VI
$ 1. Frorenoe et ll«iiphiiié«
^•P"JJ*J"*"* La Carte géologique de la France nous montre les roches juras- Bouehet- siques presque aussi découpées el isolées dans les départements des Bouchesdu-Rbône et du Var que dans celui de TAude, mais noos verrous qu'elles y sont plus puissantes et d'une composition moins uniforme. Le lambeau le plus occidental qu'ait reconnu M. Élie de Beaumont (1) se trouve près d'Eyguières, à l'extrémité sud-est des Alpines. Deux autres fort petits se voient au sud-est de Lambesc, un quatrième est traversé par la Durance au sud de Mirabeau, et un cinquième, situé entre ce point et Rians, sert de jalon pour le relier à la bande qui, des environs d'Aix, se dirige au N.-E. josqu'à Ësparron, caractérisée, dans une partie de cette étendue, par la crête que forme la montagne de Sainte-Victoire, dont l'altitude est (le 965 mètres. Plus au sud, une zone partant du cap Néjan Constitue une partie de la chaîne de l'Estaque, se dirige aa N.-N.-E., puis se recourbe à TE. pour former la chaîne de l'Éiolie qui atteint 712 mètres au pilon du Roi, et se terminera Garlabao. Ces divers lambeaux sont entourés par les couches crétacées, et, sur quelques points, limités par des dépôts tertiaires.
M. Matheron, qui avait publié en 1839 un E&sai sur la constitution géognostique du département des Bouches-du-Rkône (2), a donné en 1842 un Catalogue méthodique et descriptif des coriis organisés fossiles de ce même département, précédé d'un Mémirt • sur les terrains supérieures au grès bigarré (3), et en 1843 une Carte géologique du département des Bouches-du-Iîhône (4) accompagnée de coupes. L'auteur avait cru pouvoir rapporter au groupe jurassique supérieur, et regarder comme représentant le PorliaDdstone et le Kimmeridgeclay les deux étages néocomiens inférieurs que nous avons décrits [antè, vol. tV, p. 683 et suivantes], mais nous avons déjà fait voir que cette opinion, rejetée par les autres géologues qui ont étudié le pays, ne pouvait se soutenir ; aussi passerons-noas immédiatement aux roches plus anciennes qui paraissent être incontestablement jurassiques, et que i\i. Matheron &r»
(4) Carte géologique de ta France en 6 feuilles, à l'échelle de 4/500, 000*. Paris. 4844.
(2) Répertoire des travaux de la Soc. de stntist. de MnrseiUt^
(3) Jbid., vol. VI, 4 842, avec 44 planches de fossiles.
(4) 4 feuiUe, Marseille, 4843.
comme il suit clans le déparieineiU des Bouclies-du-Rliône et ceux qui Tavoisinent (1). En les groupant suivant noire classification, elles présentent de haut en bas :
f 1. Grande assise calcaire qui correspondrait à l'étage • oe 1 du coral-rag(les Opies, Saint-Cyr, l'Étoile, etc.). 100
}%, Calcaire marneur représentant l'étage d'Oxford " I (Grasse, Vauveuargues, Rians, la Roquebrus-
\ sane, Auriol, etc.) 200
f 4 . Calcaire marneux ou grande oolithe ( Valcros,
«, V Cuers, environs d'Auriol, etc.) 200
/ î. Oolithe inférieure, calcaire marneux ou ferrugi- ^ ^ 1 neux, plus ou moins compactes (Cuers, le Puget,
\ Mazaugues, Âix, etc.) 25 à 50
4* ( i. Marnes à Posidonomyes (Aix, Saint-Marc, Digne, etc.).
groupe. (2. Calcaire du lias (Aix, Digne).
Sur sa carte géologic|ue, Fauteur a représenté les deuxième et troisième groupes par une mémo teinte désignant le terrain jurassique moyen. Le lias est marqué par une couleur différente, et il en est de même des calcaires ei des cargneules subordonnés au second groupe. La formation jurassique, ainsi constituée, occupe, toutes proportions gardées, sur la carte de M. Matheron, une beaucoup plus grande surface que sur la carte géologique de la France. Les Ilots qu'elle y occupe sont plus nombreux, plus étendus, et cela le plus ordinairement aux dépens des roches néocomiennes.
L'assise qui représenterait le coraUrag, dit "M. Matheron (p. 29), est presque généralement formée de calcaire dur, quelquefois un peu grenu, d'une teinte grise plus ou moins foncée. On y trouve associées des dolomies plus* ou moins grenues qui constitueot par places la totalité de là masse. Les fossiles y sont très rares; ce sont V Ammonites biplex, Sow., une espèce voisine de VA. heteroph^l'^ lus^ id., et des Térébratules. Ces calcaires forment les sommets de la plupart des montagnes de la Provence, tels que les Opies, près d'Eyguières, le mont Olympe, près de Trets, la moutagnt de l'Étoile et celle de Saint-Cyr au nord de Marseille, puis à Test, Roqueforcade, près d'Auriol, et la mouiague de la Taverne, près de Rians.
L'éUige d*Oxford serait représenté par des marnes et des cfticaires
(4) Loc. ciV.,p. 99.
50'! EST DK I.A FRANCE.
marneux jaunâtres qui, dans la vallée de Vauvenargues, près do hameau de Claps, renferment, suivant lauteur, la Terebratida impressa^ Belemnites laiesulcatus, B. sernihaslatus^ Ammonita communis (1), et plusieurs autres espèces de ce genre, un Naatilc, etc. Non loin de Rians, un escarpement formé par ces mêmes marnes plus ou moius brunes renferme beaucoup de fossiles à l'état de fer hydroxydé. A la montagne des Opies, de même que dans le vallon de Vaufrége, près de Marseille, les calcaires, très durs, d'un bleu foncé, paraissent avoir éprouvé un commencement de métamorphisme.
Les roches rapportées à l'étage du coraUrag se lient généraleiDeot à celles de l'étage d'Oxford de la manière la plus intime, et, dans la plupart des cas, il est impossible de tracer entre elles une ligne de séparation bien nette. Néanmoins, cet étage d'Oxford offre enctre des caractères généraux qui le rapprochent singulièrement de soo équivalent du nord et de l'est de la France, tandis qu'au-dessus oo a peine à reconnaître les représentants du coral-rag qui semblent passer eux-mêmes aux premiers dépôts crétacés, comme s'il n'y avait eu aucune interruption entre ces sédiments.
Aux environs d'Aix, le système de couches rapporté au troisième groupe forme la montagne de la Keirié et celles qui sont situées ao nord de Vauvenargues ; il occupe une partie du fond de la vallée de ce nom, et est recouvert par les marnes d'Oxford an hameaade Claps. Des trois assises que M. Matheron signale dans le département du Var, l'inférieure, composée de calcaires souvent dolomitiques, a son analogue près d'Aix, au-dessus des marnes à Posidonomyes du lias, à l'entrée du vallon des Pinchinats. Mais, d'après les fossiles qu'y cite l'auteur, nous sommes porté à croire qu'elle appartient aux assises les plus élevées du lias lui-même, les Posidouomyes ne marquant point, comme il semble le supposer, les derniers dépôts de ce groupe.
Dans la vallée de rHuveaune, près de Roqnevaire et d'Anriol, les couches inférieures du système sont altérées et à Téut de cargneules. Des amas de gypse y sont associés. Les couches immédia-
(I) VJ. commuais, Sow., est une espèce qui, bien que citée souvent dans d'autres étages, paraît être propre au lias supérieur. Les À, (fcmUii^ heterophylUis, Humpliriesianus et Usferi, clément signalés par Tauteur dans cet étage (p. 260], ne permettent pas d'admettre sans une extrême réserve ses déterminations paléootologiques et géologiques.
tement au-dessas sont des calcaires de teintes foncées et marbrées, pois viennent des calcaires compactes plus clairs et les calcaires marneux de Tétage d*Oxford. Aux environs de Marseille, les mêmes assises constituent le centre du massif qui sépare les vallées de rHuveaune et du Jarret. Les calcaires y sont aussi altérés, et les gypses des Caillols et d'Allauch y sont subordonnés. M, IVIatheron s'attache à démontrer que, contrairement à Topinion exprimée par M. Coqaaud (1), ces gypses sont réellement subordonnés aux assises jurassiques qui recouvrent le lias, et ne sont pas compris dans le groupe néocomien. La coupe de la vallée d'Âuriol offre la série des couches placées au-dessus de ces gypses, et celle de la vallée de Saint-Pons |>ermet de reconnaître, au-dessous des calcaires marneux, descargneules et des marnes rouges, des calcaires non altérés, avec Terebratula omithocephala, . des dolomies et des calcaires gris bleuâtre fort puissants appartenant peut-être au lias.
Les fossiles cités par M. iMatheron proviennent tous de son assise la plus basse qu'il place sur l'horizon de l'oolithe inférieure. Cependant des 18 espèces mentionnées, nous en trouvons 8 qui appartiennent à l'étage d'Oxford, 6 ou 7 qui se présentent ordinairement aussi dans la grande oolithe, et 6 dans les divers étages du lias [Lutraria unioides, Lima nntiquata^ L. gigantea, Pecten textorius, P, priscus^ P^ paradoxus) . En outre, les Ammonites Walcotii, serpentinus et Brocckii, auraient été aussi rencontrés dans l'oolithe inférieure de ce pays (p. 260). Il est donc assez- difficile, avec de pareilles données paléonlologiques, d'asseoir une opinion sur l'âge réel de quelques-unes de ces couches qui seraient toutes comprises entre les marnes à Posidonomyes et le véritable horizon de l'Oxford-clay.
Le lias constitue, à l'est de la ville d'Aix, la colline des Pauvres et le fond d'une partie de la vallée de Vauvenargues. Vers le haut sont des marnes à Posidonomyes, de teinte bleu noirâtre, et audessous des calcaires de même teinte, traversés de veines spathiques et alternant avec des lits de marne. Les fossiles peu répandus sont: Lutraria Alduini, Posidonomya Bvonnii^ Pecten priscus, P, textarins, Gryphœa obliqua, Terebratula ornithocephala, Belemnites rostriformis ? Ammonites serpentinus. Le lias n'apparaît dans celte localité que par suite d'un soulèvement accompagné d'une faille qui
(1) Cours de gcqlo^fc ^jrofcs.sc à 4U tn 18^0, p. -194,
566 BST DK U FR4NCE.
a rejeté au nord du Bousiilon les roches des aatrcs groupes jons* siques de la chaîne de Sainte-Victoire.
La Société géologique de France, lors de sa réunion eitraordinaire de 18/i2 (1), a pu constater un certain nombre des faits signalés par ,M. Matheron, et Ton a discuté, à plusieurs reprises, ceiks des opinions de ce géologue qui ne paraissaient pas fondées. Pami les fossiles qu'a cités M. CoqUand (p, 526), on remarque la Gryphaa arcuata^ la Lima gigantea, le Spirifer Waicotii et le Belemnilm apictcurvatus, trouvés dans le lias, la Pholadomya Hi^chisoni, les Terebratula perovaiti et digona, les Ammonites Parkin$otn et macrocephalus, dans le troisième groupe. Le grand développetpeot de roxford-clay aux environs d'Aix et de Rians a été constaté, d, si les calcaires qui le surmontent ont pu être regardés comme les équivalents du coral-rag, Fexislence de quelque représentant du groupe supérieur n*a pu être démontrée.
L'épaisseur de la formation jurassique, assez difficile h apprécier dans les montagnes de ce pays, a été déterminée avec une certaine précision, lors du percement du souterrain de la Nertbeqpi traverse la chaîne de TEstaque à l'ouest de iMarseille. HL ftlatiie' ron (2) lui assigne environ 1200 mètres, comprenant la partie supérieure du lias avec Spirifer Waicotii et Pecten priscM^ des couches noirâtres corresp(\ndant à Toolilhe inférieure, d'autres cal* caires toujours plus ou moins foncés, séparés par des lits d'argile et représentant l'étage d'Oxford, enûn les calcaires gris assimilés iO coraf-rag.
Dtfpariemrat Daus le déprtement du Var, une bande jurassique, qui prend à la pointe orientale de la baie de la Ciotat, se prolonge à l'est jusqu'au nord de Toulon, pour remonter au N.-N.-Ë. en faisant de nombreuses inflexions. Elle est limitée d'une part par le grès bigarré, de l'autie par la formation crétacée. Entre ses branches découpées, cette zone comprend ï l'ouest deux lambeaux de mêine assez éten dus, l'un au sud de Mazangues, l'autre sur la rive droite de ta Gapau. Un troisième lambeau est encore indiqué au nord-ouest d<; Barjols, compris aussi entre le grès bigarré et la craie. Enfio, do sud d'Hyères, bordant le fond du golfe de Giens, un massif juras* sique se trouverait complètement i.solé entre le grès bigarré et le
(4) Buii,, <'• série, vol. XIII, p. 423, 480, pi. 6, fig. 6, et pl.7, fig. 2et 3. 4 842.
(2) Buil., 2* série, vol. IV, p. 363, i846.
da V.r.
PROy^CE ET DAPPBI^É. 567
muscbeikalk. Dans la partie nord-est du département, entre les vallées du Loup et de TEsteron jusqu'à celle du V^r, M. Élie de Beaumont (1) a également tracé plusieurs bandes jurassiques, dirigées moyennement £., O., et séparées par des bandes crétacées.
Suivant M. Matheron (2), Tétage d*Oxford constitue presque entièrement la montagne de la Lombe, près de Brignolles. Jl est représenté par des calcaires que séparent des lits de marna 1res minces. Le calcaire dominant est gris jaunâtre et renferms quelques fossiles {Pecten obscurus, Sow., Gold., Pholadomya decorata, Gold., Belemnttes semihastatus^ filainv., Ammonùei diplex, Sow.). Le sommet de la montagne est couronné par d» poissantes couches de dolomies rapportées au coral-rag, et sa base offre des assises qui représenteraient le groupe oolitbique inférieur. Aux environs de Grasse, les groupes oollthiques moyen et inférieur se succèdent sans ligne de démarcation possible. Tous les calcaires affectent une teinte grise uniforme, et les lits marneux du plateau au nord de la ville ont .seulement une teinte jaunâtre. On y trouve peu de fossiles (Pholadomya decorata, Gold., Lima notata, id., et quelques ostracées). Sur la Carte géologique de la France ^ celte chaîne, à laquelle est adossée la ville de Grasse, est coloriée comme appartenant au grès vert. De son sommet, qui s'élève de 700 ^ 800 mètres au-dessus de la mer, le regard embrasse un magnifique panorama depuis le cap d'Antibes jusqu'au golfe de Saint-Tropez. Elle est composée de calcaires gris de fumée, parfaitement compactes, à cassure conchoïde, plus ou moins redressés et plongeant généralement à TE.-N.-E. Vers le haut, la roche devient blan-r châtre, parfois subcristalline ou compacte. Des brèches calcaires paraissent y être intercalées, mais nous n'y avons pas observé de fossiles (3).
Le groupe oolitbique inférieur du département du Var est divisé par M, Matheron en trois étages que l'on peut étudier, soit à Mazaugues, soit de Cucrs à Roqucbrussane, en passant par Valcros. Ce sont au-dessus de couches plus ou moins altérées, liées au trias, mais paraissant se rapporter au lias : T Un calcaire brun ferrugineux î^vec des fossiles et représentant l'oolithe inférieure ; 2° de
{^) Carte géologique fie la France, 6 feuilles. 4 841 .
(2) Catalogue méthodique et descriptif des corps organisés /os-» '^ites^ etc., p. 27, 4 842.
(3) D'Archiac, Notes inédites 4 845.
nombreuses couches de calcaires marneux, altemaut avec des Bts minces de marne, presque sans fossiles, et d'une épaisseur totale de 100 mètres ; Z"" un calcaire souvent dolomitique, sans fossiles, immédiatement recouvert par l'étage d*Oxford. Ainsi constitué, k groupe s'étendrait, presque sans interruption, depuis Auriol jusqu'à Grasse où il est aussi accompagné de gypse. On a vu (on/é, p. 565) les fossiles qu*y a observés l'auteur et les réflexions qu'ils nous ont
Le lias ne se montre pas dans le nord de ce département, dit ailleurs M. Matheron (p. 20), mais il semble occuper une petite zone sur le sommet ou le versant des montagnes situées au nord de Cuers et du Luc. Il comprend des calcaires qui paraissent être si intimement liés au muschelkalk qu'il serait difficile de séparer les deux groupes. Au-dessus sont les couches avec fossiles que ce géologue rapporte à Toolithe inférieure, parce qu'aux environs d'Aîx elles recouvrent les couches à Posidonomycs, mais ce n'esr [loint, comme on l'a vu un motif suffisant, et l'associaiion des fossiles cités doit faire suspendre toute conclusion à cet égard. Quant au gypse da Luc, il serait associé aux marnes irisées et non au lias. MpMUroani Les portious isolées de dépôts jurassiques que nous venons d'in- BatiM^Iipet. diquer dans le .sud de la Provence ne paraissent être que comme les ouvrages avancés du massif principal si dé¥elop|)é dans les départements des Basses, des Hautes-Alpes, et dans une grande partie da Dauphiné. Cependant on doit remarquer dès à présent que son importance relative y a diminué, quant h la surface qu'on lui avait attribuée d'abord, et cela par suite des observations récentes qui ont fait rentrer dans la formation crétacée certaines portions du pays qui avaient été regardées comme plus anciennes. Ainsi un a déjà va {antè, vol. IV, p. 500 et suivantes) qu'entre Castellane, Annot et Barrême, plusieurs changements avaient dû être faits dans ce sens. Si à cet égard la Carte géologique du département des Basses- Alpes (1) de M. S. Gras diffère assez de celle de la France, l'auteur y a compris de même toutes les assises jurassiques sous une seule teinte, qui peut s'étendre, dit-il (p. ^3) « dans la partie » nord-ouest du département comprise entre la Durance, l'Ubaye • et la chaîne demi-circulaire des montagnes de la Blanche et da » Cheval-Blanc. Dans cet espace, qui a environ IS myriamètres
(4) Statistique miner, du département fies Basses- 41 ff es ^%j^ c^rte ^t coupes, iq-8, Grenoble, i 8^0.
PROVENCE BT DAUPHINÉ. 569
9 carrés, on ne voit que des montagnes à pentes abruptes, profon- » dément ravinées, et offrant la teinte noire générale propre aux 9 couches jurassiques. La plupart des sommités étant formées de 0 marnes et de schistes argileux facilement destructibles par les » eaux présentent des surfaces arrondies. Des bancs calcaires peu » solides s'élèvent sous forme de crêle, ou constituent des escarpe- » ments au-dessus des marnes. Ce système de couches se prolonge D au nord et à l'ouest dans le déparlement des Hautes-Âlpes où il » offre les mêmes caractères. A Test, il est limité par le groupe » nummulitique des montagnes voisines d'Allos; au sud, il disparaît » en grande partie sous le dépôt récent qui constitue la plaine de » Yalensole et de Riez. On ne le rencontre plus que par lambeaux >» détachés dans la partie sud du département. »
La portion la plus basse des dépôts jurassiques, très développés dans le8 Basses-Alpes, se compose de bancs calcaires alternant avec des marnes. Les calcaires sont compactes, de teintes foncées, souvent d'un beau noir. Sur quelques points ils sont assez cristallins pour être exploités comme marbre. Ils renferment des rognons de silex noirs et des veines blanches de calcaire spathique. I^s assises, de 15 à 20 mètres d'épaisseur, reposent sur des marnes, tantôt argileuses et meubles, tantôt plus solides et plus calcaires. Quelques veines d'anthracite friable, associées à des roches arénacées, s'observent dans ces marnes (Saiut-Geniez, Clamensane, Châteaufbrt, Verdaches). On trouve dans celles-ci, et dans les calcaires, la Gryphœa arcuata, Lam., la G. cymbium, id., le Pecten œquivalvis, Sow., la Lima duplicaia, i J. , VAmmcmites dioistis, Biainv. , la Terebratula indentata, Sow. , des Pentacrinos et des bivalves indéterminées (Mytilus, NuculOj Pholadomya, etc.).
Au-dessus des couclies que ces fossiles caractérisent vient une grande épaisseur de inaYnts, de schistes argilo- calcaires et de calcaires marneux alternants, ou bien liés par de fréquents passages. Leurs teintes sont le noir et le gris, et les fossiles y sont peu nombreux. Les empreintes de Posidonomyes seules s'y trouvent parfois en grande quantité sur les feuillets des schistes. Par suite de la désagrégation facile des marnes argileuses, de profonds ravins sillonnent les |)enles des montagnes, et leur teinte noire les y fait reconnaître facilement. ËnQn, l'assise qui termine la formation est un calcaire compacte, un peu grenu, gris foncé, dur, quelquefois cristallin, souvent traversé en tous sens de veinules de calcaire spathiaue. Spq épaisseur est pfdjnairement 4« "79 à 80 mètres, et il sç
lie aax marnes sous-jacentes. Les couches sont géDéralemeot fort iocliDées, et les montagnes dont elles forment la cime sont terminées par de longues arêtes oiïrant d*un côté des marnes surmontées d'un escarpement calcaire, et de l'autre un plan calcaire plus ou moins incliné qui descend jusqu'au fond des vallées. Cette grande assise avait été déjà rapportée au coraUrag, et alors, dit M. Gras, les schistes calcaires qui sont dessous devraient être assimilés aui marnes d'Oxford, mais il est très difficile, ajoute ce géologue, d'assigner la limite inférieure de ces couches marneuses qui semblent passer au lias sans interruption prononcée. Dans cette partie élevée de la formation, comme dans les autres, les fossiles sont rares. Ce sont quelques Bélemnites, des Térébratules, des Ammonites, parti' culièrement les A, bipieXj Sow., plicatilis^ id., triplicatus, id.
Toutes les couches de cette série jurassique semblent se lier tellement par des alternances répétées et par leur ressemblance minéralogique, qu'on y tracerait difficilement des coupes et des divisions naturelles ; aussi M. Gras les regarde-t-il comme constituant un tout dont les extrémités seules peuvent être distinguées. Leur puissance totale dépasse souvent 1500 mètres, et l'ensemble représenterait plus ou moins exactement le lias avec les groupes oolithiques inférieur et moyen.
« Les divers terrains du département des Basses-Alpes, même les
• plus récents, portent des traces évidentes d'altérations, mais dans u aucun, suivant le même géologue (p. ^1), elles ne sont aussi nom-
• brenses ni aussi prononcées que dans les dépôts jurassiques. » Tantôt les couches ont complètement changé et se trouvent » métamorphosée^ en masses gypseuses, offrant encore des indices 0 de leur stratification primitive ; tantôt les roches ont perdu seu- » lement une partie de leurs principes constituants, et sont deve- » nues dolomitiques,' arénacées, talqueuses ou micacées. Dans » beaucoup d'endroits le calcaire est passé à l'état de cargneule. » Le gypse, très fréquent, se trouve indifféremment au sommet, à » la base, ou sur le versant des montagnes, et, dans le plus grand » nombre des cas, on reconnaît qu'il est intercalé dans les couches « jurassiques. Tout autour le sol paraît altéré et prend des teintes 0 vives, telles que le jaune ocreux et le rouge lie de vin. Aux points
• de contact, on remarque que la masse gypseuse n'est point com- » prise entre un toit et un mur, comme c'est le cas pour les miné-
• raux en ûlons ou en amas, mais qu'elle est liée aux marnes 9 environnante^ par des alternances ou par des ((Itérations gn|*
» duelles qui opèrent la fusion des roches les unes dans les autres. » Ces roches modifiées, telles que les calcaires caverneux, les » marnes panachées, les grès imprégnés de talc, etc. , accompli- » pagnent le plus ordinairement les gisements de gypse, mais elleg » en sont quelquefois éloignées et tout à fait indépendantes ; on doit » alors les considérer comme les équivalents géologiques dep » masses gypseuses. Les unes et les autres datent probablement de » la même époque, et ont été formées d*une manière analogue par s les agents ignés.
» Lorsque les altérations du sol sont nombreuses dans une cer- » taine étendue de pays, il existe entre elles des relations remar- » quables ; elles sont groupées de manière 5 former une ou plu^ » sieurs lignes droites, parallèles aux axes de soulèvement qui » dominent dans la contrée. En général, les modifications des « roches paraissent s*être opérées suivant les joints des couches a avec une régularité quelquefois étonnante. Ainsi les villages • d*Esparon et de Régnier sont séparés par une colline marneuse » dont une moitié est colorée en rouge vif, tandis que Faulre a B conservé sa teinte noire naturelle. La ligne de séparation, visible » de loin sur une longueur de plusieurs kilomètres, paraît coïncio der exactement avec la jonction de deux strates. Il est rare cepen- » dantque les roches altérées puissent se suivre d'une manière conn tinue sur une longueur aussi considérable. Ordinairement elles » n'occupent que des espaces très circonscrits, plqs ou moins » distants les uns des autres. »
Ces diverses altérations paraissent être de beaucoup postérieures aux couches jurassiques, et datent probablement, d'après M, Gras, de la fin de l'époque tertiaire, car on trouve dans les dépôts de cette dernière des accidents semblables qui doivent avoir la même origine. L'auteur décrit ensuite d'une manière particulière les environs de Castellane (1), de Digne, de Saint-Geniez et la vallée de Barcelonneite. Il traite des mines et des carrières ouvertes dans la formation jurassique. Le gypse est exploité sur beaucoup de points, mais l'anthracite n'a donné lieu qu'à des recherches sans résultat important. Le plomb sulfuré est extrait de la mine de Saint-Geniez, près du hameau de Naux. Le gisement consiste en plusieurs filons de galène, traversant un monticule de calcaire du lias dont la siratifi-
(4) Voyez aussi, pour cette localité, le mémoire de M. Duval Jouve, et ce que noys en avons dit [anfê, vol. IV, p, 608).
de Vaadiue.
cation est très tourmentée. On y compte 7 filons principaux, dont l'épaisseur varie de 0"*,1 ou O™,? à 1 mètre, dirigés S.-O., N.-E., et inclinés de 30"* à /iO'' au S.-E. La gangue est en grande partie de baryte sulfatée. Ces fiions sont reliés entre eux par d'autres plus minces qui les coupent dans tous les sens La mine de Saini-Geuiez est aujourd'liui abandonnée, comme les travaux auxquels avaient donné lieu d'autres fiions de plomb sulfuré également dans le lias (Auribeau, Piégu, Curban, Barles).
Mpartemeot D'après la Carte géologique de la France, les roches dont, nous nous occupons ne paraissent pénétrer dans le département de Yaucluse que sur un point de sa lisière nord-est, dans la vallée de la Tbolorenne, au pied nord du Ventoux, mais M. E. Raspail (1) nous le montre s'avançaut beaucoup plus à l'ouest. Ainsi, dans les montagnes des environs de Gigondas, sur le prolongement occidental du Ventoux, cet observateur distingue de bas en haut : 1** des marnes noires qui correspondraient à l'Oxford clay ; 2° des schistes marneux alternant avec des bancs calcaires ; 3" des calcaires qui supportent les assises néocomiennes. Cependant, au-dessous des marnes (n*» 1), il décrit encore une roche qui serait le résultat d'une épigénie, composée de calcaire magnésien, de gypse et de sulfate de magnésie. Elle est sans stratification apparente, et passe à une cargueule caverneuse. On peut l'observer dans les communes de Gigondas, de Suzette et de Lafare, où elle renferme i\e& amas de gypse exploités, du sulfate de magnésie qui pourrait l'être avec avantage, et une source salée.
Les marnes noires rapportées à l'argile d'Oxfonl ont une épaisseur qui dépasse quelquefois 1000 mètres, et l'argile domine vers le haut, où elle est gris jaunâtre. Partout ailleurs, leur teinte est noire ou bleu foncé ; elles sont schisteuses et sans stratification bien prononcée. Elles renferment des nodules endurcis, tantôt disséminés, tantôt réunis. Des masses de gypse sont intercalées à la base. On peut les étudier surtout à la tour de Monlmirail, dans le voisinage de la ferme du Grand-Montmirail, et sur les territoires de Suzette et de Lafare. Les fossiles y sont assez répandus, particulièrement les Bélemnites et les Ammonites, tels que les B, hasiatttSy Blainv., semiàastatus , id., apickonus ^ id., ferruginosus , Voltz, les Ammonites biplex^ Sow., catena, id., discus. Rein., Eugenii,
(4 ) Observathns sur un nouveau genre de saurien fossile (Neus^ fosaurus gigondnru/n^, ia-8, Paris, Avignon, 4 84?.
de UDrdme.
annulatusei qimdratus, Rasp. (1), Lamberti, Sow., perarmatus, id., tortisulcatits, d'Oib., etc.
L'assise qui surmonie ces marnes est composée de schistes marneux alternant avec des bancs calcaires, et d*une épaisseur de 160 à 160 mètres. Le ravin du Grand-Débat, au-dessus du Choulet (Lafare), en présente une bonne coupe. Elle se lie d'ailleurs à la précédente, et ses fossiles sont les mêmes, à l'exception des Bélemnites. F/assise supérieure comprend des bancs calcaires de 90 à 100 mètres de puissance totale. La roche est dure, compacte, pénétrée de petites veines de calcaire spathique, et renferme par places des rognons siliceux, opaques et blanchâtres. Les couches sont constamment inclinées, souvent contournées et ondulées, mais toujours concordantes avec les assises sous-jacentes. Dans les endroits où la stratiGcation est le plus tourmentée, la chaux carbonatée est extrêmement abondante. Les fossiles sont encore des Rhyncholites, des Bélemnites indéterminées, les Ammonites biplex, Sow., subfascicularis , d'Orb. , tortisulcatus , id., et d'autres espèces de ce genre.
« La formation jurassique, dit M, S. Gras (2), occupe le centre Mporiement >» de la région montagneuse du département de la Drôme, où les o dépôts crétacés l'entourent de toutes parts ; quelquefois ceux-ci » forment une ceinture de cimes élevées dont les couches, si elles n étaient prolongées, les cpuvriraient entièrement. Ailleurs, c'est le 9 calcaire jurassique qui domine ; il constitue alors les plus hautes » pointes des montagnes, et semble avoir percé les roches les plus » modernes qui s'appuient contre lui. Sa simplicité de composition » lui donne partout un aspect presque uniforme et une grande » constance de caractères. »
L'auteur distingue de bas en haut des marnes argileuses, des marnes calcaires et des calcaires solides en grandes assises. Les marnes argileuses, le plus ordinairement noires, quelquefois gris jaunâtre, forment des masses puissantes Elles sont plus ou moins
[\) Un certain nombre des espèces citées par l'auteur, qui a adopté les noms peu connus donnés par F.-V. Raspail [Hist. natur. des Ammonites, suivie de la description des espèces fossiles des Basses- Alpes, de ia Provence^ de Vauclusc et des Ccvennes^ in-8, avec 4 planches, chez Milhac, Paris, juin 1842) auraient sans doute besoin d'être revues pour rexactitude de leur détermination.
(2) Statist. miner, du département de la Drame ^ p, 58, in-8, avec carte, Grenoble, 4 835.
caloarifères, se couvrent d^eSlorescences de sulfate de magnésie, et renferment du sulfure de fer disséminé et en rognons maaielonnés. Les marnes calcaires alternent avec des argiles, et y passent insensiblemenl. Leur stratification est plus distincte que celle des argiles, et elles sont plus solides que ces dernières. Les couches sont ordinairement contournées et repliées plusieurs fois en zig-tag, sans qU*on y aperçoive aucune déchirure. Aux couches les plus toarmentées, on en voit succéder d*autres dont les surfaces, quoique inclinées, sont parfaitement planes, ce qui doit faire supposer des froissements éprouvés pendant ta formation même du dépôt, alors que les sédiments étaient encore dans un certain état de mollesse. Les calcaires qui recouvrent ces marnes paraissent n*en être que la continuation. Ils sont gris bleuâtre, à cassure compacte, et traversés en tous sens par des filets de calcaire spathique. Les bancs, quelquefois horizontaux, constituent alors des plateaux coupés à pic sur tous les bords, mais le plus ordinairement ils sont redressés, et les montagnes, terminées par de longues arêtes, offrent Taspect que nous avons déjà signalé dans le déparlement des Basses-Alpes. Les fossiles sont rares. M. Gras cite des Posidonomyes dans 1^ argiles schisteuses, des Anmionites, des Bélemniies et des becs de Seiche dans les marnes, des Bélemnites, quelques Térébratules, et surtout des Ammonites (A. diplex et plicatilis), dans les calcaires.
Dans la partie inférieure de la série, on rencontre fréquemment des ellipsoïdes aplatis dont le grand axe a de 7 à 20 centimètres. Ils ressemblent au dehors à des cailloux arrondis, et Tintérieur présente des cavités ramifiées dont les parois sont tapissées de beaux cristaux de quartz et de chaux carbonatée. Ces ellipsoïdes, disposés par lits dans les marnes, ont le grand axe toujours parallèle à la stratification. Ils ont été fendillés sans doute par suite de la prÊ.««iou qu'ils ont éprouvée, et comme ceux qui offrent les fissures les plus nombreuses et les plus étendues sont aussi ceux où les cristaux sont le plus volumineux et le mieux formés , M. Gras suppose que d*abord, plus ou moins creux par suite du retrait de la matière qui les compose, et ensuite écrasés par le poids des sédiments qui les ont recouverts, ils se seront fendillés, et les fentes auront mis ainsi Tintérieur en communication avec le liquide ambiant, où se trouvaient les substances qui se sont déposées dans les vides et y ont cristallisé.
Les amas de gypse sont très fréquents dans ces couches, et leurs caractères, comme leur disposition, sont parfaitement semblables à
PBOVENCK ET DAUPHINÉ. 575
ce que Ton a vu dans le département des Basses-Alpes. L'auteur décrit les diverses assises de la formation autour de Die, entre cette fille et Saillians, à Saint-Benoit, entre Die et Luc, de celle dernière Tille au Buis, à Valdrôme, aux environs de Sidéron, de Bonneval et de Grimone. Passant aux substances utiles qu'elles renferment, il mentionne les principales exploitations de gypse, le gisement de plomb sulfuré de Condorcet, assez semblable à celui de Saint-Geniez (Basses-Alpes), et qui n'est plus exploité, puis ceux de Buis, de Ctrâtillon et du Chuot, qui, après avoir donné lieu à des recherches plus ou moins étendues, ont été abandonnés. Au nord de Propiac, des indices de cuivre pyrileux ont été signalés (1). La gangue est aussi de la baryte sulfatée, et le fer carbonate accompagne le minerai. Le filon court E. , O., suivant une faille perpendiculaire aux schistes marneux. Des filons de galène paraissent exister aussi dans les mêmes couches.
Les assises jurassiques que nous venons d'indiquer dans la Pro- Df^partemant vence et dans le département de la Drôme se continuent avec les H.aut^pei. mêmes caractères dans celui des Hautes-Alpes. Mais la présence d'un nouveau terme dans la série, et plus encore des dislocations sur une plus vaste échelle, rendent leur élude plus difficile. M, E. Gueymard(2) a esquissé, dès 1830, les caractères généraux de la géologie de ce département, et nous indiquerons, d'après lui, ceux qui se rapportent h notre sujet actuel. Nous rappellerons aussi quelques observations de détail qui ont été faites plus tard, mais nous n'aurons pas ë nous occuper ici, non plus que dans le département de l'Isère, dans la Savoie et dans les parties adjacentes de la Suisse, de tout ce qui se rattache aux grès à anthracite des Alpes. Cette question ayant été reprise tout récemment, et exposée avec beaucoup de détails par plusieurs savants dans le volume XII de la seconde série du Bulletin de la Société géologique de France (3),
(1) V Institut, B fév. 4845.
(2) Sur la minéralogie et la géologie du département des Hautes'^lpes, in-8, avec carte, Grenoble, 4 830. — Voyez aussi, B. Studer, Géologie der Sc/iweiz, vol. I, p. 48, 4 854.
(3) Sur la constitution géoL du terrain anthracifère alpin et les dijjérenrcs qui le séparent du terrain jurassique, par M. S. Gras (Bult., 2* série, vol. XII, p. 253, avec carte, pi. 8, et coupes, pl.9, 4 855). — Extrait d'un mémoire de M. Éliede Beaumoot, iotilulé : Faits pour .servir à l* histoire des montagnes de l*Oisans, Jbid,^ p. 534. — Observations de M. Élie de Beaumont, Ibid.j
ce serait faire un double emploi tout à fait superflu dans les publications de celte Société que d*y revenir nous-mêoie, o*ayant d'ailleurs personnellement aucun fait nouveau à apporter sur ce sujet Nous nous bornerons donc, dans ce qui suit, et pour éviter un trop grand hiatus dans notre description, à mentionner les localités oè des débris d'animaux fossiles, regardés comme de la période jurassique, ont été signalés.
TniTanx ^^ ^^^^^ géologique jointe au mémoire de M. Gueymard mcotre
M. Got^mard. ^^^ '^ rochcs jurassiqucs, désignées sur sa légende par l'expresâoo de calcaires a Gryiihées, occu; eut près de la moitié de la surface du département sur la rive droite de la Durance, puis, en remontant au N.-£., le bassin de celte rivière par Embrun, Mont- Dauphin et Briançon. L'auteur indique une zone considérable de grès à anthracite, qui s'étend depuis Mont-Dauphin jusqu'au Monestier pour |)énétrer au nord dans le département de l'Isère. Dans la plos grande partie de la carte, la série calcaire est surmontée de dépôts crétacés et nummuliliques {antè, vol. III. p. 69. et vol. IV, p. 521). A l'ouest de Mont-Dauphin, au nord-cht et au sud-ouest du massif primaire de l'Oisans, elle repose sur les roches cristallines.
Les calcaires à Gryphéesde la carte de M. Gueymard sont désignés dans son texte sous le nom de calcaire à BélemnileSy confbsion fâcheuse, puisque ces deux expressions indiquent chacune lU horizon différent dans le groupe du lias. Mais, comme ces horizons n'ont pas encore été nettement distingués dans cette région, nons emploierons provisoirement 1 expression du texte dans le sens général que lui attribue l'auteur, sans y attacher d'autre importance.
La masse inférieure du système est, dit-il, un schiste calcaire noirâtre, bien caractérisé par ses Bélemnites, recouvert de schistes remplis de Lvcines^ et qui, par leur décomposition, passent à une
p. 541 . — Rcsitou' des vtudts de M, Studcr sur les Alpes de l'Oisans^ par M. Laui^el, Ibid.^ p. 570. — Résume des travaux qui onl été entrepris sur les terrains anthracijères des Alpes de la France et de la Savoie, par M. Alb. Gaudry, Tùid., p. 580. — Lettre de M. A. Sis monda ^ Ibid.y p. 631. — Hésutné des opinions émises sur le terrain untluacijère des Alpes^ par M. Alb. Gaudry, Ibid.^ p. 636. — Table alphabétique des localités des Alpes savoyardes^ suisses et françaises qui ont été plus spceialement soumises à Vobservation des géologues^ par M. Alb. Gaudry, Ibid.^ p. 642. — Carte des contours approximatifs de la région anthracifère des Alpes, par M. Élie de Beaumont, Ibid,^ pi. 14, p. 672. — Remarques au sujet de cette carte ^ par le même, Ibid.^ p. 670.
PROVENCE Et DAUPfllNÉ. 577
argile grise. Le calcaire à Bélemniics renferme eu outre les Gryphœaarcuntaeicymbium, le Spirifer Wnlcotii, Y Ammonites Bucklundi, des Limes, des baguettes (réchiiiid s, des Pentacrînes, etc., fossiles qui, à l'exception de la G. ej/mbium, suffisent |M)ur caractériser un horizon inférieur à celui (|u*occupe le lias à Bélemnites tel qu'oD Tenlcnd ordinairement, et qui, |)our la plupart, marquent au contraire le niveau du calcaire à Gryphées arquées, conformément à la légende de la carte. Quoi qu'il en soit, ce calcaire est en bancs de 0",33 d'épaisseur, quelquefois schistoîde, et employé aloi*s comme ardoises pour couvrir les habitations.
An-dessus viennent des calcaires marneux gris foncé, avec des ludm semblables à ceux des marnes de ;\leylan, près de Grenoble. Par suite de cette analogie, (\l . Gueyiuard nomme aussi ces calcaires marnes de Meylun. L'assise la plus élevée est un calcaire compacte, grisâtre, traversé par de nombreuses veines de chaux carbonatée. Les hancs ont de G"*, 33 à 1 mètre d'épaisseur, et même davantage, et renferment les Ammonites biplex et plicatilis^ des Bélemnites, des Térébratules, etc. D'abord étudiée à l'entrée de Grenoble, près de la porle de France, cette assise est généralement connue sous le nom de calcaire de la Porte de France.
Ainsi, depuis les côtes de la Provence jusque dans la vallée de risère, la composition de la formation jurassique est, comme nous le disions on commençant ce chapitre, d'une sim))licité et d'une uniformité remarquables. Mais, d'un autre côté, elle nous offre dans son épaisseur un développement dont nous n'avions pas vu d'exemple dans tout ce qui précède.
Outre les calcaires à Bélemnites, les schistes à Lucines, les marnes de Meylan et le calcaire de la Porte de France, qui constituent pour M. Gueymard le second étage du lias, ce géologue décrit les roches arénacées qui renferment des gisements d'anthracite, et qui, suivant M. Élie de Beaumont, appartiennent encore au lias par leurs caractères stratigraphiques, comme par les débris d'animaux qu'ils renferment, tandis que, d'après les plantes mêmes qui accompagnent le combustible, ils devraient être reportés à une époque beaucoup plus ancienne. Sans entrer en aucune manière dans la discussion par les motife énoncés précédemment, nous désignerons ces couches comme i\l. Gueymard, en faisant remarquer que ce géologue ne se prononce pointdéfinitivement sur leurs relations stratigraphiques, maisaunonce que, partout où il a pu observer les grès et les calcaires à Bélemnites qui les recouvrent, il les a toujours trou- VI. 37
vés concordants. Ayant adopté ensuite pour ses descriptions Fordre de ses excursions géologiques, on conçoit que nous ne })outoiis le suivre dans Ténumération des faits d'ailleurs fort intéressants qo'il décrit, ainsi que dans celle des ressources que le pays peut offrir ii l'industrie et à l'agriculture.
Sur }a Carte géologique de la France, les contours de la leioïc consacrée à la formation jurassique des Hautes-Alpes sont pins détaillés et mieux arrêtés le long des vallées de la Durance et do Drac, et dans le massif qui les sé|)are entre Gap et Saint-Bonnet Cette même teinte comprend nécessairement les grès à anthracite de M. Gueymard, mais les gisements de combustible sont indiqués, entre iMont-Dauphin et le Monestier, par un travail partieulier de hachures croisées. M. Élie de Beaumont a marqué de plus deoi lambeaux jurassiques complètement perdus au milieu des rochei cristallines de la montagne de Chaillol-le-Vieil et de la montagne de rours au sud de la chapelle, et un troisième compris au sud de Champoléon, dans la haute vallée du Drac, entre ces mêmes rocbei cristallines et les assises nummulitiques. Dans la partie nord-est do département, et eu descendant plus au S. ^ partir du parallèle de Barcelonnetle, une ligne un peu sinueuse, dirigée au N.-O. ven Briauçon, et passant par le Lautaret |>our se continuer dans Je département de l'Isère, marque la limite du terrain jurasêifut modifié des auteurs de la Carte géologiqtie de la France.
Outre les couches d'anthracite subordonnées aux grès, les calcaires renferment des minerais de plomb, de zinc, de cuivre, de ier carburé, etc. , qui n'ont jamais donné lieu à des exploitations suivies ni fructueuses. Les serpentines et les varioliihes apparaissent fréquemment au milieu de ces assises, et le gypse, comme dans les départements de la Drônie et des Basses-Alpes, y offre des ma&scs susceptibles d*alimenier des exploitations importantes pendant od laps de temps fort cont^idérable (environs d'Avançon, de Saint-Apollinaire, d'Orres, de l'église de Eéotier, avec des variolitbes, route de Saint-Clément à Guillestre, au delà de la Durance, environs dû château de Queyras, le Let, à l'est de Briançon, entre Pamplinet et Neu vache, sur les deux rives du Clairet, etc.). TrtTuox M. Élie de Beaumont avait communiqué à la Société philoina-
M.1liie tique, le 7 mars 1829, un mémoire fort intéressant sur les montagnes de roisans, et particulièrement sur les relations des roches secondaires avec les roches cristallines ou primaires de ce pays. Un petit nombre d'exemplaii^es complets de ce travail fut distriboé
PROVBNCB ET DAllPHINÉ. 579
par l'auteur la même année, mais depuis il fut réimprimé avec les observalions nouvelles faites dans riiitervalie, et c'est à cette dernière publication qtte nom empruntons les .passages suivants qui se rattachent directement b notre sujet (1) :
« Depuis le vallon de Beauvoisin, qui conduit de Yal-Lonise et d'Entraiguos au col de Haut-Martin et à Champoléon, jusqu'au Casset, le gneiss sort immédiatement de dessous le système à Numtpulites, ce qui suppose que dans la profondeur les couches primitives conpent celles de la formation jurassique, sur laquelle le groupe à Plummalites repose dans toute la contrée, présentant ainsi, par rapport II ces couches jurassiques, sur une très grande longueur, la mêtne disposition que la masse d'un filon par rapport aux roches dans lesquelles il est encaissé. Sur le flanc sud du vallon de BeauToisin, le gneiss, qui ne s'élève qu'à une centaine de mètres au-dessus des eaux du torrent, est Immédiatement recouvert par un système très épais de couches secondaires, qUi, par la Constance de leur faible èpaisseurt par lehr réguldllié et par la manière uniforme dont, sur une très grande hauteur, elles se présentent dans les escarpements, rappellent complètement celles des cimes qui dominent Barcelonuetteet Embrun, celles des montagnes du Dévoluy, au nord de Gap, et Celles dd mont Pllate, en Suisse. Ce système de couches présente ici une très grande puis^ancti, et porte des glaciers sur sa pente nordH>uest, qui descend dans le vallon de Beauvoisin.
• Au-dessous de la pointe de Clouzis, il existe une sorte d'enchevêtrement des roches primitives et des couches secondaires. A gauche de ce poliiti les roches primitives présentent un 2, ou une sorte de dent qui s'avance horizontalement entre des couches secondaires qui les recouvrent et des couches secondaires qui s'insèrent dessous. Ceà dernières se prolongent indéfiniment vers la droilej mais elles se terminent vers la gauche, suivant une ligne verticale au delà de laquelle on ne voit, à la même hauteOr, que des masses primitives (gneiss?).
• Près dç i« Grave ta do Champoiéon, en deun points. éloigné» rnn de l'autre de 3 n1yriam^tres et demi, le contact d(>s rtichc» primitives et des couches jurassiques s'elT^ctue avec des circon-
(1) Faits pour ,\vrvir h V histoire des montagnes de VOisans^ [Mém. Soe, d'hist. nat. de Paris^ vol. V, 1834). — Mémoires pour servir à une description géol. de la France, vol, II, p. 339 et 384, avec coupes, 4834. Nous suivrons ici l'analyse bien faite qu'en a don* ait M. RoMt {Bull. 9« sér., toI. XII, p. SOS, 4855).
Siaiiccs encore plus remarquables que celles qu'on vient d'indiquer.
» Un peu au nord du hameau des Freanx, près de la Grave, aodessus d'un coteau cultivé qui borde la vallée de la Rofflanche, s'élèvent des escarpements dont la partie inférieure est formée de gneiss, de granité à petits grains et de roches amphibolîques schbteu^s. Sur leur surface repose un grès très dur, à peine stratifié, dont les éléments sont réunis par un ciment de spath calcaire. Immédiatement au-dessus de cette roche arénacée se trouve on calcaire gris sub saccharoide, d'un grain très serré, qui se fond avec le grès au point de contact, et qui ne présente qu'une fiûUe épaisseur ; il est bientôt remplacé lui-même par un calcaire sacdiaro!de d'un grain plus lâche, qui forme un banc puissant Ce dernier est recouvert par une assise de schiste noir très fissile, sur lequel repose un calcaire compacte gris, schistolde, dont les strates soot couverts d'un enduit micacé ou talqueux, d'un gris argenté, soyeux à la vue et au toucher. Ce calcaire contient un grand nombre de Béicmnites et d'Ëncrines, dont les espèces, diflSdles k détermioer rigoureusement, sont évidemment les mêmes que celles que Foo a indiquées à Roselen, au pied sud-ouest du groupe du Mont- Blanc, à Petit- Cœur, en Tarentaise, à Laiïrey, département de l'Isère, etc. Cet ensemble de couches Hait partie du système seooodairc de ces contrées, que j'ai cru, dit M. Elle de BeaooHNit, devoir rapporter au calcaire à Gryphées arquées {Mue lias d&ffO' logucs anglais).
» La partie inférieure des roches qui bordent la vallée de la Romanche, au midi de la Grave et du Villard-d'Âreine, est aossî formée par des couches de ce grand système ; le talus qu'elles constituent s'étend jusqu'au pied des masses escarpées de roches primitives qui s'élèvent jusqu'à la hauteur des neiges perpétuelles, et qui, couronnées de glaciers, forment les avant-corps du massif de l'aiguille de la Grave, qui atteint une hauteur d'environ /^OOO mètres au-dessus de la mer. Ce massif est principalement formé de gneiss, du moins du côté qui regarde la Grave et le Villard-d'Areine. Uais cette roche passe quelquefois au granité à petits grains ; c'est ce qoi a lieu particulièrement dans une ci*ête primitive qui s'avance ao midi du Yillard-d'Âreine, et jusqu'à laquelle je suis monté, afin d'examiner son contact avec ces couches de schiste argilo-calcaire, de calcaire compacte noir, qui forment le talus au-dessous du point où les roches primitives cessent d'être visibles. • J^ai trouvé là précisément le contraire de ce que j'avais trooré
PROVBNCB ET DAUPHINÈ. 581
dans le point décrit plus haut : au nord des Freaux, j*avais rencontré le lias recouvrant le granité; au sud-ouest du Villard-d*Areine, j*ai VQ le granité s*appuycr sur les roches, assez élevées, du système jurassique. La partie inférieure des rochers composés de roches primitives qui, comme jeTai déjà dit, font corps avec tout le massif de Taiguille du midi de la Grave, est formée d*un granité ou protogine composé de feldspath verdâtre presque compacte, de feldspath blanc cristallisé, de quelques grains de quartz, et de mica ou talc vert. Ce granité n'est pas généralement en décomposition ; mais, à la base même des rochers, le grain de la roche devient beaucoup moins distinct ; il semble, en quelques points, prendre la structure d'une brèche ; en même temps, le feldspath et le mica sont décolorés, et la masse entière est en décomposition évidente. C'est sous ces parties que Ton voit s'enfoncer les couches secondaires, dont on peut suivre et observer de près le contact avec le granité sur une longueur de plus de 1000 mètres. Le plan de contact, h peu près parallèle à la stratification des couches secondaires, plonge de 60'' à 70* vers l'Ë.-S.-Ë.; la couche secondaire, immédiatement contiguë au granité, est un calcaire gris saccharoîde, avec de petits filons spathiques ; mais, à mesure que l'on s'éloigne du contact, le grain du calcaire devient plus fin, et, à très peu de mètres du point de jonction, on rencontre déjà un calcaire compacte noir qui contient des Bélemnites. Celui-ci repasc sur un schiste argito-calcaire noir, qui renferme les mêmes fossiles. Cette dernière roche constitue tout le talus qui descend jusqu'à la Romanche, et y présente des Bélemnites dans plusieurs de ses couches ; sa stratification devient de moins en moins inclinée, à mesure que l'on s'éloigne du granité.
» Près de Champoléon, dans la vallée du Drac, un peu au midi du groupe primitif qui s'élève autour de la Bérarde, on voit de même le granité à petits grains supporter en quelques points, et recouvrir en d'autres, les couches du système jurassique.
> Sur la rive droite du Drac, à peu près à égale distance de deux hameaux appelés les Baumes et les Gondoins, le sol est formé par on granité à petits grains, à mica noir et à feldspath blanc ou rougeâtre. Ce granité est évidemment en place, et tout annonce qu'en descendant du point en question vers le Drac, suivant la ligne la plus courte, on marcherait toujours sur cette roche, dans laquelle parait être creusée la vallée des Baumes, et qui semble former ^tusi les noyaux et les sommets des montagnes les plus considérables des environs.
5ê2 BST Dl LA FRANCl.
• Un peu aa-de88ii8 du môme point se tronvent de petits enarpements formés de roches stratifiées, superposées au granité doat je viens de parler. Le granité s*élè¥e par derrière h peu de distance comme un mur vertical ; il coupe la prolongation de tout le systène de roches stratifiées, et s^étend sans interruption jusqu'au somin^ de la montagne, abrupte et déchiquetée, nommée Puy-de-PeoroiL
» J*ai aussi cherché ï voir le contact du granité et des cooehei secondaires sur le penchant rapide que présente cette montagne do côté du midi, le long du vallon qui descend de la monugne de Touron, et icii dans tous les points où j'ai pu voir le contact, c'était le granité qui s'appuyait sur les couches secondaires.
« Au haut d'une arête située entre deux couloirs qui aboutiisHit l'un et l'autre dans le ruisseau de Touron, au-dessus du barosis des Frémonts, on voit, de la manière la plus claire, le granité recouvrir le schiste argilo-calcaire noir fissile, dont toute la partie inférieure de cette assise est formée, et dans lequel sont crtaséilei deux couloirs. »
« Une des circonstances les plus frappantes que présente le cod* 4 tact du granité I mica noir et à feldspath rose, qui constitue les
• hautes montagnes des environs de (^hampoléon, avee les diverses » parties du système jurassique, c'est que, quelle que soit l'ineli- » naison de la surface de contact, si la roche secondaire est solide » (calcaire, grès ou variolite), cette roche et le granité sontdeveoia » métallifères près du contact, et renferment, en nids et en filom, » de la galène, de la blende, des pyrites de fer et de cuivre, de b « baryte sulfatée, de la chaux carbonatée ferro-manganésifère.etc. » et qu'en même temps les roches secondaires sont plus cristaHinei » et plus dures près de la surface de contact qu'en tout autre point. » tandis que le contraire a lieu pour le granité. Ayant observé ces » circonstances en deux points différents, et dans lesquels même le* 9 autres circonstances du gisement sont d'ailleurs diamétralemeot » opposées, je regarde comme très probable que la présence èet
• substances métalliques et de la baryte sulfatée, dans les poinis V mentionnés, n'est pas accidentelle, mais qu'elle est au cootraîfi » une conséquence de la juxtaposition des roches que ces poioti n présentent.
» La présence de ces substances, dans l'un des cas où j*ai n it » granité s'appuyer sur les couches jurassiques, montre que cette » superposition n'est pas un ample accident dû à des circoosuuœi « extérieures et purement mécaniques, telles que le reuverstuoeit a d'une montagne ou qn simple éboulement, mais qu'aile i^f^
PROVINCE RT DAUPUINK. 583
» d'une cause intérieure, liée aux phénomènes souterrains qui ont
» causé le remplissage des filons métalliques.
B La manière dont les roches primitives , dans plusieurs des
• exemples que je Tiens de citer, s*appuient sur les couches des n terrains jurassiques et crétacés, un peu altérées près du contact, a la forme largement arrondie des surfaces, suivant lesquelles elles » s'appliquent sur elles, la variation que présente leur propre grain « près de ce même contact, et la forme hardie et abrupte des » sommités qu'elles constituent, se réunissent pour donner la » preuve et la limite de l'état de mollesse ou de refroidissement » imparfait dans lequel elles se trouvaient encore, lorsqu'elles » sont venues occuper la place dans laquelle nous les voyons
» Les faits que je viens d'indiquer seront faciles à vérifier, et » peut-être à multiplier. Quelle que soit au reste la valeur qui
• pourra leur être attribuée, je me féliciterai de les avoir publiées, » si par là je détermine de plus habiles géologues à visiter un jour » en détail la vallée de Champoléon, le vallon de Beauvoisin, les « parties qui font face au Villard-d'Areine, et à examiner, sur cette » ligne de huit à neuf lieues de développement, comment s'opère le « contact des couches secondaires et des roches dites primitives. »
Dès 1828, M. Élie de Beaumont, dans sa note Sur un gisement de végétaux fossiles et de graphite situé au col du Char donne t (1), avait conclu de la coupe de cette montagne, où les couches se présentent avec une grande régularité, « que les calcaires qui forment le couronnement de tout le système sont le prolongement direct de ceux qui, au nord-est et au sud-est de Gnillestre, offrent à la fois les caractères minéralogiques et les fossiles du calcaire exploité à Grenoble dans la carrière de la Porte de France, calcaire qui serait à son tour le prolongement direct des couches de la série oolithique qui constitue les plus hautes cimes du Jura. Ainsi le grès qui contient l'anthracite, le graphite et les empreintes végétales du col du Chardonnet, serait à la (bis superposé au lias caractérisé par des Bélemnites, et recouvert par des couches contemporaines d'une partie de la série oolithique. » Ce gisement de combustible appartiendrait ainsi à un horizon distinct de celui des précédents, et plus récent, quoique compris dans la même formation.
M. de Gollegno (2) a cité aussi plusieurs exemples de superposi-
(!) j4mi. des se, nat., vol. XV, 1828, avec planche. (2) Bull, l'user., vol. VII, p. 63, 4 835. — Voyez aussi, B. St«der, Géologie der SchweiZy vol. I, p. 80-88, 4851.
58/i EST DE LÀ FRANCE.
tion du granité aux roches secondaires dans la vallée de la Romanche, au sud-ouest de la mine du Bas-du-Pic, vis-à fis la mine de plumb du Grand-Cios, puis dans le vallon de Lalp, aa sod du pied du Lautaret. M. Cordier (1), qui avait aussi étudié ces localités, regarde ces dispositions comme purement locales et accidentelles, ne constituant pour lui que des superpositions anormales qu*il a désignées sous le nom de superposition renversée après la formation des terrains eu contact.
Les difficultés de diverses sortes que la nature oppose aux recherches des géologues dans des montagnes comme celles dont nous parlons et éloignées des grands centres scientifiques, les courses longues, pénibles et souvent infructueuses, et le temps relativement considérable qu*il faut y consacrer pour n'obtenir que des données incertaines, ont dû retarder la connaissance approfondie de leur constitution géologique. Depuis les résultats généraux que traduit la Caj'te géolotjique de la France, résultais qui font vivement désirer la publication détaillée des observations sur lesquelles ils sont fondés, tant dans les Pyrénées que dans les Alpes, il n'a encore été publié, sur ces parties élevées du sol de la France, que des études très restreintes, souvent sans liaisons entre elles, et dont il n'est guère possible de tirer des vues d'ensemble. Ce sont cependant des matériaux dont on doit tenir compte, et que nous énumérerous par ordre de date.
Travaux La coupc N., S., faite par M. Rozet (2), de la montagne de CbaS- M.Rotet. liol-lc-Vieil au mont Faudon, montre la série suivante à partir do gneiss qui, associé au laicschiste et traversé par des filons de protogine et de quartz, atteint en cet endroit 3164 mètres d'altitude. 1" Lias caractérisé par de nombreux fossiles et recouvrant transgressivcment le gneiss à une altitude de 2800 mètres; 2'' grès parfaitement stratifié, de 800 mètres d'épaisseur dans le massif de Chaillol, les montagnes au nord d'Embrun, etc., surmontant régulièrement le lias; 3" calcaire compacte gris, aussi épais que l'étage précédent, le recouvrant à stratiûcation concordante, et alternant même au contact. Il renferme beaucoup de corps serpuliformes que l'auteur compare aux IMyrianites du terrain de transition, pois des Ammonites, des Bélemnites et d'autres fossiles qui caractériseraient le groupe oolithique moyen, de sorte que le grès (n"* 2) repré-
(4) Bull., 1"8ér., vol. VII, p. 64. 4835.
(2) Compt, rerid., vol. XXXTU, 4«déc. <85r
senteraît le groupe ioférieur. Au-dessus vient le groupe nummuli* tique s*étendant transgressivemenl, tantôt sur le grès, tantôt sur le calcaire. Dans une autre coupe faite eu suivant la vallée de TEspervier jusqu'au sommet du Burrc en Dévoluy, le lias se trouve immédiatement recouvert, à stratification concordante, par le calcaire (n*» 3), et celui-ci Test de même par le gi'oupe néocomien. Aux environs de Gap, la partie supérieure des marnes du lias renferme, avec le Belemnites unicanaliculatus très aboudant, de grandes Posidonomyes et beaucoup d'Ammonites (A. Humphriesianus^ 5ow.), qui rappellent la partie inférieure du troisième groupe oolithique.
M, Lory (1) ayant émis l'opinion que les grès (u" 2) du massif de Chaillol, placés, comme on vient de le dire, entre le lias et l'Oxford-clay, appartenaient, au contraire, au groupe nummulitique, M. Rozet (2) s'est attaché à faire voir que, dans le haut de la vallée, de la Durance, à partir de Savines, près d'Embrun, les marnes schistoîdes du lias sont recouvertes, 2i stratification concordante, par une puissante masse arénacée composée de grès et de macigno plus ou moins solides. Au-dessus d* Embrun, on voit les premières couches arénacées alterner avec les dernières du lias, et, de la Chapelle-Saint-Guillaume à la croix et au delà, les roches arénacées, en se continuant, finissent par plonger sous les calcaires compactes grisâtres dont les Jbancs sont séparés par des lits schistoîdes, semblables à ceux que l'on observe vers le haut de Tétage arénacé. Ces calcaires compactes renferment des Ammonites {A, torttsulcatus, plicatilis, anceps, hecticus, etc. ) et des IVigonies de l'étage d'Oxford; et ils sont caractérisés, entre le Drac et la Durance, par les corps serpuliformes ou annélidcs précités. Les sommités qui dominent les sources du Drac sont encore formées par ces calcaires.
£n s'élevant de Saint-Michel-de-ChailloI au sommet de la montagne de Soleil-Biou, M. Rozet a vu les grès recouvrant également le lias au pied du grand escarpement, et alternant au contact. Â 700 mètres plus haut, ils sont h leur tour surmontés par les calcaires de l'étage d'Oxford, plongeant au N.-E. comme les grès. Ces calcaires, qui n'ont plus ici que 200 mètres d'épaisseur, sont courounés, au sommet même de la montagne, par des lambeaux de cou-
Ci) BiL (2) lbi\
Bull., 2«sér., vol. IX, p. t58, 185?.
dies aréoacées ou calcaires et discordantes appartenant au groupe nummulitique.
Au sud de la route de Gap à Briançon, ce grand étage des grès, phcé entre le lias et l'étage d*Oxford, manquerait ou serait réduit I quelques strates minces, de sorte que dans la petite chaîne de Cbarence à la montagne de TEuse, les deux autres groupes jurassiques se trouvent en contact. Dans les montagnes situées i Touest de Gap, aux environs de la roche des Arnauds, sur le flanc nord de .la vallée du Buech, etc., les calcaires de l'Oxford-clay qui surmontent le lias sont recouverts par les roches néocomiennes avec une concordance parfaite, ce qui fait dire à M. Rozet que dans les déparlements de Tlsère et des Hautes-Alpes il y a eu une série continue de dépôt sans aucune discordance, depuis le lias jusqu'au terrain tertiaire inférieur.
M. Lory (1) a également constaté la présence des calcaires de l'étage d'Oxford comme servant de base aux couches néocomiennes du Dévoluy, petite région montagneuse, située au nord-ouest de Gap, sur les limites des déparlements des Hautes-Alpes, de l'Isère et de la DrÔme, et il y signale des fragments de Bélemnîtes, d'Ammonites {A. plicatilis) et les Aptychis lœvis et imbricatus.
Plus récemment M. Rozet (1) est encore revenu sur l'existence du grand étage arénacé dont nous venons de parler, et a signalé, entre les marnes du lias et le groupe oolithique moyen, une bande arénacée d'épaisseur variable, fort étendue, contenant des Teines et des amas de charbon accompagné de Délemniiesetde nombreux végétaux des mêmes espèces que ceux du véritable terrain houiller. Puis, rapprochant ces faits de ceux qui ont été cités |iar d'autres géologues, et qui tendent à prouver qu'il existe un niveau de combustibles plus ancien, l'auteur se demande s'il n'y aurait pas, dans cette région des Alpes, deux grands étages charbonneux caractérisés par les plantes du terrain houiller, séparés l'un de l'autre par le groupe du lias, dont la puissance dépasse souvent 700 mètres, et qui constitue presque toute la base de ces montagnes.
Sur les points où les roches arénacées paraissent manquer, continue-t-il (p. 285), ce qui a lieu surtout au sud de la Durance, la présence de la silice se manifeste toujours entre le^ deux groupes, soit par des calcaires siliceux, soit par des grès et des psammites
(4) îbid., vol. X, p. 24. 4852.
(2) Bull , V sér., vol. XII, p. 24 6, 4855.
PROVKNCB ET DAUPHINÉ. 567
subordonné» aux calcaires. Dans le massif de ChailloMe-Yieil, les calcaires du groupe moyen sont peu développés, el Tépaisseur totale de l'assise (]ui sépare le lias du groupe nummulitique ne dépasse pas iiO niè,tres ; mais, de Tauire c^lé de la vallée de Champoléon, elle augmente beaucoup et atteint de SOO & iiOO mètres.
« Les calcaires forment tous les grands sommets qui couronnent » les deux versants de la vallée d*Orcières et une grande partie de » ceux compris entre les vallées du Drac et de la Dnrance, et ceux 9 de la frontière du Piémont, depuis le mont Qenèvre jusqu'au lac
• d'Âllos, lorsqu'on se dirige vers le S. , a Texceplion de quel- » ques points occupés par les roches nummulitiques. De Ib, si Ton » s'avance vers 10., on le retrouve jusqu'au delà de Gap, de Siste- » ron et de Digne, constituant les hautes cimes qui dominent la m vallée de Barcelonnetie, les montagnes de Fours, de Siolane; etc., » la presque totalité de la haute crête de la Blanche, qui s'élève I n 2900 mitres, en séparant la vallée du Verdon de celles de la » Blanche et de la Bléonne, les massifs du Cheval-Blanc, la belle M crête de Coupe, les montagnes de Couson, de Courbon, etc., aux 9 environs de Digne, puis un grand nombre des sommets qui se 9 trouvent entre les vallées de la Bléoime et de la Durance, le « grand massif des tMouges, qui s'élève à 2200 mètres, celui des B Barles, etc. A l'ouest de Sisteron, toute la grande crête de Lure » et les sommets qui sont au nord en feraient encore partie, » comme h l'ouest de Gap, les crêtes de Céuze, de Charauce, de
• l'Aiguille, etc. »
M. S. Gras (1) a rap|H)rté au groupe nummulitique, et non à celui qui renferme les anthracites, les schistes argilo-calcaires des environs d'£mbrun, et il ne pense pas, avec M. Bozet, que les grès des bords de la Durance appartiennent à l'horizon des anthracites jurassiques, mais bien au groupe nummulitique. Ce sont des macignos, et non des Psammites, comme ceux qui accompagnent le combustible. On y ti*ouve des Nummulites dans leur prolongement, tandis qu'on n'y a découvert aucun débris des végétaux fossiles qui sont disséminés dans le véritable grès anthracifère. M. Rozet (|). 25/») annonce qu'on y a rencontré des restes de Fougères.
Ce dernier géologue a décrit avec soin les modifications nombrepses eî profondes qu'a éprouvé^is l'étage d'Oxford dans celte ^ — ^ ^ . , — , — pw — ■ ■ '■■- ' —'■ " ' ' "'^
(4) Ibûi., p. itt4.
partie des Alpes (p. 226). Les calcaires, le plus ordinairement compactes et sublamellaires, deyiennent souvent schistoîdes, et passent à de véritables ardoises. Ailleurs ce sont des calcaires marbre, blancs, saccharoïdes ou gris veinés, rougeâlres, noirâtres et verts, en bancs assez réguliers dans les montagnes peu élevées. La stratîûcation est au contraire très tourmentée sur les flancs des hautes montagnes , dans les vallées du Orac , de la Dnrance , de Val- Louise, de TUbaye, de FUbayette, du Verdon, de la Bléone, etc.
Tons les gîtes de galène plus ou moins argentifère de Champoléon, de TArgentière, de Bréziers, de Saint-Geniez, de Droraont, du pied du mont Viso, etc., appartiendraient encore à cet étage dont les fossiles sont rares, à Texception de traces d*annélides déjà citées qui abondent surtout entre £mbrun et Orcières, au-dessus de Barcelonnette, dans le massif du mont Ventebrun, au mont Pélatqui s'élève à 3054 mètres d*altitude au nord du lac d*Allos. Les autres restes de corps organisés sont, comme on Ta déjà vu, les Ammonites (ortisulcatus.plicatilis.hecticus, anceps, quelques Rélemnites« des Rostellaires, des Térébralules, des Avicules, des Trigonies, elc.
M. Roiet a suivi, particulièrement en remontant la vallée de rubaye, à partir de Barcelonnette (Basses-Alpes), les modifications des roches jurassiques calcaires, schisteuses et arénacées, autour de Jausiers, du Châlelard, au fort de Tournoux et à Saint-Paul. Sur ce dernier point, où les marnes du lias occupent le fond de la vallée, les calcaires à annélides des flancs des montagnes qui ont jusqu'à 1000 mètres d'épaisseur sont en bancs séparés souvent par des schistes talqueux. Les calcaires eux-mêmes sont imprégnés de talc, de ser|)entine, et traversés par de nombreuses veines de quaiiz blanc. Les couches, généralement inclinées de 25®, plongent au S.-O. jusqu'à la frontière du Piémont; quelquefois, elles sont verticales et contournées ; le talc, la serpentine et le qnartz deviennent alors plus abondants dans le calcaire qui présente çà et là des masses blanches de dolomies quartzeuses ou de quartzite magnésien.
A iMaurin, dans la vallée de la Marie, sur la rive gauche de l'Ubaye, on exploite un marbre vert où domine la serpentine (ophicaice ou vert de mer) (1). Il constitue une sorte de gros
(4) Les marbres du tombeau de l'Empereur, aux Invalides, les plaques qui ornent les socles des candélabres, comme les médaillons des piédestaux qui portent les statues des villes de France^ sur la place de la Concorde, proviennent de cette localité.
PROVENCE ET DAUPHINÂ. 589
filon 00 amas, de 200 mètres de long sur 50 de large, intercalé dans le calcaire à annélides dont la stratiûcation a été peu dérangée. Mais, è mesure qu'on remonte la vallée, renchevêtrement des parties talqueuses, serpentineuses et quartzeuses, dans le calcaire, devient de plus en plus intime et compliqué ; les schistes talqueux, les calcaires compactes ou plus ou moins cristallins, forment alors an tout indivisible, se mêlant par des passages insensibles. Une seconde carrière de marbre vert est ouverte près du lac Paroir, sur une bande d'ophicalce de 600 mètres de large qui traverse la Tallée du S. au N. A partir de ce point et jusqu'à la frontière, les masses de serpentine deviennent de plus en plus nombreuses, et forment une grande partie des cimes qui dominent la vallée au nord et au sud, et qui atteignent 3000 et 3600 mètres d'altitude.
Pour l'auteur, les schistes talqueux, les talcschistes et les micaschistes, passant çà et là au gneiss, traversés par des masses et des filons de granité, de quartz et de serpentine, et qui constituent le massif du Pelvoux, une grande partie des montagnes de la frontière du Piémont , tout le massif du mont Genis s'élevant jusqu'à 4100 mètres au-dessus de la mer, appartiendraient au groupe du lias et au groupe oolithique moyen.
« C'est doncà l'arrivée dans ces dépôts des serpentines, du quartz » et des roches feldspathiques, dit en terminant M. Rozet (p. 232}, » qu'il faut attribuer leur métamorphisme. Le fait est parfaitement » clair sur tous les points que nous avons cités, principalement
• dans les vallées de la Romanche et de l'Ubaye ; on y voit très bien
• le feldspath , le quartz et la serpentine s'introduire dans les 9 diverses parties des deux groupes calcaires et les transformer. Les » masses dolomitiques, généralement éloignées des talcschistes, ton- 9 jours fortement disloquées, sont bien évidemment des calcaires » pénétrés de magnésie par une sublimation. Leur état cristallin et les » nombreuses petites fissures qu'elles présentent, ne laissent aucun » doute à cet égard. Ces nombreux dykesde serpentine qui percent » les calcaires, depuis la vallée de l'Ubaye, en France, jusqu'au delà » du mont Cenis, en Piémont, sur une longueur de 200 kilomètres, » proviennent certainement d'une grande masse jadis en fusion, » dont les dykes occupent aujourd'hui les évents
» Les roches ignées des Alpes étant pour la plupart caractérisées B par la présence d'une grande quantité de magnésie à l'état tal- » queux et serpentineux, il est probable qu'elles viennent d'une » même source, et comme elles sont toutes intimement liées, elles
dirertet.
» doivent appartenir à une môme époque. r.cs feits que nous avons
• rapportés prouvent que les serpentines, les quartz et pldsiears » masses de protogine ont fait éruption pendant le dépôt do groupe
• oolithique moyen ; c'est donc à cette époque qu'il faut rapporter » l'arrivée de la plupart de ces masses anormales que l'on avait
• d'abord rangées dans le terrain primitif, et qui constituent » plusieurs des hautes sommités des Alpes. «
iMpurtemeni « Douncr la descHption minéralogiqoe d'un pays, c'est, dit ritère. » Guettard, en faire connaître uon-seulement les minéraux qu'il oi»Mr7»u»iit * peut renfermer, indiquer les endroits oà ils se trouvent, mais
• encore en déterminer la position dans ia terre, en tracer la con- 4 tinuité dans les montagnes, mettre sons les yeux le cours de oes » montagnes par des cartes, ou an moins le peindre à l'esprit par
• des descriptions détaillées et assez justes pour qu'on puisse les » reconnaître. » Celte phrase, que le célèbre naturaliste écrivait il y a quatre -viiigis ans en tête de ses Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné {\)y pourrait encore servir de programme aux descriptions géologiques départementales de nos jours, et si fiuffon regardait trop haut pour apprécier le vrai mérite de son auteur, et Monnet un peu trop bas, il est du devoir de ceux qui sont venus plus tard de lui rendre une justice que ses contemporains lui avaient refusée. Ce|)eadant nous ne voyons pas que M. fi. Gncymard* qui s'est tant occupé de l'histoire naturelle, et en particulier de la minéralogie du même, pays, ait fait aucune mention des travaux du fondateur de la géologie stratigraphique en France.
En 1831, M. Ë. Gueymard publia un ouvrage intéressant .Sur la minéralogie, la géologie et la métallurgie du défiartement de r Isère (2), accompagné d'une carte géologique, l'un et l'autre exécutés d'après le même plan que le travail sur les Hautes-Alpes dont nous avons parlé ci-<lessus. 11 y distingue aussi, de bas en haut, dans la formation jurassique, un calcaire à Bélemnites, désigné sur la carte sous le nom de calcaire à Gryphées^ et caractérisé par les fossiles que nous avons cités (antè, p. 577), des schiêieê calcaires remplis de Lucines, un calcaire marneux gris foncé avec des nodules géodiques, ou marnes de Meylan près de Grenoble, un calcaire compacte, grisâtre, traversé par des veines
(4) 2 vol. in-4, avec 4 9 planches, Paris, 4779. \%) In.8, Grenoble, 4 834.
de calcaire apathique que nous avons déjà vu, nommé calcaire de la Porte de France,
Comme précédemment, ces quatre divisions réunies constituent pour l'auteur le second étage du lias. On les observe surtout dans la partie orientale et méridionale du département, le long du Drac et de risère, mais dans sa partie nord, sur la rive gauche du Rhôùe, dans un espace triangulaire compris entre Vertrieu, Braugucs et Saint- Alban, d'autres roches jurassiques sont désignées et coloriées sous la dénomination de calcaires oolithiques. A partir de la rive droite du Drac, dans le bassin de la Romanche et au nord, sont encore indiqués plusieurs affleurements de gi^ès à anthracite. Nous nous bornerons à ce peu de mots sur ce premier travail de M. Gaeymard, qui en donna un autre beaucoup plus étendu sur le même sujet.
A la suite d*un voyage dans le sud-est de la France, MM. Ewald et Beyrich (1) reconnurent que la partie supérieure de la formation jurassique de ce pays, composée de calcaires compactes, représen* tait le groupe uolilhique moyen, et se prolongeait avec des caractères d'une uniformité remarquable , depuis la Suisse jusqu'en Provence, à travers la Savoie et les départements de l'Isère et de la Drôme. Presque partout ces calcaires renferment des Ammonites de la section des planulati et des Aptyckus. Les assises dans lesquelles sont ouvertes les carrières de la Porte de France, près de Grenoble, appartiennent à cette division, ainsi que les roches au pied desquelles coule la Durance, entre Valdrome et le Lac, celles qui composent la montagne de Crussol, près de Valence, et beaucoup d'autres en Provence. Vers le bas, ces calcaires passent souvent à des marnes qui représenteraient l'argile d'Oxford. Cette partie, la plus élevée de la formation qui existe dans ce pays, repose, souvent, immédiatement sur le lias ; ou bien, on observe des couches intermédiaires, telles que celles qui renferment des Ammonites en fer oxydé à Digue , à Castellane , et dont les espèces rappelleraient celles de l'oolithe inférieure du nord de la France. On peut déjà voir combien était juste ce coup d'œil jeté par deux jeunes géologues allemands en passant sur notre sol.
M . Bertrand Geslin (2) a fait observer que les gypses de Champs
(0 Bull., 1" sér., vol. X, p. 324, 4839. ^ Arch.fur Miner, von Karten und Dcclwn^ 4 839.
(2) Ihid., vol. IV, p. 404, 4 834.
et de Vizillc, saccharoîdes, blancs, veris, et plus ou moins (alqoeox, formaient des amas allongés dans le calcaire noir, schisteux, avec Bélemnites du lias, qu'ils étaient accompagnés despilitc ou d'amygdaloîdes, avec dos nodules de fer oxydé et carbonate, de calcaire spathique et de veines de fer oligiste. Le calcaire, an contact de la roche ignée, est à l'état de dolomie grenue, \iolacée, jaune, renfermant des paillettes de fer oligiste. Ces gypses seraient arrivés tout formés à la place où on les observe, et eu même temps que les amygdaloîdes.
A Champs, le lias, observé en 18û0 par les membres de la Société géologique (1), est compris entre deux masses de spilite et de variolite du Drac. Au contact de la roche ignée et du gypse est un conglomérat coipposé de fragments des deux roches. Le fer oligiste en cristaux est fréquent à la jonction du gypse et de la spilite. L*anhydrite, qui domine dans les exploitations de Vizille, est employé pour la marbrerie. On n'y voit pns à la vérité de spilite, mais un conglomérat métamorphique de calcaire magnésien et de roche schisteuse avec fer oligiste.
Suivant M. Gueymard, les calcaires du lias des environs sont d'autant moins chargés de magnésie qu'ils s'éloignent davantage de l'agent igné, et M. S. Gras regarde la spiliie comme n'étant ordinairement qu'un calcaire transfornté plus tard, sur place, en une roche pyroxénique par des gaz provenant de l'intérieur. Pour lui, les spîlites, le gypse et les dolomies ne seraient que différents produits en rapport avec des différences correspondantes dans le mode d'action des agents du métamorphisme. Cette opinion a été combattue par plusieurs membres de la Société. iM. Coquand, entre autres, regarde le gypse comme antérieur aux spilites et en étant tout à fait indépendant. Dans le vallon de Champs, les deux dykes de spilite, l'un dans le lias, Taulre dans le gypse, ont seulement soulevé les roches préexistantes en s'y introduisant. Pour M. Itier, le gypse serait plus récent que la dolomie, et par conséquent que les spilites, les émanations sulfuriques pouvant transformer la dolomie en sulfate de chaux, tandis que les vapeurs magnésiennes ne peuvent changer le sulfate de chaux en dolomie.
(4) Bull,, 4'« sér., vol. XI. p. 383, 4 840. - Voyez aussi. Coupe (lu vallon de combes, près de Champs ^ par M. Gueymard [StatisU miner. ^ gêol., etc., du département de l'Isère, p. 279, et pi. I, fig. 22).
Aax environs de la Mure, les localités de NantisoQ et du Peychagnard (p. 392) sont intéressantes à étudier pour les relations du lias avec les grès anthracifères dont nous avons déjà parlé dans les * Hautes-Alpes. A Nantison, le lias plonge de SO"" à Të.-N.-ë. , et les grès avec schistes et anthracite de UO' au N. , de sorte que la discordance est aussi frappante que la différence des caractères minéralogiques des roches. Il en est de même dans la montagne du Peychagnard, où le grès avec les couches de combustible qu'il renferme est sub-vertical et surmonté par la masse du lias constituant une sorte de dôme presque horizontal. C'est l'assise inférieure de ce dernier groupe qui s'appuie sur la tranche des couches à anthracite, comme on l'observe à Nantison. On jie peut donc voir dans ces dernières les équivalents des étages inférieurs du lias des autres pays, et les fossiles viennent confirmer les déductions résultant des différences stratigraphiques et minéralogiques. La Gryphœa cymbium, paraissant être le seul fossile trouvé dans ce lias, semblerait annoncer d'un autre côté que les deux étages inférieurs n'y sont pas représentés.
Les faits précédents avaient été déjà constatés par M. S. Gras (1) dans les travaux exécutés à la mine du Hocher- Blanc, et pi us «tard le même géologue (2j est revenu sur ce sujet en citant des Bélem- Dites dans des schistes argilo-calcaires qui appartiendraient à l'horizon des grès à anthracites, parce que, dans leur prolongement au N.-N.-E., ils se lient intimement è des roches talqueuses et à des dépôts anthraciteux au-dessus de Laval, de Saint-Agnès et de Saint-Mury. C'est cet ensemble de couches arénacées, argilo-calcaires, qui plonge sous le lias au Peychagnard, à Laffrey, etc. Aux calcaires du lias succèdent des schistes argilo-calcaires renfermant aussi des Ammonites que l'auteur rapporte encore au lias, mais dont il ne donne pas les noms, puis de nouveaux bancs de calcaires grenus, quelquefois compactes, alternant avec des calcaires schisteux. Celte série de couches, qui constitue le sommet des plus hautes montagnes situées entre le Drac et la route de Vizille à la Mure, plonge à
(1) Bult,^ 1'« sér., vol. X, p. 243, 1839. — Sur les mines d'anthracite du canton de la Mure {Bull. Soc. statist.^ etc., de l'Isère^ vol. IV, p. 32).
(2) Introduction h un essai sur la constitution gêol. des Alpes centrales y de la France et de la Savoie (Bull., 2* sér., vol. I, p. 71 7, 4 844). — Bull. Soc. statist. de^ se. nat,, etc., du département de l'Isère, vol. m, p. 34 3, 1843-1845.