‹ Histoire des progres des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'a 1831Chapitre 5 sur 6 · BUFFON. COMPLÉM. T. III · texte numérisé non relu

BUFFON. COMPLÉM. T. III

qu il devoit provenir de quelque insecte; et les uns Font attribué à une araignée, d autres à ce petit animal qu on appelle pou de bois, d autres encore à ce petit coléoptère nommé vrillet te, parcequ'il perce le vieux bois comme avec une vrille; et parmi ceux qui ont adopté cette dernière opinion, les uns ont pensé que c'étoit Tinsecte parfait, d autres que c'étoit son ver ou sa larve, et tous ont cru qu'il opé^ roit ce bruit en creusant le bois, soit pour s en noui»*rir , soit pour en sortir. M. Latreille avoit observé que le bruit est dû à une vrillette, qui lexécute non pas en creusant le bois, mais en le frappant. M. de La Billardière a constaté le même bit par des observations suivies ; let comme c'est sur une femelle qu il les a faites, il pense que lobjet de ce bruit est d'appeler le mâle, comme le font beaucoup d autres insectes femelles dans la saison de la propagation. Les observations sur les enveloppes du ficetus, faites par M. Dutrocbet, médecin à Château- Be^ naud , et dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, ont été répétées par les commissaires deTlnstitut, qui, une fois engagés dans ce travail, ont faiteuxr mêmes quelques observations propres à confirmer, comme celles de M. Dutrocbet, la grande analogie que Ton a déjà remarquée, même à 1 égard de lœuf ou de ce qui en tient lieu , entre les animaux vivi^ pares et les ovipares.

ET ZOOLOGIE. 33g

Les animaux ovipares qui après leur naissance respirent par des poumons ont tous des œufs apeu-près de même structure. Sous une double membrane qui revêt intérieurement la coque sont

enfermés le blanc et le jaune de Tœuf. Celui-ci est suspendu par ses deux pôles , au moyen de cordons nommés cbalazes, qui sont des productions de sa tupique propre, la plus e}(térieure, sous laquelle en est aussi une seconde. C'est sous celle-ci que se mpiitrent les premiers linéaments du poulet, et ce jolî cercle vasculaire, par lequel il tient au jaune, et dont les vaisseaux viennent des artères et des veines de son mésentère. Les vaisseaux ombilicaux oe se rendent point au jaune du tout, mais ils se distribuent à une membrane qui communique avec le cloaque , et qui répond à Tallantôïde des quadrupèdes. Invisible d abord, ne se moptrant que le quatrième jour, et comme une vésicule qui sortiroit de labdomen, cet organe singulier croit avec iipe rapidité étonnante ; il perce les épidémies du jaune, repousse le blano jusque vers le petit bout de TcBuf, et enveloppe bientôt le fœtus et le jaune tout entier d'une double membrane; la tunique extérieure, produite ainsi par ce prodigieux développoinentderallantoïde, est ce que les anciens observateurs ont appelé le chorion , mais elle ne répond pas eu vrai chorion des quadrupèdes qui est repré-

sente par la membrane propre de la coque, comme la coque elle-même représente ce que Ion a appelé la membrane caduque dans les quadrupèdes. Il est extrêmement probable que ce réseau de Fallan to!de sert à la respiration et supplée au poumon , qui ne peut exercer ses fonctions tant que lanimal n'est pas dans lair élastique. Ce qui doit sur-tout le faire croire c est que les ovipares qui respirent pendant leur vie, ou seulement dans les premiers temps qui suivent leur naissance par le moyen des branchies , nont jamais dans Tœuf ni membrane allantoïde, ni vaisseaux ombilicaux, probablement parceque la liqueur dans laquelle ils vivent fournit assez d oxygène à leurs branchies, et en reçoit elle-même suffisamment de lelément ambiant.

Dans les faux vivipares à poumons, tels que la vipère, la coque de lœuf et la membrane propre, beaucoup plus minces, sont promptement déchirées et rejetées; la lame extérieure et vasculaire de l'allantoïde se trouve ainsi servir de tunique extérieure; elle est immédiatement embrassée par les parois de Toviductus ; et comme elle contracte quelquefois de l'adhérence avec ces parois, M, Dutrochet a cru qu'il pouvoit s'établir entre elles une liaison aussi intime que celle qui existe entre le placenta et l'utérus dans les mammifères; en sorte que les vipères auroient été encore plus complètement

vivipares qu'on ne le croyoit ; mais c'est ce que les observations des commissaires n'ont point confirmé. Il n'en a pas été de même de ce que notre habile observateur a £iit connottre sur la métamorphose des têtards. Leur peau et leur queue ne s'enlèvent point comme on le croyoit pour laisser paroître la grenouille; mais la peau, après avoir été percée par les pattes , forme , en se desséchant, une sorte depiderme, et la queue est entièrement résorbée.

M. Dutrochet avoit été précédé à certaine égards dans ses observations relatives aux œufs par des anatomistes allemands, et sur-tout par M. Blumenbach et par MM. Hochstetter ei Emmert ; mais il n a pas laissé que d'ajouter beaucoup à ce que l'on savoit , et il a trouvé moyen de rendre les nombreux degrés de développement d'une manière fort claire, par des coupes idéales dans lesquelles il fait suivre à l'œil tous les changements de proportion des diverses parties.

M. Cuvier, l'un des commissaires chargés de vérifier les observations de M. Dutrochet, les a continuées en quelque sorte sur les fœtus des vrais vivipares, c'est-à-dire des mammifères, en s aidant du secours de M. Diard, jeune médecin , qui avoit aussi travaillé avec M. Dutrochet.

Pour bien saisir l'analogie des enveloppes de ces

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foetus avec celles de Tœuf, il &ut les observer dans les carnassiers, et sur-^tout dans le dhat. La niein-^ brane que Ion a appelée assez mal-à-propos ombilicale, et qui reçoit seulement des vaisseaux dérivants de ceux du mésimtère, y représente le jautie de Fœuf , et si bien que datis le chat c'est aussi une liqueur qu'elle contient à une certaine époque de la gestation. Fixée par ses deux chalazes aux deux extrémités dit chorion, comtne le jaune lest à la membrane de la coque , elle est aussi enveloppée, ainsi que le foetus et son amnios, par la double membrane de Tallantoïde; et entre celleMîi et le chorionest Une tuniqueextrèmenientvasculaire, toute fournie par les vaisseaux ombilicaux , et que la plu*' part des auteurs ont confondue avec le cborioti, qui au contraire n a point de vaisseaux.

La principale différence des mammifères et dés ovipares seroit donc, outre lexistence du placenta dans lei premiers, que Tallantoïde y doublemit le chorion , et y envelopperoit le foetus et le jaune dès les premiers moments, en sorte qu'il rté seroit pas possible d'en voir l'origine, ni d'en suivre le dévelopi)ement.

Dans certains ordres de mammifères, et notam-^ ment dans les rongeurs, il y a une diflfiérence plus singulière encore, c'est que l'allantoïdè y resté plus petite , et que c'est la membrane otûbilicale qui Ten-

Teloppe ainsi que le fœtus, et qui double le chorioo.

M. Cuvier a retrouvé , comme M. Oken et MM. Hochstetter et Emmert, la membrane ombilicale dans tous les mammifères , même dans rhomme ; mais il n a jsfmais pu apercevoir le pé^ dicule par lequel le premier de ces observateurs prétend qu'elle communique avec Tintestin , et qui attroit achevé d'établir son analogie avec le jaune des oiseaux. Il pense aussi que Tallantoïde existe toujours, et que si on la niée dans Thomme c^est quelle y adhère trop intimement à \ù face interne du chorion. Cette adhérence n'est pas moins intime dans le cheval ; mais comme Touraque y est creux, il a été aisé de s apercevoir de lexistence de Tallantoïde; elle a été méconnue dans Thomme, parceque d ordinaire Touraque y est oblitéré.

Il résulte de ces observations que la seule différence essentielle entre les œufs des divers animaux à poumons c'est que dans les ovipares la mem«brane ombilicale contient une quantité de substance nutritive suffisante pour alimenter le fœtus par le moyen de ses vaisseaux omphalo-mésentériques jusqu^à ce qu'il éclose, et même après sa naissance, et que les vaisseaux ombilicaux qui tapissent l'intérieur de Fallantoïde nWt d'autre oSfice à remplir que celui de la respéralion ; mais que

dans les vivipares cette membrane ombilicale ne pouvant subvenir seule à la nutrition les vaisseaux ombilicaux , après avoir enveloppé lallantoïde , percent le chorion pour s'enraciner en quelque sorte dans Tutérus, et y chercher à-la-fbis dans le sang de la mère la nourriture du fœtus et 1 oxygénation de cette nourriture.

Quant aux animaux à branchies, soit les poissons , soit les larves de batraciens, l'organisation de leur œuf est beaucoup plus simple. Sans allantoïde et sans vaisseaux ombilicaux leur vitellus communique avec leur intestin par un conduit si large qu'il peut en être regardé comme un appendice, comme une sorte d estomac provisoire déjà rempli d'avance de matière nutritive. C'est ce que prouvent également les observations de MM. Dutrochet et Cuvier, et les observations plus anciennes de Stenon, de Haller, et de plusieurs autres anatomistes.

Dans ses belles expériences sur le vomissement M. Magendie avoit remarqué que cette opération étoit précédée d'efforts dans lesquels l'estomac se gonfloit après un mouvement de déglutition ; il jugea que c'étoit là le mouvement qu'on appelle nausée , et présuma que la cause en étoit la déglutition de l'air; on savoit en effet, par les expériences de M. Gosse, quune déglutition d'air provoque à vomir ; un jeune conscrit avoit même , dans la vue de

se faire croire malade, porté lart d'avaler de lair au point de gonfler non seulement son estomac, mais encore ses intestins, et cet état produisoit en lui de violentes angoisses. M. Magendie a constaté par des expériences directes cette nature des nausées. Le vomissement provoqué sur des chiens , soit par des pressions immédiates sur lestomac, soit par des injections d emétique dans les veines , a toujours amené des mouvements propres à faire pénétrer lair dans l'œsophage , et à le contraindre à descendre de là dans l'estomac ; et ces mouvements ont été entièrement semblables à ceux des nausées. Nous rapporterions volontiers aussi à la physiologie un mémoire de M. de Montégre sur Fart du ventriloque. A laide des leçons de M. Comte, qui s'est rendu si célèbre par l'exercice de cet art singulier, M. de Montégre explique non seulementles procédés par lesquels on peut modifier diversement le son de sa voix , mais encore tous les artifices par lesquels on peut faire prendre le change aux auditeurs sur la direction des sons, et sur la distance d'où ils partent. Malheureusement ces détails sont de nature à être saisis par des exemples , et imités par l'exercice, plutôt qu'à être exposés en paroles , du moins en paroles aussi abrégées que celles dont nous pourrions nous servir dans notre présente analyse.

346 ANATOMIE ET PHTSIOLOdlE ANIMALES,

Les animaux ont aussi4eur géographie , car la nature en retient aussi chaque espèce dans certaines limites par des hens plus ou moins analogues à ceux qui arrêtent Textension des végétaux. Zimmerman a donné autrefois sur la répartition des quadrupèdes un ouvrage qui n'a pas été sans célébrité. M. La treille vient d en publier un sur celle des insectes. On sent qu'elle doit avoir des rapports intimes avec celle des plantes ; et en effet Ton retrouve de même sur les montagnes d'un pays plus chaud les insectes qui habitent les plaines d'un pays plus froid. Les différences de dix à douze degrés en latitude amènent toujours , à hauteur égale , des insectes particuliers ; et quand la différence est de vingt à vingtquatre, presque tous les insectes sont différents. On observe des changements analogues correspondants aux longitudes , mais à des distances beaucoup plus considérables.

L'ancien et le nouveau monde ont des genres d'insectes qui leur sont propres; et les espèces, même de ceux qui sont communs à l'un et à l'autre, présentent des différences appréciables. Les insectes des pays qui enclavent le bassin de la Méditerranée, et ceux de )a mer Noire et de la mer Caspienne ; les insectes encore d une grande partie de l'Afrique,

oDt beaucoup d'analogie entre eux. Ces contrées forment sur^tout le domaine des coléoptères, qui ont cinq articles aux quatre tarses antérieurs et un de moins aux deux derniers. L'Amérique nous offre, outr^ les genres qui lui sont propres , un très grand nombre d'insectes herbivores , tels que chrysomèles, charansons, cassides, capricornes, papillons, etc. Ceux de FAsie au-delà de llndus ont une grande affinité quant aux familles et aux genres dont ils font partie. I^s espèces de la Nouvelle-Hollande, quoique voisines de celles des Moluques^ s'en éloignent néanmoins par des caractères essentiels. Les lies de la mer du Sud et l'Amérique méridionale semblent laisser entrevoir à cet égard quelques rapports généraux, tandis que Tentomologie de l'Afrique con* traste essentiellement en plusieurs points avec celle de l'Amérique méridionale.

Dans l'Europe occidentale le domaine des insectes méridionaux se manifeste très sensiblement dès qu'en allant du nord au midi on parvient aux pays favorables à la culture de l'olivier. La présence du bousier sacré et des scorpions annoncent ce changement remarquable de la température; mais il ne s'opère dans l'Amérique boréale qu'à une latitude plus rapprochée de lequateur d'environ cinq à six degrés. La forme du nouveau continent , la nature de son sol et de son climat , produisent cette différence.

M. Latreille expose ensuite une nouvelle division de la terre par climats. Le Groenland, quoique très voisin de FAmérique, paroit cependant, daprès la Faune qu'en a donnée Othon Fabricius , se rapprocher davantag^e à cet égard de l'Europe septentrionale et occidentale. On peut du moins considérer le Groenland comme une terre intermédiaire entre les deux mondes. D'après ce motif M. Latreille le prend pour point de départ d'un premier méridien qui , passant 34*^ à Fouest de celui de Paris, se prolonge dans Focéan Atlantique, et se termine à la terre de Sandwich au 60** de latitude sud , le nec plus ultra de nos découvertes vers le pôle antarctique. Ce méridien , à partir du 84° de latitude nord , dernier terme approximatif de la végétation , et ensuite au-delà jusqu'au 60° de latitude sud , est coupé de douze en douze degrés par des cercles parallèles à Féquateur. Les intervalles forment autant de climats que M. Latreille désigne sous le nom de polaire, sous-polaire, supérieur, inter-

médiaire, sur-tropical^ tropical, et équdtorial. Mais, comme les insectes de l'Amérique diffèrent spécifiquement de ceux de l'ancien continent, et qu'à commencer au bassin de Findus les insectes de FAsie orientale semblent s'éloigner, sous plusieurs rapports généraux, de ceux des parties occidentales , M. liatreille divise d'abord les deux hénii-

sphères par un autre méridien , qu'il fixe à 1 82 degrés à lest de celui de Paris , et partage ensuite chaque continent en deux grandes portions, au moyen de deux autres méridiens : l'un est de 62° plus oriental que celui de Paris , et passe sur les limites occidentales du bassin de llndus ; l'autre coupe l'Amérique à 1 06*" à l'ouest du méridien de Paris, et détache la partie de ce continent qui est la plus rapprochée géographiquement, et peutêtre quant aux productions naturelles , de l'Asie. Les deux hémisphères sont ainsi partagés longitudinalement en deux zones, l'une orientale , et l'autre occidentale.

Tout Paris a pu voir une femme venue du cap de Bonne-Espérance , que l'on montroit au public , sous le nom de Vénus hottentote. Elle appartenoit à une nation de l'intérieur de TAfrique , célèbre chez les colons du Cap par sa férocité, et que l'aridité des cantons qu'elle habite et les persécutions des peuples du voisinage contribuent également à réduire à l'état le plus misérable. La petitesse de leur taille, les formes particulières de leur tête, la couleur jaune de leur peau , et sur-tout l'énorme saillie des fesses dans les femmes , semblent en faire une race bien distincte des nègres et des cafres dont ils sont entourés. On a sur-tout beaucoup parlé du tablier de ces mêmes femmes , que les premiers voya-

35o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

geursavoient d abord représente fort inexe^otemeat, et dont quelques voya{][eurs plus récents ont été jusqu'à nier lexistence.

La personne dont nous parlons étant morte à Paris, M, Cuvier a eu occasion de la disséquer, et de constater les particularités de son organisation. Elle poasédoit le tablier; mais ce n'est ni un repli de la peau du ventre, ni un organe particulier: c'est seulement une production considérable de la partie supérieure des nymphes qui tombe devant l'ouverture de la vulve, et la couvre entièrement. lies proéminences des fesses ne se composent que d'un tissu cellulaire rempli de graisse à-peu-près comme les bosses des chameaux et des dromadaires. Le squelette n'eu conserve point de marque, si oe n'est un peu plus de largeur et d'épaisseur aux bords du bassin. La tète ofïroit un mélange singulier des caractères du nègre et de ceux du calmouok; enfin les os des bras, remarquables par leur minceur, offrent quelques rapports éloignés avec ceux de cef^ tains singes.

Un des reptiles venimeux les plus redoutables après le serpent à sonnette c est la vipère jaune ou fer-de-lance de la Martinique et de Sainte-^Lucie, sur laquelle M. Moreau de Jonnès a lu à l'Académie un mémoire intéressant. Les naturalistes la placent aujourd'hui dans le genre des trigonocéphales , ca-

ractérisé par les fossettes situées derrière les narines. Elle remplit la principale des colonies qui nous restent. Quelques uns prétendent qu elle y futautrefois apportée, en haine des Caraïbes, |)ar les Arrouages, peuplade des bords deTOrénoque; tradition qui expliqueroit peut-être comment elle est restée étrangère aux autres Antilles. Depuis les bords de la mer jusqu au sommet des Mornes Ton est exposé à ses atteintes ; mais son principal refuge est dans les champs de cannes à sucre, où des multitudes de rats lui servent de pâture, et où elle se propage avec une abondance proportionnée au nombre de ses petits, qui est de cinquante à soixante par portée. Sa longueur va quelquefois à plus de six pieds. On a cherché en vain jusqu^à présent à détruire ces vipères , en les faisant poursuivre par dçs chiens terriers de race angloise. M. Jonnès propose dessayer contre elle cet oiseau de proie à hautes jambe appelé messager ou secrétaire {falcosçrpentarius y L.), qui dévore tant de serpents aux environs da cap de Bonne -Espérance; et ladmi- .nistration a déjà songé à faire transporter cette espèce utile à la Martinique. Peut-être la mangouste ne rendroit-elle pas de moindres services.

M. Guvier a terminé par un mémoire étenc^u sur le poulpe, la seiche, et le calmar, le travail qu'il avoit entrepris depuis long-temps sur Tanatomie

4es mollusques. Le$ genres que nous venons de désigner sont les plus remarquables de cette nombreuse classe d animaux , par la complication et les singularités de leur structure. Pourvus de trois cœurs , d'un système nerveux très développé , de grands yeux aussi bien organisés que ceux d aucun animal vertébré, de viscères excrétoires très singuliers et formés sur un plan dont la nature n'ofire pas d'autre exemple, ils méritoient toute Tattention des naturalistes.

L'auteur a réuni ce travail à tous ceux qu'il avoit lus précédemment à l'Institut, sur des animaux de la même classe, pour en former un volume in-4^ orné de trente-six planches en taille-douce, qui vient de paroître sous le titre de Mémoires pour servir à l'histoire et à Canatomie des mollusques.

En faisant ses recherches anatomiques sur les seiches , M. Cuvier a eu occasion de reconnoître la nature d'un fossile assez commun dans nos couches calcaires, et qui avoit offert jusque-là une énigme indéchiffrable aux géologistes. C'est une partie osseuse, concave d'un côté, avec un rebord rayonnant, convexe du côté opposé, et armée d'une forte épine entre la convexité et le rebord. Il est démontré aujourd'hui que c'est l'extrémité inférieure d un os de seiche ; et si l'on est étonné de quelque chose c'est que l'on ne se soit pas aperçu plus tôt d'un rapport aussi évident.

Les eaux douces de quelques cantons du midi d^ la France nourrissent un très petit coquillage semblable à un bouclier surmonté d'un aiguillon pointu et recourbé. On Favoit cru univalve, et on lavoit nommé Vancyle épine de rose; mais M. Marcel de Serre vient de s'assurer que c'est une des valves d'un coquillage bivalve et régulier, dont la charnière a des caractères qui lui sont propres. En conséquence il en lait un genre qu'il nomme acanthis. L'animal de cette coquille n'a pas encore été observé.

Les animaux sans vertèbres en général, considérés sous le rapport de la classification et de l'énumération des espèces, font l'objet d'un grand ouvrage dont M. de La Marck vient de publier les trois premiers volumes in-S*", commençant par les êtres les plus petits et les plus simples, c'est-à-dire par les animaux microscopiques. L'auteur passe aux polypes , soit libres , soit soutenus par ces masses plus ou moins solides auxquelles on a donné le nom générique de coraux. Il en vient ensuite aux radiaires, classe dans laquelle il comprend les êtres mollasses vulgairement nommés orties de mer, et ceux à qui leur enveloppe , souvent épineuse , a fait donner le nom d'échinodermes.

Il fait une quatrième classe, qu'il appelle tuniciers, de ces mollusques composés dont M.Savigny nous a

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r^élé, il y a un an , la singulière histoire, ain^ que des mollusques simples analogues à ceux dont la réunion les forme.

La cinquième classe comprend les vers intestinaux, auxquels Fauteur joint quelques vers des eaux douces, qui sembloient devoir rester parmi ks annélides.

Son troisième volume se termine par une partie des insectes.

IjC grand détail où M. de La Marckest entré, les espèces nouvelles dont il donne la description, rendent son livre très précieux aux naturalistes, et doivent en faire desireî* la prompte continuation, sur- tout d après la connoissance que Ton a des moyens que cet habile professeur possède pour porter à un haut degré de perfection Ténumération qu'il nous donnera des coquilles, cette partie immense de l'histoire naturelle. ^

Quant à Thisloire des coraux elle vient d'être enrichie du grand travail de M. Lamouroux sur ceux de leurs genres dont la partie solide est flexible ; travail que nous avons annoncé plusieurs fois dans nos analyses précédentes, et qui a paru cette année en un volume in-8®, avec dix-huit planches. On y prend connoissance d'un nombre vraiment .(effrayant d'espèces et de genres dont plusieur»^ sous

d^autres noms, se ti^ouvent être les mêmes qu a établis M. de La Marck.

Le public jouit aussi maintenant, par la voie de l'impression, de Y Histoire des crustacés de Nice, par M. Bisso, et des belles Recherches^ de M. Savigny, sur la bouche des insectes et sur les mollusques composés. Ces derniers travaux sur-tout, qui ouvrent à la science des vues toutes nouvelles, sont bien dignes de Tattention des naturalistes; mais comme les uns et les autres avoient été précédemment communiqués à TAcadémie, et que nous en avons déjà donné des analyses , nous nous dispenserons d y revenir.

Cette multiplication de jour en jour croissante des êtres animés que les naturalistes observent, la nécessité de mettre de temps en temps quelque ordre plus convenable dans leur distribution et dans les caractères qu on leur assigne , ont déterminé M. Cuvier à en reproduire leasemble dans un ouvrage en quatre volumes in-S"*, avec dix-buit planches, quil vient de publier sous le titre de Règne animal distribué çt après son organisation.

Il a eu en même temps pour but de faire servir cet ouvrage d'introduction à la grande anatomie comparée qu'il prépare , et pour cet effet il y fait marcher de front les caractères intérieurs et exté^ rieurs. Ses classes sont celles dont nous avons doané le tableau il y a deux ans; mais ce que nous n avons

pu indiquer alors , et ce que nous ne pouvons indiquer aujourd'hui que dune manière générale, c'est rextrême division des genres en sous-genres et autres coupures inférieures , par où Fauteur croit être arrivé à une précision telle qu'on ne peut presque plus hésiter sur la place d'une espèce. C'est sur-tout parmi les animaux vertébrés que ce travail étoit nécessaire et que l'auteur a mis beaucoup de soin à l'exécuter, en y joignant des recherches nombreuses et nouvelles sur les confusions de synonymie et sur tous les doubles emplois si communs dans les auteurs qui n'ont pas usé d'une extrême critique.

M. de Barbançois, correspondant, propose encore quelques changements, ou plutôt quelques subdivisions ultérieures dans la distribution méthodique des animaux. Il ne voudroit pas que l'homme restât confondu avec les mammifères, et pense même que Ion pourroit en faire un quatrième régne de la nature, qu'il propose d'appeler le régne moral; il desireroit faire des reptiles visqueux ou batraciens une classe distincte des reptiles écailleux ; séparer les céphalopodes dés autres mollusques; porter les mollusques cirrhipèdes à la tête des annélides, et introduire quelques arrangements analogues dans les classes anciennes, que d'ailleurs il adopte.

Ije grand objet de ces sortes de recherches est moins d'étabhr ou de multiplier des subdivisions que de ne jamais éloigner dans celles qu^on admet des êtres qui se ressemblent, ni rapprocher des êtres qui ne se ressembleut point. A cet égard M. de Barbançois ne conteste aucun des rapports reconnus par les naturalistes qui lont précédé.

Une des questions les plus intéressantes de la physiologie cest lorigine de lazote qui fait un élément essentiel du corps animal. On soupçonnoit bien que la respiration qui enlève le carbone et l'hydrogène du sang, en y laissant l'azote, contribue par-là même à augmenter la proportion définitive de celui-ci; mais on ne savoit pas positivement si cet azote vient tout entier des aliments ou si latmosphère n'en fournit pas aussi une partie, soit au travers du poumon dans la respiration, soit par le moyen de Tabsorption qui se &it à toute la surface du corps ; ou enfin s'il ne s'y produit point par l'action même de la vie.

M. Magendie a voulu s'en assurer par des expériences, et pour cet effet il a nourri des chiens avec des substances qui ne contiennent point sensiblement d'azote, et principalement avec du sucre, de la gomme ^ de Thuile d olive, du beurre, auxquels il ajoutoit de l'eau distillée. Ces animaux ont tous fini par périr, mais avec des phénomènes très siur

çiiliers : entre autres uiie ulcération de la cornée , qui a quelquefois percé cette membrane de manière que Tœil s^st vidé de ses humeurs. Leurs sécrétions prenoient le caractère de celles des herbivores ; les principes contenant de lazote y diminuoient de plus en plus ; le volume des muscles étoit réduit au sixième ; et ces suites fâcheuses ne provenoient pas du défaut de digestion , car les aliments non azotés donnent du chyle et remplissent les vaisseaux lactés, ils soutiennent la vie plus longtemps que si Ton refîisoit absolument la nourriture.

L azote entre comme partie essentielle dans Turée et dans lacide urique; ces éléments du calcul de la vessie et ces matières diminuent sensiblement dans Furine des animaux nourris de substance^ non azotées. M. Magendie en à conclu qu'au moyen d'un régime très végétal on pourroit au moins ralentir les progrès de cette funeste maladie de la pierre. Il est vrai que le régime entièrement végétal donne quelquefois une maladie contraire, le diabétes sucré ou flux excessif d'une urine où abonde la substance sucrée, maladie que Ion guérit en se nourrissant de viande.

Ces faits peuvent devenir utiles en médecine, et donner des indications diététiques importantes.

M. Magendie a aussi fait, en commun avec M.Che vreul, des essais pour déterminer la nature des gaz

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qui se développent au moment de la digestion dans les diverses parties du canal alimentaire. Dans quatre suppliciés qui avoient pris un peu avant leur mort des aliments déterminés, lestomac a offert de Toxygène, de 1 acide carbonique, de riiydrogène pur^ et de lazote; l'intestin grêle^les trois derniers gaz, mais point d'oxygène; le gros intestin enfin joignoit à de lacide carbonique et à de lazote des gaz hydrogènes carbonés et sulfurés : ces deux derniers n appartiendroient donc qu aux gros intestins; 1 oxygène se trouveroit dans Festomac seule* ment; Fazote et lacide carbonique existeroient dans tout le canal , et la quantité de ce dernier augmen* teroit en descendant.

M. de La Marck travaille avec une rare persévé* rance à la publication de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Le quatrième volume a paru cette année. Il continue et termine la classe des insectes. L'auteur y expose avec soin, et y range dans Tordre qui lui a paru le plus naturel, ceux des genres établis par les entomologistes qu'il a jugé devoir adopter; mais 1 étendue à laquelle il s'est restreint ne lui a pas permis de donner, comme dans les classes précédentes, l'énumération détaillée des espèces^ U se borne à citer comme exemple un cer-

36o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

tain nombre des plus remarquables , en s'attachant de préférence à celles de notre pays. Les naturalistes désirent vivement qu il reprenne dans les volumes suivants, et sur-tout quand il sera arrivé à la classe des mollusques, les énumérations complètes des espèces connues qui ont fait des premiers volumes un travail si important pour la science.

M. Daudebart de Férussac, qui étudie depuis long-temps avec beaucoup de soin les coquilles de terre et d eau douce , ainsi que leurs animaux , a présenté le plan dun ouvrage déjà fort avancé, où il les fera représenter en couleurs naturelles, et dans lequel il réunira tout ce que Ion a découvert sur leur organisation et sur leurs habitudes. Il complétera ainsi sur un point important YHistoire naturelle des animaux sans vertèbres.

Il n'est personne qui n'ait entendu parler, presque dès l'enfiince, de l'industrie laborieuse et des ouvrages savants de l'abeille domestique ; et tous ceux qui ont eu occasion de lire les mémoires de Réaumur ont été sans doute vivement frappés des procédés divers, des moyens aussi ingénieux que compliqués, inspirés par la nature à cette multitude d'abeilles sauvages qui peuplent nos cbamps, nos prairies, et nos forêts. M. Walkenaer, digne meip-

ET ZOOLOGIE. 36l

bre de FAcadémie des Belles-Lettres, qqi s^est disr tingué aussi par un grand nombre de recherches du genre de celles qui occupent TAcadémie des Sciences, vient d^ajouter des faits très intéressants à tous ceux que Ton connoissoit déjà sur Hnstinct de ce genre admirable. Dans cette prodigieuse quantité de sous-genres que les naturalistes ont été obligés d'établir, pour classer nettement les innombrables espèces d abeilles, il s'en trouve un que Ion a nommé halicte, qui appartient à la tribu des andrènes , et dont le caractère particulier consiste en un sillon longitudinal sur le dernier anneau de Tabdomen des femelles. Une espèce de ces halictes de petite taille vit en société ; elle creuse en commun dans la terre un trou qui pénètre à cinq ou si?; pouces, et communique latéralement avec sept ou huit cavités distinctes, élargies à leur fond et servant d'alvéoles à une larve. Ces petits halictes ne travaillent à leur nid que la nuit; pendant le jour ils vont recueillir sur les fleurs le pollen et le suc mielleux dont ils forment les boules destinées à la nourriture de leurs larves. Il n'y a point de neutres parmi les halictes, et les femelles, qui prennent seules part à l'ouvrage, forment environ les trois quarts des individus. Le plus grand soin de ces petits animaux est de faire tour-à-tour une garde attentive à l'entrée de leur trou, et de n'y laisser

pénétrer que les membres de la société. En efiFet des ennemis de plusieurs genres , que M. Walkenaer fait connoitre, cherchent à s'y glisser, les uns pour dévorer la pâtée mielleuse ramassée par les halictes, les autres pour y déposer desœufe dont il doit éclore des petits qui dévoreront les larves. Un ennemi plus cruel encore est le cercère orné, insecte de la Êimille des crabrons, qui creuse des trous aux mêmes endroits que les halictes; enlève ceux-ci au moment où ils veulent entrer chez eux, les pique de son aiguillon pour les affoiblir, et les enterre pour servir de provision à sa propre larve.

Une espèce d'halicte plus grande creuse une grande cavité arrondie où elle construit en terre les petites cellules qui doivent recevoir ses larves.

Le mémoire de M. Walkenaer, qui a été imprimé, contient, outre ces observations sur les mœurs de deux espèces particulières, une description exacte de ces espèces , leur comparaison avec les espèces voisines , et la description des insectes qui les attaquent de diverses manières.

On connoit en Amérique une énorme araignée, que les zoologistes rangent aujourd^ui dans la subdivision dite des mygales, et que Ion a nommée aviculaire, parceque sa taille dun pouce et demi

de longueur, pour le corps seulement, lui permet d'attaquer jusqu'aux petits oiseaux; M. Moreau de Jonnès a donné un mémoire sur ses mœurs qu'il a observées à la Martinique : elle ne file point, mais elle se loge dans les crevasses des roches, et se jette de vive force sur sa proie ; elle tue les colibris , les oiseaux mouches, les petits lézards, quelle a soin de saisir toujours par la nuque comme si elle savoit que c'est l'endroit par où ils peuvent être plus aisément mis à mort. Ses fortes mâchoires paroissent verser quelque venin dans les plaies qu'elle fait ; car on regarde ces plaies comme beaucoup plus dangereuses qu'elles ne le seroient par leur seule profondeur. Elle enveloppe dans une coque de soie blanche des œufs au nombre de dix-huit cents ou de deux mille, et cette fécondité, jointe à la ténacité de sa vie, auroit bientôt couvert le pays de cette espèce hideuse et cruelle, si la nature ne lui avoit pas donné, dans les fourmis rouges, des ennemis actifs et innombrables qui détruisent la plus grande partie des petites araignées à mesure qu'elles éclosent.

M. l'abbé Manesse a fait, depuis plus de quarante, ans, des œuh des oiseaux l'objet particulier de ses études ; il en a recueilli dans les marais de la Hollande et de la Hongrie , sur les rochers de l'Ecosse

et de la Suéde. Son absence la fait considérer comme émigré et lui a fait fermer pendant long-temps les portes de sa patrie. A son retour il a trouvé détruite une partie des planches qu'il a voit fait graver. Rien n a pu le rebuter : constamment occupé de cette unique passion, il a rassemblé les œufs de deux cent seize espèces d'Europe ; il les a décrits , il les a {>eints tous par des moyens qui lui sont particuliers; il a donné tous les faits relatifs aux habitudes des oiseaux, à leurs nids, à leur manière de couver, dont ses recherches Font rendu témoin, et d après ce que l'Académie a vu de son travail elle pense qu'il remplira une lacune de Fhistoire des oiseaux que plusieurs observateurs précédents étoient en-* core loin d'avoir comblée d une manière aussi satist faisante.

M. de Humboldt a décrit un oiseau de l'Amérique aussi singulier par ses mœurs que par sa conformation. Sa taille est celle d'un coq; son bec est large et fendu comme celui d'un engoulevent, mais la double dentelure qu'il a de chaque côté le rapproche des piesgriéches; son plumage est celui d'un oiseau de nuit. En effet il se tient le jour dans des cavernes , et y niche ; on ne le voit sortir qu'au crépuscule ou au clair de lune. Cet oiseau fournit en quantité une graisse fluide, inodore, et plus transparente

que de Thuile d'olive, que les habitants du voisinage emploient à la préparation de leurs aliments. C'est d'après cette propriété que M. de Humboldt lui a donné le nom systématique de stéatomis. A Cumana on lappelle guacharo.

Ce savant voyageur continue à donner dans ses observations de zoologie les insectes recueillis par M. Bonpland dans l'Amérique méridionale et décrits par M. Latreille, qui s est chargé aussi de décrire dans les cahiers prochains les coquilles rassemblées le long des côtes de ce pays.

M. Palisot de Beauvois a terminé le premier volume des insectes que lui ont procurés ses voyages d'Afrique et d'Amérique.

Dans notre analyse de 1 807 nous avons annoncé les travaux entrepris par M. le chevalier GeofFroy- Saint-Hilaire dans la vue de porter beaucoup plus loin qu'on ne l'avoit fait avant lui l'analogie de toutes les parties du squelette dans les diverses classes d'animaux , et dans celle de 1 8 1 2 nous avons indiqué quelques modifications proposées par M. Cuvier à la partie des résultats de M. Geoffroy, qui se rapporte aux os de la tête.

Il est bien constant aujourd'hui , d'après cette suite de recherches, que le crâne et la face des ver-

tébrés ovipares , c estpà-dire des oiseaux , des reptiles et des poissons , se composent d'os correspondants les uns aux autres et formant un ensemble analo* gue; que cet ensemble, sans répondre entièrement aux os qui composent les mêmes parties dans les fœtus des mammifères, s'en rapproche toutefois plus que ceux des mammifères adultes; que la différence la plus essentielle entre les mammifères et les ovipares consiste en ce que dans ceux-ci plusieurs parties du temporal, du sphénoïde, et du palatin, demeurent détachées et mobiles, et que du premier de ces os il ne reste , dans la composition du crâne, que ce qui est nécessaire pour coqtenir le labyrinthe de loreille.

Mais on n est pas arrivé à la même certitude à legard de cet appareil volumineux et compliqué que les poissons emploient à leur respiration, et Ton n a point encore clairement retrouvé dans la charpente osseuse des animaux terrestres les vesti* ges de ces nombreuses pièces qui soutiennent les opercules , la membrane branchiostége et les bran* chies.

M. Guvier, conduit par l'analogie des autres ver* tébrés, et spécialement par celle des reptiles batraciens, lesquels ont pendant quelque temps des branchies plus ou moins semblables à celles des poissons , et dont quelques tins conservent même

ces organes pendant toute leur vie; M. Cuvîer, disons-nous , a considéré les grands os qui portent la membrane branchiostége comme représentant Tos hyoïde, mais n a pas cru pouvoir retrouver dans le squelette des animaux à poumons les analogues ni des opercules ni de l'appareil spécialement consacré à porter les branchies.

M. de Blainville a cherché à déterminer la nature de lopercule. Gomme la mâchoire inférieure des oiseaux et celle des reptiles se divisent en six pièces pour chaque côté , et qu on n'en voit communément que deux à celle des poissons , il a pensé que les quatre pièces qui composent Topercule peuvent être démembrées de la mâchoire ; mais M. Geoffroy annonce que cette idée n'est plus admissible depuis que M. Cuvier a reconnu dans la mâchoire de Yesox osseus les mêmes divisions que dans celle des autres vertébrés ovipares , et sui^tout depuis que M. Geoffroy lui* même a généralisé cette observation à tous les poissons osseux.

M. Geoffroy a donc fait de nouvelles études de toutes ces parties , et a présenté ses résultats à TAcadémie en plusieurs mémoires. Le premier a pour objet lopercule ; son opinion à cet égard est très hardie ; et cependant c'est peut-être dans toute sa théorie celle qu'il sera le plus difficile d^attaquer, du moins en n'employant que la voie de comparaison»

L^auteur pense que les quatre pièces reconnues depuis long- temps dans 1 opercule, et une cin-^ quième plus petite qui s y montre quelquefois sé-^ parée des autres, répondent au cadre du tympan et aux quatre osselets intérieurs de loreille des quadrupèdes. Selon lui , le cadre du tympan est ce que M. Guvier nomme préopercule. L'opercule répond à letrier, Tinteropercule au marteau, le suboJ>ercule à lenclume , et la petite pièce qui s en détache quelquefois à losselet lenticulaire. Il trouve une certaine ressemblance de position , et même de figure entre ces parties que l'on avoit crues si étrangères les unes aux autres. La vaste communication delà cavité branchiale avec la bouche lui paroit représentée dans les animaux à poumons par le conduit de la trompe' dEustache. En conséquence, M. Geoffroy doute que les osselets de loreille soient primitivement et essentiellement destinés à l'ouïe; il pense qu'employés avec tout leur développement pour la respiration des poissons ils se réduisent dans les autres classes à un état rudimentaire , à-peu-près comme ces doigts qui , bien visibles et bien mobiles dans certains quadrupèdes, se rapetissent et se cachent sous la peau dans des quadrupèdes d'espèces voisines, et n'y servent plus pour ainsi dire qu'à guider lanatomiste dans les sentiers pénibles de l'analogie.

ET ZOOLOGIE. 36g

Mais comiue ron ne compte communément qu'un seul osselet dans la caisse de Toreille des reptiles et des oiseaux , on pouvoit objecter que les quatre osselets des mammifères ne conduisoient pas d'une manière continue à ces quatre grands os de l'opercule des poissons , et qu'il se trouvoit dans la série des analogies une sorte d'hiatus qu'il falloit combler. M. Geoffroy l'a essayé : pour cet effet il divise d abord en trois parties cet osselet unique des oiseaux et des reptiles; sa branche, recourbée et embrassée dans la membrane du tympan , répond , selon lui , au marteau ; la tige qui traverse la caisse, à l'enclume ; la platine qui ferme la fenêtre ovale, h l'osselet lenticulaire ; et il croit avoir retrouvé l'étrier dans une double branche enfoncée plus intérieurement. Il y aura à. vérifier si cette dernière partie ne seroit pas simplement la cloison du limaçon.

Le deuxième et le troisième mémoire de M. le chevalier Geoffroy ont pour objet de développer sa proposition avancée en 1 807, que les grandes branches osseuses qui portent la membrane branchiostège des poissons , et les osselets ou rayons, répondent au sternum des oiseaux.

Il fait d'abord bien connottre la structure de ces branches, et ne dissimule pas le fait le plus fort que l'on puisse lui objecter, c'est qu'elles sont sus-

BUFFON. COMPLBM. T. III. 3 4

372 ANATOMIE ET PHTSIOI^OGIE ANIMALES,

gies et des différences curieuses sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici , parcequ*elles importent moins à la discussion principale.

Dans Fos hyoïde des mammifères, M. Geoffroy trouve constamment un corps qu'il nomme 6asihyal; deux cornes thyroïdiennes , ou aidant à suspendre le cartilage thyroïde , celles qu on nomme les grandes dans Fhomme, mais qui sont les plus petites dans la plupart des animaux (il les appelle glossO'hyaux); deux autres cornes qui suspendent Tos aux apophyses styloïdes : ce sont les petites cornes de Thomme ; mais dans les autres animaux ce sont presque toujours les plus grandes. Elles se composent ordinairement chacune de deux pièces, que M. Geoffroy nomme apo-hyaux et cerat(hhyaux; et Fos styloïde, qui est détaché du crâne dans tous les mammifères, Fhomme et les singes exceptés, prend le nom àestylo-hyal; enfin une proéminence impaire partant du milieu de Fos et se dirigeant en avant, qu'il appelle uro-hyal, par des raisons que nous dirons tout-à-Fheure ; elle se divise aussi quelquefois en deux ou trois pièces; M. Geoffroy Fa vue ainsi dans le cheval.

Ces faits posés , M. Geoffroy cherche Fanalc^ie de Fhyoïde des oiseaux avec celui des mammifères. Il admet que les grandes cornes des premiers répondent à celles des autres, mais que ne trouvant

Et ZOOLOGIE. 373

'point d'attaches styloïdiennes elles se portent autour de larrière-crâne ; il suppose ensuite dans le corps de los un mouvement de bascule qui porte les cornes thyroïdiennes en avant, pour former Tos de la langue, qu'il trouve effectivement divisé en deux pièces latérales dans le geai. Ce mouvement auroit porté en arrière la proéminence impaire, devenue ainsi une espèce de queue sur laquelle repose le larynx ; c'est pourquoi il nomme cette proéminence urohyaL

Bestoit à faire l'application aux poissons.

Partant, comme nous l'avons dit, du principe que les rayons branchiostèges sont des côtes, M. Geoffroy devoit chercher les annexes latérales du sternum dans les parties auxquelles ces rayons s'articulent, c'est-à-dire dans les deux grandes pièces des branches qui portent la membrane bran-' chiostège. Il leur transporte en effet les noms qu'il a donnés aux annexes latérales du sternum des oiseaux, et appelle lantérieure hyo-sternal, et l'autre hypo-sternaL II cherche ensuite dans les deux petites pièces de chaque côté, placées à la réunion de ces deux grandes branches, les cornes styloïdiennes de l'os hyoïde, et nomme l'une de ces petites pièces, l'antérieure, cerato-hyal^ et l'autre apo-liyal; l'os de la langue , ici com me dans les poissons , est pour lui l'analogue des cornes thyroïdiennes ou de sesglosso-

hyaux; le corps de Tes et sa queue, ou le basi^iyaif et Yutxhhyalf il les cherche dans cette snîfe de trois os impairs placés entre les arcs branchiaux^ Enfin Tos impair et vertical, placé sous tout cet appareil, M. Geoffroy le regarde comme répondant à son épi^stemal, et il suppose que la partie moyenne du sternum des oiseaux, Yento^sternal, manque dans les poissons.

On votl que lauteur est obligé d'admettre une sorte de fusion et dentrelacement du sternum et de rhyoïde, et de supposer que les annexes stemales sont venues s'intercaler entre les os styloïdes et le reste des cornes styloïdiennes de Thyoïde ; et ce sera sans doute, nous le répétons , une des grandes dif ficultés quon lui opposera. Toutefois, avant de prononcer, il sera nécessaire de voir et d apprécier dans son ouvrage une infinité de détails pleins d'tn^ térêt sur les analogies des muscles qui s'insèrent à ces diverses parties, et une foule d'idées ingénieuses sur le mécanisme qui, lorsqu'une des pië^ ces osseuses est venue à manquer, a pu , selon lui , entraîner les autres , les faire changer de position respective , et établir ces différences de connexions, embarrassantes pour ceux qui ne veulent reconnoître une pièce qu autant qu'ils la retrouvent àpeu-près à la même place.

M. Geoffroy admet, par exemple, dans le ster-

num et dans les côtes sterilales, qu'il regarde comme essentiel lemetit consacrés à protéger le cœur et lé^ organesde la respiration , une sorte de mobilité qUi les feroit avancer ou reculer en même temps qUê ces import(^nts viscères. Ainsi le sternum , placé dans les quadrupèdes à-peu-près sôus le milieu de Fépine , rejeté dans les oiseaux sous la partie pos^ térieute de cette colonne, séroit porté en avant dans les poissons jusque sous le crâne; il dépasse^ roit les apophyses coraodîdés^ qui né le retiendroient plus en arrière d elles ^ comiâe dans les autres classes, parcequ'il manque daiis les poissons de cet eniO'Sternal y ou de cette pièce moyenne où ces apophyses doivent s appuyer.

Le quatrième et le cinquième mémoire de M.

Geoffroy ne seront pas sujets à autant de contradictiotis que les deux précédents. Il y traite des arics briintihiaux et des os pharyngiens ^ dont il voit les éléments dans le larynx , la trachée-artère et lés bronches.

Ràppelons-nous la chaîne mitoyenne des trois oë<* selets auxquels laùteur donne les noms dé haài^ à'enio et d'uro-hyàl. Lés trois premiers arceaux dèfr bf andhies s'articulent de chaque côté à cette chaîné , par l'intermédiaire d'aùtailt d'autres osselets^ tandis que le quatrième arceau et los pharyngien iiifë^ rieur s'artitfnlent chacun immédiatement à sôiri ton-

génère , en arrière de la chaîne. Chaque arceau e»t lui-même brisé vers son tiers supérieur, etse trouve ainsi composé de deux pièces; et aux extrémités des quatre branches supérieures de chaque côté s articule los pharyngien supérieur de ce côté-là , qui est d'ordinaire subdivisé çn trois petites plaques. Les arceaux portent, comme tout le monde sait, le long de leur bord externe les lames cartilagineuses des branchies; et à leur bord interne ils sont pour Tordinaire armés de lames , de pointes ou de tubercules, souvent hérissés de petites dents i[ue Ion a nommées branchiales.

M. Geoffroy voit , dans les deux premières paires de ces osselets qui servent à unir les arceaux à la chaîne moyenne, les débris du cartilage thyroïde; dans la troisième paire les représentants des cartilages arithénoïdes , et les os pharyngiens inférieurs , sont à ses yeux un démembrement du cartilage cricoïde , repoussé en arrière par les derniers arceaux qui s articulent immédiatement à la chaîne moyenne. Mais pour se procurer dans les animaux à pouinons quelque chose d analogue aux pharyngiens supérieurs , Fauteur de ce mémoire est obligé de détacher la lame inférieure du sphénoïde des oiseaux d avec le reste de Tos auquel elle ne tient, il est vrai, que par un diploé assez lâche et encore interrompu par les cellules mastoïdiennes infërieu-

res et par les trompes (fEustache. Il faut même, pour établir lanalogie des pièces antérieures avec le larynx, qu'il admette que le cricoïde et les arithénoïdes ont glissé en arrière, et qu'au lieu de rester sur le thyroïde, ils se sont placés à sa suite.

Enfin M. Geoffroy voit dans les arceaux même des branchies, qu'il nomme pleuréaux, les représentants de certains cartilages transverses qui se trouvent aussi au nombre de quatre dans les bronches des oiseaux , lorsqu'ils ont pénétré dans le poumon« Le nombre quaternaire des branchies lui paroit répondre à la division assez constante du poumon en quatre lobes. Les enfoncements transverses que la saillie des côtes produit dans le poumon des oiseaux lui offrent une autre indication de cette division. Il n'est pas jusqu'aux tubercules, souvent hérissés d'épines qui garnissent les arcs des branchies, où il ne croie apercevoir des rudiments des anneaux de la trachée-artère. Gest pourquoi il les nomme trachéaux, et donne le nom de bron-. chéaux aux lames cartilagineuses disposées comme des dents de peigne, qui supportent le tissu vascû-^ laire, partie essentielle de l'organe respiratoire desr poissons.

Il nous est presque impossible d'entrer dans le détail de toutes les transpositions , de tous les mouvements dans les pièces de la machine organique

que ces analogies Supposent ; en<;ore moins d*atie^ lyser toutes les raisons que l'auteur assigne à cei mouvements ; mais nous devons croire que les nâtu^ ralistes , pour qui ces recherches ne peuvent manquer d avoir beaucoup d attrait^ s empresseront de les étudier dans louvrage que M. Geoffroy va don* ner au public, avec les planches nécessaires pour rendre ses idées sensibles.

Les expériences successives de Priestley, de Lllvoisier, de Goodwin , de Bichat, de Legallois , ôtit éclairé de lumières inattendues la théorie de la respiration et de ses effets dans le corps vivant. Oil sait aujourd'hui que le Sang devenu noir par sa dispersion dans tous les organes ^ le sang veineui en un mot , ne peut reprendre sa couleur vermeille, redevenir du sang artériel, qu'autant qu'il épfoute l'action de l'oxygène , et que dé Cette traiisfbrmftlion en sang artériel, de ce rétablissement dans 1^ (qualités qu'il avoit perdues ^ en se distribuant atix parties , dépend la faculté dont il jonit d entrete" nir l'action dû système nerveut, et, par le tnoyed de ce système, de renouveler satxs cesse Tirritabilité musculaire ; enfin , par cette irritabilité , de Sedôiiner à lui^^même cettei circulation perpétuelle qui en fait la source incessamment renouvelée de 1er vie.

Cependant il est de$ animaux , tels que les re]ptiles, où la connexion de la vitalité avec la circulation et avec la respiration semble moins intime , et où Ton peut suspendre pendant quelque temps l'une ou lautre , ou toutes les doux ensemble , saqs anéantir la sensibilité ni le mouvement volontaire,

L'on pouvoit supposer que dans certains cas^ Tair agissoit sur le sang, ou même immédiatement sur le nerf et sur la fibre, sans avoir besoin de Fin-, tervention du poumon. L'on sait en effet que 1^ principale modification éprouvée par le siang lors de son contact avec loxygène, consiste à rétablir réquiiibre de ses éléments, en perdant son carbone superflu, qui se dissipe sous la forme d'acide carbonique.

Or les expériences de Spellanzani et de M. Ehr^ mail ont prouvé que toutes les parties du corps animal, qui sont mises en contact avec Toxygène, produisent de Tacide carbonique, et Ion devoit GFoirequ'il s y fait une sorte de respiration qui supplée plus ou moin» à la respiration ordinaire , ou qoi concourt avec elle.

M. Edwards , médecin , a voulu s'assurer d'abord de l'utilité de cette respiration supplémentaire par des expériences directes. Des grenouilles, des crapauds et des salamandres , auxquels on a voit enlevé le eœtn*; et où Ton avoit supprimé par consécftrent

38o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

toute circulation et toute respiration pulmonaire , ont été placés dans de 1 air , dans de Teau ordinaire, et dans de leau privée d air : le résultat constant des expériences a été que la vie s'est conservée beaucoup plus long^-temps dans Tair. Les individus qui paroissoient morts dans Teau reprenoient vie quand on les exposoit à lair, et Ton pouvoit les tuer et les ressusciter ainsi à plusieurs reprises. La vie se conserve dans 1 eau aérée un peu plus longtemps que dans leau privée d air.

Ainsi lair a dans ces expériences une influence sur la vitalité indépendante du poumon et de là circulation. Tel est le résultat quand on supprime les deux fonctions à-la-fois.

Si l'on se borne à empêcher l'animal de respirer en lui fermant le larynx , l'action de lair au travers de la peau est encore très sensible ; la vie se prolonge dans ce fluide beaucoup plus que dans leau, et il se développe de l'acide carbonique ; mais, soit dans l'eau , soit dans l'air, elle se prolongée aussi beaucoup plus que si l'on enlève le cœur; en sorte que la circulation de ce sang, qui ne respire plus que parla peau, est encore bien plus avantageuse pour entretenir la vitalité que la simple action directe de l'air sur un corps où la circulation ne subsisteroit plus.

Mais ce qui dut paroitre bien remarquable c'est

que ces animaux intacts, enfermés de toutes parts dans du plâtre, ou enterrés dans du sable, vivent beaucoup plus long-temps que ceux quW retient dans Feau , que ceux mêmes qu on tient dans de lair sec.

Le premier point s'éclaircit assez vite. M. Edwards s assura que le sable et le plâtre laissoient passer de lair ; et quand il les couvroit de mercure, IçfFet n a voit plus lieu.

Mais comment le plâtre et le sable prolongentils la vie plus que l'air sec ? Des expériences exactes ont prouvé à M. Edwards que c'est en retardant la transpiration qui est très funeste aux salamandres et aux grenouilles.

La même raison fait que ces animaux périssent dans le vide plus tôt que dans l'eau.

Il ne faut pas croire cependantque leurexistence dans les corps solides puisse se prolonger indéfiniment; et M. Edwards n'a rien obtenu qui justifie les récits de quelques auteurs touchant des crapauds qui auroient été trouvés vivants dans des blocs de marbre ou d'autres pierres naturelles.

IjCS physiologistes sont loin d'être d'accord sur toutes les circonstances du merveilleux phénomène de la circulation : Tirritabilité du cœur et les contractions qu'elle produit en sont bien, de l'aveu de

38a ANATOMIE ET PHTSIOLOQIE ANIMALES,

tout le monde, la cause principale; mais il reste à détermine]^ si les artères prennent une part active à ce mouvement, et quelle est cette part en supposant qu elle e:!^iste.

Les anatomistes ont admis long-temps dans le tissu des artères une tunique musculaire et irritable dont les contractions successives dévoient porter plusloin le sang arvivédu cœur ; mais on reconnoit aujourd'hui que cette tunique, an moins dans les grandes artères, nest quun être de raison. Bichat a prouvé de plusieurs manières que leurs fibres ucmt rien de commun avec cdles des muscles, et il ne les considère , par rapport à la circulation ^ que comme des tubes entièrement passifs et obéissants à l'impulsion du cœur ; mais il n étend pas les effets de cette impulsion jusqu'au travers des derniers petits vaisseaux du système capillaire, et il pense même que le mouvement du sang s arrèteroit k ce p&ssage sans Imtervention de ce qu'il appelle la CQQtractilité organique ou la tonicité des parties; et c est aussi dans cette contractilité que cet ingénieux physiologiste cherche les causes des varia* tions locales que les parties éprouvent de la plus ou moins grande abondance du sang qui y afflue.

M. Magendie a présenté à l'Académie un mémoire où il cherche à établir des idées différentes ; il n'admet d'in^itabilité ni dans tes grandes artères ni dans

volume des Eléments de physiologie de lauteur , qui a été publié cette année.

Il est un fameux problème de médecine légale qui a souvent embarrassé les juges autant que les médecins, que les codes ont résolu parcequ il falloit le résoudre, mais sur lequel la nature est loin de se conformer toujours à la loi humaine: c'est celui de la durée de la grossesse. Afin de prévenir beaucoup de fraudes le législateur s'est exposé à com-» mettre quelques injustices, et il a fixé les termes dans lesquels la loi reconnoîtroit la légitimité des naissances ; il a profité à cet égard des observations faites par les accoucbeurs et par les médecins; mais des causes nombreuses, et qu'il est inutile d'expliquer au long, rendent l'instant de la conception dans l'espèce humaine si difficile à constater, qu'il étoit bien difficile aussi d'arriver sur cette question à un résultat concluant. Depuis long - temps l'on a voit proposé de faire des expériences sur les animaux , car il n'y a point d'apparence que les limites de leur gestation soient à proportion ni plus ni moins fixes que celles de la femme. M. Tessier, qui avoit saisi cette idée depuis plus de quarante ans , a constamment tenu registre des faits qu'il a observés ou qui lui ont été communiqués par des observateurs exacts.

La latitude qui en résulte est bien grande.

Les vaches, dont le terme est le plus communément de neuf mois et quelques jours, ne vêlent quelquefois qu a dix mois et vingt-un jours ; mais quelquefois aussi elles vêlent à huit mois. La différence entre la plus longue gestation et la plus courte peut aller à quatre-vingt-un jours.

Le terme ordinaire des juments est de onze mois et quelques jours, mais elles peuvent le retarder jusques à près de quatorze mois. La plus grande différence va à cent trente-deux jours. Les prolongations dans cette espèce sont plus nombreuses que dans les vaches.

Les brebis portent cinq mois ; leurs limites sont plus restreintes ; les différences en plus et en moins ne s'éloignent que de onze jours. Les aberrations précoces y sont les plus communes.

La latitude diminue, comme on devoit s'y attendre, dans les gestations courtes, mais pas exactement dans la proportion de leurs durées. Les chiennes portent deux mois, et leurs limites sont de quatre jours; et les lapines, qui ne portent qu'un mois, ont huit jours de différences extrêmes.

Et ce n'est ni l'âge des mères, ni celui des pères, ni leur constitution, ni les races dont ils proviennent, ni le régime qu'on leur fait suivre, ni le sexe des petits, qui occasionent ces différences; on est

BUFPON. OOMPLÉM. T III. 3 5

réduit à en rechercher la cause daus des dispositions intérieures qui ont jusqu a présent échappé à tous les yeux.

M. Tessier pubUera les tableaux des faits qui lui ont fourni ces résultats; ils portent sur cinq cent soixante dix-sept vaches , quatre cent quarante-sept juments, neuf cent dqu^e brebis, cent soixante*une lapines, vingt-cinq truies, huit bufflesses, quatre chiennes, et deux ânesses ; et Fauteur a soigneusement écarté de ses séries toutes les observations suspectes.

M. le comte de Lacépéde ayant eu en communication des peintures très soignées , rapportées du Japon par M. Titsing, représentant une multitude dobjets d'histoire naturelle, dont ceux qui nous étoient connus sont rendus avec une grande exactitude, a cru pouvoir regarder ces peintures comme des documents suffisamment authentiques, même pour établir des espèces que Ion ne connott point par d'autres voies. En conséquence il en a extrait la description de plusieurs espèces de cétacés qui n ont point encore été observées par les naturalistes européens. Elles consistent en deux baleines proprement dites, c'est-à-dire sans nageoire dorsale; quatre balénoptères ou baleines pourvues d'une

nag[eoire sur le dos; un pbysétère ou cachalot muni de nageoire dorsale, et un dauphin.

L'auteur donne avec détail les caractères distinctifs de ces huit animaux , qui forment une addition considérable à la liste des cétacés , laquelle, dans le damier ouvrage âe M. de Lacépéde sur cette classe, ne s'élevoit encore qu a trente-quatre.

M* Guvier a présenté une tête d orang-outang d*àge moyen qui lui a été récemment envoyée de Calcutta par M. Wallich , directeur du jardin de la eom pagnie des Indes. Il a fait remarq uer que les têtes d'orang'-outangs décrites jusqua présent étoient toutes prises d'individus fort jeunes et qui n'avoient point encore changé leurs dents de lait ; celle qu'il a mise softs les yeux de l'Académie, étant plus avancée, a déjà le museau plus saillant et le front plus reculé ; on y voit des commencements de crêtes temporales et occipitales qui la font ressembler beaucoup à celle du grand singe connu sous le nom de pongo de Wurmb. Cette dernière tête ayant d ailleurs toutes les connexions d'os, les formes, les proportions, et les positions de fentes et de trou^ qui sont caractéristiques pour les orang-outangs, il nêseroit pas possible que le grand singe de Wurmb m f6t qu'un orang-outang ordinaire adulte. Dans tous les cas c'est une véritable espèce d'orang , et cW mal-à'-propos que M. Cuvier lui même, déter-

miné par la petitesse relative de son crâne, Favoit laissé auprès des mandrilles et des autres singes à long museau.

Le même membre a fait voir la figure d'un tapir originaire de Sumatra , qui existe vivant dans la ménagerie du gouverneur-général des Indes angloises, le marquis de Hastings, et qui diffère du tapir d'Amérique par la couleur blanchâtre d'une partie de son dos, tandis que le reste du corps est d'un brun noir. Il résulte d'un mémoire qui accompagnoit ce dessin, et qui avoit été envoyé à M. Guvier par M. Diard, jeune naturaliste occupé dans le$ Indes de recherches scientifiques , que cette espèce de quadrupède habite non seulement l'ile de Sumatra, mais encore une partie de l'Inde au-delà du Grange. Jusqu a présent on avoit cru le genre des tapirs propre à TAmérique.

M. Moreau de Jonnès, correspondant de l'Académie, qui a le projet de décrire particulièrement les différents reptiles des Antilles, et qui avoit commencé ce travail l'année dernière par une histoire fort étendue de la fameuse A^ipère jaune ou fer-delance de la Martinique, a présenté cetteiannée un mémoire sur l'espèce de gecko appelé dans cette île mabouia des murailles, et qui n'est autre chose que le gecko à queue épineuse de Daudin : cet animal , d'un aspect hideux et à qui ses ongles donnent la

faculté de se cramponner assez pour marcher sous des plafonds , habite Tintérieur des maisons où il poursuit principalemept les blattes : il inspire de rhorreur aux habitants qui lui attribuent des dispositions raalÊiisantes, et lui ont donné ce nom de inabouiay parceque c etoit celui que le mauvais principe portoit chez les Caraïbes. C est le même animal dont Arcélius a voit dit qu'il lance une salive noire et vénéneuse, et qui a été indiqué, mais très mal décrit, par plusieurs naturalistes, sous le nom de sputateur. On appelle dans les Antilles mabouïa des bcmanes une autre espèce de gecko qui arrive à une plus grande taille, et qui est le^ecAo/issedeDaudin, dont la queue, quand elle a été arrachée, renaît souvent plus grosse qu elle n'étoit auparavant '.

Ces notions sont d autant plus intéressantes que des naturalistes a voient transféré par erreur le nom de mabouïa à une espèce de scinque.

Le même observateur a donné un autre mémoire sur la couleuvre à laquelle son agilité a fait donner le nom de courresse {coluber cursor. Gmel.). Cest un animal timide et innocent qui détruit dans les jardins beaucoup de limaçons, et que les ha-

' Le gecko à queue épineuse , le gecko porphyre , et le sputateur, sont le même animal, selon M. Moreau de Jonnès ; ilë appartiennent à la famille des geckos hémidactyles.

Le gecko lisse et le gecko à queue renflée sont aussi le même, et appartiennent aux thécadactyles.

bitants protègent soig[iieusemeiit , parcequils le croient lennemi acharné de la vipère fer-de^lance; mais c'est une erreur occasionée, selon M. Jonnès, parcequon la confondu avec une grande espèce de boa qui nexiste plus aujourd'hui a la Marti-r nique.

Les grands ouvrages de zoologie publiés par les académiciens ont été continués avec zèle; il a paru un volume des Jnimaux sans vertèbres de M. de I^a Marck, et des livraisons des Observations zoologiques de M. de Humboldt, et des Insectes <£ Afrique de M. de Beauvoir.

Nous avons rendu compte avec beaucoup de détail dans notrç analyse de Tannée dernière des importantes recherches par lesquelles M, le chevalier Geoffroy- Saint-Hilaire a cherché à ramener les pièces osseuses de lappaixîil branchial des poissons à celles qui remplissent des fonctions analogues dans le squelette des trois autres classes d animaux vertébrés. Ce savant naturaliste a présenté cette année à FAcadémie plusieurs nouveaux mémoires sur le même sujet , et il a publié le tout en un volume , sous le titre de Philosophie anatomique^ ou des organes respiratoires, sous le rapport de la détermina" tion et de [identité de leurs pièces osseuses, avec dix planches en taille-douce.

ET ZOOLOGIE. Sgi

Le travail de M. Geoffroy peut être considéré sous trois aspects distincts; il embrasse:

i"* Lenumération et la description de toutes les pièces osseuses composant chacun des org[anes qui contribuent à la respiration dans les poissons, et de celles de quelques unes des autres classes, lorsqu'il étoit nécessaire au plan de Fauteur de les dé^ crire de nouveau;

2° Les rapports admis par lauteur entre les pièces que jusqu a présent Ion avoit crues exclusivement propres aux poissons , et celles qu'il re{][arde comme leur étant analog^ues dans les autres vertébrés ;

3° Les considérations auxquelles il s'élève d'après ces rapports nouvellement aperçus touchant la nature et la destination des orgianes dont les pièces font partie.

Ainsi M. Geoffroy énumère et décrit avec soin toutes les petites pièces qui entrent dans la grande ceinture branchiostège ; celles qui forment tes arcs osseux sur lesquels les branchies sont suspendues ; celles qui supportent ces arcs ; celles qui leur sont annexées sous le nom d'os pharyngiens ; celles qui les recouvrent sous le nom d'opercules ^ etc. Il fait connoUre de combien de pièces se comjiose le sternum dans les diverses classes de vertébrés , et comment ces pièces y sont arrangées. Il donne aussi des détails neufs et curieux sur la composition des di-

vers os hyoïdes , et sur les points d^ossification qui se montrent dans les cartilag^es des divers larynx , ainsi que sur la ressemblance du larynx supérieur des oiseaux avec celui des mammifères.

Cette partie de son travail , qui consiste en faits certains , en grande partie nouveaux , et tous nettement exposés, demeurera toujours une acquisition précieuse pour la science.

La seconde partie, qui établit les rapports des pièces dont nous venons de parler avec celles des classes supérieures, est déjà susceptible de plus de difficulté y ainsi qu'on a pu lentrevoir dans notre dernière analyse.

Selon M. Greoifroy, les pièces qui forment l'opercule branchial répondent au cadre du tympan et aux osselets de Fouïe ; les pièces qui portent la membrane branchies tège résultent d'un entrelacement, dune intercalation des parties du sternum entre celles de los hyoïde; d'un renversement du corps de cet os hyoïde, qui porte en avant et transforme eu os lingual ses cornes thyroïdiennes , lesquelles , dans les mammifères, se dirigeoient en arrière pour s unir au cartilage thyroïde ; enfin d'un déplacement du sternum, qui, du lieu qu'il occupoit dans les trois premières classes derrière les clavicules ou les os coracoïdes , le transporte en avant de ces mêmes os, et sous la gorge. Les pièces latérales qui unis-

ET ZOOLOGIE. 3g3

sent les arcs des branchies à la chaîne commune qui les porte répondent, toujours selon M. Geoffroy, aux points d ossification du cartilage thyroïde, et aux cartilages arythénoïdes ; les os pharyngiens inférieurs à ceux du cartilage cricoïde ; les supérieurs à une lame qui se seroit détachée de l'os sphénoïde, ou à la partie cartilagineuse de la trompe (tEustache ; les arcs branchiaux à ceux des bronches; les petites pièces qui les hérissent aux anneaux de la trachée. Nous avons déjà annoncé ces rapports dans notre précédente analyse , et nous ne pouvons aujourd'hui que renvoyer à lexposition détaillée que M. Geoffroy en donne; on y trouvera tous les motifs qui peuvent faire assigner à chacun d eux le degré de probabilité dont il est susceptible.

Quant au troisième ordre des idées de M. Geoffroy, celles qui concernent les fonctions véritablement essentielles des organes, on peut dire que ces idées sont en partie nées des recherches dont nous venons de parler, et qu'en partie elles ont été conçues pour en appuyer les résultats.

Ainsi M. Geoffroy, une fois convaincu que les pièces si développées qui composent lopercule branchial des poissons, et qui dans cette classe .ne paroissent pas servir à l'ouïe, ne sont que le marteau , lenclume , et les autres osselets de loreille

des mammifères, sur une plus grande échelle, a dû être conduit à douter que ces osselets fussent des organes de louïe , même dans les animaux où on les a toujours regardés comme tels, et à les considérer seulement comme une sorte de super/lu resté rucUmentaire (ce sont ses termes) dans les animaux à poumons, et indicateur d'une organisation rigoureusement nécessaire et amplement développée dans les poissons.

De même, ayant cru retrouver dans l'appareil osseux des branchies qui ne produisent aucune voix toutes les pièces du larynx , il a dû être disposé à croire que ce n est pas sur de solides et véritables considérations que Hon a présenté le larynx comme deS' tiné à la voix, comme [organe principal de la voix; et il aime mieux l'appeler /a première couronne c&i tuyau introductif de Cair dans le poumon, le lieu des vouloirs de [organe respiratoire, et la réunion de ses plus zélés serviteurs.

Cependant il est de notre devoir de faire remarquer que, sur ce dernier sujet, M. Geoffroy n'est pas aussi opposé à l'opinion reçue que les efforts qu'il fait pour soutenir la sienne pourroient porter à le croire : car il ne conteste pas que , dans les animaux à poumons , le larynx ne serve à la voix ; et il établit même une théorie nouvelle pour expliquer comment cet organe remplit cette fonction. Il en

ET ZOOLOGIE. 3gS

est de même de la partie de son travail où M. Geoffroy combat Texistence d'un larynx inférieur dans les oiseaux. Ce n est pas qu'il nie que les oiseaux aaient au bas de leur trachée des dispositions orga* niques qui produisent des sons ; il veut dire seulement que ces dispositions ne consistent pas en pièces semblables à celles du larynx supérieur ; ce que personne en efipet n a jamais prétendu.

La théorie particulière à M. Geoffroy sur la voix et sur le son n est pas dans une dépendance nécessaire de ces recherches anatomiques , et tient à des idées de physique générale quHl s est faites depuis long-temps, mais qu'il n'a point assez développées dans cette occasion pour que nous puissions en rendre compte. Nous dirons seulement qu'il regarde le cartilage thyroïde comme un corps sonore servant de table d'harmonie à l'instrument vocal, et que c'est au rapprochement et à l'éloignement de ce cartilage et de l'hyoïde qu'il attribue les variations de tons.

Ce volume est terminé par un mémoire sur les os de l'épaule. L'auteur avoit depuis long-temps fait connoitre les rapports de ces os dans les poissons avec les os analogues des oiseaux ; et même c'est par-là qu'il a été conduit à toutes les recherches d'ostéologie comparée dont nous avons entretenu plus d'une fois nos lecteurs. Il a repris cette

396 ANATOMIE ET PHTSIOLOaiE ANIMALES,

matière sous un point de vue plus général, et regarde ces os comme arrivés dans les poissons à leur maximum de développement et d'importance, y servant de bouclier au cœur, de soutien au diaphragme, et comme de chambranle à lopercule branchial.

Au reste nous répéterons ici Tinvitation que nous avons déjà faite aux naturalistes de consulter un ouvrage rempli de faits intéressants et nouveaux , et où l'on trouvera une grande instruction , même sur les points où Ion ne croira pas pouvoir adopter toutes les opinions de l'auteur.

M. Edwards a continué les expériences curieuses qu'il avoit commencées Tannée dernière sur la respiration des grenouilles; déjà il s'étoit assuré que la présence de lair est utile pour prolonger la vie de ces animaux , lorsque la circulation et la respiration pulmonaires ont cessé ; que l'eau les fait périr plus prompteiment qu'une enveloppe solide , et d'autant plus promptement qu elle est moins aérée; et il s'est occupé plus particulièrement cette année de Tinfluonce de l'air contenu dans leau , et de celle de la température à laquelle on élève ce liquide. 11 a constaté que l'action délétère de l'eau diminue avec la température. Les grenouilles ont vécu deux fois plus long-temps dans deleau à 10 degrés que dans de leau à 1 5°, et trois fois plus dans de l'eau

à G : au contraire leur vie s abrège de près de moitié à 22"*, de plus des trois quarts à 32°; et elles périssent instantanément quand on les plonge dans de leau à 42°. Le froid de l'atmosphère avant l'opération est encore une circonstance favorable au prolongement de la vie dans l'eau froide. La quantité de l'air contenu dans l'eau , le volume de l'eau employée, le renouvellement plus fréquent de cette eau , sont des circonstances qui y contribuent aussi, chacune dans des proportions et des limites que M. Edwards détermine par des expériences nombreuses, et faites avec toutes les précautions d'une physique exacte.

Entre o et 10 degrés les grenouilles peuvent vivre plusieurs mois dans une quantité de dix litres d'eau aérée que l'on renouvelle une fois par jour : Faction que l'air de cette eau exerce sur leur peau sutfit à leur existence, sans qu'elles aient besoin de mettre en jeu leurs poumons; mais à 10^ et audessus elles ne peuvjsnt continuer à vivre qu'en venant respirer l'air à la surface. Si on les retient sous Feau, à 12 ou i4'' par exemple, quelque soin que l'on prenne de la renouveler, elles périssent en un ou deux jours; de l'eau courante peut leur faire supporter quelquefois sous l'eau une température plus élevée; quelques unes la soutiennent jusqu'à 22°.

Indépendamment de leur intérêt pour la théorie g[énérale de Faction de Fair sur le sang, ces expériences expliquent plusieurs traits singuliers deFéconomie de ces animaux, et sur-tout la difiPérence extraordinaire de leur genre de vie en hiver et en été.

M. Latreille, qui sait allier heureusement les recherches d'érudition avec celles de l'observation , «t les féconder les unes par les autres, a cherché à déterminer positivement Fespéce des difféi*ents insectes qui servoient d'emblèmes dans l'écriture sacrée des anciens Égyptiens, et dont on trouve fréquemment les images dans les monuments de cette nation singulière.

Les plus connus appartiennent à la famille des scarabées que Fon a nommés pilulaires, parceque ces insectesenfouissentleursœufedansdepetîtesbouli^ qu'ils pétrissent avec la matière des excréments.

M. Latreille commente à leur sujet un passage dTïorus Apollo, et fait voir que les trente doigts que cet auteur leur attribue ne sont que des phalanges qui se trouvent en effet au nombre de trente à leurs six doigts, cinq à chaque doigt.

Une partie des autres attributs donnés à ces insectes a également quelque fond de vérité; mais il y en a aussi d'entièrement controuvés, dans la vue

d établir de prétendues allégories et de justifier le culte rendu aux scarabées, ou d^expliquer lemploi que Ton fesoit de leur figure dans les hiéroglyphes. Il étoit difficile qu'il n en fût pas ainsi lorsque Ion eut perdu en Egypte Tintelligence des hiéroglyphes et celle des mystères de lancienne religion ; quoi qull en soit les trois espèces de scarabées indiquées par Horus ApoUo sont, selon M. Latreille, Yateuchus sacer; une espèce de copris voisine de» copris midas; et le copris paniscus, ou telle autre espèce très voisine.

On a représenté aussi très fréquemment sur les murs de quelques temples égyptiens un insecte de la famiUe des hyménoptères, posé sur un petit rameau à quatre branches ; M. Latreille y voit ou une guêpe, emblème de toute influence venimeuse , avec la plante qui pourroit guérir les effets du venin , ou une abeille sur le rameau qui doit lui fournir son miel.

Il termine son mémoire par une note sur quelques insectes que Ion trouve dans les momies, et sur les espèces qui ont servi de modèles aux artistes pour figurer sur les zodiaques les signes du cancer et du scorpion.

M. Moreau de Jonnès continue à communiquer à TÂcadémie VHistoire des reptiles des Antilles,

4oO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

Il Fa occupée cette année d'un grand lézard du genre des scinques qui habite dans les bois, et que Ton appelle aujourd'hui dans nos colonies lézard de terre. Il s'y nommoit autrefois broche ou brochet de terre; les variations que ses couleurs et sa taille éprouvent , selon lage ou d'autres circonstances , et les différentes proportions de sa queue, jointes à quelques confusions de synonymie , avoient fait multiplier cette espèce par les naturalistes au point de la placer cinq fois dans leurs catalogues sous cinq noms différents. L anolis doré, le gros scinque {gailey-wasp)^ le scinque mabouïa, le scinque rembruni , et le scinque schneiderien de Daudin , De sont , selon M. de Jonnès , qu un seul et même animal.

Le même voyageur a parlé de cette énorme grenouille dite par les Anglois bullfrog ou grenouilletaureau, et que nos colons nourrissent pour leur table , quoiqu'il^ lui donnent la dénomination impropre de crapaudy par la raison qu'elle habite les lieux ombragés et humides comme nos crapauds de France, et non pas les eaux stagnantes comme nos grenouilles. C'est la grenouille grognante de Daudin. Elle ne sort de son repaire que la nuit. Sa force est telle qu'elle franchit en sautant un mur de cinq pieds de hau t. La saison sèche lui donne beaucoup de

torpeur; mais elle reprend sa vivacité avec la saison des pluies. En domesticité elle devient assez familière.

Les Antilles ne nourrissent qu un seul batracien, avec la grenouille grognante ; c'est une rainette qui seule porte dans les îles françoises le nom impropre de grenouille, et que M. de Jonnès décrit pour la première fois avec exactitude,quoiqued autres voyageurs en aient feit quelque mention. Selon Pauteur, l'opinion que les Antilles sont des débris d'un grand continent est fort infirmée par le petit nombre des espèces de batraciens qui les habitent, et qui peut faire supposer plutôt que ces espèces y sont arrivées séparément à des époques et par des causes inconnues.

On sait qu'il arrive assez souvent dans la zone torride que la cliair de certains poissons se trouve vénéneuse, et queceuxqui en ontmangééprouvent des atteintes cruelles, et perdent même la vie, sans que la vue, l'odorat, ni le goût aient rien annoncé qui pût faire soupçonner le danger.

M. de Jonnès décrit les symptômes de ce genre d'empoisonnement; il donne la liste des espèces de poissons et de crabes qui prennent le plus fréquemment aux Antilles cette propriété funeste, et

BUFFON. COMPLÈM. T. PI. 26

4o2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

soumet au raisonnement et à Texpérience les diverses causes auxquelles ou lattribue. Il montre qu*elle ne peut tenir comme on la cru ni aux mollusques ou zoophytes ni aux fruits de mancenilliers dont ces poissons se seroient nourris, ni aux filons métalliques qui se trouveroient parmi les bancs sur lesquels ils habitent : et il soupçonne qu'elle est FeiTet d'une sorte de maladie qui développeroit dans ces poissons un principe délétère. Lia chair des tortues prend quelquefois aussi dans la zone torride une qualité malfaisante , et donne des pustules sur toute la surface du corjps à ceux qui sen sont nourris. Tout le monde sait que dans notre climat les moules deviennent quelquefois très malsaines. Ce n est que dans leau de la mer que cette maladie peut naître : car les poissons deau douce ne sont jamais vénéneux, et l'eau de la mer, en quelques circonstances , produit des furoncles à ceux qui en ont été mouillés et n ont pas eu soin de se laver dans Teau douce. M. de Jonnès a éprouvé lui-même cet effet, ainsi qu'un de ses amis.

Le grand j^oint seroit de pouvoir distinguer les poissons devenus malfaisants des autres individus de leur espèce. Quelques uns disent que dans cet état leur foie devient noir et d'un goût acerbe, et que leurs dents prennent une teinte jaune. Des

observations ultérieures peuvent seules confirmer ces assertions; elles sont importantes, et les habitants éclairés de nos colonies ne manqueront pas sans doute de s'en occuper.

Il y a long-temps que les naturalistes ont observé des quadrupèdes dont les petits paroisscmt au jour bien avant davoir acquis le développement ordinaire , avant même qu on puisse distinguer leurs membres et leurs yeux, et demeurent suspendus aux mamelles de leur mère pendant le reste du tempsque les petits des quadrupèdes ordinaires passent dans la matrice.

On a nommé ces animaux didelphes ou marsupiaux, parceque plusieurs d'entre eux ont sous le ventre une poche qui renferme les mamelles et où les petits demeurent cachés jusqu'à ce qu'ils atteignent leur développement^ poche que l'on a considérée comme une seconde matrice, mais qui n'existe pas à beaucoup près dans toutes les espèces.

Ces animaux, à la tète desquels est le kangurou pour la grandeur, et dont plusieurs espèces sont bien connues en Amérique sous le nom de sarigues et d'opossums, ont à l'intérieur une matrice véritable, mais autrement conformée que celle des quadrupèdes ordinaires. Elle communique avec le vagin par deux canaux latéraux en forme d'anses , et

4o4 ANATÔMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

dans un certain nombre d'espèces le gland du mâle est divisé en deux pointes qui paroissent pouvoir diri{yer le sperme vers les orifices de ces deux canaux.

Une opinion très répandue en Amérique est que les petits des opossums naissent en traversant les mamelles, auxquelles ils demeureut ensuite suspendus; mais les anatomistes ont généralement rejeté cette opinion, attendu quils nont découvert aucune voie par où ce passage puisse se faire.

Cependant M. Geoffroy, après avoir annoncé que Ion ne cite aucune observation de fœtus trouvés dans la matrice, tandis que, selon feu Roume de Saint-Laurent, on auroit vu au bout de chaque mamelon de petites bourses claires où étoient autant d embryons ébauchés, est conduit à Fidée quil pourroit y avoir ici quelque chose d analogue à une génération ovipare. «Ne peul-il pas arriver, se de- « manJe-t-il, qu'il se développe vers les points mate millaires un appareil de vaisseaux nourriciers i( analogues à ceux qui composent le placenta, mais a adaptés à l'origine de la bouche?»

M. Geoffroy pense donc que Ion s'est peut-être trop pressé de refuser aux didelphes un mode particulier de génération , et qu'il est important de les observer de nouveau.

M. Geoffroy croit de plus avoir remarqué que la

ET ZOOLOGIE. 4o5

foîblesse du développement des organes sexuels ordinaires tient à ce que 1 aorte descendante se continue presque sans diminution de calibre avec l'artère épigastrique, et n'envoie qu'un rameau grêle et de petites branches aux extrémités postérieures et à la matrice.

Enfin dans le cas où l'on voudroit rechercher la cause de cette éjection si prématurée des petits hors de la matrice, M. Geoffroy pense que l'on pourroit l'attribuer à ce que les espèces de canaux en forme d*anses de panier qu'ils traversent ne sont point séparés du vagin par un col, et ne peuvent retenir le petit œuf quand une fois il est sorti de la trompe de Fallope.

Nous pouvons mettre au rang des grands ouvrages de zoologie qui ont paru depuis quelques années celui que publient MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Guvier, sur les mammifères de la Ménagerie royale, avec des planches lithographiées et enluminées d'après nature vivante, dans les ateliers lithographiques de M. le comte de Lasteyrie. Il en a paru déjà douze livraisons in-folio, contenant chacune six planches , parmi lesquelles on voit des portraits corrects de plusieurs espèces qui n'avoient point encore été bien représentées, ou même qui étoîent entièrement nouvelles pour les naturalistes.

4o6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

M. de La Marck , malgré 1 afibiblissement total de sa vue, poursuit avec un courage inaltérable la continuation de son grand ouvrage sur les animaux sans vertèbres.

Il nous a donné cette année la première partie de son sixième volume, où il remonte jusqu'aux premiers ordres des mollusques gastéropodes.

L'ouvrage dont M. Daudebart de Férussac avoit présenté le plan en 1817, sur les mollusques de terre et deau douce, a commencé à recevoir son exécution. L^auteur en a présenté à FAcadémie six livraisons, également remarquables parla beauté des figures enluminées, et par le soin avec lequel les espèces y sont recueillies et distinguées. Elles comprennent les limaces, et les hélices deLinnaeus, ainsi que plusieurs genres démembrés de ceux-là par les naturalistes modernes, et par MM. de Férussac père et fils, qui ont étudié plus long- temps et plus soigneusement que personne avant eux cette famille d'animaux.

Les rainettes grimpent sur les arbres, sur les murs les plus lisses, et même sur les carreaux de vitres, au moyen de petites pelotes qui terminent leurs doigts, et qu elles fixent fermement aux corps sur lesquels elles les appliquent.

La plupart des Daturalistes se sont contentés Je supposer que ces pelotes sont pourvues de quelque viscosité; mais il faudroit que cette viscosité fÙt bien puissante pour qu'une seule pelote put tenir suspendu le corps entier de lanimal, comme il arrive quelquefois. M. de La Billardière, qui a étudié de près ce sujet, a reconnu que les rainettes forment le vide sous chacune de leurs pelotes, en tirant en dedans la surface inférieure de ces parties par le moyen de quelques fibres musculaires. Les pelotes sont donc alors pressées contre le corps qu'elles touchent par le poids entier de latmospbère.

Depuis lonp- temps on a cherché à éviter aux commençants les premiers dégoûts inséparables des études anatomiques, en leur offrant des imitations en relief des organes avec leurs couleurs et leurs dimensions. Les figures en cire coloriées sont très propres à cet usage; et les magnifiques préparations de ce genre, qui ont été fabriquées à Florence sous les auspices du grand-duc Léopold, et sous les yeux de Fontana et de M. Fabbroni, ont rendu ce moyen célèbre. Mais la cire est cassante et peu maniable; et il est difficile de l'employer à des préparations composées de parties mobiles , et propres à faire connoitre la juxta-position des or-

4o8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

ganes. Fontana avoit voulu y substituer le bois, et il avoit commencé une grande statue de cette matière qui devoit se décomposer en plusieurs milliers de pièces ; mais le bois a un autre inconvénient, en ce qu^il se dilate et se contracte suivant Thumidité ou la sécheresse , et que les parties déliées ne s Rajustent jamaisbien et se cassent aisément. M. Ameline, professeur d'anatomie à Gaen, a imaginé une sorte de pâte de carton qui se moule comme Ion veut, prend beaucoup de fermeté sans ètrecassante, et se laisse fîxer, par divers moyens commodes, aux points où on veut la faire tenir ; il a construit ainsi, sur un squelette véritable, une statue où tous les muscles et les principaux vaisseaux se laissent détacher et rattacher. Il n est pas douteux que cette matière , quand des artistes de profession lui imprimeront le fini et l'élégance nécessaires à une imitation complète , ne puisse remplacer avec avantage la cire et le bois.

M. Serre, chirurgien en chef de Fhospice delà Pitié, a fait sur les premiers commencements de l'ossification dans les embryons d'hommes et d animaux des observations nombreuses et importantes, doù il a cru pouvoir déduire ce qu'îl nomme les lois de lostéogénie, c'est-à-dire les règles générales (}ui président à la disposition des points primitifs

(1 ossification; réfjles que M. Serre énonce au nombre de cinq.

La première, dite de symélriCy c'est qu'en considérant le squelette dans son ensemble l'ossification y marche des parties latérales vers les parties moyennes. Dans le tronc par exemple les côtes s'ossifient avant les vertèbres; les apophyses latérales des vertèbres avant leur corps. Il en est de même à la tête : le premier point osseux se montre aux apophyses zygomatiques des temporaux; les ailesdu sphénoïde s'ossifient avant son corps, etc. Delà naît, selon M. Serre, cette symétrie si remarquable dans les animaux vertébrés; les deux moitiés du squelette marchant, en quelque sorte, l'une vers l'autre pour se rencontrer dans la partie médiane, il y a deux demi-crânes, deux demi-rachis, deux demi-bassins , etc.

Cependant cette partie médiane présente des os que l'on a voit toujours crus originairement simples, tels que les pièces du sternum, le corps de l'os hyoïde, les corps mêmes des vertèbres. M. Serre donne à ce sujet des observations qui lui sont propres. Il rappelle que dans l'œuf les premiers vestiges de l'épine du poulet se présentent sous l'apparence de deux demi-rachis encore membraneux; que cette double membrane s'unit en devenant cartilagineuse. Il annonce que le onzième jour de Tincu-

4lO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

bation il commeDce à se montrer sur les corps de quelques vertèbres dorsales deux points osseux très petits ; qu*il s en montre également le douzième jour sur les cervicales et les lombaires; que la réunion de ces points en un seul corps ne s opère dans les dorsales et dans quelques cervicales que le treizième ou le quatorzième jour, et que ce jour-là même les lombaires et les caudales montrent encore très sensiblement leur division.

L au teur a observé une marche entièrement analogue dans le racbis du têtard et dans celui du lapin. Il Ta retrouvée, quant au cartilage, dans les embryons humains très peu développés , et il croit aussi avoir remarqué que lossification sy fait dabord par deux points; mais on pourroit presque dire , d'après sa description , que dans les fœtus provenant de femmes saines, il lésa sentis avec la pointe de son scalpel , plutôt qu'il ne les a vus. C est du qual'antième au soixantième jour de la conception qu'il a fait sur les différentes vertèbres cette observation difficile, qui prend cependant beaucoup de vraisemblance par l'arrangement que Ton aperçoit dans la suite entre les fibres osseuses , et sur-tout par ce que Ton remarque dans les embryons provenant de femmes scrofuleuses ou rachitiques. La séparation des deux noyaux est alors beaucoup plus marquée et dure beaucoup plus long-temps. C'est ainsi

que M. Serre explique des spina bifida^ ou fentes contre nature de la partie antérieure de Fépine, qui ont lieu quelquefois, et dont Fauteur décrit plusieurs exemples remarquables.

En choisissant les époques convenables, M. Serre a vu également de doubles noyaux osseux aux os médians de la base du crâne, non seulement au corps du sphénoïde antérieur où cette division dure assez long-temps, mais encore au corps du sphénoïde postérieur à los basilaire , où la réunion s opère beaucoup plus vite. Il n*est pas jusqu'au vomer et à la lame verticale de lethmoïde q u*il ne voie se former par des lames ou par des granulations latérales.

Quant au sternum, M. Serre, après avoir annoncé que dans de très jeunes embryons le cartilage s y manifeste aussi d^abord latéralement, cherche à appliquer sa théorie à Tossification des pièces de cette partie regardées généralement comme impaires. A cet effet il rapporte plusieurs variétés de sternums humains où Ion voit des pièces divisées par le milieu , d'autres où les pièces sont disposées alternativement sur deux séries. Les oiseaux et ta plupart des reptiles ayant à leur sternum , en avant des pièces bien certainement disposées par paire, un os impair qu on a nommé ento-slemal, celui qui forme la quille du sternum des oiseaux, M. Serre

4l2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

pour ramener cet os à sa régie cite divers animaux dans lesquels la pièce que l'on pourroit regarder comme Fanalogue de celle-là offre des traces sensibles de division. 11 considère aussi comme indice de division les cavités creusées dans la quille du sternum de la grue et du cygne , pour loger les replis de leur trachée-artère.

Nous avouerons que cette partie du travail de M. Serre est celle qui nous paroît encore exiger le plus de développement, et être susceptible de plus de contradictions. Cependant plusieurs exemples pathologiques rapportés par cet habile anatomiste semblent confirmer que l'état normal et primitif du sternum est d'être divisé longitudinalement.

Enfin , relativement k l'os hyoïde , M. Serre annonce que les deux points osseux de son corps, comme ceux du corps des vertèbres , s'unissent dans les sujets sains presque aussitôt qu'ils se forment; mais que, dans les fœtus nés de parents viciés, leur séparation dure plus long-temps ; il en a même observé un , né d'un père qui bégayoit, et où l'un des points s étoit ossifié plus tard que l'autre.

A cette occasion notre anatomiste rapporte des exemples d'os hyoïdes qui s'unissoîent presque sans interruption par des articulations osseuses avec l'apophyse styloïde , et par conséquent avec le crâne, ou, en d'autres termes, dans lesquels le ligament

Stylo 'hyoïdien étoit presque entièrement ossifié.

La deuxième des lois ou règles établies par M. Serre se nomme la loi de conjugaison. Chacun sait que les trous qui donnent passage aux nerfs de lepine sont formés par le rapprochement de deux échancrures pratiquéesauxparties correspondantes de deux vertèbres contiguës. Le contour de chaque trou résulte donc 'du rapprochement de deux os. Selon M. Serre , tous les au très trous des os sont également des trous de conjugaison , et Ion peut, en remontant plus haut vers 1 époque de la naissance ou de la conception , retrouver séparées les pièces osseuses dont le rapprochement les a formés.

Ainsi les trous des apophyses transverses des vertèbres cervicales ne sont d abord fermés en dehors que par une bande cartilagineuse qui a ses points d'ossification séparés ; points que M. Serre regarde comme des espèces de .côtes cervicales. Chacun sait qu'en effet dans le crocodile et dans d autres reptiles il y a là de véritables côtes fort reconnoissables pour telles.

Lapplication de la loi étoit encore plus facile pour beaucoup de trous de la base du crâne, que tous Jes anatomistes savent se trouver dans le fœtus entre des os distincts , bien que ces os se soudent ensuite entre eux, tels que la fente sphéno-orbi taire, la fente sphéno-temporale, les trous déchirés,le con-

4l4 ANATOMIE ET PHTSIOLO6IE ANIMALES,

dyloïdien. On doit évidemment lappliquer aussi dans plusieurs animaux au trou ovale, qui n est souvent qu'une échancrure du sphénoïde.

Quant à ceux qui , du moins pour des fœtus un peu avancés, feroient quelque difficulté, tels que le trou rond dans beaucoup d animaux , M. Seri^ renvoie à des embryons plus jeunes. C'est ce qu'il fera sans doute aussi relativement aux trous orbitaires internes dans les espèces où Tethmoïde ne se montre pas dans Forbite. Les anatomistes ne manqueront pas de remonter à ces premiers moments de lexistence pour s assurer de la g;énéralité de cette régie; ils auront à vérifier entre autres choses si le pourtour du trou optique n'est pas un anneau qui s'ossifie successivement, plutôt que le résultat de la conjugaison des deux pièces.

Pour les trous du rocher, M. Serre admet au moins dix points osseux primitifs dans la formation des parties qui composent cet os; eo sorte qu'il n'est point embarrassé à trouver des conjugaisons aux fenêtres ronde et ovale , au trou auditif, etc. ; mais il fendra aussi examiner s'il n y a rien d'accidentel dans des subdivisions si nombreuses. Ce dont nous nous sommes assurés depuis long-temps c'est que dans tous les oiseaux et les reptiles la fenêtre ovale résulte de la conjugaison du rocher avec loccipital latéral , mais que la fenêtre ronde, qui existe dans

ET ZOOLOGIE. 4lS

les oiseaux seulement, et non dans les reptiles, est percée en entier dans Foccipital latéral; en sorte que c est dans ce dernier os qu'il faudroit admettre des subdivisions pour ne pas trouver la règle en défaut.

Une observation curieuse de M. Serre c'est que dans le troisième mois de la conception louver-ture de Tosselet appelé Tétrier offre deux et quelquefbis trois |K>ints dossification dans son pourtour.

La troisième des règles de M. Serre, ou sa loi de perforation^ n est qu'une extension de la seconde. Il pense (]ue les canaux osseux comme les trous ne sont formés que par conjugaisons , et que leurs parois ont consisté d abord en pièces séparées. 11 voit ces pièces longitudinalement placées autour des os longs de très jeunes foetus; il les voit autour des canaux semi-circulaires de l'oreille, autour de l'aquéduc de Fallope; il les retrouve en un mot partout où les os sont percés ou creusés de canaux prolongés.

M. Serre comprenant, contre l'opinion de plusieurs anatomistes modernes , les dents dans la même classe que les os , veut aussi appliquer sa troisième règle aux canaux dentaires; mais il n'y parvient qu'en faisant remarquer que la couronne de chaque dent, et même celle des incisives, con-

4l6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

sistent d'abord en un certain nombre de petits tubercules séparés. Ce fait très vrai est étranger à l'histoire de lossification ordinaire, et n empêche pas que le canal dentaire ne se forme par prolong^ation delà couronne vers la racine, et non par conjugaison de pièces latérales.

La quatrième et la cinquième règle de M. Serre sont relatives aux éminences des os et à leurs cavités articulaires. Notre anatomiste fait observer que les premières sont toujours primitivement des noyaux osseux particuliers , et que les autres résultent du rapprochement de deux ou plusieurs éminences, et par conséquent d autant de noyaux osseux. Il prouve sa proposition même par rapport au marteau qui est épipbysé à un certain âge, et par rapport à lenclume ; osselet qui, tout petit qu'il est, ayant une facette articulaire en forme d'angle rentrant, se divise dans l'origine en deux pièces.

ParmilesobservationsintéressantesdontM. Serre a enrichi cette partie de son travail , on doit remarquer celle qui concerne la composition de la cavité cotyloïde. Outre les trois os qui y concourent, de l'aveu de tous les anatomistes , M. Serre en a découvert un quatrième, fort petit, placé entre les autres, et qui ne se retrouve 2)as dans les animaux à bourse, où Ton sait qu'il existe un quatrième os du

bassin très développé, et articulé sur le pubis, os que Ion a nommé Tos marsupial. Ce seroit lanalogue de cet os marsupial qui, selon M. Serre, seroit venu se cacher pour ainsi dire dans le fond de la cavité cotyloïde, dans les mammifères ordinaires.

L auteur a fait une observation analogue sur la cavité articulaire de lomoplate. Dans les animaux qui ont une clavicule distincte , cette cavité est formée en partie parTos de lomoplate, et en partie paf la base de lapopbyse coracoïde , qui dans les jeunes sujets est une épiphyse distincte. Mais dans les animaux sans clavicule il s'y trouve une troisième petite épiphyse , qui seroit le dernier vestige de los claviculaire.

Cette masse considérable de faits intéressants et variés qui composent le mémoire de M. Serre va probablement servir de point de départ à de nouvelles et importantes recherches sur les premiers développements du corps animal, et sur les variations qu'il éprouve à cette époque rapprochée de la conception , où Ion ne s'en étoit pas occupé autant que l'exigeoient les progrès de la science de la vie.

La zoologie a continué à s'enrichir de plusieurs

BOTFON. OOMPLÉM. T. III. a?

4l8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

livraisons deV Histoire des mammifères, parMM. Geoffroy-Sain t-Hilaire et Frédéric Guvier, ouvrage qui offre déjà, indépendamment des nombreuses observations des auteurs , cent quarante figures toutes lithographiées d après nature vivante, et qui surpassent incontestablement toutes celles qui ont été données jusqu a ce jour d animaux de cette classe.

Un zoologiste anglois, le docteur Shaw, avoit fait connoitre un animal qu'il regardoit comme une espèce de paresseux, mais que d autres naturalistes, nommément M.Guvier, avoient soupçonnéde n'être qu'un ours auquel les dents de devant auroient été arrachées. G'est ce qui vient de se confirmer ; et M. Tiédeman , qui a observé un individu non mutilé de cette espèce , vient d'en publier la description et la figure sous le nom d'ursus longirostris. Cet ours vient des Indes orientales où il a aussi été observé par M. Buchanan.

M. Moreau de Jonnès continuant son Histoire des reptiles des Antilles a donné cette année ses obser» valions sur lespèce de gecko que Ion nomme dans ces îles mabouïa des bananiers. C'est le gecko lisse de Daudin ', beaucoup plus fort que le mabouïa des

* Cest aussi son gecko rapieauda, non gecko swinamensUy sou

murailles ou gecko à queue épineuse; il parvient à près d*UD pied de longueur; sa couleur est un cendré roussâtre, taché de noir sur le dos. Lorsque sa queue a été cassée par accident, ce qui lui arrive assez souvent, elle renaît difForme, renflée, et quelquefois assez semblable à une rave. Il habite de préférence les lieux solitaires, et se tient surtout dans ces cornets que forment à leur base les grandes feuilles des bananiers, doù il sort le soir pour prendre des insectes ou pour dévorer les œufs des anolis, autre genre de lézards beaucoup plus agiles, mais généralement plus petits.

Le même observateur a présentée TAcadémie, et déposé au Cabinet du roi, un individu de la terrible vipère de la Martinique (le trigonocéphaleferdéfiance) ^ de cinq pieds de longueur.

Parmi ces animaux que M. Cuvier a réunis dans Fembranchement et qu'il appelle articulés , il est une classe qu'il a le premier distinguée sous le nom de vers à sang rouge y et que M. de La Marck a nommés annélides. Elle comprend les vers communs ou lombrics, les sangsues, et une multitude de vers de mer ou d'eau douce que Ton a subdivisés d'après leurs organes du mouvement, de la respiration et delamanducation. M. Savigny a fait de cette classe

gecko squaliduSy et la salamandre terrestre de Fermin. (Voyez Guyier , Règne animal f ïl^Tp. i^).

l'objet d études nouvelles . et aussi exactes que détaillées. Il a donné d abord une attention particulière à ces soies élastiques et souvent brillantes comme de For qui servent au plus grand nombre des genres d'organes du mouvement, et sur-tout à celles de forme crocbue, apanage plus spécial de Tune des familles qu'il a reconnues. Des descriptions non moins exactes des mâchoires, des antennes, des branchies, des appendices membraneux de chaque articulation l'ont occupé ensuite; embrassant enfin les annélidesdans leur ensemble, il les a divisées en cinq ordres : les n^r^iciées pourvues de pieds rétractifs munis de soies, à tête distincte, à bouche en forme de trompe, souvent armée de mâchoires;

Les serpulées pourvues de pieds munis de soies, dont une partie en forme de crochets, sans tête distincte;

Les lombricines sans pieds ni tète distincts, mais pourvues encore de petites soies ;

Les liirudinées dépourvues de tête distincte, de pieds et soie , mais à bouche en forme de ventouse ; enfin celles qui n'ont pas même ce dernier caractère.

L'auteur divise chaque ordre en familles, chaque famille en genres, d'après les détails de leurs branchies et de leurs organes. Il nous est impossi-

ble de le suivre dans toutes ces subdivisions; mais les naturalistes jouiront bientôt de son travail, et même ils peuvent déjà en trouver quelques données que M. de LaMarck a bien voulu adopter dans son Histoire des animaux vertébrés.

Rien ne prouve mieux la prodi^^ieuse richesse de la nature que ces infinités de structures délicates, singulières, belles même à la vue, que l'attention d'un seul naturaliste a été capable de découvrir sur des êtres si méprisés, cachés dans les antres de la mer, et que la vue de Thomme sembloit ne devoir jamais atteindre.

Les insectes sont peut-être de tous les animaux ceux où la nature a développé la mécanique la plus merveilleuse; tous les genres de mouvements qui distinguent entre elles les autres classes se rencontrent dans celle-ci, et peuvent quelquefois être exercés par le même individu au degré le plus parfait, comme avec la vigueur la plus marquée ; mais il s en faut de beaucoup qu'ils aient été étudiés sous ce rapport avec autant de soin que les animaux vertébrés ; on ne connoissoit même que d'une ma nière assez superficielle les organes de leur mouvement. Les parties dures ou élastiques qui leur servent de leviers ou de point d'appui, se trouvant pour la plupart placées à l'extérieur, on en avoit

abandonné lexamen à la ssoologie, qui nayoit pas eu besoin de les décomposer ni d'en reconnoître les éléments.

M. Audouin, jeune naturaliste de Paris , a voulu remplir cette lacune de Tanatomie comparée ; il a examiné les pièces dont se compose la charpente solide des insectes ; et s'étant bientôt aperçu que ces pièces oivt entre elles, d'un insecte à Fautre, des rapports de position, de fonctions, et souvent de nombre et de forme, comparables aux rapports des pièces du squelette dans les animaux vertébrés, il a chercbé à généraliser ses observations ; il a poursuivi cbaque pièce au travers des métamorphoses variées qu elle subit dans les divers ordres et les divers genres dlnsectes ; il est parvenu aussi à les dénombrer , à les caractériser , et à déterminer jusqu'à un certain point les lois de leurs variations.

M. Audouin a présenté à l'Académie, dans un ouvrage fort étendu accompagné de beaux dessins et de nombreuses préparations, la portion de ses recfaerches qui concerne le thorax ou plutôt le tronc, cette partie intermédiaire du corps de Fin-* secte qui porte les pieds et les ailes, et qui se trouve par conséquent le siège des principaux organes du mouvement.

M. Audouin considère d abord le tronc dans les insectes ordinaires, ceux qui ont six pieds ( les insectes hexapodes); lexposé de ses parties, et une no* menclature fixe créée pour elles, dévoient naturellement se placer à la tête de Touvra^e.

Le tronc de Tinsecte se laisse toujours diviser en trois anneaux, dont chacun porte une paire de pattes^ et que M. Âudouin nomme, d après leur position, pro^Aoror^ mésotlioraXy et métathorax; outre les pieds, le mésothorax porte la première paire d'ailes, et le métathorax la seconde ; chacun de ces anneaux est composé de quatre parties, une inférieure, deux latérales, formant à elles trois la ^itrine; une supérieure qui forme le dos. L'inférieure prend le nom de sternum ; la partie latérale ou le flanc se divise en trois pièces principales; une qui tient au sternum et se nomme épistemum; lautre placée en arrière de celle-là et à laquelle la hanche s'articule est nommée épimère. On nomme trochantin une petite pièce mobile qui sert à l'union de l'épimère et de la hanche; la troisième pièce du flanc placée au-dessus de répistemum et dans le mésothorax et le métathorax sous l'aile est nommée hypoptère; quelquefois il y a encore autour du styg;mate une petite pièce cornée qui se nomme jféritrème. La partie supérieure de chaque segment^ que l'auteur nomme tergum, se divise en quatre piè-

ces, nommées d'après leur position dans chaque anneiu prœscutum\ scutum, scutellumy etposiscuiellum; la première est souvent, et la quatrième presque toujours cachée dans Fintérieur; les naturalistes nont g[ucre distingué que le scutellum du mésothorax , qui eu effet est souvent remarquable par sa grandeur et sa configuration ; mais on retrouve son analogue dans les trois segments. Ainsi le tronc des insectes peut se subdiviser en trentetrois , et , si Ion compte les péritrèmes et les hypoptères, le nombre de ses pièces peut aller à trenteneuf, plus ou moins visibles à lextérieur ; une partie de ces pièces donne en outre en dedans diverses proéminences qui méritent aussi des noms à cause de l'importance de leurs usages. Ainsi de la partie postérieure de chaque segment du sternum s élève en dedans une apophyse verticale, quelquefois figurée en V, et que M. Audouin appelle Yentothorax; elle fournit des attaches aux muscles et protège le cordon médullaire. Son analogue se montre dans la tète et quelquefois dans les premiers anneaux de Tabdomen. D'autres proéminences intérieures résultent de prolongements de pièces externes voisines soudées ensemble: M. Audouin les nomme apodèmes. Les unes donnent attache aux muscles, d'autres aux ailes; enfin il y a encore de petites pièces mobiles, soit à Tintérieur entre les muscles,

soit à la base des ailes, que l'auteur nomme épidèmes.

Nous avons dit que Ton retrouve toujours les pièces principales ou leurs vestiges , mais il s'en faut bien qu elles se laissent toujours séparer; plusieurs d'entre elles sont même toujours unies dans certains genres ou dans certains ordres, et ne se distinguent que par des traces de sutures.

M. Audouin a cru devoir également donner des noms aux trous ou aux vides circonscrits par lensemble de chaque anneau ; le trou antérieur de la tête porte le nom de buccal, le postérieur celui d'occipital; il nomme pharyngien le vide du prothoraXy œsophagien celui du mésothorax , et stomacal celui du métathorax, distinguant leurs deux orifices selon qu'ils sont antérieurs ou postérieurs.

Après ce résumé de l'analyse des pièces et cette fixation de leurs noms, M. Audouin passe à l'examen détaillé de leur développement respectif dans les différents ordres; il fait voir que dans aucun d'eux l'on ne rencontre d'autres éléments, et que les anomalies les plus bizarres en apparence ne tiennent qu'à des variétés de formes et de grandeurs de ces seules et mêmes pièces.

Ainsi prenant d'abord le mésotborax pour objet de son étude, et examinant ses rapports de grandeur avec le segment qui le précède et celui qui le

suit , il le montre peu développé dans les coléoptères et les orthoptères où il porte des élytres de peu d usage dans le vol ; plus étendu dans les névroptères, les faémîptères, où les deux paires d'ailes sont près* que égales en importance; atteignant le maximum de son développement dans les hyménoptères, les lépidoptères, les diptères, où la première paire d ailes est Tinstrument principal du vol ; il fait voir que laccroissement de ce mésothorax entraîne la réduction des deux autres segments. Quelq ue chose d analogue s observe dans la proportion des pièces de chaque segment entre elles. S'il y en a une fort diminuée, c est que quelque autre est fort agrandie. Quelquefois laccroissement d'une pièce déplace la pièce voisine, et c est ainsi que 1 epimère du mésotbo* rax des cétoines par exemple, devenant fort grande, relève 1 episternum et lui fait offrir cette pièce écailleuse en dehors de la base des élytres que les entomologistes ont bien remarquée sans en counoitre la nature ; dans les libellules au contraire 1 episternum du mésothorax prenant un grand volume s'élève à la partie supérieure, et s'unit à celui du côté opposé sur le milieu du dos et en avant, entre le prothorax et le tergum du mésothorax. Dans les cigales c'est Tépimèredu métathorax qui se prolongeant sous le premier anneau de lahdomen y forme la valvule qui clôt la cavité où réside l'instrument sonore de

ces insectes. Il n est pas impossible d assigner aussi quelques régies à cette proportion mutuelle des parties de chaque segment. En général le sternum se développe davantage dans les insectes qui font beaucoup d'usage de leurs pieds; la distinction des pièces de chaque partie se proportionne au développement de la partie elle-même. Ainsi c est également dans les lépidoptères, les hyménoptères, et les diptères que les quatre pièces du dos du mésothorax sont le plus sensibles et le mieux divisées. Dans les autres ordres elles sont souvent presque rudimentaires et confondues ensemble.

La distinction des pièces du métathorax devoit être comme le développement général de ce segment dans son entier, inverse de celle du niésothorax. Ainsi c'est dans les coléoptères , où la seconde paire d ailes (les ailes membraneuses) est la plus importante, que ce segment prend le plus de volume, et que les pièces qui le composent se séparent le plus aisément. Une observation curieuse de Fauteur c^est que dans les hyménoptères le premier anneau de labdomen s'unit toujours intimement au tergum du métathorax, et que lorsque labdomen est porté par une sorte de pédicule, comme il arrive si souvent dans cet ordre, c'est le second de ces anneaux qui subit un étranglement et non le pre> mier.

Dans letude du protfaorax , dont le tergum est ce t{ue Ton nomme vulgairement corselet dans les coléoptères, et co//ier dans d'autres insectes, lauteur fait connoître une particularité remarquable. L'épisternum et Tépimère de certains orthoptères, comme le taupe-grillon, ne s'unissent pas comme à lordinaire aux bords du tergum, mais passent dessous et se joignent Tun à l'autre, en sorte que le tergum les recouvre et les embrasse, premier indice, selon M. Audouin, de ce qui arrive dansies crustacés décapodes (les crabes et les écrevisses), où les flancs sont embrassés par une énorme cuirasse.

Dans les lépidoptères les flancs du prothorax s'unissent de même entre eux , mais le tergum de ce segment est réduit à une sorte de vestige ou d'ap- , pendice à peine visible.

L auteur pense que l'extrême de cette dispositiou est ce qui fait le caractère particulier des arachnides, que leur tergum n existe plus, et que leurs flancs unis l'un à l'autre forment le dessus de leur tronc.

Dans plusieurs hyménoptères le tergum du prothorax s'unit à celui du mésothorax, et ne recouvrant plus son épimère ni son épisternum, leur permet de s'articuler avec la tète. Les rapports de la puissance des ailes avec le développement et la distinction des pièces du tergum des deux segments qui les portent sont tellement constants , que

toutes les fois que les ailes manquent à certains insectes dun ordre communément ailé, ainsi qu'il arrive par exemple dans les fourmis, les quatre pièces du tergum se confondent entre elles; c'est par une raison semblable, selon Fauteur, que le tergum du premier segment, lequel ne porte jamais d ailes, est aussi plus rarement divisé que les autres, et forme dans les coléoptères un corselet d'une seule pièce (en prenant ce rapport dans un autre sens); ni ce premier segment, ni les segments quelconques des insectes où le tergum n est pas divisible , ne peuvent porter des ailes.

C est aussi dans le développement proportionnel plus considérable, et dans la divisibilité des segments qui doivent porter des ailes, que M. Audouin place la principale différence de Finsectc parfait à sa larve.

Cette considération conduit M. Audouin à Tétude du tronc, dans les insectes sans ailes et à pieds nombreux, ainsi que dans les arachnides et les crustacés. Il pose en principe que les pièces que ces animaux possèdent se retrouvent toutes dans les insectes à six pattes , mais que ceux-ci ont de plus des pièces que les premiers n'ont pas.

Ainsi, comme nous venons de le dire, tout le tergum manqueroit aux araignées; leur tronc résulteroit de la réunion d autant de segments qu'elles

43o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

ont de paires de pattes; leurs flancs s*iiniroient de part et d'autre sur la ligne moyenne.

M. Audouin croit même apercevoir dans les sillons du tronc de certaines araignées des traces de leur union.

Le plastron qui est entre les pattes des crustacés se composeroit de la suite des sternums de leurs segments; les parois osseuses qui remontent sous leur carapace représenteroient les flancs de ces mêmes segments couverts et embrassés par la réunion de leurs tergums, comme nous avons dit que cela arrive au protfaorax dans les sauterelles. En dedans du tronc , des cloisons analogues aux apodèmes des insectes marquent, selon Fauteur, les sutures des segments.

Quant aux insectes à pieds nombreux et sans ailes, leurs segments représenteroient, en quelque sorte, autant de prothorax.

Ce travail fondé entièrement sur des faits et sur une grande multitude d'observations, dans lesquelles deux autres jeunes naturalistes , M. Odier et M. Adolphe Brongniart, fils de Tun de nos confrères, ont assisté M. Audouin, n'est pas moins remarquable par son exactitude que par son étendue.

Il a trou vé un garant respectable dans M. Latreille qui, étudiant de son côté dune manière spéciale Tun de ces nombreux éléments du tronc des insec-

tes, se rencontroit parfaitement sur ce point avec notre jeune observateur.

L'objet principal de M. Latreille étoit de déterminer la nature de ces appendices singuliers placés près du cou et au-devant des ailes, dans les insectes dont M. Kirby a cru devoir faire un ordre nouveau , sous le nom de strésiotères. Ces pièces que Ton a prises, tantôt pour des rudiments d ailes, tantôt pour des espèces dely très, répondent à celles que M. Audouin appelle épimères, mais ce sont des épimères un peu déplacées et devenues plus libres.

On voit quelque chose d approchant au-devant des ailes de quelques phalènes où ces pièces ont étédepuis long-temps nommées épaulettes par quel* ques naturalistes.

M. Ijatreille présume que ces épaulettes des lépidoptères leur servent à écarter et à fendre leur peau de chrysalide , au moment où ils doivent prendre leur état.

Ce célèbre entomologiste donne à cette occasion sur les appendices du tronc des insectes en général plusieurs observations curieuses qui se laissent ramener aux règles établies par M. Audouin, et en ajoute de non moins intéressantes sur d autres parties de ces animaux.

Il annonce, par exemple, avoir découvert le

tympan de Foreille dans une espèce de criquet, acridium lineola^ et le conduit auditif dans d autres insectes.

M. Audouin a fait dans un mémoire particulier une application de sa doctrine à ces animaux articulés fossiles, si extraordinaires que Linuaeus avoit cru pouvoir leur donner Tépithéte de paradoxes y et sur lesquels M. Brong[niart, qui les nomme trilobites, a fait un travail important.

^ M. Audouin voit dans les trois lobes qui divisent chacun des segments de ces animaux, le tergum et la partie supérieure des flancs, et en conséquence il confirme Fopinion mise en avant par M. Brongniart que les trilobites doivent être associés à certains genres de la famille des cloportes, dans lesquels on observe en effet une disposition semblable.

M. Latreille au contraire se fondant sur ce que Ion n'a pu encore voir ni les antennes, ni les pieds de ces animaux dont le test ne se présente guère que par le dos, estime que Ion doit plutôt les regarder comme analogues à ce genre de testacés que Ton a nommés oscabrions^ et qui portent sur le dos unesuitede pièces transversales. I^es trilobites, selon lui, seroient des oscabrions dont la première pièce coquillière seroit plus grande , et dont les suivantes seroient divisées chacune en trois.

Dans un autre mémoire présenté avant celui

dbiit nous venons de rendre compte, M. Audouin, se livrant davantage à la recherche danalogies éloignées , a voit considéré la tête des insectes comme* formée de trois segments, dont le premier (le chaperon) auroit pouf appendices le labre et les mandibules; le second, les antennes et la lèvre; le troisième, les yeux et les maxilles. La division de ce deuxième et de ce troisième segment ne pouvoit tomber sous les yeux; car, selon M. Audouin luimême, ils seroient toujours unis dans les insectes ordinaires. En partant toutefois de cette supposition , qu'il cherchoit à ramener la structure des crustacés et des arachnides à celle des insectes ordinaires, sa manière de voir étoit: dans les crustacés le premier segment de la tête auroit disparu tout-à-fait; il ne resteroit du second segment que les petites antennes qui répondroient à la lèvre inférieure, et du troisième, que les yeux et les grandes antennes, lesquelles répondroient aux maxilles; les mandibules des crustacés répondroient ainsi à la première paire de pattes des insectes , et ainsi de suite.

Il ne resteroit aux arachnides que le troisième segment de la tète qui comprend les yeux, et par conséquent ce que Ion appelle leurs mandibules représenteroit les maxilles, et leurs maxilles répondroient aux premières pattes des insectes.

BUFFON. COMPr.ÉM. T. III. 28

Partant delà, M. Audouin considéroit les insectes hexapodes, les arachnides et les crustacés, comme différant relativement au tronc, par ceux de leurs segments qui se sont le plus développés.

Dans les insectes ce sont les trois premiers après les trois de la tête; dans les arachnides les quatre qui viennent après le quatrième, c est-à-dire après le prothorax ; dans les écrevisses, les cinq à compter du dixième et y compris le quatorzième. En effet les petites antennes, les grandes antennes, les mandibules, et les six paires de mâchoires qui suivent les mandibules indiquent Texistence de neuf segments. Les serres sont donc attachées au dixième. Ainsi, en dernière analyse, toutes les différences de la charpente de ces trois classes daniniaux articulés dépendroient de labsence, de la diminutioD ou de laccroissement de tels outils de leurs anneaux.

Ici, comme Ton voit, Fauteur abandonnoit le champ de l'observation , pour entrer dans celui des hypothèses , et s exposoit davantage à la contradio tion. Effectivement il y a et il doit y avoir plusieurs manières de voir du moment que ce n'est plus qu'avec les yeux de l'esprit que l'on voit. Ainsi d'autres naturalistes qui se sont occupés de ce rapprochement des arachnides et des crustacés avec les insectes ordinaires ont suivi des routes assez différentes.

Nous avons parlé, dans notre analyse de i8i 5 , d'un travail de M. Savigny sur ce sujet, où il laisse aux mandibules et aux deux paires d'organes manducatoires qui les suivent dans les crustacés, les noms de mandibules, maxilies , et lèvre inférieure, et où il regarde les trois paires d'organes mandu-* catoires suivantes comme analogues aux trois paires de pattes des insectes ordinaires; mais où il cherche à établir que dans les arachnides, ce sont les premières paires d'organes manducatoires qui représentent les premiers pieds , tandis que les vraies mâchoires ont disparu avec les antennes et presque toute la tête.

M. Latreille, dans un mémoire présenté cette année, regarde au contraire le corps des crustacés comme divisé en quinze segments , dont un pour la tête, sept pour le tronc, et sept pour la queue ou l'abdomen. Il rapporte au tronc et considère comme des pieds les deux paires les plus extérieures des organes manducatoires ; il i^etrouve ces quinze anneaux dans les autres insectes , mais avec quelques soudures et des appendices de moins. Il voit des antennes , mais très modifiées quant à leurs formes et à leurs usages, dans ce que l'on appelle les premières mâchoires des branchiopodes et des arach« nides, attendu que ces mâchoires sont toujours

placées au-dessus de la lèvre supérieure. Les formes

bizarres que prennent les derniers pieds des crustacés, cejux des calyges, par exemple, qui se partagent en deux longs filets barbelés, lui font naiti*e l'idée que ces filets enveloppés d'une membrane représenteroient assez bien une aile d'insecte. I^es lames respiratoires des larves d éphémères lui paroissent encore plus ressembler à des ailes. Accumulant ces sortes d analogies, il en vient à appeler les ailes des sortes de pattes trachéales.

Jusque-là on s'en tenoit cependant à comparer entre elles des classes d animaux articulés seulement; M. Geoffroy-Saint-Hilaire est allé plus loin, et a cherché à établir un rapprochement entre l'embranchement tout entier des animaux articulés, et celui des animaux vertébrés.

Les insectes n'ayant point de système artériel, il admet que lappareil nerveux répand immédiatement autour de son axe les matériaux de l'organisation dont le développement se fait en dedans du canal vertébral; en sorte que ce seroient les anneaux des insectes et des crustacés qui représenteroient leurs vraies vertèbres : prenant pour point de comparaison la tortue , dont les côtes sont déjà arrivées à la surface du corps, en faisant rentrer dans l'intérieur les articulations des membres pectoraux et leurs muscles, il conçoit que si ces vertèbres encore diminuées s'ouvroient, elles laisse-

roient en quelque sorte le cordon médullaire libre dans la grande cavité des viscères, et il exprime sa pensée en disant que tout animal habite en dedans ou en dehors de sa colonne vertébrale ; il appuie son sentiment de cette considération que les anneaux de la queue des crustacés se divisent en quatre parties comme les vertèbres.

Venant ensuite au détail , il se représente le corps de rinsecte comme divisé en six parties ou segments principaux ; rappelant que la tête des vertébrés a été considérée par M. Oken et d'autres anatomistes comme une suite des trois vertèbres , il pense que le premier segment des insectes, leur tête, ne représente que la première des trois vertèbres des vertébrés , et comprend les os du cerveau , ceux de la face , et les os hyoïdes ; le deuxième segment des insectes, celui qui porte leur première paire de pattes (le prothorax de M. Audouin), est, selon M. Geoffroy, la seconde vertèbre de la tête des vertébrés, et répond aux os du cervelet, du palais et du larynx ; le troisième segment, qui porte les ailes supérieures , et que M. Geoffroy réduit à lecusson , comprend les pariétaux, les interpariétaux, et les os de Foreille , c'est-à-dire , d'après la manière de voir de l'auteur, que nous avons exposée dans notre analyse de 1 8 1 7 , les os des opercules des poissons. Le quatrième segment, auquel M. Geoffroy attrir

bue le8 quatre pattes postérieures et la deuxième paire d ailes, répond à la poitrine ; le cinquième, qui est labdomen des insectes, à labdomen des vei^ tébrés, et le sixième, qui est Tanneau de clôture, à leur coccyx.

De cette relation, appliquée aux parties ou aux appendices de chaque segment , il résulte entre autres choses que les élytres ou les ailes supérieures répondent aux opercules et par conséquent aux os de loreille, que le stygmate du corselet est une ouverture auditive, et que ceux de Tabdonien sont analogues aux pores de la ligne latérale des poissons. Les ailes postérieures ont paru seules ofFrir quelques difficultés à Fauteur, mais il a fini parles croire les analogues des vessies natatoires des poissons , ou , ce qui dans son opinion revient au même, des sacs aérieas des oiseaux, se rapprochant ainsi de M. de Latreille, qui attribue aux ailes en général une origine trachéale.

M. Geoffroy, passant aux crustacés, considère leur thorax comme formé de deux sortes de vertèbres, dont la série auroit sa partie antérieure reployée sur la partie suivante ; c'est dans Tappareil osseux de lestomac qu'il cherche les corps et les parties latérales des vertèbres de cette première série ou de la tête ; les mêmes qui dans les vertébrés ordinaires forment les os de la base du crâne. La

grande carapace qui recouvre ce thorax se compose de la partie annulaire de ces mêmes vertèbres, de la tête, ou des os extérieurs du crâne; enfin les vertèbres pectorales for meiit en dessous Taxe auquel s'attachent les pattes. M. Geoffroy considère ces pattes, ainsi que tous les appendices de la queue , auxquels on a donné le nom de fausses pattes , comme représentant des côtes, et fait remarquer à ce sujet que les côtes sont déjà employées à la locomotion dans plusieurs vertébrés, et notamment dans les serpents. Que si les appendices de la queue ou fausses pattes des écrevisses sont plus petites que les vraies pattes , c'est par suite d'un système de compensation , et pa rceq ue les vertèbres a uxquelles el les adhèrent sont plus grandes que les vertèbres pectorales auxquelles tiennent les pattes véritables.

M. Geoffroy s'appuie aussi de l'analyse chimique des croûtes des écrevisses pour montrer leur analogie avec les os, et rappelle que dans plusieurs poissons les os de la tête sont aussi repoussés à l'extérieur et immédiatement sous l'épiderme.

M. Latreille , que ses immenses travaux sur la partie positive de l'entomologie ont rendu si célèbre, s'est cru obligé de se livrer aussi à quelques recherches théoriques sur les moyens de rapprocher les insectes des vertébrés. Il pense que pour y parvenir il faut comparer d'abord les crustacés

44o ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

avec les poissons de Tordre des suceurs , tels que lés lamproies, et c'est principalement par leurs organes de la respiration qu'il les compare.

Partant des têtards de grenouilles , passant par les poissons ordinaires aux cartilagineux, de là aux crustacés et jusqu'aux cloportes, il voit les branchies , d'abord concentrées près de la gorge, s'étaler le long du corps , et se porter de plus en plus vers la queue. Parmi les poissons -suceurs il en voit , tels que les gastrobranches, qui semblent n'avoir que des mâchoires latérales ; ces poissons manquent de côtes, et leurs vertèbres semblent s'anéantir. Ea admettant que leur os hyoïde est prodigieusement agrandi, on auroit, selon M. La treille, ce plastron pectoral (|ui, dans les écrevisses, porte les branchies sur ses côtés, et les pieds de ces derniers animaux ne seroient que des appendices articulés des rayons branchiaux. Dans ce système le test remplace les os de la tête, les opercules et les côtes. Si Ion passe aux crustacés à longue queue, et sur-tout auxsquilles, on trouve que le test diminue, que les étranglements se marquent davantage sur le dos; le cœur salonge comme en un vaisseau dorsal ; lûentôt, comn^e dans les chevrettes , Tanimal finit par netre qu'une suite de segments prescjue semblables, avec une tête libre; les appendices de Ja queue représentent les nageoires ventrales et

anales, et les ailes peut-être les nageoires pectorales ; les organes manducatoires seroient les mâchoires désarticulées à leurs symphyses; enfin les antennes seroient des narines en quelque sorte retournées, et, de concaves qu elles étoient, devenues de longues productions saillantes.

D'après un aperçu inséré dans un rapport du même auteur sur le travail de M. Savigny relatif aux annélides, les organes masticatoires des néréides ne seroient ni des mâchoires ni des pieds transformés en mâchoires , et ne pourroient être comparés qu'aux dents intérieures de l'estomac des écrevisses; et le reste du corps des annélides correçpondroità celui des mille-pieds, par le nombre de ses segments des appendices qui leur sont annexés , et souvent même par Tordre des organes de la respiration.

11 nous seroit facile de rapporter encore un grand nombre de manières d'envisager les rapprochements des insectes et des animaux vertébrés, si, ne^ous bornant point, comme nous le devons , à rendre compte des mémoires présentés à l'Académie, nous pouvions donner aussi des extraits des ouvrages publiés par les naturalistes françois ou étrangers qui se sont livrés aux spéculations de ce genre, sur-tout en.Allemagne, où elles ont été fort en vogue pendant quelque temps; mais l'espace qui

nous est accordé ne nous permettant pas ces excursions , nous nous bornerons à ftiire remarquer que , dussent plusieurs de ces essais manquer encore leur but, la science auroit toujours à se féliciter de ce grand mouvement imprimé aux esprits. Sur cette route, quelque hasardeuse qu'elle soit, les observations les plus précieuses se recueillent, les rapports les plus délicats se saisissent, et quand, en définitive , on découvriroit que les vertébrés et les insectes ne se ressemblent pas autant qu'on Favoit cru , il n en sera pas moins Vrai que 1 on sera arrivé à connoitre beaucoup mieux les uns et les autres.

G est ainsi que dès à présent on ne peut douter que le crâne des animaux vertébrés ne soit à-peuprès ramené à une structure uniforme ; et que les lois de ses variations ne soient à-peu-près détermi* nées.

S'il reste encore quelque doute relativement à certaines parties de la face, le plus grand nombi'e de ses parties est déjà soumis à des lois fixes. Des dissentiments subsistent encore touchant les parties intérieures et extérieures du thorax; mais les choses en sont au point que Ton ne peut tarder, au moyen de quelques concessions mutuelles, d'arriver à des résultats satisfaisants pour toutes les opinions.

ea trois; savoir, le corps et les grandes ailes; mais dans les fœtus moins avancés les ailes d^ingrassias sont distinctes. Le corps même du sphénoïde postérieur estaussidiviséeu deux parties. EnfinM. Geoffroy a vu les apophyses ptérygoïdes ex ternes séparées des grandes ailes; et il pense aussi que les sinus sphénoïdiens peuvent être regardés comme des os particuliers; en sorte qu'en réalité le sphénoïde seroit composé de sept paires d'os, auxquels l'auteur donne les noms; savoir,

Aux ailes d'ingrassias celui d^ingrassial;

Aux cornets sphénoïdaux celui de bertinal, da^près Bertin, qui les a le premier bien décrits;

Au corps du sphénoïde antérieur celui d'entosphénal;

Aux grandes ailes temporales celui de ptéréal;

Aux apophyses ptérygoïdes externes celui deptérygdidal;

Aux internes celui (Xhérisséaly d après Hérissant, qui les a particulièrement étudiés dans les oiseaux;

Enfin au corps du sphénoïde celui d^hippcnsphénaly parcequ'il forme ce que l'on a nommé la selle turcique.

M. Geoffroy pense que , si Ion considère les deux sphénoïdes comme deux vertèbres , on peut regarder le palatin comme représentant la côte de la pre-

niière, et l'apophyse ptérygoïde interne comme formant la côte de la seconde de ces vertèbres.

Quant à l'os carré , M. Geoffroy layant vu dans un fœtus de crocodile divisé par des sutures en deux grandes lames et en deux petites , il la suivi dans déjeunes oiseaux , et il a trouvé aussi chez eux deux lames principales, et deux petites pièces accessoires , qui ne s unissent à los carré que lorsque le squelette est entièrement consolidé. Cherchant dans rhomme les analogues de ces deux petites pièces , M. Geoffroy les trouve dans l'apophyse styloïde , et dans l'espèce de capsule dont cette apophyse semble sortir, et qu'on a nommée Yctpophyse vaginale; et il annonce que dans les fœtus de certains animaux cette apophyse vaginale est un noyau osseux particulier.

Il considère ensuite la caisse elle-même pour y retrouver les deux principales pièces de l'os carré.

Dans les carnivores, tels que le chien, le chat, une lame en forme de coquille , naissant du rocher, s ossifie par degrés , complète ainsi les parois de la caisse, et enchâsse le cadre du tympan, qui luimême un peu en forme de coquille donne, par son bord interne, cette cloison circulaire qui divise comme on sait la caisse de ces carnivores en deux chambres.

Dans le hérisson le cadre du tympan est très large; le rocher ne produit point de lame pour compléter avec lui les parois de la caisse; mais il y est suppléé par une lame que le sphénoïde postérieur donne de sa partie voisine de 1 os basilaire, en sorte que dans cet animal le sphénoïde concourt avec los du tympan et avec le rocher à envelopper la cavité de la caisse.

Il y a quelque chose d analogue dans le sarigue; M. Cuvier a même observé que dans cet animal le sphénoïde postérieur entre dans la composition de 1 apophyse glénoïde; que dans le dasyure la lame qu'il fournit à la caisse se renfle en une grande vessie à parois minces et solides, en sorte que presque toute la cavité d'une énorme caisse tire ses parois du sphénoïde; que dans le phalanger le sphénoïde contribue à la composition de lapophyse mastoïde en même temps que de la caisse; que dans le kanguroo il entre dans la composition delà première, mais non de la seconde; enfin que dans le phascolome c'est le temporal qui contribue par une de ses productions à ceindre la caisse par-devant, tandis que. les parois inférieures et postérieures de cette cavité, ne recevant d'os ni du sphénoïde ni du rocher, demeurent cartilagineuses , à moins toutefois qu'il n'y ait un os séparé^ perdu dans les squelettes ({ue nous possédons.

M. Geoffroy trouve que cette partie de la caisse qui ne s ossifie qu après le cadre du tympan, et qui s'attache avec l âge, tantôt au rocher, tantôt au sphénoïde, tantôt au temporal, est dans les jeunes sujets séparée par une suture de Fos auquel elle vient k adhérer par la suite; il en conclut que c'est primitivement une pièce à part, et il lui donne le nom d os cotyléaL Elle se sépare aisément, selon l'auteur, dans le chat de dix jours ; on en voit même se séparer encore une autre pièce dans le fœtus du chat ou dans le chat naissant; il assure aussi que l'on peut détacher ce cotyléal dans lenfant naissant ; etcom me d'ailleurs, selon M. Serre, le cadre du tympan de l'homme se divise en deux parties dans les jeunes fœtus, M. Geoffroy retrouve dans la caisse de l'homme les mêmes trois pièces que dans les carnivores , et cinq en comptant le vaginal et le stylhya! . Or nous venons de voir que dans les oiseaux il n'en a découvert que quatre, aussi se propose-t-il bien de chercher à déterminer quelle est celle qui leur manque, ainsi que de les retrouver toutes dans les poissons .

Dans la vue de s'assurer davantage de la généralité et de la constance de ces lois sur la composition du crâne, M. Geoffroy a fait une étude particulière des crânes de fœtus monstrueux, sur-tout de ceux qu'on a nommés acéphales ou plutôt anencéphales,

parceque leur cerveau est détruit ou sorti du crâne par quelque ouverture.

Les os du crâne n étant plus soutenus par-dedans ne prennent point leur développement naturel; mais quelque étranges que paroissent les monstruosités qui en résultent, on y retrouve les mêmes pièces que dans les crânes réguliers; seulement elles ont pris d'autres proportions relatives, ou bien elles sont plus ou moins déplacées, ou bien enfin elles conservent les unes plus long -temps que les autres la distinction de leurs noyaux primitifs.

M. Geoffroy a choisi trois de ces crânes défigurés, et a montré la nature et les causes des changements subis par chacun de leurs os. Dans Fun d eux par exemple loccipital supérieur est divisé en deux, comme dans beaucoup de reptiles; et un peu plus haut se trouvent deux autres pièces disposées comme les interpariétaux de quelques mammifères.

M. Geoffroy fait remarquer à ce sujet que dans Tétat ordinaire l'occipital supérieur du fœtus de rhomme est divise d'abord en quatre parties, et soutient que les deux supérieures , qui sont les plus grandes, répondent aux deux interpariétaux des fœtus des ruminants et d'autres quadrupèdes. Elles se soudent de meilleure heure, par des raisons

ET iiOOLdGIE. 449

analogues à celles qui produisent la même réunion précoce entre les deux parties du frontal de rhomme.

Cette constance des éléments du crâne est telle que M. Geoffroy en a trouvé tous les os , mais réduits à une petitesse excessive, dans un fœtus qui n avoit au-dehors aucun reste apparent de tète ni de cou.

L auteur termine ce travail par une classification des diffjprentes monstruosités par défaut relatives à la tête , qui pourra servir de base et de principe de nomenclature pour les recherches ultérieures sur ce sujet fécond.

L'on avoit remarqué de tout temps que les serpents n'ont pas de paupières; que leurs yeux sont protégés à l'extérieur par une membrane sèche et trsltisparente : on avoit supposé que cette membrane étoit leur cornée , et l'on en avoit conclu qu'ils n'ont pas de larmes.

Mais il n en est pas ainsi : sous cette peau transparente est une solution de continuité qui la sépare de la véritable cornée ; et ce vide, cette cavité possible qui répond à celle qui existe au-devant de tout autre œil quand les paupières sont fermées ^ et qiii est tapissée par une conjonctive en forme dé sac, a réellement dans l'angle interne, comme les

BOFFON. COMPLÀM. T. III. 39

vant en arrière : cette méthode eut peu d'incon-^ vénients chez eux, elle en eut également de foibles chez les oiseaux, parcequHl étoit difficile de méconnoître les lobes cérébraux et le cervelet.

Il neh fut pas de même chez les poissons; leur encéphale se compose d^une série de bulbes alignées d avant en arrière , tantôt au nombre de deux , de quatre, et quelquefois de six : à quelle paire de voiton assigner le nom de lobes cérébraux? étoit-ce aux antérieurs , aux moyens , ou aux postérieurs? Les anatomistes n^ayant aucune base pour établir Tune ou l'autre de ces déterminations , elles furent tourà-tour adoptées et rejetées.

On conçoit qu'avant de chercher à rétablir les rapports des différents éléments de lencéphale^ il étoit indispensable de faire cesser cette confusion ^ de déterminer leur analogie , et d'établir cette détermination sur des bases qui fussent les mêmes pour toutes les classes.

Cette recherche fait l'objet de la première partie du travail de M. Serre, dans lequel il décrit séparément le cerveau pour chaque classe en particulier, en considérant cet organe depuis les embryons devenus accessibles à nos sens jusqu'à l'état parfait, et à l'âge adulte des animaux.

L'analogie de chaque portion de l'encéphale étant déterminée, il a consacré la dernière partie de son ouvrage à l'étude de leurs rapports compa-

ratifs dans les quatre classes des vertébrés : les propositions générales qui suivent sont lexpression de ces rapports.

ÏjSl moelle épinière se foiTie avant le cerveau dans toutes les classes.

Elle consiste d'abord , chez les jeunes embr^'ons , en deux cordons non réunis en arrière, et qui forment une gouttière; bientôt ces deux cordons se touchent et se confondent à leur partie postérieure; Imtérieur de la moelle épinière est alors creux ; il y a un long canal qu'on peut désigner sous le nom de ventricule ou de canal de la moelle épinière: ce canal se remplit quelquefois d un liquide, ce qui constitue Chydropisie de la moelle épinière, maladie assez commune chez les embryons des mammifères.

Ce canal s'oblitère au cinquième mois de lembryon humain, au sixième de l'embryon du veau ' et du cheval , au vingt-cinquième jour de l'embryon du lapin, au trentième jour du chat et du chien ; on le retrouve' sur le têtard de la grenouille et du crapaud accoucheur jusqu'à l'apparition des membres antérieurs et postérieurs.

Cette oblitération a heu dans tous ces embryons par la déposition de couches successives de matière grise, sécrétée par la pie-mère qui sHntroduit dans ce canal.

La moelle épinière est d'un calibre égal dans

toute son étendue chez les jeunes embryons de toutes les classes : elle est sans renflement antérieur ni postérieur , comme celle des reptiles privés des membres (vipères, couleuvres, anguisfragilis) et de la plupart des poissons.

Avec cette absence des renflements de la moelle épinière coïncide , chez tous les embryons , Tabsence des extrémités antérieures et postérieures; les embryons de tous les mammifères, des oiseaux et de rhomme , ressemblent sous ce rapport au têtard de la grenouille, et des batraciens en g[énéral.

Avec l'apparition des membres coïncide, chez tous les embryons, lapparition des renflements antérieurs et postérieurs de la moelle épinière : cet effet est sur-tout remarquable chez le têtard des batraciens à 1 époque de sa métamorphose; les embryons de rhomme, des mammifères, des oiseaux et des reptiles, éprouvent une métamorphose entièrement analogue à celle du têtard.

Les animaux qui n ont qu'une paire de membres u ont qu'un seul renflement tle la moelle épinière; les cétacés sont particulièrement dans ce cas : le renflement varie par sa position selon la place «{u occupe sur le tronc la paire de membres. Le genre bipes a son renflement situé à la partie postérieure de la moelle épinière; le genre bimane Fa au contraire à la partie antérieure.

Dans les monstruosités que présentent si fréquemment les embryons des m.immifères , des oiseaux et de rhomme, il se présente souvent des bipes et des bimanes, qui, comme les cétacés et les reptiles que nous venons de citer, n'ont qu'un seul renflement situé toujours vis-à-vis de la paire de membres qui reste.

La moelle épinière des poissons est légèrement renflée vis-à-vis du point qui correspond à leurs nageoires. Ainsi les jugulaires ont ce renflement derrière la tète, à la région cervicale de la moelle épinière; les pectoraux vers la région moyenne ou dorsale; et les abdominaux vers la partie abdominale de la moelle épinière.

Les irigleSy remarquables parles rayons détacbés de leurs pectorales , le sont aussi par une série de renflements pi-oportionnés , pour le nombre et le volume, au volume et au nombre de ces mêmes rayons auxquels ils correspondent.

I^es poissons électriques ont un renflement considérable correspondant au nerf qui se distribue dans l'appareil électrique (raie^ silure électriques).

La classe des oiseaux offre des différences très remarquables dans la proportion de ses deux renflements.

Les oiseaux qui vivent sur la terre comme nos oiseaux domestiques, et ceux qui grimpent le long

456 AINATOMIË ET PUYSIOLOplE ANIMALES,

des arbres , ont le renflement postérieur beaucoup plus volumineux qi|e lantérieur. L autruche est sur-tout remarquable sous ce rapport.

Les oiseaux qui s*élévent dans les airs , et y planent souvent des journées entières , offrent une disposition inverse; cest le renflement antérieui* qui prédomine sur le postérieur.

M. Gall a avancé que la moelle épinière étoit renflée à lorifjfine de chaque nerf; M. Serre ne croit pas que cette opinion soit confirmée par lexamen de la moelle épinière des vertébrés, à quelque âge de la vie intra ou extra-utérine qu'on la considère.

M. Gall chercboit dans ces renflements supposés lanalogue de la double série de ganglions qui ren^placçnt la moelle épinière dans les £^nimaui^ articulés.

Cette analogie se trouve , comme d autres auteurs lont déjà avancé, non dans la moelle épinière , mais dans les ganglions inter-vertébraux.

Ces ganglions, qui ont peu occupé les anatomistes , sont proportionnés dans toutes les classes au volume des nerfs qui les traversent : ils sont beaucoup plus forts vis-à-vis des nerfs qui se rendent aux membres que dans aucune autre partie.

La moelle épinière est étendue jusqu'à lextrémité du coccix, chez lembryon humain , jusqu'au

JBT ZOOLOGIE. 457

quatrième mois de la vie utérine. A cette époque elle s*éléve jusqu'au niveau du corps de la seconde vertèbre lombaire , où elle se fixe à la naissance.

L'embryon humain a un prolongement caudal signalé par tous les anatomistes , qui persiste jusqu'au quatrième mois de la vie utérine ; à cette époque ce prolongement disparoit, et sa disparition coïncide avec l'ascension de la moelle épinière dans le canal vertébral , et l'absorption d'une partie des -vertèbres coccigiennes.

Si l'ascension de la moelle épinière s'arrête, le fœtus humain vient au monde avec une queue , ainsi qu'on en rapporte un grand nombre de cas : le coccix se compose alors de sept vertèbres.

Il y a donc un rapport entre l'ascension de la moelle épinière dans son canal , et le prolongement caudal du fœtus humain et des mammifères.

Plus la moelle épinière s'élève dans le canal vertébral , plus le prolongement caudal diminue , comme dans le cochon , le sanglier , le lapin ; au contraire plus la moelle épinière se prolonge et descend dans son étui , plus la queue augmente de dimension , comme dans le cheval , le bœuf, l'écureuil.

L'embryon des chauve-souris sans queue ressemble sous ce rapport à celui de l'homme : il a d'abord une queue qu'il perd rapidement, parce-

que chez ces mammifères lascension de la moelle cpinière est très rapide, et qu elle s'élève très haut.

C est sur* tout chez le têtard des batraciens que ce cbangement est remarquable; aussi long-temps que la moelle épinière se prolonge dans le canal coccigien , le têtard conservef sa queue. A l'époque où le têtard va se métamorphoser, la moelle épinière remonte dans son canal , la queue disparoît, et les membres se prononcent de plus en plus.

Si la moelle épinière s'arrête dans cette ascension, le batracien conserve sa queue conune le fœtus humain.

Le fœtus humain, celui des chauve- souris et des autres mammifères^ se métamorphosent donc comme le têtard des batraciens.

Chez les reptiles qui n'ont pas de membres (les vipères, les couleuvres) la moelle épinière ressemble à celle du têtard avant sa métamorphose.

Chez tous les poissons la moelle épinière présente le même caractère ; elle offre souvent à sa terminaison un très petit renflement.

Parmi les mammifères les cétacés ressemblent sous ce rapport aux poissons.

Les embryons humains monstrueux qui n'ont pas les membres inférieurs se rapprochent sous ce rapport des cétacés et des poissons.

L entre-croisement des faisceaux pyramidaux est

visible chez Tembryon humain dès la huitième semaine.

Chez les mammifères Tentre-croisement devient de moins en moins apparent en descendant des quadrumanes aux rongeurs.

Chez les oiseaux on ne remarque qu un ou deux faisceaux tout au plus dont lentre-croisement soit distinct.

Chez les reptiles il n'y a point d'entre-croisement.

Chez les poissons Tentre-croisement n existe pas.

Le volume de la moelle épinière et celui de len- . céphale sont en général en raison inverse Tun de Tautre chez les vertébrés.

Lembryon humain ressemble sous ce rapport aux classes inférieures; plus il est jeune, plus la moelle épinière est forte, plus Tencéphale est petit.

Dans certaines circonstances la moelle épinière et l'encéphale conservent un rapport direct de volume; ainsi plus la moelle épinière est effilée, étroite, plus l'encéphale est étroit et effilé, cequ on^ voit par-tout dans les serpents. La moelle épinière diminuant de longueur et augmentant de volume, le cerveau s'accrott datis des proportions égales; c'est ce qui arrive dans les lézards, les tortues.

Chez les oiseaux, plus le cou est alongé, plus la moelle épinière est étroite, plus le cerveau est effilé.

46o ANATOMIË ET PUTSIOLOGIE ANIMALES,

Qe rapport direct de volume entre la moelle épinièreet le cerveau ne porte pas sur tout lencéphale; il a lieu uniquement avec les tubercules quadrijumeaux.

La moelle épinière et les tubercules quadrijuxneaux sont rigoureusement développés en raison directe Tun de Tautre ; de telle sorte que le volume ou la force de la moelle épinière étant donné dans une classe ou dans les familles de la même classe, on peut déterminer rigoureusement le volume et la force des tubercules quadrijumeaux.

L embryon humain est dans le même cas ; plus il est jeune, plus la moelle épinière est forte, plus les tubercules quadrijumeaux sont développés.

Les tubercules quadrijumeaux sont les premières parties formées dans lencéphale ; leur formation précède toujours celle du cervelet chez Fcmbryon des oiseaux, des reptiles, des mammifères , et de^ rhomme.

Chez les oiseaux les tubercules quadrijumeaux ne sont qu'au nombre de deux, et ils occupent, comme on le sait, la base de lencéphale ; ce qui les a long-temps fait méconnoitre.

Ils ne parviennent à cetiétat qu'après une métamorphose très remarquable. Dans les premiers jours de Imcubation ils sont, comme dans les au> très classes , situés sur la face supérieure de len-

ET ZOOLOGIE. - 46l

céphale,^ formant d abord deux lobules, un de chaque côté ; au dixième jour de Imcubation un sillon transversal divise ce lobule ; et à cette époque il y a véritablement quatre tubercules situés entre le cervelet et les lobes cérébraux.

Au douzième jour commence le mouvement très singulier par lequel ils se portent de la face supérieure vers la face inférieure de l'encéphale.

Pendant ce mouvement le cervelet et les lobes cérébraux, séparés d'abord par ces tubercules, se rapprochent successivement, et finissent par sadosser l'un contre l'autre, comme on l'observe sur tous les oiseaux adultes.

Chez l'es reptiles les tubercules quadrijumeaux ne sont qu'au nombre de deux dans l'état adulte; mais au quinzième jour du têtard de la grenouille ils sont divisés comme ceux de l'oiseau au dixième jour.

Dans cette classe les tubercules ne changent pas de place, ils restent toujours situés à la face supérieure de l'encéphale , entre le cervelet et les lobes cérébraux , et leur forme est toujours ovalaire.

Chez les poissons le volume considérable que prennent les tubercules quadrijumeaux les a fait considérer jusqu'à ce jour comme les hémisphères cérébraux de l'encéphale.

. Ce qui a contribué à accréditer cette erreur c'est

qu^ils sont creusés d'uu large ventricule^ présentant un renflement considérable , analogue pour sa forme et sa structure au corps strié de lencéphale des mammifères.

Ces tubercules sont toujours binaires chez les poissons , et leur forme se rapproche de celle d'un sphéroïde légèrement aplati en dedans.

Chez les mammifères et Thomme les tubercules quadrijumeaux ne sont quau nombre de deux pendant les deux tiers environ de la vie utérine; ils sont alors ovalaires et creux intérieurement comme chez les oiseaux , les reptiles, et les poissons.

Au dernier tiers de la gestation un sillon transversal divise chaque tubercule , et alors seulement ils sont au nombre de quatre.

La diversité que présentent ces tubercules dans les différentes familles des mammifères dépend de ia position qu'occupe ce sillon transversal.

Chez rhomme il occupe ordinairement la partie moyenne; les tubercules antérieurs sont égaux àpeu-près aux postérieurs.

Chez les carnassiers le sillon se porte en avant; ce qui fait prédominer les tubercules postérieurs.

Chez les ruminants et les rongeurs le sillon se porte en arrière , et alors ce sont les tubercules antérieurs qui prédominent sur les postérieurs.

Dans certains encéphales de l'embryon humain

et des mammifères les tubercules restent yumeatu:; ce qui rapproche ces encéphales de celui des poissons et des reptiles.

Observons que primitivement les tubercules quadrijumeaux de Thomme et des mammifères sont creux comme chez les oiseaux , les reptiles , et les poissons. Remarquons aussi que Ibblitération de leur cavité sopère comme loblitération du canal de la moelle épinière; c'est-à-dire par la déposition ^ de couches de matière grise sécrétée par la pie-mère qui s'introduit dans leur intérieur.

Les tubercules quadrijumeaux sont développés dans toutes les classes et les familles de la même classe en raison directe du volume des nerfs optiques et des yeux.

Les poissons ont les tubercules quadrijumeaux les plus volumineux , les nerfs optiques et les yeux les plus prononcés.

Après les poissons viennent en général les reptiles y pour le volume des yeux, des nerfs optiques , et des tubercules quadrijumeaux.

. Les oiseaux sont également remarquables par le développement de leurs yeux; ils le sont aussi par le volume de leurs nerfs optiques et des tubercules quadrijumeaux

Chez les mammifères les yeux, les nerfs optiques, et les tubercules quadrijumeaux vont tou-

jours en décroissant des rongeurs aux runûnants , des ruminants aux carnassiers, aux quadrumanes i et à rhomme qui occupe sous ce rapport le bout de Féchelle animale.

Ck>mmelestuberculesquadrijumeaux servent de base à la détermination des autres parties de l'encéphale, nous avons dâ accumuler toutes les preuves qui sy rapportent.

LfCS poisons ayant les tubercules quadrijumeaux les plus volumineux ont aussi les interpariétaux les plus prononcés.

Après les poissons viennent les reptiles , puis les oiseaux ; enfin, parmi les mammifères, les rongeurs ont les ititerpâriétaux les plus grands ; viennent ensuite les ruminants, les carnassiers, les quadrumanes, et rhomme, sur lequel on ne les rencontre qu accidentellement.

Il pourra paroître singulier que le cervelet ne sie forme qu après les tubercules quadr^umeaux ; mais ce fait ne présente d'exception dans aucune classe.

Pour avoir des notions exactes sur le cervelet des classes supérieures , il faut d'abord les emprunter aux poissons.

Chez les poissons cet organe est formé de deux parties très distinctes :

D'un lobule médian prenant ses racines dans le ventricule des tubercules quadrijumeaux ;

Des feuillets latéraux provenant du corps restiforme.

Ces deux parties sont isolées, disjointes dans toute la classe des poissons, ce qui les a voit fait méconnoître.

La grande différence que présente le cervelet des classes supérieures dépend de la réunion de ces deux éléments, dont Tun conserve le nom de processus vermiculaire supérieur, du cervelet y et provient, vcomme chez les poissons, des tubercules quadrijumeaux {processus cerebelli ad testes); tandis qife l'autre , provenant des corps restiformes , constitue les hémisphères du même organe.

Quoique réunis ces deux éléments conservent une entière indépendance lun de lautre.

Le processus vermiculaire supérieur du cervelet (le lobe médian) et les hémisphères du même organe sont développés dans toutes les classes en raison inverse Tun de lautre.

Dans les familles composant la classe des mammifères le même rapport se remarque rigoureusement : ainsi les rongeurs, les ruminants, les carnassiers, les quadrumanes, et l'homme, ont ce processus et les hémisphères du cervelet développés en raison inverse l'un de l'autre.

Dans toutes les classes, les reptiles exceptés, le lobe médian du cervelet ( processus vermiculaire

RUFPON. GOMPLéM. T. HT. 3o

sapérieur) est développé en raison directe du volume des tubercules quadrijumeaux.

Dans toutes les classes les hémisphères du cervelet sont développés en raison inverse de ces mêmes tuhercules.

Dans les fSeiniilles composant la classe des mammifères ce double rapport est rigoureusement le même : ainsi les rongeurs qui ont les tubercules quadrijumeaux les plus volumineux ont le lobe médian du cervelet le plus prononcé , et les hémisphères du même organe les plus foibles.

L'homme au contraire, qui occupe le haut de Féchclle pour le volume des hémisphères du cervelet, a le plus petit lobe médian et les plus petits tubercules quadrijumeaux.

Le cervelet se développe dans toutes les classes par deux feuillets latéraux non réunis sur la ligne médiane. *

lia moelle épinière est développée dans toutes les classes en raison directe du volume du lobe médian du cervelet.

La moelle épinière est développée dans toutes les classes en raison inverse des hémisphères du même organe.

Ces faits généraux sont sur-tout importants pour apprécier les rapports de la protubérance annulaire.

La protubérance annulaire est développée en raison directe des hémisphères du cervelet.

La protubérance annulaire est développée en raison inverse du lobe médian du même organe (processus vermiculaire supérieur).

La protubérance annulaire est développée en raison inverse des tubercules quadrijunieaux et de la moelle épinière.

La couche optique n existe pas chez les poissons j ce qu'on avoit pris pour elle est un renflement propre aux tubercules quadrijumeaux.

Chez les reptiles, les oiseaux, les mammifères, et rhomme, le vohime de la couche optique est en raison directe du volume des lobes cérébraux.

Dans ces trois classes la couche optique est développée en raison inverse des tubercules quadrijumeaux.

Chez lembryon humain ce rapport est le même ; les tubercules quadrijumeaux décroissent à mesure que la couche optique augmente.Ghez les embryons des autres m&mmifères, chez le fœtus des oiseaux et le têtard de batraciens, ce mouvement inverse s observe également.

Ainsi la couche optique est développée dans les trois classes où elle existe en raison directe des lobes, et en raison inverse des tubercules quadrijumeaux.

lia glande pinéale existe dans les quatre classes des vertébrés.

Eiie a deux ordres de pédoncules , les uns proven an t de la couche optique , les autres des tubercules quadrijumeaux.

Les corps striés n existent pas chez les poissons , les reptiles, et les oiseaux.

Chez les mammifères leur développement est proportionné à celui des hémisphères cérébraux.

Les hémisphères cérébraux sont développés en raison directe du volume de la couche optique et des corps striés.

Chez les poissons ils formenf une simple bulbe arrondie, située au-devant des tubercules quadrijumeaux, et dans laquelle s'épanouissent les pédoncules cérébraux.

Chez les poissons, les reptiles , et les oiseaux , les lobes cérébraux constituent une masse solide, sans ventricule intérieurement.

La cavité ventriculaire des lobes cérébraux distingue inclusivement les mammifères et Thomme.

Un rapport inverse très curieux s'observe à cet égard entre les trois classes inférieures et les mammifères , relativement aux tubercules quadrijumeaux et aux lobes cérébraux.

Dans les trois classes inférieures les tubercules quadrijumeaux sont creux et conservent un ven-

tricule inférieur ; les lobes cérébraux sont solides et sans ventricule.

Dans les mammifères et Thomme au contraire les tubercules quadrijumeaux sont solides, forment une masse compacte, et les lobes cérébraux se creusent d'un large ventricule.

Dans les trois classes inférieures les lobes cérébraux sont sans circonvolutions, ce qui se lie avec leur masse compacte intérieure.

Dans les mammifères au contraire avec la cavité des lobes apparoisseut les circonvolutions cérébrales.

La corne d ammon n existe, ni chez les poissons, ni chez les reptiles, ni chez les oiseaux.

Elle existe chez tous les mammifères; elle est plus développée chez les rongeurs que chez les ruminants ; chez ces derniers que chez les carnassiers, les quadrumanes, et Thomme, où elle est, toutes choses égales d ailleurs , moins prononcée;

M. Serre n a rencontré le petit pied d'hippocampe dans aucune famille des mammifères.

Chez rhomme il manque quelquefois aussi.

La voûte à trois piliers manque chez les poissons et les reptiles.

Elle manque aussi chez la plupart des oiseaux ; mais on en rencontre les premiers vestiges sur quelques uns, tels que les perroquets et les aigles.

La voûte à trois piliers suit chez les mammifères le rapport de développement de la corne d ammon.

Elle est plus forte chez les rongeurs que chez les ruminants; chez ceux-ci que chez les carnassiers, les quadrumanes, et Thomme.

Il ify a aucun vestige du corps calleux dans les trois classes inférieures.

Le corps calleux ainsi que le pont de varole sont des parties caractéristiques de lencéphale des mammifères.

Le corps calleux est développé en raison directe du volume des corps striés et des hémisphères cérébraux ; il augmente progressivement des rongeurs aux quadrumanes et à Thomme.

Le corps calleux est développé en raison directe du développement de la protubérance annulaire.

Les hémisphères cérébraux, considérés dans leur ensemble, sont développés en raison directe des hémisphères du cervelet, et en raison inverse de son processus vermiculaire supérieur.

Les hémisphères cérébraux sont développés en raisop inverse de la moelle épinière et des tubercules quadrijumeaux.

M. Gall a dit que la matière grise se formoit avant la matière blanche; cette opinion n'est pas d accord avec les faits en ce qui concerne la moelle épinière.

M. Cuvier a le premier constaté que dans le genre astérie le système nerveux est composé de matière blanche sans matière grise.

Pendant Fincubation du poulet on observe que les premiers rudiments de la moelle épinière sont également composés de matière blanche ; la matière grise n apparoit que plus tard.

Chez lembryon humain et celui des mammifères on observe constamment aussi que la matière blanche précède la matière grise dans sa formation , toujours en ce qui concerne la moelle épinière.

Mais, dans lencéphale proprement dit, Tordre de lapparition de ces deux substances est inverse.

Ainsi la couche optique et le corps strié ne sont, chez les jeunes embryons, que des renflements composés de matière grise ; la matière blanche ne s'y forme que plus tard.

Sur le fœtus humain , avant la naissance, le corps strié ne mérite pas ce nom , parceque ces stries de matièt^ blanche, qui lui ont valu ce nom , ne sont pas encore formées.

Les stries de matière blanche qu on aperçoit sur le quatrième ventricule de Thomme n appai^issent également que du douzième au quinzième mois après la naissance.

Doù il résulte que, sur la moelle épinière, la matière blanche^se forme avant la matière grise;.

tandis qu'au contraire, dans lencéphale, cest la matière g[rise qui précède la matière blanche.

Tel est le grand ouvrage de M. Serre, en quelque sorte réduit en aphorismes; nous ne doutons pas que cette espèce de table de matières n en donne déjà aux anatomistes une idée aussi avantageuse que celle qu'en a conçue TÂcadémie.

Dans nos analyses de 181 7 et 18 18 nous avons donné le sommaire des expériences ingénieuses et délicates faites par M. Edwards concenant Faction de l'air et de la température sur la vie des grenouilles, et nous avons indiqué les principales vérités physiologiques qui résultent de ces expériences.

Ce savant observateur a étendu ce genre important de recherches, et en a présenté le résumé général dans un mémoire intitulé : De Cinjlnence des agents physiques sur les animaux vertébrés. Il a reconnu que la peau remplit dans les grenouilles des fonctions plus importantes pour la vie que celles des poumons, car en l'enlevant on les fait périr bien plus tôt qu'en extirpant les poumons; et lorsque Ion fait respirer Tanimal par les poumons seulement, en enveloppant sa peau d'huile ou d'un autre liquide, on a peine à soutenir son existence. L'auteur s'est occupé ensuite de la transpiration ; il

a remarqué que, toutes choses égales d'ailleurs, elle va en diminuant dans des intervalles successifs. Le mouvement de lair , sa sécheresse , sa chaleur, laugmentent beaucoup. M. Edwards a con* signé dans des tableaux fort précis ses résultats numériques à cet égard. Il a examiné aussi et représenté par des tableaux la faculté qu ont ces animaux d absorber leau dans laquelle on les plonge , faculté qui va en décroissant jusqu a un certain degré que Ton peut considérer comme celui de la saturation. Entre o et 4û° l'abaissement du thermomètre favorise cette absorption.

On a vu dans nos extraits précédents que la grenouille adulte ne trouve dans Teau une quantité dair suffisante à sa respiration qu autant que la température est au-dessous de lo**, et qu'au-dessus de ce terme l'air atmosphérique lui devient indispensable.

Le têtard de grenouille n est pas dans le même cas, et l'auteur en a conservé un graud nombre jusqu'à 23** de température sans les laisser venir respirer à la surface; mais ce qu'il a observé de plus important sur les têtards c'est qu'en les empêchant de respirer par les poumons , en les réduisant à respirer par les branchies, on peut retarder et même empêcher leur métamorphose.

La température exerce sur la respiration des

poidsoos une action analogue ; plus die est froide , et plus long'temps le poisson peut se passer de venir respirer a la surface. MM. Sylvestre et Bran* gniart , qui ont lait autrefois des expériences sur la nécessité de 1 air élastique pour cette classe danimaux, avoient aussi remarqué les variations qui à cet égard dépendent de la température.

Les poissons mis hors de Teau perdent avant de mourir du douzième au quinzième de leur poids par la transpiration.

Les tortues, les serpents et les lézards, dont la peau est moins perméable que celle des grenouilles, ne peuvent vivre entièrement sous Teau , qudque aérée , quelque froide qu elle soit. Ils perdent aussi beaucoup moins par la transpiration.

Quant aux animaux à sang chaud , M. Edwards a remarqué que les jeunes mammifères et les jeunes oiseaux produisent beaucoup moins de chaleur que les adultes, et que quelques uns d entre eux pendant les premiers jours de la vie ont de la peine , quand ils sont isolés de leur mère, à se soutenir par un temps froid à quelques degrés au-dessus de la température ambiante; ce sont ceux qui naissent avec un canal artériel large et ouvert, et où par conséquent la communication entre les deux circulations demeure plus complète pendant les premiers jours. L auteur est porté à croire que

le$ animaux dans ce cas sont aussi ceux qui naissent les yeux fernîés.

M. Edwards a constaté par de nouvelles expériences le fait que les oiseaux, toutes choses égales d ailleurs, ont une respiration plus étendu^ et produisent plus de chaleur; enfin il a observé que dans les animaux à sang chaud, privés de respiration , rabaissement de la température est favorable à la prolongation de la vie , comme dans les animaux à sang froid.

M. Edwards s'est aussi occupé de constater les variations que les saisons occasionent dans retendue de la respiration des animaux , étendue qu'il mesure daprès la quantité doxygène qu'ils consomment, ou , ce qui revient au mênae, daprès la quantité d air qu'il leur faut pour prolonger leur vie pendant un temps donné, ou bien enfin en preqant le rapport inverse d'après le temps qu'ils peuvent vivre dans une quantité donnée d'air.

Il a trouvé. de cette manière et de plusieurs autres que l'étendue delà respiration, et la consommation de Tox^^gène qui en résulte , sont plus fortes en hiver qu'en été; mais Femploi de l'oxygène consommé n'est pas le même dans les deux saisons. A la vérité M. Edwards trouve qu'il y eu a toujours plus ou moins d'absorbé; mais cette absorption diminue beaucoup en automne et en hiver; çUe

devient même alors très petite , tandis que la production de Tacide carbonique devient au contraire plus grande. L'auteur est arrivé à un résultat non moins singulier par rapport à l'azote: en hiver Fazote paroît être en partie absorbé par les animaux ; il en reste moins dans l'air où s'est faite la respiration; tandis qu'en été ils l'exhalent et en laissent plus qu'ils n'en avoient trouvé. C'est vers la fin d'octobre et le commencement de mai que s'opère, selon M. Edwards , cette singulière conversion de fonctions.

En été la chaleur des animaux est un peu plus considérable qu'en hiver, et cependant la production est moindre à proportion , ce qui se déduit non seulement de ce que leur respiration a moins d'étendue, mais aussi de ce qu'un refroidissement artificiel abaisse davantage la température dans le même temps , toutes les circonstances étant d ailleurs les mêmes.

Ces observations s'appliquent aux animaux à sang froid comme à ceux à sang chaud.

L'absorption est cette faculté si essentielle à la vie , par laquelle les êtres organisés incorporent à leurs humeurs les substances étrangères en leur faisant traverser le tissu de leurs solides. Depuis la découverte des vaisseaux lymphatiques la plupart

des anatomistes ont pensé que ces vaisseaux étoient dans les animaux d*un ordre élevé les organes principaux de cette fonction ; quelques uns même ont cherché à prouver qu'ils en étoient les organes exclusifs, mais dans ces derniers temps on en est revenu à des idées moins restreintes.

M. Magendie en particulier a présenté, il y a quelque temps, à TAcadémie divers mémoires importants dont nous avons rendu compte, où il cherche à prouver que les veines sanguines sont douées de la faculté absorbante; que les vaisseaux lactés n'absorbent peut-être que le chyle , et qu'il n'est pas démontré que les autres vaisseaux lymphatiques soient en aucune façon des vaisseaux absorbants.

M. , Tiédeman , professeur à Heidelberg , et M. Gmelin , viennent de publier des expériences desquelles il résulte clairement que les sels, diverses substances odorantes , etc., passent directement dans le sang par l'absorption des veines intestinales.

Les voies de l'absorption une fois reconnues, il s'agissoit de savoir par quel mécanisme cette fonction s'opère. M. Magendie sest occupé de cette question. Il rejette les radicules , les orifices, les bouches absorbantes, supposées plutôt qu'observées par divers anatomistes; à plus forte raison

repousse-t-il cette sensibilité propre , ce tact éminemment délicat que leur attribue Timagination poétique de certains physiologistes. Ayant observé (|u en gonflant outre mesure left vaisseaux sanguins par Imjection d'une certaine quantité d eau , il retardoit ou afFoiblissoit beaucoup labsorptioii des substances appliquées à ces vaisseaux, et qu'en les remplissant autant qu'il étoit possible il supprimoit entièrement l'absorption , il j ugeaf que des circonstances contraires produiroient des effets opposés; en conséquence il réduisit par des saignées la quantité du liquide contenu dans les vaisseaux, et l'absorption devint aussitôt plus rapide et plus complète. Pour s'assurer que c'étoit au volume du liquide et non à sa nature qu'il fallolt attribuer ces différences , il remplaça dans une troisième série d'expériences la quantité de sang qu'il tira par une quantité égale d'eau , et l'absorption demeura telle qu'elle auroit été si aucun changement ne fût arrivé.

D'après ces expériences M. Magendie regarde l'attraction capillaire des parois des vaisseaux comme la cause la plu§ probable de l'absorption , et ce fait, que les substances solubles dans nos humeurs et capables de mouiller nos vaisseaux sont les seules qui puissent être absorbées , lui paroît un motif de plus d'adopter son opinion ; mais l'attraction capil-

laire n'étant pas une propriété vitale ne doit pas cesser avec la vie; et en effet M. Magenidie assure avoir encore vu labsorption s opérer sur des artères et sur des veines détachées du corps, et dans lesquelles il faisoit circuler artificiellement un liquide.

Cette action doit avoir lieu sur les gros vaisseaux comme sur les petits, sauf ce qui dépend de la multiplication des surfaces dans ces derniers; et encore ici Texpérience a confirmé cette conclusion : des substances vénéneuses appliquées immédiatement et avec les soins convenables soit à de grosses artères, soit à de grosses veines, ont pénétré dans le sang de ces vaisseaux.

Chacun aperçoit toutes les conséquences qui peuvent dériver de ces expériences pour la pratique de la médecine, et les nombreuses et fécondes indications curatives que lui fourniroit ce seul fait que plus les vaisseaux sanguins sont distendus , moins l'absorption est active.

Une des grandes questions de la physiologie est celle de savoir si le cœur est la seule puissance active qui produise la circulation , ou si son action est aidée par celle des artères , et dgns ce dernier cas si toutes les artères sont au nombre des puissances auxiliaires.

M. Sarlandière a soumis à l'Académie un mé-

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moire où il cherche à prouver que la circulation n est sous Finfluence exclusive du cœur que dans les gros troncs ; qu elle diminue avec le calibre des vaisseaux;* mais que dans leurs petits rameaux le sang, dans un état d oscillation perpétuelle, cherche ou attend en quelque sorte une issue , soit pour retourner au cœur, soit pour pénétrer dans les vaisseaux capillaires ; en sorte qu'une fois arrivé à ces petits rameaux il n appartient que fbiblement au torrent général de la circulation , mais qu il se trouve jusqu a un certain point aux ordres du système capillaire, lequel seroit ainsi le véritable régulateur de leconomie animale. Lauteur apporte en preuve d'abord les effets manifestes des piqûres, ensuite les effets plus obscurs des passions et des inflammations.

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