‹ Histoire des progres des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'a 1831Chapitre 1 sur 6 · SECONDE PÉRIODE · texte numérisé non relu

SECONDE PÉRIODE

L ordre et la mc^thode seront toujours en histoire naturelle, et particulièrement en botanique, deux objets de la plus grande importance : ils servent à -la -fois à établir les rapports que les êtres ont entre eux et à guider Fobservateur au milieu des productions innombrables de la nature. Les naturalistes les plus profonds en ont fait le sujet spécial de leurs études , et les connoissances que la science des méthodes exige ne pourront même jamais être embrassées que par eux.

M. de Jussieu qui peut , à si juste titre, être considéré comme le législateur des méthodes en bota-

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nique a formé un nouvel ordre de plantes sous le nom de moniifiiées; les genres dont il le compose sont le rukiay le monimia^ Yamboray et peut-être le citrosmay \epavonia, et Vatherosperma, Cet ordre devra être placé immédiatement avant la famille des urticées ; mais à la suite des monimiées , M. de Jussieu place le calycantlius réuni jusqu'alors aux rosacées; il le considère comme le type, d'un nouvel ordre qui servira de passage entre les monimiées et les urticées.

M. Palisot-Beauvois a porté ses recherches sur Tordre des graminées ; il en a étudié les organes de la fructification plus exactement qu on ne Favoit fait avant lui , a fondé sur l'organisation de chacune de leu rs parties les caractères qui doivent distinguer les graminées entre elles, et obtenu les moyens de diviser les espèces nombreuses de cet ordre eu genres beaucoup plus naturels que ceux qui avoient été adoptés jusqu'à présent.

M. Labillardière nous fait connoître une plante nouvelle de la famille des palmiers dont il a fait un genre, sous le nom de ptychosperma , voisin des élates et des arecas. Cette plante a été découverte par l'auteur à la Nouvelle-Irlande; elle s'élève souvent à plus de soixante pieds, et son tronc n'a cependant que deux à trois pouces de diamètre. Ces proportions lui ont fait donner le nom de gracilis.

Il est étonnant, comme Fobserve M. Labillardière , qu un arbre aussi frêle puisse se soutenir lui-même ; mais on sait que dans tous le& monocotylédons la partie ligneuse la plus dure est à lextérieur, et cette structure donne aux plantes de cette classe une force que ne peuvent avoir celles dont les fibres les plus solides sont au centre.

M. Lamouroux a présenté à llnstitut un travail très étendu sur les plantes marines. On s'étoit ù peine occupé de ces singuliers végétaux ; ils étoient généralement réunis d une raanièi*e peu naturelle , et M. Lamouroux, en formant un seul groupe de toutes les plantes qui habitent les mers, paroit avoir opéré un changement utile. Le peu de progrès quon avoit fait dans Fétude des algues étoit cause du peu d'accord qui régnoit entre les botanistes sur les organes qui servent à la reproduction de ces cryptogames. M. Corréa , dans un travail spécial sur cette matière, avoit reconnu des organes mâles et des organes femelles dans les tubercules placés aux extrémités des ramifications de ces plantes. C est cette opinion que M. Lamouroux partage ; mais il caractérise avec précision les différentes parties de ces organes, et répand ainsi beaucoup de clarté sur 1 étude de ces singuliers végétaux. Cet auteur a de plus observé que les espèces dalgues qui croissent sur le granit ne sont jamais

les mêmes que celles qui se trouvent sur la pierre calcaire ou sur les sables, et réciproquement. Quant à leur organisation intérieure , M. Decandolle avoit reconnu qu elle étoit dépourvue de vaisseaux et entièrement formée de tissu cellulaire. M. Tiamouroux distingue deux sortes de cellules, les unes hexagones très alongées , qui forment les tiges et les nervures des ramifications ; les autres de la même forme que les précédentes, mais à côtés presque égaux et qui constituent la substance membraneuse ou foliacée.

M. Lamouroux pense que les premières pourroient être analogues aux vaisseaux , et les secondes au tissu utriculaire des végétaux plus parfaits. Ces travaux généraux ont conduit l'auteur à former dans cette famille plusieurs genres nouveaux qu'il a également présentés à la sanction de Tlnstitut.

M. de Mirbel a continué ses recherches sur la physiologie végétale. Jusqu'à présent on avoit bien reconnu que l'albumen des graines servoit ordinairement à nourrir la jeune plante après la germination ; mais cette opinion avoit peut-être besoin d'être encore appuyée sur des observations positives , et M. de Mirbel, au moyen d'une expérience aussi simple qu'ingénieuse , paroît avoir levé tous les doutes sur cette question. L'embryon contenu dans la graine de YalUum cœpa se recourbe , en se dévelopj>ant, de manière à former un coude qui sort de

terre , tandis que la plumule et la radicule y restent cachées. Si a ce point de la végétation Ton fait une marque quelconque et à égale hauteur sur les deux branches du germe, on verra la tache la plus voisine de la radicule s élever seule dans le cas où la plante ne reccvroit d aliments que par les sucs de la terre : si au contraire , elle n est entretenue que par 1 albumen de la graine, la tache de la plumule s'élèvera au-dessus de l'autre; enfin les taches s'élèveront à-peu-près également , si la terre et la graine concourent au développement du germe. C'est ce dernier phénomène qui a lieu ; il cesse lorsque l'albumen est entièrement absorbé : alors la jeune plante a assez de force pour puiser dans la terre ou dans l'atmosphère la nourriture dont elle aura désormais besoin.

Ce mémoire est accompagné d'observations intéressantes sur la germination de l'asperge, et sur la manière dont les feuilles de cette plante, d'abord engainantes comme toutes .celles des monocotylédons, deviennent, par l'accroissement de la tige, latérales et opposées , et ensuite latérales et alternes.

Dans un autre mémoire, M. de Mirbel a entrepris de nouvelles recherches sur la germination du nélumbo. Les botanistes n'étoient point d'accord sur la classe à laquelle cette plante devoit être rapportée, et sur la nature des deux lobes charnus au

milieu desquels elle prend naissance. Les uns n'observant point de radicules se développer dans la (];ermination de cette plante, croy oient qu'elle en étoit entièrement dépourvue; d autres regardoient les lobes dont nous venons de parler comme des racines, et d autres comme des organes particuliers et analogues au vitellus. C'est au moyen d'observations anatomiques que M. de Mirbel cherche à lever les doutes que font naître ces diverses opinions. Il reconnoît dabord au nélumbo tous les caractères qui distinguent les plantes à plusieurs cotylédons, des plantes à un seul cot^'lédon. Il trouve ensuite dans les lobes de cette plante des vaisseaux analogues à ceux des cotylédons, et il observe, au point où ces lobes se joignent, d autres vaisseaux qui se réunissent de la même manière que ceux qui caractérisent les radicules dans les embryons pourvus de cet organe; et il conclut que le nélumbo ne diffère point essentiellement des autres plantes de sa classe. «

M. Corréa , en regardant avec M- de Mirbel le nélumbo comme une plante à deux cotylédons , ne partage point son opinion sur la nature des lobes; il croit, avec Gaertner, que ces organes ont beaucoup d analogie avec le vitellus, et il les compare aux tubercules charnus des racines des orchis. I^es plantes, comme lobservie ce savant botaniste, ont

une organisation double et relative , d'une part , à la terre où elles doivent s enraciner, et de l'autre, à I air où leur feuillage se développe. îjes racines sont destinées à la végétation descendante, et cest au point où ces deux systèmes d'organisation se réunissent que les cotylédons sont ordinairement placés : or lés lobes du nèlumho sont à la partie la plus inférieuredela plante, et conséquemment dans le système de la végétation descendante ou dèrf racines. Cette manière d'envisager le nëlumbo ôteroit, à la vérité, les moyens d'y reconnoître les cotylédons; mais l'exemplede beaucoup d'autres plantes privées de ces organes montre qu'ils ne sont point du tout essentiels à la végétation, et que les caractères qu'on en a tirés pour partager le régne végétal en trois divisions sont insuffisants, et qu'ils doivent être remplacés par ceux que donnent la direction des vaisseaux et les rayons médullaires.

C'est aussi dans la vue de détruire les doutes que font naître les différentes opinions de plusieurs savants botanistes que M. Poiteau a entrepris uil travail qu'il a soumis à Tlnstitut, sur la germination des graminées. On n'étoit pas daccord sur la partie de la graine de ces plantes , qui devoit être régardée comme le cotylédon : mais observant que l'éousson, que Gaertner prenoit pour un vitellus et M. Richard pour le corps de la radicfnle, étoit

placé dans le point où la plumule et la radicule 3e séparent, il considère cet organe comme un véifitable cotylédon. Ces recherches ont, en outre, (Conduit M. Poiteau à une observation qui, poui être accidentelle , n'en est pas moins intéressante . puisqu'elle se lie à un des phénomènes les plus généraux de la végétation. Au moment où la rqdiculc des graminées se développe, elle prend la figure d*un cône et représente la racine principale ou k pivot des autres plantfss; mais bientôt, et dès que les racines latérales ont un certain accroissement ce cône s'oblitère et se détruit^ de sorte qu'au cun plant de cette famille n'a de pivot. Et comm< M. PoUeau a fait la même observation sur plusieuri autres plantes à un seul cotylédon, on peut sup poser que cette substitution de racines nombreuse et secondaires à une principale ^ lieu , parcequi chaque faisceau de ^brçs des monocotylédons a si racine propre : ce qui rappelle naturellement h belle observation de M. du Petit-Thouars , sur Tac çroissement en grosseur du draceena, dont il a déj été question dans les années précédentes.

M. du Petit-Thouars , qui s'occiipe avec une con stance digne d'être citée en exemple de l'anatomi et de la physiologie des végétaux , et qui a déjà prc

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po^é à rinstitut plusieurs aperçus nouveaux sur cette branche de science, la entretenu cette année de la moelle et du liber, ou de cette pellicule située sous lecorce, et que Ion a regardée long «- temps comme la mère de laubier et du bois. Il pense en* tièrement le contraire sur ce dernier point, et s ac-r corde à cet égard avec M. Knight , botaniste anglois, qui vient aussi de publier de belles obsenf^ons sur la physique des arbres. Quant à 'la moelle, M. du Petit-Thouars assure que Ion s'est également trom^ pé quand on a cru qu elle pouvoit être comprimée, (Bt disparoi tre à la longue par laccroisscraent du bois qui lentoure ; il a montré de très vieux troncs de plusieurs sortes d arbres où le canal médullaire est aussi gros que dans les branches de Tannée.

M. de Mirbel, qui a publié depuis long-temps de belles recherches générales sur la structure intérieure des végétaux , et les fonctions de leurs diverses parties , s'occupe maintenant de comparer entre elles sous ce rapport les diverses familles. Il a traité cette année des plantes à fleurs en gueule ou labiées; mais, cherchant toujours à revenir à ces principes généraux, qui seuls peuvent élever nos observations à la dignité d'une véritable science , il a fait précéder son travail par des considérations sur la manière d étudier l'histoire naturelle des végétaux, où il essaîede prouver que, pour établir un^.

les aires ovales mêlées aux cellules plus ou moins hexagones qui forment Tépiderme. Ces aires ne sont à ses yeux que de petites élévations , ou si Ton veut que des poils extrémements courts. Il trouve dans la structure interne de la tige la cause de sa forme et de la disposition des feuilles par paires. Une bride vasculaire s étend d'une feuille à lautre, et les retient dans une situation opposée.

Nous ne suivrons pas lauteur dans ses recherches sur le calice, la corolle, et les étaniines. Les observations que contient cette partie de son mémoire se composent d une multitude de faits particuliers qui ne sont point susceptibles d analyse.

Le pistil a présenté à M. de Mirbel une organisation très remarquable , et qui cependant n avoit encore été observée que superficiellement. Un corps glanduleux placé au fond du calice porte quatre ovaires , du milieu desquels s élève un style. La base de ce style ne communique pas directement avec les ovaires : elle pénétre dans la partie qui les soutient, et donne naissance à quatre conducteurs, lesquels, réunis aux vaisseaux nourriciers qui se rendent du pédoncule dans le fruit , remontent vers les ovaires. Cette disposition du style et des conducteurs, par rapport aux ovaires, existe également dans les borraginées.

Le corps glanduleux est semblable , par son or-

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ganisation interne, à la glande du cobea , dont M. de Mirbel a publié lanatomie il y a quelques années. Cet appareil organique est destiné à la sécrétion du suc mielleux qui se dépose au fond du calice.

La forme du style et du stigmate lui a fourni aussi matière à plusieurs observations absolument neuves.

Là plupart des auteurs considèrent le fruit des labiées comme étant formé de quatre graines nues. Gaertner lui-même n'a pas évité cette errèur. M. de Mirbel montre que ce fruit est composé de quatre drupes, dans lesquelles on reconnoît facilement l'existence d'une enveloppe pulpeuse et d'un noyau plus ou moins solide. Il fait voir en outre que l'embryon, ordinairement droit, mais quelquefois re-a plié sur lui-même , est revêtu dé deux téguments , que l'extiérieur est mince , et porte toujours à sa partie inférieure la trace du cordon ombilical ; que l'intérieur, tantôt mince et flexible, tantôt charnu et cassant , est un véritable périsperme.

Ce résultat inattendu n est que la conséquence d'un fait général qui avoit échappé aijx recherches des botanistes ; savoir, que tout tissu cellulaire, homogène, distinct de sa membrane externe, et appliqué immédiatement sur l'embryon , quelles que soientsonépaisseuretla nature delà substance inorganisée qui remplit ses cavités, est un périsperme;

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grande classe offrent ce caractère^ et quon le re-^ trouve bien distinctement dans plusieurs dicotylé-^ dones. Il cite le gui et le loranthus ; il montre ensuite qu'il existe une analogie frappante entre les graines du nélumbo, du nympha&a, du saururus, et du piper, que l'embryon" des deux derniers genres est renfermé dans une sorte de sac tout-à-fait semblable à celui du nymphaea, et il conclut que les quatre genres appartiennent à la classe des dicotylédons. Enfin il pose en principe que les caractères tirés de la structure des tiges , combinés avec ceux que donnent le nombre et la forme des cotylédons, sont encore les meilleurs pour établir une première division naturelle dans le règne végétal.

Quant aux subdivisions des rangs inférieurs , ou à ce qu on appelle des familles , il y a à-la-fois moins de difficultés à découvrir des bases sur lesquelles on puisse les faire reposer, et plus de liberté sut l'étendue qu'on leur donne, et il arrive souvent que des botanistes jugent à propos de les multiplier. ^

Ainsi M. de CandoUe a donné un mémoire qui renferme la monographie de deux familles qu'il a établies, les œhnacées et les simaroubées. Les arbres dont ces familles sont composées sont tous originaires des régions situées sous la zone torride , et paroissent même y être assez rares, en sorte que

leur histoire et leurs descriptions avoient été fort négligées : on les avoit confondues ou avec les annonacées, ou avec les maguoliacées, ou avec les dilléniacées : M. Decandolle prouve qu elles diffèrent de ces trois Êiimlles par un grand nombre de caractères , et sur-tout par la structure de leur fruit, qu'il décrit avec détail, parcequ elle offre une conformation remarquable. Dans les ochnacées et les simaroubées la base du pistil se renfle en une espèce de disque charnu, sur lequel les loges des semences sont articulées : ce disque, que Fauteur nomme gynobase, àvoit été pris pour une partie du réceptacle de la fleur; mais il appartient réellement au pistil, puisqu'il est traversé par les vaisseaux qui vont du stigmate aux ovaires. Il résulte donc de cette structure , mieux appréciée , que les oclinacées et les simaroubées n'ontpasunfruitagrégé,maisunfruitsimple,etpar conséquent se rapprochent davantage des rutacées que de toute autre famille de plantes. Les deux groupes qui font lobjet du travail de M. Decan-^ doUe se rapprochent beaucoup entre eux par la structure de leur fruit; mais on est obligé de les considérer comme deux familles distinctes , quand on a égard à leurs autres différences. Ainsi les ocAnacées ont des fleurs toujours hermaphrodites^ des pétales étalés en même nombre que les divisions du calice^ ou en nombre double, des étamin'es in-^

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magnolier auriculé y dont les grandes fleurs peuvent, par leur odeur et par leur éclat , faire rornement de nos parcs.

Notre confrère M. Palisot de Beauvois a communiqué à rinstitut le résultat d une expérience propre à étendre les idées que Ton se fait de la marche de la sève.

Au lieu d enlever seulement une bande d'écorce au pourtour d'une branche , comme on le fait d ordinaire, il en a isolé entièrement une plaque, en faisant une entaille tout autour, et de manière que ses fibres n'avoient plus aucune communication avec le reste de l'écorce, ni par en haut, ni par en bas , ni par le côté. Il a aussi enlevé le liber, et bien essuyé le cambium, ne laissant intact que le bois dans le fond de Ventaille. Les bords de cette plaque d'écorce ainsi isolée n ont pas laissé de reproduire des bourrelets, aussi bien que l'écorce du bord externe de lentaille; la plaque a même sur quelques arbres donné naissance à un bourgeon qui s'est bien développé. Rien ne prouve mieux la communication générale de toutes les parties du végétal, et comment elles peuvent se suppléer mutuellement dans leurs fonctions ; car cette plaque d'écorce n a pu tirer sa sève que du bois caché sous elle.

Dans notre rapport de 1 806 nous avons exposé Topinion particulière à M. de Beauvois sur la fécondation des mousses, et nous avons rappelé en même temps les objections qui empêchent encore plusieurs botanistes d*adopter cette opinion , laquelle consiste à regarder comme pollen , ou poudre fécondante , la poussière verte qui remplit Turne des mousses , et comme semence une autre poussière que M. de Beauvois place dans une capsule située dans Taxe de cette môme urne , tandis que Hedwig prend la poussière verte pour la semence , et cherche le pollen dans d'autres organes, et que des botanistes plus récents ne veulent pas même admettre de sexe dans ces sortes de plantes, et ne prennent leur poussière que pour un amas de petits bulbes ou bourgeons.

M. de Beauvois a fait cette année une observation qui lui parott confirmer son opinion. Ayant examiné avec soin Furne du mnium capillare^ il a trouvé, I** que la poussière verte de l'urne n'adhéroit point à la capsule centrale, comme elledevroit le faire, si elle étoit la semence , et si cette capsule étoit une columelle , ainsi que le prétendent les sectateurs dUedvi^ig ; 2^ qu'il y avoit dans la capsule des grains transparents et plus gros que ceux de la poussière verte; 3^ que dans la poussière verte eller même il y avoit des grains de deux sortes , les uns

verts , Opaques , anguleux , unis par des filets ; les autres transparents et sphériques.

M. de Beauvois examinant ensuite la poussière des lycopodes y a trouvé également deux sortes de grains; les uns étoient opaques et jaunes , les autres ronds et transparents comme des bulles d'eau, et au plus dans la proportion d'un à trente, par rap** port aux premiers.

M. de Beauvois , qui regarde les grains opaques comme le pollen , pense que ces corps transparents qui s y trouvent mêlés sont des espèces de bourgeons ou de bulbes, propres à donner de nouvdles plantes , et que ce sont eux qui ont germé, quand Hedwig et les autres observateurs ont obtenu de jeunes plantes en semant la poussière des lyco^ podes et des mousses; ainsi Ton ne pourroit plu$ lui opposer ces expériences.

Quant aux véritables graines , elles sont placées, selon lui, dans les lycopodcsautrement que dans les mousses ; les aisselles des feuilles de la partie infé-* rieure do Tépi recèlent, dans quelques plantes de la première famille, de petites capsules contenant chacune quelques grains plus gros que la poussière des capsules supérieures, qui ont été considérés comme des semences par Dillenius, et par tous ceux qui regardoient avec lui la poussière comme un pollen.

M. Wildenow les regarde comme des espèces de bulbes , et cest lopiDion commune de ceux qui ne veulent point admettre de sexes dans les mousses, les lycopodes, et les autres cryptogames.

Mais M. de Beauvois trouve que ces grains ont tous les caractères d'organisation assignés aux semences par les botanistes les plus exacts, et que Ion ne peut en conséquence hésiter à les regarder comme tels , quoiqu'on ne les ait pas encore découverts dans tous les lycopodes ; il convient cependant qu'il n'a pas réussi à les faire lever, mais il croit que c'est faute de les avoir eus dans un état assez frais; d ailleurs , quand ils léveroient, ceux qui prétendent que ce sont des bulbes ne se tiendroient pas pour battus.

Nous avons indiqué brièvement dans nos rapports des deux années dernières les discussions élevées entre nos deux confrères , MM. de Mirbel et Richard , sur la composition intérieure des graines de certains végétaux. Gomme ces discussions ne tendent à rien moins qu'à ébranler des systèmes accrédités , elles ont pris une chaleur proportionnée à leur importance , et il nous a paru nécessaire de tendre compte du point où la question en est venue. Pour cet effet il faut la prendre d'un peu plus haut.

Quand on met dans l'eau une graine de haricot

par exemple, elle ne tarde pas à se fendre, et au point de jonction des deux lobes , qui forment la plus grande partie de sa masse, on observe d'un côté un petit corps charnu, de figure conique, et delautredeux petites feuilles assez reconnoisâables. Si on avoit fait germer cette graine , la partie conique se seroit enfoncée dans la terre, et auroit formé la racine ; les deux petites feuilles se seroient élevées dans l'air, et d'entre elles se seroit continué le reste de la plante; les deux grands lobes, adhérents au point de jonction des deux autres parties, après avoir joué pendant quelque temps le rôle de feuilles , se seroient bientôt desséchés et auroient disparu.

Le petit tubercule conique porte en botanique le nom de radicule; la partie opposée , qui en se développant donne le tronc entier de la plante , se nomme plumuley et les deux lobes latéraux sont appelés cotylédons.

Des expériences nombreuses montrent que la fonction des cotylédons est de fournir la substance nécessaire au premier développement de la plumule et de la radicule , jusqu'à ce que la petite plante soit assez forte pour tirer de la terre et de l'atmosphère les sucs propres à son accroissement ultérieur.

Des observations non moins répétées ont appris

que les plantes à deux cotylédons , qui sont les plus nombreuses dans la nature, ont entre elles un grand nombre de caractères communs , et qu elles diffèrent par la plupart des détails de leur organisation de celles qui n ont qu'un seul cotylédon , et encore plus de celles où Ion n'en observe point du tout ; en conséquence les botanistes ont fait de cette composition du petit embryon végétal la base de leur première division des plantes.

M. Desfontaines, dans un mémoire dont nous avons donné lanalyse en sqn temps , sembloit avoir mis le sceau à cette division , en prouvant que les troncs ligneux des plantes dicotylédones ont une autre texture interne et une autre manière de croître que ceux des monocotylédones et des accH tylédones.

Mais , comme il arrive souvent en histoire natu-^ relie , sur-tout quand les caractères fondamentaux ne reposent que sur des observations empiriques, et dont on n a point apprécié les rapports rationnels avec le reste de Forganisation , Ton s'est aperçu petit à petit que ces régies n'étoient pas sans exception. On a découvert quelessemeirces de certaines plantes qui par toute leur structure ressemblent aux dicotylédones ou n'ont point du tout de cotylédons , ou en ont plus de deux ; on a cru remarquer aussi des exceptions en sens inverse, et ces idées ont en-

gagé à examiner avec plus de soin que jamais les semences de toutes les plantes. Or dans cette recherche il s en est trouvé quelques unes dont la structure a paru problématique , et où le même organe a reçu différents noms , selon la manière dont chacun la envisagé.

Le nélumho est une des plus remarquables de ces espèces douteuses. G est une plante des Indes qui a beaucoup de rapport avec notre nénuphar; sa graine recèle un corps divisé en deux lobes aux deux tiers au moins de sa hauteur, et entre ces lobes est un petit sac membraneux d'où sortent les premières feuilles , et ce n est qu'après que la tige qui porte ces feuilles s'est un peu alongée qu'elle produit latéralement quelques petites racines.

MM. de Mirbel et Poiteau , conformément à une ressemblance au moins apparente, ont avancé que les deux lobes sont les deux cotylédons ; que les premières feuilles forment la plumule, et le sac qui les enveloppe une espèce de gatne; que la radicule reste înactive et sans développement, et que les fibres qui naissent de la petite tige sont analogues à ces racines qui sortent de la tige des plantes rampantes.

M. de Mirbel en particulier croit avoir trouvé dans l'intérieur de ces lobes un appareil de vaisseaux tout-à-fait semblables à ceux des cotylédons.

dans les plantes qui ont le» cotylédons doubles. Ges deux botanistes ont donc rangé le nélumbo parmi les dicotylédones.

M. Richard an contraire a soutenu que c'est le petit sac qui doit être considéré comme le seul cotylédon , et que les deux lobes appartiennent à Textré* mité de la radicule; il a comparé ces corps à ceux que Ion observe dans d autres embryons, et auxquels il a donné le nom d'hypoblastes, les mêmes que Gaertner appeloit vitellus; et cette analogie lui a paru d autant plus certaine que les lobes en ques« tion , ainsi que les autres hypoblastes , ne prennent point d accroissement lors de la germination , au contraire de la plupart des cotylédons. La production latérale des racines est une conséquence naturelie et générale de la présence d un hypoblaste , qui empêche la radicule de s alonger directement. D après ce raisonnement, M. Richard a classé le nélumbo parmi les monocotylédones.

Alors la discussion s'est portée sur la nature même de ces hypoblastes. M. de Mirbel a comparé ce que M. Richard nomme ainsi dans les graminées 9 et qui est le scutellum de Gaertner, avec le cotylédon des asperges, des balisiers, et de quelques autres 4cs plantes qui n en ont qu un , et il a conclu de sa comparaison que Fhypoblaste des graminées est précisément leur cotylédon; ce qui met-

tFoit de son côté toutes les analogies citées par M. Richard.

M. Poiteau a fait aussi sur cette question un mémoire où il se montre du sentiment de M. de Mirbel.

M. Richard a répliqué qu'il y a plus de difFé-^ rence que M. de Mirbel ne croit ; que la plumulc de lasperge et des autres plantes citées est enveloppée dans le cotylédon ; qu elle le perce pour se montrer au jour ; que c'est un caractère essentiel à la plumule de toutes les plantes monocotylédones ; que dans les graminées au contraire la plumule est enveloppée dans une tunique en forme de cône, distincte de Fhypoblaste, et que cest une tunique qui, enveloppant la plumule , doit être le véritable cotylédon ; mais M., de Mirbel n'a voulu voir dans ce petit cône qu une excroissance résultant de ce que la plumule prend dans la graine un accroissement proportionnellement plus fort dans les gra-r minées que dans les autres monocotylédones.

On a cherchéalors des arguments auxiliaires dans les plantes plus ou moins voisines du nélumbo.

M. de Mirbel a fait voir qu'il existe une grande ressemblance entre les graines du poivre et de quelques autres plantes bien reconnoissables pour dicotylédones par la structure de leurs souches et les graines du nélumbo. A la vérité on ne voit pas dans le nélumbo ni dans le nymphaea les couches

ligneuses annuelles qui distinguent les dicotylédones; mais c'est à leur tissu lâche qu'on doit, selon M. de Mirbel , attribuer cette différence.

M. Richard a produit en sa faveur les familles des hydrocha ridées et des hydropeltidées, dont il croit que le nélumbo et le nymphaea se rapprochent le plus, et dont plusieurs genres ont des hypoblastes épais, dans un creux desquels est logée la plumule enveloppée d'une bourse cotylédonaire , quoique ces hypoblastes ne soient pas divisés aussi profondément que dans le nélumbo.

Mais parallèlement à cette discussion partielle, il s'en est élevé une autre , dont la première ne s'est plus trouvée faire qu'un épisode.

Il y a déjà deux ou trois ans que M. Richard , rcconnoissant que la division des plantes, d'après le nombre de leurs cotylédons , ou lobes séminaux , est en quelques cas obscure ou même insuffisante , en a proposé une nouvelle , prise d'une autre partie de lembryon ; savoir, de la structure et de l'enveloppe de la radicule.

Dans les plantes communément appelées dicotylédones , la radicule ou le petit tubercule conique dont nous avons parlé ci-dessus, devient elle-même, en s alongeant , la racine du végétal ; dans les autres elle n'est qu'un petit sac renfermant des tubercules qui deviennent les racines.

3o BOTANIQUE

M. Richard nomme les plantes de la première forme, exorrhizes, et celles de la seconde, endor* rhizes.

M. de Mirbel a prétendu que cette nouvelle division est encore moins applicable que lancienne; qua la vérité la radicule des graminées est conforme à cette description des endorrhizes^ mais que dans les autres monocotylédones il n y a d'appa-^ rence de sac qu'un petit nœud à la base de la ra« ciné naissante , et que ce nœud se retrouve dans des plantes analogues aux dicotylédones, telles que ce même poivre , auquel il avoit déjà eu recours dans la question particulière du nélumbo.

Ici M. Richard affirme que le poivre est tout aussi monocotylédone que le nélumbo; et il se pourroit bien que l'on vînt jusqu'à remettre en doute la structure des tiges de la famille des pipéracées, ou que Ion fût obligé d apporter à la rèf gle générale de la structure des tiges de nouvelles déterminations propres à rendre son application plus précise, et à faire disparoître ces diverses ap^ parences d'exception.

Il ne nous conviendroit pas d'exprimer un jugement quand des botanistes si habiles sont encore partagés; mais leur discussion aura toujours procuré à la science cet avantage incontestable qqe ^ chacun deux cherchant à soutenir spq opinion

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par des faits , ils ont découvert et fait représenter la structure intérieure de la semence et le mode de germination de beaucoup de plantes qui avoient été peu ou mal observées jusqu a ce jour sous ce rapport ; en thèse générale , cependant , nous pensons que Ion ne pourra jamais être sûr de la constance d un caractère , tant que la raison de son importance n'aura pas été démontrée par le genre dmlluence qu'il exerce; car tout ce qui ne repose que sur de simples observations empiriques, quelque nombreuses qu elles soient , peut être renversé par une seule observation contraire ; or Tinfluence du nombre et des diverses formes des parties dans les végétaux est encore trop peu connue pour que Ton puisse espérer de long-temps de donner aux caractères botaniques ce degré de certitude rationnelle auquel ceux de la zoologie sont parvenus.

Nous devons encore faire observer quelà description détaillée de la famille des hydrocharidées, que M. Richard a donnée dans le cours de cette discussion , a un mérite indépendant de lobjet en litige , celui de déterminer plus exactement les genres dont cette famille se compose, et dotit M. Bichaid a porté le nombre à dix , parcequ'il en a ajouté cinq nouveaux à ceux qui étoient connus auparavant.

M. Desvaux a présenté à Tlnstitut les prémices d'un travail sur la fiamille des fougères, où il a

ajouté quelques observations à toutes celles de MM. Swartz et Smith , où il propose de démembrer encore quatre genres de ceux que ces savants botanistes ont établis, et où il décrit exactement plusieurs espèces peu ou point connues.

M. Leschenault de La Tour, Tun des naturalistes qui ont voyagé avec le capitaine Baudin, nous a donné des détails sur les arbres dont les naturels de Java, de Bornéo et de Macassar, emploient le suc pour empoisonner leurs flèches , et qui ont fait encore, dans ces derniers temps, sous le nom à'upas^ le sujet de relations si exagérées. Il y a deux sortes de ces poisons : \upas antiare et Yupas ihieute. Tous les deux tuent, en quelques minutes, par la plus légère blessure ; mais le dernier est plus violent ; c'est l'extrait de la racine d'une espèce de strychnos ou noix vomîque, plante ligneuse de la famille des apocins, qui s'élève en grimpant jusqu'aux branches des plus grands arbres. Les expériences faites par MM. Delile et Magendie prouvent qu'il agit sur la moelle épinière , et cause le tétanos et l'asphyxie. L'autre découle d'un grand arbre que M. Leschenault nomme antiaris toxicaria , et qui appartient à la famille des orties. Ceux qui en reçoivent dans leurs blessures rendent d'abord des évacuations vertes et écumeuses, et meurent dans de violentes convulsions. On mange sans danger la chair des

anîmaiix tués avec ces poisons , en retranchant seulement la partie blessée.

M. DecandoUe, correspondant et professeur à Montpellier, se propose de publier les plantes nouvelles ou peu connues du beau jardin confiné à ses soins, en donnant, toutes les fois que loccasion s'en présentera , des observations sur les genres auxquels ces plantes appartiennent, et il a présenté à rinstitut des échantillons qui ne peuvent que faire bien augurer dason travail ; les cent planches, que cet ouvrage doit contenir, sont déjà dessinées.

Notre confrère, M. de Beauvois, continue toujours les livraisons de sa Flore dOware et de Bénin ^ dont U a fait paroitre cette année les douzième et treizième livraisons. U annonce dans la douzième , une nouvelle division des graminées, fondée sur la réunion ou la séparation des sexes , et sur la composition de la fleur et du nombre de ses enveloppes.

ANNÉE 181â.

La plupart dès physiologistes admettent depuis long-temps dans les plantes une sève ascendante , qui monte des i^cines aux branches, et contribue au développement des branches en longueur; et une sève descendante , qui descend des feuilles aux racines, et à laquelle quelques uns attribuent la

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