CHAPITRE V
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^ 1 . Plaines et vallées du pourtour des Alpes.
C'est surtout par i'étude des dé|>ôts sédimentaires ies moins anciens dans le voisinage des Alpes que la succession des derniers phénomènes qui ont agité l'Europe occidentale a pu être établie avec une certaine précision. M, Élie de Beaumont, en prouvant que le soulèvement de la chaîne principale , qui s'étend du Valais en Autriche , avait eu lieu après la formation du terrain tertiaire supérieur ou des marnes sub-apennincs, a limité de la manière la plus nette le commencement de l'époque quaternaire, dont les dépôts n'ont point éprouvé de dérangement général.
Ce qui nous a frappé jusqu'à présent dans ies caractères de ces dépôts, outre leur état meuble ou incohérent et l'absence de stratiûcation continue sur une certaine étendue, c'est de ne présenter aucune roche particulière à cette époque , mais seulement les débris accumulés confusément de toutes celles qui l'ont précédée ; car les couches régulières, soit marines, soit lacustres, sont de simples accidents en comparaison de l'universalité des détritus erratiques dus à des causes qui ont agi sur des espaces dont nous cherchons aujourd'hui à retrouver les limites. Ces dépôts ont cela de remarquable que, circonscrits à des surfaces données, ils ont tout h la fois des caractères communs et des caractères propres, et semblent être pour la plupart contemporains. Ainsi les résultats sont locaux , et cependant la cause a dû être générale.
Celte cause n'est point le soulèvement d'une chaîne de montagnes, car l'effet eût été nécessairement en rapport avec ce soulèvement ; la direction des courants , déterminée parcelle du nouvel axe montagneux , serait encore traduite pour nous dans la direction des traînées de débris qu'ils auraient charriés ; mais, nous l'avons dit » il n'y a point de centre commun; il y a, au contraire, autant de centres particuliers que de gibbosités. Or, si la cause est une , il II. 15
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faut qu'elle ait été jusqu'à un certain point indépendante de ces mêmes centres.
Kn passant des conditions physiques de ces amas détritiques aux caractères de la faune qu'ils renferment, on voit que, très voisine sans doute de celle qui l'a précédée ou du terrain tertiaire supérieur, et de celle qui Ta suivie ou de Tépoque actuelle, elle diffère cependant assez de l'une et de l'autre pour faire penser qu'un laps de temps considérable s'est écoulé entre le soulèvement qui a mis fin à la période sub-apennine et la catastrophe générale qui a enseveli dans ces accumulations de sable , de gravier, de cailloux et de blocs, toutes ces générations de grands pachydermes, de ruminants, de carnassiers, de rongeurs, etc., qui peuplaient les terres émergées, sans doute plus étendues alors qu'à aucune des époques antérieures.
A ces premiers résultats de la simple inspection des faits il faut ajouter la présence de blocs souvent énormes et très nombreux que l'on rencontre sur des points élevés , à d'immenses distances de leur origine, dont ils sont aujourd'hui séparés par de profondes vallées et même par des bras de mer. Ce caractère exclusivement propre à l'époque diluvienne dans les zones nord et tempérée de l'hémisphère boréal, et que l'on retrouve en partie dans l'hémisphère austral, a depuis longtemps attiré l'attention des observateurs , surtout dans les Alpes, où il se présente avec des circonstances particulières. Par sa situation , comme par sa grandeur et sa complexité , cette chaîne était plus propre qu'aucune autre à provoquer les recherches , et, depuis 1835 , les travaux qui ont été publiés pour décrire et tenter d'expliquer tout ce qui peut avoir rapport aux phénomènes physiques de l'époque quaternaire se sont accumulés au point de rendre assez difficile la tâche d'exposer ce qu'ils ont fait connaître de plus précis.
Sur le pourtour de la chaîne et dans les vallées principales qui en descendent , il y a des dépôts dont le mode de formation n'est point douteux , et nous avons déjà parlé de ceux qui s'étendent dans les parties basses du Lyonnais , du Dauphiné et de la Provence. Nous avons vu que le transport de leurs éléments par des eaux profondes et animées d'une grande vitesse ne pouvait laisser aucune incertitude ; aussi nous occuperons-nous d'abord des dépôts analogues qui se présentent sur d'autres points, remettant à traiter ensuite de ceux dont l'origine est aujourd'hui l'objet de discussions si vives.