DU NORD DE L EUROPE
ai leur fond; 2" les canaux sinueux (|uelqucfois ramifiés, observés sur le rivage des îles du golfe de Christiania, sont dus au ressac de la mer. Ce sont les karren de la Suisse, les lapiaz de la Savoie, creu ses par des torrents , des sources , les eaux pluviales ou les neiges fondues ; V le parallélisme entre les canaux sinueux des îles et les stries rectilignes du continent n'existe pas ; Tangle moyen est de ^k^ ; k^ les sables slratiGés avec des blocs anguleux du Jemtland et de la Dalécarlie sont des fonds de lacs ou de courants barrés par des glaciers et présentant çà et là des moraines intactes ou remaniées par les eaux ; 5" les oesars sont dus à l'action mixte d'un glacier et des courants auxquels s<| fusion a donné naissance.
La dernière de ces conclusions a déjà été réfutée par l'âge relatif bien constaté des oesars, et elle le sera mieux encore par ce que nous dirons tout à l'heure ; les autres ont été contestées par M. Du rocher (1) dans une note à laquelle IM. Martins a répliqué à son tour (2). Depuis lors, ce dernier savant a décrit avec beaucoup de détails les stries de la Suède et d'une partie de la Norwège , ainsi que les dépôts meubles du même pays (3) , et, dans les remarques qu'il a publiées immédiatement après [U), il s'est attaché à détruire une partie des arguments de son adversaire , qui a répondu à cette critique (5).
Après cette discussion, dans laquelle on s'est peut-être trop préoccupé de faire prévaloir telle ou telle théorie , et pas assez du véritable but , qui ne peut être atteint que par une étude longue et comparative d'une multitude de faits d'ordre différent, nous devons signaler, quoiqu'on dehors de la période qu'embrasse notre travail, une Note sur le phémymène erratique du Nord comparé à celui des Alpes (6) par M. E. Desor , et dans laquelle l'auteur a procédé d'une manière trop logique pour que les conséquences suivantes ne soient pas d'un grand poids dans la solution de la question. Nous remarquerons d'ailleurs que l'idée principale se déduisait déjà, comme on l'a vu , des recherches propres de M. Keilhau et de M. Forchhammer , et plus encore de celles de M. Dau-
(1) Bull., 2«sér., vol. III, p. 250. 4 846.
(2) IbhL, p. 255.
mibld.,yQ\. IV, p. 29. 4 846.
(4) Ibid., p. 89.
\^)Ibid.,^. 107.
(6) Ibid., p. 4 82 , et pi. II, fig. 4 , p. 296.— Amer. Journ., 2 sér., vol. III, p. 34 3.4 847.
56 FORMAllOiN ERRATK>UE
brée, dont le collaborateur de M. Agassiz ne paraît pas avoir eu connaissance.
M. Desor conclut des observations qu'il a faites (p. 20^) « 1" qu'il » existe la plus grande analogie entre le phénomène erratique du » nord et celui des Alpes, malgré les objections que Ton a élevées » contre J'application de la théorie glaciaire aux régions Scandinaves ; » 2° que les traits propres du phénomène du nord sont une consé- » quence des changements de niveau auxquels le sol delà presqu'île » est assujetti ; 3° que ces changements de niveau ne sont pas limi- « tés à l'époque historique, mais qu'ils remontent au-delà du dilu- » vium; U" que depuis lors le sol de la Scandinavie a éprouvé des » soulèvements et des abaissements successifs. »
« J'ai distingué, poursuit l'auteur, trois mouvements principaux »i qui correspondent aux principales phases de Tépoque diluvienne; » savoir : 1° un premier soulèvement pendant lequel le sol était » plus exhaussé qu'il ne l'est maintenant : c'est la périodedes glaces ; »> 2» un affaissement général, entraînant à sa suite l'envahissement » des plaines de la Scandinavie par la mer; 3<» l'émersion de ces » mêmes plaines qui se continue encore sous nos yeux : c'est l'époque » des œsars.
» Chacune de ces périodes a dû être d'une certaine durée. On » conçoit, en effet, que, pour qu'un agent se mouvant aussi lente- 1 ment qu'un glacier ait pu transporter, à la distance de plusieurs ») centaines de lieues, des blocset tout un terrain arraché aux mon- » tagnes de la Norwège , il a fallu un temps fort long , dont le mi- » nimum serait de plusieurs milliers d'années, si l'on prenait pour » base le mouvement le plus accéléré des glaciers de notre époque. » La seconde période a dû être au moins aussi longue, si l'on con< » sidère le temps qu'il faut pour qu'une faune tout entière puisse » vivre , se propager et laisser des dépouilles nombreuses sur un » soi autrefois inondé. Enfin la troisième période comprend l'épo- » que historique , depuis la prise de possession de ce sol par les po- » pulations de races étrangères dont nous trouvons les débris au '> fond des tourbières du nord.
» Ainsi donc l'époque glaciaire n'est pas un simple accident dans >) l'histoire de notre globe; c'est une longue période, dont l'histoire » est d'autant plus importante pour la géologie qu'elle fait le passage » des époques antédiluviennes aux temps historiques. »
M. Desor a en outre critiqué quelques unes des idées que nous avons vues émises par les auteurs de la Géologie de la Russie d'Eu^
DU NUHD Dt L KUHOPE. 57
rope^ eu faisant voir que Tideolité des traces laissées par Tageut d*érosioQ sur les montagnes, sur les plaines, sur les plateaux, dans les vallées et jusque sous ]a mer était tellement parfaite qu'il n'éuit pas possible de regarder cet agent comme multiple ou résultant de causes distinctes.
M. L. Frapo]]i(l), à qui Ton doit un travail encore inédit, mais du plus haut intérêt, sur les dépôts de transport situés au nord du Harz (2) , est également opposé à la théorie des glaciers et à celle des courants pour la production des stries. Il a d'abord rappelé le mémoire de M. Forchhammer , dont nous avons parlé , puis il 8*est attaché à confirmer Topinion du naturaliste danois en signalant Tim^ mense quantité de glaçons garnis de blocs et de galets , qui, poussés par les vagues et les vents , lors des tempêtes de Thiver et du printemps , viennent frapper les côtes , ou se traîner lourdement dans les canaux , sur les bas-fonds et les écueils qui sont près du niveau de la mer. Le mouvement imprimé à ces glaces flottantes doit polir les roches soumises à leur action , et produire des stries dont Taspect et la disposition seront en rapport avec les lois générales du mouvement des eaux , avec Taction des vents dominants et avec le relief des côtes. M. Forchhammer avait constaté ces faits pour le Danemark et la Suède méridionale , et M. Frapolli est arrivé aux mêmes conclusions pour une partie du littoral de la Norwège et des côtes de la Suède. Une carte topographique très détaillée de M. Weibye semble démontrer comme loi générale :
« Que les stries et les sillons des surfaces horizontales ou presque » horizontales ont une direction toujours perpendiculaire aux côtes » générales dans les baies ouvertes , toujours parallèles à Tallure » des canaux dans les fiords étroits ; que Thorizontalité ou le plus ^ ou moins d'inclinaison des stries , sur les surfaces inclinées ou » verticales , dépend du relief des côtes de la localité , et est toujours en rapport avec ce relief et avec l'action des différents vents. »
M. Frapolli a trouvé que ces principes se confirmaient toutes les fois que l'on rapprochait le phénomène des stries de l'élévation graduelle du sol, telle qu'elle a été constatée dans cette partie du continent , et que l'on mettait en rapport la direction et l'inclinaison des stries et des sillons avec la section horizontale du sol , à la hauteur de ces mêmes stries, ou , eu d'autres termes , avec l'en-
(1) Bull., V sér., vol. IV, p. 416. 4 847.
(2) Contpt. rend., vol. XXVI, p. 200. 1848.
58 FORMATION EHRATIQUE
semble de ia disposition des côtes au moment où ces stries élaif?nt près du niveau de la mer. Or, la perpendicularité aux côtes générales des stries des surfaces supérieures est le résultat de la loi du mouvement des vagues dans une mer ouverte , tandis que le parallélisme qu'affectent les stries du fond des vallées avec la disposition de ces dernières est en relation avec ce môme mouvement. Celui-ci produit des courants dans les canaux étioits situés entre les récifs et dans les fiords dirigés vers la côte, et il en est de même de l'action des vents qui poussent les glaçons dans une direction que détermine le rivage de ces détroits. Cette action étendue aux différentes époques de soulèvement de la Scandinavie rendrait compte des divers niveaux auxquels on observe les stries. Enfin Fauteur termine son mémoire par des remarques fort justes sur la nécessité , avant toute discussion, de déterminer les caractères minéralogiques, géologiques et zoologiques , ainsi que les limites et la position des dépôts marins, d'eau douce ou terrestre, qui portent l'empreinte de causes violentes ou de sédiments tranquilles, ou qui diffèrent par leur âge, par leurs éléments constituants , comme par la dit ection d'où ces éléments proviennent, etc.
M. Ch. IVlartins(l) a fait observer que l'explication précédente était la troisième proposée par les partisans de l'action de l'eau , et qu'elle supposait que la Scandinavie avait été immergée jusqu'à 1/iOO mètres, puisque des surfaces polies et striées ont été citées jusqu'à cette hauteur , tandis qu'on ne trouve de traces positives du séjour de la mer que jusqu'à 240 mètres, limite des dépôts argileux coquilliers. L'identité des stries formées par les glaces flottantes poussées contre le rivage avec celles des glaciers ne lui paraît pas non plus démontrée, et cette circonstance, que du cap Nord jusqu'à Christiania le côté arrondi , poli et strié des roches du rivage est tourné vers l'intérieur des terres, tandis que le côté escarpé , anguleux et non strie, regarde la mer, lui semble contraire à l'opinion soutenue par M. Frapolli , de même.que l'existence de stries redressées d'amont en aval, au rétrécissement des hautes vallées de la Suède et de la Norwège.
M. Frapolli (2) a fait aussi connaître les idées de M. Weibye relatives à la production des stries par l'action des vagues, sur les roches, mais il est difficile d'admettre cette explication pour la
1) Bull., 2* sér., vol. IV, p. 420. 1847.
2) Bull., 2« sér., vol. IV, séance de juin 1847.