‹ Histoire des progres des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'a 1831Chapitre 4 sur 6 · ANIMALES · texte numérisé non relu

ANIMALES

Les recherches de M. Cuvier sur les animaux fossiles ont ordinairement exigé des discussions préliminaires, sur les espèces admises par les naturalistes, qui ont presque toujours été la source de quelques observations utiles à lavancenient de la zoologie proprement dite. C'est ainsi que dans son mémoire sur lostéologie du lamantin, en considérant l'organisation des mammifères amphibies, il est conduit à séparer des phoques et des morses les dugons, les lamantins, et l'espèce décrite par Steller, qui avoit été confondue avec ces derniers animaux. Ces trois genres forment une famille qui se distingue entr'autres par l'absence totale des extrémités postérieures et par des dents d'herbivores: il réduit à deux les quatre espèces de lamantins établies par Buffon, et donne des caractères exacts à celles qu'il admet dans ces différents genres.

Dans un autre mémoire sur les chats le même auteur donne les caractères ostéologiques de la tête

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des principales espèces de ce genre, et il en fait connoître une qui n avoit point été reconnue par les naturalistes modernes. Cette nouvelle espèce a reçu le nom de léopard , qui étoit devenu synonyme de panthère, faute de pouvoir en faire une application exacte. Elle diffère de cette dernière espèce par une taille moindre et des taches plus nombreuses.

M. Geoffroy avoit depuis long-temps formé sous le nom d'atèles une division particulière des singes dépourvus de pouces aux mains, que jusquV lors on avoit confondus avec les sapajous par la considération de la queue prenante qui est commune à tous ces animaux. Il a ajouté deux espèces nouvelles à celles qu'il avoit déjà fait connoître, et en a donné des figures et des descriptions : Tune, à laquelle il donne le nom d'arachnoïde et qui est Êiuve , avoit seulement été indiquée par Edvvrards çt Brovirn; l'autre, nommée encadrée, est entièrement nouvelle ; elle est noire avec des poils blancs autour de la face.

Le même membre a donné la description de deux oiseaux, l'un mal connu, l'autre tout-à-fait nouveau : celui-ci a des rapports avec le corvus nudus et avec le corvus calvus; mais ils diffèrent assez pour former trois genres distincts que M. Geoffroy établit sous les noms de céphaloplère , qu'il

son vit habituellement , sur la pêche de ces animaux et sur la vessie natatoire. Nous parlerons bientôt en détail de cette dernière partie de son travail.

Les expériences physiologiques sont sans contredit celles qui exigent le plus de loisir , le plus de patience , et où il est le plus difficile d'apporter cette exactitude rigoureuse si importante et si nécessaire dans les sciences. Cependant M. de Humboldt, au milieu d un voyage où les obstacles et les dangers se renouveloient chaque jour, s'est occupé d'expériences délicates sur plusieurs des phénomènes de la vie. Il nous a communiqué les recherr ches qu'il a faites en Amérique sur la respiration du crocodile à museau aigu; elles J'ont (conduit à re-^ connoître « que cet animal, malgré le volume de « ses bronches et la structure de ses cellules pul- « monaires, souffre dans un air qui ne se renou- «< velle pas; que sa respiration a beaucoup de len- « teur : dans l'espace d'une heure et quarante-trois « minutes un jeune individu de trois décimètres « de longueur n'a enlevé, dans l'air ambiant , qu'à- « peu-près vingt centièmes cubes d'oxygène. »

Depuis son retour en France M. de Humboldt, conjointement avec M. Provençal, a fait d'autres recherches sur la respiration des poissons. Les expériences de ces savants, qui sont nombreuses, et

qui ont une exactitude que comportent rarement de tels sujets, les ont conduits à des résultats assez importants.

Les expérieoces deSpallanzani et celles de notre confrère M. Sylvestre avoient démontré que ce n'est pôiDt en décomposant Feau que les poissons respirent, comme quelquesphysicienslavoientcru, mais en enlevant l'oxygène mêlé ou dissous dans ce liquide, ou en venant à la surface de Feau le recueillir immédiatement dans latmosphère. C etoit à ces observations que se bornoient nos connoissances sur cette matière : on n avoit point encore établi la nature et la quantité des gaz qui étoient absorbés par ces animaux dans l'acte de la respiration , ni les résultats de ces phénomènes. Les expériences de MM. de Humboldt et Provençal ont pour but principal ces questions encore indécises. Pour cet effet ils considèrent les poissons dans leur état naturel respirant Feau des rivières; puis ils examinent Faction des branchies sur Feau ambiante imprégnée d'oxygène et d'azote, d'acide carbonique, ou d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène, et ils traitent ensuite des chatigemenls que produisent les poissons sur les différents fluides aérifbrmes dans lesquels on les plonge.

Sept tanches {cyprinus tinca) ont été placées sous une cloche remplie d'eau de rivière , et qui en con-

BUFFOM. COMPLBM. T. 111.

tenoit 4^000 cendmétres cubes; après huit heures ^ demie de respiratiou les poissons ont été retirés de cette eau , et Tahalyse qu'on a faite de l'air qui sY trouvoit encore a montré que dans cet espace de temps les poissons a voient absorbé iJ^Sy^d'oxygène, 57,6 d'azote; et que i32 d'acide carbonique avoitété produit; d'où il résulte, comme Fobservent nos auteurs, «que dans la respiration des M poissons soumis à cette expérience le volume de « Toxygène absorbé excédoit seulement de deux M tiers le volume de l'azote disparu^ et que plus «d'un huitième du premier n'avoit pas été ron- « verti en acide carbonique. »

Les poissons souffrent dans l'eau entièrement purgée d'air; et après une vingtaine de minutes ils tombent au fond du vase sans mouvement. Dans l'oxygène pur ces animaux paroissent respirer avidement et écarter davantage leurs branchies. Dans l'azote et l'hydrogène ils tiennent leurs branchies fermées, semblent craindre le contact de ces gaz, et meurent bientôt après avoir été plongés dans l'eau qui les contient. L'acide carbonique enfin les tue en peu de .minutes; mais les poissons n'absorbent pas seulenient par leurs branchies l'oxygène et Fazote; toute là surlàce de leur corps a la faculté d'agir sur ces gaz et de se les assimiler. Après avoir retiré les poissons de l'eau saturée des gaz délétères

et en avoir £siit 1 analyse, on a trouvé dans ce li* quide quelques portions d'acide carbonique ; mais comme il n'y avoit point eu d oxygène absorbé, il est vraisemblable , comme l'observent MM. de Humboldt et Provençal, que cet acide n'étoit point le résultat de la respiration, mais quHl avbit été ex* halé par la surface du corps. Tels socles points principaux de ce travail, qui contient beaucoup d'autres observations utiles et d'aperçus intéressants sur la physiologie des poissons , que les bornes de cette notice ne nous permettent point de rapporter.

Nous ne pouvons cependant , en parlant de la

respiration , passer sous silence un mémoire que

^M. Provençal a lu à l'Institut, sur la respiration des

mammifères auxquels on a coupé les nerfs de la

huitième paire^ Nous avons déjà parlé des expé^

riences qui ont été faites pour constater l'influence

de ces nerfs sur la respiration ; elles démontrent cette

influence : mais il restoitdes dôtites sur la manière

dont elle s'exerce. M. Provençal a voulu recon-

DOttre si Tanimal auquel on a coupé les nerfs de la

huitième paire absorbe autant d'oxygène, et produit

la même quantité d'acide csÉrbonique avant q u'après

1 opération. De nombreuses expériences faites avec

soin ont démontré que l'animal après la section

4es nerfs absorboit moins d'oxygène, et ptôdoisoit

2fy} 4NAT0MIE ET PHYSIOLOGIE AISIMALES,

moias d'acide carbonique qu avant cette section; mais ces changements ne se produisent que par gradation. D abord la respiration ne paroît point afFoiblie ; bientôt elle s exécute avec moins de force; enfin ces phénomènes cessent tout-à-iait, mais vraisemblablement par la cessation des fonctions mécaniques de la poitrine. Il étoit intéressant de vérifier si la chaleur animale diminueroit dans les mêmes proportions que la respiration; aussi M. Provençal a-t-il fait toutes les expériences nécessaires pour résoudre cette question; et il paroit qu'en effet la température diminue bientôt après que les nerfs ont été coupés, et que la respiration est ralentie.

Les fonctions des organes dont laction vient de nous occuper sont bien connues; mais il existe chez les animaux un certain nombre d autres organes dont les fonctions ne sont point évidentes, et sur

l'usage desquels les opinions des physiologistes sont

encore partagées. De ce nombre est la vessie natatoire des poissons. Cet organe singulier, qui ne se trouve que dans cette classe d'animaux, ne se rencontre cependant pas dans toutes les espèces ; et il montre tant de variétés dans son organisation qu'au premier aperçu on pourroit croire que sa destination chez les unes n'est pas la môme que chez les autres. Généralement cette vessie est remplie d'air

ET ZOOLOGIE. 4 2&ï

et composée de deux membranes. Quelquefois elle communique avec lestomac par un canal ; d'autres fois elle na aucune communication apparente, et dans ce cas elle contient un organe particulier d'une couleur rouge et d'une structure lamelleuse, suivant les observations de M. Duvernoy. Cependant il y a des vessies qui sont pourvues de ces corps rouges, et qui ont un canal; et quelques unes, mais en plus petit nombre, ont des muscles propres. Les opinions des auteurs varient sur le but de cet organe et de ses diffërentes parties : en général on a pensé qu'il servoit à faire changer la pesanteur spécifiquedèspoissons,et que pour cet effet l'animal au moyen de ses muscles comprimoit cet organe et en faisoit varier les dimensions , suivant qu'il avoit besoin de rester en équilibre, de monter ou de descendre dans le milieu où il se trouvoit. Quant à la manière dont l'air y arrive on a cru que c'étoit au moyen du canal dans les vessies qui en sont pourvues, et au moyen des glandes par sécrétion dans celles qui n'ont point de communication audehors. De plus on sait, par les expériences de M. Biot, que cet air est un mélange d'oxygène et d'azote, et que sa nature varie suivant que le poisson vit à des profondeurs différentes ; de sorte que les espèces qu'on retire du fond de la mer contiennent une fort grande proportion d'oxygène, tandis

que celles qui viennent de la sur&ce donnent plus d'azote. M. Delaroche ayant recueilli un très grand nombre de poissons dans la Méditerranée a examiné leur vessie natatoire, et en a décrit plusieurs qui ne Tétoient point encore; il a vérifié les expériences de M. Biot, et a été conduit, sur les usages de la vessie, à-peu-près aux mêmes résultats que les naturalistes qui s en étoient occupés avant luL

Cette vessie a aussi fiaiit le sujet de quelques recherches pour MM. de Humboldt et Provençal. Us ont voulu voir quels étoient les rapports de cet organe avec la respiration. Les résultats principaux de leurs expériences sont que Tair contenu dans la i^essie natatoire ne dépend point de Tair mis en cobtact avec les branchies ; que labsence de cet organe ne nuit point à la respiration, mais qu'Ole paroit nuire à la production du gaz acide carbonique; enfin ils ont vu des tanches auxquelles la vessie natatoire avoit été enlevée nager, s'élever et s enfoncer dans Teau avec autant de facilité que celles qui en étoient pourvues.

Ces travaux ont donné lieu à un rapport très détaillé de M. Cuvier où il fait connoitre toutes les recherches qui ont été entreprises sur la vessie na^ tatoire des poissons, et où il traite de* nouveau les diverses questions qua fait naître ce sujet. Après

une discussion approfondie il arrive aux résultats généraux dont nous avons parlé plus haut , et montre tout ce qui reste encore de douteux sur cette matière.

Il est encore d'autres expériences dont les physiologistes pourroient tirer le plus grand parti ; ce sont celles qui auroient pour but Faction qu exerceroient les substances des divers régnes sur le corps des animaux , lorsqu'on les introduiroit dans la circulation. La médecine à la vérité' oflre beaucoup d^observations de ce genre ; mais elles sont encore peu nombreuses en comparaison de celles qui pourroient être tentées.

MM. Magendie et Delile ont fait part à Flnstitut d expériences faites sur les animaux au moyen de la matière avec laquelle les naturels des îles de Java et de Bornéo empoisonnent leurs flèches. Cette substance est extraite de Xupas tieute, plante voisine des apocins. Les expériences de ces jeunes médecins ont été nombreuses, et la plupart &ites sur des chiens. Soit qu on ait introduit ce poison dans le corps de lanimal par les vaisseaux absorbants , soit qu'on Fait versé dans les plaies ou dans les intestins , les mêmes phénomènes ont eu lieu : les animaux sont morts dans les convulsions générales. Cette substance paroit exciter particulièrement la moelle épinière, et ne pénétrer dans le corps que par la

circulation; elle ne semble agir que très indirectement sur le cerveau , et elle donne ainsi la preuve quil existe entre ces deux parties essentielles du système nerveux une indépendance que lanatômie ne démontroit point.

M. Vauquelin a fait aussi quelques expériences de ce genre: à la suite de son analyse chimique du suc de la belladonne il parle de FefFet de cette substance sur les animaux. Ceux auxquels il en avoit fait avaler tomboient dans une ivresse, dans un délire absolument semblable à celui que produit Topiura.

M. Sage a rapporté, sur le même sujet, d'autres expériences que le basard lui a procurées ou qu'il a recueillies dans les auteurs, et qui confirment l'action de ce suc sur le système nerveux ^ çt particulièrement sur le cerveau.

Un jeune médecin dont nous avons déjà eu occasion de parler dans nos rapports annuels, M. Nysten, a cberché à reconnoître lefFet de différents gaz injectés dans les vaisseaux sanguins des animaux; il a mis en usage la plupart de ceux qui sont connus : lair atmosphérique, le gaz oxygène, les gaz oxydulé. d'azote, acide carbonique, oxyde de carbone, phosphore, hydrogéné, etc., ne sont nullement délétères. Les gaz muriatique, acide nitreux, et ammoniac, semblent agir en irritant très vie-

ET ZOOLOGIB. 265

lemment Toreillette droite et le ventricule pulmonaire. Les gaz hydrogène sulfuré, oxyde d azote, azote, nuisent à la contractilité de ces parties ; d autres enfin changent tellement la nature du sang que la respiration ne peut plus le convertir de veineux en artériel, etc. , etc.

Le phénomène le plus important de la physiologie des animaux, celui doù dépendent en quelque sorte toutes leurs fonctions, c'est la production plus ou moins forte de chaleur qui résulte de leur respiration. La chimie a prouvé dans ces derniers temps que cette chaleur tient à la combinaison de Foxygène de l atmosphère, avec une partie des éléments du sang , ce qui fait de la respiration une véritable combustion; mais un médecin anglois, le docteur Fordyce, avoit découvert que Fhomme et les autres animaux à sang chaud renfermés dans un air plus chaud queux nen prennent pas la température, et qu'ils font pendant long-temps baisser le thermomètre à leur température naturelle. Il sembloit donc que dans ce cas la vie, au lieu de produire de la chaleur, produisoitdu froid, et Ion ne savoit comment accorder ce phénomène avec la théorie générale de la chaleur animale.

Franklin soupçonna qu'il tenoit à ce que la

transpiration , augmentantavec la chaleur, en compense FefTet; car il est reconnu en physique que toute évapora tion produit du refroidissement.

M. Delaroche le fils, docteur en médecine, a voit publié il y a quelques années des expériences faites en comniun avec M. Berger, et où ces deux physiciens avoient déjà observé une augmentation très sensible de chaleur dans les animaux exposés à une haute tempéi^ature, quand on trou voit moyen d arrêter leur transpiration. Il vient de les reprendre avec une exactitude nouvelle dans des atmosphères entretenues constamment à une humidité telle qu'il ne peut s y faire de transpiration ni par la peau ni par le poumon ; et il a constaté que les animaux non seulement s'y échauffent à un certain point, mais y prennent même toujours une température supérieure à celle du milieu , parceque la chaleur produite par leur respiration s'ajoute à celle quils reçoivent de Fatmosphère qui les entoure. Il a donc à-la-fois réfuté une propriété chimérique attribuée à la force vitale, et prouvé que nilnsion venoit uniquement de la cause soupçonnée par Franklin.

Nous avons rendu compte il y a deux ans d'expériences faites par M. Dupuytren,. inspecteur-général de rUniversité, lesquelles tendoient à prouver qu'il ne suffisoit pas à lexercice de la respiration

que lair pénétrât dans le poumon par le jeu mécanique de la poitrine, ni que le sang y circulât librement par rimpulsiondu cœur, mais que le concours des nerfs. propres de lorgane pulmonaire y étoit encore nécessaire. Ces expériences consistoient à couper des nerfs de la huitième paire qui vont, comme Ton sait, au larynx, aux poumons, au cœur, et à lestomac ; aussitôt la section foite lanimal commençoit à dépérir, et le sang cessoit de prendre le caractère artériel à son passage par le poumon , quoique les fonctions accessoires dont nous venons de parler ne fussent pas dans un degré proportionné à un pareil effet.

Quelques physiologistes ont repris le même sujet, et ont attaqué les résultats de M. Dupuytren. D une part M. Blainville a observé comme Haller et d autres, à la suite de la section de la 'huitième paire, des dérangements dans les fonctions de Testomac qui lui ont paru contribuer à la mort des animaux, au moins autant que ceutx des fonctions pulmonaires. Il a même jugé d après sesexpériences qu'il a y avoit point d'interruption dans la conversion du sang veineux ou artériel. De lautre côté M. Dumas, correspondant de Tlnstitut, et professeur à Montpellier, ayant fait pénétrer de Fair dans le poumon des animaux qui avoient sul>i cette opération , a vu leur respiration reprendre son action

. sur le sang ; d où il a conclu que la section des nerfs altère d^abord les fonctions préliminaires ou occasionelles de la respiration , et seulement d'une ma* nière médiate la respiration même. Mais le fait même de laltération de la respiration étant mis en question par M. Blainville, M. Provençal , nouvellement nommé correspondant, s'est occupé de le constater , et ses expériences lui ont paru prouver qu*il y a réellement asphyxie , et que le sang reste noir. Cependant la discussion élevée entre M. Dupuytren et M. Dumas subsistoit toujours; et dans le cas où lopinion de M. Dumas se trouveroit juste, il resteroit encore à déterminer quelle est celle des fonctions préliminaires qui est altérée.

M. Legallois, docteur en médecine, qui a fait des expériences très intéressantes sur les effets plus ou moinsT prompts de lasphyxie dans les animaux de différents âges, et remarqué que les plus jeunes en périssent plus tard, a observé que la section de la huitième paire n amène pas la mort, suivant cette loi ; qu'au contraire les très jeunes animaux sont saisis d'une suffocation qui les tue en peu de temps. L'examen de cadavres lui a bientôt prouvé que dans ce cas la mort résulte d'un rétrécissement subit du larynx; et que si, dans ces premiers moments , Ton perce la trachée la respiration reprend son activité. Ce rétrécissement ne produit cet effet

que dans les jeunes animaux, parceque leur larynx est comme on sait proportionnellement plus étroit que dans les adultes.

M. L^allois ayant ensuite examiné les poumons de beaucoupd animaux d'âge plus avancé, auxquels la huitième paire avoit été coupée , les a trouvés gorgés de sang au point que quelquefois ils s enfonçoient dans Teau , et leurs vésicules remplies d'un épanchement séreux qui finit par obstruer les bronches : cest, selon M. Legallois, cet épanchement qui arrête laccès de Fair et qui produit la mort.

U est donc vrai, d'après ce médecin , que les animaux meurent d'asphyxie, et que cette asphyxie provient du défaut d'air; mais il resteroit vrai en même temps que les altérations primitives, dont Teffet subséquent est d empêcher larrivée de Pair, ontlieu dans le tissu intime de l'organe pulmonaire, et dans le jeu propre de ses vaisseaux.

M. Nysten, docteur en médecine, a présenté des expériences curieuses concernant les effets que produisent sur l'économie animale les différentes espèces d'air quand on les introduit dans les vaisseaux sanguins et dans les cavités séreuses du corps. Il a reconnu que les gaz, qui ne sont pas nuisibles par eux-mêmes, agissent mécaniquement, et que, lorsqu'ils sont injectés dans les veines en assez grande quantité pour gonfler le cœui* au point

d'interrompre la circulation , ils tuent 1 animal seulement à cause de cette interruption. Si la quantité en est assez petite pour que la contraction du cœur puisse en vaincre la résistance là mort n arrive pas , il y a seulement de la douleur et du malaise; si le gaz est d'une nature soluUe son effet est encore moins marqué; mais les gaz nuisibles, telsque le muriatique oxygéné, l'hydrogène sulfuré, etc.^ agissent en irritant, en occasionaht des douleurs vives ; et quand on les injecte dans la plèvre ou dans le péritoine ils y produisent dés inflammations violentes.

Cependant les gaz qui ne pi'oduisent d'abord qu'un efïet mécanique peuvent, quand ils sont une fois dissous dans le sang, avoir une influence plus ou moins dangereuse sur l'économie. L'oxygène pur donne une aflection catarrhale, mais n affoiblit point ; tous les autres affoiblissent plus ou moins, et diminuent l'appétit et le sommeil. L'air atmosphérique ^ l'hydrogène , Thydrogèné phosphore, augmentent la sécrétion muqueuse du poumon, etc.

Ce qui est remarquable c'est que les efiPets délétères des gaz injectés ne sont pas proportionnels à ceux des mêmes gaz inspirés ; cependant on soutient la vie des animaux à qui on fait respirer des gaz délétères en leur injectant de l'oxygène.

I^ anatomie des animaux des classes inférieures ^ communément appelés à sang blanc, et que M. de La Marck désigne sous la dénomination d'animaux sans ver^ièbres, a fait de grands progrès depuis une vingtaine d'années, et a servi de base aux classifications nouvelles que les naturalistes ont adoptées pour cette partie du régne animal. Il restoit cependant encore des doutes à legard de quelques familles, dans le nombre desquelles étoit celle qui comprend les araignées et les scorpions. L'on n a voit pas d'idées justes de leurs organes de circulation et de respiration ; et en conséquence on hésitoit sur la place qu'il falloit leur assigner.

M. Guvier s'est occupé de cette recherche, et a feît, entre autres travaux nécessaires à son succès , une anatomie complète du scorpion. On observe dans cet animal un vaisseau musculeux qui régne le long de son dos , et qui éprouve des mouvements très sensibles de systole et de diastole ; il tient lieu de cœur; sous le ventre sont huit ouvertures ou stigmates qui donnent dans autant de bourses blanches placées à l'intérieur, et que l'on doit considérer com;ne autant de poumons. Chacune de ces bourses renferme un organe composé d'un grand nombre de petites lames très déliées, entre lesquels il est probable que l'air se filtre. Deux vaisseaux partent du grand vaisseau dt^rsal pour se

rendre à chaque bourse et se ramifier sur sa membrane. L'auteur les regarde l'un comme une artère, Fautre comme une veine , et suppose que ce sont les vaisseaux pulmonaires. D'autres vaisseaux partent du même tronc dorsal pour se rendre à toutes les parties. Le canal intestinal des scorpions est droit et grêle; leur foie se compose de quatre paires de grappes glanduleuses qui versent leur liqueur dans quatre points difFérents de Tintestin. Le mâle a deux verges , la femelles deux vulves ; ces dernières donnent dans une matrice composée de plusieurs canaux qui communiquent les uns avec les autres, et que l'on trouve au temps du part remplis de petits vivants : les testicules sout aussi formés de quelques canaux anastomosés ensemble.

M. Cuvier a trouvé dans les araignées des organes de circulation et de respiration semblables; seulement on n'y compte que deux paires de bourses pulmonaires ; mais dans les phalangiums ou faucheurs il y a de véritables trachées, comme M. Latreille l'avoit déjà fait connottre.

Le même membre a donné un mémoire sur l'anatomie de certains mollusques, appelés acères ou sans cornes, parcequils n'ont point de filaments charnus qui servent aux genres voisins d'organes principaux du toucher. Leurs coquilles sont rangées par les naturalistes dans le genre bulla; quelques

espèces les ont si minces, et tellement cachées sous la peau, qu'on ne peut y découvrir ces coquilles qu'en les disséquant. Ce que leur anatomie offre de plus remarquable c'est que leur estomac est armé de plaques pierreuses quelona prisesquelquefoispour de véritables coquilles.

M. Pérou , correspondant, que les sciences viennent de perdre au moment où il alloil commencer la publication des immenses richesses qu'il a voit recueillies avec son ami M. Lesueur dans le dernier voyage aux terres Australes, a présenté cette année un mémoire sur dautres mollusques qui appartiennent à la famille appelée Ptéropodes par M. Guvier, parceque les animaux qui la composent n ont d'autres organes du mouvement que des espèces d'ailes ou de nageoires. M. Pérou en fait connoître entre autres un genre nouveau qu'il nomme cymbulie, très remarquable par une espèce de nacelle cartilagineuse, dans laquelle il navigue, et qui ressemble presque à celle du genre de sèche plus anciennement connue, sous le nom d'argonaute. Il paroit toutefois que quelques uns des genres placés par M. Pérou dans cet ordre des Ptéropodes n'appartiennent pas véritablement à cette famille. Tels sont sur-tout les car inaires , les ptérotrachées y et les glaucusy qui appartiennent tous à Tordre des gastéropodes ou limaçons.

BUFFON. COMPLKM. T. III. 1 8

M. Bosc a fait connottre un genre nouveau de vers intestinaux qu'il nomme tétragute, et dont il a découvert une espèce dans le poumon d'un cochond'Inde. Un corps aplati, plus gros en avant, des aniteaux nombreux garnis au-dessous de courtes épines , la bouche à l'extrémité antérieure accompagnée de chaque côté de deux gros crochets mobiles , lanus à l'extrémité opposée , caractérisent ce genre.

Le public a entendu parler d'un très grand poisson, du genre des chiens-de-mer, qui a été apporté dans le courant du mois dernier. M. Blainville vient de présenter à Tlnstitut diverses observations sur son anatomie. La petitesse de ses dents, son gosier étroit, les filaments charnus qui le garnissent, ne lui permettent guère, malgré son énorme taille, de vivre de grands animaux. La vésicule du fiel est fort éloignée de son foie, et rapprochée de l'intestin comme celle de leléphant, etc.

M. GeofProy-Saint-Hilaire , membre de l'Institut et professeur de zoologie au Muséum d'histoire naturelle, continue le grand travail qu'il a entrepris sur les quadrupèdes , et a lu cette année des recherches fort curieuses sur plusieurs tribus de la famille des chauve-souris. Après avoir feit sentir de quelle importance doivent être dans l'économie de ces animaux ces expansions cutanées qui forment leurs

ET ZOOLOGIE. 2'jS

ailes, leurs oreilles, et les crêtes dont leur museau est orné, il tire parti des diverses formes de ces expansions pour diviser la famille des chauve-souris en plusieurs genres. M. Geoffroy avoit déjà il y a quelques années, conjointement avec M. Cuvier, établi sous le nom de phyllostome un genre composé des espèces qui portent une feuille sur le nez. Il montre maintenant que ce genre doit être subdivisé en deux; les vrais phyllostomes, tous du nouveau continent, ont une langue et des lèvres disposées pour sucer; aussi est-ce à ce genre qu'appartiennent les chauve-souris nommées vampires, qui sucent le sang des animaux endormis , et auxquelles l'exagération ordinaire des voyageurs avoit attribué la Êiculté de faire périr ainsi les hommes et les grands quadrupèdes. L'autre genre, que M. Geoffroy nomme mégaderme , ne se trouve que dans l'ancien continent; sa langue n'est point organisée pour la succion; ses oreilles sont si larges qu'elles s'unissent l'une à l'autre sur le sommet de la tète, et son os intermaxillaire demeure cartilagineux. Il forme un chaînon marqué entre le genre des phyllostomes et celui des rhinolophes nommés communément chauve-souris fer-à-cheval, à cause de la figure des membranes placées sur leur nez.

'I-jG ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

AKNÉE 1811.

Dans notre histoire de laonée dernière , à Foccasion des recherches sur Faction des nerfs de la huitième paire dans la respiration y nous avons dit un mot des expériences importantes par lesquelles M. Legallois, médecin de Paris, a prouvé que les très jeunes animaux peuvent vivre sans respirer pendant un temps d'autant plus long qu ils sont plus rapprochés du terme de leur naissance.

M. Legallois ayant fait subir dautres lésions à ces animaux très jeunes est arrivé à des résultats encore plus singuliers , qui ont fini par le conduire à résoudre une question débattue depuis près de deux siècles entre les anatomistes; celle de la part qu'ont les nerfs dans les mouvements du cœur.

Ayant décapité quelques uns de ces animaux il observa que leur tête continue à donner des signes de vie, précisément pendant le même temps pour chaque âge où les animaux de cet âge peuvent se passer de respirer; d'où il conclut que ces têtes ne meurent que par défaut de respiration.

On sait d'ailleurs , par les expériences de Fontana , qu'il est possible de prolonger la vie dans le tronc décollé, en insufflant de l'air dans les poumons. Le principe immédiat de la vie du tronc est donc dans le tronc même.

On sait d'autre part que la vie de chaque partie exige sa commuDication immédiate avec la moelle épinière par le moyen des nerfs, et une circulation libre du sang dans la portion de moelle qui fournit les nerfs à cette partie.

Cela posé, on devoit croire que la simple destruction d'une portion de moelle épinière ne devoit affecter que les parties auxquelles cette moelle donne des nerfs ; mais il en arriva autrement dans les expériences de M. Legallois. Tja destruction d'ui}e portion de moelle tuoit promptement le corps entier, et faisoit par conséquent plus d'effet que la décollation même.

M. Legallois , en examinant attentivement toutes les circonstances de ce phénomène, s'aperçut que cette lésion affoiblissoit et arrêtoit bientôt la circulation , que les artères se vidoient , etc. Il en conclut qu'elle tuoit médiatement, et en affoiblissant les mouvements du cœur.

Il vérifia sa conjecture par des expériences dont le succès peut paroître encore plus singulier que le premier phénomène. En diminuant par la ligature des artères , ou même par l'amputation , le nombre des parties auxquelles le cœur doit fournir du sang , on rend les forces qui lui restent suffisantes , parcequon lui laisse moins d'efforts à foire, et la lésion de la moelle est moins promptement mortelle;

ainsi un animal dont on a coupé la tête périra ensuite moins promptement par la lésion de la moelle que si on lui avoit laissé sa tête; et, comme une lésion partielle de la moelle diminue beaucoup, au bout de quelque temps, la circulation dans les parties auxquelles la portion de moelle détruite donne des nerfs, la destruction d'une portion de moelle donne la âicilité d en détruire après quelque temps une autre portion sans causer si promptement la mort. Ainsi , quand on a coupé la tête d'un animal, il est plus aisé de détruire sa moelle cervicale sans tuer te reste de son tronc ; et quand on a détruit sa moelle cervicale , il est plus aisé de faire cette opération sur sa moelle dorsale ; en sorte que Ton pourroit faire vivre successivement cbacune des tranches de son corps sans les autres si Ton pouvoit y transporter le cœur et les poumons , et que la poitrine, qui contient ces organes, peut conserver longtemps sa vie sans le concours d'aucune des autres parties.

Le résultat général et direct de cette belle suite d'expériences c'est que le mouvement du cœur dépend de toute la moelle épinière, qui exerce son influence sur lui par l'intermédiaire du grand sympathique; et de cette manière on explique comment le cœur est affecté par les passions sans dépendre immédiatement du cerveau , et l'on achève de sou-

ET ZOOLOGIE. 27g

mettre à lerapire des nerfs le seul des organes musculaires où Faction nerveuse fût restée sujette à quelques objections ; enfin , comme la suppression du cerveau n affecte point les mouvements du cœur, tandis que celle de la moelle les détruit, l'opinion avancée depuis quelques années par de grands physiologistes , que le cerveau n'est pas la source unique de l'action nerveuse, mais que chaque partie du système nerveux exerce aussi une part dans cette action, se trouve pleinement confirmée.

Llnstitut a témoigné à M. Legallois une satis- &ction toute particulière sur cet important travail.

M. Tenon , qui s'occupe , malgré son âge avancé, avec une constance digne d'admiration, de son bel ouvrage sur les dents, nous a encore communiqué diverses observations sur la structure des organes qu'il appelle porte -embryon et porte -follicules; mais comme il se propose d'en faire bientôt jouir le public avec le reste de son travail, il a jugé inutile que nous en donnassions ici une analyse détaillée.

M. le comte de Cessac , ministre de ladministration de la guerre, et membre de la classe de la langue et de la littérature françoises, ayant consulté la classe des sciences sur les moyens d'arrêter les ravages que font certains vers dans les magasins de draps et d'autres lainages, MM. de La Marck,

28o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE A1SIM:ALES,

Yauquelin, Richard, et Bosc, ont fait un rapport étendu sur cet objet important.

Ces vers sont les chenilles de six ou sept espèces de petits papillons de nuit, qui non seulement dévorent les poils des animaux , mais qui s'en font encore de petits tuyaux pour s en servir à-la-fois comme de demeure et comme de vêtement ; beaucoup d agents chimiques détruisent ces petites chenilles ; mais la plupart, s'ils étoient employés imprudemment, feroient plus de mal qu'elles , en altérant les étoffes. Cependant on peut toujours recourir à la chaleur, et dans tous les cas il est avantageux de prévenir la multiplication des chenilles en détruisant les papillons et en prenant tous les moyens de leur interdire l'entrée des magasins. Les bornes de ce rapport ne nous permettent pas d entrer dans le détail des pratiques conseillées parles commissaires pour remplir ces différents buts.

Il y a long-temps que les physiciens s'occupent de la phosphorescence des eaux de la mer et de ses diverses causes. Feu M. Pérou, correspondant, avoit donné quelques mois avant sa mort un travail fort complet sur ce curieux phénomène , où il indiquoit un très grand nombre d'animaux qui y contribuent et qui diffèrent souvent entre eux , suivant les plages où le phénomène se manifeste.

M. Suriray, médecin au Havre , excité par M. Pé-

ron, a examiné les animaux lumineux du port qu'il habite, et en a décrit un , globuleux , grand comme la tête d une épingle , et tellement abondant qu'il forme quelquefois une croûte épaisse à la surface de Teau ; c'est probablement une espèce voisine des béroés. Outre sa phosphorescence spontanée, il luit encore quand on l'irrite, et même quand on l'écrase. M. Lamouroux, professeur à Caen, a examiné avec soin de très petits poissons connus en Normandie sous le nom de montée, parcequ'ils remontent en prodigieuse abondance dans les rivières d'Orne , de Touque, et de Dive. On les prend communément pour le frai de l'anguille. M. Lamouroux a trouvé qu'ils ressemblent davantage au congre, sans en avoir cependant tous les caractères; il se pourroit que ce fût le frai d'une espèce particulière, car d'autres renseignements paroissent annoncer qu'il existe à l'embouchure de nos fleuves plusieurs espèces d'anguilles encore mal déterminées par les naturalistes.

M. le chevalier GeofFroy-Saint-Hilaire, qui s'est occupé à plusieurs reprises de la nombreuse famille des chauve-souris, et en a fait connoître tant d'espèces intéressantes, se propose d'en. donner un tableau général. Il a préludé à ce travail par une

282 ânatomie et physiologie animales,

dissertation sur le rang que ces animaux singuliers doivent occuper parmi les mammifères. Longtemps on les a regardés comme intermédiaires entre les quadrupèdes et les oiseaux; ce qui est au moins aussi réel cest quelles tiennent une sorte de milieu entre les quadrumanes et les carnassiers. En effet, dans cette multitude d arrangements proposés par les naturalistes, il en est, comme celui de Linnœus dans ses dernières éditions , et celui de Brisson , où les chauve-souris sont plus particulièrement rapprochées des quadrumanes ; d autres , comme celui de Linnaeus dans ses premières éditions, et celui de Klein, où on les laisse avec les petits carnassiers ou carnassiers insectivores, comme la taupe et le hérisson. Quelques uns, comme MM. Storr et Cuvier, les mettent en tête des carnassiers, avant ces mêmes insectivores dont nous venons de parler , et immédiatement après les quadrumanes , avec cette différence cependant que M. Cuvier les distingue plus spécialement et comme une subdivision. D'autres encore, comme Rai et MM. Blumenbach , de Lacépéde et Illiger, en font un ordre à part; et cet ordre est placé par Rai et par M. de Lacépéde en quelque sorte hors de rang; par M. Blumenbach , entre les quadrumanes et les autres onguiculés , à la tête desquels ce naturaliste place les rongeurs; enfin par M. Illiger,

après les cdentés et avant les carnassiers en tête desquels viennent, comme dans la disposition de M. Cuvier, les carnassiers insectivores.

On conçoit aisément que toutes les combinaisons ont dû dépendre des organes auxquels chaque naturaliste a donné le plus d attention. Ceux qui ont eu plus d'égard au squelette, aux intestins, à l'organisation des pieds , à la forme des ongles, aux dents mâchelières, ont rapproché les chauve-sou > ris des carnassiers (et il paroit que c est maintenant lopinion la plus suivie); ceux qui s en sont tenus aux dents incisives, à la position des mamelles, à la verge pendante , les ont rapprochées des quadrumanes.

M. Geoffroy, dans l'ouvrage dont nous parlons, insiste davantage sur ces derniers rapports, auxquels il juge que l'on n'a pas eu assez d'égard ; mais il fait voir sur-tout que le singulier prolongement des extrémités antérieures, la tendance générale de la peau à prendre des développements excessifs , et les propriétés particulières qui en résultent pour les chauve-souris, soit par rapport à leurs sensations, soit ))ar rapport à leurs mouvements, exigent que Ton fesse de ces mammifères un ordre à part, en même temps que leurs diverses ressemblances avec les quadrumanes et avec les carnassiers veulent qu'on les place entre ces deux-là.

Nous devons attendre avec intérêt la subdivision de cet ordre, ainsi que Thistoire détaillée des espèces que M. Geoffroy nous promet.

M. de La Mark , chargé d enseigner au Muséum d'histoire naturelle tout ce qui concerne les animaux sanjs vertèbres, a publié, il y a quelques années , l'ouvrage qui sert de base à ses cours , où il expose selon la méthode qui lui est propre les classes, les ordres et les genres de ces innombrables animaux; mais comme les voyageurs ont découvert depuis beaucoup d'espèces et de genres, comme les anatomistes en ont mieux développé la structure , comme enfin les méditations de M. de La Mark lui ont fait apercevoir entre eux plusieurs nouveaux rapports, il vient de publier un tableau abrégé de son cours, d'après sa méthode perfectionnée, où il se contente d'indiquer les caractères des divisions supérieures, et ne donne que la simple énumération nominative des genres.

Il suit dans leur arrangement l'ordre des degrés de complication, commençant par les animaux les plus simples. Supposant que ceux qui n'ont pas de nerfe apparents ne se meuvent qu'en vertu de leur irritabilité, il les nomme animaux apathiques, donne le nom d'animaux sensibles aux autres invertébrés, et réserve celui d'animaux intelligents pour les vertébrés. A ses anciennes class<is bien connues main-

tenant des naturalistes , il ajoute celle des cirrhipédes, qui comprend les glands-de-meret leurs analogues, et qu'il place entre ses annéiides et ses mollusques; celle des vers épizoaires ou intestinaux qu'il met parmi ses animaux apathiques , et les infw soires ou animaux microscopiques sans bouche ni intestins apparents. Il laisse les échinodermes dans ses radiaires et parmi les apathiques , à un degré de simplicité plus grand que celui où il place les vers intestinaux.

Nous regrettons que l'espace ne nous permette point de faire connoître les autres changements introduits par M. de La Mark dans ses ordres, ni les nombreuses additions qu'il a faites à la liste des genres ; mais les naturalistes ne manqueront pas de les chercher dans l'ouvrage même.

Malgré le succès des recherches anatomiques faites sur les animaux sans vertèbres, depuis un certain nombre d'années, il restoit toujours une de leurs familles dont les organes fondamentaux n'étoient pas encore bien connus.; c'est celle que Ton nomme échinodermes, qui comprend les étoilesrfe-mer et les genres analogues. L'Institut ayant proposé un prix pour le perfectionnement de cette partie de l'anatomie comparée , il vient d'être remporté par M. Tiedeman , professeur à l'université de Landshut. Le mémoire de cet habile anatomiste

fait connoître pour la première fois, avec une exactitude rare, beaucoup de particularités dbrg[anisation propres à ces singuliers animaux. One espèce de. circulation se laisse aisément observer entre leurs organes de la digestion et ceux de la respiration , sans offrir cependant un' double cercle complet; d'ailleurs on n a pu en suivre les branches dans les organes extérieurs, ni dans ceux du mouvement ; ilparoît même, selon M. Tiedeman, quun système vasculaire tout différent se distribue aux nombreux pédoncules qui , dans ces animaux, servent d^instruments à la locomotion.

Les organes de la respiration diffèrent beaucoup selon les genres; dans les holothuries, ils représentent des arbres creux dont les branches se remplissent ou se vident de Teau extérieure, et s entrelacent avec un réseau vasculaire. Dans les étoiles et les oursins Feau pénétre immédiatement dans la cavité du corps, et y baigne toutes les parties.

Ce bel ouvrage , accompagné de dessins d'un fini précieux, exécuté par M. Mûnz, docteur en médecine, a paru à l'Institut mériter le prix par la quantité de faits nouveaux et bien observés qu'il présente, et par les progrès qu'il feit faire à la connoissance intime deséchinodermes, quoiqu'il n'ait pas résolu dune manière entièrement complète le problème proposé sur leur circulation.

Une famille beaucoup plus simple dans son organisation que les échinodermes, mais beaucoup plus nombreuse en espèces, celle des coraux et des autres animaux composés à base solide, a été particulièrement étudiée par M. Lamouroux, sous le rapport de ses espèces aussi bien que de sa distribution méthodique. Ce naturaliste a feit une grande collection de ceux dont la base n'est point pierreuse, et qui présentent des formes si agréables et souvent si régulières ; et comparant avec beaucoup de soin la forme , la position mutuelle des cellules d où sortent les polypes, et toutes les autres différences apparentes de ces polypiers , il propose d ajouter vingt-huit nouveaux genres.

C'est encore là un ouvrage important pour le perfectionnement du système des animaux, mais qui par sa nature ne se prête point à une analyse abi'égée. On ne peut qu'en désirer la plus prompte publication.

M. Cuvier, se proposant de commencer bientôt l'impression de la grande anatomie comparée dont il s occupe depuis tant d'années, a présenté à l'Institut le tableau des divisions d'après lesquelles le régne animal doit être distribué dans cet ouvrage. Depuis long-temps les naturalistes étoient frappés des grandes différences qui séparent les animaux invertébrés les uns des autres, tandis que les ani-

maux vertébrés se ressemblent à tant d égards. Il résultoit de là une grande difficulté dans la rédaction des propositions de Fanatomie comparée, qui se laissoient aisément généraliser pour les animaux vertébrés , mais non pas pour les autres ; mais cette difficulté même a donné son remède. De la manière dont les propositions relatives à chaque organe se groupoient toujours, M. Cuvier a conclu qu'il existe parmi les animaux quatre formes principales, dont la première est celle que nous connoissons sous le nom d animaux vertébrés , et dont les trois autres sont à -peu -près comparables à celle-là par Funiformité de leurs plans respectifs. L auteur les nomme animaux mollusques , animaux articulés, et animaux rayonnes ou zoophytes , et subdivise chacune de ces formes, ou de ces embranchements, en quatre classes, d après des motifs à-peu-près équivalents à ceux sur lesquels reposent les quatre classes généralement adoptées parmi les vertébrés. Il a tiré de cette disposition , en quelque sorte symétrique, une grande facilité à réduire sous des régies générales les diversités de Torganisation.

La comparaison que le même membre a faite de Fostéologie dans les animaux vertébrés lui a donné, sur la structure osseuse des tètes dans cet embranchement , des idées qu'il a également présentées à rinstitut.

On s^étoit aperçu depuis un certain temps que les vertébrés ovipares , c'est-à-dire les oiseaux , les reptiles et les poissons , avoient entre eux plusieurs rapports communs d or(][anisation , qui les différencioient des vertébrés vivipares ou mammifères; M* GeofFroy-Saint-Hilaire avoit même présenté il y a quelques années un grand et beau travail dont nous avons rendu compte en son temps , où il avoit fait voir entre autres choses l'identité de structure des têtes des ovipares entre elles , et les rapports des pièces nombreuses qui entrent dans leur composition, avec celles que Ton distingue dans les foetus des mammifères, où, comme on sait, les os sont beaucoup plus subdivisés que dans les adultes.

M. Cuvier, adoptant les vues de M. Geoffroy, a cherché à déterminer d'une manière constante à quel os de la tête des mammifères répond chaque groupe dos de la tête des différents ovipares; et il croit y être parvenu enjoignant à l'analogie du fœtus des premiers la considération de la position et de la fonction des os ; c'est-à-dire en examinan t quels organes ils garantissent; à quels nerfs et à quels vaisseaux ils donnent passage, et à quels muscles ils fournissent des attaches.

M. Jacobson, chirurgien-major dans les armées du roi de Danemarck, a fait connoitrc à l'Institut

BDFFON. COMPLÉM. T. III. I^

un organe qu'il a découvert dans les narines des quadrupèdes, et dont aucun anatomiste ne paroit avoir eu connoissance. Il consiste en un sac étroit, couché le long de la cloison des narines, garanti par une production cartilagineuse , revêtu intérieurement d^une membrane muqueuse, doublée en partie par un tissu glanduleux , recevant des nerfs très remarquables qui sont des divisions fort distinctes de la première paire, et s ouvrant le plus souvent dans le palais , derrière les dents incisives, par un canal qui traverse le trou nommé incisif par les anatomistes. Cet organe n'existe pas dans rhomme , et est plus développé dans la plupart des herbivores que dans les carnivores. On doit supposer qu'il est relatif à quelqu'une des facultés que la nature a accordée aux quadrupèdes, et refusée à notre espèce, comme celle de rejeter les substances vénéneuses, ou de distinguer le sexe et l'état de chaleur, etc.

Ij'histoire particulière des animaux s'est enrichie d'ouvrages importants et d'observations intéressantes.

M. de Humboldt a publié le premier volume de ses Observations sur les animaux de CJmérique, où il a fait entrer, non seulement ses différentes recherches sur le condor, sur l'anguille électrique, sur les crocodiles, et beaucoup d'autres objets dont

nous avons parlé dans nos précédentes analyses, mais où il a encore donné plusieurs nouveaux mémoires, notamment un sur les singes du Nouveau- Monde , dont BufFon et Gmelin n avoient fait connoitre que onze ou douze espèces , et que M. de Humboldt, en réunissant ses observations à celles de MM. d'Azara et GeofFroy-Saint-Hilaire , porte à quarante-six.

Il a lu récemment à Tlnstitut un autre mémoire destiné pour son deuxième volume, et où il décrit deux nouvelles espèces de serpents à sonnettes, qu'il a découvertes à la Guiane.

Les tempêtes qui ont agité TOcéan l'hiver dernier ont fait échouer divers grands cétacés sur plusieurs points de nos côtes: llnstitut a fait examiner les renseignements qui lui sont parvenus par une commission composée de MM. le comte de Lacépède, Geoffroy-Saint-Hilaire, et Cuvier.

Ces naturalistes ont fait remarquer que plusieurs de ces animaux étoient peu ou point connus, et que ce sujet, qui peut intéresser nos pêcheries et notre commerce , mériteroit d'attirer lattention du gouvernement. Ils ont donné une description de lespéce échouée en grand nombre près de Saint-r Brieux; M. Lemaout, naturaliste et pharmacien de cette ville, en ayant recueilli avec beaucoup de soin toutes les parties essentielles, il a été aisé

d'y recounoître une espèce de dauphin, qui avoit échappé à tous les naturalistes méthodiques, et dont il nexistoit qu'une mauvaise figure dans le Traité des pêches de Duhamel. Elle se distingue à sa tête , de forme globuleuse, et presque semblable à un casque antique. Sa taille va à près de vingt pieds.

Nous avons dit. Tannée précédente, quelques mots des recherches de M. Lamoiiroux sur ces innombrables et très petites anguilles connues à lembouchure de quelques unes de nos rivières sous le nom de montée, et nous avons annoncé la probabilité qu elles pouvoient appartenir à quelqu'une des espèces moins connues de ce genre. M. Lamouroux a vérifié en effet, par de nouvelles comparaisons , que la montée est le frai du pimper^ naUy sorte d'anguille indiquée par M. le comte de Lacépède, dans son Histoire des poissons y et que l'on distingue des autres à ses nageoires pectorales échancrées comme des ailes de chauve-souris.

M. Risso , naturaliste à Nice, qui a publié il y a deux ans un très bon ouvrage sur les poissons de cette côte , vient d'en adresser un autre à l'Institut sur les crustacés, c'est-à-dire sur les animaux de la famille des écrevisses. M. Risso adopte, pour sa distribution , la méthode de M. Latreille, à laquelle il ajoute seulement quatre genres nouveaux. Il décrit cent espèces, dont environ la moitié lui paroit

nouvelle ; seize sont représentées sur des planches coloriées. Llnstitut, en applaudissant au zélé avec lequel M. Risso , dans une position si peu propice , cherche à faire connoitre les animaux encore si mal étudiés de la Méditerranée, auroit cependant désiré plus de précision dans les descriptions avant de reconnoître la nouveauté d'un si grand nombre despéces.

Les anciens parlent beaucoup d*un insecte qu'ils appeloient bupreste ou crève-bœuf, parcequ'il faisoit, disent-ils, crever les bœufs qui le mangeoient avec rherbe; mais, comme à leur ordinaire, ils n en ont point donné de description détaillée. Les modernes ont fait de ce nom des applications très variées, et il paroît qu aucun d eux n a reconnu Imsecte qui le portoit véritablement. M. Latreille , d'après une comparaison scrupuleuse des passages où il est question des propriétés qu'on lui attribue, avec ce que nous observons aujourd'hui , a pensé que ce devoit très probablement être le méloé proscarabœus de Linnaeus , où quelque espèce voisine. Il n'y a en eflfet que les méloés qui joignent à des propriétés acres et suspectes l'habitude de vivre dans l'herbe, et assez de lenteur pour y être aisément saisis par le bétail.

Notre confrère M. de La Billardière (}ui s'occupe jde Téducatioa des abeilles, en ayant remarqué une

dont Fabdomen étoit plus gros qua Tordinaire, trouva dans son intérieur un ver blanc, qull engagea M. Bosc à examiner. Le corps de ce ver étoit blanc, divisé en douze anneaux , aplati en dessous, terminé à une extrémité par deux gros tubercules percés chacun d un trou ovale , et à 1 autre par deux filets ou deux pointes molles. Sous les tubercules est une fente transverse. M. Bosc, considérant cette fente comme la bouche , regarde la partie terminée par deux pointes comme celle où doit être lanus ; et, rangeant cet animal parmi les vers intestinaux, il en fait un genre sous le nom de dipodium. Il convient cependant qu'il seroit possible que les organes fussent en sens inverse , et alors le ver ressembleroit beaucoup à plusieurs larves de mouches à deux ailes : on a même déjà lieu de croire, par des observations de M. Latreille, que la larve dune de ces mouches (le conops ferrugineux) vit dans l'intérieur des bourdons. Il est toujours fort remarquable qu'un si gros ver puisse habiter le corps d'un insecte aussi petit que labeille.

Cette première digestion , qui se fait dans l'estomac, a dû être de bonne heure un grand objet de méditations pour les physiologistes; et l'on a eu successivement recours à toutes les forces de la nature pour l'expliquer. On a voulu long-temps l'attribuer à la trituration des parois musculeuses de

rcstomac ; mais Réaumur ayant remarqué que des aliments contenus dans des tubes incompressi'bles ouverts aux deux bouts se digéroient comme les autres , Topinion générale de ces derniers temps a été, d'après ses expériences , que cette fonction est due à une espèce de dissolution opérée par un suc qui découle des parois de lestomac.

Spallanzani, dans un ouvrage très célèbre, ayant appliqué le suc stomacal ou gastrique hors de lestomac à des substances alimentaires de tout genre, assura lui avoir vu produire, quand il étoit aidé d'une chaleur suffisante, des effets à-peu-près semblables à ceux qu'il auroit produits dans lestomac lui-même. Ce physicien alla jusqu'à attribuera ce suc gastrique, ainsi isolé , la propriété d'arrêter la putréfaction.

Il en tira cette conclusion , adoptée au moins tacitement par la plupart des physiologistes^ que le suc gastrique exerce son action digestive et antiseptique par sa propre nature, et en vertu de sa composition et de ses affinités.

M. deMontègre, docteur en médecine, s'étant trouvé une disposition à rejeter sans incommodité ce qu'il a dans l'estomac , a imaginé d'en faire usage pour constater différents points de la doctrine reçue touchant la digestion. Lorsqu'il exerce à jeun cette disposition , il obtient une quantité notable

d'un liquide quHl considère comme un véritable suc gastrique , et qu'il a examiné sous le rapport de ses qualités chimiques, aussi bien que de son action sur les matières alimentaires.

M. de Montégre a trouvé ce liquide fort semblable à la salive; mais son action lui a paru très différ rente de ce qu avoit observé Spallanzani. En l'expor sant à une température semblable à celle du corps humain, dans des fioles placées sous Faisselle, il la vu se putréfier exactement comme la salive : ce suc n a arrêté la putré&ction dans les autres substances que dans les cas où il se trouvoit naturelle ment acide ; mais en ajoutant un peu d acide acétique à la salive on lui a donné la même propriété. D'ailleurs cette acidité n est pas essentielle, et quand M. de Montégre avaloit assez de magnésie pour l'absorber, la digestion ne se faisoit pas moins bien. Il se reproduisoit de l'acidité en peu de temps; lors même que M. de Montégre enveloppoit de magnésie la viande qu'il mangeoit, elle redevenoit acide après un temps suffisant.

Ces expériences répétées un grand nombre de fois, et avec toutes les précautions convenables, ont engagé l'auteur à conclure que le suc gastrique difïere peu ou point de la salive , qu'il ne peut arrêter la putréfaction , ni opérer la digestion indépendamment de l'action vitale de l'estomac ; enfin

que lacidité qui s y maDifeste , aussi bien que celle que subissent les aliments lors de la digestion, est un efFet de laction stomaca]^.

Il est fort à désirer que M. de Montégre contin ue ses intéressantes recherches, et les fasse aussi sur le suc gastrique des animaux qu employoit Spallanzani, afin que Ion sache exactement ce que Ton doit penser d'une doctrine qui a semblé , pendant long-temps , avoir obtenu lassentiment général.

Pour assurer aux auteurs la date de leurs obser-r vations, nous donnerons ici une indication de quelques mémoires qui ont été présentés à l'Institut et dont la vérification n'a pu encore être achevée , nous réservant d'y revenir l'année pror chaine , et de faire connoitre alors le jugement qui en aura été porté.

M. de Blainville, professeur-adjoint à la faculté des sciences de Paris , a décrit avec détail les formes de l'articulation de l'avant-bras avec le bras dans les différents animaux, et déterminé le mouvement que chacune de ces formes nécessite , principalement sous le rapport du plus ou moins de facilité de la rotation. Ce travail, sur un point im*portant de la mécanique des animaux , n'est pas sans intérêt pour leur classification , attendu que ce plus ou moins de facilité dans la rotation de l'avant-bras influant nécessairement sur le plus ou

2g8 âNATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

moins d adresse des animaux , doit entrer pour beaucoup dans leur degré de perfection générale, et par conséquent daus leurs affinités naturelles.

Le même anatomiste a encore présenté un mémoire sur les formes du sternum dans les oiseaux. Comme cet os , ou plutôt cette grande surface osseuse, résultant, ainsi que Ta fait voir M. GeofFroi, delà réunion de cinq os différents, donne attache aux principaux muscles du vol, plus il est solide et étendu , plus il fournit à ces muscles un point d appui solide, et plus il doit contribuer à rendre le vol puissant. Il doit donc influer sur Téconomie entière des oiseaux , et donner des indications utiles sur leurs rapports de classification.

M. de Blainville tire ces indications des échancrures ou des espaces simplement membraneux, et plus ou moins étendus, qui remplacent la substance osseuse dans une partie du sternum. Il y ajoute la considération de la fourchette et de quelques organes attenants, et dans beaucoup de cas il trouve un grand accord entre les dispositions de ces parties et les familles naturelles. Cependant il existe aussi des exceptions tellement manifestes que Ton ne peut s'en rapporter entièrement à ce nouveau moyen de classification.

M. Marcel de Serres, professeur à la faculté des sciences de Montpellier, a fait un très grand tra-

vailsur ranatomie des insectes , et particulièrement sur leur canal intestinal, qu'il a décrit avec beaucoup de détail dans un grand nombre d'espèces. Son but étoit de déterminer les fonctions propres aux diverses parties de ce canal et à ses annexes; et, outre ses dissections, il a fait des expériences ingénieuses sur des individus vivants. En injectant des liqueurs colorées dans la cavité du péritoine, elles ont été absorbées par les vaisseaux longs et grêles qui adhèrent toujours à quelque partie du canal intestinal, ce quia bien fait voir que lemploi de ces vaisseaux est de sécréter de la masse commune des humeurs , et de verser dans le canal des liqueurs digestives. Un examen attentif de certaines poches que l'on a considérées, dans quelques genres , comme des estomacs , dans d'autres comme descœcums , et la certitude acquise que lesaliments n'y entrent point, mais qu'on les trouve au contraire pleines d'humeur biliaire, ont fait juger à M. Marcel de Serres que c'étoient des réservoirs de cette humeur.

Il dépouille par-là aussi les sauterelles et les genres analogues de la qualité d'animaux ruminants , qu'on leur avoit attribuée , et il s'est assuré en effet que ces insectes ne font point* revenir leurs aliments à la bouche, mais qu'ils rendent seulement, dans des circonstances déterminées, ce suc

3oO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

biliaire dont ils ont une si grande abondance. Ce mémoire très étendu contient beaucoup d^autres observations curieuses sur les formes du canal in«testinal, les proportions de ses parties^ et leurs rapports avec le naturel des insectes. Nous en reparlerons avec détail dans notre prochaine analyse.

M. Dutrochet, médecin à Chàteau-Benaud , département de rindre, a fait une observation remarquable ^r la gestation de la vipère. Il assure que les petits vipéreaux ont leurs vaisseaux ombilicaux distribués non seulement sur le jaune de Tœuf où ils sont d abord renfermés , mais qu'une partie de ces vaisseaux se distribue aussi sur la suriace interne de loviductus , et y forme un réseau que Ion peut considérer comme un véritable placenta. Les vipères participeroient donc au mode de nutrition du fœtus propre aux mammifères , et à celui que Ion croyoit jusqu'ici exclusif dans toutes les classes ovipares.

Il n'est pas étonnant que l'histoire des animaux marins soit encore, proportion gardée, celle qui est susceptible de plus d'accroissements. Traversant à leur gré dafts tous les sens les profondeurs de labyme, ils échappent à Thomme de toutes les manières, et même lorsqu'il s'en rend maître il a peu

ET ZOOLOGIE. 3oi

d'occasions de les comparer entre eux; ainsi tel poisson peut avoir été vu successivement par plusieurs observateurs, et avoir passé chaque fois pour nouveau , lorsque ses premières descriptions n'étoient pas assez complètes, ou lorsqu'on négligeoit de les rassembler et de les étudier.

M. Cuvier a présenté à l'Institut quelques recherches sur des poissons ainsi oubliés ou multipliés dans les catalogues des naturalistes. L'un d'eux , remarquable par sa grande taille, très connu en Italie sous les noms d'umfcra, ou defegaro^ en Provence et en Ijanguedoc sous celui de poisson royal, l'étoit beaucoup autrefois à Paris sous celui de maigre; il y avoit même donné lieu à quelques proverbes populaires; aujourd'hui, par des causes que l'on ignore , il est devenu rare dans la Manche, et on n'en apporte presque plus dans la capitale. Les naturalistes du seizième siècle l'ont très bien décrit, et Duhamel, dans le dix-huitième, en a encore traité fort au long. Néanmoins nos auteurs systématiques, ou l'ont donné comme nouveau, ou l'ont confondu avec des espèces plus petites et plus communes. Outre sa description extérieure, M. Cuvier a donné son anatomie, et principalement celle de sa vessie natatoire fort curieuse par les productions branchues placées le long de ses deux côtés.

3o2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

Une autre espèce qui a été reproduite dans led ouvrages des naturalistes jusqu a six fois, et comme autant d'espèces particulières, est un petit poisson de la Méditerranée, que sa couleur rou{][e et sa forme générale ont fait nommer roi des rougets ou rouget imberbe {muUus imberbis, L.; apogon rouge, Lacép.), mais qui a plus de rapport avec les perches qu'avec les rougets.

M. Noël de La Morinière, qui s occupe depuis plusieurs années d'un traité sur les poissons utiles, a présenté à Flnstitut un mémoire à-peu-près de même nature que les deux précédents, où il fait l'histoire d'une espèce fort négligée par les naturalistes, quoique si nombreuse en certaines saisons dans le golfe de Gascogne , que les seuls pêcheurs de rile-Dieu en prennent annuellement plus de quatorze mille individus pesant de trente à quatrevingts livres chacun. C'est le germon ou grandeoreille des matelots françois, ou Vala-longa des pécheurs de Sardaîgne {scomber ala-longa, Gmel.)*, ainsi nommé, parceque le principal caractère qui le distingue du thon (scomber tkynnus) consiste en des nageoires pectorales extrêmement longues et pointues. Gommerson ayant trouvé près de Madagascar un poisson qui porte le même caractère, lui

^ Gmelin ayant imprimé par méprise ala-tnnga, ce mot corrompu s'est glissé dans la plupart des ouvrages postérieurs.

ET ZOOLOGIE. 3o3

a appliqué le nom de gerinoriy et a été suivi en cela parM.lecomtedeLacépédc;ensortequele{Ternion d'Europe est maintenant désigné plus spécialement par le nom d'ala-longa. Il restoit à savoir si le germon d'Europe et celui de Madagascar sont d espèce différente : leloignement des lieux le faisoit présumer, et M. Geoffroi Saiot-Hilaire Fa reconnu en comparant le dessin du second laissé par Commerson, avec la description du premier, faite par M. Noël , et un dessin qu'en a laissé le père Plumier. Il sera bon néanmoins que ce résultat soit confirmé un jour par une comparaison effective des deux poissons.

M. CuvieraencoreprésentéàFInstitutun poisson peuconnu, récemment péché dans le golfe deGênes, long de plus de quatre pieds, de la forme d'une lame de coutelas, et remarquable sur-tout par une crête élevée , surmontée d'une espèce de longue corne qu'il porte sur la tète, et par des nageoires ventrales excessivement petites, placées sou s ses pectorales. On n'en avoit qu'une description incomplète par feu M. Giorna, naturaliste de Turin', qui avoit imposé au genre le nom de lophote, et avoit consacré l'espèce à M. le comte de Lacépède, comme un hommage que lui doivent tous ceux qui s'occupent d'ichthyologie.

* Mém. de l'Acad. de Turin pour 1 8o5 — 1 808 , p. 1 3 des Mëinoires.

3o4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

M. Huber, de Genève ^ fik de Tobservateur qui a ajouté tant de faits étonnants à Thistoire déjà si étonnante des abeilles , et auteur lui-même d^un ouvrage sur les fourmis, rempli de traits curieux de Finstinct de ces petits animaux , a présenté à Tin — • stitut un mémoire sur Findustrie singulière d'un petite chenille qu'il nomme la chenille à hamac ^ d après la manière dont elle se suspend pour passer son sommeil de chrysalide. Elle est du nombre de celles qu on appelle mineuses ; et elle vit dans Fintérieur des feuilles de quelques arbres fruitiers. C'est au mois d'août qu'elle cesse de manger et qu'elle file son hamac. Cinq heures lui suffisent pour le construire : deux cordes tendues entre les bords d'une feuille repliée et concave en dessus en sont les supports principaux ; il y est suspendu par des attaches de soie, et deux autres attaches qui vont se fixer aux parois de la feuille le tiennent comme à l'ancre. Lui-même est en forme de petit étui cylindrique. M. Huber ne s'est pas contenté de suivre avec attention et de décrire avec soin les opérations successives du petit architecte qui construit cet édifice compliqué, il a essayé de reconnoître jusqu'à quel point ces opérations sont soumises au raisonnement de la chenille , et peuvent être variées par elle d'après les circonstances. Une chenille que Fon enlève à la construction qu'elle a

ET ZOOLOGIE. 3o5

commencée la recommence sur nouveaux frais

tant qu'il lui reste de la matière soyeuse. Si on la

place sur une construction commencée par une

autre elle la continue ordinairement au point où

elle la trouve; mais si celle où on la transporte est

très avancée elle aimç mieux tout recommencer.

Le papillon qui sort de cette chenille a paru être le

phaUenàclerhella de Linnaeus , et lun de ses ennemis

est ïichneumon ramicornis.

Notre confrère , M. de La Billardière, a observé un fait remarquable relatif à Tinstinct des abeillesbourdons ou de ces grosses abeilles velues qui font leur nid sous le gazon , dans les pierres, etc. Il a trouvé sur la fin de lautomue, dans un nid de l'espèce nommée apis sylvarum par Kirby, une vieille femelle et une ouvrière dont les ailes avoient été collées avec de la cire brune et compacte, de manière à les empêcher de voler ; et il pense que c'étoit une précaution prise par les autres bourdons pour contraindre ces deux individus à rester dans le nid, et à y soigner les larves qui dévoient renouveler. Tannée d après, la population de la colonie.

M. Olivier, membre de llnstitut, a fait sur les insectes ennemis des blés un travail qui appartient également à 1 agriculture et à la zoologie; il n'en a communiqué encore que la partie relative aux espèces qui attaquent les blés en herbe. M. Olivier

DUFFON. COIfPLBM. T. III. 20

3o6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

en Élit connottre neuf, appartenant toutes a Tordre des insectes à deux ailes; mais il fait connottre en même temps trois autres insectes ennemis 'des premiers, et qui , en arrêtant leur propagation , diminuent leu rs dégâts.

Une des questions les plusim portantes à résoudre dans lanatomie des insectes concerne Fusage d un grand vaisseau que toute cette classe porte le long du dos, et qui éprouve des mouvements de dilatation et de contraction comparables à ceux du cœur et des artères. Malpighi et Swammerdam lui a voient donné le nom de cœur, mais il est constant , par les observations deLyonnet et de plusieurs autres, qull n^en sort point de branches, et M. Cuvier semble avoir établi sur beaucoup de preuves que les insectes n ont aucune circulation. M. Marcel de Serres a examiné de nouveau cette matière; il s'est assuré, par des observations innombrables feites sur les plus gros insectes de la France méridionale, et aidées de tout ce que lanatomie possède dlnstr.uments les plus délicats, que le vaisseau dorsal ne donne aucune ramification ; qu'il n'existe dans le corps aucun autre vaisseau contractile , et en général aucun système de vaisseaux sanguins. Les insectes auxquels on enlève le vaisseau dorsal vivent encore plusieurs heures, tandis que les scorpions et les araignées, qui ont un véritable cœur.

ET ZOOLOGIE. Soy

périssent promptement si on le détruit. Les contractions du vaisseau dorsal sont principalement dues aux muscles du dos placés le long de ses côtés , mais les trachées et les nerfe y exercent une influence sensible. Lliumeur qu'il contient a paru souvent d'une couleur analogue à celle de la ma^ tière grasse qui remplit toujours une partie du corps; elle est peu liquide, sur-tout dans les larves voraces. Le diamètre du vaisseau s'est trouvé plus égal dans les larves où la graisse est répandue plus également; et les inégalités de ses diverses parties sont proportionnées à celles de la graisse dans les parties correspondantes du corps. Les nerfs et les trachées abondent plus dans le vaisseau dorsal des larves que dans celui des insectes parfaits ; ses contractions y sont plus fortes, mais moins fréquentes. De ces faits et de quelques autres Fauteur croit pouvoir concliire que la fonction du vaisseau dorsal est de produire de la matière grasse, et que, pour opérer cette production , il absorbe une partie de la liqueur nutritive épanchée dans la cavité du corps par les parois de Tintestin, et qu'il la fait ensuite transsuder au travers des mailles du tissu adipeux , où la graisse reçoit son élaboration définitive.

M. de Serres a intercalé dans son travail des observations précieuses sur les vapiétés de structure

ao.

3o8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

des trachées dans les différentes Ëimilies dlnsect^, parmi lesquelles on peut remarquer sur-tout celles qui concernent le mécanisme des trachées vésiculaires; il le termine par lexposé de tous les caractères anatomiques des divisions qu'il croit devoir établir parmi les animaux articulés , et spécialement parmi les insectes. Nous regrettons que tout ce grand détail , fait pour intéresser vivement les amateurs de Tanatomie comparée, ne soit pas de nature à entrer dans notre analyse. C'est une belle suite des observations du même auteur sur le canal intestinal des insectes, que nous avons mentionnées Tannée dernière.

M. de Montègre , médecin de Paris , a fait des observations curieuses sur les habitudes des lombries ou vers de terre , et des remarques nouvelles sur leur anatomie. Ces animaux sont hermaphrodites; chacun deux est productif, et, d après les observations de Fauteur, met au jour des petits vivants: cependant ils ont besoin d'un accouplement, mais qui paroit se faire sans aucune intromission de parties, en sorte qu'on pourroit croire qu'il n'a pour but que d exciter en eux les mouvements nécessaires à la fécondation. Il a lieu principalement aux mois de juin et de juillet. Les vers s'unissent par le moyen d'un renflement qu'on observe à la partie antérieure de leur corps , et qui se colle intimement à

ET ZOOLOGIE. 3o9

celui de Tindividu opposé. Les petits se montrent dabord dans des organes blancs placés en avant des deux côtés de Festomac, et se glissent entre les intestins et les muscles extérieurs jusque dans un réservoir situé dans lepaisseur de la queue, où on les trouve pleins de vie. Les lombrics n ont rien fait voir à notre observateur qui pût leur faire attribuer la faculté d être affectés par la lumière ou par le son ; mais il s est assuré qulls ne se contentent pas de vivre de terre, et il a trouvé dans leurs intestins des débris d animaux et de plantes.

Nous avons parlé, il y a deux ans , des expériences de M. Lescfaenault sur les e£Pets délétères du suc connu à Java sous le nom d'upas, lorsqu'on l'introduit dans les plaies , ainsi que de celles de MM. Delile et Magendie, cjVii tendent à prouver que c'est essentiellement sur la moelle épinière que ce poison agit.

Plusieurs fois témoins de la rapidité effrayante de son action , MM. Magendie et Delilè ont dû être tentés de douter qu'elle ait pu être transportée si vite jusqu'à la moelle par la voie tortueuse et embarrassée des vaisseaux lymphatiques, et de rechercher si l'on ne doit pas admettre, au moins en certains cas, dans les veines la faculté absorbante qui leur étbit généraleiuent attribuée, lorsque Fou n'avoit point encore une connoissance si détaillée de

3lO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

tous les embranchements du système lymphatique. Pour fixer leurs idées à cet égard ils ont appliqué Tupas à des parties qui ne tenoient plus au corps que par des vaisseaux sanguins; par exemple ils ont découpé tout le mésentère adhérent h une anse d'intestin , en ne laissant que les artères et les veines , et après avoir placé deTupasdansFintérieurdecette anse , ils Font coupée et liée par les deux bouts ; ce qui parott bien plus concluant encore, ils ont coupé une cuisse, en ne laissant entières que la veine et lartère, et ont ensuite appliqué le poison au pied; enfin , pour écarter même lobjection de vaisseaux lymphatiques. invisibles qui auroient appartenu au tissu de ces deux vaisseaux sanguins, ils ont enlevé un segment de lun et de lautre, après les avoir remplacés par des tuyaux de plume, de sorte qu'il n y avoit plus de communication entre le membre et Tanimal que par le sang qui circuloit de Tun à lautre. Dans tous ces cas les convulsions et la mort se sont manifestées aussi promptement que si Ton eût appliqué lupas à un animal entier. Cependant quelques uns objecteront peut-être encore que, lorsque lu pas a été introduit dans l'intestin , on pouvoit toujours supposer qu'il restoit quelque lymphatique caché, et que, lorsqu'on l'a appliqué au pied, on le plaçoit dans une plaie où il pouvoit pénétrer dans le sang par des veines ouvertes , et que ce n'est

ET ZOOLOGIE. 3ll

pas tout-à-fait là ce qu^on entend quand on admet l'absorption veineuse , car il s'agit alors d'une action attribuée aux veines dans leur état naturel et par leurs porcs organiques. Ce qui est encore très remarquable dans les expériences de MM. Magendie et Delile c est que le sang d un animal déjà empoisonné et prêt à mourir, transfusé dans les veines d'un autre animal, ne tue point celui-ci , et lui oecasione à peine quelque apparence d'incommodité.

M. Magendie a £iit une autre application bien intéressante de cette action de certaines substances introduites dans le sang.

On sait que l'émétique injecté dans les veines d'un animal le fait vomir en quelques minutes, tandis qu'il faut une beure à de l'émétique avalé pour produire le même effet, et l'on en conclut aisément que ce mouvement convulsif ne dépend pas de l'action immédiate de ce remède sur les parois de l'estomac. Des observations feites sur le viscère même, pendant que le vomissement s'opère , avoient conduit plus loin quelques physiologistes. Ils s'étoient aperçu que les parois de l'estomac éprouvent très peu d'ébranlement, et ils en avoient conclu que ce n'est pas non plus dans l'irritation de ces parois que réside la cause immédiate de l'expulsion des matières contenues dans l'estomac. Cependant leur opinion

3l2 ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

fbiblement soutenue étoit presque tombée en oubli depuis que Lieutaud et Haller en a voient iait prévaloir une contraire.

M. Magendie voulant s assurer de la vérité a employé ce moyen commode des injections; et ayant d abord pratiqué une ouverture à 1 abdomen , il a reconnu par le tact que pendant le vomissement Testomac en lui-même reste dans un état d'inertie, mais qu a chaque nausée il est violemment comprimé par la contraction du diaphragme et des muscles du bas-ventre : il y a plus, les longues inspirations qui précédent chaque vomissement introduisent assez d air dans Testomac pour que son eji^tension ne diminue point, malgré la quantité des matières qu'il rejette. Si Ton ouvre assez labdomen pour en faire sortir Testomac les .nausées continuent, mais elles deviennent impuissantes, parceque les muscles qu'elles contractent ne compriment plus le viscère; si on replace l'estomac sous leur action le vomissement recommencera aussitôt. Cependant la compression ne suffit pas seule, car si l'on comprime avec les mains un estomac ainsi déplacé , dans un chien à qui l'on n'a point injecté d'é^ métique, on expulse bien les matières que cet estomac contient sans produire pour cela un vrai vomissement, parcequ'il n'y a ni les nausées ni les inspirations qui caractérisent ce genre de convul-

ET ZOOLOGIE. 3l3

^ions; mais si Ton tiraille Festomac au lieu de le comprimer, et si les tractions s'étendent sur l'œsophage , les nausées et tous les autres symptômes du vomissement viennent à naître, sans qu'il soit besoin d'éinétique. Ainsi le vomissement résulteroit de la compression exercée sur Testomac par une contraction convulsive des muscles qui entourent le ventre, et cette contraction elle-même peut être excitée par une irritation de Tœsophage.

Il s^agissoit de savoir quels muscles agissent principalement, quels nerfs les mettent en action, et en vertu de quelles causes ils peuvent être irrités. Pour s'en assurer M. Magcndie a d'abord coupé où enlevé les muscles abdominaux sans diminuer beaucoup l'activité du vomissement : au contraire quand on ôte au diaphragme une grande partie de sa force par la section des nerfs phréniques, il n'y a plus que de petites nausées de loin en loin , et'le vomissement a rarement lieu , malgré les contractions des abdominaux. Ainsi la part du dia-* pbragme dans cette compression est de beaucoup phis grande. Quand on détruit ainsi à-la-fois l'action du diaphragme et celle des muscles le vomissement n'a plus lieu, même si l'on fait avaler à l'animal des substances éminemment et promptement émétiques, telles que du sublimé corrosif. Enfin, et ceci semble former un complément près

3l4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

que merveilleux à toutes ses preuves, M. Magendie a enlevé entièrement Festomac ; il lui a substitué une vessie qu'il a attachée fixement au bas de Fœsophage en la faisant communiquer avec ce conduit par un tube solide , et après avoir recousu Fabdomen il a injecté de Fémétique dans les veines : Fanimal a eu des nausées, a fait des inspirations, et a rejeté un liquide coloré dont on avoit rempli en partie la vessie, absolument comme il lauroit pu faire si, avec un estomac intact, il eût pris de Fémétique par les voies ordinaires.

Ainsi Fémétique ne fait pas vomir en irritant les fibres de Festomac , ni même les nerfs, mais en se portant , au moyen de Fabsorption et de la circulation , sur le système nerveux , et en excitant une action qui se réflédiit spécifiquement sur Fœsopbage et le diaphragme de manière à leur foire exercer des mouvements divers, parmi lesquels il s'en trouve dont le résultat définitif est la compression de Festomac; ce qui n empêche pas quil ne puisse y avoir aussi des vomissements produits par Firritation immédiate des nerfs de quelques unes de ces parties , ou par une irritation nerveuse quelconque , qui se propageroit de manière à affecter le système à-peu-près comme le fait Fémétique.

Il reste à M. Magendie à distinguer avec plus

ET ZOOLOGIE. 3l5

de précision la part de lœsophage et celle du diaphragme dans 1 acte du vomissement , et à examiner les phénomènes de ce mouvement dans les oiseaux et dans les autres animaux sans diaphragme.

A ce travail sur Faction de lantimoine considérée physiologiquement , M. Magendie en a joint un autre sur son action médicale ou délétère , et il a constaté, par beaucoup d observations faites sur lliomme , et par de nombreuses expériences sur des animaux , que le tartrite de ce métal , pris à haute dose , est par lui-même un poison mortel , mais que presque toujours son premier efiet est un vomissement qui en fait rejeter la plus grande partie avant qu'elle ait pu être funeste : c'est ainsi que la plupart de ceux qui ont pris de ce sel dans llntention de se détruire ont été trompés dans leur triste désir.

M. Magendie a présenté encore à llnstitut une suite d'expériences relatives à l'usage de l'épiglotte. Ce cartilage placé à la base de la langue , au-devant de la glotte dans l'homme et les quadrupèdes , est regardé généralement comme destiné par la nature à empêcher les substances qu'on avale de tomber dans la trachée -artère; les oiseaux et les reptiles n'ont à la vérité aucune épiglotte , et n'éprouvent point d'inconvénient de cette privation ; mais leur

3l6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,^

glotte est préservée par d'autres moyens , tiels que les dentelures dont elle est le plus souvent hérissée, en sorte qu'on ne peut pas en tirer d objection contre l'opinion reçue. Des sujets privés d'épig^lotte par accident , et qui ont continué à avaler aussi aisément qu'auparavant, donnoient lieu à des objections plus fortes, et quelques anatomistes en avoient même conclu que Fépiglotte sert plutôt à la voix qu'à là déglutition.

M. Magendie, ayant enlevé Fépiglotte à des cbiens , s^est assuré que leur déglutition n en souffroit point ; il a reconnu en outre, par une inspeo^ tion immédiate , que la glotte se contracte coni'plétement à l'instant de la déglutition , en sorte que rien ny pénétreroit; quand même l'épiglotte n'existeroit pas; enfin, en coupant les nerfe qui vont aux muscles contracteurs de la glotte , il a vu que celle-ci restoit ouverte, et admettoit les aliments, malgré la présence de Fépiglotte qu'il avoit conservée.

' Il est difficile de ne pas se rendre à des expériences qui s'accordent si bien entre elles et avec leis faits connus; c'est aux physiologistes à chercher maintenant quel peut être le véritable usage d'un organe trop développé, et trop constant dans une (liasse entière, pour n'avoir pas une destination essentielle.

M. Magendie a été conduit par ses recherches ï examiner la distribution particulière des nerfs laryngés et récurrents dans les différents muscles iu larynx, et cette partie de son travail ajoute :]oeique précision à ce point intéressant d anatomie.

M. Dutrochet, médecin à Château -Renaud, dont nous avons déjà rapporté en 1 8 1 2 des observations intéressantes sur Tœuf de la vipère, a généralisé ses recherches, et en a présenté les résultats à llnstitut dans un mémoire sur les-envC'^ ioppes du fœtus y dont nous communiquerons ici quelques propositions en faisant remarquer toute* fois qu elles n'ont pu être encore constatées par les commissaires de llnstitut, parceque les circonstances n^ont pas permis de se livrer à. ce travail dans la saison où il auroit été nécessaire d en faire la plus grande partie. Cependant un extrait de ce mémoire doit être agréable aux physiologistes , et peut occasioner de nouvelles observations sur une matière obscure autant qu'intéressante;

L auteur dit donc avoir observé que dans les premiers temps le fœtus renfermé dans Toeuf aune ouverture à ses parois abdominales et à son amnios, au travers de laquelle passe une extension de laves-*

3l8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

sie, qui forme le chorion et la membrane moyenne ; ensortequeles vaisseaux ombilicaux ne seroientque des productions des vaisseaux de la vessie. Selon lui Tœuf des reptiles est un vîtellus dépourvu d albumen ; et dans la vipère la membrane de la coque, d'une minceur extrême, disparoit vers le milieu de la gestation, et alors le chorion à nu contracte des adhérences avec Toviductus sans former pour cela un véritable placenta. Ainsi cette membrane de la coque seroit lanaloguç de la membrane caduh que des mammifères. Il assure que le têtard de grenouille ne se dépouille point de sa peau pour se métamorphoser, mais que les pattes antérieures percent cette peau ; que les mâchoires la déchirent^ et que les ouvertures se cicatrisent. L*œuf de la grenouille et des batraciens en général est un vitdir lus dont la matière émulsive est contenue dans Tintestin même qui, d abord globuleux, s^alonge par degrés en un tube spiral , tel qu on le voit dans le têtard. M. Dutrochet a encore des idées fort particulières sur la respiration des foetus, et notamment sur les branchies des têtards qull croit placées dans la caisse du tympan. Nous en parlerons plus au long quand il aura été possible de les vérifier et de les éclaircir sur la nature même.

L'anatomie comparée navoit pas déterminé d une manière positive la nature des organes res-

ET ZOOLOGIE. 3ïg

piratoires des cloportes. On savoit bien que ces animaux ont de grands rapports de structure avec les crustacés ; il y avoit lieu de croire que les lames placées sous leur queue dévoient servir à la respiration , comme elles y servent certainement dans les aselles etles petites chevrettes d eau douce, animaux très voisins des cloportes : mais il restoit à constater le fait , et à monti^r à leur surface ou dans leur intérieur un appareil quelconque propre à cette fonction*

M. Latreille , correspondant , qui a été nommé tout nouvellement membre de l'Institut , a rempli cette lacune de la zoologie. Il a fait voir, sur quatre des lames en question , une petite partie jaunâtre , percée d'un trou, et contenant à Tintéricur de petits filaments , partie qu'il compare à celles qui , bien que différemment placées dans les araignées et dans les scorpions, y ont cependant une structure assez analogue, et y remplissent le même objet. Toutefois , malgré cette ressemblance partielle , et malgré lexistence d*une sorte de filière qu'il a observée dans les cloportes , et qui est un rapport de plus avec les araignées , M. Latreille n*en laisse pas moins les cloportes parmi les crustacés , en raison des autres rapports beaucoup plus nombreux qui les lient à cette classe.

Les insectes ont été depuis long-temps divisés

3jo anatomie et phtsiolooie animales,

en deux catégories, d après la structure de leur bouche , les uns ayant des mâchoires bien développées , et qui peuvent servir à diviser des aliments' solides , et les autres ne montrant que des espèces de trompes ou de suçoirs propres seulement à pomper les liquides. Il y en a même qui prennent aux différentes époques de leur vie ces deux formes de bouche, et que la métamorphose rend suceurs dans leur état parfait de broyeurs ou masticateurs qu'ils étoient à Tétat de larve; tels sont, par exem» pie, les papillons qui ne se servent pour se nourrir que d'une double trompe, d ordinaire iY)uléc en spirale, qu'ils déroulent pour l'introduire dans le fond de la corolle des fleurs et en sucer le nectar; tandis que les chenilles, qui ne sont que des papillons non développés, ont la bouche armée de fortes mandibules , avec lesquelles elles décou-» pent les feuilles les plus dures. On croyoit même que la chenille, en prenant les ailes, les longues pattes, les belles antennes du papillon, prenoit aussi sa trompe , et perdoit entièrement ses mâchoires.

M. Savigny, membre de l'Institut d'Egypte, a prouvé par des recherches suivies et délicates qu'il n'en est pas entièrement ainsi ; mais que la na* ture, dans cette circonstance comme dans beau' coup d'autres, se borne à rapetisser de certaines

parties, à en développer d autres, et quelle parvient à des effets eatièremenU opposés par ces simples changements dans les proportions. Il a découvert à la base de la trompe des papillons deux organes d'une petitesse extrême, mais qui n'en représentent pas moins les mandibules des chenilles; au dos du support de cette même trompe il a trouvé deux très petits filets , qui lui paroissent les analogues des palpes maxillaires; en sorte que les deux lames dont la trompe se compose sont , selon M. Savigny, les pointes extrêmement alongées des maxilles, c'est-à-dire de la paire inférieure des mâchoires. Enfin les grands palpes connus de tous les naturalistes sont les palpes de la lèvre inférieure. On avoit déjà aperçu, dans quelques genres de papillons de nuit, les deux petits palpes maxillaires; mais c'est à M. Savigny que Ton doit de savoir qu'ils existent dans toute la famille. Cet habile observateur a aussi établi une comparaison suivie et une analogie marquée entre les soies et quelques autres petites parties qui aqcompagnentd'ordinaire le suçoir des insectes à deux ailes, et les mandibules et maxilles des insectes masticateurs ;en sortequela structure decette nombreuse classe d'animaux offre, dans cette partie importante de son organisation , une uniformité plus satisfaisante qu'on ne l'a voit cru jusqu'à présçnt.

SUFFON. COMPLBM. T. III. ai

M. Savigny a également examiné la bouche des insectes qui joigneîit à des mâchoires évidemment reconnoissables pour telles une trompe formée par le prolongement de leur lévré inférieure, insectes dont les plus remarquables sont les abeilles. On avoit cru voir que l'ouverture du pharynx étôît située en dessous de cette trompe ou de cette lèvre, tandis que dans les masticateurs ordinaires elle Test en dessus; mais c'étoit une erreur : le pharynx est toujours sur la base de la trompe, et il y est même garni de parties intéressantes à coùnoitre, et dontM. Savigny donne une descriptioti détaillée. Son mémoire est destiné au grand ouvrage sur rÉgypte, dont nous ailotis bientôt devoir la terminaison à la généreuse munificence du roi.

M. Guvier a fait des recherches sûr une autre classe, dont la bouche présente aussi, du moins en apparence, de nombreuses anomalies; cest celle des poissons. On y retrouve au fond toutes les pièces qui appartiennent à celle des quadrupèdes; mais quelques unes y sont plus subdivisées , et nue partie de leuris subdivisions y sont quelquefois réduites à une petitesse telle qu'elles n'y peuvent remplir leurs fonctions , et que l'on éprbtrvé mètne dé la difficulté à les apercevoir. Lfe ti*èà grand nombre des poissons a des in ter maxillaires et dés maxillaires très visibles ; mais ces os diffèrent beaucoup

entre eux par la proportion ; et les maxillaires surtout font tantôt partie du bord de la mâchoire, et portent des dents; tantôt ils sont placés plus en arrière, et ne portent point de dents, circonstance où les ichtyologistes ne les ayant pas reconnus pour ce qu'ils sont les ont nommés mistaceSy ou os la-biaux. Ces différences donnent à Fauteur des caractères génériques très commodes pour opérer une distribution plus naturelle des espèces ; mais ils ne peuvent servir à distinguer les ordres. Pour, ce dernier objet M. Cuvier a recours à des différences plus fortes, telles que la coalition ou soudure des maxillaires ou intermaxillaires , qui a lieu , par exemple, dans les tretodons, les coffres, les batistes , ou telles que la disparition des uns et des autres , et lobligation où s est trouvée la nature d'employer les os palatins pour former la mâchoire supérieure, ' ce qu on observe dans les raies, les squales, et les autres chondroptérigiens.

Lauteur n'a pu découvrir d'autres caractères que ceux-là pour établir une première distribution delà classe des poissons. En conséquence ii renvoie aux poissons ordinaires les genres qui, ayant la même structure de bouche et de branchies , avoient cependant été placés parmi les poissons branchios* téges ou cartilagineux , à cause de quelques singularités de forme extérieure, ou parceque leur

squelette se durcit un peu plus tard que celui des autres, tels sont les centriques, les baudrayes, les cycloptèreSy les lepadogastères , etc.

M. Cuvier a fondé sur ces vues , et sur d autres semblables , la méthode particulière d après laquelle les poissons seront distribués dans louvrage qu'il prépare sur lanatomie comparée.

Le même naturaliste a présenté à FlQstitut des recherches sur un assez grand nombre despéces de poissons, qull a observées dans trois voyages faits à différentes époques sur les côtes de la Méditerranée. Quelques unes sont nouvelles, d autres avoient été mal placées ou mal nommées par les auteurs ; plusieurs ont offert des observations intéressantes relativement à leur structui*e, ou donné lieu à rétablissement de genres nouveaux , ou à la subdivision de genres anciens. Ce détail ne peut entrer dans un rapport tel que celui-ci; mais les naturalistes le trouveront dans le premier volume des mémoires du Muséum d'histoire naturelle, ^ont il vient déjà de paroitre une livraison.

M. Risso , auteur de \ Ichtyologie de Nice, a fait parvenir à Flnstitut un supplément à cet ouvrage, où il décrit plusieurs poissons qu'il ne connoissoit point lorsqu'il le publia , et dont quelques uns sont fort intéressants par les particularités de leurs caractères.

M. Lamouroux a étendu et perfectionné son grand travail sur les polypiers non pierreux, dont nous avons déjà parlé il y a deux ans, et Ion doit espérer qu'il en fera bientôt jouir les naturalistes.

On se rappelle les belles expériences de M. Magendie sur le vomissement, et l'invitation que lui fit rinstitut d'examiner la part que l'œsophafj^epouvoit avoir dans ce mouvement désordonné de l'estomac. Quoique ses recherches ne lui aient point encore donné de résultats décisifs, elles lut ont paru assez intéressantes pour être communiquées.

Les constrictions et relâchements alternatifs de l'œsophage ne lui ont paru avoir lieu que dans son tiers inférieur, où il est principalement animé par les nerfs de la huitième paire. La constriction augmente beaucoup et dure long- temps quand l'estomac est rempli. Lorsque l'œsophage est coupé et détaché du diaphragme, l'injection de l'émétique dans les veines ne produit plus de vomissement, et son introduction immédiate dans l'estomac devient nécessaire.

IjCs sciences ne sont point étrangères à la véritable érudition ; et s'il est arrivé plus d'une fois qu'une lecture attentive des anciens a excité les savants à des observations qui leur ont révélé des vérités im-

portantes, plus d'une fois aussi il est arrivé que des observations heureuses des savants ont porté sur les passages obscurs des anciens une lumière inattendue. Quelques notes de M. Cuvier sur les livres de Pline , relatifs aux animaux, en ont ofiert des exemples. Ainsi M. Cuvier pense que le lynx des anciens, qui est indiqué conmie venant des pays chauds, nétoit pas notre lynx actuel ou loup-cervier, mais le caracal ; et il montre en effet que le caracai porte tous les caractères attribués par les anciens à leur lynx. Le léon-cocrutte et le catoblepas, deux animaux auxquels les anciens attribuent une conformation monstrueuse et des qualités funestes, ne lui paroissent que des résultats de mauvaises descriptions faites par des voyageurs ignorants sur cet animal de Fintérieur de l'Afrique, auquel oo donne le nom de gnou ( antilope gnu , Lin . ) , dont les formes bizarres, le regard farouche, les poils qui hérissent son museau et sa crinière, ont dû faire souvent un objet d'horreur.

Parmi les cinq animaux unicornes dont les anciens ont parlé, M. Cuvier croit que les quatre premiers , 1 ane des Indes , le cheval unicorne , le bœuf unicorne, et le monocéros proprement dit , ne sont que le rhinocéros diversement défiguré par les relations des voyageurs ou des marchands.

Il prouve que tout ce que les anciens ont dit de

Faapic d'Egypte, de Taspic par excellence, appartient complètement à cette espèce de vipère à col élargi que Ton nomme coluber haje, et dont Thistoire a été si bien exposée par M. Geoffroy dans le grand ouvrage sur l'Egypte.

Il concilie les contradictions des anciens dans leurs descriptions du dauphin, en prouvant qu'ils ont donné ce nom à deux animaux très différents : lun qui est notre dauphin da présent {delphinus delphiSy Lin.); lautre qui appartenoit au genre des squales ou chiens-de-mer.

La plupart des fables relatives à Thyéne et à Kchneumon se trouvent expliquées par la singula* rite de leur conformation; il nest pas jusqu'à la prétendue continuité des vertèbres du cou dans l'hyène qui ne soit vraie quelquefois; lextrême rigidité des. muscles de cette partie occasione assez fréquemment des ankyloses entre les vertèbres cervicales, et M. Guvier en a observé des exemples.

Tout le monde connoit ce petit quadrupède appelé musaraigne ou musette, qui ressembleroit assez à Textérieur à une petite souris si son museau n'étoit beaucoup plus pointu et ses oreilles beaucoup plus petites; mais, quoiqu'il ait été examiné et disséqué par plusieurs natu ralistes , on n'a voit pas encore remarqué toutes les particularités de son organisation. M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de

découvrir qu'il a sur chaque flanc, sous la peau , une glande particulière qui répand au-dehors une humeur gluante par une série de pores, entourée de poils plus gros et plus roides que les autres, et qui se laissent aisément apercevoir par le tact.

M. Cuvier, qui a repris ses recherches sur Fanatomie des mollusques, a lu cette année à TAcadémie un mémoire sur celle des anatifes et des halanes , et un autre sur plusieurs genres de coquillages voisins des patelles , des oscabrions et des haliotides.

Les anatifes et les halanes lui ont offert des organes de la génération et un système nerveux fort différents de ce qu'on ohserve dans les mollusques ordinaires. Le système nerveux, aussi bien que les mâchoires , rapprocheroient à quelques égards ces animaux des insectes.

Les haliotides, les patelles et les oscabrions, ont d'autres singularités. Leurs sexes ne sont pas séparés, comme dans les buccins et autres turbinées aquatiques; ils ne sont pas non plus réunis de manière à avoir besoin d une fécondation réciproque, comme les limaces et les aplysies : mais leur hermaphroditisme est complet, et tel qu'ils se suffisent à eux-mêmes, comme les huîtres et tous les bivalves.

Les fissurelles et les émarginules, que M. de La Mark a séparées des patelles , se rapprochent en

effet davantage des haliotides par les branchies, et sur-tout par le cœur, qui , dans ces trois genres , est traversé par le rectum , comme celui des moules et de beaucoup d'autres bivalves.

M. Cuvier a donné aussi un mémoire sur les ascidies y sorte de mollusques enveloppés non pas d'une coquille, mais dune croûte cartilagineuse fixée aux rochers et pourvue de deux ouvertures, dont l'une reçoit et rejette l'eau nécessaire à la respiration , et l'autre donne issue aux œufs et aux excréments. Une grande cavité , tapissée d'un fin réseau vasculaire qui tient lieu de branchies, reçoit cette eau , et avec elle les corpuscules dont l'animal se nourrit. Dans son fond est la bouche, qui conduit à une sorte de gésier. Du reste ces animaux ont un cœur, un foie, un système nerveux, assez semblables à ceux des autres mollusques; mais la disposition relative de ces parties, aussi bien que la forme et la surface de lenveloppe extérieure, varient beaucoup, selon les espèces.

Cette anatomie des ascidies étoit venue d au tant plus à propos qu elle a servi à éclaircir des observations d*une nature beaucoup plus nouvelle et plus importante, qui ont été faites presque en même temps, sur des animaux voisins , par M. Savigny, membre de llnstitut d'Egypte.

On ne connoissoit jusqu'à présent d'animaux

33o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,

composés que dans Tordre des polypes ; tous les coraux, les madrépores, les plumes-de-mer, un {][rand nombre d^alcyons, ne paroissent que des agrégations de plusieurs polypes unis d'une manière intime, dont la nutrition se fait en commun, de sorte que ce que lun mange profite à tous, et qui paroissent même animés d'une volonté commune. Cette dernière circonstance est du moins très certaine dans les plutnes'^de-mer, qui se transportent d'un lieu à un autre par la rémigation combinée et régulière des milliers de petits polypes qui sortent de toutes leurs barbes. La structure de ces jpolypes est assez simple- pour que l'imagination se prête à concevoir cette espèce d association que 1 on peut en quelque sorte comparer à celle des divers rameaux d un même arbre.

Mais M. Savigny a découvert des animaux com*posés d'un autre genre , et dont l'organisation individuelle est beaucoup plus compliquée. Us ressemblent singulièrement à ces mollusques appelés ascidies, qui eux-mêmes présentent quelque analogie avec les animaux des coquilles bivalves. On leur trouve également un sac branchial , que les aliments sont obligés de traverser pour arrivera la bouche; un estomac musculeux; un intestin dont le rectum remonte vers le côté de la bouche, et y forme un second orifice ; Un ganglion nerveux

placé eDtre lorifice branchial et celui de lanus; un ovaire, et un oviductus. En un mot ce sont pour ainsi dire de vraies ascidies réunies en niasses par une chair commune et participant en conséquence à une même vie. Ces sortes d agrégations animales avoient été confondues jusqu'ici avec les alcyons ; elles sont nombreuses , et M. Savigny , qui les a décrites et fait représenter avec un détail digne de leur singularité , y a observé assez de formes différentes pour en faire jui^u a huit genres.

Parmi ces animaux composés les uns forment des masses fixées et plus ou moins irrégulières, comme un grand nombre d alcyons; d autres sont rangés en étoiles autour dun centre commun, et ce sont eux que les naturalistes , prenant chaque étoile pour un être simple , avoient nommés botrylles; d'autres enfin sont combinés en quantités innombrables, pour former par leur assemblajge un long cylindre creux, ouvert par un bout, qui se meut en totalité comme les plumes-de-mer, et que Pérou, le premier qui lait découvert , le croyant aussi un être simple, avoit appelé pyrosome.

MM. Desmarets et Lesueur avoient fait de leur côté, sur ces deux derniers genres, des observations tout-à-fait analogues a celles de M. Savigny, et qui les ont pleinement confirmées.

Il existe parmi ces grands zoophytes, auxquels

les anciens donnoient en commun le non amorties de mer libres, un genre que le naturaliste danois Othon-Frédérlc MûUer a fait connoître, et appelé lucernaire, parcequ il lui à trouvé je ne sais quel rapport de figure avec une lanterne. Sa forme générale est un cône évasé ; au centre de la base est la bouche, et des bords de cette base partent des bras d'ordinaire au nombre de huit, chargés de petits tentacules, tantôt espacés également, tantôt rapprochés deux à deux. fc

M. Lamouroux , professeur d'histoire naturelle à Caen, y a observé avec beaucoup de soin une espèce de ces animaux à huit bras également distants, de couleur rose pâle, pointillée de rouge, relevée de huit bandes rouges, pénétrant dans les bases des bras, et qui sont les cœcums ou les intestins. Ces huit organes aboutissent à un estomac central. Chacun d eux est logé dans une cavité particulière où le retient une sorte de mésentère. Le genre de vie des lucernaires paroît ressembler assez à celui des actinies ou anémones de mer.

Le même naturaliste a présenté à llnstitut une nouvelle rédaction de son travail général, dont nous avons déjà parlé, sur ces sortes de zoophytes composés dont les troncs ne sont pas pierreux, ou , comme il les appelle, sur les polypes coralligènes flexibles, tels que les sertulaires et \esflustres; Fctude

approfondie qu'il a faite des polypiers en général lui a donné lieu d'y remarquer des caractères distinctifs assez notables pour y établir près de cinquante genres qu'il a répartis en dix familles, et auxquels il a subordonné cinq cent soixante espèces, dont près de la moitié sont nouvelles.

On ne peut que réitérer le vœu que ce grand travail soit promptement livré à la partie du public

qu'il intéresse.

M. Leclerc, de Laval, le même qui a travaillé sur les conferves, a présenté à l'Institut des observations intéressantes sur quelques animaux microscopiques. L'un d'eux, que M. Leclerc a découvert et nommé diflugiey à peine du diamètre d'un dixième de ligne , est enveloppé d'un étui membraneux qui s'enduit d'un sable très fin, et d'où il fait sortir des sortes de bras qui ne sont q^e d^ extensions de sa substance, et dont le nombre , la forme et les proportions, varient presque à sa volonté. Cet animal doit avoir de l'analogie avec celui que Rœsel avoit nommé proteus, et qui prend aussi dans le cours de peu d'instants mille formes diverses.

L'autre animal , observé par M. Leclerc, 'est un insecte hymenoptère, découvert par M. Jurine, correspondant de l'Institut , et nommé par lui psile de Bosc, mais qui appartient au genre diapria de M. T^atreille. Il porte sur la base de son abdomen

une corne relevée, et se prolong^eant en avant jusque sur la tète, où elle se termine par un renflement. M. Leclerc a reconnu que cette corne est la f][aine de la tarière, instrument dont bien d autres hyménoptères sont pourvus, mais qui d^ordiuaire est autrement placé. La base seule de la tarière de la diaprie est contenue dans sa corne, mais la pointe sort comme de coutume par lanus. •

M. Latreille nous a donné une description très détaillée de certains crabes de la Méditerranée, bien remarquables par leurs yeux, portés, non pas comme ceux des crabes ordinaires , sur une seule articulation mobile , mais sur un long tube à deux articulations , en sorte que lanimal les meut comme les branches d'un télégraphe. Leurs pieds de derrière sont d ailleurs placés sur le dos, comme ceux des dor4|)pe§«iQueIques uns de ces crabes avoient déjà été remarqués par Rondelet et par Aldrovande; mais ces anciens naturalistes nWoient pas &it mention de la structure singulière de leurs yeux. M. Latreille en fait un genre sous le nom d'hippocarcinus. A-peu-près dans le même temps M. Leach, savant naturaliste anglais, qui travaille à un grand ouvrage sur les crustacés, décrivoit aussi ces espèces sous le nom générique d'homolus.

M. Savigny a établi Tannée dernière , par des observations détaillées , une analogie de structure in-

finiment plus grande qu on ne la supposoit entre les bouches des infectes ailés, soit suceurs, soit masticateurs, et iV avoit fait voir que les gaines des suçoirs, des trompes, ou autres instruments de déglutition des premiers, et quelquefois ces instruments eux-mêmes, pouvoient être regardés comme des prolongements de quelques uns des palpes ou des mâchoires des autres. Il a présenté cette année un grand travail, d'où il résulte des analogies d'un autre ordre «ntre lés bouches des masticateurs ordinaires et celles de certains genres qui paroissoient anomaux , et dont les uns ont été rangés parmi les crustacés, d^autres parmi les insectes sans ailes.

Les naturalistes avoient remarqué depuis longtemps qu une partie des mâchoires de ces genres à bouche extraordinaire ressembloit à des pieds , et M. SavigTiy cherche à prouver que ce sont effectivement de véritables pieds , qui , prenant plus' ou moins la forme et les fonctions de mâchoires , viennent -se joindre aux mâchoires proprement dites, ou même les expulser et les remplacer tout-»-fait.

Ainsi , dans les scolopendres , il existe deux sortes de lèvres surnuméraires dont l'extérieure a des palpes robustes et crochus qui servent à l'animal pour saisir ses aliments. M. Savigny, remarquant qu'elles ne tiennent point à la tète , mais au premier

anueau du corps, les regarde comme les deux premières paires de pieds métamorphosés.

Dans les écrevisses et les crabes, où la tète et le corselet sont confondus, les mâchoires surnuméraires sont manifestement les premiers pieds; souvent même, comme dans les squilles, leur forme nest pas trop dissimulée; mais dans ces animaux, et dans plusieurs autres dont Fauteur a décrit la bouche avec une attention infinie, il subsiste toU"> jours des mâchoires ordinaires ; au contraire, dans les araignées , scorpions , et les autres genres sans antennes, il ne reste presque plus de trace de tète, et les vraies mâchoires ont disparu. Il ne subsiste que des mâchoires surnuméraires, c est-à-dire des pieds transformés en mâchoires.

Telle est Tidée sommaire que nous pouvons donner d'un travail très original , mais dont les preuves ont pour base des observations si détaillées et si nombreuses que nous ne pouvons les faire entrer dans notre analyse.

M. de La Billardière, qui continue d'observer ses ruches, a fait encore quelques remarques nouvelles sur cette matière si admirable , et qui semble devoir être inépuisable pour les naturalistes.

On sait qu après la sortie des derniers essaims les abeilles ouvrières, semblables pour l'ingratitnde à bien des êtres plus élevés, s'empressent de

se débarrasser des mâles, qui ne sont plus nécessaires à la propagation , et dont Fentretien consom^ meroit beaucoup de provisions. Elles en font un carnage épouvantable; mais , à en juger par les expressions de quelques auteurs, on pourroit croire que cette expédition nest laffaireque de quelques jours, et quelle ne manque jamais d'arriver. Cependant il faut quelquefois plusieurs semaines aux abeilles pour la terminer; quand tes ruches sont foibtes, c est-à-dire quandellesontpeud ouvrières, lopération dure encore bien plus long-temps; et même les mâles sont entièrement épargnés dans les ruches où il n'y a plus de reine, ou dont la reine, comme il arrive de temps en temps, ne produit que des mâles. M. de La Billardière rapporte en détail un exemple de cette règle dcîja reconnue par M. Huber; les cultivateurs peuvent donc reconnoître, au grand nombre de ces mâles qui restent dans une ruche après lepoque où ils auroient dû en être chassés , qu'il n'y a point à attendre de nouveaux essaims, et que la ruche peut être exploitée sans inconvénient.

. Chacun connott ce petit bruit assez semblable à celui du balancier d'une pendule, qui a long-temps inspiré de .la terreur aux gens superstitieux , et auquel on a donné le nom lugubre d'horloge de la mort. Les naturalistes ont jugé de bonne heure

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