ET <?Ë0L06IE. 3S
M. Beudant a fait de Scfaemnitz le centre d excursions qu'il a dirigées en divers sens, et qu'il a même portées jusqu'aux mines de sel de Wielîczka en Galicie. Des frontières de la Transylvanie il est revenu par Pesth et le sud-ouest du lac Balaton , où il a observé de vastes teiTains basaltiques. Une grande carte de tout ce royaume, deux cartes particulières des environs de Schemnitz et de ceux du lac Balaton, et dix-sept planches de coupes, représentent ce qu'il a pu déterminer sur la disposition géologique des terrains. Quant à la Transylvanie et au Bannat, l'auteur n'a pu en parler que d'après d'autres minéralogistes.
Il fait voir que le terrain à mined'ôr, formé d'une ^énite ou griinstein porphyritique, appartient à la série des terrains de transition , ou tout au plus aux derniers terrains primitifs ; et il le juge d'après les couches subordonnées qu'il renferme d'une nature étrangère aux volcans, bien qu'il soit souvent recouvert par des terrains volcaniques , et qu'il contienne des pyroxènes et des feldspath vitreux fort semblables à ceux des trachytes. Quant à ces derniers terrains l'auteur en donne une description très détaillée, et distingue avec le plus grand soin leurs différentes variétés, ainsi que toutes les substances qu'ils enveloppent et les couches formées des amas de leurs débris.
Ijes variétés se succèdent ou plutôt se circon- . scrivent dans un ordre assez détei^miné , et sont circonscrites à leur tour par les couches de leurs débris de manière à former des groupes de montagnes qui ont chacune un centre et des irradiations: cest dans les couches de débris ou les conglomérats que sont situées les roches d'où se tire lalun, et que sont enchâssées en quelques endroits ces belles opales si célèbres en bijouterie. Dans ceux de ces conglomérats qui sont formés des débris des roches les plus poreuses, les plus semblables à la pierre jponce, se trouvent des bois changés en opale, des impressions végétales, et des coquilles, dont plusieurs ressemblent à celles de nbs pierres calcaires.
Ce qui est plus extraordinaire c est que les roches trachy tiques contiennent quelquefois en amas irré^ guliers de l'argent sulfuré contenant de For.
Ces terrains de trachytes ne sont jamais recouverts que par des terrains tertiaires analogues à ceu^t de nos environs: ainsi leur formation est relativement assez récente.
M. Beudant partage Fopinion'de ceux qui attribuent à ces terrains trachy tiques une origine ignée ; mais il regarde comme assez probable qu'ils sont dus à des éruptions sous-marines. En Hongrie ils sont constamment séparés des basaltes.
ET GÉOLOGIE. 3Sg
Plusieurs autres observations et discussions dans le détail desquelles il nous est impossible d entrer ajoutent un grand prix à cet ouvrage, qui a paru aux conimissairesde rAoadémië se distinguer d une manière éminénte de la plupart de ceux du même genre.
L'importance des débris fossiles de corps orga-* nisés, considérés comme des monuments des catastrophes du globe, s'étend aujourd'hui à toutes les classes.
M. Desmarets s est occupé de celle des crustacés, et a présenté à rAcadémie un ouvrage, imprimé depuis f bi»tl traite des écrevisses etdes craées trouvés à Tétat de pétrification; Comme tous les naturalistes qui s'occupent des fossiles , M. Desmarets a été obligé de découvrir des caractères distinctils qui pussent se retrouver dans des individus mutilés, et remplacer ceux que les naturalistes onteoutume de tirer et tirent atsémeift des individus entiers, mais qui par leur nature ont d.â presque tbujdUrs disparoitre dans les fdssiles. lia donc étudié le teiitd«ces animaux, et a oherché à y distinguer par d^ déno< minations précises lesdivers.compartimentsquien occupent k surface^ ^ le& sillons qui les séparent, aussi bien qua déterminer les rapports du nombre et de la courbure de ces compartiments^ et de ces
36o minéhàlogie
sillons avec les pennes et les sous-igfenres, ou divisions et subdivisions naturelles de ces animaux; idée d'autant plus heureuse que ces compartiments correspondent avec assez de constance à des viscères difFérents dont les vohimes relatife. influent sur rétendue de ces compartiments, en sorte que le plus ou moins de grandeur de ces derniers est dans un rapport intime avec la nature de chaque animal.
Un sillon en forme d'H majuscule placé sur le milieu du test des crabes et des écrevisses , et dont les branches se subdivisent dans diveraes directions, partage ce test en trois régions médianes placçes à la suite lune de Tautre, et en .trois divisions latérales de chaque côté, auxquelles M. DesmareC^ donne des noms d après les organes qu'elles recouvrent; et c est d'après leurs proportions: et leurs positions relatives Jointes à la forme générale, qu'il reconnoît ses genres et ses sous-genres.. •
Il a décrit ainsi jusqu'à trente-quatre espèces de crustacés fossiles, appartenant à^.des wbdivisions zoologiques différentes et enfouis lians dés terrains de difFérentes formations. Les' plus «tifiens se trouvent dans les schistes de caiTcaire^argileux de la vallée de rAltmiibl, et nommémeilt dans les carrières de Pappenheim. Il y en a même utie espèce é longue queue que l'on ne peut rapporter à aucun des souà-
BT GÉOLOGIE. 36l
genres connus aujourd'hui , et Vou y en \ùi% une de limule ou crabe des Moluques , genre maintenant étranger à l'Europe : mais on n y a encore découvert aucun crabe proprement dit , ou à queue courte et repliée; ces crabes deviennent au contraire fort communs dans les couches supérieures.- La série de ces animaux commence en qudqujg sorte où fipit celle des trilobites, dont nous avons parlé d après M. Brongniart dans notre analyse de 1 8 1 9.
Elle se continue ensuite dans les terrains plus récents ; car il existe des crustacés fossiles dans ies couches argileuses inférieures^ à la craie , dans;le csalcaire grossier, et jusque dans les derniers terrains d*éau douce.
A cet ouvrage, qui est imprimé avec celui de M. Brongniart sur les trilobites , sont jointe^ de belles planches lithographiées, où Fauteur a eu 1 attention de compléter chaque figure par le rapprochement d'individus mutilés différemment, mais dont Tidentité d'espéce^e restqit.pas douteu$e.
Lé ti^avail dfeM. Adolphe Brongniart sûr le^ végétaux fossiles, dont nojis ai^ns parlé Tannée dernière, a aussi été publié avec des lithographies très délicates. Cet art, en se perfectionnant, devient chaque jour plus utile aux sciences naturelles, qui ont tant besoin de moyens peu dispendieux de représenter les formes, objet principal de leur étude.
362 MdNiÉRÂLOGfS
M. iisrtreille a communiqué un mémoire de M. Gerroar sur un de ces crustacés fi36sîl«s. C est une espèce dé cymothoa, genre voisin des cloportes , qui devoit vivre dans des cavités de roches à la manière de quelqoas espèces vivantes découvertes depuis peu sûr les c6tes d'Angleterre. On la trouvé dans ua schiste bitimiineux de Saxe.
M. Brongniart a découvert auprès de Goulommiers une pierre analogue à celle que Fon nomtne vulgairemetit ^ëctime de mer y et composée de 24 par* tks de magnésie, 54 de silice, 20. d eau, et de i ou 2 d'alumine. Un examen attentif des couches entre lesquelles elle étoit placée et des caquilles qui s y rencontroient lui a fait reconm)ître que son gisement est dans ce terrain d'eau douce, mélangé d^ calcaire et de silice, qui dans iibs envirohfi est interposé entre deux-forikiatiôus marines. D'après cette indication il l'a retrou viie en plusieurs autres points du bassip de Paris; ^et^il s'est assure que dans plu*sieu^s pays éloignés, p^ès (Je Madrid , en Piémont, et ailleurs, des pierreide i^çme nature se trouvent dans des gisements très analogues.
C'est ainsi que les lois géologiques prennent chaque jour plus de généralité.
On le voit plus que jamaisdans l'immense travail dont M. Brongniart vient d'enrichir la description
ET GÉOLOOIE. 363
géologique ides environs de Parâ^ qui lui eât commune avec M. Guvier. Dans ce travail additionnel, entièrement propre à M. Brongniart, ce savant géologiste suit les terrains analogues à ceux de Paris dans tous les pays où il a été possible de les observer, et fait voir qu'ils s étendent sans modification bien importante à de très grandes distances.
Il a communiqué à TAcadémie l'article qui regarde les terrains d*eau douce, et principalement ceux de la Suisse et de lltalié. L auteur y rapporte ces schistes d'Œningen, près du lac de Constance, si célèbres par les innombrables poissons dont ils recèlent les restes, et qui appartieQQ«ot en effet tous à des geares de lacs ou de rivières. Ce gi^e de pétrifications se rapporte d'ailleurs à>cet immense dépôt de psammites ou de cailloux. et sables roulés connu en Suisse sous de nom de nagelfiùe, et M. Brongniart le regarde comme d'une époque àpeu-près contemporaine,* peut-être même postérieure à celle des gypses de nos environs.
. Les carrières de travertin y pierre si utile exi Italie pour les constructions, appartiennent également aux terrains d'eau douce ; et il n est en général , dans ce pays , presque aucune petite vallée où l'on n'en découvre quelque dépôt: en sorte que cet ordre de formation, qui étoit à peine soupçonné il y a vingt ans, bien que son influence sur les hypothèses
364 MI^ÉBALOOIE
géologiques déttl^tre sipiii««{ante, se trouvera, grâce aux travaux de M. Brongniart, Fuû des plus répandus a la surface actuelle du globe.
. Les découvertes d'animaux terrestres détruits par les a^évolutions du globe , et qui ne peuvent être connus que par leurs débris, se multiplient chaque jour.
M. Cuvîer, qui vient de publier le quatrième volume de son grand ouvrage sur ce sujet, en a cpmmuniqué quelques articles à TAcadémie avant leur impression.
Il lui a fait yoir par exemple des os et des dents d'un quadrupède degeore inconnu, décotivert par M. Lafîn de Turin dans les lignîtes de Gadibona, près (le Savone, et qui étoit-voisin des sangliers et des hippopotames. On en trouve de deux espèces di£Férentes par la grandeur, et l'on vient aussi d'en découvrir dans quelques endroits de la France des espèces analogues.
M. Cuvier a* nommé ce genre anthracotherium. .
Le même naturaliste , ayant constaté que des os fossiles d'une esjpèce voisine du renne se déterrent en divers endroits de la France, a dû s'occuper de savoir sur quoi repose l'opinion assez répandue qu'il existoit des rennes dans les Pyrénées au douzième siècle. Il a reconnu que cette opinion, mise
e;t géologie. 365
en avant par Buffon , ne venoit que d'une citation tronquée d^un passage du Traité sur ta chasse du comte de Foix Gaston III, surnommé Phébus; et, ayant vérifié dans les manuscrits du temps <^e passage que les imprimés rendent d'une itaanière inin* telligilde, il s'est assuré que Gaston- n'y parle que des rennes qu'il avoit vus dans ses voyages en Norwége et en *Suédc.
Depuis long -temps on connoissoit différentes espèces fossiles ée crocodiles. On ei» a découvert encore une nouvelle Tannée dernière dans ce calcaire oolithique des environs de Caen, dont nous venons de parler d'après M. Prévost. Un savant naturaliste de cette ville, M. Lamour()ux,eh a^adressé une notice et plusieurs fragments intéressants; et par les soins de fAcadémie des sciences et belleslettres de Caen il en a été envoyé des modéfes en plâtre au Mueéum d'histoire naturelle, d'après ksquels M. Cuvier sera.eH état den donner une histoire complète dans lecinquièmê volume de son ouvrage.
D^s missionnairels ont rapporté d'sAfrique à Londres 4ine tête de rhinocéros à deux cornes, d'une très grande taille , et rems^rquable par la forme grêle et excessivement alongée de sa défense antérieure : d'après un examen superficiel on Tavoit crue semblable à ces t^tes de rhinocéros fossiles communes
366 MIN'ÉItALOGlE
en Sibérie , en Allemagne , et en Angleterre ; ce qui , eu prouvant que ces dernières n étoient pas d'une espèce éteinte, auroit donné des motifs de douter de lexti notion de plusieurs autres animaux fossiles.
M. Ouvier, par une comparaison plus soignée, -a montré au contraire que cette tète africaine ressemble, à la grandeur près, qui venoit sans doute de lage, à toutes celles de l'espèce bicorne d'Afirique^ et qu elle diffère des rhinocéros fossiles autant qu aucune autre tête de rhinocéros vivants*
M.'Cluvier,-qui a publié cette année le qua^ième et la première partie du cinquième volume de la deuxième édition de ses Recherches iur- les animaux fossiles, a communiqué, à l'Académie plusieurs des articles nouveaux qui entrent dans^cet ouvrage. Il a fait voie entre autres les débris d'une espèce in-* connuede ergcndile , dont quelijues squelettes ont été retirés des carrières de pierre calcaire oolithique des ^ivirons de Caen ; et des tet(^« de cétacés d'un genre différent de cei}x qui existent aujourd'hui, déterrées ^urla plage de Provence el» lors de rexcavation du bassin d'Anvers.
Une seule phalange, trouvée dans une sablons nière du pays-de Darmstadt , lui a donnéla preuve
de landenne existence d un quadrupède du geoi^ des pangolins^ mais d'une taille gigantesque.
On parloit depuis long-temps de squelettes humains incrustés dans un rocher de la côte de la Guadeloupe, et dont un avoit été déposé au Muséum britannique. Le ministre de la marine ayant bien voulu donner des ordres pour en faire appor» ter un autre au Cabinet du roi , M. Cuvier la présenté à l'Académie , et a fait voit, par les coquilles terrestres et marines toutes semblables à celles de la côte environnante,, aiasi que par la situation dans laquelle sont ces squelettes, que la pierre qui les enveloppe est d'origine moderne, et le produit de quelques^ sources inorustan4M qui oDuJent vers œt endroit.
11 a aussi lu un mémoire sur des tètes humaines d'une épaisseur monstrueuse et dunt dur«té excessive, qui ont passé aux yettx de quelques auteurs pour des pétriBcatioQs , et même pour des restes d'une ancienne race de géapts : l'une d'elles , trouvée en Champagne,iîst célèbre depuis longtemps, et a été gravée plusieurs fois; l'autre a été tirée d'un ossuaire. M. Cuvier a établi que toutes deux sont d0s tètes défigurées par une maladie des os que l'on nomme la maladie éburnée, et qu'elles viennent même assez probablement d'enfants à l^e où ils changeoient de dents. Aucun de ces faits ne peut
368 MinÉRALO^IE
donc être cité comme preuve qa*il existeroit des ossements humains dans les couches anciennes et rég^li^es.
]3eux jeunes naturalistes partis depuis peu pour l'Amérique méridionale, M. Boussingault» Franfj(Sh , ^t M. Rivera, Péruvien , ont déjà com muniqué plusieurs observations des plus intéressantes.
Us ont reconnu, à 20 lieues nord-est de Santa- Fé, une aérolithe pesant 1 5oo livres, qui avoit été trouvée en 1810 sur une colUne de grès par une jeune £lle , sans que Ion ait rien su de sa chute ; mais on voit encore 1 excavation quelle a formée, et plusieuiv fragments se trouvoient aux environs.
I^e grain de cette masse, est fin ; elle n!a point la croûte, vitrifiée ordinaire aux aérolithes.. Son analyse a doiiné gi,4i de fer, et 8,69 de nickel.
Ces mème$ n^turaUites oui adressé au Muséum d'histoire natiM*elle des ossepients ^e mastodonte à dents étroites , trouvés près de Bogota , -et qui ajoutent à no^ cbnnoîssances sur.oçt animal perdu.
Le principal bespin de Ja géologie consiste dans la détermination positive de Tordre dans lequel les divers terrains se superposent les uns aux. autres, et Ton ne peut arriver à la connoissaace des lois gé^ nérales de cette superposition que par des descrip-
tions exactes des contrées dans lesquelles il est possible d en apercevoir ua certain nombre dans leur ordre naturel»
M. BertrandRoux, négociant et naturalisteéclairé^ de la ville du Puy-cn*-Velay, a entrepris de faire connoitre, sous ces rapports, les environs de sa demeure, et il en a fait l'objet d*un ouvrage considérable , où toutes les couches sont décrites , leurs rapports de position indiqués, et leurs hauteurs, ainsi que les différentes inégalités du terrain , mesurées au baromètre.
La ville même du Puy est au centre d'un bassin entouré de montagnes assez hautes , et dont la Loire ne s'échappe que par une gorge étroite. Les noyaux de ces montagnes sont granitiques, et de trois variétés caractérisées en partie par leur plus ou moins de consistance, et que Ion distingue de loin au plus ou moins d'escarpement de leurs cimes et de leurs talus; mais une grande partie de leurs crêtes sont hérissées de volcans, très reconnoissables , bien qu éteints long-temps avant les époques historiques. Dans cette enceinte , comme dans le fond d'un vase, sont déposés les terrains postérieurs: d'abord quelques dépôts épars de psammites formés des débris du granité, dans Tun desquels il y a déjà des restes de végétaux; ensuite, et tout d'un coup, des terrains tertiaires, des couches puissantes d'argile, des
BDFPOV. COMPLKM. T. II. a4
niarneft en lits nombreux , sans corps organisés , qne Fauteur croit analogues à nos argiles plastiques des environs de Paris; et, sous elles, des terrains de plus de cent métrés d'épaisseur, qui ne contien* ikeiit que les coquillages de l'eau douce, des restes de tortues, ou des ossements d animaux terrestres aujourd'hui inconnus, et nommément des palaeotherium , si communs dans nos plâtrières de Paris , et d'un genre voisin nommé anthracotherium par M. Cuvier.
C est sur ce fond de bassin ainsi constitué que se sont répandues les déjections des volcans, et . qu elles ont formé des pics , des collines , et des plateaux. M. Roux les divise en deux sortes : les plus anciennes ont le feldspath pour base , et composent des terrains que M. Roux nomme trachytiques lorsque le feldspath est lamelleux , et phonolithiques quand il est compacte; les autres, où abonde le pyroxène , comprennent des laves basaltiques de diverses époques , des scories, et des cendres.
Ceux-ci sont incontestablement plus récents que les terrains tertiaires, qu'ils recouvrent en plusieurs endroits d'une manière évidente. On les voit quelquefois s'étendre aussi sur les trachytes; ce qui prouve l'antériorité de ces derniers. M. Roux croit que les trachytes eux-mêmes sont, aussi bien que
les layes et les basaltes , plus récents que les terMins teriiaireft. Iltielesa pas vus cependant superposés à ces terrains; mais il tire sa conclusion principale* ment de ce fait que les terrains tertiaires ne con«tiennent point de débris de trachy tes , mais seulement ceux des granités.
Ces trachytes se sont principalement déposés le long de la chaîne orientale , de celte qui sépare le Yelay du Vivarats , et dont la dme {principale est connue sous le nom de Mézin; leurs contestures sont uniformes ) et ils doivent s^ètre déposés dans cm «emps assez court , tandis que ies laves et lêè basaltes diffèrent entre eux par la structure et par les époques des éruptions qui les ont produits. Les dernières de ces éruptions sont au MSte déjà très anciennes ; car les élévations qu'elles ont formées avoient déjà eu le temps d'être dégradées et escar* pées, comme elles le sont aujourd'hui , dès le t^^mps tfh les Romains firent dans ces environs leurs premières routes et leurs premières constructions.
La chaîne de Touest est celle où ont brûlé les volcans, primdpaflement les plus modernes: eHe en ofïre au moins cent ; mais, à Texception de deux ou trois , lein's cratères sont presque efïacës au-* jourd'hui.
Une des élévations volcaniques les plus remai^- 4|iiiables du Velary est la Roche Rouge, pic basaltique
isolé , fort noîr, entièrement entouré de granité, et que M. Roux regarde conune ayant été soulevé de bas en haut , et offrant des traces d une ancienne bouche volcanique.
A ces descriptions, dont nous abrégeon&à regret l'extrait, M. Roux joint des conjectures plus ou moins ingénieuses sur les causes qui ont amené tant de modifications diverses : elles ajoutent à Tintérét d'un ouvrage dont la publication fera connoitre une des contrées de rintéricur de la France les plus intéressantes sous lé rapport de l'histoire nar turelle , aussi bien que de la singularité des sites et de la beauté des paysages.
Parmi les bancs nombreux qui forment les ter-^ rains des environs de Paris, il en est un composé principalement d'argile que l'on exploite en divers endroits pour en fabriquer des poteries plus ou moins belles. On l'a nommé par cette raison argile plastique. Son origine est déjà ancienne , car il est surmonté parles immenses massifs de pierre à bâtir, de plâtre, de sable, et de grès, qui forment toutes nos collines; et la craie seule, dans nos environs; est au-dessous de lui. On y trouve divers corps étrangers, et entre autres des bois réduits en charbon, qui , dans plusieurs lieux , sont encore utiles comme combustibles , et que Ton a nommés lignites. Des
grains de suçcin et d ambre jaune sont (réquem-* ment au milieu de ces lignites ; et même tout rend vraisemblable que Tambre jaune des bords de la Baltique , si célèbre dès les temps les plus reculés , appartient à cette formation, dont letendue est considérable , et que l'on a déjà suivie très loin de Paris et jusqu'en Angleterre.
Un jeune physicien, M. Bequerel, a particulièrement étudié des couches de cet argile que quelques fouilles venoient de mettre à découvert près d'Auteuil. Il y a recueilli des minéraux peu communs dans une semblable position, du phosphate de chaux en noyaux oblongs , du sulfate de strontiane en cristallisations particulières. Il a trouvé aussi des lignites avec du bel ambre jaune , et de très petits cristaux de sulfure de zinc sur ces lignites. Tous les corps organisés y sont de terre ou d eau douce, et dans le nombre sont sur-tout quelques fragments d os de crocodiles. I^s observations faites sur cette argile en d'autres lieux n'ont donné aussi que des restes d animaux de Teau douce , et cependant elle est recouverte de deux formations marines très considérables. Aussi les range-t-on au nombre des monuments et des preuves des invasions répétées de la mer sur les continents.
Ces terrains placés sur la craie, et qui remplis-
374 MIHERALOGIK
sent presque seuls le bassin où est situé Paris , appartienuent aux dernières époques des révolutions du globe , et cependant ils se sont déposés sur des étendues très vastes , et recouvrent, dans une infi^ nité de lieux souvent très éloignés « les terrains plus anciens : s'ils sont masqués et peu reconnoissables dans quelques cantons par Tinterposition de quelque formation locale, ou par des déplacements occasionés par des catastrophes particulières , c'est $1 la sagacité du géologiste à les démêler dans ces circonstances accidentelles , et à rechercher les causes qui ont pu les modifier ainsi.
M. Brongniart , qui a tant contribué à en éclairoir l'histoire , a tjrouvé moyen de les reconnoitre dans le Vicentin, pays où tout ce qui les accompagne étoit fait pour dérouter un qbseryateur moins exercé. '
I) a observé dans les collines qui bordent le vaJl de Néra un calcaire contenant les mêmes coquilles que le nôtre, alternant quatre fois avec une brèche en petits fragments de cornéenne, et surmonté par des basaltes. Mais ces collines ne forment pas, à beaucoup près, la masse de la montagne. Celle^câ appartient k Tordre bien plus ancien de coucher que Ion a nommées terrains du Jura , et les collines sont seulement appuyées contre ses flancs.
Des dispositions analogues se sont montrées dans
levai de Ronça. A Moatecfaio-Mag[g[iore, lieu célèbre par les nombreuses espèces minéralog[iques que renferment ses amygdaloikles, les basaltes et les brèches de cornéenne dominent ; le calcaire n'y est qu'en indice ; ses coquilles sont aussi enveloppées dans la pâte des brèches , mais non pas dans les fragments debasalte et damygdaloïde que cette pâte enveloppe. On y trouve ça et là des lignites ; à Monte-Viale ces lignites offrent même quelques poissons fossiles.
Cette indication a conduit M. Bi%ingniart à fixer la position géologique des célèbres carrières de Monte-Bolca , où sont déposées des quantités si étonnantes de ces poissons. Sous divers lits de basalte, de brèche, et de calcaire, sont deux bancs de ces ichtyoli thés séparés par un calcaire coquillier contenant des nummuiithes et d'autres coquilles. Tous les poissons appartiennent a des genres marins; le second de ces bancs contient, outre les poissons, des lignites et des plantes la plupart terrestres ou d eau douce.
A Montechio*Maggiore ce sont les couches trappéennes qui dominent ; à Bolca , au centraire , c'est le calcaire, et de beaucoup; mais, sauf la |>roportîon , la ressemblance de ces lieux et de nombre d'autres du voisinage est très grande; et leur caleaire, par sa nature, par les coquilles, les silex , et
les autres objets qu^il renferme, ressemble aussi beaucoup au calcaire grossier de nos environs , à celui qui repose sur la craie et qui supporte le gypse.
Les roches trappéennes forment la différence essentielle; encore retrou veroit-on plusieurs de leurs; éléments dans notre chlorique et notre argile plastique.
Les collines du pied de TAppennin ressemblent au contraire bien davantage à celles de notre calcaire et de notre grès supérieurs aux gypses. M. Prévost lavait remarqué dans un mémoire sur les environs de Vienne, dont nous avons donné l'extrait il y a quelques années, et M. Brongniart Fa confirmé par Texamen scrupuleux qu'il a fait de la colline de la Superga près Turin.
Ce qui est plus extraordinaire, c'est qu'an terrain et des coquilles très semblables se retrouvent au sommet de la montagne des Diablerets, au-dessus de Bex, non seulement à plus de trois mille métre^ de hauteur, mais surmontés par des bancs de nature alpine, et d'origine très ancienne. M. Brongniart produit une coupe de cette partie de la montagne, qui semble prouver que c'est un dépôt formé dans un creux ou dans un repli ancien de ces bancs.
Il a retrouvé jusque dans les montagnes d'auprès
de Glaris des couches qui, d après les coquilles et les subtances qui les composent, lui but paru devoir se rapporter à nos terrains de sédiment supérieurs.
M. de Buch a examiné, sous le rapport géologique, une contrée voisine du Vicentin, le Tyrol méridional; il y a trouve en grande masse ces terrains porphyriques ou plutôt pyroxéniques qu'il croit soulevés par Faction du feu, ou, comme il s'exprime, apposés aux calcaires voisins, mais non déposés de la même manière qu'eux : ces terrains en se soulevant ont tantôt percé, tantôt soulevé avec eux, les porphyres rouges, les grès rouges, et les dolomies ou calcaires magnésiens qui les slirmontoient, et les ont rompus et désordonnés de manière qu'il est impossible aujourd'hui de les ramener au même niveau. M. de Buch, qui avoît déjà appliqué cette manière de voir aux montagnes de l'Auvergne, croit pouvoir l'étendre à la plus grande partie des Alpes, au moins des Alpes calcaires; et il a découvert dans plusieurs endroits le porphyre pyroxénique demeuré caché ailleurs , mais qui a été par-tout la cause des soulèvements. M'observ^mtdans ces cantons les masses de dolomie que fendillées en sens divers, ou creusées de ca* vernes, et placées sur le porphyre pyroxénique et au niveau du calcaire ordinaire des Alpes, M. de
Buch croit que cette pierre est une transformation du calcaire pénétré parla magnésie que le porphyre y a introduite. En un mot elle n en est qu un ao* cident. Vouloir distinguer une formation de calcaire magnésien ou dedolomie, ce seroit, suivant M. de Buch , comme si Ion proposoit de faire une espèce d'un chêne qui auroit des galles et une autre de celui qui nen auroit pas.
Les naturalistes viennent d obtenir un puissant secours pour apprendre à bien connoître TAuver-^ gne , ce pays classique pour 1 étude des anciens voU caps, et de toutes ces masses soulevées et travaillées par les feux souterrains.
M. Desmarets , le fils , a publié la carte à laquelle feu son père avoit travaillé presque pendant toute $a vie, et où il a marqué la nature de chaque pic, les cratères des différentes époques, les courants de lavfis descendus de chacun d eux, les basaltes qu*elles ont déposés , enfin toutes les modifications imprimées à ce pays par Faction successive de ces mystérieux foyers, et celles que leurs produits euit» mêmes ont éprouvées avec le temps de la part des agents actuels. C'est un service important que ce jeune naturaliste a rendu à la science, non moins qu'un tribut naturel de respect dont il s'est acquité envers la mémoire de son père.
M. Bory de Saint-Vinceot a posé une base essen-* tielle pour la géologie de TEspagne, on décrivant avec netteté la géographie physique de ce pays, en fixant la direction et la hauteur des différents étages de ses montagnes, la pente de ses plaines, et le cours de ses fleuves. Ce travail exécuté avec soin, et accompagné d^une carte, a paru dans le Guide du voyageur en Espagne, publié par lauteur en un volume in-8**.
On voit que la géologie positive, celle qui soc*^ cupe de constater letat des couches, fait chaque jours de nouveaux pas. Nous aurions pu en donner bien d autres preuves s'il nous eût été permis d'exposer tous ceux que lui ont fait faire les savants étrangers à l'Académie; mais on en trouvera le ré^ sultat, et en même temps le tableau le plus brillant et le plus exact de l'état actuel de La science , d&ns l'ouvrage que vient de publier l'un de nos confrères, qui a lui-même contribué plus qu*aiieun autre à ses progrès. M. de tlumboldt, dans son Essai géo^ gnostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères f a embrassé d'un coup d'ceil leur ordre et leur succession dans toutes les parties du monde connu , et personne n avoit enoore mieux montré , par l'uniformité des produits , la génér»« lité des causes qui ont agi autrefois sur le globe avec
38o MINÉRALOGIE
tant de puissance, et dont la nature est aujourd'hui pour ses habitants une énigme si attrayante et si obscure.
M. Leschenault de La Tour avoit recueilli aux Indes quelques minéraux dont les caractères extérieurs n etoient pas assez évidents pour que Ton pût assigner leurs genres et leurs espèces. M. Laugier en a fait lanalyse. Le premier, venu de Bombay, nommé bombitepar M. de Bournon, composé de silice avec protoxyde de fer, alumine, magnésie, chaux en petite quantité , charbon , et trace ' de soufre, a été reconnu pour une vraie pierre de touche. Le second, originaire de Geylan, qui ne s'est fondu qu'avec 1 200 parties de potasse et en quatre traitements, se compose de 65 parties d'alumine, 1 6 7a d'oxyde de fer, 1 3 de magnésie, 2 de silice, 3 de chaux, et une trace de manganèse. C'est à-peu-près l'analyse de la ceylanîte , telle que l'avoit faite feu Collet Descoltils ; et par conséquent cette pierre , comme la ceylani te , est un spinelle.
Le troisième, venu aussi de Ceylan, est le plus remarquable par sa composition compliquée et la réunion de deux métaux rares. Il est d'un brun noirâtre à cassure vitreuse , se boursoufle au feu, est attaqué par les acides et les alcalis, et a donné
ET GÉOLOGIE. 38l
àFanalyse 36 parties d oxyde de cerium, 19 d'oxyde de fer, 8 d oxyde de titane , 8 de chaux, 6 d alumine, 1 ,2 d oxyde de manganèse , et 1 1 d'eau. Néanmoins il a semblé n'avoir perdu qu un 10® de son poids; mais c'est que le cerium , qui n etoit qu'à l'état de protoxyde, en s'oxydant plus complètement a compensé par son augmentation de poids 1 eau qui s étoit perdue.
On peut le regarder comme une variété de cérite titanifère.
C'est principalement par Tétude scrupuleuse de la superposition et des rapports des terrains dans les cantons particuliers que la géologie s'est perfectionnée dans ces derniers temps, et quelle peut espérer de procurer un caractère de démonstration à ses lois générales. L'exemple heureux donné par quelques recherches de ce genre est aujourd'hui apprécié et suivi dans toute l'Europe.
M. de Bonnard , ingénieur au corps royal des mines, a présenté à l'Académie un ouvrage qui contient l'examen le plus approfondi d'une contrée de la France très remarquable par le contact presque immédiat où des calcaires d'une formation très secondaire , les oolithes du Jura , s'y trouvent arvec le granité , le plus ancien des terrains primitifs con-
nus: ce sont les environs d'Avalon en Bourgogpae. A la surface des }>arties élevées se montre un cal-*caire compacte qui parott être le même que cdui qui sert à la lithographie; au-dessous est Foolithe avec les coquilles qu'il contient d ordinaire, et les marnes blanches qui raccompagnent toujours ; puis un calcaire entièmoiont composé d entroques ou tiges d encrinites, que suivent des lits de calcaire marneux remplis dammonitcs et de Tespece de gryphite nommée gryphœacymbium. A celui-là succède le vrai calcaire à gryphées, caractérisé par Tabondance du grypfujta cymbium. 11 se trouve dans ia même position en Angleterre, en Nomiandie, dans le midi de la France, en AUem^^e, et sur-tout dans la longue chaîne du Jura. Ici , comme par* tout, il repose sur un autre calcaire plus fin , plus gris , moins marneux , qui comprend le terrain nommé aux environs de Gottingen mutchd^kaUiy et le calcaire alpin dit en Allemagne zechstein. Jua*qu a cette profondeur Tanalogie se soutient , et les bancs sont dans Tordre généralement reconnu; mais , en pénétrant plus bas , on ne découvre point le grès à pierre de taille, ou qxuModer-sand'Steim des Allemands , ni un afutre caicaire coquillier qui est ordinairement sous ce grès, ou du moins Tua et l'autre ne sont représentés que très imparfaitement. Une plus grande diffférenoe encoiae eest qulentre
des roches calcaires et le granité on ne trouve, en bancs distincts, qu une roche arénaoée composée de grains de quartz et de feldspath , mêlés de cal**caire , de baryte , de galène , roche que M. de Bonnard rapporte aux psammites*
Il manque donc dans cette partie de la Bourgogne beaucoup de formations, et toutefois il en reste des vestiges , que M. de Bonnard est parvenu ^ à force d'observations et de sagacité, à saisir ^t à faire coonottre. Leurs parties constituantes y exis* tent, mais daus un mélange presque complet, au lieu d y être , comme ailleurs , en bancs distincts et superposés les uns aux autres; les mêmes parties métalliques , les mêmes débris organiques qui sont d ordinaire enveloppés par ces couches manquantes , se rencontrent dans les parties inférieures du psammite.
Mk Palassou , qui a passé sa longue vie à observer les Pyrénées, et à qui Ton devoit déjà sur ces montagnes trois volumes pleins de faits importants pour la géologie , vient d en publier un quatrième, où il a rassemblé, comme en un dernier faisceau, différents détails qui lui avoient échappé jusque-là. Il y décrit la bande calcaire qui se prolonge au pied des Pyrénées depuis TOcéan jusqu'à la Méditerranée; il y fixe la position et la hautair d'un assez
grand nombre de pics; y décrit, d'après Tàbbé Pounel, divers volcans éteints de la Catalogne, et y présente un tableau des innombrables défriche^ ments faits dans ces contrées depuis des époques connues, sans vouloir en conclure, comme tant dé personnes paroissént disposées à le faire, qu'ils ont eu une influence sensible sur les variations de latmosphère.
M. Palassou parle aussi d'une famille anciennement établie à Yisos , et dont la taille étoit d une grandeur démesurée, au pointqu on répugnoitdans ce pays à s allier avec elle, et que les individus qui mouroient n etoient point placés dans le cimetière commun. On les nommoit les Proussons: le dernier est mort en 1777; il navoit que 6 pieds; mais on prétend que Ton a déterré dans les tombeaux de ses ancêtres des tibia de 20 à 24 pouces.
La seconde partie du cinquième tome, qui termine l'ouvrage de M. Guvier sur les ossements fossiles, a paru cette année, et l'auteur, avant de la livrer au public, en a soumis plusieurs -chapitres à l'Académie ; il lui a présenté sur-tout des échantillons nombreux et considérables de deux genres extraordinaires de reptiles , découverts dans les falaises de TAngleterre , et décrits par les géologistes anglois , mais dont on a trouvé aussi quelques
échantillons en France et en Allemagne. L'un est cdui de Fichthyosaurus , qui réunit à un corps de lézard une grande tète assez semblable à celle d'iin. crocodile du Gange , et qualtre pattes courtes et comprimées, qui rappellent les nageoires des cétacés; on en a d^a recueilli les os de cinq ou six espèces dont les tailles vatrient depuis 3 pieds jusqu'à 25.
L'autre a été nommé plesiosaurus ; il a aussi la forme d'un lézard, et des pattes en forme de nageoires; mais sa tête est petite, et, ce dont on ne csnnoit pas d'autre exemple, portée sur un cou mince presque autsi long t{ue lé corps , et composé de tFcnte et quelques vertèbres , nombre supérieur même à ceint des vertèbres du cou du cygne.
Ces animaux , que 1 on ne peut comparer même de loin, à rien de ce que nous connoissons aujourd'hui à letat de vie, sont incrustés dans des bancs d'un ordre de terrains fort anciens ; qui fait j^artie de ceux que l'on a nommés calcaires du Jura.
L'ouvrage de M. Cuvier contient l'histoire de plusieurs autres reptiles de ces mêmes terrains, tous remarquables par leur taille, ou par quelques caractèi'es singuliers; quelques uns par exemple voloient probablement comme le dragon, mais au moyen d'un de leurs doigts très prolongé qui devoît soutenir une membrane. Leurs os n'y sont point ac-
ÏUFFON. GOMPLÉM. T. U. l5
compagnes d'ossemeiits de quadrupèdes vivipares; en sorte qu^à 1 époque de la formation de ces terrains la classe des reptiles devoit être infiniment plus nombreuse et plus puisisante qu^aujourd'hui, tandis que celle des quadrupèdes vivipares ou mammifères , si elle existoit , étoit réduite à quelques petites espèces fort peu multipliées.
Dans les longues recherches sur lesquelles M. Cuvier a fondé son ouvrage il ne lui est jamais arrivé de trouver d'ossements fossiles de singes ni d aucuns quadrumanes ; mais, tout nouvellementy M, le comte de Bournon, minéralogiste, célèbre par ses ouvrages et par la belle collection qui en a fourni les bases, lui a fait connoitre une vraie cbauvesouris dans la pierre à plâtre de Montmartre. .
M. de Férussac à communiqué à FAcadénne l'extrait d'un travail, dont il s'occupe, sur la géographie des mollusques y et sur-tout des coquillages, animaux qui, par leur organisation, offrent des faits plus concluants pour la détermination des lois qui ont présidé à la distribution de la vie sur le g^be qu'aucun de ceux des autres classes*
Il résulte des faits les plus génériiux de leur répartition , tels que M. de Férussac les énoitee^qu'oitt peut reconnoitre à la surface de la terre des centres ou des bassins de pwKluctions»semblables , équivcH-
ET GÉOLOrOIE-. 887
fentes , ou différentes , suivant les lieux. L*animali- «sationlui paroit n avoir dépendu pour les former que de certaines conditions relatives à la nature du sol , à son plus ou moins d'élévation , à 1 état de 1 air et des eaux , de telle sorte que certains genres et .même certaines espèces se reproduisoient à de grandes distances et jusque sur des continents opposés, d après Tinfluence des localités, et sans qu on ait lieu de »>upçoiiner qu elles y soient arrivées par voie de diffusion , en partant d'un centre unique ou de plusieurs centres de productions distinctes. Ces résultats lui semblent prouver que la loi g^né^ raie de la répartition de» espèces repose sur lana* logie des smions, c'est-à-dire des circonstances influentes dans lesquelles les espèces semblables ou équivalentes sont appelées à remplir un rôle ana-* logue ; ces deux termes , l'analogie de station et de destination , étant corrélatifs et dans une dépendance mutuelle.
Lexainen de la répartition des espèces fossiles dans les différentes (touches des diverses contrées fournit, selon M. de Férussac , des faits et des conclusions analogues touchant Tétat ancien de la vie sur le globe y et conduit 1 auteur à des hypothèses différantes à plusieurs égards de celles qui ont prévalu avant lui en géologie. Il admet trois grandes époques pour chaque partie de la surface terrestre :
388 MINliRALOGlE
i ^ Tépoque antérieure à Texistence de la vie ; époque commune à-la-fois à toute cette surface, et où lem-^ pire de Tincandescence primitive ne permit pas à la vie de s'établir ; i"* celle où le sol étoit couvert par les eaux , mais où laction du feu central avoit encore beaucoup trop d'énergie pour permettre à la vie terrestre de «e développer; 3® fépoque où le sol fut libre. Entre ces deux dernières époques M. de Férussac trouve souvent des résultats d une époque intermédiaire , celle où la surface terrestre étoit encore en combat avec Télément aqueux , et où les eaux tendoient à se mettre en équilibre ; c'est alors, dit-il, que Ton reconnoit dans les bassins, les vallées, des alternats et des mélanges de pro^ ductions marines, fluviatiles, ou terrestres, souvent recouvertes par des productions volcaniques. On sent, ajoute-t-il, qua ces diverses périodes géo- ' logiques les conditions de la vie n'étoient pas les mêmes : à mesure que ces conditions changèrent, certaines espèces s'anéantirent, et d autres leç remplacèrent avec une nouvelle destination ; mais la continuation de certaines races dans des dépôts de diverses époques prouve , suivant Lauteur, que les changements eurent lieu d une manière graduelle et pour chaque espèce, selon que les conditions d'existence furent plus ou moins étendues ou res* treintes pour elle, circonstances qui règlent encore
aujouTd'faui , selon M. de Férussac , les limites de Textension descelles jqui peuplent là terre.
L'examen des faits lui paroU montrer que rabaissement de la température à la surface terrestre a refoulé là vie des contrées septentrionales vers le midi, et des hautes sommités vers les plaines; de manière que lanalogie des stations entre les temps anciens et l'époque actuelle s'établit en raison de rabaissement des latitudes et du décroissement d'élévation au-dessus du soi, ce qui explique l'analogie de Tantique végétation et des races primitives de nos Contrées avec celles des contrées équatoriales. M. de Férussac conclut de tous les faits qull a rapportés sur les espèces fossiles, i^ que l'analogie de station et de destination, c'est-à-dire des conditions d'existence et du rôle à remplir, fut, à toutes les époques et comme aujourd'hui, la loi générale de la distribution des espèces sur le globe , 2^ que les changements que la vie a éprouvés ont été graduels, qu elle n'a point été renouvelée , que les races n'ont point été modifiées; mais qu'à mesure que les conditions d'existence changeoient et qu'il s'en formoit de nouvelles, de nouvelles espèces ont remplacé celles qui n'avoient plus de rôle à remplir, et cela jusqu'à l'époque où , pour chaque partie de la surface successivement, l'équilibre entre les causes influentes a été établi. M. de Férussac avoit déjà
proposé plusieurs de ces résultats > il y a quelques années, dans une suite de mémoires qu^il lut alors à rAcadémie, et dont nous avons rendu compte; il est à croire cependant qu'il n^étend pas ses conclusions au-delà des classes d'êtres orfjanisés sur lesquelles ses observations ont porté, car 41 seroit difficile d en £iire lapplication aux quadrupèdes vivipares, dont les débris osseux offrent souvent sur les mêmes points des restes d animaux semblables à ceux qui vivent dans lé nord pêle-mêle. avec d autres dont les analog[ues paroissent aujourd'hui confinés dans la zone torride.
Nous avons parlé diverses fidis de Tiode, substance d'une nature fort particulière, découverte dans les varecs par M. Courtois, et dont la propriété la plus remarquable est que sa vapeur prend une couleur pourpre. On ne Tavoit trouvée d abord que dans quelques végétaufx et quelques mollusques marins. M. Cantu en a trouvé des traces dans Teau minérale d'Asti, et tout récemment M. Vauquelin vient de la découvrir dans un minerai d'argentdù Mexique, nommé argent vierge de serpentine, et qui contient de l'argent, du soufre, du plomb, et du carbonate de chaux* L'auteur est dispdsé à croire que l'iode y est spécialement combiné avec l'argent. Cela est
ET GÉOLOGIE. 3gi
dautant plus vraisemblable que Tiode, comme le chlore, a beaucoup d'action sur largent, et.quon enlève à ce minerai une certaine quantité d'iodate d'argent par la simple ébullition avec Fammo* niaque.
On rencontre aux environs de Freyberg un minerai de fer que Ion nomme, à cause de son appa-»^ rence,/er résinite. L'analyse qu'en avoit laite feu M. Klaproth le faîsoit considérer comme uti sulfate de few peroxyde; mais M. Laugier, qui en a fait l'objet de nouvelles recherches, y a découirert, in*^ dépendamment de l'eau et de l'acide sulfurique, la présence de l'acide arsénique. Le résultat de ses expériences est que loo parties de ce minerai en contiennent 35 de peroxyde de fer, 20 d'acide arsénique, 1 4 d'acide sulfurique, et 3o d'eau ; ce qui ne laisse qu'un centième de perte, M. Stromeyer de Goettingen,qui s'étoit occupé deson côté de la même analyse, mais dont M. Laugier ne connoissoit pas le travail^ é toit arrivé à des résultats tout semblables.
Nous avons bien des fois r£|pporté les analyses faites par les chimistes des pierres tombées de l'atmosphère; mais 00 n''en avoit pas encore donné ufi examen suffisant sous le rapport purement miné-^ ralogique.
M. de Humboldt a communiqué à VAcadémie des observations faites par M. Gustave Rose de Berlin sur un grand échantillon de Taérolithe de Ju^ venas. Ce savant minéralogiste est parvenu à en séparer des cristaux, dont il a mesuré les angles avec le goniomètre à réflexion. Un de ces cristaux est la variété dioctaèdre, fig. 9, de la Minéralogie de Hauy. Ce même tissu renferme des cristaux hémitropes ^ microscopiques qui paroissent être du feldspath à base de soude, c est-à-dire de l*albite. M. Rose a examiné également, à la prière de*M. de Humboldt, laérolithe de Pallas et les trachytes recueillis au Chimboraço et sur d autres volcans des Andes. Il a reconnu, que loUvine de la masse de Pallas est parfaitement cristallisée, et que les trachytes des Andes sont en partie des mélanges de pyroxène et d'albite, comme laréolithe de Ju venas et peut-être celles, de Jonzac et de Stannern, dont les tissus n^ont pas encore été assez examinés miné* ralogiquement par les moyens de la trituration , du microscope, et du goniomètre à réflexion.
On commence à découvrir de ces pierres qui paroissent être tonjjées anciennement, et qui sont restées isolées dans des endroits peu fréquentés.
M. de Humboldt a présenté à t^iÀcadémie, au nom de MM. Noggerath et Bischof, professeurs de chimie et de minéralogie à l'université de Bonn , un
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écbantilloa d'une masse du poids de 3 4oo livres, trouvi^e à Bftbourg^, près de Trêves, au haut d une colline. Elle renferme du^nickel et du soufre, mais pas de chrême ni de carbone.
M. de Humboldta aussi communiqué à l'Académie des échantillons de séléniures découverts par M. Ziake dans des filons du Harz oriental , et que M. Henri Rose à Berlin a analysés récemment. Ces minerais sont des combinaisons de sélénium avec le plomb, le cobalt, le mercure, et For.
Il existe dans les Andes de Mérida un lac nommé LagunadelUraOy d où les Indiens retirent des masses salines confusément cristallisées. MM. Rivero et Boussingaifd, voyageurs dont nous avons plusieurs fois annoncé les travaux, en ont fait ranalys.e, et ont trouvé que c est un mélange de carbonate et de bicarbonate de soude entièremieni; semblable à celui des lacs de natron d'Égyptè, tel qu'il a été analysé par Klaproth. Ses éléments sont dans la proportion de 0,39 d acide carbonique, o,4i de soude, 0,19 d*eau.
Depuis que les ^éologistes se sont aperçus de la nécessité de connoître les faits avant de vouloir les expliquer , on s attache de toute part à décrire la superposition des terrains dans les différents can-
tons, et à examiner s'il est possible de les ramener à des régies générales.
M. Bosterot a étudié soas ce rapport une grande partie du sud-ouest de la France, et a commencé à présenter ses ob^rvations à FAcadémie. Il a traité cPabord des coquilles qui se trouvent à Tétat fossile dans les diverses couches dont ces terrains se composent, et qui sont en effet Tun des moyens les plus efficacei$ d en éclaircir Thistoire ; mais Fauteur fait remarquer que cette partie de Tbistoire naturelle vient à peine de nattre. Dans ledition du Systema nalura^y publiée en 1789 par M. Gmelin, il ny a encore que cinquante-trois espèces de x^oquilles fossiles ; et M. Basterot, qui a fait un éatalogue de celles qui ont été décrites dans ces derniers temps ou qull a vues dans les cabinets ^ les porte à plus de deux mille cinq cents.
L auteur a remarqué dans la répartition de ces débris une loi qui paroit générale : c est que plua les couches qui les recèlent sont anciennes, et plus la ressemblance des coquilles et des autres êtres organisés s'étend à de grandes distances ; dans les couches superficielles, au contraire, les différences se multiplient avec les distances, et Ton ne trouve que peu de coquilles qui soient communes à des bassins très éloignés.
Ainsi M. Basterot a recueilli dans les sables des
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Landes, aux environs de Bordeaux et de Dax, trois cent tretite espèces, dont cent dix environ ne se sont encore trouvées que dans cette circonscrip* tion , mais dont on retrouve quatre-vingt-onze dans les terrains dltalie, soixante^six dans ceux des environs de Paris, vingt-quatre dans ceux de l'Angleterre, et dix-huit seulement autour de Vienne en Autriche.
L action des mers actuelles jette sur Fun des bords de ce bassin des Landes des dunes de sable qui s avancent lentement vers Tintérieurdes terres: mais le dépôt est très borné et fort différent du grand dépôt qui recouvre la surface du pays; car parmi les trois cent trente coquilles fossiles il n y en a que quarante-cinq auxquelles on puisse trouver quelque analogie avec celles des mers voisines, mèm^en y comprenant la Méditerranée.
Ce travail de M. Basterot a été imprimé dans le recueil entrepris perde jeunot et zélés naturalistes, et dont il a déjà paru six'ou sept volumes sous le titre diAnnaks des sciences naturelles. U y est accom* pagné de plusieurs planches lithographiées, où les espèces nouvelles sont représentées avec beaucoup d'exactitude, et qui contribueront avec celles que . donne M. Deshayes sur les coquilles des environs de Paris, avec le grand ouvrage de M. Brocchi sur celles dltalie, et avec Içs planches de plusieurs •
mémoires de MM. Brongniart, Prerost, de Fiérussac, à former bientôt un corps très complet sur Im eonchiologie fossile.
M. le comte Fossombroni, premier ministre du grand-duc de Toscane, qui a rendu de si grands services à son pays en desséchant par les procédés les plus ingénieux une contrée que la stagnation de la Chiane ou du Clanis avoît depuis des siècles rendue inhabitable, y a fait en même temps des observations d un grand intérêt pour cette partie de. la géologie qui traite des changements que la surface de la terre a éprouvés depuis les temps historiques. Le monde savant les connoit par le grand ouvrage sur le val de Chiane que M. Fossombroni a publié en 1789, et dont il vient de donner une nouvelle édition. D'un passage de Stnrbon, où il est dit qu'avant d'arriver d'Arezzo à Pise TArno se divise en trois branches, l'auteur avoit conclu que dans l'antiquité l'Arno donnoit un bras qui aboutissoit à la Chiane ou au Clanis, et qui couloit du nord au midi vers le Tibre, au lieu qu'aujourd'hui la Chiane coule du midi au nord et tombe dans l'Arno. Pour expliquer ce changement dans le cours des eaux il suppose qu'ensuite leur communication a été interrompue, et qu'il y a eu • entre les deux rivières, pendant un certain temps,
un espace plus ou moius marécageux ^ mais que TArno s étant graduellement abaissé en creusant toujours davantage le terrain, la Chiane, rompant les obstacles qui les séparoient, s y est réunie de nouveau dans une autre direction, et qu'au lieu d'en recevoir une partie des eaux elle lui a porté les siennes.
M. Fossombronia été assez heureux pour trouver une carte du treizième siècle , dans laquelle le cours de la Chiane est encore marqué compie se dirigeant du nord au midi ; ce qui a donné une pleine confirmation à sa conjecture.
Il a fait connoître ce document important dans un mémoire particulier qui est inséré parmi ceux de la société italienne de Modéne, et qui està-la-fbid une pièce pleine d'intérêt pour l'histoire et pour la géologie.
M. de Humboldt, toujours occupé de comparer, sous un grand nombre de rapports les principales chaînes de montagnes du globe, a présenté des profils de plusieurs de ces chaînes tracés d après la méthode graphique qu il a employée le premier dans son grand, ouvrage sur rAmérique, et les a accompagnés de détails sur les dimensions de ces chaînes , leur composition géognostiqne , et les phé: nomènes météorologiques qu'elles présentent. Il a
pris sar-tout beaucoup de peine pour arrivera quelque certitude relativement à 1 excessive hauteur de quelques unes des cimes de lUimalàya. L^une d*elles, le pic de Jawahir, surpasse de 676 toises le sommet le plus élevé des Andes ; et il en existe un autre encore plus élevé, nommé par les indigènes Dhawalagiri, ce qui signifie exactementifonf-jB/onr. Deux opérations différentes lui assignent, à douze toises près, la hauteur prodigieuse de 4)^90 toises.
En comparant les sommets les plus élevés des montagnes de lIEurope , de TAmérique , et de TAsie , on trouve qu'ils sont comme les nombres 10, 14, 18, 24.
En comparant la hauteur moyenne des crêtes on trouve que dans presque toutes les chaînes elle est à celle des sommets comme 1 ki^/^^^ou comme I à 2. Dans les Pyrénées la différence est beaucoup moindre, et même la hauteur moyenne de la crête des hautes Pyrénées est supérieure à celle des hautes Alpes, tandis que les sommets delà première chaîné sont loin d'atteindre ceux de la seconde. La proportion de la crête aux sommets n est donc dans les Pyrénées que de i à i '/j.
^ D'après les recherches exposées dans ce mémoire la hauteur moyenne des continents an-dessus du niveau des mers est limitée entï*e 1 20 et 1 60 mètres.
La chaîne de l'Himalaya ne diffère pas^ moins dé
# ÏT GÉOLOGIE. 399
celle des Andes par la nature minéralo^que de ses massf^ que par son élévation. Dans les Andes do-* minent les porphyres ou les trachytes et les pho-i nolithes du terrain basaltique, toutes rochesqui paroissent soulevées ou altérées parle feu. On les voit percer dans un point seulement les roches appelées communément primitives. Celles-ci dominent au contraire dans THimalaya : il se compose de granité, de gneiss, de mica-schiste avec disthène, et dé ces amphibolithes que Ion désigne vulgairement par le nom de gmnstein primitif. Les environs du lac Mahasarowar et du glacier des sources du Gange y offrent une ressemblance frappante avec la constt* tution géognostique des Alpes aux environs du Saiut-Gothard. •
lies neiges perpétuelles commencent sur le Ch imboraço à la hauteur du Mont-Blanc, ou à 2,4^0 toises; mais sur la pente boréale de THimalaya eHes ne commencent qu'à i4o toises plus haut : circonstance qui tient au rayonnement de la chaleur deâ plateaux élevés de TAsie, ainsi que nous Tavons dit diaprés 1 auteur dans notre analyse de 1 82 1 .
Quant aux végétaux, M. de Humboldt faitre-^ marquer qull ne faut p^s trop généraliser 1 analogie entre ceux- des terrains voisins des neiges pêrpé-» tuelles dans la zone torride et dans les régions cir^ compolaires. La distribution plus égale de tempé^
4oo MINÉHALOGIE «
rature pendant le <K>urs de Tannée rend les pre* miers plus semblables à ceax des pays tempérés ; les formes des plantes alpines du Chimboraço et de FÂntizana ont une physionomie en x]uelque sorte européenne.
ANNÉE lg26.
M. Karsten , membre du conseil des mipes de Prusse, et correspondant de FAcadémie, a publié sur les combustibles minéraux un ouvrage d'utfe grande importance, dont il a été préseoté^un es^ trait à FAcadémie par M. Héron de Villefosse, Tun de nos académiciens libres.
Ces combustibles sont connus sous les noms de bois fossile, de lignite, de bouille, d anthracite, et de graphite , selon qu ils s éloignent davantage de leur état primitif, qui paroit avoir été le bois, et qi^ par une décomposition progressive ils sap^ prochent plus ou moios complètement de Tétat de charbon pur. Dans chacun de ces genres, dans celui de la houille sur-tout, il y a encore de grandes variétés pour la quantité du carbone que chaque sorte peut contenir, et pour celles de Fhydrogène , de Toxygène, et des terres .qui s'y trouvent unies; et de là résultent des différences de la j)lus grande importance dans la pratique. La chaleur qu une bouille peut fournir est d autant plus grande que
le carbone y domine davantage; mais la fiicilité avec laquelle on l'allume, la flamme qu'elle donne, le gaz propre à Tëelairage que Ton peut en tirer, sont dans une raison contraire ; c'est en général la pro^ « portion de l'hydrogène qui en est la mesure. Dé ces différentes proportions résultent aussi des différences dans le coke, c'est-à-dire dans la houille carbonisée, qui prend tantôt une forme pulvérulente, tantôt une forme boursouflée, et tantôt Une forme compacte; et Ton comprend encore que, selon les différents usages que Ton veut faire de ce coke , il est bon de choisir la houille qui le donnie sous la forme convenable. Enfin ce qui importèroit par-dessus tout dans la connoissance de ces minéraux ce seroit de pouvoir juget* d'avance, et d'après leur aspect extérieur, de leur composition et des qualités qu'ils manifesteront , soit dans les pré^ parations auxquelles on les soumettra, soit dans les emplms que l'on sera dans le cas d'en faire.
C'est à tracer ces régies que M. Karsten a consacré son travail : il décrit chaque sorte de ces divers combustibles , fait connoitre la forme que prennent leurs cokes , et leurs analyses soit avant , soit après la carbonisation ; ce qui lui donne les moyens d'indiquer le parti le plus avantageux que l'on peut tirer de chaque sorte.
M. de Villefosse a mis d'autant plus d'intérêt à
SUFFON. GOMPLÉM. T. II. 36
4o2 MINJilRALOGIE
Élire connottre cet ouvrage à la France que dans la prodigieuse activité que prennent nos ateliers et nos fabriques, dans celle que les mines de houille vont recevoir des grandes entreprises destinées à faciliter le transport de ce minéral, il devient chaque jour plus intéressant pour les consommateurs d en apprécier sûrement les diverses qualités.
M. le comte Andréossy, académicien libre , s'est occupé d un travail qui intéresse à*la-fbis la géologie, la géographie, l'hydraulique, et lart des fortifications; ce sont les dépressions que la surface du globe éprouve entre les chaînes des montagnes, ou en travers de leurs crêtes , seuls passages par lesquels puissent être conduits les canaux artificiels et points principaux que Fingénieur doit prendre en considération dans les ouvrages destinés à la défense d'un pays.
Il trouve que ces dépressions, considérées topo« graphiquement , sont toujours comprises entre quatre cours d'eau opposés deux à deux , qui se réunissent latéralement aussi deux à deux pour se rendre par un cours commun dans leurs récipients respectifs , sans toutefois qu^elles donnent origine à ces cours d'eau : différentes en cela des cols, qui sont aussi des dépressions dans le faite d'une chaîne principale, mais à l'origine de deux cours d'eau
opposés ; et ce caractère les fait reconnottre aisément sur les cartes où les rivières sont bien indiquées. Ces dépressions sont limitées dans lespace par une courbe concave dont le point le plus bas est en même temps le point le plus élevé d'une courbe convexe perpendiculaire à la preinière , et le point où ces deux courbes se rencontrent est le point de partage des canaux navigables. Tel est le Valdieu , entre les Vosges et le Jura, où le passage du canal du Rhône au Rhin pouvoit se ftiire par la ligne la plus courte et avec le plus petit nombre d'écluses. Offrant en même temps la communication la plus directe entre le débouché du Rhin à Baie, et l'intérieur delà France, cette dépression devoit fixer lattention des ingénieurs ; et c'est avec une grande prévoyance que Vauban y avoit placé la forteresse de Belfort, et que l'on s'occupe aujourd'hui d'en agrandir et d'en renforcer la citadelle.
Le fond de la mer a ses dépressions comme la surface des continents , et tel est le fond du détroit du Pas-de-Calais, he point qui correspond à la profondeur de seize brasses en fait le seuil; à partir de là dans les deux directions la mer devient à-la-fois plus profonde et plus large; et si les eaux s'abaissoient de soixante-deux brasses , on auroit à découvert entre la France et l'Angleterre une dépression semblable à celle qui sépare les Vosges et le Jura.
4o4 MINERALOGIE
Les rivières qui maintenant se jettent de part et d*autre dans cette mer se réuniroient iieux à deux en suivant les lignes de la plus grande pente dans un canal commun : les unes, telles que la Stoure et TAa , coulant vers le nord ; et les deux autres'^ le Rother et le Vîmereu , vers le sud.
Si au contraire les eaux s'éievoient de deux cents métrés, et de manière à recouvrir la dépression que Ton observe entre la montagne Noire, qui est une branche des Gévennes , et le revers de la chaîne secondaire des Pyrénées , dépression où est le point de partage du canal de Languedoc , elle deviendroit un détroit maritime plus ou moins semblable à celui de Calais.
L auteur, après ces considérations purement topographiques, traite des dépressions sous le point de vue minéralogique. Ayant examiné avec M. Daubuisson celle où est le point de partage du canal de Languedoc , et qui est formée par des branches des Gévennes et des Pyrénées, il a trouvé du côté des Gévennes des granits, des gneiss, des marbres salins, des schistes, etc.; du côté des Pyrénées, des grès à pâte calcaire, des marnes arénacées, des poudingues à pâte jnarneuse; et dans Imtervalle déprimé , des terrains de sédiment ou mollasses contenant du calcaire commun.
La dépression d entre les Vosges et le Jura lui a
offert des phénomëDes analogues : du côté des Vosges sont des porphyres , des grauvakes , des grès rouges; du côté du Jura , des calcaires de différentes sortes ; et le calcaire oolithique du Jura forme encore le seuil de la dépression , et y est superposé aux terrains des Vosges.
M. Andréossy conclut de ces circonstances que ces dépressions de la surface du globe ont été produites par des courants qui ont agi dans deux sens différents ; et il considère Tensemble des cours d'eau du globe comme Firnage du ruissellement des eaux à Tépoque où les continents ayant été mis à découvert , elles se précipitèrent vers leur récipient commun. Il se propose au reste de reproduire et d'étendre ses considérations dans un ouvrage général sur les inégalités de la surface de la terre, ouvrage que des occupations obligées Tout souvent forcé d'interrompre, mais auquel il compte bientôt mettre la dernière main. Les géologistes ne lattendront pas avec une moindre impatience que les géographes et les ingénieurs.