‹ Histoire des progrès des sciences naturelles depuis 1789 jusqu'à ce jour (volume 2)Chapitre 5 sur 10 · PHYSIQUE · texte numérisé non relu

PHYSIQUE

Nous avons rendu compte, dans nos rapports précédents , ds la découverte de M. Davy sur les changements que la potasse et la soude éprouvent par 1 action de la pile de Volta , et des procédés par lesquels MM. Gay-Lussac et Thénard opéroient ces changements sans le secours de cet instrument.

M. Davy croyoit que, dans ces expériences, la potasse et la soude éprouvoient une désosigénation, et qu'il en résultoit un véritable métal qui se distinguoît sur- tout des autres substances de oa genre par une extrême affinité pour Toxigèae. Il nomnioit ces nouveaux métaux lun potassium, et Vautre sodium. MM» Gay-Lussac et Thénard établissoient au contraire par plusieurs expérieno^s, mab sur-tout par les produits qu on obtient en ana* lysant la combinaisoi;i du potassium avec lammoniaque , que les changements de la potasse et de la soude étoieat dus à une combinaison particulière de ces alcalis avec Thydrogène. M. Davy, ayant ré*

pété les expériences sur lesquelles cette opinion est fondée, na point eu des résultats conformes à cenx qui avoient été annoncés par les chimistes françois; ce qui a donné lieu à des observations de MM. Gay- Lussac et Thénard , dans lesquelles ils montrent que les différences qui se trouvent entre les résultats des expériences de M. Davy et les résultats des leurs tiennent à des causes qui ne peuvent point influer sur les conséquences auxquelles ils sont arrivés. Au reste, dans l'une et dans l'autre hypothèse, il n'en résultoit pas moins pour la chimie, de la découverte de M. Davy, un réactif extrêmement puissant , et qui devoit produire sur les autres corps des effets jusqu'alors ignorés.

Cette nouvelle découverte donnoit donc lieu à des expériences très différentes, mais qui conduisoient au même but; les unes avoient pour objet de reconnoître l'action de la pile sur les autres alcalis, sur les terres , et géiïéralement sur toutes les substances simples non métalliques, et qu'on pourroit soupçonner être des oxides comme la potasse et la soude. Le but des autres étoit de décomposer, au moyen des nouveaux métaux, les substances oxigénées ou supposées telles, et sur -tout les acides boracique, fluorique, et muria tique.

Nou$ avons dit l'année dernière que MM. Gay- Lussac et Thénard étoient parvenus à opérer la dé-

composition du premier de ces acides, et à en recoDnottre le radical. Depuis, leurs recherches se sont portées sur lacide fluorique.

Ils ont commencé par étudier les propriétés physiques et chimiques de cet acide plus exactement qu'on ne lavoit fait avant eux. L affinité de leau pour ce gaz est extrême ; dès qu'on le mêle à d autresquicontiennent quelques portions dece liquide, il se forme de nombreuses vapeurs : cependant ce gaz ne peut communiquer à Teau sa force expansive ; il ne peut se dissoudre ni en gazéifier la plus petite quantité , et dans son état aériforme il est absolument sec; mais il est impossible d obtenir cet acide pur ; il retient toujours quelques portions des corps avec lesquels il a été en contact; et dans les travaux que MM. Gay-Lussac et Thénard ont entre^ pris sur cet acide, au moyeu du potassium, ils se sont servis de préférence du gaz fluorique siliceux, comme ne contenant aucun corps étranger susceptible de se décomposer et d obscurcir les résultats des expériences. Dans laction réciproque de ces deux matières il y a une grande absorption d acide fluorique , très peu de gaz hydrogène dégagé , et transformation du métal en une matière solide dont la couleur est brun rougeâtre.

MM. Gay-Lussac et Thénard regardent cette combinaison nouvelle comme un composé de po-

tasse, de »lice, et du radical de iacide fluorique ; mais ils n*oat pu isoler cette dernière substance, te II parolt, disent nos auteurs (d après beaucoup d*expériences que nous ne pouvons rapporter ici), que quand ce radical n'est combiné qu'avec la potasse, il peut décomposer leau comme les phosphures; mais que quand il est combiné avec la potasse et la silice, il ne la décompose pas, sans doute par la raison que cette combinaison triple est insoluble. »

M. Davy a aussi feit des tentatives pour mettre à nu le radical fluorique, et il a obtenu des résultats analogues à ceux que nous venons de rapporter; il attribue Thydrogène produit dans la combinaison du potassium avec le gaz à l'eau qu'il croyoit être contetiue dans cet acide, et que le métal avoit décomposé.

L'acide muriatique a aussi été pour M. Davy, et pour MM. Gay-Lussac et Thénard , le sujet d obser* vations nombreuses et intéressantes. Les uns et les autres ont fint des essais infructueux pour décomrposer cet acide, et pour isoler le radical qu'on croit en former un des éléments. Mais MM. Gay-Lussac ett Thénard ont reconnu que l'acide muriatique ne pouvoit exister sans eau à l'état de gaz; qu^alors il ea contenoit le quart de son poids, et que lea a seule avx)it la faculté de l'enlever à ses combinaisons se-

ches. Il est à remarquer que, dans toutes les.etpérîeuces faites avec les métaux, leau, eu se décomposant, a toujours produit une quantité doxide égale à celle dont avoit besoin lacide pour se neutraliser ; de sorte que, pour tout résultat, on obtenoit de Thydrogène et un sel neutre. Les bornes de ce rapport ne nous permettent pas de faire connottre toutes les expériences qui sont contenues dans letra^ vail de MM. Gay-Lussac et Thénard ; mais nous ne devons pas passer sous silence Theureuse applicatioa que ces savants ont feite, à la décomposition du muriate de soude, de raffinité que lacide muriati^ que a pour Teau : on sait que la soude entre comme matière première dans plusieurs fabrications, et qu*il est très important de posséder un moyeu simple et direct de retirer cet alcali du sel commun.

Quant à Tacide muriatique oxigéné, MM. Gay- Lussac et Thénard Tout soumis à de nombreuses eipériences. « Elles doivent donner, disent ces chimistes, de la coifstitution de cet acide upe idée toute différente de celle qu on s'étoit formée. On IWoit rç^^rdé comme le eorps le plus facile à dér composer, et au cou trahie U résiste ^ 1 action deS: agents les plus énergiques^ On ne peut en retirer Tacide muriatique à letat de gaz qiiau moyen de Feau ou de l'hydrogène. » Cet acide pèse 2^.47 plus que Pair. U contient la moitié de son volume de ga?

oxigène, et toute leau quil peut former avec l'hydrogène est retenue par Facide muriatique qu'il renferme. Cette eau fait Je quart du poids de ce dernier acide.

L action du métal de la potasse sur les oxides et les sels métalliques, et sur les sels terreux et alca- Hus, a aussi fait pour MM. Gay-Lussac et Thénard le sujet d'un travail particulier, duquel il est résulté que tous les corps dans lesquels on connoit la présence de Foxigène sont décomposés par ce métal ; que cette décomposition se fait presque toujours avec dégagement de lumière et de chaleur; que ee dégagement est d'autant plus considérable que l'oxigène est moins condensé, et que, .par conséquent, ce pourroit être un moyen d'apprécier le degré de condensation de Foxigène dans chaque corps.

Après avoir opéré sur la potasse et sur la soude, à l'aide de la pile de Volta, les changements dont nous avons parlé plus haut, il étoit naturel de chet'* cher à produire des effets analogues sur les autres alcalis et sur les terres. En effet M. Davy a entrepris de nombreuses expériences pour découvrir, suivant son système, les métaux de la baryte, de la strontiane, de la chaux, de la magnésie, de la silice, de Falumine , de la zircone , et de la glucine. Après beaucoup de tentatives infructueuses, il annonce qu'il est parvenu, avec le secours de la pile, à dés-

oxigéner les quatre premières de ces substances, et à former des amalgames des nouveaux métaux qui en résultent. Il pense que les quatre autres sont aussi des o^ides mcfalliques; mais ses expériences, comme il lavoue, ne le prouvent point d'une manière évidente.

Un autre amalgame, produit par l'ammoniaque, a été découvert Tannée dernière à Jéna par le doc^ teur Schebeck. Il a fait ensuite le sujet des recherches de MM. Berzélius et Pontin à Sto.ckholm, et de M. Davy en Angleterre; les uns et les autres se sont accordés à reconnoître lammoniaque comme jouissant de toutes les propriétés d'oxide. A la température ordinaire cet amalgame a ta consistance du beurre, et au froid il cristallise en cubes; mais on n a pu isoler le nouveau métal. MM. Gay-Lussac et Thénard ont répété les expériences rapportées par les chimistes dont nous venons de parler, et ils en ont reconnu lexactitude. Mais cet amalgame, qui n avoit été formé que par laction de la pile, les physiciens françois Tout produit par laction du métal et de la potasse, et ils ont reconnu qu'une légèi^e agitation sufBsoit pour le décomposer. Par cette simple action le mercure redevient coulant, et il se dégage de lammoniaque et de Fhydrogène dans la proportion de 28 à 28. Le mercure absorbe 3,47 ^^ scm volume dé gaz hydrogène, et 4»22 de son vo-

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lume de gaz ammoniaque pour passer à Fétat cTa* malgame, d'où il résulte, disent nos auteurs, que dans cette combinaison le mercure augmente d^environ 0.0007* de son poids, tandis que, d'après les expériences de M. Davy , il n'augmentoit que d'un 12000*. Ainsi la théorie par laquelle MM. Gay-Lussac et Thénard expliquent la formation du potassium s'applique à la formation de l'ammonium. Ce nouveau métal n'est, suivant eux, que de l'ammoniaque et de l'hydrogène. Enfin M. Davy a encore porté ses recherches sur le soufre, le phosphore, la plombagine, le charbon , et le diamant. Les prin* cîpales expériences relatives à ces deux premières substances ont été faites sur les gaz hydrogènes, sulfurés et phosphores , au moyen du potassium , et il conclut das résultats qull a obtenus que ces deux corps inflammables sont des combinaisons d'hydrogène, d'oxigène, et d'une base qui n'est point connue, et qui n'a point encore été mise à nu. Quant aux autres substances, il est conduit à regarder la plombagine comme un alliage du fer avec un métal particulier qui se retrouve dans le charbon combiné à l'bydrogène, et dans le diamant à une petite parlâe dVxxigène.

Ces idées étoient trop contraires à celles qui sont communément reçues pour ne pas exciter les recherc^s des autres chimistes. Aussi MM. Ckiy-L^s*

sac et Tbénard ont-41s fait sur le soufre et le phosphore un travail très étendu ; et comme M. Davy avoit employé les hydrures dans ses expériences, les chimistes François ont cherché d abord à déterminer avec exactitude les éléments de ces substances. Ils ont reconnu que le gaz hydrogène sulfuré contient un volume d'hydrogène égal au sien ; que le gaz hydrogène phosphore en contient au moins une fols et demie son volume , que le premier de ces gaz peut être absorbé par le potassium et le sodium, et que dans cette absorption il se développe précisément la même quantité d'hydrogène que le métal seul en donneroit avec l'ammoniaque et avec l'eau ; enfin que le gaz hydrogène phosphore est décomposé par le potassium et le sodium, en sorte que le phosphore se combine avec ce métal , et que l'hydrogène se dégage. Mais ces physiciens ne se sont point bornés à porter leurs recherches sur les substances que M. Davy avoit mises en usage ; ils ont fait des expériences sur le gaz hydrogène arseuiqué , et ils ont vu que ce gaz se comporte avec les nouveaux métaux comme le gaz hydrogène phosphore, et ^ue l'arsenic peut se combiner avec l'hydrogène de manière à former une hydrure scdide qui a la forme de flocons légers , d'une couleur brune. Ils codicl tient que le gaz hydrogène sulphuré et phosphore , ainsi que le soufre et le pliosphore^

ne contiennent point d'ûxigène , ou du moins que les expériences de M. Davy ne le déinontrent point. Mais ils croient, comme on la déjà pense, que le soufre, et peut-être le phosphore, contiennent de l'hydrogène.

Nous ne nous permettrons point de prononcer entre les opinions de M. Davy et celles de MM. Gay- Lussac etThénard; mais on ne manquera sans doute pas de remarquer, quoique cela ne puisse conduire à aucune conséquence fâcheuse pour la chimie mo-<derne, que Thydrogène, qui souvent dans la théorie de Staël n etoit pas autre chose que le phlogistique , donne lieu à des combinaisons qui ont tous les caractères des métaux.

Outre les travaux dont nous venons de parler, nous devons à M. Gay-Lussac des observations sur la combinaison des substances gazeuses les unes avec les autres, qui l'ont conduit à prouver que les gaz , dans telles proportions qu'ils puissent se combiner, donnent toujours lieu à des composés dont les éléments sont entre eux dans des rapports très simples. Ainsi loo parties de gaz oxigène saturent exactement 200 parties d'hydrogène; les gaz fluo^ rique et muriatique mêlés avec le gaz ammoniacal saturent de celui-ci un volume égal au leur, et forment des sels neutres, etc. Mais il observe que lorsqu'on considère les proportions en poids , on

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n'obtient aucun rapport simple entre les éléments d'une pareille combinaison. De plus il fait voir que les contractions apparentes qu'éprouvent les gaz en se combinant se font aussi dans des rapports très simples avec le volume primitif des gaz, ou seulement avec celui de Tun d'eux, et il fait remarquer ensuite que la contraction apparente n'indique point la contraction réelle qu'ont éprouvée les éléments en se combinant.

Ces observations ont été suivies d'un travail particulier sur la vapeur nitreuse et sur le gaz nitreux considéré comme moyen eudiomé trique. On y voit d'une manière bien évidente l'influence des quantités sur le résultat des combinaisons. Si l'on mélange 200 parties de gaz nitreux et 200 parties de gaz oxigène, il se produit de l'acide nitrique^ et 100 parties d'oxigène restent libres. Si au contraire on £siit un mélange de 1 00 parties d oxigène et de 4oo de gaz nitreux , il se fait une absorption de 4oo parties , qui produisent de l'acide nitreux, et 100 parties de gaz nitreux restent libres. Ainsi on obtient de l'acide nitrique, ou de l'acide nitreux, suivant que l'un ou l'autre des gaz dont ces acides se composent domine.

Mais dans l'unit dans l'autre cas les absorptions sont toujours constantes. Ainsi l'acide nitrique egt composé de 100 parties de gaz azote et de 200 de

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gaz oxigène , ou de i oo de gaz oxigène et de 200 de gaznitrcux. L acide nitreux résulte de la combiDai- 8OU de 100 parties de gaz oxigène et de 3oo de gaz nitreux. Et si Ton ajoute que le gaz nitreux est corn* posé de parties égales de gaz oxigène et de gaz azote , comme M. Gay-Lussac la voit déjà démontré, on aura une histoire complète des combinaisons de Toxigènc et de l'azote.

M. Guy ton de Morveau , dans une suite d expé* rences sur le diamant et sur les substances qui contiennent du carbone, a cherché h déterminer leur action sur Feau , à une tempéra ture très élevée. L'eau a été décomposée par le diamant, et l'acide carbo* nique a été produit.

M. Sage nous a fait part de ses recherches sur la i^evivification de l'argent par le mercure dans le nitrate d'argent ; sur un acétate d'ammoniaque retiré du bois par la distillation ; sur l'analyse de la pierre calcaire nommée typographique ; sur la magnésie contenue dans les coquilles , les madrépores , la pierre calcaire, et l'arragonite; sur une mine de fer arénacée; sur une pétrification inconnue et sur l'analyse d'un bois pétrifié , cuivreux , et ferrugineux'. Nous regrettons que les bornes de ce rapport ne nous permettent pas d'entrer dans plus de détails aar ces nombreux travaux.

Lorsque la chimie descend des corps bruts aux

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corps organisés, les phénomènes qu'elle observe sont plus compliqués et les résultats qu elle obtient sont plus obscurs. Aussi cette branche de la chimie a-t-elle été négligée jusqu'à ces derniers temps, et la plupart des observations et des découvertes dont elle s'est enrichie sont incontestablement dues aux travaux de M. Fourcroy , de cet illustre confrère dont nous déplorons tous la perte aujourd'hui, et à ceux de son célèbre ami M. Vauquelin.

Ce dernfer s'est occupé de l'analyse du tabac , dans la vue de reconnottre les principes qui caractérisent cette plante , et qui l'ont fait choisir pour les usages auxquels eUeest employée, et afin d'apprécier les modifications qu elle éprouve par les différentes préparations qubn lui feit subir pour en faire un dbjet de commerce. Il résulte de ce travail que la plante du tabac à laçges fieuilles (nicotiana latijùtia) ccHitient une aftatière animale de nature albumi'neuse , du maUte de chaux avec excès d'acide , de l'acide acétique, du nitrate et du muriate de potasse, une matière rouge dont la nature est inconnue, du muriate d'ammoniaque, et enfin un principe acre et volatil qui paroit être différent de tous ceux qu'on a déterminés dans le règne végétal. C'est ce principe qui dionne au tabac les qualités qu'on lui oonnott ; on peut le séparer de la plante par ta distillation , et remployer aépaiiéineat. Le taba<e préparé a

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présenté de plus que la plante sans préparation du carbonate d ammoniaque et du muriate de chaux.

M.Vauquelin,pensantquelesucdela belladone, dont les effets sur leconomie animale sont si analogues à ceux du tabac, contenoit le principe acre qu'il a découvert dans cette dernière plante^ en a fait lanalyse ; mais il n'y a trouvé qu'une substance animale, des sels à base de potasse, et une substance amère de laquelle le suc de la belladone reçoit ses propriétés narcotiques.

A l'article Physiologie nous parlerons des expériences que M. Vauquelin a faites avec ce suc sur les animaux.

M. Chevreul a présenté à l'Institut des expériences fort étend ues sur les matières végétales. Les uiies ont pour objet le principe amer produit par l'action de l'acide nitrique sur les matières organisées qui contiennent de l'azote, et dont MM. Hausmami, Welther, Proust, Fourcroy^ et Vauquelin, s'étoient déjà occupés.

M. Chevreul pense que cet amer est composé d'acide nitrique et d'une matière végétale huileuse ou résineuse ; et il attribue la propriété qu'a cette substance de détoner à la décomposition de l'acide nitrique , à la formation du gaz ammoniacal , de l'acide prussique et du gazhydrogmie h uileux,etc. etc. ;

ce qui est conforme à une partie des observations de MM. Fourcroy et Vauquelin.

Mais avec l'amer il se produit une inatière résineuse et un acide volatil, sur lequel M. Chevreul a fait plusieurs expériences , et quil regarde comme ne différant de lamei* que par une petite portion d'acide nitrique.

Un second travail de M. Chevreul à pour objet les subtances formées par Faction de l'acide uitrique sur les corps charbonneux ou résineux qui ont la propriété de précipiter la gélatine. Les premières observations de ce genre avoient été faites en Angleterre par M. Hatchett, et elles avoient conduit à régarder ces substances comme analogues au tannin. M. Chevreul pense que c'est une erreur, et qu'elles diffèrent entre elles non seulement suivant l'espèce d'acide et de matière avec lesquelles elles ont été préparées, mais encore suivant la quantité d'acide qui est entrée dans leur composition.

Enfin , poursuivant toujours le même genre dW périences, M. Chevreul a porté ses recherches sur différents composés formés par la réaction de lacide sulphurique sur le camphre. Ces travaux ont tous obtenu l'approbation de l'Institut, qui en a ordonné l'insertion dans les mémoires des savants étrangers.

BUFFON. COMPLEM. T. II.

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Chaque année nous avons pu présenter d'heureuses applications de la chimie aux arts, et donner ainsi de nouvelles preuves des secours que nos besoins et l'industrie peuvent tirer des sciences.

M. Chaptal , à qui les fabriques doivent déjà tant de procédés utiles , nous a fait conhoître d'intéressantes observations sur la distillation des vins. On voit par l'histoire qu'il donne de cet art, par la description des appareils qui y étoient employés autrefois et de ceux qui y sont employés aujourd'hui, que les procédés de la fabrication des eaux-de-vie se sont améliorés à mesure que les appareils de la chimie se perfectionnoient. Un des plus importants de ceux qui existent dans le Midi n'est pour ainsi dire que l'appareil de Vouif en grand. Les lois de l'évaporation, et les procédés au moyen desquels on chauffe les Kquides par la vapeur, ont ingénieusement été combinés pour opérer la distillation des vins d'une manière économique ; mais les observations de M. Chaptal conduiront sans doute encore à de nouveaux perfectionnements dans la fabrication des eaux*de-vie, et contribueront à conserver à cette branche importante de notre commerce la supériorité qu'elle a acquise.

Le même membre a fait l'analyse de sept échan-^ tillons de couleurs trouvés à Pompéia . Trois de ces couleurs n'étoient que des terres colorées naturel-

lement ; Tune verdâtre, lautre jaune, et la troisième brun rouge; la quatrième étoit une pierre ponce très légère et fort blanche. Une cinquième , qui avoit une belle teinte rose , a montré tous les caractères d'une lacque, et M. Chaptal lui a trouvé beaucoup d'à najogie avec la lacque de garance qu'il a fait connoltre dans son traité sur la teinture du coton.

Les deux dernières'étoient bleues ; Tune avoit une teinte pâle, mais lautre étoit intense et nourrie. L analyse de ces deux couleurs a n^ontré quelles étoient dues à une combitiaison d oxide de cuivre, de chaux, et d alumine, résultant d'un commencement de vitrification. M. Chaptal observe que cette couleur est fort supérieure, en éclat et en solidité, à notre cendre bleue, et que son prix étant bien inférieur à celui du bleu de cobalt et au prix de Toutre-mer, il seroit important de rechercher les procédés que les anciens employoient à sa fabrication. ,

M. Sage s'est occupé des procédés les plus propres à préparer la chaux vive pour obtenir des mortiers solides, delà nature des différentes espèces de stucs, des moyens de donner le poli du marbre aux pierres artificielles, et enfin d'un procédé propre à rédurre la cire blanche en une sorte de savon. Le même auteur, dans un mémoire, et MM. Guy-

toa et Vauquelin, dans un rapport, ont communiqué des observations sur les avantages et les inconvénients qu'il y auroit à employer le zinc dans la couverture des édifices; et, sur la demande du ministre de l'intérieur, la section de chimie a fait connoître quelles sont les fabriques qui peuvent être nuisibles à ceux qui habitent dans leur voisinage, et quelles seroient les mesures à prendre pour accorder l'intérêt des fabricants avec celui du public.

IlaétéfaitunrappôrtsiirunmémoiredeM.Tarry, relatif à la composition des encres à écrire et à leur perfectionnement. L'auteur est parvenu à composer une encre qui ne peut être détruite par les acides ni par les alcalis, et qui n'a que le léger inconvénient de laisser trop facilepaent déposer sa matière colorante. « La découverte de M. Tarry promet à la société, dit le rapporteur, un grand avantage, celui d'introduire l'usage d'une encre qui, n'étant pas susceptible d'être enlevée par les agents chimiques actuellement connus, n'offrira plusaux fripons l'occasion d'altérer des titres^ comme cela n'arrive que trop souvent aujourd'hui. »

Un autre rapport sur les turquoises artificielles de M. de Sauviac feit espérer de voir bientôt en ce genre les produits de l'art imiter exactement ceux de la nature. ^ '

Enfin une commission , composée de plusieurs

membres de la première classe et de plusieurs membres de la quatrième, s est occupée de retrouver un procédé de feu Bachelier pour la composition d'un badigeon conservateur des bâtiments. On sait qu a Paris les édifices se couvrent très vite d une teinte d'un gris sale, et que ce premier changement est cause de la détérioration qu'oïl les voit bientôt éprouver après. Une petite araignée établit sa toile dans les creux qui se trouvent à la surface des pîer* res ; ces toiles s'accumulent, se recouvrent les unes les autres,, et avec la poussière qu'elles retiennent elles forment cette croûte terreuse dont nous venons de parler, où les lichens prennent racine, et qui retient l'humidité à la surface des pierres; alors les gelées occasionent des dégradations considérables, et obligent à ce grattage qui finiroit par être lui-même une véritable dégradation.

Il s'agissoit donc de trouver un badigeon qui remplit les inégalités de la pierre sans faire épaisseur dans les angles, sans amortir les ressauts, et qui résistât aux pluies et à toutes les intempéries de nos saisons. Feu Bachelier avoit fait des essais heureux sur ce'sujet. La commission, aidée des renseignements de M. Bachelier fils, est parvenue à re-^ retrouver la recette d'un badigeon qui a résisté pen.^ dant quarante ans aux épreuves qu'on lui a fait subir, et qui donne l'espérance de pouvoir garantir

nos édifices des dég^radations auxquelles ils ont été exposés jusqu'à ce jour.

Peu d'années ont été au§si fécondes que celle-ci en travaux variés et importants sur les diverses branchés des sciences naturelles, et depuis les parties les plus générales de la physique jusqu a Thistoire particulière des espèces des trois régnes les découvertes de nos confrères , ou celles qui ont été soumises à l'Institut paf des savants étrangers à rinstitut, ont fourni de nouvelles richesses au système de nos connoissances. •

L'Institut avoit proposé un prix pour l'examen des circonstances et dès causes des diverses phosphorescences, c'est-à-dire de ces apparences lumineuses que certains corps manifestent, soit spontanément, soit lorsqu'ils sont frottés, légèrement chauffés, ou enfin dans toute autre circonstance différente de la combustion.

Ce prix a été remporté par M. Dessaignes , principal du collège de Vendôme; et son travail, couronné à la séance publique de l'année dernière, a été suivi par des expériences du même genre qui en ont beaucoup étendu les résultats.

Ce physicien définit la phosphorescence « une apparition de lumière durable ou fugitive , qui n'est

pas pourvue seasiblement de chaleur, et qui n'est suivie d aucune altération ^ans les corps inorganiques, » et il classe tous les phénomènes de. la phosphorescence sous quatre {genres, déterminés par leurs causes occasionelles : i ^ phosphorescence par élévation de température ; 2** phosphorescence par insolation; 3** phosphorescence par collision ; 4® phosphorescence spontanée.

Tous les corps phosphorescents par élévation de température, jetés en poudresur un support chaud,

s'illuminent, quelle que soit la faculté conductrice de ce support pour le calorique, et l'intensité de la lumière qui s'échappe est en raison directe du degré de température; mais la durée de la phosphorescence est toujours en raison inverse de cette température. Les dernières portions de lumière semblent être retenues par les corps avec plus de force que les premières, et il y a une très grande différence sous ce rapport entre les diverses substances; les corps vitreux perdent très difficilement leur propriété phosphorique , tandis que les métaux , leurs oxides phosphorescents, et les sels métalliques, la perdent très facilement. Aucun degré de chaleur ne peut enlever la phosphorescence à la chaux, à la baryte, à la strontiane, caustiques, faiblement éteiptes, à la magnésie, à Falumine, et à la silice. Dans certaines circonstances, dans un air humide

par exemple, quelques uns de ces corps peuvent reprendre leur phospUorescence après lavoir perdue, mais d'autres ne la reprennent jamais.

Get^e phosphorescence se présente sous des formes différentes; et, comme la lumière solaire, elle se décompose par le prisme : elle s'échappe de certains corps par émanation paisible , et de quelques autres par scintillation; sa couleur est bleue; mais elle est ordinairement souillée par ceux qui contiennent du fer, et l'on peut l'épurer, dans ce dernier cas , en enlevant à ces corps le lùétal qui change sa couleur.

En général il a paru à M. Dessaignes que les corps les plus phosphorescents sont ceux qui ^ dans leur composition, contiennent des principes qui ont dû passer de l'état gazeux ou liquide à l'état solide.

Il étoit important de vérifier si cette phosphorescence par élévation de température étoit due à la combustion : pour cet effet M. Dessaignes a fait ses expériences dans l'air atmosphérique, dans l'oxigène, et dans le vide barométrique, et il n'a vu aucune différence dans l'intensité de la lumière pour les cor{^ inorganiques; mais la lumière des corps organisés s'est accrue dans l'oxigène : ce qui conduit l'auteur à penser qu'au moins une partie de la phosphorescence de ces derniers corps est due à une véritable combustion.

Mais lelévation de la température ne rend pas tous les corps lumineux, et ceux qui deviennent phosphorescents par cette cause perdent cette faculté dans certaines circonstances. Quelle est donc la cause de Huphosphorescence? Telle est la question que se propose Mw Dessaignes , et pmir la solution de laquelle il a rencyivelé ses expériences en y faisant entrer des circonstances qu'il varioit selon les vues qu'il vouloit rem|)lir. Ses recherches l'on conduit aux résultats suivants : i^ Les produits obtenus par la voie du feu ne sont point lumineux , à moins que de l'état terreux ils n'aient passé à l'état vitreux; 2*" les corps pourvus d'une trop grande quantité d eau dé cristallisation ne.donnent aucune lumière; 3° les corps capables d'être ramollis par la chaleur ne donnent également point de lumière, et dans ce cas sont les sels avec excès d'acide; excepté les sels boraciques, qui ne se fondoient point au degré de chaleur des expériences; 4** l^s corps et particulièrement les sels qui se volatilisent ou se décomposent à ce degré de chaleur sont inphosphorescents; 5® enfin les corps mélangés d'une grande quantité d'oxide métallique sont aussi complètement ténébreux.

Cependant la plupart de ces corps peuvent redevenir lumineux lorsqu'on les humecte, quand ils ont la' faculté de se combiner avec l'eau et de la

solidifier à un certain point. Enfiii cette faculté peut reparoitre dans les corps qui Font perdue si on les fait changer d état.

M. Dessaignés conclut de ses expériences^ dont nous n avons pu qulndiquer les résultats , que la phosphorescence produite par l'élévation de température est due à un fluide particulier qui est chassé par le calorique des corps, entre les molécules desquels il se trouve, et ce fluide lui paroît être de nafture électrique; il est conduit à cette idée parceque toutes les circonstances qui favorisent ou qui détruisent Taccumulation du fluide électrique favorisent ou détruisent absolument de la même manière relativement aux mêmes corps laccumulàtion du fluide phosphorique, et que l'électricité peut être directement accumulée dans ces corps et les rendre lumineux.

On savôit depuis long-temps que l'exposition de certains corps à la lumière les rendoit phosphorescents. Dufey et Beccaria avoient déjà fait quelques recherches sur les phénomènes de ce genre , et il étoit résulté de celles du dernier Topinion que la phosphorescence des corps exposés à Ja lumière venoit d'un dégagement de cette lumière qui s'y étoit introduite par une sorte dimbibition. L'expérience sur laquelle cette opinion étoit fondée a été reconnue de tout point inexacte par M. Dessaignes: les

phosphores qu'il a soumis aux différents myon s du prisme ont toujours donné la même lumière. Il y a plus, c'est que la phosphorescence produite par insolation, bien loin d'être une émanation rayonnante, n'est réellement qu'une oscillation ; car quelque fréquentes que soient les insolations, la phosphorescence n'est point augmentée, etjl suffit de couvrir de fumée un corps phosphorescent pour le rendre obscur. L'action de la lumière, comme celle de la chaleur, ne rend pas tous les corps phosphorescents, et ceux qui le deviennent ne le sont pas tous au même degré. Le phosphore de Canton devient phosphorescent par la seule lumière de la lune , tandis que le quartz hyalin ne donne de lueur que par la lumière directe du soleil, En général les corps liquides sont insensibles par ce mode d'excitation; et il en est de même du charboq , du carbure de fer et des métaux , de la plupart des sulfures , des oxides métalliques faits par la voie sèche, et en général de tous les corps qui sont , comme les précé^ dents, des conducteurs de l'électricité: mais les corps idio- électriques peuvent devenir phosphorescents à l'aide d'une vive lumière. Il est à remarquer que, sous le rapport de la phosphorescence, tous les corps se sont exactement conduits avec l'électricité comme avec la lu mière.

La lueur produite par insolation a la même cou-

leur que celle que la chaleur fait naître, et elle peut être modifiée de même par les oxides métalliques.

Les corps les plus lum^ineux par insolation ne le soat plus par cette cause quand ils sont chauds: ils redeviennent phosphorescents à mesure qu'ils se refroidissent; et quelques corps qui ont perdu la faculté de luire par l'élévation de la température peuvent encore donner de la lumière au moyen de linsolation, ce que M. Dessaignes attribue à la quantité d'eau que ces corps retiennent; car l'eau joue incontestablement un très grand rôle dans tous les phénomènes de ce genre, comme le remarque fort bien M. Dessaignes en plusieurs endroits.

L'on attribuoit presque généralement à une combustion toute la lumière que répandent cer- . tains de ces corps connus sous le nom de phosphores. M. Dessaignes, voulant approfondir cette opinion, a soumis ces corps à des expériences particulières qui prouvent évidemment, selon lui, qu'ils doivent leur lumière à la même cause qui produit celle des autres, c'est-à-dire à une espèce de fluide électrique; car M. Dessaignes regarde la lumière produite par irradiation et par électrisation comme étant la même que celle que donne l'élévation de la température : seulement dans les deux premiers cas cette lumière n'éprouve que des vibrations ,

tandis que dans la dernière elle est véritablement expulsée.

La phosjphorescence par collision a fait pour M. Dessaignes le sujet de plusieurs mémoires. Il résulte de l'ensemble de ces expériences cette loi générale et bien remarquable que tous les corps, dans quelque état qu'ils soient , solides , liq uides , ou gazeux , dégagent de la lumière par la coi^pression. Mais cette lumière est moins abondante lorsque les corps ont déjà été rendus phosphorescents par la chaieu r ; et quelque nombreuses et fortes que soient les compressions auxquelles on soumet un corps, jamais on ne peut le priver entièrement par-là de sa faculté phosphorique. Cette lumière semble à M. Dessaignes avoir une cause différente de celle qui est produite par la chaleur. « Elle paroît dépendre, dit-il, d'un fluide éminemment élastique, étroitement uni à tous les éléments de la matière gravitante. Ce fluide, source première de toute force expansive,, se refoule d'autant plus dans les molécules que leurs éléments constitutifs s'approchent de plus près, de sorte quHl est plus éloigné de sa limite de compression dans les gaz que dans les corps vitreux ; aussi feut-il un moindre effort dans ceux-ci pour les faire osciller, etc. , etc. »

Relativement à la phosphorescence spontanée, M. Dessaignes en distingue de deux sortes; les unes

3o PHYSIQUE, CHIMIE,

sont passagères, les autres permanentes. Parmi les premières on peut citer celle qui a eu lieu par Funiori d'une certaine portion d eau avec la chaux caustique; et parmi les secondes celle du bois pouri et d'autres substances organiques en putréfaction. Ce sont ces dernières qui occupent plus particulièreiment M. Dessaignes dans ce quatrième genre de phénomènes. Sesobservations ont été faites sur des substances animales , de la chair des poissons d'eau douce, des poissons de mer, et sur des substances végétales, des bois de différentes sortes. Ces substances ont offert séparément des caractères particuliers; mais il résulte de l'ensemble de leurs phénomènes que la phosphorescence des unes et des autres est une espèce de combustion dans laquelle il se produit de l'eau et de l'acide carbonique; toutes les parties constituantes des muscles et du bois ne participent pas à la lumière que ces corps produisent : la partie ligneuse et la fibre musculaire n'éprouvent dans ces changements aucune altération essentielle, et la phosphorescence de ces corps est due^ dans le bois, à un principe glutineux qui servoit à réunir.les fibres ligneuses , et dans la chair à un principe gélatineux qui unissait les fibres charnues.

M, Dessaignes , s'appuyant sur les feits nombreux de phosphorescence spontanée qu'il a recueillis ,

ET MÉTÉOROLOGIE. 3l

cherche à expliquer la phosphorescence de la mer, qu'il croit être due à deux causes différentes : i ° à la présence d'animalcules phosphoriques par Témanation d'une matière lumineuse produite par ces animalcules mêm^s ; 2^ par la simple présence de cette matière dissoute ou mélangée daqs l'eau, et résultante non seulement de ces êtres, mais encore des mollusques , des poissons , etc. , etc.

Depuis la publication de son premier travail, M. Dessaignes a fait d'autres recherches du même genre; il a tenté, par de nombreuses expériences, de déterminer l'influence des pointes sur la phosphorescence, soit par élévation de température, soît par insolation ; et non seulement il a reconnu qiie les pointes ont sur le fluide phosphorique la mémeinfluénce que sur le fluide électrique, mais, de plus, que des corps naturels qui ne difFèrent entre eux que par leurs caractères résultant de l'agrégation peuvent différera l'infini sous le rapport de leurs facultés phosphorescentes , etc. , etc.

Les productions subites de chaleur qui se manifestent dans une infinité de phénomènes chimiques , quoique plus connues que ne l'étoient celles de lumière, ont encore besoin d'être déterminées avec quelque précision.

M. Sage a donné lé résultat de ses recherches sur les degrés de chaleur que produisent les aeideç mi-

néraùx concentrés, en se combinant avec divers oxides métalliques, des terres, de 1 eau, etc. : de lacide sulfurique à 67** de l'aréomètre de Beaumé, mêlé à un tiers d'eau, donnoit une, température de 80°; de lacide nitrique, marquant 45"* à l'aréomètre, a donné, mêlé à 73 d'eau, 45**; et lacide muria tique à 20*" a donné, avec la mèïne quantité d'eau que dans les expériences précédentes, 22**; le plus grand degré de chaleur obtenu avec lacide sulfurique est celui qui est résulté du mélange de cet acide avec les os incinéré^ : cette chaleur a été de i6o<> au-dessus de zéro. En général ces expériences serveiit à faire présumer que la chaleur produite dans les combinaisons des corps est d*au^ tant plus forte que ces corps éprouvent plus de contraction. Il est fâcheux que M. Sage n'ait point cherché à déterminer, la pesanteur spécifique des corps qîi'il combinoit avant et après Fexpérience.

La mesure absolue de la chaleur, dans les degrés élevés, pour lesquels on ne peut employer des sub^ stances liquides,, est toujours l'objet des recherches des savants. v

M. de Mqrveau , qui s'en occupe depuis tant d années , et dont nous avons fait cdnnoitre les prenliers travaux dans le premier volume de cette histoire, a communiqué à l'Institut une suite de tableaux qui peuvent être considérés comme le résumé de

ses nombreuses expériences. Le premier de ces tableaux présente les degrés de chaleur de fusion et de vaporisation des différents corps corrigés et mis ein concordance avec les échelles pyrométriques et thermométriques les plus généralement admises. Un second tableau donne les dilatations des métaux, déterminées en concordance de ces mèilies échelles pyrométriques et thermométriques, et exprimées en millionièmes pour loo** centigrades. Dans un troisième tableau il indique les rapports de la dilatabilité et de la fusibilité des métaux ; et enfin dans un quatrième il donne les degrés de chaleur indiqués par son pyromètre de platine, et leur correspondance avec 'le thermomètre centigrade, le pyrométre de Wedgwood, et les observa* tions de fusion jusque dans les plus hautes températures. Ces tableaux ont été accompagnés d'un mémoire e^pUcatif contenant les détails des procédés employés par l'auteur pour rectifier ses éyaluations , lesquelles diffèrent esseiitiellement de celles qui avoient été données par Wedgwood ; et ee1;te différence vient principalement d'une erreur que ce. célèbre physicien avoit commise en mesurant la fusibilité de l'argent, qui faisoit une des b^ses de. ses calculs.

Pour faciUter les expériences que les idées nou-

BUFFON. COMPLéM. T. II. 3

velles de la chimie rendoient nécessaires, lé gouvernement a ordonné qu'il fût construit à l'École polytechnique des piles galvaniques de diverses grandeurs, et une entre autres qui surpassât de beaucoup toutes celles quelon avoit employées jusqu'ici, afin que l'on pût apprécier Tinfluence que le volume de ces appareils exerce sur leurs effets.

MM. Gay-Lussac et Thénard nous ont donné une description de cette grande pile composée de six cents paires de disques carrés, de 3 décimètres de côté chacun , et des expériences qu'ils ont faites avec elle et avec une autre dont les plaques étoient de 48 centimètres carrés de surface.

Leurs premières recherches se sont portées $ur les causes qui font varier Ténergie de la pile. On attribuoit cette énergie ou à la conductibilité des matières constituante^ de la pile, ou à l'action chimique de ces matières, ou à ces deux causes réunies; pour éclaircir cette question les auteurs ont cherché une espèce de galvanomètre, et ils se sont arrêtés pour cela à la décomposition de l'eau dans un tube pen* dant un temps donné. Ils ont vu que, toutes choses ^ales d'ailleurs, la pile décomposoit d'autant plus d'eau , dans un même espace de temps, que toutes les substances qui entrent dans le cercle de la pile sont plus conductrices. Une pile de quatre-vingts paires, montée avec un acide, décompose la po-

tas^, ce que ne peut faire la pile de six cents patres montée avec Àe Fçau. D un autre côté le tube du gaimanomètre, rem pli deau seulement, donne quatre à cinq fois moins de gaz que lorsqu'il est rempli d'acides affoiblis. En général les acides sont d'au<^ tant plus forts conducteurs qu ils sont moins étendus , mais un mélange- d'acide et de sel produit encore plus d'effet que l'acide seul.

Les acides sont meilleurs conducteurs que les alcalis , et les alcalis sont meilleurs conducteurs que les sels qui proviennent de ces mêmes acides et de ces niémes alcalis employés comparativement.

*L'eau du galvanomètre chargée de sel est d'autant moins bonne conductrice qu'elle s^éloigne davantage de la saturation.

Il falloit savoir quelle étoit t'influence de la longueur des fils plongés dans le galvanomètre ' ; 8 centimètres ont décomposé moins deau que 4 9 mais

n centimètres en ont décomposé moins que 8.

Les effets de la pile n'augmentent pas dans le ilième rapport que le nombre des plaques; leffet n'est double que lorsque le nombre est huit fois plus gnmd. £n général les effets de la pile , mesurés par la quantité de gaz qu elle produit, s'éloignent

' Je me sers de ce mot par commodité , les auteurs ne s'en sekrént pas.

peu d*être proportionnels à la racine cubique du nombre des plaques.

Les effets de deux piles, différentes par l'étendue des surfaces de leurs pkques, sont proportionnels à ces surfaces.

La tension électrique de la pile dure plus que son action chimique. Cette différence vient de Finfluence inévitable de la durée du contact du condensateur avec lequel on recueille rélectricité pour la mesurer à la balance de Coulomb.

Après avoir étudie les piles en elles-mêmes , pour en apprécier les effets, MM. Gay-Lussac et Thénard ont porté leurs recherches sur Faction de la grande pile suV divers corps. La commotion qu^on reçoit de cette grande batterie est excessivement forte et dangereuse; mais elle nest point sensible au milieu d'une chaîne composée de quatre ou cinq personnes, elle ne l'est qu'aux extrémités de cette chaîne; ce qui prouve, contre l'opinion reçue, que, dans cette expérience faite avec de^ bouteilles de Leyde, ou de toute autre manière, la chaîne ne fait pas l'effet de conducteur^ et que chaque personne n'est chargée que par influence, c'est-à-dire que le fluide électrique qui lui est naturel n'est que décomposé, et que la commotion ne vient que dû rétablissement des deux fluides qiui le composent.

Parmi les découvertes auxquelles cet admirable instrument de la pile a donné lieu, il en est peu d aussi intéressante pour la chimie générale que la transformation des alcalis en substances combustibles et d*un éclat métallique.

On a vu précédemment que ces substances étoient regardées par M. Davy, qui les a découvertes, comme des corps simples métalliques, et quau contraire MM. Gay-Lussac et Thénard, se fondant sur des expériences particulières dont nous avons fait mention , ne les considéroieqt que conune des combinaisons des alcalis avec Tbydrog^ène, ou ce qu'on appelle des hydrures. Depuis lors MM, Gay-Lussac et Thénard ont fait des recherches pour déterminer la quantité d oxigène que ces substances absorbent dans diverses circonstances ; et ils ont observé, i® qu'en, brûlant le potassium dans du gaz oxigène, à laide de la chaleur, ce métal en absorbe près de trois fois autant qu'il lui en faut pour passer à Tétat de potasse ; 2** que le sodium, traité de la même manière, absorbe seulement une fois et demie autant d'oxigène que pour passer à Fétat de soude ; y que dans ces expériences on peut substituer lair atmosphérique à Toxigène sans changer le résultat; 4° qu'on fait varier ces résultats en faisant varier la température, du moins pour le sodium, qui, à fi'oid, n'absorbe que

peu loxigène, tandis que le 'potassium au contra ii'e s^oxide presque au même degrés quelle que soit la température; 5° enfin que dans ces combinaisons il ne se dégage rien.

Le potassium et le sodium chargés d'oxigène ont des propriétés particulières, et entre autres celle d'absorber leau avec avidité; mais par cette absorp^ tion ils sont décomposés, et il en résulte de la po^ tasse ou de la soude et beaucoup d'oxigëne. Au reste ces corps oxigénés sont ramenés à Tétat, alcalin par tous les corps combustibles et paries acides, et plu^ sieurs de ces phénomènes ont lieu avec dégagement de lumière; de sorte que tout concourt à prouver que la combinaison du potassium et du sodium, avec la quantité d'oxigène supérieure à celle dont ces corps ont besoin pour passer à Tétat d alcalis, aest point trèsi intime, et que cette quantité y est presque à Tétat gazeux*

En supposant que le potassium et le sodium fussent des hydrures, il résulteroit de cçs expériejaces que les sels formés avec ces corps, après qu'ils ont été combinés avec Toxigène , contiendroient toute Feau qui auroit dû se former par. la combinaisoa de cet oxigènè avec Thydrogène qui avoit fait passer les alcalis à Tétat de potassium ou de sodiiîim : or ce résultat n'est point conforme à d'autres expériences dans lesquelles MM. 6ay-Lussac et Tbénard ont

ET MÉTÉOROLOOIE. Sg

cherché à déterminer la quantité d^eau contenue dans les alcalis et celle qui est déf^agée dans leur combinaison avec les acides. Us ont troMvé que la potasse, sur loo parties, contient 24 parties d'eau; et la soude, 20 sur la même quantité; et ils ont vu que 1 acide carbonique sec dégage un^ très grande quantité deau en se combinant avec les alcalis. « On peut même, di^ent^ils, par ce moyen pu par le gaz acide sulfureux, rendre Te^u sensible dans :) milligrammes de soude ou de potasse. » Ce qui 4 conduit MM. GayrfjUssac et Thénard a à pencher en feveur de Tj^^y^othèse qui consiste à regarder le potassium et fie podium comme des corps s^m-* pies. >j

Depidîsquç tondit à quel point les proportions des pilifi^pes^ iconstituants peuvent varier dans les com]|osés, l'on est obligé dex^aminer les sçls sous ce pâveau point de vue. I ,

M.i jBéi*ard , chimiste 4 MpntpeUier , a fiiit p^rt à llnstitut de ses recherches sur la combinaison, 4e l!acide oxalique avec diverses bases , sujet qui avoit d^a été traité en partie par MM. WoUaston et Thomson. . '

M. Bérard a coipmencé par déterminer exacte n^çnt les proportions de Toxalatede chaux ^ qu'il a tro^vées être de 62 d acide et de 38 de chaux. Il a

4o PHYSIQUE, CHIMIE,

reconnu ensuite que loo parties dé cet acide cristallisé contenoient 27,3 d'eau.

Ayant ces premiers éléments, il a combiné cet acîde^vec la potasse, et il a formé trois sels différents, un oxalate, composé de 100 parties de potasse et de 97,6 d acide, un suroxalate contenant, sur 100 de potasse, 192 d'acide, et un quadroxalate composé de 38i d'acide sur 100 d^alcali, lesquelles parties sont entre elles comme i, 2, et 4. Ce résuln tat curieux avoit déjà été trouvé par M. WoUaston,

La soude, Fammoniaque, la baryte, ont donné des oxalates et des suroxalates , mais la strontiatie , la magnésie n'ont pu former que des oxalates, ^ îl est à observer que le suroxalate de baryte a peu de fixité, et qu'il sufBt de le faire bouillir dans l'eau pour faire passer ce sel à l'état dbxalate. Ce ne sont que les oxalates solubles qui peuvent se combiner avec un excès d'acide, et devenir des suroxalates, et c'est à l'extrême solubilité du suroxalate de potasse que l'on doit de pouvoir former avec ce sel un quadroxalate. '

M. Berthpllet nous a communiqué un procédé pour former le muriate de mercure appelé mercure doux. Il fait voir qu'en faisant passer lé gaz muriatique oiîgéné sur le mercure il se combine promptement avec le métal , et forme avec lui du muriate mercuriel; et comme ce sel métallique a

ET MÉTÉOROLOGIE. ^l

une parfaite analo^e avec les sels mercuriels pro-* duits par les autres acides et le mercure au minimum doxidation, il en conclut que le mercure, en foi^ mant cette combinaison , a été réduit en oxide par Toxigène de lacide, et non point par celui de Feau qu'on pourroit y supposer. Il a tiré cette consé^ quence de Faction delà chaux sur le gaz muriatique oxigéné: cette terre donne avec le gaz muriatique un composé dont la chaleur dégage une grande quantitéd'oxigène,enlaissantdumuriatede chaux. En effet dans ce cas on ne peut attribuer Foxigène qui se dégage qu a la décomposition de 1 acide, et non à celle de Feau.

Jusqu^à^ésent on n avoit pas porté dans Fana^ lyse des substances organisées la précision et l'exactitude que Fon e^t parvenu à mettre dans l'analyse des corps inorganiques. L'action du feu, à un certain degré sur ces substances, produit des combir naisons dont il n'est point facile de déterminer les éléments par les moyens ordinaires et par les procédés le plus généralement mis en usage ; unepartiedes produits gazeux n'étoit point recueillie et se perdoit.

M.'BerthoUet a cherché à porter dans la détermination des principes qui entrent dans la composition des $ubstances végétales toute la précision que les procédés de la chimie permettent. Pour cet effet

il a soumis chaque substance, autant privée d'eau que possible, à laction de la chaleur, en faisant passer les produits qui s en dégagent à trafvers un tube de porcelaine maintenu rpugê, de sorte que tous les produits soient )riéduits en gaz ; puis , après avoir mesuré et pesé ces gaz et les matières charbon lieuses restées abandonnées par les substances volatiles, il a fait lanalyse dès unes et des autres* D'après ces procédés on peut déduire les quantités de carbone, d'oxigène, d'hydrogène, etd'azote, qui entrent dans la composition des végétaux , ainsi que celle des substances solides qui demeurent confondues a ved le charbon. Il ne reste qu'une incertitude, c'est celle de la proportion d'oxigène et d'hydrogène qui se trouvent encore dans les plantes aprè#eur dessiccation combinés à l'état d'eau. Dans son premier mémoire M. BerthoUet n'a encore donné que Tanalyse du sucre et de lacide oxalique ; il se propose de poursuivre ses expérieiici^*

MM. Gay-Lussacet Thénard ont aussi porté leurs recb^prches sur lanalyse des substances orgaais/^s; mais en admettan tie principe de M. BerthoUet , qui , comme nous venons de le voir, «conduit à réduira ea ffm toutes les substances qui peuvent pa/»siQr à cet état , ils ont suivi un ^utre procédé qui e^sis4s à miélanger les substances qu on veut analyser ay^^ une quantité cojQnue de miAriatesuroxigéné de pq-

BT MÉTÉOROLOi^IE. 4^

tasse, et à faire brûler ce mélange dans un appareil propre à recueillir les gaz qui se dégagent Cet appareil-est formé d'un tube de verre fermé par un bout , et poirtant à lautre un robinet qui empêche toute communication entre rintérieur du tube et lair extérieur ; la douille de ce; robinet est pourvue^ d'un petit creux propre à contenir les matières qu'on veut analyser, A ce premier tube en est soudé uu second, d'une dimension plus petite, destiné à i^e* cueillir les gaz qui doivent se dégager par la combustion des substances.

L'appareil ^insi disposé, et le mélange de la substance à analyses* étant fait avec le muriate suroxir gêné de potasse, on cbauffe^ et lorsque l'instrument commence à prendre une température rouge, il y a une vive inflammation , et en même temps il se produit de l'eau, de l'acide carboaique^ du gazoxigène, et du gaz azote, si la substance analysée con» tient de ce dernier. En faisant usage de ce moyen MM. Gay-Lussacet Tbénardont trouvéque le sucre, Famidon, la gomme arabique, le sucre de lait, coor tenoient du carbone, de l'oxigène, et de l'hydrogène, et que ces deux derniers principes étotent justement dahs des proportions coiavenablas pour former de l'eau ; que les substances inflammables, telles que la résine de pin , Ijt résine oopale, la cim , i'buileti'olive, contiennent plus d'hyd^nogène qu*il

nen faut pour saturer leur oxigène, et enfin que les acides végétaux coritieilnent plus d'oxigène qu'il n'en faut pour saturer leur hydrogène.

D'après ces résultats MM. Gay-Lussac et Thénard proposent de diviser en trois classes toutes les substances végétales , i ° celles dans lesquelles Toxigène et l'hydrogène sont dans des proportions convetiables' pour former de l'eau ; 2** celles qui contiennent de l'hydrogène en excès, comparativement aux précédents ; 3° celles qui contiennent un excès d'oxigène.

Les essais qu'ils ont iàits avec leur appareil sur les substances animales les ont conduits aux résultats suivants : la fibrine, l'albumine, la gélatine, et la matière caséeuse , contiennent du carbone et de i'oxigène , de l'hydrogène et de l'azote , dans les proportions exactement nécessaires pour former de l'eau et de l'ammoniaque. Ces substances pourroient donc être comparées au sucre, à l'amidon , et à la gomme, tandis que les graisses chargées d'un excès d'hydrogène seroient analogues aux résines, et les acides animaux analogues aux acides v^étaux.

M. Vauquelin a fait des travaux plus particuliers d'analyse végétale pour déterminer les dififërehoes qui se trouvent entre lés principes constituants du sucre de canne, de la gomme, et du sucre de lait, et ses expériences qu'il poursuit l'ont déjà conduit

à ce résultat intéressant que la gomme et le sucre de lait diffèrent du sucre de canne, en ce que la première contient de Tazote , et le second une matière animale.

«Au reste, dit M. Vauquelin, les difl^iérences entre le sucre ordinaire, le sucre de lait, et la gomme, ne consistent pas seulement dans la présence ou dans Tabsence de Fazote, elles tiennent encore aux rapports variés des autres éléments de ces matières ; et c'est ce qui nous reste à déterminer par des expériences maintenant commencées. »

M. Guyton a présenté àllnstitut quelques observations relatives k lart de la verrerie. La première a pour objet la séparation des verres de densité différente par la liquation ; du verre dont le fondant étoit du plomb, se trouvant au fond d'un creuset, ne se mêla point à du verre ordinaire dont le creuset avoit été rempli malgré la fusion complète des matières. La seconde est relative à des essais de creuset-moule pour le recuit des grandes masses de verre. On essaya sans succès de former ces creusets avec de la pierre calcaire ; la matière ne présenta qu'une masse criblée de grosses bulles : formés avec de l'argile à pots, ces creusets donnèrent un verre parfaitement affiné; mais comme leur retrait n'étoit point semblable à celui du verre, et que celui-ci

adhérent à leurs parois, le refroidissement occasiona dans la masse vitreuse des fissures qui se dirigeoient du centre à la circonférence. La troisième observation consiste dans la coloration du verre en rouge parle cuivre. On ignoroit le moyen de donner aux matières vitreuses une couleur rouge fixe avec le cuivre. Un hasard a fait voir à M. Guyton que cette coloration, pouvoit avoir lieu et ^tre de la plus grande fixité, et des expériences qu'ita tentées Font convaincu delà réalitédesa conjecture.

A cette occasion M. Sage a fait part cte ses expériences pour colorer en rouge, au moyen du cjuivre, le verre de phosphate de chaux ou des os , et a montré des cristaux de verre, provenant du fond des creusets de là manufacture de bouteilles de Sèvres, qui avoient quelque ressemblance avec des prismes hexaèdres.

La quatrième observation de M» Guyton a pour objet 1 altération que le verre éprouve par lactioo d'une grande chaleur long*temps continuée. Dans cette altération le verre se dévitrifie, prend une couleur blanche, laiteuse, et la demi-tratispareiice des agates. G est proprement la matière connue sous le nom de porcelaine de Réaumur; mais ce^^vant attribuoit Topacité et la blancheur du verre aux matières dont il lentouroit. On a reconnu depuis que la présence de ces matières n'est point nécessaire,

et que la chaleur seule est suffisante ; mais quelques physiciens attribuoient ces effets à une espèce de précipitation dune portion des matières constituantes du verre. M. Guyton , par des raisons qu^il seroit trop long de rapporter ici , et qui paroisseiit fondées, attribue cejtte dévitrification à la vaporisation de quelques unes de ces portions de matières.

On croyoit pouvoir conclure de quelques observations particulières que les feux des volcans n agissoient pas comme ceux de nos fourneaux. Mais M. Guyton a fait voir, par des expériences directes, que cette opinion n etoit point fondée; et il a eu Favantage de convaincre le célèbre minéralogiste Dolomieu , qui en a voit été Fauteur.

On sait que Fon est parvenu par des moyens simples à extraire du muriate de soude la soud^ dont les arts ont besoin , et qui se tiroit autrefois de Fétranger. Cette febrication présentoit cependant un inconvénient ; c'étoit la quantité de gaz acides qui se volatilisoient, et qui communiquoient à Fair des propriétés très malfaii^antes. Les manufacturiers ont donc été obligés de chercher les moyens d'empêcher que ces gaz ne se répandissent dans Fatmosphère ; et entre plusieurs moyens offerts pour arriver à ce but on doit distinguer celui qui a été imaginé par M. Pelletan fils. Il consiste à faire circuler le gaz

acide muriatique dans de longs tuyaux horizontaux garnis de pierres calcaires qui l'absorbent.

Dufay avoit annoncé que le bismuth pou voit seiv vir comme le plomb à la coupellation. M. Sage a montré par des expériences que ce premier métal ne peut point remplacer le plomb avec avant^e , parcequ il emporte, en passant à 1 état de verre, une portion d'argent avec lui.

On sait, depuis Blak et Wilke, que les corps ne se vaporisent qu en absorbant une grande quantité de chaleur, et que toute évaporation refroidit d'autant plus le corps d'où elle émane qu'elle est plus accélérée; d'autre part l'on sait que la pression de l'atmosphère ralentit l'évaporation , et que ce changement d'état s'opère dans le vide d'autant plus promptement que ce vide est plus parfait.

M . Leslie , membre de la Société royale de Londres, a imaginé d'augmenter encore l'effet de la suppression de l'air, en plaçant sous le récipient de la machine pneumatique des corps très avides d'huiofiidité, qui, s'emparant de la vapeur à mesure qu'elle se forme , en multiplient indéfiniment la production; et il est parvenu, par cette méthode, à un refroidissement si rapide et si violent que leau se gèle en quelques minutes, quelque temps qu'il fasse.

C'est un moyen d avoir à volonté de la glace presque sans autre frais que le feu nécessaire pour dessécher de nouveau le corps avide d'humidité que l'on a employé. V;

L'acide vitriolique très concentré, et le muriatè de chaux , sont les absorbants les plus commodeè pour cet usage.

Deux jeunes chin^istes, MM. Clément et Désormes y se sont occupés de déterminer les limites de ce procédé, et le degré d'économie où l'on peut le porter; et, par le calcul de la quantité de calorique contenue dans la vapeut de l'eau et de la quantité de charbon nécessaire pour produire une quantité de vapeur donnée, > ils ont reconnu qu'il ne faut qti'un peu plus d'une partie de charbon pour rétablir dans son premier état l'absorbant qui a servi à geler 5oo parties d'eau. Ainsi loo lîyres de glace ne coûteroient qu'une livre et quelques onces de charbon i

On peut augmenter l'effet eh empêchant qu'il ne pénètre du calorique du dehors, et il suffit pour cela de rendre le récipient peu conducteur de la chaleur, en, le faisant par exemple de deux lames de ihétal pRli, séparées par une couche d'air.

On tiré encore de cette accélération de levapora- . tion par le vide, augmentée parla présence des absorbants, un avantage plus évident quand il s'agit

BUFFON. OOMPLBM. T. II.

5o PHYSIQUE, CHIMIE,

seulement de dessécher des substances humides, parcequ'on évite alors de leur faire subir Faction du feu qui lésaltère toujours plus ou moins.

Notre confrère , feu M. de Montgolfier, avoit déjà im^giaé de dessécher complètement des sucs de plajntiis, etnotanunent le jus de raisin, par la pompe pneumatique ; et s'étoit assuré qu'en délayant ce dernier jus dans leau, après qu'il avoit été desiséché^ l'on pouvoit encore le faireiermenter et en obtenir de très bon vin. Mais il en coûtoât trop de travail , au lieu que laddition d'un absorbant supplée à l'action continuée de là pompe.

• Cependant il feut empêcher que ces sucs ne gèlent, inconvénient qui ne serôit pas moins fâcheux que ceux qui peuvent résulter du feu. MM. Clément et Désormes ont trouvé un moyen fort simple d'y parer. Ils enveloppent le vase qui contient le siic |i évaporer avec la matière absorbante ; ainsi le calorique, qui se dégage de la vapeur au moment où ^le est absorbée, retourne au suc qu'on évapore, et cette circulation fournit à ce qu'exige la nouvelle vapeur.

On peut employer ce procédé avec beaucoup

d^économie, si l'on commence par réduire le suc à

. l'élatde sirop, au moyen d'un ventilateur qui est

aussi de l'invention de M. de Montgolfier, et que

MM. Clément et Désormes ont décrit dans les Jh^

ET MÉTÉOROLOGIE. 5l

noies de Chimie (octobrç 1810). La pompe pneu-* matique ne s appliqué qu au moment où ce venti-» lateur ne produit plus ,d efFet-

Chacun (comprend de quelle utilité peut être^ pour les usages domestiques, et sur-toUt pour la marine et pour les armées, ce uouvd art de conserver dans leur intégrité les substances alimentaires en diminuant beaucoup leur poids, et de transporter sous un petit volume, dans des régions éloignées, la matière fermentescible qui doit donner le vin et Talcôhol.

liCâ mêmes physiciens proposent d'appliquer Févaporation dans le vide à la dessication de la pou^ dre qui, se faisant sans feu , se feroit «ans danger^

Us se sont aussi occupés de Févaporation ordi-* naire par le moyen du feu , et ont trouvé tin moyen de doubler les effets d'une quantité donnée de combustible sur un liquide aqueux, tel qu une dissolution saline. Il ne s'agit que 46 re<;ueillir la vapeur dune première portion du liquide,. et de la contraindre à passe;r au travers d'une seconde j^ortion^ Cette vapeur très échaufféedonne une grande partie de son calorique au nouveau liquide q[u'elle"tr»verse , et fait déjà là moitié de la besogne.

Mais de tous les arts celui qui a re^ré des déçou^ vertes modernes sur la chaleur è^sur là vaporisa*

tion les avantages les plus étonnants, c'est celui du

distillateur d eau-de-vie ; le procédé que nous venons d'indiquer nest.même qu'une imitation de ceux qui qnt donné une partie de ces avantages.

Cette révolution, qui exerce déjà l'influence la plus salutaire sur la prospérité de nos départements méridionaux, est due à^feu Edouard Adam^, distillateur de Montpellier.

Le fonds de son procédé consiste à faire chauffer une grande partie du vin mis en distillation par la vapeur d eau-de-yie qui s'élève de la chaudière, et à faire passer cette vapeur par une série de vaisseaux baignés en partie par de l'eau froide, quiiui fait deposep ses parties aqueuses , en sorte que le seul esprit-dptviii bien pur se condense dans le dernier réfrigérant.^

De cette manière, au lieu de chauffer d'abord pour obteûir de l'eau-de-vie à 19 degrés, d'où l'on tiroit ensuite par des chauffes successives les esprits-de-vin de difïiérentes forces, l'on a tout d'un coup Fesprit-de-vin au degré que l'on veut. De plus l'ancien alambic ne recevoit que deux chauffes par jour, et celui d'Adam en reçoit huit; ce dernier extrait un sixième de plus d'esprit de ia même quantité de vin ; il économise deux cinquièmes de combustible <et trois quarts de main-d'œuvre ; enfin Fesprit-<le-vin qu'il. fournit n'a jamais de goût d'euipyreume»

' Il n'est pas étoimiint qu'avec de tels avantagés ce procédé ait été si promptement adopté par les distillateurs :. une ruine infaillible eût été le partage de ceux qui se sèroient opiniâtres à suivre Fanciènne méthode. ,

M. Duportal, chimiste de Montpellier, en a présenté à l'Institut une description fort exacte qui a été itnprimée, et où il indique aussi les perfectionnements qu'y a portés M. Isaac Bérard'.

Il es^'essentiel de remarquer ici que l'idée primitive de chauffer par la vapeur appartient à M. le comte de Ru mfor t , associé étranger d^ l'Institut , qui la publiée à Londres, en 1798. C'est ainsi qu'une simple proposition générale, qui ne paroît d'abord qu'une vérité abstraiteet sans usages , peut enrichir des provinces entières.

M. le comte de Rumfort, qui a fait en physique un si grand nombre de ces découvertes utiles , et qui a sur-tout fait son étude des avantages de tout genre que nous retirons du feu, a présenté cette année' à l'Institut plusieurs recherches sur la lumière. •

Après avoir décrit diverses nouvelles formes de lampes propres à décorer les appartements, et à servit* de bougeoirs, de lanternes, et dé veilleuses, sans auéùn des inconvénients que les lampes usitées conservent encore dans ces circonstances, il a

cherché à résoudre ce grand |^roblème , sur lequel les physiciens sont divisés depuis plus dun siècle, celui de savoir si la lumière est une substance qui émane des corps lumineux , ou un mouvement imprimé- par ces corps à un fluide d'ailleurs impercep tible et répandu dans Fespace.

Qomme une quantité donnée d'une espèce don^ née de combustible dégage toujours en se brûlant une même quantité de chaleur, elle devroit aussi, s'est dit M. le comte deRûmfort, dégager une même quantité de lumière, si la lumière y étoit contenue delà même façon que la chaleur; car ceux même qui ne considèrent pas la chaleur comme une substance conviennent que c'est une force , une quantité de mouvement qui peut être concentrée dans un corps , et qui s'en dc'gage en même quantité qu elle y a été mise^ cotnme un ressort se débande.

Au contraire, si la lumière n'est qu'un mouver ment imprimé à l'éther par les vibrations des corps qui brûlent , sa quantité pourra être proportion* nelle , non pas à la quantité de ce corps qui aura été^brûlé , mais à la vivacité avec laquelle la combustion s'en sera faite , et sur-^tout au temps que chacune de ses particules sera restée échauffée au degré convenable pour ébranler ceUçs de l'éther.

Ayant fait ^s expériences d après ces idées, soit avec des lampes , soit avec des bougies , il a trouvé

que la chaleur, dégagée dans un temps donné, ëtoit toujours proportionnelle à la quantité d'huile ou de cire brûlée , tandis que la quantité de lumière fournie dans le même temps varioit à un degré étonnant, et dépendoit sur-tout de la grandeur de la flamme, grandeur qui retarde son refroidisse* ment : une petite mèche de veilleuse , par exemple, donne seize fois moins de lumière qu'une bougie commune , en brûlant autant de ciré , et en échauf-^ fànt la même quantité d eau au même degré.

Ainsi tout ce qui peut maintenir la chaleur de la flamme contribue à augmenter la lumière, et Ton peut arriw à des résultats vraiment surpre* nants.

M. le comte de Rumfort, qui avoit reconnu par des expériences plus anciennes que toute flamme est transparente pour une autre flamme , a combiné ses deux découvertes ; et , ayant construit des lampes où plusieurs mèches plates ^ placées parallèlement les unes aux autres, se garantissent mutuelle-^ ment contre le froid, il leur a fait produire une lumière égale ^ quarante bougies ; et il pense que Tintensité oii Ton pourroit arriver n*a pas de terme ^ ce qui peut devenir de la plus grande importance pour les fanaux; car jusqu'ici il n avoît pas été pos* aibk 4'en porter la lumière au-^delà de certaines limi^s , pare€f}u*en agrandisisant trop les mèches à

double courant dair, leur lumière dlmiouoit en vertu de causes que les expériences dont nous venons de rendre compte expliquent facilement.

Ce que nous avons dit ci-dessus du refroidissement des corps par 1 evaporation est un cas parti-' culiier de cette loi, que tout corps qui se dilate absorbe de la chaleur, tandis qu'il en défjage en se condensant. Cette loi souffre cependant quelques exceptions , et il en est qui sont connues et explir quées depuis long-temps : telles que celle du nitre, qui garde en beaucoup de circonstances, en se condensant, une grande proportion de chaleur dont les effets sont assez sensiblesJors de la comr bustion de la poudre ; mais il y a aussi de ces excepr tions qui tiennent à des causes plus obscures ; telle est celle que M. Thillaye ^ professeur au Lycëe impé-^ rial , a fait connoître.

Le mélange de Tesprit-de^vin avec l'eau est tou-r jours accompagné d'une élévation dans la tempérer ture, et il s'y fait généralement une condensation plus forte qu'elle ^e devroit être d'après la densité proportionnelle des deux fluides^ condensation d'après laquelle on explique cette chaleur.

Mais M. Thillaye a trouvé que , lorsque l'aicohol Q&t foible , loin que le ipélange se condense , il se raréfie , et que cependant la chaleur se manifeste comme à l'ordinaire. Il a construit des tables de se$

ET MÉTÉOROLOCflE. 67

expériences, d'après lesquelles on voit que Falco-*hol, à 0,9544 de densité, commence à donner de la raréfaction. Le maximum de leflfet se montre quand Talcohol est à 0,9688 , et qîi on le mêle avec une fois et demie son poids d eau ; et Télévation de température est encore de deux degrés.

Le cas coptraire, celui des condensations sans dégagement de chaleur, ^produit les matières détoaanteSy dont la plus connue, comme nous venons de le dire, est la, poudre à canon. L'une des plus terribles est cette espèce de poudre où Ion substitue au nitre le muriate oxygéné de potasse; mais elle est ausisi lune des plus dangereuses ^ car- elle détone par la simple percussion^ et même par le frottement. Cependant on a imaginé d'en . feire usage pour amorcer les fusils , pârceque n'ayant pas besoin d étincelle , elle ne manque jamais son effet , et même un arquebusier, M. Page, a inventé des platines appropriées à cet us^ge ; mais comiiie \e plus léger frottement l'enflamme , il est dangereux même de l'employer ainsi*

MM. Bottée et Gengembrè ont cherché une poudre qui conservât la faculté de' détoner par le choc , sans exposer au danger d'u ne explosion spon-^ tanée; et, après avcrir feiit de nombreux essais, ils en ont trouvé une qui remplit t<>utes les conditions désirables.* Elle se compose de cinquante-quatre

parties; sur cent de muriate suroxygéné , de vingt et une de nitre ordinaire, ou nitrate de potasse; de dix-huit de soufre , et de sept de poudre de lycopode. Elle exige le choc des corp^ les plus durs ; et, ce qui est le plus particulier, la partie seule qui reçoit le choc détonne; les parties voisines ne font que s enflammer par communication , mais elles ne produisent aucune explosion , en sorte que cette pondre est absolument sans danger : elle a donc de rimportance, puisqu'elle rend facile lusage dun procédé qui en a lui-même.

Les recherches des chimistes sur les moyens de suppléer aux denrées exotiques continuent avec tout le zèle que les invitations dn gouvernement sont faites pour inspirer.

Notre confrère M* Deyeux a publié une instrucH tton sur les précautions à prendre dans la culture de la betterave , pour la rendre plus abondante en matière sucrée. M. Zanetti a présenté des expériences sur }a qualité sucrante du suc de maïs« M. Desloncbamps , médecin à Paris, en a feit mt les effets du suc de pavot des jardins, cmnparés à oevfx de lopîuiri d'orient ; il lés « trouvés semblables pour le suc obtenu par l'incision de^eapsuleS ^ deux fois plus foibles pour celui qui résulte^ de leuir expression , et quatre fois pour l'extrait des fouilkd et des tiges j le premier seul a l'odeur vircnse dont

ET MÉTÉOROLO&IE. Sq

on croit que dépendent les mauvais effets de Topium.

M. Chevreul , aide-naturaliste au Muséum d'bis* toire naturelle, a travaillé sur le paistel, pour éclairer ceux qui essaieront de lui faire reprendre dans la teinture la plaice que l'indigo lui avoit enlevée ; ou plutôt il a fait de cette plante intéressante l'objet de recherches encore plu« générales, et propres à perfefctionner toutes les méthodes d'analyse végé» taie. Il a fait voir que la fécule du pastel est composée dé cire, et d'une combinaison d'une résine verte , d'une matière végéto-animale , et d'un indigo à l'état de désoxidation , mais qui peut aisément reprendre de l'oxîgène. Le suc filtré lui a encore donné des substances dont le nombre et la variété sont faits pour étonner, et d'où l'ofi jpcut conclure que quelques unes de celles qu'on a regardées jusqu'ici comme des principes immédiats des végétaux se laissent encore diviser, sans décomposition, en principes plus simples.

Le même chimiste a présenté uii travail analogue sur le bois de campêche; il y trouve quinze principes diiKrents , dont le plus remarquable est celui qu'il a nommé campechium , et auquel ce bois doit sa propriété tinctoriale. Ce principe est brun-rouge, sans saveur et sans odeur; il cristallise, donne à la distillation les mêmes éléments que les substances

6o PHYSIQUE, CHIMIE,

animales , se combine avec tous les acides et toutes les bases salifiables , et forme avec les prenaières de ces substances des combinaisons rouges ou jaunes, selon la quantité d acide employée; et avec les autres des combinaisons bleues-violettes, et cela avec tant de facilité qu'on peut remployer avec plus dé sûreté que le sirop de violette pour reconnoître les alcalis; mais loxide d'étain au maximum Êiit exception à cette régie; il agit sur le campechium comme un acide, et le rougit, tandis que Thydro^ gène sulfuré qui , dans tant d'autres circonstances, se comporte comme les acides, décolore le campechium. -

On n a voit encore appliqué la théorie des affinités qu a la décomposition réciproque des sels solubles : il restoit à savoir si les «els insolubles ne sont pas susceptibles âussfi d'échanger leurs principes avec certains sels solubles. M. Dulong a examiné c^te question d'une manière générale dans un mémoire présenté à l'Institut , et qui est la première production de ce jeune chimiste. Il y traite d'abord en particulier de l'action des carbonates et des souscarbonates de pQtasse et de soude sur toiii les sels insolubles ; et il parvient à ce résultat remarquable, que tous les sels insolubles aont décomposés parles deux carbonates précédents, mais que l'échange mutuel d(& leurs principes ne peut se faire complé-r

ET MÉTÉOROLOGIE. Çi

tement dans aucun cas; et réciproquement, que tous les sels solubles , dont lacide peut former un sel insoluble avec la base des carbonates insolubles , sont décomposés par ceux-ci, jusqu'à ce que la décomposition ait atteint une certaine limite qui ne peut plusêtredépassée : en sorte<|uedâns des circonstances identiques il se produit des combinaisons absolument opposées. M. Dulong observe qu'il n'existe peut-être aucun fait qui soit plus évidemment en contradiction avec la théorie des affinités de Bergman. Il fonde l'explication qu'il donne de ces phénomènes , en apparence contradictoires , sur les changements qui surviennent pendant le cours de la décomposition dan» le degré de saturation de* l'alcali, qui est toujours en excès, et fait une nouvelle application du principe si bien établi par M. BerthoUet sur l'influence de la masse dans les phénomènes chimiques. Enfin il déduit de cette théorie jin moyen de prévoir quels, sont les sels solubles susceptibles de décomposer un sel insoluble donné.

Le célèbre Scheele découvrit en 1780 que le bleu de Prusse jti'est qu'une combinaison du fer avec un acide particulier que les chimistes ont nommé depuis acide prussique. On ne l'avoit encore obtenu que mêlé de beaucoup d'eau. M, Gay-Lussac, en décomposant le prussiate de mercure. par

Tacide muriatique à laide de la chaleur, en rece* vant le produit dans des flacons entourés de glace, et en le rectifiant sur du carbonate et du muriate de chaux, est parvenu à donner à Tacide prussique la plus grande concentration. Dans cet état cet acide jouit de propriétés k*emarquables. Son odeur est presque impossible à supporter; et, ce qui est plus curieux, il entre en ébullition à 26 degrés, et se congèle à 1 5 ; intervalle si peu considérable que, quand pn en met une goutte sur une feuille de pa* pier, levaporation d'une partie produit assez de froid pour congeler le reste. .

M. Boullay, pharmacien de Paris, à qui Ion doit la découverte dun éther phosphorique , en a aussi formé un avec de lalcohol.et de Facide arseniqHe; mais il faut employer pour cela beaucoup de ce^ deux substances. Les propriétés de cet éther sont semblables à celles de lether sulphurique ou ordinaire , et la théorie de sa formation est la ipème.

M. Chrétien , médecin de Montpellier, ayant fait connoitre dans les préparations d or des propriétés très remarquables contre les maladies syphilitiques et lymphatiques , lattention des chimistes s'est portée sur ce métal, et-MM. Vauquelin , Duportal, et Pelletier, ont examiné de nouveau ses dissolutions, pour acquérir des connoissanœs plus précises de Vétatoù il se trouve dans les prt^rations pl^rma*

ceutique3. Néanmoins il restoit encore beaucoup d'incertitude sur ce sujet, parceque les propriétés chimiques de plusieurs des combinaisons de lor sont très fugitives.

M. Oberkampf le fils a présenté cette année à rinstitut un premier essai de ses travaux en chimie, dans lequel il fait dispàroître plusieurs de ces incertitudes. Il a produit des sulfures et des pho^ phures d'or, et montré que les difFérences étonnantes , observées dans Faction des alcalis sur les dissolutions d'or, tiennent a la proportion de l'alcali : s il y en. a assez , le précipité est noir, et c'est un véritable ôxide d'or ; sïl n'y en a pas suffisamment, le précipité est jaune, et c'eèt un muriate avec excès d'oxide ; la différence de proportion de l'acide ne produit pas des effets moins variés; enfin, dans la précipitation par Foxide detain, les résultas diffèrent encore beaucoup , selon la proportion de l'oxide. M. Oberkampf a déterminé la quantité d oxigène que contient Foxide d'or, et qui est telle que sur loo parties il y en a 90,9 dor, et 9,1 d'oixigène.

Nos confirmes MM. Thenard et Gayr^LussiK^ant fait imprimer cette année leurs Recherches phyùca* chimiques y où ils ont recueilli tous les mémoires qu ils ont lus à FInstitut j usqu'à cette époque, et un assez grand nombre d'autres , tous plus ou moins

importants pour les sciences que ces jeunes chimistes cultivent ayec tant d'éclat.

MM. Bouillon-La-Grange et Vogel ont publié une traduction françoise du Dictionnaire de Chimie de Jd. Klaproth , associé étranger de l'Institut ; ouvrage qui offre en peu de volumes toutes les notions essentielles delà chimie, exposées avec autant de' clarté que de solidité , et d'après les découvertes les plus nouvelles.

Depuis que les chutes des pierres de l'atmosphère sont un phénomène reconnu , on l'observe souvent. Le général comte Dorsenne a ^adressé d'Espagne à l'Institut une de ces pierres tombée en Catalogne. M. Pictet , correspondant, nous a donné des détails sur deux autres, dont l'une est tombée sur un vaisseau, cas jusqju'à présent unique dans l'histoire de ces chutes.

M. Sage , à l'occasion des trombes qui ont exercé cette année leurs ravages , l'une près de Montmédy, le 23 avril, l'autre à Moyanx , près de Lisieux, le 2 mai, a rappelé, dans un mémoire historique, les circonstances de plusieurs phénomènes de ce genre observés en différents temps.

Chacun sait que la chaleur estrun des principaux instruments de la chimie et lune des plus grandes forces qui agissent dans êes phénomènes ; on peut la considérer en elle-même^ dans ses effets , ou dans ses sources.

M. le comte de Rumfort, constamment occupé des sciences dans leurs rapports avec les besoitis de la société, a traité cette année de la chaleur sous ce dernier point de vue /et a cherché avec beaucoup de soin à déterminer quelle quantité il s'en développe dans la combustion de chaque substance.

Pour arriver à ce but il falloit d'abord avoir un moyen générsd de mesurer exactement ces quantités de chaleur ; et quand on réfléchit à la complication du phénomène de la combustion , Ton sent aisément combien de difficultés dévoient arrêter M. de Rumfort dans ses tentatives. Ce n'est qu'après vingt ans de travaux qu'il est parvenu à les vaincre.

Son idée principale étoit de mesurer la quantité d'eau qui passe d'un degré fixe à uil autre également fixe par la combustion d'une quantité bien déterminée de chaque substance.

L'appareil qu'il a imaginé pour cela consiste en un récipient prismatique et horizontal de cuivre, où l'on a pratiqué deux goulots : l'un près d'une

BUFFON. GOMPLÉM. T. II. S

extrémité, pour recevoir un thermomètre; lautre au milieu de la partie supérieure, par lequel on verse Teau , et que Ion ferme par un lx>uchon..Dans Tintérieur du récipient est une espèce de serpentin de forme aplatie qui en ^puvre tout le fond sans le toucher, et qui doit recevoir les produits aériformes de la combustion par le moyen d'un tuyau vertical soudé à son orifice^ Oe serpentin revient trois fois sur lui-même , et son^utre extrémité traverse horizontalement la paroi verticale du récipient qui lui est contigu. La bonté de tout l'appareil dépend essentiellement de la formé plate du serpentin , qui doit exactement transmettre au liquide contienu dans le récipient toutes les portions de U chaleur qu'il reçoit lui-même du corps qui b^&le.

Cependant le récipient, une fois devenu plus chaud que l'air environnant, devoit perdredu calorique qu'il auroit reçu ; et l'azote de l'air qui auroit servi à la combustion, se trouvant avec les autres produits dans le serpentin, devoit aussi en garder une portion.

Pour remédier à ces daux causqs d'erreur M. de Rumfbrt a eu l'idée aussi simple qu efficace de commencer toutes ses expériences à un degré déterminé au^lessorus de Tàir en virolinant , et de les faire cesser quand Tciau du récipient étoit arrivée à autant de degrés au-dessus ; de sorte que dans le commeti^

cernent l'air environûant et Fazote fournissent à Teau précisément autant de calorique qulls li^ en reprennent ensuite.

Le réservoir cylindrique du thermomètre a précisérifent la même hauteur que le récipient, en sorte qu'il indique exactement la chaleur moyenne de toute la masse de l'eau.

M. de Rumfort , muni de cet appareil , a donc brûlé successivement différents combustibles, mais en prenant des précautions telles que leur com* bustion fût complète , c est-à^dire qu'ils ne laissassent aucun résidu , et ne donnassent ni fumée ni odeur; car il consîdéroit avec raison la plus légère odeur comme la preuve qu'une partie de combustible s'étoit vaporisée sans brûler. Il a trouvé ainsi qu'une livré de chaque substance faisoit passer de la tem* pérature de la glace fondai) te à celle de l'eau bouil-^ lante , savoir :

La cire blanche. ^. . ? . . 94632 livres d'eau.

L*huile d'olive 904^9 id.

L'huile de cidza O^oyS id.

L'alcohol 67470 id,

L'éther s,ulfurique 8o3o4 id.

Le naphte 73376 id.

Le suif. 83687 ^^*

Ce qui est très remarquable c'est qu*en adiiiet^

tant les analyses de ces spubstances faites par Lavoir

sier, Cruickshansk, MM. de Saussure, Gay-Lussac, et ^yiénard , et en calculant la chaleur qui auroit été produite par Vhydrogène et le carbone qui entrent dans leur composition si on les eût brûlés séparément, on arrive à très peu près aux iflêmes résultats.

Nous ne pourrions faire sentir tout le mérite de ces recherches qu'en rapportant les nombreux calculs de l auteur; et c'est ce que la nature de notre travail ne comporte pas.

Muni de. ces connoissances préalables, M. de Bumfort est passé à la détertninationxle la quantité de chaleur développée par la conabustion des différents bois ; mais ici le problème devenoit plus compliqué. Une haute température produit de nombreux changements sur le bois^ une partie de ses éléments est expulsée , une autre contracte des combinaisons nouvelles: il falloit donc examiner d'abord la structure des ^ois, la gravité spécifique de leurs parties solides, la (fbantité de liquides et de fluides élastiques qu'ils contiennent dans leurs divers états, enfin ce qu'ils fburnissjent de charbon.

Après les avoir exactement desséchés dans une étuve, M. de Rumfort est arrivé à ce résultat singulier que la pesanteur spécifique de la matière solide qui fait la charpente du bois est à-peu-près lamême daqs tous les arbres ; il a reconnu par le

même moyen que la partie ligneuse dans le chêne en pleine végétation ne fait pas quatre dixièmes du total : l'air en fait un quart , et le reste est de la sève. Les bois légers ont encore beaucoup moins de parties solides ; mais il y a des variations selon les saisons et l'âge des arbres. Le bois sed ordinaire contient eacore près d un quart de son poids d'eau, et il n'y en a jamais moins d'un dixième dans les plus vieilles poutres placées depuis des siècles dans des charpentes.

Par des expériences exactes de carbonisation M. de Rumfort a trouvé que tous les bois absolument secs donnent de'42 à 43 centièmes de charbon ; d'où il a conclu que la matière propre du bois est identique dans tous les arbres. Cette perte que le bois le plus sec éprouve encore quand on le carbonise, la quantité absolue de carbone déterminée par MM. Thénard et Gay-Lussac à 62 ou 53 centièmes , les matières qui se déposent sur les vases , enfin ce fait que le bois trop desséché, trop rapproché de letat de charbon , développe moins de chaleur , lui font juger qu'il existe autour de la fibre charbonneuse proprement dite, ou du squelette du bois (comme l'auteur l'appelle), une autre substance qu'il compare à quelques égards aux muscles, et qu'il nomme chair végétale. C'est sur cette enveloppe que se porte la première atteinte du feu ,

•yo PHYSIQUE, CHIMIE,

parcequ elle contient de l'hydrogène qui la rend plus inflammable, et qui contribue beaucoup à la chaleur donnée par chaque bois.

Des nombreuses expériences et des calculs compliqués de M. de Rumfort est résulté enfin une table de la t[uantité d eau que les divers bois, selon leur plus ou moins de dessèchement, peuvent faire passer respectivement de la température de la glace fondante à celle de l'eau bouillante, table où Toli voit que le tilleul est le bois qui donne le plps de chaleur, et le chêne celui qui en donne le moins.

Il résulte encore de ses analyses que la perte de chaleur inévitable dans la carbonisation du bois est de plus de ^2 pour cent , mais qu elle est de plus de 64 par les procédés ordinaires des charbonniers, parcequ'ils forment beaucoup d'acide pyrolignc^ux qui consomme cette grande proportion de carbone ; enfin que tout le charbon fourni par une quantité d'un bois quelconque ne donne pas plus de chaleur que le tiers de la même quantité brûlé à l'état de boisi

M. de Rumfort croit encore avoir f ecônûu dans le cours de ses expériences ce fait important pour la chimie , que le carbone peut s'unir à l'oxygène et former avec lui de l'acide carbonique à une température beaucoup plus basse que celle où il brûle visiblement.

La difficulté de suivre ici le savant physicien dans ses calculs compliqués sur la plus grande intensité de chaleur qu'il est possible de. produire, et sur la quantité de chaleur produite par la condensation dft la vapeur de 1 eau et de 1 alcohol , nous ol^ige à u en citer que les principaux résultats. Il établit par exemple que la température de leau a rinstant où elle se forme par la combinaison de l'oxygène et de Thydrogène est huit fois plus élevée que celle du fer chauffe au point de paroître rouge en plein jour, et que leau bouillante, en passant à l'état de vapeur, rend latents io4o degrés de chaleur, ou, ce qui revient au même, que cette quantité se développe quand la vapeur d'eau se condense.

Selon les mêmes expériences la capacité de la vapeur d'eau pour la chaleuf 4ïiïiîn^u6 Avec sa température ; et des phénomènes relatifs à la vapeur d'àlcohol on peut conclure quel-hydrogène et l'oxygène qui entrent dans la composition de ce liquide «'y sont point à l'état d'eau.

L"lQstitut avoit proposé pour sujet de l'un de ses prix de physique H détermination de la capacité des gaz oxygène, acide carbonique, et hydrogène ^ pour la chaleur.

.Ge prix vient d'être décerné à un mémoire de MM. François Deiarocbe et Bérard. Ces deux phy-

72 PHYSIQUE, GHrMIE,

siciens ne se sont pas bornés à résoudre la question proposée : embrassant la matière sous un point de vue général ^ ils ont examiné encore d'autres gaz, et ont aussi cherché à déterminer la capacité de la vapeur aqueuse et celle de lair sous des pressions différentes; ils ont trouvé, entre autres résultats intéressants, que la capacité d'une masse donnée dair augmente avec son volume. Ramenant enfin toutes les capacités à celle de l'eau , les auteurs ont dressé la table suivante, comme résultat définitif de leur travail :

Capacité de Feau ;...... 1,0000

Air atmosphérique 0,2669

Gaz hydrogène . . . v 3,2936

Gaz acide carbonique 0,2210

Gaz oxygène o,236i

Gaz azote 0,2764

Gaz oxyde d'azote. 0,12369 ^

Gaz oléfiant ^ . . . 0,4^07

Gaz oxyde de carbone 0,2884

Vapeur aqueuse 0,8470

La chaleur pénétre tous lesxîorps ; elle contribue essentiellement à leur dilatation , et on l'en exprime en quelque sorte chaque fois qu'on les réduit^ par une Opération quelconque, à des dimensions plus petites.

Ainsi l'on sait, par les expériences faites à Lyon il y a dix ans par M. Mollet, que Fair comprimé

subitement développe de la chaleur, et que cette chaleur est accompagnée de lumière. Ce phénomène a doQué lieu d'imaginer Tinstrument commode que Ton appelle briquet à piston.

M. Dessaignes , habile physicien de Vendôme , dans un mémoire dont nous avons rendu compte, ayant soumis différents gaz à la même opération , obtint des effets semblables, et Ion en conclut avec une apparence de raison qu'ils dévoient se reproduire dans tous les fluides aériformes; mais M. de Saissy, médecin de Lyon, ayant répété les expé- •ûences de M. Dessaignes, n'est parvenu à rendre lumineux que le gaz oxygène, le gaz acide piuriatique , et l'air commun : le premier des trois est celui qui lui a donné le plus de lumière ; après lui vient l'acide muriatique : l'air commun en a donné le moins. Les autres gaz ne sont devenus lumineux qu'autant que l'on y à ajouté deux centièmes d'oxygène, .

Mi de Saissy conclut de là que les fluides aériformés n'ont la propriété de dégager de la lumière par la compression que lorsqu'ils contiennent du gaz oxygène libre ou foiblement combiné ; il pense que ce fait, une fois bien constaté, pourra donner une nouvelle probabilité à l'opinion que la chaleur et la lumière sont des substances différentes.

La doctrine de M. le comte BerthoUet sur les

74 PHYSIQUE, GHIMIB,

actions diverses qui influent dans les résultats dé- Bnitifs des phénomènes chimiques repose entre •autres sur ce fait, à-peu-près général , iqu'un alcali qui décompose une conibinaison saline ne fait que lui enlever la portion d acide qui lui donnoit sa solubilité, et qu'aussitôt que cette conibinaison est devenue insoluble elle se précipite en conservant le reste de son acide et même en prenant souvent une portion de lalcali qui agit sur elle; en sorte que le précipité est presque toujours plus ou moins composé. Cependant M. Toboalda avoit annoncé que les alcalis purs précipitent du muriate suroxygéné de mercure, vulgairement appelé sublimé corrosifs un oxyde de mercure dépouillé de tout acide. M. BerthoUet, voulant vérifier cette expérience, a trouvé que ce précipité n'est pur qu'autant que Ton met dans la dissolution de sublimé corrosif plus d'alcali qu'il n'en faut pour en enlever tout l'acide muriatiqué. Dans le ca$ contraire le précipité conserve toujours une portion d'acide qui varie selon, les circonstances. L'espèce • de l'alcali eât indifférente; niais quand la potasse, par exemple , est complètement saturée d'acide cat*bohique, elle ne décompose point le muriate mercuriel. Au contraire, si l'on emploie un souscarbonate de potasse, e'est-à-dire une potasse imparfaitement saturée, ce sous-carbonate agit jusqu^à

ET MÉTÉOROLQGIE. 'jS

ce qu'il ait perdu la potasse qu'il avoit pn exeès; mais, dans ce ca», le^précipité retient à-la-fois de l'acide muriatique et de la potasse.

Les alcalis produisent les mêmes effets sur le nitrate de peroxyde de mercure, et des expériences Élites sur du sulfate d'alumine ont enqofe donné des résultats analogues, c'èst-à-dire qu'elles ont concouru à confirmer la loi établie par M. Berthollet.

lie même savant avoit f^it il y à long-temps des expériences pour reconnoître les proportions d'oxygène et d'acide muriatique qui constituent l'acide muriatique oxygéné; mais M. Chenevix ayant obtenu depuis d'autres résultats, M. Berthollet est revenu sur ce sujet. Il a reconnu que la lumière qu'il avoit d'abord employée comme agent principal n'enlève qu'une certaine proportion d'oxygène à l'acide, quoiqu'elle le ramène par-là à un état où son action sur les réactif diffère peu de celle de l'acide muriatique simple. Il en conclut que cet état est un premier degré d'oxygénation de la base muriatique; et, décomposant l'acide oxygéné parfait par le moyen de l'ammoniaque, il y a trouvé 23,64^ d'oxygène sur loo, au lieu de 9,41 qu'a voit donné sa première analyse.

Dans un de ses précédents mémoires M. Berthollet avoit fait connoitre des feits d'où Ton pouvoit aisément conclure qu'il existoit des gaz hydro-

j6 PHYSIQUE, CHIMIE,

{jènes carbures , mais il avoit négligé de tirer cette conclusion. • ^ •

L'analyse que M. de Saussure a faite du gazoléfiant a mis cette vérité dans tout sou jour en déniontrant qu'en effet ce gaz ne contient point d oxygène, et qu'il est un véritable gaz hydrogène carburé composé, sur loo parties, de 86 de carbone et de 1 4 d'hydrogène. .

M. Dalton, en traitant le même sujet dans sa Chimie philosophique y a cherché à établir que la combinaison de l'hydrogène avec le carbone se fait seulement dans deux proportions fixes. Par l'une on a le gazoléfîant, et par l'autre le ga^ inflammable des marais ; il considère les gAz nommés par M. BertboUet hydrogènes oxycarburés comme des mélanges de gaz hydrogène carboné, de gaz oxyde de carbone, et d'hydrogène.

Selon M. Dalton le gaz oléfiant qu^on soumet à la chaleur ou à l'action de l'étincelle électrique passe à l'état de gaz des miarais en déposant la moitié de son charbon, et le gaz des marais soumis aux mêmes actions se décompose entièrement ; et si avant d'être arrivé à cette entière décomposition on obtient un gaz particulier, ce gaz est un mélange d'hydrogène avec le gaz carburé des marais.

M. Berthollet a répété ces expériences avec l'électricité, mais elles ne l'ont point conduit aux résul-

tats annoncés par M. Dalton : une partie seulement du gaz a été décoBaposée, et celle qui est restée indécomposée a résisté à la plus forte action de l'électricité. M. BerthoUet conclut aussi, contre l'opinion de M. Dalton, que la petite quantité d'^zote qui -se trouve dans le gaz des marais fait une partie constituante de cette combinaison ; car ce gaz, recueilli dans des marais à des époques très éloignées, a toujours donné la même quantité d'azote.

Enfin M. BerthoUet, ayant soumis à l'action de la chaleur le gaz oléfiant, n'a pas obtenu davantage les résultats annoncés par M. Dalton ; et, bien loin de n'avoir trouva que deux combinaisons eatre le gaz hydrogène et le carbone, ila vu au contraire que ces substances peuvent s'unir dans des proportions indéfiniment variables , selon le plus ou moins de chaleur qu'on leur a fait éprouver.

M. BerthoUet a aussi exposé au feu le gazoxycarburéj*et a obtenu des résultats analogues à ceux dont il vient d'être question. Ce gaz a déposé du charbon, et sa légèreté spécifique a augmenté. Du gaz oxyde de carbone a été exposé dan$ un tube incandescent à l'action de l'hydrogène sans éprouver de décomposition; ce qui est opposé à l'idée de M. Dalton, qifi regarde le gaz oxycarburé comm,e un mélange de gaz oxyde de carbone et de gaz hydrogène carburé: car, pour expliquer cette expé-

78 PÛYSIQUE, CHIMIE,

rience par Thypothèse de M. Dalton, il faudroit attribuer tous les changements qye la chaleur opèce dans le gaz oxycarburé au gaz hydrogène carburé qu'il contiendroit ; ce qui est fort difficile, M. Berthollet ayant prouvé par une expérience directe que rhydrogène n'a aucune action sur le charbon.

M. Thénard a fait sur le gaz ammoniac des expériences bien singulières et à-peu-près inexplicables dans letat actuel de la chimie.

Si Ion expose ce fluide bien pur à une haute chaleur dans un tube de porcelaine bien imperméable, il s'en décompose à peine quelques parcelles ; au contraire la décomposition va trè^ vite si l'on met dans ce même tube du fer, du cuivre, de l'argent,. de l'or, ou du platine: ces métaux éprou-* vent un changement dans leurs qualités physiques ; mais ils n'augmentent ni ne diminuent de poids, n'enlèvent ni ne cèdent au gaz rien de pondérable. Le fer possède cette propriété au plus haut degré; les métaux différents des cinq que nous avons cités n'en jouissent point dti tout. IjC gaz décon^posé par ce singulier moyen donne toujours trois parties d'hydrogène contre une d'azote. Le soufre et le charbon le décomposent aussi , mais en formant avec ses éléments de nouvelles combinaisons; ce qui rentre dans les phénomènes ordinaires.

Uu métal ne peut se disisoudre dans un acide sans

ET MéCÉOROLOGIE. 79

être oxydé, et c est tantôt à Tacide même, tantôt à Feaii, qu'il prend loxygène nécessaire: maïs il arrive aussi quelquefois qu une dissolution saturée d^un métal dan^ un acide, si elle est aidée par la chaleur, peut encore dissoudre une nouvelle portion-de métal ; et p est ce q ue M% Proust a découvert pour le nitrate de plomb. Dans ce cas est-cel acide ou loxyde métalliquje de la dissolution qui fournit Foxygène à cette nouvelle portion de métal? M. Proust, et M. Thomson, qui a répété ses expériences, ont pensé que loxygène vient de Toxyde ; d'où il résulteroit que la totalité du plomb ainsi dissous auroit «proportiQunellefnentmoins d'oxygène, ou , en d'autres termes, qu'il seroit moins oxidé que celui qui entre dans une dissolution faite à froid, et qui est connu sous le nom d'oxyde jaune.

Mais M. Chevreul, aide naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, ayant examiné de nouveau cette question, a trouvé qu'il se dégage du gaz nitrajx quand on. dissout ainsi de nouveau plomb ; ce qui né peut se faire sans que l'acide nitrique perde de sou oxygène: d'où ce chimiste conclut que c'est l'acide qui fournit l'oxygène au nouveau plomb, et que la dissolution définitive n'est plus un nitrate, mais bien un nitrite, c'est-à<lire que l'acide est à un moindre degré d'oxydation. ,

Une propriété remarquable qui sert à distinguer

8o PHYSIQUE, CHIMIE,

les nitrites de plomb des nitrates , .c'est de former dans les nitrates de cuivre un précipité composé d'aune certaine quantité d'hydrate de cuivre et de plomb.

D'après ces expériences M; Chevreul rend à loxyde jaune de plomb son rang de protoxyde, c est-à-dire de celui où il entre le moins d'oxygène.

Le travail de ce chimiste la conduit à examiner d'une manière générale les sels que forme le plomb avec l'acide nitrique; et il a prouvé qu'il peut exister deux nitrates et deux nitrites, dont l'un, dans chaque espèce, contient deux fois plus d'oxyde que Fautre. Il soupçonne même qu'il existe, un troisième ni-» trite contenant quatre fois moins d'oxyde que le premier.

Les corps poreux absorbent des gaz dans diverses pfo|X)rtions , et le charbon est un de, ceux qui en absorbent le plus. La connoi$sance précise des limhes de cette absorption étant fort importante dans les opérations de la chimie, M. de Saussure s'en est occupé récemment avec beaucoup de soin et de succès.

Tous les charbons n'ont pas cette propriété au même degré, et tous les gaz ne se laissent point ab* sorber en même quantité. Le même charbon absorbera quatre-vingt-dix fois son volume de gaz ammoniac et à peine i ,76 de gaz hydrogène.

ET MÉTÉOROLOGIE. 8l

M. Thénard a répété ces expériences avec quelques variations, et en a obtenu à-peu-près les némes résultats, dont il a dressé une table. Il a observé, ainsi queM. de Saussure, et comme M. de Rumfort Ta aussi remarqué dans dautres expériences, que le gaz oxygène se change en acide carbonique, quoique la température soit peu élevée. Le gaz nitreux sedécomposeen partie, etdégagedu gazacide carbonique et de lazote. Mais l'hydrogène sulfuté est le gaz dont l'absorption ofïre les phénomènes les plus intéressants : il se détruit en peu de temps, et donne de leau , du soufre, et assez de calorique pour que le charbon s'échauffe beaucoup.

M. Lampadius, chimiste et physicien allemand, en distillant des pyrites martiales avec du charbon, avoit obtenu une substance liquide et volatile dont la nature étoit encore douteuse.

M. Lampadius lui-même et feu M. Amédée BerthoUet la considéroient comme un composé de soufre et d'hydrogène , MM. Clément et Desormes comme une combinaison de soufre et de charbon.

M. Clusel, préparateur de chimie à l'École polytechnique, ayant voulu fixer les opinions sur la nature de cette substance, a d'abord essayé de la décomposer en la faisant passer sur des lames de cuivre dans des tubes chauffés : mais ce moyen ne

BUTFON. COMPLBM. T. II. 6

lui ayant pas entièrement réussi, il a cherché à en opéreu lanalyse par la pile de Yolta; et apfès de nombreuses tentatives, des précautions délicates et roultipUées, et un emploi savant de Faction chimique des différents corps, il a cru y reconnoître, sur loo parties, près de Sg de soufre, 29 de charbon, 6 d'hydrogène, et 7 d azote: mais il trou voit dans ses produits plus de soufre et de charbon qu'il n'en a voit mis en expérience.

M. Thénard a repris le premier moyen de M. Clusel, qui, étant beaucoup moins compliqué, promettoit des résultats plus décisifs; et en faisant passer avec plus de lenteur le liquide de Lampadius sur le cuivre dans des tubes chauffés , il lui en a fait éprouver plus profondément Faction , et il la complètement décomposé en 85 ou 86 centièmes de soufre et 1 4 ou 1 5 centièmes de charbon, sans azote ni hydrogène.

On a vu dans les rapports précédents que M. De^ laroche s*étoit occupé de résoudre par de nouvelles expériences les phénomènes que les animaux présentent lorsqu'on les expose à une haute température.

U fît voir que Tévaporation cutanée et pulmonaire étoit une des causes qui empèchoient les animaux de prendre complètement la température qui 1^ enviroimoit, mais qu'ils ne conservoieut pas abso-

lument la leur, comme on lavoit dit, et qu'Us s*échaufFoieut aussi par degrés.

Cependant on observa que si la température du corps tnimal s elevoit comme celle des milieux environnants, et que leur respiration continuât d agir comme auparavant, ils dévoient arriver à une chaleur bien plus élevée encore, parcequ'à celle du milieu ils dévoient joindre, celle qui est produite par la respiration.

M. Delaroche a donc voulu examina La difSéreQce que le résultat de la respiration ou , en d'autres termes , l'absorption de Toxygène peut éprouver dans un air plus ou moins échauffé , et il Ta trouvée si fpible qu'il est difficile d'en rien conclure ; elle est dans le rapport de 5 à 6.

M. Delaroche a pensé qu'il n'y avoit aucune connexion nécessaire entre la fréquence des mouvements respiratoires et l'activité des phénomènes chimiques de la respiration ; car dans l'air chaud les mouvements deji^ poitrine étoient très accélérés.

Une remar^jne intéressante est celle que les animaux à sang froid montrent une différence beaucoup plus marquée que les autres , et que la chaleur augmente sensiblement l'activité de leur respiration ; fait qui peut aider à expliquer plusieurs dfd$, phénomènes de leur économie.

Les calculs qui se forment quelquefois dans la vésicule du fiel, et qui ont été jusqua présent si rebelles aux secours de Fart, sont composés d'ordinaire de cette substance nommée adipocire par les cbimistes, parcequ*el]e tient par ses caractères à la cire et au suif: mais il paroit qu'ils sont aussi sujets à varier dans leur nature; car M. Orfila, docteur en médecine, en a analysé de tout différents, où il n'existoit point d adipocire, mais du principe jaune, une résine verte, et une petite quantité de cette matière découverte par M. Tbénard et nommée par lui picromel, parcequ elle donne une saveur doux-amer.

M. Vauquelin, continuant ses recherches sur les principes des végétaux, a soumis à de nombreuses expériences le daphnealpina, arbuste connu par l'excessive âcreté de son écorce, que l'on emploie en médecine comme rubéfiant, et dont l'extrait, combiné à des corps gras, forme une pommade qui remplace en beaucoup de cas celle de cantharides.

En traitant cette écorce par l'alcohol et par l'eau, il y à reconnu deux principes nouveaux et très re^ marquables par leurs caractères.

I^e premier, que M. Vauquelin nomme principe acre y est de nature huileuse ou résineuse ; ne devenant volatile qu'à unis chaleur supérieure à celle de

ialcohol bouillant, il ne s'élève point avec ce liquide , mais on peut le distiller avec l'eau.

Le second principe, nommé amer^ se dissout dans Teau bouillante, et donne par le refroidissement des cristaux blancs et en forme d aiguilles.

Lecotce du daphne a fourni en outre, comme celle de beaucoup d autres plantes, une résine verte, un principe colorant jaune, une matière brune qui contenoit de lazote, puisquelledonnoit de ranunoniaque , enfin des sels à base de potasse de fer et de chaux.

M. Vauquelin termine son mémoire par cette observation importante, que les substances végétales acres et caustiques sont huileuses ou résineuses, et ne contiennent point d'acide développé, en quoi elles ressemblent aux plantes vénéneuses; d'où il conclut qu*il faut se défier des plantes qui ne sont point acides.

Réaumur a annoncé il y a plus dun siècle que certaines dents fossiles prennent une teinte bleuâtre plus ou moins semblable à celle de la turquoise, quand on les expose avec précaution à une chaleur graduée. M. Sage , ayant reconnu qu'on obtient de l'acide prussique en torréfiant un mélange de potasse et de la substance gélatineuse des dents, et que le barreau aimanté tire du fer de la poudre des dents calcinées, pense que cette couleur bleue des

turquoises occidentales est due à un véritable bleu de Prusse.

On a vu , dans notre analyse de 1 8 1 1 , comment , en accélérant Févaporation par le vide et par la présence d'un corps très absorbant , M. Leslie, d'Edimbourg, étoit parvenu à faire congeler leaù en toute saison. Ce physicien a imaginé depuis un appareil qui a été montré à Tlnstitut par M. Pictet, son correspondant, et où l'on peut à volonté, et instantanément, faire congeler J'eau ou lui rendre sa liquidité. Pour cet effet on place de l'eau sous la cloche pneumatique , dans un vase dont le couvercle se lève ou s'abaisse au mbyep d'une tige qui traverse le haut de la cloche ; lorsqu'on découvre cette eau , cédant à l'action des causes qui la vaporisent, elle se gèle; et quand on la recouvre, la chaleur environnante la rend en peu d'instants à son premier état.

Notre confrère M. Gay-Lussac , qui a répété devant rinstitut l'expérience de M. Leslie, a rappelé un fait bien connu , qui rentre dans le même ordre , c'est le froid qui se produit dans certaines machines tl'où qn laisse échapper de l'air condensé ; il a prouvé qu'en toute saison il suffit qiie l'air ait été condensé du double pour donner de la glace ; et il croit qu'on

pourroit sVîn procurer aisément ainsi dans les pays chauds, en condensant 1 air au moyen d'une chute deau.

On peut y en employant des corps plus évaporables que leau , arriver à des degrés de iroid véritablement étonnants , et à faire geler non seulement le vif argent, mais l'esprit-de-vin le plus pur; c'est à quoi est parvenu M. Hutton, d'Edimbourg, qui a remarqué à cette occasion que , dans lalcohol le plus rectifié , la congélation séparoit encore des * matières assez différentes. M. Confîgliacchi , professeur à Pavie, a congelé le mercure par la seule evaporation de l'eau. Nous devons également la première communication de ces expériences à M. Pictet.

On croyoit que cette pression de l'air, dont l'influence est si puissante pour retarder l'évaporation des liquides , retardoit aussi la dissolution des sels , ou , ce qui revient au même , accéléroit leur cristallisation quand ils ctoient dissous ; et en effet une dissolution saturée de sel deOlaubei*, ou sulfate de soude, qui conserve sa Uquidité quand elle refroidit dans le vide , cristallise aussitôt qu'on lui donne de lair; mais M. Gay-Lussac s'est assuré qu'il s'en faut beaucoup qu'il ^tt arrive autant à tous les sels, et que même, pour le sulfate de soude, le phénomène no tient point à la cause qu'on allé-

guoit. «Quand on intercepte le contact de Fair par une couche d'huile , par exemple, la cristallisation se retarde comme lorsqu'on supprime sa pression en faisant le vide; tandis qu'au contraire la pression d'une colonne de mercure n'accélère en rien cette cristallisation. Une dissolution qui traverse du mercure dont Fair a été chassé par Fébullition ne cristallise point ; et si elle traverse du mercure ordinaire, elle se prend aussitôt. Des secousses, * l'introduction d'un petit cristal , et beaucoup d'autres causes , déterminent la cristallisation , quelle que soit la pression. Aiiisi M. Gay-Lussac conclut que ce n'est point par sa pression que Fair diminue^ le pouvoir dissolvant de l'eau. Il s'est assuré aussi que ce n'est point en absorbant de Fair que l'eau perd de ce pouvoir; mais il pense que c'est un phénomène plus ou moins analogue à celui de l'eau pure , qui , comme on sait , reste liquide à quelques degrés au-dessous de son vrai point de congélation toutes les fois que l'on peut empêcher qu'elle ne soit agitée, et qui se prend aussitôt qu'on lui im-^ prime le plus légçr choc.

La source la plus évidente de chaleur sur le globe consiste dans les rayons du soleil; mais on a remar* que depuis long-temps que ces rayons divisés par le prisme ne donnent pas tous une chaleur égale, et M. Herschel , le célèbre astronome , reconnut , il

y a quelques anuées , que leur pouvoir d'échauffer va en augpnentant du violet au rouge ; il assure même qu'en dehors du spectre il se trouve encore des rayons qui, sans être lumineux ,jouisseDt d'un pouvoir échauffant plus fort que celui des rayons rouges. MM. Ritter» Bœckman et WoUaston , annoncèrent, peu de temps après, que le pouvoir des rayons lumineux, pour opérer certains changements chimiques , est distribué dans un ordre inverse, et s'exerce sur-tout dans le rayon violet et en dehors de ce rayon .

M. Berard , jeune chimiste de Montpellier, qui a répété avec beaucoup de délicatesse et de précision ces deux genres d expériences, en a reconnu l'exactitude à plusieurs égards; il a même trouvé que le pouvoir chimique de la lumière va en diminuant a mesure qu'on se rapproche du milieu du spectre, et qu'il s'évanouit au-delà. Mais, selon lui, c'est à l'extrémité du rayon rouge que réside lé maximum du pouvoir écbauiFfant, et en dehors du spectre il diminue. M. Berard a constaté encore que ces propriétés appartiennent à la lumière réfléchie par les glaces, et à celle qui a été divisée par le spath dîslande, comme à la lumière directe.

On n'a pas obtenii des résultats aussi décisifs sur le pouvoir d'aimanter le fer , attribué au rayon violet par M. Morichini , savant chimiste roinain. Quoi-

que les aiguilles exposées à ce rayon aient paru s aimanter dans Cjertaines expériences , elles n'ont point éprouvé cet effet dans une infinité d'autres, sans que Ton puisse jusqu'à présent se rendre compte des raisons de cette différence , car, dans les deux cas , on a voit soigneusement éloigné toutes les au très causes connues pour pouvoir produire laimantation. 11 est vrai que l'été de 1 8 1 3 n'a pas favorisé ce genre de recherches à cause de son peu de sérénité. De tous les phénomènes que la chaleur présente, la dilatation qu'elle produit dans les corps est celui dont les. lois se laissent le plus naturellement exprimer par des formules mathématiques; et la connaissance de ces lois , qui fipiit une partie essentielle de la physiq ue ,* est encore très importante dans une foule d expériences chimiques. M. Biots'en est beaucoup occupé, et, prenant pour terme de comparaison la dilatation du mercure, il trouve que la dilatation vraie des autres liquides peut toujours se rendre par la somme de cette dilatation , de son carré, et de son cube, en multipliant chacun de ces trois termes par un coefficient particulier, qu'il faut déterminer pour chaque liquide , mais qui , une fois déterminé , reste le même à tous les degrés. Comme la substance du thermomètre qui contient le liquide qu'on observe se dilate aussi, la dilatation apparente est différente de la vraie ; néanmoins

M. Biot montre quelle se fait selon une loi semblable. Il calcule ensuite, après les expériences de M. Deluc, les coefficients convenables pour huit d^ liquides dont il est le plus nécessaire de bien connoitre les lois, et fait voir que, ces coefficients une ibis obtenus , sa formule donne la dilatation de chaque degré aussi bien que lexpérience. Enfin il en a fait l'application aux dilatat^pns combinées du vase et du liquide, et a £iit voir que Ion peut dânèler les effets qui appartiennent au liquide et à son enveloppe, et apprécier leur influence avec assez d exactitude pour retrouver, parle seul calcul, tous les résultats observés ; en sorte que le calcul pourra désormais dispenser, dans une infinité de cas , de l'observation immédiate , et que Fonr pourra faire entrer avec confiance ses données dans les éléments dès phénomènes. Gest un avantage d autant plus grand que ces sortes de recherches sont d'une délicatesse excessive , et que , si l'on n'y met la plus grande attention, une foule de causes aisées à reconnoltre, et presque impossibles à écarter, y trou* blent continuellement l'observateur.

C'est ce qu a fait observer M. Charles dans une belle suite d'expériences qu'il a faites avec un instrument de son invention , pour rendre sensible et «nesurable le maximum de dilatation de l'eau, et qui , se trouvant répondre exactement aux formules

de M. Biot , ajoutent à la confiance qu'on leur doit , et achèvent de faire voir qu elles pourront être employées avec sûreté.

Il existe depuis long-temps une discussion entre les chimistes sur le moment où Talcohol se forme dans le vin : le plus grand nombre pcnsoit autrefois que Falcohol ou esprit-de-vin étoit un produit essentiel de la fermentation ; mais M. Fabbroni , correspondant de rinstitut, a soutenu une opinioti contraire. Selon lui ce n'est quaccidentellement et lorsqu'elle excite trop de chaleur que la fermentation engendre de Falcohol , mais dans les vins ordinaires on ne produit Falcohol que par la chaleur qu'on leur imprime pour les distiller ; et la principale preuve qu'il en donne c'est qu'on ne peut pas le retirer de ces vins par la potasse, quoiqu'elle y fasse reconnoître la moindre parcelle d'alcohol qu'on y auroit introduite exprès.

M. Gay-Lussac a cherché à faire revenir à l'opinion ancienne , en faisant voir que la potasse démontre aussi Falcohol naturel au vin, quand on le débarrasse auparavant par la litharge des principes qui l'y enveloppoient et s'opposoient à sa séparation , et que l'on peut obtenir ce liquide spiritueux en distillant le vin à une température de quinze degrés , laquelle est inférieure de beaucoup à celle de la fermentation ordinaire.

ET MÉTÉOROLOGIE. gS

Cependant on pouvoit craindre que M. Gay-Lussac n'eiXt opéré sur des vins où la fermentation auroit primitivement développé de lalcohol , comme il convient lui-même qu'elle le fait quelquefois ; ou sur des vins dans lesquels des marchands inlidéles auroient mis de Teau-de-vie. Pour prévenir cette objection il a fait lui-même du vin avec des raisins, et en a conduit la fermentation. Il y a trouvé de 1 alcohol comme dans tout autre.

M. Gay-Lussac a aussi fait voir que Ton peut obtenir l'alcohol absolu de Richter en employant la chaux vive , ou mieux encore la baryte au lieu de muriate de chaux.

Le savon est y comme chacun sait , la combinaison d^un alcali %vec un corps gras ; mais on n*avoit point assez examiné quelle altération le corps gras éprouve dans cette union.

M. Chevreul , aide naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, s'est occupé de cette recherche et a été conduit à plujiieurs observations nouvelles et curieuses. Ainsi le savon de potasse et de graisse de porc dissous dans l'eau laisse un dépôt nacré qui , séparé des substances salines qu'il contient encQre, donne une matière douée de propriétés fort particulières et que M. Chevreul a nommée margarine, à cause de sa couleur de perle. Insoluble dans l'eau , cette matière se dissout abondamment dans l'ai-

cohol chaud ; elle fond à 56^ et cristallise par le refroidissemeqt en aiguilles du blanc le plus pur : elle se<;ombine à la potasse, et reprend alors le caractère du dépôt nacré; son affinité avec cet alcali est plus grande que celle de 1 acide carbonique quelle chasse de son carbonate de potasse, quand on laide de Tébullition : elle enlève aussi la potasse au tournesol, qu'elle fait passer à la couleur rouge.

On conçoit que les combinaisons qui se trouvent ordinairement dans la nature sont celles à qui la grande affinité de leurs principes donne une certaine stabilité , et que des, circonstances peu communes ont seules le pouvoir de disjoindre ; tandis que celles qui nont pas cette propriété ne peuvent être que des productions momentsgiées du hasard , ou des tentatives des chimistes; et plus les combinaisons que ceux-ci découvrent se multiplient , plus celles qui leur restent à trouver doivent être fugitives et sujettes à être détruites psiv la moindre cause étrangère: c'est ce qui a occasioné les accidents dont rbistoire de la chimie offre tant d'exemples, et contre lesquels on doit prendre d autant plus de préc|iutions que les recherches dont on soccupe sont plus élevées et plus difficiles.

M. Dulong, professeur de chimie à Alfi>rt, a pensé devenir 1 année dernière une de ces victimes du z^ pour la science ; mais son danger a été ré-*

ET MÉTÉOROLOGIE. gS

compensé par une belle découverte, celle dune combinaison de Fazote avec 1 acide oxymuriatique , qui présente les propriétés les plus singulières. Pour l'obtenir il feut présenter à lacide oxymuriatique, ou au chlorine, comme rappellent aujourd'hui les chimistes anglois, de lazote, non point à Tétat de gaz , mais à une combinaison quelconque , dans un sel ammoniacal par exemple, pourvu que lacide de ce sel ne soit pas assez volatil pour être déplacé par loxymuriatique. M. Dulong fait passer un courant de gaz ojcymuriatique dans une dissolution d'un tel sel , et il obtient une sorte d'huile d'un jaune fauve , plus pesante que l'eau , même salée , qui s'évapore promptement à l'air, et qui détone par la chaleur, à l'air libre , avec un bruit plus fort que celui d'un mousquet. Le cuivre la décompose en s'em parant de l'acide et en dégage lazote, d'où Ion voit assez quels en sont les principes. Mais ce qui en rend l'étude effrayante, c'est que la moindre parcelle que Ton en met en contact avec une substance combustible , avec le phosphore par exemple , produit une explosion violente , et brise tous les appareils. C'est un nouvel exemple, et, à ce qu'il paroît, le plus énergique de tous , de ces combinaisons où le calorique , qui tenoit les éléments à l'état de gaz , reste avec eux lorsqu'ils se réduisent à l'état liquide ou solide , <^rcQnstance que lacide caymuriatique

offre plus souvent qu aucun autre. M. Dulong se proposoit de déterminer la proportion des deux principes de cette nouvelle matière, et sa manière d'agir sur d'autres corps, et notamment sur les métaux; mais les accidents que ce jeune chimiste a éprouvés à deux reprises , et don t le second l'a privé d'ui;i œil , ont dû retenir son ardeur de savoir; et par l'intérêt même des sciences qu'il peut encore si bien servir^ l'Institut la engagé à porter sur d'autres objets la sagacité dont il a fait preuve.

Cette même substance a pensé priver la chimie de l'un de ses plus illustres soutiens, M. le chevalier Humphry Davy, secrétaire de la Société royale, qui, jeune encore, a déjà Ëiit des découvertes nombreuses et brillantes , et particulièrement celle de la niétallisation des alcalis et des terres, qui ouvre un nouveau champ à tant de branches de sciences naturelles.

Une matière également bien remarquable est celle qui s'est offerte récemment à M. Courtois, salpêtrier à Paris. MM. Clément et Desoitnes l'ont montrée à l'Institut, et M. Gay-Lussac a fait sur elle des expériences instructives. On la retire des eaux-mères de la soude du varech par Facide sul^ furique et la distillation. Refroidie et condensée, elle a le grenu, le brillant et la couleur grisâtre, de kl plombagine. Tant qu'elle na pas été purifiée.

BT MÉTÉOROLOGIE. 97

elle se fond a soixante-dix degrés de chaleur; mais quand on Ta purifiée en la dissolvant «n excès par la potasse et en la distillant, elle ne fond qu^à une chaleur beaucoup plus forte. 5a propriété la plus firappante est de selever en une vapeur ou plutôt en un gaz du plus beau violet, parfaitement honiogène et transparent. La chaleur rouge, l'oxygène, ni le charbon, n agissent sur elle; elle s unit aux métaux et à leurs oxydes, et ces combinaisojis se dissolvent dans leau : avec Fammoniaque elle pro* duit une poudre fulminante ; Fhydrogène sulfuré la décolore, et en forme un acide puissent, d'où on la précipite de nouveau par lacide oxymuriatique, le sulfurique, ou le nitrique. En un mot, sa manière de se comporter avec les réactifs est tellement comparable à celle de lacide oxymuriatique, ou chlorine, que Ton peut lui ladapter de même une. double théorie, c'est-à-dire que l'on peut considérer la nouvelle substance comme une combinaison d'un acide particulier et indécomposable avec une quantité surabondante d!oxyg^ne ; ou , d'après la nouvelle manière de voir de M. Davy, la regarder, ainsi que le chlorine, comme une substance simple, qui donneroit un acide en se combiniant avac l'hydrogène. Dans le premier système il faut supposer, comme on le fait aussi par rapport à l'acide oxymuriatique, que l'hydrogène s'unit à

BUFFON. COMPUïM. T. II.

1 oxygène surabondant, et forme avec lui de leau qu'aucun moyen ne peut enlever à lacide ainsi désoxygéné. En effet ce qui a engagé M. Davy à changer la théorie reçue de Tacide oxymuiiatique c est que ITiydrogène le réduit en acide muriatique ordinaire, sans que Ton puisse saisir Teau que cet hydrogène auroit dû formel, si, comme on le croyoit, il n avoiC fait qu'enlever l'oxygène à l'acide oxymuriatique. M. Davy applique une théorie analogue et fondée sur lés mêmes raisonis aux composés fluoriques.

Ce savant chimiste, nommé tout récemment correspondant de l'Institut, lui a présenté un mémoire sur cette même substance , où il insiste sur ses rapports avec l'acide oxymuriatique, et sur les motifs qui l'engagent à les regarder l'un et l'autre comme des corps simples, capables aussi bien que Toxygènede brûler et d'acidifier les substances <;ombustibles. Ainsi lorsque la nouvelle matière (que l'on paroît être convenu de nommer iode d'après la couleur de son gaz) se combine avec le potassium ou métal de la potasse, il se montre une belle flahime bleue, mais il ne se développe aucun gaz ; si au contraire on dissout le potassium dans lacide d'iode , il se développe de l'hydrogène ; et il en est de même des autres métaux. M. Davy attribue la formation de cet acide par le phosphore à l'humi-

dite qui adhère toujours à Tiode, et qui se décompose; il n'est d'ailleurs parvenu par aucun procédé à retirer de loxygène de Fiode, ni de son acide ^ ni à feire agir loxygène sur Fun ou sur lautre, ni à les faire agir eux-mêmes âur le carbone, ni à décomposer Fiode par la pile : mais Fiode , comme le chlorine, forme avec les alcalis des composés ternaires; savoir, d'iode, du métal de l'alcali, et d'oxygène, lesquels détonent avec le carbone, et pourront être employés au^ mêmes usages que le nitre. La poudre détonatite que MM. Clément et Desormes ont obtenue de Fiode par l'ammoniaque est, selon M. Davy, un composé d'iode et d'azote, en sorte que ce seroit l'analogue de cette matière terrible produite par M. Dulongen combinant l'azote au chlorine.

Un autre fabricant, éclairé par les lumières de la chimie, M. Tassaert, a fait une remarque qui peut devenir importante pour les arts : ayant construit depuis quelque temp le sol de ses fours à soude avec du grès, il a observé en le démolissant une matière bleue que Fou n'y voyoit point quand ilsétoient faits en brique, et dans laquelle M.Vauquelin a trouvé presque tous les principes et toutes les propriétés dfe Foutremer; en sorte que notre savant confrère ne désespère point qu'en suivant cette indication Fon ne puisse parvenir quelque

lOO PHYSIQUE, CHIMIE,

jour à imiter la nature dans la formation de cette couleur précieuse. M. Pelletaïi fils a fait remarquer à ce sujet qu'il se manifeste, en beaucoup de circonstances, dans la fabrication de la soude, un bleu plus ou moins intense que la calcination ne détruit point, et que cette couleur appâroît principalement lorsque du-fer se trouve en contact avec de la soude non encore entièrement débarrassée d acide sujfurique.

Le platine brut, tel qu'on l'apporte du Pérou, est un corps très composé; outre le platine pur, métal noble, plus pesant, et aussi itialtérable que For, il coiî tient du fer, du cuivre, du mercure; et les recherches successives de MM. WoUaston , Tennant, Descostils, Fourcroy, et Vauquelin, y ont démontré, depuis dix ans, la présence de quatre métaux distincts de tous ceux que Ton connoissoit auparavant : on les a nommés palladium, rhodium, osmium, et iridium.

M. Vauquelin a repris cette année Tétiide de ces substances, et a lu un mémoire sur les^ méthodes les plus convenables pour obtenir le palladium et le rhodium dans leur état de pureté*

Après avoir précipité la plus gfrande partie du platine de sa dissolution nitro-murlatique par Tam-^ moniaque, il met dans le résidu des lames de fer qui en précipitent les autres métaux ; employant

ET MÉTÉOROLOGIE. lOI

successivement à ft*oid Tacide nitrique et le muriatique; et sublimant ensuite, il enlève au précipité la plus grande partie du cuivre, du mercure, et de ïosmium, qui le forment, ainsi que du fer qui s y trouve mêlé.Un peu du platine restant^ du palladium, et même àa rhodium, est aussi enlevé par ces acides, parcequil s'en est précipité à Tétat d'oxyde, car à Fétat métallique ils n auroient pu être dissous ; d'un autre côté il reste encore du cuivre et du fer dans le précipité, pareequ'ils y sont unis intimement aux autres métaux , et protégés par eux. Pour enlever tous les restes de platine, M. Vauquelin dissout de nouveau par l'acide nitro-muriatique, et précipite par rammoniaque;il obtient alors un sel de platine d'un jaune assez pur. Évaporant le résidu jusqu'à siccité, et le traitant par Feau , il reste un sel rouge encore en grande partie j(brmé de platine, et la liqueur se trouve ainsi à-peu -près débarrassée de ce métal. On étend alors la solution aqueuse , on y ajoute un peu d'acide, 00 y verse assez d'ammoniaque pour ne pas saturer entièrement, on agite, et l'on voit paraître à Finstant une grande quantité d'aiguilles brillantes et d'nn beau rose. C'est un muriate d'ammoniaque et de palladium , c[u\l suffit de chaufiPer au rouge pour avoir le palladium. S'il s'y est joint un peu de fer et de rhodium, on l'en débarrasse par la digestion dans l'eau légèrement

aiguisée d'acide muriatique. Le résidu de la liqueur contient le rhodium et quelques restes de palladium, de cuivre, et de fer : pour avoir le premier on fait cristalliser, on broie les cristaux, on les débarrasse , par des lotions répétées d alcohol, des sels de cuivre, de fer, et même de palladium. Celui de platine, s'il en reste encore quelque parcelle^ se sépare en dissolvant dans leau légèrement aiguisée d'acide mu« riatique. Enfin, par une dernière évaporation, il reste le sel de rhodium d'un rouge magnifique, quil suffit de chauffer au rouge pour avoir ce métaL

On ne pouvoit arriver par une méthode plus ingénieuse ni plus simple à séparer tant de substances diverses et retenues ensemble par des liens si puissants. On voit qu'elle se fonde principalement sur ce que le muriate d'ammoniaque et de palladium est insoluble dans l'eau , même acidulée , et qu'il se précipite aussitôt qu'il se forme, et si^r ce que l'alcohol , qui dissout le muriate de cuivre et celui de fer, nedissout point le muriated^ammoniaque et de rhodium.

Pendant que M. Vauquelin étudimt ainsi deux des métaux unis- au platine, M. Laugier, son col-^ lègue au Muséum d'histoire naturelle, s'occupoit d'un troisième ef peut-être du plus curieux de tous, Yosmium, dont l'oxyde se volatilise à la chaleur de Peau bouillante, ne donne aucune couleur à l'eau

ET MÉTÉOROLOGIE. lo3

distillée, n*eii diffère même point à Fœil, mais Répand une odeur piquante, et agit sur le nerf olfactif de manière à altérer pour plusieurs jours le sens de 1 odorat. Ces propriétés et d'autres non moins singulières faisoient regretter aux chimistes qu'il fût si difficile d obtenir ce métal en quantité un peu considérable, et M. Laugier a satisfait à leur vœu jusqua un certain point. Quand on a dissous le platine dans lacide nitro-muriatique, il reste une poudre noire composée d'iridium et d'osmmm, et jusqu a présent c'étoit cette poudre seulement qui fournissoit de Yosmium aux chimistes : mais M* Lau« gier s étant aperçu que Facide qui a servi à dissoudre le platine^ et qujs Ton en sépare de nouveau par la distillation, répand une forte odeur d'osmium^ a supposé qu'il coatenoit de ce métal , et il a trouvé en ef&t qu'en saturant lacide par des alcalis caustiques, mais sur-tout par la chaux, et en distillant lé mélange on obtint à peu de frais une dissolution chargée d'une quantité notable d'osmiy^i, qui au<paravant étoit entièrement perdue.

Nous avons parlé en 1808 des essais heureux que Ton a faits dans les mines des environs de Liège pour en obtenir en. grand le zinc à l'état malléable, et de l'avantage que Ton pourroit en tirer pour remplacer le plomb dans les couvertures, et dans quelques autres de ses emplois. On aurôit voulu

Io4 PHYSIQUE, CHIMIE,

aussi pouvoir le substituer au cuivre étamé dans lequel on prépare les aliments, et à Fétain qui sert pour les mesures des liquides ; mais MM. les ministres de Tintërieur et de l'administration de la guerre ayant consulté llnstitut à ce sujet, les sections de chimie et de médecine dut trouvé que le zinc est trop dissoluble par les acides les plus légers, par les graisses, et même par l'eau pure, et que les sels qu'il forme sont trop acres , et dans certains cas excitent trop les intestins , pour qu'on puisse employer ce métal sans inconvénients à ces divers genres de service. M. Sage a fait en son particulier des expériences qui lui ont donné à connoitre que l'eau distillée tenue dans des vases de zinc y prend une saveur styptique très marquée, et que des sucs de fruits cuits dans ces mêmes vases en dissolvent une partie et forment des sels assez abondants qui en rendent le goût désagréable ; ce qui est d^autant plus fâeheul que les mines dont il est question ne contiennent point d'arsenic comme il y en a dans quelques autres, et que sous ce rapport il n'y a voit rien à en redouter. On en a eu une nouvelle preuve dans l'analyse que 1$I. I^age a feite de cette mine et qu'il a lue à Tlstitut.

MM. Vauquelin et Thénard ont donné une analyse de l'eau minérale de Provins., d'où il résulte qu'elle contient par litre :

ET MÉTÉOROLOGIE. lo5

Carbonate de chaux o,554

Fer ôrydé 0,076

Magnésie .../..'. o,o35

Manganèse • • . 0,017

Silice o,oa6

Sel marin * 0,042

Acide carbonique, 27 pouces ^/,o,

et une quantité inappréciable de muriate de chaux et de matière grasse, mais que Facide sulfurique, que Ton y avoit soupçonné, n'y existe point du tout.

M.^ Thénard a fait paroître le premier volume dun Traité élémentaire de Chimie où cette science qui feit journellement tant de progrès, et à qui M. Thénard lui-m^ne en a fait faire de si grands , se'trouve exposée dans son état du mbment. L auteur y. range les faits d après le degré de simplicité des corps auxquels ils appartiennent ; après y avoir parlé des agents impondérables, il traite de loxygène et de la théorie de la combustion, et passe ensuite aux corps combustibles, à leurs combinaisons entre eux , et à celles qu'ils contractent un à un avec loxygène. Ces dernières se divisent, selon leurs propriétés , en oxydes et en acides ; et les acides fluorique et muriatique y sont rangés d après les idées ordinaires qui^n font des corps oxygénés. C est à eux que s'arrête cette première partie d'un

lo6 PHYSIQUE, CHIMIE,

ouvrage que la marche rapide de la science a rendu nécessaire sitôt après d autres bons ouvrages sur le même sujet , et dont on ne peut que désirer vivement la prompte terminaison.

Les événements mémorables dont cette capitale a été le théâtre, loin dy troubler les recherches scientifiques, ont donné de nouvelles preuves du respect que les sciences inspirent, et de Fheureuse influence qu elles ont acquise sur tous les peuples et sur les hommes de toutes les classes. D'innombrables armées, venues des extrémités de l'Europe, ont visité nos monuments, ont parcouru nos collections, et ont examiné chaque objet avec curiosité, sans qu aucun dommage soit résulté, même dune imprudence. Des amis des sciences, enrôlés dans cette grande croisade entreprise en partie pour le rétablissement de la liberté de penser et d'écrire, eurent à peine déposé leurs armes, qu'ils vinrent s'informer de nos travaux, y prendre part, nous instruire de ce qui s^étoit Êiit chez eux. Les souverains étrangers se sont en quelque sorte disputé à qui donneroit les marques les plus éclatantes de son intérêt pour les progrès des connoissances, et à* qui prouveroit le mieux que leur cause étoit celle des Iqmières et de l'humanité. Nos princes

ont témoigné hautement leur satisfaction sur Tétat de prospérité et de vie où ils ont trouvé nos établissements ; et le roi leur a non seulement accordé son auguste protection , mais il a déjà prouvé par le fait avec quelle noble libéralité il se propose d'en accroître l'activité et d'en étendre l'importance. Il est impossible <!|ué sous de si heureux auspices les travaux de l'esprit ne prennent un nouvel essor, et que le rétablissement des communications entre les peuples, et l'émulation qui en sera la suite, ne fassent bientôt produire aux sciences de nouvelles merveilles. Les recherches de cette année font déjà connottre cette reprise d'énergie; elles font mieux encore : il y régne manifestement , en plusieurs points, cette hésitation, ce besoin de solutions plus claires où les hommes qui ont étudié la marche des sciences voient toujours les précurseurs nécessaires des grandes découvertes.

Ainsi l'une des plus curieuses substances dévoi-* lées dans ces derniers t^mps estriocfe, cette matière si long-temps cachée dans le varec, qui s'élève, par la chaleur, en une vapeur d'un beau violet, et qui, se com'portant avec les autres corps d*une manière analogue à celle du chlore^ ou de ce qu'on appcloit ci-devant gaz muriatique oxygéné, a donné une nouvelle force aux idées que l'hydrogène sulfuré

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avoit fkit naître, et sur la voie desquelles ont avoit été remis par le chlore ; idées qui tendent à introduire dans la théorie chimique cette modification importante,, que Foxygène n'^st pas à beaucoup près le seul principe capable d'opérer lacidification.

En -effet M. BerthoUet avoit montré, il y a près de trente ans, que Fhydrogène sulfuré, où il n'entre point d oxygène, a toutes les propriétésdes acides, et les chimistes allemands avaient fort insisté sur ce fait pour combattre une partie de la théorie françoise. MM. Thénard et Gay-Lussac firent, au commencement de i8o9,desexpériencesd'oùil résultoit qu'il est impossible d'extraire Toxygènede ce que l'on appelle communément acide muriatique oxygéné, et que, pour continuer à croire qu'il y existe, il faut supposer que dans tous les cas où cet acide se convertit en acide muriatique ordinaire il se forme de l'eau qui s'unit indissolublement à l'acide produit, ou du moins que les éléments de leau y entrent comme parties intégrantes ; tandis qu'en regardant le soi-disant acide muriatique oj^ygéné comme une substance simple dont la combinaison avec l'hydrogène donneroit l'acide muriatique ordinaire, on est dispensé de cette supposition; Mais, tout en énonçant ces deux manières de voir, nos deux chimistes s'en tinrent à la première, qui étoit

plus analogue à ce qui se passe dans le graud nombre des acidifications;

M. Davy, qui avpit été conduit aux mêmes conclusions, mit plus* de hardiesse dans son choix; il adopta décidément la deuxième théorie, et donna en conséquence à Facide muriatique oxygéné un nom particulier, celui de chlore, duquel il dérrva ceux d^ deux autres acides dans lesquels il entre. L'un {le muriatique\ où il est en combinaison a^ec l'hydrogène, fut appelé hydrochlorique; l'autre (fe suroxygéné) ^ qui résulte de sa combinaison avec loxy gène , reçut le nom diacide chlorique.

Bientôt les expériences sur l'acide nommé jusqulci ^origue donnèrent lieu de penser, et ce fut M^ Ampère, nouvellement nommé membre de la section de géométrie , qui eut le premier cette idée, que sa composition est analogue à celle de l'hydrochlorique, c'est-à-dire qu'il est composé d'Aydrogène et d'un corps simple d'une nature particulière, que l'on dut alors désigner pai" le nom de fluoré.

Ainsi la propriété d'acidifier l'hydrogènp ou de devenir acide par son moyen fut reconnue admissible dans trois substances : le soufre, le chlore, et le fluoré. I/iode en est venu offrir une quatrième.

Nous avons dit, dans notre analyse des travaux

1 lO PHYSIQUE, CHIMIE,

de lanaée dernière, que l'iode a voit été découvert par M. Courtois. Cet habile fabricant paroît l'avoir obtenu dès la fin de 1 8 1 1 , mais il ne lavoit communiqué qua M. Clément, son ami, qui lui-même ne le fit connoitre au public que vers la fin de 1 8 1 3 . Cependant ce retard fut bientôt réparé ; et en peu de jours M. Gay-Lussac et M. Davy eurent constaté les principales propriétés de cette substance, et spécialement lanalogie suivie qu elle présiente avec le chlore, et les deux acides qu elle forme comme le chlore avec l'oxyfjène et avec l'hydrogène. M. Davy présenta cette analogie comme uji nouvel appui pour U théorie qu'il avoit adoptée.

Depuis lors on s'est occupé de l'iode avec l'intérêt dont il est digne. M. Colin a examiné ses combinaisons avec le mercure et l'ammoniaque, et reconnu qu'il se forme de l'acide iodique ou unie combinaison d'iode et d'oxygène toutes les fois qu'on traite l'iode avec des oxydes où Tox^gène est foiblement condensé. Il a bien expliqué la génération de la poudre fulminante d'iode , découverte , ainsi que l'iode lui-même, par M. Courtois. Le gaz ammoniacal ^st absorbé par l'iode, et forme avec lui un liquide visqueux:, lequel mis dans l'eau change de nature : l'hydrogène d'une partie de l'ammoniaque forme, -avec une partie de l'iode, de l'acide hydriodique,.qui se combine avec le reste

de Talcipli , et lazote de cette première pprtion d'ammoniaque forme avec l'autre partie de Tiode la poudre fulminante.

Le même M. Colin a travaillé avec M. Gauthier Claubry à déterminer la manière dont Tiode se comporte avec les substances organiques. Ces deux jeunes chimistes ont constaté que les substance^ où Foxygène et l'hydrogène sont dans les mêmes proproportions que dans l'eau se mêlent simplement à l'iode ; que celles où il y a plus d oxigène s'y combinent intimement; mais que ni les uns ni les autres ne l'altèrent tant qu'on n'emploie pas une chaleur capable de les décomposer; au contraire celles où l'hydrogène abonde convertissent l'iode en acide hydriodique, et il en arriye autant aux premijères quand on les échauffe assez pour dégager leur hydrogène. Ces expériences leur ont présenté plusieurs phénomènes curieux ; un mélange d'iode et d'amidon trituré prend une couleur rouge , bleue 5 ou noire, selon que l'iode y est plus abondant, etc.

Mais celui qui a travaillé sur l'iode avec le plus de soin et d'étendue c'est notre confrère M. Gay- Lussac, dont l'ouvrage a été imprimé dans les-^nnales de Chimie. Il y considère l'iode lui-même, ainsi que ses combinaisons et celles de ses deux addes avec les divers corps, ou ce que, d'après les

régies reçues de la nommenclature chimiciue , on devra nommer les iodures, les iodates, et fes hydriodates. A Foccasion de l'iode , il revient sur le chlore ^ et donne plusieurs remarques nouvelles sur ses combinaisons, qui n'a voient pas toutes été appréciées avec justesse; puis, considérant Tacide prussique comme essentiellement formé d'azote, d'hydrogène, et de carbone, il conclut que l'azote doit aussi être ajouté à la liste des substances qui peuvent produire des acide$ sans oxygène, ce qui l'amène à regarder l'acidité ^ Falcalinité comme des. propriétés intrinsèques de certains corps et .de certaines combinaisons, sans rapport nécessaire avec leur composition, tels que nous pouvons les découvrir, et ce qui le rapproché par conséquent des idées de Winterl et de quelques chimistes allemands. Ce mémoire est rempli d'ailleurs àe recherches délicates et d'indications ingénieuses dont il ne nous est pas possible de rendre compte, mais qui ne manqueront pas de donner un nouvel essor à la partie de la chimie la plus profonde et la plus importante.

Netre respectable confrère M. Sage, qui, malgré son âge et ses infirmités, prend toujours un vif intérêt aux nouveaux faits chimiques, s^est apssi occupé de l'iode et du varec, d'où on le tire. Il a remarqué l'altération que l'iode fait éprouver aux

ET MÉTÉOROLOGIE. Il3

vases d^argent OÙ on le chauffe. Le varcc lui a donné, par la distillation à feu nu, des produits analogues à ceux des animaux , et en le macérant dans lacide nftrique afFoibli il a obtenu un réseau cartilagineux semblable à celui que laissent les os et les madrépores quand ils ont été privés de leurs parties terreuses. -M. Sage voudroii conclure de ces deux faits que les fucus sont des polypiers.

Le même chimiste a présenté aussi une notice sur les avantages de la réduction de la galène par le feu, où il assure que Ion obtient ainsi beaucoup plus de plomb que par les méthodes ordinaires.

M. Théodore de Saussure, correspondant, qui avoit lu en 1807 àllnstitut, sur la composition de lalcohol et de lacide s ulfurique, un mémoire dont nous avons rendu compte dans le temps, et d'où il résultait que Téther est plus chargé de carbone et d'hydrogène que Talcohol , a repris Tannée dernière cet objet important de recherches, et, y appliquant des procédés à-la-fois plus simples et plus rigoureux, il est arrivé à un résultat plus précis. En faisant passer ces deux liquides par un tube de porcelaine incandescent, il a obtenu de leau et un gaz dont l'analyse n'offiroit aucune difficulté ; et il a reconnu ainsi que l'alcohol et l'éther sont formés chacun d'une proportion de carbone et d'hydrogène identique, et dans le même rapport où ils

■UFFON. COMPLÉM. T. II. S

Il4 PHYSIQUE, CHIMIE,

sont dans le gaz oiéfiant , mais combinés avec des proposions différentes deau réduite à ses éléments.

Dans lalcohol les éléments de leau forment le tiers du total , et dans lether ils en forment le cinquième ; en sorte que Faction de l'acide sulfurique sur Talcohol , pour produire Véther, ne consisteroit qua enlever une portion de son eau, et que ce même acide, en plus grande quantité, produiroit le gaz oiéfiant , en enlevant la totalité de cette même eau.

Les résultats analytiques de M. de Saussure s'accordent avec ceux qu'a obtenus feu M. le comte dp Rumfort sur la quantité de chaleur produite par la combustion de Falcohol et de l'éther.

Une des grandes difficultés de l'analyse des substances organiques consiste en ce que la chimie ne dispose que d'un petit nombre de réactif propres à en séparer les principes immédiats sans les détruire. M. Chevreul, aide-chimiste au Muséum d'histoire naturelle , a cherché à multiplier les partis que l'on peut en tirer, en les employant à des degrés de chaleur très divers, et en fesant varier ainsi leurs forces dissolvantes.

Pour cet effet il a imaginé une machine, qu'il appelle digesteurHiistillatoire , et qui consiste en une marmite de papin, fermée par une soupape que

ET MÉTÉOROLOGIE. Il5

maintient un ressort : la force du ressort, que Ton change à volonté, détermine le degré de chaleur que le liquide doit recevoir pour s'échapper. On recueille successivement le produit de chaque degré au moyen d'un tuyau qui conduit dans un récipient. La mstière solide que 1 on examine est retenue dans le digesteur par un diaphragme mobile, qui peut aussi la comprimer et en entraîner tout le liquide restant.

M. Ghevreul a opéré sur le liège par sa méthode ; il la soumis vingt fois à laction de leau et cinquante à celle de laicohol, et après avoir détaché ainsi des matières très diverses , il lui est resté un tissu cellulaire qu'il nomme subérine, et qui, traité par l'acide nitrique, se convertit en acide subérique. Parmi ces matières retirées du liège il en est une qu'il croit nouvelle et qu'il nomme c^rine, parcequ'elle a plusieurs des propriétés de la cire.

Le même chimiste a appliqué sa méthode au succin ou ambre jaune, et reconnu que l'acide suecinique y existe tout formé.

Il a aussi continué ses recherches sur la saponification dont nous avons donné l'analyse l'année dernière, et en comparant la graisse naturelle à celle qui a été saponifiée, il a conclu que les propriétés de cette dernière ne viennent point de l'élimina tioa ni de l'acquisition de quelques substances,

l\G PHYSIQUE, CHIMIE,

mais dun nouveau mode de combinaison occasioné par Faction de Falcali, et qui donne à la graisse une analogie avec les acides, indépendante de toute oxygénation. ^

M. Pelletier, fils de notre défunt confrère, a fait lexamen des matières colorantes que Ton retire du bois de santal et de Forcanette , et que Ion regardoit jusqu'ici comme de simples résines. La première joint à la plupart des propriétés des réisines celles d eti*e dissoluble dans Facide acétique, même très foible, de se comporter alors avec la gélatine comme les substances dites astringentes, de donner de FacideoxaliqueparFacidenitrique : ellemontreencore quelques autres caractères qui paroissent devoir en faire un nouveau principe végétal, La matière retirée de Forcanette se dissout dans Féther, Falcohol, et ^ tous les corps gras. Par Facide nitrique elle donne de Facide oxalique et une matière amère; les alcalis et Feau lui font changer diversement de couleurs ; en un mot Fens^mble de ces phénomènes lui donne aussi un titre, selon M. Pelletier, à prendrai un rang particulier parmi les principes immédiats des végétaux.

Nous avons vu dans le temps que le platine brut, tel qu on le retire de* sa mine, contient plusieurs substance^ étrangères, et entre autres quatre mé^ taux particuliers, qu'on a nouvellement distingués^

et nous avons exposé Tannée dernière par quels moyens M. Vauquelin est parvenu à séparer de la dissolution du platine, dans Facide nitro-muriatique, et à obtenir dans leur état de pureté deux de ces nouveaux métaux appelés palladium et rhodium, qui se dissolvent en même temps que le platine. Nous avons dit aussi comment M. Laugier, s'étant aperçu que cette dissolution contient une quantité notable d'un troisième métal remarquable par sa volatilité, qui lui a fait donner le nom d^osmium, avoit indiqué une manière facile de le recueillir.

Il restoit à examiner une poudre noire qui ne se dissout point dan^ 1 acide nitro-muriatique, et qui par conséquent forme le résidu de la dissolution du platine. Elle se compose principalement de ce même osmium, et d'un quatrième nouveau métal, que les couleurs vives et variées de ses combinaisons ont fait nommer iridium.

Ces deux métaux y sont unis à du chrôme,àdu fer, àdu titaûe, àdela silice,et mèmeàun peu d'alumine; et la difficulté éloit de les séparer nettement de ce mélange, et de les obtenir complètement isolés.

C'est à quoi M. Vauquelin a réussi , mais par des opérations pénibles et compliquées.

De simples lavages divisent cette poudre noire en deux parties; l'une plus déliée, plus brillante, contient plus d'iridium et d'osmium, et presque

1 l8 PHYSIQUE, CHIMIE,

pas de chrome ; lautre , plus brune et plus grossière , contient moins des deux premiers métaux et plus des autres. Comme celle-ci est la plus difficile à analyser , nous nous bornerons à ce qui la regarde.

M. Vauquelin la triture d'abord avec le double de son poids de nitrate de potasse , Foxygène de Tacide oxyde Firidium et Fosmium , qui se combinent avec la potasse devenue libre. La chaleur fait sortir ensuite une grande partie de Facide et de Fosmium , qu*on reçoit dans de Feau de chaux ; le résidu délayé et saturé par Facide nitrique donne un précipité d'iridium , de titane, de fer, d^alumine^ et d'un peu d'oxyde de chrome; et il-reste une liqueur composée de potasse unie à de Facide de chrome et à de Fosmium. On en sépare ce dernier, en ajoutant de Facide nitrique, en distillant et en recevant Fosmium dans un flacon entouré de glace; on verse dans Feau qui Fa reçu un peu d acide murîatique, et on y place une laïue de zinc , qui précipite l'osmium. Pour lavoir bien pur on le lave avec de Feau un peu aiguisée d'acide sulfurique.

Il faut ensuite retirer le chrome ; pour cet effet , on fait évaporer, on redissout dans Feau, on filtre Jx)ur avoir la silice qui peut rester, on verse du nitrate de mercure au minimum, qui produit un précipité de chrômate de mercure au minimum,

lequel séché et calciné donne de loxyde vert de chrome. Reste le premier précipité d'iridium , de titane , de fer, de chrome et d'alumine. Il y a encore un peu d osmium qu on enlève en traitant par lacide mu ria tique , distillant et précipitant par le zinc , comme la première fois. S'il reste des parties non dissoutes on les triturera avec le nitre, comme dans le commencement ; et on observe que plus on répète cette opération , plus les dissolutions muriatiques deviennent bleues , parcequ'ellès contiennent de moins en moins de fer et de titane , qui, comme plus faciles à dissoudre, sont d'abord saisis par l'acide, et laissent une plus grande proportion d'iridium.

. Or l'iridium a cette propriété qua cet état d'oxydation où ses dissolutions dans les acides sont rouges il ne précipite que par le muriate d'ammoniaque, et sous forme de sel triple. On l'amène donc à cet état en faisant bouillir sa dissolution muriatique avec de l'acide nitrique; on neutralise la liqueur par de l'ammoniaque; l'ébullition en précipite le fer et le titane; on précipite ensuite l'iridium par le muriate d'ammoniaque ; et le sel triple qu'on obtient donne, par une chaleur rouge, Tiridium métallique très pur.

Ce métal , si difficile à retirer du singulier alliage qui le cachoit à tous les yeux , a des propriétés re-

marquables. Sa couleur et son éclat ressemblent assez à ceux du platine; il est plus difficile à fondre, insoluble dans les acides simples, difficilement selubie dans le uitro-muriatique ; mais la potasse et le nitre loxvdent, et se combinent avec lui en une poussière noire qui donne des dissolutions bleues ; avec i acide nitro-muriatique bouillant il donne une dissolution rouge ; ses dissolutions bleues ellesmêmes deviennent rouges par Tébullition; mais les bleues et les rouges sont décolorées par le sulfate de fer, l'hydrogène sulfuré , le fer, le zinc , et 1 etain ; elles reprennent leur couleur par Tacide muriatique oxygéné ; c'est Firidium qui colore en rouge les derniers précipités de sel triple de platine , tandis que les premiers, où il n'entre point, sont jaunes.

Les propriétés de Tosmium ne sont pas si aisées à constater, à cause de sa facilité à s'oxyder et à se volatiliser aussitôt» Son oxyde est blanc et très caus* tique f il répand une odeur insupportable : flexible et fusible comme la cire, dès qu'il touche une matière animale il la noircit. Sa dissolution dans l'eau devient bleue par la noix de galle, etc.

M. Mongez, membre de la classe de littérature ancienne, nous a lu un mémoire sur le bronze des anciens, où il prouve, d'après les expériences de M. Darcet, que ce n'est point par la trempe ou l'immersion dans l'eau froide que le bronze se dur-

cit, comme il arrive à lacier ; mais qull obtient au contraire sa dureté lorsqu'aprèsavoir été rougi on le laisse refroidir lentement à Fair. M. Darcet a tiré parti de cette propriété pour faire des cymbales , instrument qui ne se fabriquoit jusqu^à présent qu'en Turquie , et, à ce qu'on prétend , par un seul ouvrier deConstantinople, qui en a le secret.

Nous avons parlé depuis deux ans de ces acides sans oxygène^ ou, comme on les appelle maintenant, de ces hydracides qui sont venus faire une brèche si considérable à l'imposant édifice de la th^rie chimique de Lavoisier. Les travaux de M. Gay-Lussao ont constaté cette année qu il y en a un de plus à ranger dans cette classe, celui que M. de Moi*veau avoit appelé acide prussique, parcequ'il entre dans la composition du bleu de Prusse, et que son radical n'étant pas connu il n étoit pas possible alors d'en dériver sa dénomination.

Les expérieYices de Marcgrave, de Bergman, et de Scheele, ne permettoient pas de douter que dans le bleu de Prusse le fer ne fût uni avec une substance qui jouoit le rôle d'un acide: cependant M. Berthollet avoit soupçonné depuis long-temps qu'il n'entroit poitit^d'oxygène, mais seulement du carbone, de l'azote, et de l'hydrogène, dans sa

composition ; et c'est ce soupçon que M. Gay-Lussac vient de changer en certitude.

En décomposant avec des précautions qu'il indique le prussiate de mercure par iacide hydrochlorique (autrement muriatique), il obtient Tacide prussique pur; et nous avons déjà parlé dans un de nos rapports précédents des propriétés singu-^ lières qu'il lui a reconnues dans cet état, et principaiement de son extrême volatilité. Brûlant ensuite la vapeur de cet acide par l'oxygène et l'étincelle électrique, il obtient des quantités déterminées d'eau, d'acide carbonique, et d'azote; il défalque l'oxygène consommé dans la production des deux premières de ces substances , et il arrive à cette conclusion qu'un volume de vapeur d'acide prussique résulte de la combinaison et de la concentration d'un volume de vapeur de carbone, d'un demi^volume d'azote, et d'un demi-volume d'hydrogène, ou, en exprimant ces volumes en poids d'après la densité de chacune de ces vapeurs , que cent parties d'acide contiennent

4,439 de carbone, 61,71 d'azote, 3,90 d'hydrogène.

Ainsi l'acide prussique renferme plus d'azote et moins d'hydrogène que les autres substances ani-r

maies, dont il se distingue sur-tout par 1 absence totale d'oxygène.

C'est le premier hydracide connu dont le radical soit décomposable; et ce radical M. Gay-Lussac est aussi parvenu à Fobtenir débarrassé de son hydrogène. Ne pouvant conserver cette épithéte de prussique, qui ne tient qu a un accident, il lui a donné le nom de cyanogène (c est-à-dire produisant du bleu). L'acide prussique prendra donc désormais la dénomination dUhydrocyanique^ ses combinaisons avec les bases celle di hydrocy anales , et les combinaisons de son radical celle de cyanures.

Nous voudrions pouvoir rendre compte des expériences aussi nombreuses que délicates par lesquelles M. Gay-Lussac a rapporté à Tune ou à lautre de ces classes les divers produits de Faction de lacidé prussique sur les corps , et toutes les propriétés qu'il y a fait connoître ; mais lespace ne nous le permet pas. Qu'il nous suffise de dire que le bleu de Prusse en particulier lui parott plutôt un cyanure de fer qui auroit retenu de l'eau qu'un hydrocyanate y ou, comme on le disoit autrefois, unprussiaie.

Ce cyanogène y considéré isolément, a offert luimême des propriétés fort remarquables; c'est uu fluide élastique permanent dont la densité est à celle de l'air comme i ,8o64 à i , d'une odeur parti-

culière et très vive, qui donne à leau une saveur piquante , et brûle avec une flamme purpurine. L'eau en absorbe quatre fois son volume, et Falcohol vingttrois fois. Son analyse directe a donné le même résultat que celle de lacide hydrocyanique, c est-à-dire un volume de vapeur de carbone pour un demivolume d azote.

M. Gay-Lussac a aussi présenté à FAcadémie des mémoires sur le froid qui résulte de Févaporation , et sur Févaporation dans Fair à différents degr^ de température et de pression , où il exprime par une formule les résultats de Fexpérience. Il a fait suivi^e le dernier d'un mémoire sur Fhygrométrie, qui en offre les conséquences immédiates; mais ces ouvrages n'ayant point encore acquis à son gré cette précision et cet ordre qu'il est accoutumé de donnera tout ce qu'il publie, Fauteur a cru devoir en différer l'impression.

M. Dulong, professeur d'Alfort, a présenté sur Facide oxalique quelques expériences qui, sans for* mer encore un ensemble complet, ouvrent cependant des vues intéressantes pour la science. En sa^ turant cet acide de Jbaryte, de strontiane, ou dé chaux, l'on obtient des seb qui représentent toujours Facide employé, même après qu'on les a ex*posés à une chaleur supérieure à celle de Feau bouillante ; mais avec de l'oxyde de plomb ou dexiuc

on perd toujours vingt pour cent de l'acide par la dessiccation. En poussant ensuite au feu ces oxalates métalliques desséchés, il ne se montre point deau; mais on obtient de lacide carbonique, du gaz oxyde de carbone, et il reste des oxydes dès métaux employés, dont celui de plomb offre des propriétés particulières. Les oxalates de cuivre, d'argent, et de mercure, donnent au contraire toujours de l'eau dans leur décomposition , quelque dessé-^ chés qu'ils aient été, en même temps que de lacide carbonique, et le résidu est à l'état métallique. II y a détonation pour l'oxalate d'argent, et l'on sait d'ailleurs qu'il détone par le choc aussi bien que les oxalates de mercure.

Quant aux oxalates de baryte, de strontiane, et. de chaux, ils donnent, en se décomposant parla chaleur, de l'huile empyreumatique, de l'eau, de Foxyde de carbone, de l'hydrogène carboné, de l'acide carbonique, et il reste un mélange de souscarbonate et de charbon.

On pourroit expliquer ces phénomènes de deux manières.

Ou Facide oxalique seroit composé seulement de carbone et d'oxygène dans des proportions întermédiaii^s entre celles de lacide carbonique et de Toxyde de carbone, mais il contiendroit de.l^eau que certains oxalates, comme ceux de plomb et de

zinc , abandonneroient par le dessèchement , tandis que les autres la retiendroient ; ou bien il seroit composé dacide carbonique et d'hydrogène. Ce dernier avec l'oxygène de loxyde formeroit de Teau que ces premiers oxalateslaisseroient encore échapper, et il ne resteroit alors que Tacide carbonique et le métal, combinaison nouvelle en chimie; car on y regardoit comme un principe général que les métaux ne peuvent s'unir avec les acides qu'après avoir été oxydés. M. Dulong, qui penche pour cette dernière explication, pense donc que ces oxalates de plomb et de zinc desséchés ne sont pas devrais oxalates ; et il propose de leur donner, ainsi qu^aux combinaisons du même genre qu'on pourroit découvrir, le nom de carbonides. Quant aux oxalates qui ne donnent point d'eau par le dessèchement, ils contiendroient l'acide oxalique dans son inté* grité ; et, comme d'après sa composition on le nommeroit désormais hydrocarbonique, les sels mêmes s'appelleroient hydroearbonates.

M. Dulong est conduit par i analogie à des conclusions très générales, par lesquelles il fait rentrer, sous les mêmes lois non seulement les acides ordinaires , mais encore les hydracides ; mais nous en rendrons un compte plus détaillé lorsque luimême aura remis les mémoires plus étendus qu'il promet.

L'action chimique de la lumière solaire sur les corps est digne de toute lattention des savants par son influence sur la plupart des phénomènes de la nature vivante, et cependant elle a été peu examinée jusqu'ici. M. Vogel vient d ajouter quelques expériences à celles que Ton possédoit à cet égard. L ammoniaque et le phosphore, qui n agissent point Tun sur Fautre dans 1 obscurité, dégagent à la lumière solaire du gaz hydrogène phosphore, et déposent une poudre noire composée de phosphore et d ammoniaque intimement combinés. Il en est à-peu-près de même du phosphore avec la potasse. L'action des divers rayons n est pas toujours semblable ; les rouges ne produisent pas d efFet sur une dissolution de sublimé corrosif dans Téther, taudis que les bleus et la lumière complète y opèrent une décomposition mutuelle. Les muriates métalliques très oxydés sont ramenés par la même voie au minimum d oxydation.

Nous avons dit quelques mots les deux années précédentes des recherches de M. Chevreul , sur le savon et sur ce qui se passe lors de la saponification. Cet habile expérimentateur a reconnu que 1 action de la potasse produit entre les éléments de la graisse de nouveaux modes de combinaisons d où résultent des substances qui n y existoient pas toutes formées auparavant, et dontdeux, la margarine et une sorte

d'huile ou de {jraisse fluide, acquièrent toutes les propriétés des acides. L auteur, poursuivant son travail, s*est assuré que les mêmes effets sont produits par la soude, les terres alcalines, et divers oxydes métalliques, et que les substances résultantes sont en même proportion , de quelque agent qu'on se soit servi : la magnésie et lalumine se bornent au contraire à contracter avec la graisse une certaine union, maissansen répartir ainsi les éléments en divers composés. La quantité d alcali nécessaire pour convertir en savon une quantité donnée de graisse est précisément celle qui peut saturer ^la margarine et Fhuile que cette graisse produit. Notre laborieux chimiste a terminé ses mémoires sur cette matière en assignant la capacité de saturation de la margarine et de la graisse fluide , et en faisant connoitre les propriétés de plusieurs nouvelles combinaisons savonneuses qull a produites par le jeu des affinités doubles, en mêlant une dissolution chaude de graisse fluide et de potasse avec diffiérents sels terreux ou métalliques. Il est parvenu ainsi à rendre les savons, dont Tétude avoit été négligée jusqu'à présent, presque aussi connus que les sels dont les chimistes se sont le plus occupés.

Fourcroy avoit fait coiinoitre sous le nom d'ac//pocire une substance que l'on sépare, par le moyen des a<»de8, de la matière grasse dans laquelle se

ET HÉTÉOBai.oq^i:E4 429

coavertissent les x^orps des aaims^x epi^viUdaq^ la terre , et il la voit regardée comm^ identique a,Vee celle que Ion retire à^état cristallin des cakuls biliaires de rhomme , et avec le spermacéti ou blanc de baleine qui se trouve en grande abondance dans certaines cavités de la tête du cacbalot.

M. Chevreul , conduit par ses recherches sur les corps gras à eptaminer ces matières, a trouvé que celle des calculs biliaires ne doni^e point de savon, tandis que le spermacéti en fournit aussi aisément que la graisse , mais en s'altérant qn peu autrement , dans d'autres proportions ) et avec d^ propriétés particulières. Le gras des cadavres est bien plus composé que ne le croypit Fourcroy^ et Ion y trouve différents corps gr^s combinés avec Tanononiaque, la potasse, et la cbaux. .C'est une graisse qui a déjà subi Faction des alcalis.

Chacun a pu observer une excrétioù résineuse d'un jaune orangé qui sort des crevasses de Fécorce des bûches de hêtre exposées à Thumidité^ sous formes de lames ou de filets contournés comme du vermicel. M. Bidault de Villiers a fait sur cette matière quelques expériences chimiques. Il s'en dissout une partie dans leau , une autre dans laicohol , et le résidu a plusieurs des propriétés du gluten. L acide nitrique- la convertit en acide oxa-r lique, en matière Jaune amère très abondante, et

BUFPON. COMPLfbl. T. II. 9

i3o PHYSIQUE, GHIMIB,

en un^ corps gras, mais n y produit auean acide mui^eux. Elle donne au feu beaucoup decarbonate d'ammoniaque et une huile fétide; en sorte que les commissaires de l^Académie ont dû la regiarder comme tenant de près à la nature des substances animales. Il sera intéressant de faire des recherches sur les causes de sa production.

Une des époques où la chimie se soit montrée plus brillante et plus utile a été sans contredit cdle où la France, séparée pendant vingt ans des contrées dont les productions étoient devenues depuis si long-temps pour nous de véritables besoins, a été obligée d y suppléer par des produits de sotisol. Les arts connus ont été perfectionnés ; des arts nouveaux ont été créés. Mous avons vu successivement extraire la soude du sel marin ^ former de toutes pièces lalunet la couperose, rendre fixes des couleurs que Ton regardoit comme feux teint, Kndigo du pastel remplacer celui de Tanil, la garance suppléer à la cochenille, et le sucre dé betterave tenir lieu de celui de canne.

Ce dernier article, le plus important de tous, n'a pas perdu à beaucoup près son intérêt dans les circonstances actuelles. Il est vrai que beaucoup de febriques sont tombées : mais celles qui ont été dirigées avec intelligence subsistent et prospèrent eU'^ core; et, selon M. le comte Chaptal, leur produit

ET MÉTÉOROLOGIE. l3l

f>oxirra toujours rivaliser avec le^iicre des cofenies. Ce savant chimiste donne une preuve sans réplique de son assertion, puisqu'il continue de fabriquer avec profit : il est vrai que dans tous les détails de la culture^ de la récolte, et delà préparation, ainsi que dans Femploi des divers déchets, il s'est éclairé des lumières de la science et de celles de lexpé» rience , ao point de ne rien rejeter qui puisse servir, et d'employer à d autres usages tout ce qu'il est obligé de rejeter. Il a décrit ses procédés d'une manière assez claire pour qulls puissent être saisis par tous lés fabricants, et nous devons espérer que son ouvrage aidera à conserver à la France une industrie préci*^se, et dont mille événements pourroient Élire de nouveau une industrie nécessaire*

Le troisième volume de la Chimie élémentaire de M. Thénard a paru. Ce savant professeur y traite avec le plus grand détail et d'après les découvertes les plus modernes > parmi lesquelles il en est un si gr&nd nombre, que la scieiice lui doit, des principes immédiats des corps ôrgani^, des divers produits de leurs décompositions , et de leurs emplois dans les arts. Licquatrième, qui estsous presse, terminera l'ouvrage.

On sait que les divers cbrps, et spécialement lès

l32 PHYSIQUE, CHIMIE,

divers liquides, se dilatent pai^ la chaleur selon des proportions très différentes.

M. Gay-Lussac a cherché à découvrir quelque loi qui indiquât la règle de ces rapports ; pour cet effet, au lieu de comparer les dilatations des divers liquides au-dessus et au-dessous d une température uniforme pour tous , il est parti d'un point varia-^ ble quant à la température, mais uniforme quant à la cohésion des molécules ; du point où chaque liquide entre en ébulUtion sôus une pression donnée , et parmi ceux qu'il a essayés il en a trouvé deux qui , à partir de ce point , se dilatent égafement; ce sont lalcohol et le sulfure de carbone qui bouillent, le premier à 78* 4^» 1^ second à 46° 60, tandis que d'autres liquides ne présentent pas à cet égard la nlème ressemblance. Cherchant alors tes antres analogies des deux liquide^ en question , M. Gay-Lussac a reconnu qu'ils se ressembleo^t encore en ce point qu'un même volume de chacun 4 eux , à la température qui le fait bouillir, donne , sous la même pression, un même volume de vapeur, ou , en d'autres termes , que les densités de leurs vapeurs sont entre elles comme celles dies liquides à leurs températures respectives d'âiullition.

M. Gay-Lussac promet de donner suite à ses expériences , et , de présenter bientôt des recherches

ET MÉTÉOROLOGIE. l33

plus complètes sur la dilatation des liquides et sur leur capacité pour le calorique , comparées à celles de leurs vapeurs.

Parmi les questions délicates dont s'occupe au«« jourd'hui la chimie, on doit ranger principalement celle des proportions selon lesquelles les éléments peuvent s unir pour former les combinaisons des divers degrés. On a cru remarquer dans ces derniers temps qu'il y avoit certaines limites affectées de préférence par la nature, et exprimées par des termes généralement simples ; et , d'après les recherches de M. Gay-Lussac, cela est sur-tout vrai pour les combinaisons des gaz , quand on a égard non pas à leur poids absolu , mais à leur volume sous une pression égale.

Ces. sortes de recherches sont sujettes à de gran-^ des difficultés , parcequ'il n'est pas toujours possible d'obtenir les combinaisons isolées , et que , lorsqu'on veut les extraire dés sels dont elles font partie, elles se décomposent ou s'altèrent par le mélange des autres principes de ces sels ^ ou de Feau qui y entre presque toujours.

C'est ainsi que l'on peut expliquer les différences notables des résultats de MM. Davy, Dalton , et Gay- Lussac , touchant les combinaisons de l'azote et dç l'oxygène, •

Des expériences présentées cette année à l'Aca-

1^4 PHT8IQÛE, CHIMIE,

demie par M. Gay-Lussae il résulteroit que le gâx Bitrfux contient un Tolume d'azote et un yolume égal d'oxygène sans condensation ; que dans cefw taines circonstances il se forme une combinaison d*un ToIume d azote contre un volume et demi d'oxygène, à laquelle M. Gay-Lussac donne le nom d'acide pemiireux; que Taeide nitfeux ordinaire se composé d'un volume d'azote contre deux volumes d oxygène; enfin qu^il y a dans Facide nitrique un yolume d'azote et deux volumes et demi d'o(xygène.

Parmi ces différentes variétés , si Ton peut s'exf« primer ainsi , des oxydes o\x acides qui ont l'azote pour radical , il s'en trouve une que l'on obtient de la distillation du nitrate neutre de plomb préalablement desséché. C'est un liquide très volatil, de couleur orangée. M. Gay-Lussac lé regardoit comme l'acide nitreux dont les, éléments seroient maintenus par l'action de l'eau qui en ieroit partie; mais M. Dutong s'est assuré, par des procédés d'an»^ lyse fort exacts , qu'il ne contient point d'eau , et le i^omme par cette raison acide nitreux anhydre. Son résultat a été confirmé par la synthèse. Un volume de gaz nitreux , et un peu plus de deux vdiumes de gaz oxygène, soumis à un fi:oid artificiid de vingt degrés, donnent Cet acide qui entre autres propriétés change de couleur noasmilement par sonmé-

ET HÉTÉOROLQGIB. l35

longe avec Veau , mais par la chaleur ; ineolore à 20*^ au-dessous de zéro , il devient orangé à 1 5° au-d^** sus, et presque rouge à 28''.. Quatre partie^ de gaz liitreux et une partie de gaz oxygène ^ condens4$ de même par le froid , ont donné un liquide d'un vert foncé beaucoup plus volatil que le précédent > que M. Dulong regarde comme un simple mélange dWde nitreux et d'un autre acide où la proportion du gaz nitreux àeroit beaucoup plus forte.

* - M. Dulong à examiné aussi les proportions selon lesquelles loxygène se combine avec le phosphore pour former des abides. Avant lui on n'en admettoit que deux; ses recherchas lui font penser qu'il en existe quatre. GeUe où il entre le moins d oxygène s'obtient en jetant dansTeau un phosphore alcalin; il se dégage de l'hydrogène phosphuré^ et l'oxygène de l'eati forknê avec le phosphore restant un acide qui reste combiné avec l'alcaU , et qu on en expidse par l'acide sulfurique. M. Dulong le nomme kypopbosphormx , mais il croit que son radical se compose en partie d'hydrogène.

Un second acide, auquel M. Dulong transfère le nom de phosphoreux, s'obtient au moyen de la décomposition de l'eau par la combinaison de chlore et de phosphore au minimum , décomposition d'où â résulte deux acides, savoir l'hydrochlorique ou ^urktique, et celui dont nous. parlons. M. Dulong

l36 PHYSIQUE, CHIMIE,

le juge composé de lOo parties de phosphore et (fe près de 7 5 d'oxygène.

Le troisième acide e^t celui qui se produit par la combustion lente du phosphore dans lair. Il se décompose lorsqu'on le sature en acide phosphorique et en acide phosphoreux , et donné à-la-fois des phosphites plus solubles et des phosphates qui le sont moiâs. Toutefois M. Dulong ne le regarde pas comme un simple mélange, mais plutôt comme une combinaison de ces deux acides^ qui auroit quelque ressemblance avec les combinaisons sa* Unes, et où lacide phosphoreux feroit fonction de base. D'après cette opinion il propose de le nommer phosphatique pour rappeler l'analogie qu'il aiirôit avec les phosphates.

Le dernier terme de Toxygénation est l'acide phosphorique : la proportion du phosphore à l'oxygène y est de 100 à 124. On l'obtient de la combustion vive du phosphore, ou de la décomposition de l'eau par le chloru re de phosphore au maximum , et encore de plusieurs autres manières. Il est identique avec celui qu'on retire des os des animaux.

Trois chimistes hollaudois, MM. Yan-Marùm, Deyman , et Paëts-Van-Troostw^ick, firent counoitre en I '^^ 96 un gaz composé d'hydrogène et de carbone, qu'ils nommèrent gaz oléfianiy par la raison que sa propriété la^ plus singulière étqit de former un li-

qôidé huileûsi par son mélange avec le gaz mùriatique oxygéné. D'après la théorie que Ton avoit alor&sur le gaz acide mu viatique oxygéné, on dëvoit croire que son oxygène sunissoit à l'hydrogène carboné y et donnoit ainsi une sorte d^huite; mais aujourd'hui que Ton est venu à regarder ce gaz comme un corps simple, auquel M. Davy a*donné le nom de chlore, on est obligé de chercher une autre explication. MM. Bobiquet et Colin s'en sont occtipés. Ils ont reconnu qu'en faisant arriver lentement dans un ballon un volume de gaz oléfiant et deux volumes de chlore, ils se convertissent entièrement et sans résidu en liquide huileux , lequel , décomposé par le feu, donne de l'hydrogène non saturé de carbone, un dépôt de carbone, et beau-r coup de gaz itiuriatique, c'est-à-dire, d'après la théorie nouvelle, de gaz hydrochlorique : le chlore entre donc, en substance dans le liquide huileux. Mais y est-il comme chloi*e et uni directement à rjiydrogène surcarboné , ou bien s'y trou ve-t-il uni à l'hydrogène et comme acide hydrochlorique, ou, autrement, muriatique? C'est à la première de ces conclusions que les auteurs sont conduits par des inductions tirées de la pesanteur spécifique des comîposants et du composé, tandis que l'éther muriatique, qui a de nombreux rapports avec ce liquide huileux, leur paroit au contraire formé de l'union

l38 PHYSIQUE, CHIMIE,

du gaz hydrochlorique avec l'hydrogène carboné, M. Chevreul continue toujours de travailler avec le même zèle à son Histoire chimique des corps gras. Nous avons dit d après lui , dans le temps , comment la graisse de porc se compose de deux princij^es, Fun plus consistant, l'autre plus liquide; comment Faction àe^ alcalis en altère la combinaison , en sépare qn principe nouveau analogue au corps doux de Scheele, et y occasrone la formation de deux autres princi pes de nature acide , avec l^quèls Talcali se combine pour former le savon ; nous avons exposé Taffinîté diverse des alcalis et des terres avec ces deux acides , et les capacités de saturation de ces derniers; enfin nous avons rendu compte de' Texamen comparatif fait par M. Gbevreul de divers corps plus ou moins analogues à la graisse, tels<}ue le calcul biliaire , le spermacéti , Tadipocire des ca-^ davres et des différences essentielles qui les caraco térisent. Dans un mémoire présenté à TAcadémié cette année ce laborieux chimiste a commencé à rechercher les causes auxquelles sont dues les consistances, les odeurs y et les couleurs particulières à quelques huiles et à quelques graisses ; et il sest occupé des ^praisses d'hoinme, de boeuf , de mouton^ de jaguar, et doie; Les variétés de consktance tiennent à la proportion des d^ix principes géné^ raux des ccurps gras; mais les autres difiërénces^

£T MÉTÉOROLOGIE^ iSg

d^penàesÈî de principes partieuliers et étrangers^ M. Gfaevreul jHt>pose un système de nomenclature analogue au reste de la nomenclature chimique, tant pour les principes qu'il a découverts que pour leurs combinaisons salines» Les deux principes de la graisse devront se nommer stéatine et éUnne, d auprès les mots grecs qui signifient suif et huile. Son principe acide le plus consistant, ou sa margarine, sera l'acide margarique ; lautre lacide élaïque^ Le fpermacéti aura le nom de cétinc, etc. Sans doute ces nonis chargeront la mémoire ; mais c'est un inconvénient inséparable des progrès de la science , et des périphrases qui alongeroient le discours sans le rendre phts clair auroientdes inconvénients non moins graves.

Les physiciens savent aujourd'hui, par lès travaux d'un grand nombre de leurs plus ingénieux prédécesseurs, que les efFets de la distribution de la chaleur dans Imtérieur des corps solides se rapportent à trois qualités variables selon les corps, liiais déterminables et fixes pour chacun d^eux : leur capacité pour le calorique, c'est-à-dire la quan* tité qu'il en faut à chacun pour passer d'un degré de chaleur à un autre ; leur conductibilité inténènre, c est-* à -^ dire le plus ou moins de fecilit^

l4o PHYéTIQUE, bHlMIB.

avec laqtielleia chaleur parvient à s^ distribuer également; et leur conductibilité extérieure, c'està-dire le plus ou le moins de facilité avec laquelle ils se mettent à l'unisson de chaleur avec l'air ou les corps environnants.

La première de ces qualités est appréciée dépuis long-temps pour chaque corps; la troisième dépend beaucoup de l'état de la surface ; et il est nécessaire, dans une théorie exacte, de la distinguer soigneusement de la secondé, qui tient sans doute à la disposition mutuelle des molécule^, des corps.

Feu M. de Rumfort avait fait de nombreuses expériences sur la conducibilité extérieure d'un même corps, selon qu'il est plus ou moins poli, ou revêtu de diverses enveloppes.

M. Desprets vient d'en faire pour comparer celle des corps différents dans des états de surface sem« blables pour tous. Il emploie des sphères assez petites pour que leur conducibilité intérieure n'influe point trop sur Fextérieure; ses thermomètres ont leur réservoir au milieu de chaque sphère, elles 3urfaces sont ou simplement polies , ou enduites d'un vernis et d'un uombre.de couches de ce vernis, reconnu par l'expérience le plus favorable au refroidissement.

M. Desprets a rédigé ainsi une table des^ temps que mettent à se refroidir, au même degré, les prin-

ET MÉTÉOROLOGIE. lAl

dpaux métaux employés dans les arts; et en com* binant convenablement cette table avec celle dés capacités, il obtient celle de la conducibilité exté^ rieure; c'est le plomb qui la possède au plus haut defjré, ensuite la fonte, puis le fer, l'étain, le zinc, et enfin le laiton.

Les bains du Mont-Dor, près Clermont, fournissent une eau a 4^ ou 43** centigrades de température, contenant quelques matières salines, mais lexhalant sur-tout une grande quantité d*acide carbonique. On observe de très grandes différences dans leur action sur ceux qui les prennent et dans le malaise qu'occasione leur vapeur; et lorsque ces effets sont beaucoup plus marqués qu^à Fordinaire, que les bains sont ce qu on appelle soufrés^ on peut être assuré qu'un orage est prochain, et qu*il sera d autant plus violent que ces signes précurseurs ont été plus manifestes.

M. Bertrand, médecin de c^s eaux, attribue ces phénomènes à Félectricité qui , dans ses communications de la terre à latmosphère, ou réciproquement, doit, selon lui, suivre de préférence les ramifications tortuepses des eaux minérales ; mais les signes d'électricité qull a obtenus n'ont pas paru assez constants ni as^ez^ évidents pour servir de preuve à scm hypothèse , et l'on ti'a peut-être besoin

•de recourir qu*au plus ou moins de difïereiiee dcf chaleur au dedans et au dehors du j^ain, et à U plus ou moins grande abondance dacide carhonique résultant de la plus x)vl moins grande diffi-* culte que Tétat de l'atmosphère extérieure oppose à sa dissipation .

Chacun sait que les alcalis fixes s'unissent au soufre, et forment %vec lui cette conibinaison à hnquelle sa couleur a fait donner très anciennement le nom de foiç de soufre, et que la nouvelle chimie place dans la classe générale des sulfures; mais depuis que Ion a appris, par les brillantes expériences de M. I)avy, que les.alcaUs fixes ne sont autre chose que des oxydes métalliques , il devenoit intéressant de savmr s'ils entrent dans le sulfure comme oxyde ou comme métal, c'est*à-dire s'ils conservent ou s'ils perdent , en y entrant , l'oxyg^e auqudi ils sont unis.

M. Vanquelin avoit présenté des motifs plausibles d'adopter la première de ces opinions paUr le sulfure fiiit à une haute. température; et M. Oay*» Lussac vi^nt en qudque sorte de la démontrer*

En effet M« Y^uquelln avoit fait observer que le sulfure Élit à une haute température , lorsqu'on le dissout jdans l'eau, donne du sulfate ^ dont l'acide sulâirique çondent |Nrécîsémeilt autant d'oxygène

ET MÉTÉOROLOGIE. l43

que la potasse employée ; et ei cet acide existoit dans le sulfure avant la dissolution , il ne peut avoir pris ion oxygène qua k potasse; mais on pourroit ob^ jecter qu'il ne.se forme quau moment de la disse* lutipn et en décùftiposatat leau.

C'est à quoi répond matnteuant M. Gay-^Lussac. En formant le sulfure à une température douce tm n obtient point de sulfate lors de là dissolution , mais seulement de rbyposulfite. La simple dissolution dans leau ne produit donc pas de lacide snlfurique, çt, s'il y en a , il a dâ seformer en même temps que le sulfure, et dans un moment ou la potasse seule avoit de loxygène à lui fournir.

L'oxyde noir de manganèse, traité à chaud avec de la potasse caustique, se fond en une matière verte y dont la dissolution ^ d'abord de ]a même couleur, passe ensuite au bleu, au violet, et au rouge. Scheele, qui a le premier observé ces variations, avoit donné à la combinaison qui les présente le nom de camétéon minéral.

M. Chevreul a remarqué qu elle peut passer par toutes les teintes der anneaux colorés, et que Ibn'y produit alternativement les diverses nuances, ^t en ajoutant petit à petit de l'eau, de l'acide carbonique, de la potatte^ etc.9^oit en mêlant ^ dans divertei proportions, ks^lenx conlenrs extrême^; on

l44 PHYSIQUJE) CHIMIE «

peut enlever toute couleur par certains acides, etc; MM. Chevillot et Edwards^ s'étant occupés de cette singulière substance, ont constaté d*abord qu'il ne peut se fprmer de caméléon sans le tîwi* cours de lair; qull s'en forine dans l'oxygène plus aisément que dans Tair^ et qu'il absorbe de Foxy-^ gène en se formant plus que ne ferait la potasse •seule. Variaint ensuiteles proportions des cotopo-^ sants, ils ont vu que le caméléon est d'un vert d'autant plus clair et plus pur qu'on y a einployé moins de manganèse et plus de potasse, et qu'en angmen* tant le premier composant et diminuant l'autre jusqu'à ce qu'ils soient en parties égales, on arrive à faire immédiatement du caméléon rouge, qui, dissout et évaporé, donne de beaux cristaux comparables au carmin, inaltérables à l'air, et capables de colorer une grande quantité d'eau. L'alcali y est parfaitement neutralisé. Ces chimistes se proposent de suivre ces expériences, et espèrent en déduire les causes des phénomènes remarquables qnV>fire le caméléon minéral.

* La médecine. e^;nploié tous lesjours des racines, des graines, ou d'autres parties âe plantes et d'uni-^. maux auxquelles on a reconnu une action bien marquée sur l'économie animale, et des verttis prédises contre diverses maladies; mais ces vertus

ET MÉTÉOROLOGIE. l45

n appartient pas à la totalité des principes immédiats qui composent les substances, elles sont au contraire ordinairement lapanage exclusif de Fun d entre eux; et lorsque la chimie parvient à discerner ce principe privilégié et à découvrir les moyens de l'extraire, elle rend à la médecine un service d'autant plus grand que souvent les autres principes auxquels il est uni affaiblissent son action, et produisent même des inconvénients qui restreignent Fusage de la substance dans laquelle il entre.

Ainsi Ion connoit depuis long-temps le pouvoir de ripécacuanha pour exciter le vomissement, et les heureux effets de ce remède sur les suites de la dyssenterie; Ton sait aussi, par les travaux récents de M. de Candoile, que les racines employées en pharmacie, sous le nom d'ipécacuanha, proviennent de plantes assez diverses et dont la force n'est pas toujours égale; savoir, d'un psychotria, d'un calicocca, et d'une violette; mais il s'agissait de déterminer auquel des principes immédiats de ces racines appartient la vertu qui les a rendues si précieuses, ce qui seul pou voit donner les moyens d'assigner avec précision leurs degrés respectifs de puissance, et de fixer les meilleures méthodes de les préparer pour leur emploi en médecine. C'est ce que MM. Magendie et Pelletier ont essayé de

XDFPOir. COMPLÉM. T. II. lO

l46 PHYSIQUE, CHIMIE,

faire par une analyse chimique très soignée, et par des expériences sur les animaux et sur les hommes.

Après avoir enlevé, par Téther, une matière huileuse, d une odeur dësagi^ble, ils traitent Tipécacuanha par lalcohol, et en obtiennent de la cire et une substance particulière qu'ils séparent de cette cire au moyen de l'eau. lie résidu ne contient plus que de la gomme, de l'amidon, et du ligneax.

C'est à la substance dissoluble dans l'alcohol et dans l'eau qu'appartient le pouvoir de faire vomir; ce qui l'a fait nommer éméthie. Elle se présente sous forme d'écaillés transparentes, brun rougeâtre, presque sans odeur, légèrement acres et amères; elle est déliquescente à l'air, et offre plusieurs autres caractères qui paroissent lui être par* ticuliers. A dose convenable de 2 à 4 grains elle a les effets de l'ipécacuanha , mais non pas son odeur nauséabonde, qui réside dans la matière huileuse. Le vomissement qu'elle occasione est suivi de fortes envies de dormir. A dose plus élevée, de 6 à 12 grains par exemple, elle a fait périr les chiens , aprèsdes vomissement^ violents et plusieurs heures d'un assoupissement profond.

La racine d'ipécacuanba brun (psychotria emeiica) contient 16 centièmes d'émétine^ mais la partie ligneuse intérieure de la même racine n'en possède qu'un peu plus d'un centième. Il y en a i4 cen-

ET MÉTÉOROLOGIE. l47

tièmes dans l'éeoroe d'ipécacuanha gris {tallieocca ipecacuanha) et 5 dans la totalité de Ip racine d'ipé* cacuanba blanc (vioh emetica).

L opium, ou le suc de tête de pavots, dont lusage est devenu si général dans la médecine moderne, est aussi un composé de plusieurs principes; et, malgré les nombreux travaux dont il a été lobjet, M. Sertlirner, pharmacien d'Eimbeck, en Hanovre, y a découvert récemment un acide, et, ce qui est plus extraordinaire, un alcali nouveau, ou du moins une substance qui a toutes les proprié* tés générales 4^ bases salifiables. C'est à elle qu'il attribue le pouvoir SQmnifère et vénéneux de Vapium, et il lui a donné, par cette raison, Iq nom de morphine. Amère, cristallisable, fusible à la chaleur, peu soluble dans Teau même bouillante, mais beaucoup dans Falcohol et dans Téther, elle forme, avec la plupart des acides, des sels neutres remar* quablfô , dont elle est précipitée par 1 ammoniaque; elle se résout au feu en oxygène, en carbone, en hydrogène , et peut-être en un peu d*azote. L'acide auquel elle est unie dans l'opium a reçu de M. Serturner le nom de mécanique; mais ce chimiste n'a pas eu le loisir d'en faire uu examen assez approfondi.

M. Robiquet a repris et v^ifié les découvertes de

lO.

l48 PHYSIQUE, CHIMIE,

M. Sertiirner par rapport à ces deux substances; il a l'econnu que Vacide méconique est très soluble dans lalcohol et dans Feau ; qu'il forme des sets diversement solubles avec les alcalis; qu'il donne au sulfate de cuivreunebellecouleur d'émeraude, etc. ; mais M. Robiquet s'est assuré, contre l'opinion de M. Serturner, que le sel essentiel extrait de l'opium par M. Derône en i8i3 n'est pas là morphine, ni une combinaison de la morphine avec l'acide méconique; c'est, selon lui, une troisième substance qui existe dans l'opium, en même temps que ces deux-là.

M. Sertiirner avoit éprouvé de la morphine dissoute dans l'alcohol des effets délétères assez violents; mais quand on la donne seule elle agit peu. M. Orfila en a fait prendre sans effet à des chiens, à une dose où l'extrait aqueux d'opium auroit produit un empoisonnement violent. Tous les sels solubles de morphine agissent au contraire avec la même intensité que l'opium , et en déterminant les mêmes symptômes, tandis que Topium dont on a séparé la morphine perd son efficacité.

C'est donc la morphine qu'il faut tâcher de retrouver dans les végétaux indigènes, si l'on veut y découvrir quelque succédané de l'opium.

M. Sage a public, dans le courant de l'année, quatre mémoires sur l'eau de nier; il y admet un

ET MÉTÉOROLOGIE. l49

gaz particulier, auquelil donne le nom de gaz hepiunien, oléagineux y alcalin y et inodore , qui, selon lui, doit empêcher que la distillation ne puisse extraire de leau de mer une boisson salubre. On saura bientôt à quoi s en tenir, d'après les expériences que le capitaine Freycinet a été chargé de faire dans le grand voyage qu'il a entrepris.

La chimie s'est enrichie cette année de deux nouvelles substances doublement intéressantes, en ce que l'une est à-la-fois métallique et alcaline, c'està-dire que son oxyde est un nouvel alcali fixe, et en ce que l'autre est métallique et acidifiable, et en même temps plus analogue au soufre qu'à aucune autre matière.

On doit la première à M. Arfvedson, jeune chimiste suédois , élève de M. Berzélius. lU'a découverte dans une pierre nommée pétalite^oix il n'en a trouvé que de 3 à 5 centièmes ; mais il en a reconnu ensuite jusqu'à 8 centièmes dans une autre pierre appelée triphane.

Cette substance donne, avec la plupart des acides, des sels très fusibles; son carbonate en fusion attaque le platine presque aussi fortement que les nitratesdes autres alcalis, etsedissoutdifficilement; son muriate est très déliquescent; son sulfate cris-*

l5o PHYSIQUE, GlilMlË,

tallise sans eau de saturatioDi La capacité de cet alcali pour saturei* les acides est plus grande que celle d*aucun autre ^ et il (entre en plus grande quantité dans les ^éls qu'il forme avec eux;

Lauteur de la découverte a donné à sa nouvelle substance le nom de tithion, pour rappeler qu elle a été découverte dans une pierre ^ tandis que les deux autres alcalis fixes ont été d'abord tirés des végétaux.

La seconde substance a été découverte par M. Berzélius lui-même dans une fabrique d'acide sulfuriquè de Fàlun en Suéde. Il se dépose au fond de la chambre où Ton brûle du soufre retiré des pyrites une maëse itiugeâtre^ qui n'estelle-méme en grande partie que du soufre, mais qui donne en brûlant une odeur acre de raifort. Cette odeur étant Fun dés caractères d un métal découvert depuis quelques années par M. Kluproth, et nommé tellure^ on pouvoit ciroire qu elle étoit due au mélange de ce métal avec le soufk^e. Cependant M. Berzélius et M. Gahn, qui examinèrent d abord cette matière rouge, nepurenten reti rer de tellure. Lepreœieren emporta à Stockholm pour Tetaminer de plus près, et il y trouva une substance très volatile, très aisément réductible, et ne se laissant point précipiter par les alcalis. Sa couleur est grise ^ avec un grand éclat ; elle est dure , friable, et sa cassure ressemble

ET MÉTÉOROLOOIË. l5l

à celle du soufre. Sa pesanteur spécifique est de 3.6. Elle donne une poudre rouge par la trituration , se ramollit à la température de Icau bouillante, se fond un peu au «dessus, et reste quelque temps, à mesure quelle se refroidit, molle, pétrissable, et filante comme de la cire d'Espagne. A un peu plus de chaleur encore elle bout et se sublime en un gaz jaunâtre, et se fixe en foruie de fleurs dun beau rouge, qui cependant ne sont point oxydées. Dans lair elle s'évapore en fumée rouge, ou brûle avec une flamme bleue , et en donnant une si forte odeur de raifort qu un 5o^ de grain suffi roit pour empester le plus vaste appartement.

M. Berzélius a donné à cette substance le nom de sélénium^ d après le nom grec de la lune, et pour rappeler le rapport qu'elle a avec le tellure ; rapport qui pourroit au reste ne tenir qu'à la présence même du sélénium dans les tetiures examinés jusqu'à présent.

Les nouvelles de ces découvertes ayant été annoncées à l'Académie par M. Gillet-Laumont, et bientôt après par une lettre de M. Berzélius luimême adressée à M. Berthoilet, M. Vauquelin s'occupa aussitôt de vérifier ce qui concernoit l'alcali; et ses observations ajoutèrent quelques détaib à celles qu'avoit données M. Arfvedson. Quoique M. Vauquelin n'ait eu qu^une petite quantité de

l52 PHYSIQUE, CHIMIE,

pétalite à sa disposition, il y a trouvé jusqu'à 7 pour cent de lithioa.

M. Berzélius a suivi avec tout le soin qu elle méri toit sa belle découverte du sélénium. Il a soumis sa substance à la plupart des agents de la chimie, et reconnu comment ils se comportent avec elle; et, étant venu à Paris cette année, il a donné lui-même son travail avec le plus grand détail dans les ^nnales de Chimie. Sous tous les rapports il montre dans le sélénium une sorte d'intermédiaire entre les substances combustibles et les substances mé* talliques.

Il en fait sur-tout une comparaison, d'une part, avec le soufre et le tellurium, dé l'autre, avec le chlore , le fluor, et l'iode ; substances que beaucoup de chimistes ont voulu placer, dans ces derniers temps, dans la même classe que le soufre, parcequ'elles donneroient, comme le soufre, des acides en se combinant avec Thydrogène. On peut se rappeler ce que nous avons dit à ce sujet dans nos analyses de 1^ 1 3 et de 1 8 1 4 9 <^n rendant compte de la nouvelle théorie de M. le chevalier Davy, sur les acides qu'il croit formés sans oxygène.v

M. Berzélius trouvant que les combinaisons, soit du soufre, soit du tellurium, soit du sélénium, avec les métaux et les substances combustibles, ont en^ tre elles une grande analogie; et trouvant d'un au-

trè côté que les combinaisons de Tiode et du chlore avec les mêmes matières sont aussi très analogues entre elles et avec celles des acides oxygénés, mais ne ressemblent point du tout aux précédentes; ce savant chimiste en conclut que ce sont deux ordres bien distincts de substances, et il laisse entrevoir par-là qu'il ne regarde pas encore comme démontrée la théorie de M. Davy.

Ce sélénium est singulièrement peu abondant ; 5oo livres de soufre brûlé à la ia.brique de Faliin n en donnent qu un tiers de gramme. Combien doitil être en proportion moins considérable encore dans la pyrite d'où ce soufre est extrait ! M. Berzél^us Ta trouvé depuis formant environ le quart d'un minerai d'argent et de cuivre extrêmement rare, que Ton avoit regardé, à cause de son odeur, comme un minerai de tellure, et que l'an tiroit autrefois d'une mine maintenant abandonnée de la province de Smolande en Suéde. Il en a trouvé aussi quelques parcelles combinées avec du cuivre sans argent.

Plus on réfléchit sur ces éléments chimiques, qui seroient ainsi jetés comme au hasard par la nature en petites parcelles de si peu d'effet dans l'univers que l'art le plus délicat, la science la plus profonde suffisent à peine pour les mettre au jour, plus on est porté à croire qu'une science plus pro-

fonde encore leur arrachera bientôt leur qualité d*éléments.

M. Gay-Ziussac a fait en 1 8 1 1 sur le principe colorant du bleu de Prusse, ou ce que Ton nomme depuis quelque temps Vacide prussiquel dçs recherches qui ont fait reconnoitre à cette substance, dans son état de pureté, des propriétés fort remarquables, et jusqu'alors entièrement ignorées; telles, entre autres, que la petitesse de Tintervalle qui sépare pour elle le point de la congélation et celui de Tévaporation , et son épouvantable influence sur Téconomie animale. Ce savant chimiste , continuant ses recherches sur cet important sujet , a découvert , en 1 8 1 4^ que ce principe est un hydracide, c est-àdrre un de ces corps semblables aux acides quant à leur action extérieure, mais où Ion ne peut démontrer la présence de Toxygène, et qui paroissent résulter de la combinaison de Thydrogène avec un radical. L'acide prussique est même le premier hydracide dont on connoisse le radical quant à ses éléments, et M. Gay-Lussac a trouvé qu'il se compose de carbone et d'azote en proportions peu différentes. Il a nommé ce radical cyanogène, et l'acide qu'il fournit hydrocyanique, à cause de sa propriété de teindre l'oxyde de fer en bleu. Nous avons annoncé toutes ces découvertes dans nos analyses de 1 8 ii et de 1 8 1 4*

ET MÉTEOBOLOGIE^ l55

M« Vauquelin a travaillé de nouveau sur cette matière en suivant , comme il le dit avec sa modes*tie ordinaire, la route que M. Gay-Lussac lui avoit frayée ; mais cette route avoit des embranchements qui ne pouvoient échapper à un homme tel que M. Vauquelin.

Le cyanogène gaseux se dissout dans environ quatre fois et demie son volume d eau ^ et lui donne une odeur et une savèlir très piquante, mais sans la colorer. Après quelques jours cette dissolution 6e teitit en jaune, puis en brun, dépose une ma* tière brune, prend Todeur d acide hydrocyanique, et développe de lamnioniaque quand on y met de la potasse. Cependant elle ne peut eticore donner de bleu de Prusse. Des expériences ultérieures montlrènt qu elle contient de Thydrôcyanate , du carbonàted ammoniaque, et de Fammoniaquecom- . binée avec uti troisième acide que M. Vauquelin nomme iyyanique^ sans avoir absolument déterminé la com|>osition de son l'adical.

Il y a donc de^com position de Teau : son hydrogène s'unit à une partie du cyanogène pour former de 1 acide hydrocyanique; une auti^ partie s^unit à de r^izote du cyanogène pour former fammoniaque; Toxygène de cette même eau avec une partie du carbone du cyanogène forme de Tacide carbonique. Le troisième acide résulte de quelque eoni-

l56 PHYSIQUE, CHIMIE,

binaison du même genre ; et il reste cependant encore du carbone et de Tazote que cet oxygène ne suffit pas pour convertir en acide, et qui donnent la matière brune du dépôt.

Les oxydes alcalins produisent des effets semblables, mais bien plus rapidement.

Une multitude d autres applications du cyanogène aux oxydes , aux métaux , aux substances combustibles, ont donné à M. Vauquelin des résultats non moins curieux. La question la plus intéressante qu elles pou voient résoudre étoit de savoir si le bleu de Prusse est un cyanure ou un hydrocyanate,c està-dire une combinaison de l'oxyde de fer avec le cyanogène , ou bien avec son hydracide. M. Vauquelin ayant constaté que leau imprégnée de cyanogène peut dissoudre le fer sans le changer en bleu de Prusse , et sans qu'il y ait dégagement d'hydrogène, mais en laissant du bleu de Prusse dans la portion non dissoute, et queFacide hydrocyanique convertit le fer ou son oxyde en bleu sans le secours ni des alcalis ni des acides; il en conclut, contre l'opinion de M. Gay-Lussac, que le bleu de Prusse est un hydrocyanate, et que, lorsqu'on expose du fer à l'eau imprégnée de cyanogène, il s'y forme à-la-fbis de Facide cyanique qui dissout une partie du fer, et de l'acide hydrocyanique qui en convertit une autre en bleu.

ET MÉTÉOBOLOQIË. I Sy

Il établit même une régie générale, laquelle seroit que les métaux qui , comme le fer, peuvent décomposer leau à la température ordinaire forment des hydrocyanates ; et que ceux qui n ont pas cette faculté, cpmme l'argent et le mercure, ne forment que des cyanures.

Tout le monde sait que la plupart des acides résultent des combinaisons deloxygène avec cei*taines substances auxquelles on a donné le nom de radicaux, et que, suivant qu il entre dans la combinaison une quantité plus ou moins grande d oxygène, 1 acide formé est différent en propriétés , et prend des noms auxquels les chimistes modernes ont donné une certaine régularité, en indiquant le degré d'oxygénation par le moyen de la terminaison.

C'est ainsi que lazote produit, par des additions successives d oxygène, le gaz nitreux, l'acide nitreux, Tacide nitrique; et nous avons parlé, dans notre analyse de 1816, de combinaisons encore différentes dans leurs proportions découvertes par MM. Gay-Lussac et Dulong.

M. Thénard vient de faire des expériences d'où il résulte que plusieurs acides peuvent admettre des proportions d'oxygène bien supérieures à celle que l'on regardoit jusqu'à présent comme constituant leur état le plus oxygéné. En dissolvant avec pré-

|58 PfiYSlQUE, OHIMIE,

caution de )a baryte suroxydée par de Tacide nitrique, et en la précipitant par Tacid^ sulfurique, sop excès d oxygène reste uni au premier acide qui de^ vient ainsi de l'acide nitrique oxygéné. Par des moyens que M. Thénard indique on peut le concentrer assez pour qu'il donné par la chaleur onze fois son volume d'oxygène; et, d après les calculs de ce 'savant chimiste, il seroit une combinaison d'un volume d'azote contre trois volutnes d^oï^gène. L'acide hydrochtorique s'oxygène par le même procédé , et prend alors des proptîétés singulières. Appliqué à l'oxyde d'argent, il forme de l'eau et un chlorure, et son oxygène devenapt libre produit une effervescence aussi vive que si l'on versoit un acide sur un carbonate alcalin.

L'acide sulfurique, le fluorique, peuvent être oxygénés de même , et on peut suroxygéner encore tous ces acides une ou plusieurs fois. Il en est aux«quels M. Thénard a ajouté de cçtte manière jusqu'à sept et même jusqu'à quinze doses successives d'oxy* gène. lia contraint ainsi de l'acide bydrochlorique à en absorber jusqu'à trente fois^son volume. Rien n'égale alors l'cfifervescence qu'y oceasione le contact de l'oxyde d'argent. Par le moyeq de ces acides aiqsi surchargés .d'oxygène, et paf des procédé^ analogues, on peut aussi suroxygéner des terres et des oxydes métalliques: M. Thénard a même sur-

ET MÉTÉOROLOGIE. îSg

oxygéné Teau en versant peu à peu de Feau de baryte dans de lacide sulfurique oxygéné; lacîde sulfurique s'unit à la baryte , se précipite avec elle, et laisse à leau son excès d oxygène. Ainsi oxygénée Feau dans le vide se congèle ou s'évapore sans per* dre son oxygène ; il s'y concentre au contraire au point qu'elle en a absorbé jusqu^à quarante ou cin* quante fois son volume : mais l'ébullition le lut en* lève ; le charbon , l'argent , l'oxyde d'argent , et ceux de plusieurs autres métaux, le font jaillir avec une vive effervescence ; et , ce qui est singulier, un passage si rapide à l'état de gaz d'une quantité consi* dérable de matière, loin de produire du froid, échauffe la liqueur à un degré très sensible. M.Thénard soupçonne qu'il y a quelque chose d'électrique dans ce phénomène.

On sait aujourd'hui, par les célèbres expériences galvaniques de M. le chevalier Davy, que les alcalis fixes ne sont, autre chose que de^ oxydes de métaux excessivement combustibles; et parcelles de MM. Thénard et Gay-Lussac que l'on peut les ramener à l'état métallique au moyen du carbone et d'une très haute température. Nous avons parlé de ces grandes découvertes dans notre analyse de 1808.

M. Vauquelin , ayant réduit dernièrement de l'antimoine par des flux alcalins, s'est aperçu que

|62 PHYSIQUE, GHIIfiË,

de Toxygène, et en précipitant le mi^^nganèse à l'état daxyde noir. Le sucre, les gommes, et d autres substances capables d'enlever Tpxygène, décomposent également le caméléon , et le^j^position à lair produit un efiPet semblable; ce que les auteurs attri* bueat aux corpuscules étrangers qui flottent dans iatmospbère^ et qui, en tombant dans la dissolu^ tiqn, lui enlèvent aussi une partie de loxygènequi lui est essentiel.

Le cobalt et le nickel soat deux demi-métaux qu'il est très difficile d'obtenir purs, et sur-tout de séparer entièrement Tun de Vautre; cependant cette préparation est nécessaire pour une détermi-r natioaii exacte de leurs propriétés. M. Laugier, ayant Sjuivi les méthodes le plus récemment pubUées pouir parvenir à cet objet, a trouvé encore dans le nickel des trûees non équivoqMjQs de cobalt. Pour «:'€)» débarrasser il dissout le mélwge dans lan^moniaqu^, et précipite par Tacide oxalique ; il redissout loxa-r late de nickel et de cobalt obtenu par cett^ opéni* tîon dans lammoniaque concentrée, et exp^^ la dissolution à lair, A mesure qu^ Fimimoaiaque ^'exhale, il se dépose de Voxakte de nickel mêlé d'amnioni^ueu Par de^ cristallisations répétées; qn 4é|4DHiUe l*e JiqitMd^ <fe t0u( sw nicfceli il ny re^tç qjuuaie Qombin^isim d'oxaWit^ d& cobalt ^t d an}^ n^ni^^ue , que Toni irédmU ^ifi^ip^t, I^ pi^ d?

ET MÉTÉOROtOGlE. I 63

cobalt qui est demeuré dans Id précipité de nickel s en sépare par quelques dissolutions successives dans lammoniaque : ainsi la même opération donne les deux métaux à Fétat de pureté.

Ije sucre de lait traité par Facide nitrique donné un acide dont Scheele fit la découverte, et qui de* puis a été nommé acide mucique, parcequHl se pro-* duit également par Faction de Facide nitrique sur les gommés et mucilages. Quand on expose cet acide à la chaleur, il se sublime une matiène ^line brune très odorante, brûlant avec *^amme sur les cbarbons , et dissoluble dans Feau et Fàlcobol. TronoisdorjF, qui a fait un examen pgirtieulier de cette matière sublimée , crut y trouver de Facide sucdnique, du pyrotartarique, de Facétique, et diverses autres substances ; mais M. Houtou-Labillardière, s'étant aperçu^ à la lecture du travail de Trpmsdorf , qu'il attribuoit k son acide succinique des caractères fort différents de ceux que est acide offre réellement, a eru devoir reprendre ces recherches.

U a lu à FAcadémie un mémoire où il prouve que ce prétandu acide suecinique est un acide nouveau, auquel il donne le nom de fyromucicfue. Quand on Fa débarrassé de Fhuiifs et de Facide acétique qui s'y m^nt, il cristallise aisément^ est blanc, inodore, d'une saveur acide asses ibrte^ fond « 1 36 degrés

l64 PHYSIQUE, GHiariE,

centigrades, se volatilise au-delà de cette température, n attire point Thumidité, se dissout dans leau bouillante en plus grande abondance que dans Teau froide; et en le résolvant en ses parties constituantes on en obtient environ neuf volumes de vapeur de carbone, trois d'hydrogène, et deux d'oxygène. M. Houtou-Labillardière décrit avec soin les combinaisons de cet acide avec diverses bases salifiables, et tous les phénomènes qu'il rapporte viennent à l'appui de l'assertion de ce jeune et habile chimiste. -^

M. Chevreul a fait de nouvelles et importantes additions à ses recherches sur les corps gras, dont nous avons déjà plusieurs fois entretenu nos lecteurs. Après avoir reconnu que la matière du calcul biliaire, qu'il nomme cholesterine , ne forme point de savon avec les alcalis, ce qui la distingue essen^ tiellement des graisses, il avoit cru s'apercevoir que le spermacéti, auquel il a donné le nom de cétine, se réduisoit, par Faction des alcalis, en un acide analogue à l'un des deux que ces mêmes alcalis produisent dans les graines, savoir à celui qu'il a appelé mar^ariijfue^ mais que cet acide du spermacéti avoit une capacité de saturation beaucoup moindre. Il avoit donc jugé nécessaire de donner à cet acide un nom particulier, et l'a voit appelé cétique. Desexpériences plus suivies l'ont convaincu

ET MÉTÉOROLOGIE. l65

(jue ce n'estautre chose que de l'acide niargarique, dont les propriétés sont masquées par un reste de substance grasse non acide. Mais de Fbuile de dauphin traitée par la méthode de M. Chevreul , c'està-dire convertie en savon par les alcalis, lui a réellement donné, outre les deux acides que fournissent toutes les graisses , un acide d'une troisième sorte , qu'il nomme delphinique ; ce que ne fait pas rhuile de poisson ordinaire du commerce.

Il est à remarquer que l'oxygène ne peut se démontrer dans ces nouveaux acides ternaires tirés des graisses, et qu'ils sont à l'égard des acides végétaux ordinaires, tels que l'acétique, l'oxalique, etc. , ce que sont, dans le règne minéral, les hydracides de M. Davy à l'égard des acides minéraux anciennement connus , le nitrique , le sulfurique , etc.

La cochenille, cet insecte singulier qui par la matière colorante qu'il fournit est devenu un article si important de commerce, n'avoit point été encore étudiée par les chimistes avec l'attention dont elle est digne. MM. Pelletier et Caventou en ont fait l'objet de leurs expériences : ils ont reconnu que la matière colorante si remarquable qui en îFait la pai*tie principale y est mêlée à une matière animale particulière, à une graisse semblable à la graisse ordinaire et à différents sels. Après avoir enlevé la graisse, par l'éther et traité le résidu par

l66 PHYSIQUE, CHIMIE.

Fakobol bouillant, ils laissent refroidir ou lentement évaporer lalcohol, et obtiennent ainsi la nia^ tière colorante, mêlée seulement encore d'un peu de graisse et de substance animale, qu on en sépare en dissolvant encore par lalcohol à froid qui laisse la matière animale , et en mêlant à la di^olution de lether qui en précipita la matière colorante dans un grand ét^X de pureté, Chacun sait qu elle est du plus beau rouge, et les chimistes dont nous parlons lui donnent le nom de carminé. Elle se fond à 5o°, se boursoufle ensuite, et se décompose sans donner d'ammoniaque ; elle est très solùble dans Teàu , peu dan^ lalcohol, et point dans l'éther sans Fin tern^èdç 46 la graisse. Les acides la font passer successivement du cramoisi au rouge vif et au jaune ; led alcalis au cont raire,et en général tous les protoxydea, la font tourner au violet ; l'alumine l'ônléve a l'eau . . Ces ej^périehces expliquent plusieurs des pi^océ-i dés de l'art du teinturier et de celui du fabricant de couleurs, et particulièrement ce qui se passe dans la teinture en écarlate et dans la fkbricatiou du cormiu et de la laque.

La laque n'est formée que de carminé et d'alu-^ mine; ^leala couleur naturelle de lacarmine^ qui eit le crdmoisi. Le carmin est un composé tripkde matière animale^ de carminé, et d'acide qui en rehausse la teinté ; c'est l'action de l'acide murià^ue

Et MÉTÉOROLOGIE. 167

qui convertit le cramoisi de la cochenille en belle couleur d'écarlate.

Les causes les plus apparentes des phénomènes atmosphériques, la densité de Tair, son humidité, sa chaleur, ^t son électricité, sembleroient dévoir principalement dépendrede Faction du âoleil : mais l'irréguliarité de leurà effets dans nos climats prouve a^sez qu'^dles éprouvent encore d'autres influences, et qu'elle se compliquent avec des Causes encore inconnues ; et c'est c« qui fait que jusqu'à nos jours la météorologie èeiiible être de toutes les branches de la physique Côllè qui s*etft le moitis rapprochée de ce degré de certitude qui pourroit la faire considérer comme une scietiçe positive.

M. de Humboldt lait remarquer que, si Ton peut e^péi^r d'eu jamais déterminer les lois , c est en f étudiant dans les climats où ces phénomènes offrent le plus de simplicité et de régularité ; et <^%i incontestablement la 2one torride qui doit à cetiti-e fliter le choix de Ibbservateur.

Déjà c'est entre les tropiques qu'il a été possible de rèc^nnoître les lois des petites variations ho raires di| baromètte ; c'est dans la £Ône torride que la sécheresse et les pluies , que la direction des vents dans chaque saison , sont soumis à des régies invariables. •

l68 PHYSIQUE, CHIMIE,

M. de Huniboldt a porté son*attentioQ sur le rapport de la déclinaison du soleil avec le commencement des pluies dans la partie nord de la zone. A mesure que le soleil s'approche du parallèle d'un lieu , les brises du nord y sont rein placées par des calmés ou des vents du sud-est. La transparence de lair diipinue; Tinégale réfringence de ses couches fait scintiller les étoiles à 20** au-dessus de Fliorizon. Bientôt les vapeurs s'amassent en nuages; l'électricité positive ne se manifeste plus constamment dans le bas de l'atmosphère; le tonnerre se fait entendre; des ondées se succèdent pendant le jour; le calmé dé la nuit n'est interrompu que par des vents impétueux du sud-est.

M. de Humboldt explique ces faits par le plus où moins d'inégalité qui se trouve entre cette partie de la zone torride et la zone -tempérée vmsiiie. Lorsque le soleil est au midi de Féquateur, c'est l'hiver de l'hémisphère boréal. L'air de la zone tempérée est }e plus différent qu'il soit possible de celui de la zone tonîde. Il s'y écoule sans cesse en brise fraîche et uniforme qui reporte l'air chaud et humide dans le haut de l'atmosphère, d'où il retourne vers cette mênie zone tempérée, y rétablit réquilibre, y dépose l'humidité: aussi la chaleur moyenne est-elle toujours moindre de 5 à 6** dans le temps de sécheresse que dans le temps des pluies >

mais les vents de sud-est nagissent point comme ceux du nord, parcequlls viennent d'un hémisphère beaucoup plus aquatique, et sur lequel le courant dair supérieur ne se disperse pas de la même manière que dans Thémisphère boréal, j

M. Moreau de Jonnès a communiqué quelques détails extraits de sa correspondance sur le coup de vent qui a causé tant de dégâts aux Antilles le 21 septembre dernier; il a été précédé d'un calme plat; le vent est passé par le nord au nord-ouest^ et c'est de ce point qu'il a soufflé avec violence. M. de Jonnès remarque à ce sujet que Tannée précédente le coup de vent du 20 octobre venoit du sud-est, et qu'il existe enti^ ces deux points un espace de 90'' au sud et au nord d'où il ne souffle jamais de courant d'air. L'agitation de l'air a été suivie d'un ras de marée violent qui a entraîné des navires; mais on n'a observé aucun mouvement extraordinaire dans le baromètre. Une remarque assez triste c'est que l'effet communément attribué, à ces ouragans d'assainir l'air des pays qu'ils dévastent ne s'est pas vérifié dans cette occasion, et que la fièvre jaune n'a pas cessé d'exercer ses ravages.

Le même observateur a donné aussi une notice des tremblemeuts de terre éprouvés aux Antilles cette année, et qui ont eu cela de remarquable qu'ils ont affecté une sorte de périodicité. Il y en a

eu huit depuis le mois de décembre jusqu'au mois de mai, un chaque mois, excepté. en avril, où il y en a eu deux, et tous entre neuf et onze heures du soir. -'

Le séjour que M. Berzélius, savant chimiste suédois, correspondant de notre Académie, €t nou* vellement nommé sccrétaire-pei*pëtucl dé celle de Stockholm, a fait à Paris pettdant une partie àe cette année nous a valu une traduction frânçoîse de son intéressant ouvrage sur la Théorie des proporfions chimiques et sur tinfluehce chimique de Célectri-^ cité, ouvrage où il cherche à fixer les idées sur les deux points foùdamentaux de la doctrine chimique; savoir, la disposition relative des particules élémentaires des corps , lorsqu'elles sont arrivées à une combinaison fixe , et la force impulsive qui les conduit à cet état, ou qui les contraint à en changer 0t à Se réunit en eombitiaisons nouvelles, soît entre elles, soit avec des particules d'autres espèces.

L'autéur part des lois récemment reconnues par les chimistes sur les proportions d'après lesquelles se font les combinaisons diverses des mêmes substances.

ïl étoit si ttaturel de croire que l'identité dans tes qualités chimiques de chaque substance c<^tipbsée

ttent à Tidentité d'espèce et de proportioA des éléments qui la composent que cette opinion avoit été adoptée bien avant que Ton pût en donner des preuves rigoureuses. On fut même long- ^emps sans chercher ses preuves , parceque Ton se contentoit de cet aperçu vague et général.

Cependant les expériences de Bergman sur la précipitation des métaux les uns par les autres , celles de Wenzel, et sur-tout celles de Richter sur la décomposition mutuelle de différents sels par double affinité , commencèrent à donner de la précision à cette manière de concevoir la compositioti des corps ; cU^ prouvèrent que certains oxydes que certains sels neutres , n arrivent à un état fixe et caractérisé que par des proportions fixes de leur^ parties constituantes; mais un peu plus tard la plupart des chimistes , exclusivement occujpés des discussions que la nouvelle théorie de la combus^ tion avoit occasionées, négligèrent ce genre de recherches.

M. Berthollet flit le premier parmi nous qui s*en occupa sérieusement dans son célèbre ouvrage de la Statique chimique. Il reconnut bien le principe qui résultoit des expériences de Weiizei et de Bich^ ter, que les acides et les bases, salifia blés possèdent,' chacun dans son espèce, dçs capacités oorlstantes de saturation , et que si une baise , par exemple , sa^

ture deux fois plus d'un certain acide que ne fait une autre base, elle saturera aussi deux fois plus de tout autre acide, et réciproquement. Mais M. Bertbollet ne pensa point que deux substances dussent toujours s'unir d'après des proportions fixes : « Si ces proportions sont fixes dans certains cas, disoit-il, c'est qu'il survient des circonstances qui interrompent l'action chimique , telles que la tendance à se solidifier ou à prendre la forme gazeuse ; hors de là cette action continue à cotnbiner les corps, et rien n'empêche qu'elle ne les tienne unis dans toutes les proportions imaginables. »

Il s'éleva , à ce sujet, une discussion animée entre ce savant chimiste et un autre de nos confrères, M. Proust. Ce dernier soutint qu'il n'en est ainsi qiie pour les simples solutions, telles que celles d'un sel neutre dans l'eau, mais que les vraies combinaisons entre deux mêmes substances n'ont lieu que dans des proportions fixes; que si le contraire semble quelquefois résulter des analyses, l'illusion vient d'un mélange qui se fait de l'excédant de l'un des élémentsavec la masse véritablement combinée; mélange très différent d'une combinaison proprement dite, et qui s'en laisse aisément distinguer. Il alla même jusqu'à soutenir que chaque métal ne pouvoit se combiner qu'en deux proportions avec l'oxygène; proposition trop exclusive, et qui fut

combattue, en luéine temps que celle de M. Berthoilet, par M. Thénard.

Les idées de M. Dalton sur la manière dont les molécules peuvent se combiner ayant excité en Angleterre à des recherches encore plus précises, les belles expériences de M. WoUaston établirent en quelque sorte d'une manière définitive, non seulement que les divei*ses combinaisons caractérisées entre des substances données ont lieu dans des proportions fixes , mais que les quantités de lune , qui peuvent s'unir successivement à l'autre pour former ces combinaisons , se laissent exprimer par des nombres entiers et par des nombrs assez petits.

Peu de temps après , M. Gay-Lussac prouva que tous les gaz se combinent en volume dans des rapports simples, et de telle manière, que leur contraction apparente est aussi en rapport simple avec leur volume primitif Si les volumes sont en rapports simples, il en est de même des poids. D'une autre part, comme on peut gazéifier plusieurs liquides et plusieurs solides , et qu'on les gazéifieroit tous en les exposant à une chaleur assez forte , il est tout naturel de penser que les lois de composition s'appliquent aussi à ces sortes de corps. Ainsi de la découverte de M. Gay-Lussac Ton pourroit conclure toute cette doctrine des proportions multiples.

M. Berzélius , qui a beaucoup contribué par

ses propres expériences , à augmenter le nombre des faits sur lesquels repose maintenant cette doctrine, a cherché, dans l'ouvrage dont nous rendons compte , à en conclure une théorie , ou , ce qui revient au môme, à les représenter par une théorie; car dans ces matières les théories ne peuvent être qUe la représentation des faits recueillis.

Adoptant à cet effet le langage de la philosophie corpusculaire, il suppose les substances homogènes formées d atomes ou de particules de matières , non pas, sans doute, absolument ou métaphysique* ment indivisibles , mais sur lesquelles aucune force mécanique ne pourroit produire de division ultérieure.

Lorsque les forces chimiques sont également impuissantes^ Tatome est ce que M. Bersélius appelle simple; ce qui veut dirQ que c'est non seulement un^ particule de matière insécable, intriturable, mais encore indécomposahle pour nous dws tQute l'étendue di| mot. Des atomes chimiquefi(ient simples , m^is d'espèces diverses, en se combin£|nt enseml>le forment des atomes composés.

Dans le réglée inorganique ^ le premier ordre de conlpositîpa w résulte que de l'union d'atomes de d^ux espèces 5 da»$ le règne arganitjfte au contraire il y en a toujours au moins trois. Le^ atomes com^ posés dto premier ordre s'unissent à leur tour en

atomes cQmpo$és du second, et ceux-ci en atonies du troisième et même du quatrième; mais la tendance des atomes à s'unir diminue à mesure que leur composition augmente. Il lui faut même pour continuer d'agir, passé un certain degré de composition , des circonstances dont l'homme n'est pas le maître ; et bien que la nature ait formé autrefois et forme peut-être encore dans les entrailles du globe des minéraux d'une composition extrêmement compliquée, et cependant chimiquement homogènes, nous Ue sommes en état de «en produire de semblable dans les opérations rapides de nos laboratoires.

On comprend que cette manière de se représenter les éléments des corps, ces atomes divers, supposés d'ailleurs, chacun dans leur espèce, de figures et de grandeurs semblables, se groupant deux à deux, trois à trois, en un mot, formant des réunions ^jk$ lesquelles ils entrent eu nombre déterminé par l'espaccî qu'ils peuvent occuper d'après leur figure, s'accorde assie^ bien avec la régie des proportions multiples^ et eu donne même une sorte d'explkation générale; mais on comprend au^sique la r«{gte dés «proportions multiples elle-même, et par conséquent la théorie qui s'y rapporte, dépend de la détermination de l'atome simple, laquelle ne peut avoîf lie» sans quelque mélange d'bypolhèse.

En ejffet on prend pour base de cette détermination celle de toutes les combinaisons connues où Félément dont on veut déterminer latome simple existe dans la moindre qualité relative; et Ion trouve généralenfent alors que les quantités additionnelles de cette substance qui produisent des composés fixes ont lieu d'après la régie des multiples par nombres entiers. Dans quelques cas rares, où l'on rencontre des nombres fractionnaires, on est obligé, pour ne pas faire d'exception à la régie, d'admettre, qu'il existe des combinaisons inconnues, où la substance fractionnaire se trouve en quantité encore plus petite que dans aucune de celles qu'on coqnoit. Oit établit ainsi un atome hypothétique dont les diverses combinaisons fixes rentrent en effet alors dans les multiples par nombres entiers. Parmi les combinaisons que le gaz azote forme avec Toxygène, par exemple, il y en a, telles que l'acide nitreux et l'acide nitrique, où il entre pour i 7^ et 2 ^ j ^\ mais si l'azote étoit un corps composé, qui contint déjà moitié de son volume d'oxigène, ces nombres fractionnaires se changeroient dans les nombres entiers 4 ^ 6. Or pour ce cas particulier on est bien autorisé, à beaucoup d'égards, à admettre cette composition: car plusieurs autres expériences^ et nommément celles par lesquelles on décompose l'ammoniaque au

moyen de la pile galvanique, semblent annoncer que l'azote est, comme les alcalis fixes, un oxyde métallique.

Du moment où Ton est convenu de la combinaison dans laquelle on doit trouver Tatome simple de chaque substance, et en admettant qu'ils sont tous de même volume, il est aisé de déterminer la pesanteur relative des atomes de chaque espèce , et même celle des atomes composés.

M. Ber2élius en a dressé uue table, où il prend pour unité Fatome d'oxygène , et dans le langage de laquelle il ne lui est pas difficile de traduire toutes les analyses connues. Presque par-tout il trouve alors des confirmations de la règle des proportions multiples.

Dans le reste de son livre M. Berzéli us cherche à se rendre compte des causes qui rapprochent les atomes ou qui les séparent, c'est-à-dire qu'il essaie de remonter au principe même de l'action chimique.

Il n'est personne aujourd'hui qui ne sache que toute la chimie se laisse ramener aux affinités, dont la plus puissante, la plus importante, est celle qui produit la combustion. Chacun sait également que la théorie de Lavoisier, qui domine depuis trente ans , attribue toute combustion à une combinaison de l'oxygène avec les corps; et la chaleur qui s'y

BOFFON. COMPLÉM. T. II. 1 2

produit au dégagement du calorique latent qui maintenoit cet oxygène à lotat de gaz avant sa combinaison : explication qui, pour être parfaitement juste, exigeroit que le produit de la combinaison eût perdu précisément autant de calorique latent qu'il s en seroît manifesté sous forme libre.

Or.il s'en faut beaucoup que l'expérience soit conforme à ce calcul.

Dans plusieurs com^bustions la chaleur qui se manifeste , et celle qui reste latente dans le produit de la conibustion , forment ensemble une quantité très supérieure à celle que contenoientet loxygcne et le corps brûlé. Il arrive même quelquefois, comme dans la combustion du gaz hydrogène, qu« le produit de la conibu^ion , c'estiànlire l'eau, contient à lui seul presque le double du calorique latent que possédoient à la-fois les deux gaz dont l'union la compose. Cette combustion , d'après l'explication reçue, auroit donc <iû produire du iroid; et cependant chacun sait qu'elle dévelo[)pe une immense quantité de chaleur.

Mv Berzélius rapproche ces phénomènes d'une multitude d'autres dans lesquels une combinaison chimique quelconque produit une chaleur considérable, sans qu'il y ait fixation d'aucun gaz, ni aucun changement d'état, ou aucune autre des causes que l'on reconnoît aujourd'hui comme pro-

Et MÉTÉOROLOGIE. ï'jg

près à itietCre étt liberté qiietqties parties de tàloriqae Idtept^ lia magtiésiie, pai* êifemple, <îii sumisant à l'acide sulfurique toncentré, seeliàtiflfe souvent ail rouge ; Vunioii du sôtifrë a vefc lés mëtauj^ produit du feô, âuèsi bien qUe celle, des mètàti]^ et q^e Cette dti ;^OHf re lui-toême a vec 1 o^ygètte. ^

I^ ibëorte del.àftoisief ^âdftîëttoit aussi- Ydxy^ iiatioti coîtfiiië la càiJse giéttérate de la prodtlctiôft des acides ; et à ce sujet M. BerzëUus rappelle, ce que bçauCofu p d expërieriCes pi^ouvent maititeniiiit, qtïè Toxygéiiation non sieulemèut ir'èst pas riécefe^irë pour produire (tes addes, ffiôis ^ti a^ec lïtf graDd ttOttrbre de eorp^ elle dontie ati lieu d acides* dès b»»è& salîfiables; qiï'avec uuseul et Aiéme éorps elle peut doniter, soittin acide ^ soit une base, sele^fl Iri ffUftûtité d'oxygètie qui sefixe.

'-■ Qn A^ peut donc se dispetiserj^ selon lui, de tectierèhërysoit poilr la* production de k chaleur dans les ej^iériences de chimie v soit poiïr Faci#îtév des Causes pltls générales et d'un ordre plus ^^ë ^Ue ceHës qui ne tiendroiettt qu'à la fixation dé l'ôîsygèrie; dausèsl dans la dépendance desquelles les combustions et les acidififcatiotis par Foxygèn» i^lomberpient elles-mêmes commfe des cas pariiew-

C'est par la découverte de Faction chimique dé Féleotl-icfté , découverte à laquelle M. BeiTéliùs a

la.

l8o PHYSIQUE, CHIMIE,

eu lui-même tant de part, qu'il croit avoir été conduit à reconnoitre ces causes. La pile galvanique résout , comme on sait , toute combinaison chimique en ses éléments , en repoussant Tun d eux vers le pôle positif, et l'autre vers le pôle opposé. liOxygène , les acides , les corps qui agissent comme eux, vont se dégager vers le pôle positif; c'est le pôle négatif qui les repousse : ils se comportent donc, au moment où ils se dégagent, comme s'ils étoient électrisés négativement. M. Berzélius appelle ces substances électro-négatives. Gest l'inverse pour rbydrogène, pour les alcalis, pour les bases salifiables, que M. Berzélius nomme ^/ec^fie>-/K>5tttt;es. Assez généralement ces effets se marquent d'autant mieux dans chaque substance que ses affinités sont plus énergiques dans le sens de la classe à laquelle elle appartient^ et comme un même oxyde peut jouer alternativement le rôle d'acide ou d'alcali, selon les corps à l'action desquels on l'expose, de même une substance peut être électro-positive par rapport à une autre , et électro-négative par rapport à une troisième. Tj'oxygène, dont les affinités sont si générales et si fortes, est aussi le corps dont la qualité électro-chimique est le plus marquée; et il se montre électro -négatif par rapport à tous les autres corps.

Pour expliquer cette disposition constante à

ET MÉTÉOROLOGIE. l8l

prendre un caractère électrique déterminé, M. Berzélius a recours à un phénomène observé il y a quelque temps par M. Erman, et que Ion peut appeler une partialité électrique. Il arrive quelquefois que la polarisation de Télectricité se fait d une manière inégale, el que Tun des pôles lemporte sur l'autre.

C'est de cette supériorité d'un pôle sur l'autre dans les molécules de cette unipolarité, comme la nomme M. Berzélius, que dépendroient et leur manière de se comporter par rapport à la pile et leur tendance à s'unir entre elles , c'est-à-dire leur action chimique.

Ainsi la combinaison, ou en d'autres termes la neutralisation mutuelle des agents chimiques , ne seroit pas seulement analogue, ressemblante à celle des deux électricités : selon M. Berzélins , elle en seroit un effet direct; la chaleur, l'ignition que la combinaison produit, seroient de même nature que celles que produisent Téclair ou la commotion électrique, "et ce qu on appelle affinité chimique plus forte ne seroit qu'une intensité plus grande de po* larisatiou.

Dans les corps oxygénés le caractère électrochimique dépend d'ordinaire du radical, et non pas de l'oxygène; et voilà pourquoi l'oxygénation ne produit pas nécessairement des acides ; voilàc

\Si'4 PllïëlQUE, CHIMIE^

pqt|rq|ipi m0m0 3vec certains rn^icauK, tels que cei|x ^e\a^ potasse et âq 1^ ^Qudq^ \e plus haut de^ gré d'oixygéoatioji n'arrit^rôjt pa^ jusque IVcidité; en|iu voil^pqur<î|UQ]i il cp^i^te. (Jes; combinaisons ifè^ înM^^s 46 subBt^nce^ qui s^ comportant réejpro^ queruent çoipiu^ feroient (ieëî acides et des bases, bien que ni Tune ni l'autre ne montre séparéraont l^sqUfiUtés Qfdinaiv^S d'iiin acide, v

Il y a CÏ^ns c^ttei?i2»uièaf^ de yoinqi^que r^seoir blanc^ av^c Içs. idées qu^fei^ W1»t€^l, chimiste Ifioflgrois , avo^t mises en avant vers hçomwi^é-t çe^\e^^t de iîe sjéçle^ dans sç« Prolmwne^ chimiœ seculi XIX; mais Winterl ne s appuyoit que d expé- ^'^eoçîç^ï (au%s|3$ ou de spéculations métaphysiques i^agu^e^^^t q^J u étoi^ntpas dé nature à lui concilier lç$ sufFr^g^^d^ hoipmi€s accoutumés à une marche rigQ^reuse 4an$Jf;s$çi0nc^s. / :

Ml. Ber^lius a établj siur des:pçinoipesdont nous y^oi^s 4^ r^pdçe çojp^pt^ u^e classification des cQçp;s chTOique$i, à li^iA^lq ila adapté ea même temps une nometl^turé perfectionnée. Ce travail assçz .difficile pour les. çprp^ ^y^pi^plçs ^ne letoit pas autant pour les corps composés.

(>^ $ait qtie la noipençlalvire cbinpquelrançoise, devenue aujourd'hui ài-pei^iprè^uftiv^rselte, r^pvér sçn^i{^ ia qompositÎQï^ des corps teUç qu'on la supr. posp^t à réf)pqueoù Tqu OU créa les déuopjiaations.

ET MÉTÉOROLOGIE. i83

Depuis lors les découvertes ehiiiiic|ues ont apporté de grands changements aux idées reçues. Des corps que 1 on croyoit simples se sont trouvés composés ; d autres, dans lesquels on ne distinguoit entre les élànents qu uneou deux variations de proportions, que 1 on dé^guoit parla terminaison , ont offert des proportions nombreuses, toutes très caractérisées, très fixes, dignes de porter des noms particuliers : ainsi les substantifs et les terminaisons adjectives ont dû être multiplic^s. 11 a fellu trouver pour les sels des dénominations qui indiquassent non seulement Tespèce de leur acide et de leur base, le degjxî d oxygénation de luB et de 1 autre, mais encore leur proportion mutuelle. Des moyens semblables ont dû être imaginés pour les combinaisons des corps combustibles.

M. Thomson avoit déjà lentrepris un semiblable travail ; M. Berzélius en présente un nouvel essai (fui lui paroit plus n^éthodique : il fait remarquer cependant que, lorsque le nombre respectif des atomes de chaque élément sera connu, on y trouvera pour les composés un principe de nomenclature encore plus simple et plus rigoureux.

M. Berzélius a fait une application plus importante encore de ses principes à la classification des minéraux.

La silice et difiBérents oxydes une (bis considérés

l84 PHYSIQUE, CHIMIE,

comme participant au rôle des acides , toutes les combinaisons terreuses viennent comme d ellesmêmes se ranger dans la classe des sels; et, d'un autre côté, les lois des proportions multiples viennent donner une sorte de régulateur et de pierre de touche aux analyses minéralogiques, en aidant à distinguer les parties essentielles d'un minéral des; mélanges accidentels qui troublent sa pureté.

M. Berzélius divise les substances qui composent la masse du globe en celles qui sont formées, suivant la loi de la nature inorganique, de Vunion dé plusieurs composés binaires, et en celles qui«e for-^ ment de composés ternaires , suivant la loi de la nature organique. Toutes les circonstances accessoires semblent en eflfet prouver que les substances de cette dernière classe doivent leur origine à la vie.

La liste des substances chimiquement simples comprend trois ordres : l'oxygène, les corps combustibles non métalliques, au nombre de huit,^ et les métaux actuellement au nombre de qua^ rante-deux, y compris ceux des alcedis et ceux des terres.

M, Bei'zéUus range toutes ces substances d'après leur degré d'intensité électro-négative , en sorte que chacune d'elles est électro-négative par rapport àcell/çs qui sont au-dessous , et électrorpositive par

ET MÉTÉOltOLOGIE. l85

rapport à celles qui sent au-dessus dans la liste. Elles deviennent les ehefis d'autant de familles minéralogiques que Ton peut former^ soit en prenant toutes les combinaisons dans lesquelles celle que 1 on fait chef de Ëimille joue le rôle de base , c est-à-^ dire où èUe est électro-positive, ou celles' dans lesquelles elle joue le rôle d acide ou électro-négatif.

L^auteur a fait connoitre sa méthode dans un second ouvrage, qu'il a également fait traduire en françois pendant son séjour à Paris sous le titre de Nouveau système de Minéralogie; et il y donne, outre ses vues générales et son tableau méthodique , quelques échantillons de la manière dont il se propose de traiter chacune des familles.

De pareils écrits, quelque peu étendus qu'ils soient, prennent une grande importance lorsqu'ils ouvrent une carrière aussi nouvelle , et qui peut devenir aussi féconde. C'est pourquoi nous avons cru de notre devoir d'en donner l'analyse avec quelque détail.

MM. 6ay-Liussac et Welther viennent d'ajouter à la liste des substances dues aux diverses combinaisons que les éléments peuvent produire , en suivant la règle des proportions multiples.

Us. ont découvert un acide formé par l'union du soufre et de l'oxygène , et cependant difjfiérent et de

l86 PMY8IQUE, GHIUI^,

lacîde Butfurique et de lacide sulfureux entre lesquels il est intermédiaire. Aussi ces chimistes le nommept'ils acide hypo-sidfurique , et ses sels Ivypo^ sulfata. Il se forme quand on fait passer du gaz acide sulfureux dans de 1 eau qui tient en suspension du peix>xyde*de* manganèse. On obtient ainsi du sulfate et de rbypa«ttlfate de manganèse; on décompose ces.sels par la baryte, et Ion a de Fhypo-sul- £gite de baryte, qui est un sel soluble, enfin on fait passer dans la solution de Tacide carbonique qui s unit à la baryte et se précipite avec elle.

Cet acide est inodore; le vide, la chaleur, le dé* composent en acide sulfureux eten sulfurique ; ses sels, avec la baryte, la chaux, etc., sont solubles., La chaleur en dégage de lacîde sulfureux, et les convertit en sul&tes neutres. Son analyse donne deux proportions de soufre, cinq d oxygène , et une certaine portion d eau qui paroit essentielle à son existence.

Ainsi le soufre, avec une proportion doxygène, donne lacide hypo-sulfiireux ; avec deux le sulfureux ; avec deux et demi lliypo-sulfurique; avec trois le sulfurique*

Nous avons annoncé , dans noire analyse de Tannée dernière, les ingénieux procédés par lesquels M. Thénard est parvenu à augmenter considéra-

blemeiit ]a quantité d'oxygène que les acides et Teau peuvent absorber, Les résultats de cet habile chimiste sont principalement intéressants en ce qui concerne Toxygénation de leau. En multipliant les précautions .et les opérations déhcates, il a feit al>aorber à ce lie|uidç $i?^ oejat sei^a fois son volume de gaz o&ygène, et à Fea saturer ainsi entièrement. Leau^ dans cet éta|, contient une quantité doxy-t gène double de celle qui entre essentiellement dans $a composition. Elle est de près de moitié plus dense que] eau ardinaîrej et quand on en vçrse dans celle» ci, bien qu'elle fit y dissolve aisément , on la vo^t dahord couler au travers comme une soorte de sirop; elle attaque lepiderme , le blanchit, et cause des picotements; la peau même seroit détruite par un contact prolongé : au goût elle produit une sensation qui se rapproche de celle de Fémétique ; chaque fjout^ jetée sur Voxyde é'argent sec éprouve Une violente explosion, avec dégagement de chaleur et de lumière; beaucoup d'autres oxydes, divers métaux^ lorsqu'ils sont très divisés, produisent des effets analogues : il y a toujours alors dégagement delo^ygène ajouté à l'eau ; et quelquefois Une partie 4e eet 03&ygèn,e &e combine avec le métal , lorsque celuitçi est aisément oxydable. Plusieurs niatières animale^, entre autres la fibrine et le parenchyme de quclqM>es viscères, possèdent, comme les métaux

l88 PHYSIQUE, CHIMIE,

nobles , la iaculté de dégager lV>xy gène de Teau sans éprouver d'altération , sur-tout quand Teau oxigénée est étendue d eau ordinaire.

Cette dernière observation n appartient pas seulement à la chimie ordinaire ; elle est d'une grande importance pour la physiologie , puisqu'on y voit des solides, tels qu'il en existe beaucoup dans les corps animés, agir sur un liquide par leur seul contact , et le transformer en des produits nouveaux , sans en rien absorber, sans lui rien céder, sans éprouver, en un mot , aucun changement dans leur propre nature. Un esprit exercé aperçoit surle-champ toute l'analogie de ce phénomène avec ceux des sécrétions , lesquels embrassent pour ainsi dire l'économie vivante tout entière.

Nous avons parlé, dans notre analyse de 1817, de la nouvelle base salifiable ou alcaline découverte dans l'opium par M. Sertiirner, et à laquelle ce chimiste a donné le nom de morphine, parceque c'est par elle que l'opium exerce sa vertu soporifique.

MM. Pelletier et Caventou , jeunes chimistes qui se livrent avec un zèle soutenu à reconnoître ceux des principes immédiats des substances pharmaceutiques dans lesquels résident leurs propriétés médicales , ont découvert cette année deux

autres matières du même genre, et qui doivent paiement être pincées dans la liste des alcalis.

La première, quils ont appelée strychnine ^ a été trouvée d*abord dans la fève de saint Ignace , fruit d'une espèce du genre strychnos; et nos chimistes Tout reconnue ensuite dans la noix vomique, qui est une autre espèce de ce genre, ainsi que dans le bois dune troisième espèce, nommée communément bois de couleuvre. On Tobtient en traitant ces matières par 1 alcohol bouillant , et en précipitant par la potasse caustique , ou même en laissant refroidir lalcohol après 1 avoir étendu d'eau , et labandoanaut à lui-même. Elle se montre sous forme de cristal en petites écailles. Elle est presque insoluble dans Teau froide , très soluble dans lalcohol ; sa saveur est d une amertume excessive ; elle ramène au bleu les sucs végétaux rougis par les acides, et jouit de toutes les propriétés générales des alcalis. Sa décomposition donne de loxygèae, de Fhydrogène, et du carbone; on n a pu y découvrir d'azote. Dans les végétaux dont nous parlons elle se trouve unie à un acide particulier, comme la morphine l'est dans l'opium.

MM. Pelletier et Caventou ont décrit avec soin les sels neutres que la strychnine forme avec divers acides; mais ils se sont attachés sur-tout à observer son action sur l'économie animale. Cette action est

igo PHYSIQUE, CHIMIE,

dcf méttié n^tûte que telle dé la hàïx vomiqUë , thûlè portée à ufieiàtensitéépdùVôntàbleî les plus petite^ quantités dvaléès dû insérées sôi^ la pèstù tiiènt en peu dé yilltilitè^, aVec'iétatids et convulsidrtié. Ccî sdtit les hiêtTlès effets qiié ceut du iiicd'upas^ îltitrë itrychhôs célèbre par l'usagé t(u*eti font' les habitants dé JàVa pour émpoîsônrier leurs arnieà , et suriéqdél MM. Leschétiâud, Mdgehdie, étDelile, Oîit fait, étt 18 II, des expériértt^es c(ue tiôbS avons rapportées dans le tertips.

La seconde de ces substances, de nattire alcaline^ découverte pai* MM. Pelletier et CaventoU , S extrait de languSture (brucea aniidyssenterica). L'action âé ce végétal ressemblant beaucoup à celle de la noix vortïique, nos jeunes chimistes y rècherchoré^t la sti^ychnine; mais la substance qu'ils en l-etirèlent ie trouva un peu différente. Elle se disSout beaucoup pltis aisément dans Feau ; sa saveur amère esft mêlée d'âCreté; son énergie est moindre. Nos chîniistes ont nomriïé ce nouVel àlcah bruchie} et les e^^pérîettcés qu'ils ont faites sur les sels neutres dané la côtnpbsitiôri desquels il enti-é ne sont pas ïriô'itis exactes ni moins remarquables que celles qu'ils ont faites sui* la strychnine.

Nous regrettons de ne pouvoir les mettre en détail soijs les Veux de nô!^ lecteur^; mais ndtfs ferons du moins remarquer confiblefrf ce nouveau genre

d alcali» produits par la végétation^ et composéd d'oxygène, d'hydrogèûe^ etîde carbone^ est une acquisition importante pour la cfaimiC) même sous le rapport de sa théorie générale. On voit par-ià que la nature peut arriver à des efifets èemblablef par les moyens les plus opposés. La potasse, la soude^ la baryte, peut«étre toutes les bases salifiables minérales 7 sont des oxydes métalliques ; Fammci' niaqueest une combinaison d'hydrogène et d'azote; et voicimaitttenant des hases salifiables où il n'entre ni azote ni métal , mais seulement de l'hydrogène ^ du carbone, et de l'oxygène, les mêmes éléments qui entrent, sans doute en d'autres proportions, dans vingt autres genres de principes végétaux qui n'ont nulle ressemblance avec les alcalis.

Aux trois espécçs bien constatées , la morphine, la strychnine, et la brucine^ il faudra ajouter en-» core le principe extrait de la coque du F^evant par M* Boullai ^ et celui que M* Vauquelin avoit aperçu dans le boidjoli {daphne mezereum) ; car on doit dire ici que M. Vauquelin est le premier qui ait eu quelque soupçon d'une substance de dette nature, et que, s'il avoit un peu plus insisté sur la pensée qu'il conçût alors, ce seroit encore à son nom que se rattacheroit cette nouvelle classe dedompo.sés.

M. Ghievreul continue avec. une constj^nceinal-

192' * P6YSIQUË, CHIMIE,

térable ses longues recherches sui>le^ corps gras. Cette année il a examiné le beurre de yache.

En le tenant fondu à une température de 60 degrés, on en sépai^ encoredes portions analogues au petit^lait ; la partie supérieure, qui est d'une transparence parfaite, est le vrai beurre à Tétat de pureté; il se coagule à 82 degrés. Lalcohol en dissout un peu, et prend quelquefois alors un caractère acide. La sa ponifîcation le change, comme la graisse de porc , mais dans des proportions un peu différentes, en acide margarique, en acide oléique, et en principe doux. Ce savon a de plus une odeur désagréable et tenace qui lui est particulière, et dont on peut enlever le principe par des lavages. M. Cbevreul y a reconnu deux acides spéciaux.

De la nombreuse suite d'expériences qu'il a recueillies M. Cbevreul arrive déjà à une sorte de classification des divers corps gras. Les uns, comme la cholesterine , n éprouvent point de changement par laction des alcalis; d'autres, comme la cédnc, n'en sont acidifiés qu'en partie; d'autres, tels que la stéatine etlelaïne, sont transformés en principe doux, en acide margarique, et en acide oléique. Enfin il en est comme le beurre et l'buile de dauphin, qui donnent en outre des acides volatils.

On a observé plusieurs fois dans les Alpes de la

BT MÉTÉOROLOGIE. 'igS

neigç teinte d'un rouge plus ou moins vif, et Ton a beaucoup varié sur les causes qui lui donnent cette couleur.

Ccî phénomène setant reproduit sur les côtes septentrionales de la Baie-de-Baffin, visitée l'année dernière parles Anglois sous les ordres du capitaine Ross, on a rapporté en Europe une certaitie quantité d eau provenant de cette neige. Elle étoit teinte d'un rouge foncé: on y voyoit au microscope de petits globules de cette couleur ; et M. Decandolle , qui en a présenté un flacon à l'Académie, l'a soumise à des expériences d'où il croit pouvoir conclure que sa couleur est due à une matière animale.

M. Moreau de Jonnès , qui considère les Antilles ^ous tous les rapports, a occupé cette année l'Académie de plusieurs objets relatifs à la météorologie de ces îles.

En prenant un terme moyen de six ans, on trouve qu'à la Martinique et à la Guadeloupe le nombre des jours de pluie est de 23o, dont 35 ou 4o de pluies excessives. Ce nombre est à celui des jours de pluie qui ont lieu à Paris comme 5 à 3. Si l'on faisoit entrer toutes les Antilles dans la comparaison , leur nombre de jours de pluie seroit à celui de Paris comme 734. I^a quantité moyenne

BUFFON. COMPLÉM. T. II. l3

194 PHrSIQUE, CHIMIS,

d'eau à la Guadeloupe et à la Martinique e^t de 216 centimètres (80 pouces), distribuée assez irrégulièrement entre les diverses répions et entre les divers mois de Tannée. Il pleut <lavantage dans les parties élevées , ce que M. de Jonnès attribue moins à Télévation en elle-même qu^au voisinage des forêts. G est sous le vent de leurs montagnes qu'il tombe le plus de pluie, parceque ces montagnes ne sont point assez élevées pour interce|>ter les nuages.

La Martinique a éprouvé le 16 octobre un ivetnblemeut de terre plus remarquable par sa durée que par sa force, et qui est arrivé au milieu d'un coup de vent violent. Il n a point causé d accident; mais Ion a pu s'assurer à cette occasion que la fièvre jaune ne vient points comme on la^it asse^iôuMfent, de vapeurs qui s'exhalent lors des tremUements <ie terre.

Sainte-Lucie, qui est séparée de la Martinique par un >canal très profond et de sept lieues de larigeur , a participé à ce tremblement. £n même temps des pluies abondantes, qui avoient duré pendant ^s trois jours ;précédents, ont produit de grands éboulements , fait glisser le long des peiiles des terrains entiers avec les oannes dont Hk étoieut plantés^ et détacbé d'énormes blocs de basalte dont la cluite a fait périr plusieurs individus^

ET MÉTÉOROLOGIE. IqS

Quoique le nombre des pierres tombées de l'atmosphère soit assez grand, et que Ton ait constaté ce phénomène avec assez de soin pour en mettre hors de doute la réalité, les observations de détail que ces pierres ont offertes ne suffisent point encore pour qu'oB puisse assigner exactement toutes les circonstances qui accompagnent leur chute.

M. Fleurieu de Bellevue, ayant eu occasion d'exa* minex celles qui tombèrent au mois de juin 1 8 1 9 dans les environs de Jonzac, département de la Charente-Inférieure , a présenté à FAcadémie un mémoire où , après les avoir décrites avec beaucoup de détails et rapporté tout ce que 1 on a obsei^vé au moment où elles ont paru, il cherche à expliquer les Mts intéressants qu'il rapporte; ce qui le con* doit à combattre quelques unes des idées théoriques des physiciens qui se sont le plus occupés de o^le matière.

Le ciel étoit serein et le soleil levé depuis deux heures lorsqu'on entendit plusieurs détonations qui partoient d un météore lumineux de forme irrégulière, mais alongée, qui parcouroit rapide* méat une ligne droite du N. N. O. au S. S. E. , et qui paroissoit âevé de 5o à 60'' au-dessus de Tho* rizon. Au même instant une chute de pierres eut lieu dans un espace de plusieurs nailiiers de toises. Lune de ces pierres pesoit six livres, et toutes

196 PHYSIQUE, GUIMIE,

avoient des formes plus ou moins angulaires. Leur pesanteur spécifique étoit un peu moindre que celle des autres pierres météoriques, et elles en difFéroient encore par i absence de nikel, comme M. Laugier, qui en a fait lanalyse, Fa constaté. Elles se composent d'une agrégation cristalline de deux substances, lune généralement d'un blanc mat et fort tendre, l'autre d'un gris verdâtre, opaque, plus dure, et en moindre quantité que la première, dans laquelle elle est assez uniformément disséminée. On n'y aperçoit aucune parcelle de fer, et elles ne sont que très peu attirables à l'aimant. Leurs caractères sont donc les mêmes que ceux de 1 aérolithe tombée à Stannern en Moravie, et elles lui ressem'blent encore par la couche vitreuse et brillante dont elles sont revêtues. Cette espèce de vernis présente même des particularités importantes qui font naître quelques idées sur le mouvement dont ces pierres étoient animées dans leur chute; ce sont des stries qui paroissent naître d'un point commun, s'étendre en divergeant, et sarrêter sur les bords d'une des plus larges faces, nommée par M. Fleurieu grande face ou face inférieure, où elles se réunissent pour former une arête uniforme et saillante. On croiroit voir un liquide épais qui s'est desséché après avoir coulé le long des pentes que les fisices obliques de la pierre lui présentoient , et après s'être arrêté où ces

fecess'arrêtoient elles-mêmes. C'est principalement sur ce fait que M. Fleurieu sappuie pour établir la direction du mouvement de ces pierres. Il pense, I® que la croûte qui les enveloppe na pu prendre sa disposition que lorsqu'elles étoient en mouvement; 2° que ce mouvement étoit simple; 3^ qu'il étoit perpendiculaire à la grande face. .

Examinant ensuite l'origine de ces pierres, il est conduit à combattre Pidée de M. Chadni, qui suppose que les aérolithes éprouvent en parcourant notre atmosphère un degré plus ou moins grand de fusion ; celle de M. Léman , qui attribue les effets du feu que leur croûte vitreuse démontre à la combustion des substances combustibles qu'ils contiennent; et celle de M. Isarn , qui suppose les aérolithes produites par la condensation subite de certains gaz. Il pense que ces corps arrivent sur la terre dans toute leur intégrité ; que le feu qui les accompagne résulte de l'inflammation de l'atmosphère dont ils sont environnés ; qu'ils éclatent par l'action inégale de ce feu ; que le nombre des détonations qui accompagnent ordinairement leur chute prouve qu'ils ne se divisent que successivement par l'effet de causes extérieures, et non point par une cause unique et centrale, et que chaque portion de l'aérolithe, éprouvant à son tour l'effet tlu feu , se vitrifie à sa surface ; d'où résultent ces

Stries dont nous avons rapporté Texplication plus haut.

Nous avons entretenu plusieurs fois nos lecteurs des belles découvertes de M. Gay-LussacsurFacide du bleu de Prusse et sur ses combinaisons. Ce sujet intéressant ^st loin detre épuisé, et chaque jour il enrichit la chimie de vérités nouvelles.

Un chimiste ^nglois, M. Porrett, adécouvertque le sel connu sous le nom de prmsiate triple de potasse, que Ion regardoit comme composé dacide prussique, d oxyde de fer, et de potasse^ est réellement une combinaison binaire formée de potasse et d*un acide particulier qui renferme les éléments de lacide prussique et de Toxyde de fer ; acide dont les affinités énergiques enlèvent le péro.%ydede fer aux acides les plus puissants pour donner immédiatement le bleu de Prusse.

M. Robiquet est parvenu par un procédé nouveau à obtenir pur et à letat solide cet acide, que M. Porrett n avoit eu que dissous dans beaucoup d'eau: eu effet l acide hydrochlorique concentjné décompose le bleu de Prusse en retenant le fer, et laisse précipiter lacide de M. Porrett sous forme de poussière blanche, que Ion purifie encoi^e par de nouveaux lavages avec l'acide hydrochlorique.

T^es expériences multipliées et ingénieuses aux-

qudfes M. Robiquel a soumis cet aci<le de M. Porrett ont prouvé qu'il ne contieQt pas d'oxygène, et que k fer y e$t par conséquent à l'état métallique ; Fauteur le considère comme forpié d acide bydroicyanique et de cyanure de fer, et c'est son union avec le peroxyde de fer qui est le bleu de Prusse.

MM. Pelletier et Caventou , continuant leurs recherches sur lanalyse végétale, ont fait upe découverte de la plus grande importance : c'est celle du principe fébrifuge du quiQquina, qui appartient à cette nouvelle classe d'alcalis végétaux composés d'pxygène, d'hydrogène, et de carbone, dont nous avons déjà annoncé cinq espèces dans notre analyse de l'année derrière. Ce principe avpit été aperçii par M. Gomès, chimiste portugais, qui cependant n'en avoit pas reconnu la nature alcaline; il se trouve dans la matière colorante du quinquina uni à UQ acide qui le rend soluble. En lavant cette matière avec de l'eau légèrement alcalisée qui s'empare de lacide, on fait précipiter le principe fébrifuge, qui ne coipi^çrve plus, qu'un peu de matière grasse, dont on le délivre ^n le dissolvant dans l'a-r qide hydrochloriquefoibleet en précipitant par u^ alcali. On peut au^si traiter immédiatement la matière colorante par l'acide hydrpçhlQfique et préciT piter par la magnésie, J^es auteur^ nomment ce

principe cinchonine. Il est blanc, cristallin, amer comme le quinquina sans en avoir la qualité astringente, indissoluble dans Palcobol et dans l'eau, mais foibleinent dissoluble dans Péther ; il forme des sels solubles avec la plupart des acides, si ce n'est avec le gallique, Toxaiique, et le carbonique.

La cincbonine existe dans le quinquina gris; le quinquina jaune contient un principe très semblable, bien qu'avec de petites difïërences, et que les auteurs ont nommé quinine; enfin le quinquina rouge les contient tous deux dans une proportion considérable.

On conçoit aisément toute Timportance d'une semblable découverte, sur-tout pour la recherche d'un succédané de quinquina dans les végétaux indigènes; le mémoire de MM. Pelletier et Caventou offre d'ailleurs plusieurs autres résultats intéressants, sur-tout relativement à deux matières colorantes rouges qui se trouvent dans le quinquina , et dontlune est soluble dans Teau et 1 autre insoluble.

Les mêmes chimistes ont examiné divers végétaux de la famille des colchiques très employés en médecine, tels que le veratrum album , le veratrum sabadilla, et le colchique vulgaire lui-même; et ils y ont trouvé une septième substance alcaline composée , qu'ils ont appelée vératrine.

Elle est blanche, acre, et à petite ^ose produit des éternuments et des vomissements violents. Elle fond à la chaleur, et prend par le refroidissement Fapparence de la cire. Sa décomposition ne donne point d azote ; elle a peu de Êiculté saturante, et elle dontie avec les acides des sels non cristallisables.

Les plantes d'où on la tirée fournissent d'ailleurs d'autres substances intéressantes à connoitre, mms pour le détail desquelles nous sommes obligés de renvoyer à l'ouvrage même, qui est imprimé dans les Annales de Chimie,

M. Gay-Lussac a donné communication d'un procédé qui empêche les toiles sinon de brûler, du moins de jeter une grande flamme en brûlant , ce qui peut avoir de grands avantages pour les décorations des théâtres et arrêter une infinité d'incendies. Il consiste à les enduire de sels neutres très fusibles, tels que le phosphate d'ammoniaque et le borate de soude.

M. Goldsmith a fait connoître un procédé par lequel on applique sur le verre des espèces de dendrites métalliques qui ne sont pas sans agrément. On place sur le verre quelques grains de limaille de fer et de cuivre, sur chacun desquels on verse

202 PHYSIQUE, CEIMIff,

une goutte de nitrate d argent L'argent se préeîpîte à letai me talUque ; en même temps le fer et le cuivre soiiydent, et on arrange selon leôet qu'on veut produire les ramifications de ces différentes ma** tières au moyen d'une petite tige de bois« Enfin on expose le verre aurde&sus d une bougie, qui en évatr porant la liqueur noircit le dessous de la plaque, et relève ainsi Téclat des dend rites appliquées à la face opposée*

AUNÉE 1821.

M. Moreau de Jonnès, toujours occupé de ÏHisr toire physique des Antilles, a présenté de grandes suites d'observations $ur leur climat, et paticuliè* rement sur leur température. Les variations jour^. naliôres en sont renfermées d'ordinaire dans une échelle de dix degrés, et leur terme moyen est de cinq. Les variatio^ç pnnneUea ne donnent pas plus de vingt degrés de différence; et à U Martinique e)le&n'en donnent pas quinze. La plus grande cha^ leur n'y surpasse point celle du milieu de la Russie ; du reste les causes des variations, soit régulières, soit irrégulières, les époques de leur maximum et de leur mmimumj «ont à-peu-près les même^ qu ful^ leurs^; mais comme les causes irrégwWère^, tçllç& que les vents, les mouvements des flots, les nuages, les pluies snbites, ont une grande çuctivitjç, l^s flau*-

ET MÉTÉOROLOGIE. 2o3

tatioQS, quoique peu étendues, y Mut iréquentes et rapides; eu sorte que leur action sur le corp& vivant ne laisse pas que d'être violente. L'auteur décrit une partie de ses effets, et entre aussi dans dé grands détails sur les relations relatives aux^Jilv férentes hauteurs, ainsi que sur la température des caves, des puits, et des sources.

Une bouteille vide jetée à la mer par les 5"* 1 2' de latitude sud , et par les 26** 60' de longitude, à louest de Paris, a été portée en dix mois par les courants entre la Martinique et Sainte-Lucie; ce qui fait con* dure à M. Moreau de Jonnès qu'il existe un grand courant qui vient du sud de la ligne, et qui pénètre jusque dans la mer des Antilles, au travers de ces nombreux détroits qui séparent les îles du vent; et c'est ainsi qu'il conçoit que des plantes propres à l'Afrique se trouvent aussi dans les îles, où leurs graines auront été portées par la mer.

Les tremblements de terre ont aussi été étudiés dans ces îles par M. de .lonnès. Us tiennent en général à des causes d'une nature volcanique ; bien que souvent la terre tremble sans qu'il y ait d'éruption , chaque éruption est accompagnée d'un tremble-» ment. I^ur propagation a lieu quelquefi3i8 à des distances immenses ecde la manière la plus rapide. Celui qui renversa Lisbonne, en 1755, se fit sentir muoins de huit heures après à la Martinique et à la

Barbade, qui en sont à plus de onze cents lieues, par des mouvements subits des eaux de ]a mer; c'est une vitesse six fois plus grande que celle du vent le plus violent. Mais d autres fois cette propagation se trouve restreinte par des circonstances inconnues , et le mouvement n affecte qu'une île ou un petit nombre d'entre elles. Le désastre de Venezuela, en 1812, dans lequel cinq villes considérables furent détruites, *ne fut pas ressenti dans les lies. Ces tremblements de terre des Antilles sont aussi désastreux que ceux d'aucune autre contrée , et plusieurs de ceux qu elles ont éprouvés ne Font cédé qu'aux horribles catastrophes de Lisbonne et de Messine. Ils sont moitié moins communs à la Martinique, dont les volcans sont depuis longtemps éteints, qua la Guadeloupe, où les foyers souterrains conservent encore quelque activité. Ni les saisons, ni l'heure du jour, ni les phases de la lune, n'ont de rapports appréciables avec ces terribles phénomènes, et le baromètre n'en est pas non plus affecté. C'est le plus souvent d'un ouragan que le tremblement de terre est accompagné , et avec qui il s'unit pour le malheur des habitants ; mais une augmentation d'électricité s'y manifeste aussi presque toujours, et ils sont généralement annoncés par le mugissement des bestiaux, par l'inquiétude des animaux domestiques , et dans les

ET MÉTÉOROLOGIE. 2o5

homines par cette sorte de malaise qui /en Europe, précède les orages dans les personnes nerveuses.

Parmi les pierres tombée^ de Tatmosphère, depuis le petit nombre d'années que les physiciens s occupent sérieusement de ce phénomène, il n'en est point qui approche de celle qui est tombée dans le département de l'Ardèche, le i5 juin 1821. Le temps étoit serein. Cette chute fut annoncée par une détonation qui dura vingt minutes, et qui fut entendue à huit et dix lieues de distance, au point d y faire croire qu elle provenoît de quelque trem« blement de terre. La pierre s'étoit enfoncée à cinq pieds dans le sol, et pesoit 92 kilogrammes (i 84hv.); à côté d'elle en étoit une de même nature, mais beaucoup plus petite, d'un kilogramme et demi. Malheureusement les paysans qui recueillirent les morceaux brisèrent le premier en plusieurs pièces. Us sont du reste semblables pour l'essentiel à toutes les autres aérolithes. M. le préfet de l'Ardèche et quelques amis des sciences ont envoyé à l'Académie des échantillons de ces pierres, qui ont été analysés et déposés au Cabinet du roi.

Nous avons parlé plusieurs fois , depuis sept cm huit ans, des études de M. Chevreul sur les corps

2o6 PHYSIQUE, CHIMIE,

gras, et p^ticulièrement du beau résultat de ses recherches sur ia saponification ou sur la formation du savon ; opération qui ne consiste pas seulement dans Funion de Falcali avec la graisse ou avec deux de ses principes immédiats, la stéatine ou Félaïne, mais où les éléments primitifs decesprincipes, pour pouvoir contracter cette union , se combinent entre «ux dune manière nouvelle, et forment des composés qui n existoient pas auparavant , savoir, un principe doux, et les acides que M. Ghevreul a uomraés margarique et oléique.

L auteur a fait, cette année, un grand travail pour déterminer avec précision les détails de cette métamorphose, et savoir dans quelle proporticw les éléments primitif , loxygène , le carbone , Fhy* drogène, se trouvent avant et après Fopération, soit dans là graisse entière , soit dans ses principes immédiats. Il a employé pour cet effet les beaux procédés imaginés par M. Gay-Lussac pour analyser radicalement Les substances organiques, en les brûlant par le peroxyde de cuivre.

Le soin avec lequel il indique toutes les précautions que oes procédés exigent donne Fidée la plus avantageuse de Femploi qu'il en a £ait.

La graisse d'homme et celle de porc, prises en oiasse, donnent à-peu*près les mêmes proportions d ojiygène , de carbone , et d'hydrogène ; mais celle

de mouton a moins d'oxygène. Dans toutes les trots le carbone est à i^hydrogène à^peu-près comme dix À dix-huit en volume; ce qui approche de leur rapport dans l'hydrogène percarburé.

L analyse particulière des deux priacipes immédiats ,1a stéatine et rélâïne, donne encore à^peu-pi^ le même rapport pour la premièt*e, mais il est plus &Hble dans la seconde.

La «omme des poids de la graisse saponifiée et du principe doux , qui sont le résultat de la saponification , est plus forte que le poids de la graisse employée; ce qui prouve que dans lopération il s'est fixé de l'eau.

Il y a moitié plus d'oxygène dans l'ackle margarique de Thomme et du porc que dans celui du mouton ; en sorte que M. Chevreol propose d'appeler ce dernier actde margareux. Les acides olëi*- <{ues de ces ^espèces ont plus d'oxygène q^ue leurs acides margariques respectifs ; et leur composition pourroit être représentée par l'hydrogène percariiuré , plus l'oxyde de carbone.

Decesanalyses comparatives il résulte que , dans l'aclioù des alcalis sur les graisses, la phis grande partte du<rarbone et de l'hydrogène, en proportion très rapprodiée dételle où ils sont dans l'hydrogène percarburé, retient one portion d^'oxygène pour constituer ks acides mafi^rique et oléique , tandis

-2o8 PHYSIQUE, CHIMIE,

que le reste de Thydrogèneet du carbone , avec une portion d'oxygène égale à la moitié de ce qu'il feudroit pour brûler l'hydrogène , forme le principe doux en fixant une certaine quantité d'eau.

Ici, comme dans plusieurs autres phénomènes chimiques, c'est la forte affinité de l'alcali pour les acides qui provoque cette rupture d'équilibre dans les éléments de la graisse , et les oblige de se réunir de manière à former des acides. Aussi toutes les bases saiifiables douées d'une certaine énergie , la baryte, là chaux, et même des oxydes métalhques, sont^elles capables de produire la saponification ; et, moyennant certaines précautions, M. Chevreuï est parvenu à la produire aussi par la magnésie et l'ammoniaque, qui s'y étoient longtemps refusées. C'est une opération inverse de la dissolusion du fer et du zinc dans l'acide sulfurique étendu d'eau, dissolution où la forte affinité de l'acide pour des bases saiifiables détermine la formation de ces bases par l'union de l'oxygène de l'eau avec le métal.

Lorsque les alcalis sont à l'état de sous-carbonate, c'est-à-dire lorsqu'ils ne sont point saturés par l'acide carbonique , ils n'agissent que par une de leurs portions, laquelle, pour s'unir aux acides qui se forment, commence par céder son propre acide carbonique à l'autre portion; et ce surplus d'acide saturé se change en carbonate. L'adipocire, ou

E*r MÉTÉOROLOGIE. 209

cette célèbre matière blanche et savonneuse, découverte par Fourcroy, et dans laquelle se convertissentles cadavres ensevelisdansdeslieuxhumides, est due, selon Fauteur, à Faction du sous-carbonate d ammoniaque, produit de la putréfaction sur la partie grasse du cadavre.

De savants chimistes avoient cru reconnoître que Falcohol et Féther pouvoient convertir en partie toute substance animale azotée en adipocire; mais M. Chevreul prouve que relativement à la fibrihe cette opinion n'est pas exacte , et que Fadipocire , qui s y trou voit toute formée, en est simplement extraite. On peut Fen retirer au moyen de Feau ; et après quelle a été enlevée la fibrine n'en dontie plus à 1 acide nitrique.

Nousavons dit précédemment par quelle analyse soignée M. Chevreul a enseigné à distinguer cette adipocire du blanc de baleine et des calculs biliaires que Fourcroy avoit long-temps cru être des substances identiques avec elle. Le principe du blanc de baleine, ou la matière nommée cétine, donne par la saponification beaucoup d'acide inargarique, un peu d'un acide assez semblable à Foléique, et un corps gras particulier. La choleçtérine ou le principe des calculs biliaires , à cause d'un excès de carbone, ne produit point d'acide margârique quand on Fexpose à Faction des alcalis. Lauteur vient en-

BUFFON. COMPLÉM. T. II. l4

cote de découvrir une substance de ce genre dams la fibrine dé$séohée. Elle se dissout par Falcohol et par Téther, dont elle se sépare sous forme d^ lames et d aiguilles ; elle se fond à la chaleur de Feau bouillante, nest ni acide ni alcaline, et, ce qui est surtout remarquable, ne subit aucune altération par une longue ébuUition dans une solution alcobolique de potasse. Cette substance existe aussi dans le sang d'homme et de bœuf, et M. Chevreul loi trouve de Tanalogie avec la matière grasse du cet^ veau.

M. Chevreul , s'élevant à des considérations gé^ nérales sur la nature des substances organiques, pense qu^au lieu de les regarder comme composées de trois ou quatre principes élémentaires ou pri-^ miti&, il faudroit se les représenter comme résultantes de la combinaison de deux principes plus ou moins composés , et unis eûtre eux comme un acide à Un alcali, ou comme un comburant à un combustible^ à^peu^près à la manière dont M. 6dy-Lussac a représenté Tétber sulfurique comme de Hhydro^ gène jpercarburé uni à de Feau.

Ces observations ont beaucoup dlmportance , et en acquerront davantage à mesure qu elles dirige^ ront les regards vers les effets de cette loi chimique par laquelle une substance énergique est en état d'amener, en quelque sorte de force , la formation

ET MÉTÉOBOLOGIÈ. • 211

de substances opposées avec lesquelles elle puisse s'unir.. Il nest guère douteux que non seulement la chimie générale^ mais encore la physiologie des corps vivants , n en puisse tirer beaucoup de lu-^ mières.

-he même savant et laborieux chimiste, M« Gfaevreul, a fait sur Tinfluence mutuelle de Feau et de plusieurs substances azotées des expériences qui lie deviendront pas moins fécondes. C est Teaû qui donne aux tendrons frais leur souplesse et leur éclat nacré. Les tendrons desséchés reprennent ces propriétés après quelques heures de séjour dans Feau. Le tissu jaude élastique qui forme plusieurs ligaments du corps animal reprend aussi par ce moyen son élasticité après plusieurs années de dessèchement. L'expression mécanique de Feau produit sur ces substances des effets fort analogues à ceux du dessèchement.

M. Chèvreul penseque éette eau est retenue dans Fintérieut* des organes par des forces analogues à celles qui font monter les liquides ^ns les tubes capillaires; il présume qu'elle joué un grand rôle dans Fétat de vie, et appuie sa conjecture sur les expériences où M. Edwards a &it voir que les poissons misa sec périssent par la seule transsudation de Feau nécessaire au jeu de leurs organes.

Une pierre météorique est encore tombée cette année en France, aux environs d'Épinal, et plusieurs fragments en ont été déposés au Muséum d'histoire naturelle. Sa chute a offert tous les phénomènes accoutumés. '

Celle dont nous parlâmes Tannée dernière , et qui tomba le 1 5 juin 1821a Juvenas, département de TArdèche , a été analysée par M. Vauquelin et par M. Laugier. Elle diffère des autres seulement en ce que le nickel y manque , et qu elle contient une petite quantité de potasse qui vient d'un peu de feldspath disséminé dans sa masse. Les pierres de Jonzac et de Lontola lui ressemblent sous ce rapport et sous d autres ; elles manquent de nickel , mais contiennent du chrome, peu de soufre, peu de magnésie, et au contraire beaucoup de chaux et d'alumine.

Un globe de feu vu à Sens et à quinze lieues aux environs avec une détonation qui ressembloit à un violent coup de canon , et dont M. Thénard a communiqué la relation à l'Académie , pouvoit aussi faire croire à une chute d'aérolithes ; mais, quelque recherche que l'on ait faite , il n'en a été recueilli aucun.

M. Moreau de Jonnès a rendu compte d'un mé-

ET MÉTÉOROLOGIE. 2l3

téôre lumineux Vu à la Martinique le i ^"^ septembre à huit heures du soir. D une grandeur considérable, il se mou voit rapidement vers Test , produisant un bruit seinblable au roulement du tonnerre , et a éclaté avec une détonation violente. On peut croire que c'étoit une aérolithe , ce qui seroit le premier phénomène de cette espèce dans l'archipel des Antilles^ malheureusement il n'en a point été recueilli de produits ; et , en fôt-il tombé , il seroit difficile quon espérât les découvrir dans une Ile profondément découpée par la mer, et plus qu a moitié couverte de forêts.

Dans la même île il y a eu un tremblement de terre le i®*" août à huit heures du matin ; c'étoit le premier depuis près de deux ans.

M. Moreau de Jonnès a réuni toutes les notices qu*il a présentées à l'Académie depuis plusieurs années, et, les enrichissant de grands développements , en a composé une Histoire physique des Antilles dont le premier volume a paru. L'auteur y traite de la structure géologiquetie ces îles , de leur climat, et des niitiéraux particuliers qu'elles rertferment. On y pourra remarquer des chapitres pleins dlntérêt sur les variations locales de leur température , sur l'état hygrométrique de leur atmosphère, et sur les ouragans qui les dévastent si cruellement. Tjauteur parlera dans un autre vo-

2l4 PHYSIQUE, CHIMIE,

lu me de leurs wé^éiaux et de leurs animaux , et il a déjà préludé à ce trayail par un mémoire sur le nombre des plantes de la flore cardibe, et sur la prorportion numérique des familles qui la composent. La multitude et la diversité de ces plantes sont d'autant plus étonnantes qu'elles contrastent avec le petit; nombre des animaux , et que les courants de cas mers, étant à-peu-près invariables, ont dû apporter toujours les mêmes graines ; mais la forcfs de la végétation est si grande que tout ce qui arrive réussit et ^ propage. Elle oppose même de grands obstacles aux travaux des agriculteurs ; et encore aujourd'hui , après deux siècles d'efforts , remplace^ m^nt des villcj^ et les champs ctiltivés n'occupent que Fintervalle pratiqué pénihlpmTOt entre les gr;iqdes foréti$ de$ montagnes et les palétuvieris àe% rivages. Le feu seul peut détruire momeiitanémeQt ces forêts épaissies qui rienaissent pour peu que le terrain soit négligé. Les sentiers peu fréquentés sont bi^nti^t envahis par des arbustes ; chaque année pp est obligé d'extirper Içs végétaux qui couvrent les glacis des forter^sesj pour peu qu'une babita^ tion soit abandonnée, une forêt çn occupe prompr tement les cours et les toits et en cache les murs. Souvent, pendant la saison des pluies, il sort des agarics et d'autres champignons des parois des ap* partements. M. Moreau de .Tonnes a observé jus-^

fit MÉTÉQfiOLOGlË. 313

quà mille huit cent vingHrois espèce» de végétaux plianérogames dans larehipel caraïbe , et il estime qu'il peut s'y trouver six cents cryptogames. Lui-r mêmea reconnu plus de cent soixante espèces de fougères. L'auteur se livre à de grands développements pour déterminer quelles proportion s pren nent dans ce nombre les principales familles de végétaux^ dans la vue d'âendre ainsi, en ce qui concerne ces iles, les belles recherches de M. de Humboldtsur la distribution géographique des famille végétales.

Lorsque l'on met en contact avec le chlore, soit de l'alcobol , soit de l'éther sulfurique , soit de rhydrogène percarboné, on obtient des composés liquides dont l'analyse na point encore été faite complètement.

Le produit du troisième de ces rapprochements découvert par les chimistes holkndois^, et particu-» Itèrement étudié par MM. Robiquet et Ck>lin , passoit pour être composé de parties égaks en volume de chlore et d'hydrogène percarboné , et cette dé* terminatio|i étoit fondée sur ce que la densité du liquide est égale à celle des deux gaz.

Quant au produit de Faction mutuelle du chlore et de Talcohol , on ne se fakoit point d'idée arrêtée de ^a composition.

M. Despretz a présenté a FAcadémié des expé«-

2l6 PHYSIQUE, CHIMIE,

riences qui prouvent qu'il doit être fiDirmé d'un volume de chlore et de. deux viJiimes d'hydrogène percarboné.

L'élher sulfurique traité par le chlore donne deux liquides d'apparence huileuse et de densité différente, et l'un et l'autre moins volatils que le liquide produit par le chlore et l'alcohol.

M. Despretz a aussi essayé d'en faire l'analyse ; et sans être encore extrêmement satisfait de ses résul* tats, il conclut qu'un de ces deux liquides, au moins , est un nouveau composé de chlore jet d'hydrogène percarboné : cette conclusion ne sera confirmée que par une analyse complète, lorsqu'elle aura pu être faite avec rigueur.

Dans cette recherche M. Despretz a feit quelques observations intéressantes en miettant en contact de l'hydrogène percarboné avec les chlorures de soufre et d'iode.

Le chlorure d'idde ainsi traité lui a donné un liquide incolore d'odeur et de saveur agréables, qui se congèle à o du thermomètre en lames cristallines; et lorsque la quantité du gaz percarboné a augmenté, il s'est formé un solide blanc et cristallin.

Lé chlorure de soufre ne donne avec le gaz en question qu'une seule substance visqueuse , plus fixe que l'eau , difficilement combustible, et d'une odeur désagréable.

Ces observations mettent sur la voie de recherches ultérieures qui compléteront sans doute l'histoire de toutes ces transformations.

Depuis les travaux de Crawfurd et de Lavoisier les physiologistes ont fait revivre les opinions avancées dès le dix -septième siècle par Mayow et par Willis , et ont attribué généralement la chaleur animale à la fixation de loxygène absorbé pendant la fietpiration , ou, en d'autres termes, à l'espèce de combustion qui a lieu dans cet acte. En effet, dans les belles expériences de Lavoisier et de M. de Laplace, le charbon faisoit fondre eti se brûlant plus de quatre-vingt-seize fois son poids de glace; et la liquéfaction de même genre que produisoit un animal à sang chaud répondoit à la quantité diacide carbonique que sa respiration produisoit, ou plutôt à celle de l'oxygène que sa respiration combinoit avec le carbone de son sang , sauf un léger excédant que les auteurs attribuoient à la combustion d'une partie de son hydrogène.

Cependant ces expériences a voient cette causé d'inceii;itude , qu'on avoit mesuré l'effet* calorifique sur un animal, et l'absorption de l'oxygéné sur un autre ; tandis que depuis Ton s'est assuré que letat des animaux , le plus ou moins de pureté ou de chaleur de l'air où ils respirent, produisent des dififërences très considérables.

2l8 PHYSIQUE, CHIMIE,

Pour donner à ce$ recherches toute la rigueur d<Hljt elles ^nt susceptibles, M. Duloog, que l'Académie vient récemment d'acquérir, s'est servi d'un appareil où Ion mesure tout-àrla-fois et sur le même individu Ja chaleur produite et l'oxygène absorbé. Il emploie le calorimètre à eau , de l'invention de M. de Rumfort , dont nous avons parlé en 1 8 ( 4 > ^^ où leau en commençant l'opération est autant audessous de la température atmosphérique qu'elle est au-dessus en finissant. Il enferme l'animal dant une boîte de métal doublée d'une ciige d'osier, et plongée dans leau du calorimètre, mais où cette eau ne peut pénétrer, taudis que l'on y renouvelle l'air à volonté au moyen d'un gajsométre à pression constante ; etcet air, dont on ménage le courant de façon que l'absorption ne passe pas cinq centièmes, ressort , après avoir été respiré , par des tuyaux qui transmettent sa chaleur à l'eau qu'ils traversent, et qui le portent dans un autre gazomètre où une lamede liége^ enveloppée de taffetas imperméaWe, le sépare de la surfece de l'eau et empêche qu'elle n'absorbe son acide. Qn ménage à volonté la pression dans chacun des deux gawmètres ; et Yon peut lacilement ^ et à chaque instant, déterminer le volume, La température, et la composition, soit de l'air que l'on donne à respirer, soit de celui qui sort après avoir été respiré.

Qiiand Teau du calorimètre a acquis autant de degrés au -dessus de 1 atmosphère quelle en pvoit au-dessous en commençant à faire respirer lanitmal , il ne reste qu'à analyser l air expiré et a com*parer la chaleur acquise par l'eau à la quantité d oxygène qui a été absorbée.

M. Dulong a trouvé que le volume dé l'acide carbonique produit étoit toujours moindre que c^lui de l'oxygène absorbé; d'un tiers dans des oiseaux et des quadrupèdes carnassiers, d'un dixième dans h^ herbivores.

Il a observé encore qu'il y avoit toujours exha^ laisoD d'azote , et si forte que dans les herbivores le volume de l'air expiré surpassoit celui de l'air inspiré, malgré la diminution de volume du gaz acide carbonique.

Enfin il a trouvé que la portion de chaleur cor-^ respondante à celle de l'acide produit ne fait guère que moitié de la chaleur totale donnée par l'anima) dans les carnassiers ^ et va à peine aux trois quarts dans les herbivores ; que si on prend pour base la quantité d'oxygène absorbé , au lieu de la quantité d'acide carbonique produit , supposant qu'une par^ tiède cet oxygène a été employée à former de l'eau ^ on trouve une différence en plus, nJais qwi n'équi^ vaut jamais, à un cinquième près, à la chaleur produite par l'animal.

En supposant exactes les évaluations de MM. Lavoisier et de Laplace , sur la chaleur donnée par le carbone et l'hydrogène , il ne reste pour apprécier parfaitement les résultats de M. Dulong qua s assurer que la combustion de ces substances, lorsquelles font partie de certains composés , donne la même chaleur que lorsqu'on les brûle séparément et isolées ; mais Tincertitude qui pourroit subsister à cet égard niroit pas jusqu'à la proportion que nous venons d'annoncer, et il n'est guère douteux qu'il n'y ait à chercher encore uae autre cause que la fixation de l'oxygène pour expliquer la totalité de la chaleur animale.

M. Vauquelin a présenté lin travail sur les combinaisons de Facide acétique avec le cuivre, si connues dans le commerce sous les noms de verdet et de vert-de-gris, ou plutôt verdet gris. Il résulte de ses expériences que ces combinaisons se présentent dans trois proportions différentes : i ° un sous-acétate insoluble dans leau , mais qui , plongé dans ce liquide , s'y décompose à fi*oid , et s'y convertit en peroxyde et en acétate; 2"* un acétate neutre dont la solution ne se décompose point à froid , mais par TébuUition , et se change alors en peroxyde et en sur-acétatê; et enfin 3*^ un sur-acctate dont la dfs-

solution ne se décompose ni à froid ni à chaud, et qu on ne peut obtenir cristallisé qu'en le laissant évapof er à froid ou dans le vide. Le verdet gris du commerce est un mélange , ordinairement en proportions égales , d acétate et de sous-acétate.

Une grande et utile découverte est celle qui vient d avoir lieu dans le département de la Meurthe , d'immenses dépôts souterrains de sel gemme. Les sondages déjà faits et Fexploitation commencée font connoitre leur étendue sur plus de trente lieues carrées , et leur profondeur de plus de trois cents pieds , ainsi que les diverses couches dont ils se composent. On y trouve du sel blanc, des sels gris diversement mélangés , et du sel coloré en rouge par le fer.

L'Académie, à la demande du gouvernement, a fait analyser ces produits par sa section de chimie , dont M. Darcet a été le rapporteur.

La pureté en est extraordinaire : le sel blanc ne contient au plus que sept millièmes de substances étrangères; mais il y en a aussi d absolument pur. Les variétés les moins pures de sel gris ne contiennent que cinq centièpues d'argile bitumineuse , d'oxyde de fer, et de sulfeite de soude , de chaux et de magnésie. Le sel rouge est coloré par deux centièmes d'oxyde de fer.

Aucun de ces sels étrangers n'étant déliquescent,

le sel gris contiendra aux salaisons ; tous les arts qui emploient le sel pourront en &ire Usage. Le sel blanc offrira pour la table une denrée plus pure qile celle d'aucune ai^utre saline; et le consommateur y trouvera d'autant plus de bénéfice qu'il n'attire point rhumidité de Fi^ir.

L'argÉfût et le mercure fulminant sont des substances que Ton ne connott que trop depuis que, répandues dans le commerce à cause de Fusdge qu'on en fait pour amorcer les armes à feu , elles ont causé tant d'accidents funestes. On les forme en rapprochant l'argent ou le mercure de l'acide nitrique et de l'alcohol. Cesf trois substances , dont deux sont composées, réagissent les unes sur les autres , et le composé définitif qûé l'on obtient détone avec violence par la chaleur ou par un choô léger. Mais en quoi consiste-t-il? quels éléitients des corps employés à le former y sont-ils restés? comment et dans quelles proportions s'y sont-ils combinés ?

Le docteur Liebig, jeune chimiste.allemand , s'est occupé de ce problème. En mettant de la potasse dans la dissolution de mercure fulminant il a f^é^ cipité de l'oxyde de mercure , et obtenu , par ïévaiporation , un sel cristallisable et fulminant dans un moindre degré que le premier : toutes les bases al-

câlines en ont agi de même. Ainsi la propriété de fulminer appartient tion pas au mercure , mais à une combinaison qui peut s'unir avec diverses bases , en les neutralisant plus ou moins complètement, comme feroit un acide.

Ilene8tdemèmepourrargcntfulminant;oupeut en précipiter une grande partie de l'argent en y substituant un alcali ou un autre oxyde métallique.

M. Liebîg , après avoir employé comme base Teau de chaux et lavoir reprise par Facidc nitrique , est parvenu à isoler, à peu de chose près, le principe qu'il soupçonnoit, et la vu se précipiter sous forme de poudre blanche soluble dans Teau bouillante , rougissant la teinture de tournesol; en un mot de nature manifestement acide, mais se distinguant par la propriété de détoner, dont il jouit au plus haut degré.

M. Liebig a tenté l'analyse de cet acide , et a pensé payer chef son zèle pour la science ; car les détonations ont lieu même daps Teau , et au moindre choc. Il a réussi enfin , eh le mêlant de beaucoup de ma^ gnésie , à le décomposer sans accident. Les produits sont un reste du métal par Finterméde duquel on Fâvoit formé, du gaz acide carbonique, de Tammoniaque et de Feau* G est la composition la plus complexe que la chimie ait encore créée , puisqu'elle offre une substance métallique et les éléments or-

(linaires des matières animales, savoir : deroxygèue, de rhydrogène , et de lazote. Mais il restoit à savoir comment ces éléments y sont combinés entre eux ; si lammoniaque et Feau y sont toutes formées; si le métal y est à letat d oxyde , et de quel oxyde , etc.

De nouvelles expériences faites cette année par Fauteur et par M. Gay-Lussac nous ont appris que cet acide , qu'on avoit d abord nommé fulminique, lorsqu'on le débarrasse du reste de métal qu'il contient, est de Facide cyanique, c'est-à-dire une combinaison de 1 oxygène avec cette combinaison d azote et de carbone qui a été nommée cyanogène.

M. Dœbereimer, professeur à Jéna, est Fauteur d'une observation bien curieuse sur la propriété dont jouit le platine précipité de sa solution nitromuriatique (ce qui lui donne une forme et une consistance spongieuse), sur la propriété qu'il a, disons-nous , lorsqu'on fait passer sur lui un mélange d'oxygène et d'hydrogène , d'opérer la combinaison de ces deux gaz et de produire une chaleur qui le porte lui-même au rouge. MM. Thénard et Dulong ont répété et vérifié ces expériences. Ils ont reconnu de plus que le palladium et le rhodium jouissent de cette propriété comme le platine à la température ordinaire ; que Firidium s'échauffe for-

tement à cette* même température ; que iosmium rougit, mais seulement quand on Ta un peu échauffé d'avance; enfin que pour donner au nickel et au cobalt la propriété de produire la combinaison il faut les chauffer à 3oo degrés ; ils ont de même ré-^ connu que, dans cet état, le platine, à la température ordinaire, décompose le protoxyde d'azote<

M. Chevreul, qui par sa découverte des acides qui se produisent lors de la saponification a fait faire de si grands pas à la théorie de cette opération et ouvert un nouveau champ à Tétude des substances organiques , a continué ses recherches et déterminé les caractères de plusieurs de ces acides, qui varient selon les diverses graisses avec lesquelles la saponification' se fait, et qui sont les principes des odeurs des savons formés avec ces graisses et d'une partie de ces graisses elles-mêmes. Le beurre en fournit deux, le butirique et le cqprique; la graissé de dauphin nu^lephocénique; et la graisse de mou-* ton un autre , le hirctque. Us sont tous incolores , plus légers que leau , mais de moins d'un dixième , diversement odorants , et donnent une saveur brûlante. Le caprique se solidifie à 1 5 degrés au-dessus de o ; les autres sont encore liquide;» à 9. Ils varient davantage par leurs capacités de saturation et les propriétés de leurs sels.

BUFFON. COMPLibf . T. II. 1 5

r^e nombre des alcalis ou bases saltfiables organiques et composées de plusieurs principes combustibles ou gazeux augmente rapidement, sur-tout depuis les recherches de MM. Pelletier et Gaventou ; et les propretés remarquables dont ces substances sont douées rendoient intéressant de connoitre les compositions distinctives de chacune d'elles.

MM. Pelletier et Dumas leur ont appliqué la méthode d analyse imaginée par M. Gay-Lussac, qui consiste à en brûler une quantité déterminée arec une quantité, également déterminée, d'oxyd.e de cuivre , et à recueillir les produits. Par les proportions de leurs éléments ces substances ressemblent beaucoup aux résines ; elles ont un peu d'azote de plus ; on doute même qu'il y en ait dans la morphine ; la caféine seule en contient jusqu'à un cinquième, et plus , de son pends. La plupart ont une capacité de saturation (une alcalinité) à-peu-près propor» tionnelle à leur quantité d'azote ; mais la morphine en a plus que n 'indiqueroit lexcessivement petite quantité de ce principe quelle paroit contenir.

Ces expériences, faites avec toutes les précaution» qui pouvoient en rendre* les résultats rigoureux et précis , conduisent à des vues importantes , et qui intéressent toute la chimie organique non moins que la matière médicale.

Une espèce particulière et très rare de calcul de la vessie , découverte par M. WoUaaton , et nommée par lui oxyde uriquCy s'est retrouvée pour la première fois en France, dans le calcul d'un chien. M. Las«sai(pe , préparateur de chimie à TÉcole vétérinaire , en a donné la description et les propriétés caracté* riatiques* Il la trouvée composée de 36 parties de carhone, 34 d'azote, 17 d'oxygène, et 12 d^hydro* gène.

Le dahlia, grande et belle plante dont nos par* terres ont été récemment enrichis , a des racines tubéreuses comme le topinambour y qui est de la mènsie famille qu'elle* M. Payen a cherché si ces bulbes ne eontiendroient pas aussi un principe ali«* mentaire de bonne qualité, et pour cet effet il en a fait l'analyse. Il en a retiré un sucre incristallisable ; un arôme ressemblant à celui de la vanille; une huile volatile ; une huile fixe; plusieurs aels à base de chaux ; et une substance nouvelle qu'il a nommée dcMine, et dont les bulbes de dahlia contiennent un dixième de leur poids : elle a de l'analogie avec l'amidon et la gélatine , mais elle en diffère sur-tout par la propriété de se précipiter en masse grenue," lorsque l'eau qui la tient en dissolution est évaporée jusqu'à formw une pellicule. Sa pe&anteur spécifique est de 1 356 ; l'acide sulfurique la convertit en

sucre iDcristallisable, plus sapide que celui qui provient de la midon.

A la suite d^ la gelée qui fit périr tant d oliviers dans rhiver de 1 82 1 à 1 822 , le ministère de Tintérieur, désirant connoitre si le climat de la France ou de quelques unes de ses parties avoit subi des changements, et les causes auxquelles ils pou voient être dus, demanda aux préfets des mémoires sur retendue des défrichements qui ont eu lieu dans les forêts depuis 1819, et sur l'influence que l'opinion de leurs départements attribue au déboisement des montagnes relativement à la température, à la diminution des eaux, à la force et à la fréquence des vents.

On a obtenu successivement des réponses de cinquante-six de ces magistrats; et, comme on pourvoit s'y attendre, les questions y sont traitées sous des- points de vue fort divers, et les résultats n'en sont pas toujours bien concluants. Cependant il parott certain, par des documents écrits, par le souvenir des vieillards, que dans des lieux où l'on cultivoit autrefois l'olivier, la vigne, le châtaignier, et d'autres végétaux sensibles à la gelée, cette culture ne s'est pas maintenue ou est même devenue impossible.

Des défrichements n ont pas été aussi généraux qu'on s'est plu à le répandre. Dans trente-quatre départements qui possédoient ensemble 3,439,943 hectares de bois , il n'en a été arraché que 2o4î09.2 ; mais ce n'est pas d'après l'étendue seule, mais par la nature des bois supprimés que les effets de ces défrichements doivent être jugés: les forêts d'arbres résineux, les plus importantes comme abris, ont diminué plus généralement; les futaies de chênes, de hêtres, de nos montagnes de second ordre, ont presque toutes été transformées en taillis , et il faudroit des lois sévères et exécutées pendant un siècle pour que les grands arbres propres aux constructions civiles et navales redevinssent aussi abondants qu'ils l'étoient en 1 789.

Ce n'est au reste que dans quatorze départements que l'on a pensé que le déboisement des montagnes a causé le refroidissement de l'air ou du sol; l'opinion contraire a été exprimée dans trente-neuf. On a reconnu dans trente -deux que les hivers sont moins froids et plus loiigs, et les étés plus courts et moins chauds qu'il y a soixante ans ; dans vingt^un autres on ne regarde pas ce fait comme constant. Dans vingt-sept départements on est persuadé que les vents sont devenus plus violents, et dans vingtsix on soutient le contraire.

La dénuda tion des montagnes n'est mise en doute

33o PHYSIQUE, CHIMIE,

dans aucune des réponses, et il y a aussi beaucoup d'accord sur ses conséquences actuelles et futures. L'une des plus généralement reconnues est la diminution des sources, parceque Teau des pluies, au lieu de s'infiltrer dans le sol avec lenteur, s'écoule rapidement, et entraîne les terres que les bois et les herbes ne retiennent plus ; toutefois , sur ce point même, il s'en faut beaucoup que les rapports soient unanimes. Il n'y a que vingt-huit départe* ments où l'on affirme la diminution des eaux per*manentes, et que vingt-cinq où l'on ait reconnu que les inondations sont plus fréquentes qu^en 1789.

Nous ne parlerons pas des autres articles de mé* téorologie, tels que la neige, la grêle, etc., sur lesquels les réponses ont été encore plus vagues et plus contradictoires. Les données fournies par ce prem ier travail ne peuvent être con^déréess que comme un essai encore assez imparfait; et pour arriver à quelque chose de plus positif, il seroit nécessaire de poser des questions plus précises et de tracer avec plus de rigueur la méthode à suivre pour les résoudre.

Néanmoins les mémoires fournis à l'Académie contiennent des renseignements précieux sur k statistique de plusieurs parties de la France, et sous ce rapport au moins leur utilité ne peut être méconnue.

ET MÉTÉOROLOGIE. :i3f

M. Moreau de Jonnès , qui a soin cl*<a9itretenir TAcadémie de tous les phénomènes remarquables qui se manifestent aux Antilles , lui a fait part de deux tremblements de terre arrivés dans ces tles, et qui ont été asses forts pour exciter Teffroi parmi la population.

Le premier a eu lieu le ii novembre, à cinq heures quarante-cinq minutes du matin.

IjC deuxième s'est feit sentir à la Martinique le i3 décembre suivant, à une heure du matin.

Chacun de ces tremblements a consisté en detix secousses ; celles du premier ont été les plus fortes et les plus prolongées.

Il n'est personne un peu au fait des travaux des chimistes qui ne connoisse les grandes discussions auxquelles ils se sont livrés dans ces derniers temps sur les causes et le mode précis des combinaisons , et particulièrement sur la question de savoir si elles se font en toutes proportions et pour ainsi dire en toutes nuances, ou si elles n'ont lieu que dans certaines proportipns fixes qui puissent s'exprimer par des nombres entiers et assez petits.

Cette dernièfie opinion semble prévaloir aujourd'hui, malgré la longue opposition que lui a montrée ce grand chimiste feu M. Berthollet; cependant lopinion contraire a encore des défenseurs, et

M. LoQgchamp a essayé de 1 appuyer par de nou* ve^ux arguments.

Il les cliiercbedans lanalysede lacide pbospho-^ riqueetdesessels, genres de substances qui offrent die grandes difficultés, puisque deux cbimistes aussi célèbres que MM. Davy et Berzélius sont arrivés à leur sujet à des résultats très différents.

Il a d'abord acidifié le phosphore par lacide nitrique , et saturé lacide phosphorique par la chaux caustique. L augmentation de poids de cette dernière substance lui faitconnoitre la quantité d acide phosphorique correspondante au phosphore employé, et par conséquent la quantité d'oxygène qui entre dans lacide phosphorique ; mais ce procédé donne des résultats fort discordants. Les écarts sont n^oins considérables quand on emploie Ibxyde de cuivre au lieu de la chaux.

Quant aux phosphates, l'auteur commence par déterminer la quantité d'acide que contient le phos^^ phate d'ammoniaque cristallisé en le caioinant avec un excès de carbonate de chaux; calculant ensuite les proportions des phosphates qui se forment quand on calcine avec celui d'ammoniaque les différents sels à base de baryte, de soude, ou de chaux, il en déduit la quantité d'acide phosphorique que prennent les divers alcalis, et il arrive pour chaque base à des proportions très variables et peu d'accord

avec la théorie des combinaisons fixes et à prôpor-* tions simples. La même conclusion se déduit selon lui des opérations dans lesquelles on décompose les^els solubles de chaux et d^ baryte par le phos-^ phate de soude cristallisé; mais les commissaires de TAcadémie ont fait observer que dans ces sels liquéfiés par la chaleur il manque la circonstance la plus essentielle pour produire des proportions fixes, la cristallisation : le terme où s'arrête la décomposition varieroit probablement encore avec la température.

Nous avons parlé dans le temps des belles découvertes de l'iode et du cyanogène, deux substances dont l'une est jusqu'à présent indécomposable-^ et se distingue éminemment par la couleur violette de sa vapeur, et dont l'autre, formée d'une combi-^ naison de carbone et d'acte, donne, en s'unissant à l'hydrogène, le principe colorant du bleu de Prusse. Ces substances peuvent s'unir quand on les présente Tune à l'autre à l'état de gaz naissant, ce qui arrive quand on chauffe un mélange dedeux parties de cyanure de mercure et d'une partie d'iode; il se produit alors du prot-iodure de mercure et du cyanure d'iode. Cette dernière combi-^ naison, qui est très volatile, s élève sous la forme d'une fumée épaisse, et se condense eu aiguilles

extrêmement légères. Elle a une odeur très piquante, une saTeur des plus caustiques, mais ne participe en rien des caractères des acides ni des alcalis. Elle se dissout dans Teau et dans Falcohol , mais n éprouve aucune action du chlore ni de Taeide sulfureux quand ils sont à Tétat sec : au contraire Tacide sulfureux liquide et les alcalis Tatta-quent, et il en résulte divers composés.

M. SeruUas , qui a le premier produit et étudié cette combinaison remarquable , n*a pu encore en déterminer les proportions que d'une manière approximative; il y trouve 82,8 sur 102 d'iode, et 17,2 de cyanogène.

Jjes accusations d empoisonnement dont les tri^ bunaux ont retenti Tannée dernière ont tourné les efforts de plusieurs chimistes vers \à recherche des marques auxquelles on peut recounôttre dans les intestins la présence de quelques uns des poisons nouvellement découverts. Si malheureusement les progrès des sciences fournissent quelquefois au crime des instruments nouveaux, ils donnent en général aussi les moyens d'en prévenir les effets, ou du moins ceux d'en apprécier les causes et d'assurer la punition des auteurs.

Q'est tivec l'intention de remplir cette espèce de devoir imposé en quelque sorte aux chimistes par

Et MÉTÉOROLOGIE. !^3S

kurs propres découvertes que M. liassaignea cherchée saisir dans une masse alimentaire les moindres traces de morphine ou d acide hydrocyauique.

Pour la morphine, il traite les matières qui la contiennent par Talcohol : après que Falcohol a dissous ce qull peut dissoudre, il Tévapore, et traite le résidu par Teau pure; il laisse évaporer cette eau spontanément, et si elle recèle de Tacétate de morphine cette substance délétère se cristallise en prismes di verg^ents , que Ton reconnott à leur saveur âmère, à leur décomposition par l'ammoniaque, au dégagementd'acide acétiquequ'y produit lacide sulfurique, enfin à la couleur rouge orangée qu'y lait nattre le contact de Tacide nitrique.

Quand c est dans un corps solide que Ton soup^ çonne la présence du poison , il faut le (aire bouillir dans leau et opérer sur la décoction comme il vient d'être dit

Si la matière étoit alcaline, il fa u droit ajouter à Teau et à l'alcohol une petite quantité d'acide acé* tique pour rétablir l'acétate de morphine qui auroit ptf être décomposée.

M. Lassaigne a retrouvé par ce procédé cette substance vénéneuse dans les vomissements , dans r«8tomac, et dans les intestins d'animaux morts après en avoir pris seulement 1 2 et 18 grains. Les matières vomies en contiennent même des quan-

tités causidérables, mais il ne parotf jxiint qu'il ea passe dans le sang;, et même on nen a plus retrouvé de traces dans celui des chiens et des chevaux, dans les veines desquels on en avoit injecté, et qui avoient survécu à lopérâtion ; en sorte que dans les cas où Tanimal résiste à Faction du poison la morphine se décompose ou est expulsée de quelque manière.

Pour mettre encore plus de précision dans ses procédés, et craignantquequelque matière animale dont on nauroit pu entièrement débarrasser la morphine ne contribuât à la couleur orangée qu'y produit l'acide nitrique, il est parvenu à supprimer cette cause d'incertitude en versant dans la solution aqueuse de l'extrait alcoholique de sotis^acétate de plomb, qui précipite les matières animales, mais non l'acétate de morphine.

^ M. Dublanc, pharmacien à Paris, a trouvé un procédé très utile pour reconnoître les plus foibles traces de morphine quand c'est dans de l'eau pure que cet alcali ou quelqu'un de ses sels est en disso-lution,maisqui n'a pas le mêmeavantage lorsqu'elle est mêlée à des matières animales comme elle l'est toujours dans les intestins. Ce moyen est fondé sur l'indissolubilité de la combinaison que la morphine forme avec le tannin. Une dissolution d'acétate de morphine, qui en contient seulement un quinze-

^ millième, est sensiblement troublée par rinfusion alcoholique de noix de galle saturée à froid. L'auteur croyoit pouvoir distinguer les tannâtes de

^ morphine de ceux- des matières animales, pareeque les premiers seraient plus solublesdans lalcobol; mais à l'expérience cette propriété ne s'est pas trouvée leur être aussi exclusivement propre qu'il le croyoit, en sorte que son moyen pourroit conduire à des erreurs funestes pour des accusés innocents.

L'acide hydro-cyaniqUe ou prussique, délétère à si petite dose, et que des scélérats savoient employer bien lotag-temps avant que les chimistes en eussent constaté la nature, étoit plu$ difficile à reconnoître que la morphine. Cependant M. Lassaigne est parvenu aussi à en saisir de bien foibles traces.

Cet acide a la propriété, lorsqu'on verse du persulfàte de fer dans sa dissolution saturée de potasse, de produire une belle couleur bleue, qui, lorsque la proportion de l'acide hydrocyanique est très foible, ne se montre qu'après quelques heures ; ce qui donneroit déjà la possibilité de Iç découvrir dans un liquide où il n y en auroit qu'un dix-millième : mais une autre de ses propriétés permet d'arriver encore à une précision double, et d'en saisir jusqu'à un vingt-millième. C'est celle que lui a découverte M. VauqueUn de former avec le deu-

!238 PHYSIQUE, GUIMIE)

toxyde de cuivre hydraté un composé jaunâtre qui devient blanc par l'addition de Feau chaude, et qui est parfaitement insoluble dans ce liquide.

Pour appliquer cette propriété à la solution du problème , on alcalise légèrement par la potasse le liquide qu'on éprouve ; on y verse quelques gouttes de sulfate de cuivre, et ensuite assez d'acide hydro^ chlorique ( muriçtique ) pour redissoudre lexcès d'oxyde de cuivre précipité par Valcali. Si le liquide contient de l'acide hydrocyanique, il prend un aspect laiteux qui disparott souvent au bout de quel^ ques heures.

Ainsi les signes de poison que donne le sul£ite de fer disparoissent avec le temps, et le temps dévdoppe ceux que fournit le sulfate de cuivre ; en conséquence il sera toujours avantageux d'employer comparativement les deux méthodes. .

M. Lassaigne , par leur moyen , a retrouvé l'acide dans les intestins d'animaux qui en étoient morts depuis dix-huit et même quarante -huit 'heures; mais les autres organes , le cerveau , la moelle épi^^ nière, le cœur, nuilgré l'odeur qu'ils répandoient , n'en ofiroient aucune trace*

On sait en effet que les corps empoisonnés par Faoîde hydi*ocyanique , sur-tout leur cerveau et leur moelle épinière, répandent une odeur damandies amèrcs, et que cette odeur peut mettre sur la voie

de ce genre d empoisonnement. .Mais ce premier indice ne suffit point, car M. Itard a observé que dans certaines maladies inflammatoires il se déve^ loppe une odeur semblable.

Il vagira d'examiner si , dans ces circonstances, cest de Facide bydrocyanique qui se produit par Teffet même de la maladie ; alors^ les n»>yens d'en reconnoître la présence, loin de servir la justice ^ ne pourroientque l'égarer en lui signalant le crime lorsque la nature seule auroit agi.

Quand on traite par Facide nitrique ou par l'ai- , cohol les ^bstances organiques où il entre de Tazote, ou même quand on les laisse dans la terre bumide ou sous leau , on en obtient une matière grasse, et c'est une question assez importante de savoir si cette matière y préexistoit, ou si elle eat produite par les opérations auxqueUea ou les sou-** met.

M. Chevjceul, que son grand travail sur les ma-tières grasses, en général, cosiduisoitnatUrellemeBt à désirer une solution de cette question, a fait de nombreuses expériences dans Fe^poir de se la procurer. JSn soumettant des parties égales détendons d'un animal à l'action de l'alcobol , à celle de Facide nitrique, ou à celle de l'acide hydr€chloriqiie,il en a obtenu des quantités ^^es d'une graisse semblable

24o PHYSIQUE, CHIMIE,

à celle de lanimal auquel les tendons avoient appartenu ; en les exposant sous Feau pendant un an onenretirederadipocire formée diacide margarique etoléique, en quantité correspondante à la proportion de graisse que fou missent 1 alcohol et les acides ; enfin en les dissolvant par la potasse , la liqueur dépose des submarga rates de potasse, comme si Ton y avoit dissous de la graisse.

Le tissu jaune élastique qui forme certains ligaments a offert les mêmes phénomènes, si ce n'est que la proportion de la graisse y est plus abondante.

La fibrine du sang donne aussi une matière grasse, mais d'une autre nature, formant avec de Feau une sorte d'émulsion, et, ce qui est très remarquable, présentant les mêmes caractères^ les mêmes propriétés que celle qu'on extrait du cerveau et des nerfs.

De ces expériences M. Chevreul conclut que les matières grasses font partie constituante des substances d'où on les extrait.

Les enfants nouveau-nés sont sujets à une maladie presque toujours fatale à ceux qu'elle atteint, et qui consiste en une induration et une coloration en jaune de la peau. Lorsqu^on incise la peau des en&nts morts de cette maladie , il s-en écoule un

ET MÉTÉOROLOGIE. 24 l

liquide que M. Chevreul à trouvé formé d albumine, d'un principe (iolorant orangé, et d'un autre principe colorant vert; et examinant le sérum de leur sang, il y a reconnu une composition chimique semblable. L'un et l'autre de ces liquides , abandonné a lui-même, se prend en partie en* une gelée membraneuse, et les principes colorants demeurent dans les portions qui restent liquides. C'est à cette disposition du sérum du sang à se coaguler que M. Chevreul attribue la cause directe de la maladie.

M. Payen , qui avoit présenté Tannée dernière à l'Académie une analyse des racines de dahlia, s'est occupé plus récemment de celle du topinambour. Il y a trouvé une huile analogue à celle de l'artichaut, et qui contribue à la ressei^blance de la saveur de ces deux végétaux ; elle ressemble encore plus à celle de l'orge , et se compose de deux principes gras, dont l'un forme un savon soluble avec la potasse, et l'autre un savon presque insoluble. Ces tubercules contiennent de plus une huile volatile ; le principe nommé dahline , qui se dissout dans Fèau bouillante et se précipite par le refroidissement en une matière grenue qui forme avec les acides sulfuriqiie et phosphorique un sirop très sucré ; la f angine y sorte de substance ligneuse signalée dans

BUPFON. GOMPLÉM. T. II. l6

a42 PHYÇIQIJEi, CHIJifiej

le;^ cl^ifinpignoiits par ]\1. BTàço^not; u|^p manière gélatiTY^Vi^ie; un $ncte cri^tiiUisabl^ i W^i§ qui fer- Tf^ente aisément et foi^nit dq ^ea^•4e-vie apologue à cjelle de graiq j pnfjn Tacide gpUiqiie, auquel prob^|]»lemept I^ fiopiqainbour 49it,cptpiiie l'artichaut, la propriété de bleuir à Fair qi)an4 U e$t cuit.

3elQa M. Pîiyep , la quantité c^e n^atière sqcrép £eroitle pi^qulèuie du tubercule, bien que la saveur eu soit mo^as dpuce que pel)^ de la b^eitter^iye ou de la paupe. Si cette assertion ^e vérjfie , le topinfimbour seroit le végétal qui donneroit le plus d eau-de-vie, propriété de nature à attirer lattentiou des cultivateur^9 d autant que sa tig;e a ^U^^i Tavantag^e de donner be^qpoup de pp^^se, et que, sa feuiUç uourrit bîpu Içs ujputpus.

On emploie avec §V£>ntiage le cb^rbou pour décolorer les sirops et autres solutions que Ton veut rendre plus limpjdps ; et les substances cbarbon-: ueuses ruiuérales, telles que les ej^ipejjtes, les schistes l:]|ifuwn^u^ t j<>W§^Çii* d® ce ppuvoir dans la proportion 4u cbarbtoip q^'clles pputieuueut ; mais M. Payen, ayant essayé à ce^ égard çer^ius cbarr bous fossiles mêlés ^e pyrites, trouvés ^ans la plaiue de Grenelle, sa per(jut que les sirpp^ eu étoieut bruuis ^u |ieu deu étrp décoloré^; ce i^e fut qu après avoir été traités par un grand excès d'acide ^lydro-

ÇT MÉTÉORQLOGIE. :3^^1

çbloriqu#ét per Yem bowillaate qwe le réeiidu côItcipé repHt Re§ propriétés a^turedes* M. Payen cherqb^ Içi cause de cette différence dans le pr^Kor sulfpre formé p^^r la caleipation de 1^ pyrite^ et que Ton enlève par l'aeide bydrocblorique.

O* a bf£iueçmp parlé p^ndunt quelque temps de çeptains gr^P» trouvés dans la foret de Fou tainebleau> et ^^i offroient un? ressemblance extérieure , mal* as6e« grossière, avec un corps bumain et une tète de cbf val encore revêtus de leur chair et non ré^ duits en squelette, comsie le sont toujours les restes fossiles ou pétrifiés d animaux ; et Ton avoit annoncé que l'analyse cbinïiqne confirmoit la supposition que c'étoient en effet des corps qui avoient

en vi^

MM. Vauquelin et Tbénard se sont donné la p§îne de répéter cette analyse sur des fragtnwit» pris de divers points de ces pierres figurées; ils nont trouvé dp pbospbate de cbaux que dantS; le fragment pris à 1^ partie qna Ton considéroit comm^ nue niain , et sa proportion n etoit que d un ou deux centièmes; le reste de la m^sse n'étoit formé que de grès, niais donuoit à la distillation qufl^ que pen de prodv^it» acides et amn^oniacauK, qui ne pfypoisp^nt venir que des matières dont la sui^ face étoit enduite. Les parties du rocher qui e«K

touroient ces concrétions donnoient les mêmes produits. Quelques personnes ont conjecturé que cette portion minime de phosphate de chaux trouvée dans un seul point pou voit venir de ce que des aheilles maçonnes avoient fait leur nid dans cette partie.

Une des applications les plus utiles que Ton ait faites dans ces derniers temps des connoissances chimiques à l'économie publique et domestique est bien celle de l'éclairage par le gaz Hydrogène, retiré de la distillation de la houille ou de Fhuile ; mais quelques explosions arrivées dans des endroits fermés où il s'étoit introduit de ce gaz, et où il s'étoit mêlé à lair atmosphérique dans la proportion nécessaire à la détonation, avoient inspiré des craintes contre lesquelles il convenoit de rassurer le public , et qu'il importoit sur-tout d empêcher de se réaliser. L'Académie a été chargée de s'occuper d'un objet aussi intéressant, et c'est d'après le rap-, port qu'elle a soumis au gouvernement qu'a été rendue l'ordonnance royale qui fixe les précautions à suivre dans la disposition des ateliers où l'on produit le gaz et où on le débarrasse des principes qui nuiroient à son emploi, des réservpirs où on l'emmagasine, et des tuyaux par lesquels on le conduit aux différents points où il doit être •consommé.

ET MÉTÉOROLOOIE. 245

On est parti dans ce travail du fait que le gaz hydrogène seul peut bien brûler comme toute autre substance combustible, mais non pas détoner; et que, pour qu il puisse s y faire une explosion, il est nécessaire qu'il soit mêlé d'air atmosphérique dans une proportion au moins quadruple de la sienne , mais qui ne soit pas plus que dodécuple.

Il est physiquement impossible, à moins que tous les employés dune usine ne conspirent pour un pareil foriait, que cette proportion se réalise dans le réservoir, et ce n est que dans le lieu où aboutissent les conduits et où s'ouvrent les robinets qu'elle pourroit avoir lieu; mais dans ces endroits même il faudroit qu'il n'y eût aucune ouverture, aucun courant d'air pour qu'il pût s'y accumuler une quantité de ce mélange détonant, suffisante pour produire des effets considérables.

Nous n'entrerons pas dans le détail des précautions prescrites relativement aux autres parties de l'opération , attendu qu'elles sont suffisamment connues du public par l'ordonnance qui les concerne.

Il se forme sur l'eau minérale de Vichy une matière verte dont M. Vauquelin a cherché à reconnoître la nature. Étendue sur le papier, elle devient bleue à l'air : l'alcali caustique fait disparoitre sa

246 PilYBIQUË, CtilMIE,

couleur ; mais lacide nitrique afFoibll la restitue , et après quelque temps la ohangè en rôse^ Il précipite de sa dissolution alcaline de» floootis verts ^ qu'un léger excès diacide rend bleus , et qui se comportant à • (ifèu '^ près conimtô Talumitiei Le chlore et Facide nitrique concentré changent le vert en jaune. Il se produit danë cette matière de Tacide acétique et de^ acétates de soude et de potasse. Tous ses élémehts sont si compliqués et leur naiUre est tellement fu^ gaôe que ce seroit une vàitie tentafitè qiie de vou*^ loir en imiter la combinaison ^ aussi M. Yauqueliti estHil bien éloigné d'acéoi^der ce que quelques cfai-^ milites prétendent^ que Fart de fabriquer les eaux minérales est devenii un émule parfait de la na-^ tul^e.

M. Môreatl de Jbnnès a lu une notice sur les

deriiiei^s tremblements de tei^e qui ont eu Heu atiiL

Abtilléè.

Le 3 odiàhre 1 8^4 il y èd a éU ùtt à lu Martinique, à uneheuredu matin, de deux secousses assez foi^tes pour éveiller les habitants des villes de Saint-Pierre et du Fort^Royàl.

Le 3o nétettibre 16:24, à trois heures trente minutes après midi, après plusieurs jour's dune chaleur e^iràordit^aire qui cessa subitement, il y

ET ilÉTÉOftOLOGlE. 247

eut une ^cousie itës Violente accdiûpâgdéë d'un bruit très grand; Des pittiëâ diluviàleè cbmÉûèncèrent ilnmédialemeht, qtioiqu'bh fût dan$ la saison sèche ; et il y eut tin raz de inàtéé très fort. . Le 1 3 janvier 1 82 5 , à une heure tffentc miiiutes du tnatin , deux àecoùsses se firent setitir à Saiiit- Pierre ; la température étoit demeurée f t*ès élfevéd jusqu'au moment de ce phénomène.

Le 26 août Foui^agan quia dévasté h (ÏKàddoupe, et dont dû tië côniiôlt que trop les affreux détails, se fit sentir à la Martinique, tbàis ^ans y causer de grands ravagés. Le vent ^oiifila fdi'tëment dès six heures du matin ; une pluie prodigiëuëè qui tomba jusqua deux heures après midi senlbld diminuer sa violence. Il y eut de grands débordements de

toutes les rivières.

Les beaux résultats obtenus par M. Cbèvreul de ses recherches Sur les corps gras ont exdté les cbimistes à examiner ces corps sous d autres rapports et par d'autres moyens.

M. Dupufy et MM. de Bùs^y et Le Canû y ont appliqué 1 action delà chalèuf; Où àifùH ciii just|u a ][)frésènt que la distillatîoû les tràn^fbtmo^it en éàii ; en acide carbonique, èti adde acétique ou aiébdcique, en cbarboû, ëi eu huile aitéiée et très odorante; mais M. Dupuy a obtenu |)ar la distiltatidn

lente des huiles de pavot et de lin un produit solide q ui ne rentroit 4ans aucun de ceux que nous venons de nommer ; et MM. de Bussy et Le Canu , ayant poussé Fexamen plus loin, ont constaté qu outre ces produits ou en obtient plusieurs autres, et surtout ces acides que M. Chevreul a nonunés margatique et oléique. En opérant sur le suif on retire plua des trois dixièmes de son poids d acide margarique, et les auteurs ont cru cette observation susceptible d'applications assez utiles pour se lapproprier par un brevet d'invention. Us pensent qu'il se passe quelque chose de semblable dans la distillation du succin, et que lacide succinique est produit par lopération même.

On savoit, par les expériences de Priestley et de quelques autres physiciens, que les charbons faits avec le même bois, mais à divers degrés de température, n'ont pas les mêmes propriétés physiques; que celui qui a été chauffé très fortement, par exemple, devient un bien meilleur conducteur de leleeiricité que celui qui a été fait à un feu doux.

M. Cheuvreusse, professeur de chimie à l'École royale d'artillerie de Metz, a repris ce sujet, et l'a traité d^une manière beaucoup plus étendue. Non seulement il a refait avec beaucoup de précision les expériences relatives à la qualité conductrice de

Félectriçité , mais il a reconnu et constaté des propriétés toutes semblables relativement au calo* rique : le charbon fortement chauffé en est un bon conducteur ; ce n'est que le charbon fait à une basse température qui le conduit mal ; et Ton se trompoit beaucoup lorsque, pour empêcher le refroidissement d'un appareil , on se contentoit de lenvelop-^ per de charbon sans distinguer de quelle manière ce charbon avoit été fait.

Il sera aisé à l'avenir d'éviter cette faute en essayant auparavant le charbon relativement à 1 électricité, puisque, la faculté delà conduire est concomitante à celle de conduire le calorique.

I^ propriété hygrométrique du charbon est en raison inverse. Moins il a été chauffé, plus il absorbe d'eau ; et s'il a été préparé avec un bois tendre , s'il est en morceaux et non en poudre, sa faculté absorbante se renforce encore. La combustibilité du charbon , qui est sa qualité la plus importante pour les arts, ne peut manquer de dépendre aussi beaucoup du mode de carbonisation ; niais l'auteur réserve ce sujet pour un autre mémoire, dans lequel il examinera également l'influence de la température sur les propriétés chimiques du charbon.

Il sera intéressant de rechercher de quelle façon la chaleur produit ces diversités, et si c'est par le plus ou moins de dissipation de l'hydrogène, par

l5o PftYSiQUE, CHIMIE,

uuë rëàCtibn deâ sels contenus dans le charbon, ou setilemeht pat uiie autre disposition des tnolécules charbonneuses.

La productiô4 de Tstlcohol, ou ée que Ton nomme fermentation vineuse, S'établit dans un mélange de matière sucrée et d'eau par le moyeu d'agents d'ufie îlatùl*e particulière, conktus Sous le nom de levure^; mais on savoit aussi que le glutéh pdUvoit y exciter ce genre de mouvemeiit, et M. Seguin a décotiVert là ^ème pi'opriété dans l'albuniinë.

M. Golliri vient d'établii' par des ei|>ëHettcéS( suivies que tôt! tés les thslilèrèé àiliniàles pedVëné produire lé même éfB^lt; Mais elles n'd^i^sènt cjue fôiblemetlt, au bout ^'tin temps àSsezlong,età ùtie température dé 26 degrés et plus, tatildis qtië la levure dé bière produit sdn éfki presque Itistantà* némeiit et à la tem péra tu ï*é dé io degrés. Cepehdatit, lorsque cette première fermentation ésf amenée par Une matière animale quelconque, il se forme tin dépôt beâuédup plus actif, etc^ni â quelquefois tmis les caractèl^es de la levure ordinaire. On soupçonné tiiêmef que Faction des matières animales pourrdit biéû tl'ét^é psts iinmédlate, mais provenir de ce qu'eii se décomposant eïleS aùt^oiént produit de la lévûre.

M. ColHtrf, îtyant: observé que l^ pile galvanique

£T MËTËOâdLOGIË. 25 1

accélère beaucoup la fêi^ihentation, Croit que C'eSt à l'aide de rëlectrieité i\\ie les matières animales e^et^cétttlfeulactiôil.

M. Moreaii de Jôtittèë â c56mmùtii((Uë à rAcadé^ mie là notice dés tféitlblêmenté de téi'^e qui ont eu lieu aux Antilles eil t8l6.

Lé pt^ttiiéf è*est fkit ^litir à la Martinique le 7 janvier, à sept heures du màtirt; \l è'eit fbt'iïié de dÉVL% SCfcdU^ëe^ côtiSéCtiilV^ * là dëi*A)éré à été tt*ès Vîolctité.

Lèâ^fcôtld à éù lieu lèf H inëi , à ttlitiUit tt^èàté^inq i^itiuté^,^ lé motlvëtnetït d'oscillôtiotl dU ^bl a été lôùg et âsse^ fort.

lie déi*niet* tfcihbleinent de terre ë^t affivé lef i:2 adût^ à ciAq heUft'es du niatin. Ou na t-essenti au Fôrt-Ràyàl qu'uué seule ëeCdu^se ti*è9 pro^ IdUgée.

Dde Vents de ilord de la plus ffrànde force dUt Commencé à èoufflei'ëri jaUvief i8:;i6 datis la lUel* deë Antilles, et leui* dôtninàtiôU a duré plùd de deuk indis éf demi. Ils eut tellemeUt abaissé la teiu^ péfàtUk'è que l'Archipel a (éprôuVé Uli hivét* siUgU'^ liè^eUieut frdid.

Nous {<Vons paHë l'année dernière des eiipé^

riences de MM. de Bussy et Le Canu sur la distillation des corps gras, qui leur ont fait connoître que Ton obtient par ce moyen , comme par la saponification, les acides margarique et oléique. Cette année ils ont généralisé leurs observations, et sont arrivés à ce résultat remarquable que les corps gras susceptibles d'être changés en savon par les alcalis sont aussi ceux qui donnent des acides par ta distillation, et que ceux qui ne peuvent être saponifiés ne donnent point d'acides par cette voie.

Dans un travail particulier sur l'huile de ricin ils ont reconnu qu'elle donne des acides, et même qu'elle en donne de trois sortes , et en la saponifiant ils les ont retrouvés; mais les acides leur ont paru différer de ceux de tous les autres corps gras. Le premier, qu'ils nomment ricinique, est fusible à 22** au-dessus de la congélation dç l'eau ; un autre, qu'ils appellent 5(^rY>-r{am(jffie^ se cristallise en belles paillettes, et ne se fond qu'à 1 3o® ; le troisième, qu'ils appellent oléo-ricinique, demeure au contraire liquide à plusieurs degrés au^essoqs du point de la congélation de l'eau. Les acides sont volatils, plus ou moins solubles dans l'alcohol, et complètement insolubles dans l'eau. Ils forment avec diverses bases, sur-tout avec la magnésie et l'oxyde de plomb, des sels dont les caractères sont très distincts. L'huile de ricin,. qui ne donne ni acide oléique ni acide

margarique , ne contient donc ni oléine ni stéarine , et elle est d'une nature particulière.

En effet , soit qu'on la distille ou qu on la convertisse en savon, elle donne des résultats qui lui sont propres. Lorsqu'on Fa distillée par exemple après que les huiles volatiles et les acides ont passé dans le récipient , il reste dans la cornue un acide solide équivalant aux deux tiers de son poids, blanc jaunâtre, boursouflé, semblable à de la mie de pain, qui brûle aisément sans se fondre , qui n est solu ble que dans les alcalis, et qui forme avec eux une sorte de savon. Les auteurs croient qu'on pourroit en tirer un vernis propre à être employé sur les tôles qui doivent subir une assez forte chaleur.

On se souvient de la découverte de l'iode faite en 1 8 1 3 dans le varec par M. Courtois, et des propriétés remarquables que MM. Gay-Lussac et Humphry- Davy ont reconnues à cette substance.

M« Balard, préparateur de la faculté des sciences de Montpellier, en traitant par le chlore la lessive des cendres de fucus et l'eau -mère des salines, et en y ajoutant de la solution d'amidon, comme on le fait pour y reconnoître l'iode, s'aperçut qu'outre la matière bleue produite par l'union de l'iode et de la solution d'amidon il se montroit une matière d'une odeur vive et d'un jauneorangé d'autant plus

:>54 PBYÇiQPfi, çumiE,

centré. En vei^ant^^r 1^ mélapgfi dfi TaçiflQ su}fi|r riqy f, ^tçp4w (}'^^H f m^n pn reç^çill^pt enepr^ les

v^pçiir^ qui ^ ^çgPgeiH, ^# prppri^té^ «çi^blem anwppqçï^ w prwppi» partl(5uUqr. Qn ^mt fMmr

^paréjçn^i^t fi^tte îpatiè|ie, soit w 4i?till^nt Ve^W^ mère après T^çtipp 4w chlore fçt çn çopdop^qt par

le froid l#6 yaple^rç ruti)^o<w qu>|l^ fpuwH ^ f pU

p^r ^n prppç4é plws compliqué m^\$ plup productif» en rpwley^^t ^ leaw p^p Tétbi^ri ^Véther p^\'k pp t^si^e, eq IPl^l^^t^ ce^p pot? ^fP ^vpp 4v perpxy^iB dp mangaftè^. Ep i?aas^e plie psirpît d p^ rougp fp^c^; ^ liquidité sp copserve jp^qvi'p ïS"" ap-dps^p^ ri^ point de cpngplatipn; ejlp p^t très vpiatile, Çt boiH à 47°; son odeur ressemble beaucoup à celle du chlore i §^ densité pst triplp de çplle dp Vp^P î dis-

ioiuhk d^ns rp^Ui d^p? 1 a>?obol, dpps Véther, plk

dptrpit; |p»ço^le^rs cpm0p Ip ctilorp , pt f p çpfîipprtiP de même avec Vhydrogèpp et avpc Jpi^ygèup, avpe Ips oxydes çïlcalins, Con^bipép « VPp le gajs hydrogène pprparbpr^, plje produit wp liquide o)épgipeuK d uQp odppr éthérpp trps ^p^vç.

L'aptppr lui ft dPPPP k PPip dp brçm^,ti,r4 dp

ppi^ç , ni?PY?i^ pdppr. H 1'^ ^PPii^p à dp^ P^saii

apalqgpe» à cppic qpp ^, G^yrLui^^ap a f^ sp? l'iode.

M» Puppi^ç a ob^pnp dps çpmppsé^i dan^ Ipsqpels

ET ^ÉTÉOROLOGIi;. aSS

entre cette sMb^^nce, et 4^ uaturç a^^ semblable à ccHX qufi Top obtient dç ^ode, e^r^ nutres 4e» brômites métalUq Me>et d e^ hyd robr^^iates 9lçaUn8 .

M. SéruUa^, continuant à suivre li| mèpie marche, a obtenu de Vbydr^i|rbm*e de brôi»|B et de YétUfif bydrobrôip^uç.

1^. Liebig ^ retira cette inêffic su^i^t^ppe de V^i\mère de quelque $aj[in^ d'^l|emagqe, et ^n ^ aus^i fait Fol^jetdeqMçlqiiçâ) expériences.

Çn i8i3, à I époque oi* M. Gros entreprit de décorer I4 coMpole d^ Sainte- Qeneviève de la magnifique çoip position dans laque)lç i) a déployé un talent 31 admirable, MM« Thénard et Darcet furent co|[^3ultés fur l^ métbode à suivre pour fix^r la peinture h l'buile ?ur la piçrre et préserver de^ chefe-d'ppMvrç d'uqe prompte destruction : il^ jugèrent que le moyen le plus sûr étoU de faire pénétrer dai^s la pierre un corps gras liquéfié par la çbaleur, qui en se refroidissant re^ipUroit tous les pores et ofFriroit fiii pinceau de lartiste un fond de \^ même Ufitur^B que les couleurs qul^ avoit à y ap-^ pliquer- U çpmposèr^nt cçt enduit d'uiie p^rti^ de cire j^uue et de trois parties d'huile cuite avçc un dixièuie d^ fou poids de lith^rge* On chauffa successivement et fortement toutes les parties de la coupole au moyen d'un grf^ud réchaud de doreur,

6t l'on y appliqua le mélange chauffé lui-même à la température de leau bouillante. A mesure que la première couche s'imbibqjt , %lle étoit remplacée par une autre, jusqu a cç que la pierre refusât d'en absorber: lés murs une fois bien impréj^nés, bien unis, et bien secs, furent recouverts de blanc de plomb délayé dans l'huile, et c'est sur cette couche blanche que le grand peintre a exercé ses pinceaux. Onze années d épreuve ont prouvé que'les vues de ces chimistes avoient été heureuses : leur enduit ne met pas seulement la peinture à l'abri de l'humidité, il prévient encore l'embu, ou cette inégalité d'éclat qui est occasionée par le plus ou moins d'absorption de l'huile , et il dispense ainsi le peintre de vernir son tableau. On a préparé de même les quatre pendentifs de la coupole inférieure qui doivent être peints par M. Gérard. L'enduit les a pénétrés à trois etquatre millimètres et demi.

Ce procédé peut être employé sur le plâtre comme sur la pierre, et il le préserve même, lorsqu'il est exposé au-dehors, de l'action de l'air et de l'humidité. Un bas-relief eu plâtre enduit à moitié de la composition de MM. Thénard et Darcet a été ex-* posé pendant très long-tem|)s sous des gouttières; tout ce qui étoit enduit s'est conservé, tandis que le reste a été rongé, dissous; et que les figures y sont devenues méconnoissables.

KT MÉTÉOROLOGIES. 257

On a parfaitement assaini par des' enduits semblables des appartements au rai^de^baussée que le salpêtre avoit rendus inhabitables même en été ; on y a employé de la résine au lieu de cire, ce qui rend le mélange beaucoup moins cher.

En mêlant à lenduit des savons métalliques on peut donner au plâtre telle couleur que Ion veut. Il n*est pas douteux que l'on pourra s'en servir pour des statues de plâtre, et les rendre presque aussi inaltérables par les éléments que si elles étoient de marbre ou de bronze.

Une des industries les plus profitables qui aient été données à la France par les chimistes est celle d'extraire la soude du sel marin : toutes nos fabriques de savon, nos verreries, obligées autrefois d'importer pour beaucoup de millions de soude tirée de plantes marines qui croissent sur les côtes d'Espagne, l'obtiennent maintenant de imbriques placées à côté d'elles et qui exploitent le produit inépuisable de nos mers.

A la vérité l'impôt dont est chargé le seJl qui se consomme dans l'intérieur auroit anéanti cette in-*» dustrie dès sa naissance, puisque le sel lui-niéme avant toute préparation auroit été plus cher que la soude étrangère; aussi le gouvernement livre-t-il depuis long-temps en franchise aux fabricants de

BUPPON. COMPLU. T. II. 17

258 PHYSIQUE, GHIMIK,

soud<î le^ «els qui leaffsont nécéséaires : on comprend qUe des homtrtes peu délicats ont dfi être tentés d'abuser de eet avantage ; rénormité de llm^ p6t fait qu'il y a plus dJ profit à revendre en fraitde ce sel qu a l'employer a sa destination ; et l'administration auroit voulu obtenir un moyen qui, sans empêcher que le Bel qu*elle livre ne Iburiiit de la soude, le rendît cependant impossible à détotimer pour la consomma tioft ordinaire, et la dièpensât ainsi de la surveillance qu'elle est obligée d çxeixîer sur ceux auxquels elle l'a livré.

Il y ayoit unfe autre question fort intéressante pour Fart d« la verrerie.

On peut employer pour faire le verre le sul&te de soude résultant de k première op^tion que l'bn Élit sur le sel marin au moyen de laci^e sulftirique , et sans avoir be^ifi de déeompo^r ce suU ftite et d'en extraire k soude, extraction qui exiigfe des travatix compliqués et beaucoup de combustible et de main-d'œu vre. L'écqnomie s'éléveroïc è -70 pour tent dé k dèpeufiie que le fabricant de verre fait maintenant pour se procurer la soude pufe, et la diminution de prix qui en résulteroit pour le verhe de vitre if oit à 3o pour ceût ; mais le sulfate de àoude peut aisément être converti en sel marin au nkoy&ik de Hiuriate de chaUi , et il is'àgiè»6ft eneére

ET MÉTÉOBOLÔGIË. 269

àe say^v si l'impôt sur le sel ne renàrùii pas cette coQver&toa plus iocrative que Femploi du sulfate dans la verreriCé

lies calculs deMM. Thénard et Darcet ont prouvé que le profil seroît trop peu considérable pôut ten* ter les fabricants, tandis que la permission aceor^ dée depuis long - temps aux fabricants de soude d e:»porl;er le sulfate donnoit aux terriers étrangers un gratid avantege sur les nôtres. Le seul moyen avantagiffax de fraude auroît été que les fabricants de SQiifde eussent livré au commerce du sulfkte de sCHide qui aurait contenu encore une quantité no^ table de sel mariai >en nature. Mais il est aisé de censtaler ce fiiit en décomposant jusqu'à une certaine proportion le sulfate de soude par le mumte de cbaux, et en essayant le résidu par le sulfate de baryte. Les commissaires de l'Académie ont iiidiqué des moyens précis de s'assurer qu'il n'y reste pais im di&ième die sel, proportion dan^ laquelle la frande ne seroit plus profilait.

Sur œ rapport le goumeraeaient a acccmié au^ feèriïSàiitts de v^re des !&eili^ que l'on rédanfioit pourieux^

Uneluroislîèm^questioft de diimie, <|uiîntéressoèt beaucoup lie commerce dams ses rafpports avec le fiftc, ^toît de détëmiaer par des nooyens sârs les

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proportions respectives de laioe et de fil, de coton ou de soie, qui entrent dans les étoffes mêlées de ces substances ; le motif de cet intérêt est pris de la loi des douanes qui accorde des primes très différentes à l'exportation des tissus de laine pure ou mélangés des autres substances.

S'il ne s agissoit que d'étoffes blanches et compo^ lées d une part de laine, et de l'autre de fil ou de coton , l'ébullition prolongée dans la soude caustique en dissolvant toute la laine donneroit ua moyen simple de résoudre le problème; mais la soie, matière animale, se dissout comme la laine dans les alcalis caustiques ^ et le coton ou le fil de^ viennent solubles lorsqu'ils ont été teints par cer* tains procédés.

On n a donc point encore découvert de procédé qui réponde à tous les cas.

Lors de la reconstruction du théâtre de l'Odéon après son dernier incendie, l'administration exigea, pour retarder ou amoindrir les effets d'un nouvel accident, que le théâtre fût séparé de la salle par un gros mur qui n^auroit d'ouverture que celle de la scène; et l'on avoit proposé de compléter cette mesure au moyen d'un rideau de tôle que Ton pourroit baisser au moment où soit le théâtre^ soit la sallcj prendroit feu. L'on espéroit de pouvoir

préserver ainsi lune des deux moitiés du bâtiment ; mais M. Darcet fit observer que ce rideau prendroit bientôt une chaleur rouge, qu'il deviendroit ainsi lui-même un moyen de propager Tincendie, quen même temps il empecheroit de jeter de Feau de la partie intacte de Fédifice dans la partie enflammée ; enfin , et sur- tout y qu'il empêcberoit un courant d air qui se manifeste d'ordinaire quand c'est le théâtre qui prend feu de la salle vers le théâtre, et qui en refoulant les flammes du côté où elles ont commencé est très favorable soit à la sortie des spectateurs, soit même à la préservation de la salle. Il proposa d'y substituer un rideau de toile métallique qui, sans avoir aucun de ces inconvénients, suffiront pour empêcher les flammécheë et les débris enflammés de tomber d'une partie de l'édifice dans l'autre.

Cette mesure, adoptée en partie dans le temps à rOdéon , vient de l'être compléteH^fent au théâtre de la Noiivcauté, et il est à désirer qu'elle le soit bientôt dans toutes les salles de spectacle. Dans le cas où un incendie éclateroit de manière à ce que l'on désespérât de sauver la partie incendiée, M. Darcet recommande d'y ouvrir à Fair autant d'issues qu'il sera possible, afin de déterminer plus puissamment le courant dont il attend un effet si favorable pour la partie opposée.

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