FORMATION CRÉTACÉE
cissent, en réalité, aucune des questions soulevées depuis longtemps. Il considère les marnes à Orbitoliles de Losensteirt comme la partie la plus élevée de la formation crétacée. Sur la rive gauche de TEns , elles plongent au S. , et lorsqu'elles passent au grès, les fossiles y sont peu répandus. Elles n'auraient, en oulrei de représentant que sur ce point, tandis que la série de Gosau acquiert, au contraire, une très grande extensioo en surface. Les plantes fossiles de cette dernière sont, d'après !V1. Unger : parmi les acotylédones, le Pecopteris siriata, Slernb., et \q Microzamia gibba. Corda; puis parmi les dicotylédones, Salicites macrophyllus, Reuss, Carpolites oblongus, Gœpp. , Cunninghamites^ Ung. , Hymenophyllites macrophyllus, Gœpp., H, heterophyllus, Ung., Phyllites Ehrlichi^ Ung., P, sp. ? Rachis, sp. ?
M. G. Peters (1), décrivant les environs de liVissenbach, sigualc d*abord la série du trias d'Hallstad et, de ce point à Wissenbach, un conglomérat ptesque horizontal superposé au calcaire de Zlankôgcls incliné au S.-S.-E. Ce conglomérat à ciment calcaire est composé de fragments de diverses couleurs et de diverses grosseurs. Le quartz y a été injecté après sa formation. Sur te côté gauche de la gorge étroite où on l'observe est une marne bleu grisâtre, fossilifère, qui alterne avec des calcaires plus solides , gris, passant à un grès jaune brun, à grains plus ou moins gros. Les fossiles en mauvais état sont VHippurites comu-vaccinium, et des traces de Caprine. Audessus de ta marne est un calcaire gris jaunâtre, peu solide, à grains inégaux, avec Acteonella gigantea. Au delà se montrent les calcaires à Rippurites.
II résulte de ces observations que les couches sont ici analogues à celles des vallées de Gosau et de liussenbach , sur les rives nord et ouest du lac de Saint- Wolfgang, et qu'elles sont disposées daus le même ordre de haut en bas, savoir : 1" conglomérat supérieur ; 2"" grès supérie^ur sans fossiles avec quelques veinules charbonneuses ; S*" calcaire marneux , grès avec des fossiles et une ou plusieurs couches de calcaire à Hippurites comprenant un banc de Tornatelles; 4" conglomérat inférieur.
Après avoir décrit les calcaires h Hippurites de Saint-Galt à ^eisswasser, semblables à ceux de filaberg, recouverts de grès supérieurs et de marnes plongeant au S.-E., l'auteur fait connaître la vallée de Gamsthall près de Laymbach (Steyermark), où, aprèsles
(\ ) Abhandlungen clerK, K. geolog. Reichs, , voK I. Vienne, 4 852.
DU TKBSâlIT NOID DIS ALPBS. 189
formatiouB anciennas elle calcaire alpin, viennent dea argiles, des marnes grises» des lits de charbon, un grès et le calcaire d'AchSgëh Les marnes sableuses et calcaires renferment de nombrent fossiles. Celles-ci, commençant aux pentes d'Âchôgel, sont pareilles i celles des Swarsengraben , près de VolsenWolfgang et à celles qui sont situées sous les couches à ActéoneUes de Traunwaod. Il y a diverses plantes, entre autres le Geinitzia cretacea et un cônifère des marnes de Gosau. Sur le versant méridional d'Achiigel près de lA rivière une carrière est ouverte dans des grès très puissants , griè jaunâtre, plus ou moins solides , avec quelques lits subordonnés 4e marne et plongeant de 8^* à 86" au S.^0. « ou même verticaui. En face sur bi rive gauche se montrent les couches k Hippuriles et à ActéoneUes , puis on atteint un grès gris qui plonge au 8.-0* avec des parties charbonneuses. La coupe de cette localité montre de bas en haut :
1* Grés solide gris brun, k gros graini avec quelques Tornatelles {Acteonella gigantea^ d*Orb.);
2"" Grès marneux fragile, avec des polypiers (Cladoàora manifnh lata^ Aeuss, de Gosau, et qui se retrouve dans le calcaire marnevx k Hippurites* Oculina, £usmilinide ou TroehoimUia ?) i
S"* Grès à Tornatelles, occupant la plus grande partie des rocheé mises à découvert ; il est gris brun, jaune, solide ou fragile, contient k profusion V Acteonella gigantea , de toutes les dimensions et k tous les âges. La roche passe par places k un calcaire gris, solide, avec des ActéoneUes changées en calcaire spathique« et des druses do chaux carbonatéei
4° Calcaire k Hippurites courant au S.-O. , avec une inclinaison qui varie de 15^ k 80". 11 est brun, sablonneux, blanc, jaune, cristalUn, renferme des Radiolites et des Caryophyllies semblables k celles de Gosau. Ce calcaire est placé au-dessus do grès marneux qui renferme tant de fossUes.
Eu résumé M. Peters trouve que le système des couches créta-» cées de Gamsthall est le même que celui d'autres localités des Alpes orientales, appartenant k ce que les géologues allemands désignent sous le nom de craie supérieure. Les relations des Couches sont les mêmes qu'k Qosau et k Saint- Wolfgadgi et la série peut être représentée ainsi en allant de bas en haut : 1* grès calcarifère marneux avec fossiles ; 2** grès avec des Huîtres ; l^ grès k Acteonella gigantea ; d"* couclie k coraux ; S'' grès k Acteonella gigantea ; 6^ calcaire k Hippurites ; V couches marneuses grises avec
iUQ FORMATION CfiiTACBE
fossiles ; 8^ marnes grises sans fossiles, passant par places k des conglomérats et prédominant dans le Gamsthall supérieur.
La séparation du calcaire alpin d'avec la craie est d'ailleors pen connue.
De son côté M. Fréd. Zekeli (1 ) , en décrivant les gastéropodes fossiles de Gosau, ne s'est point flatté d'avoir résolu d'une manière définitive la question de l'âge des couches crayeuses de celte localité ni leurs rapports suratigrapbfques, etU paraît adopter les vues de H. Reuss, qui place un conglomérat à la base du système. Au-dessus se développe toute la série de 1000 à 1500 pieds d'épaisseur et ^ composée de marnes tendres ou solides, de grès et de calcaires avec des couches d'Hippurltes et d'Actéonelles formant ensemble les deux tiers de la masse dont le tiers supérieur comprend des marnes grises, rouges, et des calcaires alternant avec des grès gris et un conglomérat rose, le fout dépourvu de fossiles. Ce dernier tiers pourrait être pris pour un dépôt tertiaire , mais il représente une marne qui ailleurs est remplie de débris organiques et l'on ne peut supposer qu'il y ait ici aucune couche à Nummulites ni aucun équivalent de la craie blanche. Pour l'auteur, les formes organiques de cette série de Gosau seraient celles qui se retrouvent dans le Planer de la Bohême et qui toutes, y compris les Hippurites, appartiendraient au premier et au second étages de la craie tuffeau.
Aux environs de Saint- Wolfgang ces diverses assises sembleraient être plutôt placées à côté les unes des autres que superposées ; cependant des marnes fossilifères alternant avec des grès se voient sous les calcaires à Hippurites très développés. Ceux-ci renferment les Hippurites organisons^ i>e& AIoul. , H. comu-vaccinium, Bronn, JI. sulcatus , Defr. , Radiolites acuticostatus^ d'Orb. , R, mamilloris t Math., Caprina Aiguilloni, d'Orb., C, Coquondiona^ id., iVertnea^ietne/a, Bronn, avec des polypiers de Gosau. Çà et Ik les bancs deviennent marneux et les gastéropodes comme les acéphales sont plus abondants. Sur les calcaires précédents viennent des marnes bleues, grises, avec des fossiles dans le Dittelle Bachgraben. Il n'y a d'ailleurs à Saint-Wolfgang aucune trace de craie supérieure plus récente ni de terrain tertiaire. M. Zekeli n'admet pas qu'il y ait deux étages crétacés distincts superposés dans les deux localités principales dont nous venons de parler, tandis qu'il regarde les gas-
(4) Die Gasteropoden der Gosaageb/lde {.^ù/tandlu/igen der K, K. geologisc\ Reichs,^ vol. 1, Vienne, 4 852).
DU VERSANT NORD DES ALPES. ilii
téropodes et les conchîféres comme représentant ceux d'une partie des groupes de la craie tuffeau et de la craie blanche (il désigne les étages turonien et sénonien de M. Aie. d'Orbigny).
Les 2U planches jointes à ce travail important représentent 151 espèces nouvelles sur un total de 192.
Parmi ces espèces on remarque 8 Turritelles, 9 Omphalia^ U Eu" lima, 11 Nérinées, 11 Actéonelles, 7 Natices, 10 Turio, des Troques, des Phasianelles, 7 Dauphinnles, 13 Rostellaires, 17 Volutes, 16 Fuseaux et kl Cérites. Une pareille faune, alors que ni rudistes ni céphalopodes, à une seule exception près, n'avaient encore été signalés dans ces couches , pouvait donc, il y a vingt-cinq ans, faire douter qu'elles fussent réellement secondaires.
En résumé, ce versant septentrional des Alpes ne nous a offert Rësamtf. que de très rares représentants du groupe inférieur ou néocomien , aucun équivalent bien authentique du gault^ mais des lambeaux assez nombreux de couches variées, appartenant ù une partie du second et du premier groupe, ou à la craie tuffeau et à la craie blanche. Il est probable que la partie supérieure de celui-ci ou la craie de iMaeslricht existe au moins sur un point. On doit dire que, malgré les nombreuses descriptions que nous avons rappelées, les diverses assises qui composent la série, qu'elles appartiennent à un seul étage ou à plusieurs , n'ont pas encore été comparées de manière que leurs relations dans les diverses localités soient bien établies, et leur parallélisme ou leur non-parallélisme bien constaté. Il en est de même de leurs rapports avec les couches plus anciennes sur lesquelles elles reposent et celles plus récentes qui les recouvrent. Peut-être de nouvelles recherches, dans ce pays si tourmenté, feront-elles connaître des localités restées inaperçues où ces relations seront mises en évidence , mais il est peu probable que la formation, prise dans son ensemble; y soit jamais représentée avec le développement et la continuité que nous lui avons vus dans les provinces vénitiennes et mieux encore sur les versants ouest et nord-ouest des Alpes, en France, en Suisse et en Savoie. Cette grande différence résulte sans doute de la disposition beaucoup plus accidentée et plus découpée du sol sur ce versant nord pendant l'ère des dépôts crétacés.
CBAPITBE V.
FORMATION CRÉTAGÉË DE LA TURQUIE D'EUROPE, DE LA GRÈGE ET DES ILES VOISINES.
$ I. Torquie d'Snrope.
Dans l'élat actuel de nos connaissances , la formation crétacée de TAotriche n'a pas encore offert de dépôts bien authentiques sur la rive droite du Danube , au delà de la vallée de la Leytba, et les grands bassins de la Save et de la Drave paraissent en être dépourvus. C'est dans les Alpes dinariques que se retrouve sans doute le prolongement de ceux des Alpes juliennes et de Flstrie, et nous savons, d'après M. F. Lanza, que dans la Dalmatie les calcaires à Hippurites sont très développés, mais, jusqu'à présent, leur étude reste entièrement à faire. Si nous descendons au S.-E., dans les provinces occîr dentales de l'empire turc, nous les verrons acquérir certainement un développement considérable ; mais, par suite du voisinage plus ou moins immédiatdes dépôts nummulitiques, il n'est pas encore possible d'assigner les limites respectives des deux formations {anté^ vol. III, p. i69). On pourra donc trou ver dans ce que nous allons dire d'abord une sorte de répétition des détails que nous avons donnés, et ensuite remarquer que nous plaçons dans la craie certaines couches qui peuvent bien être tertiaires, et réciproquement. C'est, comme nous l'avons dit aussi, aux voyages de M. A. Boue et de M. Viquesnel que sont dues la plupart des données que nous possédons sur cette partie de l'Europe, et on leur a de grandes obligations pour avoir ainsi jalonné géologiquement un pays où les recherches , fort difficiles à beaucoup d'égards , n'avaient encore été tentées pour ainsi dire par personne (1).
(1) Nous citerons cependant, d'après M. Boue : Un essai de carte géologique de la Valachie et de la Moldavie, par M. Lisel {Gornoi Journ.f 4 834, n** 9, 4 0) ; — Des coupes et plans des mines de sel d'Okana, etc., par le même (i6., 4 835, no 4 et î); — Un résumé fait par M. Boue \m-méme (Zeitsck. f\ Min,, 4 828, p. 283); — Notice sur les Balkans, par M. deHauslab(i8«//., vol. Ill, p. 97); — Journ, of a visii to Constantiaople , andsome oj the greek islands^ par J. Auldjo. In-8 avec pi. Londres, 4 836. — D'autres ouvrages
i/»4 TURQUiB D'EUROPE.
obserTtUons Le Système crétacé des Alpes et de TEurope méridiouale occupe M.Boaé. en Turquie, suivant M. Boue (1), une vaste étendue. Les variétés et les nombreuses modîGcations qu'offre cette immense série de dépôts arénacés et calcaires ont dû contribuer à Ty foire méconnaître» mais l'auteur croit pouvoir y distinguer actuellement diverses masses arénacées avec quelques calcaires subordonnés, des assises essentiellement calcaires et caractérisées par des Hippurites, puis des assises remplies de Nummulitesf Bien que ces diverses roches semblent se suivre dans un ordre déterminé, et que les schistes cristal* lins ou semi-cristalKns supportent sans intermédiaire les dépôts à Hippurites, M. Boue ne paraît pas être aussi certain de la superposition constante des roches nummulitiques à ces derniers; mais nous ne pouvons attribuer cette incertitude du savant géologue viennois qu'à l'état même de cette partie de la science lorsqu'il écrivait. On a vu que depuis, en Turquie comme ailleurs, les doutes devaient cesser devant cette immense quantité de faits positifs qui établissent la séparation des deux systèmes de couches et leur position relative.
a Dans le centre de la Turquie, la formation crétacée occuperait i> le milieu de la Servie et certaines parties de la Mœsic orientale» » surtout entre Pirot , Kostendil et Doubnitza. Faudra~t-il en dé- D tacher par la suite les roches de la Mœsie pour en faire un équi- » valent du groupe néocomien ? C'est ce que décideront les futurs » explorateurs. Le Balkan , certaines montagnes du Pinde et de la » Transylvanie en seraient en grande partie formés , tandis que la » Bosnie et la Croatie offriraient le grand groupe hippuritique dans » son développement le plus étendu et seraient séparées du précé- » dent par des alternats arénacés et calcaires , occupant surtout » beaucoup de place sur les deux rives de la Drina , au-dessus de » Goresda. Il formerait une partie des montagnes du sud-est de la » Servie, de la Bulgarie occidentale, et disparaîtrait presque dans le » Balkan , en constituant au contraire d'énormes masses dans la » chaîne Yaiaquo-Transylvaine. Ce groupe existerait aussi dans le
plus particulièrement géographiques et pittoresques, sont: le Foxage m Grèce , de Pouqueville ; — Reisen durch Rumefien und nach Brassa , par A. Grisebach , 2 vol. in-8, GœttingeD, \%kK\ — TraveU in northern Greece, par le colonel Leake, 4 vol. in-8, 1835; — Albanien , Rumelicn und die œsterreichische Montenegrischs GruenzCy par J.-P. Mûller, etc., in-8, Prague, 4 844. (^)La Turquie d'Europe^ vol, 1, p. 23B; 1840.
TDKQtJIE D*EnROPE. !45
» 8ud-ouest de la Macédoine , le Pinde , autour da lac d*Ochrida , » sur le Drin noir et dans le pays des Myrdites. »
Passant ensuite à la description du système crétacé de la Turquie orientale, M. Boue nous présente le Balkan comme la contre-partie de la chaîne valaque transylvaine. Dans l'une et l'autre , les dépôts crétacés inférieurs s'appuient sur les schistes cristallins. La chaîne falaque transylvaine offre une masse énorme de calcaires à rudistes et à Nummulites, tandis que dans le Balkan leur épaisseur est moindre et les roches arénacées y dominent comme dans les Carpathes. La Bulgarie montre encore , indépendamment des assises inférieures, les couches supérieures de la formation , telles qu'on les connaît dans la zone moyenne de l'Europe.
Sous le nom de système crétacé inférieur^ le savant voyageur réunit les roches arénacées du Balkan » l'Hœmus des anciens , qui sont des grès micacés, à pâte plus ou moins calcaire, feuilletés, gris ou blanchâtres , ou des grès plus ou moins grossiers , blancs ou jaunes , rarement mélangés de points verts , puis des argiles marneuses grises , noires ou bleuâtres , plus ou moins feuilletées. On y trouve subordonnés des poudingues avec des fragments de roches schisteuses cristallines et d'autres roches anciennes, et il y a des calcaires compactes noirs constituant de grands massifs, des crêtes fort élevées, des escarpements, des défilés ou des gorges étroites et profondes. Les traces de corps organisés sont rares dans les assises marneuses et arénacées , et l'auteur n'y signale que des Fucoîdes. Les calcaires renferment des Térébratules, des Peignes, des Orbitolites, des Huîtres, des échinodermes , des Plagiostomes, des Natices , des Serpulcs , etc. Les localités où les assises inférieures peuvent être le mieux étudiées sont le Balkan d'islivné et les bords du petit Isker depuis Elropol. Les assises moyenne et supérieure se voient particulièrement dans les défilés d'Osma , sur les bords du Rousila, au nord de Gabrova et dans le Balkan oriental. Ce système de couches donne aux crêtes de THocmus la forme d'un toit incliné au N., et qui manque de contre-forts au S. Après avoir donné un grand nombre de coupes de cette chaîne eu se dirigeant de l'O. à !'£., M. Boue fait voir que la direction des couches du Balkan oriental est N.-O., S.-£., et leur plongement au N.-Ë.
(P. 253). Le système crétacé supérieur désigné sous le nom de
craie verte et blanche forme de vastes plateaux dans la Bulgarie
orientale , ou. bien des coteaux à sommet aplati. Sa limite méridio*
nale est le cours du Kamtschik , la plaine au sud de Schoumla , la
iU6 TtRQUIE D'EUROPE.
chaîne au sud-ouest d'Eski-Djoumaa et de TirnaTa. Il disparaît i'O. sous les dépôts tertiaires des bords du Danube et de la Yalachie. Il se compose, comme dans Touest de l'Europe , d'assises inférieures arénacées, de calcaires à grains yerls et d'assises supérieures de craie grossière ou à grain fin avec des silex en rognons et en filons (Schoumia), accompagnés de quelques Lélemnites (Koubadin). C'est particulièrement aux environs de Schoumia que les couches inférieures sont bien développées. La colline qur porte la citadelle au nord de la ville présente de bas en haut : l'' des calcaires crayeux avec des silex noirs et jaunes ; 2* un calcaire semblable avec des points verts ; 3® un sable et un grès vert peu solide ; 4** un calcaire très coquillicr, poreux, exploité en grand pour pierres de construction. Il renferme des Térébralules lisses et striées, VOstrea vesicularis , des Pecien, Lima, Nerinea, avec d'autres gastéropodes, des échi- Dodermes et des polypiers. Une craie grossière avec silex recouvre ce calcaire.
Lorsqu'on monte la colline située au midi de Schoumia, on trouve successivement : 1» craie grossière; 2* sable et grès à points verts; 3 craie blanche; U° grès calcaire avec Exogtjra columba, Gold.; 5* sable quarlzeux et grès coquilliers avec des lits subordonnés remplis de Pectoncles, Vénus, Cucullées, Huîtres, Inocérames, Galérilcs et polypiers; 6" grès calcaires avec de petites Exogyres {E. auricularis?) ; 7* craie compacte; 8° craie grossière avec Huîtres et Exogyres voisines des précédentes, Cucullées, Vénus, Lucines , etc. ; 9» craie compacte , grenue ou poreuse avec Osfrea vesicuiaris, Lam., Inoceramus myliloides, Mant., Pecten quinquecostatus, Sow., Terebratula octopUcata, id. , T. lato, id., T. voisine de 1*0^^50, id., des échinodermes et des dents de Squales. Ce calcaire , exploité comme celui de la colline précédente, plonge de 10* à 15" au S. avec tout le système dont il fait partie.
Dans la Turquie occidentale et centrale, les as<}iscs crayeuses arénacées sont composées de grès plus ou moins fins ou grossiers, comme ceux des Carpalhes et de la Transylvanie. Ils ressemblent à des grauwackes et sont souvent calcarifèrcs (environs de Roudnik, en Servie). Ils passent à des grès très fins, argileux, puisa des schistes arénacés alTcctanl parfois l'aspect de l'arduise. Des calcaires coquilliers ou quartzifères y sont subordonnés. Dans le vallon de Dratscha , h l'ouest- noixl-oucst de Krngoujevalz , un calcaire compacte, gris- bleuâtre, rougeâtre ou brunâtre, partiellement schisteux, raiferme des crinoîdes, des Caryophyllies, des Âstrées, des Fungia,
TURQUIE D*EUR0P8. ikl
des Cyclolites, des Hippurites, des OrbitoHtes (0. conica, D'Ârcb.), des HuUrcs, des Nérinées et des Ananchytes. Cette puissante assise calcaire court N.-N.-E., S.-S.-O,, et plonge à TO.-N.-O., comme les schistes arénacés voisins, auxquels elle se lie. Dans le voisinage des serpentines et des roches feldspathiques ampbiboliques , ces mêmes dépôts ressemblent encore à des roches de transition ou h des schistes cristallins anciens. Tels sont les schistes du mont Avala, ceux de Yisoka , les grès des monts Schtouratz et les roches du Kopaonik. Toutes ces modifications sont analogues à celles que notis rencontrerons dans le sud-ouest de la Transvlvanie.
Après avoir décrit les modiûcatiuns de ce système dans les chaînes orientales de la Servie et de la Mœsie supérieure, M. Boue fait remarquer que les couches à llippuritcs et à INummulites forment en Turquie une série de vallées parallèles, souvent sans cours d*eau, comparables à ce que Ton observe dans le Jura sui!»e et français. Les cavernes y sont fréquentes, mais il est rare que l'on y trouve des puits naturels. Excepté dans le Balkan , la direction des vallées est du N.-O. au S.-Ë. Les assises à Hlppurites constituent des crêtes allongées , tantôt à sommet arrondi , tantôt hérissées de pics et de pyramides élancées. Comme dans le groupe nnmmulitiqoe , la direction des couches est parallèle h celle de la chaîne, mais les iaclinaisons sont très variées.
Lorsque les calcaires crétacés s'élèvent en montagnes, on les voit souvent alterner avec des grès gris et des argiles schisteuses, ou bien avec des schistes d'apparence fort ancienne. Les assises arénacées occupent surtout les vallées, les cols et certaines pentes ; les cnicaîres des buttes, des séries de crêtes découpées, ou des montagnes plus ou moins considérables. Cette distribution des roches, en rapport avec les accidents du sol, donne au paysage de la Bosnie beaucoup de charme et de variété. Les forêts et les piairies occupent une grande partie des surfaces formées par les grès et les argiles, tandis que les calcaires présentent des saillies eu des escarpements rocheux et abruptes , ou bien supportent les prairies siib-alpines. Tous les vieux châteaux de la Bosnie, de rilerzcgowine et de l'Albanie couronnent de leurs créneaux en ruines ces roches calcaires où sont aussi creusés les défilés les plus étroits et de Taspect le plus sauvage.
Autour de Novibazar, les grès sont remplacés par un calcaire compacte, gris, avec des rudistes, parmi lesquels l'auteur a cru reconnaître les Hippurites comu-pastoris, Des Moul. , ff. Fcrtisii et comu-vaccinium , Bronn. Dans le nord-ouest de la Bosnie, ces
mêmes calcaires se retrou?ent entre Travoîk, Brod et Novi. A Yîtolia, entre Vlasitch et FOugra, on remarque des marnes schisteuses, des calcaires avec des Hippurites, des Orbîtolites, des polypiers, puis des calcaires blancs à Nérinées. Entre Skender-Vakoub et le mont Usovatz , près de Variscbe, ce sont des alternats de marnes, de-calcaires et de brèches à Hippurites.
En Turquie , de même que dans d'autres pays , les dépôts crétacés renferment d'énormes masses de dolomie et de calcaires fendillés, en partie magnésiens. Comme dans le Tyrol méridional , ces derniers se trouvent entre les dolomies et les calcaires compactes. Les cargnieules et les amas de gypse sont au contraire des accidents rares dans cette partie orientale de l'Europe. Les dolomies et les calcaires magnésiens constituent une série de pics et de cimes élevées, depuis le Radouscha et le Vranatz jusque sur le Drin, en Albanie. Un grand dépôt de gypse cristallin avec des argiles calcarifères grises se trouve à Isaischilza , au milieu des calcaires crétacés, dis|)osition que nous retrouverons fréquemment dans le nord de l'Afrique. Ce gisement donne lieu à une exploitation considérable, la seule de ce genre qu'il y ait en Turquie. Les dolomies, qui forment la plus haute chaîne crétacée de ce pays, ne sont recouvertes par aucun dépôt et paraissent renfermer des masses de roches dioritiques ou fcidspathiques verdâtres. A côté de ces roches magnésiennes, en massifs énormes, assez fortement inclinés ou sans stratification apparente , on remarque , à la place des grès et des schistf s gris ordinaires , des roches rouges , des agglomérats grossiers , rouges , des schistes verdâtres ou rongeàtres qui prennent de plus un aspect lustré ou satiné particulier (crêtes entre la Soutschesa et la Urina, entre Cognitza et Tarschin).
M. Boue passe ensuite à l'examen du même ensemble de couches dans le sud-est de la Bosnie, dans l'Albanie , la Thessalie et le Monténégro , pour arriver au groupe nummuliiique des bords de l'Adriatique, qui est beaucoup plus simple que le système à Hipparites dont nous venons de parler, et qui , vu en grand , est comparable à ce que l'on observe dans la Dalmatie, la Croatie autrichienne, la Carniole et la Carinthie d'une part, et dans la Ht)ngrie de l'autre.
Mémoires Si uous revcnous actuellement sur ces diverses parties de la Tur- M.viqncsneï. quîc d'Europc, cu suivant les Itinéraires et les Cartes géologiques, publiés par M. A. Viquesncl, nous verrons d'abord que la formation crétacée occupe les trois quarts de la surface comprise (^us la carte
TURQUIE D'EUROPE. l/i9
delà SerYÎe et de TAlbanie (1). En Semé, elle se compose de schistes argileux, de grès et de calcaires compactes ou argileux subordonnés. En Bosnie et en Albanie, les schistes et les roches areoacées forment la partie inférieure du système, et ne se montrent, en général, qu*à la base des montagnes. Plus haut, les calcaires prédominent et constituent les cimes les plus élevées. Dans la chaîne du Kom et du Dormitor, la plus haute du pays, et dont le prolonge* ment méridional se retrouve dans les pitons dolomitiques de Proklétia, de Schalia, de Boga et de Schkrel, les calcaires passent à des dolomies. L'auteur, après avoir exposé les caractères i>étrographiques des roches et rappelé la présence des fossiles dont nous avons parlé, pense que la craie blanche n*a point ici de représentant A Gonzinée, les calcaires à Hippurites reposent en stratification concordante snr le schiste talqueux, et, ailleurs, des caischistes établissent un passage des schistes au calcaire , de sorte qu'on peut regarder une partie des roches, classées auparavant dans le terrain de transition, comme pouvant appartenir à la craie inférieure. Celleci constitue , d'ailleurs, tous les accidents du sol situés à l'ouest et au nord des montagnes anciennes de la Servie et de la iMœsie supérieure.
Les relations que nous venons d'indiquer entre les schistes rouges, les conglomérats et les calcaires, s'observent encore autour de Kastoria (2), où ces roches sont la continuation des couches à rudistes du Pinde signalées par Pouqueville. Ces calcaires de Castoria se retrouvent sur la rive orientale du lac, formant, au sud do Vodenitza et de Bombolié, les escarpements de la vallée de Partzé** lista ; ils se lient au gneiss talqueux avec cristaux d'actinote de Vlasko- Klisoura par des couches alternantes de talcschistes, de schiste argileux et de grès h ciment argileux. Dans le vallon de Kotschôna, près du lac d'Ostrovo, le calcaire, accompagné de couches dolomi* tiques, repose sur le talcschiste. On a vu qu'il y avait dos Hippurites à Ostrovo et liTélovo, de sorte que l'existence de la formation crétacée dans cette partie de la Macédoine est bien établie. Quant à sa
(4) Journal dun voyage dans la Turquie d* Europe [Mém. de la Soc. géoL de France, vol. V, p. 35, pi. 19, 4a42).— BulL, 2»sér., vol. IV, p. 427; 4 847.
(2) Bull., vol. XIV, p. 289; 4 843. — Journ. d*un voy. dans la Turquie (V Europe y 2" partie, carie géologique de la Macédoine, d'une partie de l'Albanie, de l'Épire et de la Thessalie {Mém. de la Socgéol.de France, «•sér, vol, I, p. 260, pi. 9; 4 846).
limite inférieure , ce qui précède montre que des observations suffisantes manquent encore pour rétablir avec quelque certitude.
Le système qui nous occupe, dit plus loin M. Viquesnel (p. 288), comprend l'Albanie supérieure et moyenne, TÉpire, la Thessalin occidentale et la partie de la Macédoine (imitée, d'un côté, par Textrémilé septentrionale do la chaîne de l'Olympe, de l'autre, par les moniagnes de Kastoria, du Nidjé et duJanitza. Au nord de Doubnitza et de Ghioustendil, il existe un petit massif qui en fait partie, et est séparé du précédent par toute la largeur des montagnes anciennes de la haute Mœsie. Enclavé au milieu des schistes cristallins, il se rattache vers le \. au grand massif crétacé de la Bulgarie. Le calcaire à rudistes observé en Albanie , dans les montagnes situées à Test du lac de Skoutari, borde la vallée de l'Hismo, et se prolonge vers le S.-S.-E. jusque dans le Pinde. A l'ouest de cette large bande règne le groupe nummuliiique qui constitue une partie de l'Albanie moyenne et de l'Épire {antè, vol. III, p. 172).
Les couches crétacées h rudistes courent généralement N. 37° O. dans les environs de Kastoria, et N. 83* O. dans le mont Cognavo, au nord-est de Ghioustendil. Les dépôts nummulitîques suivraient* au contraire, une direction N. 15° à 25*" O., dans TÉpiro et les îles Ioniennes.
Enfin, Hommaire de HcU (1), dans une coupe prise sur le bord de la mer Noire près de Kila, 2 lieues h l'ouest des îles Cyanées, a montré l'intercalation de roches pyroxéniques, analogues à celles de ces Iles, dans des grès jaunâtres composés de grains de quartz, de cristaux roulés de feldspath , souvent à Fétat de kaolin , réunis par un ciment marneux. Dans ces grès, ainsi disloqués par les roches ignées, nous avons reconnu le Pecten quadricostatus , |)arfaitement identique avec les individus qui caractérisent la craie tuiïeau supérieure dans l'ouest de TEurope, et une Exogyre, peut* être VE. plicata, Gold., mais dans un trop mauvais état de cotiser* valion pour pouvoir être rigoureusement déterminée.
S 9. Grèce et îles voisines.
Nous n'avons pu qu'indiquer {antè, vol. IH, p. 176) l'existence du groupe nummuliiique dans la Morée, sa séparation d'avec la formation crétacée n'ayant pas été tracée par MM. Boblaye et Yirlet,
(4) Bufl., 2« sér.jvol. VII, p. 504H850 (notice de M. Viquesnel).
et nous avons remis à traiter du tout ensemble, comme Tont fait ces géologues, lorsque nous nous occuperions du plus ancien de ces systèmes. Les divisions qu'ils ont établies étant principalement basées sur les caractères orographiques de Tancienne presqu'île du Péloponnèse, et sur la direction des couches qui constituent le réseau assez compliqué de ses divers chaînons montagneux, nous se» rions difficilement compris du lecteur, si nous ne commencions par exposer en peu de mots le relief général do la Grèce et les soulèvo« meîits que MM. Boblayeet Yirlet y ont reconnus (1). Ce que nous avons dit des dépôts tertiaires {antè, vol. U, p. 293) et des roches ignées {ib,, vol. III, p. Zi/i9) facilitera Tintelligence des détails de géographie physique dans lesquels nous allons entrer , et qui nous ont paru oiïrir un intérêt réel.
Quoique le cap Ténare, situé à la pointe méridionale de la Mo- orographu rée, se trouve sur le même méridien que le cap Nord et le cap de souiàTements Bonne- Espérance, ce n'est pas le phénomène qui Ta desâiné qui a la Grèce, donné à l'orographie de la Grèce ses principaux caractères. Ceux-ci sont dus à des systèmes de fractures dirigés N.*0. et N.>N.-0. , croisés par d'autres presque Ë., O.
Le système de soulèvement N.-N.-O. a tracé les côtes orientales et occidentales de la .Morée et projeté vers le S. les trois grands appendices terminés par les caps Gallo (Âcritas), Matapan (Ténare)» et Mêlée (Meloa). Ce même système et celui du N.-O. ont dessiné les rivages de l'Adriatique a^ec les côtes de Tile d'Jilubée et de la Thessalie, tandis que la direction des chaînes dans le sens des parallèles a contribuée former la vallée du Danube, les Balkans, les montagnes de TAchaïe et la profonde coupure du golfe de Corinlhe.
De cette disposition résultent la forme eu quadrilatère oblique du Péloponnèse, son abaissbnent graduel du N. au S. et la profondeur de ses golfes méridionaux. Le morcellement du rivage de la Grèce et la multitude des hautes îles dont ses mers sont parsemées sont encore un des traits caractéristiques de ce pays. Cette distribution provient des brisures qu'ont éprouvées les couches suivant des directions variées et dont les points de rencontre ou de croise-
(1) Géologie et minéralogie rie l'expédition scientifique de Morée , p. 27, in- 4, atlas iu-fol. de cartes, coupes et pi. de fossiles. Paris, 4 833. — Voyez aussi : Rcise duvch aile Tlieile, etc., Voyage à travers toutes les parties du royaume de la Grèce fait par ordre du gouvernement grec, de 4834 à 1837, par K.-G. Fiedler. 2 vol. in-8, avec caries. Leipzig, K 840-44 .
ment ont formé les sommets des îles de 1* Archipel, puis de Tapparltion, dans tout le bassin actuel de la Méditerranée, de nombreux foyers volcaniques , distribués avec Tirrégularité apparente des volcans de TOcéanie. En outre , la diflérence qu'offrent les massifs du Péloponnèse et de la Grèce continentale avec les sommets isolés de l'Archipel doit résulter du soulèvement uniforme et sans dislocation qui a porté le terrain tertiaire à 200 et 300 mètres d'altitude, sur toute la bordure du continent , rattachant ainsi au-dessus du niveau des mers les parties brisées par les soulèvements antérieurs. Dans les îles, au contraire, l'absence de dépôts tertiaires et la moindre élévation du niveau absolu des sommets prouve que le même phénomène ne s'y est pas produit.
MM. Boblaye et Yiiiet divisent les montagnes de la Grèce en un certain nombre de systèmes fondés sur leur direction et leur stratification, et ils désignent chacun d'eux par le nom de la montagne ou de la chaîne la plus connue qui en fait ])artie. On peut remarquer ici que les dénominations des plus importants de ces systèmes sont empruntées à des chaînes que les auteurs n'avaient pas observées directement et dont l'orographie et surtout la géologie étaient aloi's très imparfaitement connues.
Le premier système de montagnes, regardé comme le plus ancien de la Grèce, est le système olympique , ainsi nommé du mont Olympe, situé au centre de sa principale ligne de faîte. Sa direction en Grèce, comptée sur le méridien de Corinihe, serait N. /!i2° à /i5° O. , ne différant ainsi que de 2° à 3° de celle que M. Elle de Beaumont (1) avait assigné au système du Morvan et du Bôhmerwald qui sépare le trias du lias. Ces formations n'étant pas distinctes en Grèce, on n'en peut rien conclure sur l'identité des deux systèmes. On peut remarquer seulement que l'axe central du système de l'Olympe, dans l'Ëubée et dans les îles placées sur son prolongement , est formé de roches granitoîdes et de roches schisteuses anciennes, que ce soulèvement n'a dérangé que les roches les plus basses de la série et que ses traces ont été presque détruites en Morée par les soulèvements postérieurs , circonstances propres à justifier l'opinion , qu'il est en effet le plus ancien de cette partie de l'Europe.
(4) On ne doit pas perdre de vue que toutes les allusions faites ici aux systèmes de soulèvements établis par M. Ëlie de Beaumont se rapportent aux premiers travaux de ce savant, et non à ceux qu'il a publiés depuis sur le même sujet.
GBiCB ET ILES TOISINES. ISS
Le second système, dirigé N. 2&'' à 25"* O. , emprunte son nom à la chaîne da Pinde. Il forme le principal relief de la Grèce et fut modifié plus tard par le système dirigé N. , S. Quoique différant assez par sa direction de celui du mont Vlso, MM. Boblaye et Virlet pensent que les époques de soulèvement sont les mêmes, le système pindique ayant redressé tout le (errain secondaire, les grès verts avec leurs poudingues à ciment siliceux et les calcaires blancs rapportés à la craie inférieure. Dans la Grèce continentale la chaîne du Pinde, axe principal de ce système, court de rextrémité nord de TAUianie vers Novl-Bazar , jusqu'à Lépante, et se prolonge dans la Morée par les montagnes de TArcadie et la chaîne du Taygète jusqu'au cap Matapan, l'extrémité la plus méridionale de l'Europe. En Morée on observe d'autres rides parallèles qui sont, d'un côté, la chaîne messénique et , de l'autre , la chaîne monembasique ou du Malevos, laquelle s'étendant du cap Malée jusqu'au Ziria , dessine la côte orientale de la presqu'île.
Le système achaîque résulte d'une révolution postérieure à celui du Pinde et qui semble encore avoir eu lieu entre le dépôt de la craie et celui du terrain tertiaire. Il y a tracé de nouveaux rivages, et la chaîne de l'Âchaïe est son relief le plus prononcé. Dirigé N. SQ"" à 60<> O. , il ne diffère que de l*" à T de l'angle que fait avec le méridien de la Grèce le prolongement des Pyrénées, dont le soulèvement a été placé par M. Élie de Beaumont entre la formation crétacée supérieure et la formation tertiaire inférieure. Quoique suivant MM. Boblaye et Virlet l'une et l'antre manquent en Morée, ce que nous ne pensons pas, ils n'en regardent pas moins les deux phénomènes comme contemporains. Outre la chaîne achaîque qui , du mont Yoîdia s'étend au mont Ziria , il existe un certain nombre d'autres petites chaînes qui dépendent de ce troisième système.
Le quatrième, celui de VÉrymanthe, dirigé N. 68" à 70* E., a laissé dans la Morée encore moins de traces que le précédent. Son soulèvement aurait eu lieu entre le dépôt des gompholites et la formation tertiaire supérieure (antè, vol. II, p. 893), opinion émise d'ailleurs avec doute. La direction de ce système s'observe dans la vallée et la haute chaîne qui lui donnent leur nom, puis dans un assez grand nombre de chaînons secondaires. Dans les rides montagneuses comprises entre le lac Slymphale et la plaine de Phlionte les couches inclinées de gompholites courent parallèlement aux faîtesdu Gavrias et du Yizitza. La formation tertiaire supérieure
est restée horizontale et à un niveau plus élevé dans le voisinage de ce système. Peut-être aussi l'apparition de quelque trachyte vientelle coïncider avec cette direction.
Le système argotique se compose d'une multitude de petits chaînons dont les arêtes élevées sont très prononcées , mais en général peu étendues. Il sillonne particulièrement la péninsule argolique et la côte de l'Achaîe. Sa direction est toujours rapprochée de la ligne £. , O. , celle qui domine étant Ë. k" S. , c'est-à>dire celle des monts Géraniens dans l'isthme entre Coriuthc et Mégare. Peut-être ce système se rapprocherait-il de celui des Alpes principales, et, en efTet, il est postérieur au\ dépôts sub-apennins et a rompu au col San-Nicolo une ligne de trous de Lithodomes dans le terrain tertiaire et dans la craie, de telle sorte que cette ligne, ou le niveau qu'elle représente, s'est abaissée au sud de Modon et au nord de Navarin. Il y aurait ainsi en Grèce trois lignes de fractures peu éloignées de la direction Ë. , G. ; néanmoins, dans tout le Péloponnèse, il n'y a que peu de localités où le terrain tertiaire supérieur ait éprouvé des dérangements dans cette direction. L'ciïet du dernier soulèvement des Alpes se serait-il borné ici à un soulève* ment horizontal du soU et les grandes fractures de la c^tc de l'Achaîe et de Mégaride, dirigées E. , O. , appartiendraient-elles h une période antérieure? C'est ce qu'il serait encore difficile de préciser , mais ce qui parait plus certain , c'est le relèvement des poudingues jusqu'à 1800 mètres, sur tout le versant de l'Achaîe , dans une direction £., O., et la position horizontale des couches tertiaires supérieures au pied des plus grands escarpements dus à ce système.
Le sixième système a pour type les montagnes qui sur le prolongement du Taygète sont appelées Magne, et qui se terminent au cap Matapan ou Ténare. Sa direction générale N. 4° h 5° G. est marquée, dans la Laconie, par plpsieurs fractures avec de grandes failles , et c'est à peu près celle qui a été assignée au système de soulèvement de la Corse et de la Sardaigne, placé entre les dé|)ôts tertiaires inférieurs et moyens. Mais le système du Ténare serait beaucoup plus récent que celui-ci et postérieur aux dernières couches subapennines. Il a occasionné des failles d'une grande hauteur plutôt que dos redressements, et c'est plus tard que se sont déposées les grandes nappes d'alluvion appuyées contre les escarpements dirigés N., S. des strates tertiaires deGargaliano en Messénie et de Lebetsova en Laconie. Il y aurait eu ainsi en Grèce deux systèmes de dislocations très voisins de la direction N. , S. : l'un ,
CaiCK ET ILKS VOISIHBS. 155
appuyant un peu à TE. et représenté en Morée par les chaînes dn Sanla-Méri , correspondrait exactement au système de la Corse et de la Sardaigne ; l'autre, appuyant au contraire de 4'' à 5" è l'O. , serait plus récent.
Le système dardanique^ dirigé N. 60^ £. , peut ôtre reconnu dans la fenle qui a donné naissance à la partie sud des Dardanelles; il a relevé les calcaires lacustres d*Hiiiodroma et la plupart des petites îles de Tarchipel du Diable ; on retrouverait cette direction dans la chaîne du Bigha qui s'étend de la Troade à la mer de Marmara, parallèlement à l'ouverture des Dardanelles, etc. Le rapprochement de cette direction de celle du soulèvement des Alpes occidentales qui a séparé le terrain tertiaire moyen du supérieur n'implique pas nécessairement la contemporanéité des phénomènes, et leur parallélisme supposé serait en contradiction avec les données paléontoiogiques que l'on possède aujourd'hui • comme avec celles que les auteurs ont eux-mômes fournies. Nous avons vu de plus que tout concourait à placer la rupture du Bosphore de Thrace et l'émersion des dépôts récents des côtes des Dardanelles vers la fin de l'époque quaternaire [aniè, vol. II, p. 913 et 931).
Le soulèvement en masse du terrain tertiaire supérieur semble prouvé par la position actuelle de ce dernier, à 200 et 250 mètres audessus de la mer, sur tout le périmètre du Péloponnèse, et sans que, dans le plus grand nombre des cas, son horizontalité première ait été altérée. Les dépôts tertiaires supérieurs manquent cependant le long des côtes de l'Ârgolide et d' Argos à Monembasie. D'après l'examen des terrasses horizontales qui suivent les rivages de la Grèce, ce soulèvement ne se serait pas produit en une seule fois, mais résulterait de plusieurs élévations partielles. L'émersion d'un grès blanc calcaire sur la côte de la Laconie paraît être le résultat d'un des derniers mouvements du sol.
I^s accumulations quaternaires sur ces mêmes rivages comblent jusqu'à un niveau élevé les vallées qui aboutissent à la mer, et se terminent souvent sur le littoral par des falaises abruptes dans les* quelles les torrents actuels ont creusé leur lit. Celte disposition ne peut avoir été produite que par le soulèvement en masse du continent. Les grandes nappes de dépôts alluviens qu'on observe sur le rivage, entre Corinthe et Sicyone, et celle de la côte de Messénie , élevées de 30 è ^0 mètres au-dessus de la mer, doivent leur position actuelle à ce dernier soulèvement et résultent du 4éblai des vallées. Ces faits, que nous avions involontairement omis [antè^
voL II, p. 29&), se rattachent donc à l'époque quaternaire, telle que D0Q8 l'avons caractérisée.
£ofio MM. Boblaye et Virlet signalent encore des soulèvements à peu près circulaires dont l'exemple principal est le montZiria. Son sommet arrondi, qui atteint 2400 mètres d'allitude, est entouré, sur les deux tiers de sa circonférence, par une double vallée circulaire. Le mont Yoîdia offre aussi vers le golfe de Lépanle une large base en demi-cercle. Ces deux soulèvements, qui ont affecté les poudingues tertiaires , paraissent coïncider avec la première apparition des trachytea Les massifs tracbytiques d'Égine, de Métbana,de6e^ loPoulo au Kaïmeni, de Milo, de Polyno, des îles Christiania, de Polycandros, etc. {antè^'voh JII, p. 650}, doivent être regardés comme des formes de même nature et peut-être de même origine. Hore>. Si nous passons actuellement à l'examen du terrain secondaire tel
«eSidIixe. qo^ l'oni compris les auteurs de la Géologie de la Morée^ nous verrons qu'après avoir décrit sous le nom de fnarbre siliceux un ensemble de couches que ses caractères leur ont fait placer dans le tetTain primaire f ils n'ont plus distingué, par les considérations stratigraphiques, qu*un énorme système composé de plusieurs séries de calcaires compactes, de marnes et de grès qu'ils ont rapportés à la craie et au grès vert. Cette formation, pour nous servir de l'expression des auteurs, comprendrait plus des trois quarts de la surface du Péloponnèse et y représenterait à elle seule- tout le teirain secondaire. Ses caractères minéralogiques sont tellement différents de ceux de la formation crétacée du nord et du nord- ouest de l'Europe qif il eût été facile de la méconnaître , surtout à l'époque des études de MM. Boblaye et Virlet, alors qu'on était encore peu familiarisé avec les modifications des roches sédimentaires dans les régions les plus accidentées du sol.
De même que la Turquie d'Europe, la Grèce n*a pas encore offert de traces authentiques de la série jurassique, et l'association des Hippurites avec des corps regardés sans doute à tort comme des Nummulites, dans la partie inférieure des couches secondaires, qui, en iMorée, sont des calcaires compactes, a fait placer ceux-ci dans la formation crétacée. Ce grand système, disent les auteurs , commençant par des calcaires noirs à Nummulites et à Badiolites et finissant par des calcaires blancs également avec des Nummulites et des Hippurites, représenterait la craie inférieure et se subdivise en trois étages. Ceux-ci comprennent cinq associations ou groupes de roches que nous désignerons sous le nom d*assises pour éviter la
GRiCB ST ILES TQISIMSS. 157
confasioo qa'occasioDueraît le mot groupe employé dans un sens très différent de celui que nous lui avons attribué. Véiage inférieur renferme des marnes, des calcaires noirs avec des Nummulites, des Dicérates et des Aadioiiles ; V étage moyen se divise en deux assises, le premier grès vert et la grande série des calcaires compactes lîthograpbiques; Y étage supérieur^ divisé aussi en deux , comprend le second grès vert et les calcaires blancs compactes avec des Nummuliles et des Hippurites. Nous dirons quelques mots de chacun de ces étages, en faisant remarquer que, suivant toute probabilité, les auleurs ont d'une part pris des Orbitolites pour des Nummulites et de l'autre associé à tort des couches nummulitiques avec des strates qui renfermaient des Hippurites. Cette dernière méprise est d'autant plus naturelle que nous avons vu , dans un grand nombre des cas, la concordance parfaite des sédiments crétacés et teitiaires inférieurs. De plus, ceux-ci dans les régions montagneuses prennent les caractères de roches fort anciennes, et si l'on ne se guide que sur la stratification on réunit nécessairement le tout. Nous avons d'ailleurs constaté l'existence de la Nummulites Ramondij Defr., et de la N. complanata^ Lam. 7 dans les calcaires compactes et gris foncé que MM. Boblaye et Yirlet avaient rapportés de leurs voyages.
Vétage inférieur, d'environ 200 mètres d'épaisseur, renferme des calcaires bleus et noirs , compactes ou sub-saccharoîdes et des marnes noires et bleues, sciiisteuses et micacées. Il repose immédiatement sur la grauwacke et les schistes anciens. La plaine de Tripolitza, entourée par ces calcaires , est l'un des points où ils ont été particulièrement mis à découvert. La haute Ârcadie présente, vers le Ziria , un autre centre de soulèvement qui les a également mis au jour, mais au lieu d'y former une plaine profonde et fermée, résultat du croisement de plusieurs systèmes de soulèvement, ils entourent d'une ceinture à peu près circulaire le mont Ziria, produit par un soulèvement central. Son altitude est de 111k mètres, et il est composé de roches anciennes, tandis que les montagnes du second ordre qui l'environnent sont formées de calcaires bleus et noirs, lesquels, de même qu'au Alœnale , renferment des fossiles. Cet étage inférieur se serait déposé d'une manière assez uniforme et continue sur toute l'étendue de la Morée, mais il n'aurait été mis à découvert que sur un petit nombre de points par les différents systèmes de dislocation, tandis que partout ailleurs il est resté masqué par les étages plus récents. Ainsi dans la Messénie, excepté
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à la base da Taygète, en Élide et dans TAcbale , on ne le voit nalle part venir au jour.
(P. 183). MM. Boblaye et Virlet rapportent aussi à la craie le conglomérat vert ophiolitique des environs de Nauplie, qui fait partie des calcaires compactes lithographiques, supérieurs aux calcaires bleus. La présence dans ces derniers de coquilles et surtout de Nérinées voisines de celles du coral-rag de la Lorraine ne leur semble pas s'opposer à ce rapprochement, mais les motifâ qu'ils en donnent sont trop vagues pour que Ton puisse admettre, comme ils le font , le passage de ces espèces dans la formation crétacée et l'existence de dépôts lacustres assimilés à ceux do groupe wealdien, du nord- ouest de l'Europe (p. 1 76). Rien n'est moins concluant que le caractère des fossiles &ur lesquels ils fondent cette analogie. Ces nombreuses coquilles spirées, indéterminables, dont les unes pourraient être des Mêlantes et les autres des Paludines mélangées de beaucoup de Madrépores ne peuvent réellement pas être invoquées h Tappui de cette supposition. Ces géologues pensent en outre que la dislocation de ces calcaires bleus à Nummulites, auxquels ont succédé les grès verts inférieurs , date de la première apparition des ophiolites. La dislocation n'a pas d'ailleurs été générale et n'a pas modifié la faune préexistante, bien qu'elle marque pour la Grèce deux moments distincts dans la série de ses couches crétacées.
Etage mot/en. Les roches ignées antérieures auxtrachytes, étant presque toutes de teintes vertes , ont influé sur la couleur et la nature des roches arénacées dont elles ont fourni les éléments par leur altération et leur désagrégation. De là sont résultés les grès verts qu'on y observe. Dans Touest de la Morée, et surtout dans la Messénie, où les systèmes de soulèvement achaîque, de l'Érymanthe et argotique sont moins sensibles que dans la haute Arcadie et l'Argolide, l'étude des assises crétacées est plus facile que dans ces dernières provinces où les serpentines les ont pénétrées partout. MM. Boblaye et Virlet distinguent deux grès verts, l'un qui aurait immédiatement succédé aux calcaires bleus et noii^ précédents, et qui est inférieur à tous les calcaires compactes lithographiques, l'autre qui est au contraire supérieur âi ces mêmes calcaires et qui appartient h l'étage suivant.
Le premier grès vert, d'une teinte assez foncée, est tantôt solide, tantôt friable et composé de grains feidspathiques on de jaspe vert paraissant en partie provenir des porphyres (ophites). Quelquefois c'est un conglomérat ophiolitique à grains fins. Ce grès se lie à des
6RÈCB BT ILES TOIStlTIS. 159
jaspes roDgesi brans, verts» auxquels il passe et avec lesquels il al^ terne. Quelquefois, le jaspe domme et remplace tout à fait le grès. Ces jaspes ont été contournés, fendillés, et semblent avoir été ha-^ chés perpendiculairement aux plans des couches. Les jaspes se présentent aussi en rognons spbéroîdaux, à couches concentriques, souvent plus épais que le banc qui les renferme, et dont ils ii^*' terrompent la régularité de stratification. Cette disposition paraît être en rapport avec le voisinage des serpentines. Les jaspes et les grès passent les uns aux autres par des argiles très siliceuses, ronges ou brunes, qui quelquefois prennent un assez grand développement.
Ce système arénacé occupe presque toujours le fond des vallées, et constitue la base des montagnes. Au-dessus viennent les calcaires compactes et lithographiques , ou calcaires marneux rouges , verts et schisteux à la base, puis des calcaires rouges compactes, des calcaires compactes gris, jaunâtre? et blanchâtres, en bancs épais, avec des rognons de silex rouge, particulièrement développés sur le flanc oriental du Lycadimo et au sud de Coron ; on remarque encore d'autres calcaires compactes jaunâtres, se divisant en dalles, des calcaires noirs et schisteux, des calcaires rouges, ferrugineux, etc.
(P. 190]. V étage sujjcrieur comprend le second grès vert et des calcaires blancs compactes. Sa stratification est concordante avec celle du précédent. Les auteurs y établissent deux divisions : Tune comprenant des grès verts, des marnes et des poudingues, l'autre des calcaires blancs avec des Nummulites et des Hippurites, lesqneb terminent la série crétacée de la Morée. Ce serait, suivant eux, l'équivalent de la scaglia du nord de Fltalie ou de la craie tufieau et la craie blanche manquerait ; or, sija comparaison est exacte , ce que Ton a vu dans les provinces vénitiennes prouverait que la déduction ne l'est pas.
La première subdivision désignée sous le nom de groupe du second grès vert est fort complexe, et renferme des assises très variées de marnes jaunâtres et vcrdâtres avec quelques bancs de grès vert, des poudingucsà ciment vert, siliceux et à galets calcaires, de silex on de jaspe provenant des assises précédentes , des argiles marneuses, micacées, verdâtres, puis une seconde assise de poudingues, quelquefois réunie â la première (les monts Mali), une troisième grande assise d'argiles marneuses, micacées, enfin des grès verts ou gris (colline â Test de Modon). Ces derniers sont traversés par des veinules de calcaire spathique d'un blanc pur. Sur ces grès reparaissent encore des argiles schisteuses verdâtres, jaunâtres.
bleaâtrest passant à des schistes un pea micacés, qui alternent avec des psammites en lits très minces. Tantôt ce sont les grès qui dominent, tantôt les marnes, et, sur quelques points, il y a des couches peu épaisses de lignite. Vers le haut succèdent des calcaires marneux grisâtres, jaunâtres, terreux, formant le passage aux calcaires blancs qui couronnent l'étage (ouest de ftlodon, col de San-Nicolo vers Navarin, base des monts Àrachnées en Argolide). Ces derniers calcaires forment quelquefois des escarpements de 200 à 300 mètres de hauteur au-dessus du sol argileux et arénacé enTlronnant (San- Nicolo près Navarin). Ils passent à des calcaires brunâtres iéiides, traversés de filets noirs bitumineux (route de Navarin è Nisi). Les Nummulites très épaisses, (Tuées à Piloset à Sphactérie, lesHippurites de Modon, comme les considérations générales qui terminent cette partie du savant ouvrage de M M. Boblaye et Virlet, ne nous permettent d'ailleurs aucune déduction rigoureuse sur Tâge et les véritables relations stratigraphiques de ce grand ensemble de dépôts calcaires , arénacés et marneux.
Serpentines Nous avous dit précédemment (vol. III , p. 669) les motifs qui opbtotitei. nous avaient fait décrire alors les serpentines, les euphotides et les diorites de la Turquie d'Europe, et renvoyer au contraire à la formation crétacée l'examen des serpentines de la Grèce dont l'apparition se trouve placée entre le dépôt des calcaires lithographiques du deuxième étage et celui du grès vert de l' étage supérieur. Cette marche était nécessaire pour bien faire comprendre que les différences d'âge qui semblent exister entre ces éruptions serpeniineuses sont plus apparentes que réelles , et que leur non-contemporanéité résulterait seulement de la non-concordance supposée entre les couches qu'elles ont dérangées. Si^l'on arrive à faire voir, au contraire* que ces dernières sont contemporaines, il en sera donc de même, à très peu près, pour les roches ignées dont nous allons parler.
(P. 200). De môme que MiVI. Boblaye et Yirlet regardent l'épanchement des roches granitoîdes comme se liant aux roches stratifiées les plus anciennes de l'Archipel, et celui des ophites (prasophyres) comme accompagnant les grauwackes et les schistes du continent rapportés au terrain de transition, de même aussi l'arrivée au jour des serpentines serait en rapport avec les dépôts secondaires de la Grèce. C'est à ces dernières, avons-nous dit, que les grès verts doivent leurs caractères les plus essentiels. Cet épanchement se serait fait à plusieurs reprises, comme celui des irachytes pendant la période tertiaire supérieure et celui des javes pendant
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l'époqne actuelle. Les serpentines de Tino , associées au terrain ancien, paraissent diiïérer complètement de celles-ci, et ne se représentent point en Morée, où toutes sont de l'époque secondaire et fort in^alement distribuées.
« Elles sont très abondantes dans l'Argolide, où elles percent dans » toutes les vallées et sur les flancs des montagnes, forment des col- 9 Unes arrondies sur les bords des plaines et quelquefois s'élèvent » en masses droites jusqu'au sommet des cols , entre les couches » brisées du calcaire lithographique. L*épanchement de ces roches « à Tétat pâteux fut si général dans toute cette région qu'avant le » dépôt des grès verts et des calcaires supérieurs il ne dut y avoir, » pendant un certain laps de temps, que quelques îles rocheuses de » calcaires lithographiques à la surface de ce bain de matières » Ignées. Dans les autres parties de la Morée , elles ne se montrent » que sur quelques points isolés , tels que la plaine de Tripolitza , 9 Trinisa en Laconie, les environs de Scardamula , et toujours dans n des cols ou parties du sol peu déprimées. »
Leurs caractères miuéralogiques les distinguent très nettement des serpentines du terrain ancien, dont elles n'ont ni Thomogénéité, ni l'éclat, ni la dureté. Elles offrent souvent dans le même gisement des variétés très nombreuses que l'on peut ranger dans deux séries, l'une très riche eu diallage bronzite, l'autre dans laquelle cette substance n'est plus apparente. Les premières sont en général compactes et les secondes réticulées, de teintes variant du vert au rougeâtre. Ainsi , les serpentines noires , compactes ou diallagiques, de l'isthme de Corinihe, de l'Acrocorinthe, des collines de Katchingri, de Oamala, d'Épidaure et de Kastri, diffèrent essentiellement de celles d'Argos, de la plaine de Badeni, des environs de Trinisa et de Paros, où elles sont réticulées , de teintes sales et variées , et sans lamelles apparentes de diallage.
Les conglomérats serpentineux des environs de Nauplie et les^diverses roches calcaires intercalées dans toute la série du grès vert, de même que les calcaires blancs compactes à Hippurites, qui, dans la même localité, sont pétris de fragments de jaspe et de serpentine, tandis qu'on n'en observe jamais dans les assises antérieures, fixent l'apparition des serpentines, secondaires entre le dépôt des calcaires lithographiques du second étage et celui du grès vert de l'étage crétacé supérieur. Par suite de ce phénomène , les calcaires lithographiques ont éprouvé des dérangements et des modifications locales plus ou moins prononcées. Néanmoins , les roches altérées Y. 11
162 GRÈCfi ET ILES VOIStKES.
paraissent être plutôt le résultat do la réaction des calcaires sur les serpentines que de Taclion de celles-ci sur les calcaires. Les roches ignées auraient agi au contraire d'une manière plus prononcée sur les argiles marneuses des grès verts inférieurs, en leur faisant subir une sorte de fusion pâteuse et en les pénétrant par cémentation , d*où serait résultée cette multitude de roches bizarres qui participent à la fois des roches pyrogèues et des roches sédimentaires. Quant aux grès, ils sont devenus fragmentaires etlustrés par suite de cette action*
Les jaspes rouge-brun et verts sont les substances le plus fréquemment associées à la serpentine. Ils y sont intercalés en bancs réguliers, plus ou moins épais, particulièrement à Textrémité du port d'Épidaure, où le jaspe est en rognons aplatis, puis dans la vallée de Ligourio et près de Téglise de Damala. Les jaspes sont d^ailleurs associés aussi , comme on Ta vu , aux calcaires lithographiques et aux grès verts (port de Tolon , au sud de Nauplie , pied du mont Ithome, et entre Arcadia et Pavlista).
(P. 209). MM. Boblaye et Virlet croient que ces serpentines sont du môme âge que celles des Apennins; or, cette opinion est inconciliable avec celle qui place leur épanchement pendant la formation crétacée, ou entre le second et le troisième étage de la Grèce, car on a vu {antè, vol. III, p. 367 et suivantes) que, dès 1821, Alex. Brongniart regardait les serpentines des Apennins comme plus récentes que les couches secondaires de cette chaîne , et toutes les observations faites depuis ont démontré qu'en effet leur apparition est postérieure au groupe nummuliiique ou terrain tertiaire inf6<rieur, dont font partie le macignn, Talbérèse, les grès et schistes à Fucoïdes, si étrangement modifiés et altérés par ces produits ignés. Pour établir la contemporanéité des serpentines de l'Italie centrale avec celles de la Grèce, il faudrait que, dans ce dernier pays, Vétage crétacé moyen des auteurs fût remonté au niveau du groupe nummulitiquc, et que l'étage supérieur représentât la formation tertiaire moyenne, ou une sons-division de la précédente ; alors le parallélisme de la plupart des serpentines de l'Europe orientale avec celles de l'Italie serait prouvé. On peut présumer qu'une partie de cette conjecture se vérifiera lorsqu'on aura pu séparer en Grèce, comme on Ta fait ailleurs, les dépôts réellement crétacés des dépôts nummulitiques. Rësumrf. « Comme dans les Alpes et les Pyrénées, continuent MM. Boblaye
• et Virlet, la formation crétacée de la Grèce a été fracturée et sou- » levée à une grande hauteur piir suite des diverses dislocations que V la région méridionale a éprouvées depuis sou dépôts Elle s'élève à
GRÊCB BT ILBS VOISIIfEd. 163
» plos de 2500 mètres dans les sommets du Parnasse, et à 2&00 » mètres dans les montagnes de TÂrcadie. ^n énorme puissance, la » rareté des fossiles et la nature des dépôts, semblent indiquer • qu'elle se forma dans une mer profonde et éloignée de tout ri- » fage. Ses deux dépôts arénacés n'excluent pas cette idée, attendu » qu'ils ont plutôt les caractères de dépôts formés par de grandi « courants sous-marins , tels que les courants équatoriaux , que » ceux de dépôts littoraux , toujours hétérogènes. Le système pift- » dique, qui paraît se rapporter à celui du Mont-Viso, dont M. Élie » de Beaumont place le soulèvement entre les deux étages de la » craie , l'a soulevé dans sa totalité , ce qui nous porte h conclure » que nous manquons en Moréc de toute la partie supérieure de » cette grande formation ou de la craie blanche. »
Mais outre que l'on connaît fort peu les caractères des dépôts actuels qui se forment à la fois à de très grandes profondeurs et à de très grandes distances des côtes , on connaît encore moins ceux des grands courants marins , si même ils en forment , ce qui est assez douteux , d'où il suit qu'on ne peut guère leur comparer telle ou telle assise des temps géologiques (Ij. On remarquera de plus qu'ici les Nummulites, vraies ou fausses, appartiennent au système crétacé inférieur, au lieu de caractériser le système supérieur, comme dans les Alpes et les Pyrénées, d'après les vues de M. Élie de Beaumont. Ainsi qu'on l'a déjà dit, les couches mises en parallèle avec la sra-* glia de l'Italie seraient aussi dans le système inférieur au lieu de représenter la craie blanche, et il y aurait de la sorte un désaccord manifeste entre la manière de voir de MM. Boblaye et Virlet et ce que Ton savait de l'ouest de l'Europe, môme à l'époque où ils écrivaient.
D'un autre côté, la présence de coquilles du coraUrag dans un conglomérat ^serpentineux de l'étage crétacé supérieur porte k
(1) Les grands sonda/^es n'ont fourni aucune donnée sur Tépaisseur des dépôts sous- marins, sur leur composition intérieure, sur leur stratification, sur le temps qu'ils ont mis à se former dans telles ou telles circoDstances de profondeur , d'inclinaison, d^éloignement des côtes , etc., et toutes les analogies que Ton a cherché à établir en se servant de l'expression de dtpôts pélagiques nf» reposent en réalité que sur les plus vagues conjectures. Les dépôts littoraux sont les seuls dont nous puissions jusqu'à un cerliiin point apprécier les ca-> ractères, et il est probable quo co sont de beaucoup aussi les plus puissants et les plus constants [a).
(a) D'ÀrdûaPf 2!fQl9 sur letformatioM dites péU^iq me* {Bull., ToUXlV,p. 517; ÎUH)*
IG/i GRÈCE ET ILES VOISINtS.
croire que la série secondaire de la Grèce reste encore il étadier relativement aux formatipns jurassique , crétacée et tertiaire inférieure. D'après ce que Ton connaît de l'Asie- Mineure , de la Turquie d'Europe et de l'Italie , il est difficile de penser que deux au moins de ces trois grands ensembles de dépôts ne soient pas plus distinctement représentés et caractérisés dans la Grèce et la Morée qu'il ne résulte des recherches dont nous venons de présenter l'analyse.
. L'étage crétacé inférieur, tel que AIM. Boblayeet Yirlet l'ont circonscrit, a éprouvé des modifications remarquables, qui ont produit des doloraies, des rauchwackes, des gypses et des marbres grenus. Séparé de l'étage moyen par une dislocation, ce phénomène, qui a peut-être coïncidé avec la preniière apparition des serpentines ou avec celle des roches enlritiques , a aussi porté au-dessus des eaux une partie de la Laconie centrale et de la haute Arcadie. Enfin le troisième étage aurait été déposé après une dislocation partielle, lors de la dernière appiirition des serpentines, peut-être aussi lors de l'épanchement des spililes.
Grèce Si nous vouions poursuivre actuellement d9ns la Grèce continen-
couuueninie. ^^^ d'abord Texamcu plus détaillé des caractères orographiques et Orographie, j^g phénomènes qui les ont déterminés, et ensuite la description des roches stratifiées rapportées au terrain secondaire , nou& trouveront dans les observations géologiques qu'a faites Ah Sauvage (1} une sorte de complément aux précédentes, plus particulièrement restreintes au Péloponnèse.
Le système de soulèvement achaïque, dirigé O.-N.-O., se manifeste par la direction du massif qui forme l'Attique et la Béotie, au nord et à l'est de l'isthme de Corinthe. Le rivage septentrional du golfe de Lépante, la côte sud du canal d'Atlante et de celui de Négrepont , de même que la grande dépression centrale qui aboutit au lac Copaïs, aiïectent encore celte direction. La pointe méridionale de l'Attique, qui se termine au cap Sunium ou Colonne , appartient au contraire à la direction N.-N.-O., cdic du système pindique, dont le soulèvement est antérieur au précédent. Le système de dislocation orienté O.-S.-O., presque E., O., comme la grande vallée de la Béotie, se rapprocherait du système de TÉrymanlhe ou serait peut-être plus récent et de l'âge de celui des Alpes orientales. On
(1) jdnn. des mines, 4" sér., vol. X, p. 101, avec carte, 4 846. •—Voyez aussi Russegger, Neu, Jahrb., 1839, p. 694 et suivantes.
remarque en outre d'aulres directions, comme celle de Taréte principale des monts PentéJiqaes, courant O.-N. -O., et les massifs qui séparent la plaine de l*Attique de la vallée de la fiéotie. Le mont Hymète et les chaînes qui en sont le prolongement méridional sont dirigées N.-N.-E., etc.
La direction générale N.-OmS.-£. de FEubée avait fait regarder cette lie , par les auteurs de la Géologie de la Morée , comme étant au S. la continuation de la chaîne de TOlympe. Mais M. Sauvage n'attribue au phénomène qni a déterminé le soulèvement de cette chaîne qu'une très faible influence sur la conGgoralion de Tîle, où Il admet deux directions principales : l'une , qui domine dans sa partie nord-ouest, serait parallèle au système olympique, l'autre, qui s'observe particulièrement entre Stoura et Koumi, court S. -S. -£. et appartiendrait au système pindique. Vers le centre, ces deux directions sont représentées par des chaînes rectilignes. Enfin il existe des traces de soulèvement N.-N.-E. de l'époque du soulèvement des Alpes occidentales. La configuration actuelle des côtes résulte de la combinaison et du croisement de toutes ces lignes de dislocation.
M. Sauvage a retrouvé dans la Grèce continentale et dans l'Eubée oeicription la plupart des formations décrites en Morée par MM. Boblaye et rochci. Yirlet, mais on voit que le manque de temps ne lui a pas permis de reconnaître les sous-divisions tracées dans le terrain secondaire de . la péninsule grecque. Les métamorphoses qu'ont éprouvées les roches dans le plus grand nombre des cas et la présence de fossiles sur quelques points seulement laissent planer une grande incertitude sur les vraies relations de ces dépôts. Ainsi, lorsqu'on se dirige d'Athènes vers le mont Cythérou, au nord-ouest, on rencontre, près de Daphnis, des calcaires cristallins noirâtres, schisteux, associés à des schistes rouges calcarifères et un calcaire gris compacte qui se retrouve près d'Élensis, toujours en couches inclinées. Non loin de Mandra sont des calcaires jaunâtres, blancs, très fragiles, et à Koundoura des marbres grenus, blancs ou gris, plus ou moins cristallins. Au pied du Gythéron, la variété blanche, grenue et saccharoîde, domine, et la direction la plus générale est O.-N.-O. Mais, aux environs de Raza , les couches verticales courent E. , O. , comme les crêtes du Gythéron , dans le massif duquel les schistes et les calcaires alternant sont diversement plissés. Tout ce massif est bordé au nord par le terrain tertiaire de la plaine de Thèbes [antè, vol. II, p. 902).
Les roches secondaires anciennes des environs de Chalcis an nord, puis celles de Tatoi, de Merkonri et du mont Parnès au sud, sont des espèces de granwackes , des calcaires blancs sacchaioTdes, ou gris, des marbres rouges ou noirs, rap))elant ceux de la Belgique, plusieurs autres variétés de calcaire et des quartzites rouges et verts. Un soulèvement N.-N.-E. parait surtout avoir occasionné le relief de ces montagnes, (p. 117) Près d*Âthùnes, les schistes 5 grain fin, pailletés, bleus ou verdâtres, passent souvent à une argile schisteuse, et sont associés à des psammites micacés, noirs , plissés, le tout recouvert par des masses de calcaire bleu on gris, tantôt compactes et passant à une brèche ferrugineuse (le Lycabète), tantôt blancs ou gris clair, saccharoîde (le mont Hymcte).
Le Pentélique serait plus ancien que les monisignes des environs d'Athènes, et sa direction le rapprocherait du soulèvement des Pyrénées , les couches tertiaires reposant horizontalement à sa base, tandis qu'elles ont été relevées évidemment dans le voisinage du mont Hymète. Lorsqu'on se dirige de Kephissia vers les carrières, on rencontre successivement des grès schisteux micacés, alternant plusieurs fois avec des calcaires plus ou moins fissiles, gris bleuâtre, saccharoîdes, semblables à certaines variétés du Cythéron et des environs de Merkonri. La direction est N.-E., S.-O. et le piongcment au N.-O. Les schistes micacés à gros grains de quartz avoisinent les premières exploitations de la base du Pentélique ouvertes dans une masse de marbre blanc, surmontée de calcaire crbtallin associé lui-même à un schiste veu, luisant. En continuant à s'élever, on trouve toujours le calcaire marbre avec ses zones verdâtrcs» et, arrivé aux grandes carrières, on n'aperçoit plus de traces de la stratification ; la masse est divisée en tous sens par des fentes nombreuses. Le marbre présente encore des zones rouges ou vert jaunâtre, souvent rapprochées, légèrement ondulées et dirigées vers le N.-O. C'est au-dessous de celte assise qu'ont été pratiquées les immenses excavations d'où les anciens ont extrait le marbre si estimé , connu sous le nom de marbre pentélique, La direction dominante de ces assises paraît être N.-E., S.-O., comme entre ia montagne et Kephissia. Le marbre constitue une sorte de prisme allongé dans cette direction. C'est un grand filon-couche compris entre les bancs parallèles du calcaire gris sub-cristallin et compacte des environs.
Ces roches du Pentélique avaient été rapportées, par MM. Bo* blaye et Yirlet , à la partie supérieure de l'étage calcaréo-talqneai.
GBÈCB BT ILSS VOISINES. 167
contemporain des calcaires blancs, verts et roses du Taygète, et placées par conséquent dans le terrain de transiiion ; mais Al. Sau- ?age les rattache aux calcaiies secondaires des principales chaînes de TAttique et de la Bétiic, liés eux-mêmes aux calcaires à Ilippurites de Uyadie. Ces chaînes auraient été formées lors du soulèvement du Pinde ou du mont Yiso, et appartiendraient par conséquent à la période crétacée inférieuret d'après la classification de M. JÊlie de BeauiDont.
(P. 12/t). Les auteurs de la Géologie de la Morée avaient décrit le mont Lyakoura (Parnasse), comme composé aussi de calcaires compactes lithographiques, de calcaires marneux, rougeâtres, verts ou jaunes, de grès verts, de calcaires gris de fumée avec des silex et des £ncrines, et de calcaires gris-vcrdâtre, feuilletés, d'où sort la fontaine de Gasialie au pied du Lycoréc. Les sommets sont formés de calcaires compactes, jaunâtres, rougeâtres ou violets, qui, aux environs de Livadie, contiennent beaucoup de corps organisés, que les habitants nomment cornes de bœuf, et qui, pris à tort pour des fragments d*Ammonites, sont, en léaUté, des Hippurites, lesquelles constituent des couchas entières au sud-est de Chéronée. La ville de Livadie, appuyée contre des montagnes calcaires, repose sur des schistes rouges , calcarcux, grossièrement fissiles. Au-dessus, Tancien château est assis sur des calcaires noirs foncés, veinés de calcaire spathique blanc. Dos bancs do calcaire gris, grenu, cristallin, d*abord associé au précédent, dominent ensuite le pays à quelque distance de la ville. Ces diverses roches se retrouvent à l'est, et le pied des montagnes secondaires est bordé par les conglomérats tertiaires de la plaine de Thèbes. Dans le ravin de Kapréna, les calcaires compactes, jaunâtres, plongent au N.-N.-E., et recouvrent des bancs minces remplis à' Hippurites bioculala, de petites Huîtres, avec une Pboladomye, une Patelle et une Térébratule (1). La vallée d'Arakhova et le chemin que Ton suit jusqu'au sommet du Parnasse montrent des argiles et des p6amo)ites, puis des schistes grossiers rougeâtres, calcarifères, et des grauwackes plongeant au N. un peu O., recouvertes par des calcaires gris-brun, toujours concordants et renfermant des Hippurites.
Les couches précédentes forment les escarpements souvent h pic.
(4) M. Sauvage cite la Tercbratnla subtrilobata, var. orbiculata^ qui, suivant lui, serait une coquille du gault; nous ne connaissons fous ce nom qu'une espèce vivante.
qui bordent le lac Copaîs au nord et à Test Elles ont été plisséeset redressées lors des soulèvements qui ont imprimé au pays ses principaux caractères, et les dislocations ont produit des vides ou cavités plus ou moins considérables , origine de ces canaux naturels ou gouflres connus sous le nom de Katavothrons, Ces cuites sont surtout nombreuses sur la rive orientale où Ton en compte 23 , entre Topolias et Maulki. Elles ne sont pas toutes au même niveau, et leur disposition, qui se lie à la stratification des calcaires, est aussi en rapport avec les formes du sol supérieur. Tout Iç massif qui sépare le lac Copaîs de Chalcis, et qui entoure le iacParo Lomni (Parolimni), présente les mômes calcaires gris, compactes, dont les tranches sont couvertes de dépôts tertiaires. On y observe des variétés de grauvirackes schisteuses, grenues , ou cristallines , et des serpentines en masses isolées, entourées de calcaire rouge, sub-cristallin, de schistes rouges et d*amas de fer oxydé compacte. Des serpentines se montrent aussi dans Tile d'Eubée, entre Koumi et Kastrovala, accompagnées de gros filons d*oxyde de fer, puis de roches grenues avec des grenats et des roches schisteuses, luisantes, passant au gneiss. Des calcaires noirs, semblables à ceux de Chalcis, s'observent plus haut, au nord-ouest de Kremastro.
Dans TAtlique , comme dans la Béotie, la direction dominante des massifs secondaires calcaires ou schisteux est O.-N.-O., et le soulèvement acliaîque a dessiné le relief principal du sol. Les serpentines de TEubée ont relevé les calcaires des environs de Koumi, d*Âliveri et de Chalcis, et il est probable que leur apparition a suivi le dépôt des premières assises crétacées. Quoique les roches schisteuses et les grauwackes, associées aux calcairesde Tlle d*Eubée, se rapprochent par leurs caractères des roches de transition, les observations de M. Sauvage le portent à n'y voir que des dépôts secondaires dont certaines portions auraient subi une action métamorphique. Les monts Pentéliques mêmes ne feraient pas exception, et leurs marbres célèbres se rattacheraient aux calcaires du mont Famés, dans lesquels une Bélemnite aurait était trouvée, dit-on, par Domnando. Quant à la note, publiée par M. Landerer (1), sur
(4) Neu, Jahrb, , h 848 , p. ot 3. — Le détail des couches traversoes dans un forage entrepris dans la plaine d'Àtiiènes, et rapporté par M. Russegger, montre que, jusqu'à une profondeur de 38™, 43, on a rencontré, au-dessous des sables et des cailloux roulés superficiels, des calcaires marneux, des calcaires à Hippurites, des marnes, de
les pétrifications observées en Grèce, elle n*apprend rien de plus que ce qui a été dit plus haut. On voit seulement que Tauteur rapporte à VHippuritei eomu-vaccinium Tespëce de la Béotie.
M. Orioli (1) a placé dans la craie des marnes et des calcaires re- iia dressés portant des empreintes de pas d*animal, près de Corfou, dans la colline du fort Abramo. M. Ponlock (2) compare aussi les calcaires de cette lie à la craie endurcie de Tlrlande. Ils renferment beaucoup de silex , et ressemblent, par places, au calcaire de montagne avec lequel le docteur Davy les avait confondus. M. Portlock y signale deux Térébratules de formes crétacées, mais nous verrons plus loin qu'il place ces calcaires dans la série jurassique. Nous avons mentionné les dépôts tertiaires de la même île [antè, vol. II, p. 897), de même que ceux de Tiie de Zante (ti., p. 898).
Cette dernière ofTriralt, suivant M. H.-E. Strickland (3), une lU composition géologique plus simple que les iles voisines, tout en en résumant les caractères généraux, d'autant plus faciles à saisir que ses couches n'ont pas été disloquées. Sous le nom de calcaire alpifiy l'auteur désigne ce calcaire compacte, blanc ou grisâtre, si dé^ veloppé dans le sud de l'Europe, et qui atteint ici une épaisseur de plusieurs milliers de pieds, en conservant des caractères uniformes, une stratification horizontale, et occupant une surface de plusieurs centaines de milles. Le peu de fossiles qu'on y trouve s'accordent, dit-il, avec ceux de la craie, et, ajoute-t-il, avec ceux de la série oolitbique du nord de l'Europe. Cependant , l'auteur n'y cite que des Nummulites et des fragments d'Hippurites. Si ces prétendues Nummulitesne sont pas desOrbitoîdes, il est probable que M. Strickland réunit des couches tertiaires inférieures à des couches secon-
daires. Ces calcaires forment une ligne anticlinale , dirigée N.-N.-O. , S.-S.-E. , le long de la côte sud-ouest , de la pointe de Skinari à la pointe Chéri , pour se prolonger ensuite dans l'île de Céphalonie.
nouveaux calcaires à Uippurites, des argiles noires, des argiles jaunes, etc. [Neu, Jahrh., 4 839, p. 694).
(1) Atti délia scsta riun, degli se, ital,^ in-i", p. 664, Milan, 4 844.
(2) Report 4 3i* meet, brit. Assoc, at Cork^ 4 843, p. 57 des notices. — Some remarks ^ etc.; Quelques remarques sur les calcaires blancs de Corfou [Proceed, geoL Soc, of London^ vol. IV, p. 355, 4 844). — Quart, journ, geoL Soc, ofLondon^ vol. I, p. 87, 4 844.
(3) Transact, geol. Soc, ofLondon^ vol. V, p. 403, 4 837, avec carte et coupe.
170 ORÈCR BT ILES VOISINIS.
Les falaises de Touest de Fîle ont 200 mètres de hauteur et sont presque à pic. Elles se continuent sous la mer jusqu'à une grande profondeur. Ces calcaires presque blancs ressemblent souvent à la craie dure d'Angleterre , et ne renferment point de silex, quoiqu'ils soient sans doute le prolongement de ceux de Corfou. On y observe beaucoup de brisures , de nombreuses failles , et des courants souterrains ou Katavùthrons.
Ile La direction des principales chaînes de Tile de Candie, l'ancienne
de Candie.
Crète , est £. 16* S. , et ne rentre point dans les systèmes de soulèvement signalés en Grèce par MM. Boblaye et \irlet (1). On y reconnaît, en outre, trois autres directions, dont une serait peutêtre celle du système de l'Érymanthe, N. 61* à 67* S. ; la seconde, N. , S. , correspondrait au système de la Corse, et une troisième courant N. /ïiO"* E., qui se reproduit dans l'île de Rhodes, représenterait peut-être le système dardanique. Le mont Psilorhyti ou mont Ida, placé au centre de l'île, sur son axe principal, est le point le plus élevé do tout l'Archipel. D'après A. Parolini, la plus grande partie de l'île serait de la formation jurassique, tandis que M. Yirlet croit plutôt que. comme en Morée, c'est la formation crétacée méditerranéenne qui y domine. D'autres documents indiquent des calcaires oolithiques, des calcaires compactes et des marbres blancs dans la petite île de Siandia , puis des roches schisteuses et granitiques (mont Mclesca). Des collines tertiaires régneraient sur presque toute la côte nord de Candie, et manqueraient sur la côte méridionale. Cependant, le fameux labyrinthe, situé au nord des ruines de Gortync, a été creusé dans des couches tertiaires. Non loin du port d'Aptère (Kisamos) sont des exploiutions de gypse, et il parait en exister aussi dans un îlot dépendant de l'ile de Cosos. Des poissons fossiles sont également cités à Grabuses.
Suivant M. Y. Raulin (2), la formation crétacée du type méditerranéen composerait la plus grande partie de l'île, et se diviserait en trois étages assez i^éguliers, mais d'inégale épaisseur. La roche que l'auteur désigne sous le nom de macigno paraît alterner avec des roches talqueuses, des jaspes, des grès et des calcaires noirs accompagnés de lydienne vers le bas. D'autres roches blanches sont exploitées pour pierre «^ aiguiser. Les unes et les autres constituent les montagnes de Spakia , le groupe du mont Psilorhyti , ainsi que les
'4j Géologie et minéralogie de la Morée^ in-4°, p. 85, 4 833. [îj Berichte ûber die Mittheilung., etc., vol. IV, p. 302, 4848.
chaînes qai les réunissent, puis les caps Bousso, Treporno, etc., les masses montagneuses de Lassiti, les chaînons peu élevés qui séparent les plaines de Messera de la mer de Libye , etc. Par places , les calcaires subordonnés aux schistes talqueux sont changés en gypse blanc, dans les provinces de Selino, de Spakia, de Viano, de Lassiti , etc. Les fossiles sont très rares, ou manquent tout à fait. Dans la plaine de Lassiti , M. Raulin a observé des rudistes , et près du château de Pedihada , à Test des montagnes de Lassiti, il y a des Nummulltes. Rien dans la straiiûcalion ne lui a paru montrer de diiïéreoces appréciables dans les gisements de ces fossiles, et il y aurait une liaison parfaite entre les couches caractérisées par les Nummulites et celles où abondent les rudistes. Nous ferons remarquer que cette concordance, qui se retrouve dans les Pyrénées, les Alpes, les Apennins, etc. , n'exclut nullement pour nous la séparation zoologique complète des deux formations. D'après les échantillons de calcaire compacte, gris bleuâtre, rapportés par Fauteur, et dans lesquels nous avons reconnu la NummulUes perforata très polymorphe et réniforme, provenant d'Aposlolous (district de Pedihada), au sudest de 'Candie, la N, Hamondi , une troisième espèce imparfaitement connue, rapportée provisoirement à la N. complanata, et qui atteint jusqu'à 11 centimètres de diamètre, et ces Orbitoïdes qui les accompagnent si constamment, nous ne doutons pas que le groupe nummuliiique ne soit dans celte île aussi parfaitement développé et caractérisé que nous l'avons vu en Italie , sur les deux rives de l'Adriatique, en Turquie, dans l'Asie-Mineure, etc.
GBAPITIUB VI.