais le clergé de son église lui éleva depuis un mausolée à. la gauche du tombeau de saint Martin. (Bénéd. de Saint-Maur.}

(24) Outre VHisloria Francorum, Grégoire de Tours a laissé plusieurs ouvrage; sur la gloire des martyrs , la gloire des confesseurs , les miiacles de saint Martin et de saint André, les vies des Pères, un Traité sur les offices de l'Eglise, un Commentaire sur les psaumes, une Histoire du martyre des sept dormans. Ces trois derniers sont perdus.

(25) Les historiens ne sont pas d'accord sur l'origine de ce titre de -vénérable, attaché au nom de Bède. Voici deux anecdotes assez curieuses à ce sujet. Je les emprunte à Suard.

Bède étant , dii-on , devenu aveugle par l'effet de son gtand âge (quoiqu'il ne soit pas mort très âgé et n'ait jamais été aveugle) , un jeune moine le mena par plaisanterie auprès d'un tas de pierres lui disant qu'il était entouré d'une foule de peuple qui se tenait en silence pour recevoir ses exhortations. Le bon vieillard leur fit un long discours terminé par une prière, à laquelle les pierres répondirent respectueusement : Amen, vénérable Bédé. Voici l'autre version : Un moine travaillait à une épitaphe de Bède ; peu exercé sans doute dans l'art de la poésie , il n'avait pu parvenir à trouver de son premiers vers que ces mots : Hâc sunt in

fossa Dedœ ossa; après s'être vainement creusé la tête pour trouver un

mot qui pût remplir l'intervalle, il se coucha et s'endormit, mais le lendemain, en reprenant son travail, il lui fort étonné de trouver son vers écrit tout entier ainsi :

liât mnl in fustâ Bedœ venerabilis otta.

Ce qui parait plus certain, c'est qu'on ne donna jamais à Bède le nom devene

rable durant ta vie , mais très promptement après sa mort ; expression sans doule du respect qu'il avait inspire, et qui, répétée par l'assentiment général, s'est attachée à son nom, devenant ainsi un titre particulier et l'un des plus honorables qui puissent être conférés parmi les hommes.

(26) Je me bornerai aujourd'hui à reproduire l'opinion de La Harpe sur ce sujet; elle est conforme à celle que j'émettais Tan dernier et plus complète sous le rapport de la critique littéraire: i Vers le milieu du quatrième siècle , lorsque lempire romain , chancelant sous le poids de sa grandeur , était forcé de se partager pour se soutenir, lorsque Rome n'était déjà plus la seule capitale du monde, quand les ressorts de l'autorité étaien'. affaiblis, quand les Barbares menaçaient de tous côtés le peuple dominateur et corrompu qui ne se défendait plus que par sa discipline militaire, une éloquence nouvelle naquit avec une nouvelle religion qui, des prisons et des écbafauds, venait de monter sur le trône des Césars. Celle voit auguste et puissante était celle des orateurs du chrisliauisme , et le cercle des préjugés particuliers rétrécit tellement les idées que peut-être eniendra-t-on ici avec quelque surprise des noms qui ne sont plus guère cités parmi nous que dans les chaires évangéliques, et qu'on s'étonnera de voir au rang des successeurs de Cicéron et de Démosthènes des hommes en qui l'on est accoutumé de ne voir que les successeurs des apôtres. Mais, sans blesser le respect qu'à ce dernier titre doivent tous les chrétiens aux Basile , aux Grégoire , aux Chrysoslôme , je puis les considérer ici principalement sous le rapport des lalens et du génie. Pourquoi faudrait-il détourner les yeux quand nous rencontrons ces grands hommes à la place qu'ils doivent occuper dans le tableau des diflérens âges littéraires? Sans doute ils appartiennent particulièrement à l'Eglise qui les a consacrés à la vénération publique C'est surtout à elle à rappeler les services qu'ils ont rendus à la religion, les victoires qu'ils ont remportées sur l'hérésie, les exemples qu'ils ont donnés de la sainteté pastorale, les lumières qu'ils ont répandues parmi les peuples, les tourmens qu'ils ont soufferts pour la foi; mais ils appartiennent aussi à l'histoire et aux lettres humaines. L'histoire , en nous affligeant du récit des crimes qui furent alors, comme dans tous les temps, ceux de la tyrannie, de l'ambition et du fanatisme, nous offre le contraste de tant d'horreurs dans le portrait fidèle et avoué de ces héros de l'Evangile. L'histoire nous présente en eux les plus touchans modèles des plus pures vertus, nous les l'ail voir réunissant la dignilé du caractère à celle du sacerdoce, une douceur inaltérable à une fermeté intrépide, adressant aux empereurs le langage de la vérité, au coupable celui de sa conscience qui le tourmente et de la justice céleste qui le menace, à tous les malheureux celui des consolations fraternelles. Les lettres les réclament à leur tour et s'applaudissent d'avoir été pour quelque chose dans le bien qu'ils ont fait à riiunianilé et d'être encore

aux yeux du monde une partie de leur gloire ; elles aimeiil à se couvrir de l'éclat, qu'ils ont répandu sur leur siècle et se croiront toujours en droit de dire qu'avant d'être des confesseurs et des martyrs ils ont été de grands hommes, qu'avant d'être des saints ils ont été des orateurs, i

(27) Weiss.

(28) Sidonius Apollinaris. — Epist. 3, lib. XII.

(29) Desmichels. — J'engage mes auditeurs àMire celte |sorte de statistique de la littérature sacrée dans les admirables leçons de M. Guizot (Cours d'hist. niod.. U II, p. 15 1 à 182); il est impossible de raconter la partie morale d'une époque et d'une nation avec plus de talent, de raison et de jugement.

(30) Voyez la dix-huitième leçon. Il y est question d'Ulpien, de Tribonien, de Papinien, de Servius Sulpicius, de Paul, d'^Elius Petus, etc.

(3 1) Les écoles épiscopales du sixième au huitième siècle étaient celles de Poitiers, Paris, Le Mans, Bourges, Clermont, Chàlons-sur-Saône, Vienne, Arles, Gap, etc. Parmi les écoles monastiques je citerai celles idejLuxeuil en Franche-Comté, de Sitiheu en Normandie, Saint-Médard, Soissons, Lérins, et enfin Saint-Vandrille en Normandie, où l'on vit jusqu'à trois cents éludians. Je ne parle ici que pour la Gaule, et si, dans ce tableau, emprunté aux savantes recherches de M. Guizot, toutes ne sont pas comprises, c'est que la prospérité des écoles monastiques était chose éphémère et que telle école, qui brillait sous un abbé distingué, dépérissait sous son successeur. Nous verrons l'instruction et les écoles prendre sousCharle-t magne une bien plus grande extension.

(32) J'aurais pu ajouter bien des détails inléressans à ces quelques données succinctes sur l'instructiou publique et privée en Europe dans le moyen-âge ; mais les bornes de cette leçon et le cadre que je me suis tracé ne me l'ont pas permis. J'y suppléerai par une note pleine d'intérêt et d'érudition que j'emprunte à un savant professeur de l'université de Nuremberg :

t Pendant que les sophistes grecs parcouraient le monde, après la décadence de leur belle patrie , pour répandre les fausses doctrines d'une philosophie dégénérée et enseigner les subtilités de la dialectique; pendant que les écoles impériales maintenaient dans toute l'étendue du vaste empire la culture de l'éloquence mâle et de la législation si fortement avancée des Romains, le christianisme, rapidement répandu dans toutes les parties du monde connu , avait fondé des écoles d'une espèce tout-à-fait nouvelle.

• La religion chrétienne avait pour but de détruire le paganisme et de remplacer, par des idées'propres à purifier et à élever la nature morale des hommes, les notions symboliques dont le sens caché échappait à la foule. La nouvelle religion ne se contentait pas non plus des doctrines restrictives du judaïsme qui, tout

«li reconnaissant un seul Dieu, le commua dieu des J uils par excellence. Le chlk' tianisme s'annonça comme la religion de l'univers; il représenta Dieu comme père et juge suprême du genre humain. Il résolut de diriger la vie des hommes par deux principes moteurs dont la nature, étant en opposition directe avec l'égoïsme des peuples d'alors, devait leur inspirer des vues plus élevées et plus étendues sur les destinées du genre humain ; ces deux nouveaux moteurs étaient l'amour et la résignation.

t La nature et les exigences du christianisme ne permirent pas d'admettre les individus à la réception formelle dans le sein de l'église chrétienne avant d'avoir reçu des preuves suffisantes de leur croyance affermie, de leur conviction intime et de leurs principes de vie moraux. Il y avait donc dans les premiers temps trois degrés progressifs de réception : le premier degré était l'admission préalahle au nomhre des aspirans, parmi lesquels furent comptés les enfans des chrétiens et tous les juifs et païens qui montraient le désir de devenir chrétiens; le second degré consistait dans la consécration par le haptème, et le troisième degré dans la réception formelle par l'offrande du sacrement et l'admission aux communions et agapes (repas de charité). Tous ceux qui n'avaient pas encore passé par les trois degrés furent compris sous le nom de calhécumènes , c'est-à-dire apprentis, parce qu'ils devaient s'instruire préalablement des doctrines et des préceptes de la religion chrétienne. C'était pour leur assurer cette instruction qu'on établit des écoles dans tous les lieux où se trouvait un prêtre ou diacre.

■ L établissement de ces écoles eut des conséquences inappréciables pour l'humanité ; d'abord elles ne se bornèrent pas aux villes seulement , mais elles se répandirent dans les campagnes et portèrent ainsi les bienfaits d'une instruction morale à une classe qui était restée jusque là tout-à-fait délaissée. D'une paît elles réunirent dans leur enceinte des juifs et des paiens , des jeunes gens et des hommes âgés, des riches et des pauvret, des nobles et des prolétaires, des libres et des esclaves, donnant ainsi un exemple salutaire de confraternité à des hommes parmi lesquels les préjugés , l'orgueil et la vanité causaient ordinairement des séparations si tranchées.

• Outre les écoles pour les calhécumènes on sentit le besoin d'établir des écoles normales pour la formation de bons prêtres. Ce besoin était d'autant plus urgent que le génie du chusiianisme s'opposa à ce que le soin des affaires religieuses fût, comme chez les J uifs et chez les peu pies païens, le domaine exclusif et le bénéfice héréditaire d'un ordre de prêtres dont le seul devoir était de conserver les formes prescrites de la religion établie. La création d'un tel ordre ne pouvait cire admise par la religion chrétienne qui, en sa qualité de religion naissante cl par sa tendance à l'nniversalilé, devait, avant tout, être répandue parmi tous les peuples du monde; aussi,

surloul dans les premiers temps, les prêtres devaient-ils avoir, non-seulement de?, connaissances théologiques, mais aussi le dévouement du missionnaire et l'habileté du maître. Des éludes préparatoires lurent donc nécessaires à ceux qui se sentirent la vocation de travailler comme prêtres à la propagation du christianisme, et c1e'lail dans celte vue qu'on fonda, dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, des e'coles normales dites catéehétiques qui ressemblaient en tout à nos instituts de missionnaires. Dans ces écoles on s'occupait, outre les études théologiques , des langues et littératures grecques, romaines et orientales, mais uniquement sous le rapport de la vocation du missionnaire qui devait connaître les langues , les mœurs et les lois des peuples pour s'y conformer, et étudier les systèmes religieux et philosophiques pour les réfuter. Dans les premiers temps, de telles écoles ne furent établies que dans quelques grandes villes de l'Orient; l'école catéchélique d'Alexandrie en Egypte, fondée en lîiO, fui la première de ce genre ; elle put se maintenir pendant deux siècles, et compte, entre autres professeurs célèbres, Panlanus, Clément, Origène, etc. Les écoles d'Antioche en Syrie, d'Edesse et Nisibis en Mésopotamie, jouirent d'une célébrité non moios grande , non moins reconnue dans le monde chrétien.

■ Depuis le cinquième siècle de l'ère chrétienne, où le clergé chrétien reçut l organisation qui subsiste encore aujourd'hui , l'établissement d'une école catéchélique fut ordonné pour chaque évèché ; ces écoles prirent dès lors le nom d'écoles épiscopales ou cathédrales. Le système de l'enseignement fut également réglé; outre les études théologiques, l'hébreu, le grec et le lalin, on y enseigna encore ce qu'on appelait les arts libéraux, d'après l'encyclopédie que l'africain Marcianus Capella avait publiée a Rome en 470. Celle encyclopédie , divisée en deux cours, dont le premier, sous le nom de Iriviam, traitait de grammaire, de dialectique et de rhétorique, et le second, appelé quadrlvium, d'arithmétique, de géométrie, d'astronomie et de musique, fut près de mille ans le compendium prescrit pour les écoles normales chrétiennes.

i Les écoles pour les calhécumènes, dites aussi écoles parocliiales, puisqu'elles étaient établies dans toutes les parochies (paroisses), changèrent les bases de l'enseignement. Pour empêcher les enfans des chrétiens de fréquenter les écoles païennes, on joignit à l'instruction religieuse, dans les écoles parochiales, la lecture, l'écriture et le premier cours, le trivium, de l'encyclopédie de Capella, d'où ces écoles prirent le nom d'écoles triviales, dénomination qui s'est conservée jusqu à nos jours pour les écoles primaires de la monarchie autrichienne, de l'Italie et de quelques autres contrées de l'Europe.

« Celte organisation présenta de nombreux avantages. Les guerres et les troubles continuels qui précédèrent la chute du colossal empire romain fiient fermer presque

îoulet les écoles en empêchant le gouvernement de paver régulièrement les irai» temens des professeurs Les païens , plutôt que de priver leurs enfans de toute instruction, se décidèrent à les envoyer dans les e'coles chrétiennes, ce qui ne favorisa pas peu l'extension et l'influence du christianisme.

t Le sixième siècle vit naître une nouvelle espèce d'e'lablissemens d'enseignement qui surpassèrent bientôt , pour l'e'tendue des études et la supériorité de la méthode, les écoles cathédrales et triviales. Un anachorète célèbre, saint Benoit de Narsia, avait fonde (en 599), à Monte-Cassino en Naples, un monastère semblable à ceux qui existaient depuis lequaliième siècle. Ses îe'glemens servirent de modèle aux nombreux ordres religieux qui se répandirent depuis dans tous les pays do l'Europe sous le nom de Bénédictins , Bernardins , Augustins , Chartreux , Trappistes, et autres noms semblables. Il y avait pourtant cette grande différence, entre les ordres monastiques de l'Orient et ceux de l'Occident, que ceux-ci joignirent des occupations utiles pour l'humanité à l'oisiveté contemplative des élablissemens qui leuravaient servi de modèles. Les régleraens de saint Benoltpieserivireni, outre les œuvres de Dieu, comme on appelait les oraisons et la lecture des livres religieux, l'obligation d'enseigner à la jeunesse, et même aux laïques Agés, la religion, la lecture, l'écriiure, les calculs, les différens arts et métiers, et l'économie rurale. Les frères âgés ou peu robustes formèrent la classe des copistes (ordo scriptorius) • ils conservaient ainsi et multipliaient les manuscrits les plus précieux de l'antiquité.

i La bienfaisante influence de ces nouveaux élablissemens se manifesta bientôt par les plus heureux résultats. Pleins de courage et de résignation, les Bénédictins pénétrèrent dans les contrées les plus désertes et les plus dévastées, parmi les peuples les plus sauvages des différans pays de l'Europe , opérant partout des changemens merveilleux; ils défrichaient le sol, cultivaient les champs et les jardins, exerçaient les arts et métiers, attiraient les populations, et fondaient ainsi des colonies paisibles qui devenaient autant de pépinières de civilisation. Ces établissemens , qui restèrent pendant des siècles le principal véhicule et le point de ralliement de tous les progrès dans la culture des peuples naissans de l'Europe chrétienne, se propagèrent, dans le cours du sixième siècle, en France, en Angleterre, en Irlande, en Allemagne; bientôt s'établirent des couvens de filles où l'on s'occupait de l'éducation d'un sexe que le christianisme affranchissait d'un esclavage odieux.

• Après avoir étudié le caractère de l'instruction publique dans ces développemens primitifs et constaté les réformes importantes opérées par l'établissement du christianisme, nous examinerons ce que devint l'enseignement du moyen-âge. ■ Le moyen-âge ne favorisa guère le développement des germes précieux semés

avec tant de peine par les premiers chrétiens. La simplicité et l'humilité, qualités ■ listinctives du cierge' dejla'première époque, se perdirent à mesure que l'existence de l'église chrétienne se consolidait. Les prêtres, ahusant de l'influence universelle acquise par les bonnes œuvres de leurs prédécesseurs, songèrent depuis ce temps plutôt à gouverner qu'à cultiver l'esprit des peuples. Ces vues ambitieuses tournèrent nu détriment de l'instruction publique; les évèques, préoccupés de ques. lions politiques, ne faisaient plus consister leur me'rite dans une profonde e'rudition qu'ils transmettaient aux étudians ; de même le cierge' inférieur, les curés et les diacres ne croyaient plus compatibles avec leur dignité de s'occuper en personae de l'instruction de la jeunesse dans les écoles parochiales ou triviales.

« Les suites fâcheuses de ces changemens ne se firent pas long-temps attendre ; dans les écoles épiscopales, dites aussi séminaires, l'instruction dégénéra en une sèche exposition de manuels anciens. Quant aux écoles parochiales à la campagne et aux écoles triviales dans les villes, elles furent fermées dans toutes les communes qui ne purent pas rétribuer des maîtres d'école. Et ces maîtres, à demi ecclésiastiques et à demi laïques, consommèrent la ruine de cette noble profession; loués à l'an ou au trimestre par les magistrats ou les curés des communes, ces maîtres, magislri, prirent, selon le nombre des enfans, un ou devvx sous-maîtres, sodale ou locati. Dans les écoles triviales les maîtres, qui devaient savoir le latin pour enseigner le trivium , portaient le litre de recteurs et les sous-mnïlres celui de chantres ; ils en remplissaient ordinairement les fonctions. On ne trouvait disposés à se charger d'une pareille besogne que des hommes ignorans et sans ressources ; pour gagner leur vie ils se voyaient forcés de servir en même temps de dc.mesliques aux curés, famuli, d'écrivains publics, scribœ, de gardesMnalades, de crieurs publics, etc. On ne pouvait espérer aucune réforme de la part du clergé ; il commençait déjà à s'opposer, par des vues d'intérêt et d'ambition , à la propagation des lumières. Animés du même esprit, les moines, qui se faisaient un honnête revenu en copiant des manuscrits, déclarèrent tout à coup l'écriture un art ecclésiastique, ars clericalis, (jus ne devait plus être enseigné dans les écoles des laïques. Cette défense arbitraire fut long-temps si rigoureusement observée que les communes des grandes villes, où l'on ne pouvait pas se passer de 1 écriture à cause du commerce, durent acheter du clergé de leur diocèse un privilège spécial pour les enfans des marchands.

« Ce que nous venons de dire des écoles épiscopales et parochiales ne s'applique pas aux écoles des couvens qui brillèrent d'un éclat toujours croissant, il est vrai, mais non profitable aux masses. Les études sérieuses auxquelles les religieux se livrèrent, à l'aide des bibliothèques précieuses que les copistes avaient rassemblées, les poussèrent bientôt à quitter les limites de l'enseignement élémentaire;

nui éludes théologiques ils joignirent l'exposition des doctrines des sainls Pères* theotogia palrlstiea, qui élargirent la dialectique par l'élude d'Aristote, et fondèrent un nouveau système de philosophie chrétienne qui reçut le nom de philosophie scolastique de ceux qui la professaient, car on appelait les professeurs, dans leâ couvens, scolastiques, scholastici. Ces progrès dans les éludes rendirent les écoles des couvens aussi recherchées que célèbres en Europe ; la jeunesse chrétienne de tous les pays, même de l'Orient, y afflua, et jusque vers la fin du onzième siècle il n'v avait pas un savant distingué qui n'eût , ou reçu son instruction , ou même enseigné comme scolastique dans ces écoles. On distiaguait surtout les écoles de Tours, Reims, Clermont et Paris en France; de Canterbury, York, Westminster, Armagh et Cloghar en Angleterre, et de Salzbourg, Ralisbonne, Hersfeld, Corvey, Fulda et Saim-Blasien en Allemagne.

« Mais tandis que l'enseignement supérieur faisait de si grands progrès dans les monastères, l'instruction primaire était toul-à-fail délaissée, surtout à la campagne, où l'on ne faisait apprendre par cœur aux enfaus que le Décalogue , le Credo et l'Oraison dominicale, sans même leur en expliquer le sens.Charlemagne fit les plus louables efforts pour relever les écoles primaires; ce grand monarque, qui, dans un siècle barbare, fit preuve de génie en créant une académie et une école modèle, schola palatii, pour l'éducation des princes et déjeunes gens de talent de toutes les classes, décréta l'établissement d'une école supérieure dans le chef-lieu de chaque évêchéet d'une école primaire dans chaque paroisse de son vaste empire; mais les guerres continuelles que se firent les indignes successeurs de Charlemagne s'opposèrent en grande partie à l'exécution de celte ordonnance. Un grand nombre d'écoles supérieures furent pourtant fondées dans les résidences des évèques; ces écoles, appelées écoles de chapitre, et tout-à-fait indépendantes des séminaires, étaient destinées à perfectionner l'instruction classique desjeuues laïques au sortir des écoles triviales. Les plus célèbres de ces élablissemens étaient, au neuvième siècle, à Mayence, Trêves, Cologne, Liège, Ulrecht et Hildensheim. Ils frayèrent un chemin nouveau à l'enseignement supérieur et furent, pour ainsi dire, les avant-coureurs des gymnases, lycées et collèges que l'on vit s'élever plus tard.

t L'esprit religieux du moyen-âge fit prévaloir les études théologiques à un tel degré que les autres sciences auraient peut-être été complètement oubliées si -Iles n'eussent pas été cultivées en Europe par d'autres que les chréliens. Ce sont les Juifs et les Arabes auxquels appartient le mérite d'en avoir conservé les germes précieux. Les Juifs, expulsés de leur patrie, avaient établi des écoles de rabbins en Syrie et en Afrique, à Alexandrie , Sora , Nehardea et Punebedita; depuis le septième siècle il en exista même une h Luncl, en France ; depuis le onzième siècle une seconde a Cordouc, en Espagne. Quoique ces élablissemens eussent été fondés

dans un but essentiellement religieux, on s'y occupait pourtant aussi de quelques sciences mathématiques et physiques, et surtout d'études médicales; les médecins formés à ces écoles étaient parfaitement accueillis dans toutes les cours de l'Europe.

« Les Arabes, établis depuis le huitième siècle en Sardaigne, en Sicile, en Naples, et qui avaient même fondé un puissant empire en Espagne, cultivèrent les sciences avec plus de succès que les Juifs. L'astronomie et l'algèbre ne furent nulle part si bien enseignées que dans les écoles des Arabes; !a philosophie d'Aristole y fut exposée d'une manière plus claire et plus fidèle que dans les couvens par les scolasliques ; les études médicales y firent de grands progrès à l'aide des ouvrages d'Hippocrale , de Galien et d'autres médecins grecs et arabes. Mais ce qu'il faut louer surtout dans les Arabes, c'est l'esprit de tolérance qui les animait ; ils admettaient dans leurs écoles, non-seulement les Mahométans, mais aussi des élèves de toute autre religion. Aussi vit-on la célèbre académie des Arabes à Cor- «Zoue fréquentée par des éludianschréliensvenantde tous les pays. Des savans arabes faisaient de même à Sèville, à Montpellier et à Salerne des leçons publiques sur les mathématiques, la physique et la médecine. L'école de médecine fondée à Salerne, scola SaJernitana, acquit une immense réputation et servit long- temps de modèle aux institutions semblables qui s'établirent peu à peu en Europe.»

(33) Procope : de Bel. goth. — Joseph Berington de Buckland, etc.

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

(!) Les guerres contre les ariens contribuèrent aussi pour leur part à ce, de'» molilions. Au cinquième siècle l'architecture gothique n'existait pas; les Romains asservis régnaient encore par leurs arts. C'est à ces arts qu'avaient recours les ViMgoths en Gaule et en Espagne , les Vandales en Afrique , les Français dans les Gaules du Nord. /, ■ . ..

^LAttPEDE.)

(2) Je dois dire cependant, diaprés certains auteurs, que l'ogive n'a été connue que plus tard, du huitième au neuvième siècle. Quelques antiquaires prétendent même que nous la devons aux Arabes, ce qui contrarierait une partie de ce système. D'autres soutiennent, au contraire, que l'ogive était déjà connue sous Constantin et qu'on la trouve combinée avec des arcs en demi-cercle dans un aqnéduc de Justinien. Cassiodore nous apprend qu'on admirait , dans les monumens de Theodoric, la longueur et la ténuité des colonnes, autre caractère de l'architeclu: e gothique, dont M.Dagincourt semble ne reconnaître l'emploi qu'après la conque- «e des Lombards. Le savant historien de l'art a voulu sans doute assigner à celle époque la reunion des divers attributs du gothique quand il a dit : . La disposition extérieure, celle des façade,, et particulièrement le style des chapiteaux, le choix de leurs ornemens où l'on voit des figures d'hommes et d'animaux dont les traits . «semblent à peine à la nature ; tes pilastres ou contreforts, ces colonnes filées depuis le sol jusqu'au faite de 1 édifice, et qui, dans l'intérieur, passent d'un éla^o à l'autre sans architrave et sans corniche; ces particularités bizarres et monslrucuses deviennent le caractère d'une sorte d'architecture dont l'usage commence à Rétablir à la Un du sixième siècle et devient générale au septième et au huitième. .

(33 La fameuse effigie de saint Pierre de Rome est un Jupiter Olympien.

(4) Voyez Eusèbe, Grégoire de Tours, R. Dumont, L. Vitet, Ch. Ma-nin, Matter, etc.

(0) Le feu avait détruit deux fois la principale église de Constantinople, dédiée par le fondateur de cette v ille à sainte Sophie ou à Y éternelle Sagesse. Le premier incendie arriva après l'exil de saint Jean Ch.ysostôme, et le second durant la Nika ou Témeute des bleus et des verts. Dès que la sédition fut apaisée, la populace chrétienne déplora son audace sacrilège, mais elle se serait réjouie de ces malheurs si elle eût prévu l'éclat du nouveau temple que fit commencer Justinien quarant, jour, .préfet dont » piété poursuivit les travaux avec ardeur. On enleva le.

ruines, on disposa un pian plus étendu, et, comme il fallait ailieier quelque? terrains, le monarque, entraîné par son impatience et par les frayeurs de sa^ conscience, les paya un prix exorbitant. Anlemius en présenta les dessins, et pour les exe'cuter, on employa dix mille ouvriers qui tous les soirs recevaient leurs salaires en belle monnaie d'argent. L'empereur lui-même, revêtu d'une tunique de lin, surveillait chaque jour leurs travaiix et excitait leur activité par sa familiarité', par sou zèle et par ses récompenses. La nouvelle cathédrale de Sainte-Sophie fut consacrée par le patriarche, cinq ans, onze mois et dix jours après qu'on en eut posé la première pierre, et au milieu de celle fête solennelle, Justinien s'écria avec une pieuse vanité : « Gloire à Dieu qui m'a jugé digne d'achever un si grand ouvrage ! O Salomon 1 je l'ai vaincu. » Mais vingt ans ne s'élaient pas écoulés qu'un tremblement de terre , qui renversa la parlie orientale de la coupole , humilia bientôt l'orgueil du Salomon romain. Sa persévérance répara cedésastre,ellalrenle-sixièmeanoéede son règne il fil pour la seconde fois la dédicace d'un temple qui, après douze siècles, offre un monument imposant de sa gloire. L'architecture de Sainte-Sophie, devenue la principale mosquée de Constantinople, a été imitée par les sullans turcs, et cet édifice continue à exciter l'enlhousiasme des Grecs el la curiosilé plus raisonnable des voyageurs européens. L'œil est blessé de l'aspect irrégulier de ses demi-dômes et de ses combles obliques ; la façade occidentale, du côté de la principale avenue, manque de simplicité el de magnificence, et plusieurs cathédrales latines ont une beaucoup plus grande dimension ; mais l'architecte qui éleva le premier une coupole dans les airs mérite des éloges pour cette conception hardie el la manière savante dont il l'a exécutée. Le dôme, éclairé par vingt-quatre fenêtres, forme une si petite courbe que sa profondeur n'excède pas un sixième de son diamètre. Ce diamètre est de cent quinze pieds, et le point le plus élevé du centre où le croissant a supplanté la croix, offre, une hauteur perpendiculaire de cent quatre-vingt pieds au-dessus du pavé. Le cercle en maçonnerie, qui porte la coupole, repose légèrement sur quatre arceaux soutenus par quatre gros piliers qu'accompagnent, au nord el au sud, quatre colonnes de granit égyptien. L'édifice représente une croix grecque inscrite dans un rectangle; sa largeur exacte est de deux cenl quarante-trois pieds, el on peul estimera deux cent soixanle-neuf sa plus grande longueur, depuis le sanctuaire, placé à l'orient, jusqu'aux neuf portes occidentales qui donnent dans le vestibule, et du vestibule dans le rtarthex ou portique extérieur. C'est sous ce portique que se tenaient avec humilité les pénilens; les fidèles occupaient la nef ou le corps de l'église; mais on avait soin de séparer les deux sexes, et les galeries supérieures cl inférieures offraient à la dévotion des femmes un asile moins exposé aux regàVds, Au-delà dos pilastre.- du nord cl du sud une balustrade, terminée de

V'uu et de l'aune côté par le trône de l'empereur et par celui du patriarche, séparait la nef du chœur, et le clergé et les chantres occupaient l'espace intermédiaire qui se trouvait ensuite jusqu'aux marches de l'autel. L'autel, nom a». quel les oreilles chrétiennes se familiarisèrent , était dans une niche qu'on voit à la partie orientale. Ce sanctuaire communiquait par plusieurs portes a la sacristie, au vestiaire, au baplistaire et au bâtiment contigu qui servait à la pompe du culte ou à l'usage particulier des ministres de l'église. Justinien , se souvenant des malheurs passés, voulut sagement que dans le nouvel édifice on n'emplovàt point de bois, si ce n'est pour les portes ; on choisit avec soin les matériaux des différentes pat ties selon qu'ils étaient destinés à leur donner de la force , de la légèreté ou de la spleudeur. Les pilastres qui soutiennent la coupole lurent composés de gros blocs de pierres de taille, coupées en formes carrées ou triangulaires, munies de cercles de fer et cimenté avec du plomb mêlé à de la chaux vive ; mais on sut, par la légèreté des matériaux, diminuer le poids du dôme bâti de pierre ponce qui ûotte sur l'eau ou de briques de l'île de Rhodes cinq fois moins pesantes une l'espèce ordinaire. Le corps de l'édifice est en briques, mais une couverture de marbre cache ces matériaux grossiers, et l'intérieur, la coupole, les deux grands demidômes et les sixpetits, les murs, les cent colonnes et le pavé, enchanient même les yeux des Barbares par un riche assortiment de diverses couleurs. Un poète, qui avait vu Sainte-Sophie dans tout son éclat, indique les couleurs, les nuanceset les\eines de dix ou douze marbres, jaspes ou porphyres, mêlés et contrastés comme ils eussent pu l'être par un habile peintre. Ce triomphe du Christ fut orné des dernières dépouilles du paganisme ; mais la plus grande partie de ces matériaux précieux venaieutdes carrières de l'Asie-Mineure, des îles et du continent de la Grèce, de l'Egypte, de l'Afrique el de la Gaule. La piété d'une matrone rom.:ine offrit huit colonnes de porphyre qu'Aurélien avait placées dans le temple du Soleil ; huit autres de marbre vert furent fournies par le zèle ambitieux des magistrats d'Éphèse; toutes sont admirables pour la hauteur et les proportions, mais leurs chapiteaux fantasliquesn'appartiennent à aucun ordre d'architecture. L'église fut remplie d'un grand nombre d'ornemens et de figures en mosaïques finies avec soin,el on exposa imprudemment, à la superstition des Grecs, les images du Christ, de la Vierge, des saints ei des anges, qu'a dégradées, depuis, le fanatisme des Turcs. Cn distribua les métaux précieux en feuilles légères ou en masses solides selon la sainteté de chaque objet. La balustrade du chœur, les chapiteaux des colonnes, les ornemens des portes el des galeries étaient de bronze doré. L'éclat resplendissant de la coupole éblouissait les yeux; le sancluaiie contenait 40,000 livres pesant d'argent, et les vases sacrés ei les décorations de l'autel étaient de l'or le plus pur. enrichi <lc

pierreries d'une valeur inestimable. L'église ne s'élevait pas encore Je deux condées au-dessus de (eue qu'on y avait déjà dépensé 45,200 livres pesant, et la dépanse totale se monta à 320,000 livres. Le lecteur peut, selon sonopinion, appliquer ce calcul à des livre* d'or ou des livres d'argent, mais l'e'valuation la plus modérée 1 ni donnera toujours un million de liv. sterl. Un temple magnifique est un noble monu" ment du goût et de la religion nationale, et l'enthousiaste qui arrivait sous le dôma de Sainte-Sophie pouvait être tenté d'y voir la résidence ou l'ouvrage de la divinité. Mais combien cet ouvrage est grossier, que le travail en est de peu de valeur si on le compare a la formation du plus vil des insectes qui se traînent sur la surlace du temple I

Cette description si détaillée d'un édifice que le temps a respecté atteste sa réalité et peut faire pardonner la relation de cette foule de travaux que Juslinien a fail exécuter, soit dans la capitale, soit dans les provinces, mais avec moins de solidité et sur de plus petites dimensions. 11 dédia daDS la seule ville de Conslanlinople et ses faubourgs vingt-cinq églises en l'honneur du Christ, delà Vierge et des saints; il orna de marbre et d'or la plupart de ces églises, et il eut soin de les placer dans les quartiers fréquentés, parmi de beaux arbres, au bord de la mer, ou sur quelqu'une des hauteurs qui dominent les côtes de l'Europe ou de l'Asie.

(Gibbon.)

(6) MM. Victor Hugo et Ch. de Monlalembert ont écrit à ce sujet des pages aussi éloquentes qu'impuissantes dans la Revue des deux mondes, 1832 et 1833.

(7) Ce paiais ne fut construit qu'à la fin du neuvième siècle ou au commencement du dixième. Pious retrouverons les Arabes dans la troisième période de ce cours (du neuvième au douzième «iècle) ; peut-être alors leur consacrerons-nous quelques développemeDs que le défaut d'espace nous empêche de donner aujourd'hui. Je donnerai cependant dans ces noies des détails inléressans sur l'architecture arabe, puisé» dans les savantes recherches de M. Debret.

t Possesseurs d'une partie de l'Asie, il était de l'intérêt des empereurs d'Orient de chercher à fixer loin d'eux un peuple qui les avait fait trembler ; aussi voyonsnous, en 9 12, Constantin IX envoyer en Espagne une ambassade an calife Abdéïamc 111. D'après les historiens Cardone et Swinburne, le calife, pour la réception des ambassadeurs, fit couviir les cours de son palais des plus beaux lapis de Perse et d'Egypte et décorer les murailles d'étoffes d'or du plus grand prix. C'est à cette époque qu'allié des empereurs d'Orient, Abdérame lit venir de Conslanlinople les plus habiles de leurs architectes et reçut de l'empereur un présent de quarante colonnes de gianit qu'il employa à la construction de la ville appelée Zehra, du r:um de sa fa'.oiiic. Si nous ajoutons foi aux auteurs arabes, du centre de l'un des

pavillons qu'J lit élever pour celle princesse, jaillissait , dans un bassin d'albâtre , une gerbe de v if argent ; ils ajoutent que la voûte du même pavillon était ornée des pierres les plus précieuses, à travers lesquelles pénétrait la lumière. En considérai! les formes et la disposition asiatique de leur architecture, ainsi que le hue qu'il, y cl* ployèrent, nous nous croyons fondés à avancer qu'ils l'apportèrent de la Syrie et de la Perse. Ce goût leur fut plus immédiatement encore transmis par les artiste, et artisans envoyés de Couslantinople, avec la modification cependant que durent y apporter leur religion et les lois de Mahomet qui interdisaient toute représentation d'êtres animés. C'est cette grande restriction qui fut sans doute la cause de l'uniformité de caractère qu'on remarque dans leurs décorations dont l'aspect na présente jamais que des arabesques proprement dits ou des broderies à l'instar de, lapis et des étoffes qu'ils employaient en profusion.

« Quant à la sévérité des formes extérieures de leurs monumens si opposée à la légèreté et au charme des dispositions intérieures, il faut, pour se l'expliquer, considérer les Arabes comme des conquérans fixés au milieu d:un peuple qu'ils viennent de soumettre et envisager leurs plus belles habitations comme des forteresses où ils se retiraient au besoin pour se -iéfendre contre les Espagnols ou contre quelques-unes de leurs tribus dont les prétentions leur suscitaient des troubles Irequens.

. Le caractère des Arabes , et peut-être plus encore l'influence de Islamisme , conservèrent dans leur architecture un type qui lui est propre et qu'il est facile do reconnaître dans toutes les contrées qu'ils ont habitées et qu'ils habitent encore. Bien que je sois loin de regarder cette architecture comme classique, et que je na la considère an contraire que comme le délire d'une imagination ardente qui semble «Noir réalisé des songes, je suis cependant forcé d'admirer ces monumens comme des productions que le génie d'un peuple essentiellement poète pouvait seul enfa::ter.

- En effet, sans le, dessins publiés sur les monumens a.abes de tonte l'Espagne par M. Delaborde, comment serait-il possible d'ajouter foi aux récils merveilieux .1rs historiens Colménarès et Swinburne lorsqu'on lit dans leurs ouvrages la desci iplion de ces portiques hardis soutenus par de grêles colonnes de marbre blanc, de ces salons immenses revêtus de marbres précieux et couverts des inscriptions les plus poétiques, de ces riches mosaïques, de ces festons arabesques sculpté, presque à jour, dorés et émaillés des plus brillantes couleurs? Ici c'étaient de. jets d'eau qui , jusqu'auprès des lits de repos, s'élançaient vers les Toutes des appartiens ; là des vases magnifiques dans lesquels on cultivai, des plantes odoriférantes ou qui servaient à faire brûler des parfums ij.hu loin enfin des jardins

délicieux ou le mvrte el l'oranger, maigre leur vieillesse, attestent encore le chariuc dont ils embellirent ces lieux. Ce simple énoncé ne semblerait-il pas plutôt un fragment des contes arabes que la description d'une chose existante?

a Quant aux dépenses excessives qu'il fallut (aire pour élever les seuls monu» luans mauresque» quo nom voyons encore en Espagne, il «ulfit de remarquer que, placé entre l'Afrique , l'Italie et la France , ce peuple faisait un commerce immense de soie el de laines dès lors fort estimées, de corail el de perles péchés sur les côtes de l'Andalousie el de la Catalogue, et qu'il exploitait des mines d'argent et d'or, de grenats, d'améthystes, et même de rubis, découvertes près de Malaga et de Béja. Ce fut pourtant un peuple que nous avons traité long-lemps de barbare qui fut assez industrieux pour tirer du sol qu'il habitait des produits assez riches pour alimenter ses besoins et son luxe.

■ En rappelant ici que l'architecture tudesque saxonne fut celle que nous possédions en France jusqu'au huitième siècle, il nous parait évident que c'est à nos relations avec les Arabes possesseurs de l'Espagne que nous devons les changement qui se sont opérés, puisque c'est vers celte époque que, non-seulement nous avons commencé à faire des arcs ogives, mais encore que nous avons adopté le genre d'ornemens qu'ils employaient dans leurs décorations. C'esl la réunion de ces deux architectures qui enfanta les bizarreries grossières que nous retrouvons dans les monumens du onzième siècle, dans lesquels les emblèmes de notre religion sont, pour ainsi dire, traduits en langue arabe par le goût des ornemeus que nous leur avons empruntés. «

(S) Desmichels. «

(9) Ch. Magnin, Matter, etc. Grégoire-le-Grand forma lui-même une école de chant qui donna naissance à d'autres écoles du même genre à Metz , Aix-la-Cha-V pelle, etc.

(10) Il nous reste encore de nombreux fragmens de notre sculpture nationale. M. Vitet a récemment émis le vœu, dans un rapport au ministre, que le gouvernement fît mouler en plâtre une partie de ces fragmens et les reunit dans un musée spécial, non pas rangés par ordre de règne comme on l'a fait au musée des Petits-Augustins, mais dans l'ordre chronologique de leur exécution. Ce serait le meilleur allas pour servir de preuves justificatives à une histoire de l'art en France.

(11) revvûvTS$ , y.at îxTpéepovTsç ïrcaovà{, xaràrap Xajwïà^a tov (?(ov îrapa^i^ovTSç aXXoi; S, àXXwv. (Platon, Lois)

(ta) Le canon astronomique de Ptolémée, les phases de la lune, les demeu'o-

des planètes, un système harmonique du monde, etc. fore: l.s noies de la leçon dix-huitième.

Au nombre des savans de celte époque on peut mettre la malheureuse Eipathia, célèbre à plus d'un titre. « Le philosophe Théon, son père, dit C. Bossut dans sonHisloiredes mathématiques, avait pris un tel soin de l'instruire, et elle fit en peu de temps desi grands progrès, qu'elle fut choisie, très jeuneencore, pour enseigner les mathématiques dans l'école d'Alexandrie. Tous les historiens s'accordent à dire qu'aux grâces de la figure Hipathia joignait une rare modestie, des mœurs pures et une prudence consommée. Ces avantages lui donnèrent une grande considération à Alexandrie, et surtout auprès d'Oresle, gouverneur de celte ville. De misérables disputes de théologie, ayant allumé une sanglante discorde enlre Oreste et saint Cyrille, excitèrent le peuple à massacrer Hipathia en la représentant comme l'auteur des troubles par les conseils qu'elle donnait au gouverneur. Cette action, dit l'historien Socrate, attira un grand reproche à Cyrille et à l'église d'Alexandrie, car ces violences sont tout-à-fait éloignées de l'esprit du christianisme. »

Vers la tin du huitième siècle, quelques savans firent un essai de calendrier en Germanie, imité peut-être depuis lors par nos réformateurs modernes, mais tout aussi malheureusement. Les noms germaniques des mois sont assez curieux pour être cités, les voici :

Janvier: Winlhermonath, mois d'hiver.

Février: Hornunc, mois de boue.

Mars: Lenzmonath, mois du primempi.

Avril ■ Ostermonath, mois de Pàque>.

Mai .- Mmneroonath, mois d'amour.

Juin : Prahrr.onath. mois du soleil.

Juillet : Heumonath, mois des foins.

Août: Arndmonalh, mois des moissons.

Septembre : Windmonalh, mois des vents.

Octobre: Windemmonalh, mois des vendanges.

Novembre : Herbstmonalh, mois d'automne.

Décembre: Helmonalh, mois de mort.

(t3) Cette seconde illusion parait n'avoir eu d'autres fondemens qu'un abus du langage allégorique. Le feu grégeois dont parle Cuvier, aux savantes leçons duquel j'emprunte une partie de ces données sur les sciences naturelles, le feu grégeoi» est une des inventions les plus remarquables dues à l'enfance de la chimie. F.lle doit d'autant plus nous intéresser que, comme on l'a vu, le secret en esl attjônr-

d'hui perdu. ■ Feu grégeois veul dire/eu grec. Ce nom rappelle donc que c est aux savans Byzantins qu'on doit raltribuer. On prétend cependant qu'il fut inventé par un ingénieur d'Héliopolis en Syrie, nommé Gallinicus. Ce fut ce mémo ingénieur qui l'employa avec tant de bonheur dans le combat que l'empereur Constantin Pogonat livra aux Sarrazins, près de Cyrique, dans l'IIellespont. Les Grecs, armés du feu grégeois, brûlèrent la doue entière de leurs ennemis qui portait trente mille hommes.

• Co feu grégeois avait cela de particulier qu'il continuait de brûler au milieu des eaux; on prétendait même qu'il y prenait une activité nouvelle. On le lançait avec des machines à ressort comme on lance un trait avec une arbalète, ou même <>ii le souillait avec de longues sarbacanes ou tuyaux de cuivre. L'incendie communique par cette substance ne pouvait s'éteindre qu'avec du vinaigre ; on attribuait aussi h l'huile la même propriété d'éteindre le feu grégeois; mais celte dernière assertion n'a probablement pas d'autre fondement que l'amour du merveilleux.

■ On prétend que le feu grégeois était composé de soufie, de u aphte, de poix, de bitume, et de quelques autres substances dont la connaissance n'a pas été conservée. Le secret de la composition du feu grégeois fut perdu quand l'usage plus utile qu'on a fait de la poudre à canon le rendit moins précieux. Le feu grégeois, en cllet, qu'on lançait par le souille ou par un ressort analogue ;; celui des arbalètes, ne pouvait, comme les projectdes lancés par la poudre, cire porté à des dislances considérables; ce qui n'empêche pas qu'il serait très curieux, et peutèlre même encore assez utile, d'en connaître la composition. •

(14) Cuvier.

(15) Il existe plusieurs chartes en vertu desquelles des couvens obtinrent la concession de terres qu'ils avaient trouvées désertes et remises en culture après les ravages des Sarrazins et des peuples du ISord.

Nous pouvons remarquer, dit Turner dans son histoire anglo saxonne, que le Domesday nous donne à croire qu'aucune classe de la société n'avait des terres aussi bien cultivées que celles du clergé. Il a beaucoup moins de bois et de commune pâture, et ce qu'il en a paraît souvent divisé en pièces plus petites et plu* irrégulières, tandis que ces prairies sont plus nombreuses el en même temps plus considérables.

(16) Quelques auteurs font remonter à Dagoberl l'époque des premières foires, niais d'autres, el c'est le plus grand nombre, disent qu'on ne les connut que sou* filial lemagne.

(:7) Blanqui.

(t8) Voyez lajeçon quinzième.

(lO) C'est au règne de Charles VIII qu'eut lieu l'introduction du mûrier en France; mais, peu cultivé encore, il ne fut réellement un arbre ulile et productif que lorsque Henri IV, aidé d'Olivier de Serre, l'eût multiplié dans son royaume. Après quelques jours de discussion avec Sully qui ne partageait pas son opinion •nr ce point, quinze mille mûriers furent plantés dans le jardin des Tuileries sou* les yeux du bon roi. On imita son exemple , et la France fut affranchie du tribut de quatre millions qu'elle payait à l'étranger.

(20) Voyez mon lli.-toire des découvertes et inventions faites en Europe depuis l'ère chrétienne.

(21) Comment parler, par exemple, des alimens et des boissons des diverses peuplades qui envahirent l'Europe ? Il est évident que, quels que fussent leurs goût» et leurs habitudes primitives, il fallut prendre les goûts et les habitudes que commandaient impérieusement le sol et le climat. La vigne ne peut être cultivée dan* le nord de l'Europe; la bière et l'hydromel y remplaçaient le vin. ■ A cesle cause, dit l'nlydore Vergile, les Anglois, Escossois , Hirlandois, et quelques peuples de France, de l'Allemaigne, et de toutes les isles de l'Océan occidental, voire tous les peuples se lenans au septentrion, vsent de cesle liqueur à leur boire, à cause qu ils n'ont vin que celuy qu'on leur porte de païs eslrange. Mais les Allemans faisans leur bière y aioustent de l'herbe nommée obelon, afin qu'elle rende la boisson plus saine et aisée à la concoction. Il falloit bien, ajouie-t-il, qu'il y eusl force, car on fait cesle sorte de breuvage d'orge qu'on appelle zithe, laquelle l'ait vriuer, esmut et offense les reins et les nerfs, offensant mesmement la peau el toille qui couure le cerueau, engendrant les venlosilez, et qui crée un mauuais suc et humeur au corps et qui cause la ladrerie. •

(22) Paulmy, Sauvai, Sismoncli, Saint-Foix, Poullin de Lumina , Legrand d'Aussy, Polydore Vergile, etc.

(23) Le récit qu'Agalhias, historien grec de la guerre des Golhs, fait de la bataille du CaziUn, où Bucélin, général de l'armée française, fut défait par Narsès qui commandait l'armée de l'empereur Justinien, prouve que les Français entendaient parfaitement le métier de la guerre , et c'est le seul qu'ils pussent comprendre. (Pocllin de Lumina.)

(24) Nous voyons, a dit quelque part M. Jouffroy, la science stationnaire dan» les nations brahuiiniques, méprisée dans les nalions musulmanes, honorée, cultivée parmi nous, faisant des pas de géant et gagnant des forces a mesure qu'ells avance... Là est le secret de noire puissance.

Celle supériorité de puissance n'est -qu'un effet dont la supériorité de science

est la cause véritable; et, comme notre supériorité de science n'est point un accident, une affaire de circonstance qui peut disparaître d'un jour à l'autre; comme il est évident, au contraire, que plus nous allons, plus nos sciences font de progrès et moins elles peuvent périr, il est évident aussi que noire supériorité de puissance n'est point une bonne fortune accidentelle, mais un fait durable qui se perpétuera, qui s'accroîtra dans une progression constante et indéfinie. En sorte que la civilisation chrétienne porte avec elle cetle supériorité comme un de ses caractères ineffaçables.

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