‹ Histoire des progrès de la géologie de 1834 à [1859] (volume 2)Chapitre 76 sur 87 · DE LA CÔTE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

DE LA CÔTE OCCIDENTALE

le banc de sel qui est recouvert par un lit de sable blanc avec nodules de sel commun et du gypse très tendre, semblable à celui de la croûte supérieure du dépôt salin précédent , qui vient border cette même plaine. Sur certains points , on trouve aussi du muriate de chaux.

La pureté du nitrate de soude est assez variable , et le sel constitue généralement de 20 à 25 pour 100 de la masse. L'analyse d'un échantillon de composition moyenne a donné à M. Hayes :

Nitrate de soude 64,98

Sulfate de soude 3,00

Chlorure de* soude 28,69

Sels sodiques 0,63

Coquilles et marne 2,60

Total 99,90

D'après la faible inclinaison avec laquelle ce banc suit les contours de la plaine sur une si grande longueur , on doit croire, dit M. Darwin, qu'il a été déposé sous une nappe d'eau; et d'après ses caractères , les substances étrangères comme les corps organisés qu'on y trouve , d'après la croûte salifère superficielle placée à un niveau plus élevé et probablement d'une origine marine , enfin , d'après la ressemblance de cette plaine avec celles du Chili et d'UspalIata , il y a peu de doute que cette nappe d'eau ne fût, au moins dans l'origine, en rapport avec la mer. L'âge de ces dépôts salifères n'est d'ailleurs pas encore bien déterminé , et il se pourrait qu'ils fussent de l'époque tertiaire, et par conséquent plus anciens que nous ne le supposons ici.

La première exportation de nitrate de soude faite en Europe ne remonte qu'au mois de juillet 1830. £lle fut , dans cette année , de 17300 quintaux (1), et s'éleva, en 183^, a 149538 quintaux.

(F. 72.) On sait que les incrustations salines, minces, sont très Efflorescences

^ ' ^ . salines.

fréquentes sur le plateau de Mexico, puis, dans 1 Amérique méridionale , sur les grandes plaines qui s'étendent de l'embouchure de la Plata h Rioja et Catamarca , particulièrement autour de Bahia* Blanca. Des surfaces planes, élevées de quelques mètres au-dessus delà mer, sont, après les temps secs, couvertes d'une efflorescence saline qui disparait avec les pluies et dont l'épaisseur est de 6 millimètres au plus. Ces sels renferment d'autant plus de muriate de

(4) Le quintal espagnol vaut 46 kilogrammes.

R^flomé

des

sections

précédentes.

41*2 DÉPâTS COQiriLLIER<; MARIN<; ET PLACES SOULEVEES

soude et moins de sulfate de soude qu'ils sont plus rapprochés de la mer; aussi l'auteur soupçonne-t-il que, par une action dont il ne peut se rendre compte, le muriate se change, avec le temps, en sulfate. Les plaines alluviales des bords du Rio-Negro et du Rio-Colorado , à Port-Désiré, etc., en présentent aussi. Au nord du Chili , h vallée à fond plat de Copiapo est couverte de carbonate et de sulfate de soude , et dans toute l'Amérique du Sud , ces incrustations sont le plus fréquentes sur les surfaces boueuses , humides et basses , où le climat est ordinairement sec, et qui paraissent avoir été presque toutes élevées au- dessus de la mer dans la période actuelle (t).

£n résumant avec M. Darwin (2) ce que l'on sait de ces anciennes plages de l'Amérique méridionale , on voit que des coquilles ont été soulevées et forment, dans quelques parties, des bancs continus, depuis le ^5° 35' jusqu'au 12** de latitude S., le long des côtes de l'océan Pacifique, et sur une étendue de 2075 milles géographiques du N. au S. On peut assurer, en outre, qu'il en existe encore au-delà dans ces deux directions, comme sur quelques points de la province de Tampico , dans le golfe du iMexique.

Sur toute cette ligne de côte, on rencontre souvent, outre les débris organiques, beaucoup de marques d'érosion , des cavernes, d'anciennes plages, des dunes, des terrasses successives de gravier, toutes au-dessus du niveau actuel des mers. La rapidité des pentes sur ce versant de la chaîne fait que les coquilles ne se sont encore trouvées qu'à 2 ou 3 lieues du littoral actuel ; mais il existe audelà , jusqu'à 30 ou AO milles dans l'intérieur des terres , des preuves évidentes du séjour des eaux marines.

D'après la seule considération des coquilles on peut juger que le soulèvement a été , à Chiloé , de 106 mètres; à la Conception , de 190 , et peut-être de 30!i ; à Valparaiso , de 395 , et à Coquimbo, de 77. Plus au nord , on n'en a pas cité au-dessus de 90 mètres. A Lima , l'élévation n'a été que de 26 mètres. Outre que les coquilles de ces dépôts sont les mêmes que celles qui vivent sur la côte , elles s'y trouvent presque toujours aussi dans les mêmes proportions. M. Aie. d'Orbigny (3), qui, comme on l'a vu , rapporte

(\) Voyez antêy vol. I , p. 306.

(z\ Geological observations on South America^ p. 53.

(3) Foyage dans V Amérique méridionale ^ vol. III, 4* partie,

Paléontologie , p. 4 65.

DE LA CÔTK OiiUDENTALÈ. 4l3

ces couches coquillières au commencement de Fépoque actuelle , a montré , de plus , que , des deux côtés des Cordillèies , cette faune présente les mêmes résultats que celle qui vit actuellement , c*eslà-dire que non seulement toutes les espèces ont leurs identiques dans les mers voisines , mais encore que l'ensemble des faunes propres aux deux grands Océans était, à cette époque, absolument dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui.

Dans beaucoup d'endroits de la côte du Chili et du Pérou (1) , il y a des traces de l'action de la mer à des niveaux successifs, prouvant que l'élévation a été interrompue par des moments de repos. Ces traces sont surtout bien apparentes à Ghiloé, où , sur une hauteur d'environ 152 mètres, on aperçoit 3 escarpements; à Goquimbo, il y en a 5 , sur une hauteur de 111 mètres ; à Guasco , 6 , dont 5 correspondent peut-être à ceux de Goquimbo. A Lima on compte trois terrasses sur 76 mètres d'élévation , et d'autres se montrent à des niveaux encore plus élevés.

L'étude comparative de ces faits , sur le littoral de l'océan Paci^ fique comme sur divers points du globe, indique que le soulèvement des terres est généralement une action intermittente; mais on ne peut pas conclure ici, comme pour la Paiagonie, que le soulèvement a été uniforme , et que les époques de dénudation ont été synchroniques sur une grande étendue de côtes. Dans la Patagonie, les périodes de repos et celles de dénudation ont été fort longues, tandis que ,* sur la côte du grand Océan, les terrasses situées à diverses hauteurs et dans des vallées, ne permettent pas la même conclusion. Cependant M. Darwin, ayant été amené à penser qu'à l'est le soulèvement avait été lent et graduel , croit qu'il a pu en être de même à l'ouest , où seulement se seraient manifestées des accélérations locales et temporaires en rapport avec le voisinage des phénomènes volcaniques. Aujourd'hui les cotes de l'Océan Pacifique paraissent être , en général , dans un moment de repos comparatif , soit de soulèvement du sol , soit de dénudation de ce même soL

Si Ton compare l'étendue du sol soulevé d'après la position des débris organiques des deux côtés du continent , on reconnaît que , sur l'Atlantique , les coquilles ont été rencontrées par places depuis l'est de la Terre-de- Feu jusqu'à 1180 milles au nord, et, sur l'Océan Pacifique, dans une étendue de 2075 milles. Desdeux côtés, elles se montrent à la même latitude, sur une longueur de 775 milles. Le

(4) Ch. Darwin, loc, cit. y p. 56.

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