GÉNÉRALITÉS SUR LE TBRRAIM QUATERNAIRE
La direction du transport du drift coïncide» dans chaque district, avec celle des sillons ou rainures [scratches). La grosseur des fragments roulés diminue à mesure que Ton s'avance vers le S. ou le S.-£., en s'éloignant des roches d'où ils proviennent Dans les pays de plaines , les blocs sont uniformément dispersés sur un grand espace. A la base des plateaux ou des terrasses , en face des gorges et des crêtes élevées des montagnes » ils forment souvent de longues bandes étroites dont les bords conservent un parallélisme remarquable.
La direction du drift et des sillons est oblique par rapport à celle de beaucoup de chaînes ; mais il n'en est pas de même, comme on vient de le dire , dans les vallées où elle est modifiée par les accidents du sol. Les blocs de toutes les grandeurs sont eux-mêmes striés , et présentent des surfaces lisses indiquant l'action de frag^ ments roulant les uns sur les autres. Enfin , comme Ta observé M. Hitchcock, on trouve dans la Nouvelle-Angleterre , TÉtat de Nevir-York et le nord de la Pennsylvanie , des blocs d'un très grand volume à 300 et ^50 mètres au dessus du niveau des roches en place d*où ils proviennent.
Relativement aux preuves d'un niveau du sol plus bas lors de la formation du drift , elles ont été déjà déduites de l'existence des argiles bleues. Il est très probable aussi que la région des grands lacs de l'ouest était plus basse qu'elle ne l'est aujourd'hui , quoiqu'on n'ait pas de preuves qu'elle le fût assez pour permettre l'invasion des eaux de la mer. Les vallées du Saint-Laurent , du lac Champlain , de l'Hudson et de la Mohavirk , quelques unes des plus considérables de la Nouvelle-Angleterre , et même le lac Ontario , ont pu , sans doute , permettre l'accès de ses eaux dans leurs dépressions ; mais M. H.-D. Rogers ne pense pas, avec MM. Malher et J. Hall, que toute la région septentrionale des États-Unis ait été de Zi50 à 600 mètres plus basse qu'actuellement, et qu'en même temps la plus grande partie de la Nouvelle- Angleterre , de l'État de New- York , et la vaste surface des Étals de l'Ouest aient été sous la mer. La Nouvelle- Angleterre et la région montagneuse d'Adirondack formaient , du moins à l'époque de tranquillité des argiles bleues, des îles séparées du continent par des détroits peu profonds. Si , lors du dépôt des deux drifts, la surface du pays était sous les eaux de la mer,
sissipi. II a donné en outre quelques indications sur la distribution et la limite des blocs , ainsi que sur la cause de leur transport.
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comme quelques géologues le supposent , ou ne voit pas pourquo on n'y trouverait aucune trace de débris marins (1), et tout porte à croire que les régions où Ton n'en rencontre point étaient émergées lorsque s'accumulaient les argiles coquillières des bords du Saint*Laurent , du lac Ghamplain , eio.
Le drift est plus récent que le terrain tertiaire moyen, puisqu'il recouvre des couches de cet âge dans Tile de Martba's Yineyard « et on peut le rapporter, dit l'auteur , à l'époque quaternaire ou post'pliocène de M. Lyell. Il a commencé avant le dépôt des argiles fossilifères du lac Gbampiain , etc. ; puis une autre grande dispersion de matériaux détritiques a eu lieu et a été suivie de l'ère des Mastodontes et des Megatherium, Mais à cet égard nous rappellerons que nous avons vu ces animaux ensevelis dans les dépôts diluviens de la plupart des États du Nord et de l'Ouest , et qu'on ne peut pas admettre par conséquent qu'ils aient vécu après le phénomène qui a transporté et accumulé ces détritus erratiques (2).
Quoiqu'il soit impossible d'apprécier exactement le temps que ces dépôts ont mis à se former, on conçoit cependant qu'il a dû être très long, quelle que soit l'hypotbèse à laquelle on s'arrête ; mais il ne constitue en réalité qu'une seule oscillation de cet immense et lent balancier qui a compté les innombrables phases de l'histoire de la terre.
Après avoir mentionné les diverses opinions émises par MM. Hitchcock, Mather, £mmons, J. Hall, etc., et s'être attaché à les réfuter en tout ou en partie, M. H.-D. Rogers pro»» pose d'expliquer le transport des matériaux erratiques comme les surfaces polies , les stries et les sillons , par l'énorme puissance érosive que posséderait une couche épaisse de roches anguleuses, fragmentaires, entraînées avec une grande vitesse , sous les eaux
(1) C'est plus récemment que des coquilles ont été découvertes aux environs de New-York et de Boston [an té , p. 366).
(2) Ayant eu l'avantage , au moment où cette feuille était sous presse , de communiquer à M. H.-D. Rogers les doutes que nous avons exprimés [antè ^ p. 342 et 357) sur l'existence des grands mammifères après le second drift, nous sommes heureux d'ajouter ici que ce géologue éminent a bien voulu partager notre opinion , et reconnaître qu'en effet il n'y avait pas de preuves que le cataclysme qui a détruit les grands mammifères fût distinct du second drift, et que, par conséquent, on pouvait admettre que ces animaux avaient vécu pendant la période de repos qui a séparé les deux phénomènes diluviens. (Nov. 1848.) ,»* ^ ^.
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d'une Taste inondation. Celle-ci résulterait d'un puissant soulève-' ment et de Tondulation de la croûte terrestre pendant la secousse d'un tremblement de terre.
D'après les déductions expérimentales de M. Scott Russell sur les propriétés des vagues de translation (antè^ vol. I, p. 167 ), dont nous avons déjà vu que M. Murcbison avait fait une application au diluvium du nord de l'Europe {antè, p. 47) , M. W. Hopkins a démontré (1) qu'un courant de 25 à 30 milles à l'heure , produit par un soulèvement rapide de 30 à 60 mètres , pouvait mouvoir un bloc du poids de 32000 kilogrammes. La force du courant croissant comme le carré de la vitesse , une faible augmentation de cette dernière a pu suffire pour opérer le transport de très gros blocs erratiques en Amérique comme en Europe.
Enfin, M. Rogers fait remarquer, en terminant, combien serait plus grande lajvitesse qu'acquerrait un large courant s'il résultait d'une action paroxymatique de tremblement de terre , ac lion que son frère et lui ont démontré accompagner tout mouvement d'élévation {antè, vol. I, p. 641). Ils ont établi, en outre, que lorsque le mouvement ondulatoire était en rapport avec la mer, les grandes vagues produites acquéraient une vitesse de plus de 1 mille par minute; aussi MM. Rogers regardent-ils les matériaux du drift comme pouvant être attribués à un phénomène de ce genre , qui aurait piis naissance dans les mers du Nord ou circumpolaires (2).
(1) \oy tz posieà à la fin du Supplément bibliographique, p. 429 et 435.
(2) Voyez aussi : W.W. Baddeley, O/i theconjectured buoyancy, etc. Sur le flottage présumé des blocs à de grandes profondeurs dans l'Océan. (Jmrr. Jour/?., vol. XXVIII, p. 111. 1835). — Desor, Bull., 2* sér., vol. V, p. 89. 1847. -— Ch. Martins , Du transport de certains blocs erratiques de la Scandinavie et de V Amérique septentrionale par des glaces flottantes , considéré comme conséquence de l'ancienne extension des glaciers et des changements de niveau de ces contrées [a). — Ce mémoire nous étant parvenu au moment de mettre ces feuilles sous presse , nous ne pouvons que reproduire ici le résumé de l'auteur : « Je ne pense pas, dit-il (p. 1 1 23), » que l'on puisse expliquer le phénomène erratique de la Scandina- » vie, en Suisse, dans les Pyrénées et dans le nord de l'Amérique , » par les glaces flottantes détachées des glaciers, sans admettre im- » plicitement que les glaciers étaient plus grands qu'ils ne le sont » actuellement, et sans adopter par conséquent la théorie de l'an- » cienne extension des glaciers, telle qu'elle est formulée par » MM. Venetz, de Charpentier, Agassiz et Desor. »
(«) BuU., 3« sér., vol. iy^> ill5. 1847.