BUFFON. COMPLBM. T. III. II
M. Savigny a également examiné la bouche des insectes qui joignent à des mâchoires évidemment reconnoissables pour telles une trompe formée par le prolongement de leur lèvre inférieure, insectes dont les plus remarquables sont les abeilles. On avoît cm voir que louverture du pharynx étoit située en dessous de cette trompe ou de cette lèvre, tandis que dans les masticaleui^ ordinaires elle Test en dessus; mais c'étoit une erreur : le pharynx est toujours sur la base de la trompe, et il y est méme^mi de parties intéressantes à connoitre, et dont M. Savigny donne une description détaillée. San mémoire est destiné au grand ouvrage sur riLgypte, dont nous allons bientôt devoir la terminaisnu à la généreuse munificence du roi.
M. Ouvier a fait des recherches sur une autre classe, dont la bouche présente aussi, du moins en appâta Qce, de nombreuses anomalies; cest celle des poissons. On y retrouve au fond toutes les pièces qui appartiennent à celle des quadrupèdes; mais quelques unes y sont plus subdivisées, et une partie de leurs subdivisions y sont quelquefois rt^duites à une petitesse tdle qu elles n y peuvent remplir leurs fonctions , et que Ion éprouve même de la difficulté à les apercevoir. Le très grand nomht^ dc^s poissons a des intermaxillaires et des maxillatres très visibles; mais ces os diffèrent beaucoup
entre eux par la proportion ; et les maxillaires surtout font tantôt partie du bord de la mâchoire, et portent des dents; tantôt ils sont placés plus en arrière , et ne portent point de dents , circonstance où lesicfatyolo^stcs ne les ayant pas reconnus pour ce qu'ils sont les ont nommés mistaces, ou os la-* biaux. Ces difFérences donnent a Fauteur des caractères génériques très commodes ponr opérer une distribution plus naturelle des espèces; mais ils ne peuvent servir à distinguer les ordres. Pour ce dernier objet M. Guvier a recours à des différences plus fortes, telles que la coalition ou soudure des maxillaires ou intermaxillaires , qui a lieu , par exemfiejdims les tretodons, les coffres, les balisées, ou telles que la disparition des uns et des autres, et l obligation où s'est trouvée la nature d'employer les os palatins pour former la mâchoire supérieure, ce qu on observe dans les raies, les squales, et les autres chondroptérigiens.
Lauteur .na pn découvrir d'autres caractères que ceux4è pour établir une première distribution de la classe des poissoos. En conséquence il t^nvoie aux poissons ordinaires les genres qui, ayant la même àtrncture de bouche et de branchies , avoient cependant été placés parmi les poissons branchios-» téges ou cartilagisbetix , à cause de quelques sîxh gularités de forme extérieure, ou parceque leur
squelette se durcit un peu plus tard que celui des autres, tels sont les centriques, les baudroj'es, les cycloptèreSyXé^lepadogastèreSfeic.
M. Guvier a fondé sur ces- vues, et sur d'autres semblables, la méthode particulièred après laquelle les poissons seront distribués dans louvrage qu'il prépare sur Tanatoinie comparée.
Le même naturaliste a présenté à llnstitut des recherches sur un assez grand nombre d espèces de poissons , qu il a observées dans trois voyages faits à différentes époques sur les côtes de la Méditerranée. Quelques unes sont nouvelles, d autres a voient été mal placées ou mat nommées par les auteurs; plusieurs ont offert des observations intéressantes relativement à leur structure, ou donné lieu à rétablissement de genres nouveaux ,.ou à la subdivision de genres anciens. Ce détail ne peut entrer dans un rapport tel que celui-ci ; mais les naturalistes le trouveront dans le premier volume des mémoires du Muséum d'histoire naturelle, dont il vient déjà de paroitre une livraison.
M. Risso , auteur de \ Ichtyologie de Nice y a fait parvenir à l'Institut un supplément à cet ouvrage, où il décrit plusieurs poissons qu'il ne connoissoit point lorsqu'il le publia , et dont quelques uns sont fort intéressants par les particularités de leurs caractères.
M. liamouroux a étendu et perfectionné son grand travail sur les polypiers non pierreux , dont nous avons déjà parlé it y a deux ans, et Ion doit espérer qu'il en fera bientôt jouir les naturalistes:
On se rappelle les belles expériences de M. Ma^ gendîe sur le vomissement, et Tinvitation que lui fît rinstitut d'examiner la part que Fœsophage pouvoit avoir dans ce mouvement désordonné de lestomac. Quoique ses recherches ne lui aient point encore donné de résultats décisifs, elles lui ont paru assez intéressantes pour être communiquées.
Les constrictions et relâchements alternatifs de Tœsophage ne lui ont paru avoir lieu que dans son tiers inférieur, où il est principalement animé par les nerfs de la huitième paire. La constriction augmente beaucoup et dure long- temps quand Testo^ mac est rempli. Lorsque Fœsopfaage est coupé et détaché du diaphragme, Imjection de Témétique dans les veines ne produit plus de vomissement, et son introduction immédiate dans Festomao devient nécessaire.
Les sciences ne sont point étrangères à la vértta^ ble érudition ; et s'il est arrivé plus d'une fois qu'une lecture attentive des anciens a* excité les savants à des observations qui leur ont révélé des vérités im-
3a6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
{>4)r tantes, plus d'une fois aussi il est arrivé que des 1 1 1 >servations heureuses des savants ont porté sur les {itissag^és obscurs des anciens une lumière inatten-^ due. Quelques notes de M. Cuvier sur les livres de Plîne , relatifs aux animaux, en ont offert des exemples. Ainsi M. CuVier pense que le lynx des anciens, qui est indiqué comme venant des pays chauds, nétoît pas notre lynx actuel ou loupcer* vier, mais le caracal; et il montre en effet que le caracal porte tous les caractères attribués par les auciens à leur lynx, he léon-cocnUte elle caioblqMMs, deux animaux auxquels les anciens attribuent une conformation monstrueuse et des qualités funestes , ne lui paroissent que des résultats de mauvaises descriptions faites par des voyageurs ignorants sur cet animal de Tintérieur de l'Afrique, auquel on donne le nom de gnou{(mtilope gnu , LuN.)'^ dontles Formes bizarres^ le regard farouche^ les poils qui hérissent son museau et sa crinière, ont dû faire .souvent un objet d'horreur.
Parmi les cinq animaux unicornes dont les an** ciens ont parlé , M. Cuvier croit que les quatre premiers , Tâne des Indes , le cheval unicorne , le bœuf Liaicorne, et le monocéros proprement dit » ne sont que le rhinocéros diversement défiguré par les re* lations des voyageurs ou des marchands.
U prouve que tout ce que les anciens ont dit de
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Faspic d!Égypte, de Taspic par excellence, appar<* tient complètement à cette espèce de vipère à col élargi que Ion nomme coluber haje, et dont Thi»» toire a été si bien exposée par M. Geoiïroy dans lè grand ouvrage sur l'Egypte.
Il concilie les contradictions des anciens dans leurs descriptions du dauphin , en prouvant qu'ils ont donné ce nom à deux animaux très différents: lun qui est notre dauphin d*à présent {dtlphimis delphis, Lin, ) ; Taotre qui appartenoit au genre des squales ou chiens-de^mer.
La plupart des fables relatives à Hyène et à IV chneumon se trouvent expliquées par la singula-* rite de leur conformation; il n'est pas jusqu'à la prétendue continuité des vertèbres du cou dans rhyène qui ne soit vraie quelquefois; l'extrême ri<gidité des muscles de cette partie ocoasione assez fréquemment des ankyloses entre les vertèbres cer« vicales , et M. Guvier en a observé des exemples.
Tout le monde connolt ce petit quadrupède ap* prié musaraigne ou musette, qui ressembleroit assee à l'extérieur à une petite souris si son museau n'étoit beaucoup plus pointu et ses oreilles beau«coup plus petites; mais, quoiqu'il ait été examiné etdisséqué par plusieurs naturalistes, on n'avoitpas encore remarqué toutes les particularités de son organisation. M. Geoélroy-Saint-Hilaire vient de
découvrir qu'il a sur chaque flanc , sous la peau , une glande particulière qui répand au-deiiors une humeur gluante par une série de pores, entourée de poils plus gros et plus'roides que les autres, et qui se laissent aisément apercevoir par le tact.
M. Guvier, qui a repris ses recherches sur Tanatomie des mollusques, « lu cette annéeà l'Académie un mémoire sur celle des anatifes et des balanes , et un autre sur plusieurs genres de coquillages voisins des patelles , des oscahrions et des hpllotides.
Les anatifes et les halanes lui ont offert des organes de la génération et un système nerVeux fort différents de ce qu'on observe dans les mollusques ordinaires. Le système nerveux , aussi bien que les mâchoires , rapprocheroient à quelqnes égards ces animaux des insectes.
Les haliotides, les patelles et les oscabrions , ont d autres singularités, t^urs sexes ne sont pas séparés, comme dans les buccins et autres tu ruinées aquatiques; ils ne, sont pas non plus réunis de manière à avoir besoin d'une fécondation réct]>roque, comme les limaces. et lesaplysies: mais leurhèrmaphroditisme est complet,. et tel qu'ils se suffisent à eux-mêmes, comme les huîtres et tous les bivalves.
Les fissurelles et les émarginules, que M. de La Mark a séparées des patelles , se rapprochent en
effet davantage des haliotides par les branchies, et sur-tout par le cœur, qui , dans ces trois genres , est traversé par le rectum, comme celui des moules et de beaucoup d autres bivalves.
M. Cuvier a donné auisi un mémoire sur les a$ddies ^ sorte 4^ mollusques enveloppés non pas d'une coquille, mais d'une croûte cartilagineuse fixée aux rochers et pourvue de deux ouvertures , dont Tune reçoit et rejette Teau nécessaire à la respiration , et 1 autre donne issue aux œufs et aux excréments. Une grande cavité, tapissée d un fin réseau vaseulaire qui tieot lieu de branchies, reçoit cette eau , et avec elle les corpuscules dont lanimal se nourrit. Dans son fond est la bouche, qui conduit à une sorte de gésier. Du reste ces animaux ont un cœur, un foie, un système nerveux, assez semblables à ceux des autres mollusques; mais la disposition relative de ces parties, aussi bien que la forme et la surÊice de lenveloppe extérieure, varient beaucoup, selon les espèces.
Cette anati^mie des ascidies étoit venue d autant plus à }Ht>pos qu elle a servi à éclaircir des observations d'u ne nature beaucoup plus nouvelle et plus importante, qui ont été* faites presque en même temps, sur des animaux voisins , par M. Savigny, membre de llnstitut d'Egypte.
On ne connoissoit jusqu'à présent d'animaux
33o ÂNATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
composés que dans Tordre des polypes; tous les coraux, les madrépores, les plumes-de-mer, un (jrand nombre d^alcyons , ne paroissent que des agrégations de plusieurs polypes unis d'ul^e manière intime, dont la nutrition se fait en commun, de sorte que ce que lun mange profite à tous, et qui paroissent même animés d^une volonté commune. Cette dernière circonstance est du moins très certaipe dans les plumes-de^mer, qui se transportent d^un lieu à un autre par la rémigation combinée et régulière des milliers de petits polypes qui sortent de toutes leurs barbes. I^a structure de ces polypes est assez simple pour que rimagination se prête à concevoir cette espèce d association que Ton peut en quelque sorte comparer à celle des divers rameaux d un même arbre.
Mais M. Savigny a découvert des animaux com« posés d'un autre genre , et dont Torganisation in* dividuelle est beaucoup plus compliquée. Us res* semblent singulièrement à ces mollusques appelés ascidies, qui eux-mêmes présentent quelque analogie avec les animaux des coquilles bivalves. On leur trouve également un sac branchial, que les aliments,soi]Lt obligés de traverser pour arrivera la bouche; un eatomac musculeux; un intestin dont le rectum remonte vers le côté de la bouche, et y forme un second orifice; un ganglion nerveux
placé entre 1 orifice branchial et celui de Tanus; un ovaire, et un oviductus. En un mot ce sont pour ainsi dire de vraies ascidies réunies en masses par une chair commune et participant en conséquence à une même yie. Ces sortes d afp^égations animales avoient été confondues jusqu'ici avec les alcyons ; elles sont nombreuses y et M. Savi{];ny , qui les a décrites et fait représenter avec un détail digne de leur singularité, y a observé assez de formes différentes pour en faire jusqu a huit genres.
Parmi ces animaux composés les uns forment des masses fixées et plus ou moins irrégulières, comme un grand nombre d alcyons; d'autres sont rangés en étoiles autour d'un centre commun , et ce sont eux que les naturalistes , prenant chaque étoile pour un être simple , avoient nommés botrytks; d^utres enfin sont combinés en quantités innombrables, pour former par leur assemblage un long cylindre creux, ouvert par un bout, qui se meut en totalité comme les plumes-d&^mer, et que Pérou, le premier qui l'ait découvert , le croyant aussi un être simple, avoit appelé pyrosome.
MM. Desmarets et Lesueur avoient fait de leur pôté, sur ces deux derniers genres, des observa* tions tout-à-fait analogues à celles de M. Savigny, et qui les ont pleinement confirmées.
Il existe parmi ces grands zoopfaytes, auxquels
les anciens donnoient en commun le non d'orties de mer libres, un genre que le naturaliste danois O thon-Frédéric MùUer a fait connoître, et appelé lucernaire, parcequti lui a IrOîuvé je ne sais quel rapport de figure avec une lanterne. Sa forme gé-^ nérale est un cône évasé ; au centre de là basent la bouche, et des bords de cette base partent des bras d'ordinaire au nombre de huit*, chargés de petits tentacules, t£âl tôt espacés également, tantôt rapprochés deux à deux. •
M. Lamouroux , professeur d'histoire naturelle à Caen, y a observé avec beaucoup de soin une espèce de ces animaux à huit bras également distants; de couleur rose pâle, pointillée de rouge, relevée de huit bandes rouges , pénétrant dans les bases des bras, et qui sont les cœcums ou les intestins. Ces huit organes aboutissent à un estomac central. Chacun d eux est logé dans une cavité particulière où le retient une sorte de mésentère. Le genre de vie des lucernaires paroit ressembler assez à celui des actinies ou anémones de mer. --
Le même naturaliste a présenté à Tlnstitut une nouvelle rédaction de son travail général , dont nous avwis déjà parlé, sur ces sortes de zoophytes composés dont les troncs ne sont pas pierreux, ou , comme il les appelle, sur les polypes coralligènes fkxibUsy tels cpie les sertulaires et \esflustres; l'étude
approfoadie qu*}! a faite des polypiers en général lui a donné lieu d y remarquer des caractères distinctifs asseiP notables pour y établir près de cinquante genres qu'il a répartis en dix familles , et auxquels il a si^ibof^donné cinq cent soixante espèces, dont près de la moitié sont nouvelles.
On ne peut que réitérer le vœu que ce grand travail soitpromptementlivréala partie du public quil intéresse.
M. Leclerc, de Laval, le même qui a travaillé sur les conferves^.a présenté à Tlnstitut des observations intéressantes sur quelques animaux microscopiques, Lun d'eux, que M. Leclerc a découvert et nommé diflugie^ à peine du diamètre d*un dixième de.Iigne , est enveloppé d un étui membraneux qui s enduit d'un sable très fin, et d'où il fait sortir, des sortes de bras qui ne sont que des extensions de sa substance , et dont le nombre, la forme et les proporttons,.varient presque à sa volonté. Cet animal doit avoir de l'analogie avec celui que Bœsel avoit nommé proteus, et qui prend aussi dans le cours de peu d'instants mille formes diverses.
L'autre animal , observé par M. Leclerc, est un insecte hymenoptère, découvert par M. Jurine, correspondant de l'Institut , et nommé par \ur psile de Base y mais qui appartient au genre diapria de M. fjatreille. Il porte sur la base de son abdomen
334 ANATOlMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
une corne relevée, et se prolongeant en avant jusque sur la tête, où elle se termine par un renflement. M. Leclerc a reconnu que cette «corne est la çatne de la tarière , instrument dont bien d autres hyménoptères sont pourvus, mais qui d'ordinaire est autrement placé. La base seule de la tarière de la diaprie estcontenue dans sa corne , mais la pointe sort comme de coutume par 1 anus.
M. Latreille nous a donné une description très détaillée de certains crabes de la Méditerranée , bien remarquables par leurs yeux, portés , non pas comme ceux des crabes ordinaires , sur une seule articulation mobile, mais sur un long tube à deux articulations , en sorte que lanimal les meut comme les branches d'un télégraphe. Leurs pieds de derrière sont d ailleurs placés sur le dos, comme ceux des dorippes. Quelques uns de ces crabes avoient déjà été remarqués par Rondelet etpar Aldrovande ; mais ces anciens naturalistes n'avoient pas fait mentioa de la structure singulière de leurs yeux. M. LatreiUe en £aiit un genre sous le nom à'hippocitrci'nus. A-peu-près dans le même temps M. Leach, savant naturaliste aiiglais, qui travaille à un grand ouvrage sur les crustacés, décrivoit ai^ssî ces espèces soms le nom générique à'homohxs.
M. Savigny a étaUi Tannée dernière , par des observations détaillées, une analogie de structure in-
Animent plus grande qu on ne la supposoit entre les bouches des insectes ailés, soit suceurs, soit masticateurs, et il avoit fait voir que les gaînes des suçoirs, des trompes, ou autres instruments de déglutition des premiers, et quelquefois ces înstru* ments eux-mêmes, pouvoient être regardés comme des prolongements de quelques uns des palpes ou des mâchoires des autres. Il a présenté cette année un grand travail, d'où il résulte des analogies d'un autre ordre entre les bouches des masticateurs ordinaires et celles de certains genres qui paroissoient anomaux , et dont les uns ont été rangés par-* mi les crustacés, d'autres parmi les insectes sans ailes.
Les naturalistes avoient remarqué depuis long-^ temps qu'une partie des mâchoires de ces genres à bouche extraordinaire ressembloit à des pieds , et M. Savigny cherche à prouver que ce sont effcc* tivement de véritables pieds , qui , prenant plus ou moins la forme et les fonctions de mâchoires , viennexktse joindre aux mâchoires proprement dites, ou même les expulser et les remplacer tout-è-fait.
Ainsi , dans les scolopendres , il existe deux sortes de lèvres surnuméraires dont lextérieure a des palpes robustes et ctx>chns qui servent à l'animal pour smsir ses aliments. M. Savigny, remarquant qu'elles ne tiennent point à la ièîe^ mais au premier
336 ANATOMIE Ey PHYSIOLOGIE ANIMALES,
anneau du corps, les regarde comme les deux premières patres de pieds métamorphosés.
Dans les écrevisses et les crabes, où la tète et le corselet sont confondus , les mâchoires surnuméraires sont manifestement les premiers pieds ; souvent même, comme dans les squilles, leur forme n est pas trop dissimulée; mais dans ces animaux, et da»s plusieurs autres dont Fauteur a décrit là bouche avec une attention infinie, il subsiste tou-jours des mâchoires ordinaires ; au contraire, dans les araignées, scorpions, et les autres genres sans antennes, il ^e reste presque plus de trace de tête, et les vraies mâchoires oi)t disparu. Il ne subsiste que des mâchoires surnuméraires, c'est-à-dire des pieds transformés en mâchoires.
Telle est Fidée sommaire que nous pouvons donner d'un travail très original , mais dont les preuves ont pour base des observations si détaillées et si; nombreuses que nous ne pouvons les faire entrer dans notre analyse.
M. de La Billardièi'e, qui continue d observer ses ruches, a fait encore quelques remarques nouvelles sur cette matière si admirable , et qui semble devoir être inépuisable pour les naturalistes.
On sait qu après la sortie des derniers essaims les abeilles ouvrières, semblables pour Fingratitude à bien des êtres plus élevés, s'empressent de
ET ZOOLOGIE. SSy
se débarrasser des mâles, qui ne sont plus nécessaires à la propagation , et dont Tentretien consommeroit beaucoup de provisions. Elles en font un carnage épouvantable; mais , à eu juger par les expressions de quelques auteurs, on pourroit croire que cette expédition nest laffaire que de quelques jours, et qu*elle ne manque jamais d arriver. Ce«pendant il faut quelquefois plusieurs semaines aux abeilles pour la terminer; quand les rucbes sont foibles , c est-à-dire quand elles ont peu d ou vrières , lopération dure encore bien plus long-temps; et même les mâles sont entièrement épargnés dans les ruches où il n^ a plus de reine, ou dont la reine , comme il arrive de temps en temps, ne produit que des mâles. M. de La Billardière rapporte en détail un exemple de cette règle déjà reconnue par M. Huber; les cultivateut*s peuvent donc reconnottre, au grand nombre de ces mâles qui restent dans une ruche après 1 époque où ils âuroicnt dû en être chassés , qu il n y a point à attendre de nou-^ veaux essaims, et que la ruche peut être exploitée sans inconvénient.
Chacun connott ce petit bruit assez semblable à celui du balancier d'une pendule, qui a long-temps inspiré de la terreur aux gens superstitieux , et auquel on a donné le nom lugubre dliorloge de la mort. Les naturalistes ont jugé de bonne heure
BUFFON. COMPLEM. T. III.
qu il devoit provenir de quelque insecte ; et les uns lont attribué à une araignée, d'autres à ce petit animal quon appelle pou de bois, d autres encore à ce petit coléoptère nommé vrillette, parœqu'il perce le vieux bois comme avec une vrille; et parmi ceux qui ont adopté cette dernière opinion, les uns ont pensé que c'étoit Tinsecte parfait, d*autres que cetoit son ver ou sa larve, et tous ont cru qu*il opéroit ce bruit en creusant le bois, soit pour s en nourrir , soit pour en sortir. M. Latreitk avoit observe que le bruit est dû à une vriUetle, qui Texécute Bon pas en creusaut le bois, mais en le frappant. M. de La Biliardière a constaté le même fiiit par des observationssuivtes;et commec'estsur une femelle qu il les a faites, il pense que lobjet de ce bruit est d'appeler le mâle, comme le font beaucoup d'autres insectes femelles dans la saison de la propagation. lies observations sur les enveloppes du foetus, faites par M. Dutrocfaet, médecin à Château -Renaud , et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, ont été répétées par les commissaires de l'Institut, qui, une fois engagés dans ce travail, ont fait euxmêmes quelques observations propres à confirmer, comme celles de M. Dutrocbet, la grande aûalogie que Ton a déjà remarquée, même à l'égard de l'œuf ou de ce qui en tiemt lieu , entre las animaux vivipares et les ovipares.
Les animaux ovipares qui après leur naissance respirent par des poumons ont tous des œufs à^peu-près de même structure. Sous une double membrane qui revêt intérieurement la coque sont enfermés le blanc et le jaune de Tœuf. Celui'-ci est suspendu par ses deux pôles , au moyen de eordoas nommés chalazes^ qui sont des productions de sa tunique propre, la plus extérieure, sous laquelle en est aussi une seconde. C'est sous celle-ci que se montrent les premiers linéaments du poulet, et ce joli cercle vasculaire, par lequel il tient au jaune, et dont les vaisseaux viennent des artères et des veines de son mésentère. Les vaisseaux ombilicaux ne se rendent point au jaune du tout, mais ils se distribuent à une membrane qui communique avec le cloaque, et qui répond à rallantoïde des quadrupèdes* Invisible d abord, ne se montrant que le quatrième jour> et comme une vésicule qui sortiroit de Tabdomen, cet organe singulier croît avec une rapidité étonnante ; il perce les épiderraes du jaune, repousse le blanc jusque vers le petit bout de Tœuf, et enveloppe bientôt le fœtus et le jaune tout entier d'une double membrane; la tunique extérieure^ produite ainsi pair ce prodigieux développement de rallantoïde, est ce que les anciens observateursont appelé.le chorion , mais elle. ne répond pas. eu vrai chorion des quadrupèdes qui est repré-
34o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
sente par la membrane propre de la coque, comme la coque elle-même représente ce que Ton a appelé la membrane caduque dans les quadrupèdes. Il est extrêmement probable que ce réseau de Tallailtoïde sert à la respiration et supplée au poumon , qui ne peut exercer ses fonctions tant que 1 animal n'est pas dans lair élastique. Ce qui doit sur-tout le faire croire c'est que les ovipares qui respirent pendant leur vie, ou seulement dans les premiers temps qui suivent leur naissance par le moyen des branchies , nont jamais dans l'œuf ni membrane allantoïde, ni vaisseaux ombilicaux, probablement parceque la liqueur dans laquelle ils vivent fournit assez d oxygène à leurs branchies, et en reçoit elle-même suffisamment de l'élément ambiant.
Dans les faux vivipares à poumons, tels que la vipère, la coque de l'œuf et la membrane propre, beaucoup plus minces, sont promptement décbi^ rées et rejetées; la lame extérieure et vasculaire de l'allantoïde se trouve ainsi servir de tunique extérieure; elle est immédiatement embrassée par les parois de l'oviductus; et comme elle contracte quelquefois de l'adhérence avec ces parois, M. Dutrochet a cru qu'il pouvbit s'établir entre elles une liaison aussi intime que celle qui existe entre le placenta et l'utérus dans les mammifères; en sorte que les vipères auroient été encore plus complètement
vivipares qu'on ne le croyoit ; mais c'est ce que les observations des couimissaires n'ont point confirmé. Il n'en a pas été de même de ce que notre habile observateur a £iit connottre sur la métamorphose des têtards. Leur peau et leur queue ne s'enlèvent point comme on le croyoit pour laisser paroitrela grenouille; mais la peau, après avoir été percée par les pattes, forme, en se desséchant, une sorte depiderme, et la queue est entièrement résorbée.
M. Dutrochet avoit été précédé à certains égards dans ses observations relatives aux œufs par des anatomistes allemands, et sur-tout par M. Blumenbacb et par MM. Hochstetter el Emmert ; mais il n'a pas laissé que d'ajouter beaucoup à ce que l'on savoit , et il a trouvé moyen de rendre les nombreux degrés de développement d'une manière fort claire^ par des coupes idéales dans lesquelles il fait suivre à l'œil tous les changements de proportion des diverses parties.
M. Cuvier, l'un des commissaires chargés de vérifier les observations de M, Dutrochet, les a continuées en quelque sorte sur les fœtus des vrais vivipares, c'est-à-dire des mammifères, en s'aidant du secoure de M. Diard , jeune médecin , qui avoit aussi travaillé avec M. Dutrochet.
Pour bien saisir l'analogie des enveloppes de ces
dans les vivipares cette membrane ombilicale ne pouvant subvenir seule à la nutrition les vaisseaux ombilicaux , apr^s avoir enveloppé lallantoïde , percent le chorion pour s'enraciner en quelque sorte dans Futérus , et y chercl^^r à- la -fois dans le sang de la mère la nourriture du fœtus etloxygér pation de cette nourriture.
Quant aux animaux à branchies, soit les poissons , soit les larves de batraciens, l'organisation de leur œuf est beaucoup plus simple. Sans allantoïde et sans vaisseaux ombilicaux leur vitellus communique avec leur intestin par un conduit si large qu'il peut en être regardé comme un appendice, comme une sorte d estomac provisoire déjà rempli d avance de matière nutritive. C'est ce que prou- ' vent également les observations de MM; Dutrochet et Cuvîer, et les observations plus ancienlaes de Stenon , de Haller, et de plusieurs autres anatomistes.
Dans ses belles expériences sur le vomissement M. Magendie avoit remarqué que cette opération étoit précédée d'efforts dans lesquels l'estomac se gonfloit après un mouvement de déglutition ; il jugea que c'étoit là le mouvement qu'on appelle naur sée , et présuma que la cause en étoit la déglutition de lair; on savoit en effet, par les expériences de M. Gosse, qu'une déglutition d'air^provoque à vomir ; un jeune conscrit avoit même , dans la vue de
se Élire croire malade, porté lart d'avaler de Tair au point de gonfler non seulement son estomac, mais encore ses intestins, et cet état produisoit en lui de violentes angoisses. M. Magendie a constaté par des expériences directes cette nature des nausées. Le vomissement provoqué sur des chiens, soit par des pressions immédiates sur lestomac, soit par des injections d emétique dans les veines , a toujours amené des mouvements propres à faire pénétrer lair dans Tœsophage, et à le contraindre à descendre de là dans lestomac ; et ces mouvements ont été entièrement semblables à ceux des nausées. Nous rapporterions volontiers aussi à la physiologie un mémoire de M. de Montëgre sur Fart du ventriloque. A laide des leçons de M. Comte , qui s^est rendu si célèbre par Fexercice de cet art singulier, M. de Montègre explique non seulement les procédés par lesquels on peut modifier diversement le son de sa voix , mais encore tous les artifices par lesquels on peut faire prendre le change aux auditeurs sur ta direction des sons, et sur la distance d où ils partent. Malheureusement ces détails sont de nature à être saisis par des exemples, et imités par l'exercice , plutôt qu'à être exposés en paroles , du moins en paroles aussi abrégées que celles dont nous pourrions nous servir dans notre présente analyse.
Les animaux ont aussi leur géojjraphie^car la nature en retient aussi chaque espèce dans certaines limites par des liens plus ou moins analogues à ceux qui ariNètent Texlension des végétaux. Zimmerman a donné autrefois sur la répartition des quadrupèdes un ouvrage qui n'a pas été sans célébrité. M. Latreille vient d en publierun sur celle desinsectes. On sent qu elle doit avoir des rapports intimes avec celle des plantes ; et en effet Ion retrouve de même sur les montagnes d'un pays plus chaud les insectes qui habitent les plaines d'un pays plus froid. Les différences de dix à douze degrés en latitude amènent toujours , à hauteur égale , des insectes particuliers ; et quand la différence est de vingt à vingtquatre , presque tous les insectes sont différents. On observe des changements analogues correspondants aux longitudes, mais à des distances beaucoup plus considérables.
L'ancien et le nouveau monde ont des genres d'insectes qui leur sont propres; et les espèces, même de ceux qui sont communsà l'un et à l'autre, présentent des différences appréciables. Les insectes des pays qui enclavent le bassin de la Méditerranée, et ceux de la mer Noire et de la mer Caspienne ; les insectes encore d'une grande partie de l'Afrique,
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ont beaucoup d'analogie entre eux. Ces contrées toAaent ^uF-'tout le domaine des coléoptères, qui ont cinq articles aux quatre tarses antérieurs et un de moins aux deux derniers. L'Amérique nous offre, outre les genres qui lui son t propres , un très grand nombre d'insectes herbivores, tels que cAryiomé^^ charamonSfCassides, capricornes y papillons, etc. Ceux de TAsie au-delà de llndus ont une grande affinité quant aux familles et aux genres dont ils font partie« liCS espèces de la Nouvelle-Hollande, quoique voisines de celles des Moluques, s'en éloignent néanmoins par des caractères essentiels. Les lies de la mer du Sud et l'Amérique méridionale semblent laisser entrevoir à cet égard quelques rapports généraux, tandis que lentomologic de l'Afrique contraste essentiellement en plusieurs points avec celle de l'Amérique méridionale.
Dans TËurope occidentale le domaine des insectes méridionaux se manifeste très sensiblement dès qu'en allant du nord au midi on parvient aux paysfa vorables à la culture de Folivier. La présence du bousier sacré et des scorpions annoncent ce changement remarquable de la température ; mais il ne s'opère dans TAniérique boréale qu'à une latitude plus rapprochée de 1 equateur d'environ cinq à six de» grcs: La forme du nouveau continent , la nature^ de son sol et de son climat, produisent cette différence.
M. Latreille expose ensuite une nouvelle division de la terre par climats. Le Groenland, quoique très voisin de FAmérique, pai*oit cependant, daprès la Faune qu en a donnée Otfaon Eabricius , se rapprocher davantage à cet égard de TEurope septentrionale et occidentale. On peut du moins considérer le Groenland comme une terre intermédiaire entre les deux mondes. Daprès ce motif M. Latreille le prend pour point de départ duo premier méridien qui , passant 34"* à l'ouest de celui de Paris, se prolonge dans locéan Atlantique, et se termine à la terre de Sandwich au 60** de latitude sud , le nec plus ultra de nos découvertes vers le pôle antarctique. Ce méridien, à partir du 84^ de latitude nord , dernier terme approximiatif de la végétation , et ensuite au-delà jusqu'au 60** de latitude sud , est coupé de douze en dousse degrés par des» cercles parallèles à lequateur. Les intervalles forment autant de climats que M. Latreille désigne sous le nom àe polaire ^ souS'polaire, supérieur, inter-médiaire, mr-tropical, tropical, et équatorial. Mais, comme les insectes de l'Amérique diffèrent spécifiquement de ceux de lancien continent, et qua commencer au bassin de llndus les insectes de l'Asie orientale semblent s'éloigner, sous plusieurs rapports généraux, de ceux des parties occidentales, M- Latreille divise d'abord les deux hémi-
sphères par un autre méridien , qiill fixe a 1 82 degrés à Test de celui de Paris , et partage ensuite chaque continent en deux grandes portions, au moyen de deux autres méridiens : Tun est de 62^ plus oriental que celui de Paris, et passe sur les limites occidentales du bassin de Tlndus ; Tautre coupe TAmérique à loô"" à Touest du méridien de Pai4^, et détache la partie de ce continent qui est la plus rapprochée géographiquement, et peutêtre quant aux' productions naturelles, de TAsie. Les deux hémisphères sont ainsi partagés longitu* dinalement en deux zones, Tune orientale , et Tau tre occidentale.
Tout Paris a pu voir une femme venue du cap de Bonne-Espérance, que Ion montroit au public, sous le nom de Fénus hottentote. Elle appartcnoit à une nation de Fintérieur de TAfrique , célèbre chez les colons du Cap par sa férocité, et que laridité des cantons qu elle habite et les persécutions des peuples du voisinage contribuent également à ré^ duire à Tétat le plus misérable. La petitesse de leur taille, les formes particulières de leur tête, la couletir jaune de leur peau , et sur-tout 1 énorme saillie des fesses dans les femmes, semblent en faire une race bien distincte des nègres et des cafres dont ils sont entourés. On a sur-tout beaucoup parlé du tablier de ces mêmes femmes , que les premiers voya-
35o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
geursavoient d abord représenté fort înesactement, et dont quelques Yoyaf^eurs plus récents ont été jus- <ju'à nier 1 existencei
La personne dont nous parlons étant morte a Paris, MwCuvier a eu occasion de la disséquer, et de constater les particularités de son organisation. Elle possédoit le tablier; mais ce n est ni un repli de la peau du ventre, ni un orgiane particulier «c'est seulement une production considérable de la partie supérieure des nymphes qui tombe devant louverture de la vulve, et la couvre entièrement. Les proéminences des fesses ne se composent que d'un tissu cellulaire rempli de graisse à-peu-près comme les bosses des chameaux et des dromadaires. Le squelette n eu conserve point de marque, si ce n'est un peu plus de largeur et d épaisseur aus bords du bassin. La tête ofFroit un mélange singu lie» des caractères du nègre et de ceux du calmouck; enfin les os des bras, remarquables par leur minf^enr, offrent quelques rapports éloignés avec ceux de certains singes.
Un des reptiles venimeux les \iius redoutables après le serpent à sonnette cest la vipère jaune^u fer-de^lance de la Martinique et de Sainte^^-Lueié , sur laquelle M.- Moreau de Jonaès a lu à rAcadémie un mémoire intéressant. Les naturalistes la placent aujeurd^hut dans le genre des trigonaciphateSy c^
ractërisé par les fossettes situées derrière les narines. Elle remplit la principale des colonies qui nous restent. Quelques uns prétendent qu'elle y fu t autrefois apportée, en haine des Caraïbes, par les irrrouages, peuplade des bords deTOrénoque; tradition qui expliqueroit peut-être comment elle est restée étrangèi*e aux autres Antilles. Depuis les bords de la mer jusqu'au sommet des Mornes Ton est exposé à ses atteintes; mais son principal refuge est dans les champs de cannes à sucre, où des multitudes de rats lui servent de pâture, et où elle se propage avec une abondance proportionnée au nombredesespetitS) qui estdecinquanteà soixante par portée. Sa longueur va quelquefois à plus de six pieds. On a cherché en vain jusqu'à présent à détruire ces vipères, en les faisant poursuivre par des chiens terriers de rade angloise. M. Jonnès propose d'essayer contre elle cet oiseau de proie à hautes jambe appelé messager ou secrétaire {falco^ serpentariuSy L.), qui dévore tant de serpents aux environs du cap de Bonne-Espérance; et l'admisnistration a déjà songé à faire transporter cette espèce utile à la Martinique. Peut-être la mangouste ne rendroit-elle pas de moindres services.
M. Guvier a ta*miné par un mémqire étendu sur le poulpe, la seiche^ et le calmar, le travail qu'il avoit entrepris depuis long-temps suit raxiatomie
des mollusques. Les genres que nous venons de désigner sont les plus remarquables de cette nombreuse classe d'animaux , par la complication et les singularités de leur structure. Pourvus de trois cœurs , d'un système nerveux très dévelopj>é , We grands yeux aussi bien organisés que ceux d aucun animal vertébré^ de viscères excrétoires très singuliers et formés sur un plan dont la nature n'offre pas d'autre exemple, ils méritoient toute l'attention des naturalistes.
L'auteur a réuni ce travail à tous ceux qu'il a voit lus précédemment à l'Institut**, sur des animaux de la même classe, pour en former un volume in*-4^, orné de trente-six planches en taille-douce, qui vient de paroître sous le titre de Mémoires pour servira l* histoire et à tanatomie des mollusques.
En faisant ses recherches anatomiques sur les seiches, M. Cuvier a eii occasion de reconnoître la nature d'un fossile assez commun dans nos couches calcaires, et qui avoit offert jusque-là une énigme indéchiffrable aux geologiôtes. C'est une partie osseuse, concave d'un côté, avec un rebord rayonnant, convexe du côté opposé, et armée d'une forte, épine entre la convexité et le rebord. 11 est démontré aujourd'hui que c'est l'extrémité inférieure d'un os de seiche ; et si l'on est étonné de quelque chose c'est que l'on ne se soit pas aperçu plus tôt d'un rapport aussi évident.
Les eaux douces de quelques cantons du midi de la France nourrissent un très petit coquillage semblable à un bouclier surmonté d*un aiguillon pointu et recourbé. On Favoit cru univalve, et on lavoit nommé Vancyle épine de rose; mais M. Marcel de Serre vient de s assurer que c'est une des valves d'un coquillage bivalve et régulier, dont la charnière a des caractères qui lui sont propres. En conséquence il en fait un genre qu'il nomme acanthis. L animal de cette coquille n a' pas encore été observé.
Les animaux sans vertèbres en général , considérés sous le rapport de la classification et de Ténumération des espèces, font Tobjet d un grand ouvrage ^ont M. de La Marck vient de publier les trois premiers volumes in-S*", commençant par les êtres les plus petits et les plus simples, c est-à-dire par les animaux microscopiques. L'auteur passe aux polypes, soit libres, soit soutenus par ces masses plus ou moins solides auxquelles on a donné le nom générique de coraux. Il en vient ensuite aux radiaires, classe dans laquelle il comprend les êtres mollasses vulgairement nommés orties de mer, et ceux à qui leur enveloppe , souvent épineuse , a fait donner le nom d'échinodermes.
Il fait une quatrième classe, qu'il appelle tuniciers, de ces mollusques composés dont M.Savîgny nous a
BUFFON. COMPLBM. T. III. ^ 33
révélé, il y a un an , la singulière histoire, ainsi que des mollusques simples analogues à ceux dont la réunion les forme.
La cinquième classe comprend les vers intesti^naux, auxquels Fauteur joint quelques vei;s des eaux douces, qui sembloient devoir rester parmi les annélides.
Son troisième volume se termine par une partie des insectes.
Le grand détail où M. de La MarcL est entré, les espèces nouvelles dont il donne la description, ren*dent son livre très précieux aux naturalistes, et doivent en faire désirer la prompte continuation, sur* tout d après la connoissance que Ton a des moyens que cet habile professeur possède^ pom^ porter à un haut degré de perfection 1 enumération quil nous donnera des coquilles, cette partie im^ mense de Thistoire naturelle.
Quant à Thistoire des coraux elle vient d'être enrichie du grand travail de M. Lamouroux sur ceux de leurs genres dont la partie solide est flexible ; travail que nous avons annoncé plusieurs fois dans nos analyses précédentes, et qui a paru cette année en un volume in-»8**, avec dix*huit planches. On y prend connoissaace d'un nombre vraiment effre^yaat d'espécçset de genres dont plusieurs, sous
d'autres noins, se trouvent être les mêmes qu a établis M. de Là Marck.
Le public jouit aussi maintenaot, par la voie de l'impression, de \ Histoire des crustacés de Nice, par M. Risso, et des belles Recherches^ de M. Savigny, sur la bouche des insectes et sur les mollusques composés. Ces derniers travaux sur-tout, qui ouvrent à la science des vues toutes nouvelles, sont bien dignes de Tattention des naturalistes; mais comme les uns et les autres avoient été précédemment communiqués à TAcadémie, et que nous en avons déjà donné des analyses, nous nous dispenserons dy revenir.
Cette multiplication de jour en jour croissante des êtres animés que les naturalistes observent, la nécessité de mettre de temps en temps quelque ordre plus convenable dans leur distribution et dans les caractères qu'on leur assigne , ont déterminé M. Cuvicr à en reproduire Teosemble dans un ouvrage en quatre volumes in-8^, avec dix-huit planches, qu'il vient de publier sous le titre de Règne animal distribué daprès son organisation.
Il a eu en même temps pour but de faire servir cet ouvrage d'introduction à la grande anatomie comparée qu'il prépare , et pour cet effet il y fait marcher de front les caractères intérieurs et exté-* rieurs. Sas classes sont celles dont nousavons donné le tableau il y a deux ans; mais ce que nous n'avons
pu indiquer alors, et ce que nous ne pouvons indiquer aujourd'hui que dune manière générale, c'est l'extrême division des genres en sous-genres et autres coupures inférieures, par où l'auteur croit être arrivé à une précision telle qu'on ne peut presque plus hésiter sur la place d'une espèce. C'est sur-tout parmi les animaux vertébrés que ce travail étoit nécessaire et que l'auteur a mis beaucoup de soin à l'exécuter, en y joignant des recherches nombreuses et nouvelles sur les confusions de synonymie et sur tous les doubles emplois si communs dans les auteurs qui n'ont pas usé d'une extrême critique.
M. de Barbançois, correspondant, propose encore quelques changements, on plutôt quelques subdivisions ultérieures dans la distribution méthodique des animaux. Il ne voudroit pas que rhomme restât confondu avec les mammifères, et pense même que l'on pourroit en faire un quatrième régne de la nature, qu'il propose d'appeler le régne moral ; il desirei;oit feire des reptiles visqueux ou batraciens une classe distincte des reptiles écailleux ; séparer les céphalopodes des autres mollusques; porteries mollusques cirrhipédes à la tête deÉ annélides, et introduire quelques arrangements analogues dans lés classes anciennes, que d'ailleurs il adopte;
Le grand objet de ces sortes de recherches est çiolns d'établir ou de multiplier des subdivisions que de ne jamais éloigner dans celles qu^on admet des êtres qui se ressemblent, ni rapprocher des êtres qui ne se ressemblent point. A cet égard M. de Barbançois ne conteste aucun des rapports reconnus par les naturalistes qui 1 ont précédé.
Une des questions les plus intéressantes de la physiologie c'est l'origine de l'azote qui fait un élément essentiel du corps animal. On soupçonnoit bien que la respiration qui enlève le carbone et rhydrogène du sang, en y laissant Tazote, contribue par-là même à augmenter la proportion définitive de celui-ci; mais on ne savoit pas positivement si eet azote vient tout entier des aliments ou si Fatmosphère n'en fournit pas aussi une partie, soit au travers du poumon dans la respiration, soit par le moyen de l'absorption qui se feit à toute la surface du corps; ou enfin s'il ne s'y produit point par Faction même de la vie.
M. Magendie a voulu s'en assurer par des expériences, et pour cet effet il a nourri des chiens avec des substances qui ne contiennent point sensiblement d'azote, et principalement avec du sucre, de la gomme, de l'huile d'olive, du beurre, auxquels il ajoutoit de l'eau distillée. Ces animaux ont tous fini par périr, mais avec des phénomènes très siur
gtiliers : entre autres une ulcération d6 la cornée , qui a quelquefois percé cette membrane de manière que Tœii s^est vidé de ses humeurs. Leurs sécrétions prenoient le caractère de celles des herbivores ; 1^ principes contenant de iazote y diminuoient de plus en plus ; le volume des muscles étoit réduit au sixième; et ces suites fâcheuses ne provenoient pas du défaut de digestion ^ car les aliments non azotés donnent du chyle et remplissent les^aisseaux lactés , ils soutiennent la vie plus long-temps que si Ton refusoit absolument la nourriture.
L azote entre comme partie essentielle dans Turée et dans lacide urique; ces éléments du calcul de la vessie et ces matières diminuent sensiblement dans Turine des animaux nourris de substances non azotées. M. Magendieen a conclu qu au moyen d un régime très végétal on pourroit au moins ralentir les progrès de cette funeste maladie de' la pierre. Il est vrai que le régime entièrement végétal donne quelquefois une maladie contraire, le diabètes sucré ou flux excessif d'une urine où abonde la substance sucrée, maladie que Ion guérit en se nourrissant de viande.
Ces faits peuvent devenir utiles en médecine, et donner des indications diététiques importantes.
M. Magendiem aussi fait, en commun avec M.Ghe vreul, des essais pour déterminer k nature des gaz
ET ZOOLOGIE. SSg
qui se développent au moment de la digestion dans les diverses parties du canal alimentaire. Dans quatre suppliciés qui avoient pris un peu avant leur mort des aliments déterminés, 1 estomac a offert de Tosygène, de 1 acide carbonique, de Fhydrogène pur, et de 1 azote ; Fintestin grêle, les trois derniers gaz, mais point d'oxygène;Me gros intestin enfin joignoit à de lacide carbonique et à de 1 azote des gaz hydrogènes carbonés et sulfurés : ces deux derniers n appartiendroient donc qu'aux gros intestins ; 1 oxygène se trouveroit dans lestomac seul^ ment; 1 azote et 1 acide carbonique existeroient dans tout le canal , et la quantité de ce dernier augmenieroiten descendant.
M. de LaMarck travaille avec une rare persévérance à la publication de son Histoire naturelle des animaux sans verièbres. Le quatrième volume a paru cette année. Il continue et termine la classe des in«sectes. L'auteur y expose avec soin, et y range dans Tordre qui lui a paru le plus naturel, ceux des genres établis par les entomologistes qu'il a jugé devoir adopter; mais 1 étendue à laquelle il s est restreint ne lui a pas permis de donner, comme dans les classes précédentes, lenumération détaillée des espèces. Il se borne à citer comme exemple un ceiv
36o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
tain nombre des plus remarquables, en sattachaqt de préférence à celles de notre pays. Les naturalistes désirent vivement qu'il reprenne dans les volumes suivants, et sur-tout quand il sera arrivé à la classe des mollusques, les énumérations complètes des espèces connues qui ontÊiit des premiers volumes un travail si important pour la science.
M. Daudebart de Férussac, qui étudie depuis long-temps avec beaucoup de soin les coquilles de terre et deau douce, ainsi que leurs animaux, a présenté le plan d'un ouvrage déjà fort avancé, «où il les fera représenter en couleurs naturelles, et dans lequel il réunira tout ce que l'on a découvert 3ur leur organisation et sur leurs habitudes. Il complétera ainsi sur un point important ÏHistoire naturelle des animaux sans vertèbres.
Il n'est personne qui n'ait entendu parler, presque dès l'enfance, de l'industrie laborieuse et des ouvrages savants de l'abeille domestique ; et tous ceux qui ont eu occasion de lire les mémoires de Réaumur ont été sans doute vivement frappés des pror cédés divers, des moyens aussi ingénieux que compliqués, inspirés par la nature à cette multitude d'abeilles sauvages qui peuplent nos champs , nos prairies, et nos forêts. M. Walkenaer, digne mem-
bre de FAcadëmie des BeUes-I^ettres, qui s-est disr tÎDgué aussi par un grand nombre de recherches du genre de celles qui occupent rAcadémie des Sciences, vient d'ajouter des faits très intéressants à tous ceux que Ion connoissoit déjà sur Tinstinctde ce genre admirable. Dans cette prodigieuse quan* tité de sous-genres que les naturalistes ont été obligés d établir, pour classer nettement les innombrables espèces d*abeilles, il s'en trouve un que Ion a nommé haUcie, qui appartient à la tribu des an«* drènes , et dont le caractère particulier consiste en un sillon longitudinal sur le dernier anneau de r^bdomen des femelles. Une espèce de ces halictes tlepetite taille vit en société; elle creuse en commun dans la terre un ti^ou qui pénètre à cinq ou six pouces, et communique latéralement avec sept ou huit cavités distinctes, élargies à leur fond et servant d alvéoles à une larve. Ces petits halictes ne travaillent a leur nid que la nuit; pendant le jour ils vont recueillir sur les fleurs le pollen et le suc mielleux dont ils forment les boules destinées à la nourriture de leurs larves. Il n'y a point de neutres parmi les halictes, et les femelles, qui prennent seules part à louvrage, forment environ les trois quarts des individus. Le plus grand soin de ces jpetits animaux est de faire tour-à-tour une garde attentive à lentrée de leur trou, et de ny laisser
pénétrer que les membres de la société. En effet des ennemis de plusieurs genres , que M. Walkenaer fait connoitre, cherchent à s y glisser, les uns pour dévorer la pâtée mielleuse ramassée par les halictes, les autres pour y déposer des œufs dont 11 doit éclore des petits qui dévoreront les larves. Un ennemi plus cruel encore est le cercère orné, in* secte de la famille des crabrons, qui cteuse des trous aux mêmes endroits que les halictes; enlève, ceux-ci au moment où ils veulent entrer chez eux, les pique de son aiguillon pour les affoiblir, ci les enterre pour servir de provision à sa propre larve.
Une espèce d'halicte plus grande creuse une grande cavité arrondie où elle construit en terre les petites cellules qui doivent recevoir ses larves.
Le mémoire de M. Walkenaer, qui a été im^ primé, contient, outre ces observations sur les mœurs de deux espèces particulières, une descrip*tion exacte de ces espèces, leur comparaison avec les espèces voisines, et la description des insectes qui les attaquent de diverses manières.
On connolt en Amérique une énorme samgnée^ que les zoologistes rangent aujourd'hui dans la subdivision dite des mygales , et que l'on a nomm^^ aviculairey parceque sa taille dun pouce et deiîii
de longueur, pour le corps seulement, lui permet d attaquer jusqu'aux petite oiseaux; M. Moreau de Jonnès a donné un mémoire sur ses mœurs qu'il a observées à la Martinique : elle ne file point, mais elle se loge dans les crevasses des roches, et se jette de vive force sur sa proie; elle tue les colibris, les oiseaux mouches, les petits lézards, qu'elle a soin de saisir toujours par la nuque comme si elle savoit que c'est l'endroit par où ils peuvent être plus aisément mis a mort. Ses fortes mâchoires paroissent verser quelque venin dans les plaies qu'elle fait ; car on regarde ces plaies comme beaucoup plus dangereuses qu'elles ne le seroient par leur seule profondeur. Elle enveloppe dans une coque de soie Uanche des œufs au nombre de dix-huit cents ou de deux mille, et cette fécondité, jointe à la ténacité de sa vie, auroit bientôt couvert le pays de cette espèce hideuse et cruelle, si la nature ne lui avoit pas donné, dans les fourmis rouges, des en-^^ nemis actifs et innombrables qui détruisent la plus grande partie des petites araignées à mesure qu'elles éclosent.
M. l'abbé Manesse a fait, depuis plus de quarante ans, des œufs des oiseaux l'objet particulier de ses études; il en a recueilli dans les marais de la Holla'tide et de la Hongrie, sur les rochers de l'Ecosse
et de la Suéde. Son absence la fait considérer comme émigré et lui a £iit fermer pendant long-temps les portes de sa patrie. A son retour il a trouvé détruite une partie des planches qu'il avoit fait graver. Rien n a pu le rebuter : constamment occupé de cette unique passion, il a rassemblé les œufs de deux cent seize espèces d'Europe ; il les a décrits , il les a peints tous par des moyens qui lui sont particuliers ; il a donné tous les faits relatifs aux habitudes des olsenux, à leurs nids, à leur manière de couver, dont ses recherches l'ont rendu témoin, et d après ce que l'Académie a vu de son travail elle pense qu'il remplira une lacune de l'histoire des oiseaux que plusieurs observateurs précédents étoient encore loin d'avoir comblée d'une manière aussi satis-; faisante.
M. de Humboldt a décrit un oiseau de l'Amérique aussi singulier par ses mœurs que par sa conformation. Sa taille est celle d'un coq ; son bec est large et ftindu comme celui d'un engoulevent, mais la dour hle dentelure qu'il a de chaque côté le rapproche des pies-griéches ; son plumage est celui d'un oiseau de nuit. En effet il se tient le jour dans des cavernes , et y niche ; on ne le voit sortir qu'au crépuscule ou au clair de lune. Cet oiseau fournit en quantité une graisse fluide, inodore, et plus transparente
que de Thuile d*olive, que les habitants du voisinage emploient à la préparation de leurs aliments. G'est d'après cette propriété que M. de Humboldt lui a donné le nom systématique de stéatomis. ACumana on lappelle guacharo.
Ce savant voyageur continue à donner dans ses observations de zoologie les insectes recueillis par M. Bonpland dans l'Amérique méridionale et décrits par M. Latreille, qui s est cbargé aussi de décrire dans les cahiers prochains les coquilles ras-^ semblées le long des côtes de ce pays.
M. Palisot de Beauvois a terminé le premier volume des insectes que lui ont procurés ses voyages d'Afrique et d'Amérique.
Dans notre analyse de 1807 nous avons annoncé les travaux entrepris par M. le chevalier GeofFroy- Saint-Hilaire dans la vue de porter beaucoup plus loin qu'on ne l'avoit fait avant lui l'analogie de toutes les parties du squelette dans les diverses classes d'animaux , et dans celle de 1 8 1 2 nous avons indiqué quelques modifications proposées par M. Cuvier à la partie des résultats de M. Geoffroy, qui se rapporte aux os de la tête.
Il est bien constant aujourd'hui , d'après cette suite de recherches, que le crâne et la face des ver-
tébrés ovipares , c est-à-dire des oiseaux , des reptiles et des poissons , se composent d'os correspondants les uns aux autres et formant un ensemble analo* gue; que cet ensemble, sans répondre entièrement aux os qui composent les mêmes parties dans les fœtus des mammifères, s'en rapproche toutefois plus que ceux des mammifères adultes; que la différence la plus essentielle entre les mammifères et les ovipares consiste en ce que dans ceux-ci plusieurs parties du temporal, du sphénoïde, et du palatin, demeurent détachées et mobiles, et que du premier de ces os il ne reste, dans la composition du crâne, que ce qui est nécessaire pour contenir le labyrinthe de loreille.
Mais on n'est pas arrivé à la même certitude à l'égard de cet appareil volumineux et compliqué que les poissons emploient à leur respiration , et l'on n'a point encore clairement retrouvé dans la charpente osseuse des animaux terrestres les vestiges de ces nombreuses pièces qui soutiennent les opercules ^ la membrane branchiostége et les bran-" chies.
M. Guvier, conduit par l'analogie des autres ^^r* tébrés, et spécialement par ceile des reptiles batraciens, lesquels ont pendant quelque temps des branchies plus ou moins semblables à celles des poissons , et dont quelques uns conservent même
ces organes pendant toute leur vie; M. Cuvier, dison»-nou$ , a considéré les grands os qui portent la membrane branchiostége comme représentant 1 os hyoïde, mais n a pas cru pouvoir retrouver dans le squelette des animaux à poumons les analogues ni des opercules ni de Tappareii spécialement consacré à porter les branchies.
M. de Blainville a cherché à déterminer la nature de lopercule. Comme la mâchoire inférieure des oiseaux et celle des reptiles se divisent en six pièces pour chaque côté , et qu on n^en voit communément que deux à celle des poissons , il a pensé que les quatre pièces qui composent lopercule peuvent être démembrées de la mâchoire ; mais M. Geoffroy annonce que cette idée n est plus admissible depuis que M. Cuvier a reconnu dans la mâchoire de Vesox osseus les mêmes divisions que dans celle des autres vertébrés ovipares, et sur-tout depuis que M. Geoffroy lui-même a généralisé cette observation à tous les poissons osseux.
M. Geoffroy a donc fait de nouvelles études de toutes ces parties , et a présenté ses résultats à TAcadémie en plusieurs mémoires. Le pi'emier a pour objet lopercule ; son opinion à cet égard est très hardie ; et cependant c'est peut-être dans toute sa théorie celle qu il sera le plus difficile d^attaquer, du moins en n'employant que la voie de coïnparaison.
L'auteur pense que les quatre pièces reconnues depuis long- temps dans l'opercule, et une cinquième plus petite qui s'y montre quelquefois séparée des autres , répondent au cadre du tympan et aux quatre osselets intérieurs de loreille des quadrupèdes. Selon lui , le cadre du tympan est ce que M. Cuvier nomme préopercule. L'opercule répond à letrier, Finteropercule au marteau, le subopercule à l'enclume , et la petite pièce qui s'en détache quelquefois à l'osselet lenticulaire. Il trouve une certaine ressemblance déposition , et même de figure entre ces parties que l'on avoit crues si étrangères les unes aux autres. La vaste communication delà cavité branchiale avec la bouche lui paroît représentée dans les animaux à poumons par le conduit de la trompe dEustache. En conséquence ^ M. Geofïi'oy doute que les osselets de l'oreille soient primitivement et essentiellement destinés à l'ouïe; il pense qu'employés avec tout leur développement pour la respiration des poissons ils se réduisent dans les autres classes à un état rudimentaire , à-peu-près comme ces doigts qui , bien visibles et bien mobiles dans certains quadrupèdes, se rapetissent et se cachent sous la peau dans des quadrupèdes d'espèces voisines, et n'y servent plus pour ainsi dire qu'à guider l'anatomiste dans les sentiers pénibles de l'analogie.
ET ZOOLOGIE. 36g
Mais comme Ion ne compte communément qu'un seul osselet dans la caisse de Toreille des rep* tiles et des- oiseaux , on pouvoit objecter que les quatre osselets des mammifères ne conduisoient pas d une manière continue à ces quatre grands os de lopercnle des poissons, et qu'il se trouvoit dans la série des analogies une sorte d'hiatus qu'il falloit combler. M. Geoffroy l'a essayé : pour cet effet il divise d abord en trois parties cet osselet un ji|ue des oiseaux et des reptiles; sa branche, recourbée et embrassée dans la membrane du tympan, répond, selon lui , au marteau ; la tige qui traverse la caisse, à l'enclume ;.la platine qui ferme la fenêtre ovale, h l'osselet lenticulaire; et il croit avoir retrouvé l'étrier. dans une double branche enfoncée plus intérieurement. Il y aura à vérifier si cette dernière partie ne seroit pas simplement la cloison du limaçon.
Le deuxième et le troisième mémoire de M. le chevalier Geoffroy ont pour objet de développer sa proposition avancée en 1 807, que les grandes branches os.seuses qui portent la membrane branchiostége des poissons , et les osselets ou rayons , répondent au sternum des oiseaux.
Il fait d'abord bien connoître la structure de ces branches, et ne dissimule pas le fait le plus fort que l'on puisse lui objecter, c'est qu'elles sont sus-
BUFFOif. GOMPL^M. T. III. 24
pendues aux os styloïdieiiis absolument comme les corqes sufiérieures de los hyoïde des mammifères.
A ces osstyloïdiens, qui eux-mêmes ne peuvent être méconnus dans les poissons, tient de cb«fue côté une première grande pièce, suivie d'uiie se:: conde encore plus grande; et cestà ces deux-là, ou à lune des deux , qu adhèrent les rayons brandhiostéges. Entre les deux grandes pièces, à l'endroit <|[|^#lles se rapprochent, en sont quatre petites, deu^ de chaque côté : lune postérieure, et lautre antérieure. En avant des deux antérieures est los impair de la langue ; en arrière des. deux postérieures une suite de trois os^ également impairs , auxquels s articulent de chaque côté leâ arcs branchiaux ; et enfin, en dessous des quatre, encore un os impair, comprimé d ordinaire verticalement, et qui sert à lattàche de différents muscles.
Le nombre des pièces de Fos hyoïde dans les quadrupèdes et dans les oiseaux étant assez variable, le i;iombre de celles qui entrent dans la composition des parties que nous venons de décrire n^étoit pas un obstacle à ce qu'on vtt encore dans cet ensemble un os hyoïde; et leur position, leurs connexions, leur figure générale, et leurs fonctions, avoientégar lement semblé favoriser cette idée. '
Mai3 M. Geoifroy ayant dès l'origine considéré les^ayops branchiostèges conunedes côtes et coïninç
répondant spécialement am cotes sternales , c'es^ à-dire à ce qu'ov appelle dans Thomme cartilages des côtes , a dû chercher a trouver des. portions de sternum dans les parties auxquelles ces rayons sVittaclient*
Pour réaliser cette idée, il a étudié le sternum et Tos hyoïde des divers Vertébrés^ en prenant: ces parties dans les individtis jeunes, où les centre*» d'osaificatîon n-étoîent pas encore confondus. Dans leistemnm des oiseaux il a> trouvé constammenf ttne {^aDde:piécc centrale, celle dont le milieu p«rte cette crête si remarquable^en* forme deçàrêne At navire^ -et à laquelle s'attachent çn avant les '^prandes apophyses coraco'ïdes dles omoplate», iroelatévsde antérieure V à laquelle s articulent les cotes V u^ latérale polstérieure, qpi forme ces angles, loag^ei^'ps percés ouécharicrés par un espace nmnbraoeu^; enfin 'une cinquième impait*é pins petite queles autres et placée en avant de la grande enu*e lesartienlations coracoïdes des| apophyses?. li ttettiiie la grande pièce ento^temal; la petite, en avant; épi-^stemàli la latérale antérieure, de chaque côté, hyo-slemaly parcequ elle ' donne attache ani muscle steruo-hyoïdicn ; et la latéralfe postérieure ,
iie'sterttum des reptiles, particulièrement celui des'tditûea et c^ui'dissrlâArds /tal ^siÊÊtt Aëê anâliVr
372 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, gies et des différences curieuses sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici , parcequ'elles importent moins à la discussion principale.
Dans los hyoïde des mammifères^ M. Geoffroy trouve constamment un corps qu'il nomme basihyal; deux cornes thyroïdiennes , ou aidant à suspendre le cartilage thyroïde , celtes qu'on nomme les grandes dans Thomme , mais qui sont les plus petites dans la plupart des animaux (il les appelle glosso-hyaux); deux autres cornes qui suspendent Fos aux apophyses styloïdes : ce sont les petites cornes de Thomme ; mais dans les autres animaux ce sont presque toujours les plus grandes. Elles se composent ordinairement chacune de deux pièces, que M. Geoffroy nomme apohyaux et ceraiohyaux; et Fos styloïde, qui est détaché du crâne dans tous les mammifères, Thomme et les singes exceptés, prend le npin destylo-hyal; enfin une proéminence impaire partant du milieu de los et se dirigeant en avant, qu'il appelle urxhhyal, par des raisons que nous dirons tout-à-Fheure ; elle se divise aussi qudqueFois en deux ou trois pièces ; M. Geoffroy la vue ainsi dans le cheval.
Ces faits posés , M. Geoffroy cherche l'analogie de l'hyoïde des oiseaux avec celui des mammifères. Il admet que les grandes cornes des premiers répondent à celles des autres, mais que ne trouvant
ET ZOOLOGIE. SyS
point d'attaches styloïdiennes elles se portent autour de larrièrecrâne ; il suppose ensuite dans le corps de los un mouvement de bascule qui porte les cornes thyroïdiennes en avant, pour former Tos de la langue , qu'il trouve effectivement divisé en deux pièces latérales dans le geai. Ce mouvement auroit porté en arrière la proéminence impaire, devenue ainsi une espèce de queue sur laquelle repose le larynx ; c est pourquoi il nomme cette proé? mînence um-hyaL
Bestoit à faire lapplication aux poissons.
Partant, comme nous Tavons dit, du principe que les rayons brancbiostéges sont des côtes, M. Geoffroy devoit chercher les annexes latérales du sternum dans les parties auxquelles ces rayons s articulent, c'est-à-dire dans les deux grandes pièces des branches qui portent la membrane brancfaiostège. Il leur transporte en (effet les noms qu'il a donnés aux annexes latérales du sternum des oiseaux,, et appelle l'antérieure hyo-sternal, et l'autre Itypo-stemaL II cherche ensuite dans les deux petites pièces de chaque côté, placées à la réunion de ces deux grandes branches, les cornes styloïdiennes de l'os hyoïde, et nomme l'une de ces petites pièces , lantérieure, cerato-kyaly et l'autre apo-liyal; l'os de la langue , ici comme dans les poissons , est pour lui l'analogue des cornes thyroïdiennes ou de ses glossor
374 ANATOMIE rr PHYSIOLOGIE ANIMALES,
hyanx; le corps dfe Tos^et sa queue ^ 6a lebasi-^al ^iVum-hycdy il ie,s cherche dans cette suite de trois fis ÎJ^pairs placés entre les ares braitcfaiàuiu ffifisi ïds impair et verti^jaly. placé sous tputcçt.appareil,, M' GeofFiroy le regaï'de comme répondaut à sou épi-stemal, et il suppose que la |xartié Qioyènne dbi 3teriium^ des oiseaux, Yento-sterkal, manque dans les pôisspns. .
On voit que Fauteur est obligé d admettre une sorte de fusion et dentrelacfiment dus3ternum, et de rbyoïde, et de supposer qtie les annexes sternàles sont vemues s'intercaler entre les os styloïdes et le reste de$ cornes styloïdiènnes de l'hyoïde ; et c0 sera ^^ns doute f nous le répétom , une des grandes difficultés qu'on lui qpposera. Toutefois, avanjt; de prononcer, il sera nécessaire de voir et d'apprécier da<ns soj^ouVnstge une infinité de détails pleinsd'int^rêt sur It^.anallogies des muscles qui s'insèrent à, ces diverses parties, et iine foule d'idées in gé- |iie^u$es sur le oiécanisme qui , lorsqu'une des pié- (pe$ Osseuse» est venue àmanquer^ a pu, selon lui, (çptraSner.les autres , les faire changer, de position respective, et établir ces différences de connexions , embarrassantes pour ceux qui ne veulent reconnbitre \ine pièce qu'aiitant qu'ils la retrouvent àpeu«iprès à >la mètne placcî » «. ' :
M. Geoffroy admet, par exemple, dans le ster-
ET ZOOLOGIE. 3jS
num et (dans les c6tes8temales, qu*il regarde comm^ essentiellement consacrés à protéger le cœur et les organes de la respiration , une sorte de mobilité qui les feroit avancer ^ou reculer en même temps que ces importants viscères. Ainsi le sternum, placé dans les quadrupèdes à-peu-près sous le milieu de Tépine , rejeté dans les oiseaux sous la partie pos* térieure de cette colonne ^ seroit porté en avant dans les poissons jusque sous le crâne; il dépasseront les apophyses coracoïdes, qui ne le retiendroient plus en arrière d'elles, comme dans les autres classes, parcequ'il manque dans les poissons de cet entû'Stematy ou dé cette pièce moyenne pu ces apophyses doivent s'appuyer.
Le quatrième et lé cinquième mémoire de M. Geoffroy ne seront pas sujets à autant de contradictions que les deux précédents. Il y traite des arcs branchiaux et des os pharyngiens , dont il voit les éléments dans le larynx, la trachée-artère et les bronche^. '
Rappelons-nous la chaîne mitoyenne des trois osselets atixquels Tauteur dodne les noms de bm, d'^to et diUrO'hyaL Les trois premiers arceaux des branchies S'arj^iculent de chaque côté à cette chaîne, par l'intermédiaire d'autant d'autres ossdets,'tandi6 que le quatrième arceau et l'os ph£fryngîen inférieur s'articulent chacun immédiatement à son con-
3y6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
génère , en arrière de la chaîne. Chaque arceau e&t lui-même brisé vers son tiers supérieur, et se trouve ainsi composé de deux pièces j et aux extrémités des quatre branches supérieures de chaque côté s articule l'os pharyngien supérieur de ce.çôté-là, qui est d ordinaire subdivisé en trois petites plar ques. Les arceaux portent, comme tout 1^ monde sait , le long de leur bord externe les lames cartilagineuses des branchies; et à leur bord interné ils sont pour lordinaire armés de lames , de pointes ou de tubercules, souvent hérissés de petites dents que 1 on a nommées branchiales.
M. Geoffroy voit , dans les deux premières paires de ces osselets qui servent à unir les arceaux à la chaîne moyenne, les débris du cartilage thyroïde; dans la troisième paire les représentants des cartilages arithénoïdes , et les os pharyngiens inférieurs , sont à ses yeux un démembrement du cartilage cricoïde , repoussé en arrière par le^ derniers arceaux qui s articulent immédiatement à la chaîne moyenne. Mais pour se procurer dans les animaux à poumons quelque chose d analogue aux pharyngiens supérieurs , Fauteur de ce mémoire est obligé de détacher la lame inférieure du sphénoïde des oiseaux d avec le reste de l'os auquel elle ne tient, il est vrai, que par un diploé assez lâche et encore interrompu par les cellules mastoïdiennes iriférieu-
res et par les trompes dTEustache. U faut même, pour établir 4 analogie des pièces antérieures avec le larynx y qu*il admette que le cricoïde et les arithénoïdes ont glissé en arrière, et qu'au lieu de rester sur le thyroïde, ils se sont placés à sa suite.
Enfin M. Geoffroy voit dans les arceaux même des branchies, qu'il nomme pleuréaux, les représentants de certains cartilages transverses qui se trouvent aussi au nombre de quatre dans les bronches des oiseaux , lorsqu'ils ont pénétré dans le poumon. Le nombre quaternaire des branchies lui paroît répondre à la division assez constante du poumon en quatre lobes. Les enfoncements trans* verses que la saillie des côtes produit dans le poumon des oiseaux lui offrent une autre indication de cette division. Il n'est pas jusqu'aux tubercules, souvent hérissés d'épines qui garnissent les arcs des branchies, où il ne croie apercevoir des rudiments dés anneaux de la trachée-artère. C^est pourquoi il les nomme trachéaux, et donne le nom de bron-^ chéaux aux lames cartilagineuses disposées comme des dents de peigne, qui supportent le tissu vaseux laire, partie essentielle de l'organe respiratoire des poissons.
Il nous est presque impossible d'entrer dans le détail de toutes les transpositioiis , de tous les moun vements dans les pièces de la machine organique
que ces analogies duppoàent ; encore moins d atia^ lyser toutes les raisons, que Fauteur assigne à ce$ mouvements \ mais nous devons croire que les natu^ ralistes , pour qui ces recherches iie peuvent maii^ quer d avoir beaucoup d attrait, s'empresseront de les étudier dans l'ouvrage que M. Geoffroy va donner au public, avec les planches nécessaires pour rendre ses idées sensibles.
; Les expériences successives de Priestley, de Lfa-» voisîer, de Goodvrin , de Bichat, de LegaUois, ont éiîlairé de lumières inattendues la théorie de la res^ piration et de ses effets dans le corps vivant. Oit sait aujourd'hui que le sang devenu noir par sal dispersion dans tous les organes , le sang véinfeUX en un mot , ne peut reprendre sa couleur vermeille, redevenir dli sang arjériel, qu'autant qu'il éprqtfve l'action de l'oxygène, et que de cette transformation en sang artériel, de ce rétabliiss^merit dans lés qualités qu'il avoit perBiies, en se distribuatit attx parties , dépend' la iBcultéâont il jouit d entretenir l'action du système netvput:^ cit, par le moyeii de ce système , de renouveler sans cesse Tirritabilité musculaire; enfin , par cette irritabilité, de' se donner à lui-ntèmè cétite cix^ctrlâ'tiott perpétuelle qui en fait la source incessamment renouvelée de la vie.
BT ZOOXiOGIE. 379
Cependant il est des animaux , tdb que tes reptiles, où la connexion de la vitalité avec ta circulation et avec la respiration semble n)oins intime, et où Ton peut suspendre pendant quelque temps lime ou. l'autre , ou toutes les deux ensemble , sans anéantir la sensibilité nile mouvement volontaire. -'LVm' pou voit supposer que dans certains cas Vdiv agissoit sur le sang , ou même immédiatement sur le nerf et sur la fibre , sans avoir besoin de l'intervention du poumon. L'on sarit en efFet que la principale modification éprouvée par le sang lors de son contact avec 1 oxygène, consiste à rétablir l'équilibre de ses éléments, en perdant spii car^ bone superflu, qui se dissipe sous la Forme d'acide carbonique.
Or les expériences de Spailanzaoi et de M. Ehr^ maû ont: prouvé que: toutes lés parties dit corps animal, ;qui sont mises en dontàct avec l'oxygène, produisent de l'acide carbonique , et l'on' devbii Gi»irequ'ilVy:fitit dne sorte de respirâftion qui sup* plée plus oumoin&à la respiration ordinaire, ou qui concourt avec elle« . ^ . . ,- î- *
; M. Edwards , médeciiy, a voulu s'asisuret* d'abord de l'utilité de cette respiration supplémeïitaîré par des expériences directes. Des grenouilles , des érapauds et dés salamandres , auxquels ùH srvoit enlevé le cœur, et où Ton avoit supprimé par consécjuent
38o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
toute circulation et toute respiration pulmonaire , ont été placés dans de IVr , dans de Feau ordinaire, et dans de Teau privée dair-: le résultat constant des expériences a été que la vie s'est conservée beaucoup plus long-temps dans Tair. Les individus qui paroissoient morts dans Teau reprenoient vie quand on les exposoit à lair, et l'on pouvoit les tuer et les ressusciter ainsi à plusieurs reprises. La vie se conserve dans l'eau aérée un.peu plus long-r temps que dans leau privée d air.
Ainsi l'air a dans ces expériences une influence sur la vitalité indépendante du poumon et de la circulation. Tel est le résultat quand on supprima les deux fonctions à-la-fois.
Si l'on se borne à empêcher l'animal de respirer en lui fermant le larynx , l'action de Tair au travers de la peau est encore très sensible ; la vie se prolonge dans ce fluide beaucoup plus que dans l'eau, et il se développe de l'acide carbonique; mais, soit dans l'eau*, soit dans l'ailr, elle se prolonge aussi beaucoup plus que si l'on enlève le cœur; en sorte que la circulation de ce sang, qui ne respire plus que par la peau , est encove bien plus avantageuse pour entretenir la vitalité que la simple action directe de l'air sur un corps où la circulation ne subsisteroit plus.
Mais ce qui dut paroitre bien remarquable c'est
que ces animaux intacts, enfermés de toutes parts dans du plâtre, ou enterrés dans du sable, vivent beaucoup plus long-temps que ceux qu^on retient dans Teau, que ceux mêmes quon tient dans de laii- sec,
#e premier point s'éclaircit assez vite. M. Edwards sassura que le sable et le plâtre laissoient passer de lair; etquand il les couvroit de mercure, leffet n avoit plus lieu.
Mais comment le plâtre et le sable prolongentils la vie plus que Tair sec ? Des expériences exactes ont prouvé à M. Edwards que c est en retardant la transpiration qui est teès funeste aux salamandres et aux grenouilles.
La même saison fait que ces animaux périssent dans le vide plus tôt que dans leau.
Il ne faut jpas croire cependant que leur existence dans l^s corps solides puisse se prolonger indéfiniment ; et M'. Edwards n a Fien obtenu qui justifie les récits de quelques auteurs touchant des crapauds qui auroient été trouvés vivants dans des blocs de marbre ou d autres pierres naturelles.
L^ physiologistes sont loin d être d'accord sur tout^ les circonstances du merveilleux phénomène de la circulation : Tirritabilité du cœur et les cpntracftions quelle produit en sont bien, de laveu de
382 ÂNATOMIE ET PHT&I0LÔ6IE ANIMALES,
toiit le mande, la cause tpiâncipale ; mais il reste à djéterminer si leâ artères prennent tme part àcti^b à ce mouvemezut, et quelle est cette part en suppo^ santqu elle existe. . , •'
Les anatomistes ont admis long-temps dans le tissu des artères une tunique musculaire et irritÉ^ld dont les contractions successives ;dQsoîent porter pius loin le sang arriyédu coeur ;: mais en reconnc^t aujourdliui que cette tunique.^ au moins dams les grandes artères, n'est quun être de raison. Bichat a prouvé: de plusreufs manièîres que leurs fibres non;! rien de commun avec ceUes dès muscks,; et il ne Les .considère y par rafiport à la circulation, qtrè comme des tubes entièrement pass^i^ et obéissants à Timpulsion du cœur ; mais il n'étend pas les efTets de cette impulsion jusqû au travers idës deititers petits vaisseaux dn système capillaire, et il pensé mente que le mouvement du sang s arrêteroità eè passage ss^ns Tintervexition de ce qu'il appelle \û contraetitité organique ou la tonicité d^ parties ; et c'est aussi dans cette contractilité que cet ingé-^ nieux physiologiste cherche les causes des variai tions locales que les parties éprouvent de la plus ou moins grande abondance du sang qui y afflue.
IVlLMage^dieà présentéàFAcàdémie un mémoire où 41 cherche à établir deé idé^ diftSérenie^^ il n'admet d'irritdbilité ni dans les gra(ndes artèresni dâiis
tçs petites; mais iLrecoiinoît dans les unes et dans les autres une élasticité qui leur permet de se dilater quand le cœur y pousse le sang, et en vertu de laquelle elles se qpntractent sur ce sang quelles ont reçu y et le pousaeqit plus loift; il prouve cette élasticité par rinspection et par cette expérience qu^en liant uneartèreen deux points et en l'ouvrant entre tes ligatures le sang jaillit et lartère se contracte. C'est par cette élasticité qu'il explique comment le mouvement du sang dû à une'cause intermittente, k& contractions diico&ur, devient cependant à-peupfès uniforinie, parcequedans Tintervalle des cpnti»€tk>n&du cœur celles des artères y suppléent en rjejfuroduiisant sur le sang Faction qu'elles ont ellesidèineâ: éprouvée dé la part du cœur, comme il arriva dans les pompes de compression. M. Magenr die pense aussi que le mouvement du sang dans les veines. ^épend uniquement de Factioti du cœur et deslgrandes artères, sabs que le système capillaire y ajoute rien; et il a fait à ce sujet une expérience quil regarde comme démonstrative. Si on sépare dans un endroit coQvexiable Fartère et la veine crùrale^ et qu^on lie fortement le reste de la cuisse, on ve^ra le sang jaillir avec plu^ ou moiiis de force de la veine, selon qu'on laissera Fartère libre ou qu'onla comprimera. Qn trouvera Fexposé de cette théorie et le résumé de ces expériences dans le deuxième
volume des Eléments de physiologie de lauteur , qui a été publié cette année.
Il est un fameux problème de jjpédecine légale qui a souvent embarrassé les juges autant que les médecins^ que les codes ont résolu parcequll falloit le résoudre^ mais sur lequel la nature est loin de se conformer toujours à la loi humaine: cest celui de la durée de la grossesse. Afin de prévenir beaucoup de fraudes le législateur s'est exposé à com-^ mettre quelques injusticeâ^ et il a fixé, les termes dans lesquels la loi reconnoitroit la légitimité des naissances ; il a profité à cet égard des observations faites par les accoucheurs et parles médecins; mais des causes nombreuses, et qu'il est inutile d'expliquer au long,, rendent l'instant de la conception dans l'espèce humaine si difficile à constater, qu'il étoit bien difficile aussi d'arriver sur cette question à un résultat concluant. Qiepuis long -temps l'on avoit proposé de faire des expériences sur les animaux , car il n'y a point d'apparence que lés limites de leur gestation soient à proportion ni plus ni moins fixes que celles de la femme. M. Tessier, qui avoit saisi cette idée depuis plus de quarante ans , d constamment tenu registre des faits qu'il a observés ou qui lui ont été communiqués par des observateurs exacts.
La latitude qui en résulte est bien grande.
Les vaches, dont le terme est le plus communément de neuf mois et quelques jours, ne vêlent quelquefois qu a dix mois et vingt-un jours ; mais quelquefois aussi elles vêlent à huit mois. La difFéreuce entre la. plus longue gestation et la plus courte peut aller à quatre-vingt-un jours.
Le terme ordinaire des juments est de onze mois et quelques jours, mais elles peuvent le retarder jusques à près de quatorze mois. La plus grande différence va à cent trente-deux jours. Les prolongations dans cette espèce sont plus nombreuses que dans les vaches.
Les brebis portent cinq mois ; leurs limites sont plus restreintes ; les différences en plus et en moins ne s'éloignent que de onze jours. Les aberrations précoces y sont les plus communes.
La latitude diminue, comme on devoit s y attendre, dans les gestations courtes, mais pas exactement dans la proportion de leurs durées. Les chiennes portent deux mois, et leurs limites sont 4e quatre jours; et les lapines, qui ne portent qu un mois, ont huit jours de différences extrêmes.
Et ce n*est ni Tàge des mères, ni celui des pères , ni leur constitution, ni les races dont ils proviennent, ni le régime qu'on leur fait suivre, ni le sexe des petits, qui occasionent ces différences; on est
BDFFOir. COMPLVM. T III. 35
réduit à en rechercher la cause daus des dispositiom mtérjeures qui ont jusqu a présent échappé à tQu$ le* yeux.
M* Te^icr publiera les tableaux des faits qui lui OPt fourni ces résultats; ils portent sur cinq cent fixante dixnSispt vaches^ quatre cent quarante-sept juments, neuFcent douze brebis , cent soixanterune lapine», vingt^ûnq truies^ huit bufHesses, quatre cbieniies, et deu;i^ ânesses ; etiauteur a jsoîgnense^ Hie^t éc9/*té de ses séries toutes les observations sjuspecte$.
M. \ççom3fe de Lgcépéde ayant eu en communication des peintures très soignas , rapportées du Jappp p^rjlVl Titsîng, représentant une i^uititude d'objets d'histoire naturelle, dont ceux qui nou^ étoient connus 3pnt rendus s^vec une .grande exactitude, a cru pouvoir rfd^vd^r ce$ peintures comme des docuu^ents $uffî0amment ^utb^tîqixejs , mem^ pour établir 4es espécç^ que Jo» ne connott point par d'autres voies. En conséquence il en a e:itrait la de^criptiop de plusieurs espèces de cétacés qui n ont ppi^t euçore été pbseryéespar l^es naturalistes européens, Elle^ cojusiste^it eu deux baleines propremeu^ dites, c'e$t-à-dii:e san^ nag^re dorsale; quatre balénoptères ou baleines pourvues d*une
ET ZOOLOGIE. SSy
nag[eoire sur le dos; un pfaysétère ou cachalot muni de nageoire dorsale, et un dauphin.
L'auteur donne avec détail les caractères distino* tifs de ces huit animaux j qoî forment une addition considérable a la liste des cétacés, laquelle, dans le dernier ouvrage de M. de Lacépède sur cette classe^ ne s'élevoit encore qu a trente-quatre.
M. Cuvicr a présenté une tète dorai^-outang d*âge moyen qai lui a été récemment envoyée de Calcutta par M. Wallich , directeur du jardin delà compagniedeslndes.lla feil remarquer queles tètes d'orang«outangs décrites jusqua présent étoie^t toutes prises dlndivîdus fort jeunes et qui n*avoiem point encore changé leurs dents de lait ; celle qu'U a mise sous les yeux de FAcadémie, étant plus a van-» cée, a déjà lé museau plus saillant et le front jJui reculé; on y voit des commencements de crêtes temporales et occipitales qui la font ressembler beaucoup à celle du grand singe connu sous le nom de ponjfo de Wurmb. Cette dernière tète ayant d ailleurs toutes les connexions d os, les formes, Ica proportions, et les positions de fentes et de troua qui sont caractariâtiques pour les orang-outangs, il ne seroit pas possible que le grand singe de Wu rmb ne fikt qu un oraîog-outang ordinaire adulte. Dana tous les CM c'est une véritable espèce d orang , eC c'est matà*propos que M. Guvier lui même, dcter^
miné par la petitesse relative de son crâne , 1 avoit laissé auprès des mandrilles et des autres singes à long museau.
Le même membre a fait voir la figure d'un tapir originaire de Sumatra , qui existe vivant dans la ménagerie du gouverneur-général des Indes angloises, le marquis de Hastings, et qui diffère du tapir d'Ar mérique par la couleur blanchâtre d'une partie de son dos, tandis que le reste du corps est d'un brun noir. Il résulte d'un mémoire qui accompagnoit ce dessin , et qui avoit été envoyé à M. Cuvier par M. Diard, jeune naturaliste occupé dans les Indes de recherches scientifiques , que cette espèce de quadrupède habite non seulement File de Sumatra, mais encore une partie de llnde au-delà du Gange. Jusqu'à présent on avoit cru le genre des tapirs propre à l'Amérique.
M. Moreau de Jonnès, correspondant de l'Académie, qui a le projet de décrire particulièrement les différents reptiles des Antilles, et qui avoit commencé ce travail l'année dernière par une histoire' fort étendue de la fameuse vipère jaune ou fer-delance de la Martinique, a présenté cette année un mémoire sur l'espèce de gecko appelé dans cette lie mabouïa des murailles, et qui n'est autre chose que le gecko à queue épineuse de Daudin : cet animal , d'un aspect hideux et à qui ses ongles donnent la
ET ZOOLOGIE. SSp
faculté de te ci'amponner assez pour marcher sous des plafonds, habite Fiiitérieur des maisons où il poursuit principalement les blattes : il inspire de l'horreur aux habitants qui lui attribuent des dis* positions malÊiisantes, et lui ont donné ce nom de inabouïa, parceque c'étoitceluiquelemauvais principe portoit chez les Caraïbes. C est le même animal dont Arcélius avoit dit qu'il lance une salive noire et vénéneuse, et qui a été indiqué^ mais très mal décrit, par plusieurs naturalistes, sous le nom de sputateur. On appelle dans les Antilles mabouia des bananes une autre espèce de gecko qui arrive à une plus grande taille , et qui est le gecko lisse de Daudin , dont la queue , quand elle a été arrachée , renaît souvent plus grosse qu'elle n'étoit auparavant ' .
Ces notions sont d'autant plus intéressantes que des naturalistes a voient transféré par erreur le nom de mabouïa à une espèce de scinque.
Le même observateur a donné un autre mé* moire sur la couleuvre à laquelle son agiUté a fait donner le nom de courresse (coluber cursor. Gmel.). C'est un animal timide et innocent qui détruit dans les jardins beaucoup de limaçons, et que les ha-
' Le gecko à queue ëpineuse, le gecko porphyre, et le sputateor, «ont le même animal, selon M. Moreau de Jonnès ; ils appartiennent à la famille des geckos hëraidactyles.
Le gecko lisse et le gecko à queue renflée sont aussi le même, et appartiennent aux thécadactyles.
faitants protègent soigneusement, parcequ île le croient lennemi acharne de la vipère £siwie^Iaiice; mats c'est une erreur occasionée , lelon M. Jonnèsi parcequ'on la confondu avec une grande espèce de boa qui nexiste plus aujourd'hui à la M^rti-*nique.
IjCs grands ouvrages de zoologie publiés p^r les académiciens ont été continués avec zèle ; il a paru un volume des Animaux sans vertèbres de M. de La Marck, et des livraisons des Observations zoologiques de M. de Humboidt, et des Ins^tes ttAfriqv^ de M. de Beauvoi$.
Nous avons rendu compte avec beaucoup de dé* tail dans notre analyse de Tannée dernière des importantes recherches par lesquelles M. le chevalier GeofFroy^Saint^-Hilaire a cherohé à ramener ks pièces osseuses de 1 appareil branehial des poissons à celles qui remplissent des fonctions analogues dans le squelette des trois autres classes d animaux vertébrés. Ce savant naturaliste a présenté cette année à T Académie plusieurs nouveaux mémoires éur le même sujet, et il a publié Wtouten un vo^ lume , SQU3 le titre de Philosophie Qnatomiqm, ou des organes respiratmreSy sous le rapport de la di^rminor tion et de [identité de leurs pièces osseuses, avec dix planches en taille-douce.
BT ZOOLOGIE. 3$!
ht travail do M« Gec^oy peut être considéré son» trois aspects distincts ; il embrasse:
1^ L'énumératioii et ta description de Soutes les pièces osseuses composant chacon des origanes qui contribuent à la respiration dans les poissons, et de celles de quelques unes d^ autres classés , lon^ qu'il étoit nécessaire an plan de Tauteur de le$ dé^ crirede nouveau;
a"" Le» rapports admis par Tan teur entre tes pièces que jusqu a présent Ton aroit crues exciusîveineat propres aux poissons , et cellesqo'il regardecomsie leur étant analogies dans les antres vertébrés ;
3^ Les considérations auxquelles il s élève d'après ces rapports nouvellement aperçus totrehant la nature et la destination des org;anes dont tes pièees font partie.
Ainsi M. Qecfffvoy énumère et décrit avec tKÂn toutes les petites pièces qui entrent dams la grande ceinture brancfaiostège; celles qui forment les arcs osseux sur lesquels les branchies sont suspendues; celles qui supportent ces arc» ; celles qni leur sont annesées sous le nom d'os pharyngiens ; ceUea qui les recouvrent sous le nom d'opercules , etc. Il fait counoitre de combien de {ûéces se compose le sternum dans les diverses classes de veitébrés , et comment ces pièces y sont arrangées^ Il donne aussi des détails neufs et curieux sur la compostion des di-^
39? ANATOMÏE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, vers os hyoïdes , et sur les points dWsification qui se montrent dans les cartilages des divers larynx , ainsi que sur la ressemblance du larynx supérieur des oiseaux avec celui des mammifères.
Cette partie de son travail , qui consiste en faits certains, en grande partie nouveaux , et tous nettement exposés, demeurera toujours une acquisition précieuse pour la science.
La seconde partie, qui établit les rapports des pièces dont nous venons de parler avec celles des classes supérieures, est déjà susceptible de plus de difficulté , ainsi qu'on a pu lentrevoîr dans notre dernière analyse.
Selon M. Geoffroy, les pièces qui forment 1 opercule branchial répondent au cadre du tympan et aux osselets delouïe ; les pièces qui portent la membrane branchiostège résultent d'un eùtrelacenient, dune intercala tion des parties du sternum entre celles de Tos hyoïde ; d'un renversenlent du corps de cet os hyoïde , qui porte en avant et transforme en os lingual ses cornes thyroïdiennes , lesquelles ^ dans les mammifères, se dirigeoient en arrière pour s'unir au cartilage thyroïde ; enfin d'un déplacement du sternum, qui, du lieu qu'il occupoit dans les trois premières classes derrière les clavicules ou les os coracoïdes, le transporte en avant de ces mêmes os, et sous la gorge. Les pièces latérales qui unis-^
ET ZOOLOGIE. SqB
sent les arcs des branchies à la chaîne commune qui les porte répondent, toujours selon M. Geoffroy, aux points d ossification du cartilage thyroïde, et aux cartilages arythénoïdes ; les os pharyngiens inférieurs à ceux du cartilage cricoïde ; les supérieurs à une lame qui se seçoit détachée de Fos sphénoïde , ou à la partie cartilagineuse de la trompe dEustache ; les arcs branchiaux à ceux des bronches ; les petites pièces qui les hérissent aux anneaux de la trachée. Nous avons déjà annoncé ces rapports dans notre précédente analyse , et nous ne pouvons aujourd'hui que renvoyer à lexposition détaillée, que M. Geoffroy en donne ; on y trouvera tous les motifs qui peuvent faire assigner à chacun deux le degré de probabilité dont il est susceptible.
Quant au troisième ordre des idées de M. Geof^ froy, celles qui concernent les fonctions véritable* ment essentielles des organes, on peut dire que cas idées sont en partie nées des recherches dont nous venons de parler, et qu'en partie elles ont été conçues pour en appuyer les résultats.
Ainsi M. Geoffroy, une fois convaincu qiie les pièces si développées, qui composent lopercule branchial des poissons, et qui dans cette classe ne paroissent pas servir à louïe , ne sont que le marteau, lenclume, et les autres osselets de loreille
394 A^TATOMIE BtT PHYSIOLOGIE ANIMALES,
des mammifères, sur une plus grande échelle, a dû être conduit à douter que ces osselets fussent des organes de Fouïe , même dans les animaux où on les a toujours regardés comme tels, et à les considérer seulement comme une s&rte de superflu resté rudimentaire (ce sont ses termes) dans les animaux à poumons , et imUcateur dune or^emisation rigoureux sèment nécessaire et amplement développée dans les poissons.
De même, ayant cru reti*ouver dans l'appareil osseux des branchies qui ne produisent aucune voix toutes les pièces du larynx , il a dû être disposé à croire que ce nest pas sur de solides et véritables considérations que Son a présenté le larynx comme des^ tiné à la voix^ comme torgane principal de la voix; et il aime mieux Yappeler ta première couronnedu tuyau introductifde Pair dans le poumon, le lieu des vouloirs de torgane respiratoire , et la réunion de ses plus ïéUs seruUeurs.
Cependant il est de notre devoir de faire remarquer que, sur ce dernier sujet, M. Geoffroy n'est pas aussi opposé à Topinion reçue que les efforts qu'il fait pour soutenir la sienne pourroienf porter à le croire : car il ne conteste pas que , dans les ani*maux à poumons , le larynx ne serve à la voix ; et il établit même une théorie nouvelle pour» expliquer comment cet organe remplit cette fonction. 11 en
IbT ZOOLOGIE. 395
est de même de la partie de son travail où M. Geof- 6t>y combat Texistence d'un larynx inférieur dans les oiseaux. Ce nest pas qu il nie que les oiseaux a aient au bas de leur trachée des dispositions orga** niques qui produisent des sons ; il veut dire seule* ment que ces dispositions ne consistent pas en pièces semblables à celles du larynx supérieur; ce que personne en e%i n a jamais prétendu.
hïï théorie particulière à M. Geoffroy sur la voix et sur le son n'est pas dans une dépendance nécessaire de ces recherches anatomiques , et tient à des idées de phyaîque générale quHl s'est faites depuis long^temps, mais qu'il n'a point assez développées dans cette occasion pour que nous puissions en rendre compte. Nous dirons seulement qu'il i*cgarde le cartilage thyroïde comme un corps sonore servant de table d'harmonie à l'instrument vocal, et que c'est au rapprochement et à leloignement de ce cartilage et de l'hyoïde qu'il attribue les variatioBs de tons«
Ge volume est t^miné par un mémoire sur les 03 (le l'épaule. L'auteur avoit depuis long-temps &it connoitre les rapports de ces os dans les poissons avec les os analogues des oiseaux; et même eest par^là qu'il a été conduit à toutes les recherches d'ostéologie comparée dont nous avons entre-, tena plus d'une fois nos lecteurs. Il a repris cette
396 ANATOMIfi Et PHYSIOLOGIE ANIMALES,
matière sous un point de vtie plus général ^ et re^ garde ces os comme arrivés dans les poissons à leur maximum de développement et d'importance , y servant de bouclier au cœur, de soutien au diaphragme, et comme de chambranle à l'opercule branchial.
Au reste nous répéterons ici Finvitation qtfe nous avons déjà faite aux naturalistesr||e consulter un ouvrage rempli de faits intéressants et nouveaux , et où 1 on trouvera une grande instruction, même sur les points où Ton ne croira pas pouvcHr adopter toutes les opinions de Fauteur,.
M. Edwards a continué les expériences curieuses qu'il avoit commencées Tannée dernière sur la respiration des grenouilles; déjà il s'étoit assuré que la présence de lair est utile pour prolonger la vie de ces animaux , lorsque la circulation et la respiratien pulmonaires ont cessé ; que Feau les fait périr plus prompfement qu'une enveloppe solide , et d'autant plus promptement qu'elle est moins aérée; et il s'est occupé plus particulièrement cette année de l'influence de Fair contenu dans Feau , et de celle de la température à laquelle on élève ce liquide^ Il a constaté que Faction délétère de Feau diminue avec la température. Les grenouilles ont vécu deux ibis plus long-temps dans de Feau à 10 degrés que dans de Feau à 1 5**, et trois fois plus dans de Feau
à o : au contraire leur vie s'abrège de près de moitié à 22'', de plus des trois quarts à 32^ ; et elles périssent instantanément quand on les plonge dans de leau à 4^^- Le froid de latmosphère avant Topération est encore une circonstance fiivorable au prolongement de la vie dans 1 eau froide. La quantité de lair contenu dans Feau , le volume de leau employée, le renouvellement plus fréquent de cette eau , sont des circonstances qui y contribuent aussi, chacune dans des proportions et des limites que M. Edwards détermine par des expériences nomr breuses^ et faites avec toutes les précautions dune physique exacte.
Entre o et lo degrés les grenouilles peuvent vivre plusieurs mois dans une quantité de dix. litres d eau. aérée que Ton renouvelle une fois par jour : Faction que Fait de cette eau exerce sur leur peau sùtfit à leur, existence, sans quelles aient besoin de mettre en jeu leurs poumons; mais à lo"* et au* dessus elles ne peuvent continuer à vivre qu en venant respirer Fair à la surface. Si on les retient sous Feau, à 1 2 ou iJ^"* par exemple, quelque soi^ que Fon prenne de la renouveler, elles périssent en un ou deux jours; de Feau courante peut leur feire supporter quelquefois sous Feau une température plus élevée; quelques unes la soutiennent jusque 2*2 \
SgS ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
Indépendamment de leur intérêt pour Id théorie générale de Faction de Fair sur le sang, ces expériences expliquent plusieurs traits singuliers deleconomie de ces animaux, et sur-tout la différence extraordinaire de leur genre de vie en hiver et en été.
M. LatréiUe, qui $ait allier heureusement les recherches d'érudition avec celles de l'observation , et les féconder les unes par les autres, a cherché à déterminer positivement Fespéce des difféi*ents insectes qui servoient d'emblèmes dans l'écriture sa* crée des anciens Égyptiens, et dont on trouve fré* quemment les images <Jans les monuments de cette nation singulière.
Les plus connus appartiennent à lu ftsimille des scarabées que Fon a nommée pilutaifes, par^eque ces inseotesenlbuissentleursœuf^dansdepetilesboulei qu'ils pétrissent avec la matière des excréments.
M. Latreille commente à leur sujet on passage d'Horus ApoUo, et fait voir que les trente doigta que cet auteur leur attribue ne sont que des pha* langes qui se trouvent en effet au nombre de trente à leurs six doigts, cinq à chaque doigt.
Une partie des autres attributs donnés à ces insectes a également quelque fond de vérité; mais il y en a aussi d'entièrement con trouvés, dans la vue
ET ZOOLOGIE- ^ 3g9
4 ctablir de préteodues allégorie» et de justifier le culte rendu aux scarabées ^ ou d'expliquer 1 emploi que J ou fesoit de leur figure dans Ifss hiéroglyphes. Il étoit difficile qu il n en fût pas ainsi lorsque Ion eut perdu en Egypte Tintelligence des hiérogly** phes et celle des mystères de lancienne religion ; quoi qu'il en soit les trois espèces de scarabées in-^ diquées par Homs Apollo sont, selon M. Latreille, Yateuchus sacer; une espèce de copris voisine des copris tnidas; et le copris paniscus^ ou telle autne es-^ pécetrès voisine.
On a représenté aussi très fréquemment sur les murs de quelques temples égyptiens un insecte de la famille des hyménoptères, posé sur un petit rameau à quatre branches; M. Latreille y voit ou une guêpe, emblème de toute influence venimeuse , avec la plante qui pourroit guérir les effets du venin , ou une abeille sur 1^ rameau qui doit lui fournir son miel.
Il termine son mémoire par une nqte si|r quel* ques insectes que Ion trouve dans Les momies , et sur les espèces qui ont servi de modèle^ aux artistes pour figurer sur les zodiaques les signes du cancer etduscorjfÂon.
M. Moreau de Jonnès continue à communiquer à IVicadémie YHistoire des reptiles des Antilles.
4oo ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
Il Fa occupée cette année d un grand lézard du genre des scinques qui habite dans les bois, et que Ton appelle aujourd'hui dans nos colonies lézard de terre. Il s'y nommoit autrefois broche ou brochet de terre; les variations que ses couleurs et sa taille éprouvent, selon lage ou d'autres circonstances, et les différentes proportions de sa queue, jointes à quelques confusions de synonymie , avoient fait multiplier cette espèce par les naturalistes au point de la placer cinq fois dans leurs catalogues souscinq noms différents. Lanolis doré, le gros scinque"(gfa/l^'Wasp)f le scinque mabouïa, le scinque rembruni, et le scinque schneiderien de Daudin, ne sont, selon M. de Jonnès, qu'un seul et même animal.
Le même voyageur a parlé de cette énorme greqouille dite par les Anglois buUfrog on grenouilletaureau , et que nos colons nourrissent pour leur table, quoiqu'ils lui donnent la dénomination impropre de crapaud, parla raison qu'elle habite les lieux ombragés, et humides comme nos crapauds de France, et non pas les eaux stagnantes comme nos grenouilles. C'est la grenouille grognante de Daudin. Elle ne sort de son repaire que la nuit. Sa force est telle qu'elle franchit en sautant un mur de cinq piedsdehaut. La saison sèche lui donne beaucoup de
ET ZOOLOGIE. 4oi
torpeur; mais elle reprend sa vivacité avec la saisoû des pluies. En domesticité elle devient assez £Eimilière.
Les Antilles ne nourrissent qu un seul batracien, avec la grenouille grognante ; cW une rainette qui seule porte dans les iles françoises le nom impropre de grenouille, et que M. de Jonnès décrit pouf la première fois avec exactitude, quoiqued autres voyageurs en aient £aiit quelque mention. Selon Fauteur, lopinion que les Antilles sont des débris d'un grand continent est fort infirmée par le petit nombre des espèces de batraciens qui les habitent, et qui peut faire supposer plutôt que ces espèces y sont arrivées séparément à des époques et par des causes inconnues.
On sait qu*il arrive assez souvent dans la zone torride que la chair de certains poissons se trouve vénéneuse, et queceuxquienontmangé éprouvent de$ atteintes cruelles, et perdent même la vie, sans que la vue, l'odorat, ni le goût aient rien annoncé qui pût £aire soupçonner le danger.
M- de Jonnès décrit les symptômes de ce genre d empoisonnement; il donne la liste des espèces de poissons et de crabes qui prennent le plus fréquemment aux Antilles cette propriété funeste, et
BUPFON. COMPLBM. T. I!I. 2$
4o2 ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
soumet au taisoniiement et à Texpérience les divei^ses causes auxquelles on lattribue. Il montre qu elle ne peut tenir comnxe on la cru ni aux mollusques ou zoophytes ni aux fruits de mancenilliers dont ces poissons âe «eroient nourris, ni àUx filons métalliques qui se trouverpreht parmi lesi)âncs sûr lesquels ils habitent : et il soupçotitie qu'elle est FefFet d'une sorte de maladie qui développeroit dans ces poissons un principe délétère. La chair des tortues prend quelquefois aussi dans la tom tokiride une qualité malfaisante ^ et dontie des pustules sm* toute la surfece dû corp^ à ceux qui s*en sont nourris. Tout le monde sait que dans notre climat les moules deviennent quelquefois très malsaines. <je n'est que dans leau de ia mer que cette maladie peut naître : car les poissons d'eau douce ne sont jamais vénéneux, et Teau de la mer, en quelques circonstances , produit des furoncles à ceux qui en ont été mouillés et n'ont pas eu soin de se laver dans l'eau douce. M. de Jonnès a éprouvé luî^mèmé cet effet, ainsi qu'un de ses amis.
Le grand point seroit de pouvoir distinguer les poissons devenus malfaisants des autres individus , de leur espèce. Quelques uns disent que dans cet état leur foie devient noir et d^un goût acerbe, et que leurs dente prennent une teinte jaune. Des
observations ultérieures peuvent seules confirmer ces assertions; elles sont importantes, eC les habitants éclairés de nos colonies ne manqueront pas sans doute de s'en occuper.
II y a lonç^teuips que les naturalistes ont observé des quadrupèdes dont les petits paroissént au jour bien avant d avoir acquis le développement ordi« naire , avant même qu'on puisse distinguer leurs membres et leurs yeut, et demeurent suspendus aux mamelles de leur mère pendant le reste du temps que les petits des quadrupèdes ordinaires passent dans la matrice.
On a nommé ces animaux dîdelphes ou marsu*piaux, parceque plusieurs d'entre eux ont sous le ventre une poche qui renferme les mamelles et où les petits demeurent cachés jusqu'à ce qu'ils atteignent leur développement 9 poche que Ton a con* sidérée comme une seconde matrice^ miais qui n'existe pas à beaucoup près dans toutes les es*
Ces animaux, à la tète desquels est le kangurou ])our la grandeur, et dont plusieurs espèces sont bien connues en Amérique sous le nom de sarigues et d'opossums^ ont à l'intérieur une matrice vérita-^ ble, mais autrement conformée que celle des qua*drupédes ordinaires. Elle communique avec le vagin paiMleux canaux latéraux en forme d'anses ^ et
4o4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
dans un certain nombre d'espèces le gland du mâle est divisé en deux pointes qui paroissent pouvoir diriger le sperme vers les orifices de ces deux canaux.
Une opinion très répandue en Amérique est que les petits des opossums naissent en traversant les mamelles, auxquelles ils demeurent ensuite suspendus; mais les anatomistes ont généralement rejeté cette opinion, attendu qu'ils n'ont découvert aucune voie par où ce passage puisse se faire.
Cependant M. Geoffroy, après avoir annoncéque l'on ne cite aucune observation de fœtus trouvés dans la matrice, tandis que, selon feu Roume de Saint-Lanrent, on auroit vu au bout de chaque mamelon de petites bourbes claires où étoient autant d'embryons ébauchés, est conduit à Tidée qu'il pourroit y avoir ici quelque chose d'analogue à une génération ovipare. « Ne peut-il pas arriver, se de- « mande-t-il, qu'il se développe vers les points mau millaires un appareil de vaisseaux nourriciers «analogues à ceux qui composent le placenta, mais « adaptés à l'origine de la bouche?»
M. Geoffroy pense donc que l'on s'est peut-être trop pressé de refuser aux dtdelphes un mode particulier de génération , et qu'il est important de les observer de nouveau.
M. Geoffroy croit de plus avoir remarqué que la
Kf ZOOLOGIE. 4o5
foiblesse du développemenl des organes sexuels ordinaires tient à ce que laorte descendante se continue presque sans diminution de calibre avec Tartère épigastrique, et n'en voie qu un rameau grêle et de petites branches aux extrémités postérieures et à la matrice.
Enfin dans le cas où 1 on voudroit rechercher la cause de cette éjection si prématurée des petits hors de la matrice, M. Geoffroy pense que Ton pourroit lattribuer à ce que les espèces de canaux en formé danses de panier qu'ils traversent ne sont point séparés du vagin par un col, et ne peuvent retenir le petit œuf quand une fois il est sorti de la trompe de Fallope.
Nous pouvons mettre au rang des grands ouvrages de zoologie qui ont paru depuis quelques années celui que publient MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, sur les mammifères de la Ménagerie royale, avec des planches lithographiées et enluminées d après nature vivante, dans les ateliers lithographiques de M. le comte deLasteyrie. Il en a paru déjà douze livraisons in-folio , contenant chacune six planches , parmi lesquelles on voit des portraits corrects de plusieurs espèces qui n avoient point encore été bien représentées , ou même qui étoient eùtièrement nouvelles pour les naturalistes.
4o6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
M. de La Marck , malgné 1 a£Ebibli«seiiient total de sa Yue, poursuit avec un courage inaltérable la eiratinuatioadeson grand ouvrage sur les animaux sans Tertèbres.
Il Doas a donné cette année la première partie de son sixième volume, où il remoulie jusqu'aux premiers ordres des mollusques gastéropod^*
L'ouvrage dont M. Daudebart de Férussac avoit préfientié le plan en 18^7, sur les mollusques de terre et d eau douce, a commencé à recevoir sou exécution. L auteur en a présenté h TAcadémie six livraisons , également remarx{uahles par la beauté des figures enluminées, et par le soin avec lequel les espèces y sont recueillies et distinguées. Elles comprennent les limace^» et les hélices deLinn^Bus, aîasi que plusieurs genres démembrés de ceux^ par les naturalistes modernes, et par MftJ. de FérM4S$£ic père et fils, qui ont étudié plus long- temps et plusfoigoeusement que personne ayant eux cette ÊimiUa d'animaux.
Les isainettes grimpent sur les arbres, sur les murs les plus lisses, et même sur les carreaux de vitres, au moyen de petites pelotes qui terminent leurs doigta, ^t quelles fixent fermement aux corps sur lesquels elles les appliquent.
La ijluparî des naturalistes se sont contentés Je supposer que ces pelotes sont pourvues de quelque viscosité; mais il faudrait que cette viscosité fût bien puissante pour qu une seule pelote pût tenir suspendu le corps entier de Tanimal, comme il ar-^ rive quelquefois. M. de La Billardière, qui a étudié de près ce sujet, a reconn u que les rainettes forment le vide sous chacune de leurs pelotes, en tirant en dedans la surface inférieure de ces parties par le moyen de quelques fibres musculaires. Les pe<^ lotes sont donc alors pressées contre le corps quelles touchent par le poids entier de Tatmosphère.
Depuis long-temps on a cherché à éviter aux comnien<;ants les premiers dégoûts inséppraUes des études anatomiques, en leur offrant des imitations en relief des organes avec leurs couleurs et leurs dimensions. Les figures en cire coloriées sont très propres à èet usage; et les magnifiques préparations de ce genre, qui ont ét/é fabriquées à Florence sous les auspices du grand-duc Léopold, et sous les yeux de Fontana et de M. Fabbroni, ont rendu oe moyen célèbre. Mais la cire est cassante et pou maniable; et il est difficile de l'employer à des préparations composées de parties mobiles , et propres à faire connottre la juxta*position des or-
4o8 ANATOMIE ET FHYSIOLOCIE ANIMALES,
ganes. Fontana avoit voulu y substituer le bois, çt il avoit commencé une grande statue de cette matière qui devoit se décomposer en plusieurs milliers de pièces; mais le bois a un autre inconvénient, en ce qu'il se dilate et se contracte suivant Thumidité ou la sécheresse , et que les parties déliées ne sajustent jamais bien et se cassent aisément. M. Ameline, professeur danatomie à Gaen, a imaginé une sorte de pâte de carton qui se moule comme Ton veut, prend beaucoup de fermeté sans étrecassante, >et se laisse Hxer, par divers moyens commodes, aux points où on veut la faire tenir ; il a construit ainsi, sur un squelette véritable, une statue où tous les muscles et les principaux vaisseaux se laissent détacher et rattacher. Il n est pas douteux que cette matière , quand des artistes de profession lui imprimeront le fini et Télégance nécessaires à une imitation complète , ne puisse remplacer avec avantage la cire et le bois.
M. Serre, chirurgien en chef de Thospice de la Pitié, a fait sur les premiers commencements de Fossification dans les embryons d'hommes et dani< maux des observations nombreuses et importantes, d où il a cru pouvoir déduire ce qu'il nomme les lois de l'ostéogénie, c'est-à-dire les règles générales qui président à la disposition des points primitifs
(l^ossification; ré{;les que M. Serre énonce au nom* bre de cinq.
La première, dite de symétrie y c*est qu en considérant le squelette dans son ensemble Tossiflcatien y marche des parties latérales vers les parties moyennes. Dans le tronc par exemple les côtes s^ossifient avant les vertèbres; les apophyses latérales des vertèbres avant leur corps. 11 en est de même à la tète : le premier point osseux se montre aux apophyses zygomatiques des temporaux ; les ailes du sphénoïde s'ossifient avant son corps, etc. De là natt, selon M. Serre, cette symétrie si remarquable dans les animaux vertébrés; les deux moitiés du squelette marchant, en quelque sorte, Tune vers lautre pour se rencontrer dans la partie médiane, il y a deux demi-crânes, deux demi-rachis, deux demi-bassins , etc.
Cependant cette partie médiane présente des os que Ton a voit toujours crus originairement simples, tels que les pièces du sternum, le corps de Tos hyoïde, les corps mêmes des vertèbres. M. Serre donne à ce sujet des observations qui lui sont propres. Il rappelle que dans l'œuf les premiers vestiges de J épine du poulet se présentent sous 1 apparence de deux demi-rachis encore membraneux; que cette double membrane s'unit en devenant cartila* gineuse. Il annonce que le onzième jour de Fincu-i
4lO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
bation il commence à se montrer sur les corps de quelques vertèbres dorsales deux points osseux très petits ; qu'il s en montre également le douzième jour sur jes cervicales et les lombaires; que la réunion de oes points en un seul corps ne s opère dans les dorsales et dans quelques cervicales que le treizième ou le quatorzième jour, et.que ce jour-là même les lombaires et les caudales montrent encore très sen<siblement leur division.
L auteur a observé une marche entièrement analogue dans le rachis du têtard et dans celui du la^ pin. in a retrouvée, quant au cartilage, dans les embryons humains très peu développés , et il croit aussi avoir remarqué que lossificatioti s'y fait d Sabord par deux points; mais on pourrait presque dire , d après sa description , que dans les fœtus provenant de femmes saines , il les a sentis avec la pointe de Son scalpel , plutôt qu'il ne les a vus. C'est d u quarantième au soixantième jour de la conception qu^il a fait sur les différentes vertèbres cette observation difficile, qui prend cependant beaucoup de vrai" semblance par l'arrangement que Ton aperçoit dans la suite entre les fibres osseuses , et surtout par ce que l'on remarque dans les embryons provenant de femmes scrofuleuses ou rachitiques. La séparation des deux noyaux est alors beaucoup plus marquée et dure beaucoup plus longtemps. C'est ainsi
ET ZOOLOGIE. ^l I
quç M. Serre explique des spina bifida, ou fiâtes contre nature de la partie antérieure deTépine, qui ont lieu quelquefois, et dont lauleur décrit plu- ^urs^exempies remarquables.
En choisissant les époques convenables, M. Serre a vu également de doubles noyaux osseux aux os médians de la base du crâne, non seulement au œqps du sphénoïde antérieur où cetle division dure assez loog-temps, mais encore au corps du sphénoïde postérieur à 1 os basilaire , où la réunion s opère beaucoup plus vite. Il n'est pas jusqu'au vomer eihU lame verticale de lethmoide qu'il ne voie se former par des lames ou par des granulations latéfisles.
Quant au sternum, M. Serre, après avoir annopcé que dans de très jeunes embryons le cartilage s'y manifeste aussi d'abord latéralement, cher«^ che à appliquer sa théorie à l'ossification des pièces (le cette partie regardées généralement comme impaires. A cet efFet il rapporte plusieurs variétés de sternums humains où Ton voit des pièces divisées par le milieu , d'autres où les pièces sont disposées ah^rnativement sur deux séries. Les oiseaux et la plupart des reptiles ayant a leur sternum, en avant des pi4Îices bien certainement disposées par paire , un os impair qu on a nommé ento-*stemal ^ celui qui forme la quille du sternum des oiseaux, M. Serre
4l3 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
pour ramener cet os à sa régie cite divers animaux dans lesquels la pièce que l'on pouiToit regarder comme lanalogue de celle-là offre des traces sensibles de division. 11 considère aussi comnnte «indice de division les cavités creusées dans la quille du sternum de la grue et du cygne ^ pour loger les replis de leur trachée-artère.
Nous avouerons que cette partie du travail de M. Serre est celle qui nous parott encore exiger le plus de développement , et être susceptible de plus de contradictions. Cependant plusieurs exemples pathologiques rapportés par cet habile anatomiste semblent confirmer que letat normal et primitif du sternum est d-ètre divisé longitudinalement.
Enfin , relativement à Ibs hyoïde , M. Serre annonce que les deux points osseux de son corps , comme ceux du corps des vertèbres , s'unissent dans les sujets sains presque aussitôt qu'ils se forment; mais que, dans les fœtus nés de parents viciés, leur séparation dure plus long-temps ; il en a même observé un , né d'un père qui bégayoit , et où l'un des |)oints s'étoit ossifié plus tard que l'autre.
A cette occasion notre anatomiste rapporte d&i exemples d'os hyoïdes qui s'unissoient presque sans interruption par des articulations osseuses avec l'apophyse styloïdé, et par conséquent avec le crâne, ou, en d'autres termes, dans lesquels le ligament
Stylo -hyoïdien étoit presque entièrement ossifié.
La deuxième des lois ou règles établies par M. Serre se nomme la loi de conjugaison. Chacun sait que les trous qui donnent passage aux nerfs de Fépine sont formés par le rapprochement de deux échancrures praliquéesaux parties correspondantes de deux vertèbres contigues. Le contour de chaque trou résulte donc du rapprochement de deux os. Selon M. Serre , tous les autres trous des os sont éga* lement des trous de conjugaison , et Ton peut, en remontant plus haut vers Tépoque de la naissance ou de la conception , retrouver séparées les pièces osseuses dont le rapprochement les a formés.
Ainsi les trous des apophyses transversesdes vertèbres cervicales ne sont d abord fermés en dehors que par une bande cartilagineuse qui a ses points d'ossification séparés ; points que M. Serre regarde comme des espèces de côtes cervicales. Chacun sait qii en effet dans le crocodile et dans d autres rep^ tiles il y a là de véritables côtes fort reconnoissables pour telles.
Lapplication de la loi étoit encore plus facile pour beaucoup de trous de la base du crâne , que tous les anatomistes savent se trouver dans le fcetus entre des os distincts , bien que ces os se soudent ensuiteentreeux , tels que la fente sphénoorbitaire, la fente sphéno-temporale, les trous déchirés, le con-
4l6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
sistent d^abord en un certain nombre de petits tubercules séparés. Ce foit très vrai est étranger à Thistoire de Fossification ordinaire, et n empêche pas que le canal dentaire ne se forme par prolongation de la couronne vers la racine, et non par conjugaison de pièces latérales.
La quatrième et la cinquième règle de M. Serre sont relatives aux éminences des os et à leurs cavités articulaires. Notre anatomiste fait observer que les premières sont toujours primitivement des noyaux osseux particuliers , et que les autres résultent du rapprochement de deux ou plusieurs éminences, et par conséquent d autant de noyaux osseux. Il prouve sa proposition même par rapport au marteau qui est épipbysé à un certain âge, et par rapport à lenclume ; osselet qui, tout petit qu'il est , ayant une facette articulaire en forme d*angle i^entrant, se divise dans l'origine en deux pièces. •
Parmi les observations intéressantes dont M. Serre a enrichi cette partie de son travail , on doit remar-r quer celle qui concerne la composition de la cavité cotyloïde. Outre les trois os qui y concourent, de l'aveu de tous les anatomistes , M. Serre en a découvert un quatrième, fort petit, placé entre les autres, et qui ne se retrouve pas dans les animaux à bourse, où Ion sait qu'il existe un quatrième os du
ET ZOOLOGIE* ^i"]
bassin très développé, et articulé sur le pubis, os que Ion a nommé Tos marsupial. Ce seroit Tanalo^ ffue de cet os marsupial qui , selon M. Serre , se* roit venu se cacher pour ainsi dire dans, le fond de la cavité cotyloïde, dans les mammifères ordinaires.
L auteur a fait une observation analogue sur la cavité articulaire de Tomoplate. Dans les animaux qui ont une clavicule distincte , cette cavité est formée en partie par Fos de lomoplate, et en partie par la base de lapophyse coracoïde , qui dans les jeunes sujets est une épiphyse distincte. Mais dans les animaux sans clavicule il s y trouve une troisième petite épiphyse, qui seroit le dernier vestige de l'os clavieulaire.
* Cette masse considérable de faits intéressants et variés qui composent le mémoire de M. Serre va probablement servir de point de départ à de nouvelles et importantes recherches sur les premiers développements du corps animal, et sur les variations qu'il éprouve à cette époque rapprochée de la conception , où Ion ne s en étoit pas occupé autant que Texigeoient les progrès de la science de la vie.
La zoologie a continué à s'enrichir de plusieurs
BOrFON. GOMPLBM. T. III. 37
4tg ANATOMIE ET PHtSIOLOGIE ANIMALES,
livrai$on%deVHistoiredê$ mammifères, par MM. Geoffroy-Saiot-Hilaire et Frédéric Cuvicr^ ouvrage qui offre déjà , iudépendâinineat. des nombreuses observations des auteurs , cent quarante figures toutes litbographiées d après nature vivante^ et qui surpassent incontestablement toutes celles qui ont été données jusqu'à ce jour d'animaux de cette classai
Un zoologiste atiglois^ le docteur SbaWy avoit fait connoitre un animal qu'il regardoit comme une espèce de paresseux ^ mais que d'autres naturalistes, nonimétneâtM*Guvier,âvoi6ntsoupçonnéde n'être qu*un ours auquel les dents de devant anroient été arrachées. C'est ce qui vient de se confirmer; et M, Tiédein^n , qui a observé un individu non mutilé de cette espèice , vient d'en publier la description et k figure sous le nom à'ur$u$ tongiwstris. Cet ours vient deiB I^des orientaleis où tl a aussi été observé par M. Buchanan.
M. Moreâu de Jonnès continuant Mn Histoire d^ reptihs dess Antilles a donné cette année ses obser^ vations sur l'espèce de gecko que l'on nomme dan^ ces îles mabouïa des bananiers. C'est le gecko lisse de Daudin % beaucoup plus fort que le mabouïa des
' t!!*est ausfi son gecko rapitauàày son geêko surinainensis , son
murailles oa gecko à queue épmeu$e; il parvient à près dun pied de longueur; sa couleur est un cendré roussâtre, taché de noir sur le dos. Lorsque sa queue a été cassée par accident, ce qui lui arrive assez souvent, elle renaît di£Forme, renflée, et quelquefois assez semblable à une rave. Il habite de préférence les lieux solitaires, et se tient sur* tout dans ces coraets que forment à leur base les grandes feuilles des bananiers, d'où il sort le soir pour prendre des insectes ou pour dévorer les œufs des anolis, autre genre de lézards beaucoup plus agiles 9 mais géaéralement plus petits.
Le même observateur a présenté à TAcadémie , et déposé au Cabinet du roi, un individu de la ter«rible vipère de la Martinique (le trigonocéphaleferdéfiance) , de cinq pieds de longueur.
Parmi ces animaux que M. Cuvier a réunis dans 1 embranchement et qu'il appelle articulés, il est une classe qu'il a le premier d istinguée sous le nom de vers à sang rouge, et que M. de La Marck a nommés annUides, Elle comprend les vers communs ou lombrics f les sangsues, et une multitude de vers de mer ou d eau douce que Ton a subdivisés d'après leurs organes du mouvement, de la respiration et delamanducation. M. Savigny a fait de cette classe
geèko squalidus, et !a salamandre terrestre de Fermin. (Voyez Cuvier , fiègne animal y II, p. 4B).
1 objet d'études nouvelles^ et aussi exactes que détaillées. Il a donné d'abord une attention particulière à ces soies élastiques et souvent brillantes comme de Tpr qui servent au plus grand nombre des genres d'organes du mouvement, et sur-tout à celles de forme crochue, apanage plus spécial de Tune des familles qu'il a reconnues. Des descriptions non moins exactes des mâchoires, des antennes, des branchies, des appendices membraneux de chaque articulation l'ont occupé ensuite; embrassant enfin les annélidesdans leur ensemble, il les a divisées en cinq ordres : les nëréidées pourvues de pieds rétractifs munis de soies, à tête distincte, à bouche en forme de trompe, souvent armée de
\ mâchoires;
Les serpulées pourvues de pieds munis de soies, dont une partie en forme de crochets, sans tête
' distincte ;
: Les lombricines sans pieds ni tête distincts, mais
? pourvues encore de petites soies ;
Ç hes hirudinées dépourvues de tête distincte, de
f pieds et soie , mais à bouche en forme de ventouse ;
[. enfin celles qui n'ont pas même ce dernier carac-
i tère.
L'auteur divise chaque ordre en familles, chaque famille en genres, d'après les détails de leurs branchies et de leurs organes. Il nous est impossi-
b!e de le suivre dans toutes ces subdivisions; mais les naturalistes jouiront bientôt de son travail, et même ils peuvent déjà en trouver quelques données que M. de LaMarck a bien voulu adopter dans son Histoire des animaux vertébrés.
Rien ne prouve mieux la prodi{]^ieuse richesse de la nature que ces infinités de structures délicates , singulières, belles même à la vue, que Fattention dun seul naturaliste a été capable de découvrir sur des êtres si méprisés, cachés dans les antres de la mer, et que la vue de Thomme sembloit ne devoir jamais atteindre.
Les insectes sont peut-être de tous les animaux ceux où la nature a développé la mécanique la plus merveilleuse ; tous les genres de mouvements qui distinguent entre elles les autres classes se rencontrent dans celle-ci, et peuvent quelquefois être exercés par le même individu au degré le plus parfait, comme avec la vigueur la plus marquée ; mais il s en faut de beaucoup qu'ils aient été étudiés sous'^ ce rapport avec autant de soin que les animaux vertébrés; on ne connoissoit même que d'une manière assez superficielle les organes de leur mouvement. Les parties dures ou élastiques qui leur servent de leviers ou de point d'appui, se trouvant pour la plupart placées à lextérieur, on en avoit
abandonné Texamea à la zoologie, qui n'a voit pas eu besoin de les décomposer ni d'en reconnoitre les éléments.
M. Audouin , jeune naturaliste de Paris ^ a voulu remplir cette lacune de Tanatomie comparée ; il a examiné les pièces dont se compose la charpente solide des insectes ; et s'étant bientôt a|>erQti que ces pièces ont entre elles , d'un insecte à 1 autre , des rapports de position, de fonctions, et souvent de nombre et de forme, comparables aux rapports des pièces du squelette dans les animaux vertébrés , il a cherché à généraliser ses observations; il a poursuivi chaque pièce au travers des métamorphoses variées qu elle subit dans les divers ordres et les divers genres d'insectes ; il est parvenu aussi à les dénombrer , à les caractériser , et à déterminer jusqu'à un certain point les lois de leurs variations.
M. Audouin a présenté à TAcadémie^ dans un ouvrage fort étendu accompagné de beaux dessina et de nombreuses préparations, la portion de ses recherches qui concerne le thorax ou plutôt le tronc, cette partie intermédiaire du corps de l'in^ secte qui porte les pieds et les ailes ^ et qui se trouve par conséquent le siège des principaux organes du mouvement.
M. Audouin coosklère d abord le troao dans i«$ insectes ordinaires^ ceux qui out six pœd^ (le$ m** sectes lwxapodes);Ve3Lp09é de ses parcieft^ et une no* menclature fixe créée pour elles , dévoient naturel-* lement se placer à la tète de IbuTraf^e,
Le tronc de Finsecte se laisse toujours diviser en trois anneaux, dont chacun porte une paire de pattes, et que M. Audouin nomme, d'après leur position, protAoror, mésothoraXy et métathorax; outre les pieds, le mësothorax porte la premiène paire d'ailes, et le métathorax la seconde; chacuu de ces anneaux est composé de quatre parties, une infé-» rieure, deux latérales, formant à elles trois la poi-trine; une supérieure qui forme le dos. L'inférieure prend le nom de sternum ; la partie latérale ou le jianc se divise en trois pièces principales; une qui tient au sternum et se nomme épistamum; lautre placée en arrière de celle4à et à laquelle la hanche s'articule est nommée épimère. On nomme tv9cliantin une petite pièce mobile qui sert à Tunion de Tépimère et de la hanche ; la troisième pièce du flanc placée au-dessus de répistemum et dans le mésotborax et le métathorax sous 1 aile est nommée hypopêàre; quelquefois 11 y a encore autour du s^pg;mate une petite pîéoe eomée qui se nomme péritrème. La partie supérieure de chaque segment, que 1 auteur nomme tergumf se divise eu quatre pié-
ces, nommées diaprés leur position dans chaque anneau prœscutum\ scutum, scutellum, et post scutellum; la première est souvent, et la quatrième pres-r que toujours cachée dans l'intérieur ; les naturalistes nont guère distingué que le scuteilum du mésothorax , qui en effet est souvent remarquable par sa grandeur et sa configuration; mais on re? trouve son analogue dans les trois segments. Ainsi le tronc des insecteis peut se subdiviser en trente^ trois , et , si Ion compte les péritrèmes et les hypop-: tères, le nombre de ses pièces peut aller à trenteneuf, plus ou moins visibles à l'extérieur ; une partiç de ces pièces donne en outre en dedans diverses proéminences qui méritent aussi des noms à cause de l'importance de leurs usages. Ainsi de la partie postérieure de chaque segrnentdu sternum s élève en dedans une apophyse verticale, quelquefois figurée en y, et que M. Audouin appelle Yeniothorax ; elle fournit des attaches aux muscles et protège le cordon médullaire. Son analogue se montre dans la tète et quelquefois dans les premiers anneaux de Tabdomen. D'autres proéminences intérieures rér sultent de prolongements de pièces externes voisines soudées ensemble: M. Audouin les nomme apodèmes. Les unes donnent attache aux muscles, d'autres aux ailes; enfin.il y a encore de. petites pièces mobiles, soit à l'intérieur entre les muscles,
soit à la base des ailes , que lauteur nomme épi" dèmes.
r Nous avons dit que Ton retrouve toujours les pièces principales ou leurs vestiges , mais il s'en faut bien qu'elles se laissent toujours séparer ; plusieurs d entre elles sont même toujours unies dans certains genres ou dans certains ordres , et ne se distinguent que par des traces de sutures.
M. Audouin a cru devoir également donner des noms aux trous ou aux vides circonscrits par lensemble de chaque anneau; le trou antérieur de la tète porte le nom de buccal, le postérieur celui d'occipital; il nomme pharyngien le vide du prothoraxy œsophagien celui du mésothorax , et stomacal celui du métathoraxy distinguant leurs deux orifices selon qu'ils sont antérieurs ou postérieurs.
Après ce résumé de l'analyse des pièces et cette fixation de leurs noms, M. Audouin passe à l'examen détaillé de leur développement respectif dans les différents ordres; il fait voir que dans aucun d'eux Ton ne rencontre d'autres éléments, et que les anomalies les plus bizarres en apparence ne tiennent qu'à des variétés de formes et de grandeurs, de ces seules et mêmes pièces.
Ainsi prenant d'abord le mésothorax pour objet de sou étude, et examinant ses rapports de grandeur avec le segment qui le précède et celui qui le
suit, ille montre peu développé dans les coléoptères et les orthoptères où il porte des élytres de peu d'usage dans le vol ; plus étendu dans les névroptères , les hémiptères, où les deux paires d^ailes sont pres« que égales en importance; atteignant le maximum de son développement dans les hyménoptères, les lépidoptères, les diptères, où la première paire d ailes est Tinstrument principal du vol ; il fiiit voir que laccroissement de ce mésothorax entraine la réduction des deux autres segments^ Quelque chose d analogue s observe dans la proportion des pièces de chaque segment entre elles. S'il y en a une fort diminuée, c est que quelque autre est fort agrandie. Quelquefois laccroissement d une pièce déplace la pièce voisine, et c'est ainsi que lepimère du mésotho* rax des cétoines par exiemple, devenant fort grande^ relève 1 episternum et lui feit offrir cette pièce écailleuse en dehors de la base des élytres que les enio^ moiogistes ont bien remarquée sans en counoitre la nature ; dans les libellules au contraire 1 episternum du mésothorax prenant un grand volume s*élève à - la partie supérieure, et s'unit à celui du côté opposé sur le milieu du dos et en avant, entre le prothorax et le tergum du mésothorax. Dans les cigales c'est Tépimèredu métatfaoraxqui se prolongeant sous le premier anneau de l'abdomen y forme la valvule qui clôt la cavité où réside l'instrument sonore de
ces insectes. Il n est pas impossible d assigner aussi quelques régies a cette proportion mutuelle des parties de chaque segment. En général le sternum se développe davantage dans les insectes qui font beaucoup d'usage de leurs pieds; la distinction des pièces de chaque partie se proportionne au développement de la partie elle-même. Ainsi c est égale» ment dans les lépidoptères, les hyménoptères, et les dipières que les quatre pièces du dos du mésothorax, sont le plus sensibles et le mieux divisées. Dans les autres ordres elles sont souvent presque rudimentaires et confondues ensemble.
La distinction des pièces du métathorax devoit être comme le dëveloppementgénéraldece segment dans son entier, inverse de celle du mésothorax. Ainsi c'est dans les coléoptères , où la seconde paire d ailes (les ailes membraneuses) est la plus importante, que ce segment prend le plus de volume, et que les pièces qui le composent se séparent le plus aisément^ Une observation curieuse de lauteur cWt que dans les hyménoptères le premier anneau de Tabdomen s'unit toujours intimement au iergum du métathorax, et que lorsque labdomen est porté par une sorte de pédicule^ comme il arrive si souvent dans cet ordre^ cest le second de ces anneaux qui subit un étranglement et non le premier.
Dans 1 étude du prothorax , dont le tergum est ce que Ton nomme vulgairement corselet dans les coléoptères, et co//ïer dans d'autres insectes, Tauteur feit connoître une particularité remarquable. L'épisternum et Tépimère de certains orthoptères, comme le taupe-grillon, ne s'unissent pas comme à l'ordinaire aux bords du tergum, mais passent dessous et se joignent l'un à l'autre, en sorte que le tergum les recouvre et les embrasse, premier indice, selon M. Audouin, de ce qui arrive dans les crustacés décapodes (les crabes et les écre visses), où les flancs sont embrassés par une énorme cuirasse.
Dans les lépidoptères les flancs du prothorax s'unissent de même entre eux , mais le tergum de ce segment est réduit à une sorte de vestige ou d'appendice à peine visible.
L'auteur pense que l'extrême de cette disposition est ce qui fait le caractère particulier des arachnides, que leur tergum n'existe plus, et que leurs flancs unis l'un à l'autre forment le dessus de leur tronc.
Dans plusieurs hyménoptères le tergum du prothorax s'unit à celui du mésothorax, et ne recouvrant plus son épimère lii son épisternum , leur permet de s'articuler avec la tête. Les rapports de la puissance des ailes avec le développement et la distinction des pièces du tergum des deux segmeots qui les portent sont tellement constants , qw^
toutes les fois que les ailes manquent à certains insectes dun ordre communément ailé, ainsi qu'il arrive par exemple dans les fourmis, les quatre pièces du tergum se confondent entre elle?; c'est par une raison semblable^ selon Fauteur, que le tergum du premier segment, lequel ne porte jamais d'ailes , est aussi plus rarement divisé que les autres, et forme dans les coléoptères un corselet d'une seule pièce (en prenant ce rapport dans un autresens); ni ce premier segment, ni les segments quelconques des insectes où le tergum n'est pas divisible, ne peuvent porter des ailes.
C'est aussi dans le développement proportionnel plus considérable, et dans la divisibilité des segments qui doivent porter des ailes, que M. Audouin place la principale différence de l'insecte parfait à sa larve.
Cette considération conduit M. Audouin à l'étude du tronc , dans les insectes sans ailes et à pieds nombreux, ainsi que dans les arachnides et les crustacés. Il pose en principe que les pièces que ces animaux possèdent se retrouvent toutes dans les insectes à six pattes, mais que ceux-ci ont de plus des pièces que les premiers n'ont pas.
Ainsi, comme nous venons de le dire, tout le terjgum manqueroit aux araignées; leur tronc résulteroit de la réunion d'autant de segments qu'elles
43o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
ont de paires de pattes; leurs flancs s'uniroient de part et d autre sur la ligne ndoyenne.
M. Audouin croit même apercevoir dans les sillons du tronc de certaines araignées des traces de leur union.
Le plastron qui est entre les pattes des crustacés se composeroit de la suite des sternums de leurs segments; les parois osseuses qui remontent sous leur carapace représentcroient les flancs de ces mêmes segments couverts et embrassés par la réunion de leurs tergums, comme nous avons dit que cela arrive au prothorax dans les sauterelles. En dedans du tronc , des cloisons analogues aux apo« dèmes des insectes marquent, selon lauteur, les sutures des segments.
Quant aux insectes à pieds nombreux et sans ailes, leurs segments représentcroient, en quelque sorte, autant de protfaorax.
Ce travail fondé entièrement sur des faits et sur une grande multitude d observations , dans lesquelles deux autres jeunes naturalistes , M. Odier et M. Adolphe Brongniart , fils de Fun de nos con-^ frères, ont assisté M. Audouin, n'est pas moins te^ marquable par son exactitude que par son étendue.
Il a trouvé un garant respectable dans M. Latreille qui, étudiant de son càté dune manière spéciale Fun de ces nombreux éléments du tronc des insec-
tes, se reDControit ]>arfaitemeiit sur ce point avec notre jeune observateur.
L objet principal de M. Latreille étoit de déterminer la nature de ces appendices singuliers placés près du cou et au*devant des ailes, dans les insectes dont M. Kirby a cru devoir faire un ordre nouveau, sous le nom de strésiotêres. Ces pièces que Ton a prises, tantôt pour des rudiments d ailes, tantôt pour des espèces d'ëly très, répondent à celles que M. Audouîa appelle épimères, mais ce sont des épimères un peu déplacées et devenues plus libres.
On voit quelque chose d approchant au«devant des ailes de quelques phalènes où ces pièces ont été depuis long*temps nommées épaulettes par quel* ques paturaUstes.
M. Ijatreille présume que ces épaulettes des lépidoptères leur servent à écarter et à fendre leur peau de cbrysaUde , au moment où ils doivent prendre leur état.
Ce célèbre entomologiste donne à cette occasion «ur les appendices du tronc des insectes en général ptttûeurs observations curieuses qui se laissent ramener aux règles établies par M. Audouin, et en «joute de non moins intéressantes sur d autres parties de ces animaux.
11 annonce, par exemple, avoir découvert le
tympan de roreille dans une espèce de criquet, acridium lineola, et le conduit auditif dans d'autres insectes.
M. Audouin a fait dans un mémoire particulier une application de sa doctrine à ces animaux articulés fossiles, si extraordinaires que Linuaeus avoit cru pouvoir leur donner Tépithéte de paradoxes, et sur lesquels M. Brongniart, qui les nomme trilobites, a fait un travail important.
M. Audouin voit dans les trois lobes qui divisent chacun des segments de ces animaux, le tergum et la partie supérieure des flancs, et en conséquence il confirme l'opinion mise en avant par M. Brongniart que les trilobites doivent être associés à certains genres delà famille des cloportes, dans lesquels on observe e^ effet une disposition semblable.
M. Latreille au contraire se fondant sur ce que l'on n'a pu encore voir ni les antennes, ni les pieds de ces animaux dont le test ne se présente guère que par le dos, estime que l'on doit plutôt les l'egarder comme analogues à ce genre de testacés que l'on a nommés oscabrions , et qui portent sur le dos unesuite de pièces transversales. Les trilobites, selon lui, seroient des oscabrions dont la première pièce coquillière seroit plus grande , et dont les suivantes seroient divisées chacune en trois.
Dans un autre mémoire présenté avant celui
dont nous venons ëe rendre compte, M. Audouin, $é livrant davantag[e à la recherche d'analogies éloignées , a voit considéré la tète des insectes comme formée de trois segmenta, dont le premier (le chaperon) auroit pour appendices le labre et les mandibules; le second, les antennes et la lèvre; le troisième, les yeux et les maxilles. La division de ce deuxième et de ce troisième segment ne pouvoit tomber sous les yeux; car, selon M. Audôuin luimême, ils seroient toujours unis dans les insectes ordinaires. En partant toutefois de cette supposition , qu'il cherchoit à ramener la structure des crustacés et des arachnides à celle des insectes ordinaires, sa manière de voir étoit: dans les crus- . tacés le premier segment de la tète auroit disparu tout-à-fait; il ne resterôit du second segment que les petites antennes qui répondroient à la lèvre inférieure, et du troisième, que les yeux et les grandes antennes , lesquelles répoudroient aux maxilles ; les mandibules des crustacés répondroient ainsi à la première paire de pattes des insectes , et ainsi de suite.
Il ne resterait aux arachnides que le troisième segment de la tête qui co'mprend les yeux, et par conséquent ce que Ton appelle leurs mandibules représenteroit les maxilles , et leurs maxilles répondroient aux premières pattes des insectes.
BUFFOH. OOMPtÉM. T. III. 98
Partant delà, M. Audouin goi^idéroit les insectes hexapodes^, les arachçiides et les crustacés, coiqmc difFérant rel^dvemeflt au tronc, par ceyx de Uurs^ segments qui se sont le plus développés.
Pans les. insectes ce sont les trpis premiers après les trois de la tête; dans les arachnides les quatre qui vienncAt après le quatrième, c'est-à-dire après le prothorax ; dans les écrevisses, les cinq à compter du dixième et y compris le quatorzièm.e. En efFe^ les petites antennes, les grandes antennes, les^n^ndibules, et les six paires de n;iâchoires qui sniyçnt les mandibules indiquent l'existence de nenf segments. Les serres sont donc attachées au dixième. Ainsi, en dernière analyse, tontes les différences de la^ charpente de ces ^rois classes d animant articulés dépendroient de labsence, de la diminution ou de Ta^ccroissement de tels outils.de leurs anneaux.
Ici , comme Ion voit , Fauteur abandpnnoit le champ de l'observation , ppur entrer dans celui des hypothèses, et s'exposo^t dayantage à la, contradiçr tipn. Effectivement il y a et il. doit y avoir plusieurs manières de voir du moment que ce n'est plus, qu'avec les yeux de l'esprit que Ton voit. Aippsi d'autrçs naturalistes qui se sont occupés de ce rap prochen;ient des arachnides et des crustt^çés çiyeç les in^ççtes. ordinaj^ires ont suivi des routes, s^ez différentes.
Nous avons parlé, dans noire analyse de 181 S, d un travail de M. Savîgny sur ce sujet , où il laisse aux mandibules et aux deux paires d'organes mandttcatoires. qui les suivent dans les crustacés, les noms de mandibules , maxilles , et lèvre inférieure, et 00 il regarde les trois paires d oi^anes manducatoires suivantes comme analogues aux trois paires de. pattes des insectes ordinaires; mais où il cherche à établir que dans les arachnides, ce sont les premières paires dorganes manducatoires qui représentent les premiers pieds , tandis que les vraies mâchoires ont disparu avec les antennes et presque tonte la tète.
M. Latreille, dans un mémoire présenté cette année, regarde au contraire le corps des crustacés comme divisé en quinze segments, dont un pour la tête , sept pour le tronc , et sept pour la queue ou Tabdomen. Il rapporteau tronc et considère comme des pieds les deux paires les plus extérieures des organes manducatoires ; il retrouve ces quinze anneaux dans les autres insectes , mais avec quelques soudures et des appendices de moins. Il voit des antennes , mais très modifiées quant à leurs formes et à leurs usages, dans ce que Von appelle les pre^ mières> mâchoires des branchiopodes et des araehmdes , attendu que ces mâchoires sont toujours placées au-dessus de la lèvre supérieure. Lesibrmes
436 ANATOMIE ET PHYSIOl^OGIE ANIMALES,
bizarres x{ue prennent les derniers pieds des crustacés, ceux des calyges, par exemple, qui se partagent en deux longs filets barbelés, lui font naître ridée que ces filets enveloppés d'une membrane re* présenteroient assez bien une aile dlnsecte* Les lames respiratoires des larves d'éphémères lui paroissent encore plus ressembler à des ailes. Accumulant ces sortes d'analogies, il en vient à appeler les ailes des sortes d^ pattes trachéales.
Jusque-là on s^en teuoit cependant à comparer entre elles des classes d animaux articulés seulement ; M. GeofFroy-Saint-Hilaire est allé plus loin, et a cherché à établir un rapprochement entre Tembranchement tout entier des animaux articulés , et celui des animaux vertâ)rés.
Les insectes n'ayant point de système artériel, il admet que l'appareil nerveux répand immédiatement autour de son axe les matériaux de l'organisation dont le développement se fait en dedans Aa canal vertébral; en sorte que ce seroient les anneaux des insectes et des crustacés qui représenteroient leurs vraies vertèbres : prenant pour point de comparaison la tortue, dont les côtes sont déjà arrivées à la surface du corps, en faisant. rentrer dans rintérieur les articulations des membres pectoraux et leurs muscles, il conçoit que si ces vertèbres encore diminuées, s'ouvroient, elles laisse-
roient en quelque sorte le cordon médullaire libre dans la grande cavité des viscères, et il exprime sa pensée en disant que tout animal habite en dedans ou en dehors de sa colonne vertébrale; il appuie son sentiment de cette considération que les an* neaux de la queue des crustacés se divisent en quatre parties comme les vertèbres.
Venant ensuite au détail , il se représente le corps de Tinsecte comme divisé en six parties ou segments principaux ; rappelant que la tète des vertébrés a été considérée par M. Oken et d autres anatomistes comme une suite des trois vertèbres, il pense que le premier segment des insectes, leur tète, ne représente que la première des trois vertèbres des vertébrés , et comprend les os du cerveau , ceux de la tàce , et les os hyoïdes ; le deuxième segment des insectes, celui qui porte leur première paire de pattes (le prothorax de M. Audouin), est, selon M. Geoffroy, la seconde vertèbre de la tête des vertébrés , et répond aux os du cervelet, du palais et du larynx ; le troisième segment, qui porte les ailes supérieures, et que M. Geoffroy réduit à Fécusson, comprend les pariétaux, les interpariétaux, et les os de 1 oreille , c est-à-dire , d'après la manière de voir de lauteur, que nous avons exposée dans notre 'analyse de 1 8 1 7 , les os des opercules des poissons. Le quatrième segment , auquel M. Geoffroy attri-r
bue les quatre pactes postérieures et la deuxième paire d ailes, répond à la poitrine; le cinquième, qui est Tabdomen des insectes, à labdomen des vertébrés > et le sixième^ qui est Tanneau dët clôture, à leur coccyx.
De cette relation , appliquée aux parties ou stux appendices de chaque segment , il résulte entre au** tre» choses que les élytres ou les ailes supérieures répondent aux opercules et par conséquent aux os de loreille, que le stygmate du corselet est une ouverture auditive, et que ceux de labdomen sont analogues aux pores de la ligne latérale des pois-^ sons. Les ailes postérieures ont paru seules offrir quelques difScultésà lauteur, mais il a fini par les croire les analogues des vessies natatoires des poissons , ou » ce qui dans son opinion revient au môme, des sacs aériens ^es oiseaux , se rapprochant ainsi de M. de Latreilie, qui attribue aux ailes en général une origine trachéale.
M. Geoffroy, passant aux crustacés, considère leur thorax comme formé de deux sortes de vertèbres, dont la série auroit sa partie antérieure reployée sur la partie suivante ; c est dans lappareil osseux de l'estomac qu'il cherche les corps et les parties latérales des vertèbres de cette première série ou de la tête ; les mêmes qui dans les vertébrés ordinaires forment les os de la base du crâne. La
Et ZOOLOGIE. 439
grande tarapâce qui recou vt'e ce thorax se ct)inpose de la partie annulaire de ce« mémles vertèbres, de la tête, ou des os extérieurs du crâne; enfin le$ vertèbres pectorales forment en dessous Taxe auquel s'attachent le3 pattes. M. Geoffroy considère ces pattes , ainsi que tous les appendices de la queue , auxquek on a donné le nom de fausses pattes , comme représentant des côtés, et fait remarquer à ce sujet que les côtes sont déjà employées à la locomotion dans plùisiéurg vertébrés, et notamment dans les serpents. Que &i les appendices de la qUëue ou fiiusseé pattf^s des écrevisses sont plus petites que les vraies pattes, c'est par suite dun système de compensation , et pàrceq ue les vertèbres auxquelles elles adhèrent sont plus grandes que les vertèbres pectorales slUxquelles tiennent les pattes véritables.
M. Geoffroy s'appuie aussi de 1 analyse chimique des croûtes des écrevisses pour montrer leur ana* lôgie avec les os, et rappelle que dans plusieurs poissons lés os de la tête sont aussi repoussés à lextérieur et immédiatement sous l'épiderme.
M. Latreille, que ses iiiimenses travaux sur la partie positive de leiltomtllogié ont rendu si célébré, s est cru obligé de se livrer aussi à quelques récherches théoriques sur les moyens de rapprocher les insectes des vertébrés. Il j^ense que pour y Jîarvettir il faut comparer d'abord lés^rustacéà
44o anâtomië et physiologie animales^ avec les poissons de Tordre d^s suceurs, te\s que )es lamproies, et cest principalemeat par lejiirs organes de la respiration qu il les compare.
Partant des têtards de grenouilles , passant par les poissons ordinaires aux cartilagineux, de là aux crustacés et jusqu'aux cloportes, il voit lies branchies , d'abord conc^entrées près de la gorge, s étaler le long du corps , et se porter de plus en plus vers la queue. Parmi les poissons suceurs il en voit , tels que les gastrobranches, qui semblent n avoir que des mâchoires latérales ; ces poissons manquent de côtes, et leurs vertèbres semblent s'anéantir. En admettant que leur o$ hyoïde est prodîgieMsen^ent agrandi, on aurqit, selon M. LatreiUe, ce plastron pectoral qui, dans les épre visses, porte le$ branchies sur ses côtés, et les pie4s de ces derqiers animaux ne seroieut que des appendices articulés des rayons branchiaux. Dans ce systèpie le test remplace les os de la tête , les opercules et les c0t€|s. Si Ion passe aux crustacés à longue queue , et sur-tout aux squilles, on trouve; que le test diminue, que les étranglements se marquent davantage sur le dos; le cœifr s'alonge conime en un vaisseau dorsal ; bientôt, comme dans les chevrettes, lanimal finit par n'être qu'une suite de segments presque semblables, avec une tête libre; les appendices de |a queue représentent les nageoires ventrales et
anales , et les ailes peut-être les nag^eoires pecto* rates ; les organes manducatoires seroient les mâchoires désarticulées à leurs symphyses ; enfin les antennes seroient des narines en quelque sorte retournées, et, de concaves qu elles étoient, devenues de longues productions saillantes.
D'après un aperçu inséré dans un rapport du même auteur sur le travail de M. Savigny relatif jaux annélides , les organes masticatoires des néréides ne seroieut ni des mâchoires ni des pieds transformés en mâchoires , et ne pourroient être comparés qu'aux dents intérieures de lestomac des écre visses; et le reste du corps des annélides correspondroit à celui des mille-pieds, par le nombre de ses segments des appendices qui leur sont annexés, et souvent même par Tordre des organes de la respiration.
UnousseroitËicilede rapporter encore un grand liombre de manières d envisager les rapprochements des insectes et des animaux vertébrés, si, ne nous bornant point, comme nous le devons , à rendre compte des mémoires présentés à l'Académie , nous pouvions donner aussi des extraits des ouvrages publiés par les naturalistes François ou étrangers qui se sont livrés aux spéculations de ce genre, sqr-tout en Allemagne, où elles ont été fort ipn vogue pendant quelque temps; mais iespacequi
nous est accordé ne iiotiis permettant jy^as ces ext^urstons , nous nous bomberons à faire remarquer qùfe , dussent plusieurs de ces essais mailquér encore leur but, la science auroit toujours à se féliciter dfe ce grand mouvement imprimé aux esprits. Sur cette route, quelque hasardeuse qu'elle soit, les observations les plus préciiéuses se recueillent, les rapports les plus délicats se saisisisent, et qUâUd , en définitive, oii découvriroit que les Vertébrée et les insectes ne se ressemblent pas autant qu'on l'ôvoit cru , il n en sera pas moins Vrai que loti sôrsk arrivé à connottre beaucoup mieux les uns et les autres*
C'est ainsi que dès à préseAi on né peut douter que le cirâne des animaux vertébrés kie soit à-peu* près ramené à utie structure uttiformë ; et que les lois de ses variations ne soient à-peu-près déttîrnii'^ nées.
S'il reste encore quelque doute relativetiietit à certaines parties de la face, le plus grand noinbi*e de ses parties est déjà soumis à des lois fixés. De^ dissentiments subsistent encore toUdhant les parties intérieures et extérieures du thorax ; ttifais les choses en sont au point que Ton ne peut tarder, au moyen de quelqueè concessions mutuelles, d'arriver à des résultats satisfaisante pour toutes les opinions.
ET ZOOLOGIB. 44^
M. GeofFroy*Saiht-Hilatre, dont les travaux ont tant contribué aux progrès de ces études, en a fait sentir rimportance dans detix mémoires intitulés , l'un : De quelques règles fondamentales de la Physio* logie naturelle; l'autre , De la génération de quelques idées dans les études anatomiques; et joignant Texempie au précepte, il .1 exposé, dans trois autres mé-^ moires , les résultats de ses nouvelles recherches sur FoS qui sert de base à tout le crâne , et que Ton a nommé sphéndide ; sur celui qui forme l'arrière du crâne, et qu'on a appelé occipital; enfin sur celui que 1 on appelle carré dans les oiseaux , et qui répond à Vos de la caisse des feetus des mammifères.
On sait depuis plusieurs années que los sphénoïde est d'abord divisé en deux os qui se suivent, et qui demeurent même très long-temps distincts dans certains quadrupèdes : c'est d'après ce fait que M. Oken et d'autres anatomistes ont considéré cet os comme représentant deux vertèbres ; on a appris aussi depuis la même époque que dans Iç plus grand nombre des quadrupèdes les apophyse^ ptérygoïdes internes du sphénoïde demeurent , pendant presque toute la vie , distinctes de ses autres parties; enfin il y a très long-temps que ceux qui ont décrit les progrès de l'ossification dans les foetus humains ontannoncéque vers la naissancele sphénoïde antérieur sedi vise en deux moitiés, etle postérieur en
en trois; savoir ^ le corps et les grandes ailes; mais dans les fœtus moins avancés les ailes d'ingrassias sont distinctes. Le corps mêmie du sphénoïde postérieur estaussidiviséen deux parties. EnfinM. Geoffroy a vu les apophyses pterygoïdes ex ternes séparées des grandes ailes; et il pense aussi que les sinus sphénoïdiens peuvent être regardés comme des os particuliers; en sorte qu'en réalité le sphénoïde seroit composé de sept paires d^os, auxquels Fauteur donne les noms; savoir,
Aux ailes d'ingrassias celui dHngrassial;
Aux cornets sphénoïdaux celui de bertinal, da-^ près Bertin, qui les a le premier bien décrits;
Au corps du sphénoïde antérieur celui à'ent(ysphénal;
Aux grandes ailes temporales celui de ptérécd;
Aux apophyses pterygoïdes externes celui depté^ rygoidul;
Aux internes celui d'hérisséat, d'après Hérissant, qui les a particulièrement étudiés dans les oi-^ seaux;
Enfin au corps du sphénoïde celui à^hippo-sphér nat, parcequ'il forme ce que Ton a nommé la selle turcique.
M. Geoffroy pense que , si l'on considère les deux sphénoïdes comme deux vertèbres , on peut regarder le palatin comme représentant la côte de la pre-
mière, et Fapophyse ptérygoïde interne comme formant la côte de la seconde de ces vertèbres.
Quant à Fos carre , M. Geoffroy l'ayant vu dans un fœtus de crocodile divisé par des sutures en deux grandes lames et en deux petites , il la suivi dans de jeunes oiseaux , et il a trouvé aussi chez eux deux lames principales, et deux petites pièces accessoires , qui ne s unissent à 1 os carré que lorsque le squelette est entièrement consolidé. Cherchant dans rhomme les analogues de ces deux petites pièces , M. Geoffroy les trouvç dans Fapophyse styloïde, et dans Fespèce de capsule dont cette apophyse semble sortir, et qu on a nommée ïapophyse vaginale; et il annonce que dans les fœtus de certains animaux cette apophyse vaginale est un noyau osseux particulier.
Il considère ensuite la caisse elle-même pour y retrouver les deux principales pièces de Fos carré.
Dans les carnivores, tels que le chien , le chat, une lame en forme de coquille , naissant du rocher, s ossifie par degrés , complète ainsi les parois de la caisse, et enchâsse le cadre du tympan, qui luimême un peu en forme de coquille donne, par son bord interne, cette cloisoS. circulaire qui divise comme on sait la caisse de ces carnivores en deux, chambres.
Dans le hérisson le mare du tympan est très large ; le rocher ne produit point de lame pour compléter avec lui les parois de la caisse; mais il y est suppléé par une lame que le sphénoïde posté* rieur donne de sa partie voisine de les basilaire^en sorte que dans eet animal le sphénoïde concourt avec Fos du tympan et avec le rocher à envelopper la cavité de la caisse.
Il y a quelque chose d analogue dans le sarigue; M. Cuvier a même observé que dans cet animal le sphénoïde postérieur entre dans la composition dfe lapophyse glénoïde; que dans le dorure la lame qu'il fournit à la caisse se renfle en une grande vessie à parois minces et solides, en sorte que presq«ie toute la cavité d uq« énorme caisse tire se» parois du sphénoïde; que dans le phalangerle sphénoïde contribue» à la composition de Fapophyse mastoïde en même temps que de la caisse ; que dans le kanguroo il entre dans la composition delà première, mais non de ta seconde ; enfin que dans le phasco^ lome c est le temporal qui contribue par une de ses productions à ceindre ta caisse par*<}evant , tandis que les parois inférieures et postérieures de cette eavité, ne recevant d'os ni du sphénoïde ni dui ro^ cher, demeurent carlili^ineuses , à moins toutefois qu il n y ait un os séparé, perdu dans les squelettes que nous possédons.
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M. O^offroy trovve que cette partie de la caisse qui ne s*ossifie qu après le cadre du tympan, et qui $ attache avec Vâge, tantôt au rocher, tantôt au spbénoikl?, tantôt au temporal, esit dans les jeunes sujets siépcirée par uiv^ sature de ios auquel elle vient à aéihéji^r par Ici swt? ; il ei;! conclut que c'est primitivement une pièce à part , et il lui dosuie le nom d'os cQtyléaL Elle se sépare ^sèment, selon Tauteur, dans le çkat de ^ix jours ; ou en voit même se séparer encove une autre pièce dans le fœtus du chat ou dans Iç çl^at paissant; il assure aussi que Tan peut détachercecotyléaldansrenfantnaissant;etcomme d ailleurs, selon M* Serre, te cadre du tympan de ri^omme se divise en deux parties dans l«s jeunes fg^tusi, M. Geoffroy retrouve dans la caisse de rfiomjn^e les inêmes trois pièces que dans les carni^ yoij-es « et cinq en comptant le vaginal et le stylhyal . Qr 90 vs v<;nops de voir que dans le« oiseaux il n en a découvert que quatre , aussi se propose-t-il bien de chercher à déterminer quelle est celle qui leur nVji^que, ai«^i qujc de les retrouver toutes clans les ppisson^.
Daus U vue de s^assurer davantage de la généra- Il^ et de laccNQiStançe de ces lois sur la compositioi» du cràue, M. Geoffroy a fait une étude particulièrç des crânes, d^ fœtus monstrueux, stt>F-touÈ de ceu'X quon a nommés acéphales ou plutôt anencéphales,
parceque leur cerveau est détruit ou sorti du crâue par quelque ouverture.
Les os du crâne n'étant plus soutenus par-dedans ne prennent point leur développement naturel; mais quelque étranges que paroisscnt les mon-" struosités qui en résultent, on y retrouve les mêmes pièces que dans les crânes réguliers; seulement elles ont pris d'autres proportions relatives, ou bien elles sont plus ou moins déplacées, ou bien enfin elles conservent les unes plus long -temps que les autres la distinction de leurs noyaux pri-^ mi tifs.
M. Geoffroy a choisi trois de ces crânes défigu-*rés , et a montré la nature et les causes des changements subis par chacun de leurs os. Dans Fun d eux par exemple loccipital supérieur est divisé en deux, comme dans beaucoup de reptiles; et un peu plus haut se trouvent deux autres pièces disposées comme les interpariétaux de quelques mammifères.
M. Geoffroy fait remarquer à ce sujet que dans l'état ordinaire l'occipital supérieur du fœtus de l'homme est divisé d'abord en quatre parties, et soutient que lès deux supérieures , qui sont les plus grandes, répondent aux deux interpariétaux des fœtus des ruminants et d'autres quadrupèdes. Elles se soudent de meilleure heure, par des raisons
analogues à celles qui produisent la même réunion préeooe entre les deux parties du frontal de rfafomme.
* Gette constance des éléments du crâne est telle que M; Geoffroy en a trouvé tous les os, mais réduîtS'à une petitesse excessive, dans un fœtus qui n'?voii au-dehors aucun reste apparent de tète ni de cou.
L'auteur termine ce travail par une classification des différentes monstruosités par défaut relatives à la tète , qui pourra servir de base et de principe de nomenclature pour les recherches ultérieures sur ce sujet fiécond.
L'on avoit remarqué de tout temps que les serpents n ont pas de paupières; que leurs yeux sont protégés à Textérieur par une membrane sèche et transparente : on avoit su pposé q ue cette membrane étoit leur cornée , et Ton en avoit conclu qu'ils n'ont pas de larmes.
Mais il n en est pas ainsi : sous cette peau trans^ parente est une solution de continuité qui la sépare de la véritable cornée ; et ce vidé, cette cavité possible qui répond à celle qui existe au-devant de tout autre œil quand les paupières sont fermées, et qui est tapissée par une conjonctive en forme de sac, a réellement dans Fangle interne, comme les
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paupières des yeu:& de la. plupart des mammifères et des^ oiseaux , une petite ouverture, mv véritable point lacrymal, orifice dun canal qui dailsles ser* petits non venimeux aboutit à la bouche, et dans les Yênimeux aux fosses nasales. C'est ce que M. Jttles Gloquet.a fait coanoître à TAcadémie, cd; accothpag%ié de préparations^ ingénieuses et de figures exactes. Il y décrit en même temps les diverses con^ figuration» de Tos lacrymal et de la ^ndedu nlême notifk dttns les serpents les plus connus» ^ -
L'Âcadëmie avoit proposé pour sujet du prix a décerner cette a ii née Tanatomie comparatif du cerveau dans les quatre classes d animaux vertébrés. Ce prix vient detre remporté j>ar M. Serre, chef des travaux anatomiques à Thospicede la Pitié, et le travail important et volumiileuit qu'il a pré* semé au concours, aecompagné dune mùltkyde de dessins, a tellement satiafait à ce qUe.les anato-* mistes pouvoient désirer que nous croyons devoir leur en présenter ici, pour hâter leur jouissakice, une analyse étendue que nous empruntons^ en grande partie à lauteur.
Depuis trois siècles environ on s'est beaucoup occupé de l'anatomie du cerveau; on a senti toute l'utilité dont pouvoit être pour ce sujet lanatomie comparative ; mars une partie de ces efforts
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ont ét&iif(î«ictueitx«à oause peut-être du point de départ.
Les analomistes cherchèirent d abord les ressem^ blances dan» l'encéphale dMaqhnatix comparé à celai de rhomme^) qui leur étoit particulièrement connu ; ces ressemblances £iren€ ^isles chez les mammidres, parcequ*àux proportions près cet or^ gaoe est 1» répétition de lui-même dans les différentes familles dont cette classe se compose.
On y trouiFa tout, comme chez Fbomme; on y dénomma tout, comme die2 lui; on 'arriva ainsi à Tifitatomié des oiseaux «vec des idées toutes for- . mées; mais dès les premiers pas on se trouva arrêté dans ia détermination des parties dont se compose leur encéphale. Les lobes cérébraux et le cervelet furent bien reconnuç^ mrais on méconnut les tu^ hercules quadrijumeau^ à cause de leur changement de forme et de proportion ; on méconnut également la couche optique , et on crut à une composition différente de leur encéphale.
La chaîne des ressemblances parut dès-lors rompue , et lorsqu'on en vint aux poissons il sembla impossible de la renouer par une circonstance que nous allons faire connoitre.
Les anatomistes setoient habitués, on ne sait trop pourquoi , à disséquer le cerveau humain par sa partie supérieure , et celui des mammifères d a-
452 ANATOMIE ÇT PHYSIOLOCfJE ANIMALES,
vant en arrière : cettj^ méthode 0tit pea d'inconvénients chez eux, el)e en eut également de foibles chez les oiseaux, parcequ'il étoit difficile de méconnoiti*e les lobes cérébraux. çt le cervelet.
Il nen fut pas de même chez les poissons; leur encéphale se compose d'une sçrie de bulbes alignées d avant en arrière, tantôt au nombre de deux, de quatre, et quelquefois de six : à quelle paire devoiton assigner le nom de lobes cérébraux? étoit-ce aux antérieurs, aux moyens, ou aux postérieurs? Les anatomistes n'ayant aucune base pour établir Vune ou lautre de ces déterminations, elle&fiirenttoîN*à-tour adoptées et rejetées.
On conçoit qu'avant de cherchât* à rétablir les rapports des différents éléments de 1 encéphale, il étoit indispensable de faire cesser cette confusion , de déterminer leur analogie , et d établir cette détermination sur des bases qui fussent les mèmçs pour toutes les classes.
Cette recherche feit l'objet de la première partie du travail de M. Serre, dans lequel il décpit séparément le cerveau pour chaque classe en particulier, en considérant cet organe depuis les embryons devenus accessibles à nos sens jusqu a l'état parfait, et à l'âge adulte des animaux.
L'analogie de chaque portion de l'encéphale étant déterminée, il a consacré la dernière partie de son ouvrage à l'étude de leurs rapports compa-
ratiis dans les quatre classes des vertébrés : les propositions générales qui suivent sont l'expression de ces rapports.
JjSl moelle épinière se forme avant le cerveau dans toutes les classes.
* Elle consiste d abord , cbez les jeunes embryons , en deux cordon^ non réunis en arrière, et qui forment une gouttière; bientôt ces deux cordons se louchent et se confondent à leur partie postérieui^; l'intérieur de la moelle épinière est alors creux ; il y a «n long canal qu'on peut désigner sous le nom de ventricule ou de canal de la moelle épinière: ce canal he remplit quelquefois d'un liquide, ce qui constitue Chydropisie de la moelle épinière, maladie assez commune chez les embryons des mammifères.
Ce canal s'oblitère au cinquième mois de l'embryon humain, au sixième dé l'embryon du veau et du cheval , au vingt-cinquième jour de l'embryon du lapin, au trentièmie jour du chat et du chien ; on le retrouve sur le têtard de la grenouille et du crapaud accoucheur jusqu'à l'apparition des membres antérieurs et postérieurs.
Cette oblitération a lieu dans tous ces embryons par la déposition de couches successives de matière grise, sécrétée par la pie-mère qui s^introduit dans ce canal.
La moelle épinière est d'un calibre égal dans
toute SOD étendue chez les jeuoesjeinbrydns de toutes les classes : elle est sans renflement antérieur ni postérieur, comme celle des reptiles privés des membres (vipères, couleuvres ^ anguis fragiles) et de la plupart des poissons.
Avec cette absence des renflements de lu mOellé épinière coïncide , chez tous les embryons , Fabsence des extrémités antérieures et postérieures ; les embryons de tous les mammifères, des oisèau&c et de rbomme , ressemblent sous ce rapport au têtard de la grenouille^ et des batraciens en général.
Avec Tappârition des membres ccAincide, chez tous les embryons, Tapparition des renflemeais antérieurs et postérieurs de la moelle épinière : cet effet est sur* tout remarquable chez le têtard des batraciens à l'époque de sa métamorphose; les embryons de rhomme, des mammifères, des oiseaux et des reptiles, éprouvent une métamorphose en^ tièrement analogue à celle du têtard.
Les animaux qui nont qu'une paire de membres nont qu'un seul renflement de la moelle épinière; les cétacés sont particulièrement d^ins ce cas : le renflement varie par sa position selon la place qu'occupe sur le tronc la paire de membres. Le genre bip€$ a son renflement situé à la partie posr térieure de la moelle épinière; le genre bimane Ta au contraire à la partie antérieure.
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Dans les monstruosités que présentent si fré« qnemnient les embryons des mammifères , des oiseaux et de l'homme, il se présente souvent des bipes et d|3s bènumesy qui , comme les cétacés et les reptiles que neus venons de citer, n'ont qu'un seul renflement situé toujours vîs-à*vis de la paire de membres qui reste.
La moelle épinière des poissons est légèrement renflée vis^-vis du point qui correspond à leurs jsageoires. Ainsi les jugulaires ont ce renflement derrière la tète, à la région cervicale de ia moelle épinière; le^ pectoraux vers la région moyenne ou dorsale; et les abdominaux vers la partie abdomi* nale de la raçelle épinière.
Les trigles^ remarquables par les rayons détachés de leurs pectorales , le sont aussi par une série de renflements proportionnés, pour le nombre et le volume , au volume et au nombre de ces mêmes rayons auxquels ils correspondent.
Les poissons électriques ont un renflement considérable correspondant au nerf qui se distribue dans Fappareil électrique (raie, silure électriques).
La classe des oiseaux off're des différences très remarquables dans la proportion de ses deux renflements.
Les oiseaux qui vivent sur la terre comme nos oiseaux domestiques, et ceux qui grimpent le long
des arbres , ont le renflement postérieur beaucoup plus volumineux que rantérieur. L autruche est sur-tout remarquable sous ce rapport.
Les oiseaux qui s élèvent dans les airs , et y pld-^ nent souvent des journées entières , offrent une disposition inverse; cest le renflement antérieur qui prédomine sur le postérieur.
M. Gall a avancé que la moelle épinière étoit renflée à loriffine de chaque nerf; M. Serre ne croit pas que cette opinion soit confirmée par Texamen de la moelle épinière des vertébrés, à quelque âge de la vie intra ou extra-utérine qu^on la coii-p sidère.
M. Gall cherchoit dans ces renflements supposés lanalogue de la double série de ganglions qui remplacent la moelle épinière dans les animaux articulés.
Cette analogie se trouve , comme d'autres auteurs Font déjà avancé, non dans la moelle épi^ nière, mais dans les ganglions inter-vertébraux.
Ces ganglions, qui ont peu occupé les anatoraistes, sont proportionnés dans toutes les classes au volume des nerfs qui les traversent: ils sont beaucoup plus forts vis-à-rvis des nerfs qui se rendent aux membres que dans aucune autre partie.
La moelle épinière est étendue jusqu'à l'extrémité du coccix, chez l'embryon humain, jusqu'au
quatrième mois de la vie utérine. A cette époque elle s'éléye jusqu'au niveau du oorps de la seconde vertèbre lombaire-, où die se fixe à la naissance.
L embryon hunfain a un prolongement caudal signalé^ar tous les anatomistes , qui persiste jusqu'au quatrième mois de la vie utérine ; à cette époque ce piColongementdisparott, et sa disparition coïnctde^vec Tascension de la moelle épiuière dans le canal vertébral, et Tabsorption d une partie des vertèbres cocoigienties.
Si Fascension de la moelle épinière s arrête , le fœtus humain vient au monde avec une queue , ainsi qu'on en rapporte un grand nombre de cas : le coccix se compose alors de sept vertèbres.
Il y a donc un rapport entre lascension de là moelle épinière dans son canal , et le prolongement caudal du fœtus humain et des mammifères.
Plus la moelle épinière s'élève dans le canal vertébral, plus le prolongement caudal diminue, comme dans le cochon, le sanglier, le lapin; au contraire plus la moelle épinière se prolonge et descend dans son étui , plus la queue augmente de dimension , comme dans le cheval , le bœuf, l'écureuil.
L'embryon des chaiwe-souris sans queue ressemble sous ce rapport à celui de Thoiâme : il a d'abord une queue qu'il perd rapidement, parce-
que chez ces oiammif&Fes lasceasioa àe 1» moelk épinière est très rapicle^ et qù elle s élève tvè» haut
C'est sur-tout chez le têtard des batraciens que ce changement est remarquable; ^ussi lôDg-temps que la moelle épinière se prolonge ()ans le caûai coccigien , le têtard conserve sa queue. A Féjx>que où le têtard va se métamorphoser, la ixioelle épi<nière remotite dans son canal , la queue disparott, et les membres se prononcent dé plus jeu plus.
Si la moelle épinière s'arrête dans cette ascension, le batracien conserve sa queue comme le fœtus humain.
Le fœtus humain, celui des chauve* souris et des autres mammifères^ se métamorpho^nt donc comme le têtard des batraciens.
Chez les reptiles qui n'ont pas^de membres (les vipères , les couleuvres) la moelle épinière ressemble à celle du têtard avant sa métamorphose.
Chez tous les poissons la moelle^pinière présente le même caractère ; elle offre souvent à sa terminaison un très petit renflement.
Parmi les mammifères les cétacés ressemblent sous ce rapport aux |>oissons.
Les embryons humains monstrueux qui n'ont pas les membres inférieurs se rapprochent sout ce rapport des cétacés et des poissons.
L'entre-croisement des faisceaux pyramidaux est