DU POURTOUR DBS ALPES
M. Necker (i) a rccounu deux «assises dans le leiiaiii diluvieu ">«'>" des enviroiK de Genève; mais leur distinciion ne parait pas se i>miin mainteoir sur une grande étendue. Elles sont formées Tune et l'autre de débris de toutes les roches dont la chaîne est composée. L'assise inférieure, que Tauteur nomme alliwion ancienne, k cause de sa ressemblance avec les aliuvions modernes, est composée de galets « de gravier et de sable plus ou moins grossier. Les cailloux, de la grosseur du poing jusqu'à celle de la tête, sont arrondis et un peu aplatis, lis sont en lits horizontaux, assez épais, alternant parfois irrégulièrement avec des lits de gravier et de sable moins étendus et de forme lenticulaire. Le tout, d'une puissance de 23 à 25 mètres , repose sur les grès qui forment le fond du bassin.
L'assise supérieure, appelée par M. Necker terrain diluvien CQtaclystique , présente des masses disposées sans ordre , et dont les éléments de toutes les dimensions sont mélangés indistinctement. Le dépôt cataclysiiqiie termine les plateaux par une surface plane , et s'élève sur les collines environnantes. Près de Genève, il est surtout composé de glaise ou limon d'atterrlssement, semblable au lehm de la vallée du Rhin et des environs devienne , dont il occupe la position. Il n'a d'ailleurs aucune apparence de stratification et ne forme qu'un seul banc continu de 15 à 20 mètres d'épaisseur. Les cailloux que l'on y rencontre sont de même nature que ceux de l'assise inférieure et que ceux qui sont encore roulés par les eaux de l'Arve et du Rhône. La proportion des diverses espèces y est aussi à peu près la même, sauf les gros blocs provenant pour la plupart des roches primitives et surtout des protogynes granitoïdes des aiguilles de Chamouny.
M. Necker ne doute pas que les blocs encore enveloppés dans le limon d'alterrissement et le gravier de l'assise supérieure ne soieivt identiques avec ceux qui sont actuellement isolés sur les flancs des montagnes, sur les crêtes ou les pentes des coteaux, ou encore dans le fond des vallées , et qui , connus sous le nom de êlocs eiratiques , ont dû être aussi enveloppés primitivement dans des masses d'argile ou de petits galets. Ces derniers matériaux, plus légers, auront été entraînés par l'action longtemps prolongée des agents atmosphériques (p. 239). Après avoir suivi ces dépôts sur les deux rives du lac , au pied des Alpes et du Jura, et dans les vallées intérieures, l'auteur as-
(1) Études géologiques dans les Jlpes, p. 227, vol. I, Parif ,
'2^S PLAINES Et VALLÉES
sigue pour limite occidcniaic des cailloux alpins les environs de Brou (Ain) ou peut ôire ceux de Bourg. Sur la rive droite du lac de Genève, entre Begnin et Aubonne, le terrain diluvien devient très puissant, et atteint, à la colline de la Côte, 880 mètres d'altitude ou 51^ mètres au-dessus du lac. La description détaillée du bassin du Léa;arl amène M. Necker à conclure (p. 347) « 1° que tous les » éléments des deux dépôts diluviens et des alluvions récentes pro- » viennent des roches du bassin hydrographique qui les entoure , et qui sont toutes à un niveau plus élevé que celui qu'occupent actuellement ces débris : ainsi , lors de leur dispersion , le sol avait » déjà pris en général son relief actuel ; 2° que les blocs diluviens, » quant à leur nature, et contrairement aux cailloux des alluvions » anciennes et modernes , sont d'autant plus nombreux que les » terrains dont ils proviennent sont moins étendus et sont plus éloiu gnés de la place qu'occupent aujourd'hui les blocs; 3^ que la forme » des blocs diluviens est la même que celle des blocs que charrient » les glaciers et qu'ils déposent sur leurs moraines; sans être en gêné- » rai complètement arrondis, ils ont les angles et les arêtes émous- » ses (1). »
Les masses de débris dont ils faisaient d'abord partie avaient leur point de départ au débouché de toutes les grandes vallées des Alpes , et c'est là que leur épaisseur était la plus grande. Celle qui débouchait par la vallée du Rhône paraît s'être élevée sur le Jura jusqu'à 700 et même 1100 mètres, limite supérieure des blocs sur le ChasseroD. De ce point, la ligne des blocs s'abaisse vers la plaine, au N.-Ë. et au S.-0. 11 y aurait, dit l'auteur, une grande probabilité pour que ce qui reste encore de terrain diluvien dans le bassin du lac de Genève fît partie d'une seule et même masse partant du débouche de la vallée du Rhône, et dont la forme devait être celle d'un cône très surbaissé, ressemblant ainsi , mais sur une échelle infiniment plus grande, aux petits cônes de détritus que forment les torrents alpins à leur sortie des montagnes. La distribution des anciens débris dans la vallée de l'Arve et sur son prolongement, aussi bien que dans les autres grandes vallées de la chaîne,'conduirait encore à la même conclusion, et tous ces cônes de débris meubles auraient été démantelés et oblitérés par les agents
(1) Voyez aussi J. A. Deluc, Mêm,fle la Soc, de phys. et d'/iist. îiat. de Genève y vol. III et V.
Dr POtiTOCR DES ALPtS. ii9
atUMMpbériqueSf dans la période qui s*est écotilit* depuis la formatioii de ces cènes jusqu'aujourd'hui.
La cause de ces grands atterrissemenls ne peut être antérieure an soulèveiDent des Alpes ni même contemporaine de ce phénomène. La prédominance des blocs de roches primitives sur ceux des calcaires secondaires , et le rapport inverse du nombre de ces blocs avec Tétoignement de la roche d où ils proviennent , s'opposent , suivant M. Necker, à ce que Ton attribue leur transport ^ des glaciers et qu'on les assimile ^ des moraines , car les glaciers charrient également les débris de toutes les cimes au pied desquelles ils passent, et le nombre des blocs calcaires aurait dû être beaucoup plus considérable que celui des blocs de roches primaires. « D'ailleurs.
• ajoute-t-il , il est impossible de trouver dans la distribuiion, la
• position et la structure des dépôts diluviens dans les plaines rien » qui rappelle, même de la manière la plus éloignée , les moraines » des glaciers. •
Ni les glaciers seuls , ni les eaux torren délies seules, continuet-il , n'ont opéré le transport de tous ces matériaux ; mais ces deux causes réunies auront produit leur charriage et leur accumulation. i4)rsqne les glaciers étaient plus étendus qu'aujourd*hui , comme le prouvent d'anciennes moraines , des barrages occasionnés par ces glaciers ont pu donner lieu à des lacs , en interceptant les cours d'eau, ety lors du retrait des glaciers, les lacs s'épanchèrent et entraînèrent tout ce qui so trouvait sur leur passage. Ces effets , qui se sont peut-être renouvelés à plusieurs reprises , ne se présentent d'ailleurs qu'au débouché des grandes vallées aboutissant aux parties de la chaîne qui dépassent de beaucoup la limite des neiges éternelles. Lorsque les montagnes sont au-dessous de cette limite ou ne la dépassent que de peu (Cariuthie, (larniole, Basse-Autriche, Croatie, Dalmatie, etc.), on bien lorsque des massifs élevés se trouvent placés entre la chaîne centrale et les plaines (le Vîcentîn, le Feltriu, le Bellunais, le Frioul) , on ne voit plus de blocs diluiriens ni au débouché des vallées , ni dans les plaines voisines, tandis que les vallées du Yéronais, du Milanais et du Piémont, qui aboutissent directement à la chaîne centrale, ont donné passage à un nombre prodigieux de blocs énormes et à d'immenses masses de débris diluviens.
M. A. Favre, dans ses Considérations géologiques sur le mont Salève (1], a confirmé la division établie par M. Necker, et pense
(t) Genève, 4 843.
que les deux assises diluviennes ont éié déposées par des phénomènes différents. Dans l'assise supérieure il a rencontré des cailloux striés ou rayés qui ne paraissent point exister dans Tinférieurc, où il n*y a pas non plus ces blocs erratiques si fréquents au-dessus. J.e terrain diluvien forme des plateaux quelquefois disposés en terrasses étagées les unes au-dessus des autres. Les rivières ont dû creuser leur lit dans ces dépôts meubles , car les dépressions qu'elles ont produites n'altèrent point Thorizontalité de la surface des plateaux , et les sommets des berges se correspondent de chaque côté. Certaines collines offrent parfois une fausse apparence de soulèvement , ou constituent des espèces de digues , telles que celles que Ton voit au-dessus de Thonon, de la Côte dans le pays de Vaud, celle du château de Faucigny près de Contamines , le petit Credo, et enfin le mont de Sion. Sur le mont Salève , il n'y a que des blocs erratiques de roches cristallines , et c'est au sud-est , vis-à-vis de la vallée de l'Arve , sur le versant qui regarde les Alpes , qu'ils sont le plus nombreux. Les sillons et les cavités cités dans le massif du Salève comme appuyant l'hypothèse des anciens glaciers ou celle des courants sont au contraii^ de l'époque moderne. D'après M. Favre les dépôts diluviens seraient aussi plus récents que la dernière révolution qui a donné an Mont-Blanc et au Jura leur relief actuel , et il s'attache à démontrer que les trois soulèvements qui ont laissé des traces dans le Salève ont eu lieu dans la même direction , le dernier d'entre eux étant contemporain de celui des Alpes occidentales.
v«i)e« Si iHRis jetons un coup d'œil sur la grande vallée qui an nord-est
K. sutue. sé|Mre les Alpes du Jura, nous trouverons que, dans le canton de Soienre, M. A. Gressly (1) a décrit les dépôts de cette époque comme ordinairement composés, à la base, de limon, seul ou alternant avec des lits de cailloux qui finissent par dominer tout à fait vers le haut. Les blocs erratiques sont tantôt accumulés en masses considérables sur les hauteurs , tantôt épars sur le sol des plaines. La ligne de partage des chaînes du Paawang forme la séparation des dépôts diluviens provenant des Alpes an sud de ceux qui protiennent des Vosges et de la Forêt-Ndre au nord. Des débris i*£lepkti$ primigenim et d'Ursus ^œm ont été trouvés dans le limon.
Le sol des vattées ouvertes dans la mollasse et celai de la plaine
(I) Obstn^tions géoiogiqmts smr ie Jmra soiturois {X(wi\ mém. dt la Soc, keii^tiqnr des jrr. HHKy vol. L Neucblte! , IS37 — IS38}.