‹ Histoire des progrès des science naturelles, depuis 1789 jusqu'a ce jour (volume 3)Chapitre 5 sur 6 · ANIMALES, ET ZOOLOGIE · texte numérisé non relu

ANIMALES, ET ZOOLOGIE

Les recherches de M. Cuvier sur les animaux fossiles ont ordinairement exigé des discussions préliminaires, sur les espèces admises par les naturalistes, qui ont presque toujours été la source de quelques observations utiles à Favancement de la zoologie proprement dite. C'est ainsi que dans son mémoire sur lostéologie du lamantin, en considérant l'organisation des mammifères amphibies, il est conduit à séparer des phoques et des morses les dugons, les lamantins, et l'espèce décrite par Steller, qui avoit été confondue avec ces derniers animaux. Ces trois genres forment une famille qui se distingue entr'autres par l'absence totale des extrémités postérieures et par des dents d'herbivores : il réduit à deux les quatre espèces de lamantins établies par BufFon, et donne des caractères exacts à celles qu'il admet dans ces différents genres.

Dans un autre mémoire sur les chats le même auteur donne les caractères ostéologiques de la tête

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des principales espèces de ce genre, et il en fait» connoître une qui n avoit point été reconnue par les naturalistes modernes. Cette nouvelle espèce a reçu 4e nom de léopard , qui étoit devenu synonyme de panthère, faute de pouvoir en faire une application exacte. Elle diffère de cette dernière espèce par une taille moindre et des taches plus nombreuses.

M. Geoffroy avoit depuis long-temps formé sous le nom d^atèles une division particulière des singes dépourvus de pouces aux mains, que jusqu'àlors on avoit confondus avec les sapajous par la considération de la queue prenante qui est commune à tous ces animaux. Il a ajouté deux espèces nouvelles à celles qu'il avoit déjà fait connoître, et en a donné des figures et des descriptions : Funç, à laquelle il donne le nom d'arachndide et qui est fauve, avoit seulement été indiquée par Edwards et Broven; l'autre, nommée encadrée, est entièrement nouvelle ; elle est noire avec des poils blancs autour de la face.

Le même membre a donné la description de deux oiseaux, Tun niai connu, l'autre tout-à-fait nouveau : celui-ci a des rapports avec le corvus nudus et avec le corvus calvus; mais ils diffèrent assez pour former trois genres distincts que M. Geof^ froy étabUt sous les noms de céphaloptère , qu'il

n54 ANATOMIE ET PHYSIOLOOIE ANIMALES,

donne à sa nouvelle espèce, de gymnoderus^ qu'il applique ùuconmsnudus, et de gymnocephalus ^ par lequel il distingue le corvus calvus.

Le céphalaptère est noir, avec une huppe très élevée qui retombe en avant sur le bec, et une sorte de fanon aussi couvert de plumes. Les unes et les autres de ces plumes sont d'un violet métallique.

Le second oiseau , qui est du Mexique comme le précédent, avoit été décrit, mais imparfaitement ^ par Marcgrave, sous le nom de cariama. M. Geoffroy la voit considéré, d après cette description, comme voisin de lagami; mais aujourd'hui qu'il se trouve dans la collection du Muséum d'histoire naturelle, ce naturaliste le regarde comme devant former un genre à part, auquel il donne le nom de microdactylus.

Les tortues ont aussi fait pour M. Geoffroy le sujet d'un mémoire intéressant. Ayant observé en Egypte la tortue du Nil , indiquée par Forskal , il a été conduit à former un genre particulier de toutes les autres tortues qui, comme celle-ci, ont l'extrémité des côtes libres et une carapace molle. Il les a nommées trionix, et a ajouté plusieurs espèces nouvelles à celles qui étoient déjà connues. M. Brongïiiart, dans son beau travail général sur les reptiles, avoit joint celles-ci ksesémydes, en observant toutefois les caractères qui lesdistinguoient des autres es-

pèces de ce genre, dont la carapace est complète et recouverte d'écaillés. M. Geoffroy réunit en outre au genre chelys de M. Duméril la tortue décrite par Bartram sous le nom de tortue aux grandes écailles molles, et découverte par ce voyageur dans TAmérique septentrionale.

Ces animaux offrent un exemple frappant des progrès de la zoologie dans ces derniers temps. Le nombre des tortues connu il y a vingt ans étoit à peine de trente, et aujourd'hui il est au moins du double plus grand. C'est ce que nous apprend, entre autre choses, le travail de M. Schweiger, dans lequel il a entrepris de donner une monogra* pbie générale de toutes les tortues. Ce bel ouvrage, accompagné de descriptions exactes d une synonymie très étendue , et de figures dessinées avec beaucoup de soin par M. Oppel, a été soumis à lexamcn de llnstitut, dont il a obtenu les suffrages.

La classe des poissons s est aussi enrichie de beaucoup d'espèces nouvelles. MM. Kisso et Delàroche, qui se sont particulièrement occupés de cette branche de zoologie, nous ont communiqué leurs observations. Le premier les a faites sur les poissons du golfe de Nice , et l'autre sur les poissons de la mer qui environne les îles Baléares.

M. Delaroche a fait des recherches intéressantes sur la profondeur à laquelle chaque espèce de pois-

son vit habituellement , sur la pèche de ces animaux et sur la vessie natatoire. Nous parlerons Jj^ientôt en détail de cette dernière partie de son travail.

Les expériences physiologiques sont sans contredit celles qui exigent le plus de loisir , le plus de patience , et où il est le plus difficile d apporter cette exactitude rigoureuse si importante et si nécessaire dans les sciences. Cependant M. de Humboldt, au milieu d un voyage où les obstacles et les dangers se renouveloient chaque jour, s'est occupé d'expériences délicates sur plusieurs des phénomènes de la vie. Il nous a communiqué les recherches qu'il a faites en Amérique sur la respiration du crocodile à museau aigu; elles Font conduit à reconnottre « que cet animal , malgré le volume de « ses bronches et la structure de ses cellules pul- « monaires, souffre dans un air qui ne se renou- « velle pas; que sa respiration a beaucoup de len- « teur : dans lespace d'une heure et quarante*trois tt minutes un jeune individu de trois décimètres « de longueur n'a enlevé, dans l'air ambiant, qu'à- « peu-près vingt centièmes cubes d*oxygène. »

Depuis son retour en France M. de Humboldt, conjointement avec M. Provençal, a fait d'autres recherches sur la respiration des poissons. Les expériences de ces savants , qui sont nombreuses , et

qui ont une exactitude que comportent rarement de tels sujets , les ont conduits à des résultats assez importants.

Les expériences deSpallanzani et celles de notre confrère M. Sylvestre avoient démontré que ce n est point en décomposUnt Teau que les poissons respirent, comme quelques physiciens lavoientcru, mais en enlevant Toxygène mêlé ou dissous dausce liquide, ou en venant à la surface de leau le recueillir immédiateipent d'ans latmosphère. Cétoit à ces observations que se bornoient nos connoissances sur cette matière : on*navoit point encore établi la nature et la quantité* des gaz qui étoient absorbés par ces animaux dans lacté de la respiration , ni les résultats de ces phénomènes. Les expériences dç MM.. de Humboldt et Provençal ont pour but principal ces questions encore indécises. Pour cet effet ils considèrent les poissons dans leur état naturel respirant leau des rivières; puis ils aaminent Faction des branchies sur Teau ambiante imprégnée d oxygène et d azote, d acide carbonique, ou d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène, et ils traitent ensuite des changements que pioduisent les poissons sur les différents fluides aériformes dans lesquels on les plonge.

Sept tanches {cyprinus tinca) ont été placées sous une cloche remplie d eau de rivière , et qui en con-

BUFPON. GOMPLSM. T. 111.

lanoit 4)000 centimètres cubes; après huit heures et demie de respiration les poissons ont été retirés de cette eau , et l'analyse .qu'on a faite de Fair qui s'y trou voit encore a montré que dans cet espace de temps les poissons avoieqt absorbé ï45,4 d'oxygène, 57,6 d'azote; et que iSa d'acide carbonique a voit été produit; d'où il résulte, comme l'observent nos auteurs, «que dans la respiration des « poissons soumis à cette expérience le volume de u l'oxygène absorbé excédoit seulement de deux « tiers le volume de l'azote disparu, et que plus « d'un huitième du premier n'avoit pas été con- « verti en acide carbonique. »

Les poissons souf&ent dans l'eau entièrement purgée d'air; et après une vingtaine de minutes ils tombent au fond du vase sans mouvement. Dans l'oxygène pur ces animaux paraissent îespirer avidement et écarter davantage leurs branchies. Dans l'azote et l'hydrogène ils tiennent leurs branchies fermées, semblent crainclre le contact de ces gaz, et meurent bientôt après avoir été plongés dans l'eau qui les contient. L'acide ocirbonique enfin les tue en peu de minutes; mais les poissons n'absorbent pas seulement par leui*s branchies l'oxygèoe et l'azote; toute la surîacede leur corps a la faculté d'agir sur ces gaz et de se les assimiler. ^Après avoir retiré les poissons de l'eau saturée des gaz délétères

et en avoir fait lanalyse, on a trouvé dass ce U* quîde quelques portions d'acide carbonique ; mais commeil ny avoit pointeu d oxygène absorbé, il est vraisemblable , comme Fobsei'veiW: MM. de Humboldt et Provençal, que cet acide n étoit poifit le résultat de la respiration, mais qu'il avait été exhalé par la surfkce du corps. Tels sont les points principaux de ce travail, qui .contient beaucoup d'autres ob^vatioqs utiles et d'aperçus intéressants sur la physiologie des poissons , que les bornes de cette notice ne nous permettent point de rapporter. ,

Nous ne pouvons cependant, en parlant de la respiration , passer sous silence un mémoire que M. Proveiîçal a lu à l'Institut, sur la respiration des mammifères auxquels on a coupé les nerfs de la huitième paire. Nous avons déjà parlé des expé^ riences qui ont été faites pour constater l'influence de des nerfs sur la respiration; elles démon trentcette influence : mais il restoit des doutes sur la mdnière dont elle s^exerce. M. Pï-ovcnçal a voulu reconnoîtresi 1 animal auquel on a çotipé les nerfs de la huitième paire absorbe autant d'oxygène, et produit la*mêmequantité'd'acide carbonique avantqu'après l'opération. De nombreuses e^périen^ces faites avec soin ont dqmdntré que l'animal après la section des^nerfs absorboit^ôins d'oxygène, et prodnisoit

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ipoins d!acide carbouique qu avant cette section; mais -ces changements ne se produisent que par gradation. Dabord la respiratioq ne paroit point afFoiblie ; bientôt elle s exécute avec moins de force; enfin ces phénomènes cessent tout-à-fkit, mais vraisemblablement par la cessation des fonctions mécaniques de la poitrine. Il étoit intéressant de vérifier si la chaleur animale diminueroit dans les mêmes proportions que ]fL respffatioa; aussi M. Provençal a-t-il fait tontes les expériences nécessaires pour résoudre cette question; et il paroit qu'en effet la température diminue bientôt après que les nerfs ont été coupés, et que la respiration est ralentie.

Les fonctions des organes dont Faction vient de nous occuper sont bien connues; mais il existe chez les animaux un certain nombre dautres organes dont les fonctions ne sont point évidentes, et sur l'usage desquels lesopinions des physiologistes sont encore partagées. De ce nombre est la vessie natatoire des poissons. Cet organe singulier, qui ne se trouve que'dans cette classe d animaux, ne se rencontre cependant pas dans toutes les espèces ; et il montre tant de variétés dans son organisation qu'au premier aperçu on pounoit croii« que sa destina: tion chez les unes n est pas la même que chez les autres. Généralement cette vessie est remplie d*air

et composée de deux membranes. Quelquefois elle communique avec lestomacpar un canal ; d^autres fois elle na aucune communication apparente 5 et dans ce cas elle contient un organe particulier d'une couleur rouge et d'une structure lamelleiisé, suivant les observations de M. Duvémoy. Cependant il y a des vessies qui sont pbui'vues de ces corj)S rouges, et qui ont un canal; et quelques unes, mais en plus petit nombre, ont des muscles propres. Les opinions des auteurs vailent sur le but de cet organe et de ses différentes parties : en général ou a pensé qu'il servoit à faire changer la pesanteur spécifique des poissons, et que pour cet effet l^nimal au moyen de ses muscles coniprimoit cet organe et en faisoit varier les dimensions , suivant qu'il avoit besoin de rester en équilibre, de monter ou de descendre 4ans le milieu où il se trouvoît. Quant à la manière dont l'air y arrive on a cru que c'étoit au moyen du eailal dans les vessies qui en sont pourvues, et au moyen des glandes par sécrétion dans celles qui n'ont point de communication audehors. De plus on sait, par les expériences de M. Biot, que cet air est un mélange d'oxygène et d'azote, et que sa nature varie suivant que le poisson vit à des profondeurs différentes ; de sorte que les espèces qu'on retire du fond de la mer contiennent une fort grande proportion d'oxygène, tandis

que celles qui viennent de la surface donnent plus d*azote. M. Delaroche ayant recueilli un très grand nombre de poissons dans la Méditerranée a examiné leur vessie natatoire, et en a décrit pluùeursqui.ne Tétotent point encore; il a vérifié les expériences de M. Biot, et a été conduit, sur les u$af][esde la vessie ^à-peu-près aux mêmes résultats que les naturalistes qui s en étaient occnpés avant lui.

Cette vessie a aussi £àit le sujet de quelques recherches pour MM. de Humholdt et Provençal. Us ont voulu voir quels étoient les rapports de cet oi^ gane avec la respiration. Les résultats principaux de leurs expériences soRt que Tair contenu dans la vessie natatoire ne dépend point de Tàir mis en contact avec les branchies ; que Tabsencè de cet organe ne nuit point à la respiration, mais quelle parott nuire à la production du gaz acide carbonique; enfin ils ont vu des tanches auxquelles la vessie natatoire avoit été enlevée nager, s'élever et s'enfoncer dans leau avec autant de facilité que celles qui en étoi^it pourvues.

Ces travaux ont donné lieu à un rapport très détaillé de M. Cuvier où il fait connoitre toutes les recherches qui ont été entreprises sur la vessie natatoire des poissons, et où il traite de nouveau les diverses questions qUa fait naître ce sujet. Après

uae discussion approfondie il arrive aux résultats généraux dont nous avons parlé plus haut , et montre tout ce qui reste encore de douteux sur cette matière.

Il est encore d autres expériences dont les physiologistes pourroiçnt tirer le plus grand parti; ce sont celles qui auroîent pour but laction quexerceroient les substances des divers>règne$. sur le corps des animaux , Lorsqu'on les introduiroit dans la circulation. La médecine à la vérité offire beaucoup d'observations de ce genre; jnais çUes sont encore peu nombreuses en comparaison de celles qui pourroient être tentées.

MM. Magendie et Delile ont fait part à llnstitut d expériences faites sur les animaux au moyen de la matière avec laquelle les naturels des îles de Java et de Bornéo empoisonnent leurs flèches. Cette subst$i»ce est axtraitie d^ Yupm tieute, plante voisine des apocins. Lçs expériences de ces jeunes médecins ont été nombreuse»,^ et la plupart, faites sur des chiens. Soit qu on ait introduit ce poison dans le corps de Tanimal par les vaisseaux absorbants , soit qnbn lait versé dans les plaies ou dans lés intestins, les mêmes phénomènes ont eu lieu : les animaux sont morts dans les convulsions générales. Cette substance paroit exciter particulièrement la moelle épinière, et ne pénétrer dans le corps que par la

264 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, circulation; elle ne semble agir que très indirectenient sur le cerveau, et elle donne ainsi la preuve quil existe entre ces deux parties essentielles du système nerveux une indépendance^que lanatomie ne démontroit point.

M. Vauquelin a fait aussi quelques expériences de ce genre: à la suite de son analyse chimique du suc de la beUadonne A parle de TelFet de cette substance sur les animaux. Ceux auxquels il en avoit fait avaler tomboient dan$ une ivresse, dans un délire absolument semblable à celui que produit Topium,

M. Sage a rapporté, sur le même sujet, d^autres expériences que le hasard lui a procurées ou qu'il a recueillies dans les auteurs, et qui confirment Tac* tion de ce.suc sur le système nerveux, et particulièrement sur le cerveau.

Un jeune médecin dont nous avons déjà eu*occasion de parler dans nos rapports annuels, Bi?. Nysten , a cherché à reconnoître l'effet de différents gaz injectés d^^ns les vaisseaux sanguins des ani^ maux; il a mis en usage la plupartde ceux qui sont connus : Tair atmosphérique, le gaz oxygène, les gaz oxydulé d'azote, acide carbonique, oxyde de carbone ^ phosphore, hydrogéné , etc. , ne sont nullement délétères. Les gaz muriatique, acide nitreux, et ammoniac, semblent agir en irritant très vio-

lemment Foreillétte droite et le ventricule pulmonaire. Les gaz hydrogène sulfuré, oxyde d azote, azote, nuisent à la contractîlité de ces parties ; d autres enfin changent tellement la nature du sang que la respiration ne peut plus le convertir de veineux

en artériel , etc. , etc.

Le phénomène le plus important de la physiologie des animaux, celut d où dépendent en quelque sorte toutes leurs fonctions , c'est la production plus ou moins forte de chaleur qui résulte de leur respiration. La chimie a prouvé dans ces derniers temps que cette chaleur tient à la combinaison de Toxygène de l'atmosphère, avec une partie des éléments du sang , ce qui fait de la respirationune véritable combustion; mais un médecin anglois, le docteur Fordyce, avoit découvert que Tbomme et les autœs animaux à sang chaud renfermés dans un air plus chaud qu eux nen prennent pas la température, et qu'ils font pendant long-temps baisser le thermomètre à leur température naturelle. Il sembloit donc que dans ce cas la vie, au lieu de produire de la chaleur, produisoit du froid, et Ion ne savoit comment accorder ce phénomène avec lia théorie générale de la chaleur animale.

Franklin soupçonna qu'il tenoit à ce que la

transpiration , augmentant avec la chaleur, en compense reflet j car il est reconnu en physique que toute évaporation produit du refroidissement.

M. Delaroche le fils, docteur en médecine, avoit publié il y a quelques années des expériences faites en commun avec M. Berger, et où ces deux physiciens avoient déjà observe une augmentation très sensible de chaleur dans les animaux exposés à une haute température, quand on trouvoit moyen d'arrêter leur transpiration. H vient de les reprendre a'vec une exactitude nouvelle dans des atmosphères entretenues constamment à une humidité telle qu'il ne peut s'y faire de transpiration ni par la peau ni par le poumon ; et il a constaté que les animaux non seulement s y échauffent à un certain point, mais y prennent même toujours une température supérieure à celle du milieu , parceque la chaleur produite par leur respiration s*ajoute à celle qu'ils reçoivent de l'atmosphère qui les entoure. H a donc à-la-fois réfuté une propriété chimérique attribuée à la force vitale, et prouvé que l'illusion venoit uniquement de la cause soupçonnée par Franklin.

Nous avons rendu compte il y a deux ans d'expériences faites par M,. Dupuytren, inspecteur-gésnéral de l'Université, lesquelles tendoien t à prouver qu'il ne suffisoit pas à L'exercice de la respiration

que 1 air pénétrât dans^le {XHimon par le-jeu méea* nique de la poitrine, ni que le sang y circulât librement par rimpulsion du cœur, mais que le concours des nerfs propres de lorçane pulmonaire y étoit encore nécessaire. Ces exj)ériences consistoient à couper des nerfs de la huitième paire qui vont, comme ion sait, au larynx, aux poumons, au cœur, et à lestomac ; aussitôt la section faite ranimalcommençoit à dépérir, et le sang cessoit de prendre le caractère artériel à son passage par le poumon, quoique les fbnctians accessoires dont nous venons de parler ne fussent pas (^aas un degré proportionné à un pareil effet.

Quelques physiologistes ont repris le même sujet, et ont attaqué les résultats de M. Dupuytren. D une part M. BlainviUe a observé comme Haller et. d'autres, à la suite de la section de la huitième paire, des dérangements dans les fonctions de lestomac,qui lui ont paru contribuer à la mort des animaux, au moins autant que ceux des fonctions pulmonaires. lia même jugé d'après ses expériences qu'il n'y avoit point d'interruption dans la conversion du sang veineux ou artériel. De l'autre côté M. Dumas, correspondant de l'Institut, et professeur à Montpellier, ayant fait pénétrer de lair dans le poumon des animaux qui avoientsubi cette opération, a vu leur respiration reprendre son action

sur le sang ; d où i) a conclu que la section des ncrls altère d'abord les foncttons préliminaires ou occasionelles de la respiration , et seulement d^uiie manière médiate la respiration même. Mais le fait même de laltération de la respiration étant mis en question par M. Blainville, M. Provençal , nouvelleûient nommé correspondant, s'est occupé de le constater , et ses expériences lui ont paru prouver qu'il y a réellement asphyxie , et que le sang reste noir. Cependant la discussion élevée entre M. Dupuytren et M. Dumas subsistoit toujours; et dans le cas où lopinion^e M. Dumas se trouveroit juste, il resteroit encore à déterminer quelle est ceHe des fonctions préliminaires qui est altérée.

M. Legallois, docteur en médecine, qui a fait des expériences ti'ès intéressantes sur les effets plus ou moins prompts de l'asphyxie dans les animaux de différents âges, et remarqué que les plus jeunes en périssent plus tard, a observé que la section de la huitième paire n'amène pas la mort, suivant cette loi ; qu'au contraire )es très jeunes animaux sont saisis d'une suffocation qui les tue en peu de temps. L'exanien de cadavres lui a bientôt prouvé que dans ce cas la mort résulte d'un rétrécissement subit du larytlx; et que si, dans ces premiers moments , l'on perce la trachée la respiration reprend son activité. Ce rétrécissement ne produit cet effet

que dans les jeunes animaux, parceque leur larynx est comme on sait proportionnellement plus étroit que dans les adultes^

M. Legallois ayant ensuite examiné les poumons de beaucoup d animaux d'âge plus avancé, auxquels )a huitième paii^e avoit été coupée , les a trouvés gorgés ^e sang au point que quelquefois ils s'enfonçoient dans leau, et leurs vtésicules remplies d'un épancheraent séreux qui finit par obstruer les bronches : cest, selon M. Legallois, cet épanchement qui arrête l'accès de lair et qui produit la mort.

Il est donc vrai, d'après ce médecin , que les animaux meurent d asphyxie, et que cette asphyxie provient du défaut dair; mais il resteroit vrai en même temps que les altérations primitives, dont

I effet subséquent est d'empêcher l'arrivée de l'air, ontlieu dans le tissu intime de l'organe pulmonaire, et dans le jeu propre de ses vaisseaux.

M. Nystenydocteur en médecine, a présenté des expériences curieuses concernant les effets que produisent sur l'économie animale les différentes espèces d'air quand on les introduit dans les vaisseaux sanguins et dans les cavités séreuses du corps.

II a reconnu que les gaz , qui ne sont pas nuisibles par eux-mêmes , agissent miécaniquement, et que, lorsqu'ils sont injectés dans les veines en assez grande quantité pour gonfler le cœur au point

d*iDterrompre la circulation , ils tuent lanimal Seulement à cause de cette interruption. Si la quantité en est assez petite pour que la contraction du cœur puisse en. vaincre la résistance la mort n arrive pas , il y a seulement de la douleur et du malaise; si le gaz est d^une nature soluble son èflfet est encore moins marqué ; mais les gaz n uisibles^telsque le muriatique oxygéné, l'hydrogène sulfuré, etc., agissent en irritant, en occasionant ded douleurs vives ; et quand on les injecte dans la plèvre ou dans le péritoine ils y produisent des inflammations violentes.

Cependant les gaz qui ne produisent d abord qu'un efFet mécanique peuvent, quand ils sont time fois dissous dans le sang, avoir une influence plus ou moins dangereuse sifr leconomie. L'oxygène pur donne une attection catarrhale, mais naflbiblit point; tous les autres aAbiblissent plu» ou moins, et diminuent Fappétit et le sommeil. L'fiir atmosphérique, rhydrogène, Thydrogène phosphore, augmentent la sécrétion muqueuse du poumon, etc.

Ce qui est remarquable c'est que les effets délétères des gaz injectés ne sont pas proportionnels à ceuxdes mêmes ^az inspirés ; cependant onsoutîent la vie des animaux à qui on fait respirer des gaz délétères en leur injectant de l'oxygène.

L anatomie des animaux des classes inférieures , communément appelés a sang, blanc, et que M. de La Marck désigne sous la dénomination d'animaux sans vertèbres, a fait de grands progrès depuis une vingtaine d'années, et a servi de base aux classifications nouvelles que les naturalistes ont adoptées pour cette partie du régne animal. Il restoit cependant encore des doutes à Tégaid de quelques familles, dans le nombre desquelles étoit celle qui comprend les araignées et les scorpions. L'on n avoit pas d'idées justes de leurs organes de circulation et de respiration ; et en conséquence on hésitoit sur la place qu'il falloit leur assigner.

M^ Cuvier s'est occupé de cette recherche, et a fait, entre autres travaux nécessaires à son succès, une anatomie complète du scorpion. On observe dans cet animal un vaisseau musculeux qui régne le long de son dos , et qui éprouve des mouvements très sensibles de systole et de diastole ; il tient lieu de cœur; sous le ventre sont huit ouvertures ou stigmates qui donnent dans autant de bourses blanches placées à l'intérieur, et ^que l'on doit considérer comme autant de poumons. Chacune de ces bgurses renf(grme .un organe composé d'un grand nombre àe petites lames très déliées, entre lesquels il est probable que l'air se filtre. Deux vaisseaux partent du grand vaisseau dorsal pour se[

272 AMATOMIE ET PHTSI0L06IE ANIMALES,

rendre à chaque bourse et se ramifier sur sa membrane. L-auteur les regarde lun comme une artère, l'autre comme une veine , et suppose que ce sont les vaisseaux pulmonaires. D autres vaisseaux partent du même tronc dorsal pour se rendre à toutes les parties. Le canal intestinal des scorpions est droit et grêle; leur foie se compose de quatre paires de grappes glanduleuses qui versent leur liqueur dans quatre points différents de Tintestin. Le mâle a deux verges, la femelles deux vulves; ces dernières donnent dans une matrice composée de plusieurs canaux qui communiquent les uns avec les autres, et que Ion trouve au temps du part remplis de petits vivants : les testicules sont aussi formés de quelques canaux anastomosés ensemble.

M. Guvier a trouvé dans les araiguées des organes de circulation et de respiration semblables; seulement on n y compte que deux paires de bour^ ses pulmonaires ; mais dans tes phalangiums ou faucheurs il y a de véritables trachées, comme M. Latreille Ta voit déjà fait connoitre.

Le même membre a donné nn mémoire $ur lanatpmie de c^tains mollusques, ap^elésacères ou sans cornes, parcequils nont pj^int de filaments charnus qui servent aux genres voisins dorganes principaux du toucher. Leurs coquilles sont rangées par les naturalistes dans le genre bulla; quelques

espèces les ont si minces, et tellement cachées sous la peau, qu'on ne peut y découvrir ces coquilles qu en les disséquant. Ce que leur anatomie oiïre de plus remarquable c'est que leur estomac est armé de plaques pierreuses que Ion a prises quelquefoispou r de véritables coquilles.

M. Péron , correspondant, que les sciences viennent de perdre au moment où il alloit commencer la publication des immenses richesses qull avoit recueillies avec son ami M. Lesueur dans le dernier voyage aux terres Australes, a présenté cette année un mémoire sur dautres mollusques qui appartiennent à la famille appelée Ptéropodes par M. Guvier, parceque les animaux qui la composent n'ont d autres organes du mouvement que des espèces d'ailes ou de nageoires. M. Péron en fiiit connoître entre autres un genre nouveau qu'il nomme cym* bulie, très remarquable par une espèce de nacelle cartilagineuse, dans laquelle il navigue, et qui ressemble presque à celle du genre de sèche plus anciennement connue sous le nom d'argonaute. Il paroît toutefois que quelques uns des genres placés par M. Péron dans cet ordre des Ptéropodes n appartiennent pas véritablement à cette famille. Tels sont sur-tout les carinaireSy les ptérotrachées y et les glaucus, qui appartiennent tous à Tordre des gastéropodes ou limaçons.

BVFFON. COMPLVM. T. III.

M. Bosc a fait contiottre un g^enre nouveau de vers intestinaux qu'il nomme tétragule, et dont il a découvert une espèce dans le poumon d'un cochond'Inde. Un corps aplati, plu^ gros en avant, des anneaux nombreux garnis au-dessous de courtes épines, la bouche à l'extrémité antérieure accom- ' pagnée de chaque côté de deux gros crochets mobiles 9 lanus à lextrémité opposée , caractérisent ce genre.

Le public a entendu parler d'un très grand poisson, du genre des chiens-de-mer, qui a été apporté dans le courant du mois dernier. M. Blainville vient de présenter à Tlnstitut diverses observations sur son anatomie. La petitesse de ses dents, son gosier étroit, les filaments charnus qui le garnissent, ne lui permettent guère, malgré son énorme taille, de vivre de grands animaux. lia vésicule du fiel est fort éloignée de son foie, et rapprochée de l'intestin comme celle de 1 éléphant, etc.

M. Geoffroy-Saint-Hilaire, membre de llnstitut et professeur de zoologie au Muséum d'histoire naturelle, continue le grand travail qu'il a entrepris sur les quadrupèdes , et a lu cette année des recherches fortcurieuses sur plusieurs tribus de la famille des chauve^souris. Après avoir fait sentir de quelle importance doivent être dans l'économie de ces animaux ces expansions cutanées qui forment leurs

ailes, leurs oreilles, et les crêtes dont leur museau est orné, il tire parti des diverses formes de ces expansions pour diviser la famille des cfaauve-souris en plusieurs genres. M. Geoffroy avoit déjà il y a quelques années, conjointement avec M. Cuvier, établi sous le nom de phyllostome un genre composé des espèces qui portent une feuille sur le nez. Il montre maintenant que ce genre doit être subdivisé en deux; les vrais phyllostomes, tous du nouveau continent, ont une langue et des lèvres disposées pour sucer; aussi est-ce à ce genre qu'appartiennent les chauve-souris nommées vampires, qui sucent le sang des animaux endormis , et auxquelles lexagération ordinaire des voyageurs avoit attribué la faculté de fisiire périr ainsi les hommes et les grands quadrupèdes. L'autre genre, que M. Greoffroy nomme mégaderme, ne se trouve que dans l'ancien continent; sa langue n*est point organisée pour la succion ; ses oreilles sont si larges qu'elles s'unissent l'une à l'autre sur le sommet de la tète, et son os intermaxillaire demeure cartilagineux. Il forme un chaînon marqué entre le genre des phyllostomes et celui des rhinolophes nommés communément chauve-souris ferà-chevaly à cause de la figure des membranes placées sur leur nez.

276 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, AKNÉE Igll.

Dans notre histoire de Tannée dernière , à l'occasion des recherches sur laction des nerfs de la huitième paire dans la respiration , nous avons dit un mot des expériences importantes par lesquelles M. Legallois, médecin de Paris, a prouvé que les très jeunes animaux peuvent vivre sans respirer pendant un temps d autant plus long qu'ils sont plus rapprochés du terme de leur naissance.

M. Legallois ayant fait subir dautres lésions à ces animaux très jeunes est arrivé à des résultats encore plus singuliers , qui ont fini par le conduire à résoudre une question débattue depuis près de deux siècles entre les anatomistes; celle de la part qu'ont les nerfs dans les mouvements du cœur.

Ayant décapité quelques uns de ces animaux il observa que leur tête continue à donner des signes de vie , précisément pendant le même temps pour chaque âge où les animaux de cet âge peuvent se passer de respirer; d'où il conclut que ces têtes ne meurent que par défaut de respiration.

On sait d'ailleurs , par les expériences de Fontana , qu'il est possible de prolonger la vie dans le tronc décollé, en insufflant de l'air dans les poumons. Le principe immédiat deJa vie du tronc est donc dans le tronc même.

On sait d autre ps^rt que la vie de chaque partie exige sa communication immédiate avec la moelle épinière par le moyen des nerfe , et une circulation libre dîu sang dans la portion de moelle qui fournit les nerfs à cette partie.

Cela posé, oadevoit croire que la simple destruction d'une portion de moelle épinière ne devoit affecter que les parties auxquelles cette moelledonne des nerfs; mais il en arriva autrement dans les expériences de M. Legallois. La destruction dune portion de mçelle tuoit promptement le corps entier, et faisoit par conséquent plus d'effet que la décollation même. •

M. begâllois , en examinant attentivement toutes les circonstances de ce phénomène, s aperçut que cette lésion afFoiblissoit et arrêtoit bientôt la circulation , que les artères se vidoient , etc. Il en conclut quelle tuoit médiatement, et en affoiblissant les mouvements du cœur.

Il vérifia sa conjecture par des expériences dont le succès peut paroître encore plus singulier que le premier phénomène. En diminuant par la ligature des artères , ou même par 1 amputation , le nombre despartiesauxquelles le cœur doit fournir du sang , on rend les forces qui lui restent suffisantes , parcequ'on lui laisse moins d'efforts à feire, et la lésion de la moelle est moins promptement mortelle;

ainsi un aaitnal dont on a coupé la tête périra ensuite moins ppomptement par la lésion de la moelle que si 011 lui avoit laissé sa tète; çt, comme une lé* sioa partielle de la moelle diminue beaucoup, au bout de quelque temps, la circulation dans les parties auxquelles la portion de moelle déti*uite donne des nerfs, la destruction dune portion de moelle domie la facilité d en détruire après quelque temps uqe autre portion sans causer si promptement la mort. Ainsi, quand on a coupé la tète d'un animal, il est plus aisé de détruire sa moelle cervicale sans tuer lé reste de son tronc ; et quand on a détruit sa moelle cervicale , il est plus aisé de faire cette opéra* tion sur sa moelle dorsale ; en sorte que Ton poûrroit faire vivre successivement chacune des tranches de son corps sans les autres si Ton pou voit y transporter le cœur et les poumons, et que la poitrine, qui contient ces organes, peu t conserver longtemps sa vie sans le concours d'aucune des autres parties.

Le résultat général et direct de cette belle suite d expériences c est que le mouvement du cœur dépead de toute la moelle épinière, qui exerce son influence sur lui par-Fintermédiaire du grand sympathique; et de cette manière on explique comment le cœur est affecté par les passions sans dépendre immédiatement du cerveau , et Ion achève de sou-

mettre à Fempire des nerfs le seul des organes musculaires où Faction nerveuse fÙt restée sujette à quelques objections ; enfin ^ comme la suppression du cerveau n afiecte point les mouvements du cœur^ tandis que celle de la mo*elle les détruit, To^ pinion avancée depuis quelques années par de grands physiologistes , que le cerveau n*est pas la source unique de laction nerveuse, mais que chaque partie du système nerveux exerce aussi une part dans cette action , se trouve pleinement confirmée.

Llnstitut a témoigné à M. Legallois une satisfaction toute particulière sur cet important travail.

M. Tenon , qui s occupe , malgré son âge avancé, avec une constance digne d'admiration , de .^on bel ouvrage sur les dents, nous a encore communiqué diverses observations sur la structure des organes qu'il appelle porte-em6r^on et porte - follicules; mais comme il se propose d en faire bientôt jouir le public avec le reste de son travail, il a jugé inutile que nous en donnassions ici une analyse détaillée.

M. le comte de Gessac, ministi^e de ladministration dela.guerre, et membre delà classe de la langue et de la littérature françoises, ayant consulté la classe des sciences sur les moyens d'arrêter les ravages que font certains vers dans les magasins dé draps et d'autres lainages, MM. de I^a Marck,

28o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

Yauquelin, Richard, et Bosc, ont fait ua rapport étendu sur cet objet important.

Ces vers sont les^ chenilles de six ou sept espèces de petits papillons de nuit , qui non seulement dévorent les poils des animaux , mais qui s'en font en« core de petits tuyaux pour s en servir à-la-fois comme de demeure et comme de vêtement ; beaucoup d agents chimiques détruisent ces petites chenilles ; mais la plupart, s'ils étoient employés imprudemment , feroient plus de mal qu elles , en altérant les étoffes. Cependant on peut toujours recorurir à la chaleur, et dans tous les cas il est avantageux de prévenir la multiplication des chenilles en détruisant les papillons et en prenant tous les moyens de leur interdire lentrée des magasins. Les bornes de ce rapport ne nous permettent pas d'entrer dans le détail des pratiques conseillées parles commissaires pour remplir ees différents buts.

Il y a long-temps que les physiciens s'occupent de la phosphorescence des eaux de la mer et de ses diverses causes. Feu M. Pérou, correspondant, avoit donné quelques mois avant sa mort un travail fort coinjdet sur ce curieux phénomène , où il.indiquoit un très grand nombre d'animaux qui y contribuent et qui diffèrent souvent entre eux , suivant les plages où le phénomène se manifeste.

M. Suriray, médecin au Havre , excité par M. Pë-

roa, a examiné les animaux lumineux du port qu il habite, et en a décrit ud , globuleux , grand comme la tête d une épingle , et tellement abondant qu'il forme quelquefois une croûte épaisse à la surface de leau ^ c'est probablement une espèce voisine des béroés. Outre sa phosphorescence spontanée, il luit encore quand on Firrite, et même quand on l'écrase. M. Lamouroux^ professeur à Gaen, a examiné avec soin de très petits poissons connus en Normandie sous le nom de montée, parcequ'ils remontent en prodigieuse abondance daps les rivières d'Orne, de Touque, et de Dive. On les prend communément pour le frai de l'anguille. M. Lamouroux a trouvé qu'ils ressemblent davantage au congre, sans en avoir cependant tous les caractères; il sepourroit que ce fût le frai d'une espèce particulière, car d'autres renseignements paroissent annoncer qu'il existe à Fembouchure de nos fleuves plusieurs espèces d'anguilles encore mal déterminées jpar les naturalistes.

M. le chevalier GeofFroy-Saint-Hilaire ^ qui s'est occupé à plusieurs reprises de la nombreuse famille des chauve-souris, et en a fait connoître tant d'espèces intéressantes, se propose d en donner un tableau général. Il a préludé à ce travail par une

282 ANATOMIE ET PHYJJIOLOfelE ANIMALES,

dissertation sur le rang que ces animaux singuliers doivent occuper parmi les mammifères. Longtemps on les a regardés comme intermédiaires entre les quadrupèdes et les oiseaux; ce qui est au moins aussi réel cest qu'elles tiennent une sorte de milieu entre les quadrumanes et les carnassiers. En effet, dans cette multitude d arrangements proposés par les naturalistes , il en est, comme celui de Linnaeus ^ans ses dernières éditions , et celui de Brisson , où les chauve-souris sont plus particulièrement rapprochées des quadrumanes ; d'autres , comme celui de Linnaeus dans ses premières éditions, et celui de Klein, où on les laisse avec les petits carnassiers ou carnassiers insectivores, comme la taupe et le hérisson. Quelques uns , comme MM. Storr et Cuvier, les mettent en tète des carnassiers , avant ces mêmes insectivores dont nous venons de parler , et immédiatement après les quadrumanes , avec cette différence cependant que M. Cuvier les distingue plus spécialement et comme une subdivision. D autres encore, comme Rai et MM. Blumenbach , de Lacépède et lUiger, en font un ordre à part; et cet ordre est placé par Rai et par M. de Lacépède en quelque sorte hors de rang; par M. Blumenbach , entre les quadrumanes et les autres onguiculés , à la tête desquels ce naturaliste place les rongeurs; enfin par M. lUiger,

après les édentés et avant les carnassiers en tête desquels viennent, comme dans la disposition de M. Cuvier, les carnassiers insectivores.

On conçoit aisément que toutes les combinaisons ont dû dépendre des organes auxquels chaque naturaliste a donné le plus dattention. Ceux qui ont eu plus d'égard au squelette , aux intestins , a l'organisation des pieds , à la forme des ongles , aux dents màchelières, ont rapproché les chauve-sou ^ ris des carnassiers (et il paroit que cVst maintenant 1 opinion la plus suivie); ceux qui s en sont tenus aux dents incisives, à la position des mamelles, à la verge pendante , les ont rapprochées des quadrumanes.

M. Geoffroy, dans Touvrage dont nous parlons, insiste davantage sur ces derniers rapports, auxquels il juge que Ton n a pas eu assez d égard ; mais il fait voir sur-tout que le singulier prolongement des extrémités antérieures, la tendance générale de la peau à prendre des développements excessifs , et les propriétés particulières qui en résultent pour les chauve^souris, soit par rapport à leurs sensations, soit ))ar rapport à leurs mouvements, exigent que Ton &sse de ces mammifères un ordre à part, en même temps que leurs diverses ressemblances avec les quadrumanes et avec les carnassiers veulent qu'on les place entre ces deux-là.

Nous devons attendre avec intérêt la subdivision de cet ordre, ainsi que Thistoire détaillée des espèces que M- Geoffroy nous promet.

M. de La Mark , chargé d enseigner au Muséum d'histoire naturelle tout ce qui concerne les animaux sans vertèbres, a publié, il y a quelques années, l'ouvrage qui sert de base à ses cours, où il expose selon la méthode qui lui est propre les classes, les ordres et les genres de ces innombrables animaux;* mais comme les voyageurs ont découvert depuis beaucoup d'espèces et de genres, comme les anatomistes en ont mieux développé la structure , coqnme enfin les méditations de M. de lia Mark lui ont fait apercevoir entre eu!!c plusieurs nouveaux rapports, il vient de publier un tableau abrégé de son cours , d après sa méthode perfectionnée, où il se contente d'indiquer les caractères des divisions supérieures, et ne donne que la simple énumération nominative des genres.

11 suit dans leur arrangement l'ordre djes degrés de complication, commençant par les animaux les plus simples. Supposant que ceux qui n'ont pas de nerfs apparents ne se meuvent qu'en vertu de leur irritabilité, il les nomme animaux apathiques, donne le nom d'animaux sensibles aux autres invertébrés , et réserve cdui d'animaux intelligents pour les vertébrés. A ses anciennes classes bien connues main-

tenant des naturalistes , il ajoute celle des cirrhipèdesj qui comprend les glands^e-met^ et leurs analogues, et qu'il place entre ses annélides et ses mollusques; celle des vers épizoaires ou intestinaux qu'il met parmi ses animaux apathiques , et les infusoires ou animaux microscopiques sans bouche ni intestins apparents. Il laisse les échinodermes dans ses radiaires et parmi les apathiques , a un degré de simplicité plus grand que celui où il place les vers intestinaux.

Nous regrettons que lespace ne nous permette point de faire connoître les autres changements introduits par M. de La Mark dans ses ordres, ni les nombreuses additions qull a faîtes à la liste des genres > mais les naturalistes ne manqueront pas de les chercher dans l'ouvrage même.

Malgré le succès des recherches anatomiques faites sur les animaux sans vertèbres, depuis un certain nombre d'années, il restoit toujours une de leurs familles dont les organes fondamentaux n'étoient pas encore bien connus ; c'est celle que l'on nomme échinodermes, qui comprend les étoilesrfe-mer et les genres analogues. L'Institut ayant proposé un prix pour le perfectionnement de cette partie de l'anatomie comparée , il vient d'être remporté par M. Tiedeman, professeur à l'université de Landshut. Le mémoire de cet habile anatomiste

fait connoitre pour la première fois, avec une exactitude rare, beaucoup de particularités d organisation propres à ces singuliers animaux. One espèce de circulation se laisse aisément observer entre leurs organes de la digestion et ceux de la respiration , sans offrir cependant un double cercle complet; d'ailleurs on n a pu en suivre les branches dans les organes extérieurs, ni dans ceux du mouvement ; il paroit même, selon M. Tiedeman, qu*iin système vasculaire tout différent se distribue aux nombreux pédoncules qui , dans ces animaux, servent d'instruments a la locomotion.

Les organes de la respiration diffèrent beaucoup selon les genres; dans les holothuries, ils repré* sentent des arbres creux dont les branches se remplissent ou se vident de Feau extérieure , et s'entrelacent avec un réseau vasculaire. Dans les étoiles et les oursins Feau pénétre immédiatement dans la cavité du corps, et y baigne toutes les parties.

Ce bel ouvrage , accompagné de dessins d'un fini précieux, exécuté par M. Muoz^ docteur en médecine, a paru à l'Institut mériter le prix par la quantité de faits nouveaux et bien observés qu'il présente, et par les progrès qu'il fait faire à la connoissance intime des échinodermes, quoiqu'il n'ait pas résolu d'une manière entièrement complète le problème proposé sur leur circulation.

Une famille beaucoup plus simple dans son organisation que les échinodermes, mais beaucoup plus nombreuse en espèces, celle des coraux et des autres animaux composés à base solide, a été particulièrement étudiée par M. Lamouroux, sous le rapport de ses espèces aussi bien que de sa distri-^ bution méthodique. Ce naturaliste a fait une grande collection de ceux dont la base n est point pierreuse, et qui présentent des formes si agréables et souvent si régulières; et comparant avec beaucoup de soin la forme , la position mutuelle des cellules d où sortent les polypes, et toutes les autres différences apparentes de ces polypiers, il propose d ajouter vingt-huit nouveaux genres.

C'est encore là un ouvrage important pour le perfectionnement du système des animaux, mais qui par sa nature ne se prête point à une analyse abrégée. On ne peut qu'en désirer la plus prompte publication.

M, Cuvier, se proposant de commencer bientôt Timpression de la grande anatomie comparée dont il s'occupe depuis tant d années, a présenté à l'Institut Je tableau des divisions d'après lesquelles le règne animal doit être distribué dans cet ouvrage. Depuis long-temps les naturalistes étoient frappés des grandes différences qui séparent les animaux invertébrés les uns des autres , tandis que les ani-

maux vertébrés se ressemblent à tant d^égards. Il résultoit de là nne grande difficulté dans la rédaction des propositions de Tanatomie comparée, qui se laissoient aisément généraliser pour les animaux vertébrés, mais non pas pour les autres ; mais cette difficulté même a donné son remède. De la manière dont les propositions relatives à chaque organe se groupoient toujours , M. Cu vier a conclu qu'il existe parmi les animaux quatre formes principales, dbnt la première est celle que nous connoissons sous le nom d animaux vertébrés , et dont les trois autres sont à -peu -près comparables à celle-là par luniformité de leurs plans respectifs. L'auteur les nomme animaux mollusques, animaux articulés, et animaux rayonnes ou zoophytes , et subdivise chacune de ces formes, ou de ces embranchements, en quatre classes, d après des motifs à-peu-près équivalents à ceux sur lesquels reposent les quatre classes généralement adoptées parmi les vertébrés. Il a tiré de cette disposition , en quelque sorte symétrique, une grande facilité à réduire sous des règles générales les diversités de l'organisation.

La comparaison que le même membre a faite de Tostéologîe dans les animaux vertébrés lui a donné, sur la structure osseuse des tètes dans cet embranchement, des idées qu'il a également présentées à rinstitut.

Et Zoologie. 289

On s'étoit aperçu depuis un certain temps que les vertébrés ovipares, c est-à-dire les oiseaux, les reptiles et les poissons , avoient entre eux plusieurs rapports communs d or^janisation , qui les diffé^rencioient des vertébrés vivipares ou mammifères; M. GeofFroy-Saint-Hilaire avoit même présenté il y a quelques années un grand et beau travail dont nous avons rendu compte en son temps , où il avoit fait voir entre autres choses l'identité de structure des têtes des ovipares entre elles , et les rapports des pièces nombreuses qui entrent dans leur composition , avec celles que Ion distingue dans les fœtus des mammifères, où, comme on sait, les os sont beaucoup plus subdivisés que dans les adultes.

M. Cuvier, adoptant les vues de M. Geoffroy, a cherché à déterminer d'une manière constante à quel os de la tête des mammifères répond chaque groupe d os de la tête des différents ovipares; et il croit y être parvenu enjoignant à l'analogie du fœtus des premiers la considération de la position et de la fonction des os; c'est-à-dire en examinant quels organes ils garantissent; à quels nerfs et à quels vaisseaux ils donnent passage , et à quels muscles ils fournissent des attaches.

M. Jacobson, chirurgien-major dans les armées du roi de Danemarck, a fait counoître à l'Institut

BUFFON. COMPLEM. T. III.

2gO ANATOMIE ET PBYSIOLOaiE ANIMALES,

un orj^ane qu'il a découvert dans les narines des quadrupèdes, et dont aucun anatomiste n^ parott «voir eu connoîssance. Il consiste en un sac étroit, couché le ionf]; de la cloison des narines, garanti par une production cartilagipeusQ . revêtu inté^ rieurement d'une membrane muqueuse, doublée en partie par un tissu glanduleux , recevant des nerfs très remarquables qui sont des divisions fort distinctes de la première paire, et s ouvrant le plus souvent dans le palais, derrière les dents incisives, par un canal qui traverse le trou nommé incisif par les anatomistes. Cet organe nexiste pas dans rbonune , et est plus développé dans la plupart des herbivores que dans les carnivores, On doit supposer qu'il est relatif à quelqu'une des acuités que 1a nature a accordée aux quadrupèdes, et refusée à notre espèce, comme celle de rejeter les substani^ vénéneuses I ou de distinguer le sexe et l'état de ebaleur, etc.

I/histoire particulière des animaux s'est eori* chic d'ouvrages importants et d'observations inté^ rêvantes.

M* de Humboldt a publié le premier volume de ^s Observations sur les animaux de f^mériquep où il a fait entrer, non seulement ses différentes recherchas sur le condor, sur languille électrique, sur les crocodiles, et beaucoup d autres objets dont

feT ZOOLOGIE. 291

kious avons parlé dans nos précédentes analyses^ mais où il a encore donné plusieurs nouveaux mé^ moires,' notamment nn sur les singes du Nouveau- Monde , dont Bufibn et Omelin n'a voient fait con^ boitre que onze ou douze espèces, et que M. de Humboldt, en réunissant ses observations à celles de MM. d'Azara erGeofFroy-Saint-Hikire , porte à quarante*six.

il a lu récemment à Tlnstitut un autre mémoire destiné pour son deuxième volumeVetoù il décrit deux nouvelles espèces dd serpents à sonnettes^^ <|u'il a découvertes à la Guiane.

Les tempêtes qui ont agité TOcéan Thiver dernier ont fait échouer divers grands cétacés sur plusieurs points de nos côtes: Tlnstitut a fait examiner les renseignements qui lui sont parvenus par une commission composée de MM. le comte de Lacépëde, Geoflfi'oy^int'Hilaire, et Guvier.

Ges naturalistes ont fait remarquer que plusieurs de ces animaux étoient peu ou point connus , et que ce sujet, qui peut intéresser nos pêcheries et notre commerce, mériteroit d'attirer laaention du gouvernement. Ils ont donné une description de lespèce échouée en grand nombre près de Saint*- Brieux; M. Lemaout, naturaliste et pharmacien de cette ville, en ayant recueilli avec beaucoup de soin toutes lea parties essentielles, il a été aisé

d'y recodnottre une espèce de dauphin, qui avoit échappé à tous les naturalistes méthodiques, et dont il nexistoit quune mauvaise figure'dans le Traité des pèches de Duhamel. Elle se distingue à sa tète, déforme globuleuse, et presque semblable à un casque antique. Sa taille va après de vingt pieds.

Nous avons dit, Tannée pr^édente, quelques mots des recherches de M. Lamouroux sur ces innombrables et très petites anguilles connues à lembouchure de quelques unes de nos rivières sous le nom de montée, et nous avons annoncé la probabilité qu elles pouvoient appartenir à quelqu'une des espèces moins connues de ce genre. M. Lamouroux a vérifié en effet, par de nouvelles comparaisons, que la montée est le frai du pimpernau, sorte d anguille indiquée par M. le cdmte de Lacépède, dans son Histoire des poissons, et que Ion distingue des autres à ses nageoires pectorales échancrées comme des ailes de chauve^souris.

M. Risso , naturaliste à Nice, qui a publié il y a deux ans un très bon ouvrage sur les poissons de cette côte , vient d en adresser un autre à llnstitut sur les crustacés, c est-à-dire sur les animaux de la famille des écrevisses. M. Risso adopte^ pour sa distribution , la méthode de M. Latreille, à laquelle il ajoute seulement quatre genres nouveaux. Il décrit cent espèces, dont environ la moitié lui paroit

nouvelle ; seize sont représentées sur des planches coloriées. Llnstitut, en applaudissant au zèle avec lequel M, Risso , dans une position si peu propice, cherche à faire connoitre les animaux encore si mal étudiés de la Méditerranée, auroit cependant désiré plus de précision dans les descriptions avant de reconnoitre la nouveauté d un si grand nombre "d espèces.

Les anciens parlent beaucoup d un insecte qu'ils appeloient bupreste ou crève-bœuf, parcequ'il faisoit, disent-ils, crever les bœufs qui le mangeoient avec rherbe; mais, comme à leur ordinaire, ils n'en ont point donné de description détaillée. Les modernes ont fait de ce nom des applications très variées , et il paroît qu aucun d'eux n'a reconnu l'insecte qui le portoit véritablement. M. Latreille, d'après une comparaison scrupuleuse des passages où il est question des propriétés qu'on lui attribue, avec ce que nous observons aujourd'hui, a pensé que ce devoit très probablement être le méloé proscarabœus de Linnaeus , où quelque espèce voisine. Il n'y a en effet que les méloés qui joignent à des propriétés acres et suspectes l'habitude de vivjre dans rherbe, et assez de lenteur pour y être aisément saisis par le bétail.

Notre confrère M. de tia Billardière qui s'occupe de l'éducation des abeilles, en ayant remarqué une

dont labdomen étoit plus gros qu'à FordicMiire) trouva dans son intérieur un ver blanc, qull engagea M.. Bosc à ejLaminar. Le corps de ee ver écoit bl^c, divisé en douze anneanx', aplati en dessous ^ terminé à une «trémité par deux gros tubercules percés chacun d nn trou ovale , et à Tautre par deux filets ou deux pointes naiolies. Sous les tubercules est une fente transverse. M. Bosc, considérant cette fente coinfflie la bouche , regarde la partie terminée par deux pointes comnie celle où doit ètce Fanus; et, rangeant cet animal parmi les vers intestinaux, il en fait un genre sous le nom de dipocUum. Il eour vient cependant qu'il eeroit possible que le& orga* nés fussent en seas inverse, et alors le ver ressembleroit beaucoup à plustcars larves de mouches à deux ailes : on a mêmodéja lieu de croire, par des observations de M* Latreille, que la larve d'une de ces mouchas (le conops ferrugineux) vit dans rintèrieur des bourdons. Il est toujours fort remarqu»ble qu un si gros ver puisse habiter te corps dVn insecte aussi petit que labeille.

Cette première digestion , qui se fait dans {estomac , a dû être de bonne heure un grand objet de méditations poqr les physiologistes; et Von a eu successivement recours à toutes les forces de la nature pour lexpliquer. On a voulu k^ng^temps ïsttribuer à la trituration des parois muscubuses de

Festomac ; tnab Réaumur ayant remarqué que de» BUments cotitenus daiid des tubes incompress^' blés ouveits aux deuï bouts se digéroient comme les autres , l'opinion géuéfale de ces derniers temps a été, d après ses eupériences , que cette fonctiod est due à une espéds de dissolution opérée p^^r un suo qui dëc^oule des parois de lestomac.

Spallanssani y dans un ouvraige très célèbre, ayant appliqué le stic stomacal ou gastrique hors de Tcs^ tomao à des substances alimentaires d^ tout genre, assura lui avoir vu produire, quand il étoit aidé d'une chaleur suffisante^ des effets à^peu-peè^ sem« blables à ceux qu'il aufoit produits dans lestomao lui-^mème. Ce physicien alla jusqu'à attribuera ce suc gastrique, ainsi isolé^ la propriété d'arrêter la putréfaction.

Il en tira cette conclusion , adoptée au nïoins ta^ citement par la plupart des physiologistes^ que la sue gastrique exerce son action digestive et aoti^ septique par sa propre nature^ et en vertu de sa composition et de ses affinltés^^

M. deMontègre, doct^^r en médecine, s'étant trouvé une disposition à rejeter sans incommodité ce qu'il a dans 1 estomac , a imaginé d'en faire usage pour constater différents points de la doctrine re^çue touchant la digestion. Lorsqu'il exerce à j^utt cotte disposition ^ il obtient une quantité notable

d'un liquide qu'il considère comme un véritable suc gastrique , et qu il a examiné sous le rapport de ses qualités chimiques, aussi bien que«de son action sur les matières alimentaires,

M. de Montégre a trouvé ce liquide fort semblable à. la salive; mais son action lui a paru très différente de. ce qu avoit observé Spallanzani. En l'exposant à une température semblable à celle du corps humain, dans des fioles placées sous Faisselle, il Va vu se putréfier exactement comme la salive : ce suc n'a arrêté la putréfaction dans les autres subr stances que dans les cas où il se trouvoit naturellement acide; mais en ajoutant un peu d'acide acétique à la salive on lui a donné la même propriété. D ailleurs cette acidité n'est pas essentielle, et quand M. de Montégre avaloit assez de magnésie pour l'absorber, la digestion ne se faisoit pas moins bien. Il se reproduisoit de l'acidité en peu de temps; lors même que M. de Montégre enveloppoit de magnée sie la viande qu'il mangeoit , elle redevenoit acide après un temps suffisant.

Ces expériences répétées un grand nombre de fois , et avec toutes les précautions convenables , ont engagé l'auteur à conclure que le suc gastrique diffère peu ou point de la salive, qu'il ne peut arrêter la putréfaction , ni opérer la digestion indépendamment de l'action vitale de restomac;. enfin

que lacidité qui s y manifeste , aâssi bwn que celle que subissent -les aliments lors de' la' digestion, est un effet de l'action stomacale. > • =

Il est fort à désirer que M. de Montègre continue ses intéresssintes recherches, et les fasse aussi sur le suc gastrique des animaux qu'employoit Spallanzani, afin que^lon sache exactement ce que Ion doit penser- d'une doctrine qui a semblé , pendant long-temps , avoir obtenu Fassentiment général.

Pour assurer aux auteurs la date de leurs observations , nous* donnerons ici une indication de quelques mémoires qui ont été présentés à Tinstîcut et dont la vérification ^n'a pu encore être achevée, nous réservant d'y revenir Tannée prochaine, et de faire connoître alors le jugement qui en aura été porté.

M. de Blainville , professeur-adjoint à la faculté des sciences de Paris, a décrit avec détail les formes de l'articulation de Tavant-brâs avec le bras dans les différents animaux^ et déterminé le mouvement que chacune de Ces.formes nécessite , prin-r cipalement sous le rapport du plus ou moins de facilité de la rotation. Ce travail, sur un point im^ portant de la mécanique des animaux, n'est pas sans intérêt pour leur classification , attendu que ce plus OU' moins de facilité dans la rotation de l'avant-bras influant nécessairement sur le plus ou

298 ANATOMIË ET PHT«IOLOCl£ ANIMALES,

moins d adresse des animaux , doit entrer pour beaucoup dans leur dcj^ré de perfection {«[éuérale, et par conséquent d^ns leurs affinités naturelles^

Le même anatomiste a encore présenté un mémoire sur les formes du sternum dans les oiseaux/ Comme cet os, ou plutôt cette {grande surface os« seuse, résultant, ainsi que la fait voir M. Geoflrc»^ delà réunion de cinq os différents, donne attache aux principaux muscles du vol, plus il est solide et étendu , plus il fournit à ces muscles un point d ap pui solide, et plus il doit contribuer à rendre le vol puissant. Il doit donc influer sur Téconomie entière des oiseaux , et donner des indications iitî^ les sur leurs rapports de classification.

M. de BlainviUe tire ces indications des échanprures ou des espaces simplement membraneux ^ et plus ott moins étendus, qui remplacent la substance osseuse dans une partie du sternum.^ Il y ajoute la considération de la fourchette et de queh ques org^anes attenants, et dans beaucoup de cas il trouve un grand accord <iîiitre les dispositions de ces parties et les familles naturelles* Cependant il existe aussi des exceptions tellement manifestes que Ton ne peut sen rapporter entièrement à ce nouveau moyen de classifictition.

M. Marcel de Serres, professeur à la faculté des sciences de Montpellier, a £iit un très grand tra*

vaîl sur Tanatomie des insectes ^ et particulièrement sur leur canal intestinal, qu'il a décrit avec beau*» coup de détail dans un g^rand nombre d espèces. Son but étoit de déterminer les fonctions propres aux diverses parties de ce canal et à ses annexes; et., outre ses dissections , il a Êiit des expérieoces ingénieuses sur des individus vivants. En injectant des liqueurs colorées dans la cavité du péritoine ^ ^lles ont été absorbées par les vaisseaux longs et grêles qui adhèrent toujours à quelque partie Au canal intestinal, ce quia bien fait voir que 1 emploi de ces vaisseaux est de sécréter de la masse commune des humeurs , et de verser dans le canal des liqueurs digestivés. Un examen attentif de certaines poches que Ion a considérées, dans quelques genres, comme des estomacs, dans d autres comme descœcums, et la certitude acquise quelesaliments n*y entrent point, mais qu on les trouve au contraire pleines d*humeur biliaire, ont fait juger à M. Marcel de Serres que c'étoient des réservoirs de cette humeur.

Il dépouille par*là aussi les sauterelles et les genres analogues de la qualité d animaux ruminants ^ quon leur avoit attribuée, et il sest assuré ea effet que ces insectes ne font point revenir leurs aliments à la bouche, mais qulls rendent seule-<; ment , dans des circonstances déterminées, ce sue

3oO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

biliaire dont ils ont -une si grande abondance. Ce mémoire très*éteodu contient beaucoup d'autres observations curieuses sur les formes du canal intestinal , les proportions dé ses parties ^ et leurs rap ports avec le naturel des insectes. Nous en reparlerons avec détail dans notre prochaine analyse.

M. Dutrochet , médecin à Château-Renaud , département de rindre, a fait une observation remarquable sur la gestation de la vipère. Il assure que les petits vipéreaux ont leurs vaisseaux ombilicaux distribués non seulement sur le jaune de f œuf où ils sont d abord renfermés , mais qu'une par^ de ces vaisseaux se distribue aussi sur la surface interne de loviductus , et y forme un réseau que Ton peut considérer comme un véritable placenta. Les vipères participeroient donc au mode de nutrition du fœtus propre aux mammifères , et à celui que l'on croyoit jusqu'ici exclusif dans toutes les classes ovipares.

Il n'est pas étonnant que l'histoire des animaux marins soit encore, proportion gardée, celle qui est susceptible de plus d'accroissements. Traversant à leur gré dans tous les sens les profondeurs de 1 abyiiié, ils échappent à l'hdmme de toutes les manières, et itième lorsqu'il s'en rend maître il a peu

ET ZOOLOGIE. 3oi

d'occasions de les comparer entre eux; ainsi tel poisson peut avoir été vu successivement par plusieurs observateurs, et avoir passé chaque fois pour nouveau , lorsque ses premières descriptions n etoient pas assez complètes, ou lorsqu'on négligeoit de les rassembler et de les étudier.

M. Cuvier a présenté à l'Institut quelques recherches sur des poissons ainsi oubliés ou multipliés dans les catalogues des naturalistes. L'un d'eux , remarquable par sa grande taille, très connu en Italie sous les noms d'um6ra, ou defegaro, en Provence et en Jjanguedoc sous celui de poisson royal, l'étoit beaucoup autrefois à Paris sous celui de maigre; il y avoit même donné lieu à quelques proverbes populaires; aujourd'hui, par des causés que l'on ignore , il est devenu rare dans la Manche , et on, n'en apporte presque plus dans la capitale. Les naturalistes du seizième siècle l'ont très bien décrit, et Duhamel, dans le dix-huitième, en a encore traité fort au long. Néanmoins nos auteurs systématiques, ou l'ont donné comme nouveau, ou l'ont confondu avec des espèces plus petites et plus communes. Outre sa description extérieure, M. Cuvier a donné son anatomie, et principalement celle de sa vessie natatoire fort curieuse par les productions branchues placées le long de ses deux côtés.

3o2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES^

Une autre espèce qui a été reproduite dans les ouvrages des naturalistes jusqu'à six fois, et comme autant d'espèces particulières, est un petit poisson de la Méditerranée, que sa couleur rouf]pe et sa forme générale ont fait nommer roi des rougets ou rouget imberbe {mullus imberbis, L.; apogon rouge , Lacép.), mais qui a plus de rapport avec les per^ ches qu avec les rougets.

M. Noël de La Morinière , qiii s occupé depuis plusieurs années d*un traité sur les poissons utiles, a présenté à Tlnstitut un ménoire à-peu*près de même nature que les deux précédents, où il fait rbistoire d une espèce fort négligée par les naturalistes, quoique si nombreuse en certaines saisons dans le golfe de Gascogne, que les seuls pécheurs de rile-Dleu en prennent annuellement plus de quatorze mille individus pesant de trente à quatre^ vingts livres chacun. Cest le germon ou grande* oreille des matelots fmnçoîs, ou Vala-longa des pécheurs de Sardaigne {scomber ala-longa, GwsL.)\ ainsi nommé, parceque le principal caractère qui le distingue du thon {scomber thynnus) consiste en des nageoires pectorales extrêmement longues et pointues. Gommerson ayant trouvé près de Mada* fgascar un poisson qui porte le même caractère, lai

* Gmelin ayant imprimé par méprise ala^tnnga, ce mot corroinpn s'est glissé dans la plupart des ouvrais postérieurs.

BT ZOOLOGIE. 3o3

a appliqué le nom de germon, et a été suivi en cela par M« le com te de I^cépéde ; en sorte que le {germon d'Eu rooe est mainten9Dt désigné plus spécialement par le nom d'ala^longa. Il restoit à savoir si le {germon d'Europe et celui de Madagascar sont d es|>éce différente : leloignement des lieux lé faisoit pré* sumer^ et M. Geoffroi Saint-Hilaire la reconnu en comparant le dessin du second laissé par OomiSbcrsou, avec la description du premier, faite par M. Noël , et un dessin qu en a laissé le pèie Plumier. U sera bon néanmoins que ce résultat soit con-* firme un jour par une comparaison effective des deux poissons.

M. Guvier a encore présentéaFlnstitut un poisson peuoonnu, récemment péché dans le golfe de Gènes, long de plus de quatre pieds, de la forme d'une lame de coutelas, et remarquable sur-tout par une crête élevée , surmontée d une espèce de longue corne qu'il porte sur la tète, et par des nageoires wn traies excessivement petites, placées sous ses pec* loralea^ On n en avoit qu'une description incom* pléte par feu M. Giorna, naturaliste de Turin', qui ayoit imposé au genre le nom de tophote, et avoit consacré l'espèce à M. le comte de Lacépède , comme un hommage que lui doivent tous ceux qui s'occupent d'ichtb j ologie.

• * Mëoi. de ?Âead. àe Tinin pour i So5 — i So8 , p. i a des Mémoires.

3o4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

M. Huber, de Genèye , ftls de rdiservatefir qui a ajouté tant de faits étonnaots à Thistoire déjà si étonnante des abeilles, çt auteur lui-mênçie d'un ouvrage sur les fourmis, rempli de traits curieux de l'instinct de ces petits animaux, a présentée l'Institut un mémoire sur l'industrie singulière d une petite chenille qu'il nomme la chenille à hcmiac ^ d'après la manière dont elle se suspend pour passer son sommeil de chrysalide. Elle est du nombre de celles qu'on appelle mineuses; et elle vit dans l'intérieur des feuilles de quelques arbres fruitiers* C'est au mois d'août qu'elle cesse de manger et qu'elle file son hamac. Cinq heures lui suffisent pour le construire : deux cordes tendues entreles bords d'une feuille repliée et concave en dessus en sont les supports principaux ; il y est suspendu par des attaches de soie, et deux autres attaches qui vont se fixer aux parois de la feuille le tiennent comme à l'ancre. Lui-même est en forme de petit étui cylindrique. M. Huber ne s'est pas contenté de suivre avec attention et de décrire avec soin les opérations successives du petit architecte qui construit cet édifice compliqué, il a essayé de reconnoître jusqu'à quel point ces opérations sont soumises.au raisonnement de la chenille, et peuvent être variées par elle d'après les circonstances. Une chenille que l'on enlève à la copstruçtion qu'elle a

ET ^OOLOG^IE. 3o5

commencée la recoimnence siir nouveaux frais tant qu'il lui reste de la matière soyeuse. Si on la place sur une construction 6ommencée par une autre elle la continue ordinairement au point où elle la trouve; mais si celle où on la transporte est très avancée elle aime mieux tout recommencer. Le papiUpn qui sort de cette chenille a paru être le phatamaclerkeUa de Linnaeus , et Tun de ses ennemis est Vichneumon ramicornis.

Notre confrère, M, de La Billard ière, a observé un fait remarquable relatif à Tinstinct des abeille s bourdons ou de ces grosses abeilles velues qui font leur nid sous le gazon ^ dans les pierres, etc. Il a trouvé sur la fin de Tautomne, dans un nid de Tespéce nommée apis sybmrum par Kirby, une vieille femelle et une ouvrière dont les ailes avoient été collées avec de la cire brune et compacte, dé manière à les empêcher de voler; et il pepse que c'étoit une précaution prise par les autres bourdons pour contraindre ces deux individus à rester dans le nid, et à y soigner les larves qui dévoient renouveler, Tannée d'après, la population de la colonie.

M» Olivier, membre de llnstitut, a feit sur les insectes ennemis des blés un travail qui appartient également à l'agriculture et à la s^ologie; il n'en a communiqué encore que la partie relative aux espèces qui attaquent les blés en herbe. M. Olivier

BUFFON. COkfPLEM. T. III.

3o6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

ea fait conaoitre neuf, appartenant toutes à Tordre des insectes à deux ailes; mais il fait connoltre en même temps trois autres insectes ennemis <[es premiers, et qui, en arrêtant leur. propagation^ diminuent leurs dégâts.

Une des questions les plus importantes à résoudre dans lanatomie des insectes concerne Fusage d un grand vaisseau que toute cette classe porte le long du dos, et qui éprouve des mouvements de dilatation et de contraction comparables à ceux du cœur et des artères. Malpighi et Swammerdam lui avoient donné le nom de cœur, mais il est constant, par les observations de Lyonnet et de plusieurs autres , qull n'en sort point de branches , et M- Cuvier semble avoir établi sur beaucoup de preuves que les insectes nont aucune circulation. M. Marcel de Serres a examiné de nouveau cette matière; il s'est assuré, par des observations innombrables faites sur les plus gros insectes de la France méridionale , et aidées de tout ce que lanatomie possède d'instruments les plus délicats, que le vaisseau dorsal ne donne aucune ramification ; qu il n'existe dans le corps aucun autre vaisseau contractile , et en général aucun système de vaisseaux sanguins. Les insectes auxquels on enlève le vaisseau dorsal vivent encore plusieurs heures, tandis que les scorpions et les araignées, qui ont un véritable cœtir.

KT ZOOLOGIE. 3p7

périssent promptement si on lé détruit. Les coatractions An vaisseau dorsal sont principalement dues aux muscles du dos placés le long de ses côtes , mais les trachées et les- nerfs y exercent une influence sensible. L'humeur qu'il contient a paru souvent d'une couleur analogue h cefle de la' matière grasse qui remplit toujours ulie partie du corps; elle est peu liquide,. sur-tout dans leli larves voraces. Le diamètre du vaisseau s'est trouyé plus égal dans Içs larves où' la grosse est répandue plus également;. et les inégalités de ses diverses parties sont proportioao'ees à celles de la' graisse dans les parties correspondantes du corps. Les nerfs et les trachées abondent plus dans le vaisseau dorsal des lari'és que dans celui des insectes parfaits; ses contractions y sont plus fortes, mais moins fréquentes. De ces faits et de quelques autres l'auteur croit pouvoir conclure que là fonction du vaisseau dorsal e%t de produire de la matière grasse, et que, pour opé/er cette production , il absorbe une partie dé la ligueur nuUntive épanchée dans la cavité du corps par les parois de l'intestin, et qu'il la fait en* suite transsuder au travers des mailles du tissu adipeux , où la graisse reçoit son élaboration définitive.

M: de Serrer a intercalé dans son travail des observations précieuses sur les variétés de structure

3o8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

des trachées dans les difFérentes femilles dlnsectes, parmi lesquelles on peut remarquer sur-tout celles qui concernent le mécanisme des trachées yésicu* laires; il le termine par lexposé de tous les caractères anatomiques des divisions qull croit devoir ^ahlir parmi les animaux articulés, et spécialement parmi les insectes. Nous regrettons que tout ce grand détail , fait pour intéresser vivement les amateurs de Tanatomie comparée, ne soit pas de nature à entrer dans. notre analyse. C'est une belle suite des observations du même auteur sur le canal intestinal des insectes, que nous avons mentionnées Tannée dernière .

M. de Montégre, médecin de Paris, a fait des ol^servations curieuses sur les habitudes des lombrics ou vers de terre , et des remarques nouvelles sur leur anatomie. Ces animaux sont htrmaphrodites ; chacun d'eux est productif* et, d après les observations de Fauteur, met au jour des petits "vivants : cependant ils ont besoin d'un accouplement, mais qui parott se foire sans aucune intromission de parties, en sorte qu'on pourroit croire qu'il na pour but que d exciter en eux les mouvements nécessaires à la fécondation. Il a lieu principalement aux mois de juin et de juillet. Les vers s^unissent par le moyen d'un renflement qu'on observeàla partie antérieure de leur corps , et qui se colle intimement à

%T ZOOLOGIE. 3o9

celui de Tindiviâu oppo&é. Les petit» se montrent dâbord dans de$ organes blancs plàcé» en avant des deux cotés de Testomac , et se glissent entre lefl interfticM^ elles muscles extérieurs jasque dans un réservoir situé dans lepaisseur de la queue , où on les trouve pleins de vie. Les lombrics n ont rien fait . voir à tiotre observateur qui pût leur faire attribuer la faculté d'ètte affectés par la lumière ou par le son ; mais il s est assuré qu*iU ne se contentent pas de vivre de terre, et il a trouvé dans leurs intestins des débris d'aniraiinx et de plantes.

^ Nous avons parlé « il y a deux ans , des expériences de M. Lestc^naultfSUr les effets délétères du suc connu à Java sous le nom à'upas, lorsqu'on Tintro*duit dans les^ plaies, ainsi que de cpUes de MM. De* li^ et Magendie, (Jui tendent à prouver que c'est essentiellement sur la moelle épinière que ce poison agit.

Plusieurs fois témoins de la rapidité effrayante de âcm action , MM. Ma^endie et Delile ont dû être teniés de douter qu elle ait pu être trani^ortée si vite jusqu'à la moelle par la voie tortueuso et ém~ biu^rjmptfe des vaisseaux lymphatiques, et de rechercher si l'on ne doit pas adnlettre , au n^oins en certains cas , dans les veines la faculté absorbante qui l^ur étoit généralement attribuée, lorsque Ion n'ar voit point encore une connoissance si détaillée de

3iO Ar^ATOMIE ET PUTSTOLOGIR AMMAXE8,

tous les embranchements du système lymjphatique. Pour fixer leurs idées à cet égard ik ont appliqué Tupas à des parties, qui ne tenoient plns^ au corps que par des vaisseaux sanguins; par exe|pple ils ont découpé tout le luésentère adhérent à une anse d'intestin , en ne laissant que les artène^ et l^s veines, et après avoir placé derupasdanslmtérieurdecette anse, ils Vont coupée et liée par les deux bouts; ce qui paroit bien plus concluant encore, ils ont coupé une cuisse, en ne laissant entières que la veine et lartère , et ont ensuite appliqué le poison au pied; enfin, pour écarter même lobjeetion de vaisseauxlymphatiques invisibles qui auroiei^ appartenu au tissu de ces deux vaisseaux sanguins, ils ont enlevé un segment de l'un et de l'autre, «près les avoir remplacés par dqs tuyaux de plume, de sorte qu'il n'y av^t plus de communicatÎQn entre le membre et l'animal que par le sang qui circuloit de Fun à l'autr^e. D^ns tous ces cas les convulsions et la mort se sont manifestées aussi promptemcnt que si Ton eût appliqué l'upas à un animal entier. Cependant quelques uns objecterontpeut-êtreencoreque,lorsque l'upas a été introduit dans l'intestin , on p<W|v«t toujours supposer qu'il restoit quelque lymphatique caché, et que, lorsqu'on l'a appliqué au pied, on le plaçoit dans une plaie où il pouvoit pénétrer dans le sang par des veines ouvertes , et que^ce n'«^

Eft ZOOLOGIE. 3ll

pas lout-à-fatf là ce qu'on «niend quand ou admet 1 absorption veineuse, car il s'agit alors d'iîne action attribuée aux veines dans leur état naturel et par leujr* porcs organiques. Ce qui est encore très remarquable dansrks expériences delMM. Magendie et DeKle c est que 1q sang d un a0imal déjà empoisonné et prêt à mourir, transfusé dans les veines d'un autre animal , ne tue point celBi-cî , et lui occasione à peine quelque apparence d'jncoromo^' dite. t-

M.' Magendie a fait une aiHrâ application bien intéressante de cette aetipn de certaines substances introduites dans le sang.

On sait que Témétique injecté dans les veinés d'un animal le fait vomir en quelques minutes, tandis qu'ïJfaut une heure à de Témétique avalé pouç produire le même effet, et Ton en conclut aisément que ce mouvenvttit convtilsif ne dépend pas de l'action immédiate de ce remède sur les parois de restamac. Des observations faites sur le viscère même, pendant , que le vomissement s'opère , avoient condttît plus loin quelques physiologistes. Us s'étoient aperçu que les parois de l'estomac éprouvent très peu d'ébranlement, et ils en avoient conclu que ce n'est pas non plus dans l'irritation de ces parois quêréside Id cause immédiate de lexpnlsion des matines contenues dans l'estomac. Cependant leur opinion

3l3 ANATOMIË ET PHYSIOLOOIE ékNlMAL^S^

i^iblemeiit soutenue él^presque tombée en oubli dq>uîs que Lieutaud et Haller en avoieiitfait prévalofr une contraire.

M. Ma^eadie voulant sassurer de la vérité aem* ployé ce moyen commode des injecticH^;. et a faut d abord pratiqué une ouverture à labdomen, il a reconnu par le tact que pendant te vomissement Testomac en luirmème reste dans un état d'inertie ^ mais ,qu a chaque nausée il est violeoiment eomprimé par la contraction du diaphragmé et des muscles, du bas-ventre : il y a plus, l#s longues inspirations qui précèdent chaque vcHpaiasement in* troduisent assez d'air dans Testomac pour i^aeson exténua ne diminue point , malgré la quantité des mati,ères qu'il rejette. Si Ton ouvre assez labdomen pour en faire. sortir Testomac ks isu^usées continuent, mais elles deviennent impuissantes > pafceque les muscles qu elles contractent ne ccmipriment plus le viscère; si on replace Testomac sous leur action le vojtnissement recommencera aussitôt. Cependant la compression ne suffit pas; sei^e^ car si Ion comprime avec les main^ un estomac ainsi déplacé ,,dans unchienà qui Ton n a point injecté d'émétîque^ on expulse bien les matières que cet estoj;ËOie contient sans produire pour cela un vrai TOiBrfissement^ parcequ il n'y a ni les nausées ni Ig$ inspirations^ qui caractérisent ce genre de convuK

BW ZOOLOOIE» 3^1 3

sioâs; mais si Ymi tiraille Festomac au lieu de le comprimer, et si les traetian$>9téteadeut sur Tœso^ phage, les nausées et tous le» autres sympl6mes du ^tomisseme A t vieuneut à naître^ sans qpi'il soit besoin d'ëmétique. Ainsi le vomissement résulterok de la compression eKercée sur restomacpar une contntction conrulsive des muscles qui entourentle ventre, et cette contraction elle-même peut être excitée par une irritation de roesophag[e.

Il s^agissoit de savoir quels muscles agissent principalement, quels neirft le^ mettent en action, et €91 vertu de quelles causes ils péuv^itètre irrités. Peur s'en assurer M. Magendie a d'abord coupé ou enlevé ks muscles abdominaux sans diminuer beaucoup 1 activité du vomissement : au contraire quand onr^^ an diaphragme une grande partie de sa ibrce par la aeetion des n€r& phréniques, il n'y a plus que de petites nausées de loin en loin , et le vomissement a «rarement Ueu , malgré ks contractions desc abdominaux. Âinsir la part du dia* phragme dans cette compression est de beaucoup phis grande. Quand on détruit ainsi à4a-f(»s Faotion du diapbragme et celile des muselés le vomis^ sèment na [^us Hëu, même Siî l'on fait avaler à l'anÎHial des subalances éminemment et promptement émétiques, telles que du sublimé corrosif. Enfin , et ceci semble former un com^dément près

3l4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

que merveilleux à toutes ses preuves, M. Mageifdie a enlevé entièrement lestomac ; il lui a substitué une vessie qu'il a attachée fixement au bas de Tœ* sophage ^i la faisant communiquer à^e^ce conduit par un tube solide, et après avoir recousu labdomen il a injecté de Témétique dans les veines : lanimal a eu des nausées , a fait des inspirations, et a rejeté un liquide coloré dont on avoit rempli en partie la vessie, absolument comme il lauroit pu faire si, avec un estomac intact, il etit pris de Témétique par les voies ordinaires.

Ainsi lemétique ne fait pas vomir en irritant les fibres de l'estomac , ni même les nerfs , mais en se portant, au moyen de labsorption et de la circulation , sur le système nerveux , et en excitant une action qui se r^échit spécifiquéioisiit sur l'œsophage et le diaphragme de manière à leur faire exercer des mouvements divers, parmi lesquels il s'en trouve dont le résultat définitif est la compression de l'estomac; ce qui n^empêche pas qu'il ne puisse y avoir aussi dés vomissements produits par l'irritation immédiate des nerfs de ' quelques unes de ce^ parties , ou par une irritation nerveuse quelconque , qui se propageroit de manière à affecter le système à-peU*près comme le fait l'émétique.

Il reste à M. Magendie à distinguer avec plus

£T ZOOLOGIE. 3l5

de pffécisîoa la p^ri de Tœsophage ^ Cflle du diaphragme daiK Faole da vomisiement, et à examiner les phénomènes de ce mouvenient dans les QÎjueaux et dans les aujtr^ animaux sans diaphragme. "

A ce travail sur Faction de lantimoine considérée . physiotogiquement , M. Magendie en a joint un autre sûr son action médicale ou délétère , et il a constaté, par beaucoup d'observations fiiit^ sur rbomme, et par de nomlnieuses expériences sur des- animaux , que le tartrite de ce métal , pris h haute dose, est par lui-même un poison mortel^ mais que presque toujours son premier efFet est un vomissement qui en fait rejeter la plus grande partie avant qu'elle ait pu être funeste : c'est ainsi qop la plupart de ceux qui ont pris de ce sel dans rintention d^ se détruire ont été trompés dms leur triste désir.

M. Magendie a présenté encore à l'Institut pn^ suite d'flKpériences relatives à l'usage de l'épiglôtte. Ce cartilage .placé à la base de la langue, au-devant de la glotte dans Thomme et les quadrupèdes , est regardé généralement comme destiné par la nature^ à empêcher les substances qu'on avale de tomber dans la trachée -artère; les oiseaux et les reptiles ' n'ont à la vérité aucune épiglotte , et n'éprouvent point d'inconvénient de cette privation ; n»is leur

3l6 ANATOMIE ET PHTêlOLOGIE ANIMALES,

glotte att préservée par d'autres iii0|sens, teb que le» daitelures dont elle est le fins souvent héiisiée, .6ii sorte qu(m ne peut pas en tirer d objection contre lopinion reçue. Des sujets privés d cpigloitte par accident, et qui ont continuée à avaler aussi aisément qu'auparavant, donnoient lien à des objections plus fortes , et quelques anatomistes en avoient même conclu que lepîglotte sert plutôt à la y obi qu'à la déglutition.

M. Magendie, ayant enlevé Fépiglotte à des dhiens , sW assuré que leur déglutition n en souffroit point; il a reconnu en outre, pat une inspes^ tion immédiate, que la glotte se contracte complètement à Tinstant de la déglutition, en sorte que rien ny pénètreroît, quand même VéjMglotte n'existeroit pas ; enfin , en coupant les ]ier& cpi vont aux muscles contracteurs de la glotte^ tt a va que celle-ci r^toit ouverte, et admettoit les aliments, malgré la présasee de Tépiglotte qu'il avoit conservée.

Il est difficile dé ne pas se readre à det expérien* ces qui s^accordent si bien entre elles et avec W firits connus; cest aux physiologistes- à cbercber maintenant quel peut être le véritable usage d'un organe trop développé, et trop constant dans une classe entière , poor n'avoir pas une destinatioo essentielle.

ET ZOOLOGIE. Siy

i/i. Magendie a été conduit par ses recherches à examiner lai distribution particulière d^ nerfs laryngés et récurrents dans les différents 'muscles du larync, et cette partie de son travail ajoute quelque précision âge point intéressant d'anatomie.

M. Dutrochet, médecin à Château -Renaud, dont nous ^vons déjà ra pporté en 1812 des p^ser* valions intéressantes sur Fœuf dm U vipère, a généralisé ses recherches, et en a présenté les résultats à Tlnstitut dans un mémoire sur les enve^ loppes du fœtus, dont nous communiquerons ici quelques propositions en ftûsant remarquer toute* fois qu elles n'ont pu être encore constatées par les commissaires de Tlnstitut, parceque les circonstances nWt pas permis de^ se livrer à ce travail dans la saison où il aupoit été nécessaire d'en faire la plus grande partie. Cependant.un extrait de ce mémoire doit être agréable aux physiologistes , et peut occasioner de nouvelles observations sur une matière obscure autant qu^intéressante.

Lauteur dit donc avoir observé que dans les premiers temps le fœtus renfermé dans Tœuf a une ouverture à*se$ parois abdominales et à son amnios, tiQ travers de laquelle passe une extension de la ves^

3l8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMAL&S,

ste, qui forme le chorioh et la ntembrane moyenne ; en sort^qu e lés vaisseaux ombilicaumé seroient que des productions des vaisseaux d^ la vessie. Selba kii Tœuf des reptiles est un vitellus dépourvu d albumen; et dans la vipère la i^inbrane de la coque, d'une wnceur extrême, disparoit vers le milieu de la gestation , et alors le chorioh à nu contracta des adhérences avec loviduclns âans former pour cela un véritable placenta. Ainsi cette membraiK de la coque seroit lanalogue de la memtfrane caduque des mainiaifères. Il assure que Le têtard de grenouRle ne se dépouille point de sa peau pour èe métamorphoser, mais que les pattes antérieures percent cette {^eau ; que les mâchoires la déchirent, et que les ^ouvertures «e cicatrisent. L'œuf de la grenouille et des batraciens en général est un vitellus dont la matière émulsive est contenue dans intestin même qui ,^ d'abord globuleux, s'alonge par degrés en un tube spiral , tel qu'on le voit dans le têtard. M. D^trochèt a çiicore des idées fort particulières sur la respiration des fœtus, et notamment sur les branchies des têtards qull croit placées dans la (baisse du tympan. Nou^ en parlerons plus au long quand il aura été possible de les vérifier et de les éclaircir sur la nature même.

L'anatomie comparée n'avoit pas déterminé d'une manière positive la nature des organes res-

ET ZOOLOGIE. Sig

piratoires des cloportes. On savoit.J)ien que ces animaux ont de grands rapports de structure avec les . crfistacés ; il y avoit lieu de croire que les lames placées sous leur queue dévoient servir à la respiration , comme elles y servent certainement dans les aselles et les petites chevrettes-d'eau douce, animaux très voisins des cloportes : mais il restoit à constater le fait, et à- montrer à leur surface où 4lans leur intérieur ui» appareil Quelconque propre à cette fonction.

I^. Latreille^correipondant/qui à été nommé tout nouvellement membre dé i'Institut, a rempli cette lacune delà zoologie. Il a fait voir,, sur quatre des laties en question , une petil;e partie jaunâtre , pçrcée dua trou , et centepant .à Tintérieur de petits filaments, partie qu'il compare à celles qui , bien que difiPéremm^t placées dans les araignées et, dans les scorpions, y ont cepeAdant une structure assez analogue, et y remplissent le n^ême objet. Toutefois , malgré cette ressemblance partielle , et .malgré lexistence d'une sorte de filière qu'il a observée dans ,les clopprtes, et qui est un rapport de plus avec leis araignées, M. Latreille ^'en laisse pas moins les cloportes parmi les crustacés , en raison des autres rapports beaucoup plus npmbreux qu,i les lient à cette classe. :

Les insectes ont été depuis long-temps divisés

320 AMATOMIE ET PHYSIOt»D6IE ANIMALES,

en deux catégories, daprès la slrucj^ure de leur bouche, les uns ayant des mâchoires bieo développées y e| c^i peuvent servir à diviser des aliments solides, et les autres ne montrant qiie des espèces de trompes ou de suçoirs propres seulement à pomper les liquides. Il y en a même >qui prennent aux diilerentes époques de leur vie cesdeux formes de bouche , et que la métamorphose rend suceurs dans leur état parfait de broyeurs ou masticateurs qu'ils étoient a Tétat de larve; tels sont, par exemple, les papillons qui ne se^servent pour se nourrir que d une double trompe , <1 ordinaire routée en spirale, qu'ils déroulent pour Imtroduire dans le fond de la cor(dle des fleurs et e(i sucer le nectar ; tandis que les chenilles , qui ne sont que ^e& papillons non développés, ont la bouche armée de fortes mandibules , avec lesquelles elles découfeut les fouilles les plus dures. On croyoit même que la chenille, en prenant les, ailes, les longues pattes , les belles antenne^ du papillon , prenoit aussi sa tropipe, et perdoit entièrement ses mâchoires.

M. Savigny, membre de Tlnstitut d'Egypte, a prouvé par des recherches suivies et déhcates qujl n en est pas entièrenient ainsi ; mais que la nature, dan^ cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, se borne à rapetisser de certaines

parties ) à en développer d'autres, et quelle parvient à des effets entièrement opposés par ces simples changements dans les proportions. Il à découvert à la base de la trompe des papillons deux organes d une petitesse extrême, mais qui n'en représentent pas moins les mandibules des chenilles; au dos du support de cette même trompie il a trouvé deux très petits filets, qui lui paroissent les analogues des palpes maxillaires; en sorte que les deux lames dont la trompe se compose sont-, selon M. Savigny, les pointes extrêmémeni; alongées des maxilles, cest-à-dire de la paire infé* rieure des mâchoires. Enfin les grands palpés connus de tous les naturalistes sont les palpes de la lèvre inférieure. On avoit déjà aperçu, dans quelques genres de papillons de nuit, les deux petits palpes maxillaires ; mais c'est à M. Savigny que Ion doit de savoir qu'ils existent dans toute la famille. Cet habile observateur a aussi établi une comparaison suivie et une analogie marquée entre les soies et quelques autres petites parties qui accompagnentd ordinaire lesuçoir des insectes à deux ailes, et les mandibules et maxilles des insectes masticateurs ; en sortequela structure de cette nombreuse classe d animaux offre , dans cette pattie importante de son organisation, une uniformité plus satisfaisante qu on ne lavoit cru jusqu'à j)résén t.

BUPFON. GOMPLEM. T. III.

M. Savigny a également eraminë la bouche des insectes qui joignent à des mâchoires évidemment reconnoissables pour telles une trompe formée par le prolongement de leur lëvre inférieure, insectes dont les plus remarquables sont les abeilles. On avoit cru voir que louverture du pharynx étoit située en dessous de cette trompe ou de cette lèvre, tandis que dans les masticateurs ordinaires elle Te^t en dessus; mais c*étoit une erreur : le pharynx est toujours sur la base de la trompe, et il y eât même garni de parties intéressantes à connoitre, et dont M. Savigny donne une description détaillée. Son mémoire est destiné au grand ouvrage sur FÉgypte, dont nous allons bientôt devoir la terminaison à la généreuse munificence du roi.

M. Cuvier a fait des recherches sur une autre classe, dont la bouche présente aussi, du moins en apparence, de nombreuses anomalies; cest celle des poissons. On y retrouve au fond toutes les pièces qui appartiennent à celle des quadrupèdes; mais quelques unes y sont plus subdivisées, et une paitie de leurs subdivisions y sont quelquefois réduites à une petitesse tdle qu elles n y peuvent remplir leurs fon<;tions , et que Ton éprouve même de la difficulté à les apercevoir. Le très grand nombre des poissons a des intermaxillaires et des maxillaires très visibles; mais ces os diffèrent beaucoup

entre eux par la proportion ;. et les maxillaires dui% tout font tantôt partie du bord de la mâchoire, et portent des dents; tantôt ils sont placés plus en arrière, et ne portent point de dents, circonstance où lesichtyologistes ne les ayant pas reconnus pour ce qu'ils sont les ont nommés mistaceSy ou os lon biaux. Ces différences donnent à Fauteur des caractères génériques très commodes pour opérer une distribution plus natnreUe des espèces ; mais ils ne peuvent servir à distinguer ks ordres. Pour ce dernier objet M. Guvier a recours à des différences plus fortes 9 telles que la coalition ou soudure des maxillaires on intermaxillaires , qui a lieu , par ej^emple^dans les tretodonSf les coffres, les batisies, ou telles que la disparition des uns et des autres , et lobligation où s est trouvée la nature d'employer lésas palatins pour former la mâchoire supérieure^ ce qu'on observe dans les raies, les squales, ^ ks autres chondraptérigiens.

Lautcur .na pu découvrir dautres caractères que ceux-là pour établir une première distribution de la classe des poissons. En conséquence il renvoie aux poissons ordinaires les genres qui, ayant la même structure de bouche et de branchies , avoient cependant été placés parmi les poôssons branchtos-* téges ou cartilagineux, à cause de quelques siasi^ gularités de forme extérieure, ou parceque leur

squelette se durcit un peu plus tard que celui des autres, tels sont les centriques, les baudroy^es, les cycloptères,le&lepadùgastères, etc.

• M. Cuvier a fondé sur ces- vues, et sur d autres semblables, la méthode particulière d après laquelle les poissons seront distribués dans louvrage quil prépare sur lanatomie comparée.

Le même naturaliste a présenté à llnstitut des recherches sur un assez grand nombre d'espèces de poissons, qu'il a observées dans trois voyages faits à différentes époques sur les côtes de la Méditerranée. Quelques unes sont nouvelles, d autres avoient été mal placées ou mal nommées par les auteurs ; plusieurs ont offert des observations intéressantes relativement à leur structure, ou donné lieu à rétabhssement de genres nouveaux ,.ou à la subdivision de genres anciens. Ce détail ne peut entrer dans un rapport tel que celui-ci ; mais les naturalistes le trouveront dans le premier volume des mémoires du Muséum d'histoire naturelle, dont il vient déjà de paroitre une livraison.

M. Risso , auteur de Ylchtyologie de Nice, a fait parvenir à llnstitut un supplément à cet ouvrage, où il décrit plusieurs poissons qu'il ne connoissoit point lorsqu'il le publia , et dont quelques uns sont fort intéressants par les particularités de leurs caractères.

M. Lamouroux à étendu et perfectionné son grand travail snr les polypiers non pierreux , dont nous avons déjà parlé il y a deux ans j et Ton doit espérer qu'il en fera bientôt jouir les naturalistes:

On se rappelle les belles expériences de M. Ma^* gendie sur le vomissement, ^et l'invitatioti que lui fit rinstitut d examiner la part que Fo^ophagepouvoit avoir dans ce mouvement désordonné de lestomac. Quoique ses recherches ne lui aient point encore donné de résultats décisifs, elles lui ont paru assez intéressantes pour être communiquées.

Les constrictions et relâchements alternatifs de l'œsophage ne lui ont paru avoir lieu que dans son tiers inférieur, où il est principalement animé par les nerfs de la huitième paire. La constriction augmente beaucoup et dure long-temps quand l'estomac est rempli. Lorsque l'œsophage est coupé et détaché du diaphragme, l'injection de l'émétique dans les veines ne pit)duit plus de vomissement, et son introduction immédiate dans l'estomac devient nécessaire.

Les sciences ne sont point étrangères à la Véritable érudition ; et s'il est arrivé plus d'une fois qu'une lecture attentive de& anciens a' excité-les savants à des observations qui leur ont révélé des vérités im-

portantes, plus d'une fois aussi il est arrivé que des observations heureuses des savants ont porté sur les passages obscurs des anciens une lumière inatten^ due. Quelques notes de M. Cuvier sur les livres de Pline , relatifs aux animaux, en ont offert des exemples. Ainsi M. Cuvier pense que le lynx des anciens, qui est indiqué comme venant des pays chauds, nétott pas notre lynx actuel ou loup-cer* vier, mais le caracal ; et il montre en effet que le caracal porte tous les caractères attribués par les anciens à leur lynx. Le léon<ocrtUte et le caioblqw, deux animaux auxquels les anciens attribuent une conformation monstrueuse et des qualités funestes ^ ne lui paroissent que des résultats de mauvaises descriptions faites par des voyageurs ignorants sur cet animal de Fintérieur de l'Afrique, auquel on donne le nom de gnou ( antihpe gnu ^ Lijn. ) , dont les formes bizarres, le regai*d farouche, les poils qui hérissent son museau et sa crinière, ont dû faire souvent un objet d'horreur.

Parmi les cinq animaux unicornes dont les ao*ciens ont parlé, M. Cuvier croit que les quatre premiers , Tâne des Indes , le cheval unicorne , le bœuf unicorne, et le monocéros proprement dit , ne sont que le rhinocéros diversement défiguré par les relations des voyageurs ou des marchands.

Il prouve que tout ce que les anciens ont dit de

BT ZOOLOGIE* 327

Faspic d!Égypte, de Taspic par excellence, appai^ tient complètement à cette espèce de vipère à col élargi que Ion nomme coluber haje, et dont Thi»* toire a été si bien exposée par M. Geofiroy dans Te grand ouvrage sur TÉgypte.

Il concilie les contradictions des anciens dans leurs descriptions du dauphin , en prouvant qu'ils ont donné ce nom à deux animaux très différents: lun qui est notre dauphin da présent {dtlphinus delphis, Lin.); lautre qui appartenoit au genre d^s squales où chiens-de^ner.

La plupart des fables relatives à lliyéne et à 1% cfaneumon se trouvent expliquées par la singularité de leur conformation; il nest pas jusqu'à la prétendue continuité des vertèbres du cou dans rhyène qui ne soit vraie quelquefois; Textrème ri** gidité des muscles de cette partie ocoasione assez fréquemment des ankyloses entre les vertèbres cervicales , et M* Guvier en a observé des exemples.

Tout le monde connott ce petit quadrupède ap«peié musaraigne ou musette, qui ressembleroit assez à l'extérieur à une petite souris si son museau n*étoit beaucoup plus pointu et ses oreilles beau^ coup plus petites; mais, quoiqu'il ait été examiné et disséqué par plusieurs natu ralistes , on n^avoit pas encore remarqué toutes les particularités de son organisation* M. Geo£li*oy-Saint<»Hilaire vient de

328 ANATOMIË ET PUTSIOLOGIË ANIMALES,

découvrir qu'il a sur chaque flanc, sous la peau , une glande particulière qui répand au-deiiors une humeur gluante par une série de pores, entourée de poils plus gros et plus'roides que les autres, et qui se laissent aisément apercevoir par le tact.

M. Cnvier, qui a repris ses recherches sur lanatomie des mollusques, a lu cette annéeà TAcadémie un mémoire sur celle des anatifes et des balanes, et un autre sur plusieurs genres de coquillages voisins des patelles , des oscabrions et des hallotides.

Les anatifes et les balanes lui ont offert des organes de la génération et un système nerv^eux fort différents de ce qu on observe dans les mollusques ordinaires. Le système nerveux , aussi bien que les mâchoires, rapprocheroient à quelques égards ces animaux des insectes.

Les haliotides, les patelles et les oscabrions , ont d autres singularités. Leurs sexes ne sont pas séparés, comme dans les buccins et autres tu renées aquatiques $ ils ne. sont pas non plus réunis de manière à avoir besoin d'une fécondation récij>roque, comme les limaces. et lesaplysies: mais leurhèrmaphroditisme est complet,. et tel qu'ils se suffisent à eux-mêmes , comme les huîtres et tous les bivalves.

Les fissurelles et les émarginules, que M. de La Mark a séparées des patelles, se rapprochent en

efFet davantage des haliotides par les branchies, et sur-tout par le cœur, qui , dans ces trois genres , est traversé par le rectum , comme celui des moules et de beaucoup d'autres bivalves.

M. Cuvier a donné aua^i un mémoire sur les as-cidies y sorte 4^ moUusques enveloppés non pas d'une coquille, mais d'une croûte cartilagineuse fixée aux rochers et pourvue de deux ouvertures , dont l'une reçoit et rejette leau nécessaire à la respiration , et l'autre donne issue aux œufs et aux excréments. Une grande cavité, tapissée d'un fin réseau vaseulaire qui tieDt lieu de branchies, reçpit cette eau , et avec elie les corpuscules dont l'animal se nourrit. Dans son fond est la bouche, qui conduit à une sorte de gésier. Du reste ces animaux ont un cœur, un foie, un système nerveux, assez semblables à ceux des autres mollusques; mais la disposition relative de ces parties, aussi bien que la forme et la surÊice de lenveloppe extérieure, varient beaucoup, selon les espèces.

Cette anatamie des ascidies étoit venue d autant plus à propos qu'elle a servi à éclaircir des observations d*u ne nature beaucoup plus nouvelle et plus importante, qui ont été< faites presque en même temps, sur des animaux voisins , par M. Savigny, membre de llnstitut d'Egypte.

On ne connoissoit jusqu'à présent d'animaux

33o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

composés que dans Tordre des polypes; tous les coraux, les madrépores, les plumes-de-mer, un grand nombre d'alcyons , ne paroissent que des agrégations de plusieurs polypes unis d'une manière intime, dont la nutrition se fait en commun , de sorte que ce que Tun mange profite à tous, et qui paroissent même animés d'une volonté commune. Cette dernière circonstance est du moins très cer* taine dans les plumes-de^mer, qui se transportent d'un lieu à un autre par la rémigation combi* née et régulière des milliers de petits polypes qui sortent de toutes leurs barbes. La structure de ces polypes est assez simple pour que Timagination se prête à concevoir cette espèce d association que Ton peut en quelque sorte comparer à celle des divers rameaux d un même arbre.

Mais M. Savigny a découvert des animaux com« posés d'un autre genre, et dont Torganisation individuelle est beaucoup plus compliquée. Us re»* semblent singulièrement à ces mollusques appelés ascidies, qui eux-mêmes présentent quelque analogie avec les animaux des coquilles bivalves. On leur trouve également un sac branchial , que les aliments.soi^t obligés de traverser pour arrivera la bouche; un estomac musculeux; un intestin dont le rectum remonte vers le côté de la bouche, et y forme un second orifice; un ganglion nerveux

placé entre Ibrifice branchial et celui de l'anus; un ovaire, et un oviductus. En un mot ce sont pour ainsi dire de traies ascidies réunies en masses par une chair commune et participant en conséquence à une même vie. Ces sortes d a^ég^ations animales avoient été confondues jusqu'ici avec les alcyons ; elles sont nombreuses , et M« Savi{][ny , qui les a décrites et fait représenter avec un détail digne de leur singularité , y a observé assez de formes différentes pour en faire jusqu'à huit genres.

Parmi ces animaux composés les uns forment des masses fixées et plus ou moins irrégulières, comme un grand nombre d'alcyons; d'autres sont rangés en étoiles autour d'un centre commun, et ce sont eux que les naturalistes, prenant chaque étoile pour un être simple , avoient nommés botrylles; d^autres enfin sont combinés en quantités in^ nombrabks, pour former par leur assemblage un long cyhndre creux, ouvert par un bout, qui se meut en totalité comme les plumes-de^mer, et que Pérou , le premier qui l'ait découvert , le croyant aussi un être simple, avoit appelé pyrosome. ' MM. Desmarets et Lesueur avoient fait de leur pôté, sur ces deux derniers genres, des observa* tions tout-à*fait analogues à celles de M. Savigny, et qui les ont pleinement confirmées.

Il existe parmi ces grands zoophytes, auxquels

les anciens donnoient en coinniun le non dortres de mer libres, un genre que le naturaliste danois Othon-Frédéric MùUer a fait connoître , et appelé lucernaire, parcequ'tt^lui a teo^uvé je ne sais quel rapport de figure avec une lanterne. Sa forme générale est un cône évasé; au centre de là base est lat bouche, et des bords de cette base partent des bras dWdinaire au nombre de huit\ chargés de petits tentacules, tantôt espacés également, tantôt rapprochés deux à deux.

M. Lamouroux , professeur d'histoire naturelle à Gaen, y a observé avec beaucoup de soin une espèce de ces animaux à huit bras également distants; de couleur rose pâle, pointillée de roûge, relevée de huit bandes rouges , pénétrant dans les bases des bras, et qui sont les cœcums ou les intestins. Ces huit organes aboutissent à un estomac central. Chacun d eux est logé dans une cavité particulière où le retient une sorte de mésentère. Le genre de vie des lucernaires paroit ressembler assez à celui des actinies ou anémones de mer. -^

Le même naturaliste a présenté à llnstitut une nouvelle rédaction de son travail général , dont nous avons déjà parlé, sur ces sortes dezoophytes composés dont les troncs ne sont pas pierreux , ou , comme il les appelle^ sur les polypes coralligènes flexibles y tels que les sertulaires et \esflustres; Tétudè

apprpfoadie qu'jl a faite des polypiers en général lui a donné lieu d y remarquer des caractères distinctifs asse; notables pour y établir près de cin* quante genres qu'il a répartis en dix familles , et auxquels il a ^bo^donné cinq cent soixante espèces, dont près de la moitié sont nou\;elles.

On ne peut que réitérer le vœu que ce grand travail soit promptement livré à la partie du public qu^il intéresse.

M, Leclerc, de Laval, le même qui a travaillé sur les conferves,.a présenté à llnstitut des observations intéressantes sur quelques animaux microscopiques. Lun d'eux, que M. Leclerc a découvert et nommé diflugie , à peine du diamètre djun dixième de Jigne , est enveloppé d'un étui membraneux qui s enduit d'un sable très fin, et d'où il fait sortir, des sortes de bras qui ne sont que des extensions de sa substance , et dont le nombre , la forme et les proportions,varient presque à sa volonté. Cet animal doit avoir de l'analogie avec celui que Rœsel avoit nommé proteus, et qui prend aussi dans le cours de peu d'instants mille formes diverses.

L'autre animal , observé par M. Leclerc, est un insecte bymenoptère, découvert par M. Jurine, correspondant de l'Institut, et nommé par lu'rpsile de Boscy mais qui appartient au genre diapria de M. Latreille. Il porte sur la base de son abdomen

334 ANATOlttlE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

une corne relevée, et se pnJonçeant en avant ju5- | que sur la tête, où die se termine par un renfle- | ment. M. Leclerc a reconnu que cette«corne est la gaine de la tarière , instrument dont bien d autres ! hyménoptères sont pourvus, mais qui d'ordinaire est autrement placé. La base seule de la tarière de la diaprie est contenue dans sa corne , mais la pointe sort comme de coutume par lanus.

M. Latreille nous a donné une description très détaillée de certains crabes de la Méditerranée, bien remarquables par lenrs yenx, portés , non pas comme ceux des crabes ordinaires , sur une seule articulation mobile, mais sur un l(mg tube à deox articulations , en sorte que lanimal les meut comme les branches d'un télégraphe. Leurs pieds de derrière sont d ailleurs placés sur le dos, comme ceux des dorippes. Qudques uns de ces crabes avoient déjà été remarqués par Rondelet etparAldrovande; mais ces anciens naturalistes n^avoient pas fait mefltion de la structure singulière de leurs yeux. M. Latreille en Êiic un genre sous le nom àhippœmti' nus. A-peu-près dans le même temps M. Leach, savant naturaliste anglais, qui travaille à un grand ouvrage sur les crustacés, décrivoit aussi ces espèces so«s le nom générique à'homohis.

M. Savigny a étaUi l'année dernière , par des ob» servations détaillées, une analogie de structure in-

animent plus grande qu on ne la supposoit entre les bouches des insectes ailés, soit suceurs, soit masticateurs, et il avoit fait voir que les gaines des suçoirs, des trompes, ou autres instruments de déglutition des premiers, et quelquefois ces instruments eux-mêmes, pouvoient être regardés comme des prolongements de quelques uns des palpes ou des mâchoires des autres. Il a présenté cette année un grand travail, d'où il résulte des analogies d'un autre ordre entre les bouches des masticateurs ordinaires et celles de certains genres qui paroissoient anomaux , et dont les uns ont été rangés parmi les crustacés, d'autres parmi les insectes sans ailes.

Les naturalistes avoient remarqué depuis longtemps qu'une partie des mâchoires de ces genres à bouche extraordinaire ressembloit à des pieds , et M. Savigny cherche à prouver que ce sont effectivement de véritables pieds , qui , prenant plus ou moins la forme et les fonctions de mâchoires , viennent se joindre aux mâchoires proprement dites, ou même les expulser et les remplacer tout-4-fait.

Ainsi , dans les scolopendres , il existe deux sortes de lèvres surnuméraires dont l'extérieure a des palpes robustes et crochus qui servent à l'animal pour saisir ses aliments. M. Savigny, remarquant qu'elles ne tiennent point à la iéte^ mais au premier

anneau du corps, las regarde comme lés deux premières paires de pieds métamorphosés.

Dans les écrevisses et les crabes, où la tète et le corselet sont confondus, les mâchoires surnuméraires sont manifestement les premiers pieds; souvent même, comme dans les squilles, leur forme n est pas trop dissimulée; mais dans ces animaux, et da»s plusieurs autres dont 1 auteur a décrit la houche avec une attention infinie, il subsiste tou<jours des mâchoires ordinaires ; au contraire, dans les araignées, scorpions, et les autres genres sans antennes, il ne reste presque plus de trace de tète, et les vraies mâchoires ont disparu. Il ne subsiste que des mâchoires surnuméraires, c est-à-dire des pieds transformés en mâchoires.

Telle est Tidée sommaire que nous pouvons donner d'un travail très original , mais dont les preuves ont pour base des observations si détaillées et si nombreuses que nous ne pouvons les faire entrer dans notre analyse.

M. de La Billardière, qui continue d'observer ses ruches, a fait encore quelques remarques nouvelles sur cette matière si admirable , et qui semble devoir être inépuisable pour les naturalistes.

On sait qu'après la sortie des derniers essaims les abeilles ouvrières, semblables pour l'ingratitude à bien des êtres plus élevés, s'empressent de

ET ZOOLOGIE. SSy

se débarrasser des mâles, qui ne sont plus néces^ saires à la propagation , et dontTentretien consommeroit beaucoup de provisions. Elles en font un carnage épouvantable; mais , à eu juger par les expressions de quelques auteurs, on pourroit croire que cette expédition n est l'affaire que de quelques jours, et qu'elle ne manque jamais d arriver. Cependant il faut quelquefois plusieurs semaines aux abeilles pour la terminer; quand les rucbes sont foibles , c'est-à-dire quandellesontpeud ouvrières, 1 opération dure encore bien plus long-temps; et même les tnâles sont entièrement épargnés dans les ruches où il n^ a plus de reine , ou dont la reine , comme il arrive de temps en temps, ne produit que des mâles. M. deLaBillardière rapporte en détail un exemple de cette règle déjà reconnue par M. Huber; les cultivateurs peuvent donc reconnoitre, au grand nombre de ces mâles qui restent dans une ruche après lepoque où ils âuroient dû en être chassés, qu il n y a point à attendre de nou-^ veaux essaims, et que la ruche peut être exploitée sans inconvénient.

Chacun connoit ce petit bruit assez semblable à celui du balancier d'une pendule, qui a long-temps inspiré de la terreur aux gens superstitieux , et auquel on a donné le nom lugubre d'horloge de la mort. Les naturahstes ont jugé de bonne heure

BUFFON. COMPLBM. T. fil.

qu ii devott provenir de quelque insecte ; et les uns Tout attribué i une araignée, d'autres à ce petîtanimal qu on appelle pou de bois, d autres encore à ce petit coléoptère nommé vrillette^ parcequ*il perce le vieux bois comme avec une vrille; et parmi ceux qui ont adopté cette dernière OfMnion, les uns ont penséque c'étoit rinsecte parfait, d'autres que cetoit son ver ou sa larve, et tous ont cru qu'il opéroitce bruit en creusant le bois, soit pour s en nourrir , soit pour en sortir. M. Latreitle avoit observé que le bruit est dû à une vriUette, qui Fexécute non pas en creusant le bois, mais en le frappant. M. de La Biilardière a constaté le même fait par des observations suivies; et commec'est sur une femeik qu il les a faites, il pense que lobjet de ce bruit est d appeler le mâle, comme le font beaucoup d'autres insectes fiemelles dans la saison de la propagatioâ. liCs observations sur les enveloppes du foetus, faites par M. Dutrochet, médecin à Château -Renaud , et dont nous avons déjà parlé pluéieurs fois, ont été répétées par les commissaires deTInstitat, qui , une fois engagés dans ce travail , ont fait eux* mêmes quelques observations propres à confirmer, eomuïe celles de M. Dutrochet, la grande analogie que Ton a déjà remarquée, même à 1 égard de Yœuf ou de ce qui en tient lieu , entre les animaux vivipares et les ovipares.

Les animaux ovipares qui après leur naissance respirent par des poumons ont tous des œufs à»peu-près de même structure. Sous une double membrane qui revêt intérieurement la coque sont enfermés le blanc et le jaune de lœufl Celuirci est suspendu par ses deux pôles , au moyen de cordoas nommés chalazes^ qui sont des productions de sa tunique propre, la plus extérieure , sous laquelle en est aussi une seconde. C'est sous celle-ci que se montrent les premiers linéaments du poulet, et ce joU cercle vasculaire, par lequel il tient au jaune, et doat les vaisseaux, viennent des artères et des veines de son mésentère. Les vaisseaux ombilicaux ne se rendent point au jaune du tout ^ mais ils se distribuent à une membrane qui communique avec le cloaque, et qui répond à rallantoïde des quadrupèdes. Invisible d abord, ne se montrant que le quatrième jour^ et comme une vésicule qui sortiroit de labdomen, cet organe singulier crott avec une rapidité étonnante; il perce les épidermes du jaune, repousse le blanc jusque vers le petit bout de Fœuf , et enveloppe bientôt le fœtus et le jaune tout entier d'une double membrane; la tuniqueextérieurC) produite ainsi pac ce prodi{][ieux développement de Tallantoïde, est ce que les anciens observateurs ont appelé.lechorion , mais elle. ne répond pas.au vrai choriondes quadrupèdes qui est repré-

342 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE AlilMALES,

foetus avec celles de lœuf, il faut les observer dans les carnassiers , et sur-tout dans le chat. La membrane que Ion a appelée assez mal-à-propos ombiKeale, et qui reçoit seulement des vaisseaux dérivante de ceux du mésentère, y représente le jaune de Fcepf , et si bien que dans le chat cest aussi une liqueur qu'cile contient à une certaine époque de laigestatîon. Fi?cée par ses deux chalazes aux deux extrémités du chorion, comme le jaune lest à la membrane de la coque , elle est aussi enveloppée, ainsi que le fœtus et son amnios, par la' double membrane de Tallantoïde; et entre celle-ci et lecborion'est une tunîqueextrcmementvasculaire, toute fournie par les vaisseaux ombilicaux , et que la plu* part des auteurs onft confondue avec le cborion, qui au contraire n a point de vaisseaux.

La principale différence des mammifères et dès ovipares seroit donc, outre Icxi^tence du placèûta dans le^ premiers, que rallantoïde y doubleit^it le chorion , et y en velopperoit le fœtus et le jaune dès les premiers moments, en sorte qu'il ne seroit pas possible d'en voir l'origine, ni d'en suivre le dëvelop|)enient.

Dans certains ordres de mammifères, et notamment dans les rongeurs, il y a une différence plus singulière encore , c'est que l'allantoîde y reste plu» petite , et qujB c'est la membrane ombilicale qui 1 en-

vdoppe ainsi qiie la feetus, d qtiî double le eho*^ rioâ.

M. Cuvier a relrouvé , comme M- Okea et MM. Hochstetter et Emmert, la meiiibrane om* bilicale da»s taus^ie& mamtnifèi^es^^ même daas Vhonime; mais il tia jamais pu apercevoir le pé*dicule par lequel le premier de ces observateurs prétend qu elle oammuDique avec Tiatestiti , et qui aoroit achevé dlétablîr son analogie avec le j^aune des oiseaux. Il pe^ise aussi que l'allantoïde existe toujours, et que si on Fa niée dans rhomme c'est quelle y adhère trop intimement à la fiace interne du chorton.. Cette adhérence n est pas moins intime dans le cheval ; mais comme Touraque y est creux, il a été aisé de s apercevoir de lexistenoe de Tallantoïde; die a été méconnue dans Thomme, parceque d'ordinaire Touraque y est oblitéré.

Il résulte de ces observations que la seule difFér^ice essentielle entre les œufs des divers animaux à poumons c'est que dans les ovipares la mem-* brane ombilicale contient une quantité de sub-* stance nutritive suffisante pour alimenter le foetus par le moyen de ses vaisseaux omphalo-mésenté* riquefr jusqu'à ce quil éclose^ et même après sa uaissauce, et que les vaisseaux ombilicaux qui ta* pissent Vintérieur de Fallantoïde n'ont d autre o^ fice à remplir que celui de la respira lion ;, mais que

daDS les vivipares cette membrane ombilicale ne pouvant subvenir seule à la nutrition les vaisseaux ombilicaux , après avoir enveloppé Fallantoïde , percent le chorion pour s'enraciner en quelque sorte dans Tutérus , et y cbercl^r à- la -fois dans le sang de la mère la nourriture du fœtus et Foxygënation de cette nourriture.

Quant aux animaux à branchies, soit les poissons , soit les larves de batraciens, lorganisation de leur œuf est beaucoup plus simple. Sans allanloïde et sans vaisseaux ombilicaux leur vitellus communique avec leur intestin par un conduit si large qu'il peut en être rqjardé comme un appendice, comme une sorte d estomac provisoire déjà rempli d avance de matière nutritive. Cest ce que prouvent également les observations de MM. Dutrochet et Cuvier, et les observations plus anciennes de Stenon , de Haller, et de plusieurs autres anatomistes.

Dans ses belles expériences sur le vomissement M. Magendie avoit remarqué que cette opération étoit précédée d'efforts dans lesquels l'estomac se gonfloit après un mouvement de déglutition; il jugea que c'étoit là le mouvement qu'on appelle nau^ sée , et présuma que la cause en étoit la déglutition de lair ; on savoit en effet , par les expériences de M. Gosse, qu'une déglutition d'air^provoque à vomir ; un jeune conscrit avoit même , dans la vue dé

se faire croire malade, porté l'art d'avaler de l'air au point de gonfler non seulement son estomac, mais encore ses intestins, et cet état produisoit en lui de violentes angoisses. M. Magendie a constaté par des expériences directes cette nature des nausées. Le vomissement provoqué sur des chiens, soit par des pressions immédiates sur l'estomac, soit par des injections d'émétique dans les veines , a toujours amené des mouvements propres à faire pénétrer l'air dans l'œsophage , et à le contraindre à descendre de là dans l'estomac ; et ces mouvements ont été entièrement semblables à ceux des nausées. Nous rapporterions volontiers aussi à la physiologie un mémoire de M. de Montègre su?* l'art du ventriloque. A laide des leçons de M. Comte, qui s'est rendu si célèbre par l'exercice de cet art singulier, M. de Montègreexpliquenonseulementles procédés par lesquels on peut modifier diversement le son de sa voix , mais encore tous les artifices par lesquels on peut faire prendre le change aux auditeurs sur la direction des sons, et sur la distance d'où ils partent. Malheureusement ces détails sont de nature à être saisis par des exemples, et imités par l'exercice , plutôt qu'à être exposés en paroles , du moins ep paroles aussi abrégées que celles dont nous pourrions nous servir dans notre présente analyse.

Les animaux ont aussi leur géog;raphie,car ia nature en retient aussi chaque espèce dans certaines limites par des liens plus ou moins analo{][ues à ceux qui arrêtent Texienslon des végétaux. Zimmerman a donné autrefois sur la répartition des quadrupèdes un ouvrage qui n'a pas été sans célébrité. M. La treille vient d en publier un sur celle des insectes. On sent qu'elle doit avoir des rapports intimes avec celle des plantes ; et en effet Ton retrouve de même sur les montagnes d'un pays plus chaud les insectes qui habitent les plaines d'un pays plus froid. Les différences de dix à douze degrés en latitude amènent toujours , à hauteur égale , des insectes particuliers ; et quand la différence est de vingt à vingtquatre , presque tous les insectes sont différents. On observe des changements analogues correspondants aux longitudes , mais à des distances beaucoup plus considérables.

L'ancien et le nouveau monde ont des genres d'insectes qui leur sont propres; et les espèces, même de ceux qui sont communsà l'un et à l'autre, présentent des différences appréciables. Les insectes des pays qui enclavent le bassin de la Méditerranée, et ceux de la mer Noire et de la mer Caspienne ; les insectes encore dune grande partie de l'Afrique,

BT ZOOLOC^IE» 347

ont beauooup d'analogie entre eux. Ces contrées foi^ment $ur^toul le domaine des coléoptères, qui ont cinq articles aux quatre tarses antérieurs et un de moins aux deux derniers. L'Amérique nous offre, outre les genres qui lui sont propres , un très grand nombre d'insectes herbivoifes, tels que chrysomèleSy charansons,€assides, capricornes, papillons , etc. Ceux de TAsie au-delà de l'Indus ont une grande affinité quant aux familles et aux genres dont ils font partie. I^es espèces de la Nouvelle- Hollande, quoique voisines de celles des Moluques, s'en éloignent néanmoins par des caractères essentiels. Les îles de la mer du Sud et l'Amérique méridionale semblent laisser entrevoir à cet égard quelques rapports généraux, tandis que lentomologie de l'Afrique contraste essentiellement en plusieurs points avec celle de l'Amérique méridionale.

Dans FËurope occidentale le domaine des insectes méridionaux se manifeste très sensiblement dès qu'en alWnt du nord au midi on parvient aux pays favorables à la culture de Folivier. La présence du bousier sacré et des scorpions annoncent ce changement remarquable de la température ; mais il ne s'opère dans' l'Amérique boréale qu'à une latitude plus rapprochée de l equûteur d'environ cinq à six degrés; La forme du nouveau continent , la nature^ de son sol et de son climat , produisent cette différence.

348 ANAfOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

M. Latreille expose ensuite une nouvelle division de la terre par climats. Le Groenland, quoi(fbe très voisin de l'Amérique, paroit cependant, d'après la Faune qu'en a donnée Othon Eabricius , se rapprocher davantage à cet égard de l'Europe septentrionale et occidentale. On peut du moins considérer le Groenland comme une terre intermédiaire entre les deux mondes. D'après ce motif M. Latreille le prend pour point de départ d'un premier méridien qui , pas^sant 34^ à Fouest de celui de Paris, se prolonge dans l'océan Atlantique, et se termine à la terre de Sandwich au 60° de latitude sud , le nec plus ultra de nos découvertes vers le pôle antarctique. Ce méridien , à partir du 84^ de latitude nord , dernier terme approximatif de la végétation , et ensuite au-delà jusqu'au 60° de latitude sud , est coupé de douze en douze degrés par desi cercles parallèles à l'équateur. Les intervalles forment autant de climats que M. Latreille désigne sous le nom de polaire, sous-polaire, supérieur, intermédiaire, mr-iropical^ tropical, et équatorial. Mais, comme les insectes de l'Amérique diffèrent spécifiquement de ceux de l'ancien continent, et qu'à commencer au hassin de Flndus les insectes de l'Asie orientale semblent s'éloigner, sous plusieurs rapports généraux, de ceux des parties occidentales , M. Latreille divise d'abord les deux hémi-

sphères par un autre méridien, qu'il fixe à 182 degrés à lest de celui de Paris , et partage ensuite chaque continent en deux grandes portions, au moyen de deux autres méridiens : l'un est de 62° plus oriental que celui de Paris, et passe sur les limites occidentales du bassin deTIndus; lautre coupe l'Amérique à 106*" à l'ouest du méridien de Pai^, et détache la partie de ce continent qui est la plus rapprochée géographiquement , et peutêtre quant aux' productions naturelles, de TAsie. Les deux hémisphères sont ainsi partagés longitudinalement en deux zones, l'une orientale, et l'autre occidentale.

Tout Paris a pu voir une femme venue du cap de Bonne*Espérance , que l'on montroit au public, sous le nom de Fénus hottentote. Elle appartenoit à une nation de l'intérieur de l'Afrique , célèbre chez les colons du Gap par sa férocité, et que l'aridité des cantons qu'elle habite et les persécutions des peuples du voisinage contribuent également à réduire à l'état le plus misérable. La petitesse de leur taille, les formes particulières de leur tête, la couletir jaune de leur peau , et sur-tout l'énorme saillie des fesses dans les femmes , semblent en faire une race bien distincte des nègres et des cafres dont ils sont entourés. On a sur-tout beaucoup parlé du tablier de ces mêmes femmes , que les premiers voya-

35o ANATOMIE ET PHT8IOLOOIE ANIMALES,

. çeurs avoient d*abord représenté fort inexactemenf , et dont quelques Yoyaf][eurs plus récents ont été ju»- <{U a nier Texistence*

La personne dont nous parlons étant morte a Paris, M. Cuvier a eu occasion de la disséquer, et de constater les particularités de son or^nisation. Elle possédoit le tablier ; mais ce n*est ni un repli de la peau du veatre^ ni un organe particulier ac^est seulement une production considérable de la partie supérieure des nymphes qui tombe devant louvei^ ture de la vulve, et la couvre entièrement* Les proéminences des fesses ne se composent que d'un tissu cellulaire rempli de graisse à-peu-près comme les bosses des chameaux et des dromadaires» Le squelette n en conserve point de marque, si ce n est un peu plus de largeur et d épaisseur aux bords du bassin. La tête ofFroit un mélange siogulieirdes caractères du nègre et de ceux du calmouck; enfin les os des bras, remarquables par leyr mincrenr, offrent quelques rapports ébignés avec ceux de certains singes.

Un des reptiles venimeux les plus redoutables après le serpent à sonnette c est la vipère jaune'ou fer-de-^lance de la Martinique et de Sainte-^Lueié , sur laquelle M^ Moreau de Jonnès a lu à TAcadémie un mémoire intéressant. Les-naturalis]te<iJa placent aujeurd'hut dans le genre des trigonocéphaksy car-

ractërisé par les foj^settes siluéeâ derrière les narines. ¥lle remplit la prîiicipale des colonies qui nous restent. Quelques uns prétendent qu'elle y futautrefois apportée, en haine des Caraïbes, parles -ffrrouages, peuplade des bords deTOréncque; tradition qui expliqueroit peut-être comment elle est restée étrangère aux autres Antilles* Depuis les bords de la mer jusqu au sommet des Mornes Ton est exposé à ses. atteintes^ mais son principal refuge est dans les champs de cannes à sucre, où des multitudes de rats lui servent de pâture, et où elle se propage avec une abondance proportionnée au nombredeses petits^ qui estde cinquante à soixante par portée. Sa longueur va quelquefois à plus de six pieds. On a cherché en vain jusqu^à présent à détruire ces vipères , en les faisant poursuivre par des chiens terriers de race angloise. M« Jonnès propose d'essayer contre elle cet oiseau de proie i hautes jambe appelé messager ou secrétaire {falcthserpentaritis,h.)^qni dévore tant de serpents aux environs du cap de Bonne-Espérance; et ladmi*nistration a déjà songé à faire transporter cette espèce utile à la Martinique. Peut-être la mangouste ne rendroit-elle pas de moindres services.

M. Guvier a t^miné par un mémqire étendu sur le poulpe, k seiche^ et le calmar, le travail qu il avoit entrepris depuis long-temps autr l'ajuatomie

des mollusques. Les genres que nous venons de désigner sont les plus remarquables de cette nombreuse classe d animaux , par la complication et les singularités de leur structure. Pourvus de trois cœurs, d'un système nerveux très dévelop[>é , We grands yeux aussi bien organisés que ceux d aucun animal vertébré^ de viscères excrétoires très singuliers et formés sur un plan dont la nature n'offre pas d'autre exemple, ils méritoient toute l'attention des naturalistes.

L'auteur a réuni ce travail à tous ceux qu'il avoit lus précédemment àVInstitut", sur des animaux de la même classe, pour en former un volume in-4^ orné de trente^ix planches en taille-douce, qui vient de paroitre sous le titre de Mémoires pour servir à t histoire ei à tanatomie des mollusques.

En faisant ses recherches anatomiques sur les seiches , M. Cuvier a eu occasion de reconnoître la nature d'un fossile assez commun dans nos couches calcaires, et qui avoit offert jusque-là une énigme indéchiffrable aux géologiôtes. C'est une partie osseuse, concave d'un côté, avec un rebord rayonnant, convexe du coté opposé, et armée d'une forte, épine entre la convexité et le rebord. Il est démontré aujourd'hui que c'est l'extrémité inférieure d'un os de seiche ; et si l'on est étonné de quelque chose c'est que Ton ne se soit pas aper^ju plus tôt d'un rapport aussi évident.

Les eaux douces de quelques cantons du midi de. la France nourrissent un très petit coquillage semblable à un bouclier surmonté d'un aiguillon pointu et recourbé. On l'avoit cru univalve, et on lavôit nommé Vancyle épine de rose; mais M. Marcel de Serre vient de s assurer que c*est une des valves d'un coquillage bivalve et régulier, dont la charnière a des caractères qui lui sont propres. En conséquence il en lait un genre qu'il nomme acanthis. Lanimal de cette toquille n a* pas encore été observé.

Les animaux sans vertèbres en général , considérés sous le rapport de la classification et de Fénumération des espèces, font Tobjet d un grand ouvrage 4^ont M. de La Marck vient de publier les trois premiers volumes in-8°, commençant par les êtres les plus petits et les plus simples, c est-à-dire par les animaux microscopiques. L auteur passe aux polypes, soit libres, soit soutenus par ces masses plus ou moins solides auxquelles on a donné le nom générique de coraux. Il en vient ensuite aux radiaires, classe dans laquelle il comprend les êtres mollasses vulgairement nommés orties de mer, et ceux à qui leur enveloppe , souvent épineuse , a fait donner le nom d'échinodermes.

Il fait une quatrième classe, qu'il appelle tuniciers, de ces mollusques composés dont M.Savigny nousa

BUFFON. COMPLÉM. T. III. * a3

révélé, il y a un an , la singulière histoire, ainsi que des mollusques simples analo{][ues à ceux dont la réunion les forme.

La cinquième classe comprend les vers intestinaux, auxquels Fauteur joint quelques vers des eaux douces, qui sembloient devoir rester parmi les annélides.

Son troisième volume se termine par une partie des insectes.

Le {^raud détail où M. de La Marckest entré, les espèces nouvelles dont il donne la description, ren^ dent son livre très précieux aux naturalistes, et doivent en faire désirer la prompte continuation, sur -tout d après la connoissance que Ion a des moyens que cet habile professeur possèd^ pour porter à un haut degré de perfection lenumération qu*il nous donnera des coquilles, cette partie ini< mense de Thistoire naturelle.

Quant à l'histoire des coraux elle vient d'être enrichie du grand travail de M. Lamouroux sur ceux de leurs genres dont la partie solide est flext^ ble ; travail que nous avons annoncé plusieurs fois dans nos analyses précédentes, et qui a paru cette année en un volume in-'S^, avoc dix-huit planches. Oa y prend connoissance d un nomlu^e vraiment effrs^yaat d'espécçs et de genres dont pluaieurs, sous

dVutres noms ^ se trouvent être les mêmes qua établis M. de La Marck.

Le public jouit aussi maintenant, par la voie de Fimpression, de \ Histoire des crustacés de Nice y par M. Risso, et des belles Recherches^ de M. Savifjny, sur la boucfie des insectes et sur les mollusques composés. Ces derniers travaux sur-tout, qui ouvrent à la science des vues toutes nouvelles, sont bien dignes de l'attention des naturalistes; mais comme les uns et les autres avoient été précédemmeut communi-* qués à TAcadémie, et que nousen avons déjà donné des analyses, nous nous dispenserons dy revenir.

Cette multiplication de jour en jour croissante des êtres animés que les naturalistes observent, la nécessité de mettre de temps en temps quelque ordre plus convenable dans leur distribution et dans les caractères qu'on leur assigne, ont déterminé M. Cuvier à en reproduire 1 ensemble dans un ouvrage en quatre volumes în-8^, avec dix-buit planches, qu'il vient de publier sous le titre de Règne animal distribué daprès son organisation.

Il a eu en même temps pour but de faire servir cet ouvrage d'introduction à la grande anatomie comparée qu'il prépare , et pour cet effet il y fait marcher de front les caractères intérieurs et extérieurs. Ses classes sont celles dont nous avons donné le tableau il y a deux ans; mais ce que nous n'avons

pu indiquer alors, et ce que nous ne pouvons indiquer aujourd'hui que dune manière générale, cest Textrême division des genres en sous^enres et autres coupures inférieures , par où l'auteur croit être arrivé à une précision telle qu'on ne peut presque plus hésiter sur la place d'une espèce. Cest sur-tout parmi les animaux vertébrés que ce travail étoit nécessaire et que l'auteur a mis beaucoup de soin à l'exécuter, en y joignant des recherches nombreuses et nouvelles sur les confusions de synonymie et sur tous les doubles emplois si communs dans les auteurs qui n'ont pas usé d une extrême critique,

M. de Barbançois, correspondant, propose encore quelques changements, ou plutôt quelques subdivisions ultérieures dans la distribution méthodique des animaux. Il ne voudroit pas que rhomme restât confondu avec les mammifères, et pense même que Ion pourroit en faire un quatrième règne de la nature, qu'il propose d'appeler le régne moral ; il desireroit faire des reptiles visqueux ou batraciens une classe distincte des reptiles écailleux ; séparer les céphalopodes des autres mollusques; porter les mollusques cirrhipédes à la tête des] annélides, et introduire quelques arrangements analogues dans lés classes anciennes, que d'ailleurs il adopte;

Le grand objet de ces sortes de recherches est ij^oins d établir ou de multiplier des subdivisions que de ne jamais éloigner dans celles quW admet des êtres qui se ressemblent, ni rapprocher des êtres qui ne se ressembleut point. A cet égard M. de Barbançois ne conteste aucun des rapports reconnus par les naturalistes qui Font précédé.

Une des questions les plus intéressantes de la physiologie cest Forigine de Tazote qui fait un élément essentiel du corps animal. On soupçonnoit bien que la respiration qui enlève le carbone et rhydrogène du sang, en y laissant Fazote, contribue par-là même à augmenter la proportion définitive de celui-ci; mais on ne savoit pas positivement si cet azote vient tout entier des aliments ou si latmosphère n en fournit pas aussi une partie , soit au travers du poumon dans la respiration, soit par le moyen de l'absorption qui se &it à toute la suriace du corps; ou enfin s'il ne s y produit point par Faction même de la vie.

M. Magendie a voulu s'en assurer par des expériences, et pour cet effet il a nourri des chiens avec des substances qui ne contiennent point sensiblement d azote, et principalement avec du sucre, de la gomme^ de Fhuile dolive, du beurre, auxquels il ajoutoit de 1 eau distillée. Ces animaux ont tous fini par périr, mais avec des phénomènes très siur

giiliers: entre autres une ulcération de la cornée ^ quia quelquefois percé cette membrane de manière que Toeil s'est vidé de ses humeurs. Leurs sécrétions prenoient le caractère de celles des herbivores ; les principes contenant de lazote y diminuoient de plus en plus ; le volume des muscles étoit réduit au sixième; et ces suites fâcheuses ne provenoient pas du défaut de digestion , car les aliments non azotés donnent du chyle et remplissent les'^aisseaux lactés , ils soutiennent la vie plus long-temps que si Ton refusoit absolument la nourriture.

L azote entre comme partie essentielle dans Tarée et dans lacide urique; ces éléments du calcul de la vessie et ces matières diminuent sensiblement dans Turine des animaux nourris de substances non azotées. M. Magendieen a conclu qu'au moyen d'un régime très végétal on pourroit au moins ralentir les progrès de cette funeste maladie de' la pierre. Il est vrai que le régime entièrement végétal donne quelquefois une maladie contraire, le diabètes sucré ou flux excessif d'une urine où abonde la substance sucrée, maladie que Ion guérit en se nourrissant de viande.

Ces faits peuvent devenir utiles en médecine, et donner des indications diététiques importantes.

M. Magendiem aussi fait, en commun avecM.Che vreul, des essais pour déterminer la nature des gaz

ET ZOOLOGIE. 3Sg

qui se développetit au moment de la digpestîoii dans ies diverses parties du canal alimentaire. Dans quatre suppliciés qui avoient pris un peu avant leur mort des aliments déterminés, Testomac a offert de Toxygène, de lacide carbonique, de Thydrogène pur, et de lazote ; Fintestin grêle, les trois derniers gaz, mais point d oxygène ;Me gros intestin enfili joignoit à de lacide carbonique et à de lazote des gaz hydrogènes carbonés et Sulfurés : ces deux derniers n appartiendroient donc qu'aux gros intes<tins ; 1 oxygène se trouveroit dans lestomac seulem€nt;i azote et lacide carbonique existeroient dans tout le canal , et la quantité de ce dernier augmenteroiten descendant.

M. de LaMarck travaille avec une rare persévérance à la publication de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Le quatrième volume a paru <^tte année. Il continue et termine la classe des in^ sectes. L'auteur y e,vpose avec soin, et y range dans Tordre qui lui a paru le plus naturel, ceux des genres établis par les entomologistes qu'il a jugé devoir adopter; niais 1 étendue à laquelle il s est restreint ne lui a pas permis de donner, comme dans les classes précédentes, lenumération détaillée des espèces. Il se borne à citer comme exemple un cer^

36o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

tain nombre des plus remarquables, en sattachant de préférence à celles de notre pays. Les naturalistes désirent vivement qu'il reprenne dans les volumes suivants, et sur-tout quand il sera arrivé à la classe des mollusques, les énumérations complètes des espèces connues qui ont fait des premiers volumes un travail si important pour la science.

M. Daudebart de Férussac, qui étudie depuis long-temps avec beaucoup de soin les coquilles de terre et deau douce, ainsi que leurs animaux, a présenté le plan d'qn ouvrage déjà fort avancé, «où il les fera représenter en couleurs naturelles, et dans lequel il réunira tout ce que Ion a découvert sur leur organisation et sur leurs habitudes. Il complétera ainsi sur un point important ÏHistoire naturelle des animaux sans vertèbres.

Il n'est personne cpii n ait entendu parler, presque dès I enfance, de l'industrie laborieuse et des ouvrages savants de labeille domestique ; et tous ceux qui ont eu occasion de lire les mémoires de Réauinur ont été sans doute vivement frappés des pror cédés divers, des moyens aussi ingénieux que compliqués, inspirés par la nature à cette multitude d'abeilles sauvages qui peuplent nos champs, nos prairies, et nos forêts. M. Walkenaer, digne mem*

Ëyre de FAcadéinie des Belles*Ijettres , qui s-est disr -Cingué aussi par un grand nombre de recherches <lu genre de celles qui occupent TAcadémie des Sciences, vient d^ajouter des faits très intéressants à tous ceux que Ion connoissoit déjà sur Tinstinct de ce genre admirable. Dans cette prodigieuse quan-^ tité de sous-genres que les naturalistes ont été oblir gés d établir, pour classer nettement les innombrables espèces d abeilles, il s'en trouve un que Ion a nommé halicie, qui appartient à la tribu des an-^ drènes , et dont le caractère particulier consiste en MU sillon longitudinal sur le dernier anneau de Fi^bdomen des femelles. Une espèce de ces halictes depetite taille vit en société ; elle creuse en commun dans la terre un trou qui pénètre à cinq ou six pouces, et communique latéralement avec sept ou huit cavités distinctes, élargies à leur fond et servant d alvéoles à une larve. Ces petits halictes. ne travaillent à leur nid que la nuit; pendant le jour ils vont recueillir sur les fleurs le pollen et le suc mielleux dont ils forment les boules destinées à la nourriture de leurs larves. 11 n'y a point de neutres parmi les halictes, et les femelles, qui prennent seules part à louvrage, forment environ les trois quarts des individus. Le plus grand soin de ces petits animaux est de feire tour-à-tour une garde attentive à lentrée de leur trou, et de n y laisser

362 ANATOMIE Et PHYSIOLOGIE ANIMALES,

pénétrer que les membres de la société. En e£Fet des ennemis de plusieurs genres , que M. Walkenaer fait connoitre, cherchent à s'y glisser , les uns pour dévorer la pâtée mielleuse ramassée par les halictes, les autres pour y déposer des œufs dont il doit éclore des petits qui dévoreront les larves. Un ennemi plus cruel encore est le cercère orné, insecte de la famille des crabrons, qui creuse des trous aux mêmes endroits que les balictes; enlève ceux-ci au moment où ils veulent entrer chez eux, les pique de son aiguillon pour les afFolblir, et les enterre pour servir de provision à sa propre larve.

Une espèce d'halicte plus grande creuse une grande cavité arrondie où elle construit en terre les petites cellules qui doivent recevoir ses larves.

Le mémoire de M. Walkenaer, qui a été im*primé) contient, outre ces observations dur les mœurs de deux espèces particulières, une descrîp^ tion exacte de ces espèces, leur comparaison avec les espèces voisines, et la description des insectes qui les attaquent de diverses manières.

On connoit en Amérique une énorme araignée, que les zoologistes rangent aujourd'hui dans la subdivision dite des mygales , et que Ton a nomm^^ aviculaircy parceqiie sa taille dun pouce et demi

de longueur, pour le corps seulement, lui permet d'attaquer jusqu'aux petits oiseaux; M. Moreau de Jonnèsa donné un mémoire sur ses mœurs qu'il a observées à la Martinique : elle ne file point, mais ^le se loge dans les crevasses des roches, et se jette de vive force sur sa proie ; elle tue les colibris , les oiseaux mouches, les petits lézards, quelle a soin de saisir toujours par la nuque comme si elle savoit que c'est l'endroit par où ils peuvent être plus aisément mis à mort. Ses fortes mâchoires paroissent verser quelque venin dans les plaies qu'elle fait; car on regarde ces plaies comme beaucoup plus dangereuses qu'elles ne le seroient par leur seule profondeur. Elle enveloppe dans une coque de soie blanche des œufs au nombre de dix-huit cents ou de deux mille, et cette fécondité, jointe à la ténacité de sa vie, auroit bientôt couvert le pays de cette espèce hideuse et cruelle, si la nature ne lui a voit pas donné, dans les fourmis rouges, des en* nemis actifs et innombrables qui détruisent la plus grande partie des petites araignées à mesure qu'elle^ éclosent.

M. l'abbé Manesse a feit, depuis plus de quarante ans, des œufs des oiseaux l'objet particulier de ses études; il en a recueilli dans les marais de la Holla\ide et de la Hongrie, sur les rochers de l'Ecosse

et de la Suéde. Son absence la fait considérer comme émigré et lui a fait fermer pendant long-temps les portes de sa patrie. A son retour il a trouvé détruite une partie des planches qu'il a voit fait graver. Rien n'a pu le rebuter : constamment occupé de cette unique passion, il a rassemblé les ceufs de deux cent seize espèces d'Europe ; il les a décrits , il les a {>eints tous par des moyens qui lui sont particuliers ; il a donné tous les faits relatifs aux habitudes des oiseaux , à leurs nids , à leur manière de couver, dont ses recherches l'ont rendu témoin, et d'après ce que l'Académie a vu de son travail elle pense qu'il remplira une lacune de l'histoire des oiseaux que plusieurs observateurs précédents étoient encore loin d'avoir comblée d une manière aussi satis: faisante.

M. de Humboldt a décrit un oiseau de l'Amérique aussi singulier par ses mœurs que par sa conformation. Sa taille est celle d'un coq ; son bec est large et fendu comme celui d'un engoulevent, mais la dour ble dentelure qu'il a de chaque côté le rapproche des pies-griéches; son plumage est celui d'un oiseau de nuit. En effet il se tient le jour dans des cavernes , et y niche ; on ne le voit sortir qu'au crépuscule ou au clair de lune. Cet oiseau fournit en quantité une graisse fluide, inodore, et plus transparente

que de Thuile d'olive, que les habitants du voisinage emploient à la préparation de leurs aliments. C'est d'après cette propriété que M. de Humboldt lui a donné le nom systématique de stéatomis. AGumana on l'appelle guacharo.

Ce savant voyageur continue à donner dans ses observations de zoologie les insectes recueillis par M. Bonpland dans l'Amérique méridionale et décrits par M. Latreille, qui s'est chargé aussi de décrire dans les cahiers prochains les coquilles ras-^ semblées le long des côtes de ce pays.

M. Palisot de Beauvois a terminé le premier volume des insectes que lui ont procurés ses voyages d'Afrique et d'Amérique.

Dans notre analyse de 1 807 nous avons annoncé les travaux entrepris par M. le chevalier GeofFroy- Saint-Hilaire dans la vue de porter beaucoup plus loin qu'on ne l'a voit fait avant lui l'analogie de toutes les parties du squelette dans les diverses classes d'animaux, et dans celle de 1 8 1 2 nous avons indiqué quelques modifications proposées par M. Cuvier à la partie des résultats de M. Geoffroy, qui se rapporte aux os de la tôte.

11 est bien constant aujourd'hui , d'après cette suite de recherches, que le crâne et la face des ver-

tébrés ovipares , c est-à-dire des oiseaux , des reptiles et des poissons, se composent dos correspondants les uns aux autres et formant un ensemble analo* gue; que cet ensemble, sans répondre entièrement aux os qui composent les mêmes parties dans les fœtus des mammifères, s'en rapproche toutefois plus que ceux des mammifères adultes ; que ]a difiPérence la plus essentielle entre les mammifères et les ovipares consiste en ce que dans ceux-ci plu* sieurs parties du temporal, du sphénoïde, et du palatin, demeurent détachées et mobiles, et que du premier de ces os il ne reste, dans la composition du cvâne, que ce qui est nécessaire pour con^ tenir le labyrinthe de loreille.

Mais on n est pas arrivé à la même certitude à l'égard de cet appareil volumineux et compliqué que les poissons emploient à leur respiration , et Ton n a point encore clairement retrouvé dans la charpente osseuse des animaux terrestres les vestiges de ces nombreuses pièces qui soutiennent les opercules, la membrane branchiostége et les bran-* chies.

M. Cuvier, conduit par lanalogie des autres ^^rtébrés, et spécialement par celle des reptiles ba*' traciens, lesquels ont pendant quelque temps des branchies plus ou moins semblables à celles des poissons , et dont quelques uns conservent mênae

ces organes pendant toute leur vie; M. Cuvier, disons-nous , a considéré les grands os qui portent la membrane branchiostége comme représentant l'os byoïde, mais n a pas cru pouvoir retrouver dans le squelette des animaux à poumons les analogues ni des opercules ni de Tappareil spécialement consacré à porter les branchies.

M. de Blainville a cherché à déterminer la nature de l'opercule. Comme la mâchoire inférieure des oiseaux et celle des reptiles se divisent en six pièces pour chaque côté , et qu'on n'en voit communément que deux à celle des poissons , il a pensé jque les quatre pièces qui composent l'opercule peuvent être démembrées de la mâchoire ; mais M. Geoffroy annonce que cette idée n'est plus admissible depuis que M. Cuvier a reconnu dans la mâchoire de Yesox osseus les mêmes divisions que dans celle des autres vertébrés ovipares, et surtout depuis que M. Geoffroy lui-même a généralisé cette observation à tous les poissons osseux. *

M. Geoffroy a donc fait de nouvelles études de toutes ces parties , et a présenté ses résultats à l'Académie en plusieurs mémoires. Le pi'emier a pour objet l'opercule ; son opinion à cet égard est très hardie ; et cependant c'est peut-être dans toute sa théorie celle qu'il sera le plus difficile d^attaquer, du moins en n'employant que la voie de cdïnparaison.

L^auteur pense que les quatre pièces reconnues depuis long- temps dans l'opercule, et une cinquième plus petite qui s'y montre quelquefois séparée des autres, répondent au cadre du tympan et aux quatre osselets intérieurs de Toreille des quadrupèdes. Selon lui, le cadre du tympan est ce que M. Cuvier nomme préopercule. L'opercule répond à letrier, Tinteropercule au marteau, le subopercule à l'enclume, et la petite pièce qui s*en détache quelquefois à l'osselet lenticulaire. Il trouve une certaine ressemblance déposition , et même de figure entre ces parties que l'on avoit crues si étrangères les unes aux autres. La vaste communication delà cavité branchiale avec la bouche lui paroît représentée dans les animaux à poumons par le conduit de la trompe dEustache. En conséquence^ M. Geoffi'oy doute que les osselets de l'oreille soient primitivement et essentiellement destinés à l'ouïe; il pense qu'employés avec tout leur développement pour la respiration des poissons ils se réduisent dans les autres classes à un état rudimentaire , à-peu-près comme ces doigts qui , bien visibles et bien mobiles dans certains quadrupèdes, se rapetissent et se cachent sous la peau dans des quadrupèdes d'espèces voisines, et n'y servent plus pour ainsi dire qu'à guider l'anatomiste dans les sentiers pénibles de l'analogie.

Mais comme 1 on ne compte communément qu'un seul osselet dans la <^isse de Toreille des reptiles et des- oiseaux , on pouvoit objecter que les quiitre osselets des mammifères ne conduisoient pas d une manière continue à ces quatre grands os de Topercule des poissons , et qu'il se trouvoit dans la série des analogies une sorte d'biatus qu'il falloit combler. M. Geoffroy l'a essayé : pour cet effet il divise d'abord en trois parties cet osselet U]i|||^e des oiseaux et des reptiles; sa brancbe, recourbée et embrassée dans la membrane du tympan, répond, selon lui ^ au marteau ; la tige qui traverse la caisse, à l'enclume ;.la platine qui ferme la fenêtre ovale, h l'osselet lenticulaire; et il croit avoir retrouvé l'étrierdans une double brancbe enfoncée plus intérieurement. Il y aura à vérifier si cette dernière partie ne seroit pas simplement la cloison du limaçon.

Le deuxième et le troisième mémoire de M. le chevalier Geoffroy ont pour objet de développer sa proposition avancée en 1 807, que les grandes branches os.seuses qui portent la membrane brancbiostège des poissons , et les osselets ou rayons, répondent au sternum des oiseaux.

Il fait d'abord bien connottre la structure de ces branches, et ne dissimule pas le fait le plus fort que l'on puisse lui objecter, c'est qu'elles sont sus-

BUFFON. COMPLBM. T. III. 34

pendues aux os styloïdien^ absolument comme les cornes supérieures de Fos hyoïde des mammifères.

A ces o& stylûïdiens , qui eux-mêmes ne penvent être méconnus dans les poissons, tient de cbaifue côté une première grande pièce, suivie d*uiie seer conde encore plus grande; et cestà ces deux-là, ou à lune des deux , qu adhèrent les rayons bran- <îhiostèges. Entre les deux grandes pièces, à l'endroit ^^Ues se rapprochent, en sont quatre petites, deux de chaque côté : lune postérieure, et lautre antérieure. En avant des deux antérieures est Fos impair de la langue ; en arrière de& deux postérieures une suite de trois os, également impairs , auxquels s articulent de chaque côté leé arcs branchiaux ; et enfin, en dessous des quatre, encore un os impair, comprimé d ordinaire verticalement , et qui sert à lattâche de différents muscles.

Le nombre des pièces de Tos hyoïde dans les quadrupèdes et dans les oiseaux étant assez variable, le nombre de celles qui entrent daiis la composition des parties que nous venons de décrire n*étoit pas un obstacle à ce qu'on vtt encore dans cet ensembfe un os hyoïde; et leur position, leurs connexians, leur figure générale, et leurs fonctions, avoientégar iement semblé favoriser cette idée. '

Mais M. Geoifroy ayant dès l'origine considéré lesjrayons branchiostèges comme des côteset cotomf

répondant spécialement aux côtes sternales , c'es^ à-^lire a4re qu*OB appel)e dans Thomme' cartilages des côtes , a dû chercher a trouver des. portions de sternum dans les parties auxquelles ces rayons s^ttackent.

Pour réaliser cette idée, il a étudié le sternum et Vas hyoïde des divers Vertébrés^ en prenant>tce3 parties dans les individus jeunes, où les^ centrées d'ossification n'étoîent pas encore eonfondiis. 'Oiains k: sternum des oiseaux il » trouvé constamment: une ^andeipiéœ centrale, celie dont le milieu p«rl6 cette ctéte si remarquable; en forme dei;»* rêne de navire , et à laquelle s'attachent çn avant les 'grandes apophyses coracoïdes dles> omopld<te9 , une latérale antérieure , à laquelle sarticiildnt les côtes vuàe latérale postérieure /qpi fôrme ces an- {^, long^tepi'ps percés om éckaricrés par un espace membraneux; enfin ^ une cinquième tmpaii^é pins petite que les autres et placée en avant de la grande entre les artieulationseoracoïdesdeq apophyses^. U àoittiiie la grafode pièce entchstefnal; la petite, en iâivant; épi-sternàl} la latérale antérieure, de chaqup côté, hyO'Stemaly parcequelle'doïine attache a^u muscle steruo-hyoïdica; et la latéra-lfe postérieure,

lie^^eraum des reptiles , particulièrement celui dies'tdrtôefi^et t!#lui>deSflâEardsVl«}i9l!frè dè^anàldr

gies et des difFérences curieuses sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici , parcequ elles importent moins à la discussion principale.

Dans los hyoïde des mammifères^ M. Geoffroy trouve constamment un corps qu'il nomme basihyal; deux cornes thyroïdiennes, ou aidant à suspendre le cartilage thyroïde , cellfes qu'on nomme les grandes dans Thomme , mais qui sont les plus petites dans la plupart des animaux (il les appelle glosso-hyaux); deux autres cornes qui suspendent Tos aux apophyses styloïdes : ce sont' les petites cornes de Thomme ; mais dans les autres animaux ce sont presque toujours les plus grandes. Elles se composent ordinairement chacune de deux pièces, que M. Geoffroy nomme apohfaux et ceratohyaux; et Fos styloïde, qui est détaché du crâne dans tous les mammifères, Thomme et les singes exceptés, prend le npm desiylo-hyal^ enfin une proéminence impaire partant du milieu de los et se dirigeant en avant , qu'il appelle tiro-Aja/, par des raisons que nous dirons tout-à-rheure ; elle se divise aussi quel* quefois en deux ou trois pièces ; M. Geoffroy la vue ainsi dans le cheval.

Ces faits posés , M. Geoffroy cherche l'analogie de l'hyoïde des oiseaux avec celui des mammif!^res. Il admet que les grandes cornes des premiers répondent à celles des autres, mais que ne trouvant

ET ZOOLOGIE. • 3'ji

point d'attaches styloïdiennes elles se portent autour de larrière-crâne ; il suppose ensuite dans le corps de l'os un mouvement de bascule qui porte les cornes thyroïdiepnes en avant, pour former Tos de la langue, qu'il trouve effectivement divisé en deux pièces latérales dans le geai. Ce mouvement auroit porté en arrière la proéminence -impaire, devenue ainsi une espèce de queue sur laquelle repose le larynx ; c'est pourquoi il nomme cette proér minence uro-hyaL

Bestoit à faire l'application aux poissons.

Partant, comme nous l'avons dit, du principe que les rayons brancbiostèges sont des côtes, M. Geoffroy devoit chercber les annexes latérales du sternum dans les parties auxquelles ces rayons s'articulent, c'est-à-dire dans les deux grandes pièces des branches qui portent la membrane branchiostége. Il leur transporte en pffet les noms qu'il a donnés aux annexes latérales du sternum des oiseaux, et appelle l'antérieure hyosternal, et l'autre hypo-stemal. II cherche ensuite dans les deux petites pièces de chaque côté, placées à la réunion de ces deux grandes branches, les cornes styloïdiennes de l'os hyoïde, et nomme l'une de ces petites pièces , lantérieure, ceratohyaly et l'autre apolvyal; l'os de la langue , ici comme dans les poissons , est pour lui l'analogue des cornes thyroïdiennes ou de ses gïosso:

hyanx; le corps de Tos^et sa queue^ dti. lebasi-^cd fit Xuro-hytd^ il les cherche dans cette suite de trois Qs impairs placés entre les arcs brancfaiâuiu £pfin Tds impair et vertical ,, placé sous tput cçt appareils, M. Geoffroy le regarde comme répondant à. som ëpi-stemal, et il suppose que la partie moyenne dki sternum des oiseaux, Yento-sternal, manque dans les poisspns.

On voit que luuteur est obligé d admettre une sorte de fusion et d entrelacement du^-aternum. et de rhyoïde, et de supposer qtie les annexes sternâles sont veniies s intercaler entre les os styloïdes êl le reste des cornes styloïdiennes de l'hyoïde ; et ce sera Sîans doute, nous le répétons, une des grandeis difficultés quon lui opposera. Toutefois, avanX de prononcer, il sera nécessaire de voir et d apprécier dajas soi^ouVnage une infinité de détails pleinsd'intérêt sur les anstlogies des muselés qui s'insèrent à. ces diverses parties, et une foule d'idées in^éi^ieiuses sur. le mécanisme qui , Ï6rs(|u'une des piéjçe3 osseuses est venue à manquer^ a [iu , selon lui , «entraîner Jes autres, les faire changer. de position respective, et établir ces différences de connexions, embarrassantes pour ceux qui ne veulent reconnbitre \ine pièce qu'autant qu'ils la retrouvent àjpeu^rès à la même placer . ". ' >'

M. GeofïVoy admet, par exemple, dans le ster-

ET ZOOLOGIE, 3jS

num et iians les côtes stemales, qu'il r^arde coinm^ essentiellement consacrés à protéger le cœur et les organes de la respiration , une Sorte de mobilité qui les feroit avancer ou reculer en même temps que ces importants viscères. Ainsi le sternum, placé dans les quadrupèdes à-peu-près sous le milieu de Fépine , rejeté dans les oiseaux sous la partie postérieure de cette colonne^ seroit porté en avant dans les poissons jusque sous le crâne; il dépasseroit les apophyses coracoïdes, qui ne le retiendroient plus en arrière ^d'elles, comme dans les autres classes, parcequ'ii manque dans les poissons de cet eniù-stemai y ou dé cette pièce moyenne .où ces apophyses doivent s'appuyer.

Le quatrième et lé cinquième mémoire de M. Geoffroy ne seront pas sujets à autant de contradictions que les deux précédents. Il y traite des arcs branchiaux et des os pharyngiens, dont il voit les éléments dans le larynx, la trachée-artère et les bronche^. *

Rappelons-nous la chaîne mitoyenne des trois osselets auxquels Tauteur dotine les noms de basi, d'^tô et d'urO'hyaL Les trois premiers arceaux des branchies s'articulent de chaque côté à cette chaîne , par Tintermédiaire d'autant d autres ossdets,'tandi6 que le qu^rième arceaii et los ph£fryngîen inférieur s articulent chacun immédiatement à son con-

génère , ea arrière de la chaîne. Chaque arceau est lui-même brisé vers son tiers supérieur, et se trouve ainsi composé de deux pièces ; et aujK extrémités des quatre branches supérieures de chaque côté sarticule 1 os pharyngien supérieur de ce çôté-là , qui est d ordinaire subdivisé en trois petites pkr ques. Les arceaux portent, comme tout le^ monde sait, le long de leur bord externe les lames cartilagineuses des branchies; et à leur bord interné ils sont pour l'ordinaire armés de lames , de pointes ou de tubercules, souvent hérissés de petites dents que 1 on a nommées branchiales.

M. Geoffroy voit , dans les deux premières paires de ces osselets qui servent à unir les arceaux à la chaîne moyenne, les débris du cartilage thyroïde; dans la troisième paire les représentants des cartilages arithénoïdes , et les os pharyngiens inférieurs, sont à ses yeux un démembrement du cartilage cricoïde , repoussé en arrière par le^ derniers arceaux qui s articulent immédiatement à la chaîne moyenne. Mais pour se procurer dans les animaux à poumons quelque chose d analogue aux pharyngiens supérieurs , lauteur de ce mémoire est obligé de détacher la lame inférieure du sphénoïde des oiseaux d avec le reste de l'os auquel elle ne tient, il est vrai, que par un diploé assez lâche et encore interrompu par les cellules mastoïdienne inférieu-

res et par les trompes (fEustache. Il faut même, pour établir 4 analogie des «pièces antérieures avec le larynx, qu'il admette que le cricoïde et les ari- Aéûoïdes ont glissé en arrière, et qu'au lieu de rester sur le thyroïde, ils se sont places à sa suite.

Enfin M. Geoffroy voit dans les arceaux même des branchies, qu'il nomme pleuréaux, les représentants de cerfains cartilages transverses qui se trouvent aussi au nombre de quatre dans les bronches des oiseaux , lorsqu'ils ont pénétré dans le poumon. Le nombre quaternaire des branchies lui paroit répondre à la division assez constante du poumon en quatre lobes. Les enfoncements transverses que la saillie des côtes produit dans le poumon des oiseaux lui offrent une autre indication de cette division. Il n'est pas jusqu'aux tubercules, souvent hérissés d'épines qui garnissent les arcs des branchies, où il ne croie apercevoir des rudiments dés anneaux de la trachée-artère. C'est pourquoi il les nomme trachéaux, et donne le nom de brort^ chéaux aux lames cartilagineuses disposées comme des dents de peigne, qui supportent le tissu vascur. laire, partie essentielle de l'organe respiratoire des poissons.

Il nous est presque impossible d'entrer dans le détail de toutes les transpositions , de tous les moun vements dans les pièces de la machine organique

que ces analogies supposent; encore moins dana^ lyser toutes les raisons que Fauteur assigne à ce$ mouvements ; mais nous devons croire que les natu^ ralistes , pour qui ces recherches ne peuvent manquer d avoir beaucoup d attrait, s empresseront de les étudier dans 1 ouvrage que M. GeoflFroy va donner au public, avec les planches nécessaires pour rendre ses idées sensibles.

. Les expériences successives de Priestley, de Lk^ voisier, de Goodwin , de Bichat, de LegaUois, ont édlairé de lumières inattendues la théorie de la res^ piration et de ses effets dans le corps vivant. On sait aujourd'hui que le sang devenu noir par $é dispersion dans tous les organes, le sang véineiiï en Un mot , ne pèu,t reprendre sa couleur vermeille, redevenir du sang artériel, qu autant qu'il épVQttn laction de Toxygène, et que de cette traiîsfoftoàtiôn en sang artériel, de ce rétablissement dans tes qualités qu'il avoît perBiies, en se distribuatitaûx parties , dépend' la faculté^dont il jonit d entretenir l'action du système nervpux, et, par le moyeti de ce système, de renouveler sans cesse Tirritabilite musculaire; enfin , par cette irritabilité, desè donner à lui«^nîèmè cétite ciifctflâ'tïôn perpétuelle qui en fait la source incessamment renouvelée de la vie.

BT ZOOXOGIE, 379

CSependaat il est des animaïuc , t^ que les rteptiles, où la connexion de la Vitalité avec k drcùlatiou et avec^la respiration semble moins intime, et où Ion peut suspaidre pendant quelque temps Vune ou.rautreVôu toutes les deux ei^semble , sans anéantir la sensibilité nîle mouvement volontaire. '. 'Vpopouvoit supposer que "dans certains cas ïs&j: agissoit sur le sang , ou même immédiatement sur le nerf et sur la fibre , sans avoir besoin de Tintervention du poumon. L'on sait en effet que la princi'pale modification éprouvée 'par le sang lors de son contact avec loîxy^ène, consiste à t-établir l'équilibre de ses éléments, en pefrdaut spti car* bone superflu, qui se dissipe sous la Forme d'acide eai'boniqùe. " '

Or les eipériences de Spailan^ani et de M. Ehr* maii ont: prouvé que: toutes les parties dû corps animal, ;qui sont mises en contact nviec loxygène, produisent de' i-aîctde carbonique, et ion devôit CttBfirequ'il Vyjfeit tfne sorte de respiration qui sup* plée plus ou moins, à 'la respiration ordinaire, ou qui coneonrtuvec elle% ' . , ,» i- t

: M. Edwards, médecin!», a voulu s'assuret- d'abord de l'utilité de cette respiration supplémentaire par des expériences directes. Des grenoniites , dés Crapauds et dés salamandres , auxquels oi^j fiTvoit fettlevé le cœur, et où l'on avoit supprimé par conséquent

38o ANATOMIE ET PHTSIOLOÇIE ANIMALES,

toute circulation et toute respiration pulmonaire , ont été placés dans de Tair , dans de Teau ordinaire, et dans de Feau privée dair*: le résultat constaDt des expériences a été que la vie s'est conservée beaucoup plus long-temps dans Tair. Les individus qui paroissoient morts dans leau reprenoient vie quand on les exposoit à Fair, et Fon pouvoit les tuer et les ressusciter ainsi à plusieurs reprises. La vie se conserve dans 1 eau aérée un.peu plus long-f temps que dans Feau privée d air.

Ainsi Fair a dans ces expériences une influence sur la vitalité indépendante du poumon et de la circulation. Tel est le résultat quand on supprime les deux fonctions à-la-fois.

Si Fon se borne à empêcher Fanimal de respirer en lui fermant le larynx , Faction de lair au traveris de la peau est encore très sensible ; la vie se prolonge dans ce fluide beaucoup plus que dans Feau, et il se développe de Facide carbonique; mais, soit dans Feau', soit dans Faiir, elle se prolonge aussi beaucoup plus que si Fon enlève le cœur; en sorte que la circulation de ce sang, qui ne respire plus que par la peau, est encove bien plus avantageuse pour entretenir la vitalité que la simple action directe de Fair sur un corps où. la circulation ne subsisteroit plus.

Mais ce qui dut paroitre bien remarquable c est

que ces animaux intacts, enfermés de toutes parts dans du plâtre, au enterrés dans du sable, vivent beaucoup plus long-temps que ceux qu'entretient dans Feau, que ceux mêmes qu'on tient dans de Fair sec,

Sb premier point s'éclaircit assez vite. M. Edwards sassura que le sable et le plâtre laissoient passer de lair ; et quand il les couvroit de mercure, lefFet n'a voit plus lieu. ^

Mais comment le plâtre et le sable prolongentils la vie plus que Fair sec ? Dçs expériences exactes ont prouvé à M. Edwards que c est en retardant la transpiration qui est Usés funeste^ux salamandres et aux grenouilles.

La même saison fait que ces animaux périssent dans le vide plus tôt que dans Feau.

Il ne faut pas croire cependant que leur existence dans Içs corps solides puisse se prolonger indéfiniment; et MI Edwards na rien obtenu qui justifie les récits de quelques auteurs touchant des crapauds qui auroient été trouvés vivants dans des blocs de marbre ou d autres pierres naturelles.

Leji physiologistes sont loin d être d'accord sur toutes les circonstances du merveilleux phénomène de la circulation : Firritabilité du cœur et les contractions quelle produit en sont bien, de l'aveu de

382 ANATOMIE ET FHTftIOLOGIE ANIMALES,

lout le monde, la oaiisc tpiâiicipale; mais il reste à déterminer si ies artères preatient me part actif k à ce mouvement, et qudbest cette part en supposant quelle existe. .

Les anatomistes ont admis long-temps dans le tissu des artères une tunique musculaire et irriAlé dont les contractions successives :dQ«oient porter plus loin le sang arrivé dit cœur;, mais on recosnndtl aujourd'hui que cette tunique^ au moins dans les grandes artères, n'est quun être de raison.- Bichat a prouvé de plusieurs manièves que leurs fibres noxxX rien de commun avecceUes des muscles , et il ne les^cooisidère, par rapport à la circulation, qt)€ comme des tubes entièrement pas^ et obéissants à l'impulsion du cœur ; mab il n'étend pas les effi^ de cette impulsion jusqu'au travers ^ës deitiiers petits vaisseaux du système capillaire, et il pensé mente qire le mouvement du sang s ari*êteroitè ce passage sqns rintervention* de ce qu'il appelle te contractilité organique ou la tonici:té des parties'; et c'est aussi dans cette contractilité que -cet ingé-^ nieux physiologiste cherche les cauéés des variât^ tions locales que les parties éprouvent de la plus ou moins grande abondance du sang qui y afflue.

ALMage^dieàprésemtéàFAcàdémié Un mémoire où il cherche à établir de^ idées diffétente^i il n'admet d'irritdbilité ni dans les gpa(ndes artèf^s ni datns

tçs petites; mah iLreciMuioit dans les unes et d&tis les autres une élasticité qui leur permet de se dilater quand le cœur y pousse le sang, et en vertu de laquelle elles se q^ntractenisur ce sang qu elles ont reçu, et Je poussent plus loift ; il prouve cette élasticité par rinspection et par cette expérience qu^en liant uneartèreen deux points et en l'ouvrant entre les ligatures le sang jaillit et Tartèré se contracte. C'est par cette élasticité qu'il explique comment le xQaiiivexx>ent du saiigdû à'une cause intermittente, le& contractions diicœui*, devient cependant à-peuprès uniforinie, parceque dans Tintervalle des contsaefion&du cœur ce){esdes artères y suppléent en reproduisant sur le sang l'action quelles ont ellesniêines: éprouvée de la part du cœur, comme il arriva daos les pompes de c^mpressicm. M. Magenr dh pense aussi que le mouvement du sang dans les ireinesc^épend uniquement de Tactioh du cœur et des .'grandes artères, sabs que lé système capillaire y ajoute rien; et il a fait à ce sujet une expérience qu'il rëgal'de comme démonstrative. Si on sépare dans un endroit coi^vexiable Tartère et la veii^e crurale, et qu'on lie fortement le reste de la cuisse, on ve^ra le sang jaillir avec plujs ou moins de force de la veine , selon qu'on laissera l'artère libre ou qu'onla comprimera. Qn trouvera l'exposé de cette théorie et le résumé de ces expériences dans le deuxième

volume des Éléments de physiologie de Fauteur , qui a été publié cette année.

Il est un Êimeux problèine de jgiédecine légale qui a souvent embarrassé les juges autant que les médecins, que les codes ont résolu parcequ*il ÊiUoit le résoudre , mais sur lequel la nature est loin de se conformer toujours à la loi humaine : c^est celui de la durée de la grossesse. Afin de prévenir beaucoup de fraudes le législateur s*est exposé à com^ mettre quelques injustices, et il a fixé les termes dans lesquels la loi reconnoîtroit la légitimité des naissances ; il a profité à cet égard des observations faites par les accoucheurs et par les médecins; mais des causes nombreuses, et qu'il est inutile d'expli* quer au long^ rendent Tinstant de la conception dans lespéce humaine si difficile à constater, quil étoit bien difficile aussi d'arriver sur cette question à un résultat concluant. Depuis long -temps l'on avoit proposé de faire des expériences sur les animaux , car il n'y a point d'apparence que lés limites de leur gestation soient à proportion ni plus ni moins fixes que celles de la femme. M. Tessicr, qvA avoit saisi cette idée depuis plus de quarante ans , à constamment tenu registre des £aiits qu'il a observés ou qui lui ont été communiqués par des observateurs exacts.

La latitude qui en résulte est bien grande.

Les vaches, dont le terme est le plus communément de neuf mois et quelques jours, ne vêlent quelquefois qu* à dix mois et vingt-un jours ; mais quelquefois aussi elles vêlent à huit mois. La différence entre la. plus longue gestation et la plus courte peut aller à quatre-vingt-un jours.

Le terme ordinaire des juments est de onze mois et quelques jours, mais elles peuvent le retarder jusques à près de quatorze mois. La plus grande différence va à cent trente-deux jours. Les prolongations dans cette espèce sont plus nombreuses que dans les vaches.

Les brebis portent cinq mois ; leurs limites sont plus restreintes ; les diflRérences en plus et en moins ne s'éloignent que de onze jours. Les aberrations précoces y sont les plus communes.

La latitude diminue, comme on devoit s y attendre, dans les gestations courtes, mais pas exactement dans la proportion de leurs durées. Les chiennes portent deux mois, et leurs limités sont <}e quatre jours; et les lapines, qui ne portent qu'un mois, ont huit jours de différences extrêmes.

Et ce n'est ni l'âge dés mères, ni celui des pères , ni leur constitution, ni les races dont ils proviennent, ni le régime qu'on leur £iit suivre, ni le sexe des petits, qui occasionent ces différences; on est

BUFFOM. GOMPLÉM. T III. a5

réduit à en rechercher la cause dans des dispositîoas iatérjeures qui ont jusqu a présent échappé à tous les yeux.

M. Te^ier publiera les tableaux des faits qui lui ont fourni ces résultats; ils portent sur cinq cmt fixante dix-sept vaches^ quatre cent quarante-sept juments, neuf cent douze brebis, cent soixanterunc laptpes» vingt*cinq truies, huit buffibsses, quatre cbieones, et deux ânesses ; et Tauteur a soîg^euse^ mei^t écarté de ses sériea toutes les observations suspectes.

M. le comte de li^cépède ayant eu en communication des peintures très soignas , rapportées du Jappp p^rM- Titsîng, représentant une ifiuhitude d'objets d'histoire naturelle, dont ceux qui nou$ étoiçnt ^oanus sont rendus avec une grande exactitude,a cru pouvoir regarder ces peintures comme des docui9ents suffisamment autb^tîques, même pour établir des espéciçîi que J Qn ne connolt point par d'autres voies. En conséquence il en a extrait la description çLe plusieurs espèces de cétacés qui n'ont point encore été observées par )^s naturalistes européens* Elles consistent en deux baleines proprement dites, c'est-à-Jire san^ nageoire dorsale; quatre balénoptères ou haWini^ pourvues d*uu«

nag[6oire sur le dos; un pfaysétère ou cachalot muai de nageoire dorsale, et un dauphin.

L auteur donne avec détail les caractères distino tîfs deceà huit animaux, qui forment une addition considérable à la liste des cétacés , laquelle , dans le dernier ouvrage dé M. de Lacépéde sur cette classe, ne s'élevoit encore qu a trente-quatre.

M. Guvior a présenté une tète d'orang-outang d'âge moyen qui lui a été récemment envoyée de Calcutta par M. Wallich , directeur du jardin delà compagniedesindes. lia fait remarquer queles tètes d'orang'*outangs décrites jusqua présent étoie^t toutes prises d'individus fort jeunes et qui n avoient point encore changé leurs dents de lait ; celle qu'U a mise sous les yeux derAcadémie, étant plus avancée, a déjà lé museau plus saillant et le front plui reculé; on y voit des commencements de crêtes temporales et occipitales qui la font resaemJjler beaucoup à celle du grand singe connu sous le nom de ponffo de Wurmh. Cette dernière têle ayant d ailleurs toutes les connexions d os, les formes, Ica proportions^ et les positions de fentes et de^ trout qui sont caractériatiques pour les orang-outangs^ il n6 seroit pas possible que le grand singé de Wurmb ne fût qu'un orang-outang ordinaire adulte. Dana tous les cas c'est une véritable espèce d'orang , e£ c^eat mata^propos que M. Cuvier lui même, déter^

miné par la petitesse relative de son crâne , lavoit laissé auprès des mandrilles et des autres singes à long museau.

Le même membre a fait voir la figure d'un tapir originaire de Sumatra , qui existe vivant dans la ménagerie du gouverneur-général des Indes angloises, le marquis de Hastings, et qui di£R^re du tapir d'Amérique par la couleur blanchâtre d'une partie de son dos, tandis que le reste du corps est d'un brun noir. Il résulte d'un mémoire qui accompagnoit ce dessin , et qui avoit été envoyé à M. Cuvier par M. Diard, jeune naturaliste occupé dans les Indes de recherches scientifiques , que cette espèce de quadrupède habite non seulement l'île de Sumatra, mais encore une partie de llnde au*delà du Gange. Jusqu'à présent on avoit cru le genre des tapirs propre à l'Amérique.

M. Moreau de Jonnès, correspondant de l'Académie, qui a le projet de décrire particulièrement les différents reptiles des Antilles, et qui avoit commencé ce travail l'année dernière par une histoire fort étendue de la fameuse vipère jaune ou fer-delance de la Martinique, a présenté cette année un mémoire sur l'espèce de gecko appelé dans cette lie mabouia des murailles, et qui n'est autre chose que le gecko à queue épineuse de Daudin: cet animai d'un aspect hideux et à qui ses ongles donnent la

ET ZOOLOGlEw 3Bg

faculté de te cramponner assez pour marcher sous des plafonds , habite Tintérieur des maisons où il poursuit principalement les blattes : il inspire de rhorreur aux habitants qui lui attribuent des dispositions maliaisantes, et lui ont donné ce nom de tnabouïa, parceque c*étoit celui que le mauvais principe portoit chez les Caraïbes. G est le même animal dont Arcélius avoit dit qull ]ance une salive noire et vénéneuse, et qui a été indiqué y mais très mal décrit, par plusieurs naturalistes, sous le nom de sputateur. On appelle dans les Antilles mabouia des bananes une autre espèce de gecko qui arrive à une plus grande taille , et qui est le gecko lisse de Daudin , dont la queue , quand elle a été arrachée , renaît souvent plus grosse qu'elle nétoit auparavant '.

Ces notions sont d autant plus intéressantes que des naturalistes a voient transféré par erreur le nom de mabouïa à une espèce de scinque.

Le même observateur a donné un autre mémoire sur la couleuvre à laquelle son agilité a fait donner le nom de çourresse {coluber cursor. Gmel.). C'est un animal timide et innocent qui détruit dans les jardins beaucoup de limaçons, et que les ha-

' Le gecko à queue épiDeuse, le çecko porphyre, et le sputateur, sont le même animal, selon M. Moreau de Jonnès ; Us appartienoent à la famille des geckos hëraidactyles.

Le gecko lisse et le gecko à queue renflée sont aussi le uiéme, et appartiennent aux thécadactyles.

bitants protègent soi^easement , parcequils le croient I ennemi acharne de la vipère fer<le*laiice; mais c'est une erreur occasionée, $elon M. Jonnès, papcequ'on Fa confondu avec une grande espèce de boa qui n existe plus aujourd'hui a la Martin nique.

IjCs grands ouvrages de zoologie publiés par les académicieQs ont été continués avec zèle ; il a paru un volume des Jnimaux sans vertèbres de M. de La Marck, et des livraisons des Observations mologiques dé M. de Humboldt , et des Imites et Afrique de M. de Beauvoi$.

Nous avons rendu compte avec beaucoup de détail dans notre analyse de Tannée dernière des imr portantes recherches par lesquelles M, le chevalier GeofFroyvSaint«>Hilaire a cherché à ramener les pièces osseuses de 1 appareil branchial des poissons à celles qui remplissent des fonctions analogues dans le squelette des trois autres classes d animaux vertébrés. Ce savant naturaliste a présenté cette année à TAeadémie plusieurs nouveaux mémoires sur le même sujet, et il a publié W* tout en un vo^ lumç , sQu$ le titre de Philo^ophw anatomique, ou dei orgcth^ respiratoires, sous le rapport de la détermina^ iion et de [identité de leurs pièces osÈeiises, avec dh planches en taille-douce.

BT ZOOLOGIE. 3^ï

. Le travail do M; Geolïroy peut ètve considéré sous trok aspects distincts ; il embrasse:

i^ L'énumératicm et la description de toutes tes pièces osseuses composant chacon des organes qui contribtient à k respiration dans les poisons ^ et de celles de quelques unes d^ autres classés, lot^ qu'il étoit nécessaire au plan de Tauteur deles dé^ crire de nouveau;

Tk"" Les rapports admis par lauteur efitre les pièces que jusqu a présent Fon aroit crues eicètifsîveitieflt propres aux poissons , et cell^qu'il regaf^decomAe leur étant analogies dans les autres vertébrés ;v

3° Les considérations auxquelles il s eiève d'après ces rapports nouvellement aperçus tocurhant la nature et la desiînatioad^is or;g;anes dont ies pièces font partie.

Ainsi M. Geoffroy énumère et décrit avec s^n toutes les petites pièces qui entrent dams la grande ceinture branchiostège; celles qui forment les arcs osseux sur les^quels les branchies sont suspendues; celles qui supportent ces arcs ; celles qui leur sont annexées sous le nom d'os pharyngiens ; cetlea qui les recouvrent sous le nom d opei'cules , €^c. Il fait connoitre de combien de pièces se compo^ le ster* uum dans les diverses classes de veitébrég , et eon»meiit ces pièces y sont arrangées^ 11 donne aussi des détails ueu6 et curieux sur la composition des di*

vers ô$ hyoïdes , et sur les poiafs d^ossification qui se montrent dans les cartilages des divers larynx, ainsi que sur la ressemblance du larynx supérieur des oiseaux avec celui des mammifères.

Cette partie de son travail, qui consiste en faits certains, en grande partie nouveaux , et tous nettement exposés, demeurera toujours une acquisition précieuse pour la science.

La seconde partie , qui étaUit les rapports des pièces dont nous venons de parler avec celles des classes supérieures, est déjà susceptible de plus de difficulté, ainsi quW a pu lentrevoir dans notre dernière analyse.

Selon M. GeofFroy, les pièces qui forment lopercule branchial répondent au cadre du tympan et aux osselets de louïe ; les pièces qui portent la membrane branchiostège résultent d'un entrelacement, d'une intercalation des parties du sternum entre celles de Tos hyoïde; d un renverseinent du corps de cet os hyoïde , qui porte en avant et transforme en os lingual ses cornes thyroïdiennes , lesquelles , dans les mammifères, se dirigeoient en arrière pour sU' nir au cartilage thyroïde ; enfin d'un déplacement du sternum, qui, du lieu qu'il occupoit dans les trois premières classes derrière les clavicules ou les os coracoïdes, le transporte en avant de ces mêmes os, et sous la gorge. Les pièces latérales qui unis-^

ET ZOOLOGIE. SqÎ

sentks arcs des branchies à la chaîne commune qui les porte répondent, toujours selon M. Geoffroy, aux points d ossification du cartilage thyroïde , et aux cartilages ary thénoïdes ; les os pharyngiens inférieurs à ceux du cartilage cricoïde ; les supérieurs à une lame qui se seçoit détachée de Fos sphénoïde , ou à la partie cartilagi neuse de la trompe dEustache; les arcs branchiaux à ceux des bronches; les petites pièces qui les hérissent aux anneaux de la trachée. Nous avons déjà annoncé ces^ rapports dans notre précédente analyse , et nous ne pouvons aujourd'hui que rènvoyerà lexposition détaillée, que M. Geoffroy en donne ; on y trouvera tous les motifs qui peuvent faire assigner à chacun deux le degré de probabilité dont il est susceptible.

Quant au troisième ordre des idées de M. Geof»froy, celles qui concernent les fonctions véritable^ ment essentielles des organes , on peut dire que cf^ idées sont en partie nées des recherches dont nous venons de parler, et qu'en partie elles: ont été conçues pour en appuyer les résultats.

Ainsi M. Geoffroy, une fois convaincu qtie les pièces si développées, qui composent Topercule branchial des poissons, et qui dans cette classe ne paroissent pas servir à Touïe, ne sont que le marteau, lenclume, et les autres osselets de Toreille

394 AMATOMIE ET PHYSIOLOGIE AI9IMALËS,

des mammifères, sur une plus grande échelle, a dû être conduit à douter que ces osselets fussent des organes de louïe, même dans les animaux où on les a toujours regardés comme tels, et à les com\r dérer seulement comme une sorte de superflu resfif rudimerUaire (ce sont ses termes) clan» les animaux à poumons , et indicatemr dtune organisation rigoureusement nécessaire et amplement développée dans les poissons.

De même, ayant cru reti'ouver dans Tappareil osseux des branchies qui ne produisent ancune voix toutes les pièces du larynx , il a dû être disposé à croire que ce nest pas sur de solides et véritables considérations que ion a présenté le latynx x:omme des* tiné à la votXy comme [organe principal de la voix; et il aime mieux 1 appeler la première couronne du tuyau introductifde l* air dans le poumon y le lieu des vouloirs de [organe respiratoire, et la réunion de ses plus Ms serviteurs.

Cependant il est de notre devoir de faire remarquer que, sur ce dernier sujet, M. Geoffroy n'est pas aussi opposé à Topinion reçue que les efforts qu'il fait pour soutenir la sienne pourroient porter à le croire : car il ne conteste pas que , dans les animaux à poumons , le larynx ne serve à la voix ; et i' établit même une théorie nouvelle pour expliquer comment cet organe remplit cette fonction. H ^^

ET ZOOLOGIE. 3g5

est de même de la partie de son travail où M. Geoffroy combat rexUtence d'un larynx inférieur dans les oiseaux» Ce n est pas qu'il nie que les oiseaux a aient au bas de leur trachée des dispositions orga«* niques qui produisent des sons ; il veut dire seule* ment que ces dispositions ne consistent pas en pièces semblables à celles du larynx supérieur ; ce queper* sonne en e%ln a jamais prétendu.

Lat théorie particulière à M. Geoffroy sur la voix et sur le son n est pas dans une dépendance nécessaire de ces recherches anatomiques , et tient à des idées de physique générale quHl s'est faites depuis long^temps^ mais qu'il n a point assez développées dans cette occasion pour que nous puissions en rendre compte. Nous dirons seulement qu'il regarde le cartilage thyroïde comme un corps sonore servant de table d'harmonie à l'instrument vocal, et que c'est au rapprochement et à leloignemeiit de ce cartilage et de l'hyoïde qu'il attribue les varia*tioBs de tons4

Ce volume est t<^miné par un mémoire sur les os de l'épaule. Lauteur avoit depuis long-temps &it connoitre les rapports de ces o& dans les poissons avec les os analogues des oiseaux ; et même c'est pai^là qu'il a été conduit à toutes les recherches d'ostéologie comparée dont nous avons entre-, tenu plus d*une Ibis nos lecteurs, il a repris cette

matière sous un point de vue plus général , et regarde ces os comme arrivés dans les poissons à lear maximum de développement et d'importance , y servant de bouclier au cœur, de soutien au diaphragme, et comme de chambranle à Fopercule branchial.

Au reste nous répéterons ici Finvitation que nous avons déjà faite aux naturalistesrHe consulter un ouvrage rempli de faits intéressants et nouveaux , et où Ion trouvera une grande instruction, même sur les points où Ion ne croira pas pouvoir adopter toutes les opinions de lautenr,

M. Edwards a continué les expériences curieuses qu'il avoit commencées Tannée dernière sur la respiration des grenouilles ; déjà il s'étoit assuré que la présence de lair est utile pour prolonger la vie de ces animaux , lorsque la circulation et la respiratian pulmonaires ont cessé ; que Teau les fait périr plus prompfement quune enveloppe solide, et d autant plus promptement qu elle est moins aérée; et il s est occupé plus particulièrement cette année de Tinfluence de lair contenu dans Feau , et decelie de la température à laquelle on élève ce liquide* Il a constaté que laction délétère de leau diminue avec la température. Les grenouilles ont vécu deux fois plus long-temps dans de Feau à 10 degrés qae dans de Peau à 1 5^, et trois fois plus dans de Teau

à o : au contraire leur vie s'abrège de près de moitié à 22**, de plus des trois quarts à 32**; et elles périssent instantanément quand on les plonge dans de Feau à ^2°. Le froid de Fatmosphère avant Toperalion est encore une circonstance favorable au prolongement de la vie dans leau froide. La quantité de lair contenu dans leau , le volume de Feau employée, le renouvellement plus fréqueat de cette eau , sont des circonstances qui^y contribuent aussi, chacune dans des proportions et des limites que M. Edwards détermine par des expériences nomr breuses^ et faites avec touteis les précautions dune physique exacte.

Entre o et 10 degrés les grenouilles peuvent vivre plusieurs mois dans une quantité de dix, litres d eau. aérée que Fou renouvelle une fois par jour : Faction que Fait de cette eau exerce sur leur peau sutfit à leur existence, sans quelles aient besoin de mettre en jeu leurs poumons; mais à 10? et au^ dessus elles ne peuvent continuer à vivre qu'en venant respirer Fair à la surface. Si on les retient sous Feau, à 12 ou 14" par exemple, quelque soiii que l'on prenne de la renouveler, elles périssent en un ou deux jours ; de Feau courante peut leur faire supporter quelquefois sous l'eau une température plus élevée; quelques u nés la soutiennent jusqu^à 2 2\

Indépendamment de leur intérêt pour Id théorie générale de Faction de Pair sur le sang^ , ces expériences expliquent plusieurs traits singuliers deFéconomie de ces animaux, et sur-tout la différence extraordinaire de leurgenre de vie en hiver et en été.

M. Latréille, qui sait allier heureusement les recherches d'érudition avec celles de l'observation , et les féconder les unes par les autres, a cherché à déterminer positivement Fespéce des différents insectes qui servoient d emblèmes dans fëcriture sacrée des anciens Égyptiens, et dont on trouve fréquemment les images dans les monuments de cette nation singulière.

Les plus connus appartiennent à la femille des scarabées que Fon a nommée pilutaif es, pareeque ces inseotesenfbuissentleursœuC&dansde petites boules qu'ils pétrissent avec la matière des excréments.

M. Latreille commente à leur sujet an passage dHorus ApoUo, et fait voir que les trente doigts que cet auteur leur attribue ne sont que des pha* langes qui se trouvent en effet au nombre de trente à leurs six doigts, cinq à chaque doigt.

Une partie des autres attributs donnés à ces insectes a également quelque fond de vérité; mais il y en a aussi d'entièrement controuvés, dans la vue

ET ZOOLO^QIE. ^ 3gg

d*ctablir de préteodues allégorie» et de justifier le

culte rendu aux scarabées, ou d'expliquer 1 emploi

que Ton fesoit de leur figure dans Ifss hiéroglyphes.

Il étoit difficile qu'il n en fût pas ainsi lorsque Ion

eut perdu en Egypte Tintelligence des hiérogly**

phes et celle des mystères de Tancienne religion ;

quoi qu'il en soit les trois espèces de scarabées in--

diquées par Horus Apollo sont, selon M. Latreille,

Yateuchus sacer; une espèce de copris voisine des

cQpris mida^; et le copris paniscm, ou telle autre es--

pécetrès voisine.

On a représenté aussi très fréquemment «ur les murs de quelques temples égyptiens un insecte de la famille des hyménoptères, posé ^ur un petit rameau à quatre branches; M. Latreille y voit ou une guêpe, emblème de toute influence venimeuse , avec la plante qui pourroit guérir les effets du venin , ou une abeille sur l^ rameau qui doit lui fournir son miel.

Il termine son mémoire par une nqte si|r quelques insectes que Ion trouve dans l^es momie^, et sur les espèces qui ont servi de modèle^ aux artistes pour figurer sur les asodiaques les signes du cancer et du scorpion.

M. Moreau de Jonnès continue à communiquer à l'Académie VHistotre des reptiles des Jntilles,

4oO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

Il Fa occupée cette année d un grand lézard du genre des scinques qui habite dans les bois, et que Ton appelle aujourd'hui dans nos colonies lézard de terre. Il s y nommoit autrefoi» broche ou brochd de terre; les variations que ses couleurs et sa taille éprouvent, selon lage on d^autres circonstances, et les difiFérentes proportions de sa queue, jointes à quelques confusions de synonymie , avoient Mt multiplier cette espèce par les naturalistes au point de la placer cinq fois dans leurs catalogues souscinq noms différents. L'anolis doré, le gros scinque'(^â/hy'Wasp)^ le scinque mabouïa, le scinquc rembruni, et le scinque schneiderien de Daudin, ne sont , selon M. de Jonnès , qu un seul et même animal.

Le même voyageur a parlé de cette énorme grenouille dite par les Anglois buUfrog ou grenouilletaureau , et que nos colons nourrissent pour leur table , quoiqu'ils lui donnent la dénomination impropre de crapaud, par la raison qu'elle habite les lieux ombragés, et humides comme nos crapauds de France, et non pas les eaux stagnantes comme nos grenouilles. C est la grenouille grognante de Daudin. Elle ne sort de son repaire que la nuit. Sa force est telle qu'elle franchit en sautant un mur de cinq pieds de hau t. La saison sèche lui donne beaucoup àf^

ET ZOOLOGIE. 4oi

torpeur; mais elle reprend sa vivacité avec la saison des pluies. En domesticité elle devient assez familière.

Les Antilies ne nourrissent qu un seul batracien, avec la grenouille grognante ; c^est une rainette qui seule porte dans les îles françoises le nom impropre de grenouille, et que M. de Jonnès décrit poùf la premièrefois avec exactitude, quoiqued autres voyageurs en aieat feit quelque mention. Selon l'auteur, Topinion que les Antilles sont des débris d'un grand continent est fort infirmée par le petit nombre des espèces de batraciens qui les habitent, et qui peut faire supposer plutôt que ces espèces y sont arrivées séparément à des époques et par des causes inconnues.

On sait quil arrive assez souvent dans la zone torride que la cliaîr de certains poissons se trouve vénéneuse, et que ceux qulen ont mangé éprouvent des atteintes cruelles, et perdent même la vie, sans que la vue, Fodorat, ni le goût aient rien annoncé qui pût faire soupçonner le danger.

M. de Jonnès décrit les symptômes de ce genre d'empoisonnement; il donne la liste des espèces de poissons et de crabes qui prennent le plus fréquemment aux Antilles cette propriété funeste, et

BUFFON. COMPLBM. T. ITI. Vt^

4o2 ANATOMIE £T PHYSIOLOGIE ANIMALES,

soumet au raisonuement et à Texpérience les diverses causes auxquelles on tattribue. Il montre qu'elle ne peut tenir conune on la cru ni aux mollusques ou zoophytes ni aux fruits de mancenilliers dont ces poissons Se seroient nourris, ni aux filons métalliques qui se trou veroiettt parmi les biàncs stir lesquels ils habitent : et il soupçonne qu'elle est Teffet dune sorte de maladie qui développeroit dans ces poissons un principe délétère. La chair des tortues prend quelquefois aussi dans la toiïe torride une qualité malfaisante ^ et dontie des pustules sur toute la surface dû corpë à ceux qui s'en sont nourris. Tout le monde sait que dans notre climat les moules deviei3inent quelquefois très malsaines. Ce nest que dans ledu de ia mer que cette maladie peut naître : car les poissons deau douce ne sont jamais vénéneux, et Teau de la mer, en quelques circonstances , produit des furoncles à ceux qui en ont été mouillés et n'ont pas en soin de se laver dans l'eau douce. M. de Jonnès a éprouvé lui-même cet effet, ainsi qu'un de ses amis.

Le grand point seroit de pouvoir distinguer les poissons devenus malfilisants des autres individus de leur espèce. Quelqueis uns disent que dans cet état leur foie devient iiôir et d^un goût acerbe ^ et que leurs dents prennent une teinte jaune. Des

observations ultérieures peuvent seule» confirmer ces assertions; elles sont importantes^ et les habitants éclairés de nos colonies ne manqueront pas sans doute de s'en occuper.

Il y a longtemps que les naturalistes ont observé des quadrupèdes dont les petits paroissént au jour bien avant davoir acquis le développement ordinaire , avant même qu'on puisse distinguer leurs membres et leurs yeux, et demeurent suspendus aux mamelles de leur mère pendant le reste du temps que les petits des quadrupède^ ordinaires passent dans la matrice.

On a nommé ces animaux didelphes ou marsupiaux ^ parceque plusieurs d'entre eux ont sous le ventre une poche qui renferme les mamelles et où les petits demeurent cachés jusqu'à ce qu'ils atteignent leur développement 9 poche que Ton a considérée comme une seconde matrice^ miais qui n'existe pas à beaucoup près dans toutes les es-

Ces animaux, à la tète desquels est le kangurou pour la grandeur, et donf plusieurs espèces sont bien connues en Amérique sous le nom de sarigues et d'opossums^ ont à l'intérieur une n>atrice vérita^ ble, mais autrement conformée que celle des qua^ drupédes ordinaires. Elle communique avec le vagin pai^deux canaux latéraux en forme d'anses, et

4o4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

dans un certain nombre d'espèces le gland du mâle est divisé en deux pointes qui paroissent pouvoir diriger le sperme vers les orifices de ces deux canaux.

Une opinion très répandue en Amérique est que les petits des opossums naissent eu traversant les mamelles, auxquelles ils demeurent ensuite suspendus; mais les anatomistes ont généralement rejeté cette opinion, attendu qu'ils n'ont découvert aucune voie par où ce passage puisse se faire.

Cependant M. Geoffroy, après avoir an uoncéque Ion ne cite aucune observation de foetus trouvés dans la matrice, tandis que, selon feu Roume de Saint-Laurent, on auroit vu au bout de chaque mamelon de petites bourbes claires où étoient autant d embryons ébauchés, est conduit à Tidée qu'il pourroit y avoir ici quelque chose d'analogue à une génération ovipare. «Ne peut-il pas arriver, se deu mande-t-il, qu'il se développe vers les points mau millaires un appareil de vaisseaux nourriciers «analogues à ceux qui composent le placenta, mais u adaptés à l'origine de la bouche?»

M. Geoffroy pense donc que l'on s'est peut-être trop pressé de refuser aux dtdelphes un mode particulier de génération , et qu'il est important de les observer de nouveau.

M. Geoffroy croit de plus avoir remarqué que la

Kf ZOOLOGIE. 4o5

foiblesse du développement des organes sexuels ordinaires tient à ce que laorte descendante se continue pi^sque sans diminution de calibre avec l'artère épigastrique, et n*en voiequ un rameau grêle et de petites branches aux extrémités postérieures et à la matrice.

Enfin dans le cas où Ion voudroit rechercher la cause de cette éjection si prématurée des petits hors de là matrice, M. Geoffroy pense que Ton pourroit Tattribuer à ce que les espèces de canaux en formié d anses de panier qu'ils traversent ne sont point , séparés du vagin par un col, et ne peuvent retenir le petit œuf quand une fois il est sorti de la trompe de Fallope.

Nous pouvons mettre au rang des grands ouvrages de zoologie qui ont paru depuis quelques années celui que publient MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, sur les mammifères de la Ménagerie royale, avec des planches lithographiées et enluminées d après nature vivante, dans les ateliers lithographiques de M. le comte deLasteyrie. Il en a paru déjà douze livraisons in-folio, contenant chacune six planches , parmi lesquelles on voit des portraits corrects de plusieurs espèces qui navoient point encore été bien représentées, ou même qui étoient entièrement nouvelles pour les naturalistes.

4o6 ANATOMIE ET PUT810LOGIE ANIMALES,

M. deLaMorck, malgré lafiEcHbli^semenl total de sa Yue, poursuit avec un courage inaltérable la eimtinuation de son grand ouvrage sur les animaux sans Terlèbres.

U nous a donné cette année la première partie de son sixième volume, où il remonte jusquaua premiers ordres des mollusques gastéropodes*

L*ouvrage dont M. Daudebart de Férussac avoit présenté le plan en 1817, sur les mollusques de terre et deau douce, a commencé à recevoir soa exécution. L auteur en a présenté à TAcadémie six liirraisons, également remarquables par la beauté des figures enluminées, et par le soin avec lequel les espèces y sont recueillies et distinguées. Elles comprennent les limaces» et les bélices deLinn^us, ainsi que plusieurs genres démembrés de ceux4à par las naturalistes modernes, et par MM. de Férussac père et fils, qui ont étudié plus long- temps et plussoigneusement que personne ayant eux cette Êimille d'animaux.

Les rainettes grimpent sur lesarbres^surles murs les plus lisses, et même sur les carreaux de vitres , au moyen de petites pelotes qui terminent leurs doigts, «t quelles fixent fermement aux corps sur lesquels elles les appliquent.

La plupart des natunalistes se sont coiitéiitéis de supposer que ces pelotes sont pourvues de quelque viscosité; mais il faudroit que cette viscosité ftkt bien puissante pour qu une^eule pelote pût tenir suspendu le corps entier de lanimal, comme i( aar-r rive quelquefois. M. d^ La Billardière, qui a étudié de près ce sujet, a reconnu que les rainettes forment le vide spus chacune de leurs pelotes, en tirant en dedans la surface inférieure de ces parties par le moyen de quelques fibres qiusculaires. Les pe*^ lotes sont donc a)ors pressées contre le corps quelles touchent par le poids entier de Tatmo-^ sphère.

Depuis lop{][- temps on a cherché à éviter aux commençants les preipiers dégoûts inséparables des études anatomiques , en leur offrant des imita-^ tions en relief des organes avec leurs couleurs et leurs dimensions. Les figures en cire coloriées sont très propres à èet usage; et les magnifiques préparations de ce genre, qui ont é^é fabriquées à Florence sous les auspices du grand-duc Léopold, et sous les yeux de Fontana et de M. Fabbroni, ont rendu ce moyen célèbre. Mais la cire est cassante et peu maniable; et il est difficile de remployer à des préparations composées de parties mobiles , et propres h faire connoitre la juxtS'^position des or-

4o8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

ganes. Fontana avoit voulu y substituer le bois, et il avoit commencé une grande statue de cette matière qui de voit se décomposer en plusieurs milliers de pièces ; mais le bois a un autre inconvénient, en ce qu il se dilate et se contracte suivant rhumidité ou la sécheresse , et que les parties déliées ne s Rajustent jamais bien et se cassent aisément. M. Ameline, professeur d anatomie à Gaen, a imaginé une sorte de pâte de carton qui se moule comme Ton veut, prend beaucoup de fermeté sans être cassante, et se laisse fixer, par divers moyens commodes, aux points où on veut la faire tenir ; il a construit ainsi, sur un squelette véritable, une statue où tous les muscles et les principaux vaisseaux se laissent détacher et rattacher. Il n est pas douteux que cette matière , quand des artistes de profession lui imprimeront le fini et Félégance nécessaires à une imitation complète , ne puisse remplacer avec avantage la cire et le bois.

M. Serre, chirurgien en chef de l'hospice de la Pitié, a fait sur les premiers commencements de Fossification dans les embryons d'hommes et d'ani* maux des observations nombreuses et importantes, d'où il a cru pouvoir déduire ce qu'il nomme les lois de l'ostéogénie, c est-à-dire les règles générales qui président à la disposition des points primitif

d ossification ;ré{];Ies que M. Serre énonce au nombre de cinq.

La première, dite de symétrie , c'est qu'en considérant le squelette dans son ensemble l'ossification y marche des parties latérales vers les parties moyennes. Dans le tronc par exemple les côtes s'ossifient avant les vertèbres; les apophyses latérales des vertèbres avant leur corps. Il en est de même à la tète : le premier point osseux se montre aux apophyses zygomatiques des temporaux; les ailes du sphénoïde s'ossifient avant son corps, etc. Delà naît, selon M. Serre, cette symétrie si remarquable dans les animaux vertébrés; les deux moitiés du squelette marchant, en quelque sorte, l'une vers l'autre pour se rencontrer dans la partie médiane, il y a deux demi-crânés, deux demi-rachis, deux demi-bassins, etc.

Cependant cette partie médiane présente des os que l'on a voit toujours crus originairement simples, tels que les pièces du sternum, le corps de l'os hyoïde, les corps mêmes des vertèbres. M. Serre donne à ce sujet des observations qui lui sont propres. Il rappelle que dans Fœuf les premiers vestiges de J'épine du poulet se présentent sous l'apparence de deiix demi-rachis encore membraneux; que cette double membrane s'unit en devenant cartila* gineuse. Il annonce que le onzième jour de Tincu-.

4lO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

bation il commeoce à se montrer sur les corps àe quelques vertèbres dorsales deux points osseux très petits ; qu'il s en montre également le douzième jour suries cervicales et les lombaires; que la réunion de oes points en un seul corps ne s opère dans les dorsales et dans quelques cervicales que le treizième ou le quatorzième jour, et que ce jour-là même les lombaires et les caudales montrent encore très sensiblement leur division.

L auteur aobservé une marche entièrement analogue dans le rachis du têtard et dans celui du la*pin. iria retrouvée, quant au cartilage, dans les embryons humains très peu développés , et il croit aussi avoir remarqué que Tossification s'y fait d Sabord par deux points ; mais on pourroit presque dire , d après sa description , que dans les fœtus provenant de femmes saines , il les a sentis avec la pointe de son scalpel , plutôt qu'il ne les a vus. C'est du quarantième au soixantième jour de la conception qu^ii a fait sur les différentes vertèbres cette observation difficile, qui prend cependant beaucoup de vraisemblance par l'arrangement que Ton aperçoit dans la suite entre les fibres osseuses , et sur^tout par ce que Ton remarque dans les embryons provenant de femmes scrofuleuses ou rachitiques. La séparation des deux noyaux est alors beaucoup plus marquée et dure beaucoup plus longtemps. C'est ainsi

qu^ M. Serre explique des fi/»Via bijida, ou feates contre nature de la partie antérieure de l'épine, qui ont lieu quelqu^ois, et dont lauteur décrit plu- ^urs^exeipples remarquabled.

En choisissant le«t^ époques convenables^ M. Serre a vu également de doubles noyaux osseux aux os médians de la base du crfine, non seulement au corps du sphénoïde antérieur oùcette division dure assez lon(][-temps, mais encore au corps du sphénoïde postérieur à Ibs batsilaire , où la réunion s opère beaucoup plus vite. Il n'est pas jusqu'au vomer et à l$i lame verticale de 1 ethmotde qu'il ne voie ^ former par des lames ou par d^ granulations; latéfiales.

Quant au sternum, M, Serre, après avoir annoneé que dans de très jeunes embryons, le carti* iage s'y manifeste aussi d'abord latéralement, cher*^ che à appliquer sa théorie à l'ossification des pièces de cette partie regardées génénalement comme impaires. A cet effet il rapporte plusieurs variétés de steraum$ humains où l'on voit des pièces divisées par le milieu , d'autres où les pièces sont disposées alternativement sur deux séries. Les oiseaux et la plupart des reptiles ayant à leur sternum , en avant des pièces bien certainement disposées par paire , un os ii^patr qu'on a nommé entohtemaly celui qui £brme la quille du sternum des oiseaux, M. Serre

4i:2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

pour ramener cet os à sa régie cite divers animaux dans lesquels la pièce que Ton pouiToit regarder comme Tanalogue de celle-là offre des traces sensibles de division. 11 considère aussi comm^eJodice de division les cavités creusées dans la quille du sternum de la grue et du cygne , pour loger les replis de leur trachée-artère.

Nous avouerons que cette partie du travail de M. Serre est celle qui nous parott encore exiger le plus de développement , et être susceptible de plus de contradictions. Cependant plusieurs exemple pathologiques rapportés par cet habile anatomiste semblent confirmer que Fétat normal et primitif du sternum est d'être divisé longitudinalement.

Enfin y relativement à Tos hyoïde , M. Serre annonce qne les deux points osseux de son corps , «omme ceux du corps des vertèbres , s*unissent dans les sujets sains presque aussitôt qu^ils se forment; mais que, dans les fœtus nés de parents viciés, leur séparation dure plus long-temps ; il en a même observé un , né d'un père qui bégayoit , et où l'un des points s'étoit ossifié plus tard que Tautre.

A cette occasion notre anatomiste rapporte des exemples d'os hyoïdes qui s'unissoient presque sans interruption par des arti(;ulations osseuses avec lapophyse styloïdé, et par conséquent avec le crâne, ou, en d'autres termes, dans lesquels le ligament

Stylo -hyoïdien étoit presque entièrement ossifié.

La deuxième des lois ou régies établies par M. Serre se nomme la loi de conjugaison. Chacun sait que les trous qui donnent passage aux nerfs de répine sont formés par le rapprochement de deux échancrures pratiquéesaux parties correspondantes de deux vertèbres coqtiguës. Le contour de chaque trou résulte donc du rapprochement de deux os. Selon M. Serre , tous les autres trous des os sont éga* lement des trous de conjugaison , et Ton peut, en remontant plus haut vers Tépoque de la naissance ou de la conception, retrouver séparées les pièces osseuses dont le rapprochement les a formés.

Ainsi les trous des apophyses transverses des vertèbres cervicales ne sont d'abord fermés en dehors que par une bande cartilagineuse qui a ses points d'ossification séparés ; points que M. Serre regarde comme des espèces de côtes cervicales. Chacun sait quen effet dans le crocodile et dans d autres rep-» tiles il y a là de véritables côtes fort reconnoissables pour telles.

Lapplication de la loi étoit encore plus facile pour beaucoup de trous de la hase du crâne , que tous les anatomistes savent se trouver dans le fœtus entre des os distincts , bien que ces os se soudent ensuite entre eux , tels que la fente sphénoorbitaire, là fente sphéno^temporale, les trous déchirés, le con-

4l6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

sistent d^abord en un certain nombre de petits tubercules séparés. Ce fait très vrai est étranger à rhistoire de 1 ossification ordinaire, et n empêche pas que le canal dentaire ne se forme par prolongation delà couronne vers la racine, et non par conjugaison de pièces latérales.

La quatrième et la cinquième règle de M. Serre sont relatives aux éminences des os et à leurs cavités articulaires. Notre anatomiste fait observer que les premières sont toujours primitivement des noyaux osseux particuliers, et que les autres résultent du rapprochement de deux ou plusieurs éminences, et par conséquent d autant de noyaux osseux. Il prouve sa proposition même par rapport au marteau qui est épiphysé à un certain âge, et par rapport à lenclume ; osselet qui, tout petit qu'il est , ayant u ne facette articulaire en forme d'angle i^entrant, se divise dans Torigine en deux pièces.

Parmi les observations intéressantes dont M. Serre a enrichi cette partie de son travail , on doit remarquer celle qui concerne la composition de la cavité cotyloïde. Outre les trois os qui y concourent, de la veu de tous les anatomistes , M. Serre en a découvert un quatrième, fort petit, placé entre les autres , et qui ne se retrouve pas dans les animaux à bourse, où Ion sait qu'il existe un quatrième os du

bassin très développé, et articulé sur le pubis, os que Ion a nommé Fos marsupial. Ce seroit lanalof {];ue de cet os marsupial qui, selon M. Serre, seroit venu se cacher pour ainsi dire dans le fond de la cavité cotyloïde, dans les mammifères ordinaires.

L auteur a fait une observation analogue sur la cavité articulaire de Fomoplate. Dans les animaux qui ont une clavicule distincte , cette cavité est formée en partie par Tos de Fomoplate, et en partie par la base de Fapophyse coracoïde , qui dans les jeunes sujets est une épiphyse distincte. Mais dans les animaux sans clavicule il s'y trouve une troisième petite épiphyse, qui seroit le derniervestige.de Fos claviculaire.

Cette masse considérable de faits intéressants et variés qui composent le mémoire de M. Serre va probablement servir de point de départ à de nouvelles et importantes recherches sur les premiers développements du corps animal , et sur les variations qu'il éprouve à cette époque rapprochée de la conception , où l'on ne s'en étoit pas occupé autant que l'exigeoient les progrès de la science de la vie.

La zoologie a continué à s'enrichir de plusieurs

BOFFON. GOMPLÉxM. T. III. ^7

4l8 AMATOMIE ET PHTSIOLOGIE ANIMALES,

livraisons de YHistoiredes mammifères, par MM. Geof* froy^aint^Hilaire et Frédéric Cuvier^ ouvrage qui offre déjà , indépendammeat. des nombreuses observa tions des auteurs , cent quarante figures toutes litbographiées d a jurés nature vivante , et qui surpassent incontestablement toutes celles qui ont été données jusqu a ce jour d'animaux de cette classe.

Un zoologiste adglois^ le docteur Shaw^ a voit hit connoitre un animal qu'il regardoit comme une espèce de paresseux ^ mais que d autres naturalistes, nommémeft t M.Cuvier, avoient soupçonné de n'être qa*uil ours auquel les dents de devant anroient été arrachées. C'est ce qui vient de se confirmer ; et M* Tiédemân , qui a observé un individu non mutilé de cette espèce , vient d*en publier la description et la figure sous le nom d'unus hngiwstm. Cet ours vient des Indes orientales où il a aussi été observé par M. Buchanan.

M. Moreiu de Jonnès continuant son Histoire des reptiies des Antitla a donné cette année ses observations sur l'espèce de gecko que l'on nomme dans ces îles mabouïa des bananiers. C'est le gecko lisse de Daudin \ beaucoup plus fort que le mabouta des

' Ùest aussi son gecko fapitauihy son getkû imrinant^isis, son

murailles ou gecko à queue épineuse; il parvient a près d'un pied de longueur; sa couleur est un cendré roussàtre, taché de noir sur le dos. Lorsque sa queue a été cassée par accident, ce qui lui arrive assez souvent, elle renaît difforme, renflée, et quelquefois assez semblable à une rave. Il habite d^ préférence les lieux solitaires, et se tient 6ur« tout dans ces cornets que formant à leur base les graodes feuiiles des bananiers, d'où il sort le soir pour prendre des insectes ou pour dévorer les œufs des anolis, autre genre da lézards beaucoup plus agiles, mjais géuéralement plus petits.

Le même observateur a présenté à TAicadémie , et déposé au Cabinet du roi, un individu de la ter-^ rible vipère de la Martinique (le trigonocéphaleferde-lance) , de cinq pieds de longueur.

Parmi ces animaux que M. Guvier a réunis dans Tembranchement et qu'il appelle articulés, il est une classe qu'il a le premier distinguée sous le nom de vers à sang rouge, et que M. de La Marck a nommés annélides. Elle comprend les vers communs ou lombrics f les sangsues^ «t une multitude de vers de mer ou d eau douce que Ton a subdivisés d'après leurs organes du mouvement, de la respiration et de la manducation. M. Savigny a fait de cette classe

geèko squalidtiSy et !a salamandre terrestre de Fermin. (Voyez Guvier , Règne animal y II, p. 4B).

1 objet d études nouvelles , et aussi exactes que détaillées. Il a donné d abord une attention particulière à ces soies élastiques et souvent brillantes comme de For qui servent au plus grand nombre des genres d organes du mouvement, et sur-tout à celles de forme crochue, apanage plus spécial de Tune des familles qu'il a reconnues. Des descriptions non moins exactes des mâchoires, des antennes, des branchies, des appendices membraneux de chaque articulation Font occupé ensuite; embrassant enfin les annélidesdans leur ensemble, il les a divisées en cinq ordres : les nëréidées pourvues de pieds rétractifs munis de soies, à tête distincte, à bouche en forme de trompe, souvent armée de mâchoires;

Les serpulées pourvues de pieds munis de soies, dont une partie en forme de crochets, sans tête distincte;

Les lombricines sans pieds ni tète distincts, mais pourvues encore de petites soies ;

Les hirudinées dépourvues de tète distincte, de pieds et soie , mais à bouche en forme de ventouse ; enfin celles qui n ont pas même ce dernier caractère.

L auteur divise chaque ordre en familles, chaque famille en genres, d'après les détails de leurs branchies et de leurs organes. Il nous est impossi-

ble de le suivre dans toutes ces subdivisions ; mais les naturalistes jouiront bientôt de son travail, et même ils peuvent déjà en trouver quelques données que M. de LaMarck a bien voulu adopter dans son Histoire des animaux vertébrés.

Rien ne prouve mieux la prodi(];ieuse richesse de la nature que ces infinités de structures délicates, singulières, belles même à la vuç, que Tattention d'un seul naturaliste a été capable de découvrir sur des êtres si méprisés, cachés dans les antres de la mer, et que la vue de Thomme sembloit ne devoir jamais atteindre.

Les insectes sont peut-être de tous les animaux ceux où la nature a développé la mécanique la plus merveilleuse ; tous les genres de mouvements qui distinguent entre elles les autres classes se rencontrent dans celle-ci, et peuvent quelquefois être exercés par le même individu au degré le plus parfait, comme avec la vigueur la plus marquée ; mais il s'en faut de beaucoup qu'ils aient été étudiés sous' ce rapport avec autant de soin que les animaux vertébrés; on ne connoissoit même que d une manière assez superficielle les organes de leur mouvement. Les parties dures ou élastiques qui leur servent de leviers ou de point d'appui, se trouvant pour la plupart placées à l'extérieur, on en avoic

abandonné Texaniea à la zoologie, qui navoit pas eu besoin de les décomposer ni d^^i reconnoitre les éléments.

M. Audouin , jeune naturaliste de Paris , a voulu remplir cette lacune de 1 anatomie comparée ; il a examiné les pièces dont se compose la charpente solide des insectes ; et s*étant bientôt a|3erqu que ces pièces ont entre elles, d'un insecte à 1 autre, des rapports de position, de fonctions, et souvent de nombre et de forme, comparables aux rapports des pièces du squelette dans les animaux vertébrés , il a cherché à généraliser ses observations; il a poursuivi chaque pièce au travers des métamorphoses variées qu elle subit dans les divers ordres et les divers genres dlnsectes ; il est parvenu aussi à les dénombrer , à les caractériser , et à déterminer jusqu^à un certain point les lois de leurs variations.

M. Audouin a présenté à TAcadémie, dans un ouvrage fort étendu accompagné de beaux dessins et de nombreuses préparations, la portion de ses recherches qui concerne le thorax ou plutôt le tronc, cette partie intermédiaire du corps de Fin*secte qui porte les pieds et les ailes, et qui se trouve par conséquent le siège des principaux organes du mouvement.

M. Audouin coasidère d^abord le trono dans le$ insectes ordinaires, ceuji qui ont six piedç ( les in** sectes lmxapodes);V€Kpo$é de ses parciefl, et unç nomenclature fixe créée pour elles , dévoient naturel-^ lem^it se placer à la tète de TouTra^re,

Le tronc de Finsecte se laisse toujours diviser en trois anneaux, dont chacun porte une paire de pattes, et que M. Audoutn nomme, daprès leur pG»i tion, pro^oror, mésothorax^ et mitathorax; outre les pieds , le mésoÙKirax porte la première ptàk*e d'ailes, et le tnétathorax la seconde ; chacnu de ^es anneaux est composé de quatre parties ^ une infé-* rieure, deux latérales, formant à elles trois la poi-^ trine; une supérieure qui forme le dos. L'inférieure prend le nom de sternum ; la partie latérale ou le flanc se divise en trois pièces principales; Une qui tient au sternum et se nomme épisiemvm; lautre placée en arrière de oelleià et à laquelle la hanche s'articule est nommée épimère. On nomme tmchantin une petite pièce fnoHle qui sert à l'union de Fépimère et de la hanche ; l;t troisième pièce du flanc placée au-dessus de l'épistemum et dans le mésotborax et le métathorax sous laiie :f st nommée hypojAère; quelquefois 11 y a encore autour du stygraate une petite pièce cornée qui se nomme péritrime. La partie supérieure de chaque segment, que l'auteur nomme tergvufa^ se divise eu quatre pié^

ces, nommées diaprés leur position dans chaque anneau prœscutum, scutum, scuiellum^ et poslscutellum ; la première est souvent, et la quatrième presque toujours cachée dans Fintérieur; les naturalistes n ont guère distingué que le scutellum du mésothorax , qui eu effet est souvent remarquable par sa grandeur et sa configuration; mais on re? trouve son analogue dans les trois segments. Ainsi le tronc des insectes peut se subdiviser en trente^ trois , et , si Ton compte les péritrèmes et les hypop: lères, le nombre de ses pièces peut aller à trente^ neuf, plus ou moins visibles à Textérieur ; une partie de ces pièces donne en outre en dedans diverses proéminences qui méritent aussi des noms à cause de limportance de leurs usages. Ainsi de la partie postérieure de chaque segrnent du sternum s élève en dedans une apophyse verticale, quelquefois fir gurée en V, et que M. Audouin appelle Veniothorax; elle fournit des attaches aux muscles et protège le cordon médullaire. Son analogue se montre dans la tète et quelquefois dans les premiers anneaux de Fabdomen. D autres proéminences intérieures Tésultent de prolongements de pièces externes voisines soudées ensemble: M. Audouin les nomme apodèmes. Les unes donnent attache aux muscles, d'autres aux ailes; enfin.il y a encore de. petites pièces mobiles, soit à Fintérieur entre les muscles,

soit à la base des ailes , que Fauteur nomme épi-dèmes.

^ Nous avons dit que Ton retrouve toujours les pièces principales ou leurs vestiges , mais il s'en faut bien qu elles se laissent toujours séparer ; plusieurs d entre elles sont même toujours unies dans certains genres ou dans certains ordres , et ne se distinguent que par des traces de sutures.

M. Audouin a cru devoir également donner des noms aux trous ou aux vides circonscrits par Fensemble de chaque anneau; le trou antérieur de la tête porte le nom de buccal, le postérieur celui d'occipital; il nomme pharyngien le vide du prothoraxy œsophagien celui du mésothorax, et stomacal celui du métathoraXy distinguant leurs deux orifices selon qu'ils sont antérieurs ou postérieurs.

Après ce résumé de l'analyse des pièces et cette fixation de leurs noms , M, Audouin passe à l'examen détaillé de leur développement respectif dans les différents ordres; il fait voir que dans aucun d'eux l'on ne rencontre d'autres éléments, et que les anomalies les plus bizarres en apparence ne tiennent qu'à des variétés de formes et de grandeurs, de ces seules et mêmes pièces.

Ainsi prenant d'abord le mésothorax pour objet de son étude, et examinant ses rapports de grandeur avec le segment qui le précède et celui qui le

suit , il le montre peu développé dans les coléoptères et les orthoptères où il porte des élytres de peu d'usage dans le vol ; plus étendu dans les névroptères , les hémiptères, où les deux paires d'ailes sont près* que égales en importance; atteignant le maj^imum de son développement dans les hyménoptères ^ les lépidoptères , les diptères , où la première paire d ailes est Tinstrument principal du vol ; il &it voir que laccroissement de ce mésotfaorax entraine la réduction des deux autres segments* Quelque chose d'analogue s observe dans la proportion des pièces de chaque segment entre elles, SU y en a une fort diminuée , c'est que quelque autre est fort agrandie. Quelquefois laccroissement d'une pièce déplace la pièce voisine, et c'est ainsi que l'épimère du xoésothorax des cétoines par exemple, devenant fort grande, relève l'épisternum et lui iait offrir cette pièce écailleuse en dehors de la base des élytres que les entomologistes ont bien remarquée sans en counoitre la nature ; dans les libellules au contraire lepisternum du mésotborax prenant un grand volume s'élève à -la partie supérieure, et s'unit à celui du côté opposé sur le milieu du dos et en avant, entre le protborax et le tergum du mésotfaorax* Dans les cigales c'est l'épimèredu métathoraxqut se prolongeant sous le premier anneau de Fabdomen y forme la valvule qui clôt la cavité où réside l'instrument sonore de

ces insectes. Il n est pas impossible d'assigner aussi quelques régies à cette proportion mutuelle des parties de chaque segment. En général le sternum se développe davantage dans les insectes qui font beaucoup d'usage de leurs pieds; la distinction des pièces de chaque partie se proportionne au développement de la partie elle-même. Ainsi c est égale* ment dans les lépidoptères, les hyménoptères, et les diptères que les quatre pièces du dos du mésothorax, sont le plus sensibles et le mieux divisées. Dans les autres ordres elles sont souvent presque rudimentaires et confondues ensemble.

La distinction des pièces du métathorax devoît être comme le développemen tgénéral de ce segment dans son entier, inverse de celle du mésothorax. Ainsi c est dans les coléoptères , où la seconde paire d ailes (les ailes membraneuses) est la plus importante, que ce segment prend le plus de volume, et que les pièces qui le composent se séparent le plus aisément. Une observation curieuse de 1 auteur cW que dans les hyménoptères le premier anneau de labdomen s'unit toujours intimement au ter-^ gum du métathorax, et que lorsque labdomen est porté par une sorte de pédicule, comme il arrive si souvent dans cet ordre^ c'est le second de ces anneaux qui subit un étranglement et non le premier.

Dans Tétude du prothorax , dont le tergum est ce que Ton nomme vulgairement corselet dans les coléoptères, et co//ier dans d autres insectes, lauteur fait connoitre une particularité remarquable. L^épisternum et Fépimère de certains orthoptères, comme le taupe-grillon, ne s unissent pas comme à lordinaire aux bords du terguîn, mais passent dessous et se joignent Tun à lautre , en sorte que le tergum les recouvre et les embrasse, premier indice, selon M. Audouin , de ce qui arrive dans les crustacés décapodes (les crabes et les écrevisses) , où les flancs sont embrassés par une énorme cuirasse.

Dans les lépidoptères les flancs du protfaorax s Munissent de même entre eux , mais le tergum de ce segment est réduit à une sorte de vestige ou d'appendice à peine visible.

L auteur pense que Fextrème de cette disposition est ce qui fait le caractère particulier des arachnides y que leur tergum n'existe plus, et que leurs flancs unis lun à l'autre forment le dessus de leur tronc.

Dans plusieurs hyménoptères le tergum du prothorax s'unit à celui du mésothorax, et ne recouvrant plus son épimère ni son épisternum, leur permet de s'articuler avec la tète. Les rapports de la puissance des ailes avec le développement et la distinction des pièces du tergum des deux segments qui les portent sont tellement constants , que

toutes les fois que les ailes manquent à certains insectes dun ordre communément ailé;, ainsi qu'il arrive par exemple dans les fourmis, les quatre pièces du tergum se confondent entre elle^; c'est par une raison semblable^ selon Fauteur, que le tergum du premier segment, lequel ne porte jamais d ailes, est aussi plus rarement divisé que les autres, et forme dans les coléoptères un corselet d'une seule pièce (en prenant ce rapport dans un autre sens); ni ce premier segment, ni les segments quelconques des insectes où le tergum n'est pas divisible , ne peuvent porter des ailes.

C'est aussi dans le développement proportionnel plus considérable, et dans la divisibilité des segments qui doivent porter des ailes, que M. Audouin place la principale différence de l'insecte parfait à sa larve.

Cette considération conduit M. Audouin à l'étude du tronc , dans les insectes sans ailes et à pieds nombreux, ainsi que dans les arachnides et les crustacés. Il pose en principe que les pièces que ces animaux possèdent se retrouvent toutes dans les insectes à six pattes , mais que ceux-ci ont de plus des pièces que les premiers n'ont pas.

Ainsi, comme nous venons de le dire, tout le terjgum manqueroit aux araignées; leur tronc résulteroit de la réunion d'autant de segments qu'elles

43o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

ont de paires de pattes; leurs flancs s'uniroient de part et d autre sur la ligne moyenne.

M. Audouin croit même apercevoir dans les sillons du tronc de certaines araignées des traces de leur union.

Le plastron qui est entre les pattes des crustacés se composeroit de la suite des sternums de leurs segments; les parois osseuses qui remontent sous leur carapace représenteroîent les flancs de ces mêmes segments couverts et embrassés par la réu«nion de leurs tergums, comme nous avons dit que cela arrive au prothorax dans les sauterelles. En dedans du tronc , des cloisons analogues aux apodèmes des insectes marquent, selon lauteur, les sutures des segments.

Quant aux insectes à pieds nombreux et sans ailes, leurs segments représenteroient, en quelque sorte, autant de prothorax.

Ce travail fondé entièrement sur des faits et sur une grande multitude d observations , dans les^ quelles deux autres jeunes naturalistes , M. Odier et M. Adolphe Brongniart , iîls de Tun de nos coa-^ frères, ont assisté M. Audouin, n'est pas moins i:i&marquable par son exactitude que par son étendue.

Il a trou vé un garant respectable dans M. La treille qui, étudiant de son c6té d'une manière spéciale Tun de ces nombreux éléments du tronc des insec-

tes, se reDControit parfaitement sur ce point avec notre jeune observateur.

L'objet principal de M. Latreiile étoit de déterminer la nature de ces appendices singuliers placés près du cou et au*devant des ailes, dans les insectes dont M. Kirby a cru devoir faire un ordre nouveau, sous le nom de strésiotères. Ces pièces que Ton a prises, tantôt pour des rudiments d ailes, tantôt pour des espèces d'élytres , répondent à celles que M. Audouia appelle épimères, mais ce sont des épimères un peu déplacées et devenues plus libres.

On voit quelque chose d approchant au«devant des ailes de quelques phalènes où ces pièces ont été depuis long-temps nommées épaulettes par quelques paturaUstes.

M. Latreiile présume que ces épaulettes des lépidoptères leur servent à écarter et à fendre leur peau de chrysalide , au moment où ils doivent prendre leur état.

Ce célèbre entomologiste donne à cette occasion 9ur Us appendices du tronc des insectes en général plusieurs observations curieuses qui se laissent ramener aux règles établies par M. Audouln, et en «joute de non moins intéressantes sur d autres parties de ces animaux.

Il annonce, par exemple, avoir découvert le

tj'mpan de roreîUe dans uoe espèce de criquet, acricUum lineola, et le conduit auditif dans d*autres insectes.

M. Audouin a fait dans un mémoire particulier une application de sa doctrine à ces animaux articulés fossiles, si extraordinaires que Lânnaeus avoit cru pouvoir leur donner leplthéte de /Miroc/bxes^ et sur Icsq uels M. Brongniart, qui les nomme trilobiies, a fait un travail important.

M. Audouin voit dans les trois lobes qui divisent chacun des segments de ces animaux, le tergum et la partie supérieure des flancs, et en conséquence il confirme lopinion mise en avant par M. Brongniart que les triiobites doivent être associés à certains genresdela famille des cloportes, dans lesquels on observe ep effet une disposition semblable.

M. Latreille au contraire se fondant sur ce que Ion n*a pu encore voir ni les antennes, ni les pieds de ces animaux dont le test ne se présente guère que par le dos, estime que Ion doit plutôt les regarder comme analogues à ce genre de testacés que I on a nommés oscaérrùms, et qui portent sar le dos une suite de pièces transversales. IjCs triiobites, selon lui, seroient des oscabrions dont la première pièce coquillière serait plus grande , et dont les suivantes seroient divisées chacune en trois.

Dans un autre mémoire présenté avant celui

dont iioiis vettohsëe rendre compte, M. Audôuin, se livrant davantage à la recherche d'analogies éloignées, a voit<;onsidëré la tête des insectes comme formée de trois segmenta, dont le premier (le chaperon) auroit pour appendices le lahre et les màn*dibilles; le second, les antennes et la lèvre; le troisième, les yeux et les maxilles. La division de ce deuxième et de ce troisième segment ne pou voit tomher sous les yeux; car, selon M. Audôuin luimême, ils seroient toujours unis dans leà insectes ordinaires. En partant toutefois de cette supposition , qu'il cherchoit a ramener la structure des crustacés et des arachnides à celle deà insectes ordinaires, sa manière de voir étoit: dans les crustacés le premier segment de la tête auroit disparu tout-à-fait ; il ne resterôit du second segment que les petites antennes qui répondroient à la lèvre inférieure, et du troisième, que les yeux et les grandes antennes, lesquelles répondroient c^ux maxilles ; les mandibules des crustacés répondroient ainsi à la première paire de pattes des insectes, et ainsi de suite.

Il ne resterait aux arachnides que le troisième segment de la tête qui co'mprend les yeux, et par conséquent ce que Ton appelle leurs mandibules représenteroit les maxilles, et leurs maxilles répondroient aux premièi;es pattes des insectes.

BUFFON. COMPLÉM. T. III. a8

Partant delà, M. Audouin çpiyidéroitles î^sectes hexapodes, les arachnides et les crustacés, cou^mc différant relativement au tronc, par cepx de leurs^ segments qui se sont le plus développés.

D^ns les. insectes ce sont les trpis premiers après les trois de la tête; dans les arachnides les quatf*e qui viennent après le quatrième, c'est-à-dire après le prothorax ; dans les écrevisses, les cinq à compter du dixième et y compris le quatorzième. En effet les petites antennes, les grandes antennes, lea in^adibules, et les six paires de mâchoires qui sviyçnt les mandibules indiquent l'existence de nenf segments. Les serres sont donc attachées au dixième. Ainsi, en dernière analyse, tontes les différencçs de Is^ charpente de ces trois classes d^niman^ articulés dépendroient de labjsence, de la diminution ou de laccroissement de tels outils.de leurs anneaux.

Ici , comme l'on voit , l'auteur abandonnoit le champ de l'observation , ppur entrer dans celui des hypothèses, et s'exposojt davantage à Is^coutradic^tipn. Effectivement il y a, et il doit y avoir plusieurs manières de voir du moment que ce n'est plus, qu'avec les yeux de Tesprit que l'on voit. Ajjipsi d'autrçs naturalistes qui se sont occupés de ce rap procheipent ^es arachnides et des crus^çés ^yeç les insçctes ordinaires ont suivi des routes a^ez différentes.

Nous avons parlé, dans notre analyse de i8f S, dun travail de M. Savigny sur ce sujet, où il laisse aux mandibules et aux deux paires d'organes mandttcataires. qui les fuirent dans les crustacés, les noms de mandibnles , maxilles , et lèvre inférieure, et en il regarde les trois paires d oi^anes mandu-catoires suivantes comme analogues aux trois paires de. pattes des insectes ordinaires ; mais où il cherche à établir que dans les arachnides, ce sont les premières paires d'organes manducatoires qui représentent les premiers pieds , tandis que les vraies mâchoires ont disparu avec les antennes et presque tonte la tète.

M. Latreille, dans un mémoire présenté cette année, regarde au contraire le corps des crustacés comme divisé en quinze segments, dont un pour la tête, sept pour le tronc , et sept pour la queue ou r^bdomen. Il rapporteau tronc et considère comme des pieds les deux paires les plus extérieures des organes manducatoires ; il retrouve ces quinze anneaux dans les autres insectes , mais avec quelques soudures et des appendices de moins. Il voit des antennes , mais très modifiées quant à leurs formes et à leurs usages, dans ce que Ton appelle les premières^ mâchoires des brancfaiopodes et des araebnides, attendu que ces mâchoires sont toujours placées avMlessusde hi lèvresupérieure. Les formes

bizarres .que prennent les derniers pieds des crustacés , ceux des calyges , par exemple , qui se partagent en deux longs filets barbelés, lui font naiti-e ridée que ces filets enveloppés d'une membrane re^ présenteroient assez bien une aile d'insecte. Les lames respiratoires des larves d'éphémères lui paroissent encore plus ressembler à des ailes. Accumulant ces sortes d'analogies , il en vient à appeler les ailes des sortes de pattes trachéales.

Jusque-là on s'en teuoit cependant à comparer entre elles des classes d animaux articulés seulement; M. GeofFroy-Saint-Hilaire est allé plus loin, et a cherché à établir un rapprochement entre l'embranchement tout entier des animaux articulés , et celui des animaux vertébrés.

Les insectes n'ayant point de système artériel , il admet que l'appareil nerveux répand immédiatement autour de son axe les matériaux de l'organisation dont le développement se fait en dedans du canal vertébral; en sorte que ce seroient les anneaux des insectes et des crustacés qui représenteroient leurs vraies vertèbres : prenant pour point de comparaison la tortue, dont les côtes sont déjà arrivées à la surface du corps, en faisant. rentrer dans l'intérieur les articulations des membres pectoraux et leurs muscles^ il conçoit que si ces vertèbres encore diminuées s'ouvroient, elles laisse-

roient en quelque sorte le cordon médullaire libre dans la grande cavité des viscères, et il exprime sa pensée en disant que tout animal habite en dedans ou en dehors de sa colonne ver):ébrale; il appuie son sentiment de cette considération que les anneaux de la queue des crustacés se divisent en quatre parties comme les vertèbres.

Venant ensuite au détail , il se représentele corps de rinsecte comme divisé en six parties ou segnients principaux ; rappelant que la tète des vertébrés a été considérée par M. Oken et d'autres anatomistes comme une suite des trois vertèbres, il pense que le premier segment des insectes, leur tête, ne représente que la première des trois vertèbres des vertébrés , et comprendles os du cerveau , ceux de la face , et les os hyoïdes ; le deuxième segment des insectes, celui qui porte leur première paire de pattes (le prothorax de M. Audouin), est, selon M. Geoffroy, la seconde vertèbre de la tête des vertébrés, et répond aux os du cervelet, du palais et du larynx; le troisième segment, qui porte les ailes supérieures, et que M. Geoffroy réduit à Fécusson, comprend les pariétaux, les interpariétaux, et les os de l'oreille, c est-à-dire, d'après la manière de voir de l'auteur, que nous avons exposée dans notre 'analyse de 1 8 1 7 , les os des opercules des poissons. Le quatrième segment, auquel M. Geoffroy attri?

bue les quatre pattes postérieures et la deuxième paire d ailes, répond à la poitrine ; le cinquième, qui est labdomen des insectes, à labdomen des vertébrés, et le sixième, qui est 1 anneau de clôture, à leur coccyx.

De cette relation , appliquée aux parties ou aux appendices de chaque segment , il résulte entre au^ tre» choses que tes élytres ou les ailes supérieures répondent aux opercules et par conséquent aux os de loreille, que le stygmate du corselet est une ou* verture auditive, et que ceux de Vabdomen soDt analogues aux pores de la ligne latérale des pois-^ sons. Les ailes postérieures ont paru seules offrir quelques difficultés à Fauteur, mais il a fini parles croire les analogues des vessies natatoires des poissons , ou , ce qui dans son opinion revient au même, des sacs aériens des oiseaux, se rapprochant ainsi de M. de Latreille, qui attribueaux ailes en général une origine trachéale.

M. Geoffroy, passant aux crustacés, considère leur thorax comme formé de deux sortes de verte* bres , dont la série auroit sa partie antérieure reployée sur la partie suivante ; c'est dans l'appareil osseux de l'estomac qu'il cherche les corps et les parties latérales des vertèbres de cette première série ou de la tête ; les mêmes qui dans les vertébrés ordinaires forment les os de la base du crâne. La

Et ZOOLOGIE. 439

grande tarapacé qui t^ecouvk^e ce thbrax secbmpose de la partie annulaire de ces inêmtes vertèbres, de la tête, ou des os ^extérieurs du crâne; enfin les vertèbres pectorales for mebt en dessous Taxe aucjuel s'attachent les pattes. M. Geoffroy considère ces pattes , ainsi que tous lès appendices de la queue , auxquels oti a donné le nom de dusses pattes , coilime représentant des côtés, et fait remarquer à ce sujet que les côtes sont déjà employées à la locomotion dans plusieurs vertébrés, et notamment dans les sérpetits. Que Si les appendices de là qùéuë bu Faussée pattes des écrevisses sont plus petites que les vraies pattes, c'est par suite dun système de compensation, et pârceque les vertèbres auxquelles elles adhèrent sont plus gratides que les ^^ertébres pectorales slUxquelles tiennent les pattes véritables.

M. Geoffroy s'appuie aussi de l'analyse chimique des croûtes des écrevisses pour montrer leur analogie avec lès os, et rappelle que dans plusieurs poissons lès os de la tête sont aussi repoussés à lextérieur et immédiatement sous 1 epiderme.

M. Latreille, que ses iriimenses travaux sur la partie positive de Feiltomtllogiê ont rendu si célèbre, s'est cru obligé de se livrer aussi à quelques recherches théoriques sur les moyens de rapprocher le^ insectes des vertébrés. Il j^ense que pour y }>arvenir il faut comparer d'abord lés jjrustacéâ

44o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

avec les poissons de Tordre des suceurs , tels que les lamproies, et cest principalemeut par leurs organes de la respiration qu'il les compare.

Partant des têtards de grenouilles , pa3sant par les poissons ordinaires aux cartilagineux, de là aux crustacés et jusqu'aux cloportes , il voit lies branchies , d'abord concentrées près de la gorge, s'étaler le long du corps , et se porter de plus en plus vers la queue. Parmi les poissons suceurs il en voit, tels que les gastrobranches, qui semblent n'avoir que des mâchoires latérales ; ces poissons manquent de côtes, et leurs vertèbres semblent s'anéantir. En admettant que leur os hyoïde e$t prodigiepsen^eat agrandi, on auroit, selon M. Latreille, ce plastron pectoral qui, dans les éçrevisses, porte le^ branchies sur ses côtés, et les pieds de ces derniers animaux ne seroient que des appendices articulés des rayons brancbiaux. Dans ce système le test remplace les os de la tète , les opercules et les côtes. Si Ton passe aux crustacés à longue queue , et sur-tout aux squilles, on trouva que le test diminue, que les étranglements se marquent davantage sur le dos ; le cœifr s'alpnge comme en un vaisseau dorsal ; bientôt, comme dans les chevrettes , lanimal fiait par netre qu'une suite de segments presque semblables, avec une tête libre; les appendices de \i\ queue représentent les nageoires ventrales et

anales , et les ailes peut-être les nag^eoires pectorales ; les organes manducatoires seroient les mâchoires désarticulées à leurs symphyses ; enfin les antennes seroient des narines en quelque sorte retournées, et, de concaves qu elles étoient, devenues 4e longues productions saillantes.

D'après un aperçu inséré dans un rapport du même auteur sur le travail de M. Savigny relatif jaux annélides , les organes masticatoires des néréides ne seroient ni des mâchoires ni des pieds transformés en mâchoires , et ne pourroient être comparés qu aux dents intérieures de l'estomac des écrevisses; et le reste du corps des annélides correspondroit à celui des mille-pieds, par le nombre de ses segments des appendices qui leur sont annexés, et souvent même par Tordre des organes de la respiration.

Il nous seroit facile de rapporter encore un grand liorabre de manières denvisager les rapprochements des insectes et des animaux vertébrés, si, ne nous bornant point, comme nous le devons , à rendre compte des mémoires présentés à l'Académie, nous pouvions donner aussi des extraits des ouvrages publiés par les naturalistes françois ou étrangers qui se sont livrés aux spéculations de ce genre, sur-tout en Allemagne, où elles ont été fort ipn vogue pendant quelque temps; mais l'espace qui

uous est accordé ne nouis permettant ^s ces ex<iursîons , nous nous bornerons à faire remai-qiler qîlë, dussent plusieurs de ces essais manquer enclore leur but, la science auroit toujours à se féliciter dt ce grand Inouvement imprimé aux esprits. Sur cette route, quelque hasardeuse qUVlte soit, lies observations les plus préciiëuses se recueilleot , les rapports les plus délicats se saisissent, et qllàud, en définitive , on découvriroit que les Vertébrés et les insectes ne se ressemblent pas autant qu'on l'âvoit cru , il n en sera pas moins Vrai que l'on sera arrivé à connoitre beaucoup mieux les uns et les autres.

C'est ainsi que dès à présent on né peut douter que le crâne des animaux vertébrés kie soit à-peuprès ramené à utie structure utiifbrme ; et que les lois de ses variations ne soient à-peu-près déteriûh nées.

S'il reste encore quelque doute relativemeût à certaines parties de la face, le plus grand uoinbi'e de ses parties est déjà soumis à des lois fixés. Des dissentiments subsistent encore touchant les parties intérieures et extérieures du thorax ; mais te choses en sont au point que Ion ne peut tarder, au moyeu de quelque^ concessions mutuelles, d'arriver à des résultats satisfaisants pour toute* lès opinions.

M. GeofFroy-Saiht-Hilaire , dont les travaux ont tant contribué aux prog[rè» de ces études, en a fait sentir rimportance dans deux mémoires intitulés , l'un : De quelques règl^ fondamentales de la Physio^ iogie naturelle; Fautre, De la fénérati(m de quelques idées dans les études anatomiqués ; et joignant Texemplç au précepte, il a exposé, dans trois autres mé» moires , les résultats de ses nouvelles recherches sur l'oô qui sert de base à tout le crâne , et que 1 on a nommé sphéndide; sur celui qui forme Farrière du crâne, et qu'on a appelé occipital; enfin sur celui que Ion appelle carré dans les oiseaux , et qui répond à los de la caisse des fœtus des mammifères.

On sait depuis plusieurs années que los sphénoïde est d abord divisé en deux os qui se suivent, et qui demeurent même très long-temps distincts dans certains quadrupèdes : cest d'après ce fait que M. Oken et d'autres anatomistes ont considéré cet os comme représentant deux vertèbres ; on a appris aussi depuis la même époque que dans If plus grand nombre des quadrupèdes les apophyses, ptérygoïdes internes du sphénoïde demeurent , pendant presque toute la vie, distinctes de ses autres parties; enfin il y a très long-temps que ceux qui ont décrit les progrès de l'ossification dans les foetus humains ontannoncéque vers lanaissance le sphénoïde antérieur sedi vise en deux moitiés, et le postérieur en

en trois ; savoir , le corps et les grandes ailes ; mais dans les fœtus moins avancés les ailes d'ingrassias sont distinctes. Le corps mêmfs du sphénoïde postérieurestaussidiviséen deux parties. EnfînM. Geoffroy a vu les apophyses ptërygoïdes ex ternes séparées des grandes ailes ; et il pense aussi que les sinas sphénoïdiens peuvent être regardés comme des os particuliers; en sorte quen réalité le sphénoïde scroit composé de sept paires d'os, auxquels lauteur donne les noms; savoir,

Aux ailes dlngrassias celui d^ingrassiat;

Aux cornets sphénoidaux celui de beriinal, dV près Bertin, qui les a le premier bien décrits;

Au corps du sphénoïde antérieur celui âieniosphénal;

Aux grandes ailes temporales celui de ptérécd;

Aux apophyses jptérygoïdes externes celui depté^ îjgoïdal;

Aux internes celui d'hérisséal, d après Hérissant, qui les a particulièrement étudiés dans les oh ^eaux;

Enfin au corps du sphénoïde celui d'hippo-sphénal, parcequll forme ce que Ton a nommé la selle turcique.

M. Geoffroy pense que , si Ion considère les àeni^ sphénoïdes comme deux vertèbres , on peut regarder le palatin comme représentant la côte de la pre-

mière, et lapophyse ptérygoïde interne comme formant la côte de la seconde de ces vertèbres.

Quant à los carre , M. Geoffroy l'ayant vu dans un fœtus de crocodile divisé par des sutures en deux grandes lames et en deux petites , il la suivi dans déjeunes oiseaux, et il a trouvé aussi chez eux deux lames principales, et deux petites pièces accessoires , qui ne s unissent à los carré que lorsque le squelette est entièrement consolidé. Cherchant dans rhomme les analogues de ces deux petites pièces , M. Geoffroy les trouva dans l'apophyse styloïde, et dans l'espèce de capsule dont cette apophyse semble sortir, et qu on a nommée ïapopkyse vaginale; et il annonce que dans les fœtus de certains animaux cette apophyse vaginale est un noyau osseux particulier.

Il considère ensuite la caisse elle-même pour y retrouver les deux principales pièces de l'os carré.

Dans les carnivores, tels que le chien , le chat, une lame en forme de coquille , naissant du rocher, s ossifie par degrés , complète ainsi les parois de la caisse, et enchâsse le cadre du tympan, qui luimême un peu en forme de coquille donne, par son bord interne, cette cloiso^. circulaire qui divise comme on sait la caisse de ces carnivores en deux chambres.

Dans le hérissou le radre du tympan est très large ; le rocher ne produit point de lame poor compléter avec lui les parois de la caisse; mais il y est suppléé par une lame que le sphénoïde postérieur donne de sa partie voisine de Tes basilaipe^en sorte que dans cet animal le sphénoïde concourt avec los du tympan et avec le rocher à envelopper la cavité de la caisse.

Il y a quelque chose d analogue dans le sarigue; M. Cuvier a même ohservé que dans cet animal le sphénoïde postérieur entre dans la composition de lapophyse glénoïde; que dans le dasyure la lame qu'il fournît à la caisse se renfle en une grande ?essie à parois minces et solides, en sorte que presque toute la cavité d'uoe énorme caisse tire se» parois du sphénoïde; que dans le phaUmferle sphénoïde contribue à la composition de lapophyse mastoïde en même temps que de la caisse; que dans le kmguroo il entre dans la composition de la première, mais non de la sec<»nde; enfin que dans le phascolome c'est le temporal qui contribue par une de ses productions à ceindre la caisse partie vaut, tandis que les parois inférieures et postérieBres de eette cavité, ne recevant dW ni du sphénoïde ni àm r^ cher, demeurent carlil||^ineuses , à moins touteibi$ qu'il n y ait un os séparé, perdu dans les squelettes ({ue nous po^cdons.

BT ZOOLOGIE. 44?

M. Grfoffroy trow^ que cette partie de U caisse qui ne s'ossifie qu après le cadre du tympan, et qui ^'attache avec V^ge» tantôt au rocher, tantôt au sphénoïde, tantôt «lu temporal, es^t dans les jeuiobes sujets aépsirée par uiie sature de los auquel elle vient à adhéjfctr par Ici swte ; il ei;i conclut que c'est primitivement^ une pièce à part , et il lui doane le nom d os cçtyléaL Elle se sépé^re ^sèment, ^ion Fauteur, dans le chat de ^ix jours ; ou en voit même se séparer e^coi^e une diitre pièce (Wpâ h& f^tus du chat ou çlaps Iç chca.t Qais^ant.; il assure aussi que Ton peut détachercecotyléaldansrenfantnai$sant;etcomme d'ailleurs, se^on M. Serre, te cadre du tym^pan de ri^omm^ se div^e en deux parties dans l«s jeunes fg^tu^, M. Geoffroy re^ouve dan» la caisse de l'I^ouM^e les ^lêI^es trois pièces que dans les carnhyoi^es ^ et çin(| en connptant ie vaginal et le stylhyal. Qr ^ous vçnQQjs de voir que dans les oiseaux il n en a découvert que quatre, aussi se propose-t-il hien de chercher à déterminer quelle est celle qui leur n^pque, ain^i quje de les retrouver toutes dans les ppissoim.

DansU vue de s'assurer davantage de la généralité et de la^coiOiStançe de ces lois svip la composition du crâne, M. Ge^^roy a fait une étuide particulière des crânes, (|e fœtus monstrueux, su»F-tout de ceu'X qu'où a nommés acéphales ou plutôt anencéphalesy

parceque leur cerveau est détruit ou sorti du crâne par quelque ouverture.

I^esos du crâne n'étant plus soutenus par-dedans ne prennent point leur développement naturel; mais quelque étranges que paroissent les monstruosités qui en résultent, on y retrouve les mêmes pièces que dans les crânes réguliers; seulement elles ont pris d autres proportions relatives, ou bien elles sont plus ou moins déplacées, ou bien enfin elles conservent les unes plus long -temps que les autres la distinction de leurs noyaux primitifs.

M. Geoffroy a choisi trois de ces crânes défig^^ rés, et a montré la nature et les causes des changements subis par chacun de leurs os. Dans Fun d eui par exemple Foccipital supérieur est divisé en deux, comme dans beaucoup de reptiles; et un peu plus haut se trouvent deux autres pièces disposées comme les interpariétaux de quelques main-' mifères.

M. Geoffroy fait remarquer à ce sujet que dans Tétat ordinaire Foccipital supérieur du fœtus de Fhomme est divisé d'abord en quatre parties, et soutient que lès deux supérieures , qui sont les plus grandes, répondent aux deux interpariétaux des fœtus des ruminants et d autres quadrupèdes. Elles se soudent de meilleure heure, par des raisons

ftoalogues à celles qui produisent la même réunion précoce entre les deux parties du frontal de rboinme. *

^ Cette constance des éléments du crâne est telle que M. Geoffroy en a trouvé tous les os , mais réduîtS'à une petitessl^ excessive, dans un foetus qui narvoîc au-dehors aucun reste apparent de tête ni de cou.

L'auteur termine ce travail par une classification des difFérentes monstruosités par défaut relatives à la tête , qui pourra servir de base et de principe de nomenelature pour les recherches ultérieures sur ce sujet fiécond.

L'on avoit remarqué de tout temps que les serpaits n'ont pas de paupières; que leurs yeiix sont protégés à l'extérieur par une membrane sèche et transparente : on avoit supposé que cette membrane étoit leur cornée , et Ton en avoit conclu qu'ils n'ont pas de larmes.

Mais il n'en est pas ainsi : sous cette peau trans^ parente est une solution de continuité qui la sépare de la véritable cornée ; et ce vidé, cette cavité possible qui répond à celle qui existe au-devant de tout autre œil quand les paupières sont fermées , et qui est tapissée par une conjonctive en forme de sac, a réellement dans l'angle interne, comme les

BDPFON. COMPLÉM. T. III. 29

45o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

paupières des yeux de la plupart des mammifères et des oiseaux, une petite ouverture, un vérilaUe point lacrymal , orifice d un canal qui dails les ser* pents non venimeux aboutit à la bouche, et dans les venimeux aux fossesnasales.G'estcequeM. Jales Gloquet a fisiit connoitre à TAcadémie, et accom* pagfné de préparations ingénieuses et de figures exactes. U y décrit en même temps les diverses oon* fi^ratioiM de ïos lacrymal et de la ^nde du même nom dans les serpents les plus connus»

L'Académie avoit proposé pour sujet du prix à décerner cette année lanatomie comparatire du cerveau dans les quatre classes d animaux vertébrés. Ce prix vient d'être remporté \yetr M. Serre, chef des travauxanatomiques à Thosprcede la Pilié, et le travail important et volumineux qu'il a présenté au concours, accompagné dune mùltîtiide de dessins, a tellement satisfait à ce que-les auâUh mistes pouvoient désirer que nous croyonâ devoir leur en présenter ici , pour hâter leur jouissance, une analyse étendue que nous empruntons «a grande partie à l'auteur.

Depuis trois siècles environ dn s'est beaucoup occupé de l'ânatomie du cerveau; on a senti toute l'utilité dont pouvoit être pour ce sujet Tanatomie comparative j mais une partie de ces effort

ont ététiirfwctuetix^à cause peut-être du point de départ.

Les anatomisles cherchèlrent d abord les ressemblances dan$ Teneéphale deft-aiviinatix comparé à ce^ lui de rhomme, qui leur étoit particulièrement connu ; ces ressemblances Ëirem sîiisles chez les HAammidres V parcequ*àux proportions près cet or^ gane est 1» répétition de lui-même dans les difïerentes familles dont cette classe sa compose.

On y trouva tout, comme chez Fbomme; on y dénomma tout, coihmecheK lui; on^arriva ainsi à rsfnatomié des -oiseaux «veç des idées toutes-for- . méçs; majs dès les premiers pas on se trouva arrêté dans kl détermination des parties dont se compose leur encéphale. Les lobes cérébraux et le cervelet furent bien reconnu^-, mrais on méconnut les tubercules quadrijumeaux à cause de leur changement de forme et de proportion ; on méconnut également la couche optique , et on crut à une composition différente de leur encéphale.

La chaîne des ressemblances parut dès^lors rompue , et lorsqu'on en vînt aux poissons il sembla impossible de la renouer par une circonstance que nous allons faire connoitre.

Les anatomistes s etoient habitués , on ne sait trop pourquoi , à disséquer le cerveau humain par sa partie supérieure , et celui des mammifères d*a-

vant en arrière : cet^ méthode eut pea d'inconvénients chez eux, elle en eut également de foibles chez les oiseaux , parcequ'il étoit difficile de méconnoiU'c les lobes cérébraux. çt la cervelet.

Il nen fut pas de mén^e chez les poissons; leur encéphale se compose d'une série de bulbes alignées d avant en arrière, tantôt au nombre de deux , de quatre, et quelquefois de six : à quelle paire devoiton assigner le nom de lobes cérébraux? étoit-ce aux antérieurs, aux moyens, ou aux postérieurs? Les anatomistes n'ayant aucune base pour établir Vune ou Fautre de ces déterminations , elles furent toui*a-tour adoptées et rejetées.

On conçoit qu'avant de cherchar à rétablir les rapports des différents éléments de lencéphale, il étoit indispensable de faire cesser cette confû^on, de déterminer leur analogie , et d établir cette détermination sur des bases qui fussent les mêmes pour toutes les classes.

Cette recherche £fiit lobjet de la première partie du travail de M. Serre, dans lequel il décrit séparément le cerveau pour chaque classe en particulier, en considérant cet organe depuis les embryons devenus accessibles à nos sens jusqu a Tétat parfait, et à rage adulte des animaux.

L analogie de chaque portion de lencéphale étant déterminée, il a consacré la dernière partie de son ouvrage à l'étude de leurs rapports compa-

ratifs dans les quatre classes des vertébrés : les proportions générales qui suivent sont l'expression de ces rapports.

JjdL moelle épinière se forme avant le cerveau dans toutes les classes.

* Hle consiste d'abord , chez les jeunes embryons, en deux cordon^ non réunis en arrière , et qui forment une gouttière; bientôt ces deux cordons se iouchejat et* ûé cotïfond^it à leur partie postérieui^; l'intérieur de la moelle épinière est alors creux ; il y à ttn long canal qu'on peut désigner sous le nom de ventricule ou de canal de la moelle épinière : ce canal àe remplit quelquefois d'un liquide, ce qui constitue thydropisie de ta moelle épinière y maladie assez commune chez les embryons des mammifères.

Ce canal s'oblitère au cinquième mois de l'embryon humain, au sixième dé l'embryon du veau et du cheval , au vingt-cinquième jour de l'embryon du lapin, au trentièmjB jour du chat et du chien ; on le retrouve sur le têtard de la grenouille et du crapaud accoucheur jusqu'à l'apparition des membres antérieurs et postérieurs.

Cette oblitération a lieu dans tous ces embryons par la déposition de couches successives de matière grise, sécrétée par la pie-mère qui s'introduit dans ce canal.

La moelle épinière est d'un calibre égal dans

toute son étendue chez les jeunes embryons de toutes les classes : elle est sans renflement antérieur ni postérieur, comme celle des reptiles privés des membres (vipères, couleuvres, anguisfragitis) et de la plupart des poissons.

Avec cette absence des renflements de la mOelle épinière coïncide , chez tous les embryons , Tab* sence des extrémités antérieures et postérieures; les embryons de tous les mammifères, des oiseaux et de rhomme , ressemblent sous ce rapport au têtard de la grenouille, et des batraciens en f^énéral.

Avec Fapparition des membres coïncide , chez tous les embryons, Tapparition des renflemeais antérieurs et postérieurs de la moelle épinière : cet e£fet est sui'-tbut remarquable chez le têtard des batraciens à l'époque de sa métamorphose; les embryons de rhomme, des mammifères, des oiseaux et des reptiles, éprouvent une métamorphose entièrement analogue à celle du têtard.

Les animaux qui n ont qu'une paire de membres n'ont qu'un seul renflement de la moelle épinière; les cétacés sont particulièrement dans ce cas : ie renflement varie par sa position selon la place qu'occupe sur le tronc la paire de membres. Le genre bipes a son renflement situé à la partie postérieure de la moelle épinière; le genre bimane Ta au contraire à la partie antérieure.

Dans les monstruosités que présentent si frë« quemment les embryons des mammifères , des oiseaux et de l'homme, il se présente souvent des bipes et d^s bimants, qui, comme les cétacés et les reptiles que nous venons de citer, n'ont qu un seul renflement situé toujours vis-à*vis de la paire de membres qui reste.

La moelle épinière des poissons est légèrement renflée vis^-vis du point qui correspond à leurs nageoires. Ainsi les jugulaires ont ce renflement derrière la tête, à la région cervicale de la moelle épinière; les /^ectoraar vers la région moyenne ou dorsale; et les abdominaux vers la partie abdominale de lu mQelle épinière.

Les trigles^ remarquables par les rayons détachés de leurs pectorales , le sont aussi par une série de renflements proportionnés , pour le nombre et le volume , au volume et au nombre de ces mêmes rayons auxquels ils correspondent.

Ijes poissons électriques ont un renflement considérable correspondant au nerf qui se distribue dans Fappareil électrique (raie, silure électriques).

La classe des oiseaux ofl're des différences très remarquables dans la proportion de ses deux renflements.

Les oiseaux qui vivent sur la terre comme nos oiseaux domestiques, et ceux qui grimpent le long

des arbres, ont le renflement postérieur beaucoup plus volumineux que lantérieur. L autruche est sur-tout remarquable sous ce rapport.

Les oiseaux qui s'élèvent dans les airs , et y pla-^ nent souvent des journées entières , offrent une disposition inverse; cest le renflement antérieur qui prédomine sur le postérieur.

M. Gall a avancé que la moelle épinière étoit renflée à lorifi^ine de chaque nerf; M. Serre ne croit pas que cette opinion soit confirmée par Vexamen de la moelle épinière des vertébrés, à quelque âge de la vie intra ou extra-utérine qu'on la con-^ sidère.

M. Gall chercbojt dans ces renflements supposés lanalog^ue de la double série de ganglions qui remplacent la moelle épinière dans les animaux articulés.

Cette analogie se trouve , comme d'autres auteurs font déjà avancé, non dans la moelle épinière, mais dans les ganglions inter-vertébraux.

Ces ganglions , qui ont peu occupé les anatoraistes , sont proportionnés dans toutes les classes au volume des nerfs qui les traversent: ils sont beaucoup plus forts vis-àrvis des nerfs qui se rendent aux membres que dans aucune autre partie.

La moelle épinière est étendue jusqu'à Fextrémité du coccix, chez l'embryon humain, jusqu'au

BT ZOOLOGIE. 4^7

quatrième mois delà vie utérine. A cette époque elle s'éléye jusqu'au niveau du oorps de la seconde vertèbre lombaife , où die se fixe à la naissance.

L'en^ryan huntain a un prolongement caudal signalé'par tous les anatomistes, qui persiste jusqliVu quatrième mois de la vie utérine; à cette époque ce pf'olongement disparolt, et sa disparition coïncide-avec Fascension de la moelle épînière dans le canal vertébral , et labsorption d une partie des vertèbres coccigienties.

Si Fascension de la moelle épinière s'arrête, le fœtus humain vient au monde avec une queue , ainsi qu'on en rapporte un grand nombre de cas : le coccix se compose alors de sept vertèbres.

Il y a donc un rapport entre Fascension de là moelle épinière dans son canal , et le prolongement caudal du foetus humain et des mammifères.

Plus la moelle épinière s'élève dans le canal vertébral, plus le prolongement caudal diminue, comme dans le cochon, le sanglier, le lapin; au contraire plus la moelle épinière se prolonge et descend dans son étui , plus la queue augmente de dimension , comme dans le cheval , le bœuf, l'écureuil.

L'embryon des chauve -souris sans queue ressemble sous ce rapport à celui de Fhomme : il a d'abord une queue qu'il perd rapidement, parce-

458 ANATOMIE ET 1»HTSIOLOCi£ ANIMALES,

que chez ces wammiftres lasceasico de la moeUe épinière est très rapide^ et qu elle s élève très baut

C'est sur-tout chez le têtard des batracîeas que ce changeaient est remarqnabtb ; aussi long-temps que la moelle épinière se prolonge (tans le canal coccigien , le têtard conserve sa queue. A Féjioque où le têtard va se métamorphoser, la moelle épinière remonte dans son canal , la queue disparott, et les membres se prononcent de plus jeu plus.

Si la moelle épinière s'arrête dans cette ascension, le batracien conserve sa queue conmie le fœtus humain.

Le foetus humain, celui des chauve- souris et des autres mammifères^ se métamorphosent doDC comme le têtard des batraciens.

Chez les reptiles qui n'ont pas de 'membres (les vipères , les couleuvres) la moelle épinière ressemble à celle du têtard avant sa métamorphose.

Chez tous les poissons la moelle^pinière présente le même caractère ; elle offre souvent à sa terminaison un très petit renflement.

Parmi les mammifères les cétacés ressemblent sous ce rapport aux {loissons.

Les embryons humains monstrueux qui nbnt pestes membres inférieurs se rapprochent soui ce rapport des cétacés et des poissons.

L'entre*croîsement des faisceaux pyramidaux e^

visible chez l'embryon humain dès la huitième semaine.

Chez les mammifères Fentre^eroisement devient de moins en moins apparent en descendant des quadrumanes aux rongeurs.

'Chez les oiseaux on ne remarque qu un ou deux faisceaux tout au plus dont Fcafitre-croisement soit distinct.

Chez les reptiles il n'y a point d'entre- croise* ment.

Chez les poissons rentre-croisement n'existe pas.

Le volume de la moelle épinière et celui de lencéphale sont en général en raison inverse l'un de l'autre chez les vertébrés.

L'embryon humain ressemble sous ce rapport aux classes inférieures; plus il est jeune ^ plus la moelle épinière est forte, plus Fencéphale est petit.

Dans certaines circonstances la moelle épinière et l'encéphale conservent un rapport direct de volume; ainsi plus la moelle épinière est effilée, étroite , plus l'encéphale est étroit et effilé, ce qu'on voit par-tout dans les serpents. La moelle épinière diminuant de longueur et augmentant de volume, le cerveau s'accroît dans des proportions égales ; c'est ce qui arrive dans les léaoards, les tortues.

Chez les oiseaux , plus le cou est alongé , plus h moelle épinière est étroite, plus le cerveau est effilé.

46o ANATOMIE ET PHT8I0L06IE ANIMALES,

Ge rapport direct de volume entre la moelle épinièreet le cerveau ne porte pas s«r tout lencéphale; il a lieu uniquement avec les tubercules quadrijumeaux.

La moelle épinière et les tubercules quadrijumeaux sont rigoureusement développés en raison directe lun de l'autre; de telle sorte que le volume ou la force de la moelle épinière étant donné dans une classe ou dans les familles de la même classe, on peut déterminer rigoureusement le volume et la force des tubercules quadrijumeaux.

L'embryon humain est dans le même cas ; plus il est jeune, plus la moelle épinière est forte, plus les tubercules quadriju meaux sont développés.

Les tubercules quadriju meaux sont les premières parties formées dans l'encéphale ; leur formation précède toujours celle du cervelet chea Tembryon des oiseaux, des reptiles, des mammi* fères , et de Fhomme.

Chez les oiseaux les tubercules quadrijumeaux ne sont qu au nombre de deux, et ils occupent, comme on le sait , la base de Tencéphale ; ce qui les a long-temps fait méconnoitre.

Us ne parviennent à cet état qu'après une métamorphose très remarquable. Dans les premiers jours de Imcubation ils sont, commjB dans les autres classes, situés sur la face supérieure de len-

céphale, fbrjmant d aboiil - deux- lobules, un de chaque côté ; au dixième jour de Tincubation un sillon transversal divisé ce lobule ; et à cette époque il y a véritablement quatre tubercules situés entre le cervelet et les lobes cérébraux.

Au douzième jour commence le mouvement très singulier par lequel ils se portent de la £sice supérieure vers la face inférieure de Fencéphale.

Pendant ce -mouvement le cervelet et les lobes cérébraux, séparés d'abord par ces tubercules, se rapprochent successivement , et finissent par s adosser Tun contre lautre, comme on Fobserve sur tou^ les oiseaux adultes.

Chez les reptiles les tubercules quadrijumeaux ne sont qu au nombre de deux dans Fétat adulte ; mais au quinzième jour du têtard de la grenouille ils sont divisés comme ceux de loiseau au dixième jour.

Dans cette classe les tubercules ne changent pas de place, ils restent toujours situés à la face supérieure de l'encéphale , entre le cervelet et les lobes cérébraux , et leur forme est toujours ovalaire.

Chez les poissons Je volume considérable que prennent les tubercules quadrijumeaux les a fait considérer jusqu'à ce jour comme les hémisphères cérébraux de l'encéphale.

Ce qui a contribué à accréditer cette erreur cest

qu*ib sont creusés d'uu large ventricule y préseatant un renflement considérable^ analogue pour sa forme et sa structure au corps sirié de Vencéphale des mammifères.

Ces tubercules sonC toujours binaires cfae« les poissons , et leur forme se rapproche de celle d'un sphéroïde légèrement aplati en dedans.

Chez les mammifères et lliommeles tubercules quadrijumeaux ne sont cpi'au nombre de deux pendant les deux tiers environ de la Trie utérine; ils sont alors ovalaires et creux intérieurement comme chez les oisee ux , les reptiles , et les poissons.

Au dernier tiers de la gestation un sillon transversal divise chaque tubercule, et alors seulement ils sont au nombre de quatre.

La diversité que présentent ces tubercules daas les différentes familles des mammifères dépend de la position qu'occupe ce sillon transversal.

Chez l'homme il occupe ordinmrement la partie moyenne ; les tubercules antérieurs sont égaux àpeu-près aux postérieurs.

Chez les carnassiers le sillon se porte en arant; ce qui feit prédominer les tubercules postérieurs.

Chez les ruminants et les rongeurs le sillon se porte en arrière , et alors ce sont les tubercules antérieurs qui prédominent sur les postérieurs.

Dans certains encéphales de l'embryon faumaH^

et àf^ mammifères l^tabOTCuJies vestent jumeaux; ce qui rapproche ces encéphales de qielui des poissons et des vep^iles.

Observons que primitivement les tubercules quadb'ijfimeaux de rhomoie et des mammifères sont creuK comme chez les oiseaux, les reptiles, et les poissons. Remarquons* aussi que Ibblitëration de leur cavité s'opère comme roblitération du canal de la moelle épinîère^ c'^t-éKlîre par la déposition de couches de matière grise sécrétée .par la pk^mère qui s'introduit dans leur intérieur.

Les tubercules quadrijumeaux sont développés dans toutes les classes et les fiimilles de la même classe mi raiscm directe du volume des nerfs optiques et dès yeux.

Les poMBons oiit les tubercules quadrijunpieaux les plus volumineux , les nerfs.optiques et les yeux les plus prononcés. >

Après les poissons vienneat en général les reptiles^ pour le volume des yeux^ des nerfs optiques, et des tubercules quadrijumeaux.

Le^ oiseaux sontégalement remarquables par le développement de leurs yeux; ils le sont aussi par le volume de leurs nerfs optiques et des tubercules quadrijumeaux

Gbez les mammifères les yeux , les nerfs optiques, et les tubercules quadrijumeaux vont tou^

jours en décroissant des rongeurs aux ruminants, des ruminants aux cam^ts^ers, aux quadrumanes) et à rhommequi occupe sous ce rapport le bout de récbelle animale.

Comme les tubercules quadrijumeaux servent de base à la détermination des autres parties de l!encéphale, nous avons dû accumuler toutes les preuves qui s y rapportent.

Les poissons ayant les tubercule quadrij umeaia les plus volumineux ont aussi les interpariétauA les plus prononcés.

Après les poissons viennent les reptiles, puis les oiseaux ; enfin, parmi les mammifères, les rongeurs ont les interpariétaux les plus grands ; viennent ensuite les ruminants, les carnassiers, les quadrumanes, et rhomme, sur lequel on ne lesTencontre qu accidentellement.

Il pourra paroître singulier que le cervelet ne se forme qu après les tubercules quàdrij umeaux ; mais ce fait ne présente d'exception dansL aucune classe.

Pour avoir des notions exactes sur le cervelet des classes supérieures, il fisiut d abord les emprunter aux poissons.

Chez les poissons cet organe est formé de deux parties très distinctes :

D'un lobule médian prenant ses racines dans le ventricule des tubercules quadrijumeaux -y

Des feuillets latéraux provenant du corps r&ti* forme.

Ces deux parties sont isolées, disjointes dans toute la classe des poissons, ce qui les a voit fiait méconnoitre.

La grande di^rence que présente le cervelet des classes supérieures dépend de la réunion de ces deux éléments, dont lun conserve le nom de processus vermiculaire supérieur du cervelet,, et provient,* comme chez les poissons, des tubercules quadrijumeaux {processus cerebelli ad iestes)'; tandis que l'autre , provenant des corps restiformes, constitue les hémisphères du même organe.

Quoique réuïiis ces deux éléments conservent une entière indépendance lun de Tautre.

Le processus vermiculaire supérieur du cervelet (le lobe médian) et les hémisphères du même organe sont développés dans toutes les classes en raison inverse lun de Tautre.

Dans les familles composant la classe des mammifères le même rapport se remarque rigoureusement : ainsi les rongeurs, les ruminants, les carnassiers, les quadrumanes, et l'homme, ont ce processus et les hémisphères du cervelet développés en raison inverse Fun de lautre.

Dans toutes les classes, les reptiles exceptés, le lobe médian du cervelet ( processus vermiculaire

BUFFON. GOMPLÉM. T. III. 3o

supérieur) est dévdoppë en raison directe do volume des tubercules quadrijumeaux.

Dans toutes les classes les hémisphères du cervelet sont développés en raison inverse de ces mêmes tubercules.

Dans les familles composant la classe des mammifères ce double rapport est rigoureusement te même : ainsi les rongeurs qui oat les tubercules quadrijunieaux les plus volumineux ont le lobe médian dn cervelet le plus prononcé , et les hémisphères du même organe les plus foihles.

T/homme au contraire, qui occupe le haut de Téchclle pour le volume des hémisphères du cervelet, a le plus petit lobe médian et les plus petits tubercule» quadrijumeaux.

Le cervelet se développe dans toutes les classes par deux feuiUets latéraux non réunis sur la ligne médiane.

lia moelle épinière est développée dans toutes les classes en raison directe du volume du lobe médian du cervelet.

La moelle épinière est développée dans toutes^ les classes en raison inverse des hén^isphères du même organe.

Ces faits généraux sont sur-tout importants pour apprécier les rapports de la protubérance annulaire.

La protubérattce annulaire est développée en raison directe des hémisphères du cervelet.

La protubérance annulaire est développée en raison inverse du lobe médian du même orgaûe ( processus vermiculàire supérieur).

La protubérance annulaire est développée ei> raison inverse des tubercules quadrijumeaux et de la moelle épinièrfe.

La couche optique n^existe pas chez les poissons ; ce qu'on avoit pris pour elle est un renflement propre aux tubercules quadrijumeaux.

Chez les reptiles, les oiseaux, les mammifères, et rhomme, le volume de la couche optique est en raison directe du volume des lobes cérébraux.

Dans ces trois classes la couche optique est dé* veloppée en raison inverse des tubercules quadrijum^ux.

Chez lembr^^on humain ce rapport est le même ; les tubercules quadrijumeaux décroissent à mesure que la couche optique augmente.Chez les embryons des autres mammifères, chez le fœtus des oiseaux et le têtard de batraciens, ce mouvement inverse sobserve également. * .

Ainsi la couche optique est développée dans les trois classes où elle existe en raison directe des lobes, et en raison inverse des tubercules quadrijumeaux.

La glande pinéale existe dans les quatre classes des vertébrés.

Elle a deux ordres de pédoncules /les uns provenant de la couche optique, les autres des tubercules quadrijumeaux.

Les corps striés n'existent pas chez les poissons , les reptiles, et les oiseaux.

Chez les mammifères leur développement est proportionné à celui des hémisphères cérébraux.

liCs hémisphères cérébraux sont développés en raison directe du volume de la couche optique et des corps striés.

Chez les poissons ils forment une simple bulbe arrondie,, située. au-devant des tubercules quadrijumeaux, et dans laquelle s^épanouissent les pédoncules cérébraux.

Chez les poissons, les reptiles , et les oiseaux , les lobes cérébraux constituent une masse solide, sans ventricule intérieurement.

La cavité ventriculaire des lobes cérébraux distingue inclusivement les mammifères et Tbomme.

Un rapport inverse très curieux s'observe à cet égSrd entre les trois classes inférieures et les mammifères , relativement aux tubercules quadrijumeaux et aux lobes cérébraux.

Dans les trois classes inférieures les tubercules «quadrijumeaux sont creux et conservent un ven^

tricnle inférieur ; les lobes cérébraux sont solides et sans ventricule.

Dans les mammifères et Thomme au contraire les tubercules quadrijumeaux sont solides, forment une masise compacte, et les lobes cérébraux se creusent d'un, largue ventricule.

Dans les trois classes inférieures les lobes ccr^ braux sont sans circonvolutions , ce qui se lie avec leur masse compacte intérieure.

Dans les mammifères au contraire avec la ca^ vite des lobes apparoissent les circonvolutions cérébrales.

La corne d^ammon n'existe, ni chez les poissons-, ni chez les reptiles, ni chez les oiseaux/

Elle existe chez tous les mammifères; elle est plus développée diez les rongeurs que chez les ru* minants ; chez ces derniers que chez les Carnassiers, les quadrumanes, et Fhomme, où elle eât, toutes choses égales d'ailleurs , moins prononcée;

M. Serre n a rencontré le petit pied d'h ippocampe dans aucune famille des mammifères.

Chez rhommc il manque quelquefois aussi.

La voûte à trois piliers manque chez l^s poissons et les reptiles.

Elle manque aussi chez la plupart dés oiseaux ; mais on en rencontre les premiers vestiges sur quelques uns, tels que les perroquets et les aigles.

. La voûte à trois piliers suit chez les mammifères le rapport de développement de la corne d ammon.

Elle est plus forte che% les rougeurs que che^ les ruminants; chez ceux-ci que chez les earu^uisiers, lesquadrumanes , et Thomme.

Il n'y a aucun vestige du corps calleux dans les trois classes inférieures.

Le corps calleux ainsi que le pont de varole sont des parties caractéristiques de T^acéphale des mam<^ mitères.

Le corps calleux est développé en raison directe du volume des corps striés et des hémisphères cérébraux 'y il augmente progressivement des rongeurs aux quadrumanes et à Thomme,

Le corps calleux est développé e& raison directe du développement de la protubérance annulaii:^.

liCS hémisphères cérébraux, considérés dans leur ^isemble, sont développés en raison directe des hémisphères du cervelet, et en raison inverse de son processus vermiculaire supérieur.

Les hémisphères cérébraux sont développés en raison inverse de la moelle épinièreetdes tubercules quadrijumeaux.

M. Gali a dit que la matière grise se formoit avant la matière blanche; cette opinion n'est pas d accord avec les faits en ce qui concerne la moelle épinière.

ET ZOOLOOIË. 471

M. Cuvîer a le premier oonsUlé que dans le ■ genre astérie le système Q>çrveux est camposé de matière likncfae sans matière grise.

Pendant 1 mcubatkm du poulet on observe que les pnsmiers rudiments de la moelle épinière sont également composés de matière blanche ; la matière grise'n apparott que plus tard.

Chez lembryon humain et celui des mammifères on observe constamment aussi que la matière bl*ncbe précède la matière grise dans sa formation , toujours en ce qui cdncei^ne ]b moelle épinière.

Mais, dans Fencéphale proprement dit, Tordre de 1 apparition de ces deux substances est inverse.

Ainsi la couche optique et le corps strié ne sont ^ chez les jeunes embryons, que des renflements composés de matière grise ; la matière blanche ne s'y fornae que plus tard.

Sur le foetus humain ^ avant la naissance , le coiT^i strié ne mérite pas ce nom, parceque ces stries de matière blanche, qui4ui ont valu ce nom , ne sont pas encore formées.

Lies stries de matière bhinche qu on aperçoit sur le quatrième ventricule de Tbomme » apparoissent également que du d^ua»ème au quinzième mois après la naissance.

Dott il résulte que, sur la moelle épinière, la matière blanche se forme avant la matière grise ;.

tandis qu'au contraire, dans Tencéphaie, cest la matière éprise qui précède la matière blandie.

Tel est le grand ouvrage de M. Serre y en quelque sorte réduit en aphorismes i nous ne doutons pas que cette espèce de table de matières n en donne déjà aux anatomistes une idée aussi avanlageuse que celle qu en a conçue FAcadémie.

Dans nos analyses de 1817 et 181 8 nous avons donné le sommaire des expériences ingénieuses et délicates faites par M. Edwards concenant Faction de l'air et de la température snr la vie des grenouilles, et nous avons indiqué les principales vérités physiologiques qui résultent de ces expériences.

Ce savant observateur a étendu ce genre impor-* tant de recherches , et en a présenté le résumé général dans un mémoire intitulé : De tinjliien'ce des agents physiques sur tes animaux vertébrés. Il a reconnu que la peau remplit dans les grenouilles des fonctions plus importantes pour la vie que celles dés poumons, car en l'enlevant on les fait périr bien plus tôt qu'en extirpant les poumons ; et lorsque Ton fait respirer l'animal par les poumons seulement, en enveloppant sa peau d'huile ou d'un autre liquide, on a peine à soutenir son existence. Jj'auteur s'est occupé ensuite de la transpiration ; il

a remarqué que , toutes choses égales d'ailleurs , elle va en diminuant dans des intervalles successifs. Le mouvement de Fair , sa sécheresse , sa chaleur, l-augmentent beaucoup. M. Edwards a consigné dans des tableaux fort précis ses résultats numériques à cet égard. Il a examiné aussi etrepré* sente par des tableaux la faculté qu'ont ces animaux d'absorber Teau dans laquelle on les plonge , faculté qui va ^i décroissant jusqu'à un certain degré que Ton peut considérer comme celui de la saturation. Entre o et 4^° rabaissement du thermomètre favorise cette absorption.

On a vu dans nos extraits précédents que la grenouille adulte ne trouve dans Teau une quantité d air suffisante à sa respiration qu autant que la température est au-dessous de lo"", et qu'au-dessus de ce terme Tair atmosphérique lui devient indispensable.

Le têtard de grenouille n est pas dans le même cas, et lautour en a conservé un grand nombra jusqua 23^ de température sans les laisser venir respirer à la surÊice; mais ce qu'il a observé dep plus important sur les têtards c'est qu'en les empêchant de respirer par les poumons , en les réduisant à respirer par les branchies, on peut retarder et même empêcher leur métamorphose.

La température exerce sur la respiration des

poissoDS une action analogue ; plus elle est froide , et plus long-temps le poisson peut se passer de venir respirer à la surfiice. MM. Sylvestre et Brcmgniart, qui ont tait autref<MS des expériences sur k nécessité de 1 air élastique poar cette classe dani* maux , avoient aussi remarqué les variations qui à cet égard dépendent de la température*

Les poissons mis hors de Teau perdent avant de mourir du douzième au quinzième de leur poids par la transpiration.

Les tortues, les ser|>ent8 et les lézards, dont la peau est moins perméable que oelledes grenouilles, no peuvent vivre entièrement sous Teau , quelque aérée, quelque froide qu'elle soit. Us perdent aussi beaucoup moins par la transpiration.

Quant aux animaux a sang chaud , M. Edwards a remarqué que les jeunes mammifères et les jeunes oiseaux produisent beaucoup moins de chaleur que les adultes, et que quelques uns d entre eux pendant les premiers jours de la vie ont de la peine , quand ils sont isolés de leur mère, à se sou- ^ttfnir par un temps froid à quelques degrés au-des** sus delà température ambiante > ce sont ceux qui naissent avec un canal artériel large et ouvert, et où par conséquent la communication entre les deux circulations demeure plus complète pendant les premiers jours. L auteur e$t porté à croire que

les animaux dans ce cas sout aussi ceux qui naissent les yevtx fermés.

M. Edwards a constaté par de nouvelles expériences le fait que les oiseaux^ toutes choses égal^ d ailleurs , ont une respiration plus étendue et produisent plus de chaleur; enfin il a observé que dans les aaioiaox à sang chaud, privés de respiration , rabaissement de la température est favorable à la prolongation de la vie , comme dans les animaux à sang froid.

M. Edwards s*est aussi occupé de constater len variations que le& saisons occasionent dans l'étendue de la respiration des animaux , étendue qu'il mesure d'après la quantité d'oxygène qu'ils consomment, ou y ce qui revient au même, d'après la quantité d'air qu'il leur faut pour prolonger leur vie pendant uu temps donné, ou bien enfin en prenant le rapport inverse d'après le temps qu'ils peuvent vivre dans une quantité donnée d'air.

Il a trouvé de cette manière et de plusieurs au-tre^.que l'étendue de la respiration, et la cousons-, mation de l'oxygène qui en résulte , sont plusfortes en hiver qu'en été; mais 1 emploi de l'oxygène consommé n'est pas le même dans les deux saisons^ A la vérité M. Edwards trouve qu'il y en a toujours plus ou moins d'absorbé; mais cette absorption diminue beaucoup en automne et en hiver; elle

devient même alors très petite , tandis que la production de Tacide carbonique devient au contraire plus grande. L auteur est arrivé à un résultat non moins singulier par rapport à lazote : en hiver lazote parolt être en partie absorbé par les animaux; il en reste moins dans Pair où s'est faite la respiration ; tandis qu'en été ils l'exhalent et en laissent plus qu'ils n'en avoient trouvé. C'est vers la fin d'octobre et le commencement de mai que s opère, selon M. Edwards, cette singulière conversion de fonctions.

En été la chaleur des animaux est un peu plus considérable qu'en hiver, et cependant la production est moindre à proportion , ce qui se déduit non seulement de ce que leur respiration a moins d'étendue, mais aussi de ce qu'un refroidissement artificiel abaisse davantage la température dans le même temps , toutes les circonstances étant d'ailleurs les mêmes.

Ces observations s'appliquent aux animaux à sang froid comme à ceux à sang chaud.

L'ab^rption est cette fecnlté si essentielle à la vie , par laquelle les êtres organisés incorporent à leurs humeurs les «ubstnnces étrangères en leur faisant traverser le tissu de leurs solides. Depuis la découverte des vaisseaux lymphatiques la plupart

des aâatomistes ont pensé que ces vaisseauj^ étoient dans les animaux d un ordre élevé les organes principaux de cette fonction ; quelques uns même ont cherché à prouver qu'ils en étoient les organes exclusifs, mais dans ces derniers temps on en est revenu à des idées moins restreintes.

M. Magendie en particulier a présenté, il y a quelque temps , à TAcadémie divers mémoires importants dont nous avons rendu compte, où il cherche à prouver que les veines sanguines sont douées de la faculté absorbante; que les vaisseaux lactés n absorbent peut-être que le chyle , et qu'il n est pas démontré que les autres vaisseaux lymphatiques sment en aucune façon des vaisseaux absorbants.

M. Tiédeman , professeur à Heidelberg , et M. Gmelin , viennent de publier des expériences desquelles il résulte clairement que les sels, diverses substances odorantes , etc., passent directement dans le sang par l'absorption des veines intestinales.

Les voies de Fabsorption une fois reconnues, il s^agissoit de savoir par quel mécanisme cette fonc* tion sopère. M. Magendie sest occupé de cette question. Il rejette les radicules, les orifices, les bouches absorbantes, supposées plutôt qu'observées par divers anatomistes; à plus forte raison

repousse*t-il cette sensibilité propre , ce tacl éminemment délicat que leur attribue FimaginatioD poétique de certains physiologistes. Ayant observé qu en gonflant outre mesure les vaisseaux sanguins par Finjection d'une certaine quantité d'eau , il retardoit ou affoiblissoit beaucoup l'absorption des substances appliquées à ces vaisseaux, et qu'en les remplissant autant qu'il étoit possible il supprimoit entièrement l'absorption , il jugea que des circonstances contraires produiroient des eUets opposés; en conséquence il réduisit par des saignées la quantité du liquide contenu dans les vaisseaux, et l'absorption devint aussitôt plus rapide et plus complète. Pour s'assurer que c'étoit au volume du liquide et non à sa nature quil falloit attribuer ces différences, il remplaça dans une troisi^ne série d*expériences la quantité de sang qu'il tira par une quantité égale d'eau , et Tabsorptibn demeura telle qu'elle auroit été si aucun changement ne fîàt arrivé.

D'après ces expériences M. Magendie.regarde l'at» traetion capillaire des parois des vaisseaux comme la cause la plus probable de l'absorption , et ce fait, que les substances solubles dans nos humeurs el capables de mouiller nos vaisseaux sont les seules qui puissent être absorbées , lui paroit un motif de plus d'adopter son opinion ; mais l'attraction capil-

, laire n'étant pas une propriété ykale ne doit pas cesser avec la vie; et en efifet M. Magendie assure avoir encore vu labsorption s'opérer sur des artères et sur des veines détachées du corps, et dans lesquelles il faîsoit circuler artificiellement un liquide.

Cette action doit avoir lieu sûr les gros vaisseaux comme sur les petits, sauf ce qui dépend de la multiplication des surfaces dans ces derniers; et encore ici lexpérience a confirmé cette conclusion : des substances vénéneuses appliquées immédiatement et avec les soins convenables soit à de grosses artères, soit à de grosses veinea, ont pénétré dans le sang de ces vaisseaux.

Chacun aperçoit* toutes les conséquences qui peuvent dériver de ces expériences pour la pratique de la médecine, et les nombreuses et fécondes indications curatives que lui fburniroit ce seul fait que plus les vaisseaux sanguins sont distendus , moins labsorption est active.

Une des grandes questions de la physiologie est celle de savoir si le cœur est la seule puissance active qui produise la circulation , ou si son action est aidée par celle des artères , et dans ce dernier cas si toutes les artères sont au nombre des puissances auxiliaires.

M. Sarlandière a soumis à TAcadémie un mé-

48o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE, etc.

moire où il cherche à prouver que la circulation n*est sous rinfltteacê exclusive du cœur que dans les gros troncs ; qu elle diminue avec le calibre des vaisseaux ; mats que dans leurs petits rameaux le sang, dans un état d oscillation perpétuelle, cherche ou attend en quelque sorte une issue ^ soit pour retourner au cœur, soit pour pénétrer dans les vaisseaux capillaires; en sorte qu'une fois arrivée ces petits rameaux il nappartient que foiblement au torrent général de la circulation , mais qu'il se trouve jusqu a un certain point aux ordres du système capillaire, lequel seroit ainsi le véritable régulateur de Téconomie animale. Lauteur apporte en preuve d abord les effets manifestes des piqûres, ensuite les effeCs plus obscurs des passions et des inflammations.

FIN DU TROISIÈME VOLUME Î)E COBfPLÉMENT.

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