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PHYSIQUE, CHIMIE, ET MÉTÉOROLOGIE

ÀlINÉE 1809.

Nous avoos rendu compte, dans nos rapports précédents , de la découverte de M. Davy sur les changements que la potasse et la soude éprouvent par 1 action de la pile de Volta , et des procédés par lesquels MM. Gay*Lu8sac et Thénard opéroient ces changements sans le secours de cet instrument.

M. Davy croyoit que, dans ces expériences, la potasse et la soude éprouvoient une. désosigénation, et qu'il en résultoit un véritable métal qui se distinguoit sur-tout des autres substances de ce genre pur une extrême affinité pour Tojiîgène. Il nommoit ces nouveaux métaux Tun potassium, et lautre sodium, MM* Gay-Lussac et Thénard établissoient au contraire par plusieurs expériences , mais sur-tout par les produits qu'on obtient en analysant La combinaison du potassium avec lammoniaque, que les changements de la potasse et de la soude étoîent dus à une combinaison particulière àe ces alcalis avec l'hydrogène. M. Davy, ayant ré*

pété les expériences sur lesquelles cette opinion est fondée, n a point eu des résultats conformes à ceux qui a voient été annoncés par les chimist.es françois; ce qui a donné lieu à des observations de MM; Gay- Lussac et Thénarj^, dans lesquelles ils montrent que les différences qui se trouvent entre les résultats des expériences de M. Davy et les résultats des leurs tiennent à des causes qui ne peuvent point influer sur les conséq^uences auxquelles ils sont arrivés. Au reste, dans l'une et dans l'autre hypothèse^ il n'en ré3ultoit pas moins pouf la chimie, de

la découverte de M. Davy, un réactif extrêinément puissant, et qui devoit produire sur les autres corps des effets jusqu'alors ignorés.

Cette nouvelle, découverte donnoit donc lieu à des expériei^es très différentes, mais qui conduisoient au même but; les unes avoient pour objet de reconiîLOÎtre l'action dé la pile sur les autres alcalis, sur les terres, et généralement sur toutes les substances simples non métalliques, et qu'on pourrpit soupçonner être des oxides comme la potasse et la soude. Le but des autres étoit de décomposer, au moyen des nouveaux métaux, les substances oxigénées ou supposées telles, et sur- tout les acides boracique, fluorique, et muria tique.

Nous avons dit l'année dernière que MM. GayliUssac et Thénard étoient parvenus à opérer la dé-

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composition du premier de ces acides, et à en recon* nottre le radical. Depuis, leurs recherches se sont portées sur lacide fluorîque.

Us ont commencé par étudier les propriétés physiques et chimiques de cet acide plus exactement qu'on ne lavoit fait avant eux. Laffinité de leau pour ce gaz est extrême; dès qu*on le mêle à d au- ^resqui conti ennen t quelques portions de ce liquide, il se forme de nombJWses vapeurs : cependant ce gaz ne peut communique^ à leau S9 force expansive ; il ne peut se dissoudre ni en gazéifier la plus petite quantité , et dans son état aériforme il est absolument sec^ Hl^is il est impossible d*obtenir cet acide pur ; il retient toujours quelques portions des corps avec lesquels il a été en contact; et dans les travaux que MM. Gay-Lussac et Thénard ont entrepris sur cet acide, au moyen du potassium, ils se sont servis de préférence du gaz fluorîque siliceux, comme ne contenant aucun corps étranger susceptible de se décomposer et d'obscurcir les résultats des expériences. Dans Faction réciproque de ces deux matières il y a une grande absorption d*acide fluorique , très peu de gaz hydrogène dégagé , et transformation du métal en une matière solide dont la couleur est brun rougeâtre. .

MM. Gay-Lussac et Thénard regardent cette combinaison nouvelle comme un conïposé de po-

tasse, de silice, et du radical de lacide fluorique ; mais ils n*oat pu isoler cette dernière substance. uU paroit, disent nos auteurs (d'après beaucoup, d'expériences que nous ne pouvons rapporter ici), que quand ce radical n'est combiné qu'avec la potasse, il peut décomposer leau comme les pboç* phures; mais que quand il est combiné avec la potasse et la silice, il ne la décompose p3$, sans, doute par la raison que çett^ (combinaison triple est insoluble. »

M. Davy a aussi fieiit des tentatives pour mettre à nu le radical fluorique, et il a obtenu des résultats analogues à ceux que nous venqnsde rapporter; il attribue l'hydrogène produit dans la combinaison du potassium avec le gaz à l'eau qu'il croyoit être contenue dans cet acide, et que le métal avoit dé» composé.

L'acide ifiuriatique a aussi été pour M. Davy, et pour MM. Gay-Lussac et Thénard, le sujet d'obser* vations nombreuses et intéressante^. Les uns et les autres ont fait des essais infructueux pour décom^ poser cet acide, et pour isoler le radical qu'on croit en former un des éléments. Mais MM. Gay-Lussao et Thénard ont reconnu que l'acide muriatique ne pouvoit exister tons eau à l'état de gaz; qu'alors il en contenoit lequart deson poids, et que l'eau seule avoit la faculté de l'enlever à ses combinaisons sé^

ches. Il est à remarquer que, dans toutes les expérieoces faites avec les métaux, leau, en se décomposant, a toujours produit une quantité doxide ^ale à celle dont a voit besoin lacide pour se neutraliser ; de sorte que, pour tout résultat, bn obte» noit de Thydrogène et un sel neutre. Les bornes de ce rapport ne nous permettent pas de faire connottie toutes les expériences qui sont contenuesdans le travail de MM. Gay*Lussac et Thénard; fnais nous ne devons pas passer sous silence Theureuse application que ces savants ont faite, à la décomposition du muriate de soude, de lafBnité que lacide muriatique a pour Teau : on sait que la soude entre comme matière première dans plusieurs fabrications, et qu'il est très important de posséder un moyen simple et direct de retirer cet alcali du sel commun.

Quant à Facide muriatique oxi{iféné, MM. Gay- Lussac et Thénard Tout soumis à de nombreuses expériences. « Elles doivent donner, disent ces chimistes, de la constitution de cet acide une idée toute différente de celle qu on s'étoit formée. On Favpit regardé comme le corps le plus facile à décomposer, et au contraire il résiste à Faction des agents les plus énergiques. On ne peut en retirer Facide muriatique à Fétat de gaz qu au moyen de Feauou de Fhydrogène. »> Get acide pèse 2.47 plus que Fair« Il contient la moitié de son volume de gaz

oxigène, et toute l'eau qu'il peut former avec Fhy^ drogène est retenue par lacide niuriatique qu'il renferme. Cette eau fait le quart du poids de ce dernieivati^-

L^hetibJf du métal de la. potasse sur les oxideset les sels métalliques, et sur les sels terreux et alcalins, a aussi fait pour MM. Gay-Lussac et Théuard le sujet d'un travail particulier, duquel il est résulté qu^ tous lés^tl9rps dans lesquels on cônnoit la présence de l'oxigène sont décomposés par ce métal ; que cette décomposition se fait presque toujours avec dégagement de lumière et de chaleur; que ce dégagement est d'autant plus considérable que l'o&i* gène est moins condensé, et que, par conséquent, ce pourroit être un moyen d'apprécier le degré de condensation de l'oxigène dans chaque corps.

Après avoir opéré sur la potasse et sur la soude, à l'aide de la pile de Volta, les changements dont nous avons parlé plus haut, il étoit naturel de cherr> cher à produire des effets analogues sur les autj*es alcalis et sur les terres. En effet M. Davy a entrepris de nombreuses expériences pour découvrir, suivant son système, les métaux de la baryte, de la strontiane, de la chaux, delà magnésie, de la silice, de , l'alumine , de la zircone , et de la glucine. Après beaucoup de tentatives infructueuses,. il annonce qu'il est parvenn, avec le secours de la pile, à désr

ojLïgéner les quatre premières de ces substances, et à former des amalgames-des nouveaux métaux qui en résultent. Il pense que les quatre autres sont çf^i des oxides métalliques; mais ses ex})érienccs, cotnme il lavoue, ne le prouvent point d'une ma* oèère évidente.

Un autre amalgame 9 pi^uit par l'ammoniaque , a été découvert Fannéç liernière à Jéna par le docteur Schebeck. lia (aitefisuitelesujetdes recherches de MM, Berzélius et Pontin à Stockholm, et de M. Davy en Angleterre; les uns et les autres se sont accordés àjj^onnoitre lammoniaque comme jouis* sant de toutes les propriétés d oxide. A la température ordinaire cet amalgame a la consistance du beurre, et au froid il cristallise en cubes; mais on n'a pu isoler le nouveau métal. MM. Gay*Lussac et Thénard ont répété les expériences rapportées par les chimistes dont nous venons de parler, et ils en ont reconnu lexactitude. Mais cet amalgame, qui n avoit été formé que par laction de la pile, les physiciens fran^is Vont produit par laction du métal et de la potasse, et ils ont reconnu qu'une légère agitation suffisoit pour le décomposer. Par cette simple action le mercure redevient coulant, et il se dégage de 1 ammoniaque et de Thydrogène dans la proportion de 28 à 23. Le mercure absorbe 3,47 ^^ son volume de gaz hydrogène, et 4 1^2 de son vo*

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lume de gaz ammoniaque pour passer à Tétat d'amalgamé, dW il résulte, disent nos auteurs, que dans cette-combinaison le mercure augmente d environ 0.0007® de son poids, tandis que, d'après tes expériences de M. Davy , il n'augmentoit que d'un 1 2000*. Ainsi la théorie par laquelle MM. Gay-Ltfssac et Thénard expliquent la formation du potassium s'applique à la formation de l'ammonium. Ge nouveau métal n'est, suivant eux, que de l'ammoniaque et de l'hydrogène. Enfin M. Dàvy a encore porté ses recherches sur le soufré, le phosphore, la plombagine, le charbon , et le diamant. Les principales expériences relatives à ces deux premières substances ont été faites sur les gaz hydrogènes, sulfurés et phosphores , au moyen du potassium , et il conclut des résultats qu'il a obtenus que ces deux corps inflammables sont des combinaisons d'hydrogène, d'oxigène, et d'une base qui n'est point connue, etquin'apointencoreétémiseànu. Quant aux autres substances , il est conduit à regarder la plombagine comme un aUiage du fer avec un métal particulier qui se retrouve dans lecharbon combiné à rhydrogène, et dans le diamant à une petite partie doxigène.

Ces idées étoient trop contraires à celles qui sont communément reçues pour ne pas exciter les rerhercbesdes autres chimistes. Aussi MM. Gay-Lus*

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sac et Thënard ont^k fait sur le soufre et le pbos«> pbore un travail très étendu ; et comme M. DaVy avoit employé les hyclrures dans ses expériences^ les chimistes fran<;ois ont cherché d abord à déter» miner avec exactitude les éléments de ces sub* stances. Us ont reconnu que le gaz hydrogène sulfuré contient un volume d'hydrogène égal au sien; que le gaz hydrogène phosphore en contient au moins une fois et demie son volume, que le premier de ces gaz peut être absorbé par le potassium et le sodium , et que dans cette absorption il se développe précisément la même quantité d'hydrogène que le métal seul en donneroit avec lammoniaque et avec leau; enfin que le gaz hydrogène phosphore est décomposé par le potassium et le sodium, en sorte que le phosphore se combine avec ce métal, et que l'hydrogène se dégage. Mais ces physiciens ne se sont point bornés à porter leurs recherches sur les substances que M. Davy avoit mises en usage ; ils ^ ont fait des expériences sur le gaz hydrogène arse* nique , et ils ont vu que ce gaz se comporte avec les nouveaux métaux comme le gaz hydrogène phosphore, et que l'arsenic peut se combiner avec rhy-* drogène de manière à former une hydrure solide qui a la forme de flocons légers , d'une couleur brune, ils concluent que le gaz hydrogène sulphurë et phosphore, ainsi que le soufre et le phosphore ,

ne contiennent point doxigène, ou du moins que leè expériences de M. Davy ne le démontrent point. Mais ils croient, comme on la déjà pensé, que le soufre, et peut-être le phosphore, contiennent de rhydrogène.

Nous ne nous permettrons point de prononcer entre les opinions de M. Davy et celles de MM. Gay- Lussac etThénard; maison ne manquera sansdoute pas de remarquer, quoique cela ne puisse conduire à aucune conséquence fâcheuse pour la chimie mo^ derne, que Thydrogène, qui souvent dans la théo^ rie de Staël n etoit pas autre chose que le phlogistique , donne lieu à des combinaisons qui ont tous les caractères des métaux.

Outre les travaux dont nous venons de parler, nous devons à M. Gay-Lussac des observations sur la combinaison des substances galeuses les unes avec les autres, qui Font conduit à prouver que les gaz , dans teHes proportions qu'ils puissent secom-* biner, donnent toujours lieu à des composés dont les éléments soilt entre eux dans des rapports très simples. Ainsi loo parties de gaz oxigène saturent exactement 200 parties d'hydrogène; les gaz fluorique et muriatique mêlés avec le gaz ammonia-cal saturent de celui-ci un volume égal au leur, et forment dès sels neutres, etc. Mais il observe que lorsqu'on considère les proportions en poids , on

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n'obtient aucun rapport simple entre 4es éléments d'une pareille combinaison. De plus il fait voir qiie les contractions apparentes qu'éprouvent les gaz en se combinant se font aussi dans des rapports très simples avec le volume primitif des gaz, ou seulement avec celui de l'un d'eux , et il fait remarquer ensuite que la contraction apparente n^indique point la contraction réelle qu'ont éprouvée les élénaents en se combinant.

Ces observations ont été suivies d un travail particulier sur la vapeur nitreuse et sur le gaz nitreux considéré comme moyen eudiométrique. On y voit d'une manière bien évidente Tinfluence^des quan* tités sur le résultat des combinaisons. Si l'on mélange 200 parties de gaz nitreux et 200 parties de gaz oxigène, il se produit de l'acide nitrigue, et 1 00 parties d oxigène restent libres. Si au coldtraire on fait un mélange de 100 parties d oxigène et de 4oo de gaz nitreux , il se fait une absorption de 4oo parties, qui produisent de l'acide nitreux, et 100 par* ties de gaz nitreux restent libres. Ainsi on obtient de l'acide nitrique, ou de l'acide nitreux, suivant que l'Un ou l'autre des gaz dont ces acides se composent domine.

Mais dans l'un et dans l'autre cas les absorptions* sont toujours constantes. Ainsi l'acide nitrique est composé de 100 parties de gaz azote et de 200 de

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gaz oxigèney ou de i oo de gaz oxigèue et de 200 de gaznitreîix. L*acide nitreux résulte de la combinaison de 100 parties de gaz oxigène et de 3oo de gaz nitreux. Et si Ton ajoute que le gaz nitreux est composé de parties égales de gaz oxigène et de gaz azote , comme M. Gay-Lussac lavoit déjà démontré, on aura une histoire complète des combinaisons de Foxigène et de lazote.

M. Guyton de Morveau , dans une suite d'expérences sur lé diamant et sur les substances qui contiennent du carbone, a cherché à déterminer leur action sur Teau , à une température très élevée. L eau a été décomposée par le diamant, et lacide carbo^ nique aété produit.

M. Sage nous a fait part de ses recherches sur la revivification de Targent par le mercure dans le nitrate d argent; sur un acétate d'ammoniaque retirÀ du bois par la distillation ; sur ranalyse de la pierre calcaire nommée typographique ; sur la magnésie contenue dans les coquilles, les madrépores, la pierre calcaire, et larragohite; sur une mine de fer arénacée; sur une pétrification inconnue et sur Ffinalyse d'un bois pétrifié^ cuivreux, et ferrugineux. Nous regrettons que les bornes de ce rapport *ne nous permettent pas d'entrer dans plus de détails 9ur ces nombreux travaux^

liOrsque la chioiie descend des corps bruts aux

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corps organisés , les phénomènes qu*dle observe * sont plus compliqués et les résultats qu elle obtient sont plus obscurs. Aussi cette branche de la chimie a-t-elle été négligée jusqu a ces derniers temps, et la plupart des observations et des découvertes dont j

elle s est enrichie sont incontestablement dues aux travaux de M. Fourcroy, de cet illustre confrère ^j

dont nous déplorons tous la perte aujourd'hui, et à ceux de son célèbre ami M. Vauquelin.

Ce dernier s est occupé de lanalyse du tabac , dans la vue de reconnoltre les principes qui carac-> térisent cette plante , et qui Tout fait choisir pour les usages auxquels elle est employée, et afin d'apprécier les modifications qu elle éprouve par les différentes préparations qu^on lui fait subir pour en faire un objet de commerce. Il résulte de ce travail que la plante du tabac à larges feuilles {nicotiana UuifoUa) contient une matière animale de nature albumi* neyse , du malate de chaux avec excès d acide, de Fadde acétique, du nitrate et du muriate dé potasse, une matière rouge dont la nature est inconnue, du muriate d'animoniaque, et enfin un principe acre et volatil qui paroît être différent de tous ceu^ qu'on • adéterminés dans le règne végétal. C'est cepsincipe qui donne au tabac les qualités qu'on lui eonnott ; on peut le séparer de la plante par la distillation, et l'employer séparément Le tabac préparé a

présenté de plus que la plante sans préparation du carbonate dammoniaque et du muriate de chaux.

M* Vauquelin ^.pensant que le suc de la belladone, dont les effets sur TécoDomie animale sont si analogues à ceux du tabac, contepoit le principe acre qull a découvert dans cette dernière planté, en a fait Tanalyse; mais il n'y a trouvé qu une substance animale, des sels à base de potasse, et une substance amère de laquelle le suc de la belladone reçoit ses propriétés narcotiques.

A Tarticle Physiologie nous parlerons des expériences que M. Vauquelin a faites avec ce suc sur les anlinaux.

M. Chevrçul a présenté à rinstitut des expériences fort étendues sur les matières végétales. Lçs unes ont pour objet le principe amer produit par Faction de lacide nitrique sur les matières organisées qui contiennent de Tazote, et dont MM. Haus^ manu, Welther, Proust, Fourcroy, et Vauquelin, s'étoient déjà occupés.

M. Chevreul pense que cet amer est composé d acide nitrique et d'une matière végétale huileuse ou ré^neuse; et il attribue la propriété qu a cette substance de détoner à la décomposition de 1 acide nitrique , à la formation du gaz ammoniacal , de 1 lacide prussiqueet du gaz hydrogène huileux,etc. etc. ;

ce qui est conibrme à une partie des observations de MM. Fourcroy et Vauquelin.

Mais avec lamer il se produit une matière rétàr neuse et un acide volatil, sur lequel M. Chevreul a fait plusieurs expériences) et qu'il regarde comme ne différant de lamer que par une petite portion d acide nitrique^

Un second travail de M. Chevreul a pour objet les subtances formées par Faction de lacide nitrique sur les corps charbonneux ou résineux qui ont la propriété de précipiter la gélatine. Les premières observations de ce genre avoient été £siites en Angleterre par M. Hatchett, et elles avoient conduit à regarder ces substances comme analogues au tannin. M. Chevreul pense que cest une erreur ^ et qu'elles diffèrent entre elles non seulement suivant Tespéce «d'acide et de matière avec lesquelles elles ont été préparées, mais encore suivant la quantité d acide qui est entrée dans leur composition.

Enfin , poursuivant toujours le même genre d'ex* périences, M. Chevreul a porté ses recherches sur différents composés formés par la réaction de lacide sulphurique sur le camphre. Ces travaux ont tous obtenu l'approbation de l'Institut, qui en a ordonné L'insertion dans les mémoires des savants étrangers.

BUPFON. GOMPLBM. T. II.

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Chaque année nous avons pu présenter d'heureuses applications de la chimie aux arts , et donner ainsi de nouvelles preuves des secours que nos besoins et Tindustrie peuvent tirer des sciences.

M. Ghaptal, à qui les fabriques doivent déjà tant de procédés utiles , nous a fait connoître d'intéressantes observations sur la distillation des vins. On voit par l'histoire qu'il donne de cet art, par la description des appareils qui y étoient employés autrefois et de ceux qui y sont employés aujourd'hui, que les procédés de la febrication des eaux^ie-vie se sont améliorés à mesure que les appareils de la chimie se perfectionnoient. Un des plus importants de ceux qui existent dans le Midi n'est pour ainsi dire que l'appareil de Voulf en grand. Les lois de l'évaporation, et les procédés au moyen desquels on chauffe les liquides par la vapeur, ont ingénieusenient été combinés pour opérer la distillation des vins d'une manière économique; mais les observations de M. Ghaptal conduiront sans doute encore à de nouveaux perfectionnements dans la fabrication des eaux-de-vie , et contribueront à conserver à cette branche importante de notre commerce la supériorité qu'elle a acquise.

Le même membre a fait l'analyse de sept échan* tillons de couleurs trouvés à Pompéia. Trois de ces couleurs n'étoient que des terres colorées naturd-

lemeat; Tune verdfttre, lautre jaune^ et la troisième brun rouge; la quatrième étoit une pierre ponce très légère et fort blanche. Une cinquième , qui avoit une belle teinte rose, a montré tous les caractères d'une lacque, et M. Cfaaptal lui a trouvé beaucoup d^analogieavec la lacque de garance qull a fait connoltre dans son traité sur la teinture du coton.

Les deux dernières étoient bleues; Tune avoit une teinte pâle , mais 1 antre étoit intense et nourrie. L'analyse de ces deux couleurs a montré qu elles étoient dues à une combinaison d'oude de cuivre , de chaux, et d alumine, résultant d*un commencement de vitrification. M. Chaptal observe que cette couleur est fort supérieure, en éclat et en solidité, à notre cendre bleue, et que son prix étant bien inférieur à celui du bleu de cobalt et au prix de 1 outr&mer, il seroit important de rechercher les procédés que les anciens employoient à sa fabri-» cation.

M. Sage s'est ocoipé des procédés les plus pro^ près à préparer la chaux vive pour obt^r des mortiers solides , de la nature des différentes espèces de stuc», des moyens de donner lé poli du marbre aux pierres artificielles, et enfin d un procédé pro-^ pre à réduire la cire blanche en une sorte de savon.

Le même auteur, dans un mémoire, et MM. Ou y-

nos édifices des dë^adations auxquelles ils ont été exposés jusque ce jour. ..

A,NNÉE 1810.

Peu d'années ont été aussi fécondes que oelle-ci en travaux variés et importants sur les diverses branches des sciences naturelles, et depuis les parties les plus générales de la physique jusqu'à This^ toire particulière des espèces des trois rég^nes les découvertes de nos confrères, 6u celles qui ont été soumises à Tlnstitut par des savants étrangers à rinstitut, ont fourni de nouvelles richesses au système de nos connoissancès.

Llnstitut avoit proposé un prix pour Texamen des circonstances et des causes des diverses phosphorescences, c'est-à-dire de ces apparences lumineuses que certains corps manifestent, soit spontanément, soit lorsqu'ils sont frottés, légèrement chauffés, ou enfin dans toute autre circonstance différente de la combustion.

Ce prix a été remporté par M. Dessaignes, principal du collège de Vendôme; et son travail, couronné à la séance puUique de l'année dernière, a été suivi par des expériences du même genre qui en ont beaucoup étendu les résultats.

Ce physicien définit la phosphorescence « une apparition de lumière durable ou fu^tive , qui n'est

pa$ pourvue sensiblement de chaleur, et qui n e$t suivie daucune altération dans les corps inorg^a* niques, » et il classe tous les phénomènes de la phosphorescence sous quatre genres , déterminés par leurs causes occasionelles : i"" phosphorescence par élévation de température ; 2"" phosphorescence par insolation; S"" phosphorescence par collision; 4^ phosphorescence spontanée.

Tous les corps phosphorescents par élévation de température, jetés en poudre sur un su pport cha ud, slUuminent, quelle que soit la faculté conductrice de ce support pour le calorique, et llntensité de la lumière qui s'échappe est en raison directe du degré de température; mais la durée de la phosphorescence est toujours en raison inverse de cette température. Les dernières portions de lumière semblent être retenues par les corps avec plus de force que les premières, et il y a une très grande difliérencesous ce rapport entre les diverses substances; lès corps vitreux perdent très difficilement leur propriété phosphorique , tandis que les métaux, leurs oxides phosphorescents, et les sels métalliques, la perdent très facilement. Aucun degré de chaleur ne peut enlever la phosphorescence à la chaux, a la baryte, à la strontiane, caustiques, faiblement éteintes, à la magnésie, à Talumine, et à la silice. Dans certaines circonstances, dans un air humide

par exemple, quelques uns de ces corps peuvent reprendre leur phosphorescence après lavoir perdue , mais d autres ne la reprennent jamais.

Cette phosphorescence se présente sous des formes différentes; et, comme la lumière solaire, elle se décooaipose par le prisme : elle s'échappe de certains corps par émanation paisible, et de quelques atitres par scintillation; sa couleur est bleue; mais elle est ordinairement souillée par ceux qui contiennent du fer, et Ton peut lepuref , dans ce dernier cas , en enlevant à ces corps le métal qui change sa couleur.

En général il a paru à M. Dessaignes que les corps les plus phosphorescents sont ceux qui, dans leur composition, contiennent des principes qui ont dû passer de Fétat gazeux ou liquide à l'état solide.

Il étoit important de vérifier si cette phosphorescence par élévation de température étoit due à la combustion : pour cet effet M. Dessaignes a fait ses expériences dans l'air atmosphérique, dans loxi' gène, et dans le vide barométrique, et il n'a vu au-^ cune différence dans l'intensité de la lumière pour les corps inorganiques; mais la lumière des corps organisés s'est accrue dans Toxigène : ce qui conduit l'auteur à penser qu'au moins une partie de la phosphorescence de ces derniers corps est due à une véritable combustion.

ET MÉTÉOROLOGIE. a5

Mais Télévation de la température ne rend pas tous les corps lumineux, et ceux qui deviennent phosphorescents par cette cause perdent cette fa* culte dans certaines circonstances. Quelle est donc la cause de Huphosphorescence? Telle est la question que se propose M. Dessaignes, et pour la solution de laquelle il a renouvelé ses expériences en y faisant entrer des circonstances qu'il varioit selon les vues qu'il vouloit remplir. Ses recherches Ton conduit aux résultats suivants : i^ Les produits obtenus par la voie du feu ne sont point lumineux , à moins que de Tétat terreux ils n aient passé à Fétat vitreux; a** les corps pourvus d'une trop grande quantité d eau de cristallisation ne donnent aucune lumière; 3"" les corps capables d'être ramollis par la chaleur ne donnent également point de lumière , et dans ce cas sont les sels avec excès d'acide; excepté les sels boraciques, qui ne se fondoient point au degré de chaleur des expériences; 4^ les corps et particulièrement les sels qui se volatilisent ou se décomposent à ce degré de chaleur sont inphosphorespents; 5"^ enfin les corps mélangés d'une grande quantité d'oxide métallique sont aussi complètement ténébreux. •

Cependant la plupart de ces corps peuvent redevenir lumineux lorsqu'on lesf humecte, quand ils ont la Êiculté de se combiner avec l'eau et de la

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solidifier à un certain point. Enfin cette faculté peut reparoltre dans les corps (|ui lont perdue si on les fait changer d'état.

M. Dessaignes conclut de ses expériei;ices, dont nous n'avons pu qu'indiquer les résultats, que la phosphorescence produite par lelévation de température est due à un fluid^ particulier qui est chassé par le calorique des corps , entré les mole* cules desquels il se trouve, et ce fluide lui paroit être de nature électrique; il est conduit à cette idée parceque toutes les circonstances qui favorisent ou qui détruisent Taccumulation du fluide électrique Êivorisent ou détruisent absolument de la même manière relativement aux mêmes corps l'accumulation du fluide phospborique, et que l'électricité peut être directemcint accumulée dans ces corps et les rendre lumineux.

On savoit depuis long-temps que l'exposition de certains corps à la lumière les rendoit phosphorescents. Dufayet Beccaria avoient déjà fait quelques recherches sur les phénomènes de ce genre , et il étoit résulté de celles du dernier l'opinion que la phosphorescence des corps ei^o$és à la lumière venoit d'un dégagement de cette lumière qui s'y étoit introduite par une sorte d'imbibitiofl. L'expérience sur laquelle cette opinion étoit fondée a été reconnue de tout point inexacte par M. Dessaignes : les

phosphores qu'il a soumis aux différents rayons du prisme ont toujoiirs,4oimé1a même lumière. Il y a plus, e*est que la phosphorescence produite par insolation, bi^3i loin d'être une émanation rayon» liante, n*estréellemeniqu une oscillation; car quelque fréquentes que soient les insolaticms, la phosphorescence n*est point augmentée, et il suffit de couvrir de iîimée un corps phosphorescent pour le rendre obscur. L'action de la lumière, comme celle de la chaleur, ne rend pas tous les corps phosphorescents, et ceux qui le deviennent ne le sont pas tous au même degré. Le phosphore de Canton devient phosphorescent par la seule lumière de la lune, tandis que le quartz hyalin ne donne de lueur que par la lumière directe du soleil. En général les corps Uquides sont insensibles par ce mode d'excitation ; et il en est de même du charbon , du carbure de fer et des métaux | de la plupart des sulfures , des oxides métalliques faits par la voie sèche, et en général de tous les corps qui sont, comme les précédents, des conducteurs de Télectricité : mais les corps idio- électriques peuvent devenir phosphorescents à Taide d une vive lumière. Il est à remarquer que, sous le rapport de la phosphorescence, tous les corps se sont exactement conduits avec Félectricité comme avec la lumière.

La lueur produite par insolation a la jnême cou-

leur que celle que la chaleur fait naître, et elle peut être modifiée de même par les oxides métalliques.

Les corps les plus lumineux par insolation ne le sont plus par cette cause quand ils sont chauds: ils redeviennent phosphorescents à mesure qu'ils se refroidissent; et quelques corps qui ont perdu la faculté de luire par Félévation de la température peuvent encore donner de la lumière au moyen de Tinsolation, ce que M. Dessaignes attrihue à la quantité d'eau que ces corps retiennent; car Teau joue incontestablement un très grand rôle dans tous les phénomènes dé ce genre, comme Je remarque fort hien M. Dessaignes en plusieurs endroits. '

L'on attribuoit presque, généralement à une combustion toute là lumière que répandent certains de ces corps conx^us sous le nom de phosphores. M. Déssaignes, voulant approfondir cette opinion, a soumis ces corps à des expériences particulières qui prouvent évideminent, selon lui, qu'ils doivent leur lumière à la même cause qui produit celle ^des autres, c'est-à-dire à une espèce de fluide électrique; car M. Dessaignes regarde la lumière produite par irradiation et par électrisation comme étant la même que celle que donne lelévation de la température : seulement dans les deux premiers cas cette lumière n'éprouve que des vibrations,

tandis que dans la dernière elle est véritablement expulsée.

La phosphorescence par collision a fait pour M. Dessaignes le sujet de plusieurs mémoires. Il résulte de lensemble de ces expériences cette loi générale et bien remarquable que tous les corps, dans quelque état qu'ils soient, solides, liquides, ou gazeux , dégagent de la lumière par la compression. Mais cette lumière est moins abondante lorsque les corps ont déjà été rendus phosphorescents par la chaleu r ; et quelque nombreuses et fortes q ue soient les compressions auxquelles on soumet un corps, jamais on ne peut le priver entièrement par-là de sa faculté phosphorique. Cette lumière semble à M. Dessaignes avoir une cause di££érente de celle qui est produite par la chaleur. « Elle parott dépendre, dit-il, d un fluide éminemment élastique, étroitement uni a tous les éléments de la matière gravitante. Ce fluide, source première de toute force expansive, se refoule d autant plus dans les molécules que leurs éléments constitutifs s approchent de plus près, de sorte qu'il est plus éloigné de sa limite de compression dans les gaz que dans les corps vitreux; aussi faut-il un moindre effort dans ceux-ci pour les faire osciller, etc. , etc. »

Relativement à la phosphorescence spontanée, M. Dessaignes en distingue de deux sortes ; les unes

3o PHYSIQUE, CHIMIE,

sont passagères, les autres permanentes. Parmi les premières on peut citer celle qui a eu lieu par Tunioa d'une certaine portian d eau avec la chaux caustique y et parmi leis secondes celle du bois pouri et d autres substances organiques en putré« faction. Ce sont ces dernières qui occupetit plus particulièrement M. Dessaignes dans ce quatrième genre de phénomènes. Ses observations ont été faites sur deâ substances animales , de la chair des poissons deau douce, des poissons de mer, et sur des substances végétales, des bois de différentes sortes. Ces substances ont offert séparément des caractères particuliers; mais il résulte de lensemble de leurs phénomènes que la phosphorescence des unes et des autres est une espèce de combustion dans laquelle il $e produit de Feau et de l'acide carbonique; toutes les parties constituantes des muscles et du bois ne participent pas à la lumière que ces corps produisent : la partie ligneuse et la fibre musculaire n'éprouvent dans ces changements aucune altération essentielle, et la phosphorescence de ces corps est due, dans le bois, à un principe glutineux qui servoit à réunir les fibres ligneuses , et dans là chair à un principe gélatineux qui unissait les fibres charnues.

M. Dessaignes , s'appuyant sur les Êiits nombreux de phosphorescence spontanée qu'il a recueiHis ,

ET MÉTÉOROLOGIE. 3l

cherche à expliquer la phosphorescence de la mer, qull croit être due à deux causes diflerentes : i "* à la présence d'animalcules phosphoriques par Téma* nation d une matière lumineuse produite par ces animalcules mêmes; a^ par la simple présence de cette matière dissoute ou mélangée dans Teau , et résultante non seulement de ces êtres, mais encore des mollusques, des poissons, etc. , etc.

Depuis la publication de son premier travail, M. Dessaignes a Fait d autres recherches du même genre; il a tenté, par de nombreuses expériences, de déterminer Tinfluence des pointes sur la phos« phorescence, soit par élévation de température, soit par insolation ; et non seulement il a reconnu que les pointes ont sur le fluide phosphorique la même influence que sur le fluide électrique, mais, de plus, que des corps naturels qui ne diffèrent entre eux que par leurs caractères résultant de lagrégation peuvent différer à l'infini sous le rapport de leurs facultés phosphorescentes, etc. , etc.

Les productions subites de chaleur qui se manifestent dans une infinité de phénomènes chimiques, quoique plus connues que ne Tétoient celles de lumière, ont encore besoin d'être déterminées avec qudqne précision.

M. Sage la donné le résultat de ses recherches sur les dqgrés de chaleur que produisent les acides mi-

iiëraux concentrés, ^n se combinant avec divers oxides métalliques, des -terres, de l'eau, etc. : de Tacide sulfiirique à 67° de Taréométre deBeaumé, mêlé à un tiers d^eau, donnoit une température de 80**; de lacide nitrique, marquant 45^ à l'aréomètre, a donné, mêlé à '/s d'^au, 45"*; et l'acide muriatique à 20"* a donné, avec la même quantité d eau que dans les expériences précédentes, 22**; le plus grand degré de chaleur obtenu avec l'acide sulfurique est celui qui est résulté du mélange de cet acide avec les os incinérés : cette chaleui: a été de 160° au-dessus de zéro. En général ces expériences servent à faire présumer que la chaleur produite dans les combinaisons des coips est d autant plus forte que ces corps éprouvent plus de contraction. Il est fâcheux que M. Sage n'ait point cherché à déterminer la pesanteur spécifique des corps qu'il combinoit avant et après Texpérience.

La mesure absolue de la chaleur, dans les degrés élevés, pour lesquels on ne peut employer des substances liquides, est toujours l'objet de$ recherches des savants.

M. deMorveau, qui s'en occupe depuis tant d'années , et dont nous avons fait connoître les premiers travaux dans le premier volume de cette histoire, a communiqué à l'Institut une suite de tableaux qui peuvent être considérés comme le résumé de

ses nombreuses expériences. Le premier de ces tableaux présente les degrés de chaleur de fusion et de vaporisation des différents corps corrigés et mis en concordance avec les échelles pyrométriques et thermométriques les plus généralement admises. Un second tableau donne les dilatations des métaux déterminées en concordance de ces n>émes échelles pyrométriques et tbermomctriques^ et ex« primées en millionièmes pour loo"" centigrades. Dans un troisième tableau il indique les rapports de la dilatabilité et de la fusibilité des métaux ; et enfin dans un quatrième il donne les degrés de chaleur indiqués par son pyrométre de platine^ et leur correspondance avec le thermomètre centi* grade, le pyrométre de Wedgwood, et les observations de fusion jusque dans les plus hautes températures. .Ces tableaux ont été accompagnés d^un mémoire explicatif contenant les détails des procédés employés par fauteur pour rectifier ses évaluations , lesquelles diffèrent essentiellement de celles qui avoient été données par Wedgwood; et cette différence vient principalement d une erreur que ce célèbre physicien avoit commise en mesurant la fusibilité de l'argent, qui faisoit une des bases, de ses calculs.

Pour faciliter les expériences que les idées nou-

BVFFON. GOMPLiM. T. II. 3

velles de la chimie rendoient nécessaires, le gouvernement a ordonné qu'il fût construit à l'École polytechnique des piles galvaniques de diverses grandeurs, et une entre autres qui surpassât de beaucoup toutes celles que Ion avoit employées jusqu'ici, afin que Ton pût apprécier l'influence que le volume.de ces appareils exerce sur leurs effets.

MM. Gay-Lussac et Thénàrd ^ous ont donné une description de cette grande pile composée de six cents paires de disques carrés, de 3 décimètres de côté chacun , et des expériences qu'ils ont faites avec elle et avec une autre dont les plaques étoieht de 48 centimètres carrés de surface.

Leurs premières recherches se sont portées sur les causes qui font varier Ténergie de la pile. On attribuoit cette énergie ou à la conductibilité des matières constituantes de la pile, ou à l'action chimique de ces matières, ou à ces deux causes réunies; pour éclaircir cette question les auteurs pnt cherché une espèce de galvanomètre, et ils se sont arrêtés pour cela à la décomposition de l'eau dans un tube pendant un temps donné. Ils ont vu que, toutes choses égales d ailleurs, la pile décomposoit d'autant plus deau, da^ns un même espace de temps, que toutes les substances qui entrent dans le cercle de là pile sont plus conductrices. Une pile de quatre-vingts paires, montée avec un acide, décompose la po-

tasse, ce que ne peut faire la pile de six cents paires montée avec de leau . D'un autre côté le tube du galvanomètre, rempli d'eau seulement, donne quatre à cinq fois moins de {][az que lorsqu'il est rempli d'acides afFoiblis. En général les acides sont d'autant plus forts conducteurs qu'ils sont moins étendus, mais un mélange d'acide et de sel produit en^ core plus d'efifet que l'acide seul.

Leâ acides sont meilleurs conducteurs que les alcalis , et les alcalis sont meilleurs conducteurs que les sels qui proviennent de ces mêmes acides et de ces mêmes alcalis employés comparativement.

L'eau du galvanomètre chargée de sel est d'au^ tant moins bonne conductrice qu'elle s'éloigne davantage de la saturation.

Il fiilloit savoir quelle étoit l'influende delà longueur des fils plongés dans le galvanomètre ' ; 8 centimètres ont décomposé moins d'eau que 4 9 mais 2 centimètres en ont décomposé moins que 8.

I^es effets de la pile n'augmentent pas dans le même rapport que le nombre des plaques; lefFet n'e^t double que lorsque le nombre est huit fois plus grand. En général les effets de la pile , mesurés par la quantité de gaz qu elle produit, s éloignent

' Je me sers de ce mot par commodité , les auteurs ne s*en serrent pas.

peu d'être proportionnels à- la racine cubique du nomblre des plaques.

Les eflPets de deux piles, différentes par Tétendue des surfaces de leurs plaques, sont proportionnels à ces surfaces. . •

La tension électrique de la pile dure plus que son action chimique. Cette différence vient de l'influence inévitable de la durée du contact du condensateur avec lequel on recueille Télectricité pour la mesurer à la balance de Coulomb.

Après avoir étudié les piles en elles-mèmeâ , pour en apprécier les effets, MM. Gay-Lussac et Thénard ont porté leurs recherches sur Faction de la grande pile sur divers corps. La commotion qu'on reçoit de cette grande batterie est excessivement forte et dangereuse; mais elle n'est point sensible au milieu d'une chaîne composée de quatre ou cinq personnes, elle ne l'est qu'aux extrémités de cette chaîne ; ce qui prouve , contre l'opinion reçue, que , dans cette expérience faite avec des bouteilles de Leyde, ou de toute autre manière, la chaîne ne feit pas l'effet de conducteur, et que chaque personne n'est chargée que par influence, c'est-à-dire que le fluide électrique qui lui est naturel* n'est que décomposé, et que la commotion ne vient que du rétablissement des deux fluides qui le composent.

Parmi les découvertes auxquelles cet admirable instrument de la pile a donné lieu , il en est peu d aussi intéressante pour la chimie générale que la transformation des alcalis en substances combustibles et d*un éclat métallique.

On a vu précédemment que ces substances étoient regardées par M. Davy, qui les a découvertes , comme des corps simples métalliques , et qu'au contraire MM. Gay-Lussac et Thénard, se fondant sur des expériences particulières dont nous avons fait mention , ne les considéroient que comme des combinaisons des alcalis avec Thydrogène, ou ce qu'on appelle des hydrures. Depuis lors MM. Gay-Lussac et Thénard ont fait des recherchas pour déterminer la quantité d oxigène que ces substances absorbent dans diverses cir* constances; et ils ont observé, i® qu en brûlant le potassium dans du gaz oxigène, à laide de la cha* leur, ce métal en absorbe près de trois fois autant qu'il lui en faut pour passer à Tétat de potasse ; 2"" que le sodium, traité de la même manière, absorbe seulement une fois et demie autant d'oxigène que pour passer à Tétat de soude; S*" que dans ces expériences on peut substituer lair atmosphérique à Foxigène sans changer le résultat; 4^ quon fait varier ces résultats en faisant varier la température , du moins pour le sodium, qui, à froid, n absorbeque

peu loxigène, tandis que le 'potassium a.U contraii^ s*03(ide presque au même degré, quelle que soit la température; 5^ eiifin que dans ces copibinaisans il ne se dégage rien.

Le potassium et le sodium chargés d'oxigène ont des propriétés particulières, et entre autres celle d absorber leau avec avidité ; mais par cette absorption ils sont décomposés, et il en résulte de la potasse ou de la soude et beaucoup d'oxigène. Au reste ces corps oxigéigtés sont ramenés à Tétat alcalin par tous les corps combustibles et par les acides, et plu-^ sieurs de ces phénomènes ont lieu avec dégagement de lumière; de sorte que tout concourt à prouver que la combinaison du potassium et du sodium , avec la quantité d'oxigène supérieure à celle dont ces corps ont besoin pour passer à l'état d alcalis, n est point très intime^ et que cette quantité y est presque à l'état gazeux.

En supposant que le potassium et le sodium fussent des hydrures, il résulteroit de ces expériences que les sels formés avec ces corps, après qu'ils on|; été combinés avec Toxigène , contiendroiait toute leau qui auroit dû se former par la combinaison de cet oxigène avec l'hydrogène qui avoit fait passer les alcalis à Tétat de potassium ou de sodium : or ce résultat n'est point conforme à d'autres expériences dans lesquelles MM. Gay-Lus$ac et Théoard ont

ET MÉTÉOROLOGIE. 3g

cherché à déterminer la quantité d^eau contenue dans les alcalis et celle qui est dégagée dans leur combinaison avec les acides. Ils ont trouvé que Ja potasse, sur loo parties, contient 24 parties d'eau ; et la soude, 20 sur la même quantité; et ils ont vu que lacide carbonique sec dégage une très grande quantité d'eau en se combinant avec les alcalis. « On peut même, disent-ils , par ce moyen ou par le gaz acide sulfureux , rendre Feau sensible dans 2 milligrammes de soude ou de potasse. » Ce qui a conduit MM. Gay-Lussac et.Thénard a à pencher en faveur de l'hypothèse qui consiste à regarder le potassium et le sodium comme des corps simples, n

Depuis que l'on sait à quel point les proportions des principes constituants peuvent varier dans les composés, ron est obligé d examiner les sels sous ce nouveau point de vue.

M. Bérard, chimiste à Montpellier, a fait part à rinstitut de ses recherches sur la combinaison de Facide oxalique avec diverses bases, sujet qui avoît déjà été traité en partie par MM. WoUaston et Thomson.

M. Bérard a commencé par déterminer exacte* ment les proportions de loxalate de chaux, qu'il a trouvées être de 62 d acide et de 38 de chaux. Il a

4o PHYSIQUE j CHIMIE,

reconnu ensuite que loo parties de cet acide cristallisé contenoient 27,3 d'eau.

.Ayant ces premiers éléments /il a combiné cet acide avec la potasse, et il a formé trois sels différents, un oxalate, composé de 100 parties de potasse et de 97,6 d acide, un suroxala te contenant, sur 100 de potasse, 192 d acide, et un quadroxalate composé de 38 1 d'acide sur 100 d alcali, lesquelles parties sont entre elles comme i, 2, et 4- Ce résultatcurieux avoit déjà été trouvé par M, WoUaston,

La soude, Fammoniaque, la baryte, ont donné des oxalates et des suroxalates, mais la strontiane, la inagnésie n'ont pu former que des oxalates, et il est à observer que le suroxalate de baryte a peu de fixité, et qu'il suffît de le faire bouillir dans l'eau pour faire passer ce sel à l'état 4 oxalate. Ce ne sont que les oxalates solubles qui peuvent se combiner avec un excès d'acide, et devenir des suroxalates, et c'est à l'extrême solubilité du suroxalate de potasse que l'on doit de pouvoir former avec çé sel un quadr<:)xaiate.

M. BertboUet nous a communiqué un procédé pour former Te muriate de mercure appelé mercure doux. Il fait voir qu'en faisant passer le gaz mûriatique oxigéné sur le mercure il se combine promptement avec le métal , et forme avec lui du muriate mercuriel; et comme ce sel métallique a

une parfaite analogie avec les sels mercuriels produits par les autres acides et le mercure au minimum doxidation, il en conclut que le mercure, en formant cette combinaison , a été réduit en oxide par 1 oxigène de lacide, et non point par celui de leau qu on pourroit y supposer. Il a tiré cette conséquence de Faction de la chaux sur le gaz muriatique oxigéné : cette terre donne avec le gaz muriatique un composé dont la chaleur dégage une grande quantité doxigène, en laissantdu muriate de chaux. En efFet dans ce cas on ne peut attribuer loxigène qui se dégage qu a la décomposition de 1 acide , et non à celle de leau.

Jusqu a présent on n'avoit pas porté dans l'analyse des substances organisées la précision et l'exactitude que Ion est parvenu à mettre dans l'analyse des corps inorganiques. L'action du feu, à un certain degré sur ces substances, produit des combinaisons dont il n'est point facile de déterminer les éléments par les moyens ordinaires et par ies'procédés leplusgénéralement mis en usage ; unepartiedes produits gazeux n'étoit point recueillie et se perdoit.

M. Berthollef a cherché à porter dans la-détermination des principes qui entrent dans la composition des substances végétales toute la précision que les procédés de la chimie permettent. Pour cet effet

il a soumis chaque substance, autant privée d'ëau que possible, à 1 action de la chaleur, en faisant pas-» ser les produits qui s'en dégagent à travers un tube de porcelaine maintenu rouge, de sorte que tous les produits soient réduits en gaz; puis, après avoir mesuré et pesé ces gaz et les matières charbonneuses restées abandonnées parles substances volatiles, il a fait Tailalyse des unes et des antres. D après ces procédés on peut déduire les quantités de carbone, d oxigène, d'hydrogène, et d'azote, qui entrent dans la composition des végétaux, ainsi que celle des substances solides qui demeurent confondues avec le charbon. Il ne reste qu'une incertitude, c'est celle de la proportion d'oxigène et d'hydrogène qui se trouvent encore dans les plantes après leur dessiccation combinés à l'état d'eau. Dans son premier mémoire M. BerthoUet n'a encore dt)nné que lanalyse du sucre et de l'acide oxalique; il se propose de poursuivre ses expériences.

MM. Gay-Lussac etThénard ont aussi porté leurs recherches sur lanalyse des substances oi^anisées; mais en admettant le principe de M. BerthoUet, qui , comme nous venons de le voir, conduit à réduircf en gaz toutes les substances qui peuvent passer à cet état, ils ont suivi un autre procédé qui consiste àr mélanger les substances qu'on veut analylser avec^ une quantité connue de muriate suroxigéné de pcv

ET MÉTÉOBOL06IE. 4^

tasse, et à faire brûler ce mélange dans un appareil propre à recueillir lea gaa qui se dégagent. Cet appareil est formé d'un tube de verre fermé par un bout, et portant à Fautre un robinet qui empécbe toute communication entre l'intérieur du tube et lair extérieur ; la douille de ce robinet est pourvue d un petit creux, propre à contenir les matières qu'on veut analyser. A ce premier tube en est soudé un second, d'une dimension plus petite, destiné à recueillir les gaz qui doivent se dégager par la combustion des substances.

L'appareil ainsi disposé, et le mélange de la substance à analyser étant fait avec le muriate suroxi» géçé de potasse, on chauffe , et lorsque Tinstrument commence à prendre une température rouge, il y a une vive inflammation , et en même temps il se produit de Teau, de lacide carbonique, du gaz oxi^* gène, et du gaz azote, si la substance analysée oon* tient de ce dernier. En faisant usage de ce moyen MM. Gay^Lussac et Thénard ont troiivéque le sucre, 1 amidon, la gomme arabique, le sucrer de lait, con^ ' tenoient du carbone, de loxigène, et de l'hydrogène, et que ces deux derniers principes étoient justement dans des proportions convenables pour former de leau ; que les substances inflammables, telles que la résine de pin , la résine copale, la cire, rhuile d'olive, eon tiennent plus d'hydrogène qu'il

n'en faut pour saturey leur oxigène, et enfin que les acides végétaux contiennent plus d'oxigène qu'il n'en faut pour saturer leur hydrogène.

D'après ces résultats MM. Gay-Lussac et Thénard proposent de diviser en trois classes toutes les substances végétales, i° celles dans lesquelles Toxi- Ijène et l'hydrogène sont dans des proportions convenables pour former de l'eau ; 2** celles qui cotitiennent de Thydrogèneen excès, comparativement aux précédents ; 3^ celles qui contiennent un excès d'oxigène.

Les essais qu'ils ont faits avec leur appareil ^ur les substances animales lès ont conduits aux résultats suivants : la fibrine, l'albumine; la gélatine, et la matière caséeuse , contiennent du carbone et d^e Toiigène, de l'hydrogène et de l'azote, dans les proportions exactement nécessaires pour former de l'eau et de l'ammoniaque. Ces substances pourroient doi^c être comparées au sucre , à l'amidon , et à la gomme, tandis que les graisses chargées d'un excès d'hydrogéné seroient analogues aux résines, et les acides animaux analogues aux acides végétaux.

Mi Vauquelin a fait de.^ travaux plus particuliers d'analyse végétale pour déterminer les dijRFérences qui se trouvent entre les principes constituants du sucre de canne, de la gomme, et du sucre de lait, et ses expériences qu'il poursuit l'ont dëja conduit

à ce résultat iatéressant que la gomme et le sucre de lait dififèrent du sucre de canne , en ce que la première contient de Tazote , et le second une matière animale. «

«Au reste, dit M. Vauquelin, les diftiérences entre le sucre ordinaire, le sucre de lait, et la gomme, ne consistent pas seulement dans la présence ou dans l'absence de 1 azote, elles tiennent encore aux rapports variés des autres éléments de ces matières; et c est ce qui nous reste à déterminer par des expériences maintenant commencées. >»

M. Guyton a présenté à Flnstitut quelques observations relatives à lart de la verrerie. La première a pour objet la séparation des verres de densité différente par la liquation ; du verre dont le fondant étpit du plomb, se trouvant au fond dun creuset, ne se mêla point à du verre ordinaire dont le creuset avoit été rempli malgré la fusion complète des matières. La seconde est relative à. des essais de creuset-moule pour le recuit des grandes masses de verre. On essaya sans succès de former ces creusets avec de la pierre calcaire ; la matière ne présenta qu'une masse criblée de grosses bulles : formés avec de largile à pots , ces creusets donnèrent un verre parfaitement affiné; mais comme leur retrait nétoit point semblable à celui du verre, et que celui-ci

adhéroit à leurs parois, le refroidissement occasiona dans la masse vitreuse . des fissures qui se dirigeoient du centre à la circonférence. La troisième observation consiste dans la coloration du verre en rouge par le cuivre. On ignoroit le tnoyen de donner aux matières vitreuses une couleur rouge fixe avec le cuivre. Un hasard a fait voir à M. Guyton que cette coloration pouvoit avoir lieu et être de la plus grande fixité, et des expériences qull a tentées Font convaincu de la réalité de sa conjecture.

A cette occasion M. Sage a fait part de ses expériences pour colorer en rouge, au moyen du cuivre, le verre de phosphate de chaux ou des os , et a montré des cristaux de verre , provenant du fond des creusets de la manufacture de bouteilles de Sèvres, qui avoient. quelque ressemblance avec des prismes hexaèdres.

La quatrième observation de M. Guyton a pour objet 1 altération. que le verre éprouve par Faction dune grande chaleur long-^temps continuée, Dans cette altération le verre se dévitrifie, prend une cou^ leur blanche, laiteuse, et la demi-transparenee des agates. C^st proprement la itnatière ^connue sous le nom de porcelaine de Réaumur; mais ce savant attribuoit Topacité et la blancheur du verre aux matières dont il lentouroit. On a reconnu depuis que la présence de ces matièreii n'est point nécessaire,

et que la chaleur seule est suffisante ; mais quelques physiciens attribuoient ces effets à une espèce de précipitation d une portion des matières constituantes du verre. M. Guyton , par des raisons qu'il seroit trop long de rapporter ici , et qui paroissent fondées, attribue cette dévitrification à la vaporisation de quelques unes de ces portions de ma* tières. '

On croyoit pouvoir conclure de quelques observations particulières que les feux des volcans n'agissoient pas comme ceux de nos fourneaux. Mais M. Guyton afeit voir, par des expériences directes, que cette opinion n etoit point fondée; et il a eu l'avantage de convaincre le célèbre minéralogiste Dolomieu, qui en avoit été lauteur.

On sait que Ton est parvenu par des moyens simples à extraire du muriate de soude la soude dont les arts ont besoin , et qui se tiroit autrefois de letranger. Cette fabrication présentoit cependant un inconvénient ; c'étoit la quantité de gaz acides qui se volatilisoient , et qui communiquoient à 1 air des propriétés très malfaisantes. Lesmanufaçturiers ont donc été obligés de chercher les moyens d empêcher que ces gaz^e se répandissent dans l'atmosphère; et entre plusieurs moyens offerts pour arriver à ce but on doit distinguer celui qui a été imaginé par M. Pelletan fils. 11 eoQsiste à foire circuler le gaz

acide muriatique dans de longs tuyaux horizontaux garnis de pierres calcaires qui Tabsorbent.

Dufay avoit annoncé que le bismuth pouvoit servir comme le plomb à la coupellation. M. Sage a montré par des expériences que. ce premier métal ne peut point remplacer le plomb avec avantage , parcequ'il emporte, en passant à l'état de verre, une portion d argent avec lui.

On sait, depuis Blak et Wilke, que les corps ne se vaporisent qu'en absorbant une grande quantité de chaleur, et que toute évapora tion refroidit d'autant plus le corps d'où elle émane qu'elle est plus accélérée ; d'autre part l'on sait que la pression de l'atmosphère ralentit Tévaporation, et que ce changement d'état s'opère dans le vide d'autant plus promptement que ce vide est plus parfait.

M. Leslie, membredelaSociétéroyaledeLondres, a imaginé d'augmenter encore l'effet de la suppression de l'air, en plaçant sous le récipient de la machine pneumatique des corps très avides d'humidité, qui, s'emparant de la vapeur à mesure qu'elle se forme , en multiplient indéfiniment la production ; et il est parvenu , par cette méthode , à un refroidissement si rapide et si violent que leau se gèle en quelques minutes, quelque temps qu'il fasse.

Et MÉTÉOROLOGIE. 49

C'est un moyen d avoir à volonté de la glace presque sans autre frais que le feu nécessaire pour dessécher de nouveau le corps avide d*humidi té que Ion a em* ployé.

L acide vitriolique très concentré, et le muriate de chaux , sont les absorbants les plus commodes pour cet usage.

Deux jeunes chimistes, MM. Clément et Désormes , se sont occupés de déterminer les limites de ce procédé, et le degré d'économie où Ton peut le porter; et, par le calcul de la quantité de calorique contenue dans la vapeur de Teau et de la quantité de charbon nécessaire pour produire une quantité de vapeur donnée , ils ont reconnu qu'il ne faut qu'un peu plus d'une partie de charbon pour réta^ blir dans son premier état l'absorbant qui a servi à geler 5oo parties d'eau. Ainsi i oo livres de glace ne coûteroient qu'une livre et quelques onces de charbon*

On peut augmenter l'effet en empêchant qu'il ne pénètre du calorique du dehors, et il suffit pour cela de rendre le récipient peu conducteur de la chaleur, en le faisant par exemple de deux lames de métal poli, séparées par une couche d'air.

On tire encore de cette accélération de l'évaporation par le vide , augmentée par la présence des absorbants, un avantage plus évident quand il s'agit

BUFVON. OOMPlin. T. II. 4

5o PHYSIQUE, CHIMIE,

seulement de dessécher des substances humides, jiarcequ on évite alors de leur faire subir l'action du feu qui les altère toujours plus ou moins.

Notre confrère, feu M. de Montgolfier, avoit déjà ima{]^iné de dessécher complètement des sucs de plantes, etnotamment le jus de raisin, par la pompe pneumatique; et s'étoit assuré qu'en délayant ce dernier jus dans leau, après qu'il avoit été desséché, Ton pouvoit encore le faire fermenter et en obtenir de très bon vin. Mais il en coûtoit trop de travail, au lieu que l'addition d'an absorbant supplée à laction continuée de la pompe.

Cependant il faut empêcher que ces sucs ne gèlent, inconvénient qui ne seroit pas moins fâcheiïx que ceux qui peuvent résulter du feu. MM. Clément et Désormes ont trpuvé un moyen fort simple d'y parer. Ils enveloppent le vase qui contient le suc à évaporer avec la matière absorbante ; ainsi le calorique, qui se dégage de la vapeur au moment où elle est absorbée, retourne au suc qu'on évapore, et cette circulation fournit à ce qu'exige la nouvelle vapeur.

On peut employer ce procédé avec beaucoup d économie, si l'on commence par réduire le suc à 1 état de sirop, au moyen d'un ventilateur qui est aussi de l'invention de M. de Montgolfier, et que MM. Clément et Désormes ont décrit dans les Jn--

ET MÉTÉOROLOGIE. 5l

finies de Chimie (octobre i8io)« La pompe pneumatique ne s applique qu'au moment où ce ventilateur ne produit plus d'efFet.

Chacun comprend de quelle utilité peut être, pour les usages domestiques , et sur-tout pour la marine et pour les armées, ce nouvel art de conserver dans leur intégrité les substances alimentaires en diminuant beaucoup leur poids, et de transporter sous un petit volume, dans des régions éloignées, la matière fermentescible qui doit donner le vin et lalcohol.

Les mêmes physiciens proposent dappliquer Févaporation dans le vide à la dessication de la poudre qui, se faisant sans feu, se feroit sans danger.

Us se sont aussi occupés de Févaporation ordinaire par le moyen du feu , et ont trouvé un moyen de doubler les effets d'une quantité donnée de combustible sur uu liquide aqueux, tel qu'une dissolution saline. Il ne s'agit que de recueillir la vapeur d'une première portion du liquide , et de la contraindre à passer au travers d'une seconde portion. Cette vapeur très échauffée donne une grande partie de son calorique au nouveau liquide qu'elle traverse, et fait déjà la moitié de la besogne.

Mais de tous les drts celui qui a retiré des découvertes modernes sur la chaleur et sur la vaporisation les avantages les plus étonnants , c'est celui du

distillateur deau-de-vie; le procédé que nous venons d'indiquer n'est même quune imitation de ceux qui ont donné une partie de ces avantagées.

Cette révolution , qui exerce déjà Tinfluence la plus salutaire sur la prospérité de nos départements méridionaux, est due à feu Edouard Adam, distil* lateur de Montpellier.

Le fonds de son procédé consiste à fisiire chauffer une grande partie du vin mis en distillation par la vapeur d'eau-de-vie qui s'élève de la chaudière, et à faire passer cette vapeur par une série de vaisseaux baignés en partie par de l'eau froide, qui lui fait déposer ses parties aqueuses, en sorte que le seul esprit-de-vin bien pur se condense dans le dernier réfrigérant.

De cette manière, au lieu de chaufier d'abord pour obtenir de l'eau-de-vie à 19 degrés, d'où l'on tiroit ensuite par des chauffes successives les esprits-de-vin de différentes forces , Fon a tout d'un coup l'esprit-de-vin au degré que l'on veut. De plus l'ancien alambic ne recevoit que deux chauffes par jour, et celui d'Adam en reçoit huit; ce dernier extrait un sixième de plus d'esprit de la même quantité de vin ; il économise deux cinquièmes de combustible et trois quarts de main-d'œuvre ; enfin Tesprit-de-vin qu'il fournit n'a jamais de goût d'empyreume.

Il n'est pas étonnant qu'avec de tels avanta{];es ce procédé ait été si promptement adopté par les distillateurs ; une ruine infaillible eût été le partage de ceux qui se seroient opiniâtres à suivre 1 ancienne méthode.

M. Duportal, chimiste de Montpellier, en a présenté à rinstitut une description fort exacte qui a été imprimée, et où il indique aussi les perfectionnements qu y a portés M. Isaac Bérard,

Il est essentiel de -remarquer ici que Tidée primitive de chauffer par la vapeur appartient à M. le comtedeRumfort, associé étranger de llnstitut , qui Ta publiée à Londres, en 1798. C'est ainsi quune simple proposition générale, qui ne paroit d'abord qu'une vérité abstraite et sans usages , peut enrichir des provinces entières.

M. le comte de Rumfort, qui a fait en physique un si grand nombre de ces découvertes utiles , et qui a sur-tout fait son étude des avantages de tout genre que nous retirons du feu , a présenté cette année à l'Institut plusieurs recherches sur la lumière.

Après avoir décrit diverses nouvelles formes de lampes propres à décorer les appartements , et à servir de bougeoirs , de lanternes , et de veilleuses , sans aueun des inconvénients que les lampes usi* tées conservent encore dans ces circonstances, il a

cherché à résoudre ce grand problème , sur lequel les physiciens sont divisés depuis plus dun siècle, celui de savoir si la lumière est une substance qui ém^ne des corps lumineuse , ou un mouven^nt imprimé par ces corps à un fluide d'ailleurs impercep tible et répandu dans lespace.

Gomme une quantité donnée d une espèce donnée de combustible dégage toujours en se brûlant i^ne même quantité de chaleur, elle devroit au^i, s est dit M. le comte de Rumfort, dégager une même quantité de lumière, si la lumière y étoit contenue dé la même faqon que la chaleur; car ceu:!( même qui ne considèe^t pas la chaleur comme une sub^ stance conviennent que c'est une force , une quantité de mouvement qui pept être concentrée dans un corps, et qui $en dc-gage en même quantité qu elle y a été mise, comme un fèswrt se débande.

Au contraire, si la lumière n'e&t qu'un mouve* ment imprimé à Véther par les vibrations des corps qui brûlent, sa quantité pourra être proportion-^ nelle , aon pas à la quantité de ce corps qui a^ra été brûlé , mais à la vivacité avec laquelle la com* bustion s'en sera fixité, et sur-rtout au temps que chacune de ses particules sera restée échauffée au degré convenable pour ébranler celles de l'éther.

Ayant fait ses expériences d'après ces idées, soit avec des lampes , soit avec des bougies , il a trouvé

que la chaleur, dégagée dans un temps donné, étoit toujours proportionnelle à la quantité d*huile ou de cire bi*ûlée , tandis que la quantité de lumière fournie dans le même temps varioit à un degré étonnant, et dépendoit sur- tout de la grandeur de la flamme, grandeur qui retarde son refroidissement : une petite mèche de veilleuse , par exemple, donne seize fois moins de lumière qu'une bougie commune , en brûlant autant de cire , et en échauffant la même quantité d'eau au même degré.

Ainsi tout ce qui peut maintenir la chaleur de la flamme contribue à augmenter la lumière, et Ton peut arriver à des résultats vraiment surprenants.

M. le comte de Rumfort, qui avoit reconnu par des expériences plus anciennes que toute flamme est transparente pour une autre flamme, a combiné ses deux découvertes ; et , ayant construit des lampes où plusieurs mèches plates , placées parallèlement les unes aux autres, se garantissent mutuellement contre le froid, il leur a fait produire une lumière égale à quarante bougies; et il pense que Imtensité où Ton pourroitarriver n'a pas de terme, ce qui peut devenir de la plus grande importance pour les fanaux; car jusqu'ici il n a voit pas été possible d en porter la lumière au-delà de certaines limites, parcequ'en agrandissant trop les mèches à

double courant dair, leur lumière diminuoît en vertu de causes que les expériences dont nous venons de rendre compte expliquent fecilement.

Ce quç nous avons dît ci-dessus du refroidissement des corps par 1 evaporation est un cas particulier de cette loi , que tout corps qui se dilate absorbe de la chaleur, tandis qu'il en dégage en se condensant. Cette loi soufFre cependant quelques conceptions , et il en est qui sont connues et expli-r quées depyis longitemps ; telles que celle du nitre, qui garde çn beaucoup de circonstances, en se condensant, une grande proportion de chaleur dont les efFeîs sont assez sensibles lors de la couit bustion ^e la poudre ; mais il y a aussi de ces excep-r tions qui tiennent à des causes plus obscures ; telle e§t celle que M. Thillaye , professeur au Lycée impén rial , a fait cpnnottre^

I^e mélange dç J esprit-deryin avec Feau est ton* jours accompagné d une élévation dans la température , et il s'y fait généralement une condensation plus forte qu'elle ne devroit être d'après la densité proportionnelle des deux fluides , condensation d'après laquelle on explique cette chaleur.

Mais M. Thillaye a trouvé que , lorsque l'alcohol est foible, Ipin que le m^élange se condense, il se raréfie , et que cependant la chaleur se maniieste comme à l'ordinaire. Il a construit de$ tables de ses

expériences, d'après lesquelles on voit que ralcohol, à 0,9544 ^^ densité, commence à donner de la raréfaction. Le maximum de FefFet se montre quand 1 alcohol est à 0,9688 , et qu on le mêle avec une fois ^t demie son poids d eau ; et l'élévation de température est encore de deux degrés.

Le cas contraire, celui des condensations sans dégagement de chaleur, produit les matières détonantes, dont la plus connue, comme nous venons de le dire, est la poudre à canon. L*une des plus terribles est cette espèce de poudre où Ton substitue au nitre le muriate oxygéné de potasse; mais elle est aussi lune des plus dangereuses , car elle détone par la simple percussion, et même par le firottement. Cependant on a imaginé d*en faire usage pour amorcer les fusils , parceque n'ayant pas besoin d'étincelle , elle ne manque jamais son effet, et même un arquebusier, M. Page , a inventé des platines appropriées à cet usage; mais comme le plus léger frottement Fenflamme, il est dangereux même de l'employer ainsi.

MM. Bottée et Gengembre ont cherché une poudre qui conservât I9 faculté de détoner par le choc 9 sans exposer au danger d'uneexplosion spontanée; et, après avoir fait de nombreux essais, ils en ont trouvé une qui remplit toutes les conditions désirables. Elle se compose de cinquante-quatre

parties* sur cent de muriate sttroxygéné , de vingt et une de pitre ordinaire, ou nitrate de potasse; de.diix-huitde^s^tifrèi ^de sept de poudre delycopode. ÈUe exige le choc des corps les plus durs ; et, ce qui est le plus particulier, la partie seule qui reçoit le choc détonne ; les parties voisines ne font que senflammer par communication , mais elles ne produisent aucune explosion , en sorte que cette poudre est absolument âans danger : elle a donc de rimportance, puisqu'elle rend facile l'usage d'un procédé qui en a lui-même. ^

Les recherches des chimistes sur les moyens de suppléer aux denrées exotiques continuent avec tout le zèle que les invitations du gouvernement sont faites pour inspirer.

Notre confrère M. Dey eux a publié une instrucîtion sur les précautions à prendre dans la culture de la betterave, pour la rendre plus abondante en matière sucrée. M. Zanetti a présenté des expé^ riences sur la qualité sucrante du suc de maïs* M. Deslonchamps , médecin à Paris , en a jfait sur lés effets du suc de pavot des jardins , comparés à ceux de l'opium d'orient ; ilies ^ trouvés sembla-» bks pour le suc obtenu par l'incision des capsules , deux fois {Jus foibles pour celui qui résulte de leur expression , et quatre fois pour l'extrait des feuilles et des tiges ; le premier seul a l'odeur vireuse dont

ET MÉTÉOROLOGIE. Sg

oa croit que dépendent les mauvais eflets de l*opîuni.

M. Chevreul j aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, a travaillé sur le pastel, pour éclairer ceux qui essaieront de lui faire reprendre dans la teinture la place que Imdigo lui avoit enlevée ; ou plutôt il a feit de cette plante intéressante 1 objet de recherches encore plus générales , et propres i perfectionner toutes les méthodes d analyse végétale. Q a fait voir que la fécule du pastel est composée de cire, et d'une combinaison d'une résine verte , d une matière végéto-animale , et d'un indigo à Fétat de désoxidation , mais qui peut aisément reprendre de Toxigène. lie suc Bltré lui a encore donné des substances dont le nombre et la variété sont faits pour étonner, et d'où Ion peut conclure que quelques unes de celles qu'on a regardées jusqu'ici comme des principes immédiats des végétaux se laissent encore diviser, sans décomposition, en principes p)us simples.

Le même chimiste a présenté un travail analogue sur le bois de campèche; il y trouve quinze prin-^ cipes difSérents, dont le plus remarquable est celui qu'il a nommé campechium y et auquel ce bois doit sa propriété tinctoriale. Geprincipeest bran'TOuge, sans saveur et sans odeur ; il cristallise, donne à la cbstilkition tes mêmes éléments que les substances

6o PHYSIQUE, CHIMIE,

animales, se combine avec tous les acides et toutes les bases salifîables , et forme avec les premières de ces substances des combinaisons rouges ou jaunes, selon la quantité d acide employée; et avec les autres des combinaisons bleues-violettes, et cela avec tant de facilité qu'on peut remployer avec plus de sûreté que le sirop de violette pour reconnoUre les alcalis ; mais loxide d'étain au maximum fait ex* ception à cette règle ; il agit sur le campechium comme un acide, et le rougit, tandis que Fhydrogène sulfuré qui , dans tant d'autres circonstances, se comporte comme les acides , décolore le campe-" cfaium.

On n avoit encore appliqué la théorie des affinités qu a la décomposition réciproque des sels solubles : il restoit à savoir si les sels insolubles ne sont pas susceptibles aussi d'échanger leurs principes avec certains sels solubles. M. Dulong a examiné cette question d'une manière générale dans un mémoire présenté à l'Institut, et qui est la première production de ce jeune chimiste. Il y traite d'abord en particulier de l'action des carbonates et des souscarbonates de potasse et de soude sur tous les sels insolubles ; et il parvient à ce résultat remarquable , que tous les sels insolubles sont décomposés par les deux carbonates précédents, mais que l'échange mutuel de leurs principes ne peut se faire complè-*

ET MÉTÉOROLOGIE. 6i

tement dans aucun cas; et. réciproquement, que tous les sels solubles , dont lacide peut former un sel insoluble avec la base des carbonates insolubles, sont décomposés par ceux-ci, jusqu a ce que la dé^ composition ait atteint une certaine limite qui ne peutplusétre dépassée : en sorte quedans des circonstances identiques il se produit des combinaisons absolument opposées. M. Dulong observe qull n'existe peut-être aucun fait qui soit plus évidemment en contradiction avec la théorie des affinités de Bergman. Il fonde Texplication qu'il donne de ces phénomènes , en apparence contradictoires , sur les changements qui surviennent pendant le cours de la décomposition dans le degré de saturation de Talcali , qui est toujours en excès , et fait une nouvelle application du principe si bien établi par M. Berthollet sur l'influence de la masse dans les phénomènes chimiques. Enfin il déduit de cette théorie un moyen de prévoir quels sont les sels solubles susceptibles de décomposer un sel insoluble donné.

Le célèbre Scheele découvrit en 1780 que le bleu de Prusse n'est qu'une combinaison du fer avec un acide particulier que les chimistes ont nommé depuis acide prussique. On ne l'avoit encore obtenu que mêlé de beaucoup d eau. M. Gay-Lussac , en décomposant le prussiate de mercure par

6a PHYSIQUE, CHIMIE,

l'acide muriatique à laide de la chaleur, en recevant le produit dans des flacons entourés de glace, et en le rectifiant sur du carbonate et du muriate de chaux , est parvenu à donner à Tadde prus^ique la plus grande concentration. Dans cet état cet acide jouit de propriétés remarquables. Son odeur est presque impossible à supporter; et, ce qui est plus curieux, il entre en ébuUition à 26 degrés, et se congèle à 1 5 ; intervalle si peu considérable que, quand on en met une goutte sur une feuille de papier, levaporation d'une partie produit a&sez de ' froid pour congeler le reste.

M. BouUay, pharmacien de Paris , à qui Ton doit la découverte d un éther phosphorique, en a aussi formé un avefc de lalcohol et de l'acide arsenique; mais il faut employer pour cela ]peaucoup de ces deux substances* Les propriétés de cet éther sont semblables à celles de Téther sulphurique ou ordi^ naite , et la théorie de sa formation est la même.

Mi Chrétien , médecin de Montpellier, ayant fait connoitre dans les préparations d'or des propriétés très remarquables contre les maladies syphilitiques et lymphatiques, lattention des chimistes s'est portée sur ce métal , et MM. Vauquelin , Duportal , et Pelletier, ont examiné de nouveau ses dissolutions , pour acquérir des connoissances plus précises de 1 état où il se trouve dans les pté{>aratîotis pharmâ-

ccutiques. Néanmoins ii restoit encore beaucoup dmcertitude sur ce sujet, parceque les propriétés chimiques de plusieurs des combinaisons de For sont très fugitives.

M. Oberkampf le fils a présenté cette année à rinstitut un premier essai de ses travaux en chimie, dans lequel il fait disparoitre plusieurs de ces incertitudes. Il a produit des sulfures et des phosphures dor, et montré que les différences étonnantes, observées dans faction des alcalis sur les dissolutions dV)r, tiennent à la proportion de lalcali : s'il y en a assez, le précipité est noir, et c'est un véritable bxide d'or; s'il n'y en a pas suffisamment, le précipité est jaune, et c'est un murtate avec excès d'oxide; la différence de proportion de l'acide ne produit pas des effets moins variés ; enfin, dans la précipitation par Toxide d'étain, les résultats diffèrent encore beaucoup, selon la proportion de l'oxide. M. Oberkampf a déterminé la quantité d'oxigèneque contient l'oxide d'or, et qui est telle que sur loo parties il y en a 90,9 d'or, et 9, 1 d'oxigène.

Nos confrères MM. Thenard et Gay-Lussac ont fait imprimer cette année leurs Recherches fhysicochimiques y où ils ont recueilli tous les mémoires quils ont lus à l'Institut jusqu'à cette époque, et un assez grand nombre d'autres, tous plus ou moins

importants pour les sciences que ces jeunes chi-^ mistes cultivent avec tant d*éclat.

MM. Bouillon-La-Grange et Vogel ont publié une traduction françoise du Dictionnaire de Chimie de M. Klaproth , associé étranger de Tlnstitut ; ouvrage qui offre en peu de volumes toutes les notions essentielles de la, chimie, exposées avec autant de ciai*té que de solidité, et d'après les découvertes les plus nouvelles.

Depuis que les chutes des pierres de Fatmo* sphère sont un phénomène reconnu , on l'observe souvent. Le général comte Dorsenne a adressé d'Espagne à Tlnstitut une de ces pierres tombée en Catalogne. M. Pictet , correspondant , nous a donné des détails sur deux autres, dont Tune est tombée sur un vaisseau, cas jusqu'à présent unique dans l'histoire de ces chutes.

M. Sage , à l'occasion des trombes qui ont exercé cette année leurs ravages , l'une près de Montmédy, le 2 3 avril, l'autre à Moyaux , près de Lisieux, le 2 mai, ^ rappelé, dans un mémoire historique, les circonstances de plusieurs phénomènes de ce genre observés en différents temps.

Chacun sait que la chaleu r est Tun des principaux instruments de la chimie et lune des plus grandes forces qui agissent dans ses phénomènes ; 6n peut la considérer en elle-même , dans ses effets , ou dans ses sources.

M. le comte de Rumfôrt, constamment occupé des sciences dans leurs rapports avec les besoins de la société, a traité cette année de la chaleur sous ce dernier point de vue, et a cherché avec beaucoup de soin à déterminer quelle quantité il s en développe dans la combustion de chaque substance.

Pour arriver à ce but il fàlloit d'abord avoir un moyen général de mesurer exactement ces quantités de chaleur ; et quand on réfléchit à la complication duphénoméne de la combustion , Ion sent aisément combien de difficultés dévoient arrêter M. de Bumfort dans ses tentatives. Ce n*est qu'après vingt ans de travaux qu'il est parvenu à les vaincre.

Son idée principale étoit de mesurer la quantité d'eau qui passe d'un degré fixe à un autre également fixe par la combustion d'une quantité bien déterminée de chaque substance.

L'appareil qu'il a imaginé pour cela consiste en un récipient prismatique et horizontal de cuivre , où l'on a pratiqué deux goulots : l'un près d'une

•UPPOM. COMPLBM. T. U. 5

extrémité, pour recevoir un thermomètre; l'autre au milieu de la partie supérieure, par lequel on verse Veau , et que Ion (erme par un bouchon. Dans rintérieur du récipient est une espèce de serpentin de forme aplatie qui en couvre tout le fond sans le toucher, et qui doit recevoir les produits aériformes de la combustion par le moyen d un tuyau vertical soudé à son orifice. Ce serpentin revient trois fois sur lui-même, et son autre extrémité traverse hori* zQntalement la paroi verticale du récipient qui lui est contigu. La bonté de tout lappareil dépend essentiellement de la forme plate du serpentin, qui doit exactement transmettre au liquide contenu dans le récipient toutes les portions de la chaleur qu'il reçoit lui-même du corps qui brûle.

Cependant le récipient, une fois deyenu plus chaud que lair environnant, devoit perdre du calorique qu'il auroit reçu ; et Tazote de l'air qui auroit servi à la combustion, se trouvant avec les autres produits dans le serpentin, devoit aussi en garder une portion.

Pour remédier à ces deux causes d'erreur M. de Rumfort a eu l'idée aussi simple qu'efficace de corn*mencer toutes ses experience&à un degré déterminé au-dessous de l'air en vironnant , et de les faire cesser quand l'eau du récipient étoit arrivée à autant de degrés au-dessus ; de sorte que dans le commen-^

cernent l'air environnant et Fazote ibuimissent à l'eau précisément autant de calorique qu'ils lui en reprennepi ensuite.

Le réservoir cylindrique du thermomètre a pré^ cisément la même hauteur que le récipient, en sorte qu'il indique exactement la chaleur moyenne de toute la masse de l'eau.

M. de Rumfort, muni de cet appareil, a donc brûlé successivement différents combustibles, mais en prenant des précautions telles que leur com«» bustion fût complète , c'est-à-d^e qu'ils ne laissassent aucun résidu , et ne donnassent ni fumée ni odeur; car il considéroit avec raison la plus légère odeur comme la preuve qu'une partie de combustible s'étoit vaporisée sans brûler. Il a trouvé ainsi qu'une livre de chaque substance faisoit passer de la tem» pérature de la glace fondante à celle de l'eau bouillante, savoir:

La cire blancke 94^^^ livres d'eau.

Lliuile dVlive 90439 id.

L'huile de edza 93073 id.

L'aloobol.. 67470 id,

L'ëther sulfurique 8o3o4 id.

Le naphte 73376 id.

Le suif. 83687 id.

Ce qui est très remarquable c'est qu'en anhnet-

tant les analyses de ces rabscances faites par Lavoi*

sier, Cruickshansk, MM. de Saussure, Gay-Lussac, et Thénard, et en calculant la chaleur qui auroit été produite par Thydrogène et le ^rbone qui entrent dans leur composition si on les eût brûlés séparément, on arrive à très peu près aux mêmes résultats.

Nous ne pourrions faire sentir tout le mérite de ces recherches qu'en rapportaiit les nombreux calculs de l'auteur; et c'est ce que la nature de notre travail rie comporte pas^

Muni de ces connoissancès préalables, M. de Rumfort est passé à la détermination de la quantité de chaleur développée par la combustion des. différents bois; mais ici le problème devenoit plus compliqué. Une haute température produit de nombreux changements sur le bois ; une partie de ses éléments est expulsée , une autre contracte des combinaisons nouvelles: il falloit donc examiner d'abord la structure des bois, la gravité spécifique de leurs parties solides, la quantité de liquides et de fluides élastiques qu'ils contiennent dans leurs divers états, enfin ce qu'ils fournissent de charbon.

Après les avoir exactement desséchés dans une ëtuve, M. de Rumfort est arrivé à ce résultat singulier que la pesanteur spécifique de la matière solide qui fait la charpente du bois est à-peu-près la même dans tous les arbres; il a reconnu par le

nième moyen que la partie ligneuse dans lé chèoe en pleine végétation ne fait pas quatre dixièmes du total : lair en fait un quart , et le reste est de la sève. Les bois légers ont encore beaucoup moins de parties solides; mais il y a des variations selon les saisons et lage des arbres. Le bois sec ordinaire contient encore près d'un quart de son poids d'eau , et il n y en a jamais moins d'un dixième dans les plus vieilles poutres placées depuis des siècles dans des charpentes.

Par des expériences exactes de carbonisation M. de Rumfort a trouvé que tous les bois absolument ^ecs donnent de ^2 h ^3 centièmes de charbon ; d'où il a conclu que la mdtière propre du bois est identique dans tous les arbres. Cette perte que le bois le plus sec éprouve encore quand on le car* bonise, la quantité absolue de carbone déterminée par MM. Thénard et Gay-Lussac à 52 ou 53 centiènies , les matières qui se déposent sur les vases , enfin ce fait que le bois trop desséché, trop rapproché de l'état de charbon , développe moins de chaleur , lui font j uger qu'il existe autour de la fibre charbonneuse proprement dite, ou du squelette du bois (comme Fauteur Tappelle), une autre substance qu'il compare à quelque&égards aux muscles, et qu'il nomme chair végétale. C'est sur cette enveloppe que se porte la première atteinte du feu ,

•yo PHYSIQUE, CHIMIE,

parcequ'elle contient de l'hydrogène qui la rend plus inflammable, et qui contribue beaucoup à la chaleur donnée par chaque bois.

Des nombreuses expériences et des calculs compliqués de M. de Rumfort est résulté enfin une table de la quantité d eau que les divers bois, selon leur plus ou moins de dessèchement, peuvent faire pas* ser respectivement de la température de la glace fondante à celle de leau bouillante, table 6ù Ton voit que le tilleul est le bois qui donne le plus de chaleur, et le chêne celui qui en donne le moins.

Il résulte encore de ses analyses que la perte de chaleur inévitable dans la carbonisation du bois est de plus de ^2 pour cent, mais quelle est de plus de 64 par les procédés ordinaires des charbonniers, parcequ ils forment beaucoup d acide pyroligneux qui consomme cette grande proportion de carbone ; enfin que tout le charbon fourni par une quantité d'un bois quelconque ne donne pas plus de chalicur que le tiers de la mènie quantité brûlé à Tétat de bois.

M. de Rumfort croit encore avoir reconnu dans le cours de ses expériences ce £giit important pour la chimie, que le carbone peut s'unir à Foxygène et former avec lui de Facide carbonique à une température beaucoup plus basse que celle où il brûle visiblement.

La difficulté de suivre ici le savant physicien dans ses calculs compliqués sur la plus fp^nde intensité de chaleur qu'il est possible de produire^ et sur la quantité de chaleur produite par la condensation de la vapeur de 1 eau et de lalcohol , nous oblige à nen citer que les principaux résultats. Il établit par exemple que la température de Teau a linstant où elle se forme par la combinaison de l'oxygène et de Thydrogène est huit fois plus élevée que celle du fer chauffé au point de parottre rouge en plein jour, et que leau bouillante, en passant à Tétat de vapeur^ rend latents io4o degrés de chaleur, ou, ce qui revient au même, que cette quantité se développe quand la vapeur deau se condense.

Selon les mêmes expériences la capacité de la vapeur d'eau pour la chaleur diminue avec sa températui-e ; et des phénomènes relatifs à la vapeur dalcohol on peut conclure que ITiydrogèneet l'oxygène qui entrent dans la composition de ce liquide n'y tout point à letat d'eau.

L'Institut avoit proposé pour sujet de l'un de ses prix de physique la détermination de la capacité dies gas oxygène, acide carbonique, et hydrogène, pour la chaleur.

Ce prix vient d'être décerné à un mémoire de MM. François Delaroche et Bérard. Ces deux phy-

siciens ne se sont pas bornés à résoudre la question proposée : embrassant la matière sous un point de vue général , ils ont examiné encore d autres gaz , et ont aussi cherché à déterminer la capacité de la vapeur aqueuse et celle de tair sous des pressions différentes; ils ont trouvé, entre autres résultats intéressants, que la capacité d'une masse donnée d'air augmente avec son volume. Ramenant enfin toutes les capacités à celle de Tcau , les auteurs ont dressé la table suivante, comme résultat définitif de leur travail : " '

Capacité de Feau i,oooo

Air atmosphérique 0,2669

Gaz faydrog^ène , 3^2936

Gaz acide carbonique 0,2210

Gaz oxygfène o,236i

Gaz azote o,2'754

Gaz oxyde d'azote 0,2869

Gaz oléfiant. 0,4^07

Gaz oxyde de carbone 0,2884

Vapeur aqueuse . , 0^8470

La chaleur pénétre tous les corps ; elle contribue essentiellement à leur dilatation , et on Fen exprime en quelque sorte chaque fois qu'on les réduit, par une opération quelconque , à des dimensions plus petites.

Ainsi Ton sait, par les expériences faites à Lyon il y a dix ans par M. Mollet, que lair comprimé

ET MÉTÉOROLOGIE. yS

subitement développe de la chaleur, et que cette chaleur est accompagnée de lumière. Ce phénomène a donné lieu d'imaginer Finstrument commode que Ton appelle briquet à piston.

M. Dessaignes, habile physicien de Vendôme, dans un mémoire dont nous avons rendu compte, ayant soumis différents gaz à la même opération , obtint des effets semblables, et Ion en conclut avec une apparence de raison qu'ils dévoient se reproduire dans tous les fluides aériformes ; mais M. de Saissy, médecin de Lyon, ayant répété les expé- '^iences de M. Dessaignes, n^est parvenu à rendre lumineux que le gaz oxygène, le gaz acide muriatique , et lair commun : le premier des trois est celui qui lui a donné le plus de lumière ; après lui vient l'acide muriatique: lair commun en a donné le moins. Les autres *gaz ne sont devenus lumineux qu'autant que Ion y a ajouté deux centièmes d'oxygène.

M. de Saissy conclût de là que les fluides aériformes n'ont la propriété de dégager de la lumière par la compression que lorsqu'ils contiennent du gaz oxygène libre ou fbiblement combiné ; il pense que ce Élit, une fois bien constaté, pourra donner une nouvelle probabilité à l'opinion que la chaleur et la lumière sont des substances différentes.

La doctrine de M. le comte Berthollet sur les

74 PHYSIQUE, CHiMlË,

actions diverses qui influent dans les résultats définitifs des phénomènes chimiques repose entre autres sur ce fait, à*peu-prè^ général, qu un alcali qui décompose une combinaison saline ne fait que lui enlever la portion d acide qui lui donnoit sa solubilité, et qu aussitôt que cette combinaison est devenue insoluble elle se précipite en conservant le reste de son acide et même eh prenant souvent une portion de Falcali qui agit sur elle; en sorte que le précipité est jiresque toujours plus ou moins composé. Cependant M. Toboalda.avoit annoncé que les alcalis purs précipitent du muriate suroxygéné de mercure, vulgairement appelé 5iiblimé corrosif, un oxyde de mercure dépouillé de tout acide. M. BerthoUet, voulant vérifier cette expérience, a trouvé que ce précipité n'est pur qu autant que Ton met dans la dissolution de sublimé corrosif plus d^alcali qu'il n'en faut pour en enlever tout l'acide muriatique. Dans le cas contraire le précipité conserve toujours une portion d'acide qui varie selon les circonstances. L'espèce de Falcali est indifférente; mais quand la potasae, par exemple , est complètement saturée d'acide carbonique, elle ne décompose point le muriate mercuriel. Au contraire, si l'on emploie un souscarbonate de potasse, c'ést-à-dire une potasse imparftiitement sattirée, ce sous-carbonate agit jusqu'à

ce qu'il ait perdu la potasse qu*il av(àt en excès ; mais, dans ce cas, le précipité retient à-larfois de Facide muriatique et de la potasse.

Les alcalis produisent les mêmes efiPets sur le nitrate de peroxyde de mercure, et des expériences Élites sur du sulfate d alumine ont encore donné des résultats analogues, c'est-à-dire qu'elles ont concouru à confirmer la loi établie par M. Berthollet.

lie même savant avoit fiiit il y a long-temps des expériences pour reconnoltre les proportions d'oxy> gène et d'acide muriatique qui constituent l'acide muriatique oxygéné; mais M. Chenevix ayant oh^ tenu depuis d'autres résultats, M. Berthollet est revenu sur ce sujet. Il a reconnu que la lumière qu'il avoit d'abord employée comme agent principal n'enlève qu'une certaine proportion d'oxygène à l'acide, quoiqu'elle le ramène par-là à un état où son action sur les réactifs diffère peu de celle de l'acide muriatique simple. Il en conclut que cet état est un premier degré d'oxygénation de la base muriatique ; et , décomposant Facide oxygéné parfait par le moyen de TaHimoniaque , il y a trouvé ^3,64 d^oxygèiie sur 100, au lieu de 9,4 ^ qu'avoit donné sa première analyse.

Dans un de ses précédents mémoires M. Ber^ thoUet avoit fait connoitre des laits d^où Ton pouvoit aisément conclure qu'il existoit des gaz hydro-

gènes carbures , mais il avoit négligé de tirer cette conclusion.

L analyse que M. de Saussure a faite du gazoléfiant a rais cette yérité dans tout son jour en démontrant qu'en effet ce gaz ne contient point d oxygène, et qu'il est un véritable gaz hydrogène carburé composé, sur 100 parties, de 86 de carbone et de 1 4 d'hydrogène.

M. Dalton, en traitant le même sujet dans sa Chimie philosophique, a cherché à établir que la combinaison de l'hydrogène avec le carbone se fait seuleinent dans deux proportions fixes. Par l'une on a le gazoléfiant, et par l'autre lé gaz inflammable des marais ; il considère les gaz nommés par M. BerthoUet hydrogènes oxycarburés comme des mélanges de gaz hydrogène carboné, de gaz oxyde de carbone, et d'hydrogène.

Selon M. Dalton le gaz oléfiant qu'on soumet à ta chaleur ou à l'action de l'étincelle électrique passe à l'état de gaz des marais en déposant la moitié de son charbon, et le gaz des marais soumisaux mêmes actions se décompose entièrement ; et si avant d'être arrivé à cette entière décomposition on obtient un gaz particulier, ce gaz est un mélange d'hydrogène avec le gaz carbure des marais.

M. Berthollet a répété ces expériences avec l'électricité, mais elles ne l'ont point conduit aux résul-

tats annoncés par M. Dalton : une partie seulement du gaz a été décomposée , et celle qui est restée intlécomposée a résisté à la plus forte action de Télectricité. M. BertboUet conclut aussi, contre lopinion de M. Dalton, que la petite quantité d azote qui se trouve dans le gaz des marais fait une partie constituante de cette combinaison; car ce g[az, recueilli dans des marais à des époques très éloignées, a toujours donné la même quantité d azote.

Enfin M. BerthoUet, ayant soumis à Faction de ^ la chaleur le gaz oléfiant, n'a pas obtenu davantage les résultats annoncés par M. Dalton ; et, bien loin de n avoir trouvé que deux combinaisons entre le gaz hydrogène et le carbone, il a vu au contraire que ces substances peuvent s'unir dans des proportions indéfiniment variables , selon le plus ou moins de chaleur qu on leur a fait éprouver.

M. BerthoUet a aussi exposé au feu le gaz oxycarburé, et a obtenu des résultats analogues à ceux dont il vient d*être question. Ce gaz a déposé du charbon, et sa légèreté spécifique a augmenté. Du gaz oxyde de carbone a été exposé dans un tube incandesc,ent à l'action de Fhydrogène sans éprouver de décomposition ; ce qui est opposé à Tidée de M. Dalton, qui regarde le gaz oxycarburé comme un mélange de gaz oxyde de carbone et de gaz hydrogène carburé: car, pour expliquer cette expé-

rience par Thypothèse de M. Dalton, il faudroit attribuer tous les changements que la chaleur opère dans le gaz oxycarburé au gaz hydrogène carburé qu'il contiendroit ; ce qui est fort difficile, M. Ber<thollet ayant prouvé par une expérience directe que rhydrogène n^a aucune action sur le charbon.

M. Thénard a fait sur le gaz ammoniac des expériences bien singulières et à-peu-près inexplicables dans I état actuel de la chimie.

Si Ton expose ce fluide bien pur à une haute chaleur dans un tube de porcelaine bien imper^ méabie, il s'en décompose à peine quelques parcelles ; au contraire la décomposition va très vite si Ton met dans ce même tube du fer, du cuivre, de largent , de lor, ou du platine : ces métaux éprou* vent un changement dans leurs qualités physiques; mais ils n'augmentent ni ne diminuent de poids, n enlèvent ni ne cèdent au gaz rien de popdérable. Le fer possède cette propriété au plus haut degré ; les métaux différents des cinq que nous avons cités n'en jouissent point du tout. Le gaz décomposé par ce singulier moyen donne toujours trois parties d'hydrogène contre une dazote. Le soufj?e et le charbon le décomposent aussi , mais en formant avec ses éléments de nouvelles combinaisons; ce qui rentre dans les phénomènes ordinaires.

Un métal ne peut se dissoudre dans un acide sans

être oxydé, et c'est tantôt à lacide même, tantôt à 1 eau,qu il prend 1 oxygène nécessaire : mais il arrive aussi quelquefois qu une dissolution saturée d'un métal dans un acide, si elle est aidée par la chaleur, peut encore dissoudre une nouvelle portion de métal ; et c'est ce que M. Proust a découvert pour le nitrate de plomb. Dans ce cas est-ce lacide ou loxyde métallique de la dissolution qui fournit Toxygène à cette nouvelle portion de métal? &f. Proust, et M. Thomson, qui a répété ses expériences, ont pensé que [oxygène vient de loxyde ; d'où il résuU teroit que la totalité du plomb ainsi dissous auroit proportionnellement moins d'oxygène , ou , en d'autres 4ermes, qu'il seroit moins oxidé que celui qui entre dans une dissolution faite à froid, et qui est connu sous le nom d'oxyde jaune.

Mais M. Chevreul , aide naturaliste au Muséum dbistoirc naturelle, ayant examiné de nouveau cette question, a trouvé qu'il se dégage du gaz nitreux quand on dissout ainsi de nouveau plomb; ce qui ne peut se faire sans que l'acide nitrique perde de son oxygène: d'où ce chimiste conclut que c'est lacide qui fournit loxygène au nouveau plomb, et que la dissolution définitive n'est plus un nitrate, mais bien un nitrite, c'cst-à^ire que l'acide est à un moindre degré d'oxydation.

Une propriété remarquable qui sert à distinguer

8o PHYSIQUE, CHIMIE,

les nitrites de plomb des nitrates , c'est de former dans les nitrates de cuivre un précipité composé d'une certaine quantité d'hydrate de cuivre et de plomb.

D'après ces expériences M. Chevreul rend à l'oxyde jaune de plomb son rang de protoxyde , c'est-â-dire de celui où il entre le moins d'oxygène.

Le travail'de ce chimiste l'a conduit à examiner d'une manière générale Içs sels que forme le plomb avec l'acide nitrique ; et il a prouvé qu'il peut exister deux nitrates et deux nitrite^, dont l'un, dans chaque espèce, contient deux fois plus d'oxyde que lautre. Il soupçonne même qu'il existe un troisième nitrite contenant quatre fois moins d'oxyde q«e le premier.

Les corps poreux absorbent des gaz dans diverses proportions, et le charbon est un de ceux qui en absorbent le plus. La connoissance précise des limites de cette absorption étant fort importante dans les opérations de la chimie, M. de Saussure s'en est occupé récemment avec beaucoup de soin et de succès.

Tous les charbons n'ont pas cette propriété au même degré, et tous les gaz ne se laissent point absorber en même quantité. Le même charbon absorbera quatre-vingt-dix fois son volume de gaz ammoniac et à peine i ,7 5 de gaz hydrogène.

ET MÉTÉOROLOGIE. 8l

M. Thénard a répété ces expériences avec quelques variations , et en a obtenu à-|)eu-près les mêmes résultats, dont il a dressé une table. Il a observé, ainsi que M. de Saussure, et comme M. de Bumfort Ta aussi remarqué dans d'autres expériences, que le gaz oxygène se change en acide carbonique, quoique la température soit peu élevée. Le gaz nitreux sedécomposeen partie, etdégagedu gazacide carbonique et de T^zote. Mais Thydrogène sulfuré est le gaz dont labsorption ofFre les phénomènes les plus intéressants : il se détruit en peu de temps, et donne de leau , du soufre , et assez de calorique pour que le charbon s échauffe beaucoup.

M. Lampadius, chimiste et physicien allemand, en distillant des pyrites martiales avec du charbon, avoit obtenu une substance liquide et volatile dont la nature étoit encore douteuse.

M. Lampadius lui-même et feu M. Amédée BerthoUet la considéroient comme un composé de soufre et d'hydrogène, MM. Clément et Desormes comme une combinaison de soufre et de charbon.

M. Clusel, préparateur de chimie à l'École polytechnique, ayant voulu fixer les opinions sur la nature de cette substance, a d'abord essayé de la décomposer en la faisant passer sur des lames de cuivre dans des tubes chauffes : mais ce moyen ne

BUFFON. COMPLBM. T. II. 6

lui ayant pas entièrement réussi, il a cherché à en opérer l'analyse par la pile de Volta ; et après de nombreuses tentatives, des précautions délicates et multipliées, et un emploi savant de Faction chi* raique des différents corps, il a cru y reconnoître, sur I oo parties, près de 69 de soufre, 29 de charbon, 6 d'hydrogène, et 7 d azote: mais il trou voit dans ses produits plus de soufre et dedcharbon quil n^en avoît mis en expérience. *

M. Thénard a repris le premier moyen de M. Clusel, qui, étant beaucoup moins compliqué, promettoit des résultats plus décisifs; et en faisant passer avec plus de lenteur le liquide de Lampaditis sur le cuivre dans des tubes chauffés, il lui en a fait éprouver plus profondément Faction, et il Fa complètement décomposé en 85' ou 86 centièmes de soufre et 1 4 ou 1 5 centièmes de charbon, sans azote ni hydrogène.

On a vu dans les rapports précédents quie M. De^ laroche s'étoit occupé de résoucjre par de nouvelles expériences les phénomènes que les animaux pré*» sentent lorsqu'on les expose à une haute tempe* rature,

ILfit voir queJ'évaporation cutanée et pulmonaire étoit une des causes qui empéchoient les aniiâanx de prendre complètement la température qui les environnoit, mais qu'ils ne conservpient pas abso-

lument la leur, comme on Tavoit dit, et qu'ils s'échaufibient aussi par degrés.

Cependant on observa que si la température du corps animal s'élevoit comme celle des milieux en* vironnants, et que leur respiration continuât d'a{][ir comme auparavant, ils dévoient arriver à une chaleur bien plus élevée encore, parcequ'à celle du milieu ils dévoient joindre celle qui est produite par la respiration.

M. Delaroche a donc voulu examiner la difïë* rence que le résultat de la respiration ou , en d au^ très termes, l'absorption de Toxygène peut éprouver dans un air plus ou moins échauffé , et il la trouvée si foible qu'il est difficile d'en rien conclure ; elle est dans le rapport de 5 à 6.

M. Delaroche a pensé qu'il n'y avoit aucune connexion nécessaire entre la fréquence des mouvements respiratoires et l'activité des phénomènes chimiques de la respiration; car dans l'air chaud les mouvements de la poitrine étoient très accélérés.

Une remarque intéressante est celle que les animaux à Sjang froid montrent une différence beaucoup plus marquée que les autres , et que la chaleur augmente sensiblement l'activité de leur respiration ; fait qui peut aider à expliquer plusieurs des phénomènes de leur économie.

Les calculs qui se forment quelquefois dans la vésicule du fiel , et qui ont été jusqu'à présent si rebelles aux secours de Fart, sont composés d'ordinaire de cette substance nommée adipocire par les chimistes , parcequ'elle tient par ses caractères à la cir^ et au suif: mais il paroit qu'ils sont aussi sujets à varier dans leur nature; car M. Orfila, docteur en médecine, en a analysé de tout différents, où il n'existoit point d adipocire, mais du principe jaune, une résine verte, et une petite quantité de cette matière découverte par M. Tbénard et nommée par lui /îicrome/, parcequ'elle donne unesaveur doux-amer.

M. Vauquelin, continuant ses recherches sur les principes des végétaux, a soumis à de nombreuses expériences le daphnealpinay arbuste connu par l'excessive âcreté de son écorce, que Ton emploie en médecine comme rubéfiant, et dont l'extrait, combiné à des corps gras, forme une pommade qui remplace en beaucoup de cas celle de cantharides.

En traitant cette écorce par Falcohol et par l'eau , il y a reconnu deux principes nouveaux et très remarquables par leurs caractères.

Le premier, que M. Vauquelin nomme principe acre, est de nature huileuse ou résineuse ; ne devenant volatile qu'à une chaleur supérieure à celle de

lalcohol bouillant, il ne s élève point avec ce liquide, mais on peut le distiller avec Teau.

Le second principe, nommé amer, se dissout dans Teau bouillante, et donne par le refroidissement des cristaux blancs et en forme d aiguilles.

Lecorce du daphne a fourni en outre, comme celle de beaucoup d autres plantes, une résine verte, un principe colorant jaune, une matière brune qui contenoit de lazote, puisqu'elle donnoit de l'ammoniaque , enfin des sels à base de potasse de fer et de chaux.

M. Vauquelin termine son mémoire par cette observation importante, que les substances végé* taies acres et caustiques sont huileuses ou résineuses, et ne contiennent point d acide développé, en quoi elles ressemblent aux plantes vénéneuses ; d^où il conclut qu'il faut se défier des plantes qui ne sont point acides.

Réaumur a annoncé il y a plus d un siècle que certaines dents fossiles prennent une teinte bleuâtre plus ou moins semblable à celle de la turquoise, quand on les expose avec précaution à une chaleur graduée. M. Sage , ayant reconnu qu'on obtient de lacide prussique en torréfiant un mélange de potasse et de la substance gélatineuse des dents, et que le barreau aimanté tire du fer de la poudre des dents calcinées, pense que cette couleur bleue des

turquoises occidentales est due à un véritable bleu de Prusse.

On a vu, dans notre analyse de 1811, comment, en accélérant Tévaporation par le vide et par ta présence d'un corps très absorbant , M. Leslie, d^Édim* bourg, étoit parvenu à faire congeler 1 eau en toute sffii$on^ Ce physicien a imaginé depuis un appareil qui a été montré à Tlnstitut par M. Pictet, son cor^ respondant, et où Ion peut à volonté, et instantanément, faire congeler l'eau ou lutrendre sa liquidité. Pour cet efifet on place de Teau sous la cloche pneumatique, dans un vase dont le couvercle se lève ou s'abaisse au moyen d'une tige qui traverse le haut de la cloche; lorsqu'on découvre cette eau , cédant à laetion des causés qui la vaporisent, elle se gèle; et quand on la recouvre , la chaleur environnante la rend en peu d'instants à son premier état.

Notre oonfrère M. Gay-Lussac, qui a répété devant l'Institut l'expérience de M. Leslie, a rappelé un fait bien connu , qui rentre dans le même ordre , c est le froid qui se produit dans certaines machines d'où on laisse échapper de l'air ccmdensé ; il a prouvé qu'en toute saison il suffit que l'air ait été condensé du double pour donner de la glace; et il croit qu'on

pourroit s^en procurer aisément'ainsi dans les pays chauds, en condensant lair au moyen d'une chute deau.

On peut, en employant des corps plus évaporables que Teau , arriver à des degrés de froid véritablement étonnants , et a faire geler non seulement le vif argent, mais Tesprit^de-vin le plus pur; c'est à quoi est parvenu M. Hutton, d'Edimbourg, qui a remarqué a cette occasion que , dans lalcohol le plus rectifié, la congélation séparoit encore des matières assez différentes. M. Configliacchi , pro* fcsseur à Pavie, a congelé le mercure par la seule cvaporation de Teau. Nous devons également la première communication de ces expériences à M. Pictet.

On croyoit que cette pression de Fair, dont Finfluence est si puissante pour retarder Tévaporation des liquides, retardoit aussi la dissolution des sels, ou, ce qui i^evient au même, accéléroit leur cristallisation quand ils étoient dissous ; et en effet une dissolution saturée de sel de Glauber, ou sulfate de soude, qui conserve sa liquidité quand elle refroidit dans le vide , cristallise aussitôt qu on lui donne de latr; mais M. Gay-Lussac s est assuré qu'il sen faut beaucoup qu'il en arrive autant à tous les sels, et que même, pour le sulfate dénude, le phénomène ne tient point à la cause qu on allé-

guoit. Quand on intercepte le contact de Tair par une couche d'huile, par exemple, la cristallisation se retarde comme lorsqu'on supprime sa pression en faisant le vide; tandis qu'au contraire la pression d'une colonne de mercure naccélère en rien cette cristallisation. Une dissolution qui traverse du mercure dont lair a été chassé par FébuUition ne cristallise point ; et si elle traverse du mercure ordinaire, elle se prend aussitôt. Des secousses, l'introduction d'un petit cristal, et beaucoup d'autres causes , déterminent la cristallisation , quelle que soit la pression. Ainsi M. Gay-Lussac conclut que ce n'est point par sa pression que lair diminue le pouvoir dissolvant de l'eau. II s'est assuré aussi que ce n'est point en absorbant de l'air que Yeam perd de ce pouvoir; mais il pense que c'est un phénomène plus ou moins analogue à celui de l'eau pure , qui , comme on sait , reste liquide à quelques degrés au-dessous de son vrai point de congélation toutes les fois que l'on peut empêcher qu'elle ne soit agitée , et qui se prend aussitôt qu'on lui im-* prime le plus léger choc.

La source la plus évidente de chaleur sur le globe consiste dans les rayons du soleil; mais on a remarqué depuis long-temps que ces rayons divisés par le prisme ne donnent pas tous une chaleur égale , et M. Herschel, le célèbre astronome, reconnut, il

y a quelques années , que leur pouvoir d'échaufler va en augmentant du violet au rouge ; il assure même qu'en dehors du spectre il se trouve encore des rayons qui , sans être lumineux , jouissent d'un pouvoir échauffant plus fort que celui des rayons rouges. MM. Ritter, Bœckman et WoUaston, annoncèrent, peu de temps après, que le pouvoir des rayons lumineux, pour opérer certains changements chimiques , est distribué dans un ordre inverse , et s'exerce sur-tout dans le rayon violet et en dehors de ce rayon.

M. Berard , jeune chimiste de Montpellier, qui a répété avec beaucoup de délicatesse et de précision ces deux genres d expériences, en a reconnu Texactitude à plusieurs égards; il a même trouvé que le pouvoir chimique de la lumière va en diminuant à mesure qu on se rapproche du milieu du spectre, et quil s évanouit au-delà. Mais, selon lui, cest à lextrémité du rayon rouge que réside le maximum du pouvoir échauffant, et en dehors du spectre il diminue. M. Berard a constaté encore que ces propriétés appartiennent à la lumière réfléchie par les glaces , et à celle qui a été divisée par le spath d'Islande , comme à la lumière directe.

On n'a pas obtenu des résultats aussi décisifs sur le pouvoir d'aimanter le fer , attribué au rayon violet par M. Morichini, savant chimiste romain. Quoi-

yo PHYSIQUE, CHIMIE,

que les aiguilles exposées à ce rayon aient paru s aimanter dans certaines expériences , elles n ont point éprouvé cet efFet dans une infinité d'autres, sans que Ton puisse jusqua présent se rendre compte des raisons de cette différence , car, dans les deux cas , on avoit soigneusement éloigné toutes les au très causes connues pour pouvoir produire laimantation. Il est vrai que 1 été de 1 8 1 3 n'a pas favorisé ce genre de recherches à ca^se de son peu de sérénité. De tous les phénomènes que la chaleur présente, la dilatation qu'elle produit dans les corps est celui dont les lois se laissent le plus naturellement exprimer par des formules mathématiques; et la connaissance de ces lois , qui fait une partie essentielle de k physique , est encore très importante dans une foule d expériences chimiques. M. Biotsen est beaucoup occupé, et, prenant pour terme de comparaison la diWtation du mercure, il trouve que la dilatation vraie des autres liquides peut toujours se rendre par la somme de cette dilatation , de son carré I et de son cube, en multipliant chacun de ces trois termes par un coefficient particulier, qu'il faut déterminer pour chaque liquide, mais qui, une fois déterminé , reste le même à tous les degrés. Comme la substance du thermomètre qui contient le liquide qu'on observe se dilate aussi, la dilatation apparente est différente de la vraie; néanmoins

M. Biot montre quelle se fait selon une loi semblable. Il calcule ensuite, après les expériences de M. DeluCy les coefficients convenables pour huit des liquides dont il est le plus nécessaire de bien connottre les lois , et feit voir que , ces coefficients une fois obtenus, sa formule donne la dilatation de chaque degré aussi bien que lexpérience. Enfin il en a feit lapplication aux dilatations combinées du vase et du liquide , et a fait voir que 1 on peut démêler les effets qui appartiennent au liquide et à son enveloppe, et apprécier leur influence avec assez d exactitude pour retrouver, par le seul calcul , tous les résultats ol)servés ; en sorte que le calcul pourra désormais dispenser, dans une infinité de cas , de 1 observation immédiate, et que Ion pourra fitire entrer avec confiance ses données dans les éléments des phénomènes. C'est un avantage d'autant plus grand que ces sortes de recherches sont d'une délicatesse excessive , et que , si Ton n'y met la plus grande attention , une foule de causes aisées à rcconnottre, et presque impossibles à écarter, y troublent continuellement l'observateur.

C'est ce qu'a fait observer M. Charles dans une belle suite d'expériences qu'il a faites avec un instrument de son invention , pour rendre sensible et mesurable le maximum de dilatation de l'eau , et qui , se trouvant répondre exactement aux formules

9i PHYSIQUE^ CHIMIE,

de M. Biot , ajoutent à la confiance qu on leur doit , et achèvent de &ire voir qu elles pourront être employées avec sûretér

11 existe depuis long-temps une discussion entre les chimistes sur le moment où lalcohol se forme dans le vin : le plus grand nombre pensoit autrefois que lalcohol ou esprit-de-vin étoit un produit essentiel de la fermentation ; r^àis M* Fabbroni , correspondant de rinstitut, a soutenu une opinion contraire. Selon lui ce n est qu'accidentellement et lorsqu'elle excite trop de chaleur que la fermentation engendre de lalcohol , mais dans. les vins ordinaires on ne produit lalcohol que par la chaleur qu'on leur imprime pour les distiller ; et la principale preuve qu'il en donne c'est qu'on ne peut pas le retirer de ces vins par la potasse, quoiqu'elle y fasse reconnoitre la moindre parcelle d'alcohol quW y auroit introduite exprès.

M. Gay-Lussac a cherché à faire revenir à l'opinion ancienne, en faisant voir que la potasse démontre aussi l'alcohol naturel au vin, quand on le débarrasse auparavant par la litharge des principes qui l'y enveloppoient et s'oppospient à sa séparation , et que l'on peut obtenir ce liquide spiritueux en distillant le vin à une température de quinze degrés , laquelle est inférieure de beaucoup à celle de la fermentation ordinaire.

ET MÉTÉOROLOGIE. gS

Cependant on pouvoit craindre que M. Gay-Lussac n eût opéré sur des vins où la fermentation au-roit primitivement développé de lalcohol, comme il convient lui-même qu elle le fait quelquefois ; ou sur des vins dans lesquels d^s marchands infidèles auroient mis de leau-de-vie. Pour prévenir cette objection il a fait lui-même du vin avec des raisins, et. en a conduit la fermentation. Il y a trouvé de lalcohol comme dans tout autre.

M. Gay-Lussac a aussi fait voir que Ton peut obtenir lalcohol absolu de Richter en employant la chaux vive , ou mieux encore la baryte au lieu de muriate de chaux.

Le savon est , comme chacun sait , la combinaison d'un alcali avec un corps gras ; mais on n'avoit point assez examiné quelle altération le corps gras éprouve dans cette union.

M. Chevreul , aide naturaliste au Muséum d'histoire naturdle, s'est occupé de cette recherche et a été conduit à plusieurs observations nouvelles et curieuses. Ainsi le savon de potasse et de graisse de porc dissous dans Teau laisse un dépôt nacré qui, séparé des substances salines qu'il contient encore, donne une matière douée de propriétés fort particulières et que M. Chevreul a nommée margarine, à cause de sa couleur de perle. Insoluble dans Teau , cette matière se dissout abondamment dans lai-

94 PHYSIQUE, CHIMIE y

cohol chaud ; elle fond à 56** et cristallise par le refroidissement en aiguilles du bknc le plus pur : elle se comhine à la potasse , et reprend alors le caractère du dépôt nacré; son affinité avec cet alcali est plus grande que celle de lacide carbonique quelle chasse de son carbonate de potasse, quand on laide de rébuUition : elle enlève aussi la potasse au tournesol, qu*elle fait passer à.la couleur rouge. . On conçoit que les combinaisons qui se trouvent ordinairement dans la nature sont celles à qui la grande affinité de leurs principes donne une certaine stabilité, et que des circonstances peu communes ont seules le pouvoir de disjoindre ; tandis que celles qui n'ont pas cette propriété ne peuvent être que des productions momentanées du hasard-^ ou des tentatives des chimistes ; et plus les combinaisons que ceux-ci découvrent se multiplient , plus celles qui leur restent à trouver doivent être fugitives et sujettes à être détruites par la moindre cause étrangère: c'est ce qui a occasioné les accidents dont l'histoire de la chimie offre tant d'exemples, et contre lesquels on doit prendre d'autant plus de précautions que les recherches dont on s'occupe sont plus élevées et plus difficiles.

M. Dulong, pi^fesseur de chimie à Âlfort, a pensé devenir l'année dernière une de ces victimes du zèle pour la science; mais son danger a été ré-

ET MÉTÉOROLOGIE. gS

compensé par une belle découverte, celle dune combinaison de Tazote avec lacide oxymuriatique , qui présente les propriétés les plus singulières. Pour l'obtenir il faut présenter à lacide oxymuriatique^ ou au chlorine, comme rappellent aujourd'hui les chimistes anglois, de 1 azote, noti point à l'état de gaz, mais à une combinaison quelconque, dans un sel ammoniacal par exemple, pourvu que l'acide de ce sel ne soit pas assez volatil pour être déplacé par loxymuriatique. M. Dulong fait passer un coa^ rant de gaz oxymuriatique dans une dissolution d'un tel sel , et il obtient une sorte d'huile d'un jaune fauve , plus pesante que l'eau , même salée , qui s'évapore promptement à l'air, et qui détone par la chaleur, à l'air libre , avec un bruit plus fort que celui d'un mousquet. Le cuivre la décompose en s'emparant de Tacide et en dégage l'azote, d'où l'on voit assez quels en sont les principes. Mais ce qui en rend l'étude effrayante, c'est que la moindre parcelle que l'on en met en contact avec une substance combustible, avec le phosphore par exemple , produit une explosion violente , et brise tous les appareils. C'est un nouvel exemple, et, à ce qu'il paroit; le plus énergique de tous , de ces combinaisons où le calorique , qui tenoit les éléments à l'état de gaz , reste avec eux lorsqu'ils se réduisent à l'état liquide ou solide , circonstance que lacide oxymuriatique

offre plus souvent qu aucun autre. M. Dulong se proposoit de déteriDÎner la proportion des deux principes de cette nouvelle matière, et sa manière d'agir sur d autres corps, et notamment sur les métaux ; mais les accidents que ce jeune chimiste a éprouvés à deux reprises , et dont le second la privé d'un œil , ont dû retenir son ardeur de savoir; et par l'intérêt même des sciences qu*il peut encore si bien servir, l'institut l'a engagé à porter sur d'autres objets la sagacité dont il a fait, preuve.

Cette même substance a pensé priver la chimie de l'un de ses plus illustres soutiens, M. le chevalier Humphry Davy, secrétaire de la Société royale, qui, jeune encore, a déjà fait des découvertes nombreuses et brillantes, et particulièrement celle de la métallisation des alcalis et des terres, qui ouvre un nouveau champ à tant de branches de sciences naturelles.

Une matière également bien remarquable est celle qui s'çst offerte récemment à M. Courtois, salpétrier à Paris. MM. Clément et Desormes l'ont montrée à l'Institut, et M. Gay-Lussac a fait sur elle des expériences instructives. On la retire de$ eaux-mères de la soude du varech par Tacide sulfurique et la distillation. Refroidie et condensée, elle a le grenu , le brillant et la couleur grisâtre , de la plombagjine. Tant qu'elle n'a pas été purifiée,

elle se fond à soixante-dix degrés de chaleur; mais quand on Ta purifiée en la dissolvant en excès par la potasse et en la distillant, elle ne fond qua une chaleur beaucoup plus forte. Sa propriété la plus frappante est de selever en une vapeur ou plutôt en un gaz du plus beau violet, parfaitement homogène et transparent, La chaleur rouge, Toxygène, ni le charbon , n'agissent sur elle ; elle s^unit aux métaux et à leurs oxydes, et ces combinaisons se dissolvent dans Teau : avec lammoniaque elle produit une poudre fulminante; Thydrogène sulfuré la décolore, et en forme un acide puissant, doù on la précipite de nouveau par lacide oxymuriatique, le sulfurique, ou le nitrique. En un mot, sa manière de se comporter avec les réactifs est tellement comparable à celle de lacide oxymuriatique, ou chlorine, que.lSon peut lui adapter de même une double théorie, c'est-à-dire que Ion peut considérer la nouvelle substance comme une combinaison d'un acide particulier et indécomposable avec une quantité surabondante d oxygène ; ou , d après la nouvelle manière de voir de M. Davy, la regarder, ainsi que le chlorine, comme une substance simple, qui donneroit un acide en se combinant avac rhydrogène. Dans le premier système il faut supposer, comme on le fisiit aussi par rapport à lacide oxymuriatique, que Thydrogène s unit à

BUFFON. GOMPLBM. T. 11. 7

Toxygène surabondant, et forme avec lui de l'eau qu'aucun moyen ne peut enlever à l'acide ainsi désoxyfjéné. En effet ce qui a engagé M. Davy à changer la théorie reçue de l'acide oxymuriatiqiie c'est que l'hydrogène le réduit en acide muriatique ordinaire, sans que l'on puisse saisir l'eau que cet hydrogène auroit dû former, si, comme on le croyoit, il n'a voit fait qu'enlever l'oxygène à l'acide oxy muriatique. M. Davy applique une théorie analogue et fondée sur les mêmes raisons aux composés fluoriques.

Ce savant chimiste, nommé tout récemment correspondant de l'Institut, lui a présenté un mémoite sur cette même substance, où il insiste sur ses rapports avec l'acide oxymuriatique, et sur les motifs qui l'engagent à les regarder l'un et l'autre comme des corps simpks, capables aussi bien que l'oxygène de brûler et d'acidijfier les substances c(jmbustibles. Ainsi lorsque la nouvelle matière (que Ton paroi t être convenu de nommer iode d'après la couleur de son gaz) se combine avec le potassium ou métal de la pota&se, il se montre une belle flamme bleue, mais il ne se développe aucun gaz; si au contraire on dissout le potassium dans Facide d'iode, il se développe de l'hydrogène; et il en est de même des autres métaux. M. Davy attribue la formation de cet acide par le phosphore à Thumi-

dite qui adhère toujours à Fiode, et qui se décompose ; il n est d ailleurs parvenu par aucun procédé à retirer de Foxygène de l'iode, ni de son acide, ni à faire agir Foxygène sur l'un ou sur l'autre, ni à les Élire agir eux-mêmes sur le carbone, ni à décomposer Fiode par la pile : mais l'iode, comme le chlorine, forme avec les alcalis des composés ternaires; savoir, d'iode, du métal de l'alcali, et d'oxygène, lesquels détonent avec le carbone, et pourront être employés aux mêmes usages que le nitre.

La poudre détonante que MM. Clément et Desormes ont obtenue de Fiode par l'ammoniaque est, selon M. Davy, un composé d'iode et d'azote, en sorte que ce seroit l'analogue de cette matière terrible produite par M. Dulongen combinant l'azote au chlorine.

Un autre fabricant, éclairé par les lumières de la chimie, M. Tassaert, a Êiit une remarque qui peut devenir importante pour les arts : ayant construit depuis quelque temp le $61 de ses fours à $oude avec du grès, il a observé en le démolissant une matière bleue que Fon n y voyoit point quand ils étoient faits en brique, et dans laquelle M.Vauquelin a trouvé presque tous les principes et toutes les propriétés de Foutremer; en sorte que notre savant confrère ne désespère point qu'en suivant cette indication Fon ne puisse parvenir quelque

lOU PHYSIQUE, CHIMIE,

jour à imiter la nature dans la formation de cette couleur précieuse. M. Pelletan fils a fait remarquer à ce sujet qu'il se manifeste, en beaucoup de circonstances, dans la fabrication de la soude, un bleu plus ou moins intense que la calcination ne détruit point, et que cette couleur apparoit principalement lorsque du fer se trouve en contact avec de la soude non encore entièrement débarrassée d'acide sulfurique.

Le platine brut, tel qu'on l'apporte du Pérou, est un corps très composé; outre le platine pur, métal noble, plus pesant, et aussi inaltérable que lorj il contient du fer, du cuivre, du mercure; et les recherches successives de MM. Wollaston , Tennant, Descostils, Fourcroy, etVauquelin, y ont démontr^é, depuis dix ans, la présence de quatre métaux distincts de tous ceux que l'on connoissoit auparavant: on les a noiaïnés palladium, rhodium, osmium, et iridium.

M. Vauquelin a repris cette année l'étude de ces substances, et a lu un mémoire sur les méthodes les plus convenables pour obtenir le palladium et le rhodium dans leur état de pureté.

Après avoir précipité la plus grande partie du platine de sa dissolution nitro-muriatique par l'ammomaque, il met dans le résidu des lames de fer qui en précipitent les autres métaux ; employant

ET MÉTÉOROLOGIE. lOI

successivement à froid Tacide nitrique et le muriatique; et sublimant ensuite, il enlève au précipité la plus grande partie du cuivre, du mercure, et de Yosmium, qui le forment, ainsi que du fer qui s y trou ve mêlé.Un peu du platine restant, d u palladium, et même du rhodium, est aussi enlevé par ces acides, parcêquil s'en est précipité à Fétat d'oxyde, car à Tétat métallique ils n'auroient pu être dissous; d'un autre côté il reste encore du cuivre et du fer dans le précipité, parcequ'ils y sont unis intimement aux autres métaux, et protégés par eux. Pour enlever tous les restes de platine, M. Vauquelin dissout de nouveau par l'acide nitro-muriatique, et précipite par l'ammoniaque; il obtient alors un sel de platine d'un jaune assez pur. Évaporant le résidu jusqu'à siccité, et le traitant par Feau , il reste un sel rouge encore en grande partie formé de platine, et la liqueur se trouve ainsi à -peu -près débarrassée de ce métal. On étend alors la solution aqueuse, on y ajoute un peu d'acide, on y verse assez d ammoniaque pour ne pas saturer entièrement, on agite, et l'on voit paroitre à l'instant une grande quantité d'aiguilles brillantes et d'un beau rose. C'est un muriate d'ammoniaque et de palladium , qu'il suffit de chauffer au rouge pour avoir le palladium. S'il s'y est joint un peu de fer et de rhodium, on l'en débairrasse par la digestion dans l'eau légèrement

102 PFIYSIQUE, CHIMIE,

aiguisée d acide muriatique. Le résidu de la liqueur contient le rhodium et quelques restes de palladium, de cuivre, et de fer : pour avoir le premier on fait cristalliser, on broie les cristaux, on les débarrasse , par des lotions répétées d'alcohol, des sels dé cuivre, de fer, et même de palladium. Celui de platine, s'il en reste encore quelque parcelle, se sépare en dissolvant dans 1 eau légèrement aiguisée d'acide muriatique. Enfin , par une dernière évappration , il reste le sel de rhodium d'un rouge magnifique , qu'il suffit de chauffer au rouge pour avoir ce métal.

On ne pouvoit arriver par une méthode plus ingénieuse ni plus simple à séparer tant de substances diverses et retenues ensemble par des liens si puissants. On voit quVUe se fonde principalement sur ce que le muriate d'ammoniaque et de palladium est insoluble dans l'eau , même acidulée , et qu'il se précipite aussitôt qu'il se forme , et sur ce que l'alcohol , qui dissout le muriate de cuivre et celui de fer, nedissout point le muriate d'ammoniaque et de rhodium.

Pendant que M. Vauquelin étudioit ainsi deux des métaux unis au platine, M. Laugier, son collègue au Muséum d'histoire naturelle, s'occupoit d'un troisième et peut-être du plus curietix de tous, Tosmium, dont l'oxyde se volatilise à la chaleur de l'eau bouillante, ne donne aucune couleur à l'eau

ET MÉTÉOROLOGIE. ]o3

distillée, n*en difFère même point à rœil, mais répand une odeur piquante, et agit sur le nerf olfactif de manière à altérer pour plusieurs jours le sens de lodoralt. Ces propriétés et d'autres non moins singulières faisoient regretter aux chimistes qu'il fût si difficile d'obtenir ce métal en quantité un peu considérable, et M. Laugier a satisfait à leur vœu jusqu a un certain point. Quand on a dissous le platine danslacide nitro-muriatique,il reste une poudre noire composée d'iridium et d'osmium, et jusqu a présent c^étoit cette poudre seulement qui fournisAit de Vosmium aux chimistes : mais M. Laugier s étant aperçu que 1 acide qui a servi à dissoudre le platine, et que Ion en sépare de nouveau par la distillation, répand une forte odeur d osmmm^ a supposé qu'il contenoit de ce métal, et il a trouvé en effet qu'en saturant l'acide par de$ alcalis causti* ques, mais sur-tout par la chaux, et en distillant le mélange on obtient à peu de frais une dissolution chargée d'une quantité notable d'osmium, qui auparavant étoit entièrement perdue.

Nous avons parlé en 1808 des essais heureux que Ton a faits dans les mines des environs de Liège pour en obtenir en grand le zinc à l'état malléable, et de l'avantage que l'on pourroit en tirer pour remplacer le plomb dans les couvertures, et dans quelques autres de ses emplois. On auroit voulu

Io4 PHYSIQUE, CHIMIE,

aussi pouvoir le substituer au cuivre étamé dans lequel on prépare les aliments, et à Fétain qui sert pour les mesures des liquides; mais MM. Iqs ministres de Fintérieur et de ladministration de la guerre ayant consulté Tlnstitut à ce sujet, les sections de chimie et de médecine ont trouvé que le zinc est trop dissoluble par les acides les plus légers, par les graisses, et même par Teau pure, et que les sels qu'il forme sont trop acres, et dans certains cas excitent trop les intestins, pour qu'on puisse employer ce métal sans inconvénients à ces divers genres de service. M. Sage a fait en son particulier des expériences qui lui ont donné à connoître que leau distillée tenue dans des vases de zinc y prend une saveur styptique très marquée, et que des sucs de fruits cuits dans ces mêmes vases en dissolvent une partie et forment des sels assez abondants qui en rendent le goût désagréable; ce qui est d'autant plus fâcheux que les mines dont il est question ne contiennent point d arsenic comme il y en a dans quelques autres, et que sous ce rapport il n'y a voit rien à en redouter. On en a eu une nouvelle preuve dans l'analyse que M. Sage a faite de cette mine et qu'il a lue à Flstitut

MM, Vauquelin et Thénard ont donné une analyse de Feau minérale de Provins , d'où il résulte quelle contient par litre:

£T MÉTÉOROLOGIE. Io5

Carbonate de chaux o,554

Fer oxydé 0,076

Magnésie •* o,o35

Manganèse • 0,017

Silice 0,026

Sel marin ' 0,042

Acide carbonique, 27 pouces ^/lo,

et une quantité inappréciable de muriate de chaux et de matière grasse, mais que Facide sulfîirique, que Ton y avoit soupçonné, n'y existe point du tout.

M. Thénard a fait paroltre le premier volume d un Traité élémentaire de Chimie où cette science qui feit journellement tant de progrès, et à qui M. Thénard lui-même en a fait faire de si grands, se trouve exposée dans son état du moment. L auteur y range les faits d'après le degré de simplicité des corps auxquels ils appartiennent; après y avoir parlé des agents impondérables, il traite de Foxygène et de la théorie de la combustion, et passe ensuite aux corps combustibles, à leurs combinaisons entre eux , et à celles qu'ils contractent un à un avec l'oxygène. Ces dernières se divisent, selon leurs propriétés, en oxydes et en acides; et les acides fluorique et muriatique y sont rangés d'après les idées ordinaires qui en font des corps oxygénés. C'est à eux que s'arrête cette première partie d'un

ouvrage que la marche rapide de la science a rendu nécessaire sitôt après d'autres bons ouvrages sur le même sujet, et dont f)n ne peut que désirer vivement la prompte terminaison.

Les événements mémorables dont cette capitale a été le théâtre, loin d'y troubler les recherches scientifiques, ont donné de nouvelles preuves du respect que les sciences inspirent , et de l'heureuse influence qu'elles ont acquise sur tous les peuples et sur les hommes de toutes les classes. D*innombrables armées, venues des extrémités de l'Europe , ont visité nos monuments, ont parcouru nos collections, et ont examiné chaque objet avec curiosité, sans qu'aucun dommage soit résulté, même d'une imprudence. Des amis des sciences, enrôlés dans cette grande croisade entreprise en partie pour le rétablissement de la liberté de penser et d'écrire, eurent à peine déposé leurs armes, qu'ils vinrent s'informer de nos travaux, y prendre part, nous* instruire de ce qui s'étoit fait chez eux. Les souverains étrangers se sont en quelque sorte disputé à qui donneroit les marques les plus éclatantes de son intérêt pour les progrès des connoissances , et à qui prouveroit le mieux que leur cause étoit celle des lumières et de l'humanité. Nos princes

ont témoigné hautement leur satisfaction sur Tétat de prospérité et de vie où ils ont trouvé nos établissements ; et le roi leur a non seulement accordé son auguste protection , mais il a déjà prouvé par le fait avec quelle noble libéralité il se propose d*en accroître l'activité et d'en étendre Timportance. Il est impossible que sous de si heureux auspices les travaux de Fesprit ne prennent un nouvel essor, et que le rétablissement des communications entre les peuples, et Témulation qui en sera la suite, ne fassent bientôt produire aux sciences de nouvelles merveilles. Les recherches de cette année font déjà connottre cette reprise d'énergie; elles font mieux encore : il y régne manifestement , en plusieurs points, cette hésitation , ce besoin de solutions plus claires où les hommes qui ont étudié la marche des sciences voient toujours les précurseurs nécessaires des grandes découvertes.

Ainsi l'une des plus curieuses substances dévoilées dans ces derniers temps est Yiode, cette matière si long'-temps cachée dans le varec, qui s'élève, par la chaleur, en une vapeur d'un beau violet, et qui , se comportant avec les autres corps d'untf manière analogue à celle du chlore, ou de ce qu'on appeloit ci«devant gaz muriatique oxygéné, a donné une nouvelle forc(^ aux idées que l'hydrogène sulfuré

lo8 PHYSIQUE, CHIMIE,

avoit fait ûaitre, et sur la voie desquelles ont avoit été remis par le chlore; idées qui tendent à introduire dans la théorie chimique cette modification importante, que loxygéne n'est pas à beaucoup près le seul principe capable d opérer lacidification.

En effet M, BerthoUet avoit montré, il y a près de trente ans, que l'hydrogène sulfuré, où il n'entre point d'oxygène, a toutes les propriétés des acides, et les chimistes éllemands avoient fort insisté sur ce fait pour combattre une partie de la théorie françoise. MM. Thénard et Gay-Lùssac firent, au comm^ûcementde 1809, des expéfiencesd'oùil résultoit qu'il est impossible d'extraire Toxygène de ce que l'on appelle communément acide muriatique oxygéné, et que, pour continuer à croire qu'il y existe, il faut supposer que dans tous les cas où cet acide se convertit en acide muriatique ordinaire il se forme de l'eàu qui s'unit indissolublement à l'acide produit, ou du moins que les éléments de leau y entrent comme parties intégrantes ; tandis qu'en regardant le soi-disant acide muriatique oxygéné comine une substance simple dont la combinaison avec l'hydrogène donneroit l'acide muriatique ordinaire, on est dispensé de cette supposition. Mais, tout en énonçant ces deux manières de voir, nos deux chimistes s'en tinrent à la première, qui étoit

ET MÉTÉOBOLOGIE« 109

plus analogue à ce qui se passe dans le graud nombre des acidifications.

M. Dayy, qui avoit été conduit aux mêmes conclusions, mit plus de hardiesse dans son choix; il adopta décidément la deuxième théorie, et donna en conséquence à lacide muriatique oxygéné un nom particulier, celui de chlore, duquel il dériva ceux des deux autres acides dans lesquels il entre. Lun {le muriatique\ où il est en Combinaison avec rbydrogène, fut appelé hydrochlorique; lautre {le suroxygéné) ^ qui résulte de sa combinaison avec loxygènev reçut le nom diacide chhrique.

Bientôt les expériences sur lacide nommé jusqu'ici yJuonçue donnèrient lieu de penser, et ce fut M. Ampère, nouvellement nommé membre de la section de géométrie, qui eut le premier cette idée, que sa composition est analogue à celle de Thydrochlorique, eest-à-dire qu'il est composé d'hydrogène et d'un corps simple d'une nature particulière, que l'on dut alors désigner par le nom de fluoré.

Ainsi la propriété d'acidifier l'hydrogène ou de devenir acide par son moyen fut reconnue admissible dans trois substances: le soufre, le chlore, et le fluoré. L'iode êVk est venu offrir une quatrième.

Nous avons dit, dpns notre analyse des travaux

IIO PHYSIQUE, CHIMIE)

de 1 année dernière, qoe l'iode avoit été découvert par M. Courtois. Cet habile fabricant paroît lavoir obtenu dès la fin de i8i i, mais il ne Fa voit communiqué qua M. Clément, son ami, qui lui-même ne le fit connottre au public que vers la fin de 1 8 1 3. Cependant ce retard fut bientôt réparé ; et en peu de jours M. Gay-Lussac et M. Davy eurent constaté les principales propriétés de cette substance, et spécialement 1 analogie suivie qu elle présente avec le chlore, et les deux acides qu elle forme comme le chlore avec l'oxygène et avec l'hydrogène. M. Davy présenta cette analogie comme un nouvel appui pour la théorie qu'il avoit adoptée.

Depuis lors on s'est occupé de l'iode avec l'intérêt dont il est digne. M. Colin a examiné ses combi* naisons avec le mercure et l'ammoniaque, et reconnu qu'il se forme de l'acide iodique ou une combinaison d'iode et d'oxygène toutes les fois qu'on traite l'iode avec des oxydes où Foxygène est foiblement condensé. Il a bien expliqué la génération de la poudre fulminante diode, découverte, ainsi que l'iode lui-même, par M. Courtois. Le gaz ammoniacal est absorbé par Fiode, et forme avec lui un liquide visqueux, lequel mis dans l'eau change de nature : l'hydrogène d'une partie de l'ammoniaque forme, avec une partie de Fiode, de Facide hydriodique, qui se cabine avec le reste

de Talcali, et lazote de cette première portion d'ammoniaque forme avec l'autre partie de Fiode la poudre fulminante.

Le même M. Colin a travaillé avec M. Gauthier Glaubry à déterminer la manière dont Fiode se comporte avec les substances organiques. Ces deux jeunes chimistes ont constaté que les substances où l'oxygène et rhydrogène sont dans les mêmes proproportions <{ne dans leau se mêlent simplement à Tiode ; que celles où il y a plus d*oxigène s'y combinent intimement; mais que ni les uns ni les autres ne laltèrent tant quon nemploie pas une chaleur capable de les décomposer; au contraire celles où rhydrogène abonde convertissent Tiode en acide hydriodique, et il en arrive autant aux premières quand on les échauffe assez pour dégager leur hydrogène. Ces expériences leur ont présenté plusieurs phénomènes curieux ; un mélange d'iode et d amidon trituré prend une couleur rouge , bleue, ou noire, selon que Fiode y est plus abondant, etc.

Mais celui qui a travaillé sur Fiode avec le plus de soin et d'étendue c'est notre confrère M. Gay- Lussac, dont Fouvrage a été imprimé dans les Jnnoies de Chimie. Il y considère Fiode lui-même, ainsi que ses combinaisons et celles de ses deux acides avec les divers corps, ou ce que, d'après les

régies reçues de la nommenclature chiiiiic[ue, ou devra nopimer les iodures, les iodates, et les hydrio^ dates. A loccasion de Fiode , il revient sur le chlore, et donne plusieurs remarques nouvelles sur ses combinaisons, qui n avoient pas toutes été appré* ciées avec justesse; puis, considérant l'acide prussique comme essentiellement formé d azote; d'hydrogène, et de carbone, il conclut que fazote doit aussi être ajouté à la liste des substances qui peuvent produire des acides sans oxygène, ce qui l'amène à regarder l'acidité et l'alcalinité comme des propriétés intrinsèques de certains corps et de certaines combinaisons ,* sans rapport nécessaire avec leur composition, tels que nous pouvons les découvrir, et ce qui le rapproche par conséquent des idées de Winterl et de quelques chimistes allemands. Ce mémoire est rempli d'ailleurs de recherches délicates et d'indications ingénieuses dont il ne nous est pas possible de rendre compte, mais qui ne manqueront pas de donner un nouvel essor à la partie de la chimie la plus, profonde et la plus importante.

Notre resjpectable confrère M. Sage, qui, malgré son âge et ses infirmités, prend toujours un vif intérêt aux nouveaux faits chimiques, s'est aussi occupé de fiode et du varec, d'où on le tire. Il a remarqué l'altération que l'iode fait éprouver aux

£T MÉTÉOROLOGIE^ Il3

vasesil'arg^toà on le chauffe. Le varec lui a donné, par ]a distillation à feu nu , des produits analogues à ceux des animaux, et en le macérant dans lacide nitrique afFoibli il a obtenu un réseau cartilagineux semblable à celui que laissent les os et les madrépores quand ils ont été privés de leurs par^ tî^ terreuses/ M. Sage voudroit conclure de ces deux faits que les fucus sont des polypiers.

I^e même chimiste a présente aussi une notice sur le^ avantages de la réduction de la galène par le feu, où il assure que Ton obtient ainsi beaucoup plus de plomb que par les méthodes ordinaires.

M. Théodore de Saussure, correspondant, qui avoit lu en 1807 à l'Institut , sur la composition de lalcohol et de lacidesulfurique, un mémofre dont nous avons rendu compte dans le temps, et d où il résultait que lether est plus chargé de cai4x)ne et d'hydrogène que Talcohol, a repris Tannée der^ nière cet oljet important de recherches, et, y appliquant des procédés à-la-fois plus simples et plus rigoureux, il ^t arrivé à up résultat plus précis. En faisant passer ces deux liquides par un tube de porcelaine incandescent, il a obtenu de Feau et un gaz dont lanalyse n oifroit aucune difficulté; et il 9, reconnu ainsi que Talcohol et 1 ether sont formés chacun d'une proportion de carbone et d'hydrogèP^ identique, et dans le même rapport où ils

BUFFON. GOMPLéM. T. II. * 8

Il4 PHYSIQUE, CHIMIE,

sont dans le gaz oiéfiaut, mais combinés avec des proportions difiPërentes d*eau réduite à ses élé-ments.

Dans lalcohol les éléments de leau forment le tiers du total , et dans Féther ils,iÇ|i forment le cinquième; en sorte que l'action de 1 acide sulfurique^ sur lalcohol , pour produire Téther, ne consisteroit qua enlever une portion de son eau, et que ce même acide, en plus grande quantité, produiroit le gaz oléfiant , en enlevant la totalité de cette même eau.

Les résultats analytiques de M. de Saussure s ac^ cordent avec ceux qu a obtenus feu M. le comte de Bumfort sur la quantité de chaleur produite par la combustion de Talcohol et de letber.

Une des grandes difficultés de lanalyse des substances organiques consiste en ce que la chimie ne dispose que d un petit nombre de réactif propres à en séparer les principes immédiats sans les détruire. M. Gbevreul, aide-chimiste au Muséum d'histoire naturelle, a cherché à multiplier les partis que Ion peut en tirer, en les employant à des degrés de chaleur très divers , et en fésant varier ainsi leurs forces dissolvantes.

Pour cet effet il a imaginé une machine, qu'il appelle digesteur-distillatoire^ et qui consiste en une marmite de papin, fermée par une soupape que

ET MÉTÉOROLOGIE. ii5

maintient un ressort : la force du ressort, que Von change à volonté, détermine le degré de chaleur que le liquide doit recevoir pour s^échapper. On recueille successivement le produit de chaque degré au moyen d^un tuyau qui conduit duos un récipient. La matière solide que l*on examine est retenue dans le digesteur par un diaphragme mobile, qui peut aussi là comprimer et en entraîner tout le liquide restant.

M. Ghevreul a opéré sur le liège par sa méthode ; il la soumis vingt fois à Faction de Teau et cinquante à celle de lalcohol, et après avoir détaché ainsi des matières très diverses , il lui est resté un tissu cel* lulaire quil nomme subérine, et qui , traité par Tacide nitrique, se convertit en acide subérique. Parmi ces matières retirées du liège il en est une qu'il croit nouvelle et quil nomme c^nne, parcequ'elle a plusieurs des propriétés de la cire.

Le même chimiste a appliqué sa méthode au suecin ou ambre jaune, et reconnu que lacide succinique y existe tout formé.

Il a aussi continué ses recherches sur la saponification dont nous avons donné lanalyse Tannée dernière, et en comparant la graisse naturelle à celle qui a été saponifiée, il a conclu que les propriétés de cette dernière ne viennent point de l'élimination ni de lacquisition de quelques substances.

Il6 PHYSIQUE, CHIMIE,

mais d'un ooiiveau mode de cQmbinaisoa oeo»sioné par 1 action de Faloati, et qui donne à la graisse mie analogie avee les acides, îiidépendan:te de toute oxygénation.

M.j^elletier, fils de notre défunt confrère, a fait Texamcn des matières colorantes que Ion retire du bois de santal et de Torcanette , et que Ton regardoit jusqu'ici comme de simples' résines. La première joint à la plupart des propriétés des résines celles d'être dissoluble dans lacide acétique, même très foible , de se comporter alors avec la gélatine comme les substances dites astringentes, de donner de lacideoxalique par lacide nitrique : ellemontreencore quelques autres caractères qui paroissent devoir en , faire un nouveau principe végétal. La matière reû* rée de lorcanette se dissout dans Tétber, Falcofaol, et tous les corps gras. Par lacide nitrique elle donne de lacide oxalique et une matière amère; les alcalis et Peau lui font changer diversement de couleurs; en un mot lenseml^le de ces phéno<* mènes lui donne aussi un titre, selon M. Pelletier, à prendre un rang particulier parmi les principes immédiats des végétaux.

Nous avons vu dans le temps que le platine brut, tel quon le retire de sa mine, contient plusieurs substances étrangères, et entre autres quatre mé* taux particuliers, qu'on a nouvellement distingués;,

et nous avons exposé Tannée dernière par quds moyens M. Vauquelin est parvenu à séparer de la dissolution du platine, dans Facide nitro-muriatique, et à obtenir dans leur état de pureté deux de ces nouveaux métaux appelés palladium et rhodium, qui se dissolvent en même temps que le platine. Nous avons dit aussi comment M. Laugier, s'étant aperçu que cette dissolution contient une quan^» tité notable d un troisième métal remarquable par sa volatilité, qui lui a fait donner le nom d'osmium^ avoit indiqué une manière facile de le recueillir.

Il restoit à examiner une poudre noire qui ne se dissout point dans lacide nitro-muriatique, et qui par conséquent forme le résidu de la dissolution du platine. Elle se compose princi paiement de ce même osmium, et dun quatrième nouveau métal, que les couleurs vives et variées de ses combinaisons ont lait nommer iridium.

Cêê deux métaux y sont unis à du chrome, à d u fer, àdu tftane, à delà silice,etmèmeàun peu d alumine; et la difficulté èioit de les séparer nettement de ce mélange, et de les obtenir complètement isolés.

C'est à quoi M. Yauquelîn a réussi, mais par des opérations pénibles et compliquées.

De simples lavages divisent cette poudre noire en deux parties; Tune plus déliée, plus brillante, contient plus d'iridhim et d'osmium, et presque

Il8 PHYSIQUE, CHIMIE,

pas de chrome; Fautre, plus brune et plus grossière, contient moins des deux premiers métaux et plus deâ autres. Comme celle-ci est la plus diffi^ ciie à analyser, nous nous bornerons à ce qui la regarde.

M. Yauquelin la triture d^abord avec le double de son poids de nitrate de potasse, Foxygène de Facide oxyde Firidium et Fosmium , qui se combinent avec la potasse devenue libre. La chaleur fait sortir ensuite une grande partie de Facide et de Fosmium , qu on reçoit dans de Feau de chaux ; le résidu délayé et saturé par Facide nitrique donne un précipité d'iridium , de titane, de fer, d'alumine, et d'un peu d'oxyde de chrome; et il^reste une liqueur composée de potasse unie à de Facide de chrome et à de Fosmium. On en sépare ce dernier, en ajoutant de Facide nitrique, en distillant et en recevant l'os-r mium dans un flacon entouré de glace; on verse dans Feau qui Fa reçu, un peu d acide muriatique, et on y place une lame de zinc, qui précipite Fosr mium. Pour lavoir bien pur on le lave avec de Feau un peu aiguisée d'acide sulfurique.

Il faut ensuite retirer le chrome; pour cet effet on fait évaporer, on redissout dans ïeau , on filtre pour avoir la silice qui peut rester, on verse du nitrate de mercure au minimum, qui produit un précipité de chrômate de mercure au minimum ,

lequel séché et calciné donne de loxyde vert de chrome. Reste le premier précipité d'iridium , de titane, de fer, de chrome et d alumine. Il y a encore un peu d'osmium qu'on enlève en traitant par l'acide muriatique, distillant et précipitant par le zinc, comme la première fois. S'il reste des parties non dissoutes on les triturera avec le nitre, comme dans le commencement ; et on observe que plus on répète cette opération, plus les dissolutions muriatiques deviennent bleues^ parcequ'ellès contiennent de moins en moins de fer et de titane , qui, comme plus faciles à dissoudre, sont d'abord saisis par l'acide , et laissent une plus grande proportion d'iridium.

Or l'iridium a cette propriété qu'à cet état d'oxydation où ses dissolutions dans les acides sont rouges il ne précipite que par le muriate d'ammoniaque, et sous forme de sel triple. On l'artiéne donc à cet état en faisant bouillir sa dissolution muriatique avec de l'acide nitrique; on neutralise la liqueur par de l'ammoniaque; l'ébullition en précipite le fer et le titane; on précipite ensuite l'iridium par le muriate d'ammoniaque ; et le sel triple qu'on obtient donne, par une chaleur rouge, l'iridium métallique très pur.

Ce métal , si difficile à retirer du singulier alliage qui le cachoit à tous les yeux , a des propriétés re-

marquables. Sa couleur et son éclat resseiùbleiit as$ez à ceux du platine; il est plus difEcile à fondre, insoluble dails les acides simples, difficilement soluble dans le nitro^muriatique; mais ia potasse et le nitre Foxydent, et se combinent avec lui en une poussière noire qui donne des dissolutions bleues; avec 1 acide nitro-muriatique bouillant il donne une dissolution rouge; ses dissolutions bleues elles* mêmes deviennent rouges par Fébullition; mais lés bleues et les rouges sont décolorées par le sul&te de fer, l'hydrogène sulfuré, le fer, le zinc, et letain ; elles reprennent leur couleur par lacide muriati* que oxygéné ; c'est l'iridium qui color^en rouge les derniers précipités de sel triple de platine , tandis que les premiers, où il n'entre point, sont jaunes.

Les propriétés de l'osmium ne sont pas si aisées à constater, à cause de sa facilité à s'oxyder et a se volatiliser aussitôt. Son oxyde est blanc et très caus* tique ; il répand une odeur insupportable : flexible et fusible comme la cire , dès qu'il touche une ma* tière animale il la noircit. Sa dissolution dans l'eau devient bleue par la noix de galle, etc.

M. Mongcz, membre de la classe de littérature ancienne, nous a lu un mémoire sur le bronze des anciens, où il prouve, d'après les expériences de M. Oarcet, que ce n'est point par la trempe ou l'immersion dans l'eau froide que le bronze se dur-

ET MâTÉOROLOGIB. 121

dt, comme il arrive à lacier; mais qu'il obtient au contraire sa dureté lorsqu après avoir été rougi on le laisse refroidir lentement à Fair. M. Darcet a tiré parti de cette propriété pour faire des cymbales, instrument qui ne se fabriquoit jusqu a présent qu'en Turquie , et , à ce qu on prétend , par un seul ouvrier de Constantinople, qui en a le secret.

Nous avons parlé depuis deux ans de ces acides sans oxygène, ou, comme on les appelle mainte* nant, de ces hydracides qui sont venus faire une brèche si considérable à Tlmposant édifice de la théorie chimique de Lavoîsier. IjCS travaux de M. Gay-Lussac ont constaté cette année qu il y en a un de plus à ranger dans cetti? classe, celui que M. de Moi*veau avoit appelé acide prussique, par» ceqù'il entre dans la composition du bleu de Prusse, et que son radical n'étant pas connu il n*étoit pas possible alors d en dériver sa dénomination.

Les expériences de MaAgrave, de Bergman, etde Scheele, ne permettoient pas de douter que dans le bleu de Prusse le fer ne ftit uni avec une substance qui jouoit le rôle d*un acide.: cependant M. Berthollet avoit soupçonné depuis long-temps quïl n'entroit point d'oxygène, mais seulement du carbone, de l'azote, et de l'hydrogène, dans sa

composition ; et c*est ce soupçon que M. Gray-Lussac vient de changer en certitude.

En décomposant avec des précautions qu'il indique le prussiate de merculre par Tacide hydrochlorique (autrement m uria tique), il obtient l'acide prussique pur; et nous avons déjà parlé dans un de nos rapports précédents des propriétés singulières qu'il lui a reconnues dans cet état, et principatement-de son extrême volatilité. Brûlant ensuite la vapeur de cet acide par Foxygène et letincelle électrique, il obtient des quantités déterminées d'eau, d'acide carbonique, et d'azote; il défalque Toxygène consommé dans la production des deux premières de ces substances, et il arrive à cette conclusion qu'un volume de vapeur d'acide prtissique résulte de la confbinaison et de la concentration d'un volume de vapeur de carbone, d'un demi-volume d'azote, et d'un demi-volume d'hydrogène, ou, en exprimant ces volumes en poids d'après la densité de chacune de ces vapeurs , que cent parties d acîde contiennent 0

4,4^9 de carbone , 5 1,71 d'azote, 3,90 d'hydrogène.

Ainsi l'acide prussique renferme plus d'azote et moins d'hydrogène que les autres substances ani-^

ET MÉTÉOBOLOGIE. 123

niales, dont il se distingue sur-tout par Tabsence totale d*oxygène.

C'est le premier hydracide connu dont le radical soit décomposable; et ce radical M. Gay-^Lussac est aussi parvenu à Tobtenir débarrassé de son hydrogène. Ne pouvant conserver cette épithéte de prussique, qui ne tient qua un accident, il lui a donné le nom de cyanogène (c'est-à-dire produisant du bleu). L'acide prussique prendra donc désormais la dénomination à^hydrocyaniquey ses combinaisons avec les bases celle âHhydrocyanaies, et les combinaisons de son radical celle de cyanures.

Nous voudrions pouvoir rendre compte des expériences aussi nombreuses que délicates par lesquelles M. Gay-Lussac a rapporté à l'une ou a l'autre de ces classes les divers produits de l'action de l'acide prussique sur les corps , et toutes les propriétés qu'il y a feit counoître ; mais l'espace ne nous le permet pas. Qu'il nous suffise de dire que le bleu de Prusse en particulier lui paraît plutôt un cyanure de fer qui auroit retenu de l'eau qu'un hydrocyanate, ou, comme on le disoit autrefois, nn prussiate.

Ce cyanogène, considéré isolément, a offert luimême des propriétés fort remarquables; c'est un fluide élastique permanent dont la densité est à celle de l'air comme i ,8064 à i , d'une odeur parti-

culière et très vive, qui donne à leau une saveur pi^ quante, et brûle avec une flamme purpurine. L'eau en absorbequatre fois aon volume, et lalcohol vingttrois fois. Sou analyse directe a donné le même ré^ sultat que celle de 1 acide bydrocyanique^ c est-à-dii'e un volume de vapeur de carbone pour un denii^ volume d azote.

M. Gay-Lussac a aussi présenté à TAcadémie des mémoires sur le froid qui résulte de révaporatioti , et ^ur Tévaporation dans laîr à difFérenls degrés de température et de pression , où il exprime par une foiTnule les résultats de lexpérience. Il a fait suivre le dernier d'un mémoire sur Thygrométrie, qui en offre les conséquences immédiates; mais ces ou-^ Trages n ayant point encore acquis à son gré cette précision et cet ordre qu'il est accoutumé de donnera tout ce qu'il publie, l'auteur a cru devoir eti différer l'impression.

M. Dulong, professeur d'Âlfbrt, a présenté sur l'acide oxalique quelques expériences qui , «lans former encore un ensemble complet) ouvrent cepeu-* dant des vues intéressantes pour la science. En sa-* turant cet acide de baryte, de strontiane^ ou de chaux, l'on obtient des sels qui représentent toujours l'acide employé, même après qu'on les a exposas à une chaleui^ supérieure à celle de l'eali bouillante; mai^ avec deVo^xyde de plomb on domiix

ET MÉTÉOROLOGIE. taS

on perd toujours vingt pour cent de Facide par )a dessiccation. En poussant ensuite au feu ces osalates métalliques desséches, il ne se montre point d eau ; mais on obtient de Tacide carbonique, du gaz o&yde de carbone, et il reste des oxydes des métaux employés, dont celui de plomb offre des pro* priétés particulières. Les oxalates de cuivre, d argent, et de mercure, donnent au contraire toujours de l'eau dans leur décomposition, quelque desséobés qu'ils aient été , en même temps que de 1 acide carbonique, et le résidu est à l'état métallique. Il y a détonation pour Foxalate d'argent, et l'on sait d'ailleurs qu'il détone par le choc aus^i bien que les oxalates de mercure.

Quant aux oxalates de baryte, de strontiane, et decbaux, ils donnent, en se décomposant parla chaleur, de Tbuile empyréumatique, de Feau, de l'oxyde de carbone , de Thydrogène carboné, de Taeide carbonique, et il reste un mélange de souscarbonate et de charbon.

On pourroit expliquer ces phénomènes de deux manières.

Ou Tacide oxalique seroit composé seulement de carbone et d'oxygène dans des proportions intermédiaires entre celles de Vacide carbonique et de l'oxyde de carbone, mais il contiendrait de Feau que certains oxalates, comme ceux de plomb et de

zinc, abandonneroient par le dessèchement^ tandis que les autrc;^ la retiendroient ; ou bien il serait composé d'acide carbonique et d'hydrogène. Ce dernier avec l'oxygène de l'oxyde formeroit de l'ean que ces premiers oxalates laisseroient encore échapper, et il ne resteroit alors que l'acide carbonique et le métal, combinaison nouvelle en chimie; car on y regardoit comme un prinèipe général que les métaux ne peuvent s'unir avec les acides qu'après avoir été oxydés. M. Dulong, qui penche pour cette dernière explication, pense donc que ces oxalates de plomb et de zinc desséchés ne sont pas de vrais oxalates ; et il propose de leur donner, ainsi qu'aux combinaisons du même genre qu'on pour roit découvrir, le nom de carbonides. Quant aux oxalates qui ne donnent point d'eau par le dessèchement, ils contiendroient l'acide oxahque dans son intégrité; et, comme d'après sa composition on le nommeroit désormais hydrocarbonique, les sels mêmes s'appelleroient hydrocarbonates.

M. Dulong est conduit par l'analogie à des conclusions très générales, par lesquelles il hit rentrer sous les mêmes lois non seulement les acides ordinaires, mais encore les hydracides; mais nous en rendrons un compte plus détaillé lorsque luimême aura remis les mémoires plus étendus qu'il pi^omet.

L'action chimique de la lumière solaire sur les corps est digue de toute rattention des savants par sou influence sur la plupart des phénomènes de la nature vivante, et cependant elle a été peu c»caminée jusqu'ici. M. Vogel vient d ajouter quelques expériences à celles que Ton possédoit à cet égard. L'ammoniaque et le phosphore , qui n agissent point lun sur l'autre dans 1 obscurité, dégagent à la lumière solaire du gaz hydrogène phosphore, et déposent une poudre noire composée de phosphore et d ammoniaque intimement combinés. Il en est à-peu-près de même du phosphore avec la potasse. L action des divers rayons n'est pas toujours semblable ; les rouges ne produisent pas d efFet sur une dissolution de sublimé corrosif dans Féther, taudis que les bleus et la lumière complète y opèrent une décomposition 'mutuelle. Les muriates métalliques très oxydés sont ramenés par la même voie au minimum d'oxydation.

Nous avons dit quelques mots les deux années précédentes des recherches de M. Chevreul, sur le savon et sur ce qui se passe lors de la saponification. Cet habile expérimentateur a reconnu que l'action de la potasse produit entre les éléments de la graisse de nouveaux modes de combinaisons d'où résultent des substances qui n'y existoient pas toutes formées auparavant, et dontdeux , la margarine et une sorte

d*huile ou de gtaisse fluide, acquièi^nt toutes les propretés des acides. L auteur , poursuivant son travail, s'est assuré que les mêmes effets sont produits par la soude, les terres alcalines, et divers oxydes métalliques, et que les substances résultantes sont en même proportion , de quelque agent qu on se soit servi : la magnésie et 1 aluminiB se bornent au contraire à contracter avec la graisse une certaine union, mais sans en répartir ainsi les éléments en divers composés. La quantité d alcali nécessaire pour convertir en savon une quantité donnée de graisse est précisément celle qui peut saturer la margarine et l'huile que cette graisse produit. Notre laborieux chimiste a terminé ses mémoires sur cette matière en assignant la capacité de saturation de la margarine et de la graisse fluide , et en faisant connol^ les propriétés de plusieurs nouvelles combinaisons savonneuses qu'il a produites par le jeu des affinités doubles, en mêlant une dissolution chaude de graisse fluide et de potasse avec différents sels terreux ou métalliques. Il est parvenu ainsi à rendre les savons, dont Tétude avoit été négligée jusqu a présent, presque aussi connus que les sels dont les chimistes se sont le plus occupés.

Fourcroy avoit fait connokre sous le nom d a^ pocire une ^ubs^nce que Ton sépare, par le moyen des acides, de la matière grasse datis laquelle se

ET MÉTÉOBOLOGIEa 129

convertissent res corps des animaux enfouis dans la terre, et il la voit regardée comme identique avec celle que Ion retire à Tétat cristallin des calculs biliaires de rhomme, et avec le spermacéti ou blanc de baleine qui se trouve en grande abondance dans certaines cavités de la tète du cachalot. . ..

M. Chevreul, conduit par ses recherches sur les corps gras à examiner ces matières, a trouvé que celle des calculs biliaires ne donne point de savon , tandis que le spermacéti en fournit aussi aisément que la graisse, mais en s^altérant un peu autrement, dans d^autres proportions, et avec des propriétés particulières. Le gras des cadavres est bien plus composé que ne le croyoit Fourcroy, et Ion y trouve différents corps gras combinés avec ranunoniaque, la potasse, et la chaux. G est une graisse qui a déjà subi Faction des alcalis.

. Chacun a pu observer une excrétion résineuse d un jaune orangé qui sort des crevasses de Técorce des bûches de hêtre exposées à Tbumidité, sous formes de lames ou de filets contournés comme du vermicel. M. Bidault de Yilliers a foit sur cette matière quelques expériences chimiques. Il sen dissout une partie dans leau, une autre dans Yah cohol, et le résidu a plusieurs des propriétés du gluten. Lacide nitrique la convertit en acide oxa-r lique, en matière jaune amère très abondante, et

BVFPON. GOMPLÉM. T. II. Q

l3o PHYSIQUE, CHIMIE,

en un corps gras, mais ny produit aucun acide mnqneuk. Elle donne au feu beaucoup de carbonate d ammoniaque et Une huile fétide ; en sorte que les commissaires de FAcadémie ont dû la regarder comme tenant de près à la nature des substances animale^. Il sera intéressant detfeire des récherches sur les causés de sa production;

Une dés époques où la chimie se soit montrée plus brillante et plus utile a été sans contredit celle où là France, séparée pendant vingt ans des contl-éès dont les productions étoient devenues depuis si long-temps pour nous de véritables besoins , a été obligée d'y suppléer par des produits de son sôj. Les arts connus ont été perfectionnés; des arts nouveaux ont été créés. Nous avons vu successivement extraire la soude dû sel marin, former de toutes pièces lalun et la couperose, rendre fixes des couleurs que Ton regardoit comme fiiux teint, Tindigo du pastel remplacer celui de Tanil, la garance suppléer a la cochenille, et le sucre de betterave tenir lieu de celui de canne.

Ce dernier article, le plus important de tous, tfa pas perdu à beaucoup près son intérêt dans les circonstances actuelles. Il est vrai que beaucoup de fabriques sont tombées : mais celles qui ont été dirigées iavec intelligence subsistent et prospèrent eut core; et, selon M. le comte Chaptal, leur produit

ET MÉTÉOROLOGIE. i3l

pourra toujours rivaliser avec le sucre des colduies. Ce savant chimiste donne une preuve sans réplique de son assertion, puisqu'il continue de fabriquer avec profit : il est vrai que dans tous les détails de la culture, de la récolte, et de la préparation, ainsi que dans Femploi des divers déchets, il s'est éclairé des lumières de la science et de celles de Texpé^ rience , an point de ne rien rejeter qui puisse servir, et d^employer à d au très usages tout ce qu'il est obligé de rejeter* Il a décrit ses procédés d'une manière assez claire pour qu'ils puissent être saisis par tous les Êibricants, et nous devons espérer que son ouvrage aidera à conserver à la France une industrie précieuse, et dont mille événements pourrôieiit iaire de notrvean une industrie nécessaire.

Le troisième volume de la Chimie élémentaire de M. Thénard a paru. Ce savant professeur f traite avec le plus grand détail et d'après les découvertes les pins modernes, parmi lesquelles il en est un si grand nombre que la science lui doit , des principesf immédiats des corps organisés, des divers produits de leurs décompositions , et de leurs ém^ plois dans les arts. Le quatrième, qui est sous presse, terminera l'ouvrage.

On sait que les divers Corps , et spécialement les

l32 PHYSIQUE^ CHIMIE^

divers liquides , se dilatent par la chaleur selon des proportions très différentes.

M. Gay-Lussac a cherché à découvrir quelque loi qui indiquât la régie de ces rapports ; pour cet effet, au4ieu de comparer les dilatations des divers liquides au-dessus et au-dessous d une température iiniforme pour tous , il est parti d'un point variable quant à la température, mais uniforme quant a la cohétion des molécules ; du point où chaque liquide entre en ébullition sous une pression don-* née , et parmi ceux qu'il a essayés il en a trouvé deux qui , à partir de ce point , se dilatent également ; ce sont lalcohol et le sulfure de carbone qui bouillent, le première 78** ^î^le second à 46® 60^ tandis que d'autres liquides ne présentent pas à cet égard la même ressemblance. Cherchant alors li^s autres analogies des deux liquides en question, M. Gay-Lussac a reconnu qu'ils se ressemblent encore en ce point qu'un même volume de chacun d'eux, à la température qui le fait bouillir, donne » sous la même pression, un même volume de vapeur, ou , en d'autres termes , que les densités de leurs vapeurs sont entre elles comme celles des liquides à leurs températures respectives d'ébullition.

M. Gay-Lussac promet de donner suite à ses expériences V, et de présenter bientôt des recherches

ET MÉTÉOROLOGIE. i33

plus complètes sur la dilatation des liquides et sur leur capacité pour le calorique, comparées à celles de leurs vapeurs.

Parmi les questions délicates dont s'occupe aiïjônrd'hui la chimie, on doit ranger principalement celle des proportions selon lesquelles les éléments peuvent s unir pour former les combinaisons des divers degrés. On a cru remarquer dans ces derniers temps qull y avoit certaines limites afiectées de préférence par la natnre, et exprimées par des termes généralement simples ; et , d'après les recher-: ch« de M. Gay-Lussac, cela est sur-tout vrai pour les combinaisons des gaz , quand on a égard non pas à leur poids absolu , mais à leur volume sous une pression égale.

Ces sortes de recherches sont sujettes à de gran<» des difficultés , parcequ'il n est pas toujours possible d'obtenir les combinaisons isolées , et que , loi'squ^on Veut les extraire des sels dont elles font partie, elles se décomposent ou s'altèrent pat le mélange des autres principes de ces sels , ou de l'eau qui y entre presque toujours.

C'est ainsi que l'on peut expliquer les différences notablesdes résultats de MM. Davy, Dalton , etGay- Lussac, touchant les combinaisons de l'azote et de loxygène.

Des expérienèes présentées cette année à l'Aca-

l34 PHYSIQUE, CHIMIE,

demie par M, Gay-Lu89ac il résultieroit c|uç le g$9 QÎtreux contient un volume d azote et un yoliune égal d oxygène sans condensation ; que dans cer^ t2|iaes circonstances il se forme une combinaison d*un volume dazote contre un volume et demi d'oxygèifê , à laquelle M« Gay-Lussac donne le nom d'acide p&rnitreux; que 1 acide nitreux ordinàirese cc^mpose d un volume dWote contre deux volumes d'oxygène ; enfin qu'il y a dans l-acide nitrique un volume d'azote et deux volumes et demi d'oxygène.

Parmi ces différentes variétés', si Ton pei^t %w^ prim^ ainsi , des oxydes ou acides qui ont VasK^te pour radical, il s en trouve une que l'on obtient de la distillation du nitrate neutre de plomb préalar blement desséché. C'est un liquide très volatil, àe couleur orangée^ M. Gay-Lussac leregardoitcomnie l'acide nitreux dont les éléments seroient maintenus par l'action de l'eau qui en li^roit partie;^ mais M. Dulong s'est assuré, par des procédés d'ana^ lyse fort exacts y qu'il ne contient point d eau , et le nomme par cette raison acide nitreux anhydre. Soa résultat a été confirmé par la synthèse. Un volume de gas^ nitreux , et un peu plus de deux volun^es de gaz oxygène, soumis à un froid artificiel de vingt degrés, donnent cet acide qui entre autres propriétés change de couleur non seulement par son mé-

ET HÉTÉOBOIiOGIS* l35

kmge ay èé Teau ^ mais par la chaleur ; incolore à ao"* au-dessous de zéro , il devient orangé à i S"" albdat-' sus, et presque rouge à 28*". Quatre parties de gaz nitreux et une partie de gaz oxygène, condenséa de même par le froid , ont donné un liquide d'ua wett foncé beaucoup plus volatil que le précédent » que M. Dulong regarde comme un simple mélange d'acide nitreux et d'un autre acide où la proportion du gaz nitreux seroit beancoup plus forte.

M* Dulong a examiné aussi les {Hroportions selon lesquelles Foxygène se combine avec le phosphore pour former des acides. Avant lui on n enfadmetloilt que deux; ses recherches lui font penser qu'il en existe quatre^ Cette où il a^tre le moins d*oxygène s obtient en jetant dans Teau un phosphore alcalin ; il se dégi^e de l'hydrogène phosphuré, et Toxy-^ gèae (ie Feau fo^ie avec le phosphore restant un acide qui reste comtbtné avec lakali , et qu'on en> expulse par l'acide sulfuriqué* M. Dul6ng le nomme hypap/iosphoreux , mais il croit que son radical se compose en partie d'hydrogène.

Un, second acide, auquel M« Dulong transfère le nom de phosphoreuse y s'obtient au moyen de la déeompOsitioii àé l'eau par la combinaison de chlore et de phosphore au minimum, décompoa^on d'où, il résulte deux acides, savoir rhydrochlorique ou , muriâtique, et celui dont rious park>Bs. H. Dulong^

l36 PHYSIQUE, CHIMIE,

le juge eomposé de loo parties de phosphore et de près de 75.d-oxygène.

Le troisième acide est celui qui se produit par la combustion lente du phosphore dans l*air. Il se décompose lorsqu'on le sature en acide phosphorique et en acide phosphoreux, et donne à-la-fois des phosphites plus solubles et des phosphates qui le sont moins. Toutefois M. Dulonf]f ne le regarde pas comme un simple mélange, mais plutôt comme une combinaison de ces deux acides, qui auroit quelque ressemblance avec les combinaisons salines, et où lacide phosphoreux feroit fonction de base. D'après cette opinion il propose de le notamer pfiosphatique pour rappeler lanalogie qu'il auroit avec les phosphates. •

Le dernier terme de Foxygénation est l'acide phosphorique : la proportion du phosphore à l'oxygène y est de loo à 124. On l'obtient de la combustion vive du phosphore, ou de la décomposition de l'eau parle chlorure de phosphore au maximum , et encore de plusieurs autres manières. Il est identique avec celui qu'on retire des os des animaux.

Trois chimistes hoUandois, MM. Van-Marum, Deyman ,et Paëts-Van-Troostwick , firent connoltre en 1 796 un gaz composé d'hydrogène et de carbone, qu'ils nommèrent gaz oléjiant, par la raison que sa propriété la plus singulière étoit de former un li-

quîde huileux par son mëlauge avec le gaz muria-* tique oxygéné. D'après la' théorie que Ton avoit alors sur le gaz acide muriatique oxygéné, on devoit croire que son oxygène s*uui$soit à Fhydrogène carboné, et donnoit ainsi une sorte dliuile; mais aujourd'hui que Ton est venu à regarder ce gaz comme un corps simple, auquel M. Davy a donné le nom de chtore, on est obligé de chercher une autre explication. MM. Bobiquet et Colin s en sont occupés. Us ont reconnu qu*en Élisant arriver lentement dans un ballon un volume de gaz oléfiant et deux volumes de chlore, ils se convertissent entièrement et sans résidu en liquide huileux , lequel , décomposé par le feu, donne de Thydrogène non saturé de carbone, un dépôt de carbone, et beau-r coup de gaz muriatique, c'est-à-dire, d après la théorie nouvelle, de gaz hydrochlorique : le chlore entre donc en substance dans le liquidchuileux. Mais y est-il comme chlore et uni directement à rhydrogène surcarboné , ou bien s'y trou ve-t-il uni à rhydrogène et comme acide hydrochlorique, ou, autrement, muriatique? C est à la première de ces conclusions que les auteurs sont conduits par des inductions tirées de la pesanteur spécifique des composants et du composé, tandis que Téther muriatique, qui a de nombreux rapports avec ce liquide huileux, leur paroit au contraire formé de Funion

l3S PHYSIQUE, OHIMIE,

du QHz bydrôchlorique avec Thydrogène carbonée M* Ghevraul continue toujours de trayaiUer avec le m^me zèleÀ son Histoire chimique des corps grcm^ Nous â vous dit d après lui , dans le temps , comment la graisse de porc se compose de deux, principes^ Tun plus consistant, l'autre plus liquide; comment 1 action des alcalin en^ altère la combinaison, en sépare un prinmpe nouveau ansdogue au corp^ dou;x de Scheele , et y ocdasioi»e la fQrniatk>0 de deux autres princi pe^ de nature acide , avec le8<{ttela Fakali se combine pour former le savon ; nous avoaa exposé l'affinité diverse des alcalis et des terres avee ces deux acides, et les capacités de saturatk>n did ces derniers; enfin nous avons rendu compte de Texanien comparatiffaitpar M. Gbevreulde divers corps plus ou moinaanalogues à la graisse, tels que le calcul biliaire, )e spermacéti, Fadipocire des c«h davres et des difFérences essentielles qui les^,carae« térisent. Dans ua mémoii^ présenté à TAcadéinie O0tte année ce laborieux chimiste a commencé à rechercher les causes auxquelles s(Mit dues les coû-^ sistanc^s, les odeurs, et les couleurs partiiHilîèrfta à quelques huiles et à quelque» graisse»; et il fr'esit occupé des graisses^d'ho-mme, debcBuf , demoutcm, d^ jaguat*, et doîe. Le» variétés de cqnsistanoe tiepnent à la proportion des deux principes gëné« raux des corps gras; mais les autres difiërences

ET MÉTÉOROLOGIE. iSg

d^peiMl^nt de principes particuliers et étrangwa^ M. Chevreul propose un système de nomeDcbture analogue au reste de la nomenclature diimique^ tant pour les principes qu il a découverts que pour leurs combinaisons salines. Les deux principes de la graisse devront se nommer itéatine et ëléine, d Câpres les mots grecs qui signifient suifeihuik. Son « principe acide le plus consistant, ou sa margarine, sara Tacide margarique; lautre lacide élaique. Le spermacéti aura le nom de cétine, etc« Sans doutai ces noms çfaai^ront la mémoire; mais ceat un inconvénient inséparable des progrès de la science , et des périphrases qui alongermentle discourssans le rendre plus clair auroientdes inconvénients non moins graves.

Les physiciens savent aujourd'hni, par les travaux d'un grand nombre de leurs plus ingénieux prédécesseurs, que les effets de la distribution de la chaleur dans Fintérieur des corps solides se rap*portent à trois qualités variables selon les ccMpps, mais déterminabies et fixes pour chacun d'eux: leur capacité pour le calorique, c*e9t*à-dire la quaoH tité qu'il en faut à chacun pour passer d'un degré de chaleur à un autre ; leur conductîfaftlîté intérieure, c'est-à-dire le plus ou mains de facilité

l4o PHYSIQUE, CHIMIE,

avec laquelle la chaleur parvient à s y distribuer également; et leur conductibilité extérieure, c'est* à-dire le plus ou le moins de facilité avec laquelle, ils se mettent à Funisson de chaleur avec lair on les corps environnants.

La première de ces qualités est appréciée depuis long -temps pour chaque corps ; la troisième dé-» pend beaucoup de Tétat de la surface; et il est nécessaire,, dans une théorie exacte, de la distinguer soigneusement de la seconde, qui tient sans doutie: à la disposition mutuelle des molécules des corps.

Feu M. de Rumfôrt avait fait de nombreuses expériences sur la conducibilité extérieure d'un même corps, selon qu'il est plus ou moins poli, ou revêtu de diverses enveloppes.

M. Desprets vient d'en faire pour comparer celle des corps différents dans des états de sur&ce semblables pour tous. Il emploie des sphères assez petites pour que leur conducibilité intérieure n'influe point trop sur Textérieure; ses thermomètres ont leur réservoir, au milieu de chaque sphère, et les surfaces sont ou simplement poUes, ou enduites d'un vernis et d'un nombre de couches de ce vernis, reconnu par l'expérience le plus favorable au refroidissement.

M. Desprets a rédigé ainsi une table des temps que mettent à se refroidir, au même degré, les prin-

ET MÉTÉOROLOGIE. l4l

-cipaux métaux employés dans les arts; et en combinant convenablement cette table avec celle des capacités, il obtient celle de la conducibilité exté**rieure; cest le plomb qui la possède au plus baut ilegré, ensuite la fonte, puis le fer, Tétain , le zinc^ et enfin le laiton.

IjCs bains du MontrDor, près Clermont, fournissent une eau à ^2 ou 43"" centigrades de température, contenant quelques matières salines, mais exhalant sur-tout une grande quantité d'acide carbonique. On observe de très grandes différences dans leur action sur ceux qui les prennent et dans le malaise qu occasione leur vapeur; et lorsque ces effets sont beaucoup plus marqués qu'à Fordinaire, que les bains sont ce qu-on appelle soufrés, on peut être assuré qu^un orage est prochain, et qu'il sera d-autant plus violent que ces signes précurseurs ont été plus manifestes.

M. Bertrand, médecin de ces eaux, attribue ces phénomènes à l'électricité qui, dans ses communications de la terre à l'atmosphère, ou réciproquement, doit, selon lui, suivre de préférence les ramifications tortueuses des eaux minérales ;- mais les signes d'électricité qu'il a obtenus n'ont pas paru assez constants, ni assez^ évidents pour servir de pleuve à son hypothèse, et Toq n'a peut-être bê^in

l42 PHYSIQUE, CHIMIE,

de recourir qu'au plus ou moins de diffiérence de chaleur au dedans et au dehors du bain, et à It plus ou moins grande abondance d'acide carbo^ nique résultant de la plus ou moins grande difii-^ culte que 1 état de l'atmosphère extérieure oppose à sa dissipation.

Chacun sait que les alcalis' fixes s'unissent au soufre, et forment avec lui cette combinaison à fai«quelle sa couleur a fait doujiiei* très anciennement le nom de fine de soufra, et que la nouvelle chimie place dans la classe générale des sulfurés ; mais depuis que l'on ft appris, par les brillantes expériences de M. Davy, que les alcalis fixes ne sont autre chose que dés oxydes métalliques , il devenoit intéressant ,de savoir s'ils entrent dans le suture comme oxyde ou comine métal, c'est-à-dire s'ils conservent ou slb perdent, en y entrant, l'oxygène auqfuelils sont unis.

M. Vauquehn avoit présenté des motifs plausibles d'adopter là première de ces opinions ponr loàttUîire £Biit à une haute température; et M. 6ay« Lussac vient en quelque sorte de la démontrer.

En effet M. Vauqnelin avoit &it observer que ie sulfure Êtit à une haute température, lorsqu'on: le dissout dans l'eau, donne du sulfate, dont l'acide suUîiârique contient précisément autdnt d'oxygène

ET MÉTÉOROLOGIE. l43

que la potasse employée ; et si cet acide existoit dans le sulfîure avant la dissolution , il ne peut avoir pris son oxygène qu*à la potasse; mais on ponrroit objecter qu'il ne se iGorme qu au moment de la dissolution et en décomposant Teau.

C'est à quoi riépond maintenant M. Gay-IiUssac. fin formant le sulfure à une température douce on n'obtient peint de sulfate lors de la dissolution , mais seulement de Fbyposulfite, La simple dissolûticm dans l'eau ne produit donc pas de Tacide sulfîirique , et , s'il y en a , il a dO se former en même temps que le sulfure, et dans un moment ou la pétasse seule avoit de l'oxygène à lui fournir.

Li'oxyde noir de manganèse, traité à chaud avec de la potasse caustique, se fond en une matière verte , dont la dissolution , d'abord de la même ôoûkur, passe ensuite au bleu , au violet, et ail rouge. Seheele, qui a le premier observé èes variations^ avbit donné a la ocHtnbinaison qui les présente le nom de caméléon minéral.

M. Chevreul a remarqué qu elle peut passer par toutes les teintes des anneaux colorés , et que Ion y produit altcNmi^ivement les diverses nuameès, s^t en âjoutEint petit à petit de Feau, de l'acide éai^ boiiîque, de la potassir, e^;MM e» mélaM , dans dl* verset proportions, lé» deux couleurs extrèmest; on

l44 PHYSIQUE y CHIMIE,

peut enlever toute couleur par certains acides, etd MM. Ghevillot et Edwards, s*ëtant occupés de cette singulière substance, ont constaté d*abord qull ne peut se former de caméléon sans le con* cours de lair; qu'il s en forme dans Toxygèneplus aisément que dans Fair, et qu'il absorbe de l'oxygène en se formant plus que ne ferait la potasse seule. Variant ensuite les proportîtos des composants, ils ont yu que le caméléon est d un vert d'autant plus clair et plus pur qu'on y a employé moins de manganèse et plus de potasse, et qu'en augmenr tant le premier composant et dhninuant l'autre jusqu'à ce qu'ils soient en parties égales, on arrive à faire immédiatement du caméléon rouge, qui, dissout et évaporé, donne de beaux cristaux comparables au carmin , inaltérables à l'air, et capables décolorer une grande quantité d'eau. L'alcali y est parfaitement neutralisé. Ces chimistes se proposent de suivre ces expériences, et espèrent en déduire les causes des -phénomènes remarquables quV>ffre le caméléon minéral. . •

La médecine emploie tous les jours des racines, des graines , ou d'autres parties de j)lantes et d'ani-* maux auxquelles on a reconnu une action bien marquée sur l'économie animale, et des vertus précieuses contre diverses maladies; mais ces vertus

ET MÉTÉOROLOGIE. l45

n appartient pas à la totalité des principes immë* diats qui composent les substances, elles sont au contraire ordinairement lapanage exclusif de Tun dentre eux; et lorsque la chimie parvient à discerner ce principe privilégié et à découvrir les moyens de l'extraire, elle rend à la médecine un service d'autant plus grand que souvent les autres prin"* cipes auxquels il est uni afFaiblissent son action, et produisent même des inconvénients qui restrdgnent Fusage de la substance dans laquelle il entre.

Ainsi Ton connott depuis long-temps le pouvoir de Fipécacuanha pour exciter le vomissement, et les heureux effets de ce remède sur les suites de la dyssenterie; Ton sait aussi, par les travaux récents de M. de GandoUe, que les racines employées en pharmacie, sous le nom d^ipécacuanha^ proviennent de plantes assez diverses et dont la force n est pas toujours égale; savoir, d'un psychotria, dun calicoccay et d'une vto/ette; mais il s agissait de déterminer auquel des principes immédiats de ces racines appartient la vertu qui les a rendues si précieuses, ce qui seul pou voit donner les moyens d assigner avec précision leurs degrés respectifs de puissance, et de fixer les meilleures méthodes de les préparer pour leur emploi en médecine. C'est ce que MM. Magendie et Pelletier ont essayé de

fiUFFOV. OOMPLBM. T. II. • lO

l46 PHYSIQUE, CHIMIE,

faire par une analyse chimique très soignée, et par des expériences sur les animaux et sur les hommes.

Après avoir enlevé, par l ether, une matière huileuse, d'une odeur désagi^able, ils traitent Tipéca* cuanha par l'alcohol, et en obtiennent de la cire et une substance particulière qu'ils séparent de cette cire au moyen de Veau. liC résidu n? contient plus que de la gomme, de lamidon, et du ligneux.

Cest à la stibstance dissoluble dans lalcohol et dans leau qu'appartient le pouvoir de faire vomir; ce qui Fa fait nommer éméthie. Elle se présente sous forme d écailles transparentes , brun rougeâtre, presque sans odeur, légèrement acres et amères; elle est déliquescente à lair, et offre plusieurs autres caractères qui paroissent lui être particuliers. A dose convenable de 2 à 4 grains elle a les effets de Tipécacuanba, mais non pas son odeur nauséabonde, qui réside dans la matière huileuse. Le vomissement quelle occasione est suivi de fortes envies de dormir. A dose plus élevée, de 6 à 1 2 grains par exemple, elle a fait périr les chiens , après des vomissements violents et plusieurs heures d'un assoupissement profond.

La racine d'ipécacuan ha brun (psychotria emeiica) contient 16 centièmes d'émétine; mais la partie ligneuse intérieure de la même racine n'en possède qu'un peu plus d'un centième. Il y en a i4 cen-

tièmes dans récorce d*ipécacuanha gris {callicocca ipecacuanha) et 5 dans la totalité de la racine d'ipécacuanba blanc (viola emetica).

L'opium , ou le suc de tète de pavots, dont lusage est devenu si général dans la médecine moderne, est aussi un composé de plusieurs principes; et, malgré les nombreux travaux dont il a été 1 objet, M. Sertiirner, pharmacien d'Eimbeck, en Hanovre, y a découvert récemment un acide, et, ce qui est plus extraordinaire, un alcali nouveau, ou du moins une substance qui a toutes les propriétés générales des bases salifiables. G*est à elle qu'il attribue le pouvoir somnifère et vénéneux de Topium, et il lui a donné, par cette raison, le nom de morphine. Amère, cristallisable, fusible à la chaleur, peu soluble dans Feau même bouillante, mais beaucoup dans Talcohol et dans Téther, elle forme, avec la plupart des acides, des sels nei|tres remarquables , dont elle est précipitée par 1 ammoniaque ; elle se résout au feu en oxygène, en carbone, en hydrogène , et peut-être en un peu d'azote. L'acide auquel elle est unie dans l'opium a reçu de M. Serturner le nom de méconique; mais ce chi-^ miste n'a pas eu le loisir d'en faire uh examen assez approfondi.

M. Robiquet a repris et vérifié les découvertes de

l48 PHYSIQUE, CHIMIE,

M. SertUrner par rapport à ces deux substances; il a reconnu que Facide méconique est très soluble dans lalcohol et dans Feau ; qu'il forme des sets diversement solubles avec les alcalis; qu'il donne au sulfate de cuivre une belle couleur d*émeraude, etc. ; mais M. Rôbiquet s'est assuré, contre lopinion de M. Sertiirner, que le sel essentiel extrait de lopium par M. Derône en i8i3 n'est pas la morphine, ni une combinaison de la morphine avec lacide méconique; c'est, selon lui, une troisième substance qui existe dans l'opium en même temips que ces deux-là.

M. Sertûrner avoit éprouvé de ia morphine disr soute dans l'alcohol des effets délétères assez vio«^ lents; mais quand on la donne seule elle agit peu. M. Orfila en a fait prendre sans effet à des chiens, à une dose où l'extrait aqueux d'opium auroit produit un empoisonnement violent. Tous les sels solubles de morphine agissent au contraire avec la même intensité que l'opium, et en déterminant les mêmes symptômes, tandis que l'opium dont on a séparé la morphine perd son efficacité.

C'est donc la morphine qu'il faut tâcher de retrouver dans les végétaux indigènes, si l'on veut y découvrir quelque succéda né de l'opium.

M. Sage a publié, dans le courant de l'année, f]uatre mémoires sur Feau de mer; il y admet un

ET MÉTÉOROLOGIE. l49

gaz particulier, auquel il donne le nom de yaz nep tunien, oléagineux, alcalin, et inodore, qui, selon lui , doit empêcher que la distillation ne puisse extraire de leau de mer une boisson salubre. On saura bientôt à quoi s*en tenir, d'après les expériences que le capitaine Freyeinet a été char{];é de faire dans le grand voyage qu*il a entrepris.

La chimie s'est enrichie cette année de deux nouvelles substances doublement intéressantes, en ceque Tune est à-la-fois métallique etalcaline, c'està-dire que son oxyde est un nouvel alcali fixe, et en ce que Taiitre est métallique et actdifiable, et en même temps plus analogue au soufre qu*à aucune autre matière.

On doit la première à M. ArfVedson, jeune chimiste suédois , élève de M. Berzélius. Il Ta découverte dans une pierre nommée ^fo/tfe^ où il n'en a trouvé que de 3 à 5 centièmes ; mais il en a reconnu ensuite jusqu'à 8 centièmes dans une autre pierre appdée triphane.

Cette substance donne, avec la plupart des acides, des sels très fusibles; son carbonate en fusion attaque le platine presque aussi fortement que les nitrates des autres alcalis, etsedissoucdifficileraent; son muriate est très déliquescent ; son sulfate cris-

l5o PHYSIQUE, CUIMIË,

tallise sans eau de saturation. La capacité de cet alcali pour saturer les acides est plus grande que celle d'aucun autre , et il entre en plus grande quantité dans les sels qu'il forme avec eux.

L auteur de la découverte a donné à sa nouvelle substance le nom de lithion, pour rappeler qu'elle a été découverte dans une pierre, tandis que les deux autres alcalis fixes ont été d'abord tirés des végétaux.

La seconde substance a été découverte par M. Berzélius lui-même dans une fabrique d'acide sulfurique de Falun en Suéde. Il se dépose au fond de la chambre où l'on brûle du soufre retiré des pyrites une masse rougeâtre, qui n'est elle-même en grande partie que du soufre, mais qui donne en brûlant une odeur acre de raifort. Cette odeur étant l'un des caractères dsum métal découvert depuis quel* ques années par M. Klaproth, et nommé tellure^ on pouvoit croire qu'elle étoit due au mélange de ce métal avec le soufre. Cependant M. Berzélius et M. Gahn, qui examinèrent d abord celte matière rouge, nepurenten retirer de tellure. Lepremieren emporta à Stockholm pour l'examiner de plus près, et il y trouva une substance très volatile, très aisément réductible, et ne se laissant point précipiter par les aJcalis. Sa couleur est grise, avec un grand éclat; elle est dure, friable, et sa cassure ressemble

ET MÉTÉOROLOGIE. l5l

àcelle du soufre. Sa pesanteur spécifique est de 3.6. Elle donne une poudre rouge par la trituration , se ramollit à la température de leau bouillante, se fond un peu au-dessus, et reste quelque temps, à mesure quelle se refroidit, molle, pétrissable, et filante comme de la cire d'Espagne. A un peu plus de chaleur encore elle bout et se sublime en un gaz jaunâtre, et se fixe en forme de fleurs dun beau rouge, qui cependant ne sont point oxydées. Dans Tair elle s^évapore en fumée rouge, ou brûle avec une flamme bleue , et en donnant une si forte odeur de raifort qu un 5o* de grain suffiroit pour empester le plus vaste appartement.

M. Berzélius a donné à cette substance le nom de sélénium, d après le nom grec de ta lune, et pour rappeler le rapport qu'elle a avec le tellure ; rapport qui pourroit au reste ne tenir qu'à la présence même du sélénium dans les tellures examinés jusqu*à présent.

Les nouvelles de ces découvertes ayant été annoncées à TAcadémie par M. Gillet-Laumoot, et bientôt après par une lettre de M. Berzélius luimême adressée à M. Berthollet , M. Vauquelin s'occupa aussitôt de vérifier ce qui conceruoit lalcali ; et ses observations ajoutèrent quelques détails à celles quavoit données M. Arfvedson. Quoique M. Vauquelin n'ait eu qu'une petite quantité de

l52 PHYSIQUE, CHIMIE,

]>étalite à sa disposition, il y a trouvé jusqu'à 7 pour cent de lithion.

M. Berzélius a suivi avec tout le soin qu elle méritoit sa belle découverte du sélénium. Il a soumis sa substance à la plupart des agents de la chimie, et reconnu comment ils se comportent avec elle ^ et, étant venu à Paris cette année, il a donné lui-même son travail avec le plus grand détail dans les An-nales^ de Chimie. Sous tous les rapports il montre dans le sélénium une sorte d'intermédiaire entre les. substances combustibles et les substances mé* talliques.

Il en fait sur-tout une comparaison, d une part, avec le soufre et le tellurium, de l'autre, avec le chlore , le fluor, et Tiode ; substances que beaucoup de chimistes ant voulu placer, dans ces derniers temps, dans la même classe que le soufre, parcequ elles donneroient, comme le soufre, des acides en se combinant avec Thydrogène. On peut se rappeler ce que nous avons dit à ce sujet dans nos analyses de 181 3 et de idi4)^i^ rendant compte de la nouvelle théorie de M. le chevalier Davy, sur les acides qu'il croit formés sans oxygène.

M. Berzélius trouvant que les combinaisons, soit du soufre, soit du tellurium, soit du sélénium , avec les métaux et les substances combustibles, ont entre elles une grande analogie; et trouvant d'un au-

ET MÉTÉOROLOGIE. l53

tre côté que les combinaisons de Tiode et du chlore avec les mêmes matières sont aussi très analogues entre elles et avec celles des acides oxygénés, mais ne ressemblent point du tout aux précédentes; ce savant chimiste en conclut que ce sont deux ordres bien distincts de substances, et il laisse entrevoir par-là qu'il ne regaixle pas encore comme démontrée la théorie de M. Davy.

Ce sélénium est singulièrement peu abondant; 5oo livres de soufre brûlé à la fabrique de Falun n en donnent qu un tiers de gramme. Combien doitil être en proportion moins considérable encore dans la pyrite doù ce soufré est extrait! M. Berzélius Ta trouvé depuis formant environle quart d'un minerai d argent et de cuivre extrêmement rare, que Ton avoit regardé, à cause de son odeur, comme un minerai de tellure, et que Ion tiroit autrefois d'une mine maintenant abandonnée de la province de Smolande en Suéde. Il en a trouvé aussi quelques parcelles combinées avec du cuivre sans argent.

Plus on réfléchit sur ces éléments chimiques, qui seroient ainsi jetés comme au hasard par la nature en petites parcelles de si peu d'effet dans lunivers que lart le plus délicat, la science la plus profonde suffisent à peine pour les mettre au jour, plus on est porté à croire qu une science plus pro-

l54 PHTS1QU£, CHIMIE)

fonde encore leur arrachera bientôt leur qualité d'éléments.

M. Gay-Lussac a feit en i8i i sur le principe colorant du bleu de Prusse, ou ce que Ion nomme depuis quelque temps Yacideprussique, des recherches qui ont fait reconnoitre à cette substance, dans son état de pureté, des propriétés fort remarquables, et jusqu'alors entièrement ignorées; telles, entre autres, que la petitesse de l'intervalle qui sépare pour elle le point de la congélation et celui de Tévaporation , et son épouvantable influence sur réconomie animale. Ce savant chimiste , continuant ses recherches sur cet importantsujet , a découvert, en 1 8i 4î que ce principe est un hydracide, c est-àdire un de ces corps semblables aux acides quant à leur action extérieure, mais où l'on ne peut démontrer la présence de l'oxygène, et qui paroissent résulter delà combinaison de l'hydrogène avec un radical. L'acide prussique est même le premier hydracide dont on connoisse le radical quant à ses éléments, et M. Gay-Lussac a trouvé qu'il se compose de carbone et d'azote en proportions peu différentes. Il a nommé ce radical cyanogène, et rpcide qu'il fournit hydrocyanique, à cause de sa propriété de teindre l'oxyde de fer en bleu. Nous avoQs annoncé toutes ces découvertes dans nos analyses de i8i i et de i8i4*

ET MÉTEOBOLOGIE. l55

M. Vauquelin a travaillé de nouveau sur cette matière en suivant , comme il le dit avec sa modestie ordinaire, la route que M. Gay-Lussac lui a voit fnyëe ; mais cette route avoit des embranchements qui ne pou voient échapper à un homme tel que M. Vauquelin.

Le cyanogène gazeux se dissout dans environ quatre fois et demie son volume d eau ^ et lui donne uae odeur et une sayeûr très piquante, mais sans la colorer. Après quelques jours cette dissolution se teint en jaune, puis en brun, dépose une matière brune, prend Fodeur d acide hydrocyanique, et développe de 1 ammoniaque quand on y met de la potasse. Cependant elle ne peut encore donner de bleu de Prusse. Des expériences ultérieures montrent quelle contient de Thydrocyanate , du carbonated ammoniaque, et de Tammoniaque combinée avec un troisième acide que M. Vauquelin nomme cyanique^ sans avoir absolument déterminé la composition de soi^ radical.

Il y a donc décomposition de Feau : son hydro* gène suoità une partie du cyanogène pour former de 1 acide hydrocyanique; une autre partie s^unit à de lazote du cyaiiogène pour former lammoniàque; 1 oxygène de cette même eau avec une partie du carbone du cyanogène forme de 1 acide carbonique. Le troisième acide résulte de quelque corn-

l56 PHYSIQUE, CHIMIE,

binaison du même genre; et il reste* cependant encore du carbone et de Fazote que cet oxygène ne suffit pas pour convertir en acide, et qui donnent la matière brune du dépôt.

Les oxydes alcalins produisent des effets semblables, mais bien plus rapidement.

' ' Une multitude d'autres applications du cyanogène aux oxydes , aux métaux, aux substances combustibles^ ont donné à M. Yauquelin des résultats non moins curieux. La question la plus intéressante qu elles pou voient résoudre étoit de savoir si le bleu de Prusse est un cyanure ou unbydrocyanate,cest« à-dire une combinaison de Foxyde de fer avec le cyanogène , ou bien avec son hydracide. M. Vauquelin ayant constaté que leau imprégnée de cyanogène peut dissoudre le fer sans le changer en bleu de Prusse , et sans qu'il y ait dégagement d'hydrogène, mais en laissant du bleu de Prusse dans la portion non dissoute, et que Tacide hydrocyanique convertit le fer ou son oxyde en blev sans le secours ni des alcalis ni des acides; il en conclut, contre lopin ion de M. Gay-Lussac, que le bleu de Prusse est un hydrocyanate, et que, lorsqu'on expose du fer à Teau imprégnée de cyanogène, il s'y forme à-la-fbis de lacide cyanique qui dissout une partie du fer, et de lacidehydrocyaniquequi en convertit une autre en bleu.

ET MÉTÉOROLOGIE, l5^

II établit mékne une régie générale, laquelle seroi t que les métaux qui , comme le fer, peuvent décomposer Feau à la température ordinaire forment des hydrocyanates; et que ceux qui n'ont pas cette faculté, comme 1 argent et le mercure, ne forment que des cyanures.

Tout le monije sait que la, plu part des acides ré* sultent des combinaisons deFoxygène avec certaines substances auxquelles on a donné le nom de radicaux, et que, suiyant quil entre dans la combinai* son une quantité phis ou moins grande d oxygène, 1 acide formé est difFcrent en propriétés, et prend des noms auxquels les chimistes modernes ont donné une certaine ré{g[ularité , en indiquant le degré d'oxygénation par le moyen de la terminaison.

Ge^i ainsi que Fazote produit, par des additions successives d oxygène, le gaz nitreux, Facide nir treux, Facide nitrique; et nous avons parlé, dans notre analyse de 1816, de combinaisons encore différentes dans leurs proportions découvertes par MM. Gay'liussac et Dulong.

M. Thénard vient de faire des expériences d'où il résulte que plusieurs acides peuvent admettre des proportions d'oxygène bien supérieures à celle que l'on regardoit jusqu'à présent comme constituant leur état le plus oxygéné. En dissolvant avec pré*

l58 PHYSIQUE. CHIMIE,

caution de la baryte suroxydée par de l'acide nitrique, et en la précipitant par Facide sulfurique, son excès d'oxygène reste uni au premier acide qui devient ainsi de l'acide nitrique oxygéné. Par des moyens que M. Thénard indique on peut le concentrer assez pour qu'il donne par la chaleur onze fois son volume d oxygène; et, d'après les calculs de ce savant chimiste, il seroit une combinaison d'un volume d'azote contre trois volumes d'oxygène. L'acide kydrochlorique s'oxygène par le même procédé , et prend alors des propriétés singulières. Appliqué à l'oxyde d'argent, il forme de l'eau et un chlorure, et son oxygène devenant libre produit une effervescence aussi vive que si l'on versoit un acide sur un carbonate alcalin.

L'acide sulfurique, le fluorique, peuvent être oxygénés de même, et on peut suroxygéner encore tous ces acides une ou plusieurs fois. Il en est aux*quels M. Thénard a ajouté de cette manière jusqu'à sept et même jusqu'à quinze doses successives d'oxygène, lia contraint ainsi de l'acide hydrochlorique à en absorber jusqu'à trente fois son volume. Rien n'égale alors l'effervescence qu'y occ^sione le contact de l'oxyde d argent. Par le moyen de ces acides ainsi surchargés d'oxygène, et par des procédés analogues, on peut aussi suroxygéner des terres et des oxydes métalliques, M. Thénard a même sur-

oxygéné Teau en versant peu à peu de Teau de baryte dans de lacide sulfurique oxygéné; lacide sulfîirique s unit à la baryte, se précipite avec elle, et laisse à Feau son excès d oxygène. Ainsi oxygénée Feau dans le vide se congèle ou s*évapôre sans perdre son oxygène; il s y concentre au contraire au point qu elle en a absorbé jusqu'à quarante ou cin* quante ibis son volume : mais 1 ebuUition le lui en* lève ; le cbarbon , l'argent , 1 oxyde d argent , et ceux de plusieurs autres métaux, le font jaillir avec une vive efiervescence;et, ce qui est singulier, un pas* sage si rapide à letat de gaz d une quantité considérable de matière, loin de produire du froid, échautle la liqueur à un degré très sensible. M-Thé** nard soupçonne qu*il y a quelque cbose d'électrique dans ce phénomène.

On sait aujourd'hui , par les célèbres expériences galvaniques de M. le chevalier Davy, que les alcalis fixes ne sont autre chose que des oxydes de métaux excessivement combustibles; et parcelles de MM. The'uard et Gay-Lussac que Ion peut les ramener à l'état métallique au moyen du carbone et d'une très haute température. Nous avons parlé de ces grandes découvertes dans notre analyse de i8o8.

M. Yauquelin, ayant réduit dernièrement de l'antimoine par des flux alcalins, s'e»t apeixju que

l6o PHYSIQUE, CHIMIE,

ce métal , mis dans Peau , donnoit une grande quantité de gaz hydrogène, et que Feau devenoit alcaline, D autres métaux, réduits delà même manière, lui ont offert le même phénomène. Il en a conclu qu'une partie de Falcali qu'il a voit employé s'étoit jiendant l'opération combinée à Fantimoinc sous forme métallique, et décomposoit leau pour revenir à l'état d'oxyde ; mais il a été obligé d'en conclu re aussi que la présence d'un métal est favorable à la réduction de Falcali: car, autrement, Falcali nauroit pu prendre la forme métallique par une chaleur si fbible.

Nous avons parlé l'année dernière des expériences de MM. Chevillot et Edouard sur cette singulière combinaison d'oxyde de manganèse et de potasse , que l'on a nommée caméléon minéral à cause de sa facilité à prendre successivement des couleurs diverses.

Ces jeunes chimistes ont donné suite à leur travail ; ils ont reconnu que la soude, la baryte, et la strontiane, peuvent donner, comme la potasse, difïerentes sortes de caméléons en s'unissant à Foxyde de manganèse et en absorbant de l'oxygène. Mais, s'attachant principalement à l'espèce de caméléon de potasse dans lequel l'alcali est parfaitement neutralisé, celle qui est d'une belle couleur rouge, ils ont observé que les corps très combus-

ET MÉTÉOROLOGIE. l6l

tibles agissent sur elle avec beaucoup d'énergie; qu'ils la décomposent, et senflamment souvent avec une forte détonation : le phosphore en produit même une par le simple choc. D*utt autre côté' ce caméléon rouge, exposé au feu, se décompose, et donne de Fojtygène, de l'oxyde noir de manganèse, et du caméléon vert dans lequel la potasse domine.

Us concluent de ces faits que Tintervention de loxygène dans la formation du caméléon a pour résultat d'oxyder davantage le |nanganèse et de le convertir en un véritable acide: en sorte que le caméléon seroit un manganésiate de potasse; le caméléon rouge, en particulier, en seroit un man* ganésiate parfaitement neutre, et le vert un manganésiate avec excès d alcali. Cependant ils n'ont pu parvenir à isoler cet acide, dont ils admettent l'existence; mais ils ont feit des expériences nombreuses qui leur paroissent confirmer leur opinion énoncée dès Tannée dernière que le caméléon vert ne diffère du rouge que par plus d'alcali.

Soit que l'on verse des acides sur du caméléon vert, ou de l'alcali sur du rouge, on le jfeit passer également d'une couleur à l'autre; mais l'ébuUition et l'agitation peuvent aussi dégager l'excès de potasse du caméléon vert et le changer en rouge. Plusieurs acides versés en excès décomposent tout le caméléon en s'empara nt de la potasse , en dégageant

BUFFON. COMPLEM. T. II.

|62 PHYSIQUE, ÇHIi^lE,

de r^xygèine, et w précipîjta^t le inanganèse à Yétm do^yde noir. Le mcve^ le$ gommer, et d autres sub«taace$ capable^ d enlever rpxygèae, décomposent également le caméléon, et Fe^position àlair produit un effet $eriiblat>le; ce que Ie$ auteur» attri* huent aux çorpu^uks étrangers qui flottent dam FatiorO^phère, et qui, eA tombant d^ns la dissolutipp, lui enlèvent au$si uae partie de Foxygène qui luî est essentiel.

Le cobalt et le nickel iso^t de^x demi-métaux quïl est très difficile d'obtenir purs, et sur-tout de réparer entièrement Tun de l'autre; cependant cette prépar^tioiji est nécessaire pour une détermiii^ion-^x^çlie d^ leurs propriétés. M. Laugier, ayant ^uivi les métjbodi^s le plus récemment publiées pour parvenir 9 cet objet, a trouvé encore dans le nicjiel dm traces nPP équivoques de cobalt. Pour s eu débarP9l&$eF i|l dissput le mélange 4?ms lammoniaque, pp précipite par lacide oxalique^ il redis$out loxa^ late de nicl^el et. de cobalt obtenu par cette opéra*' f^n dans r^mmoni^que concentrée, et expose la dissQlutipn è IVir. A mesure qne F^mmoniaque ^exbflle, i\ sie dépose de Foxal^te de nickel, mêlé d'^mmOQi^que. Par deS; cristallisations répétées on défJiouiUe le liquide die t^m^on nwkeli il n'y reste qu'une CQmbin^spn d'oxalate de cobalt et d'^m-^ moni^qniç , que Fpn réd^\t aisémeat, Le pen d«

Et MËTÉOROLOGIE. i63

eobatequi est demeàrédaû^ J^ prëtipité dé nickel ^en sépare par quelque^ distolutions suceetoives^ dan^râmmôniaque: ainsi h mèmeopération^dônne les deux nKéfiaux à Fétot dé pureté.

Le sucre dé tavc traité par Pacidè nitrique dbttne u» aeide dont Scheele fit la> découverte , et qui die-puis a été nommé aeide miÊciquey parcequ^il se produit égalemettt par Faction de Tacide nitHque sur teft gommes et mucilages. Quand on exposé' cet acide à b' chaleur, il se strblime une matière siilin«K brune très odorante, brûlant avec flamme 8Ut<'lei$ charbons, et dîssoluble dan^ Veau' et Talcohol. Tromsdorf, qui a fait un^ exame» pardculier dé cette matière stfblimée, crue y trouver de l'acide' siiicéinique, du pyrotartarique, dé l'acétique, et diverses^ autres' substances; mais M« Hbutou-Labil^ lesdiève, s- étant aperçu, à la lecture du^ travail de Tromadorf, ^*il attribuoit^à soniadde saociniqu«! de» caractàms fort difliék>ents de ceux que oetacide ùSee réellement, a^ cru devoir repnendre ces recfaerohes;

Us lu^àirAcadémieuii mémoire où il' prouvé que cepuétandu acide sUecinîque est un acide nouveau, auquel il doniie le nom- de /Tfromuût^u^i Quand oii Fadébarrassëide Thuilé et dé' lacide acétîqjué qui' sY mêlent, il cri^talliseatséifïent<, est blanc; inodbre, d^ne saveutt acide asdefe forte ^ fbnd'à 1 36 degt'és

l64 PHYSIQUE, CHIMIE,

centigrades, se volatilise au-delà de cette tempéra-' ture, n attire point rhuinidité, se dissout dans Teau bouillante en plus grande abondance que dans Teau froide; et en le résolvant en ses parties constituantes on en obtient environ neuf volumes de vapeur de carbone, trois d'hydrogène, et deux d'oxygène. M. Houtou-Labillardière décrit avec soin les combinaisons de cet acide avec diverses bases salifiables, et lous lés phénomènes qu'il rapporte viennent à lappui de l'assertion de ce jeune et habile chimiste.

M. Chevreul a fait de nouvelles et importantes additions à ses recherches sur les corps gras, dont nous avons déjà plusieurs fois entretenu nos lecteurs. Après avoir reconnu que la matière du calcul biliaire, qu'il nomme cholesterine , ne forme point de savon avec les alcalis, ce qui la distingue essentiellement des graisses, il avoit cru s'apercevoir que le spermacéti, auquel il a donné le nom de cétine, se réduisoit, par l'action des alcalis, en un acide analogue à lun des deux que ces mêmes alcalis produisent dans les graisses, savoir à celui qu'il a appelé margfari^ue^ mais que cet acide du spermacéti avoit une capacité de saturation beaucoup moindre. Il avoit donc jugé nécessaire de donner à cet acide un nom particulier, et lavoit appelé cétique. Des expériences plus suivies l'ont convaincu

ET MÉTÉOROLOGIE. l65

que ce n'est autre chose que de Tacide margarique, dont les propriétés sont masquées par un i^ste de substance grasse non acide. Mais de Thuile de dauphin traitée par la méthode de M. Chevreul , c està-dire convertie en saron par les alcalis, lui a réellement donné, outre les deux acides qiie fournissent toutes les graisses , un acide d^uue troisième sorte, qu*il nomme delphinique ; ce que ne feît pas rhuile de poisson ordinaire du commerce.

Il est à remarquer que l'oxygène ne peut se démontrer dans ces nouveaux acides ternaires tirés des graisses, et qu'ils sont à 1 égard des acides végé*taux ordinaires, tels que l'acétique, l'oxalique, etc. , ce que sont, dans le règne minéral, les hydracides de M. Davy à l'égard des acides minéraux anciennement connus, le nitrique, le sulfurique, etc.

La cochenille, cet insecte singulier qui par la matière colorante qu'il fournit est devenu un article si important de commerce, n'avoit point été encore étudiée par les chimistes avec l'attention dont elle est digne. MM. Pelletier et Caventou en ont fait l'objet de leurs expériences : ils ont reconnu que la matière colorante si remarquable qui en fait la partie principale y est mêlée à une matière animale particulière, à une graisse semblable à la graisse ordinaire et à différents sels. Après avoir enlevé la graisse par l'éther et traité le résidu par

l66 PpYSJQUfi, CHIMIE.

l.alcQhol tçumaut, iU laissent refroidir Ptt iknt^

j;D;ept éyapprer.ra.lcQibplï'€t obtiçop^nt awsiJia ma^-

tière c€(Ioi*ap|tç, mèlé^ seule^ienit encore 4'vra peu

d^^i;ai6se et^de ^id^staace aiitîpialie, ^'U'o^n en ^p9r<ç

c^ dissolvant eucorâ par 1 alçohpl à j&tQid qi^i hi^^

Ijei matière aaîpi^Ie^ /^t en mêlaiiil; à la 4i(S$olu tipQ çl^

rétbjei.r qMi en pr,éçif)ite la i^^ti/ère celorwl? 4ap$

^^ gr^nd l^t^t de pureté. Chacun Sjaijt qu'£^ ^M 4u

plus beauT.ou^9 et les çl^imistes d^pt npus parjloiis

lui donnent le nom deparmine. Eil^ Sje fond à 5ô°,

seboui^aoufle ens^iiitie, et se déjCompose^ansdpipLJiP^er

d'amni,oniaqjue9 elle.est ^r^s çoLipble dans )eau, peu

dai?i$ lalcohpl, et point dans Tiéther çai^f Tinter-

mède de Ja graisse. Lje$ acides W &nt pajSiser s^ijoçe^t

siyqinent du cramoisi a;^ rouge yif çta^ j^^ne,; Ips

alcalis au qo^lrr^ire^et^oig^néral tous les p^oto^ydes,

)a font toïirner au violet; Faluinine |-ewlèye à lepu.

C<es expériences expUqi;iept plusipursdes prpcé^

dés de l'artdy teintiirier et çle celui di| j^briQantdi^

çp]a|pur>s, et particulièn^n^ent ce <j[ui^e pa^se ^^m

la te^ntur£ en éca^latc et dans 1^ £ibricatioi| du

carmin et de I9 Jaque.

lia J^que jfïfd^t formée que 4e çjairmine,et d'alu' mine; elle a la pouleur natiirelle de }a ç^zinip^^ 4]ui e$t jie cramoisi. Le c^arinin €^t ^n cpmpq^é tripla d^ matière apimaie , de cait^îne , et d 9çide qui en re hausse la tei nte ; c'est 1 action de Yaci^^ muri^tiqpe

qui <îonvettit le criamoîâi de la coeKenillc en belle couleur d'écarlate.

Le$ causes les i>lus appdretifes des pkéiioménes^ atmosphériques, la densité de Tair, son bumidité, sa chaleur, jet son étectricifté, semUeroient devoir principalement dépendre de Taetion dur Ifdleil : mais rirrégnlarité de leurs efFers dans nos climats prouve assez qn^elles éprouvent enccred'autrefr influences^ et quelles se compliquent avec des cans^s encore inconnues ; et e*est ce qui fait que jusqu'à nos jo»rs: la météorologie semble être de tontes les branchesde la physique cd]e qui s'est le moins mpproehée de ce degré de certitude qui pourront la faire con*sidérer cmnmeune science positive.

M. de Humboldt feit remarquer que, si FoRpeun espérer d'en jamais déterminer les lors^ c'est en> fétodiant dans les climats où ces phénomènes otfreot le plus de simpKcité et de régularité ; et c'est incontestablement b oone torride qni doit àcetiti'e fixer le choix de lobsei^^atewr.

Déjà c'est entre les tropk^nes qu'il a été pesaible de reconnoîfi'e les Ma dea petites vatiationa bo raires du baromètre; c'est dans la zone torride que la sècheresse^et les piniea, que la direction des vents dans chaque saison , sont aouskiis à des règles iovariahkf^

l6a PHYSIQUE, CHIMIE,

M. de Humboldt a porté son attention sur le rapport de la déclinaison du soleil avec le commencement des pluies dans la partie nord de la zone. A mesure que le soleil s approche du parallèle d'un lieu , les brises du nord y sont remplacées par des calmes ou des vents du sud-fcst. La transparence de lair diminue ; l'inégale réfringence de ses couches fait scintiller les étoiles à 20'' au-dessus de riiorizon. Bientôt les vapeurs s amassent en nuages ; Télectricité positive ne se manifeste plus constamment dans lebasdelatmosphère; le tonnerre se fait entendre; des ondées se succèdent pendant le jour; le calme de la nuit n'est interrompu que par des venta impétueux du sud-est. -

M. de Humboldt explique ces faits par le plus ou moins d'inégalité qui se trouve entre cette partie de la zone torride et la zone tempérée voisine. Lorsque le soleil est au midi de l'équateur, c'est l'hiver de l'hémisphère boréal. L'air de la zone tempérée est le plus différent qu'il soit possible de celui de la zone torride. Il s'y écoulé sans cesse en brise fraîche et uniforme qui reporte l'agir chaïud et humide dans le haut de latmôsphère, d'où il retourne vers cette même zone tempérée, y rétablit Téquilibre, y dépose l'humidité: aussi la chaleur moyenne est-elle toujours moindre de 5 à 6"* dans le temps de sécheresse quedajQsle temps des pluies;

mais les vents de sud-est nagissent point comme ceux d u nord, parcequlls viennent d un hémisphère beaucoup plus aquatique, et sur lequel le courant dair supérieur ne se disperse pas de la même manière que dans Thémisphère boréal.

M. Moreau de Jonnès a communique quelques détails extraits de sa correspondance sur le coup de vent qui a causé tant de dégâts aux Antilles le 2 1 septembre dernier; il a été précédé dun calme plat: le vent est passe par le nord au nord-ouest, et c'est de ce point qu'il a soufflé avec violence. M. de Jonnès remarque à ce sujet que Tannée précédente le coup de vent du 20 octobre venoit du sud-est, et qu'il existe entre <;es deux points un espace de g&* au sud et au nord d'où il ne souffle jamais de courant d'air. L'agitation de lair a élé suivie d'un ras de marée violent qui a entraîné des navires; mais on n'a observé aucun mouvement extraordinaire dans le baromètre. Une remarque assez triste c'est que l'efiet communément attribué à ces ouragans d'assainir l'air des pays qu'ils dévastent ne s'est pas vérifié dans cette occasion ^ et que la fièvre jaune n'a pas cessé d'exercer ses ravages.

Le même observateur a donné aussi une notice des tremblements de teiTe éprouvés aux Antilles cette année, et qui ont eu cela de remarquable qu'ils ont affecté iiue sorte de périodicité. Il y eu a

eu huit depuis le mois de décembre jusqu au mots de mai, un chaque mois, excepté en avril, où il y en a eu deux, et tous entre neuf et onte heures du soir.

Le séjour que M. Berzélius, savant chimiste sué* dois , correspondant de notre Académie , et nouvellement nommé secrétaire-perpétuel de celle de Stockholm, a fait à Paris pendant une partie de cette année nous a valu une traduction Françoise de son intéressant ouvrage sur la Théorie des propor^ fions chimiques et sur (influence chimique de Féteeiri^ cité y ouvrage où il cherche à fixer les idées sur les deux points fondamentaux de la doctrine chimi* que; savoir, la disposition relative des particules élémentaires des corps , lorsqu'elles sont arrivées À une combinaison fixe , et la force impulsive qui lea conduit à cet état, ou qui les contraint à en chan^ ger et à se réunir en combinaisons nouvelles, soit entre elles, soit avec des particules d'autres espèces.

L'auteur part des lois récemment reconnues par les chimistes sur les proportions d'après lesquelles se font les combinaisons diverses des mêmes substances.

Il étoit si naturel de croire que l'identité dans les qualités chimiques de chaque substance composée

%T MÉTÉOIOLOOIE. 17 f

ii^t à Yideniiié d'espèce et de proportioii des élé* ijient$ qui la composent que cette opinion avoit été adoptée lûen «Tant que Ton pût en donner des preures rigoureuses. On fut même long- temps sans chercber ses preuves , pareeque Ton se contentoit de <;et apej^u vague et général.

Openadant les expériences de Bergman sur la précipitation des métaux les uns par les autres , celles de We»«el, et sur-tout cdles de Rîchter sur la décomposition mutuelle de diflPérents aels par double affinité , commencèrent à donner de la pré* cision à cette manière de concevoir la composition des eerps ; elles prouvèrent que certains oxydes ^ que certains sels neutres , o arrivent à un état 6xe et caractérisé que par des proportions fixes de leurs parties constituaates ; mais un peu plus tard la plupart de$ cbimiste^, exclusivement occupés des di^ussioQs que la nouvelle théorie de la combus*tion avait occasionées, négligèrent ce genre de rechçrcbc^.

M. Berthollet fiit le premier parmi nous qui s en occupa sérieusement dans son célèbre ouvrage de la Staii^w chimiqm. U reconnut bien le principe qui résultoit des expériences de Weqsd et de Rich<^ tar, que les acides et les bases salifiables possèdent, cbacun dans son espèce, d^ capacités constantes de saturation , et que si une base , par exemple , sa-

ip PHYSIQUE, CHIMIE,

ture deux fois plus d'un certain acide que ne fait une autre base, elle saturera aussi deux fois plus de tout autre acide, et réciproquement. Mais M. BerthoUet ne pensa point que deux substances dussent toujours s'unir d'après des proportions fixes : « Si ces proportions sont fixes dans certains cas, disoit-il, c'est qu'il survient des circonstances qui interrompent Faction chimique, telles que la tendance à se solidifier ou à prendre la forme gazeuse ; hors de là cette action continue à combiner les corps, et rien n'empêche qu'elle ne les tienne unis dans toutes les proportions imaginables. »

Il s'éleva , à ce sujet, une discussion animée entre ce savant chimiste et un autre de nos confrères, M. Proust. Ce dernier soutint qu'il n en est ainsi que pour les simples solutions, telles que celles d'un sel neutre dans l'eaq , mais que les vraies combinaisons entre deux mêmes substances n'ont lieu que dans des proportions fixes; que si le contraire semble quelquefois résulter des analyses, l'illusion vient d'un mélange qui se fait de l'excédant de l'un des éléments avec la masse véritablement combinée ; mélange très différent d'une combinaison propremeut dite, et qui s'en laisse aisément distinguer. Il alla même jusqu'à soutenir que chaque métal ne pouvoit se combiner qu'en deux proportions avec l'oxygène; proposition trop exclusive, et qui fut

ET MÉTÉOROLOGIE. l-J^

combattue , en même temps que celle de M. Bertbollet, par M. Thénard.

Les idées de M. Dalton sur la manière dont les molécules peuvent se combiner ayant excité en Angleterre à des recberches encore plus précises , les belles expériences de M. WoUaston établirent en quelque sorte d'une manière définitive, non seulement que les diverses combinaisons caractérisées entre des substances données ont lieu dans des proportions fixes, mais que les quantités de lune, qui peuvent s'unir successivement à lautre poUr former ces combinaisons , se laissent exprimer par des nombres entiers et par des nombrs assez petits.

Peu de temps après , M. Gay-Lussac prouva qlie tous les gaz se combinent en volume dans des rapports simples, et de telle manière, que leur contraction apparente est aussi en rapport simple avec leur volume primitif. Si les volumes sont en rapports simples, il en est de même des poids. D'une autre part, comme on peut gazéifier plusieurs liquides et plusieurs solides, et qu'on les gazéifieroit tous en les exposant à une cbaleur assez forte , il est tout naturel de penser que les lois de composition s'appliquent aussi à ces sortes de corps. Ainsi de la découverte de M. Gay-Lussac Ton pourroit conclure toute cette doctrine des proportions multiples.

M. Berzélius , qui a beaucoup contribué par

ses propres expériences , à augmenter )r niailirbre dés faits sur lesquels repose maiittCenâtût cette doctrine, a eh^rda^é, dans Fou^râgieS dont non» rendons comple ^ à en conclure ume thcavie , om , ee qui re*vient ai» même y a les représeatev par Bnethiéorie; car dans ces matières les théories ne peuiveni être qii^ki représei>tatif>st de» faits recueillisi.

Adoptant à cet effet k tanga^>de la philosophie rarpudettlaire, il suppose les sttbsttajxcesifaomogènes) formée» datome» ou de particules, de matières ,, nonpas ^ sams doivte ,.absolunM& t ont m éiapbysiquement{ indi:visibles>, mais sur lesqtieJrlesauearnefbrcé méeaui<]pe ne pourroit produire de diviâMMEr ulté* rieure.

Lorsque les forces chimiquie»^ sont é^lemenû impuissantes^ TatoaiiiS e&t ce que. M. Bel^zélius^ ap» pelle simple; ce qui veut dire q«e c'est n^an seules ment une particule de màtièifeinaéenble, inmtii*rahle y mais encore indécomposable ponr nous dans* toute retendue du mot'. De& atomes cbi;aiique^ meiitsiniples,, miaiâ despéces diver^Sy entse com-^ binant ensemble forment des atomise compiosés*^

Dans le vèg^einorg^niquQy lepremieti ordrede composÂifioa ne résulte, que de l'union d atomes de deux e^pécesf;, dansde régne organîqueau» contraire il y en^a toiijOU;i*s au n^ns trois. Le^atomestcom-' posés du premier ordre s'unissent à leuii tou^ en

'et météobolooie. 175

%U>m^ composés du second ^ et ceux-ci en atomes du troisième et même du quatrième; mais la tendance des atomes à s'unir diminue à mesure que leur composition augmente. U lui &ut même pour continuer d agir, passé un certain degré de coioqpositio» , des circonstances dont l'honune n'est pas le maître ; et bien que la natnre ait formé autrefois et forme peut-être encoi^e dans les entrailles du globe des minéraux dune composition extrêmement compliquée, et cep^idant chimiquement homogènes, nous ne sommes en état de rien produire de semblable dans les opérations rapides de nos laboratoires.

On comprend que cette manière de se repré*senter les éléments des corps, ces atomes divers, s4jppo$és d ailleurs 9 chacun dans leur espèce, de figures et de grandeurs semblables, se groupant deiixà dcuxt trois à trois, en un mot,, formant des réiwions ds^ai lesquelles» ils entrent eu nombre dé* terminé pai* l'espace qu'ils peuvent occuper d après leur figure, 3 accorde asse% bien avec la règle des proporticoAS multiple a» et en donne même une sorte d'explication générale ;; mais on comprend aussi que la règle dea proportions multiples elle-même^ et pav cQnsÀ]uent la théorie qui s y rapports, dépend d« la déteroûnation de latome simple^ iaquelle ne peut avoir lîeurSians quelque* mélange d^bypotlièse.

En efFet on prend pour base de cette détermination celle de toutes les combinaisons connues où rjélément dont on veut déterminer latome simple existe dans la moindre qualité relative; et Ton trouve généralement alors que les quantités addi* tionnellés de cette substance qui produisent des composés fixes ont lieu d'après la règle des multi^ pies par nombres entiers. Dans quelques^ cas rares, où Ton rencontre des nombres fractionnaires, on est obligé, pour ne pas faire dexception à la règle, d'admettre qu'il existe des combinaisons inconnues, où la substance fractiounaire se trouve en quantité encore plus petite que dans aucune de celles qu'on connott. On établit ainsi un atome hypothétique dont les diverses combinaisons fixes rentrent en effet alors dans les multiples par nombres entiers. Parmi les combinaisons que le gaz azote forme avec l'oxygène , par exemple , il y en a , telles que l'acide nitreux et l'acide nitrique, où il entre pour i Va et 2 '/,; mais si l'azote étoit an corps composé, qui contint déjà moitié de son volume d'oxigène, ces nombres fractionnaires se changeroient dans les nombres entiers 4 et 6. Or pour ce cas particulier on est bien autorisé, à beaucoup d'égards, à admettre cette composition : car plusieurs autries expériences, et nommément celles par lesquelles on décompose l'ammoniaque au

moyîsiide la pile galvanique, semblent annoncer que ÏBxote e8t\ OMume les alcalis fixes, un oxyde métallique.

Du m<»nent où Ton est convenu de la combinai* son dans laqqelle on doit trouver Tatome simple de chaque substance ^ et en admettant qu'ils sont tous de même volume, il est aisé de déterminer la pesanteur relative des atomes de chaque espèce ^ et même celle des atomes composés:

M. Berzélius en a dressé une table, où il prend pour unité latome d*oxygène , et dans le langage de laquelle il ne lui est pas difficile de traduire toutes les analyses connues. Presque par -tout il trouve alors des confirmations de la règle des proportions multiples.

Dans le reste de son livre M. Berzélius cherche à se rendre compte^des causes qui rapprochent les atomes ou qui les séparent, cest*>à-dire qu'il essaie de remonter au principe même de Faction chimique.

Il n est personne aujourd'hui qui ne sache que toute la chimie se laisse ramener aux affinités , dont la plus puissante, la plus importante, est celle qui produit la combustion. Chacun sait également que la théorie de Lavoisier, qui domine depuis trente ans, attribue toute combustion à une combinaison de l'oxygène avec les corps; et la chaleur qui s'y

BOTFON. GOMPLBM. T.

fjg PHYSIQUE, CHIMIE^

produit au dégagement du calorique latent qui BiaiqteBoit cet oxygène à l'état de gaz avaot«a combinaison : explication qui, pour être parfaitement juste, esîgeroit que le produit de la combinaison §1^1 perdu précisément autant de calorique latent qu il «en serait manifesté sons forme Itbpe. ».

Or il s'en fnut beaucoup que rexpérience soit conforme à ce calcul.

Dans plusieurs combustiona la chaleur qui se manitcite;, et celle qui reste latente dans le produit 4e la combu^iion , forment ensemble une quantité très supérieure à celle que contenoient et loxy*^ gcue et le corps brûlé. Il arrive même quelquefois, comme dans la combustrou du gaz hydrogène, que le produit de la combustion , cestrà-dire Teau, contient à lui seul presque le double du calorique latent que posaédoient à-U^foj»'les deux gaz dont lunion la compose. Cette combustion, d après lex^ pUcation reçue, auroit donc dû produire du froid; et cependant chacun sait qu'elle développe une immense quantité de chaleur,

M- Bçrzélius rapprocha ces phénomènes d'une multitude d'autres dans lesquels une combinaison chimique quelconque produit une chaleur consi* dérable, sans quHl y ait fixation d'aucun gaz^, ni aucun changement d*état, ou aucune autre des causes que l'on vccpnnoit aujourd'hui comme pro-

ET MHTÉOROLOGIC. ijij

pTM à Biettre en liberté quelques parties de calé* tique latent. La magnëaie, par exemple, en s'u* nîssant à 1 acide «ulfurique conoeutré, s'ëchaufie souvient au rouge ; Tunion du soufre avec les métaux produit du fieu, 'aussi bien que celle des métaux et quie iseUe du soufre lui4nème avec loxygène*

La théorie' de Ijavoisier admettoit aussi Foxyf^é- •alîon comme la cause générale de la productioQ des acides; et à ce sujet M. Berzélius rappelle, ce que beaucoup d expériences prouvent maintenant, que y^xj^uation non s^ulemeni n'est pas nécessaire pour ppoduim des acides, maïs qu a^ee us grand ao«nbre de corps elle donne au lieu d acides des baars salifiaUes; quavec un seul ei aaéme corps elle peut donner, soit un acide , soit une base, seloai la ^quautUé d'oxygène qui se fixe.

On ne peut donc se dispanser, selon lui, de rechercher, soit pour la production de la chaleur dans les expériences de chimie « soit poitr lacidité, desi causies plus générales et d'un ordre plus éievé que celles qui ne tiendroient qu a la fixation de Toxygène; causes dans la dépendance desquelles les combustions et les acidifications par 1 oxvgèiiie retomheroient elles-mêmes comme des cas panieubers.

C'est par la découverte de Faction cbimtq4ie de Féleotrtcilé , découve^^ à laquelle M« BeiTélius a

l8o PHYSIQUE, CHIMIE,

eu lui-même tant de part, qu'il croit avoir été conduit à reconnoitre ces causes. La pile galvanique résout, comme on sait, toute combinaison chimique en ses éléments, en repoussant Tun deux vers le pôle positif, et l'autre vers le pôle opposé. Loxygène, les acides , les corps qui agissent comme eux, vont se dégager vers le pôle positif; c'est le pôle négatif qui les repousse : ils se comportent donc, au moment où ils se dégagent, comme s'ils étoient électrisés négativement. M. Berzélius appelle ces substances électro-négatives. C'est l'inverse pour rhydrogène, pour les alcalis, pour les bases salifiables , que M. Berzélius nomme électro-positwes. Assez généralement ces effets se marquent d autant mieux dans chaque substance que ses affinités sont plus énergiques dans le sens de la classe à laquelle elle appartient; et comme un même oxyde peut jouer alternativement le rôle d'acide ou d'alcali , selon les corps à l'action desquels on l'expose, de même une substance peut être électro-positive par rapport à Une autre , et électro-négative par rapport à une troisième. L'oxygène, dont les affinités sont si générales et si fortes, est aussi le corps dont la qualité électro-chimique eàt le plus marquée; et il se montre électro -négatif par rapport à tous les autres corps.

Pour expliquer cette disposition constante à

ET MÉTÉOROLOGIE. l8l

prendre un caractère électrique déterminé, M. Berzélius a recours à un phénomène observé il y a quelque temps par M. Erman, et que Ion peut appeler une partialité électrique. 11 arrive quelquefois que la polarisation de Télectricité se fait d*une manière inégale, et que l'un des pôles l'emporte sur lautrê.

Cest de cette supériorité d'un pôle sur Vautre dans les molécules de cette unipolarité, comme la nomme M. Berzélius, que dépendroient et leur manière de se comporter par rapport à la pile et leur tendance à s'unir entre elles , c'est^-dire leur action chimique.

Ainsi la combinaison , ou en d'autres termes la neutralisation mutuelle des agents chimiques , né seroit pas seulement analogue, ressemblante à celle des deux électricités : selon M. Berzélius , elle en seroit. un effet direct; la chaleur, l'ignition que la combinaison produit, seroient de même nature que celles que produisent l'éclair ou la commotion èlec* trique^ et ce quW appelle affinité chimique plus forte ne seroit qu'une intensité plus grande de polarisation.

, Dans les corps oxygénés le caractère électrochimique dépend d'ordinaire du radical, et non pas de l'oxygène; et voilà pourquoi l'oxygénation ne produit pas nécessairement des acides ; voilà

l82 PHYSIQtJf:, CHIMIE^

poorqlioî méfne avec t)ertàîus r&dtcaux, tels tqu« ceux de la potasse et de là soude, le plus haut de-^ gré d bxy{jëoatk>n n arrii;fer6it pas jusqua l'iiddité; enfin voilà pourquoi il existe d^ combinaisons très intitties de substattees i\m se compo(rtent récipro^ quemeat Gomxnft feroîenC des acides et des hases, bien que ni Tune ni l'autre ne montre séparément les qualités ordinaires d un acide.

Il y a dans cette manière de voir quelque resseni-' bl«4)ce teivec les idées que feu Wintefl, chimiste hongroii>, a voit mses en nvMit vers le commen-» cément de œ siècle , dans se8 Proimiones ckimiw seculi XIX; mais Winterl ne s appuyoit que d'expériences fausses ou d« spéculations métaphysiques vagues 4 el^qul n'étoient pas dé oature à lui concilier le^ suffrages des hommes accoutumées à une marche rigoureuse dans leâ (science(s.

Mi Beraélius€i établi sâr des principes dont Qaus venons de reodre compte une classification des corjSs chîniM[«ies, à laquelle il a adapté en niém« temps une nomenclature perfectionnée. Ce travail assez difficile pour les corps simples ne letoit )>as autant pour les corps composés.

On sait que la nomenclature chimique françoise, devenue aujôurd'hifti à-'peu^près univer^Ue^ repré^ sontoit la compoeition des corps telle qu'on la sup^ posoit à Tépoque où Ton en créa les dénominations.

ET MÉTÉOttOLOGlB. l83

Depuis lors les décdiiVeries cbimiqueg bnt apporté degrands diangenenu aux idées N»çue8. Des cotp$ que Ion crôyoil simples se sont trouyés composés ; fl*autres, dans lesquels ou de disttnguoit entre le^ éléments qu une ou deux variations de proportions^ que Ton désignoft parla terminaison , ont offert des proportions nombreuses, toutes très caractérisées , très fixes, dignes de porter des noms particuliers : siinst les substantifs et les terminaisons adjectives ont dû être multipliés. 11 a Mhi trouver pour les sels des dénominations qni indiquassent non seulement respèoe de leur acide et de leur bdse, le degré d oxygénation de Tun et de Tautre, mais en* core leur proportion mutuelle. Dë^ moyens semblables ont dû être imaginés pour hû combinaisons dés corps combustibles.

M. Tbomson avoit déjà entrepris un semblable travail ; M. Berzélius en présente un nouvel essai qui lui paroit plus méthodique : il feit remai*quer cependant que, lorsque le nombre reapectif des atomes de chaque élément sera connu ^ on y trouvera pour les composés un principe de nomenclature encore plus simple et plus rigoureux.

M. Berzélius a fait une application plus importante encore de ses principes à la classification dès minera ux«

1^ silice et difiiérenis oxydes une (bis considérés

l84 PHYSIQUE, ClilMIE^

comme participant au rôle des acides , toutes les combinaisons teiTeuses viennent comme d elles-mêmes se ranger dans la classe des sels; et, d'un autre CQtéj les lois des proportions multiples vieH*« nent donner une sorte de régulateur* et.de pierre de touche aux analyses miOféralogiques, en aidant à distinguer les parties essentielles d'un minéral des mélanges accidentels qui troublent sa pureté.

M. Bersélius divise les substances qui composât la masse du globe, en celles qui sont ft^^inées, suit \rant la loi de la nature inorganique, de Tunion-de plusieurs composés binaires,. et en celles qui se for-, ment de composés ternaires, suiyant la loi de la nature organique. Toutes, les circonstances! acces^ spires semblent en. e£Fet prouva* que les substances de cette dernière classe doivent leur origine à la vie.

La liste des substances chimiquement simples comprend. trois ordres : Toxygène, les corps combustibles non métalliques, au nombre de huit,^ et les métaux actuellement au nombre de qua-^ ran)e-deux, y compris ceux des alcalis et ceux des terres.

M. Berzélius range toutes ces substances d après leur degré d'intensité électro*négative , en sorte que chacune d elles est électro-négative par rapport à celles qui sont au^essous , et électro-positive, par

£T MÉTÉOBOLOGIB. l85

rapport à celles qui sont au-dessus dans la liste. Elles deviennent les chefs d autant de familles mi<néralogiques que Ton peut former, soit en prenant toutes les combinaisons dans lesquelles celle que Ion fait chef de &milie joue le rôle de base, c'est-a* dire où elle est électro-positive, ou celles dans lesquelles elle JQue le rôle d acide ou électro-négatif.

L^auteur a fait connottre sa méthode dans un second ouvrage, qu'il -a également hit traduire en frimçois pendant sonséjour à Paris sous le titre de Nouveau ^sêème de Minéralogie; et il y donne, outre ses vues générales et son tableau méthodique , quelques échantillons de la manière dont il se propose de traiter chacune des femilles.

De pareils écrits, quelque peu étendus qu'ils soient , prennent une grande importance lorsqu'ils ouvrent une carrière aussi nouvelle , et qui peut devenir aussi féconde. C'est pourquoi nous avons cru de notre devoir d'en donner l'analyse avec quelque détail

MM. Gay-Lussac et Weltl^er viennent d'ajouter à la liste des substances dues aux diverses combinaisons que les éléments peuvent produire , en suivant la règle des proportions multiples.

Us ont découvert un acide formé par l'union du soufre et de Toxygèite , et cependant diMrent et de

l86 PHYSIQUE, CHIMIE^

ladde âulfufiqueet de Tacide sulfîeirëui eDtre h^ quels jl est intermédiaire. Aussi ces dhîmistes le noiHment'ils ixcide hypo-su^uriqué, et ses sels hypo-sulfatdSi II se forme q uatid on fait fiasser du gaz a^ide sulfureux dans de Teau qui tient en suspension du peroxyde de manganèse. On obtient ainsi du sul* fete et de Thypo^siiUate de manganèse; on décom* pose ces sels par la baryte « et Ion a de Thypo-siiU fate de baryte ^ qui est un sel soluble, enfin on fait passer dabs la solution de lacide carbonique qui s unit à la baryte et se précipite ayec elle.

Cet acide est inodore; le vide, la ehaleur, le dé* composent en acide sulfureux et en sulfurique; ses sels, avec la baryte, té chaux ^ ete», sont soluble», La chaleur en dégage de lacide sulfureux , et les convertit en sulfates, neutres. Soii analyse donne deux proportions de soufre ^ cinq d'oxygène , et une certaine portion d'eau qui pai^ott essentielle à son existence.

Ainsi le soufre, avec une prof)ortion d oxygène, donne lacide hypo-sulfureux ; avec deux le sulfureux ; avec deux et demi i*hypo^sulfUrique| avec iraÎB le sulfuriquei

Nous avons annoncé, dans notre analyse de Tannée dernière, les ingénieux procédés par lesquels M. Thénard est parvenu à augmenter considéra»

ëT littÉOf(OLOt)Ifi. 187

btement la quantité dbxygène que ies^des et r^u peuvent absorber. Les résultats de cfét habile chimiste sont principalement intéressatits en ne qui coucerne ro^ygénatîoti de Teau. En multipliant les prëcautioos et les opérations délicates^ il a f^t ab« sorber à ce liquide six cent seîee fois 9on volume de f^M oxyg^ène , et à Vtn saturer ainsi entièrement. IV<eau^ dans cet éiat) ccAitiem uve quamitë d'oxy-* gène double de ctlle qui entre essentiellementdans sa composition. Elle est de ptiès de moitié plus dense que Feeu ordinaire ; et quand on «n verse dans celle* ci ^ bien qtiVlte>s*y dissolve aisément , <ôn la voit dV bord couler au travers comme une soroe de ain>p; elle atcaque Tépiderme , le blanchit , et cause des pi-* cotements; la peau même 9etx>it détruite par un contact prolongé: au goût elle produit une sensation qui se rapproche de celle de lemétique ; chaque goutte j^ée sur Toxyde d'argent sec éprouve Une violente explosion ^ avec dégagement de chaleur et de lumière; beaucoup d'autres oxydes , divers métaux^ lorsqu'ils sont très divisés, produisent des effets analogues : il y a toujours alors dégagement de loxygène ajoutéà 1 eau ; et quelquefois une partie de cet oxygène ae combine avec lé métal , lorsque celui^^i est aisément oxydable. Plusieurs matières animales, entre autres la fibrine et le parenchyme de quelques viscères^ possèdent , comme les métaux

l88 PHYSIQUE, CHIMIE,

nobles, là feculté de dég^ager loxygène de Teau sans éprouver d'altération , sur-tout quand l'eau oxigénée est étendue d eau ordinaire.

Cette dernière observation n'appartient pas seu- ' lekneiit à la chimie ordinaire ; elle est d'une grande importance pour la physiologie, puisqu'on y voit des solides, tels qu'il en existe beaucoup dans les corps animés, agir snir un liquide par leur seul contact, et le transformer en des produits nouveaux , sans en rien absorber, sans lui rien céder, sans éprouver, en un mot, aucun changement dans leur propre nature. Un esprit exercé aperçoit surle-champ toute l'analogie de ce phénomène avec ceux des sécrétions, lesquels embrassent pour ainsi dire l'économie vivante tout entière.

Nous avons parlé, dans notre analyse de 1817, de la nouvelle base salifiable ou alcaline découverte dans l'opium par M. Sertiirner, et à laquelle ce chimiste a donné le nom de morphine, parceque c'est par elle que l'opium exerce sa vertu soporifique.

MM. Pelletier et Gaventou , jeunes chimistes qui se livrent avec un zèle soutenu à reconnoitre ceux des principes immédiats des substances pharmaceutiques dans lesquels résident leurs propriétés médicales, ont découvert cette année deux

ET MÉTÉOROLOGIE. iSg

autres matières du même genre, et qui doiveot également être placées dans la liste des alcalis^

La première, qu'ils ont appelée sitychnine, a été trouvée d'abord dans la fève de saint Ignace , fruit d'une espèce du genre strychnos; et nos chimistes l'ont reconnue ensuite dans la noix vomique, qui est une autre espèce de ce genre, ainsi que dans le bois d'une troisième espèce, nommée communément bois de couleuvre. On Tobtient en traitant ces matières par Falcohol bouillant , et en précipitant par la potasse caustique, ou même en laissant refroidir l'alcohol après lavoir étendu d'eau , et l'abandonnant à lui-même. Elle se montre sofis forme de cristal en petites écailles. Elle est presque insoluble dans Teau froide, très soluble dans l'alcohol; sa saveur est d'une amertume excessive ; elle ramène au bleu les sucs végétaux rougis* par les acides, et jouit de toutes les propriétés générales des alcalis. Sa décomposition donne de loxygène, de l'hydrogène, et du carbone; on n'a pu y découvrir d'azote. Dans les végétaux dont nous parlons lelle se trouvé unie à un acide particulier, comme la morphine l'est dans l'opium.

MM. pelletier et Gaventou ont décrit avec soin les sels neutres que la strychnine forme avec divers acides; mais ils se sont attachés sur*tout à observer son action sur l'économie animale. Cette action est

de même nature que celte die la mék% voink)ue , ma is portée à une intensité épouvantable: les plus petites quantités avalées ou insérées sous la pea«i tuent en peu de minutée , avec tétanos et cc^vu]»ions. Qe sont les mêmes efïsts que ceux du sue d\ipas, autre strychnps célèbre par Tu sage qu'en font les habitants de Java pour empoisonner leurs armes, et sur lequel MM.-Leschenaud, Magendie, etDeliie, ont fait, en 1 8i i, des expériences que nous avons rapportées dans le temps.

La seconde de ces substance, de nature alcaline^ découverte par MM. Pelletier et Caventou , s extrait de langusture {brucea anHctyssenterica). L'action de ce végétal res$emblant beaucoup à celle de la noix vomique, nos jeunes chimistes y rechercboient Ut strychnine ; mais la substance qu'ils en retirèrent se trouva un peu dijfférente. Elle se dissout beaucoup plus aisément dans l'eau ; sa saveur amère est mêlée d'âcreté; son énergie est moindre. Nos chimistes ont nommé ce nouvel alcali brucène; et les expériences qu'ils ont faites sur les sels neutres dans la composition desquels il entre ne sont pas moins exactes ni moins remarquables que celies qu'ils ont faites sur la strychnine.

Nous r^rcttons de ne pouvoir les mettre en détail sous les yeux de nos lecteurs; mais nous ferons dit moins remarquer combien ce nouveau genre

ET VÉT^OROLOGli:. 191

dalcalU produis par 1« tégétiitîoQ, et composes d*oxygène^ d'hydrogèfiet e^ de carbone, est une aoqMÎsitton iinportante pour la ohinsie, même sous )e rapport de sa ihéorie générale. On voit par-la que la paturç peut arriirer à des ^ecs semUables par le3 moyens les plus opposés. T^a potasse, la ^i|de, la bnryte, pçut^Atre toutes le^ bases salifiaUes minérales 9 sont des oxydes métallîcfues ; lamnio* Iliaque est unecofubinaison dliydrogèneet d'azote; et voie) maintenant des bases salifiablesoù il n entre pi a^ote ni métal, mais seulement de Fhydrog^ie, 4u carbone, et de loxygène, les mêmes éléments qui i^ntreqt) sans, doute en d autres proportions, dans vingt autres genres de principes végétaux qui n ont nqUe ressemblance avec les alcalis.

Aux trois espèces bien constatées, la morphine, la strychnine, et la brqçine, il faudra Ajouter en^ çpre le principe extrait de la coque du Levant par M. Boullai, et celui que M. Vauquelin avoît aperçu dans le boistjoli {daphne mezereum) ; car on doit dire ici que M. Yauquelin est le premier qui ait eu quelque soupçon d'une substance de cette nature, et quci, s'il pvoit un peu plus insisté sur la pensée qu'il conçut alors, ce seroit encore à son nom que se rattaçberoit cette nouvelle classe de composés.

M. Cbevreul continue avec une constance inal-

térable ses longues recherches sur les corps gras. Cette année il a examiné le beurre de vache.

En le tenant fondu à une température de 60 degrés, on en sépare encore des portions analogues au petit-lait ; la partie supérimitte, qui est d'une transparence parfaite, est le vrai beurre à Tétat de pureté; il se coagule à 32 degrés. Lalcohol en dissout un peu, et prend quelquefois alors un caractère acide. La saponification le change, comme la graisse de porc, mais dans des proportions un peu diffê-*rentes, en acide margarique, en acide oléique, et en principe doux. Ce savon a de plus une odeur désagréable et tenace qui lui est particulière, et dont on peut enlever le principe par des lavages. M. Chevreul y a reconnu deux acides spéciaux.

De la nombreuse suite d expériences qu'il a recueillies M. Chevreul arrive déjà à une sorte de classification des divers corps gras. Les uns, comme la cholesterine, n éprouvent point de changement par Faction des alcalis; d'aptres, comme la cétine, n'en sont acidifiés qu'en partie; d'autres, tels que la stéatine etlelaïne, sont transformés en principe doux, en acide margarique, et en acide oléique; Enfin il en est comme le beurre et l'huile de dauphin, qui donnent en outre des acides volatils.

On a observé plusieurs fois dans les Alpes de la

ST MÉTÉOROLOGIE. ig3

neige teinte d un rouge plus ou moins, vif, et Ton a beaucoup varié sur les causes qui lui donnent cette couleur.

Ce phénomène s*étant reproduit sur les côtes septentrionales de la 6aie-de-BafSn, visitée Tannée dernière par les Anglois sous les ordres du capitaine Ross, on a rapporté en Europe une certaine quantité d*eau provenant de cette neige. Elle étoit teinte d*un rouge foncé: on y voyoit au miocoscope de petits globules de cette couleur; et M. DecandoUe, qui en a présenté un flacon à FAcadémie, Ta soumise à des expériences d où il croit pouvoir conclure que sa couleur est due à une matière animale.

M. Moreau de Jonnès, qui considère les AntiHes sous tous les rapports, a occupé cette année l'Académie de plusieurs objets relatifs à la météorologie de ces îles.

En prenant un terme moyen de six ans, on trouve qu a la Martinique et à la Guadeloupe le nombre des jours de pluie est de 280, dont 35 ou 4^ de pluies excessives. Ce nombre est à celui des jours de pluie qui ont lieu à Paris .comme 5 à 3.. Si Ion faiisoit entrer toutes les Antilles) dans la comparaison, leur nombre de jourside pluie seroit à celui de Paris comme 734. La.quantité^moyenne

BOrrOH. COMPL^M. T. II. . i3

d*eau à la Guadeloupe et à la Martinique est de 216 centimètres (80 pouces), distribuée assez irrégulièremcut entre les diverses réffions et entre les divers mois de Tannée. Il pleut davantage dans les parties élevées, ce que M. de Jonnès attribue moins à l'élévation en elle-même qu'au voisinage des forêts. C'est sous le vent de leurs montagnes qu'il tombe le plus de pluie, parceque ces montagnes ne sont point assez élevées pour intercepter les nuages.

I^a Martinique a éprouvé le 1 6 octobre un tremblement de terre plus remarquable par sa durée que par sa force, et qui est arrivé au milieu d'un coup de vent violent. Il n a point causé d'accident; mais l'on a pu s'assurer à cette occasion que la fièvre jaune ne vient point, comme on l'a dit sasez souvent, de vapeurs qui s'exhalent lors des tremblements de terre.

Sainte-Lucie, qui est séparée de la Martinique par un canal très profond et de sept lieues de largeur, a participée ce tremblement. En même temps des pluies abondantes, qui avoient duré pendant les trois jours précédents, ont produit de grands éboulements , fait glisser le long des pentes des terrains entiers avec les cannes dont ils étoient plantés, et détaché d'énormes blocs de basalte dont la chute a fait périr plusieurs individus.

ET MÉTÉOROLOGIE. igS

Quoique le nombre des pierres tombées de Tatmospbère soit assez grand, et que Ton ait constaté ce phénomène avec assez de soin pour en mettre hors de doute la réalité, les observations de détail que ces pierres ont offertes ne suffisent point encore pour quW puisse assigner exactement toutes les circonstances qui accompagnent leur chute.

M. Fleuricu de Bellevue, ayant eu occasion d'examiner celles qui tombèrent au mois de juin 1819 dans les environs de Jonzac, département de la Charente-Inférieure , a présenté à TÂcadémie un mémoire où , après les avoir décrites avec beaucoup de détails et rapporté tout ce que Ion a observé au moment où elles ont paru, il cherche à expliquer les faits intéressants qull rapporte; ce qui le con* duit à combattre quelques unes des idées théoriques des physiciens qui se sont le plus occupés de cette matière.

Le ciel étoit serein et le soleil levé depuis dçjux heures lorsqu'on entendit plusieurs détonations qui partoient d un météore lumineux de forme irréguiière, mais alongée, qui parcouroit rapidement une ligne droite du N. N. O. au S, S. E. , et qui paroissoit élevé de 5o à 60^ au-dessus de Tho* rizon. Au même instant unecbùte de pierres eut lieu dans un espace de plusieurs milliers de toises. L une de ces pierres pesoit ^six livres , et toutes

196 PHYSIQUE, GtlIMIË,

avoient des formes plus ou moios angulaires. Leur pesanteur spécifique étoit un peu moindre que celle des autres pierres météoriques, et elles en différoient eucore par labsence de nikel, comme M. Laugier, qui en a fait lanalyse, la constaté. Elles se composent d'une agrégation cristalline de deux substances, lune généralement d'un blanc mat et fort tendre, lautre d'un gris verdâtre, opaque, plus dure , et en moindre quantité que la première , dans laquelle elle est assez uniformément disséminée. On n'y aperçoit aucune parcelle de fer, et elles ne sont que très peu attirables à Faimant. Leurs caractères sont donc les mêmes que ceux de laérolithl^. tombée à Stannern en Moravie, et elles lui ressemblent encore par la couche vitreuse et brillante dont elles sont revêtues. Cette espèce de vernis présente même des particularités importantes qui font naître quelques idées sur le mouvement dont ces pierres étoient animées dans leur chute ; ce sont des stries qui paroissent naître d'un point commun, s'étendre en divergeant, et s arrêter sur les bords d'une des plus larges faces, nommée par M. Fleurieu grande face ou face inférieure, où elles se réunissent pour former une arête uniforme et saillante. On croiroit voir un liquide épais qui s est desséché après avoir coulé le long des pentes que les £eices obliques de la pierre lui présentoient, et après s'être arrêté où ces

faces s*arrètoient elles-mêmes. Cest principalement sur ce fiiit que M. Fleurieu s*appuie pour établir la direction du mouvement de ces pierres. Il pense, i"* que la croûte qui les enveloppe na pu prendre sa disposition que lorsqu'elles étoient en mouvement; 2^ que ce mouvement étoit simple; 3^ quil étoit perpendiculaire à la grande face.

Examinant ensuite Forigine de ces pierres, il est conduit à combattre Tidëe de M. Chadni, qui suppose que les aérolithes éprouvent en parcourant notre atmosphère un degré plus ou moins grand de fusion ; celle de M. Léman , qui attribue les effets du feu que leur croûte vitreuse démontre à la combustion des substances combustibles qu'ils contiennent ; et celle ^de M. Isarn , qui suppose les aérolithes produites par la condensation subite de certains gaz. Il pense que ces corps arrivent sur la terre dans toute leur intégrité ; que le feu qui les accompagne résulte de Tinflamniation de latmosphère dont ils sont environnés ; qu'ils éclatent par Faction inégale de ce feu ; que le nombre des détonations qui accompagnent ordinairement leur chute prouve qu'ils ne se divisent que successivement par Fefiet de causes extérieures, et non point par une cause unique et centrale, et que chaque portion de Faérolithe, éprouvant à son tour l'effet du feu, se vitrifie à sa suriâce; d'où résultent ces

Stries dont nous avons rapporté le^^Lplication plus haut.

Nous avons entretenu plusieurs fois nos lecteurs des belles découvertes de M. Gay-Lussac sur l'acide du bleu de Prusse et sur ses combinaisons. Ce sujet intéressant est loin detre épuisé, et chaque jour il enrichit la chimiede vérités nouvelles.

Un chimiste an fflois, M. Porrett, adécouvertque le sel connu sous le nom de prussiate triple de potasse^ que l'on regardoit comme composé d'acide prussique, d'oxyde de fer, et de potasse, est réellement une combinaison binaire formée de potasse et d'un acide particulier qui renferme les éléments de l'a-^ cide prussique et de l'oxyde de fer; acide dont les afBnités éner^^iques enlèvent le peroxyde de fer aux acides les plus puissants pour donner immédiate* meut le bleu de Prusse.

M. Robiquet est parvenu par un procédé nouveau à obtenir pur et à l'état solide cet acide, que M, Porrett n'avoit eu que dissous dans beaucoup deau : en effet lacide hydrochlorique concentré décompose le bleu de Prusse en retenant le fer, et laisse précipiter l'acide de M. Porrett sous forme de poussière blanche, que Ton purifie encore par de nouveaux lavages avec l'acide hydrochlorique.

Les expériences multipliées et ingénieuses aux-

ET MÉTÉOHOLOGIB. 199

quelles M. Robiquet a soumis cet acide de M. PorrettODt prouvé qu'il ne contient pas d'oxypène, et que le fer y est par conséquent à Tétat métallique ; Fauteur le considère comme formé d acide hydro* cyanique et de cyanure de fer, et c'est son union avec le peroxyde de fer qui est le bleu de Prusse.

MM. Pelletier et Gaventou, continuant.leurs re* cherches surlanalyse végétale, ont fait une découverte de la plus grande importance : c'est celle du principe fébrifuge du quinquina, qui appartient à cette nouvelle classe d'alcalis végétaux composés d'oxygène, d'hydrogène, et de carbone, dont nous avons déjà annoncé cinq espèces dans notre analyse de l'année dernière. Ce principe a voit été aperçu par M, Gomès, chimiste portugais, qui cependant n'en avoit pas reconnu la nature alcaline; il se trouve dans la matière colorante du quinquina uni à un acide qui le rend soluble. En lavant cette matière avec de l'eau légèrement alcalisée qui s'empare de lacide, on fait précipiter le principe fébrifuge, qui ne conserve plus qu'un peu de matière grasse, dont on le délivre en le dissolvant dans lacide hydrochlorique foible et en précipitant par un alcali. On peut aussi traiter immédiatement la matière colorante par lacide hydrochlorique et précipiter par la magnésie. Les auteurs nomment ce

principe cinchonine. Il est blanc, cristallin , amer comme le quinquina sans en avoir la qualité astringente, indissoluble dans Falcohol et dans Feau, mais fbiblcment dissoluble dans Féther ; il forme des sels solubles avec la plupart des acides, si ce n est avec le gallique, l'oxalique, et le carbonique.

La cinchonine existe dans le quinquina gris ; le quinquina jaune contient un principe très semblable, bien qu'avec de petites différences, et que les auteurs ont nommé quinine; enfin le quinquina rouge les contient tous deu]^ dans une proportion considérable.

On conçoit aisément toute l'importance d'une semblable découverte , sur-tout pour la recherche d'un succédané de quinquina dans les végétaux indigènes; le mémoire de MM. Pelletier et Caventou offre d'ailleurs plusieurs autres résultats intéressants, sur-tout relativement à deux matières colorantes rouges qui se trouvent dans le quinquina , et dont l'une est soluble dans l'eau et 1 autre insoluble.

Les mêmes chimistes ont examiné divers végétaux de la famille des colchiques très employés en médecine, tels que le veratrum album, le veratrum sabadilla, et le colchique vulgaire lui-même, et ils y ont trouvé une septième substance alcaline composée, qu'ils ont appelée vératrine.

Elle est blanche, acre, et à petite dose jHXxluit des éternumeats et des vomissements violents. Elle fond à la chaleur , et prend par le refroidissement lapparence de la cire. Sa décomposition ne donne point d'azote ; elle a peu de faculté saturante, et elle donne avec les acides des sels non cristallisables.

Les plantes d'où on Ta tirée fournissent d'ailleurs d'autres substances intéressantes a connottre, mais pour le détail desquelles nous sommes obligés de renvoyer à l'ouvrage même, qui est imprimé dans les Annales de Chimie.

M. Gay-Lussac a donné communication d'un procédé qui empêche les toiles sinon de brûler, du moins de jeter une grande flamme en brûlant, ce qui peut avoir de grands avantages pour les décorations des théâtres et arrêter une infinité d'incendies. Il consiste à les enduire de sels neutres très fusibles, tels que le phosphate d^ammoniaque et le borate de soude.

M. Ooldsmith a fait connoltre un procédé par lequel on applique sur le verre des espèces de dendrîtes métalliques qui ne sont pas sans agrément. On place sur le verre quelques grains de limaille de fer et de cuivre, sur chacun desquels on verse

une goutte de nitrate d'argent. L'argent se précipite à letat métallique ; en même temps le fer et le cuivre s oxydent, et on arrange selon leffet qu'on veut produire le$ ramifications de ces différentes matières au moyon d'une petite tige de bois. Enfin on expose le verre au-dessus dune bougie, qui en évapomnt ia liqueur noircit le dessous de la plaque, et relève ainsi l'éclat des dendrites appliquées à la face opposée.

M. Moreau de Jonuès, toujours occupé de VHistaire physique des Antilles, a présenté de grandes suites d'observations sur leur climat, et paticulièrement sur leur température. Les variations journalières en sont renfermées d'ordinaire d«ns une échellij de dix degrés, et leur terme moyen est de cinq. Les variations annuelles ne donnent pas plus de vingt degrés de différence; et à la Martinique elles n'en donnent pas quinze. La plus grande çha^ leur n'y surpasse point celle du milieu de la Russie; du reste les causes des variations, soit régulières, soit irrégulières, lesi époques de leur maximum et de leur minimum^ çont à-peu-près les mêmes qu'ailleurs; mais comme les causes irrégulières, telles que les vents, les mouvements des flots, les puages, les pluies .subites, ont une grande activité, les mu-

ET MÉTÉOBOLOGIB. 2o3

tations, quoique peu étendues, y sont fréquentes et rapides; en sorte que leur action sur le corps vivant ne laisse pas que d'être violente. L'auteur décrit une partie de ses efFets, et entre aussi dans de grands détails sur les relations relatives aux différentes hauteurs, ainsi que sur la température des caves, des puits, et des sources.

Une bouteille vide jetée à la mer par les 5° 1 2' de latitude sud, et par les 26** 60' de longitude, à 1 ouest de Paris, a été portée en dix mois par les courants^ entre la Martinique et Sainte- [^ucie ; ce qui fait conclure à M. Moreau de Jonnès qu'il existe un grand courant qui vient du sud de la ligne, et qui pénétre jusque dans la mer des Antilles, au travers de ces nombreux détroits qui séparent les lies du vent; et c'est ainsi qu'il conçoit que des plantes propres à l'Afrique se trouvent aussi dans les îles, où leurs graines auront été portées par la mer.

Les tremblements de terre ont aussi été étudiés dans ces lies par M. de Jonnès. Us tiennent en général à des causes d'une nature volcanique ; bien que souvent la terre tremble sini^ qu'il y ait d'éruption , chaque éruption est accompagnée d'un tremblement. l>ur propagation a lieu quelquefois à des distances immenses et de la manière la plus rapide. Celui qui renversa Lisbonne, en 1765, se fit sentir moins de huit heures après à la Martinique et à la

2o4 PHYSIQUE, CHIMIE,

Barbade, qui en sont à plus de onze cents lieues, par des mouvements subits des eaux de la mer; c'est une vitesse six fois plus grande que celle du vent le plus violent. Mais d'autres fois cette propagation se trouve restreinte par des circonstances inconnues, et le mouvement n'affecte qu'une île ou un petit nombre d'entre elles. Le désastre de Venezuela, en 1812, dans lequel cinq villes considérables furent détruites, ne fut pas ressenti dans les îles. Ces tremblements de terre des Antilles sont aussi désastreux que ceux d'aucune autre contrée, et plusieurs de ceux qu elles ont éprouvés ne l'ont cédé qu'aux horribles catastrophes de Lisbonne et de Messine. Ils sont moitié moins communs à la Martinique, dont les volcans sont depuis longtemps éteints, qu'à la Guadeloupe, où les foyers souterrains conservent encore quelque activité. Ni les SEiisons, ni l'heure du jour, ni les phases de la lune, n'ont de rapports appréciables avec ces terribles phénomènes, et le baromètre n'en est pas non plus affecté. C'est le plus souvent d'un ouragan que le tremblement de terre est accompagné , et avec qui il s'unit pour le malheur des habitants ; mais une augmentation d'électricité s'y manifeste aussi presque toujours, et ils sont généralement annoncés par le mugissement des bestiaux, par Tinquiétude des animanx domestiques, et dans les

ET MÉTÉOROLOGIE. 2o5

hommes par cette sorte de malaise qui, en Eu* rope, précède les orages daus les personnes nerveuses.

Parmi les pierres tombées de l'atmosphère, depuis le petit nombre d'années que les physiciens s*occupent sérieusement de ce phénomène , il n*en est point qui approche de celle qui est tombée dans le département de FÂrdèche, le i5 juin 1821. Le temps étoit serein. Cette chute fut annoncée par une détonation qui dura vingt minutes, et qui fut entendue à huit et dix lieues de distance, au point d y faire croire qu'elle provenoit de quelque tremblement de terre. La pierre s'étoit enfoncée à cinq pieds dans le sol, et pesoit 92 kilogrammes (i 841iv.); à côté d'elle en étoit une de même nature, mais beaucoup plus petite, d'un kilogramme et demi. Msdheureusement les paysans qui recueillirent les morceaux brisèrent le premier en plusieurs pièces. Us sont du reste semblables pour l'essentiel à toutes les autres aérolithes. M. le préfet de l'Ardèche et quelques amis des sciences ont envoyé à l'Académie des échantillons de ces pierres, qui ont été analysés et déposés au Cabinet du roi.

Nous avons parlé plusieurs fois , depuis sept ou huit ans, des études de M. Chevreul sur les corps

2o6 PHYSIQUE, CHIMIE,

gras, et particulièrement du beau résultat de ses recherches sur la saponification ou sur la formation du savon ; opération qui ne consiste pas seulement dans l'union de lalcali avec la graisse ou avec deux de ses principes immédiats, la stéatine ou Télaïne, mais où les éléments primitifs de ces principes, pour pouvoir contracter cette union , se combincmt entre euK d'une manière nouvelle, et forment des composés qui n'existoient pas auparavant, savoir, un principe doux, et les acides que M. Chevreul a nommés margarique et oléique.

L'auteur a fait, cette année, un grand travail pour déterminer avec précision les détails de cette métamorphose, et savoir dans quelle proportion les éléments primitifs, l'oxygène, le carbone , l'hydrogène, se trouvent avant et après l'opération, soit dans la graisse entière, soit dans ses principes immédiats. Il a employé pour cet effet les beaux procédés imaginés par M. Gay-Lussac pour analyser radicaleilient les substances organiques, en les brûlant par le peroxyde de cuivre.

Le soin avec lequel il indique toutes les précau* tions que ces procédés exigent donne l'idée la plus avantageuse de l'emploi qu'il en a fait.

La graisse d'homme et celle de porc, prises en masse, donnent à-peu-près les mêmes proportions d'oxygène , de carbone, et d'hydrogène ; mais celle

de mouton a moins d'oxygène. Dans toutes les trois le carbone est à Thydrogène à-peu-près comme dix à dix-huit en volume; ce qui approche de leur rapport dans rhydrogène percarburé.

L analyse particulière des deux principes immédiats , la stéatine et 1 elaïne, donne encore à*peu*près Je même rapport pour la première, mais il est plus foible dans la seconde.

La somme des poids de la graisse saponifiée et du principe doux , qui sont le résultat de la saponification, est plus forte que le poids de la graisse employée; ce qui pix)uve que dans l'opération il s est fixé de leau. .

Il y a moitié plus d oxygène dans lacide margarique de Fhomme et du porc que dans celui du mouton; en sorte que M. Chevreul propose d'appeler ce dernier acide margareux. Les acides oléi* <£ues de ces espèces ont plus d'oxygène que leurs acides margariques respectifs ; et leur composition pourroit être représentée par l'hydrogène percarburé , plus l'oxyde de carbone.

De ces analyses comparatives il résulte que , dans l'action des alcalis sur les graisses, la plus grande partie du carbone et de l'hydrogène, en proportion très rapprochée de celle où ils sont dans l'hydrogène percarburé, retient une portion d'oxygène pour constituer les acides margarique et oléique, tandis

2o8 PHYSIQUE^ CHIMIE,

que le reste de l'hydrogène et du carbone , avec une portion d'oxygène égale à la moitié de ce qu'il fau^droit pour brûler l'hydrogène , £9rme le principe doux en fixant une certaine quantité d'eau.

Ici, comme dans plusieurs autres phénomènes chimiques, c'est la forte affinité de l'alcali pour les acides qui provoque cette rupture d'équilibre dans les éléments de la graisse, et les oblige de se réunir de manière à former des acides. Aussi toutes les bases salifiables douées d'une certaine énergie, la baryte, la chaux, et même des oxydes métalhques, sont-elles capables de produire la saponification; et, moyennant certaines précautions, M. Chevreul est parvenu à la produire aussi par la magnésie et l'ammoniaque, qui s'y étoient long-temps refusées. C'est une opération inverse de la dissolusion du fer et du zinc dans l'acide sulfurique étendu d'eau, dissolution où la forte affinité de l'acide pour des bases salifiables détermine la formation de ces bases par l'union de l'oxygène de l'eau avec le métal.

Lorsque les alcalis sont à 1 état de sous-carbonate, c'est-à-dire lorsqu'ils ne sont point saturés par l'acide carbonique, ils n'agissent que par une de leurs portions, laquelle, pour s'unir aux acides qui se forment, commence par céder son propre acide carbonique à l'autre portion; et ce surplus d'acide saturé se change en carbonate. L'adipocire, ou

cette célèbre matière blanche et savonneuse, découverte par Fourcroy, et dans laquelle se coavertissentles cadavres ensevelisdansdeslieuxhumides, est due, selon Fauteur, à 1 action du sous-carbonate d ammoniaque, produit de la putréfaction sur la partie grasse du cadavre.

De savants chimistes avoient cru reconnoitre que lalcohol et Féther pouvoient convertir en partie toute substance aoimale azotée en adipocire; mais M. Ghevreul prouve que relativement à la fibrine cette opinion nest pas exacte, et que Fadipocire, qui s'y trou voit toute formée, en est simplement extraite. On peut Fen retirer au moyen de Feau ; et après qu elle a été enlevée la fibrine nen donne plus à Facide nitrique.

Nous avons dit précédemment par quelle analyse soignée M. Ghevreul a enseigné à distinguer cette adipocire du blanc de baleine et des calculs biliaires que Fourcroy avoit long-temps cru être des substances identiques avec elle. Le principe du blanc de baleine, ou la matière nommée cétine,. donne par la saponification beaucoup dWde margarique, un peu d'uh acide assez sentblable à Foléique, et un corps gras particulier. La cholestérinerou le principe des calculs biliaires, à cause d^uu excès de carbone, ne produit point d acide margarique quand on Fexpose à Faction des alcalis. L auteuf vient én-

BUFrON. COMPliM. T. II. l4

2IO PHYSIQUE, CHIMIi:,

core de découvrir une substance de ce genre dans la fibrine desséchée. Elle se dissout par lalcohol et par Téther, dont elle se sépare sous forme de lames et d aiguilles ; elle se fond à la chaleur de 1 eau bouillante, n est ni acide ni alcaline, et, ce qui est surtout remarquable, ne subit aucune altération par une longue ébullition dans une solution alcoholi^ que de potasse. Cette substance existe aussi dans le sang d'homme et de bœuf, et M. Ghevreul lui tronve de Tanalogie avec la matière grasse du cerveau.

M. Chevreul, s'élevant à des considérations générales sur la nature des substances organiques, pense qu'au lieu de les regarder comme composées de trois ou quatre principes élémentaires ou primitifs, il iaudroit se les représenter comme résultantes de la combinaison de deux principes plus ou moins composés , et unis entre eux comme un acide à un alcali, ou comme un comburant à un combustible, à-peu-près à la manière dont M. Gay-Lussac a représenté Tétfaer sulfurique comme de Thydrogène percarburé uni à de 1 eau.

Ces observations ont beaucoup d'importance , et en acquerront davantage à mesure quelles dirigeront les regards vers les effets de cette loi chimique par laquelle une substance énergique est en état d amener, en quelque sorte de force , la formation

de substances opposées avec lesquelles elle puisse s^unir. Il n esf guère douteux que non seulement la chimie générale, mais encore la physiologie des corps vivants , neir puisse tirer beaucoup de lumières.

Le même savant et laborieux chimiste, M. Ghevreul, a jfait sur Finfluence mutuelle de Peau et de plusieurs substances azotées des 'expériences qui ne deviendront pas moins fécondes. C est Teau qui donne aux tendrons frais leur souplesse et leur éclat nacré. Les tendrons desséchés reprennent ces propriétés après quelques heures de séjour dans Teau. Le tissu jaune élastique qui forme plusieurs ligaments du corps animal reprend aussi par ce moyeft son élasticité après plusieurs années de dessèche* ment. L'expression mécanique de Teau produit sur ces substances des effets fort analogues à ceux du dessèchement.

M^ Chevreul pense que cette eau est reténue dans Fintérieur des organes par des forces analogues à celles qui font monter les liquides dans les tubes capillaires; il présume quelle joue un grand rôle dans Fétat de vie, et appuie $a conjecture sur les expériences où M. Edwards a fait voir que les poissons mis à sec périssent par la seule transsudation de Feau nécessaire au jeu de leurs organes.

Une pierre météorique est encore tQmbée cette année en France, aux environs d*Épinal, et plusieurs fragments en ont été déposés au Muséum d'histoire naturelle. Sa chute a offert* tous les phénomènes accoutumés.

Celle dont nous parlâmes Tannée dernière, et qui tomba le 1 5 juin 182 1 à Juvenas, département de l'Ardèche, a été analysée par M. Vau'quelin et par M. Laugier. Elle diffère des autres seulement en ce que le nickel y manque , et qu'elle contient une petite q;uantité dé potasse qui vient d'un peu de feldspath djéséniiné dans sa masse. Les pierres de Jônzac et de Lontola lui ressemblent sous ce rapl^ort et sous d'autres; elles manquent de nickel, mais contiennent du chrome, peu.de soufre, peu de magnésie, et au contraire beaucoup de chaux et dalumine.

Ùnçlobe de feu vu à Sens et à quinze lieues aux environs avec une détonation qui ressembloit à un violent coup de canon , et dont M. Thénard a communiqué la relation à FAcadémie, pouvoit aussi faire croire à une chuté daérolithes; mais,. quelque recherche que l'on ait faite , il n'en a été recueilli aucun.

M. Moreau de Jonnès a rendu compte d'un nié-

ET MÉTÉOROLOGIE. 2l3

téore lumineux vu à la Martinique le i'*' septembre à huit heures du soir. D une grandeur considérable, il se mouvoit rapidement vers Test , produisant un bruit semblable au roulement du tonnerre , et a éclaté avec une détonation violente. On peut croire que c'étoit une aérolithe , ce qui seroit le premier phénomène de cette espèce dans larchipel des An^ tilles : malheureusement il n'en a point été recueilli de produits; et , en fî(it*il tombé, il seroit difficile* quon espérât les découvrir dans une Ile profondément découpée par la mer, et plus qu a moitié couverte de forêts.

Dans la même tle il y a eu un tremblement de terre le i^*^ août à huit heures du matin ; c'étoit le premier depuis près de deux ans.

M. More^u de Jonnès a réuni toutes les notices qu'il a présentées à TAcadémie depuis plusieurs années, et, les enrichissant de grands développements , en a composé une Histoire physitfue des An*tilles dont le premier volume a paru. Lauteur y traite de la structure géologique de ces îles , de leur climat , et de;^ minéraux particuliers qu'elles renferment. On y pourra remarquer des chapitres pleins d'intérêt sur les variations locales de leur tempérât u re , sur l'état hy grométriq ue de leur at m osphère, et sur. les ouragans qui les dévastent si cruellement. Lauteur parlera dans un autre vor-

2l4 PHYSIQUE, CHIMIE,

lume de leurs végétaux etjdeleurs animaux , et il a déjà préludé à ce travail par un mémoire sur le nombre des plantes de la flore caràibe, et sur la proportion numérique des familles qui la composent. La multitude et la diversité de ces plantes sont d'autant plus étonnantes qu elles contrastent avec le petit nombre des animaux, et que les courants de ces .mers, étant à-peu-près invariables, ont dû apporter toujours les mêmes graines ; mais-la force de la végétation est si grande que tout ce qui arrive réussit et se propage. Elle oppose même de grands obstacles aux travaux des agriculteurs ; et encore aujourd'hui , après deux siècles d'efforts , Femplacemeat des villes et les champs cultivés n'occupent que Tintervalle pratiqué péniblement entre les grandes forêts des montagnes et les palétuviers des rivages. Le feu seul peut détruire momentanément ces forêts épaisses qui renaissent pour peu que le terrain soit négligé. Les sentiers peu fréquentés sont bientôt envahis par des arbustes ; chaque année on est obligé d'extirper les végétaux qui couvrent les glacis des forteresses; pour peu qu'une habitation soit abandonnée , une forêt en occupe promptemcnt les cours et les toits et en cache les murs. Souvent, pendant la saison des pluies, il sort des agarics et d'autres champignons des parois des appartements. M. Moreau de Jonnès a observé jus-

qua mille huit cent vingt-trois espèces de végétaux phanérogames dans 1 archipel caraïbe , et il estime qu il peut s y trouver six cents cryptogames. Lui^mêmea reconnu plus de cent^oixanteespécesde fougères. L auteur se livre à de grands développements pour déterminer quelles proportions prennent dans ce nombre les principales familles de végétaux, dans la vue d'étendre ainsi, en ce qui concerne ces lies, les belles recherches de M. de Humboldtsur la distribution géographique dés familles végétales.

Lorsque Ion met en contact avec le chlore, soit de Talcohol , soit de Féther salfurique , soit de rhydrogène percarboné, on obtient des composés liquides dont l'analyse n*a point encore été fiiite complètement.

Le produit du troisième de ces rappi*ochements découvert par les chimistes hoUandois, et particu* Uèrement étudié par MM. Robiquet et Colin , pas^ soit pour être composé de parties égales en volume de chlore et d'hydrogène percarboné , et cette détermination étoit fondée' sur ce que la densité du liquide est égale à celle des deux gaz.

Quant au produit de raction mutuelle du chlore et de lalcohol , on ne se faisoit point d'idée arrêtée de sa composition.

M. DespretK a présenté, à l'Académie des expé-

2l6 PHYSIQUE, CHIMIE,

riences qui prouvent qu'il doit être formé d'un volume de chlore et de deux volumes d'hydrogène percarboné.

L'éther sulfiirique traité par le chlore donne deux liquides d'apparence huileuse et de densité différente , et l'un et l'autre moins volatils que le liquide produit par le chlore et l'alcohol.

M. Despretz a aussi essayé d'en Ëiire l'analyse ; et sans être eacore extrêmement satisfait de ses résultats, il conclut qu'un de ces deux liquides, au moins , est un nouveau composé de chlore et d'hydrogène percarboné : cette conclusion ne sera confirmée que par une analyse complète, lorsq.u'elle aura pu être faite avec rigueur.'

Dans cette recherche M. Despretz a feit quelques observations intéressantes en mettant en contact de l'hydrogène percarboné avec les chlorures de soufre et d'iode.

Le chlorure d'iode ainsi traité lui a donné un liquide incolore d^odeur et de saveur agréables , qui se congèle. à o'du thermomètre en lames cristallines; et lorsque la quantité du gaz percarboné a augmenté, il s'est formé un solide blanc et cristallin.

Le chlorure de soufre ne donne avec le gaz en question qu'une seule substance visqueuse , plus^ fixe que l'eau , difficilement combustible , et d'une odeur désagréable.

Ces observations mettent sur la voie de recherches ultérieures qui compléteront sans doute l'histoire de toutes ces transformations.

Depuis les travaux de Crawfîird et de Lavoisier les physiologistes ont £iit revivre les opinions avancées dès le dix* septième siècle par Mayow et par Willis , et ont attribué généralement la chaleur animale à la fixation de Toxygène absorbé pendant la respiration 9 ou, en d'autres termes, à Tespéce de combustion qui a lieu dans cet acte. £n efïec, dans les belles expériences de Lavoisier et de M. de Laplace, le charbon Êiisoit foîidre en se brûlant plus de quatre-vingt-seize fois son poids de glace ; et la liquéfection de même genre que produisoit un animal à sang chaud répondoit à la quantité diacide carbonique que sa respiration produisoit, ou plutôt à celle de l'oxygène que sa respiration combinoit avec le carbone de son sang, sauf un léger excédant que les auteurs attribuoient à la combustion d'une partie de son hydrogène.

Cependant ces expériences avoient cette cause d'incertitude , qu'on avoit mesuré l'efFet calorifique sur un animal , et l'absorption de l'oxygène sur un autre ; tandis que depuis l'on s'est assuré que l'état des animaux , le plus ou moins de pureté ou de chaleur de l'air où ils respirent , produisent des différences très considérables.

2 l8 PHYSIQUE , CHIMIE,

Pour donner à ces recherches toute la rigueur dont elles sont susceptibles , M. Dulong, que TAcadémie vient récemment d acquérir, s'est servi d'un appareil où l on mesure tout-à-la-fois et sur le même individu la chaleur produite et loxygène absorbé. Il emploie le calorimètre à eau , de Tinvention de M. de Rumfort , dont nous avons parlé en 1 8 1 4 9 et où leau en commençant l'opération est autant audessous de la température atmosphérique quelle est au-dessus en finissant. Il enferme lanimal dans une boite de métal doublée d'une cage d'osier, et plongée dans leau du calorimètre, mais où cette eau ne peut pénétrer, tandis que l'on y renouvelle l'air à volonté au moyen d'un gazomètre à pression constante ; et cet air, dont on ménage le courant de façon que l'absorption ne passe pas cinq centièmes, ressort , après avoir été respiré , par des tuyaux qui transmettent sa chaleur à l'eau qu'ils traversent, et qui le portent dans un autre gazomètre où une lame de liège, enveloppée de taffetas imperméable, le sépare de la surface de l'eau et empêche qu'elle n'absorbe son acide. On ménage à volonté la pression dans chacun des deux gazomètres ; et Ton peut facilement , et à chaque instant, déterminer k volume, la température, et la composition, soit de l'air que Ion donne à respirer, soit de celui qui sort après avoir été respiré.

Quand Peau du calorimètre a acquis autrui de degrés au -dessus de latmosphère quVIle en a voit au-dessous en commençant à feire respirer lani^ mal , il ne reste qu a analyser lair expiré et à comparer la chaleur acquise par Teau a la quantité d oxygène qui a été absorbée.

M. Dulong a trouvé que le volume de lacide carbonique produit étoit toujours moindre que celui de loxygène absorbé ; d'un tiers dans des oiseaux et des quadrupèdes carnassiers, d'un dixième dans les herbivores.

Il a observé encore qu'il y avoit toujours exba* laison d'azote , et si forte que dans les herbivores le volume de l'air expiré surpassoit celui de l'air inspiré , malgré la diminution de volume du gaz acide carbonique.

Enfin il a trouvé que la portion de chaleur correspondante à celle de l'acide produit ne fait guère que moitié de la chaleur totale donnée par l'animal dans les carnassiers , et va à peine aux trois quarts dans les herbivores ; que si on prend pour base la quantité d'oxygène absorbé , au lieu de la quantité d'acide carbonique produit , supposant qu'une partie de cet oxygène a été employée à former de l'eau , on trouve une différence en plus, mais qui n'équi*vaut jamais, à un cinquième près, à la chaleur produite par FanimaL

En supposant exactes les évaluations de MM. Lavoisier et de Laplace , sur la chaleur donnée par le carbone et Thydrogène , il ne reste pour apprécier parfaitement les résultats de M. Dulong qu a s assurer que la combustion de ces substances, lorsqu'elles font partie de certains composés , donne la même chaleur que lorsqu'on les brûle séparément et isolées ; mais l'incertitude qui pourrait subsister à cet égard n'iroit pas jusqu'à la proportion que nous venons d'annoncer, et il n'est guère douteux qu'il n y ait à chercher encore uae autre cause que la fixation de l'oxygène pour expliquer la totalité de la chaleur animale.

M. Vauquelin a présenté un travail sur les combinaisons de l'acide acétique avec le cuivre , si connues dans le commerce sous les noms de verdet et de vert-de-gris , ou plutôt verdet gris. Il résulte de ses expériences que ces combinaisons se présentent dans trois proportions différentes : i° un sous-acé* tâte insoluble dans leau , mais qui , plongé dans ce liquide, s'y décompose à froid, et s'y convertit en peroxyde et en acétate; 2*^ un acétate neutre dont la solution ne se décompose point à froid , mais par l'ébullition , et se change alors en peroxyde et en sur-acétate; et enfin 3^ un sur-acétate dont la dis-

solution ne se décompose ni à froid ni à chaud, et qu on ne peut obtenir cristallisé qu en le laissant évaporer à froid pu dans le vide. Le verdet gris du commerce est un mélange , ordinairement en proportions égales , d acétate et de sous-acétate.

Une grande et utile découverte est celle qui vient d avoir lieu dans le département de la Meurthe , d'imtnenses dépôts souterrains de sel gemme. Les sondages déjà faits et lexploitation commencée font connoltre leur étendAe sur plus de trente lieues carrées , et leur profondeur de plus de trois cent& pieds , ainsi que les diverses couches dont ils se composent. On y trouve du sel blanc, des sels gris diversement mélangés, et du sel coloré en rouge par le fer.

L'Académie, à la demande du gouvernement, a fait analyser ces produits par sa section de chimie, dont M. Darcet a été le rapporteur.

La pureté en est extraordinaire : le sel blanc ne contient au plus que sept millièmes de substances étrangères; mais il y en a aussi d absolument pur. Lès variétés les moins pures de sel gris ne contiennent que cinq centièmes d argile bitumineuse, d'oxyde de fer, et de sulfate de soude, de chaux et de magnésie. Le sel rouge est coloré par deux centièmes d'oxyde de fer.

Aucun de ces sels étrangers n é&at déliquescent,

le sel gris conviendra aux salaisons ; tous les arts qui ismploient \e sel pourront en faire usage. Le ^1 blanc ofFrii:a pour la table une denrée plus pore que celle d'aucune autre saline; et le consommateur y trouvera d'autant plus de bénéfice qu'il n'attire point rbumidité de l'air.

L'argent et le mercure fulminant sont des substances que Ion ne connoît que trop depuis que, répandues dans le commerce à cause de Fusage qu'on en fait pour amorcer les armes à feu , elles ont causé tant d'accidents funestes. On les forme en rapprocbant l'argent ou le mercure de l'acide nitrique et de l'àlcohol. Ces trois substances , dont deux sont composées, réagissent les unes sur les autres, et le composé définitif que l'on obtient détone avec violence par la cbaleur ou par un choc léger. Mais en quoi consiste-t-il? quels éléments des corps employés à le former y sont-ils restés? comment et dans quelles proportions s y sont-ils combinés ?

Le docteur Liebig, jeune chimiste allemand , s est occupé de ce problème. En mettant de la potasse dans la dissolution de mercure fulminant il a pré* cipité de l'oxyde de mercure , et obtenu , par levaporation , un sel crîstallisable et fulminant dans un moindre degré q\ie le premier : toutes les Imses al-

ET MËTÉOROLOGIB. 223

caliues en ont agi de même. Ainsi la propriété de fulminer appartientoon pas au mercure , mais à une combinaison qui peut s'unir avec diverses bases , en les neutralisant-plus ou moiiis complètement, comme feroit un acide.

Il en estdemèmepourrargentfulminant ; oupeut en précipiter nne grande partie de largent en y substituant un alcali ou un autre oxyde métallique.

M. Liebig , après avoir employé comme base Teau de chaux et lavoir reprise par Facide nitrique, est parvenu à isoler, à peu de chose près , le principe qu'il soupçonnoit , et Fa vu se précipiter sous forme de poudre blanche soluble dans Teau bouillante , rougissant la teinture de tournesol; en un mot de nature manifestement acide, mais se distinguant par la propriété de détoner, dont il jouit au plus haut degré*

M. Liebig a tenté lanalyse de cet acide , et a pensé payer cher son zèle pour la science ; car les détonations ont lieu même dans leau , et au moindre choc. Il a réussi enfin , en le mêlant de beaucoup de magnésie , à le décomposer sans accident. Les produits sont un reste du métal par Tintermède duquel on lavoit formé , du gaz acide carbonique , de Tarnmdniaque et de leau. (Test la composition la plus complexe que la chimie ait encore créée , puiâqH elle offre une substance métallique et les éléments or-

dinaires des matières animales, savoir : dcroxyg[ène, de rhydrogène, et de lazote. Mais il restoit à savoir comment ces éléments y sont combinés entre eux ; si lammoniaque ei Peau y sont toutes formées; si le métal y est à 1 état d oxyde*, et detjuel oxyde , etc.

De nouvelles expériences faites cette année par Tatiteur et par M. Gay-Lussac nous ont appris que cet acide , qu on avoit d abord nommé fulminique, lorsqu*on le débarrassé du reste de métal qu'il contient, est de lacide cyanïque, c'est •à -dire une combinaison de loxygènè avec cette combinaison d azote et de carbone qui a été nommée cyanogène.

M. Dœbereimèr, professeur à Jéna, est l'auteur d'une observation bien curieuse sur la propriété dont jouit le platine précipité de sa solution nitromuriatique (ce qui lui donne une forme et une consistance spongieuse) ^ sur la propriété qu'il a^ dis#ns-nous, lorsqu'on fait passer sur lui un mélange d'oxygène et d'hydrogène, d'opérer la combinaison de ces deux gaz et de produire une chaleur qui le porte lui-même au rouge. MM, Thénard et Dulong ont répété et vérifié ces expériences. Ils ont reconn u de plus que le palladium et le rhodium jouirent de cette propriété comme le platine à la température ordinaire ; que l'iridium s'échauffe for-

tement à cette même température ; que losmium rougit, mais seulement quand on Ta un peu échauffé d avance ; enfin que pour donner au nickel et au cobalt la propriété de produire la combinaison il £Eiut les chauffer à 3oo degrés; ils ont de même re^ connu que, dans cet état, le platine, à la température ordinaire, décompose le protoxyde d azote.

M. Ghevreul , qui par sa découverte des acides qui se produisent lors de la saponification a £iit faire de si grands pas à la théorie de cette opération et ouvert un nouveau champ à letude des substan* ces oi^niques , a continué ses recherches et déterminé les caractères de plusieurs de ces acides, qui varient selon les diverses graisses avec lesquelles la saponification se fait, et qut sont les principes des odeurs des savon# formés avec ces graisses et d^une partie de ces graisses elles - mêmes. Le beurre en fournit deux , le butirique et le caprique ; la graisse de dauphin un, lephocéniqtie; et la graisse de mouton un autre , le liircique. Us sont tous incolores , plus légers que leau , mais de moins d un dixième , diversement odorants , et donnent une saveur brûlante. Le caprique se solidifie à 1 5 degrés au-dessus de o ; les autres sont encore liquides à 9. Us varient davantage par leurs capacités de saturation et les propriétés de leurs sels.

BUVPON. COMPLSM. T. II. l5

[je Bombr^ des alcali$ ou bases salifiables organiques et composées de plusieurs principes combustibles ou gazeux augmente rapidement, sur-tout depuis les recherches de MM. Pelletier etCai^entou ; et les propriétés remarquables dont ces substances sont douées rendoient intéressant de connoitre les compositions distinctives de chacune déciles.

MM. Pelletier et Dumas leur ont appliqué la méthode d analyse imaginée par M. Gay-Lussac , qui consiste à en brûler une quantité déterminée avec une quantité, également déterminée, d'oxyde de cuivre , et à recueillir les produits. Par les proportions de leurs éléments ces substances ressemblent beaucoup aux résines ; elles ont un peu d azote de pi us ; on doute même qu'il y en ait dans la morphine ; la cafëjne seule en Contient jusqu^à un cinquièn^e^ et plus , de son poids. La plupart ont une capacité de saturation (une alcalinité) à-peu-près propor-r tionnelle à leur quantité d azote ; mais la morphine en a plus que n ifidiqueroit lexeessivement petite quantité de ce principe qu elle parott contenir»

Ces expériences, Élites avec toutes les précaution» qui pou voient en rendre les résultats rigoureux et précis, conduisent à des vues importantes , et qui intéressent toute la chimie organique non moins que la matière médicale.

ET MÉTÉOHOLOOIE. 227

Une espèce particulière et très rare de calcul de la vessie , découverte par M. WoUaston , et nommée par lui oxyde urique, s'est retrouvée pour la première fois en France y dans le calcul d un chien. M. Las» saigne , préparateur de chimie à l'École vétérinaire , en a donné la description et les propriétés caractéristiques. Il Ta trouvée composée de 36 parties de carbone, 34 d*azote, 17 d'oxygène, et 12 d^bydro* gène.

Le dahlia, grande et belle plante dont nos parterres ont été récemment enrichis , a des racines tubéreuses comme le topinambour, qui est de la même famille quelle. M. Payen a cherché si ces bulbes ne contiendroient pas aussi un principe alimentaire de bonne qualité, et pour cet effet il en a fiût 1 analyse. Il en a retiré un sucre incristallisable ; un arôme ressemblant à celui de la vanille; une huile volatile; une huile fixe; plusieurs sels à base de chaux ; et une substance nouvelle qu'il a nommée dakHne, et dont les bulbes de dahlia contiennent un dixième de leur poids : elle a de 1 analogie avec lamidon et la gélatine , mais elle en diffère sur-rtout par la propriété de se précipiter en masse grenue, .lorsque leau qui la tient en dissolution est évaporée jusqua formel* une pellicule. Sa pesiinteur spécifique est de 1 3 56 ; lacide sulfiirique la convertit en

sucre incristallisable , plus sapide (|ue celui qui provient de lamidon.

A la suite de la gelée qui fit. périr tant d oliviers dans rhiver de 1821 ài822,le ministère de Tintérieur, désirant connoitre si le climat de la France ou de quelques unes de ses parties avoit subi des changements, et les causes auxquelles ils pou voient être dus, demanda aux préfets des mémoires sur l'étendue des défrichements qui ont eu lieu dans les forêts depuis 1819, et sur Finfluence que Fopinion de leurs départements attribue au déboise^ ment des montagnes relativement à la température, à la diminution des eaux, à la force et à la fréquence des vents.

On a obtenu successivement des réponses de cinquante-six de ces magistrats; et, comme on pouvoit s y attendre, les questions y sont traitées sous des points de vue fort divers, et les résultats îi'en sont pas toujours bien concluants. Cependant il paroit certain, par des documents écrits, par le souvenir des vieillards, que dans des lieux où Ton cultivoit autrefois FoRvier, la vigne, le châtaignier, et d autres végétaux sensibles à la gelée, cette culture ne s est pas maintenue ou est même devenue impossible.

ET MËTÉOROL064E. 229

Des défrichements n ont pas été aussi généraux qu'on s*est plu à le répandre. Dans trente-quatre départements qui possédoient ensemble 3,439,943 hectares de bois , il n en a été arraché que 204,092 ; mais ce nest pas d après Tétendue seule, mais pav la nature des bois supprimés que les effets de ces défrichementsdoiventêtrejugés: les forêts d arbres résineux, les plus importantes comme abris, ont diminué plus généralement ; les futaies de chênes, de hêtres, de nos montagnes de second ordre, ont presque toutes été transformées en taillis , et il fau^ droit des lois sévères et exécutées pendant un siècle pour que les grands arbres propres aux constructions civiles et navales redevinssent aussi abondants qu ils Tétoient en 1789.

Ce n est au reste que dans quatorze départements que l'on a pensé que le déboisement des montagnes a causé le refroidissement de lair ou du sol ; 1 opi-* nion contraire a été exprimée dans trente-neuf. On a reconnu dans trente* deux que les hivers sont moins froids et plus longs, et les étés plus courts et moins chauds qu'il y a soixante ans ; dans vingt-un autres on ne regarde pas ce fait comme constant. Dans vingt-sept départements on est persuadé que les vents sont devenus plus violents, et dans vingts six on soutient le contraire.

La dénudation des montagnes n'est miseen doute

23o PHYSIQUE, CHIMIE,

dans aucune des réponses, et il y a aubsi béauediip d'accord sur ses conséquences a<^tuell6s et futures. L'une des plui généralement reconnues est la diminution des sources, parceque Teau des pluies^ au Ireu de s'infiltrer dans le sol avec lenteur, s écoule rapidement^ et entraîne les terres (Jue les bois et les herbes ne retiennent plus ; toutefois , sur ne point même; il s'en faut beau coup que les rapports soient unanimes. Il ii y a que vingt^huit départe^ ments où l'on affirme la diminution des eaux per^ manentes, et que vingtK^inq où l'on ait reconnu que lés inondations sont plus fréquentes qu'en 1789;

Nous ne parlerons pas des autres articles de météorologie, tels que la neige, la grêle, etc.^ sur lesquels les réponses ont été encore plus vagues et plus contradictoires. IjCS données fournies par ce premier travail ne peuvent être considérées que eoinme un essai encore assez imparfait; et pQur arriver à quelque chose de plus positif, il seroit nécessaire de poser des questions plus précises et de tracer avec plus de rigueur la méthode à suivre pour les résoudre.

Néanmoins les mémoires fournis à l'Académie contiennent des renseignements précieux sur le statistique de plusieurs parties de la France, et sous ce rapport au moins leur utilité ne peut être méconnue.

M. Moreau de Joonès , qui a soin d'entretenir l'Académie de tous tes phénomènes remarquables qui se manifestent aux Antilles, lui a fait part de deux tremblements de terre arrivés dans ces lies, et qui ont été assez forts pour exciter leffroi parmi la population*

Le premier a eu lieu le 1 1 novembre , à cinq heures quaranteK^inq minutes du matin.

I^ deuxième s'est £Biit sentir à la Afartinique le 1 3 décembre suivant, à une heure du matin.

Chacun de ces tremblements a consisté en deux secousses ; celles du preihier ont été les plus fortes el les plus prolongées.

Il n'est personne un peu au fait des travaux des chimistes qui ne connoisse les grandes discussions auxquelles ils se sont livrés dans ces derniers temps sur les causes et le mode précis de^ combinaisons , et particulièrement sur la question de savoir si elles se font en toutes proportions et pour ainsi dire en toutes nuaiices, ou si elles n'ont lieu que dans certaines proportions fixets qui puissent s exprimer par des notnbres entiers et assez petits.

dette dernière opinion semble prévaloir aujourd'hui , malgré la longue opposition que lui a mon* trée ce grand chimiste feu M. BerthoUet; cependant lopinion contraire a encore des défenseurs, et

M. Longchamp a essayé de lappuyer par de nouveaux arguments.

Il les cherche dans Fanalyse de l'acide phosphoriqueetdeses sels, genres de substances qui ofïi'ent de grandes difficultés, puisque deux chiniiistes aussi célèbres que MM. Davy et Berzéiius sont arrivés à leur sujet à des résultats très différents.

Il a d abord acidifié le phosphore par lacide nitrique , et saturé lacide phosphorique par la chaux caustique. L'augmentation de poids de cette dernière substance lui faitconnottre la quanti téd'acide phosphorique correspondante au phosphore employé, et par conséquent la quantité d'oxygène qui entre dans l'acide phosphorique ; mais ce procédé donne des résultats fort discordants. liCS écarts sont moins considérables quand on emploie Ibxyde de cuivre au lieu de la chaux.

Quant aux phosphates, l'auteur commence par déterminer la quantité d'acide que contient le phosphate d'ammoniaque cristallisé en le calcinant avec un excès de carbonate de' chaux ^ calculant ensuite les proportions des phosphates qui se forment quand on calcine avec celui d'ammoniaque les différents sels à base de baryte , de soude , ou de chaux , il en déduit la quantité d'acide phosphorique que prennent les divers alcalis, et il arrive pour chaque base à des proportions très variables et peu d'accord

avec la théorie des combinaisons fixes et à proportions simples. La même conclusion se déduit selon lui des opérations dans lesquelles on déccmipose les sels solubles de chaux et de baryte par le phosphate de soude cristalhsé; mais les commissaires de TAcadémie ont fait observer que dans ces sels liquéfiés par la chaleur il manque la circonstance la plus essentielle pour produire des proportions fixes, la cristallisation: le terme où s arrête la décomposition varieroit probablement encore avec la température.

Nous avons parlé dans le temps des belles décour vertes de Tiode et du cyanogène, deux substances dont Tune est jusqua présent indécomposable, et se distingue éminemment par la couleur violette de sa vapeur, et dont Fautre, formée d'une combi-» naison de carbone et d azote, donne, en s'unissant à rhydrogène, le principe colorant du bleu de Prusse. Ces substances peuvent s'unir quand on les présente lune à Fautre à Tétat de gaz naissant, ce qui arrive quand on chau£Fe un mélange de deux parties de cyanure de mercure et d une partie d'iode; il se produit alors du prot*iodure de mercure et du cyanure d'iode. Cette dernière combi^ naisoQ, qui est très volatile, s'élève sous la forme d'une ftimée épaisse, et se condense eu aiguilles

extrèmemeiit légères. Elle a unie ddeur très pi-* quante, une saveur des plus caustiques, ttiais ne participe en rien des caractères des acidiE^s ni des alcalis. Elle se dissout dans 1 eau et dans 1 aicohol , mais n éprouve aucune action du chlore ni de Ta* cide sulfureux quand ils sont à Tétat sec : au con-* traire 1 acide sulfureux liquide et les alcalis Tattaquent, et il en hésulte divers composés.

M. Seruilas^ qui a le premier produit et étudié cette combinaison remarquable , nA pu encore êil déterminer les proportions que d^une manière $p^ proxiraative; il y trouve 82,8 sur 102 d'iode, et 1 7,2 de cyanogène.

Les accusations d empoisonnement dont les trp bunaux ont retenti Tannée dernière ont tourné les efibrts de plusieurs éhtmistes ver^ la recherche des marques auxquelles on peut t'econnoitre dans les iiitestins la présence de quelques uns des poisdnS nouvellement découverts. Si malheureusement lei progrès des sciences fournissent quelquefois au crime des instrumenta nouveaux^ ils donnent en général aussi les moyens d en prévenir les effets, ou du moins ceux d^en apprécier les causes et d assurte)^ la punition des auteurs.

Oeèt avec Tinteiition de i^emplir cette espèce de devoir imposé en quelque sorte aux chimistes par

leurs prcqpres découyertes que M. Lassaignea cherché à saisir dans une masse alimentaire les moindres traces de morphine ou d acide faydrocyanique.

Pour la morphine, il traite les matières qui la centiennent par laloohol : après que lalcohol a dissous ce qull peut dissoudre , il levapore, et trmte le résidu pat* Feau pure; il laisse évaporer cette eau spontanément, et si elle recèle de Facétate de morphine cette substance délétère se cristallise en prtsmesdivergents, queFon reconnott à leur saveur amère, à letar décomposition par Fammoniaquev audi^gementd'acide acétique qu y produit Facide sudfîirique, enfin à la couleur rouge orangée qu y jfait naître le contact de Facide nitrique.

Quand c'est dans un corps solide que Fon soupr. çetine la présence du poison , il febt le faire bouillir dans Feau et opérer sur la décoction domme il vient d'être dit;

Si la matière étoit alcaline, il faudroit ajouter à Feau et à Falcohol une petite quantité d'acide acétique pour rétablir Facélate de morphide qui auroît pti être décomposée.

M. Lassaigne a retrouvé par ce procédé cette substance vénéneuse dans les vomisbemdnts ^ dans. Festômac, et dans les intestins d'animaux mortsi après en «voir pris seulemeiit 1 2 et 18 grains. Les matières vomies en contiennent même des quan«

tités considérables, mais il ne paroit point quiliça passe dans le sang , et même on n'en a plus retrouvé de traces dans celui des chiens et des chevaux , dans les veines desquels on en avoit injecté, et. qui avoient sur\'écu à 1 opération ; en sorte que dans les cas où Tanimal résiste à l'action du poison la morphine se décompose ou est expulsée de quelque manière.

Pour mettre encore plus de précision dans ses procédés, et craignant que quelque matière animale dont on n'auroit pu entièrement débarrasser la morphine ne contribuât à la couleur orangée quy produit l'acide nitrique, il est parvenu à supprimer cette cause d'incertitude en versant dans la solution aqueuse de l'extrait alcoholique de sous-acétate de plomb, qui précipite les matières animales, mais non l'acétate de morphine.

M. Dublanc, pharmacien à Paris, a trouve un procédé très utile pour reconnoître les plus foibles traces de morphine quand c'est dans de leau pure que cet alcali ou quelqu'un de ses sels est en dissolution, mais qui n'a pas le même avantage lorsqu^eUe est mêlée à des matières animales comme elle l'est toujours dans les intestins. Ce moyen est fondé sur l'indissolubilité de la combinaison que la morphine forme avec le tannin. Une dissolution d'acétate de morphine, qui en contient seulement un quinze-

millième, est sensiblement troublée par rinfîision alcoholique de noix de galle saturée à froid. L^auteur croyoit pouvoir distinguer les tannâtes de morphine de ceux des matières animales, parceque les premiers seroîent plus solublesdans Talcohol; mais a Texpérience cette propriété ne s'est pas trouvée leur être aussi exclusivement propre qu'il le croyoit, en sorte que son moyen pourroit conduire a des erreurs funestes pour des accusés innocents.

L acide hydro*cyanique ou prussique, délétère à si petite dose, et que des scélérats savoient employer bien long-temps avant que les chimistes en eussent constaté la nature, étoit plus difficile à reconnoltre que la morphine. Cependant M. Lasagne est parvenu aussi à en saisir de bien foîbles traces.

Cet acide a la propriété, lorsqu'on verse du per«sul&te de fer dans sa dissolution saturée de potasse, de produire une belle couleur bleue, qui, lorsque la proportion de Facide hydrocyanique est très foible, ne se montre qu'après quelques heures ; ce qui donneroit déjà la possibilité de le découvrir dans un liquide où il n y en auroit qu'un dix-millième : mais une autre de ses propriétés permet d'arriver encore à une précision double, et d'en saisir jusqu'à un vingt-millième. C'est celle que kii a découverte M. Vauquelin de former avec le deu-

toxyde de cuivre hydraté un composé jaunâtre qui devient blanc par Fadditionde l'eau chaude, «tqui «8t par&itement insoluble dans ce liquide.

Pour appliquer cette propriété à la solution du problème, on alcalise légèrement par la potasse le liquide qu on éprouve; on y verse quelques {«outtes de sulfate de cuivre, et ensuite assez d acide hydroichlorique ( muriatique ) pour redissoudre lexcès d'oxyde de cuivre précipité parlalcali. Si le liquide contient de lacide hydrocyanique, il prend un as* pect laiteux qui disparoit souvent au bout de quel* ques heures.

Ainsi les signes de poison que donne le sulfete de fer disparaissent avec le temps, et le temps développe ceux que fournit le sulfate de cuivre; en conséquence il sera toujours avantageux d'employer comparativement les deux méthodes.

M. I^assaigne , par leur moyen , a retrouvé l'aeide dans les intestins d'animaux qui en étoient morts depuis dix- huit et même quarante- huit heures; mais les autres organes , le cerveau , la moelle épir nière, le cœur, malgré l'odeur qu'ils répandoient ^ n'en ofFroient aucune trace.

Ohi sait en çlfet que les corps empoisonnés par Faoide hydrocyanique, sur-tout leur cerveau et leur moelle épinière, répandent une odeur 4Vm^^^ amères, et que cette odeur peut m^tre sur la voie

de ce genre d empoisonnement. Mais ce premier indice ne suffit point, car M. Itard a observé que 4an$ certaines maladies inflammatoires il se dëve-* loppeune odeur semblable.

Il s'agira deiaminer si, dans ces circonstances, c'est de Facide hydrocyanique qui se produit par X0et même de la maladie; alors les moyens den reconnottre la présence, loin de servir la justice, xiepourroîentque Tégareren lui signalant le crime lorsque la nature seule auroit agi.

Quand on traite par lacide uitrique ou par Tal* cohol les substances organiques où il entre de la- ^te, ou même quand on les laisse dans la terre hMn^ide ou sous leau, on en obtient une matière g^rassç, et c'est une question assez importante de savoir $i cette matière y préexistoit, ou si elle est produite par les opérations auxquelles on les sou^

met.

M. jCbe?reul, que son grand travail siir les m»* tières grasses , en général , conduisoit naturellement à désirer une solution de cette question, a fait de nombreuses expériences dans Tespoir de se la procvirfsr. E^i^ ^umettant des parties égales deten4ons d'u^ animal k laction de lalcohol , à celle de lacide laitnqiie, ou à celle delacide hydrocblorique, il en a ql]|te9U d^ quantités égales d'une graisse semblable

24o PHYSIQUE, CHIMIE,

a celle de laniiual auquel les tendons avoient appartenu ; en les exposant sous leau pendant un an on en retire deladipocire forméed'acide margarique et oléique , en quantité correspondante à la proportion de graisse que fournissent lalcohol et les acides ; enfin en les dissolvant par la potasse , la liqueur dépose des submargarates de potasse, comme si Ton y avoit dissous de la graisse.

Le tissu jaune élastique qui forme certains ligaments a offert les mêmes phénomènes, si ce nest que la proportion de la graisse y est plus abondante. .

La fibrine du sang donne aussi une matière grasse, mais d une autre nature, formant avec de Teau une sorte demulsion, et, ce qui est très remarquable, présentant les mêmes caractères, les mêmes propriétés que celle qu'on extrait du cer-* veau et des nerfs.

De ces expériences M. Chevreul conclut que les matières grasses font partie constituante des substances d où on les extrait.

Les enfants nouveau-nés sont sujets à une mala*^ die presque toujours fatale à ceux qu elle attein^t, et qui consiste en une induration et une coloration en jaune de la peau. Lorsqu^on incise la peau des enfants morts de cette maladie, il s'en écoule un

BT MÉTÉOROLOGIE. ^4 1

liquide que M. Chevreul a trouvé formé d'albumine, d*un principe colorant orangé, et d'un autre principe colorant vert; et examinant le sérum de leur sang, il y a reconnu une composition chimique semblable. L'un et lautre de ces liquides , abandonné à lui-même, se prend en partie en une gelée membraneuse, et les principes colorants demeurent dans les portions qui restât liquides. Cest à cette disposition du sérun»4lu sang à se coaguler que M. Chevreul attribue la cause directe de la maladie.

M. Payen , qui avoit pi'ésenté Tannée dernièrç à l'Académie une4inalyse des racines de dahlia, s'est occupé plus récemment de celle du topinambour. Il y a trouvé une huile analogue à celle de l'artichaut, et qui contribue à la ressemblanéè de la saveur de ces deux végétaux ; elle ressemble encore plus à celle de Torge, et se compose de deux principes gras, dont l'un forme un savon soluble avec la potasse, et Tautre un savon presque insoluble. Ces tubercules contiennent de plus une huile volatile ; le principe nommé dahiine, qui se dissout dans Teau bouillante et se précipite par le refroidissement en une matière -grenue qui forme avec les a(4dcs sulfurique et phosphorique un sirop très sucré ; la fungine, sorte de substance ligneuse signalée dans

BUFPON. COMPLBM. T. II. l6

les champignons par M. Braconnot; une matière gélatineuse; un s^cre cristallisable ^ mais qui fermetîte aisément et Ibunit de reau-de-vié^analc^ue à celle de^grain; enfitt^^cidegallique, au(|uel proh^QCuentilertDpinambpiirdoit, comme i artichaut, la propriété de bleuir à lair qucnd il est cuit.

.Selon'M. Payen, la/ quantité de matière &uor^. feroit le cinquièoiê du tuberoiile, bienque la saveur en soit moins ^uce qiie celle ée la betterave ou de la canne. Si cette assertion se vérifie ,)e topinambour seroit le végétai qui donneroit le pltb d eail-de-vie , propriété de nature à attirer lattention des cultivateqrs, d autant que 9a tige a aussi l^a«anta|^de donner beaucoup de pot^sç, et que ^ feuille noii^rfit bien les moutons. ^

On eittpkiie avec avantage le charbon puour décolorer les sfrops et autres solutions que Ion veut rendre pWs limpides; et les substances charbonneuses Kpinérales, telles que les empelites, les schistes bitumineux , jouissent de ce pouvoir dans la proportion du charbon quelles contiennent: mais M. Payen, ayant essayé à cet égard certains cb^^* bons fossiles mêlés de pyrites, trouvés dans la plfine de Greneile, s aperçut que les sijrops en étoient brunis au lieu den être décolorés; ce ne fut qu après avoir été traités par un grand excès d'acide hydro-

cblorîque et par T^au bouillante que le résidu calciné reprit ses propriétés naturelles. M. Payen cherche la cause de cette différence dans le protosulfure formé par la calcination de la pyrite, et que Ton enlève par Tacide hydrocblorique.

Oa a beaucoup parlé pendant quelque temps de certains grès trouvés dans la forêt de Fon tainebieau, et qui offroicnt une ressemblance extérieure, mais assez grossière, avec un corps humain et une tète de cheval encore revêtus de leur chair et non réduits en squelette , comme le sont toujoun» les restes fossiles ou pétrifiés d'animaux ; et Ion avoit annoncé que. lanalyse chimique confirmoit la sup« position que c étoient en effet des corps qui avoient eu vie.

MM. Vauquelin et Thénard se sont donné la peine de répéter cette analyse sur des fragments pris de divers points de ces pierres figurées; ils nont trouvé ide phosphate de chaux que dans le fragment pris à la partiequelon considéroit comme une main , et sa proportiot^ n etoit que d^un ou deux centièmes; le reste de la masse n^étoit formé que de grès, mais douDoit à la distillation quel* que peu de produits noides etamniouîacaux, qui ne paroissent venir que des matières dont ia surface étoit enduite. Les parties du rocher qui en-

touroient ces concrétions donnoient les mêmes produits. Quelques personnes ont conjecturé que cette portion minime de phosphate de chaux trouvée dans un seul point pou voit venir de ce que des abeilles maçonnes a voient fait leur *hid dans cette partie.

Une des applications les plus utiles que Ion ait faites dans ces derniers temps des connoissances chimiques à l'économie publique et domestique est bien celle de 1 éclairage par le gaz hydrogène, retiré de la distillation de la houille ou de Thuile ; mais quelques explosions arrivées dans des endroits fermés où il s'étoit introduit de ce gaz, et où il s'étoit mêlé à lair atmosphérique dans la proportion nécessaire à la détonation, avoient inspiré des craintes contre lesquelles il convenoit de rassurer le public , et qii'il importoit sur-tout d'empêcher de se réaliser. L'Académie a été chargée de s'occuper d'un objet aussi intéressant, et c'est d'après le rapport qu'elle a soumis au gouvernement qu'a été rendue l'ordonnance royale qui fixe les précautions à suivre dans la disposition des ateliers où l'on produit le gaz et où on le débarrasse des principes qui nuiroient à son emploi, des réservoirs où on l'emmagasine, et des tuyaux par lesquels on le conduit aux différents points où il doit être consommé.

On est parti dans ce travail du fait que le gaz hydrogène seul peut bien bi-ûler comme toute autre substance combustible, mais non pas détoner; et que, pour qu il puisse s y faire une explosion, il est nécessaire qu'il soit mêlé d'air atmosphérique dans une proportion au moins quadruple de la sienne, mais qui ne soit pas plus que dodécuple.

Il est physiquement impossible, à moins que tous les employés d'une usine ne conspirent pour un pareil forfait, que cette proportion se réalise dans le réservoir, et ce n est que dans le lieu où aboutissent les conduits et où s ouvrent les robinets . qu elle pourroit avoir lieu ; mais dans ces endroits même il faudroit qu'il n'y eût aucune ouverture, aucun courant d air pour qu'il pût s'y accumuler une quantité de ce mélange détonant, suffisante pour produire des effets considérables.

Nous u^trerons pas dans le détail des précautions prescrites relativement aux autres parties de l'opération , attendu qu'elles sont suffisamment connues du public par l'ordonnance qui les concerne. ^

Il se forme sur l'eau minérale de Vichy une ma^ tière verte dont M. Vauquelin a cheixhé à reconnoitre la nature. Étendue sur le papier, elle devient bleue à l'air : l'alcali caustique fait disparoitre sa

246 PHT6IQUË, CHIMIE,

couleur ; mais lacide nitrique afibibli la restitue , et après quelque temps la change en rose. Il précipite de sa dissolution alcaline des flocons verts ^ qu un léger excès d acide rend bieusy et qui se comportent à -peu -près comme ralumiiiei Le chlore et lacide nitrique concentré changent le vert en jaune. Il se produit dans pette matière.de raci^^.^cétiqne et des acétate de soude et de potasse. Tous ses élémehts sont si compliqués et leur nature est teUemeàt fii-^ gace que ce seroit une vaine tentative que de vouloir en imiter la combinaison ; aussi M. Vauquelin est^il bien éloigné d'accorder ce que quelques chimlstes.prétendent) que Fart de fabriquer les eaux . miojérales est devenu un émule parfait die la nature*.

ANNi^E 1825. *'' ' '

M. Moreau de Jontiès a lu une nolice. sur les derniers tremblements d« terre qui ont eu lieu aux Antilles. » v

Ije 3 ocWbre ï 8!i4 il yeA a eti utt à la Martinique, à une heure du matîii, de deux secousses assez fortes pour éveiller les habitants des villes de Saint-Pierre et du Fort-ïloyaL

Le 3o nôvenibre 1824, à trois heui^s trente minutes après midi, après plusieurs jours d'une chaleur extraordinatre qui cessa subitemfent^ il y

eut une MDOUsse* très violente accompagnée d'un bruit très grand. Des pluies diluviales commencèrent immédiatement, quoiqu'on fût dans la spison sÀche ; et il y eut up raz de marée très fort.

Le f S janvier 183 5, à une heure trente minutes du matin , deux lecousses se firent sentir à Saint- Pierre; la température étôit demeurée très élevée jusqu'au moment de ce phciioméne.

Le 26 août louragan qui a dévastéla Guadeloupe, et dont on ne cpnnott que trop les affreux détails, se'fft sentir à la Martinique, mais sans y causer de grands ravages. Le vent souffla fortement dès six heures du matin ; une|fhiiè prodigieuse qui tomba jusqu'à deux heures âpvès midi sembla diminuer sa violence. Il y eut de grands débordements de toutes les rivièi'es.

liCS beaux résultats obtenus par M. Cbevreul de ses recherches sur les corps gras ont excité les chimistes à examiner ces corps sous d'autres rapports et par d^autres moyens.

M. Dupuy et MM. de Bussy et IjC Canu y ont appliqué l'action de la chaleur. On avoit cru jusqu'à présent que la distillation les transfbrmoit en eau , en acide carbonique, en acide acétique ou sébacique, en charbon, et en huile altérée et très odorante; mais M. Dupuy a obtenu par ia distillation

lente des huiles de pavot et de lin un produit solide q ui ne ren troit dans aucun de ceux que nous venons de nommer; et MM. de Bussy et Le Canu, ayant poussé lexamen plus loin, ont constaté qu outre ces produits on en obtient plusieurs autres, et surtout ces acides que M. Chevreul & nommés marga^ rique et oléique. En opérant sur le suif on retire plus des trois dixièmes de son poids d acide margarique, et les auteurs ont cru cette observation susceptible d'applications assez utiles pour se lapproprier par un brevet d'invention, ils pensent qu'il se passe quelque chose de semblable dans la distillation du succin, et que lacide s0Ct^nique est produit par lopération même.

On savoit, par les expériences de Priestley et de quelques autres physiciens, que les charbons faits avec le même bois, maie ^ divers degrés de température, n'ont pas les mêmes propriétés physiques; que celui qui a été <îhaufFé très fortement, par exemple, devient un bien meilleur conducteur de l'électricité que celui qui a été fait à un feu doux.

M. Cheuvreusse, professeur de chimie à l'École royale d'artillerie de Metz, a repris ce sujet, et Fa traité d'une manière beaucoup plus étendue. Non seulement il a refait avec beaucoup de précision les expériences relatives à la qualité conductrice de

rélectricité , mais il a reconnu et constaté des propriétés tontes semblables relativement au calorique : le charbon fortement chauffé «n est un bon conducteur ; ce n'est que le charbon fait à une basse température qui le conduit mal ; et l'on se trompoit beaucoup lorsque, pour empêcher le refroidissement d'un appareil , on se contentoit de 1 envelopper de charbon sans distinguer de quelle manière ce charbon avoit été fait.

Il sera aisé à 1 avenir d'éviter cette faute en essayant auparavant le charbon relativement à l'électricité, puisque la faculté delà conduire est concomitante à celle de conduire le calorique.

I^ propriété'hygrométrique du charbon est en raison inverse. Moins il a été chauffé, plus il absorbe d'eau ; et s'il a été préparé avec un bois tendre, s il est en morceaux et non en poudre, sa faculté absorbante se renforce qpgore. I^a combustibilité du charbon , qui est sa qualité la plus importante pour les arts, ne peut manquer de dépendre aussi beaucoup du mode de carbonisation ; mais Fauteur rései've ce sujet pour un autre mémoire, dans lequel il examinera également l'influence de la température sur les propriétés chimiques du charbon.

Il sera intéressant de rechercher de quelle façon la chalevr produit ces diversités, et si c'est par le plus ou moins de dissipation de l'hydrogène, par

25o PHYSIQUE, CHIMIE,

uue réaction des sels contenus dans le chbrbon, ou seulement par une autre disposition de» molécules chak^bonneus^s.

La production delalcohol^ ou ce que 1 on nomme fermentation vineuse, s'établit dans un mélange de matière sucrée et d eau par le. moyen d agents d'une nature particulière, connus sous le nom de levures; mais on savoit aussi que le gluten pouyoit y exciter ce genre de mouvenvent, et M. Seguin a découvert la même propriété dans 1 albumine.

M. Gollin ymnt d établir par des expériences sui^ vies que toutes les matières animale^ peuvent produire le même effet; maiselléf'càigilssent que fciblemetit, au boutd'ujii temps assez long, et aune température de 26 degrés, et plus, tandis que la levure de bière produit son effet presque instanta-' némeiit et à la tempera tu#%de 10 degrés, Cepaidant, lorsque cette première fermentation estitmenée par une matière animale quelconque, il se forme un dépôt beaucoup plus actif, et qui a quelquefois tous les caractères de la levure ordinaire. On soupçonne même que Faction des matières animales pourroit bien n'être pas immédiate, mais provenir de ce qu'en se déccnâeiposant elles ainroient produit de la levure.

M. Coilin, ayant observé t|ue h pile galvanique

£T MÉTÉOROLOGIE. 25 l

acbèlère beaucoup la termeotaâon, croit t[Ue c'eil à laide de rélectricité que les matières animales eiBÉrcent leur actîoa.

M. M<>reati de Jouiiès a commukiiqué à TAcadé^ miala notice {}es tremblements detehMtqm ont eu lieu aux Antilles ea 1 82/6.

Le pfemier s^est iaît sentir à la Martinique *{e 7 janvieri) à sept heures du matin ; il sVst formé de deux sifcauases consécutives ; la dernière a été ttès vioïente. .; "'- ^ -

LèseoOnda eu lieu le 2 mai , à minuit trente-binq minutes; le mouvement d^oscillatîon du boI a ^té long et assez fort.

Le dernier tremblement de terre est arrivé le 12 août^ à cinq heures du matin. On na ressenti au Fort -Royal; qu'une seule secousse très prolongée. >. . .

Des vents de nord de la plus grande force, ont eômmencé à souffler en janvier 1826 dans la mer des Antilles, et leur domination a duré plus de deux mois et demi. Ils ont tellement abaissé la température que TArchipel a éprouvé u« hiver siogulièreiÉent fi\>id.

Nous avons parlé l'année dernière des expé-

riences de MM. de Bussy et Le Canu sur la distillatioa des corps gras, qui leur ont fait connoître que You obtient par ce moyen, comme par la saponification, les acides margarique et oléique. Cette année ils ont généralisé leurs observations, et sont arrivés à ce résultat remarquable que les corps gras susceptibles d'être changés en savon par les alcajis sont aussi ceux qui donnent des acides par la distillation, et que ceuxqui ne peuvent être saponifiés ne donnent point d'acides par cette voie.

Dans un travail particulier sur Thuile de ricin ils ont reconnu qu elle donn^ des acides, et même qu elle en donne de trois sortes , et en la saponifiant ils les ont retrouvés; mais les acides leur ont paru différer de ceux de tous les autres corps gras. Le premier^ qu'ils nomment ricinique, est fusible à 22^ au-dessus de la congélation de leau ; un autre, qu'ils appellent jf^aro-rtcint^ue^ se cristajliseen belles paillettes, et ne se fond qu'à 1 3o** ; le troisième, qu'ils appellent oléoricinique, demeure au contraire liquide à plusieurs degrés au-dessous du point de la congélation de l'eau. lies acides sont volatils, plus ou moins solubles dans lalcohol, et complètement insolubles dans l'eau. Ils forment avec diverses bases, sur-tout avec la magnésie et l'oxyde de plomb, des sels dont les caractères sont très distincts. L'huile de ricin, qui ne donne ni acide oléique ni acide

margarique , ne contient donc ni oléine ni stéarine , et elle est d'une nature particulière.

En effet , soit qu!on la distille ou qu'on la convertisse en savon ;^lle donne des résultats qui lui sont propres. Lorsqu'on Ta distillée par exemple après que les huiles volatiles et les acides ont passé dans le récipient , il reste dans la cornue un acide solide équivalant aux deux tiers de son poids, blanc jauilâtre, boursouflé, semblable à de la mie de pain, qui brûle aisément sans se fondre, qui n'est soluble quedans les alcalis , et qui forme avec eux une sorte de savon. Les auteurs croient qu'on pourroit en tirer un vernis propre à être employé sur les tôles qui doivent subir une assez forte chaleur.

On se souvient de la découverte de l'iode faite en 1 8 1 3 dans le varec par M. Courtois, et des propriétés remarquables que MM. Gay-Lussac et Humphry^ Davy ont reconnues à cette substance.

M. Balard, préparateur de la faculté des sciences de Montpellier, en traitant par le chlore la lessive des cendres de fucus et Feau-mère des salines, et en y ajoutant de la solution d'amidon, comme on le fait pour y reconnoître l'iode, s'aperçut qu'outre la matière bleue produite par l'union de l'iode et de la solution d'amidon il se monfroit une matière d'une odeur vive et d'un jaune orangé d'autant plus

ÎBtemaqueJe liquide qu'il^setvoit étoît plus concentré. En versant sur la liiélangé de Facide s'ullur rique étendu d eau, enfin en recueillant enéore les vapeurs qui se dég^rgevit, 8ies*prepiiëtés semblent annftiioer uitiprincifrje pafrticuUeF. On peut cihtenir sé|iarémeQt cette matière, soit-en distillant Vieau* nlèie^après raetiondoclilore et eorconàensanl par le^froid les vapeurs rtptilantes qu'elle fournit, loit par un procédé plus compliqué mais plus productif^ en renlevânt à Tçau par l'éther^ àlether par la po-^ tasse, en mêlant cette potasse avec du peroxyde d^ manganèse. En masse elle paroit d un rouge foncé; sa liquidité se conserve ju^l|Bfe i8° au-dessous du point de congélation ; elle est très volatile, et bout à 47°; son odeur ressemble beaucoup à celle du chlore ; sa densité est triple de cdie de 1 eau ; dissoluble dans Feau, dmis ralebhol,lâsans Téther, eHe dëtnijiitjbs couleurs comme lé chlore^ etse copiporte • de même avec l'hydrogène et avec loxygène, avec lesox^esâkalin^ Combinée avec legazilydtogène percarburé, elle produit un liquidé oléagineux d une odeuç.éthérée très suave.

L'auteur lui a donné le nom de bvome, txvé de ^po(, piauvaise odeur. Il Fa soumise^ à des essais analogiies à ceux que M.' Gay-Lussac a faits sur Fiode,

M. Dumas a obtenu des composés dans lesquels

entre cette substaace, et de nature assez semblable à ceux que Ton obtient d^ Kode, entre autres des brômites métalliques et des hydrobrômates alcalins. M. Sérullas, continuant à suivre la même marche, a obtenu de Thydroearbure de brème et de l'éther hydrobrômkfoe' - t:

^ M. Liebig a retiré -cette même substance de Teaumère de quelques sâiines ^'Allemagne, et en a aussi lait lobjet de quelque^ expérieooes.'

En 181 3, à ljépor|ue où M. Gros entreprit de décorer la coupole de Sainte «-Geneviève de la magnifique composition dans laquelle il a dë|doyé un talent si admirable, MM. Thénard et Darcet furent consultés sur la méthode à suivra peur fixer la peinture à l'huile sur fei pierre et piiéserver des cfaefe-d'œuvre d une prompte destru^ion : ils jugèrent que le moy^ot le plus sûr étoit de faire pénétrer dans la pierre un corps gras liquéfié par la chaleur, qui en se refroidissant rempliroit tous les pores et ofFriroit au pinceau de l'artiste un fond de la même nature que les couleurs qu'il avoit à y appliquer. Il composèrent cet enduit d'une pantie de cire jaune et de trois parties d'huile cuite avec un dixième de son poids de lithargc. On chauffa successivement et fortement tout^ les parties de la coupole au moyen d'un grand réchaud de doreur.

et Ibn y appliqua le mélange chauffé lui-même à la température de leau bouillante. A mesure que la première couche s'imbiboit, elle étoit remplacée par une autre, jusqu a ce que la pierre refusât d*en absorber: les murs une fois bien imprégnés, bien unis, et bien secs, furent i^couverts de blanc de plomb délayé dans Thuile, et cest sur cette couché blanche que le grand peintre a exercé ses pinceaux. Onze années d'épreuve ont prouvé que les vues de ces chimistes avoient été heureuses : leur enduit ne met pas seulement la peinture à labri de Thumidité, il prévient encore lembu, ou cette inégalité d éclat qui est Qccasionée par le plus ou moins d'absorption de rhuile, et il dispense ainsi le peintre de vernir son t^eau. On a préparé de même les quatre pendentif de la coupole inférieure qui doivent être peints par IML Gérard. L enduit les a pénétrés à trois et quatre millimétrés et demi-.

Ce procédé peut être employé sur le plâtre comme sur la pierre, et il le préserve même, lorsqu'il est exposé au-dehors, de Faction de lair et de Thumidité. Un bas-relief en plâtre enduit à moitié de la composition de MM. Thénard et Darcet a été ex* posé pendant très long -temps sous des gouttières ; tout ce qui étoit enduit s'est conservé, tandis que le reste a été rongé, dissous, et que les figures y sont devenues méconnoissables.

KT MÉTÉOROLOGIE. x5^

On a par&itement assaini par des induits seiibblajb^s d^ appartements au rez-de-chaussée que le s^J^Creavoit rendus inhabitables mèmeen été ;. on y a «ni^ployé de la résine au lieu de cire^ ce. qui rend le mélaqge beaucoup moins cher.

En mêlant à lenduit des savom métalliques on peut donner au plâtre telle couleur que 1 on veut. Il n'est pas douteux que Ton poicrra «'en servir pour des statues de plâ^e, et les rendre presque aussi inaltérables par les déments que si elles étoient de marbre ou de bconze.

Une des industries les plus profitables qui aient été données à la France par les chimistes est celle d extraire la soude du sel marin: toutes nos fabriques de savon, nos verreries, obligées mitrefois d'importer pour beaucoup de millions de soude tirée de plantes marines qui croissent sur les côtes d'Espagne, l'obtiennent maintenant de fabriques placées à côté d'elles et qui exploitent le produit inépuisable de nos mers.

A la vérité l'impôt dont est chargé le sel qui se consomme dans l'intérieur auroit anéanti cette inr dustrie dès sa na^|pince, puisque le sel lui-même avant toute préparation auroit été plus cher.que la SQude étrangère; aussi lé gouvernement livre-t-il depuis long-temps en franchise aux fabricants de

BDFFON. COMPLBM. T. II. 17

soude les sels qui leur sont nécessaires : on^comprend que des hommes peu délicats ont dû être tentés d'abuser de cet avantage ; Ténormîté de Kmp6t fait qu'il y a plus de profit à revendre en fraude ce sel qu'à l'employer à sa destination ; et l'administration auroit i^ulu obtenir un moyen qui , sans empêcher que le sel qu'elle livre ne fournît de la soude, le rendit cependant impossible à détourner pour la consommation ordinaire, et la dispensât ainsi de la surveillance qu'elle est obligée d'exercer sur ceux auxquels elle l'a livré.

Il y avoit une autre question fort intéressante pour l'art de la verrerie.

On peut employer pour faire le verre le sulfate de soude résultant de la première opération que ron feitsur le sel marin an moyen de l'acide sulfuriqtte, et ^ns avoir besoin de décomposer ce sul- £ite eld^en extraire la soude, extraction qui exige des travaux compliqués et beaucoup de combustible et de main-d'œuvre. L'économie s'élèveroit à 70 pour cent de la dépense que le fabricant de verre fait maintenant pour se procurer la soude pure, et la diminution de prix qui en rési|||etoit pour le verre de vitre iroit à 3o pour cent; mais le sulfate de soude peut^aisément être converti en set marin au moyen demuriate de chaux, et il s'agissoit encore

ET MÉTÉOROLOGIE. nSg

de savoir si Timpèt sur le sel ne readroit pas cette conversion plus lucrative que lemploi du sulfate dans la verrerie.

Les calculs de MM. Thénard et Darcet ont prouvé que le profit seroit trop peu considérable pour ten-* ter les fabricants , tandis que la permission accor* dée depuis long -temps aux fabricants de soude d'exporter le sui&te donnoit aux verriers étrangers un grand avantage sur les n6tres. Le seul moyen avantageux de fraude auroit ét<^que les fabricants de soude eussent liv;r£ au commerce du sulfate de soude qui auroit coiatênu encore une quantité no»-> table de sel marin en nature^ Mais il est aisé de constater ce ibit en décomposant jusqu'à une eer^ taine proportion le sulfate de soude par le muriate de chaux, et en essayant le résidu par le sulfate de baryte. Les commissaires de TAcadémie ont indi« que des moyens précis de s'assurer qu'il n'y reste pas un diiième de sel, proportion dans laquelle la fraude ne s^oit plus profitable.

Sur ce rapport le gouvernement a accordé aux fabricants de verre des &cilitës que l'on rédamoit pour eux.

♦ Une troisième question de chimie^ qui intéressoit beaucoup le commerce dans ses rapports avec le fiscy étoit de déterminer par des moyens sàrs les

26o PHYSIQUE, CHIMIE,

proportions respectives de laioe et de fil, de coton ou de soie , qui entrent dafss les étofFes mêlées de ces substances ; le motif de cet intérêt est pris de la loi des douanes qui accorde des primes très différentes à 1 exportation des tissus de laine pure ou mélangés des autres substances.

S'il ne s agissait que d'étoffes blanches et composées d'une part de laine, et de lautre de fil ou de coton , Tébullition prolongée dans la soude caus^ tique en dissolvant tooie la laine donneroit un moyen simple de réioiidre le problème; mais la soie, matière animale, se dissout comme la laine dans les alcalis caustiques, et le coton ou le fil deviennent solubles lorsqu'ils ont été teints par certains procédés.

On n'a donc point encore découvert de procédé qui réponde à tous les cas. .

Lors de la reconstruction du théâtre de l'Odéou après son dernier incendie, l'administration exigea, pour retarder ou amoindrir les effets d'un nouvel accident, que le théâtre fût séparé de la salle par un gros mur qui n'auroit d'ouverture que celle de la scène ; et Ton avoit proposé de compléter cette mesure au moyen d'un rideau de tôle que l'on pourroit baisser au moment où soit le théâtre, soit la salle, prendrdit feu. L'on espéroit de pouvoir

préserver ainsi lune des deux moitiés du bâtiment ; mais M. Darcet fit observer que ce rideau prendroit bientôt une cbaleur rouge, qu'il deviendroit ainsi lui-même un moyen de propager Tincendie^ qu'en même temps il empêcheroit de jeter de leau de la partie intacte de Fédifice dans la partie enflammée ; enfin, et sur? tout, qu'il empêcheroit un courant d'air qui se manifeste d'ordinaire quand c'est le théâtre qui prend feu de la salle vers le théâtre, et qui en refoulant les flammes du côté où elles ont commencé est très favorable soit à la sortie des spectateurs, soit même à la préservation de la salle. Il proposa d'y substituer un rideau de toile métallique qui, sans avoir aucun de ces inconvénients, suffiront pou r empêcher les flammèches et les débris enflammés de tomber d'une partie de l'édifice dans, l'autre.

Cette mesure, adoptée en partie dans le temps à rOdéon , vient de l'être complétemebl au théâtre de la Nouveauté, et il est à désirer qu'elle le soit bientôt dans toutes les salles de spectacle. Dans le cas où un incendie éclateroit de manière à ce que l'on désespérât de sauver la partie incendiée, M. Darcet

■ recommande d'y ouvrir à lair autant d'issues qu'il sera possible, afin de déterminer plus puissamment

. le courant dont il attend un effet si favorable pour la partie opposée.

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