SECONDE PÉRIODE
Suite de tAnatomie et Physiologie animales y
et de la Zoologie,
UHistoire des Mammifères de la Ménagerie^ par MM. Geoffroy-Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, avec des figures lithographiées d'après nature, prend chaque jour un nouvel intérêt à cause des animaux rares et singuliers que la Ménagerie reçoit des naturalistes envoyés par le roi en diflFérentes contrées , et nommément de MM. Diard , Duvau- .cel , Milbert , etc. Cet ouvrage s'enrichit même de peintures faites, sur nature vivante, aux Indes, par ces courageux voyageurs, d'animaux qu'il auroit été difficile d'envoyer ici en vie. Ainsi Ton y verra les rhinocéros de Java et de Sumatra, différents l'un et l'autre de ceux d'Asie et d'Afrique; le tapir
BUFFOH. COMPLÉM. T. IV. <
d'Asie, espèce entièrement nouvelle pour les naturalistes; une grande espèce de cerf qui paroît le véritable hippélaphe d'Aristote, et une multitude de singes et de petits carnassierf entièrement inconnus. MM. Diard et Duvaucel ont découvert ju«qu a cinq espèceside gibbons , dont il y en a une très singulière par la réunion du second et du troisième doigt de ses pieds de derrière. Ces naturalistes ont aussi prodigieusement enrichi la liste des oiseaux par leurs envois. M. Milbert a beaucoup contribué à mieux faire conuoître les cerfe de l'Amérique septentrionale, particulièrement cette grande espèce vaguement désignée sous le nom de cerf du Canada, et que l'on avoit long-temps confondue av^c le cerf d'Europe, bien quelle le surpasse de beaucoup en grandeur, et qu'elle en diffère par le bois et parles couleurs.
M, Auguste de Saint-Hilaire a fait aussi des envois considérables de TAmérique méridionale; mais une des récoltes les plus avantageuses pour nos collections, en mênae temps que pour la science, est celle qu a faite M. Delalande au cap de Bonne^Espérance. Elle est également importante pour toutes les classes du régu« animal et pour l'anatomie comparée : ou estime à; plus de quinze cents le nombre des espèces de tout genre que cet ardent voyageur a rap* portées, et à phvs de dix mille celui des individt^^
\ Les amis des scieQcesdoivent aussi la plus grande ^econuoissuace aux officiers de terre et de mer qui , sans être naturalistes de profession , ne négligent aucune occasion d enrichir nos collections puhli* qoes des productions des pays éloignés où leurs fonctions les appellent. Les gouverneurs de la plu-» part de nos cdionies, M. le baron Mylius à Bourbon, M. le génénd Donzelot à la Martinique ^ s en sont occupés avec«oin. M. d'Urville, qui a travaillé avec M. Gauthier à relever les côtes de la mer Noire, en a rapporté beaucoup d*insectes et des reptiles qui peuvent nous servir à expliquer divers pacages des anciens. L'expédition de M. le capitaine Freycinct autour du monde a été dautant plus fructueuse que les marins et les officiers de santé ont en quelque sorte rivalisé entre eux pour recueillir tout ce qui se présentoit dlntàressant , et qu'ils ont fait preuve dans leurs ehoix d autant de lunûères que de zèle.
On sent qu'il nous est impossible de donner ici même une idée sommaire d acquisitions si nombreuses ; mais les savants et les anuiteurs en JQui** ront bientôt dans lesouvragies de ces voyageurs dont la publication est favorisée par le giouvernement ; et il n est pas douteux que dans bien peu de temps il ne devienne néceissaire de refondre tous les ouvrages généraux deaoologie qui existent.
Contin uant son histoire des reptiles des Antilles , M. Moreau de Jonnès nous a communiqué cette année ce qui concerne les anolis. On nomme ainsi un sous-genre de lézards à langue courte , à jambes élancées, à doigts élargis dans leur milieu, et striés en dessous, qui courent avec rapidité à la poursuite des insectes. Leur gorge s enfle dans la colère, et leur peau change comme Cfelle du caméléon, suivant les passions qu*ils éprouvent et le plus ou moins de lumière qui les frappe, du brun et du gris au verdâtre ou au bleuâtre. Aussi leur structure intérieure a-t-elie de grands rapports avec celle du caméléon, M. de Jonnès en a observé deux espèces : celle que les naturalistes ont nommée le goitreux^ et dont la gorge, qui s enfle beaucoup dans la colère , prend alors une teinte orangée ; et celle qu'on pou rroit nommer rayée, parcequelle a le long de son dos une bande de couleur pâle bordée de deux lignes plus obscures. Elles vivent toutes deux et en grande abondance près des habitations. M. de Jonnès décrit leurs mœurs et explique commcQt les variations de leurs couleurs ont induit les voyageurs et les naturalistes à en multiplier mal-àpropos les espèces.
M. de Férussac a présenté la suite de son histoire des mollusques de terre et d'eau douce, ou-
vra{][e qui n'est pas moins remarquable par le nombre des espèces et des faits intéressants que par la beauté des planches.
Pour mieux faire sentir d avance tout ce que cet ouvrage doit contenir, M. de Férussac a commencé è en publier le tableau général. Les gastéropodes à poumons, ou qui respirent lair en nature, soit qu ils vivent à terre ou dans les eaux , offriront à eux seuls plus de trois cents espèces.
Le même auteur s est occupé de &ire concorder ensemble les différents systèmes daprès lesquels les naturalistes ont classé les mollusques, en présentant en regard de chacune de ses subdivisions les subdivisions qui lui correspondent dans les méthodes des autres auteurs. Le fond de la sienne est pris en grande partie de celle de M. Cuvier à laquelle il fait , subir cependant des modifications assez importantes, dues aux naturalistes les plus récents, et en partie aussi aux observatfons propres à Fauteur ou à ses méditations. C est principalement dans la famille des gastéropodes à poumons et sans opercules, et dans celle des gastéropodes à branchies en forme dépeignes, que ces changements ont eu lieu; et parmi les faits de détail sur lesquels ils reposent, on a sur-tout remarqué une description nouvelle et exacte de lanimal des ampullaites , dont 1 auteur a montré l'analogie avec celui destrochus.
M. Lamouroux, à qui nous devions déjft un ouvrage important sur Fhistoire des polypiers flexibles ou cornés, vient de publier une exposition méthodique des genres de Tordre entier d^ polypiers, ^ù il a fait entrer les découvertes les plus récentes des naturalistes. Cet ouvrage très utile est accompagné de quatre-vingt-quatre planches, dont les soixante4rois premières sont les mêmes qui avoient servi à l'ouvrage d'EUis et de Solander sur cette Êunille d^animaûx, mais dont les autres ont été gravées sous les yeux de 1 auteur, et présentent une foule dbbjets dont ElKs et Solander nWoîent pas eu connoissance.
Le rosier à fleurs blanches , et celui qu on nomme vulgairement des quatre saisons, paroissent quelquefois couverts de petites pustules d^nt Tabondance excessive les fait périr. M. Virey a reconnu sous ces enveloppes particulières de petites loges coatenaut chacune un ou plusieurs très petits insectes, qu'il rapporte au genre des cochenilles, et qu'il a décrits autant que leur petitesse l'a permis. Comme dans d'autres espèces de ce genre, le tubercule qui leur sert d'enveloppe n'est que le corps desséché de leur mère , qui leur donne encore un abri pour quelque temps.
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M. Audouin a découvert Uû petit animal parasite qui s'attache à ce genre dlnsectes aqu^a tiques et carnassieîrs , connu *ous le nom de dytiajues. Son corps a la forme d'une cornue, et adhère au dos de l'abdomen dû dytique par la partie mince en forme de bec. Entre cette partie mince et la partie renflée sont un suçoir délié, et trois paires de pattes de cinq articles chacune. M. Audouin fiiit de cet aninial un genre qu'il nomme adilysiey et qull place dans la tribu des acarides.
Mais Fune des découvertes les plus surprenantes qui aient été faites en zoologie c'est celle de la multiplicité des espèces de vers de terre, observée par M. Savigny. Qui auroit jaMais pu croire que des animaux si connus, que l'on foule nu% pieds tous les jours, ^t dont on n'avoit jamais soupçonné les différences, en oflfroient cepends^t de telles, qu'en se bornant à ceux des environ «de Paris on pou voit en compter jusqu'à vingt<ieux espèces ? Cependant dette multiplicité est aujourd'hui certaine , selon Fauteur; et comme ces espèces se trouvent toutes dans nos jardins, et que k plupart y sont communes, chacun peut s'assurer par ses yeux de la réalité et de la constan^^e de leurs caractères. 11 n'est mêftte besoin pour les distinguer avec certitude, et les ordonner entre elles, que de faire at-
tention à trois sortes d'organçs parmi ceux qu elles présentent à l'extérieur, toutes trois, il est vrai , très importantes, puisque Tune sert au mouvement progressif, et que les deux autres concourent à la génération.
Ces organes sont, i** les soies ^ 2** les deux grands pores découverts sous le ventre parMuUer, et que Fauteur nommeroit volontiers pores copulatoires , parcequ il les croit le siège d une sensation particulière que certains appendices qui s'y introduisent dans l'accouplement sont propres à exciter ; S** la ceinture y ou ce renflement situé en arrière des grands pores avec chacun desquels il communique par un double sillon , et sur-tout les petites fossettes ou petits pores rangés à chacun de ses côtés.
Ainsi Ton observera d'abord si les huit séries de soies qui parcourent le corps dans toute sa longueur sont égalaient espacées , ou si elles sont disposées par paires •, çt datis ce dernier cas si les soies de chaque paire sont écartées ou rapprochées.
On regardera ensuite sous quel segment sont situés les deux grands pores du ventre ; car ils s'ouvrent tantôt sous le 1 5^, tantôt sous le 1 3^ ; et l'on remarquera si leurs bords s'étendent ou ne s'étendent point sous les segments voisins.
Enfin on examinera de combien d'anneaux se compose la ceinture , avec quelle articulation du
corps elle finit ; et Ton s attachera sur-tout à reconnoitre le nombre et Fexacte situation des pores saillants dont les deux côtés sont chargés. Le nombre de ces pores pour chacun des côtés i^e varie que de deux à quatre, et leur disposition est telle que la bandelette charnue qu'ils forment par leur alignement , ou dans laquelle ils semblent ouverts, occupe toujours la partie moyenne ou la partie postérieure de la ceinture. D ailleurs leurs autres relations sont assez variables ; tantôt ils correspondent chacun à deux anneaux, tantôt à un seul: dans le premier cas ils sont toujours contigus, mais ils ne le sont pas toujours dans le second ; et communément entre deux anneaux pourvus d un pore, il s en trouve un qui en est dépourvu.
Ces considérations suffisent à toutes les distinctions. Néanmoins si on vouloit appuyer les principales de quelques caractères pris à Fiutérieur il ne faudroit pour cela qu'examiner deux autres sortes d'organes ; savoir, les glandes séminaks ou testicules et les ovaires.
M. Savigny donne le nom de glandes séminales à des corps ronds ou ovoïdes ; mous , lisses , vésiculeux, blanchâtres, disposés par paires en avant des grands pores, dans cet espace qu'occupent les cinq anneaux un peu renflés compris entre le 7^ et le 1 3^. Elles s'insèrent sur le bord antérieur des quatre
iO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
premiers au moyen d*uti petit pédicule qui communique manifestement avec lextérieur. Le nombre de ces glandes correspond parfaitement à celui des pores de la ceinture contre lesquels leur orifice sapplique dans Taccouplement pour les recouvrir de la liqueur blanche que ces pores sont chargés d'absorber et do transmettre aux ovaires. Il y a donc au plus quatre paires de glandes séminales. Quand elles sont réduites à trois paires, c'est par l'absence de la première ; quand elles le sontà deux, c'est par l'absence de la première et de la seconde : de sorte que lès deux paires postérieures existent toujours. On n'a donc à tenir compte que de leur nombre et de leur insertion , tantôt plus rappro* chée de la face ventrale que de la dorsale, et tantôt plus éloignée.
Les ovaires situés entre les glandes séminales , quoique un peu plu$ en arrière, sont au nombre de trois à quatre de chaque côté. Lorsqu'il n'y a que trois paires d'ovaires leur striicture est à-peuprès semblable ; mais il a paru à l'auteur que lorsqu'il y en avoit quatre celle des deux premières étoit moins compliquée.
Une sixième considération de moindre valeur que les précédentes , mais qu'on peut y ajouter parccqu'«lle repose sur un fait qui frappe d'abord les yeux et qui se manifeste dans toutes les saisons,
est celle de la présence d'une liqueur opaque colo* rée qui s échappe par les pores dorsaux de Fanimal , ou de labsence de cette liqueur.
Avant d'exposer le détail des espèces l'auteur rappelle que, dans un travail qu'il présenta en 1817a l'Académie , le genre des lombrics est converti en famille, et que le lombric ordinaire y constitue un genre particulier sous le nom d'enterion.
Les caraclè*^s du genre enterion peuvent se réduire aux suivants :
Soies très courtes, au nombre de huit à tous les segments; quatre de chaque côté, formant par leur distribution sur le corps huit rangées longitudinales, savoir: quatre supérieures ou simplement latérales , et quatre inférieures. Une ceinture précédée de deux grands portes dont elle est sépara par plusieurs segments.
Il est nécessaire d'établir dans ce genre deux divisions principales.
Dans la ï*^* les grands pores sont placés sous Je 1 5* segment.
Cette division peut elle-même se subdiviser en plusieurs petites tribus comme il suit :
i^^ Tribu. Les soies sont rapprochées par paires. La ceinture a de chaque côté deux pores qui correspondent chacun à un seul segment, et qui, si Fon compte celui qui les sépare, comprennent les trois pénultièmes. Les glandes séminales rappro-
chées du ventre sont au nombre de deux paires. Point de liqueur colorée.
Il y a des espèces qui ont quatre ovaires de chaque côté.
i*^^ Espèce. Enierion terrestre. La ceinture de neuf segments finit avec le 3 S*' du corps.
2^ Espèce. Enterion caliginosum. La. ceinture de huit segments finit avec le 34^ du corps.
D'autres espèces n'ont que trois paires d'ovaires.
3* Espèce. Enterion cameum. La ceinture de sept à huit segments finit avec le 34^ du corps.
2® Tribu. Les soies sont rapprochées par paires. La ceinture a de chaque côté des soies qui correspondent chacune à deux segments; ces pores occupent les quatre segments intermédiaires que la bandelette dans laquelle ils sont compris ne dé~ passe point. Les glandes séminales rapprochées du ventre sont au nombre de deux paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colorée.
La plupart des espèces ont des ovaires dont le volume augmente de la première paire à la dernière.
4* Espèce. Enterion festivum, La ceinture de six segments finit avec le 3g^ du corps.
5® Espèce. Enterion hçrculeum. La ceinture de six segments finit avec le 37^ corps.
6® espèce. Enterion tyrtœum. La ceinture de six segments finit avec le 35^ du corps.
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Quelques unes cependant ont des ovaires dont la seconde paire est plus petite que la première ; la dernière très étendue.
7^ Espèce. Enterion castaneum. La ceinture de six ' segments finit avec le 33^ du corps. Les pores du 1 5* segment sont à peine visibles.
8^ Espèce. Enterion pumilum. La ceinture de six segments finit de même avec le 33* du corps. Les pores du 1 5* segment sont saillants et très visibles.
3*" TurBU. Les soies sont disposées par paires, mais peu rapprochées. La ceinture a de chaque côté deux pores contigus qui correspondent chacun à un seul segment ; ils occupent les deux segments intermédiaires que la bandelette dans laquelle ils sont compris dépasse à ses deux bouts. Les glandes séminales rapprochées du ventre sont au nombre de^deux paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colorée.
9* Espèce. Enterion mammale. La ceinture de six segments finit avec le 36* du corps.
4* Tribu. Les soies sont disposées par paires , mais peu rapprochées. La ceinture a de chaque côté deux pores qui correspondent chacun à deux segments et qui occupent les quatre segments intermédiaires ; la bandelette charnue dans laquelle ils sont compris s étend d'un bout à l'autre de cette ceinture. Les glandes séminales rapprochées du
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ventre sont au nombre de deux patres. Il y a quatre paires d ovaires. Les pores du dos répandent une liqueur d'un jaune clair dont le réservoir antérieur • forme un demi-colUer au i4^ segment.
lo^ Espèce. Enterion cyaneum. La ceinture de six segments finit avec le 34* du corps.
5^ Tribu. Les soies sont disposées par paires. La ceinture a de chaque coté deux pores contigus qui correspondent chacun à un seul segment ; ils occupent les deux antépénultièmes , que la bandelette dans laquelle ils sont compris dépasse aux deux bouts. Les glandes séminales, rapprochées du dos, soQt au nombre de deux paires. Les pores dorsaux laissent échapper une liqueur colorée plus ou moins fétide.
Certaines espèces ont les soies de chaque paire très rapprochées et quatre paires d'ovaires, Jjes
unes répandent une liqueur dun gris jaunâtre,
peu odorante, qui dans Talcohol devient concrète et d'un blanc de craie»
1 1 ^ Espèce. Enterion roseum. La ceinture de huit segments finit avec le 32^ du corps.
Les autres possèdent une liqueur très fétide d'un jaune de safran.
12^ Espèce. Enterion fetidum. La ceinture de sept segments finit avec le 32^ du corps.
D'autres espèces ont les soies de chaque paifie
ET ZOOI4OOIE. l5
très écartées et uV)iit que trois paires d ovaires. La Hqueur qu'elles répandent est d^un jaune safran.
iV Espèce. Enierion ribidum. La ceinture égale-* ment formée de sept segments finit de même avec le 32^ du corp$. Elle est souvent incomplète.
6* Tribu. Les soies sont rapprochées par paires. La ceinture a de chaque côté trois pores qui correspondent chacun à un seul segment, et qui , si Ton compte ceux qui les séparent, comprennent les cinq segments intermédiaires. Les glandes sémina*^ les^ ra|>prochées du ventre^sont au nombre de trois paires. Il y a quatre paires d ovaires. Les pores du dos laissent écouler une liqueur verte ou d un jaune de soufredonile réservoir antérieur forme un demi-collier au 1 4*" segment.
1 4* Espèce. Enterhn chloroticum. La ceinture de neuf segments finit avec le 3'j^ du corps.
i5^ E^éce, Enierion virescens. La ceinture est comme dans la précédente, dont celle-ci diffère principalement par la couleur, et n'est peut-être qu une variété.
7* Tribu. Les soies sont disposées par paires. La ceinture a de chaque côté quatre pores qui corres*pondent chacun à deux segments et occup^tit les huit intermédiaires. Ijes glandes séminales, rapprochées du ventre, sont an nombre de quatre paires. Il y a quatre paires d'ovaires. I-.es pores du
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dos répandent une liqueur d'un jaune clair dont le réservoir antérieur forme un demi -collier au i4^ segment.
Tantôt les soies de chaque paire sont rapprochées.
16*: Espèce. Enterion icterium. La ceinture de dix segments finit avec le 44^ du corps.
Tantôt les soies de chaque paire sont écartées.
1 7® Espèce. Enterion opimum. La ceinture de dix segments finit avec le 38* du corps.
8® Tribu. Les soies sont également espacées très écartées. La ceinture a de chaque côté trois pores contigus qui correspondent chacun à un seul segment et occupent ses trois derniers. Les glandes séminales, rapprochées du dos, sont au nombre de trois paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colorée»
18* Espèce. Enterion octaedrum. La ceinture formée de cinq segments finit avec le 33*" du corps.
1 9* Espèce. Enterion pygmeum. La ceinture formée de cinq segments finit avec le 37® du corps.
En terminant cette esquisse de la présente division Tauteur fait remarquer que le numéro du segment avec lequel se termine la ceinture est un nombre impair dans la 2* tribu , la 6*, et la 8*, un nombre pair dans la 3®, la 4*> la 5®, et la 7®, différence dont on peut au besoin tirer parti.
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Dans la 2^ division les grands pores sont situés sur le 1 3* segment.
Cette division ne comprend encore qu'une seule (espèce qui a les soies rapprochées par paires; la ceinture pourvue des deux côtés de deux pores qui correspondent chacun à deux segments, et occupent les quatre intermédiaires; les glandes séminales au nomhre de deux paires, et trois paires d'ovaires. Elle ne répand aucune liqueur colorée.
ixo* Espèce. Enterion ietrùedrum. La ceinture formée de six segments finit avec le 27^ du corps.
L'auteur ne comprend pas dans cette liste quelques espèces quil possède en nature, mais dont il n'a rencontré que des individus imparfaits ou incomplets.
Telle est l'analyse du travail de M. Savigtiy, que nous avons cru devoir donner avec quelque étendue à cause de IHntérêt qu'une suite de faits aussi peu attendus ne peut manquer d'inspifer à tous les naturalistes. Il est important de rappeler chaque jour combien nous sommes peu avancés dans l'étude des trésors de la nature, et il n'y en eut assurément jamais de preuve plus frappante que celle-ci*
M. Latreille , dan^ un mémoite où il cherche à montrer lanalogie des appendices du corps entre
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eux dans les animaux articnlés, à les prendre de» puis les mâchoires jusqu'aux crocbets des insectes mâles, et aux na{][eoires qui terminent la queue des écrevisses, a considéré ceux de ces animaux qui ont des membres articulés comme formant deux séries parallèles; Tune qui comprend les insectes et les crustacés moins le limule , Tautre qui embrasse le limule et les arachnides.
Ici le nombre des ganglions nerveux est beaucoup moindre, et la bouche il'ofïre ni mandibules ni mâchoires proprement dites. Cette série se termine par des acarides à six pattes , et lautre par des hippobosques aptères. Les appendices propres au thorax, mais distincts des pieds, et ceux du premier segment de labdomen, lorsqu'il en est pourvu, sont, selon M. La treille, des moyens auxiliaires pour les organes ordinaires de la locomotion, et empruntés des téguments ou des organes respiratoires. Il applique ce principe à la considération des ailes des insectes, de leurs élytres, des balanr ciers des diptères, des peignes, des scorpions, et de certains corps qui accompagnent soit les branchies, soit les pieds de divers crustacés. Lauteur passe ensuite à lexamen des appendices situés- aux deux extrémités du corps. Si Ion en excepte les organes copulateurs, hi composition de ces parties est, dans son opinion, la même que celle des pieds, mais sous
àts fbrrDe& et avec des propriétés généralement différentes et très ^ variées. M. Savigny avoit d^a fait connoitre les rapports qui existent entre les pieds-mâchoires des crustacés et leurs pieds pro^ prement dits. M. Latreille étend ces analogies aux antennes et aux palpes; il tâche de ramener à un type unique de composition , mais modifié , les organes delà manducation des crustacés ^ des arachnides, et des insectes, animaux que M. Savigny avoit aussi considérés sous le même point de vue , mais d'une manière isolée et sans connexion. Ces observations paroisse nt à M. Latreille nécessiter quelques changements dans les dénominations de quelques parties piincipales ; et c est par cette exposition qu'il termine son mémoire.
Nous avons parlé dans notre analyse de Tannée dernière des vues de M. G^fFroy-Saint-Hilaire sur les monstres , et de lespéce de classification qull en. a donnée, sur- tout d'après les diverses altérations de leur cerveau et de leur crâne. Il a continué cette année ses recherches sur ee sujet important ^ et de^ tnonstrnosités plus ou moins extraordinaireà^qnil a ohseryées il a déduit des conclusions générales et intéréS69nte98urJe>prinGipe du développement des êtres, et sur les causesdes exceptions auxqu^es ce principe est aoumis.
Dans les fœtus nommés longtemps acéphales il
s'en faut de beaucoup que la tète manque entièrement; on en retrouve presque toujours les os, mais affaissés et rapetisses. Le plus souvent on voit que le cerveau étoit déplacé et sortoit du crâne par une ouverture laissée entre les os; quelquefois l'épine elle-même est ouverte , et laisse sortir au-dehors une partie de la moelle épinière. Les cerveaux ainsi déplacés ne consistent souvent que dans les méninges qui, au lieu d'une vraie substance cérébrale, ne contiennent qu'un fluide plus ou moins sanguinolent ; et dans ce cas-là on voit les racines des nerfs comme isolés sur la base du crâne au travers des trous de laquelle passent leurs troncs»
D'autres monstruosités ont donné à M. Geoffroy les mêmes preuves que l'organisation fondamentale se conserve toujours au milieu des anomalies: ainsi dans les becs de lièvre il ne s'agit que d'une solution des articulations , soit des os intermaxillaires entre eux quand le bec de lièvre est simple, soit de ces os avec les maxillaires quand il est double. Dans ce que Ton nomme des fœtus à trompe c'est le défont dossification ou de développement des os de la cavité nasale qui permet aux yeux de se rapprocher et de se confondre , et qui laisse les parties molles du nez en quelque sorte suspendues et représentant souvent avec beaucoup d'exactitude une trompe de tapir ou d'éléphant.
Dans un monstre né à Lille, et qui avoit non seulement le cerveau hors du crâne et comme porté'par une espèce de pédicule , mais les viscères de la poitrine et de iabdomen en grande partie hors de leurs cavités , on retrouvoit cependant les os du crâne sous le cerveau qu'ils auroieut dû couvrir, et les os de la. poitrine seulement écartés les uns des autres ; mais ces déplacements du cerveau , du cœur, des poumons, etc., avoient produit sur ces viscères, et sur ceux qui étoient restés dans Kn-r térieur, de grands changements de configuration.
M. Geoffroy attribue ces déviations de la proportion naturelle à des causes extérieures qui gênent le développement de certaines parties, ou à des causes intérieures qiH en troublent Téquilibre. Les dernières consistent principalement dans un défaut de proportion du calibre des artères; la partie qu'une artère est destinée à nourrir se rapetisse et s'atrophie si cette artère s'obstrue; elle reçoit au contraire une nourriture surabondante si l'artère est plus grosse qu'il ne conviendroit. De là un défaut d'équilibre dans là réaction des parties qui fait que le contenant chasse le contenu , ou que le contenu transgresse les limites que lui opposoit le coiitenant. M. Geoffroy a vérifié cettedisproportion des artères dans quelques uns de ces monstres.
Quant aux causes extérieures, il admet que dans
quelques cas le placenta contracte des adhérences a vecî certains viscères, availt que lenveloppe osseuse qui doit les renfermer ait pris sa consistance, qu'il les attire au dehors et qu'il empêche ainsi qiie les boites osseuses ne puissent se clore, d où résulte ensuite une foule d'anomalies. 11 a vu de semblables brides du placenta qui s'attachoient à certaines parties, et il conçoit qu'il ait pu y en avoir d'autres qui ont produit des monstruosités difficiles aujourd'hui à expliquer, parceque l'on a négligé de constater ces circonstances.
Après s'être ocupé de la composition du crâne et de ses éléments osseux, M. Geoffroy est passé à Fhis* toire des vertèbres et de leur formation. Il considère non seulement le canal médullaire comme un don* ble tuyau formé du périoste in^térieur et de l'extérieur entre lesquels se manifestent les points osseux dont l'assemblage forme ensuite chaque vertèbre, mais il voit encore dans la colonne vertébrale un t roi" siètoe îiiyau de mèine nature que les deux autres , et qui enfile les corps de tous les vertèbres. Ses re-^ cherches ont commencé par celui de tous les ani? maux dont les vertèbres semblent avoir pris le moins de développement, et où le troisième tuyau forme la partie principale et la plus sensible de la colonne. On avoit même dit anciennement que toute l'épine de la lamproie se réduisoit à une sorte
de cord^ fibreuse et cartilagineuse, mais depuis quelque temps M, Cuvier avott reconnu que cette corde ne constitue pas 1 épine; ijuelle représente seulement les cartilages intervertébraux qui déjà dans les poissons ordinaires cai;tilagineux, tels que les squales, se rapprochent tellement par leurs pointes qu'ils semblent traverser les axes des corps des vertèbres, et qui même dans Testurgeon formant déjà en partie une corde très semblable à ^ celle de la lamproie. M. Geoffroy a donné plus de généralité à cette proposition en faisant voir qu'en effet dans tous les poissons ces cônes de gélatine ou de cartilage, situés entre les vertèbres, s'attachent les uns aux autres par des filets qui traversent le trou dont l'axe de la vertèbre est toujours percé, et qu'ils forment en conséquence une sorte de chapelet continu. Ce que la lamproie a de particulier c'est que les corps de ses vertèbres restent toujours annulaires et gélatineux ; qu'au lieu d'un chapelet c'est un tube uniforme qui les enfilé; et que leur partie annulaire prend à peine une consistance gé« latineuse ou un très léger commencement d'ossification sur quelques points.
M. Geoffroy a imaginé des moyens de rendre ces véritables parties de vertèbres plus sensibles , et achève ainsi de ramener la lamproie aux caractères des autres animaux vertébrés.
M. Geoffroy prouve au surplus que cet état permanenrdans la lamproie nW que la représenta^ tion durable d'un état qui se montre plus on moins dans tous le3 animaux vers lorigine de leur vie de fœtus , et lorsque leurs vertèbres n ont encore aun çune partie ossifiée.
|1 existe quelques perroquets auxquels les natun ralistes ont donné le nom d aras ou de perroquets à trompe, parceque leur langue, de forme cylindri-< que et terminée par un léger renflement pauvant* saillir beaucoup hors du bec , présente une sorte de ressemblance avec une trompe.
Jil. Qeoffroy, ayant eu occasion d'observer en vie un de ces oiseaux , a fait voir que cette partie de leur organisation rentre pour le fond dans la structure générale de la langue des perroquets. Le tubercule de l'extrémité est la langue tout entière, qui peut se ployer longitudinalement pour mieux saisir çt goûter plus exactement les parcelles de nourriture ; la tige cylindrique qui porte cette lan^ gue ou ce tubercule , pu , si Ton aime mieux , cette petite. pince, est formée de la partie antérieure de l'hyoïde, enveloppée par les téguments communs., Chacun sait que c'est ainsi que la langue des pics e^t portée en avant sur une tige formée par les branches de l'hyoïde, fauteur, supposant que le nom de trompe doit être réservé aux organes rén
sultant, comme la trompe dé Félëphant, d'ua prolongement de la cavité nasale, demande, pour éviter toute équivoque, que ces perroquets soient désignés par Tépithète de microglosses.
Un heureux hasard, ayant mis à la disposition de M, Geoffroy un fœtus de perroquet près d'éclore, il s'aperçut que les bords du bec de cet individu étoient garnis de tubercules placés avec régularité, et présentant toutes les apparences extérieures des dents : à la vérité les tubercules n'étoient pas implantés dans los maxillaire; ils faisoient corps avec le reste de l'enveloppe extérieure du bec , et lorsqu'on lenlevoit ils tomboient avec elle; mais ils n'en ^voient pas moins, avec les véritables dents, cet autre rapport de nature , que sous chacun d'eux étoit au bord de l'os maxillaire une sorte de grain ou de noyau gélatineux , analogue aux noyaux sur lesquels se forn^ent les dents , et que des tubes traversant régulièrement l'épaisseur de l'os , et correspqndant à chacun de ses noyaux, y conduisoient des vaisseaux et des nerfs. A cette époque la ressemblance est d'autant plus grande que l'enveloppe du bec, dont ces espèces de dents font les crénelures , n'est point encore de nature vraiment cornée , mais consiste en un tissu d'une blancheur, d'une transparence et d'une ténacité comparables, selon M* Geoffroy, à la substance de cette coque
qui constitue la dent lors de sa première concrétion dans la gencive. Le premier bord saillant du bec Gonsisteroit donc en une suite de tubercules nés chacun sur un germe pulpeux : et cette-origine se marque toujours dans la suite ; car, si Ton amincit adroitement la partie cornée d'un bec inférieur de perroquet , on finit par mettre à nu une rangée de tubes qui occupent son épaisseur depuis les bords de Tos maxillaire jusqu'à ceux du bec corné lui-même , et qui sont remplis d une matière moins dure, plus brune que le reste. Chacun deux prend naissauce d'un petit trou du bord de l'os, et M. Geoffroy les considère comme les restes d'autant de germes ou de noyaux pulpeux sur lesquels se seroit formée la matière cornée du bec , comme la matièrevulgairementditeosseuse desdents se forme aussi sur son propre noyau. Ainsi, selon M. Geoffroy, un bec d'oiseau représenteroit ces dents que l'on appelle composées , comme sont par exem* pie celles de l'éléphant , et qui consistent en une série de lames ou de cônes dentaires coiffent chacun une lame ou un cône pulpeux, et réunis tous ensemble en une seule masse par l'émail et le cortical. La différence ne consisteroit que dans la nature de la substance trailssudée par les noyaux , et dans l'absence perpétuelle d'alvéoles.et de racines. Ces cônes ou ces lames intérieures se voient aussi
dans la substance du bec des canards, et se terminent d'une manière plus sensible dans ces lamelles ou dentelures permanentes qui garnissent dans ces oiseaux tout le pourtour de l'organe, tandis que ies dentelures du bec du perroquet disparoksent peu de temps après la naissance.
M. Geoffroy dit à ce sujet quelques mots sur les l'éritables dents, et fait observer avec raison que les mâchelières de l'homme et de beaucoup d'autres mammtfèi^s ne diffèrent des dents dites composées que parceque leur couronne est formée sur des cônes pulpeux plus courts, plus gros et moins nombreux ; et il cite des exemples où des dents ordinaii^ment simples se sont unies par ac* cident en une dent composée, et d'autres où beaucoup de germes pulpeux sétant trouvés rapprochas ont pi*oduit des groupes de dents tout-à-fait monstrueux.
On avoit cru long-temps que c'étoit le pollen des fleurs qui fournissoit aux abeilles la matière de la cire; mais depuis quelques années MM. Hnber père et fils, à qui leurs observations aussi ingénieuses que soutenues ont valu si justement le titre d'historiographes des abeilles, ont prouvé que les abeilles à qui l'on ne fournit que du pollen et des fruits ne produisent point de cire, tandis
qu*ii est certain qu'elles en donnent aussitôt qu elles retrouvent du miel ou du nectar des fleurs ; c'est pour la nourriture des larves que les abeilles ramassent le pollen , qu elles mêlent pour cet effet avec un peu de miel ; enfin la cire parolt par petites écailles qui se détachent entre les anneaux de Tab-^ domen de certaines abeilles que M. Huber a nommées cirières. Il résulte de ces &its que la cire est une excrétion qui, comme toutes les excrétions^ à sa première origine dans la nutrition , et est ex-» traite des aliments.
M. .Latreille, qui s'est occupé avec soin de ce sujet, a remarqué que les segments particulièrement destinés à cette excrétion ont deux espaces qui demeurent membraneux , et où se trouve entre Tépiderme et le derme un vide , rempli sur le reste du corps par la substance cornée des tégu-> ments , mais qui, à ces endroits, forme les poches à cire. Ces poches, placées vis-à-vis du second estomac de Tinsecte, sont recouvertes parle bord de 1 anneau qui précède celui dont elles font partie; mais M. L^atreille a trouvé ces poches dans toutes les abeilles ouvrières , sans en pouvoir distinguer qui parussent plus spécialement destinées à cette production par le développement de leurs organes; en sorte que s'il y a dans une ruche, comme M. Huber l'a observé, des abeilles uniquement char-^
gées dèfeire la cire, cette répartition de travail ne tiendroit pas à une distinction de castes, comme celle des bourdons et des ouvrières.
M. Latreiile s est occupé avec une attention toute particulière d'un organe qui, selon lui, contribue puissamment à la production de ce bruit aigu qui rend les grillofts , criquets et sauterelles si incommodes. C est une espèce de tambour ou de caisse remplie d air, placée de chaque côté à la base de labdomen, au-dessus de larticulation du dernier pied. Sa face externe est garnie dun rebord saillant, fermjée par une lame élastique très mince, placée obliquement, et doù partent intérieurement de petits filets qui aboutissent à une autre membrane plus intérieure, qui elle-même se lie à la trachée vésiculaire la plus voisine, laquelle appartietit au deuxième segment de labdomen. On sait que dans ces insectes les côtes élastiques des élytres font 1 office de cordes , et les cuisses de derrière celui d'archets. M. Latreiile regarderoit Tespéce de tympan qu'il a décrit comme fournissant un corps à cette sorte d'instruraent à corde; il pense donc que c^est un organe du son, et son emploi n'est pas borné à faciliter le vol , comme l'avoit cruDegeer, et il est confirmé dans cette idée pap l'analogie de position de cet organje et de l'organe musical , bien connu pour tel dans les cigales. M. I^a-
3o anatomik et physiologie animales,
treille, à roceasion de cet instrument, la Hiit des observations nouvelles sur le nombre des stigmates ou des ouvertures respiratoires dans les cigales et dans les sauterelles, et en décrit quelques unes qui avoient échappé 9 Tœil de ses prédécesseurs.
L'Académie avoit proposé, pour sujet xl un prix fondé par feu M. Alhumbert, l'histoire du déve-* loppement des os et des variations de la marche du sang dans le têtard de salamandre, lors de son pas^ sage à letat de salamandre parfaite.
Le prix a été décerné à M. Dulrochet, bien qu'il n'ait traité que la première partie du problème, à cause de l'intérêt de ses observations, principale* ment sur l'état des os lorsqu'ils ne sont encore que gélatineux , et avant qu'aucun point osseux s'y ma* nifeste. Us se forment alors, selon M. Dulrochet, par une véritable végétation. Dans une vertèbre, par exemple, on voit d'abord le corps sous, forme de deux cônes oppc^és par leurs sommets v et ton-* tes les autres parties en sortent comme des bour-» geons.
Dans le têtard de la grenouille la colonne vertébrale dans le priticipe n est qu'un cordon revêtu d*une gatne fibreuse d'une seule pièce., qui, lorsque l'ossification s'est faite et a distingué les ver-^ tèbres , devient le périoste : on sait mé|me que la queue de ce têtard conserve jusqu'à la métaraor-*
ET ZOOLOGIE. 3l
phose Torganisation qui appartenoitd abord à toute
"' '"ie>
Dans. la {{renouille les os des membres, selon M. Dutrocbet, sont de même formés de deux cônes qui croissent par leurs bases opposées, et se rapprochent ainsi peu à peu les uns des autres. Les épiphyses sortent en quelque façon du corps de rps, et se moulent mutuellement sur Tépiphyse voisine avec laquelle elles s'articulent. L auteur ne trouva pas 1^ apophyses sur ces premiers germes gélatineu?^ de Tos, et conjecture quelles naissent d'une partie ossifiée des tendons qui s'y insèrent.
On sait que les salamandres reproduisent leurs paltçs quand on les a coupées* M. Dutrochet , en observant cette reproduction sur des têtards transparente, croit avoir remarqué quelle commence aussi par une végétation du périoste, qui contient une substance gélatineuse, d'abord d'une seule pièce , et dans laquelle les os se forment et se séparent ensuite par l'effet de l'ossification.
Un autre prix physiologique est celui qu'a fondé M. ^e Monthyon, et qui peut être donné à tout ouvrage iinprimé ou manuscrit, sans qu'il soit în* terditaux auteurs de se nommer ; mais les ouvrages doivent présenter des expériences nouvelles et ten-« dantes à perfectionner la physiologie ou la science de la vie animale. Jusqu a présent les auteurs ne
paraissent pas avoir bien connu cette condition : \a plupart ont adressé à TAcadémie de simples observations danatomie, ou des détails pathologiques qui ne rentrent pas d'une n^anière directe dans les vues du respectable fondateur. Cependant FAca* demie a cru pouvoir pour cette fois consacrer ce, fonds à deux médailles qu elle a décernées aux au-^ teurs de deux ouvrage^ très rccommandables dans les deux genres que nous venons d'indiquer.
L'un d eux est un mémoire de M. Jules Cloquet sur les calculs urinaires. L'auteur décrit , d'après plus de 6000 de ces concrétions, toutes les variétés dont elles sont susceptibles, et indique diverses voies par lesquelles la nature elle--même parvient quelquefois à les détruire ; telles que la dissolution ^ la rupture spontanée, la décomposition de leur partie animale. Il croit même en avoir trouvé un qui avoit été rongé intérieurement par un ver intestinal.'Ce travail est sur-tout remarquable par des expériences sur la possibilité de faire circuler dans la vessie^ au moyen d'une seringue cotivenable, une grande quantité d'eau ^ et sur le soulagement marqué qui en est résulté pour plusieurs malades.
L'autre de ces ouvrages récompensés par une médaille est une description anatomique du cerveau et du système nerveux dans un grand nombre de poissons, par M* le docteur Desmoulins^
Cest un beau supplément au travail de M. Serre, que nous avons annoncé Tannée dernière, et il est plein de détails précieux sur la distribution des branches nerveuses. Malheureusement ce genre de détails n est point de nature à entrer dans une analyse, car on ne pourroit en donner une idée qu en les copiant presque entièrement ; et nous sommes obliges de renvoyer à louvrage même, qui sans doute paroitra dans quelque t^mps.
Nous sommes obligés de prendre le même parti à legard du travail très considérable et très intéressant de M. de Cbabrier, ancien officier supérieur, touchant les organes du vol des insectes. Laut^ir, dans une suite de mémoires qui ont été imprimés , soit dans les Mémoires du Muséum dhistoire natU'relie, soit dans le Journal de Physique y décrit avec un détail infini cette prodigieuse -variété d organes intérieurs et extérieurs dont se composent les ailes de ces animaux , et sur lesquels elles s appuient et s articulent, ou par lesquels elles sont mues dans les divers sen^ qu'exige ce mouvement si compliqué du vol. Les anatomistes consulteront avec firuit ce travail qui, se joignant à ceux de MM« Jurine, Latreille et Âudouin , sur le même sujet ou sur des sujets analogues , ne laissera presque rien à de* sirer dans une partie aussi neuve qu'étendue deia science de Torganisation.
•UFFON. COMPLÉM. T. IV. 3
lia faculté d'absorber, que plusieurs physiologistes attribuent exclusivement aux vaisseaux lymphatiques , est considérée depuis long-temps par d'autres comme appartenant non moins certainement aux veines pour tout ce qui n'est pas le chyle.
Cette question a été traitée de nouveau dans ces^ derniers temps.
Nous avons parlé à diverses reprises des expériences de M. Magendie à ce sujet, et nous avons annoncé aussi, dans notre analyse de 1820, Tou-^ vrage où MM. Tiédeman et Gmelin ont établi que les veines du mésentère absorbent plusieurs des substances contenues dans les intestins. M. Ségalas vient de communiquer à l'Académie, et de répéter devant ses commissaires, des expériences qui non seulement confirment en général la faculté absorbante des veines, mais qui prouvent que certaines substances ne peuvent être absorbées que par ces vaisseaux , ou du moins que leur absorption par les vaisseaux lactés est plus lente et plus difficile. Tel est l'extrait alcoolique de noi^ vomique. Si l'on en remplit une anse d'intestin liée aux deux bouts, et dont les veines sont liées ou coupées, il ne se manifeste pendant plus d'une heure aucun signe d'empoisonnement, bien que les vaisseaux du chyle et
les artères soient restés intacts; mais à Finstant où le cours du sang dans les veines redevient libre les convulsions commencent , et lanimal périt promptement. Au bout de plusieurs heures cependant, lanimal préparé comme il a été dit ne laisse pas d'éprouver les elfets du poison ; mais M. Ségalas imagine que cela n'arrive qu'en vertu d'une transsudation au travers des membranes de l'intestin.
M. Fodera, jeune médecin sicilien, a présenté un mémoire dans lequel il considère Fabsorption et l'exhalation comme une simple imbibition et une simple transsudation au travers des pores du tissu organique et des vaisseaux , lesquelles ne dépendent que de la capillarité de ce tissu. Il a vu dans ses expériences des poisons agir au travers uon seulement de portions de vaisseaux et d'intestins détachés de tout ce qui les environnoit, mais niême en introduisant dans un vaisseau ou dans un intestin une portion de vaisseau ou d'intestin d'un autre animal, liée aux deux bouts, et où du poison a voit été placé, il l'a vu exercer son action sur l'animal au bout d'un temps plus ou moins long. Les gaz délétères ont été absorbés de la même manière. Des vaisseaux liés lui ont montré un suintement au travers de leurs parois. Il pense même que cette imbibition et cette transsudation par le simple tissu
poreux des organes peuvent avoir lieu à-Ia-fbis aux mêmes surfaces : ainsi une anse d'intestin liée et remplie d'une^ certaine solution ayant été plongée dans une solution différente, il y a eu mélange réciproque; introduction de la solution extérieure; mise au dehors de Fintérieure. Cette communica* tion mutuelle a lieu aussi pour |es gaz. Le diaphragme, le tissu de la vessie, laissent passer dans les deux sens les liquides injectés dans les cavités qu'ils tapissent. Si Ion injecte de la solution de noix de galle dans labdomen , et de la solution de sulfate de fer dans la vessie, il se fait de Tencre dans Tune et dans lautre cavité; il s'en fait des veines à la trachée-artère : c est du bleu de Prusse qui se forme quand au lieu de noix de galle on injecte du prussiate de potasse.
C'est par cette manière de voir qu'il explique laugmentation de l'exhalation dans les inflammations. Le tissu des vaisseaux dilatés est plus perméable.
Toutefois l'auteur est loin de priver les vaisseaux lymphatiques de la faculté d'absorber ; leurs parois sont perméables comme toutes les autres, et les li«> quides en rencontrent toujours quand ils ont à traverser une membrane quelconque.
Aussi M. Fodera réduit-il les résultats de M. Sé-^ galas à une différence de rapidité dans Fabsorption^
à ce que celle des veines est infiniment plus ra- ])ide, et celle des lymphatiques beaucoup plus
lente.
Il pense même que si Ton trouve dans le canal thorachique des substancesabsorbées parles veines, ce nestpasqu'il ait été nécessaire quelles passaient des veines dans les artères, et de celles-ci dans les vaisseaux lymphatiques; mais il croit que ces der^ niers ont pu les prendre dans les veines immédiatement*
M. Fodera a répété d une manière extrêmement précise les expériences de MM. WoUaston , Brande et Marcet, qui tendoient à prouver que certaines matières passent directement de 1 estomac dans les reins et la vessie, sans avoir besoin detre entraînées dans le torrent de la circulation. Injectant dans Fœsophage ouvert au^essous de la gorge du prussiate de potasse, et recueillant de temps en temps le liquide de la vessie au moyen d'une sonde, il a vu ce Uquide produire du bleu avec le sulfate de fer, au bout de dix, et même de cinq minutes ; mais il a trouvé aussi à produire ce bleu avec le sang de tous les vaisseaux qui vont du cœur aux reins, et de ceux qui vont de Testomac au cœur, ainsi que dans les cavités du cœur; d'où il conclut qu a la vérité la sécrétion des reins se fait avec une rapidité bien remarquable , mais que c'est ce-
pendant la circulation ordinaire qui en est le conducteur.
Au reste M. Fodera explique plusieurs des variétés^ dans la rapidité ou la quantité des imbibitions et des transsudations qui ont lieu dans le corps animal , par les expériences de M. Porret, dans lesquelles on voit que le passage d'un liquide au travers d'une membrane est puissamment favorisé par le courant galvanique.
Nous devons faire remarquer cependant que 'M. Fohman, professeur de Berne, cherche à atténuer beaucoup les résultats de toutes ces expériences au moyen des anastomoses qu'il croit avoir observées entre les vaisseaux lymphatiques et un grand nombre de points des veines: ce seroit là, selon lui, ce quiauroit fait illusion, et donné lieu à tapt de conclusions prématurées en faveur de labsorption veineuse.
Des observations pleines d'intérêt sur les fonc-, tions des parties centrales du système nerveux ont été présentées à l'Académie par M. Flourens , jeune docteur en médecine. Son objet étoit principalement de déterminer quelles sont Ip s parties du système nerveux Jusqu'où les impressions extérieures doivent se propager pour produire une sensation dans l'animal, et dans quelles parties de ce même
ET ZOOLOGIE. 3g
système il peut s^opérer une irritation assez efficace pour faire naître des contractions dans les muscles. Il a constaté, par de nouvelles expériences, que l'irritation descend dans tous les muscles dans les^ quels le nerf irrité répand des rameaux ; que si on la porte sur un point de la moelle épinière, elle se répand sur tous les muscles dont les nerfs naissent au-dessous de ce point ; que Ion peut remonter ainsi jusqu a lorigine de la moelle, dont Firritaition occasione des contractions universelles. Réciproquement lanimal éprouve de la douleur par Tirritation de tous les nerfequi sont en communication avec sa moelle épinière et avec son cerveau : à mesure qu'on les coupe, à mesure que l'on coupe à. différentes hauteurs la moelle épinière, toutes les parties qui reçoivent leurs nerfs au-dessous de la troncature perdent la fticulté de donner de la douleur ou un sentiment quelconque à lanimaL Si Von opère d'une manière inverse, et si Ion commence les piqûres par la surface des hémisphères du cerr veau, si on les fait pénétrer jusque dans l'intérieur de ces hémisphères , on ne produit au contraire ni convulsions ni douleur, jusqu'à ce que Von soit ar* rivé au même endroit où s'arrêtent les excitations , c est-à-dire à l'origine de la moelle alongée. On peut même enlever par couches successives les hémir sphères, les corps cannelés, les couches optiques,
4o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
le cervelet, sans produire de contractions ni de douleur, sans même contracter Tiris ni le paralyser. Ainsi le cerveau , quand on le pique ou qu on len* tame, ne donne pas de sensations; mais ce n en est pas moins à lui que toutes les sensations du reste du corps doivent arriver pour prendre une forme distincte , pour être nettement perçues par lanimal , et pour laisser des traces et des souvenirs durables. M. Fiourens le prouve particulièrement par rapport au sens de la vue et de Fouie. Lorsqu'on enlève ^ rhémisphère d'un côté à un animal, il ne voit plus de l'œil du côté opposé, bien que l'iris de cet oeil conserve sa mobilité; si on enlève les deux hémisphères il devient aveugle et n'entend plus. Un animal ainsi privé de ses hémisphères prend Pair assoupi; il n'a plus de volonté par lui-même; il ne se livre à aucun mouvement spontané ; mais quand on le frappe, quand on le pique, il affecte encore les allures d'un animal qui se réveille; dans quelque position qu'on le place il reprend Téquilibre; si on le couche sur le dos il se relève ; quand c'est une grenouille elle saute si on la touche; quand c'est UQ oiseau il vole si on le jette en l'air; si on lui verse de l'eau dans le bec il l'avale; mais c'est sans but que l'animal fait tous ces mouvements : il n'a plus de mémoire, et va se choquer à plusieurs reprises, contre un même obstacle ; en un mot il se
trouve dans Tétat d'un homme qui dort, mais qui ne laisse pas en dormant que de pouvoir se remuer, prendre une position plus commode, etc. Ge que les expériences de M. Flourens ont de plus curieux c'est ce qui concerne les fonctions du cervelet. Quand on enlève les premières couches il ne parott quun peu de foiblesse et de manque d'harmonie dans les mouvements ; aux couches moyennes il se montre une agitation presque gé* nérale: Tanimal, tout en continuant de voir et d'entendre, n'exécute que des mouvements brusques et déréglés; sa faculté de marcher, de se tenir debout se perd par degrés. Si le cervelet estretranché totalement tout mouvement régulier devient im* possible : alors l'animal mis sur le dos ne se relève plus; il voit cependant le coup qui le menace, il entend les cris, il cherche à éviter le danger, et fiiit mille efforts pour cela sans y parvenir ; il a conservé sa faculté de sentir, mais il a perdu celle de faire obéir ses muscles à sa volonté. En le privant de son cerveau on lavoit mis dans un état de sommeil ; en le privant de son cervelet on le niet dans un état d'ivresse, et le cervelet se trouve ainsi le balancier et le régulateur des mouvements de trans-. lation de l'animal.
Les expériences de M. Flourens donnent des résultats en grande partie conformes à ceux que
M. Rolando, aujourd'hui professeur à Turin, avoit obtenus et publiés en Sardaij^rne en 1809; mais Tou^ vrage de ce médecin , imprimé à Sassari pendant la guerre, ne nous étoit point parvenu ; il a réclamé une possession incontestable, et nous nous faisons un devoir de lui rendre la justice qui lui est due. Cependant nous devons ajouter que M. Rolando ayant seulement pratiqué des trous au crâne , et enlevé les parties avec un cuilleron , n a pu obtenir la même précision que M, Flourens qui, après avoir mis lencéphale à nu , en a successivement détaché les parties par couches régulières, et en s'assurant toujours par une inspection immédiate des limites dans lesquelles il renfermoit chacune de se& opérations
C'est à ces travaux physiologiques de MM. Flourens et Fodera que l'Académie a cru devoir décernei* cette année le prix fondé par feu M. de Monthyon, pour l'encouragement de la physiologie expérimentale.
Les nerfs sont à«la-fbis les organes du sentiment et du mouvement volontaire ; mais on sait aussi que ces deux fonctions ne sont pas entièrement dépendantes l'une de l'autre ; que la première peut être anéantie sans qu'il y ait de diminution dans la seconde, et réciproquement; et on vient de voir
quen effet elles ont des sièges différents dans les masses qui composent le cerveau.
Depuis long-temps les anatomistes ont cherché à savoir si elles ont aussi , dans le tissu même des cordons nerveux, des filets qui leur soient privati* vement affectés; mais on peut dire que jusqu'à pré* sent ils a voient avancé, à cet égard, plus d'hypothèses qu'ils n avoient donné de preuves et de faits positifs. M. Magendie vient de faire des expériences qui paroissent résoudre entièrement cet important problème. Les nerfs qui sortent de la moelle épinière y prennent leur origine par deux ordres de racines ou de filets; les unes postérieures, les autres antérieures, qui se réunissent au sortir de Fépioe pour former le tronc de chaque paire de neffe. M. Magendie, ayant réussi à ouvrir Fépine du dos d'un jeune chien sans endommager ses nerfs ni sa moelle, imagina de couper à quelques nerfs leurs racines postérieures seulement, et il observa aussitôt que le membre correspondant étoit insensible aux piqûres et aux pressions les plus fortes : il le crut d'abord entièrement paralysé; mais bientôt, à sa grande surprise, il le vit se mouvoir d'une manière très apparente. Une seconde, une troisième expérience ayant donné le même résultat, il con-i jectura que les racines postérieures des nerfs pourroient bien être particulièrement destinées à la sen-
sibilité y et qn alors les antérieures le seroient au mouvement. Pour confirmer sa pensée il chercha à couper séparément les racines antérieures, opération bien plus difficile que Tautre , et qu'après plusieurs tentatives il parvint cependant à effectuer ; le résultat ne fut pas douteux : le membre de** vint immobile et flasque, en conservant des indices non équivoques de sensibilité. Des épieuves faites avec la noix vomique ont donné lieu aux mêmes conclusions : ce poison n a pas produit de convulsions dans les membres dont les nerfs avoient perdu leurs racines antérieu res ; mais ceux où ils n'avoient conservéque leurs racines postérieureslesontéprouvées aussi violemment que si toutes les racines fussent demeurées intactes. Les résultats de TiiTitation ne sont pas tout-à-fait aussi nets : il y a alors un mé^ lange de contractions et de signes de sensibilité ; mais les contractions excitées parla piqûre ou le pincer ment des racines antérieures sont infiniment plus marquées. Il u'y avoitde traces d'expériences de ce genre que dans une petite brocbure imprimée, mais non publiée, de M. Charles Bell, anatomiste anglois , célèbre par ses observations sur le cerveau, lequel avoit remarqué que la piqûre des racines antérieures donne seule des convulsions auj^ muscles.
Nous avons rendu compte, en 1 820 et en 182 1 ,
des observations Je M. Geoffroy-Saint-Hilaire sur la constance du nombre des os dans les fœtus monstrueux, de la classification qu'il a donnée de ces productions anomales de la nature, et des causes d après lesquelles il a cru pouvoir en expliquer les déviations; il s est occupé cette année de leurs parties molles. Dans un monstre de Fespéce quil a nommée podencéphale , où le cerveau étoit sorti du crâne, et se trou voit suspendu par un pédicule, Texamen des parties diverses de cet organe a fait voir qu'il étoit demeuré, apparemment par défaut de nutrition suffisante, à-pcu-près à Tétat de développement qu'il auroit eu dans un fœtus de cinq mois, bien que l'enËint monstrueux auquel il ap* partenoit fùt né à terme. Ce même iponstre avoit l'estomac, et la partie du canal intestinal située en avant du cœcum, plus raccourcis qu'un enfant nouveau-né, mais le gros intestin étoit au con^ traire beaucoup plus volumineux qu'à lordinaire, su]>tout vers le cœcum , oix il se renfloit en une poche très dilatée, et un peu plus près du rectum, où un second renflement formoit une seconde poche, laquelle répondoit h cette dernière partie du colon qui est une espèce de réservoir stercoral. Ces réservoirs étoient remplis de mucus et de matières excréjnentielles assez abond^ntçs, d'où M. Geoffroy conclut que les intestins du fœtus sont
plus actifs, et qu'il s y exerce une digestion plus réelle et plus complète que ne s'imag[ine le grand nombre des physiologistes.
Il suppose que le mucus, versé par les artères dans les intestins , y devient un objet de leur acti-^ vite : ses idées le conduisent même à croire qu'en général c est le mucus des intestins qui est la ma^ tière du chyle , et que les aliments ne fournissant immédiatement des matériaux qu'aux veines ; et ce n'est, selon lui, qu'après avoir passé une première fois par les organes de la circulation et de la respiration que ces matériaux rendent le sang artériel apte à produire ce mucus, qui, selon l'expression de M. Geoffroy, seroit un composé nouveau, une matière alibile quintessenciée. C'est ainsi que l'au-^ teur croit pouvoir expliquer les expériences récentes dont nous avons rendu compte depuis deux ou trois ans, et dans lesquelles, soit MM. Tiédeman et Gmelin , soit M. Magendie, ont vu passer dans les veines les substances colorantes ou odorantes , portées dans les premières voies, tandis que ces substances n avoient nullement pénétré dans les vaisseaux lactés. D'un autre côté, M. Geoffroy pense que le mucus, à un deuxième ou troisième degré d'organisation , fait une base essentielle de la composition du cerveau , en sorte que c'est par le peu de développement dé l'encéphale de son
monstre qu'il cherche à rendre raison de la grande dilatation de ses poches intestinales.
Ce monstre podencéphale navoit point d anus^ et son rectum s'ouvroit près du col de la vessie dans Furétre , qui devenoit par-là une softe de cloaque comme celui qui existe dans les oiseaux. Aussi M. Geoffroy a-t-il jugé que la dilatation du cloaquç, dans laquelle les oiseaux retiennent leur urine, est le véritable analogue de la vessie des mammifères.
Cette vue la conduit à des recherches comparatives sur les organes de la déjection et sur ceux de la génération dans les oiseaux , et enfin à une comparaison et un rapprochement des organes génitaux dans les deux sexes.
Nous ne pouvons le suivre dans l'infinité de détails où son sujet la obligé d'entrer, et que les anatomistes verront avec intérêt dans le deuxième volume de sa Philosophie anatomique.
Qu'il nous suffise de dire, relativement aux rapports des deux sexes , que M. Geoffroy considère les ovaires comme analogues des testicules, les trompes de Fallope comme analogues des épididymes , les cornes de la matrice comme analogues des canaux déférents, la matrice elle-même comme analogue des vésicules séminales, enfin le clitoris comme l'analogue du pénis , et le vagin comme ce lui du fourreaudu pénis.
Quant aux rapports des oiseaux et des mammi-* fères, les idées de M. Geoffroy ont besoin d'un peu plus de développement.
Il rappelle d'abord l'observation faite par M. Enimert, que les oiseaux ont un double ovaire, et qu'au côté opposé à leur grand oviductus il existe chez eux le vestige ou premier rudiment d'un autre ; et partant de là il a considéré d'abord loviductus comme formé de la réunion d'une trompe de Fal^ lope dans le haut , et d'une corné de matrice dans le bas. Mais plus récemment il y voit plutôt la réunion d'une trompe de Fallope, d'un utérus et d'un vagin. L'oviductus débouche dans la zone la plus extérieure du cloaque commun, dans celle que M. Geoffroy a nom mée la bourse de la coptilation, et qu'il a considérée dans les femelles comme le vagin > mais qu'il nomme simplement maintenant la bourse du prépuce; effectivement elle contient le clitoris et reçoit la vessie,. et dans les mâles c'est elle aussi qui contient les replis de la verge à Fétiat de repos. Dans sa première manière de voir il ne lui restoit que la poche appelée bursa Fabricii pour représenter la matrice; a la vérité elle existe aussi dans les mâles, mais ce n'étoit aux yeux de l'auteur qu'une c6n6rmation de plus de tout son système analogique ; dans les mâles elle représentoit les vésicules séminales. Aujourd'hui que M. Geoffroy
place la matrice et le vagin dans Foviductus même , il nomme simplement la bourse de Fabricius bourse accessoire \
Ici M. Geoffroy passe à Fexamen des organes génitaux des monotrèmes , ou de ces quadrupèdes extraordinaires de la Nouvelle-Hollande, qui réunissent à un bec d oiseau, à une épaule de reptile, à un bassin de didelphe, une structure tellement paradoxale d organes génitaux que , bien qu ils aient le sang cbaud et le corps couvert de poils comme des quadrupèdes , on doute encore slls ne sont pas ovipares comme les reptiles. M. Geoffroy croit pouvoir laffirmer sur le témoignage d'un voyageur qui, dit-on, a non seulement observé le fait, mais a rapporté récemment en Europe des œufs d omithorhynque ; il dit même que suivant les récits des naturels du pays la femelle de cette espèce prépare un nid où elle dépose deux œufs.
Voulant ramener ces monotrèmes à sa théorie des organes des oiseaux , M. Geoffroy est obligé de considérer dans ces animaux comme lutérus ce qui a été jusqua présent rçgardé comme la vessie par tous les anatomistes.
Du reste M. Geoffroy continue à penser que les adhérences du fœtus avec ses enveloppes sont Tu-
* Nous anticipons ici, avec la permission de Tanteur, sur les mémoires quil a lus cette année i823. '
DUFFON. COIIPLBM. T. TV. 4
5o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
nique cause, ou , selon son expression, Fordonnée de la monstruosité. Il a même essayé de faire des monstres: en enduisant ou revêtant plus ou moins les coquilles des œufs qu il faisoit couver, il a obtenu des fœtus retardés ou disproportionnés dans leur développement.
Il a essayé aussi de retenir des œufs dans loviductus pour voir s'il y auroit une incubation utérine et enfantement d un animal vivant. Cette expérience réussit avec les couleuvres , dont le petit, comme on sait, est déjà tout formé dans Tœuf au moment où il est pondu. Le moyen à employer pour cela , d'après les observations de M. Florent Prévost, est de ne leur point donner d eau où elles puissent se plonger ; alors elles ne se dépouillent pas de leur épiderme, et leur ponte est retardée. Dans les poules il faut lier Foviductus : parmi plusieurs expériences, qui ont produit dans Tœuf et dans loviductus des altérations très diverses , M. Geoffroy croit avoir remarqué un commencement d*incubation dans un œuf qui avoit été ainsi retenu pendant cinq jours.
M. Geoffroy-Saint-Hilaire a communiqué une description faite par un Anglois dans Tintérieur de rindoustan dune sorte de taureau nommé gaour qui auroit sur le dos une série d épines ou d aiguillons élevés de six pouces au-dessus de Tépine
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du dos, mais qui par tout le reste de ses formes et de ses couleurs paroit avoir beaucoup ressemblé au bos frontalis ( le gial ou jongli gaur du Bengale).
M. Geoffroy, adoptant cette description , suppose que ces épines répondent aux épiphyses des apophyses épineuses des vertèbres dorsales. Passant ensuite à des considérations plus générales , il juge que ces apophyses elles-mêmes sont représentées dans les poissons par les rayons de leurs nageoires dorsales. Pour établir ce point de théorie il Êiit connoître la composition générale de toute vertèbre telle qu'on l'observe dans les fœtus de mammifères, et même dans les adultes de la classe des poissons.
Il la trouve fondamentalement divisible en neuf pièces primitives; savoir, une partie centrale d'abord tubuleuse, qui en fait le corps, et qu'il nomme cycléal; des branches supérieures au nombre de quatre, enveloppant le canal médullaire, et dont il nomme celles qui forment les côtés de l'anneau périal, et celles qui s'élèvent au-dessus en forme d'apophyse épiai; des branches inférieures, égale^ ment au nombre de quatre , et enveloppant d une manière à-peu-près pareille les vaisseaux sanguins, qu'il nomme paraal, et cataal; mais ces pièces ne sont pas toujours disposées en forme d'anneaux ;
elles prennent , selon l'auteur, des positions diverses
au gré des circonstances. Dans les parties où le système nerveux et le sanguin ne forment plus que des filets grêles une paire d'os suffit pour le contenir; et les deux branches de lautre paire, de la paire externe, se trouvant alors inutiles à leurs fonctions ordinaires, sont prêtes, dit-il, à prendre toute sorte de services ailleurs. Pour servir par exemple de baguettes aux nageoires dorsale et anale, elles montent lune sur lautre ; Tune se maintient au -dedans, l'autre s élance au -dehors. Lorsqu elles sont ainsi placées bout à bout, M. Geoffroy leur donne des noms particuliers ; énépial^ proépiai pour les supérieures; encataal, procataal pour les inférieures : il y a aussi des noms analogues pour les périaux et lesparaauXy quand ils viennent à s aligner.
Ainsi ce que nous appelions tout-à-Vheure dans les quadrupèdes lepiphyse de Tapophyse épineuse est pour M. Geoffroy leur proépiaL
Au contraire si le volume des parties contenues augmente, comme il arrive dans Fabdomen pour les pièces inférieures, elles s'écartent pour embrasser plus d'espace.
Ainsi M. Geoffroy considère la partie osseuse ou vertébrale des côtes comme le paraal des vertèbres abdominales, et la partie sternale ou cartilagineuse comme leur cataal. Dans les poissons cette partie
sternale ou ce cataal est d*une position incertaine , et s'attache tantôt sur le côté de la vertèbre, tantôt sur la côte même ou sur le paroal, et forme alors ces arêtes latérales qui lardent les chairs des poissons.
Les os en forme de V, qui s articulent sous les vertèbres de la queue d'un grand nombre de quadrupèdes, résultent de la confusion des paraaux et des cataaux en une seule pièce.
Quant aux plaques osseuses interposées chez les jeunes sujets entre les corps des vertèbres, et formant les épiphyses de leur corps , M. Geoffroy né les comprend pas dans les neuf pièces essentielles à toute vertèbre. Il les regarde comme des corps vertébraux avortés.
Il étoit naturel que ces idées ramenassent M. Geoffroy à celles qu'il a mises en avant il y a trois ans, et dont nous avons rendu compte dans notre analyse de 1 820, sur les rapports des crustacés et des insectes avec les animaux vertébrés.
On se rappelle qu'il regardoit les anneaux des insectes comme des vertèbres qui se seroient ouvertes pour laisser la moelle épinière flotter dans, la grande cavité des viscères, et les pieds de ces mêmes animaux comme des côtes désormais dévouées au mouvement progressif. x\ujourd'hui il a un peu modifié ce point de vue; les anneaux du
corps ne sont que la partie centrale de la vertèbre , ou le cycléal qui a conservé sa forme tubuleuse , et qui loge toutes les parties molles; en sorte que les autres pièces deviennent libres. Ce sont elles qui sous la queue des écrevîsses forment les deux séries de membres appelés du nom assez mal fait de fausses pattes ; mais ce ne sont pas les pièces de droite et de gauche qui forment les fausses pattes de droite et de gauche; au contraire ce sont les périaux et les épiaux ou les pièces supérieures qui forment celles d'un côté, et les paraaux et cataaux ou les inférieures qui forment celles de l'autre : par conséquent, dans ce système , Fécrevisse est posée sur le flanc comme les pleuronectes.
Quant aux viscères , M. Geoffroy paroît admettre qu'ils ont subi une sorte de torsion , comme il y en aune pour les yeux dans les pleuronectes , de manière qu'en prenant, comme nous venons de le dire , les membres pour les parties supérieures et inférieures de l'épine, les viscères supérieurs se trouvent d'un côté et les inférieurs de l'autre ; mais ce point une fois admis, ajoute M. Geoffroy, tous les systèmes organiques sont dans le même ordre que dans les mammifères. Sur les côtés de la moelle épinière on voit (ce sont ses termes) tous et chacun des muscles dorsaux; au-dessous les appareils de .la digestion et les organes thorachiques ; plus bas
encore le cœur et tout le système sanguin; et plus bas enfin , formant la dernière couche, tous et chacun des muscles abdominaux.
M. Geoffroy promet de revenir prochainement sur ces considérations, et d'en donner le développement et les preuves.
Dans la manière commune de voir, le cœur des écrevisses est en bau t , et le système nerveux en bas ; dans celle de M. Geoffroy c'est l'inverse qui a lieu , et Fécrevisse, en ce qui concerne sçs viscères, marche sur le dos , et en ce qui concerne son squelette sur le c6té.
Parmi les nombreuses singularités qu'offre la lamproie dans son organisation étoit celle que l'on ne pouvoit y distinguer de sexe, et que tous les individus que l'on avoit observés né montroient que des ovaires à différents degrés de développement. MM. Magendie et Desmoulins ont observé par hasard un individu de cette espèce qui avoît un organe placé comme l'ovaire des autres , mais formé de lames plus obliques, plus minces, et d'un rouge uniforme comn^ les testicules des aloses, et dont l'intérieur ôffroit une pulpe homogène. Comme on avoit pris en même temps et dans la même rivière une autre lamproie plus petite et dont les ovaires étoient fort avancés et remplis.
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dœufs fort distincts, ces observateurs supposent que la première étoit un de ces mâles que l'on cherche depuis si long-temps. Elle avoit le foie d'un vert foncé. La femelle la voit au contraire d'un jaune rougeâtre.
Ces messieurs ont remarqué de plus que les valvules intestinales qui s'étendent du pylore à l'anus deviennent plus saillantes, plus épaisses , plus rouges, et plus papilleuses, dans le dernier quart de l'intestin ; ce qui tient à ce que cet intestin , entièrement dépourvu de mésentère , ne reçoit de vaisseaux sanguins que vers sa partie postérieure , où ils se rendent isolément et comme autant de brides. Ils tirent de cette conformation un nouvel argument en faveur de l'absorption des matières ali^ mentaires par les veines.
C'est par leurs classes les moins développées , par leurs espèces les plus imparfaites , que le régne animal et le régne végétal se rapprochent le plus. Long-temps on a considéré les polypiers comme des plantes ; plus long-temps encore on a regardé le polype comme un être intermédiaire entre les deux règnes; mais il existe plusieurs autres corps qui paroissent encore devoir passer dans le régne animal, bien que pendant une partie de leur vie ils offrent tous les phénomènes des végétaux. On les a près-
que généralement compris jusqu'à ce jour dans la famille des conferves , bien que déjà Adanson ait observé sur Vun d eux des mouvements volontaires, et que M. Girod-Chantrans ait vu sortir de quelques autres des corpuscules qui avoient toutes les apparences et toutes les propriétés des animalcules infusoires. Mais il étoit nécessaire pour se former des idées justes sur ce groupe considérable d êtres organisés de les soumettre tous à un examen ap»profondi ; c'est ce qu'a fait M. Bory de Saint- Vincent. Plaçant sous un microscope tous les filaments qu'il découvroit dans les eaux de la mer ou dans les eaux douces, suivant avec attention leurs développements et leurs métamorphoses, il y a reconnu des organisations très variées, et des degrés d'animalité très distincts.
Dans un premier groupe qu'il nomme fragillariées, et dont l'animalité est encore peu sensible, l'être se compose de segments linéaires, ou de lames j uxta-posées , qui se détachent aisément et ensuite se fixent les unes aux autres, suivant diverses dispositions , formant des angles , ou demeurant parallèles, ou se répartissant en paquets. Dans un deuxième groupe, les oscillariées, les filaments , sont doués de mouvements spontanés très vife et très variés. Les uns oscillent dans une mucosité commune, les autres rampent et cherchent à s'unir
quand ils se rencontrent ; il y en a qui, après s être rencontrés et réunis , composent ainsi des membranes serrées , fines , et inertes , que l'on a souvent confondues avec les ulves. Le groupe des conju-guées, qui est le troisième , semble offrir une espèce d accouplement : d'abord sans apparence de vie , il arrive une époque où les filets se recherchent, se placent lun à côté de lautre, s abouchent par de petits trous latéraux qui laissent s unir les matières colorantes dont leurs articulations sont remplies ; une des articulations se vide, tandis que l'autre se change en un ou plusieurs globules qui paroissent être les moyens de reproduction.
Dans les zoocarpéeSy qui forment le quatrième groujxî , ces globules prennent tous les caractères de véritables animaux. L'être se compose d'abord de filaments simples, fixes, articulés à l'intérieur, dont la matière colorante se condense à certaines époques en corpuscules qui brisent le tube où ils sont renfermés , et aussitôt qu'ils deviennent libres prennent le mouvement volontaire , et nagent avec rapidité dans tous les sens comme les animalcules auxquels on a donné le nom de vohox. A une autre époque ces globules se fixent de nouveau ; ils s'alongent parla naissance successive de plusieurs articles qui forment un autre filament, lequel demeure immobile jusqu'à ce qu'il produise à son
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tour une génération de corpuscules. Un assez grand nombre de petits animaux infusoires que Ion a placés jusqu'à présent dans les genres des cercaires, des monades, des enchélides, et des volvox, ne sont autre chose que ces corpuscules nés dans l'intérieur des zoocarpées.
Chacun de ces groupes est divisé' en plusieurs genres d'après des circonstances de détails observées par M. Bory de Saint- Vincent, mais qu'il n'est pas possible d'exposer dans cette rapide analyse. Les quatre groupes forinent ensemble une grande famille que M. Bory de Saint- Vincent nomme les^ arthrodiées , et dont le caractère général est d avoir ses filets composés d'un tube transparent dans lequel est un filament articulé rempli d'une matière colorante généralement verte.
A cette femille M. Bory de Saint-Vincent en fait succéder une qu'il nomme bacillariées , parceque le corps des êtres qu'il y fait entrer est simple et non flexueux, ou , en d autres termes, comparable à un petit bâton. Parmi les genres qui la composent on peut remarquer sur-tout l'animalcule qui, d'après l'observation de M. Gaillon , est la véritable cause de la couleur verte de certaines huîtres. On trouvera au reste plus de détails sur ces êtres d*une nature ambiguë dans le Dictionnaire classique cCHis-taire naturelle , que plusieurs jeunes naturalistes
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publient en ce moment sous la direction de Fauteur du mémoire dont nous venons de rendre compte.
M. Guyon a envoyé de la Martinique la description d'une sangsue dont on a trouvé jusqu'à vingt individus dans les fosses nasales d'un héron de cette île. (Ardea virescens.)
Si c'étoit là le séjour naturel de ce ver le fait seroit fort remarquable, attendu qu'on ne connoît encore aucune espèce de sangsue qui vive constamment dans l'intérieur des autres animaux.
Il existe dans la mer des Indes un corail remarquable que l'on a nommé le jeu d orgue (Tubipora musica. L.), parcequ'il^se compose de nombreux tubes d'un beau rouge placés parallèlement les uns aux autres, et réunis par des lames transversales. Dans chacun de ces tubes loge un polype d'un vert clair, que Pérou avoit déjà eu occasion d'observer vivant, mais que M. Lamouroux vient de décrire d'après des individus bien conservés qu'il a reçus de l'un des médecins qui ont suivi le capitaine Freycinet.
Ce polype a huit tentacules garnis chacun de deux ou trois rangs de petites papilles. Sous la bouche est un petit sac autour duquel sont huit filaments ou tubes minces, qui portent dans les vieux itidividus de petits œufs* ou au moins des globules
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qui en ont Fapparence. Une membrane en forme d entonnoir attache lanimal au bord de son tube calcaire , ou plutôt c'est dans cette membrane que la matière de ce tube se dépose et se durcit graduellement, et non par couches comme dans les coquilles. G est elle aussi qui en s épanouissant produit ces espèces de planchers qui unissent les tubes entre eux. Ces détails, et d'autres encore où est entré M. Lamouroux, font voir que ce polype du tubipore ressemble beaucoup à celui de Yalcyùn main-de-mer.
M. de La Marck a mis à fin sa grande entreprise d'une Histoire des animaux non vertébrés^ par la publication de son septième volume, qui comprend les mollusques les plus élevés en organisation.
M. Latreille publie avec M. le baron Dejean une Histoire naturelle des insectes coléoptères et Europe, don<: il a déjà paru un cahier in- 8"* contenant la famille des cicindéles, et qui ne sera pas moins remarquable par la beauté des figures que par l'exactitude des descriptions.
IjHistoire des quadrupèdes de la Ménagerie par MM. Geoffroy-Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier est arrivée à sa trente-sixième livraison. Les derniers numéros contiennent plusieurs animaux entièrementinconnus auparavant, dont quelques uns ont
été décrits et dessinés dans Tlnde, à la ménagerie du gouverneur-général , marquis de Hastings, par M. Duvaucei , dont les travaux continuent aussi d enrichir le Cabinet du roi d'une multitude d objets rares et précieux.
Ce vaste dépôt des productions de la nature vient encore de recevoir de superbes accroissements par les collections que MM. Leschenault de La Tour et Auguste de Saint-Hilaire ont rapportées, le premier du continent de llnde , et le second du Brésil. Us ont fait dans ces contrées de grandes excursions dont ils viennent l'un et l'autre de présenter une relation très abrégée. Ces tableaux rapides nous promettent deux ouvrages pleins d'intérêt pour la connoissance des peuples et de la nature , et propres à faire un grand honneur à la France , dont ces savants voyageurs tenoient leur mission. L^Académie a exprimé le vœu qu'il leur soit donné les moyens de terminer leurs entreprises par la prompte publication de leurs résultats.
On attend aussi l'heureux fruit de l'expédition commandée par M. le capitaine Duperré, lequel a pris dans M. dlJrville un second déjà éprouvé par les belles et utiles recherches qu'il a faites dans la mer Noire et dans l'Archipel, et vient d'envoyer de sa première relâche des observations et des dessins qui annoncent tout ce qu'il fera par la suite.
M. Latreille a donné un mémoire sur les habitudes de cette araignée d'Amérique à qui sa grosseur permet de s'attaquer aux petits oiseaux, et qui porte par cette raison le nom d'araignée aviculaire.
M. Daudebart de Férussac , qui s'occupe sans relâche de son grand ouvrage sur les mollusques de terre et d'eau douce , l'a continué jusqu'à la dix-neiu vième livraison.
Il a donné une nouvelle description des genres etdes espèces qui composent la famille des limaces; il l'a portée jusqu'à onze genres, dont plusieurs, décrits par lui pour la première fois , se font remarquer par une organisation singulière; tels sont les vaginules, qui remplacent au Brésil et aux Antilles nos limaces de l'Europe,
Il a commencé à donner les coquilles d'eau douce qui se trouvent à l'état fossile, afin d'offrir une détermination précise de ces espèces si importantes pour la géologie.
Il a fait une comparaison des espèces vivantes et fossiles du genre peu connu de coquilles d^eau douce , qu'il a appelé mélanopsides , et dont il a décrit onze espèces ; et il a cherché à prouver que les espèces de ce genre et de plusieurs autres qui rem* plissent la formation dite d'argile plastique et de lignites , dans les parties basses de plusieurs pays de
l'Europe , sont les mêmes que celles qui vivent aujourd'hui dans des contrées plus méridionales ; ce qui le conduit à de grandes conclusions géologiques, et notamment à celle qu'il n'y a point eu de cataclysme général , mais seulement des cataclysmes locaux et des irruptions partielles de la mer.
Ce sont les mêmes idées dont nous avons rendu compte dans notre analyse de 1821.
Une entreprise de cet estimable zoologiste , qui n'est point étrangère à l'objet de notre présente notice, c'est un bulletin général des nouvelles scientifiques, dont il a déjà fait paroître plusieurs cahiers. Son plan est neuf. Il se propose d'y rendre compte eu abrégé de tous les faits nouveaux , de toutes les vues utiles , qui seront publiés dans les pays où l'on cultive les sciences ; et il n'est pas douteux que, s'il continue à remplir ce plan avec le soin nécessaire , cet ouvrage ne puisse devenir un hen utile de correspondance entre tous les hommes qui se livrent aux recherches scientifiques.
Les premiers historiens des colonies européennes en Amérique nous assurent que les Espagnols, lors de leur établissement dans les Antilles, y lâchèrent un certain nombre de cochons qui y pul-
lulèrent promptement , et y furent la souche dhine race sauvage nommée cochons marrons, qui a fourni pendant long-temps une grande ressource alimentaire, mais que le peu de soins donnés à sa conser^ vation a laissé entièrement détruire dans presque toutes les iles.
D'un autre côté on sait qu'il existe en Amérique un genre de quadrupèdes connu sous le nom de dicotyle ou de pécari y voisin des cochons, mais qui s en distingue par un orifice glanduleux percé sur le dos , par des défenses courtes et droites ne sortant pas de la houche, et par le manque de queue et d'un doigt interne au pied de derrière.
Ces animaux sont aujourd'hui confinés sur le continent; mais il paroit qu'il y en a eu, au moins momentanément, à Tabago, et peut-être dans quelques unes des îles voisines.
Les naturalistes en ont décrit exactement deux espèces : l'une à collier blanc, l'autre à gorge et lévres blanches ; et l'on pourroit croire, d'après une indication un peu confuse de Bajon, qu'il en existe une troisième, à laquelle nos colons de Cayenne auroient aussi transporté le nom de cochons marrons. Il y a en effet un mélange et des interversions singulières de noms dans les notices que l'on en donne, et on conçoit qu'il ne pouvoit guère en être autrement de la part d'hommes aussi
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ignorants que les du Tertre, les Labat, et les autres moines ou mauvais chirurgiens, auxquels nous devons les descriptions de nos colonies , de la part de gens qui nous disent sans hésiter que le pécari respire par le trou qu'il a sur le dos, et que c'est ce qui fait que ne s'essoufflant point il est difficile de le forcer à la chasse. Il étoit donc naturel que M. Moreau de Jonnès trouvât ces espèces confondues dans plusieurs relations ; que souvent on crût avoir observé des cochons marrons lorsque l'on n'a voit vu que des pécaris , et que réciproquement ceux-ci prissent souvent les noms de cochons et de sangliers à cause de leur ressemblance avec ces quadrupèdes d'Europe. Remarquant donc que plusieurs relations attribuent des cochons marrons à des iles ou à des endroits du continent où nul motif n'avoft pu faire porter nos cochons d'Europe, et à des époques si voisines dé celle de la découverte , qu'il étoit presque impossible qu'ils s'y fussent multipliés; voyant qu'une espèce de pécari parott porter aussi dans une de nos colonies le nom de cochon marron, il en conclut que les animaux nommés ainsi , et autrefois si nombreux dans les Antilles , n'étoient point d'origine européenne , mais appartcnoient à cette grande espèce de pécari dont on n'a connoissance que par l'indication de Bajon. Peut^ être cette conclusion est-elle juste pour plusieurs
lies , mats il est difficile qu elle ne paroisse pas un peu trop générale, sur-tout relativement aux cochons marrons de la Martinique dont du Tertre dit expressément qu ils sont armés de deux hotri- Mes dents bouclées comme des cornes de béliers, caractère propre à nos sangliers d'Europe, mais que n ont pas les pécaris.
M. Guvier, à loccasion de ses recherches sur les cétacés fossiles , a été obligé d'en taire de fort étendues sur les cétacés qui vivent aujourd'hui dans la mer. Il a fait connoitre de nouvelles espèces de baleines et de dauphins ; une entre autres qui n'a point de nageoire sur le dos. Il a au contraire rayé du catalogue des animaux , soit des baleines , soit des dauphins , et sur-tout plusieurs cachalots qui y avoient été placés en double emploi ; et il a donné de tous ces animaux des descriptions ostéologiques nouvelles ou plus complètes que celles que l'on possédoit, faites sur les nombreux squelettes dont le zèle des voyageurs a enrichi depuis peu la grande collection anatomique du Cabinet du roi : tels qu'un squelette de baleine des mers antarctiques, de soixante pieds; un autre de rorqual, des mêmes mers , de trente-cinq pieds ; un squelette de cachalot de soixante-quinze pieds, et plusieurs autres de moindre taille.
M. Cailliaud , ce courageux voyageur qui a remonté si avant dans la Nubie et jusqu'aux confina de FAbyssinie, a rapporté du Nil d'Abyssinie, ou fleuve Bleu , des coquilles bivalves très semblables à des buitres par Textérieur; et comme les buîtres fossiles ont concouru, en plusieurs occasions, à déterminer la nature marine de certains terrains, on pouvoit croire que cette découverte ne seroit pas sans quelque influence sur les théories géologiques. M. Daudebart de Férussac a examiné ces coquilles de plus près, et a reconnu qu'ayant à l'intérieur deux empreintes masculaires elles doivent être placées dans le genre des éthéries de M. de La Mark. Ce genre nétoit connu que par des échantillons conservés dans les cabinets, et Ton ignoroitle lieu natal de ses espèces. M. de Férussac en fait une revue, où il détermine plus exactement Jeurs caractères. Il sépare même l'une d'elles , et en fait un genre qu'il nomme mïdlerie; sa charnière ressemble davantage à celle des pernes.
M. Cailliaud a aussi rapporté du canal vulgairement appelé de Joseph en Egypte une coquille rare et dont on avoit fait un genre sous le nom d'iridine. M. de Férussac prouve que les caractères qui avoient servi à l'établir ne sont pas constants, et que l'on doit laisser Firidine dans le genre des moules.
On sait que M. Gailliaud a retrouvé aussi le scarabée d un vert doré, qui a plus spécialement servi de modèle aux images que les Égyptiens ont faites de leur scarabée sacré, qui jouoit un grand rôle parmi les symboles vénérés dans leur religion.
M. de Férussac , voulant profiter du départ d'une expédition pour Madagascar, île sur laquelle les regards des naturalistes sont tournés en vain depuis si long-temps^ y a envoyé à ses frais un voyageur, M. Gaubert, qui a résisté jusqu'ici aux dangers dont il est environné. Déjà il a fait un premier envoi. Il est à désirer que son zélé ne se démente pas, et que celui de M. de Férussac obtienne aussi tout le succès qu'il mérite. Il ajoutera aux services qu'il rend aux sciences par la publication du Bulletin universel^ dans lequel it rassemble toutes les notions éparses qui peuvent les intéresser dans les ouvrages périodiques de tous les pays.
M. Duméril a réuni, dans un vol. in-8**, auquel il a donné le titre de Considérofions générales sur Ijes insectesy les notions les plus importantes pour diriger utilement dans l'étude de ces animaux. Soixante planches très bien exécutées et tirées en couleur accompagnent cet ouvrage; elles représentent plus de trois cent cinquante genres principaux. L'auteur
y traite successivement du rang que les insectes paroissent devoir occuper parmi les autres êtres animés ; des formes, delà structure et des fonctions de ces animaux; dés moyens que les insectes emploient pour conserver leurexistence et pour perpé* tuer leur race. Le travail principal de l'auteur est exposé dans les deux chapitres qui ont pourobjetde faire connoître la méthode analytique, et d'exposer les caractères essentiels qui distinguent les ordres , les familles et les genres de la classe des insectes. Le livre est terminé, par l'indication et le jugement des ouvrages principaux qui ont les insectes pour objet,
M. Carteron , médecin de Troyes, a communi- ([ué une observation faite sur un kiste de l'épiploon rempli d'une cinquantaine d'hydatides qui conte^ noient une humeur transparente tandis que tous les liquides et les solides du corps étoient colorés d'un jaune foncé. Il en conclut que ces hydatides, bien que dépourvues d'aucun organe autre que la vésicule qui en faisoit le corps, étoient dès Hnimaux doués d'une existence propre , et non des produits de la maladie dans le corps où elles ont été trou^ vees.
Nous avons parlé l'année dernière du grand travail de M. Bory de Saint-Vincent sur ces êtres ambi-
gus qui , pendant une partie de leur vie, sont unis en filets dont la couleur et toutes les apparences rappellent les végétaux, et qui à certaines époques se séparent et prennent la mobilité volontaire des animaux. M. Gaillon , observateur éclairé dont nous avons déjà mentionné un mémoire intéressant sur la cause de la couleur verte dans les huîtres, vient de constater que le conferva comoides appartient à cette catégorie. Il a vu les corpuscules verdâtres qui en forment Taxe se détacher, s avancer plus ou moins rapidement, changer de place, agir enfin en tout comme les enchelys et les cyclidies.
Prenant des filaments entiers il a forcé ces petits êtres à se désagréger avant le temps, et ils lui ont montré les mêmes mouvenlents volontaires. Leur besoin de s associer est si grand que dès que les jeunes le peuvent ils se mettent bout à bout sur une seule ligne; et lorsqu'ils sont dans cette disposition, M. Gaillon a cru remarquer qu'il s exsude de leur substance une mucosité qui se forme en membrane, et les enveloppe entièrement.
M. Mertens, botaniste de Bremeu , a vu des faits semblables sur le conferva mutabilis. Le 3 août, ditil , elje étoit dans son état de plante; le 5 elle s'est résolue en molécules douées de mobilité ; le 6 quelques unes de ces molécules se réunirent en simples
articulations , et le ii elle étoit reconstituée dans sa forme primitive.
Ces transformations microscopiques ont conti-^ nué d'occuper M. Bory de Saint-Vincent. Il auroit voulu ))ouvoir remonter jusqu'aux premières combinaisons matéiîelles dont ces corpuscules semblent si voisins. En observant avec suite tout ce qui se montre successivement dans une eau exposée à la lumière, il a cru y voir d'abord la matière prendre la forme d une simple mucosité sans couleur et sans forme : si Feau contient quelque substance animale elle produit une pellicule de cette mucosité à sa surlace, se trouble ensuite et fait voir une infinité d'atomes vivants , si l'on peut appeler ainsi ces monades qui , grossies, mille fois , n'égalent pas encore la piqûre d'une aiguille , et qui cependant se meuvent en tout sens avec une prodigieuse vitesse. C'est ce que M. Bory nomme la matière dans l'état vivant. Quand l'eau est exposée à laîr et à la lumière, il s y forme promptement ce que Ton nomme la matière verte de Priestley que beaucoup d'observateurs ont cru être le premier état de certaines conferves ou de plantes de genres analogues. M. Bory pense que c'est une combinaison d'une nature plus générale", et susceptible seulement d'entrer dans la composition de ces plantes, ainsi que
des animalcules qui en sortent et qui les reproduisent. Il nomme cette combinaison la matière dans Tétat végétatif; c'est elle qui teint les animaux infusoires verts. Ceux qui colorent les huîtres , selon l'observation de M, Gaillon , ne produisent cet effet , au dire de M. Boiy, que parcequ'ils sont euxmêmes colorés par la matière verte ; elle colore de même leau et les coquilles de ces huîtres, et il ne seroit pas impossible que Ion en trouvât qui fussent teintes immédiatement par cette matière sans que des animalcules les eussent pénétrées.
Il est si difficile de rendre des observations de ce genre complètes (et Ion peut toujours supposer un état antérieur encore plus délié et qui aura échap[>é à tout microscope, ou des germes invisibles que la nécessité du concours de Fair empêche d'écarter) que beaucoup de philosophes se refuseront probablement aux conséquences que l'auteur voudroit tirer de ces faits, pour attribuer à la matière une disposition générale à s'organiser qui seroit indépendante du mode ordinaire de géné-^ ration.
M. Gaillon a adressé de nouvelles observationsb sur les animalcules qui colorent les huîtres, et que, d'après M. Bory de Saint-Vincent, il nomme navi-^ cules vertes. 11 en a remarqué d'autres espèces qui
[>énétrent aussi dans le tissu de Thuitre et lui donnent des couleui*s différentes, la rendant grise, brune, ou jaunâtre : ce sont entre autres les vibrio bipunctatus et tripunctatus de Mùller. Ce qui est rer marquable c'est que la navicule verte nexiste pas dans les eaux de la mer ni même dans les eaux douces des environs de Dieppe; elle ne se multiplie que dans un certain degré de salure et de stagnation de 1 eau^ tel qu'on sait le produire dans les parcs où cette coloration s'opère. Cependant M. Gaillon en a vu qui étoient sorties d'une conferve du,geare vaucheria, venue dans les eaux douces d auprès d'Évreux.
Une femme âgée d'environ quarante ans, après vingt ans de maladie, et dont la médecine a voit désespéré, s'étoit remise aux soins d'un praticien qui , à l'aide d'un assez violent remède , prétendoit lui rendre la santé. Elle ne tarda pas à éprouver un mieux sensible, mais en même temps des dénumgeaisons violentes se ârent sentir sur toute Ja surface de son corps. Sa surprise fut grande lorsqu'elle s'aperçut que des milliers de petits animaux brunâtres, presque imperceptibles, ^ortoien ta l'instant de toutes les parties où elle s'étoit grattée. Ces animaux, observés au microscope par M. Bory de Saint-Vincent, et au grossissement de cinq cents
fois, se sont trouvés des acarides fort voisins des ixodes, mais susceptibles de former un genre nouveau que caractériseroit un petit suçoir accompa-^ goëde deux palpes composés de quatre articles. I^a forme générale de cet acaride est celle des genres voisins* La femme qui les produisoit par milliers, sur-tout dans les jours chauds , n a point communiqué ces hôtes incommodes aux personnes qui la soignoient, ni à son mari, qui ne cessa d'habiter avec elle. L amélioration de la santé de cette malheureuse n a pas duré : après un mieux apparent elle a succombé à Téruption desacarides microsco* piques qu'elle produisoit. Un très beau dessin ao* compagnoit le mémoire de M. Bory de Saint-Vincent.
Ce naturaliste, qui ne croit pas à la possibilité de la génération spontanée dans les animaux articulés, pense que les œufs des petits animaux peu^ vent, comme les cynips, les abeilles, etc., êtrefé^ condés'pour plusieurs années; quils avoient été absorbés dans cet état, et qu'ils étoient venus à éclôre sous Fépiderme, dont il sortoient au moinn dre grattement.
Le corps animal contient de lasote dans tousb se^ principes, et il n*est pas difficile de voir que tous ses aliments lui en fournissent beaucoup;
nous avons même rapporté il y a quelques années des expériences de M. Magendie, d'après lesquelles certains animaux que Ton nourrit uniquement de substances non azotées , comme de sucre , ne tardent pas à souffrir et à périr. Mais on n'étoit pas autant d'accord sur la manière dont se comporte l'azote qui pénètre dans le poumon avec Tair atmosphérique lors de la respiration : les uns pensoient qu'il ressort du poumon comme il y est entré; d'autres qu'il y en a quelque partie d'absorbée ; d'autres au contraire qu'il en ressort plus qu'il n'en est entré, parceque l'azote superflu du corps s'exhale par cette voie.
M. Edvrards a trouvé par des expériences directes que ces trois opinions sont vraies quant au résultat définitif dans certaines circonstances et selon l'âgée de l'animal , la saison de l'année et la température du lieu où la respiration s'exécute; mais qu'en réalité il y a constamment absorption et exhalation; et que le résultat dont nous venons de parler dépend seulement de la quantité dont Tune l'emporte sur l'autre.
Ce travail complète ceux que M. Edwards a présentés [successivement à TAcadémie , concernant l'action des'agents extérieurs sur le corps animal, et dont il vient de publier le recueil en un volume in-8^.
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Dans un mémoire sur Faction musculaire MM. Dumas et Prévost ont communiqué des observations microscopiques fort intéressantes sur la distribution des neri^ dans les fibres musculaires , et sur les formes que prennent celles-ci lors de leurs contractions. Us placent sous le microscope une lame amincie de muscle, conservant encore ses nerfs, et la mettent en contraction par le moyen du galvanisme. C'est en se ployant en zigzag que les fibres se contractent; et Ion voit les derniers filets nerveux partir parallèlement entre eux du rameau qui leur donne naissance pour se rendre précisément aux points de ces fibres où elles forment leurs angles.
Les auteurs en concluent que le raccourcisse* ment de la fibre résulte de la tendance que ces filets nerveux ont a se rapprocher, et ils pensent que cette tendance leur est imprimée par une action électrique.
M. de Humboldt, à Foccasion de ces expériences, a communiqué verbalement à l'Académie les résultats de celles qull a faites récemment sur la 5^tion longitudinale et la ligature des nerfs. Il distingue entre les cas où, dans le circuit galvanique, le courant passe p§ir le nerf entier, et les cas où le courant ne traverse que la portion supérieure du nerf, et où cette portion réagit organiquement sur le muscle. Des expériences faites sur la section crans-
ve^*sale du nerf, et de la Féunion des bouts du nerf au moyen de lames métalliques, prouvent que les contractions musculaires, lorsque la partie supérieure seule se trouve sur le passage du courant électrique, ne sont pas leffet d un coup latéral, hà réaction organique du nerf cesse lorsqu'il y a perforation, fendillement, ou amincissement» Ces ex* périences sur la section longitudinale du nerf semblent prouver que lappareil nerveux ne peut agir sur les mouvements des muscles que dans son état d'intégrité. La lésion du névrilème produit les mêmes effets que la lésion de la pulpe médullaire. Lorsque le courant électrique traverse tout le nerf et le muscle, la lésion et la ligature empêchent les contractions musculaires, dans le seul cas où la por* tion du nerf comprise entre la lésion longitudinale ou la ligature et 1 insertion du nerf dans le muscle, au lieu d'être isolée et entourée d^air, est enveloppée d'une couche d'air musculaire. Les contractions reparoissent lorsqu'on ôte cette enveloppe du nerf, ou lorsque sans Tôter on établit par un lambeau de chair musculaire une nouvelle communication entre le zinc excitateur du nerf et le muscle. M. de Humboldt a montré comment ces phéfiomènes, ocHnpliqués en apparence, s^expliquent d'après les lois de la conductibilité électrique. Les effets iloivent varier avec la direction du courant la masse
variable des^ conducteurs , et la quan tité d'électricité mise en mouvement par le contact plus ou moins grand des substances humides avec le zinc, qui est l'armature du nerf. Si la quantité d'^ectricité reste la même, lenerfisoléou nu en reçoit nécessairement beaucoup plus que le nerf enveloppé. L'électricité en traversant un conducteur d'une masse considérable se répartit dans cette masse et à la sur&ce. C'est de cette répartition que dépend l'effet de l'enveloppe de chair piusculaire dans laquelle on cache la portion du nerf comprise entre la ligature et l'insertion dans le muscle. L'enveloppe restant ainsi disposée on peut voir reparoître les contractions ^ si Ion augmente la quantité du fluide électrique mis en mouvement par une nouvelle communication qu'on établit, au moyen d'un lambeau de chair musculaire, entre le zinc et le muscle. L'obstacle que la ligature oppose dans les expériences galvaniques, lorsqu'elle est placée au point de l'insertion du nerf dans le muscle, a voit déjà été observé par Valli; mais ce physicien n'a voit pas reconnu toutes les conditions qui caractérisent les effets de la ligature, et qui se retrouvent dans la section longitudinale du nerf.
Pensant que la physiologie animale et la physiologie végétale ne forment qu'une seule et même
science, M. Dutrochet a joint à ses observations sur les végétaux des recherches sur la structure intimç des organes des animaux , et sur le mécanisme de la contraction musculaire. En examinant au microscope le cerveau des mollusques gastéropodes ^ il a vu que cet org3ne est composé de cellules sphériques agglomérées, sur les parois desquelles on aperçoit une grande quantité de corpuscules glo* buleux. Cette organisation lui a paru tout-à-fait semblable à celle que présente le tissu cellulaire médullaire des végétaux. Ses observations sur les organes musculaires ont confirmé ce que plusieurs observateurs avoient déjà annoncé; savoir, que la fibre musculaire élémentaire est formée par une réunion de corpuscules globuleux placés à la file. Il a vu de plus que, dans le cœur des mollusques gastéropodes, cette agrégation des corpuscules musculaires est confuse, et ne présente point la disposition ordinaire en séries longitudinales. Ayant sollicité, au moyen dun acide, la- contraction de fragments du cœur de quelques mollusques gastéropodes, il a vu que la contraction du tissu musculaire consiste essentiellement dans un plissement , c'est-à-dire dans rétablissement de courbures dirigées en sens alternativement inverses , d où résulte le raccourcissement de ce tissu. Il a vu également que les alcalis ont la propriété de faire cesser ce
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plissement, comme les acides ont celle de le provoquer. Ces observations, qui sont à plusieurs égards le complément de celles de MM. Prévost et Dumas sur le même sujet, paroissent à Fauteur ne devoir laisser aucun doute sur le mécanisme de la con^traction musculaire. Elles lui semblent en même temps offrir une preuve convaincante de l'identité de lirritabilité animale et de l'irritabilité végétale , Fune et l'autre consistant également dans rétablis*sement d'un état de courbure élastique ou dans une incurvation que certains solides organiques sont susceptibles de prendre et de conserver pendant un espace de temps plus ou moins court , après lequel ces mêmes solides reprennent leur état antécédent de redressenient ou de reùâcheménL C'est ce qui constitue Yirtcurvaiion oscillatoire que M. Dutrochet a observée dans le régne végétal comme dans le régne animaL *
Les aniûiaicules du sperme, et leurs rapports avec la génération , ont aussi été l'objet des obser-* vations microscopiques de MM. Dumas et Prévost Ils ont établi que ces animalcules existent tout formés dans la semence , dès tes testicules i que les liquides qui peuvent s'y mêler dans son trajet uh térieur , et venir ou des glandes de Cooper, ou de quelque autre organe adhérent au canal qu'elle
BUFPON. COMVLÉM. T. IV. 6
traverse, ne lui fournissent que des corpuscules ovales et sans vie ; que c est par erreur que BufFon et Needbani ont cru voir ces corpuscules se meta* morphoser et former des animalcules par leur réunion. Nous reviendrons sur la suite importante que les auteurs ont donnée à ces observations.
Le cerveau, les nerfe et leurs fonctions, ont été , cette année et la précédente, lobjet de grandes re* cherches, soit anatomiques , soit expérimentales, de la part de plusieurs physiologistes.
Déjà nous avons rendu compte des expériences par lesquelles M. Magendie établit que les racines postérieures des nerfs sont \eè organes exclusifs de la sensibilité, et les antérieures ceux du mouve* ment volontaire. Il a eu occasion de constater cette répartition des fonctions nei'veuses sur des indi-^ vidus vivants. T3n homme dont la moelle de Tépine étoit altérée et ramollie dans une partie de sa moitié antérieure avoit perdu le mouvement dans les muscles qui reçoivent leurs ner& de cette partie, et il y avait conservé ta sensibilité.
Nous avons analysé aussi les expériences de M* Flourens, qui tendent à prouver que le siège des sensations , des perceptions et des voiitions, est dans les lobes cérébraux , et que la coordination régulière des mouvements dépend du cervelet;
mais que le jeu de Tiris et raction de ia rétine tien* nent aux tubercules appelés dans les mammifères quadrijumeaux, qui n étant pas touj^ursau nombre de quatre, ont re<ju le nom plus général de tuber* cules optiques, fondé sur leur liaison avec les nerfs du même nom, constatée, commenous lavons vu dans^ notre analyse de 1808, par MM. Gall et Spurzlieim.
L auteur a procuré à la partie de ses résultats qui eencemeJes sensations un genre de confirmation bien remarquable. Une poule, privée de seshémi^ spbères cérébraux, a vécu dix mois entiei^ dans la plus par£aiitè santé. Pendant ce temps dile se tenon bien sur ses jambes ; mais elle nentendoit, ni ne voyoit , ni ne donnoit aucun signe de volonté : des irritations immédiates pouvoient seules inter^ rompre momentanément le sommeil où elle étott plongée. Sans désirs, sans appétit, on ne la nour^rissoit qu^en lui insérant journellement ses aliments dans le bec. Un long jeûne ne Texcttott point à l«s chercher elle-même ; en vain on les mettoît auprès d'elle, rien ne l'avertissoit de leur présence; elle avaloit de petits cailloux , quand on lui en donnoit, aQSSi aisément que du gratin; et cependant sa plaie s étoit refermée , elle engraissoit à vue d œil.
Néanmoins il est possible de retrancher une ^er« taine portion des lobes cérébraux sans qu ik per*
dent complètement leurs fonctions sensitives : et même après une mutilation, qui, sans être totale, a suffi pour les leur faire perdre entièrement, il arrive quelquefois qu'ils les recouvrent ; mais s'ils en recouvrent une, la vue par exemple, ils les recouvrent toutes. Il peut arriver aussi qu'une mutilation du cervelet, qui a suffi d'abord pour rendre tous les mouvements désordonnés, n'empèclie pas qu'après quelque temps ils ne reprennent leur régularité, de sont des faits intéressants par les pronostics qu'ils peuvent fournir relativement aux blessures des organes.
Depuis long-temps on s'étoit aperçu que les lésions d'un côté de l'encéphale affectent, dans cer-^ tàins cas, le côté opposé du corps; mais il y avoit quelque doute sur la généralité du phénomène; et même , d'après quelques expériences , on avoit pensé que la convulsion avoit lieu du côté de la lésion, et la paralysie du côté opposé. M. Flourens a constaté que ce croisement a lieu à l'égard de la sensation ^ur les hémisphères , à l'égard de la con^ vulsion pour les tubercules optiques, et relative^ ment aux mouvements réguliers pour le cervelet : c'est*à-dire que les effets propres aux lésions de ces organes se montrent à l'extérieur du côté opposé; mais que pour la moelle alongée , pour la moelle épinière, il n'y a aucun croisement, et que la con-
vulsion et la paralysie se montrent du même côté que rirritation s'est faite. Ce sont les rapports divers des lésions de ces di^érentes parties qui produisent les diverses combinaisons de paralysie et de convulsions que Ton observe dans les malades : eC c'est ainsi que M. Flourens explique le foit reconnu dès le temps dHippocrate que les convulsions ont presque toujours lieu dii c6té opposé aux paralysies. Cette action croisée du cervelet a aussi été observée par M. Serre dans des cas pathologiques; et il a réclamé à ce sujet sur M. Flourens une priorité que celui-ci ne lui a point contestée. Il y avoit même dans des auteurs plus anciens des traces d'expériences analogues , mais qui n'ofiProient ni la précision de celles de M. Serre, ni la distinction établie par M. Flourens.
Les mouvements continus et nécessaires à la vie , tels que ceux de la respiration et de la circulation, n'exigent pas l'intégrité de l'encéphale. L'animal les exécute quoiqu'on lait privé de cerveau , de cervelet et de tubercules optiques. Une. poule, un pigeon ont survécu deux et trois jours à ces mutilations. Pour altérer ces fonctions, il faut attaquer la moelle alongéè; et en l'emportant entièrement, on les fait cesser tout d'un coup. Ija respiration, en particulier, cesse par la destruction des parties de la moelle épinière qui fournissent les nerfs des
muscles intetHrostaùx et du diaphragme. Dans les reptilessans côtes complètes, telsqueles grenouilles et les salamandres qui respirent en avalant Fair, on ne larréte qu'en détruisant ]es parties qui donnent lesnerlsde la goi^e et de la langue. Mais une sim» pie section de la moelle épinière n^empèche pas les jMirties qui reçoivent leurs nerfs au-dessous de la section de reprendre leur action quand elles éprouvent une irritation extérieure. La section de la moelle alongée ne fait donc que détruire le principe intérieur nécessaire à Texcitation générale, et à ia coordination régulière des mouvements qui concourent à la respiration.
Quant à la circulation, M. Flourens assure avoir constaté sur plusieurs animaux qu'elle survit à la destruction de tout Tencéphale et de toute la moelle épinière. Lorsque la respiration a cessé par la destruction des troncs nerveux, le sang passe noir: mais la circulation n'en est pas arrêtée pour cela ; et iorsqu elle commence à s'éteindre on peut la &ire revivre en insufflant les poumons. Toutefois, à mesure que Ion détruit le système nerveux, la circulation safibiblit et se concentre; celle des vaisseaux capillaires de la peau sur-tout, plus éloignée du centre dimpulsion , s éteint presque immédiatement dans la partie dont les nerfs sont détruits.
lia plupart desanatomistes considèrent lesgan-
glions du nerf grand^syiiipatfaique comme incapa-*blés de produire de seosation , de quelque manière qu'on les affecte. Les expériences de M. Flourens ont prouvé que cette impassibilité n'est pas générale. En pinçant les ganglions semi-lunaires d'un lapin , il lui a toujours £siit donner aussitôt des signes dune douleur violente; mais les ganglions cervicaux sont beaucoup moins susceptibles d'im-' pression : ce n'est que rarement, et a près beaucoup d'essais infructueux, qu'il ^st parvenu à faire r^sentir à l'animal les irritations qu'il lui communiquoit.
A ces expériences, fondées sur des lésions mécaniques, M. Flourens en a fait succéder d'autres qui reposent sur l'action de certaines substances prises à l'intérieur. Cbacun sait que l'opium endort, que la belladone aveugle, que les liqueurs sfMritueuses empêchent de se mouvoir régulièrement. Il étoit intéressant d observer si ces substances pro* duisent un effet visible sur les parties de l'encéphale affectées à ces diverses fonctions, ^fectivement, quand un oiseau meurt pour avoir pris de l'opium , on voit une grande tache d'iin rouge foncé sur le devant de son crâne ; si c'est pour avoir pris de la belladone , les taches se montrent sur les côtés ; et s il â péri pour avoir avalé de l'alcohol c'est l'occiput qui est teint de rouge. M. Flourens
avoit pensé d abord que cetoient des signes d autant dlnflammations locales : les premières sur le cerveau, les secondes sur les tubercules optiques, les troisièmes sur le cervelet ; mais les Commissaires de TAcadémie, en répétant ses expériences, ont trouvé que ces taches résultoient d'épanchement» sanguins qui se font dans l'épaisseur même du crâne, et qui remplissent les cellules de son dîploé, entre, ses deux lames.^ Le fait de la position locale et constante de ces épanchements n'en est pas moins très singulier; et les rapports de cette position avec celle des organes dont les fonctions sont altérées , ne laissent pas que d'être encore assez favorables aux conclusions déduites des autres expériences de l'auteur.
Nous avons parlé assez au long, dans notre ana^ lyse de 1820, du grand ouvrage de JM* Serre, couronné en 1821, sur les proportions des diverses parties du cerveau dans les quatre classes d'animaux vertébrés; ouvrage qui doit bientôt pa^ rdître, et qui sera une acquisition très précieuse pour lanatomie.
Deux jeunes anatomistes , MM. DéSmoulins et Bailly, se sont occupés, dans l'intervalle, de rechercbes sur la mênie matière, qui ont offert des faits intéressants et des vues nouvelles, principale-
ment en ce qui concerne Tencéphale deis poissons.
On sait que les lobes ou tubercules qui le com^ posent, au lieu d^ètre les uns sur les autres, ou de s*enyelopper plus ou moins , comme dans Fhomme et les quadrupèdes , sont placés à la file et par paires. La paire ordinairement la plus considérable , celle qui est immédiatement devant le cervelet, est creusée à Tintérieur d'un ventricule , où 1 on voit un renflement semblable au corps cannelé de Ihomme ; dans son fond sont presque toujours quatre petits tubercules, et en dessous il y en a deux plus grands, visibles à Textérieur. En avant de cette paire principale en est une autre , sans aucun vjide intérieur, de laquelle partent les nerfs olfactifs, et quelquefois elle est double.
Il étoit assez naturel que Ton considérât les grands tubercules creux comme le cerveau ; les petits de leur intérieur, conmie les tubercules quadrijumeaux; les lobes antérieurs solides ne pouvoient alors être regardés que comme des nœuds des nerfs olfactifs; quant aux tubercules inférieurs, leur position étant semblable à celle qu'occupent dans les oiseaux deux lobes creux que Ton croyoît ann* logues des couches optiques, il étoit tout simple qu'on leur donnât le même nom.
Mais MM. Gall et Spurzheim, ainsi que nous lavons dit dans notre Histoire de 1 808 , ayant fait
voir que les racines des nerfs optiques s^étendent ju$que dans les tubercules quadrijumeaux, établirent que les lobes inférieurs et creux des oiseaux sont les analogues de ces tubercules, et non pas des couches dites optiques qui existent aussi dans les oiseaux indépendamment des lobes en question : on devoit naturellement appliquer cette manière de voir aux poissons; et c'est ce qu'a cherché à fiiire M. Apostole Arzaky, médecin , natif d*Épiré, dans sa thèse doctorale soutenue à Halle en idi3. Trouvant que les racines du nerf optique des poissons s'épanouissent sur les lobèSv creux placés immédia temeitt devant le cervelet, il a considéré ces lobes comme répondant aux tubercules quadrijumeaux , et il ne lui est resté pour correspondre aux hémisphères du cerveau que les lobes antérieurs et solides, nommés par d autres nœuds, du nerf ol« factif. Dans cette manière de voir, les tul^ercules inférieurs ne pouvoient plus être que les analogues des éminences nlamillaires.
M. Serre étoit arrivé de son côté à la même opinion, ainsi que nous lavons dit en 1820, et la appuyée par de belles observations, qui portent pria» cipalement sur la prompte apparition et la grande proportion relative de ces tubercules dans les embryons; sur le ventricule dont ils sont creusés à cette époque, même dans les mammifèi'es où ils
sont pleins dans Tâge adulte; et sur la place qulb y tiennent aux dépens du cerveau et du cervelet, dont le développement, celui du cervelet sur-tout , est beaucoup pI^s tardi£ Sous ce rapport , dit M. Serre , le cerveau des poissons , où les lobes en question sont très grands et visibles par-dessus, peut être considéré comme un cerveau d'embryon des classes supérieures.
Bien que cette détermination des lobés optiques ne soit pas généralement adoptée, et que M. Treviranus en ait encore publié une autre en 1820, c'est elle que suivent M. Desmoulins et M. Bailly , et que nous emploierons dans l'analyse de leurs recherches respectives.
Celles de M. Desmoulins ont commencé dès 1 82 1 , par des descriptions et des figures fort soignées du cerveau et des nerfe de plusieurs poissons, qui, au jugement de l'Académie, partagèrent le prix de physiologie en 1822. Le même anatomiste les a continuées depuis, et a présenté un nombre assez considérable de mémoires, dont il a paru des extraits etdes résumés dansquelques ouvrages périodiques. Ces mémoires contiennent beaucoup d'observations importantes et nouvelles. Leur tendance générale semble être de prouver qull n'y a point une aussi grande uniformité dans le système nerveux
q'ue Ton paroît porté à le croire; mais que ses parties correspondent pour le volume, et quelquefois même pour l'existence, aux conditions de sensibilité ou de mobilité des organes , çt à leurs variations dans les divers animaux.
L'auteur regarde la partie moyenne du système ou l'encéphale et la moelle de l'épine , comme n'existant que dans les animaux vertébrés, et comme résultant de deux faisceaux médullaires composés chacun de deux cok*dons, un dorsal et un abdominal, et sécrétés par la face interne d'un tube formé par la membrane dite pie-mère ; membrane dont un repli conserve à l'intérieur les vides connus sous les noms de ventricule et de canal de la moelle.
Le cerveau et le cervelet exceptés, tous les autres lobes qui se manifestent sûr les divers points de cette espèce d'axe médullaire ne dépendent, selon M. Desmoulins , quant à leur développement , que de la grosseur des paires de nerfs qui y correspondent.
C'est ainsi, dit Fauteur, que l'on voit des espèces de lobes sur les côtés de la moelle, à la naissance des nerfs du bras dans lés oiseaux grands voiliers, et de ceux des jambes dans les oiseaux marcheurs; et qu'il s'en trouve à 1 origine des nerfs cervicaux , dans les trigles où ces nerfs prennent un grand volume pour fournir des branches aux doigts
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libres particuliers à ces poissons. La carpe en a aussi pour une branche de la huitième paire , qui lui est propre, et qui va à la pulpe singulière qui garnit son palais.
La partie la plus constante de Tencéphale , et qui se développe la première, est précisément celle que 1 on nomme aujourd'hui les lobes optiques.
Ils ont, dans plusieurs poissons ^ des replis et des tubercules intérieurs (ceux-là même que Ton prenoit pour les tubercules quadrijumeaux des poissons, avant de reconnoitre que ces tubercules sont représentés par les lobes optiques dans leur entier); et le nombre et le développement de ces replis sont, le plus souvent, en rapport avec la grandeur du nerf optique, et sur-tout avec les plis que fait sa substance dans certaines espèces : ici peut-être auroit-il été nécessaire de remarquer que cette règle est loin d'être générale, sur-tout dans les poissons dont les yeux sont fort petits.
La rétine de beaucoup d'oiseaux et de poissons est aussi très plissée.
M. Desmoulins croit que ce plissement, qui en multiplie beaucoup la surface, augmente la force de la vision. En général c'est par l'étendue des surfaces qu'il pense que se mar(|ue, dans le système nerveux , la prééminence des organes ; et c'est ainsi qu'il explique la supériorité d'intelligence des ani-
maux où les hémisphères ont beaucoup de replis , bien que plusieurs d entre eux niaient pas la masse de ces hémisphères d'une grandeur supérieure.
C'est dans les hémisphères proprement dits que M. Desmoulins y ainsi que tous les anatomistes d aujourd'hui 9 place le siège de Tintelligence ; mais il en sépare dans les mammifères et les oiseaux la partie antérieure qui repose dans la fosse ethmoïdale et doù part le nerf de lodorat : il lui donne le nom de lobes olfactifs , et suppose que ce sont ces lobes séparés du cerveau que Ton voit dans la plupart des poissons à lextrémité antérieure du nerf près des narines.
La structure des hémisphères lui paro!t originairement celle dune membrane mÀlullaire pUssée, mais dont les concavités se remplissent avec le temps par la sécrétion d'une pie-mère interne, qui ensuite se retire pour former les plexus choroïdes.
Malgré Timportance qu'il donne aux hémisphères , M. Desmoulins croit que dans les poissons il n'en subsiste que cette partie inférieure que Ion nomme , dans Thomme et les quadrupèdes , couches optiques ; et il va même jusqu'à penser que le cerveau manque entièrement aux raies et aux squales , et que l'on nomme ainsi dans ces poissons ce qpi n'est que leur lobe olfactif.
C'est par un. raisonnement analogue qu'il refuse
le cervdet à ces mêmes poissons, ainsi qu aux grenouilles et aux serpents. Cet organe s y réduit à une bande transversale mince , que Fauteur ne prend que pour une commissure, analogue à celle qui existe, indépendamment du cervelet, sur le quatrième ventricule des poissons.
M. De^moulins cherche à prouver que les nerfs destinés en particulier au sentiment ont ou des lobes à leur origine , ou des ganglions ; et que ceux dont Tusage principal est de contracter les muscles en sont dépourvus.
Ce sont les nerk conducteurs de deux actions qui ont des racines de deux ordres : les unes du côté du dos , munies de ganglions, e$ consacrées au senti» ment , conformément aux expériences de M. Ma|[cn«> die; les autres du côté du ventre , et affectées au mouvement. Au reste cette affectation particulière n'est pas absolument exclusive , car aucun nerf n'est entièrement dépourvu de sentiment ; cela est nécessaire, snr-tout dans les serpents et l^ poissons osseux , où M. Desmoulins assure n avoir trouvé aucun glanglion aux nerfs de Tépine.
La revue qu'il fait à ce sujet des difierents nerfs lui.a procuré quelques observations intéressantes. Le nerf du même sens s'est naontré à lui avec des structures très diverse; il l'a vu partir de paires différentes; la même paire a fourni des branches par*
ticiilières à certaines espèces qu'elle i^e donne pas dans d'autres. Il assure même n avoir trouvé aucun nerf sympathique dans les raies ni dans les squales. L'olfactif est réduit à un filet très mince dans les môles , où la narine est elle-même à-peu«-près nulle. L*optique est celui qui varie le plus : nnl , à ce que croit Fauteur, dans les quadrupèdes à très petits yeux , ou dont les yeux ne percent pas la peau, il se développe dans quelques poissons au point d y être formé d une large membrane plissée.
M. Desmoulins insiste beaucoup sur la brièveté excessive de la moelle épinière dans le tétrodonlune et dans la baudroie ; dans le premier sur-tout^ où , comme Favoit déjà remarqué M. Arzaky, elle ne forme qu'une petite proéminence qui ne dépasse pas la première vertèbre, et où vont se rendre tous les nerfs du tronc.
Les observations de M. Bailly ont été faites en plud grande partie en Italie pendant le cours de 1822, et il en a présenté l'exposé à l'Académie pendant l'automne dernier; Elles ont eu pour objet le cerveau de quelques quadrupèdes , de plusieurs oiseaux et reptiles , et d'un grand nombre de poissons dont les espèces sont, con^me on sait, plus multi-* pliées dans la Méditerranée que sur nos côtes de la Manche.
Elles se rencontrent sur quelques points avec celles de M. Desmoulins , et cependant leur tendance générale est fort contraire. Non seulement Fauteur cherche à établir une très grande analogie entre les systèmes nerveux des différentes classes, il prétend encore que les divers étages, les divers échelons du même système nerveux , et, qui plus est, les divers anneaux du même animal, se ressemblent au point de netre que des répétitions les uns des autres. La moelle épinière lui pàroit une suite de renflements de matière grise enveloppés par huit cordons longitudinaux de matière blanche ou médullaire : deux supérieurs , deux inférieurs, et deux latéraux de chaque côté. Entre un supérieur et un latéral supérieur de chaque côté aboutissent les racines supérieures ou dorsales des nerfs ; entre le la^ téral inférieur et Tinférieur les racines abdominales ou inférieures. Ces cordons arrivés dans le crâne se renflent , suivant lui ; les inférieurs pour former Içs hémisphères du cerveau; les latéraux inférieuirs pour former les lobes optiques ; les latéraux supérieure pour former le cervelet; enfin les supérieurs pour former en s'écartant les côtés du quatrième ventricule et les bandelettes qui les traversent dans les mammifères , ou les tubercules qui y adhèrent dans les poissons. Mais ces lobes , ces renflements , en prenant plus d énergie que les cordons avec les-
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quels ils se contiauent, et en remplissant leurs fonctions avec plus de force, n'exercent pas pour cela des fonctions dune autre nature; et M. Bailly croit que le tronçon de moelle qui traverse chacune des vertèbres de l'épine , contenant aussi une portion des huit cordons qui se continuent avec les lobes de 1 encéphale, possède les mêmes facultés que lencéphale lui-même, mais seulement dans un degré plus obscur, et que ce tronçon peut même devenir pour lanimal un organe ou un centre de perception et de volonté.
Pour appuyer cette opinion, sur laquelle nous n avons pas besoin de nous étendre plus au long , M. Bailly cherche sur-tout à montrer la continuité constante de ces huit cordons avec les huit lobes en question , et une ressemblance des nerfs du crâne avec ceux de Fépine, plus grande qu'on ne l'avoit estimée jusqu'à lui. Ainsi il avoit à trouver aux premiers , pour chaque paire , des racines inférieures et supérieures , des commissures , des ganglions d origine, et des trous de conjugaisons : à. cet effet il est obligé de considérer comme ne faisant qu'une paire plusieurs de celles que les anatoniistes traitent comme distinctes.
La première paire est pour lui le nerf olfactif , auquel il trouve toujours deux racines. La seconde se compose du nerf optique , de l'oculo-moteur, et
du pathétique: elle a pour racines supérieures le pathétique, et celles des fibres de Toptique qui naissent des lobes optiques; pour inférieures loculomoteur et les fibres de Foptique qui naissent derrière son entre-croisement.
C'est par des rapprochements semblables que M. Bailly réunit le nerf acoustique , le Ëicial , le trij umeau , et 1 abducteur, en une troisième paire ; Fhypoglosse , le pneumogastrique , et Faccessoire , en une quatrième.
Les ganglions ophtalmique, sphénO'* palatin, naso-palatin , sont pour les paires cérébrales ce que les ganglions du grand sympathique sont pour les paires rachidiennes ; et si les nerfs du crâne sortent par plus d'un trou pour chaque paire, M. Bailly fait remarquer qull en est ainsi pour les premières paires rachidiennes des raies.
De tous ces rapports , de ces tronçons de moelle enveloppés chacun d un anneau vertébral , et four* nissant chaqun en rayonnant quatre ordres de racines nerveuses , il arrive à un rapprochement même entre les animaux rayonnes ou zoophytes et tous les autres.
Quel que puisse être le mérite de ces idées théo^ riques et de ces hypothèses où Ion remarque l'influence d une métaphysique qui a eu pendant quel*que temps une certaine vogue dans l'étranger.
lOO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
M. Bailly a fait pour les appuyer des observations intéressantes et vraies relatives sur-tout au cerveau des poissons.
Il y a bien développé la composition des lobes dits optiques, par le moyen de deux ordres de fibres : lun interne transverse , qui est proprement la continuation du cordon latéral de la moelle ; lautre exterpe , qui croise obliquement le premier et se continue avec le nerf optique.
Il a fait remarquer, et il retrouve jusque dans les quadrupèdes, une bande qui marche derrière la conjugaison des nerfs optiques, et sert de commissure aux fibres externes des lobes de même nom , pendant que celle de leurs fibres internes a lieu dans les poissons directement au plafond de leur cavité commune , et ressemble au <;orps calleux des hémisphères dans les mammifères.
Il a donné aussi beaucoup de détails sur les variétés des replis qui sont dans Fintérieur de ces lobes optiques ,^et qu'il nomme corps optiques. Un cordon qui contourne les jambes du cerveau dans les ruminants, en avant de Foculo-mioteur; la commissure antérieure du cerveau qu'il trouve double dans plusieurs animaux ; la distinction des ganglions ou lobes olfactifs , la manière dont ils se confondent avec le cerveau ou dont ils s'en dégagent ; les variations dans le volume et les formes du
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cervelet; Celles des lobes latéraux du quatrième ventricule dans les poissons, qu'il croit les analogues des rubans gri^ que rfaomme et les mammifères ont au même endroit; les origines profondes des nerfs trijumeaux, ont particulièrement attiré son attention.
Il se trouve quelquefois en opposition sur les faits de détail et avec M. Desmoulins et avec M. Serre. Ainsi il n admet pas comme ce dernier lexistence de la glande pinéale dans tous les vertébrés. Il est fort éloigné aussi de croire comme M. Desmoulins qtie le cerveau ou le cervelet puisse manquer dans quelques uns de ces animaux ; et il explique les apparences qui ont donné lieu à ces suppositions , soit par une confusion du ganglion olfactif avec la masse du cerveau , soit par une diminution extrême du volume du cervelet.
Il n'est pas favorable non plus à la séparation trop absolue des fonctions, telle que l'entend M. FIourens. La petitesse excessive dLU|Cervelet dans certains animaux qui sautent et nagent très bien , comme les grenouilles, les couleuvres, lui sert en particulier d'argument pour mettre en doute l'attribution que M. Flourens fait exclusivement à cet organe d'être le régulateur des mouvements de locomotion.
Il montre qu'il s'en faut de beaucoup que les lobes
optiques soient, pour la grandeur, en proportion avec les nerfs du même nom. La taupe, entreautres, où ce nerf est presque atrophié, a ses tubercules quadrijumeaux aussi grandsqu aucun quadrupède; ce qui lui prouve qu'ils ne sont pas consacrés à la vision seulement, et lui paroit confirmer son système de luniformité des fonctions de tous les lobes.
Ce n'est pas dans une analyse comme celle-ci qu'il est possible de discuter ces opinions diverses , ni d'apprécier la multitude des observations dont se composent des recherches aussi laborieuses ; mais il nous a paru convenable d'en donner un exposé assez étendu pour attirer sur elles l'attention des anatomistes. Elles rentrent dans le cercle des tra* vaux de l'Académie, non seulement parcequ'elles ont été soumises à son examen , mais aussi parce* qu'elles ont été en quelque sorte provoquées par le prix qu'elle proposa pour 1821 , et qui fut remporté par M. Seri^w
A cette même époque M. Tiedemann, aujourd'hui l'un des correspondants de l'Académie, avoit aussi commencé une suite de recherches , dont il a publié un fragment sous le titre d'Iœnes cerebri sîmiariim et quorumdam animalium rariorum; recueil où plusieurs cerveaux sont représentés avec exactitude et des détails précieux.
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Tout nouvelleiïient M. Rolande de Turin vient d envoyer un mémoire sur la moelle de Fëpine, dans lequel il n admet que quatre sillons : Tantérieur qui est bien connu , et où pénétre le repli de • la moelle épinière; un postérieur bien moins pro- £Dnd, et les deux latéraux postérieurs. Les latéraux antérieurs, selon lui, ne sont que des apparences produites par les racines des nerfs. Elle n'a donc que quatre cordons , si ce n est dans le haut, où les pyramides postérieures en donnent deux de plus, mais qui ne régnent que dans la région cervicale , «t qui disparoissent même dans les quadrupèdes.
M. Rolando a examiné et décrit avec soin les figures que prend , en différents points , la coupe de la matière cendrée qui remplit Taxe de la nK)elle épinière. Au* dessous des pyramides antérieures elle représente un fer à cheval; aux endroits d'où sortent les nerfs des extrémités deux demi-4unes adossées; dans la région dorsale une espèce de croix. Il a trouvé les cornes postérieures de cette matière grise plus molles , plus rouges que le reste de sa coupe, et il admet, en conséquence, deux sortes de matière grise , comme il les a déjà fait connoitre dans le cervelet. Mais ce qu'il a exposé avec le plus de détail c'est que ce tube de matière médullaire qui enveloppe l'axe de matière cendrée est formé d^une lame médullaire repliée longitudi-
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nalement un grand nombre de fois, et que des lames de la pie-mère pénètrent dans ses plis extérieurs, et des lames de substance cendrée dans les intérieurs, ce qui donne à sa coupe l'apparence de fibres rayonnantes. Ce sont ces plis longitudinaux qui ont donné lieu, dit-il, à établir divers sillons. Il y en a à-peu-près cinquante dans les portions cervicale et lombaire de la moelle du bœuf, et aux cordons antérieurs seulement.
La pulpe médullaire qui forme cette membrane plissée se résout elle-même en fibres très déliées et à-peu-près parallèles; les racines antérieures des nerfs, plus nombreuses, comme on sait, que les postérieures , ne tiennent pas de la même manière à la moelle : elles y sont éparpillées, et leurs bulbes n'entrent pas si avant. M. Rolando croit que les filets qui forment ces racines se continuent avec les fibres médullaires de l'enveloppe de la moelle, et qu'ils ne tirent pas, comme lavoient cru MM. Gall et Spurzbeim , leur origine de la substance cendrée; ce qui, ajoute-t-il, est encore rendu improbable par l'observation de M. Tiedemann , que dans le fœtus on voit déjà ces filets , bien que la place de la substance cendrée ne soit encore remplie que par ' un liquide transparent.
Au reste il y a , dans toutes ces discussions ,
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beaucoup de difficultés qui naissent de Fabus des expressions figurées. Ainsi lorsqu'on a dit que les fibres médullaires naissentde la substance cendrée; que le cerveau est une production , une efflorescence de la moelle, ou la moelle une continuation du cerveau , on s'est exposé à être facilement réfuté par ceux qui prennent ces termes au pied de la lettre. Je devrois dire même qu'en les prenant ainsi on s'est donné pour les réfuter une peine très inutile. Les auteurs ne vouloient exprimer que des rapports de liaison , de connexion , et non pas d'extraction ; ainsi quand on dit que les artères naissent ou sortent du cœur, on ne prétend pas que primitivement elles aient été dans le cœur, qu'il les ait émises, etc.
Une remarque semblable doit sç faire sur des expressions figurées qui donnent lieu à des disputes encore plus échauffées et non moins vaines; ce sont celles qui se rapportent à certaines fonctions des organes : lorsqu'on dit, par exemple, que c'est le cerveau ou telle autre partie du système qui sent, qui perçoit, qui veut, qui anet en mouvement. Aucun de ceux qui parlent ainsi ne peut, à moins d'être absurde, entendre que ce soit telle ou telle partie qui éprouve la perception , qui exerce la volonté; c'est seulement une manière elliptique de dire qu*elle est, pour l'animal , l'instrument , la
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voie nécessaire de ces modifit^ations ou de ces actes.
On pourroit faire une troisième remarque sur la facilité avec laquelle, lorsqu'une partie quelconque se montre à Tœil avant une autre dans lembryon , on se détermine à dire qu elle se forme avant elle , et à déduire de là des conclusions qui semblent supposer qu'elle n'y est qu'au moment où l'on commence à l'apercevoir ou à lui trouver quelque consistance. Ce n'est que lorsqu'on aura débarrassé son langage et ses raisonnements de ces trois sources d'erreurs que l'on pourra tirer des faits quelques résultats clairs , et qui puissent n'être pas la source de nouvelles disputes.
Il est d'autant plus important d'éviter tout ce qui pourroit entraver ces recherches que le cerveau est, anatpmiquement parlant, celui de tous les organes dont la structure est le plus difficile à dévoiler; comme il est, physiologiquement , celui dont les fonctions merveilleuses échappent le plus à toute explication, et que l'on ne peut, par conséquent, trop encourager les efforts qui tendent à avancer, ne fût-ce que sur quelque point limité, la connoissance de ce mystérieux appareil.
M. Geoffroy-St-Hilaire continue toujours , avec la même ardeur, ses recherches sur l'unité de composition dans les animaux, tl les a portées princi-
paleaieut cette année sur les organes de la génération des oiseaux , qu'il a comparés à ceux des mammifères.
Déjà dans notre analyse de Tannée précédente nous avons fait connoitre sa manière de voir à cet égard.
Après avoir rappelé qu'il y a dans les oiseaux , outre Toviductus ordinaire et connu qui s'insère du côté gauche du cloaque , un petit canal aveugle , découvert par M. Emmert, inséré du côté droit, et que Ion peut regarder comme un second oviductus atrophié et ohlitéré, nous avons dit que M. Geoffroy voit, dans la partie supérieure et vasculaire de loviductus, 1 analogue de la trompe de Fallope; dans la partie moyenne à parois plus épaisse où l'œuf séjourne et prend sa coquille 1 analogue de la corne de la matrice ; et dans le reste de sa longueur l'analogue du vagin.
L'auteur a retrouvé les mêmes divisions dans certains oviductus droits, plus développés qua lordinaire; car cçt oviductus droit, ce vestige d'oviductus, ne consiste communément que dans Une petite vessie : mais il est sujet à beaucoup de variétés, et M. Geoffroy en a vu qui alloient au huitième, au quart, et même une fois à la moitié de la longueur de l'autre. Lorsqu'il est le plus Volumineux il manque encore d'issue à ses deux ex-
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trémités, et le pédicule qui lattache au cloaque nest qu'un ligament tendineux. Loviductus gauche ou ordinaire, observé dans de très jeunes oiseaux, ^'étend en droite ligne, et M. Geoffroy est porté à penser qu'il est primitivement fermé et ne s'ouvre, à ses extrémités, que par Faction du liquide qui se développe dans son intérieur.
L'auteur a donné dans un mémoire particulier la description des organes sexuels de l'autruche et du cazoar, où la grandeur des parties lui a procuré plus de facilité pour saisir leurs rapports çt reconnoître leurs analogies. Il y a sur-tout rendu sensible par des figures comparatives et très exactes la ressemblance singulière dés organes dans l'autruche mâle et dans l'autruche femelle, qui ne diffèrent , vers l'extérieur, que par les grandeurs relatives et inverses du pénis et du clitoris, et de l'orifice qui est à leur racine.
Ce que dans l'autruche on appelle la vessie urinairie est un sac assez grand , dans le fond duquel se termine le rectum , et qui est séparé de la cavité plus extérieure qui s'ouvre au-dehors , et que M. Geoffroy nomme u rétro-sexuelle, par un bourrelet ou rétrécissement où se voient les quatre mamelons répondant aux deux uretères et aux deux oviductus. Les premiers se dirigent un peu plus en dedans, eh sorte que Turine qui coule des reins
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saccumule naturellement dans ce g^and sac jusqu'au moment de rémission. La seule différence du mamelon qui répond à l'ovaire oblitéré c'est qu'il n'est point percé. Le rectum fait une saillie dans le fond de cette poche urinaire; et un rétrécissement plus intérieur fait même, de cette saillie, une poche particulière que M. Geoffroy nomme vestibule rectal, attribuante ses deux issues les noms d'anus intérieur et extérieur. C'est ce dernier qui , s'avançant au travers de3 deux autres dilatations, je veux dire de la vessie urinaire et de la poche urétro-sexuelle, se montre au dehors quand l'autruche veut rejeter ses excréments.
Dans le cazoar il n'y a point d'étranglement intérieur au rectum, et la vessie et la poche urétrosexuelle, faute de bourrelet qui les sépare, ne forment qu'une seule cavité. Dans d'autres oiseaux , tels que le canard et la poule, c'est le vestibule rectal qui se confond en une seule poche avec la vessie.
M. Geoffroy compare ce vestibule rectal à la poche glanduleuse dans laquelle s'ouvre le rectum de l'ichneumon, et il retrouve aussi ce double sphincter dans les marsupiaux et les monotrèmes.
Il explique en détail le mécanisme des différentes excrétions, et comment dans l'autruche et le cazoar la verge, ou plutôt le gland, car il croit qu'elle se
réduità cette partie, se déploie au-dehors pour leur donner issue.
La cavité où elle se retire et dont elle sort, dans certaines espèces, par une sorte de déroulement, est lanalogue de la bourse du prépuce; une poche particulière qui y aboutit, nommée d après son inventeur la bourse de Fabricius, et que M. Geoffroy appeloit encore assez récemment du nom indéterminé de bourse accessoire, lui paroît aujourd'hui le réservoir, le canal déférent des glandes de Cooper qu'il a trouvées tantôt réunies , tantôt séparées , sur la partie dorsale de la poche du prépuce. Dans Tautruche , et dans d'autres oiseaux où le gland se développe beaucoup, cette bourse acquérant plus d'ampleur, et son col devenant plus large, se con* fond avec la bourse du prépuce.
On voit que , d'après ce système de rapprochement, la principale différence qui resteroit entre les oiseaux et les mammifères seroit que dans les premiers le rectum ou le vestibule rectal s'ouvriroit dans la vessie, et que dans les seconds il s'ouvriroit immédiatement aunlehors. *
M. Geoffroy a dû recherchei* aussi les analogies du bassin , qui tient de si près aux organes de la génération.
Selon lui on s'est fort mépris à cet égard. L'os que dans les oiseaux on nommoit seulement os des
îles, et qui s'étend le long de lepine en avant et en arrière de la fosse cotyloïde, est composé de los des^ îles et de Fischion; celui qui lui est parallèle, mais en arrière seulement de la fosse cotyloïde, et qu'on a voit pris pour l'ischion, est le pubis ; et l'os grêle qui fait le bord du bassin postérieur, et qu'on noramoit le pubis, M. Geoffroy en fait, avec M. Serre, l'analogue de l'os si remarquable dans les mammifères à bourse, et que les anatomistes avoient désigné sous le nom de marsupial. Nous avons dit, dans le temps, que M. Serre a cru retrouver aussi l'analogue de cet os marsupial dans une petite partie qui s'observe à un certain âge, encastrée dans la cavité cotyloïde de plusieurs quadrupèdes d'autres familles. Cette pièce se voit en effet dans le rhinocéros , dans Fhyéne , et peut-être dans plusieurs autres genres. Comme elle manque dans le chien , dans l'ours, qui ont Fintérieur de la verge soutenu par un os , M. Geoffroy a pensé que ce sont les os marsupiaux qni se réunissent pour former cet os de la vei^e ; mais on ne Fobserve pas non plus dans bien des animaux qui n'ont pas d'os de la verge.
M. Geoffroy applique ensuite sa théorie aux mammifères à bourse , ou didelphes^ dont il s'étoit déjà occupé plusieurs fois , notamment en i&igi ainsi que nous Favonsdit dans notre analyse de cette année-là.
Les tubes en forme d*anse sur les côtés de la matrice, qui sont particuliers à ces animaux, lui paroissent deux vagins ; et il croit que ce que les autres anatomistes nomment vagin répond à la bourse urétro-sexuelle des oiseaux. La partie recourbée par laquelle ces anses s'unissent dans le haut, et qui est divisée, tant que lanimal na pas concju, par une cloison verticale, représente alors deux utérus qui se continuent chacun avec la corne et la trompe de Fallope correspondante.
L'auteur se représente donc cet appareil comme double dans sa totalité, ainsi que celui des oiseaux, comme dépourvu de même de col, et d autres moyens de retenir lovule ; c'est ce qui fait que celuici est expulsé avant son incubation, avant qu'un embryon s'y soit montré. M. Geoffroy explique la foiblesse et le peu de durée de l'action de ces utérus par la petitesse des branches artérielles qu'ils re^ çoivent , et c'est par la circonstance opposée qu'il rend compte du développement et de l'activité des mamelles et de la bourse qui les enveloppe , et dans laquelle il voit un grand développement du mont de Vénus. Les détails angéiologiques où il entre à ce sujet sont des faits positifs et très intéressants, mais ilseroit impossible de les iaire entendre dans un résumé aussi court que le nôtre. Daboville, Roume et Barton ayant vu que la pre-
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mière forme sous laquelle les produits de la génération se montrent adhérents aux mamelles est celle de globules , souvent transparents ou gélatineux, M. Geoffroy suppose que ces produits sortent de lutcrus à l'état d ovule, mais d'ovule qui a éprouvé un commencement de développement, ce degré auquel ceux des mammifères ordinaires s'implanteroient dans la matrice par leur placenta. 11 paroît même disposé à croire qu'il s'établit une liaison vasculaire de la tétine de la mère avec leur appareil digestif qui tient lieu, pendant un temps ^ du système ombilical; et néanmoins il vient tout récemment d'annoncer cfu'il a observé dans quelques fœtus des marques d'une cicatrice ombilicale, ou peut-être des vestiges d'un placenta qui n'auroit pas pris son développement ordinaire.
Dans une autre série d'observations, M. Geoffroy a trouvé sur un fœtus de vache, vers le commencement de la gestation , les apophyses épiiieuses de vertèbres dorsales contenant plus de noyaux osseux que l'on n'en avoit observé jusqu'ici : ce qui lui a paru une confirmation de l'analogie de ces apophyses avec les rayons des nageoires dorsales des poissons, analogie qu'il avoit mise en avant à l'occasion de ce bœuf des Indes que l'on assure porter des épines sur le dos. Plusieurs de ces apophyses ont en effet, dans leur cartilage, deux et même
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trois pièces osseuses distinctes , placées verticdlement, une derrière et deux devant, et ces deux-ci Tune au-dessus ou à coté de 1 autre. Avec le temps tous ces noyaux se soudent en une apophyse unique.
M. Geoffroy ayant vu aussi ^ comme on le savoit par les observations de Fougeroux faites en 1772 , que le canon ou los principal du métacarpe et du métatarse des ruminants se divise dans le fœtusen deux os distincts, et prenant en considération les os prèles et les phalanges plus ou moins complètes qui représentent dans les pieds de ces animaux les métacarpiens et les métatarsiens, ainsi que les doigts latéraux et qui ont aussi été décrits plus ou moins complètement par divers auteurs, critique l'usage que font les naturalistes des termes d^ergots et de stylets pour désigner ces pièces osseuses, et de celui de bisùlque pour distinguer la classe entière : et en effet un cochon n'est pas plus quadrisulque qu'un fœtus de ruminant. Il pense même que cest à tort qu'on a dit que lanoplotherium est le seul bisùlque qui ait, au lieu de canon, un os double au métacarpe et au métatarse. Celui quia caractérisé ainsi cet animal auroit pu , il est vrai , s'exprimer plus rigoureusement en disant que c'est le seul qui conserve avec Tage ces deux os séparés, s il a voit pu croire ne pas être entendu de tout le monde.
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Enfin le savant naturaliste dont nous analysons les travaux a tiré, de la configuration des os de la tête du bœuf à bosse ou zébu , des conjectures sur une différence spécifique de cet animal et du bœuf domestique ordinaire.
M. de La Marck , dont une malheureuse cécité a interrompu les travaux, au grand détriment de tant de parties de Thistoire naturelle qu'il enri* chissoit de ses observations, a confié son enseignement à M. La treille, et ce célèbre entomologiste a été conduit ainsi à étudier des classes d'animaux sans vertèbres, dont il s'étoit moins oe^ cupé jusque-là* Il a présentée FAcadémie, comme premier produit de son entrée dans ce nouveau champ, un tableau de distribution de la classe des mollusques , fondé sur les observations anatomiques les plus récentes, et sur les rapports qu'il croit pouvoir en déduire.
Il met d'un coté les genres où ii se fait un accouplement, et de lautre ceux qui se fécondent par eux-mêmes. Dans la première de ces grandes divisions, la forme et la position des organes du mouvement servent de motif au second degré de la subdivision; puis viennent la séparation des sexes ou leur réunion sur le même individu ; puis
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la nature et la position des organes delà respiration. Dans la seconde grande division , c'est la préfsence ou labsence d une tête apparente qui donne les premières branches de subdivision, ensuite la forme de la coquille. Tous les genres et sous-^enre^ connus sont répartis d après cette méthode , en commençant par les gastéropodes de M. Cuvier, passant à ses ptéropodes, puis à ses gastéropodes nus, à ses pulmonés, à ses pectinibranches , etc., et finissant par ses acéphales^ Mais, en déplaçant plus ou moins les limites de chaque groupe , M. Latreille a imposé à ses familles des noms nouveaux, et relatifs aux caractères sur lesquels il les détermine.
La nature de cette analyse ne nous permet point d'entrer dans ce détail, sur lequel les naturalistes pourront consulter l'ouvrage lui-ménie. Il est iniprimé dans les ^nna/es des Sciences naturelles y ce Recueil nouveau, fruit des travaux de quelques jeunes naturalistes pleins de zèle pour les sciences, que nous avons déjà annoncé Tannée dernière , et qui continue de paroître avec le même succès et la même richesse en observations intéressantes.
M. Latreilie annonce sur le régne animal tout entier un travail analogue à celui qu'il a fait paroître sur les mollusques. Il ne manquera pas , sans doute , d'y saisir et d'y faire contraster des ca-
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ractères qui feront paraître sous des faces nouvelles les rapports des animaux * .
Ce savant naturaliste continue aussi Touvrage qu il publie avec M. le comte Dejean, sur les insectes de l'Europe. Le second numéro, qui com-mence Thistoire des carabes, n'est ni moins intéressant, ni moins bien exécuté relativement aux figures, que celui que nous avons annoncé en
M. Lamouroux, correspondant de TAcadémie, qui vient de lui être enlevé , jeune encore, par une mort inattendue, avoit commencé, pour YEncyclopédie méthodique , un dictionnaire sur les animaux rayonnes de M. Cuvier, c'est-à-dire sur les polypes, les coraux, les madrépores, et en général sur tous ces animaux que Ion a long-temps nommés zoophytés , parcequ'ils ont quelque chose de Fapparence des plantes, et semblent tenir de leur nature. Ce qu'il a publié va jusqu'à la lettre E , et le soin que l'auteur a mis à y rassembler les espèces connues, ainsi que la sagacité avec laquelle il les distingue, et la clarté avec laquelle il les décrit, ne peuvent que rendre plus vifs les regrets que sa perte a inspirés à tous les amis des sciences.
* Cet ouvrage vient de paroitre sous le titre de Familles naturelle^ du règne animal , i vol. in-8*.
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M. Moreau de Jonnès a présenté à TAcadétnie rhistoire du serpent jaune de la Martinique, ou tri" gonocépkale fernie^limce y reptile qui pendant longtenoips a inspiré une terreur telle qu'il a peut-être retardé d'un siècle la population de cette ile , et qui encore aujourd'hui, malgré la chasse assidue quon lui donne et la destniction que Ton en fait , y cause chaque an née la mort d'un assez grand nombre dmdividus, sur-tout parmi les nègres. Sa longueur va quelquefois à plus de sept pieds. On le nomme seiv pent jliune parcequ'il est souvent de cette couleur, mais il y en a aussi de nmrâtres et de tigrés de noir. Ses crochets venimeux ont jusqua quinze lignes de longueur. On lui compte sous le ventre de deux cenfr vingt à deux cent quarante plaques, mais^celles du dessous de la qu<eue sont constamment au nombre de soixantedéux ; du reste il offre tous les caractères des autres^ espèces de son genre. Son agilité hors le temps de la digestion est formidable; un in-t stfnct féroce le porte à s elancersur les passants , et, quand on la perçoit, il est d'ordinaire déjà daïisune attitude hostile; roulé en spirale, la tête au sommet de l'espèce de cône qu'il forme, il ne lui faut qu'un instant pour atteindre sa victime. M. de Jonnès as* sure même qu'il peut se dresser sur la queue, et surpasser alors un honime en hauteur. Son ouïe est très fine et se réveille par un bruit léger; ses yeux saillants et vifs , au moyen de l'élargissement
OU du rétrécissement de leur pupille, lui servent la nuit et le jour, comme ceux des chats ; il se tient dans des lieux obscurs, et choisit pour sa chasse le coucher du soleil ou les jours sombres et nébuleux. Sa vitalité est très longue , son corps s a^te encore spontanément huit heures après quon a séparé la tête, et beaucoup plus tard si on le provoque. On a cru que Ion pouvoit être averti de sa présence par Todeur infecte qu'il exhale^ mais rien ne seroit plus dangereux que d'attendre cet indice ; ils n en répandent pas tous ni à beaucoup près dans tous les instants. La fécondité de ce dangereux animal est effroyable. Les portées sont de trente à soixante petits ; ils naissent longs de huit à douze pouces et déjà doués de toutes leurs facultés ; souvent en moissonnant un champ de cannes à sucre on en met soixante ou quatre-vingts^ à découvert, et c'est le produit d une ou deux mères. Ce sont les immenses massrfede cannes qui leur fournissent leurs principaux repaires, et si commodes pour eux que Ion peut dire que la culture a plutôt augmenté que diminué le nombre de ces êtres malfaisants. Leurs aliments se sont multipliés non moins que leurs abris par la quantité prodigieuse de rats qui , venus avec les Européens, remplissent maintenant toute nie; les oiseaux, les autres reptiles, et tous les petits quadrupèdes, leur servent aussi de proie. Ce qu'il y a peut-être de plus extraordinaire
dans l'histoire de ce serpent c'est que toutes les Antilles en sont exemptes à l'exception de trois , la Martinique, Sainte-Lucie, etBéconia; les autres n'ont même aucun serpent venimeux; aussi les Caraïbes prétendoient-ilsj qu'il leur a voit été apr porté du continent par une peuplade ennemie, mais il auroit pu aussi en être apporté par les courants , ne fût-ce que sur quelqu'un des troncs d arl^res qu'ils entraînent si souvent.
M. de Jonnès prouve que cette espèce habite en effet plusieurs parties du continent arnéricain , et il croit la reconnoitre dans les indications de divers auteurs; lesquelles cependant paroissent pour la plupart trop vagues pour marquer avec certitude une espèce plutôt qu'une autre.
Jl est fort dangereux, à la Martinique, de passer dans des bois sur des troncs d'arbres creux , ou spuvejit le trigonocéphale repose, de mettre les mains dans des nids d'oiseaux où il demeure souveiit tapi , après avoir dévoré les œnk ou les petits. Les poulaillers l'attirent; il se cache souvent dans, les rosea^x dont on fait Iç toit des cases; il se réfu-. gie, pendant le jour, dans les trous de rats ou de. crabes. Rarement ces reptiles pénètrent dans les villes, si ce n'est les petits qu'on apporte dans des^ bottes de fourrage vert. L'inutilité des efforts dès. honimes pour détruire ce fléau a fait recourir à des.
chiens terriers anglois d'une espèce particulière, qui ont déjà été fort titiles. M. de Jonnès a conseillé d'introduire dans l'île le serpentaire du cap de Bonne-Espérance , cet oiseau de proie à hautes jambes qui rend tant de services à l'Afrique méridionale; on l'a essayé en effet, mais le premier essai n'a pas réussi. Il mérite d'être renouvelé.
M. Guyon, chirur^penà la Martinique, a envoyé de nouveaux échantillons delà petite sangsue qu'il a trouvée sous les paupières et dans les fosses nasales d'un héron, et dont nous avons dit quelques mots en 1822. Autant qu'on a pu en juger elle n'a point de dents, et parmi les nombreux genres établis récemment dans la famille des sangsues par MM. La Marck, Savigny, Leach et Dutrochet,, c'est à celui des nephelis qu'elle paroît devoir être rapportée. On désire toujours quelle puisse être retrouvée dans l'eau, et décrite dans Fétat où elle y çxiste sans doute aussi.
M. Latreille a décrit un nouveau genre de la famille des araignées qu'il nomme myrmëcie , parceque sa forme est au premier coup d'œil presque celle d'une fourmi , son corps étant de même alongé et étroit, sur-tout dans les parties qui composent le thorax. Les huit yeux sont sur deux li-
gnes, chacune de quatre; mais les deux extérieurs de ïç ligpfie antérieure s'écartent beaucoup sur le côté. Ses pattes de devant et celles de derrière sont les plus longues. Sa place dans la méthode sera entre les dolomédes et les érèses.
Plusieurs voyageurs racontent quiï y a en Perse une punaise nommée miana, dont la piqûre tue les étrangers , et les étrangers seulement , mais ne fait point de mal aux gens du pays. M. Gotthdf Fischer, savant naturaliste de Moscou, a voulu connottre les caractères d'un être auquel on attribue une propriété si étrange. Ce miana est plat et rouge comme les punaises de lit. Ce n'est pas vraiment une punaise , mais un insecte de la famille des tiques et du sous-genre nommé arcas par Hermann , sous-^enre dont nous avons en France une espèce qui vit sur les pigeons, Vacarus marginatus de Fabricius.
La tique des chiens, animal parasite si connu, est du sous-genre le plus voisin, celui des ixodes; et quoique deux fois plus grosse que le miana, elle ne fait pas périr les animaux auxquels elle s'attache. Aussi M. Fischer ne croit-il guère plus à la qualité mortelle de cet arcas de Perse qu'à la diffiérence ridicule du pouvoir qu'il exerceroit sur les étrangers et sur les natifs.
Les anciens ont parlé d'un miel des pays voisins du Caucase, qui causoit une espèce de délire à ceux qui en mangeoient, et Xénophon rapporte que cet accident arriva à plusieurs de ses soldats aux environs de Trébisonde. C'est en effet ce que Tournefort et Giildenstedt ont reconnu vrai, du miel que les abeilles prennent sur les fleurs de Yazalea pontictty et du rhododendrum ponticum. L'Amérique produit aussi des miels dangereux ; Banos , Pison , Dazzara et Barton en ont parlé. Dans les Alpes même, le napel et Yaconitum lycoctonum communiquent leurs qualités délétères au miel pris dans leurs fleurs»
M. Auguste de Saint-Hilaire a éprouvé personnellement des effets très graves d'un miel des bords de l'Uruguay. Deux cuillerées seulement lui donnèrent l'agonie la plus cruelle, et un affoiblisse^ ment qui lui parut le précurseur de la mort; deux de ses gens tombèrent dans un délire furieux, et ce ne fut qu'au bout de vingt-quatre heures et avec beaucoup de vomitifs et d'eau chaude qu'ilspurent se délivrer d'un état si effrayant.
Ce miel étoit rougeàtre, et avoit été pris dans la ruche d'une guêpe nommée dans le pays lécheguana de mel vermelho; mais il n'est pas toujours aussi vénéneux, et cest probablement, comme le miel du Pont, ai|x plantes dont Tinsecte le tire quelquefois
qu'il doit les qualités dangereuses dont M. de Saint- Hilaire a feit lepreuve. Il en soupçonne principalement quelques plantes des familles des solanées, des scrofulaires et des sapindus, sur-tout une spindacée qu'il norpme pauUinia australis, et qui étoit en fleur aux environs du guêpier qui lui fut si funeste.
A ses propriétés étranges ce miel joint la singu-^ larité d'être Fouvrage d une guêpe et non pas d'une abeille; M. Latreille a décrit cet insecte, et Fa reconnu pour un poliste y sous-genre de guêpe carton^ nière de Cayenne (yespa nidulans. Fabr.). Sa ruche longue d un pied, et formée d une espèce. de papier grossier, est suspendue à des arbrisseaux. Son miel, âelon les expériences de M. Lassaigne, se dissout en entier dans lalcohol , à la différence de celui de nos abeilles qui abandonne alors un sucre solide et cristallisable.
Nous avons déjà entretenu bien des fois nos lecteurs des efforts constants auxquels s'est livré et se livre encore M. GeoflProy-Saint-Hilaire, dans la vue de démontrer et rendre en quelque sorte palpable ce qu'il nomme Yuniié de composition du règne animal, et sur-tout l'unité de sa charpente osseuse, c'est-à-dire du squelette.
Il a justifié dans un mémoire spécial la préfet
rence qu'il donne à cette partie de Torganisation , par la plus grande certitude des indications qu elle fournit touchant les rapports des animaux entre eux ; les os sont des espèces de murailles destinées à loger, à contenir, à séparer les organes; ils sont en rapport nécessaire avec tout ce qu'ils contiennent; leur système accumule en lui les caractères de tous les autres systèmes; en même temps Fauteur se représente la matière osseuse comme étant en quelque sorte une matière excrémentitielle qui seulement aboutit à des cavités sans issue ; c'est le dépôt des organes aussi bieù que leur réceptacle, et sous ce rapport encore le système osseux doit être lexpression des autres. Néanmoins cest au squelette de la têt« qu'il s attache de préférence , et pour retrouver phis sûrement dans les diverses espèces toutes les pièces qui le composent , il commence par assigner à chacune sa place , son rôle, et ses rapports avec les pièces voisines. Pour cet effet , il a divisé la tète , non compris la mâchoire inférieure , en sept vertèbres , dans chacune desquelles il retrouve les neuf pièces qui selon lui for* ment l'ensemble d'une vertèbre complète.
On a pu voir en effet dans notre analyse de i 822 que M. Geoffroy considère toute vertèbre complète comme fondamentalement divisible en neuf pièces : le corps ou le cycléal; les deux côtés de la par-
tie annulaire supérieure, ou lespériaux; les deux c^tés de lapophyse épineuse ou les épiaux; les deux côtés de la partie annulaire inférieure qui dans le thorax se changent en côtes , ou les paraaux; enfin les deux côtés de lapophyse épineuse inférieure qui dans le thorax deviennent les cartilages des côtes, et qull nomme cataaux. Nous avons exposé aussi à diverses reprises comment M. Oken , con-* sidérant le crâne comme une répétition plus déve^ loppée de l'épine du dos , a voit cru devoir le diviser en trois vertèbres, et regarder le nez comme 1 analogue du thorax , et les deux mâchoires inférieures comme les analogues ou les répétitions des bras et des jambes; comment MM. Meckel et Bojanus ont ajouté une quatrième vertèbre ^celles de M. Oken et ront nomméeetb moïdale ; conimentenfîn M. Spix tout en conservant lies trois vertèbres de M. Okén a vu dans les os qui composent le nez une répétition de l'appareil hyoïde et laryngien.
M. GreofFroy, sans entrer dans ces combinaisons fondées sur ]a métaphysique connue en Allemagne sous le nom de philosophie de la pâture, s est borné à considérer le crâne et la face comme une continuation de 1 épine, et à y appliquer sa théorie générale de la vertèbre; or, conune suivant sa manière de compter, il y a en tout dans cette partie du squelette soixante-trois pièces osseuses, il a dû
y retrouver, en divisant ce nombre par neuf, sept yertébres, chacune composée de neuf pièces, un cyclëal , deux périaux , deux épiaux , deux parasrilx et deux cataaux; et en effet il est parvenu , à force dessais, à distribuer ses soixante-troisos de manière que, rangés quatre à quatre, ils forment à-peu-près sept doubles cercles attachés les uns au-dessus et les autres au-dessous de sept pièces impaires qui composent une sortç d'axe. Ne pouvant pas donner ici le détail des différentes tentatives de J auteur, nous nous bornerons à rendre compte de sa répartition telle qu'il lexpose dans la troisième des rédactions quil en a publiées, et qui est du mois de décembre de Tannée dernière. Pour être plus aisément entendus , nous désignerons chaque os par le nom qu il porte communément; nous indiquerons à la fin les noms nouveaux que M. Geoffroy leur impose.
La première vertèbre , qu'il nomme /èn^ua/e^ a pour périaux et épiaux les intermaxillaires et le segment dentaire des maxillaires ; pour paraaux et pour cataaux les cartilages du nez et les deux lames du vomer;<soa cycléal est une pièce cartilagineuse qui n'a voit pas encore été observée.
Dans sa deuxième vertèbre, appelée nosa^^ les pièces supérieures sont les os propres du nez et les os un^is; les inférieures, les deux paires de cor-
nets du nez ; et Fimpaire , la lame de lethmoïde.
Les frontaux, les segments orbitaires des maxillaires , le corps de lethmoïde , les apophyses ptérygoïdes externes et les palatins, composent de même sa troisième vertèbre, dite oculaire.
La quatrième ou la cérébrale comprend les pariétaux, lesjugaux, le corps du sphénoïde antérieur, le cotyléal, ou la capsule dans laquelle s articule lapophyse styloïde , et les apophyses ptérygoïdes internes.
La cinquième vertèbre se nomme quadrijumale , parcequ'elie est proprement, selon Fauteur, Fétui des tubercules du même nom; elle se forme des interpariétaux qu'il regarde comme les segments supérieurs de Foccipital supérieur, des temporaux ëcailleux, du corps du sphénoïde postérieur, des grandes ailes du sphénoïde, et des petites nommées aussi ailes d'ingrassias.
La sixième est la vertèbre auriculaire; le segment antérieur ou temporal du rocher, son segment postérieur ou occipital en forment les pièces paires supérieures. Un segment antérieur que Fauteur admetdanslebasilaire est sa pièce impaire* Le segment antérieur du cadre du tympan et la tubérosité sont ses pièces paires inférieures.
Il reste la septième, ou la cérébelleuse; les segments postérieurs de Foccipital supérieur, les occipitaux
latéraux forment son anneau supérieur; le segment postérieur du basilaire est son cyclé^l ou sa pièce impaire; enfin Tauteur lui trouve ses pièces paires inférieures , c'est-à-dire ses paraaux et ses cataàux, les premiers dans les marteaux , les seconds dans Tensemble de lenclume et de Fétrier.
Indépendamment de cet appareil qui constitue la tète supérieure , il y a de chaque côté sept os dans la mâchoire inférieure, ce qui en ajoute quatoirze à la totalité de ceux dont se compose la tête. Ces sept paires d*os sont comme des parties supplémentaires des sept vertèbres de la tête; elles s'y rapporr tent comme les pièces du sternum se rapportent au système vertébral du thorax , et celles de l'appareil hyoïdien au système vertébral du cou.
Nous avons déjà indiqué en 1820 la nomenclature que M. Geoffroy a proposée pour les différentes pièces dans lesquelles se décompose los sphénoïde. Le travail dont nous venons de rendre compte Ta engagé à appliquer une nomenclature analogue à ces soixante-trois os dont se forme la tête* ;
Les sept pièces impaires prennent la terminaison de sphénaly avec une préfixe particulière pour chaque vertèbre; on les appellera proto^/t^a/ ( le cartilage non décrit dont nous avons parlé), rAinosphénal ( la lame ethmoïdale ) , ethmosphénal ( le
•UFPON. COMPtiM. T. IV. Q
l3o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
corps de Tethmoïde), erUosphénal {le corps du sphénoïde antérieur), hyposphénal {le corps du postérieur), o(oipA^mi/ (le segment postérieur), basisphé* nal (le sèment antérieur du basilaire).
Pour la première vertèbre les pièces paires supérieures seront ïetmophysal (les eornets supé* rieurs) , roétrtasa/ (imtermaxillaire) ; les inférieures, Yadgustal{\e segment palatin du maxillaire), et h rhinophysal (les cornets inférieurs du nez).
Pour la deuxième vertèbre on a eu^dessus le /aerymai et Yaddental (le segment dentaire du maxillaire) , et en-dessous le palatal (palatin) et le vomend (vomer).
Pour la trobième le nazéz/ (os propre du nez) et Yadorbital (le segment orbitaire du maxillaire), le hérisséal (apophyse ptérygoïdc interne) , et Im^rossial (raile d'ingrassias). «
Pour la quatrième le frontal et lejugal, le eoty^ léal {ce godet où s'articule lapophyse stylolde) et le ptéréal (grande aile du temporal).
Pour la cinquième le pariétal et le temporal, le serrial { le deuxième segment de la grosse tubérosité) , et Viaro'ierrial (sa pointe inférieur^)»
Pour la siiièi|ie Xinierpariétal et le rupéal (ro«cher) , le tympaml (cadfe du tympan) et le m^Uéal (marteau).
. Pour la septième enfin le surroeoipital et Vexocoi'
ET ZOOLOGIE. l3l
piiat (occipital latéral), le stapéal (rétrier) et Vincéal (rendume).
Quaut aux os de la mâchoire inférieure, M. Geof* froy a crû devoir aussi substituer d autres noms à ceux que MM. Camper et Cuvier leur avoiént donnés. Il app^e le dentaire subdental ^ Voperculaire sublacrymal, le supplémentaire suborbiial, le sur^ angulaire subjugal, l'angulaire subtemporat, l'articulaire subrupéal, le subangulaire suboccipitaL
Ces déterminations s'appliqueront aisément à l'homme et aux mammifères, sur-tout par ceux qui ont étudié l'ostéologie des foetus, et qui eonnoissent les subdivisions îétablies daps le maxillaire et le temporal de l'embryon par M. Serre. Les seules discussions qull puisse y avoir relativement à cette classe roulent sur la position respective des pièces , et l'analogie plus ou moins éloignée que cqtte position indique avec les pièces vertébrales ; n^ais il y a plus de difficulté pour les classes ovipaves^, où quelquefois on est loin de trouver les mêmes nombres de pièces , et où l'on peut quelquefois élj^ ver des doutes sur l'analogie de quelques unes avec celles que M, Geoffroy leur compare.
C'est pour répondre à ces doutes et oonfirn^er de plus en plqs les applications de sa théorie, ou du moi^s pour en expliquer les ailomalies apparentes , que l'auteur de ce grand travail a repris Fo^téologie
l32 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
de la tète du crocodile, dont il s'étoit occupé dès Fannée 1807 , et qu'il la considère maintenant d'après le nouveau développement qu'il a donné à ses vues ; ce qui l'oblige d'admettre des déterminations en partie fort différentes de celles qu'il avoit publiées alors, et même à dés époques postérieures à celle-là.
Les trois premiers cycléaux, le protosphénal , le rbinosphénal , et Tethmosphénal , n'existent point dans le crocodile à l'état osseux; une longue cloison cartilagineuse eil tient la place : ce que M, Geoffroy attribue à leur grand alongement et au développement excessif des os qui en forment les parties latérales, u Ces cycléanx, dit-il, sont datis le cas de (c toutes les portions du système osseux qui sortent '( de leur classement ordinaire comme volume, et tf^qui n'acquièrent point de dimensions démesui*ées « qu'elles n'en soient comme accablées et que par u suite elles ne soient privées de consistance. >» Le basilaire dans le crocodile, comme dans le très grand nombre des animaux , n'est que d'une seule pièce, et non pas de deux, comme il le faudroit pour représenter Yotosphénal et le basisphénal. Mais l'auteur assure avoir vu ces deux pièces séparées dans des monstres humains, et pense que « c'est à « leur position inférieure et centrale , et plus encore M à leur part d'influence dans la première formation
ET ZOOLOGIE. l33
« du fœtus, que Ton doit la précocité de leur soute dure, n Quant aux parties latérales, M. Geoffroy juge que celles, que tous les anatomistes et lui^ même, a voient regardées comme le jugal et le temporal répondent plutôt à Yadorbital ou segment orbitaire.du maxillaire et au cotyléal, os qui , dit-il , «sans manquer à ses connexions et fonctions, se « montre en quelque sorte flottant daqs les diverses u familles, sous le rapport des points d appui qu'il (t réclame et qu'il adopte^ comme sous celui des u époques auxquelles il se soude avec quelques voi- « sins. »
M. G^ffroy revient maintenant aux déterminations de M. Cuvier , touchant le frontal , le pariétal , le lacrymal. Mais il croit que le frontal postérieur de cet anatomiste est le jugal, que son mastoïdien est le temporal , et que son frontal antérieur est le cornet supérieur ou ce qu'il regarde comme ne £eiisant qu'un avec lui, los planum; opinion que M. Oken a voit déjà soutenue. Comme Fos nommé jusqu'à présent occipital supérieur ne descend pas jusqu'au bord du trou occipital, M. Geoffroy ne croit point qu'il mérite ce nom : il pense que les occipitaux latéraux, quoiqu'ils ne soient chacun que d'une pièce, même dans les plus jeunes croco* dUes, contiennent cependant chacun une moitié du véritable occipital supérieur qui s'y est soudée
|34 ANATOMIE ET tHTSIOLOGlË ANIMALES,
de très bonne heure ^ et que cette moitié s^tatro^ pbté6 ; ce qlii, joint à la nécessité de retrûuyer Taile d'ingrassias qui avoit paru m&nquer dans le crocodile^ le conduit à une proposition qail qualifie d'inattendue : savoir^ que cet ancien occipital su« périeur se forme de la réunion d^ deux rochers qui seroient montés sur le crâne, et se seroient soudés ainsi çn un seul os impair qu'il nomme ru^ péaL En efiet, pour reti'ouver sur lesc6tésdu crâne les deux ailes du sphénoïde, il est obligé de donner Je nom de petite aile à l'os que M* Guvier regarde comme analogue de la grande, et celui de grande aile à celui que M* Guvier prend pour le rocher, attendu sa position et la part essentielle qu'il a au revêtement du labyrinthe*
L'auteur s'est vu obligé de revenir^ dans un mé-> moire particulier sut' un os qui s'est trouvé crffrir une nouvelle difficulté. C'est celui qui se rend dé l'apophyse ptérygoïde au maxillaire, et que plu* sieurs anatomistes, et M. Greoffroy lui<>même qui le nomme ttdgustaly considéroit encore, dans son dernier travail général, comme répondant à Tapo*physe ptérygoïde internei M. Guvier, ne trouvant pas cette apophyse détachée dans le fœtus dés mammifères, a éru devoir renoncer à cette déterlÉnnation, et regarde Ibs en question comme propre aux animaux ovipares. Il lui donne le nom de
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tmmverse. M. Geoffroy ne pourant concilier une pareille idée avec sa théorie^ et cherchant à i»t o$ un analogue, a pensé qu'il répond à ce que M. Senû nomme le segment palatin du maxillaire^ pièce qui est vers le palais en dedans des dents màchelières; ce segment palatin seroit ainsi reculé vers la tempe des reptiles, et M. Geofiroy s'explique par-là comr» ment ces animaux n'ont point de véritables mftehe^ lières. En poursuivant ce nouvel ordre d'idées, et en comptant ainsi d'arrière en avant les pièce» maxillaires, il est conduit à croire que ce qu'on a pris dans les rongeur» et dans quelques autres mammifères pour des intermaxillaires et des dents incisives n'en sont pas ; que les uns et les autres y avortent, et que leurs sbi^isant incisives sont des canines.
Cet infatigable naturaliste ne s'est point borné aux études exigées par sa théorie relativement au crocodile. Il a repris plusieurs des questions qu elle Ibit naître touchant l'ostéologie des poissons. Nous avons déjà eu plus d'une occasion de dire que les os dont se compose l'opercule des branchies dans les poissons donnent sur -tout heu à des divergences d'opinions très prononcées, et dès idi8 nous avons rendu compte de celle de M. Geoffroy, que ce sont les analogues des osselets de Foule, c est* à -dire du marteau, de l'epclume, et
l36 ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
de i etrier. Il Ta nouvellement défendue dans un premier mémoire contre deux anatomistés hoUahdois ,' MM. Vanderhœven et Bakker, qui n avoient pas cru devoir ladopter ; et dans un second contre M.Weber, qui avoit cru trouver les analogues de ces osselets dans d autres pièces que Topercule , savoir^ dans les petits os situés derrière le crâne de certains poissons tels que les cyprins, les silures, et les lo* ches. Dans le premier de ces mémoires M. Geoffroy présente une comparaison entre lappareil des fosses nasales des mammifères et celui des poissons ; rappelant que dans les cétacés , et en partie dans quelques chauve^souris, les tubes des narines sont exclusivement consacrés à la respiration , il regardé la suite des os in termaxilltires, palatins, etptérygoïdiens des poissons comme représentant ce même tube respiratoire, mais largement ouvert à sa partie inférieure, parcequil doit conduire à un appareil de respiration beaucoup plus rapproché et plus élargi. En arrière des pièces qui appartiennent à ce tube nasal, ou plutôt à ce demi-tube, doivent nécessairement se trouver celles qui dans les autres animaux viennent aussi à sa suite, la caisse et ce quelle renferme. Quant aux petits os placés en arrière du crâne de la carpe et du silure, qui tiennent d'une part à la vessie natatoire et de l'autre à un canal qui communique avec Toreille interne.
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petits os que M.Weber, en conséquence de leurs figures , avoit cru pouvoir regarder comme les osselets de Fouie, M. Geoffroy établit que ceux que M. Weber nomme le inarteau etlenelume sont en réalité les côtes appartenantes à la deuxième et à la première vertèbre , un peu dérangées de leur di*rection ordinaire par le tiraillement que produisent à leur égard les mouvements alternatifs de la vessie natatoire.
Ges recherches conduisoient naturellement M. Geoffroy à s'occuper des petites pierres que l'on trouve dans l'intérieur du labyrinthe membraneux de l'oreille des poissons, et qui ont des formes si particulières et si constantes dans chaque espèce. En aucun cas on n'en pourrait tirer parti contre sa théorie du squelette; car ce ne sont pas des os, comme quelques uns ont semblé lé croire, mais des espèces de concrétions dont la formation ne ressemblé à rien tant qu'à celle des coquilles. C'est ce que l'auteur du mémoire lait valoir avec raison. Cherchant ensuite pourquoi on ne les trouve que dans la classe des poissons, il conjecture que cela tient à ce que ces animaux n'ayant pas de trompe cCEustache, ou de conduit par lequel puissent s'écouler les excrétions qui doivent, selon lui, résulter des actes nécessaires à la sensation, les matières excrémentielles s'accumulent dans l'intérieur.
l38 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
Cependant Ton pourroit objecter qu'il se pro* duit aussi de ces concrélions dans plusieurs repUles qui ont une trompe dEustache^ et que tnéme dans les mammifères où elles ne se montrent jamais, le labyrinthe n'est pas moins clos que dans les pois* sons , la trompe dEustache ne donnant d'issue qu a la cavité de la caisse et non à celle du, labyrinthe.
La baudroye est un grand poisson de nos mers à gfueule énorme, à tête plate, plus volumineuse que le corps , et qui porte sur le crâne quelques rayons mobiles terminés par des appendices char^ nus. Les anciens la noinmoient^renout7/e/:^Aeresse^ et prétendoient qu'elle emploie les filaments du dessus de sa tête à attirer les poissons dont elle veut se nourrir; que pour cet effet elle se cache dans la vase, ne laissant paroltre que ses petits appendices, auxquels elle imprime de légers mouvements ; que les poissons les prennent pour des vers, et que s'en approchant pour les saisir ils sont eux*mêmes dévorés par la baudït>ye.
Ce récit répété par les modernes a jàit dire que la baudroye pêche à la ligne 2 comparaison qui, en admettant même ces particularités comme vraies , seroit encore assez impropre, puisque ses filets n ont point de crochets ni rien qui puisse retenir les poissons à la manière des faaims ou des hame^
ET ZOOLOCIE. 139
Ç0119. Néanmoiiis Al Bailly^ jeutie médecin dont Bims avons déjà rapporté des observations intéressantes sur Tanatomie du cerveau, n'ayant point d^ocoasion de vérifier le fait en lui-même, a "voulu examiner au moins Tappareil qae Ton croit y servir, et a décrit et dessinéavec soin les pièces osseuses qui le composent, les muscles qui les mettent en jeu , ainsi que les nerfs qui s'y distribuent. Outre les rayons, il y a trois pièces couchées sur le crâne en forme de èrètes basses et alongées, sur lesquelles ees rayons s'articulent par des espèces d anneaux , et qui sont à leur égard ce que les osselets appelés communément interosseux sont à Fégard des rayons des nageoires* Les muscles sont au nombre de vingt^deux, et leur disposition est aussi, en grande partie^ semblable à celle des muscles des rayons ordinaires dans les nageoires épineuses; leur position seule est différente, parcequ'ils sont obligés de s'épanouir sur le crâne, au lie u de s'insérer entre lès muscles de l'épine; Ce sont en un tnot , ainsi que M. Guvier l'avoit dit depuis long-temps , trois rayons jetés en avant sur le crâne, avec les interosseux qui les portent^ au lieu d'être demeurés au-dessus de la partie intérieure de l'épine comme il arrive d'ordinaire.
A ce sujet M. Geoffroy compare à cet appareil des baudroyes celui de certains silures , où les par^
i4q anatomie et physiologie animales,
ties supérieures des premiers interosseux, dilatées en disque plus ou moins large, se soudent à Farrière du crâne et en prolongent ainsi le casque jusqua la nageoire dorsale; les premiers rayons de cette dorsale s articulent avec ces interosseux comme dans la baudroye par un anneau qui forme leur base, et qui n'est que la réunion complète des crochets par lesquels s'articulent les rayons ordinaires.
On peut se souvenir que M. Geoffroy, conformément à sa théorie générale de la vertèbre , et à Fextension qu'il croit pouvoir en faire aux nageoires dorsales des poissons , appelle ces osselets communément nommés interosseux enépiaux, et les rayons qui s'articulent dessus proépiaux.
Dans son rapport M. Geoffroy rappelle aussi une particularité qu'il a publiée autrefois sur une autre manière de pécher qu'auroit la baudroye , et qui consisteroit à prendre des poissons en quelque sorte à la nasse dans l'énorme sac que forme de chaque côté sa membrane branchiale. En efiet cette membrane, soutenue par de très longs rayons branchiostèges , et ne s ouvrant que derrière les nageoires pectorales par un trou assez étroit , embrasse un espace bien plus grand qu'il n'étoit nécessaire pour renfermer les branchies, et il paroit que dans quelques circonstances! des poissons plus petits s'y sont trouvés enfermés.
ET ZOOLOGIE. l4l
M. GeoiFroy-Saînt-Hilaire , qui s'étoit occupé dès Tannée 1819, ainsi que nous lavons dit à cette époque, de la génération des animaux à bourse, ou de ces quadrupèdes que Ton voit déjà mlliérents aux mamelles de leurs mères dans un état de développement à peine égal à celui des premiers temps du foetus des autres genres, a repris cette année ce sujet important. T]!es animaux ont deux canaux en forme d^anses qui conduisent de l'intérieur de la matrice vers le canal extérieur, et M. Geoffroy les considère comme deux vagins distincts. La poche qui enveloppe les petits à la mamelle lui paroit une grande extension du mont de Vénus. Dans un premier travail, supposant encore que les fœtus de marsupiaux, commequelquesobservateursFavoientdit, n ont aucune trace d'ombilic , il avoit cherché à se rendre compte d une telle anomalie. A cet effet il distinguoit les différentes périodes de développement du fœtus en ovule, tel qu'il est dans l'ovaire; en aîw/" lorsqu'il a été entouré d'albumen dans l'oviductus; en spmé^ryon lorsqu'au moyen du réseau placentaire il reçoit du sang qui a respiré hors de lui et est devenu artériel ; en fœtus lorsque les fonctions respiratoires ont passé au vaisseau du derme, et que ceux de lombilic ne servent plus qu'à la nutrition; et en nouveau^n^ lorsqu'il se dépouille de ses enveloppes fœtales et se produit au jour. Il consi-
l42 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
déroit le9 marsupiaux oomme n'étant ai vwipareis ni ovipares^ mai9 ovulipare$; Forganisation de leur mai* trice étant telle que Fovule ne pieul y être retenu , m «oumis à rincubation intérieure ou aux actionë qui y développent les fœtus ordinaires. Toutefois ces ovules ont un commencement de développeme^it. Selon M. GreofFroy ils seroient à l'état d'ûvuée injecté à un état dont les zoophytes noïlLxaé$ méduses oons offrent un eKemple permanent.
Mais des observations plus récentes faites sur des fœtus de sarigues apportés d^Amérique par M.Turpin^ et pris au moment le plus voisin de leur en*trée dans la poche , ont montré à M. Geoffroy un ombilic et des restes de placenta : ainsi les marsuipiaux passent aussi leur état d'embryon dans la ma-^ trice; ce n'est que leur état de foetus qu'ils passent dans la pocbe ; et c'est là l'opinion que l'on avoit toujours eue à leur égcird.
L auteur a donné une attention particulière à la disposition du larynx du petit sarigue, qui s'élève dans les arrière^narines de manière à ne pas empè> cher la respiration pendant que <;e petit serre intir mement par la boucbe la mamelle de sa mère ; les narines sont alors très développées, ain^i que les tubercules olfactifs : mais les yeux au contraire «ont absolument fermés , et même par le derme qui passe dessus selon l'observation de M. Seire, tandis
ET ZOOLOGIE* l43
que les autres fœtus ont dan$ les premiers temps Toeil très ouvert.
Mais M. Geoffroy se^emande toujours commeiit desauimptix qui, pour le reste de leurs organe» ^ ^puis les sarigues jusqu'aux phascolomes et aux monotrémes, sen^blent appartenir i tant de fà-^ milles différentes, se ressemblent cependant par cette singulière génération ; et il l'explique parce^qu elle tient au peu de développement»de> 1 appa* reil utérin , qui lui-même tient à labsenoe de lar^ tère mésentérique inférieure , et que cette artère peut manquer sans influer beaucoup sur le reste du corps.
M. Lauth , jeune auatomiste , fils du professeur de Strasbourg, qui lui-même s'est rendu célèbre par ses travaux en anatomie, a présenté un mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux, appuyé de préparations fort bien exécutées , qui *en font voir la marche et la structure.
Les valvules sont moins nombreuses que dans les mammifères; ce qui permet de les injecter quelquefois dan^ une assez grande étendue, en allant des troncs vers les branches. Le chyle des oi-^ seauxest le plus souveiit translucide, et c est ce qui explique , selon Tàuteur , la difficulté que Ton éprouve à voir et à injecter leurs vakseaux cbyli*
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fères. Il paroit aussi que les vaisseaux lymphatiques de leurs membres ne forment pas deux couches comme ceux des quadrupèdes ; du moins M. Lauth na-t-il pu découvrir et injecter que la pluâ profonde, dont les principaux troncs suivent ceu;^ des artères. Les glandes conglobées ou ganglions lymphatiques sont aussi très rares, et Ion nen trouve que vers les parties supérieures de la poitrine; par-tout ailleurs ils paroissent remplacés par des plexus. Us cpmmuniquent fréquemment avec les veines sanguines , et comme Hewson et d'autres Favoient observé ils aboutissent à deux canaux thorachiques, un pour chaque coté. L'auteur conclut de ces recherches que rien n'oblige à croire que l'absorption et sur-tout celle du chyle s'opère dans les oiseaux par les radicules des veines. *
lia belle collection des annales des sciences natu^ relies contient diverses parties d'un très grand travail qui a été présenté à l'Académie par M. Léon Dufour, et qui a pour objet l'anatomie des insectes.
Ces petits animaux , formés en quelque sorte sur un principe différent de tout le reste du régne, n'ayant pas de vaisseaux sanguins, et respirant par des tubes pleins d'air qui se répandent dans leur corps , ne sont pas , malgré leur petitesse , aussi dif-
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ficiles à disséquer que bien des animaux plus élevés dans Téchelle ; avec un peu d'eau on fait flotter leurs viscères , que les vaisseaux aériens dont nous venons de parler soutiennent , et que ne lient ni mésentère, ni cellulosité, ni vaisseaux chylifères ou sanguins. G est par cette pratique facile que MM. Cuvier, Ramdohr, Marcel de Serres , et d'autres naturalistes , sur-tout en Allemagne , ont commencé à faire connoître comparativement les organes intérieurs de leurs principales familles. M. Liéon Dufour s'est appliqué avec une patience et une assiduité que rien ne fatigue à compléter ce genre de recherches ; il a même pris la peine d'apprendre autant de dessin qu'il lui en falloit pour rendre clairemept ce qu'il avoit observé ; et la lithographie lui prêtant aujourd'hui son utile secours, il pourra nous donner sur les insectes une splanchnologie plus détaillée, et qui portera sur un nombre d'espèces infiniment plus grand que celui qu'on doit à Daubenton, à Pallas, et à leurs successeurs, relativement aux quadrupèdes. Si l'on applique à chacune de ces espèces, par la pensée, ce qu'il seroit bien impossible qu'un homme entreprît de vérifier en effet pour toutes , une organisation à-peu«près égale en complication à celle qui a été décrite dans la chenille par Lyonnet^et tout récemment dans le hanneton par M. Strauss , et cependant plus ou
BDFFON. COMPLBM. T. IV. lO
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moia^différeate dans chaque inscete, rimagination ' eomineacera à concevoir quelque chose de cette richesse effrayante , de ces millions de millions de parties , et de parties de parties , toujours corrélatives , toujours en harmonie , qui constituent le grand ouvrage de la nature.
Il ne nous seroit pas possible de donner ici une analyse suffisante d'un travail qui se compose essentiellement de détails. Nous dirons seulement que Tauteur généralise d une manière heureuse des résultats qui n avoient encore été en quelque sorte qu aperçus ; qu'il n^ontre entre les formes intérieures et eaitérieures, entre les viscères et le gen^e de vie , des rapports analogues à ceux que Ion connoît dans dautre$ classes d animaux. Ainsi les intestins des ipsçctes essentiellement carnassiers sont courts; Testomac des hannetons, et plus encore celui des scarabées qui yivent dans les fumiers des quadrupèdes herbivores , est très alongé ; Fintestin est boursouflé comme un côlon. Plusieurs observations curieuses se sont offertes dans lexamen de di- Vjer&es espèces. Le cœcum des dytiques, insectes ^iqMatiques remarquables par la fgicilité qu ils ont à nagçr, se remplit d air let leur sert de vessie natatoii:e ; dans les œdémères le jabot forme une espèce de panse laitérale suspend ly seulement par un tube étroit ; dans les buprestes Testomac ressemble à un
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Y par deux productions latérales aveugles. Plusieurs coléoptères de familles différentes ont o£Pert à M. Dufour un appareil salivaire formé, comme M. Cuvier la établi pour tous ceux des sécrétions dans les insectes, de tubes plus ou moins prolongés. Il en est de même des organes qui produisent Içurs liqueurs excrémentielles, auxquels Fauteur a donné une grande attention. Us sont toujours formés de petits tubes plus ou moins nombreux.
Dans le nombre de ces organes sécrétoires il en est qui s'insèrent dans un point de l'intestin en général assez voisin du pylore, et que MM. Guvier> Marcel de$err^s, et la plupart des anatpmistes, regardent comme des vaisseaux biliaires , ou du moins comme destiné$ à sécréter une liqueur digestive ^ M. Dufour, d'après quelques essais chimiques, est plus diçppsé à croirie que ce sont des vaisseaux urinaires. Leur insertion seroit alors bien singulière e| peu d'accord avec ce qu'on voit ^ans Ijes autres animaux.
Nous avpns rapporté dan^ notre analyse dé 1 822 , avec l'intérêt qu'elles méritent, 1^ expérience^ Êiites par M. Floureq? pour déterminer avec plus de précision les fonctions propres à chacune des parties du cerveau , et nqu^ ayùm vu qu'il parpt^^oit en résulter que le'tcerveaii proprement dit est le récep-
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taclc des impressions des sens; le 'cervelet le régulateur de la locomotion , et la moelle alongée l'agent de l'irritation des muscles; que les tubercules quadrijumeaux en particulier participent à ce pouvoir irritant de la moelle, et produisent comme elle des convulsions quand on les irrite. L auteur a pensé que ces propriétés pouvoient conduire à la solution d'un problème danatomie comparée, qui occupe depuis quelque temps les naturalistes, c estàrdire à déterminer la véritable nature de cbacuti des tubercules qui composent l'encépbale des poissons.
Nous avo.ns rendu compte plus d'une fois, et surtout en 1820 . du doute qui existe relativement à celle de ces paires de tubercules qui précède le cervelet, et qui est ordinairement creuse, contenant à l'intérieur une ou deux paires de tubercules plus, petits.
On l'a long-temps considérée comme le vrai cerveau , les tubercules qu'elle couvre, comme lesquadrijumeaux, et ceux qui sont placés au-devant d'elle comme des tubercules olfactifs analogues à ceux qu'on voit au-devant du cerveau dans la taupe, le rat, et beaucoup d'autres mammifères.
Depuis quelques années M. Arsaky, et ensuite Mi Serre, ont jugé, mais d'après les simples rapports anatomiques, que les tubercules antérieurs
ET ZOOLOGIE. l^g
sont le vrai cerveau , et que la grosse paire creuse répond aux tubercules quadrijumeaux.» Il: résulte des expériences de M. Flourens, faites sur. des carpes, que les irritations portées sur les tubercules antérieurs et sur la partie supérieure des tubercules creux, ne produisent point de convulsions, mais que si Ton pique la base de ces derniers, on en produit aussitôt de violentes; ce qui conduiroit aussi bien à regarder comme tubercules quadrijumeaux les petits tubercules de Fintérieur que le grand tubercule creux qui les enveloppe. *
L ablation des tubercules antérieurs ne change pas d'abord d une manière notable les allures de lanimal; mais il paroîtensuite se mouvoir moins souvent et presque pas de lui-même ; il a semblé même à l'auteur, autant qu'il en a pu juger dans l'état de gêne où il étoit obligé de tenir le poisson ainsi mutilé, qu'il n'entendoit ni ne voyoit.
L'ablation des tubercules creux porte une atteinte beaucoup plus profonde à l'économie de l'animal. Il ne se meut plus, ne respire plus qu'avec peine, et demeure couché sur le dos ou sur le côté.
M. Flourens ne laisse pas de conclure que c'est aux tubercules quadrijumeaux que ces tubercules creux répondent, et pense que cette grande influence qu'ils exercent sur l'économie des poissons
l5o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
tient aa développement beaucoup plus considérable qu'ils ont dans cette classe d'àhimaux.
Quant au tubercule impair, celui que ion regarde unanimement comme le cervelet , il a offert des phénomènes à-peu-prèâ semblables à ceux du cervelet des quadrupèdes et des oi^au^t. Il ne provoque pas de convulsions , mais quand on lenlève le poisson a peine à se tenir sur le ventre; il rie nage que d'une manière bizarre; il se roule isur son axe conime le font en volailt tés oiseatix privés de leur cer^fîelet.
Il restoit à examiner les renflements placés derrière le cervelet des jpoissôns , d'où leur huitième paire paroit Sortir, et qui n'ont dans lès classes supérieures que des analogies douteuses ou peu apj^rentes. Toutes leurs parties piquées produisent ' des convulsions violentes qui se montrent sUr-tout dans les opercules des ouïes qui en tirent en effet leurs nerfs. Si on les détruit, le jeu de ces opercules cesse , et la respiration s'éteint. Le inênie effet arrive si l'on fend seulement en longueur Teur partie moyenne. M. Flouteris eh Conclut ique c'est ici l'organe cérébral delà respiration, circonscrit, déterminé et développé en un véritable lobe, tandis que dans les autres classes il pllroît à peine se séparer de la masse.
Des phérioménes semblables se sont montrés sur la lotte, sur le brochet et sur l'anguille.
ET ZOOLOGIE, i5i
, Pour Fauteur, et pour ceux qui admettront ses conclusions relativement aux tubercules creux, il en résultera que le point par lequel le cerveau deâ poissons diffère le plus essentiellement de celui des autres classes consiste dans ce grand développement de la partie qui préside aux mouvements respiratoires; ce que M. Flourens^explique, parceque la respiration est une opération bien autrement laborieuse pour les animaux aquatiques qui n agis* sent sur l'air que par l'intermède de l'eau ^ que pour les animaux aériens dont le fluide aériforme pénètre immédiatement le poumon. C'est ainsi, ditil, que le cerveau est plus grand dans les mammifères dont lîntellîgence est plus élevée; le cervelet dans les oiseaux, classe plus agile qu'aucune autre ; et que ce même cervelet est presque réduit à rien dans les reptiles, animaux apathiques, et dont le seul nom indique la torpeur.
L'auteur termine par cette réflexion , que les parties qui contribuent à la jténacité de la vie, et surtout la moelle alongée, sont pour le voluaie en raison inverse de celles qui concourent à l'intelligence : les animaux qui n ont pas de ressource pour se défendre avoient besoin d'une vie plus dure, qui se défendit eb quelque sorte d'dle-même.
M. Flouirens, obligé de faire tant et de si grandes plaies aux cerveaux des animaux pour arriver à ré-
l52 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
spudre des questions si importantes pour l'humanité, a eu roccasibn de feirede nombreuses observations sur la cicatrisation des plaies de cet organe et sur la régénération de ses téguments, ainsi que sur les phénomènes correspondants qu'offre Faninial dans ses facultés à mesure que ces reproductions avancent. Pour analyser ses observations faites jour par jour il faudroit les copier, et les détails en seroient assez curieux pour cela si les bornes prescrites à notre travail le permettoient. En général à la place de la partie enlevée il se forme un caillot de sang et une croûte sous laquelle s'accumule de la lymphe. L'os s'exfolie ; sous los nécrosé et sous cette croûte se forme une peau qui finit par les faire tomber, et sous cette peau même se reforme un nouvel os; mais cette nouvelle peau n'a point de véritable derme, de véritable corps muqueux, ni ce nouvel os ses deux lames et son diploé. La nouvelle peau naît des bords de l'ancienne, et a besoin pourserégénérerentièrement que la lymphe dans laquelle elle se produit soit maintenue en position, ou par la croûte qui se forme, ou par un autre moyen. La partie de cerveau enlevée en entier ne se reproduit pas, mais il se formeune cicatrice sur la partie mutilée. Une simple division se répare par la réunion des parties. La paroi supérieure d'un ventricule quand on la emportée se
reproduit par une production des bords des parties restantes.
Enfin , comme nous l'avons dit en 1 822 , l'animal reprend petit à petit ses facultés à mesure que les parties se cicatrisent, à moins que les lésions n aient été par trop considérables.
M. Magendie a fait aussi plusieurs expériences sur les fonctions propres aux diverses parties du cerveau, et a communiqué à l'Académie l'une des plus singulières, qui correspond toutefois assez avec une de celles que M. Flourens a faites sur le cervelet, et lui sert en quelque sorte de complément. Quand on a coupé à un animal la grande commissure du cervelet , ou ce qu'on nomme communément pont de varolcy au-dessus du passage de la cinquième paire de nerfs , l'animal perd immédiatement le pouvoir de se tenir sur ses quatre pattes ; il tombe sur le côté où la lame nerveuse est coupée , et roule sur lui-même pendant des jours entiers , ne s'arrétant que lorsqu'il rencontre un obstacle. L'harmonie du mouvement de ses yeux se perd également; l'œil du côté lésé se dirige irrésistiblement vers le bas, et celui du côté opposé vers le haut. Un cochon dlnde| ainsi traité tourne jusqu'à soixante fois par minute.
Cette même rotation a lieu quand on coupe un
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des deux pédoncules du cervelet: mais si on les coupe tous les deux Tanimal ne fait plus aucun mouvement; c'est de l'équilibre de ces deux organes que dé]>end la possibilité du repos et même des mouvements réguliers de l'animal.
Des pbénoménei analogues se sont présentés quand on a coupé le cervelet lui-même de bas en haut. Si on en laisse les trois quarts à gauche et le dernier quart à droite, l'animal roule à droite, et ses yeux se tournent comme il a été dit. Une section semblable , qui ne laisse qu'un quart à gauche , rétablit l'équilibre; tnais si, laissant un quart du cervelet intact à droite, on le coupe du côté gauche à son pédoncule, il tourne à gauche; en un mot il tourne du côté où on en laisse le moins. Une sec-^ tion verticale du cervelet mit l'animal dans un état étrange; ses yeux sembloient sortir de l'orbite; il penchoit tantôt' d'un côté tantôt de l'antre ; ses pattes étoien t roides, comme s'il avoit vouhi reculer.
M. Magendie cite une observation de M. Serre, qiii prouve que les mêmes effets auroient lieu sur l'homme ; un individu , à la suite d'un excès de bois^ son , fut saisi d'un tournoiement sur lui-même qui dura pendant toute sa maladie et jusqu'à sa mort. On ne trouva à l'ouverture de son corps d'autre al^tération qu'une lésion assez étendue de l'un des pédoncules du cerveau.
ET ZOOLOGIE. l55
M. Magendie ne s est piEis occupé seulemeot des parties centrales du système nerveux ; ii a fait sur les nerfs affectés à chaque sens des expériences très curieuse» et très nouvelles.
Jusqu'à présent on avoit admis plutôt que démontré que les nerfs de la première paire, ceux qu on nomme olfactif , sont spécialement affectés à l'odorat.
M. Magendie, ayant voulu faire ce qui lui^eiribloit presque une œuVre de surérogation , prouver par l'expérience la réalité d'une opinion que personne ne songeoit à contester, coupa les nerfe olfactifs d'un jeune chien. Quelle fut sa surprise eh examinant le lendemain cet animal de le trouver sensible aux odeurs fortes qu'il lui présenta ! L'expériêhce répétée sur d'autres animaux donna des résultats pareils; l'auteur conjectura que c'étoit aux nombreux rameaux de la cinquième paire qui se distribuent dans le nez qu'étoit due cette sensibilité; il réussit, malgré la profondeur de leur position, à couper ces nerfs des deux côtés, sans ûccidents graves , à des chitos , à des chats , à dés cochons d'Inde, et il fit disparoître ainsi toutes lés marques de sentiment dans les narines. Les animaux qui éternuent, qui se frottent le nez, ou détournent la tète quand on leur foit respirer de l'ammoniaque ou de l'acide acétique, demeurent
l56 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
impassibles sitôt qu on leur a coupé la cinquième paire, ou ne manifestent que Faction de ces vapeurs sur leur larynx.
Cette action des substances d'une odeur très forte a persisté même sur des poules et d autres oiseaux auxquels on avoit enlevé la totalité de leurs hémisphères cérébraux et de leurs nerfs olfactifs.
On pourroit, à la vérité, soupçonner les acides et l'alcali volatil d agir chimiquement sur la membrane pituitaire, et attribuer ces mouvements plutôt à la douleur qu'à l'olfaction; ce seroit alors la douleur seulement, l'irritation, qui dépendroient de la cinquième paire : mais M. Magendie , qui convient de la justesse de l'objection, fait remarquer qu'elle est beaucoup moins fondée relativement à l'huile animale de Dippel, à l'huile essentielle de lavande, qui agissoient aussi quand le nerf de la cinquième paire étoit intact et perdoient toute action quand il étoit coupé, bien qu'on n'eût pas touché à celui de la première. Ce qui répondra encore mieux à la difBculté sera si les animaux dont la première paire, est détruite ne laissent pas que de chercher et de distinguer leurs aliments à l'odorat. Les expériences que l'auteur a faites^ sur ce point ne lui paroissent pas encore concluantes, mais il promet de poursuivre cette recherche.
Les observations cadavériques faites par M. le
docteur Ramon , et que M. Magendie rapporte , prouvent aussi que des hémisphères gorgés de sang et des altérations profondes^ de leurs substances corticales némoussent point la sensibilité du nez , même pour les odeurs les plus fugaces.
Mais ce n'est pas seulement à l'exercice régulier de l'odorat que la participation de la cinquième paire de nerfs est nécessaire; elle concourt à tous les sens dans les organes desquels elle se rend ; lorsqu'on la coupe à un animal , le toucher s'anéantit aussi , mais à la partieantérieure de la tête seulement; le pavillon de l'oreille et le derrière de la tête conservent leur sensibilité ainsi que le reste du corps.
Les agents chimiques les plus irritants ne lui arrachent plus de larmes ; ses paupières , son iris , deviennent immobiles; on diroit qu'il n'a plus qu'un œil artificiel. Au bout de quelque temps la cornée devient opaque et blanche, la conjonctive, l'iris, s'enflamment et suppurent; l'œil finit par se réduire à un tubercule qui n'occupe qu'une petite partie de Torbite, et sa substance ressemble à du lait fraîchement coagulé.
Dans cet état l'animal cesse de se diriger au moyeu de ses moustaches, comme il le feroit s'il étoit simplement privé de la vue; il ne marche que le menton fortement appuyé sur le sol et poussant sa tête devant lui; sa langue ne devient pas moins
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insensible , elle pend hors de la bouche ; les corps sapides n'ont aucune action apparente sur sa partie antérieure , quoiqu'ils en conservent sur son centre et sur sa base. L'épiderme de sa bouche s'épaissit; les gencives quittent les dents.
L'auteur croit même avoir remarqué que la section de la cinquième paire entraine la perte de louïe ; et si ce dernier résultat se vérifioit , tous les sens seroient sous Tinfluence de ce nerf.
Depuis long-temps on savoit que c'est dans le rameau lingual de la cinquième paire que réside essentiellement le sens du goût, et plus récemment les expériences de M. Bell avoient prouvé que la sensibilité de la face est due aux nombreux rameau:;^ que cette paire y répand ; mais on ne considéroit pas ceux qu'elle donne au nez , à To^il , et à l'oreille comme aussi essentiels à l'intégrité et même à tout exercice des sens de l'odorat , de la vue , et de l'ouïe, qu'ils le paroissent dVprès les expériences de M. MagendiiB.
On trouvera le détail de ces expériences et de beaucoup d'autres sur des sujets non moins intéressants dans le Journcd de physiologie expérimentale et pathologique dont Fauteur publie chaque année un volume en quatre numéros , et où il recueille tout ce qui repose sur des faits positifs constatés par des observatipns précises.
M. Flourens a aussi essayé d^appliquer sa méthode d'ablation successive à la détermination des diverses parties de Toreille. On sait que cet organe compliqué se compose , dans les animaux à sang chaud, d'un canal extérieur conduisant à la membrane du tympan, qui ferme l'entrée d'une première cavité nommée la caisse, et de laquelle part une chaîne d'osselets, dont k dernier appelé Tétrier appuie sur la fenêtre oyale ou 3ur l'entrée d'une deuxième cavité nommée le vestibule, où aboutissent trois canaux dits semi-circulaires, et l'un des orifices d'une troisième cavité de forme spirale à double rampe , dite le limaçon , dont l'autre orifice donne immédiatement dan^ la caisse, et porte le nom de fenêtre ronde. Il y a encore les cellules mastoïdiennes creusées dans l'épaisseur des os du crâne et qui communiquent avec la caisse , et un canal nommé trompe cCEustache qui sje rend de la caisse dans les arrière-narines , ou dans Tarrière-bouche.
Dans un premier travail M. Flourens a cherché à reconnottre quelle est celle de toutes ces parties dont la destruction a^ecte le plus intimement la faculté d'entendre.
Les pigeons lui ont offert des sujets commodes d'expériences , alteqdu que dans les oiseaux en général toute l'oreille osseuse p est enveloppée que
l6o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
d'une cellulosité légère qui se laisse enlever aisément.
Il a donc détruit le méat auditif, le tympan , les premiers osselets, la caisse , sans que lanimal cessât d'entendre; il a enlevé Fétrier, et Ibuïe s'est sensiblement afFoiblie ; ne faisant que le soulever, et lui laissant reprendre sa place ,. il a alternativement diminué et rétabli cette faculté; enlevant les canaux semi-circulaires, il a observé des phénomènes bien plus singuliers : non seulement lanimal a continué d'entendre, mais son ouïe est devenue douloureuse; les moindres sons l'agitoient péniblement, et de plus sa tète a pris un mouvement horizontal de droite à gauche d'une violence remarquable, qui ne cessoit que lors du repos absolu, mais qui recommençoit aussitôt que lanimal vouloit seulement faire quelques pas. La mise à nu du vestibule, la suppression même d'une partie de sa pulpe intérieure, ne détruisent pas entièrement louïe; et pour que ce sens soit anéanti , il faut que toute cette pulpe du vestibule et les expansions nerveuses qui s'y distribuent aient disparu ; mais alors aussi l'animal n'entend plus du tout, quand même tout le reste de son oreille seroit demeuré intact.
L'auteur en conclut que la pulpe de l'intérieur du vestibule est le siège essentiel de Faudition , et il
ET ZOOLOGIE* l6l
fait j^ëmarquer qu'en effet, d après les observations dé Scarpa et de M. Cuvier, c'est la seule partie qui subsiste dans les animaux inférieurs, en sorte qu'on peut croire que les autres parties de l'organe ne servent qu'à donner à ce sens les divers degrés de perfection qui caractérisent les classes plus élevées.
AkJNÉE 1825.
Nous avons consigné, chaque année, avec beaucoup de soin dans nos analyses les diverses tentatives de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, pour trouver une composition identique dans le squelette des animaux, et particulièrement dans celui de leur tète ; et nous avons sur-tout rendu compte avec détail ^ dans celle de 1824, du mémoire où il établissoit que toute tète est composée essentiellement de soixante-trois pièces qui se laissent distribuer neuf à neuf, et représentent ainsi sept vertèbres placées à la file des unes des autres.
Il admet même aujourd'hui que la pièce impaire ou centrale de toute vertèbre, qu'il nomme cycléal ^ et qu'il désigne dans les vertèbres de la tète par la désinence générique de sphénal, est elle-même composée de quatre pièces plus petites qu'il nomme les ostéaux : ce qui porteroit à quatre-vingt-quatre le nombre total des pièces d une tête.
Dans le cours de l'année que nous venons d'in-^
llUPtOH. COMPLÉM. T lY. ' II
diquer, il publia trois rédactions successives de cette distribution, dont chacune offroit quelque différence, et depuis il en a déjà publié deux autres : à mesure qu'il étudie davantage cette matière , il se voit obligé de faire changer de place à quelque os particulier, soit pour le mettre dans une autre vertèbre , soit pour lui assigner un autre rôle dans la vertèbre à laquelle il appartient. Des études non moins suivies , non moins pénibles, lui sont nécessaires pour appliquer cette règle générale aux tètes des divers animaux ; et comme il n y trouve pas toujours sensiblement ce nombre normal de soixantetrois ou de quatre-vingt-quatre pièces, il se voit contraint de recourir à divers changements dans ses dénominations, et même à diverses hypothèses ingénieuses, pour y remettre laccord sans lequel la vue générale qui excite ses efforts ne pourroit se réaliser.
C est ainsi que nous avons vu Tannée dernière que dans un examen de la tète du crocodile, pour retrouver toutes les pièces du sphénoïde, il a cru devoir prendre pour la grande aile, ou ce qu il appelle ptéréaly un os qui contient le vestibule du labyrinthe, et que d autres anatomistes regardent comme le rocher; et qu'il a supposé qu'un os impair placé sur I occiput, et pris par ces mêmes anatomistes pour l'occipital supérieur, est formé de la
ET ZOOLOGIE. l63
réunion àes deux rochers. Obligé alors de chercher ^lleurs Foccipital supérieur, il a supposé, ou qu'il s'atrophie, ou qu'il se soude à l'occipital latéral.
Un os unique de chaque côté regardé comme l'analogue de la caisse du tympan lui a pdt» devoir résulter de la réunion de trois pièces ; 6t il lui a donné le nom commun d'énostéal ^ui ne figure point dans son tableau général , mais qui est représenté par les trois noms particuliers du tytnpanal, serrial et d u cotyléaL
Dans les poissons il voit quelquefois son jugal se diviser en quatre, cinq ou six os : son cotyléal , son serrial, s'y divisent chacun en deux, de sorte qu'en comptant le tympanal , cet énostéal qui ne faisoit qu'un os dans le crocodile en fait cinq dansles poissons; au contraire l'otosphénal et le basisphénal se soudent dans cette classe pour n'en faire qu'un ; ses deux naseaux se soudent également; et même il y a un os, celui que d'autres anatomistes' prennent pour le Vomer, qui résulte dé la réunion de trois, savoir, du rhinospbénal et des deux voméraux.
Ces dernières déterminations sont présentées' dans un ménibire slîr les organes de l'odorat des poissons, auquel nous reviendrons bientôt.
Celles des os du crocodile lï'^voiént été feites d'abord que sur des têtei' de-crocodiles propreiliént
l64 ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
dit» et de caïmans; en 182$ Fauteur a porté sdh attention sur celles des gavials, ou de ces crocodile^ à long museau cylindrique dont le Gange nourrit Tespéce la plus connue. Il a remarqué que Fos nommé jusqulci occipital supérieur^ et qu'il considère^ ainsi que nous venons de le dire, comme uiié réunion des deux rochers, se montre dans la fosse temporale par une de ses faces au-dessus dé celui qu'il appelle énostéal; et que Fos qu'on appeloit rocher, et qu'il regarde comme la grande aile du sphénoïde, s'y découvre aussi dans le fond de la mèlne fosse, en avant deFénostéal, un peu plus que cela B a lieu dans les deux autres sous-gênres ; et ces circonstances lui ont paru confirmer les dénominations qu'il avoit données à ces ôs.
Du Élit bien connu que le long museau du gavial est formé principalement par les dent maxillaires, qui s^unissent Fun à l'autre sur sa longueur et séparent ainsi les intermaxîUaires des os propres du nez, M. Geoffroy tire cette conclusion , que l'on doit tracer entre les gavials et les crocodiles une ligne plus tranchée que celle qui sépare les crocodiles des caïmans. Il voud^oit donc que les premiers formassent un genre , et les deux autres un second genre , divisé en dçux sous-genres.
Il décrit en détail une protubérance charnue, particulière aux gavials, et qui forme à^a-fois sur
ET ZOOLOGIE. l65
leurs narines extérieures une espèce d'opercule et deux sortes de bourses. Il la croit formée d un tissu analogue à celui que les anatomistes ont nommé érectiley et qui se retrouve dans le manielon du sein et dans les corps caverneux, et selon lui- ce tissu n est qu un plus riche développement de celui de la peau. Son opinion est que ces bourses des gavials ont pour usage de refouler dans les voies de la respiration laipqui a été expectoré par les contractions fie la poitrine, et d'établir ainsi, pendant que l'animal est sous l'eau, un mouvement de va et vient qui dure tant que cet air n'est point assez vicié pour exiger une nouvelle inspiration. Il va jusqu'à croire qu'elles peuvent l'accumuler, le comprimer, et en foire pour l'animal, lorsqu'il veut plonger longtemps , une provision de voyage. C'est à rendre cette provision plus considérable que servent sur-tout les grandes vessies osseuses décrites par M. Guvier, qui dilatent les narines du gavial en arrière, et qui appartiennent aux ptérygoïdiens ou aux os que M. Geoffroy nomme hérisséaux.
De ses observations sur les gavials M. Geoffroy passe à l'examen d'un crocodile fossile trouvé aux environs de Caen. M, Cuvier, qui l'a décrit en 1 8 24, a feit connoître qu'entre autres caractères il a le caqal nasal moins prolongé en arrière que les crocodiles et que les gavials, parceque ses os ptéry-
j66 anatomie et physiologie animales,
goïdiens ou hérisséaux ne se recourbent pas eu dessous pour entourer les arrière-narines, mais les laissent largement ouvertes comme dans la plupart des quadrupèdes. Sur cette particularité et sur quelques différences légères de proportion dans les os <}ui entourent la fosse temporale, M. Geoffroy vouilroit aussi faire de cet animal un geni^ distinct, pour lequel il propose le nom de teho* $tfuru$^ par lequel il cherche à exprimer les traits de r^ssemiblance que ses arrièreruarines lui donnent avec des animaux ptus/>af/<it(5queles reptiles : airec les uiammifères.
Il coiijectiire que les crocodiles fossiles des environs de Honfieur, que M. Guviér a fait connoUre , doivent avoir aussi quelque chose de particulier dans leurs arrière-narines, non pas quil ait vu cette partie de leur ostéologie, mais pance^ue les portionis^ retrouvées jusqu'à présent lui semblent in* diqu^r ces variations, et sur cette conjecture il propose d'Qu faire aussi un genre distinct , qu'il appelle steneO'Saurus.
Depuis long-teinps les géologistes se sfont occupés de savoir si Içs éttes qui vivent aujourd'hui sur la terre soq l des descendants modifiés par le temps et les circonstances de ceux dont on trouve les débris dans sôs entrailles; et M. Geoffroy na pas manqué de traite^ aussi cette question à propos de ces teieO'
saurus et de ces steneo-saurus ; et quoiqu'il propose de faire de ces animaux des genres particuliers ^ copame les différences sur lesquelles ces genres re* poseroient portent principalement sur les forme» de leurs arrière-narines, il croit que les espèces actuelles peuvent en descendre par une succession non interrompue ) mais que les grands change-* ments dans Fétat du globe et de latmosphère ont pu amener par degrés des modifications dans les organes à mesure qu'ils modifioient la respiration et les autres fonctions.
Ilassure même avoir observé dans une tête de clro^ codile embaumée dans les catacombes dé Thèb^ des différences analogues à celle dont il est question, et notamment un orifice plus exigu aux arrière-narines, en sorte que, selon lui, les années écoulées depuis que le globe a pris sa forme actuelle auraient été suffiisantes pour introduire des variations importantes et permanentes dans l'organisa^ tion des êtres.
M. Geoffroy a porté ses vues d'^inité et d'uniformité d'organisation jusque sur les organes qui semblent le plus différemment constitués selon les classes; je veux dire sur les organes de la respiration, fonction qui dans les animaux aquatiques s'exerce par des branchies, et dans les animaux ter*^
rcstres par des poumons; il pense que les deux sortes dWganes existent à-la-fois dans tous , et que s'il y a des espèces qui ne peuvent vivre que dans un seul milieu et périssent lorsqu'elles sont plongées dans l'autre , c'est que leurs deux systèmes dWganes sont très différemment développés, et que le plus élevé dans sa composition , suffisant seul à leur objet commun , laisse à lautre la possibilité d'être employé à des usages étrangers à cet objets C'est aipsi que, selon lui, les pièces operculaii;e& qui dans les poissons donnent issue à leau des branchies se rapetissent dans les mammifères, y pénètrent dans l'oreille, et ne servent plus qu'à com-> muniquer les vibrations de l'air au nerf auditif. U a cru trouver une confirmation marquée de cette idée dans une espèce d'écrevisse de la mer des Indes , quise porte à terre et grimpe mémç aux arbres pour en dévorer les fruits , et que les naturs^listes récents ont nommée birgus'latro. Son corselet est très renflé sur les c^tés, beaucoup plus qu'il ne faut pour loger ses branchies; et la membrane qui le revêt intérieurement est hérissée de filaments et de tubercules charnus ou cutanés dans lesquels pénètrent des vaisseaux. Comme ce crustacé porte ses œufs dans cette cavité, on avoit cru que lappareil en question servoitàleu r donner attache ; mais M. Geoffroy pense que c'est un appareil respiratoire, une
e»péce de poumon. Il étend cette conclusion aux autres crustacés. Quoique la membrane qui tapisse intérieurement cette partie latérale du corselet n*ait point de filaments ni même beaucoup de vaisseaux , M. Geoffroy lui attribue aussi des fonctions respiratoires; il a même fait voir comment l'air s'y introduit par deux orifices que ses bords laissent entre eux et le tronc de Tanimal, au moyen des mouvements de certaines lames cartilagineuses qui adhèrent aux mâchoires , et passent sur les branchies qu'elles compriment lorsqu^il est nécessaire. En conséquence lauteur regarde les crustacés comme appartenant à ces êtres intermédiaires où Torgàne de la respiration aérienne et celui de la respiration aquatique sont tellement balancés qu'ils respirent dans lair et sous leau.
Ces observations ont conduit M. Geoffroy à examiner ce qui se passe dans les narines des poissons, et à les comparer avec celles des animaux aériens, sous le rapport de lia structure et sous celui des fonctions.
On sait qu'elles sont placées, dans cette classe, hors des votes de la respiration; que la membrane qui tapisse leur intérieur est plissée en un grand nombre de lames parallèles ou disposées en rayons ; et que dans presque toutes les espèces elles ont deux orifices , dont 1 antérieur a le plus souvent un
170 ANATOMIfi ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
rebord plus ou moias saillant qui peut faire loffice d uiie espèce de valvule.
M. Geoffroy pense que l'eau y pénétre par l'orifice supérieur, el en sort par Forifice opposé; qu'il s'établit ainsi un courant sur les lames de leur inté^ rieur; que ces lames qui ressemblent si fort à des branchies par leur structure ont comme elles pour fonction de dégager l'air qui est contenu diias l'eau. Il soupçonne que c'est dans cet air que flottent les particules odorantes qui produisent la sensation.
La membrane interne des narines des poissons opère donc une espèce de respiration aqua^ue, tandis que la pituitàire des animaux terrestreir, à laquelle l'auteur trouve plus d'analogie avec la membrane interne des poumons, est plutôt disposée pour une respiration aérienne.
Dans le cours de cette recherche M. Geoffroy est tombé encore sur une nouvelle détermination de quelques pièces osseuses. Celles que tous les anatomistés et liii-méme avoient regardées comme les os propres du nez sont maintenant à ses yeux les cornets supérieurs , ou ce qu'il nomme ethmophysal ; et c'est dans un os impair, que d'autres nomment ethmoïde, qu'il voit la réunion des deux os propres du nez. Les cornets inférieurs sout ce que l'on avoit pris jusque-là pour les apophyses montantes des os intermaxillaires. C'est en partie ce qui l'a obligé
à dooner la cinquième rédactioa de son tableau des os de la tète. Il pense que cette fois la fixation sera définit! vfi.
£n passant il a présenté une opinion particulière sur le jeu des narines des cétacés. A son avis Teau ny monte point de la bouche, comme on lavoit pensé ; elle s y introduit par lorifice extérieur ; et ta membrane {hissée qui tapisse la poche qui est sous cet orifice agit sur Tean comme celle de l'intérieur des narines des poissons. Une cavité lisse, placée derrière ces bourses, ne reçoit que de Tair qui sert de provision à 1 animal quand il plonge , disposition analogue à celle du crocodile dont nous avons feit mention au commencement de cet article.
Toutes ces recherches n'ont pas empêché ce lal^rieux naturaliste de continuer celles auxquelles il se livre sur les monstres, et dont nous avons commencé à parler dès notre analyse de 1822, On sait que , reconnoissant Tespèce de régularité que la nature observe jusque dans ses déviations, il les a assujetties à une espèce de méthode, et les a classées en genres et en espèces. Les monstres qui li'ôht point de cerveau forment son genre anencéphàte; et dans un mémoire présenté cette année à TAcadénlie il en a décrit huit espèces, établies sur autant dindividus qui ofïroient chacun quelque difFé-
reace dans les détails de leur monstruosité» Il en attribue toujours la cause à quelque adhérence que Tembryon a contractée avec son placenta ; et dans plusieurs des cas qu'il a observés, et où les téguments étoient suffisamment conservés, il a cru trouver la preuve de la justesse et de la constance de cette cause. Une cause. plus éloignée lui a paru tenir 9 d'après les récits qui lui ont été faits, à des mouvements de surprise ou de frayeur éprouvés par la mère dans les commencements de sa grossesse.
Mais une monstruosité approchante des anencéphales, et qui en différoit cependant par des caractères particuliers, lui ayant paru devoir tenir à d autres causes, ila appris de la mère, morte depuis, que cette déformation étoit due à des compressions excessives par lesquelles cette malheureuse avoit cherché à détruire son fruit. L auteura nommé cette sorte particulière thlipsencéphale ( cerveau écrasé). Le cerveau y étoit réduit aux hémisphères et à la glande pituitaire ; on voyoit des traces d'inflammation aux membranes , et le placenta étoit en partie squirreux; mais le crâne lui-même n'ofFroit point d anomalies plus grandes que celles qui s observent dans les monstruosités des genres voisins.
Un poulain nouveau-né a offert encore à M.Geoffroy un genre particulier de monstruosité qull
nom me hœmatocéphale. Sa d^^formatioa avoit été causée par un épanchement de sang en dedans des hémisphères cérébraux, du double plus considérable à gauche qu a droite.
Ces travaux de M. Geolfroy- Saint -Hilaire s'appliquent particulièrement à la classe de monstres que Ion appelle monstres par défaut M. le docteur Serre, dans un ouvrage qu'il a présenté en manuscrit à l'Ac^adémie, et qui est intitulé Anaiomie comparée des monstruosités animales, embrasse aussi ceux que l'on nomme monstres par excès. La durée de leur vie est généralement plus grande que celle des monstres par défaut ; plusieurs ont même vécu âge d'homme.
lia comparaison des monstres de tout genre a conduit M. Serre à ce résultat général, que les inonstruosités semblables coïncident toujours avec des dispositions semblables du système sanguin.
Ainsi les acéphales couiplets sont privés de cœur ; les anencéphales de carotides internes ; ceux qui n'ont pas d'extrémités postérieures n'ont pas d'artères fémorales ^ et ceux qui manquent d'extrémités antérieures mtanquent aussi d'artères axillaires; il y a une double artère descendante dans les monstres doubles par en bas, et une double aorte dans ceux qui le sont par en haut*
M. Serre assure même que les parties surnumé-
raires, quelle que soit leur position à la périphérie du corps, doivent toujours naissance à lartère propre à lorgane qu elles doublent; qu une patte antérieure surajoutée par exemple, sortît-elleau-dessous du menton, reçoit une artère axillaire qui rampe sous la peau du cou pour aller vivifiefr ce membre insolite.
II n'a trouvé aucune exception à cette régie dans les nombreuses monstruosités dont il a fait la dis-* section, et elle £siit que ces sortes d'anomalies sont restreintes dans certaines limites : une tète par exemple ne se verra jamais implantée sur le sacrum, parceque ce trajet seroit trop long et trop embarrassé pour les carotides ou les vertébrales surnuméraires.
Il en résulte aussi que ces organes surnuméraires ne peuvent être que des répétitions plus ou moins exactes des parties propres à l'animal dans lequel on les observe ; qu'un monstre humain n'aura pas en plus des pieds de ruminant ou d'oiseau, et réciproquement ; en un mot que des personnes peu vei*sées dans les connoissances anatomiques ont seules pu. croire retrouver dans un monstre la combinaison de parties propres à diverses classes ou à diverses espèces;.
On sent qu'il reste toujours à se demander pourquoi les artères se multiplient. Mais si l'ouvrage de
M. Serre ne répond pa* à cette question , il nen présente pas moins un grand nombre de faits intéressants étudiés avec soin, et classés sous des lois qui commencent à mettre de Tordre dans une matière dont on ne s'étoit pas occupé encore avec autant de méthode.
Un des problèmes lés plus difficiles de la physiologie est lexplication du l'ctour du sang vers le cœur au travers des veines dans la circulation , et ta détermination des causes qui dilatent le cœur pour recevoir ce liquide. Au nombre de celles qui ont été proposée se trouvent la dilatation de la poi- «^rine ^ors de Tinspiration, et la tendance au vide qui doit en résulter dans toutes les cavités particulières qu*elle contient; tendance qui, au moyen de la pression de 1 atmosphère, doit faire j)orter le sang vers le cœur^ tout comme elle précipite l'air dans le poumon. En effet on a observé depuis long- temps que les grosses veines voisines du cœur se vident lors de Finspiration, et se remplissent lors de Texpiration.
M. le docteur Barry a imaginé des expériences propres à rendre très sensible cette disposition de toutes les parties de la poitrine à attirer par la dilatation les liquides avec lesquels elles communiquent. Un tube, dont une extrémité pénétre dans
une veine, plonge par Fautre dans un vase rempli d'une liqueur colorée; à chaque iuspiration Ton voit la liqueur monter avec force dans le tube ; lors de lexpiration elle reste stationnaire , ou même elle descend. Un efFet tout semblable a lieu quand le tube pénètre immédiatement dans une des cavités pectorales et même dans le péricarde, ce qui prouve que le péricarde tend à se dilater par le soulèvement des côtes et du sternum.
Il en est nécessairement de même des veines et du cœur.
M. Barry étend cette conclusion à la lymphe et
au chyle; mais la manière dont il Tapplique à la
. circulation pulmonaire est plus compliquée, et
suppose une connoissance de la disposition des
parties , trop détaillée pour être donnée ici.
Lauteiii* est tellement convaincu que Finspira* tion est la cause essentielle du mouvement du sang dans les veines, qu'il regarde l'application d'une ventouse sur une plaie récemment empoisonnée comme un moyen d'empêcher l'absorption de la substance délétère. Il assure avoir réussi à arrêter ainsi, ou du moins à afFoiblir beaucoup, l'effet duvenin delà vipère sur de petits animaux.
On comprend au reste aisément que dans les animaux qui respirent sans dilater leur poitrine , comme les grenouilles^ les tortues, le^ mollusques,
c'est par des causes différentes que le sang veineuse doit être porté au comr, et que, même si Ton ad* mettoit dans son entier la théorie de M. Barry, il
faudroit en trouver encore une autre pour eux.
M. Desprets a fait imprimer une partie de ses recherches sur les causes de la chaleur animale , auxquelles l'Académie a décerné un prix en 1 828. Déjà dans notre analyse de 182a nous avons parié de celles de M. Dulong sur le même sujets d où 41 résulte que la respiration ne produit pas la totalité de cette chaleur. M. Desprets les confirme, et assure que dans aucune expérience la respiration ne produit ni moins de sept dixièmes ni j^us de neuf dixièmes de la chaleur totale de lanimal. Néanmoins die est la principale cause du développement de cette chaleur : Fassimilation , le mouvement du sang, le frottement des di£Séi^ntes parties, peuvent^ selon Tauteur, produire la petite partie restante. Il disparolt plus d'oxygène que n'en exige Facide carbonique produit, et surtout dans les jeunes animaux ; et 1 on peut croire qu'il est emjJoyé à &ire de Feau. Dans tous les mammifères et dans tous tes oiseaux la respiration exhale de Fjizote, et en plus grande quantité dans les frugivores.
Spalhmzani a prouvé que le têtard préexiste à la
BUPrON. COMPLKM. T. IV. Il
fécondation chez les femelles des batraciens. M. Dutrochet a cherché à découvrir la structure de ce fœtus préexistant à Faction fécondante du mâle. Selon lui il est d'abord en forme de cloche ou d'hémisphère ; il prend ensuite celle d un sac globuleux, et n'offre aucune apparence de la forme symétrique binaire qu'il possédera après la fécondation , mais se présente à l'observation comme un simple sac contenant dans son intérieur la matière éraulsive qui doit lui servir de nourriture après la ponte. Laire circulaire blanchâtre que l'on observe longtemps avant la ponte sur l'œuf de la grenouille n'est autre chose que l'ouverture de l'anus du fœtus. Elle est d'abord de la largeur du diamètre de lœuf , et elle diminue peu à peu en se fermant comme celle d'une bourse par l'accroissement de ses bords, en sorte que peu de jours après la ponte ces bords juxta-posés forment l'anus du têtard. Étudiant Fœuf du crapaud après la ponte, M. Du trochet a observé que le têtard, lorsqu'il a déjà acquis un certain développement dans les membranes de l'œuf, n'a point encore de bouche; et il a vu cette ouverture se former par une scissure des téguments. M. Dutrochet conclut de ces faits que le fœtus , tel quïl préexiste à la fécondation dans les femelles des batraciens , consiste dans un sac alimentaire, pourvu d'une seule ouverture qui sera dans la suite l'anus de l'a-
nimal parfaite Daûs cet état il ressemble autant qu*il est possible à ua polype.
Depuis loag-temps on a cherché à initier les gens du monde et les commençants à une première connoissance de Torganisation du corps humain , par des représentations en relief et en couleur de ses parties intérieures. La cire a sur-tout été employée à cet usage, et les belles préparations fabriquées en si grand nombre pour le cabinet du grand-duc de Toscane, sous les yeux de Fontana et de Fabbroni , ont donné beaucoup de célébrité à ce moyen , qui a depuis été employé en France avec encore plus d art et de soin par feu Laumonier, correspondant de FAcadémie à Rouen. Encore anjourd'hui Paris possède un artiste habile en ce genre , M. Dupont.
Mais la cire est cassante; elle se fêle et se décolore aisément ; et il est difficile d'en faire des préparations susceptibles de se démonter. Le bois que Fontafta avoit essayé de lui substituer par une grande statue dont toutes les parties étoient mobiles n a pas réussi , parcequll est trop hygrométrique et trop peu flexible.
M. Ameline , professeur à Caen , a imaginé une pâte de carton qui semble réunir toutes les qualités désirables; et M. Auzout a donné à lemploi de
l8o ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
cette substance, en la formant dans ks moules, une très grande précision. Si des arti^es habiles s'occupoient de compléter Timitation dans le détail , on auroit obtenu le moyen le plus commode non pfitô de montrer lanatomie , qui ne peut vérîtaUe* ment s apprendre que sur le cadavre ^ mais de donner à ceux qui n*ont pas besoin dapprofondir cette étude quelques idées de Fadmirable structure des corps «organisés.
Les naturalistes ont porté la distribution m^ thodique des animâuic à une si grande perfection que les coupes fondamentales de zoologie ne pa* roissent guère susceptibles d'améliorations importantes , et qu'il ne semble plus possible d 'innover utilement que sur les divisions inférieures. M. Latreille s^en est occupé sous ce rapport dans un ouvrage publié cette année sous le titre de Familles naturelles du régne aninud, et a cberclrà de plus à donner aux subdivisions qu'il établit des dénominations simples» Le régne animal lui parotf se diviser en trois grandes séries : les animaux vertébrés , les animaux invertébrés qui ont encore une espèce de cerveau , des ganglions placés au-dessus de FoesoplMige , enfin ceux qui n'ont point de cerveau , et dont les ganglions lorsqu'on leur en a trouvé étoient sous l'oesophage.
ET ZOOLOOIE. l8l
Parmi les vertébrés à sang chaud il hit une elass» particulière des quadrupèdes auxquelson n a point découvert de mamelles , et que M. Geoffroy a nommés monotrèmes. Parmi les vertâ)rés à sang froid il eu fait une des reptiles appelés batraciens^ et une autre des poissons k branchies fixes , tels que les raies et les chiens de mer, Il a donc s^t dasses de vertébréjs au lieu de quatre.
Il en établit huit parini les noii-verlébrés munis d^un cerveau, qu'il nomme céphalidiens, parcequ'il répare les insectes qui ont plus de six pieds des autres, les oeptipédes, des mollusques les vers intestinaux, et lès écbinedermes des zoophytes. Il forme même deux classes des premiers, suivant qu'ils ont des sexes ou qu'ils aa manquent. Les mollusques de la femille des ascidies, que l'on voit si souvent réunis en animaux composés, lui pa^ roissent devoir entrer dans la même classe que les écbinodermes.
Ces classes sont toutes dénommées d'après leur caractère, et divisées enordires et en familles également fondés sur le phis ou moins de rapports qu'ont entre eux les genres qui les compûsent , et dénommés d'après des régies semblables.
On c^mi'prend que nous n^ pouvons entrer dans ^U détail presque aussi infini que le régne animal, que cet enchaînement tend à représenter. Les na*
l82 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
luralistes Fétudieront sans doute avec 'soin dans lonvrage où M. Latreille Ta consigne. Les innombrables êtres animés présentent une telle complication dans leurs rapports que Ion doit accueillir avec reconnoîssance tout essai où ils sont envisagés sous de nouveaux points de vue. Ce n'est qu'à force de tentatives de ce genre que Ton peut se flatter d'approcher un peu de la connoissance d'un ensemble fait pour effrayer l'imagination la plus hardie.
Lors de l'arrivée des Espagnols en Araérii|ue, les naturels possédoient déjà des chiens, et de plusieurs sortes. M. Moreau de Jonnès a pensé que là détermination des races auxquelles ils apparte* noient pouvoit avoir de l'in^térêt , et même contribuer à éclaircîr le problème difficile de la population de ce continent. En conséquence il a soigneusement recueilli dans les auteurs les plus voisins du temps de la découverte les descriptions qu'ils ont laissées des divers chiens indigènes.
Il trouve qu'il y en avoit au moins six races, qu'il désigne par les noms de chien comestible , chien bossu, chien pelé, chien chasseur, chien péruvien, et chien arctique. Trois de ces races lui paroissent effacées par leur mélange avec les chiens apportés d'Europe; mais les trois autres existent encore.
ET ZOOLOGIE. l83
L'auteur regarde comme douteux qu elles eussent la &culté d'aboyer, et même il y en avoit une entièrement muette ; et si les races conservées aboient maintenant c'est à leur mélange avec celles d'Europe qu'il attribue ce changement de voix.
Cornme ces différents chiens n'étoîent point concentrés dans certaines zones; comme il y en avoit même, jusqu'à quatre races dans un seul pays, le Mexique ; comme d'autres étoient confinées dans certaines contrées et sans communication, M. de Jonnès ne croit pas que l'on puisse attribuer leurs dissemblances à l'influence du climat, ni en général à des circonstances locales , et il se figure que c'étoient autant d'espèces originairement distinctes.
Il tire de leurs divers degrés de dispersion des conséquences intéressantes sur l'ancien état du Nouveau-Monde, les communications de ses peuples aborigènes, et Fhabitation primordiale des quatre grandes femilles dont il croit que ces peuples descendent.
M. Guvier, qui travaille avec M. Valenciennes à une grande histoire des poissons bù cette classe d'animaux sera considérée sous tous ses rapports , et portée à plus da quatre mille espèces, a présenté cette année à l'Académie quelques échantillon» de cet ouvrage*
l84 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
Il a décrit un nouveau genre de poissons de la Êimille des perches, qu'il nomme myripristis yparce* que ses sous-orbitaires , ses maxillaires, toutes ses pièces operculaires et toutes ses écailles sont dentelées en scie , et qui a sur-tout cela de remarquable que sa vessie natatoire est bifurquée en avant , et adhère pai- ses deux lobes à chacun des côtés de la base du crâne , de manière qu elle n^est séparée de la cavité qui contient le sac et les pierres de ToreiHe que par une membrane élastique, soutenue par quelques filets osseux. C'est un £iit à ajouter à ceux que M. Weber a reconnus dans les carpes , touchant les rapports de la vessie natatoire avec IW reille.
Le même auteur a présenté Fhistoire d'une fapiille nombreuse de poissons des^ Indes , qui doivent à une organisation particulière de leurs os pharyngiens la faculté de vivre assez longrtemps dans Fair , et qui rampent même sur la terre , à de grandes distances des eaux où ils naissent, au point que le peuple de ces contrées croit qu'ils tombent des nues. Théophraste en avoit déjà fiiit mention. Ce sont leurs os pharyngiens supérieurs, développés et divisés en feuillets et en cellules, qui leur procurent cette Ëtculté en retenant une certaine quantité d'eau qui arrose leurs branchies, préservées d ailleurs du contact de l'air par la cl6-
ET ZOOLOGIE. l85
tare exacte de leurs opercules. Un de ces poissons avoit été nommé perça scandens, parceque Ion as<t sure qu'il grimpe même sur les arbres du rivage; mais M. Cuvier a fait voir que Ton doit rapporter à la même famille les ophicéphales, les trichopodes, et jusqu^au gourami , ce poisson d*eau douce si grand et si délicieux, que FHeKle-Fraiioe a depuis long-temp9 reçu de la Chine, et dont les soins du gouvernement viennent d enrichir Gayenne.
Le nom de céphalopodes a été donné par M. Cuvier à une famille de mollusques qu'il a établie, et dont le, caractère principal consiste à avoir autour de la bouche des espèces de bras ou de pieds charnus, au moyen desquels ils nagent et ils rampent. Les sèches , les poulpes , les calmars, en sont les espèces les plus connues; la jolie coquille en forme de rouleau contourné en spirale et divisé en petites chambres , que Ton connoit sous les noms de cornet de postillon et de nautile spiral , ayant été reconnue par Pérou comme renfermée dans Tintérieur de Fun de ces animaux , on en a conclu que les innombrables coquilles fossiles également divisées en chambres , telles que les cornes d'Ammon , les nunimullaires ou pierres lenticulaires, ont aussi appartenu à des animaux céphalopodes» Comme elles ne se retrouvent pas vivantes dans nos mers ,
l86 ANATOMIE ET PHTSIOLOGIE ANIMALES,
il étoit difficile de vérifier cette conjecture; mais oh trouve dans le sable de plusieurs de nos côtes de trè^ petites coquilles, chambrées comme celles dont nous venons de parler, et dont il étoit possible d'observer les animaux.
M. d'Orbigny fils, jeune naturaKste de La Rochelle, s est livré à cette recherche ; et, autant que Ton en peut juger d après les dessins qu'il a f^its au microscope de quelques unes de ces espèces , il pa* roît bien que les animaux auxquels elles appartiennent ont en effet des bras ou tentacules sur la tète , et tout porte à croire qu'ils ont beaucoup d analogie avec les grands céphalopodes connus. Le test de ceux que M. d'Orbigny nomme foraminifères est renfermé dans le corps de Tanimal , ou du moins recouvert totalement par une membrane. Ce corps prend quelquefois un volume considérable relativement à la tête, qui est fort petite, et qui trouve un abri au moment du danger dans les replis du corps. Les; tentacules qui entourent la bouche sont plus nombreux , comme il paroît d'après les figures de Bumph , que ne le sont ceux du grand nautile.
Il est fort à désirer que l'auteur soit a même de continuer des observations qui sont pour l'histoire naturelle un besoin des plus importants et des plus urgents, mais qui paroissent très difficiles à cause de la promptitude avec laquelle les petits animaux
meurent et se décomposent sitôt qu'on les sort de leur position habituelle. C'est seulement lorsqu'on aura achevé d'étudier leur organisation que l'on pourra s'occuper utilement de leur distribution méthodique. Toutefois M. d'Orbigny a aussi essayé d'en donner une distribution provisoire, commode pour mettre quelque Ordre dans cette quantité prodigieuse de très petites coquilles dont les ouvrages de Plancus , de Soldani , et de MoU et Ficbtel, faisoient déjà connoître une grande partie , et que les recherches de M. d'Orbigny viennent encore d'auge menter considérablement.
Ce naturaliste porte le nombre des céphalopodes grands et petits qu'il a examinés à plus de six cents. On les avoit avant lui distribués dans soixanteneuf genres , qu'il réduit à vingt-deux , mais auxquels il en ajoute trente-un nouveaux. Ces genres ont paru fondés sur des caractères précis, pris surtout de la coquille, mais tels qu'ils doivent être en rapport constant avec les animaux* Il a donné à son travail un prix tout particulier en imitant en relief, mais sur de grandes dimensions, les formes de ses coquilles souvent microscopiques ; ce qui donne un moyen facile pour les professeurs d'en démontrer, et pour les commençants d'en étudier les caractères. Ces représentations en donnent une idée plus exacte qu'aucune figure ; mais comme elles ne
l8& AMATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
peuveot être multipliées autant que des gravures, Fauteur a aussi préparé de très beaux dessins qui procureront un bel ornement à son ouvrage.
L^argonaute, un de ces mollusques céphalopodes , tient dans une coquille mince et élégante, de la forme d'une nacelle, et pratique une véritable navigation, s élevant à la surface de Feau, se servant d'une partie de ses bras pour ramer et d'une autre pour gouverner, en ayant même deux qui sont dilalésà leur extrémité, et qu'il relève, dit-on, pour s en faire une sorte dévoile. Sa manœuvre est si remarquable qu elte a été conpue et décrite dès le temps des anciens; mais il s'est élevé à son sujet dans ces derniers temps quelques contestations. Sa coquille n adhérant point à son corps par des muscles , n'ayant même aucune de ces empreintes musculaires que Ion voit dans d'autres testacés, quelques naturalistes en ont conclu qu'elle ne lui apparte* noit pas, mais que c'est celle d'un autre mollusque inconnu, dont l'argonaute s'empareroit pour y faire sa demeure , comme Técrevisse connue sous le nom de bemard^CemUte s'empare des coquilles vides des turbos , des buccins , et de plusieurs autres univalves.
M. de Férussac a combattu cette opinion ; outre le peu de vraisemblance qu'une coquille si com-
ET ZOOLOGIE. xIQ! \
mune ne se $oit jamais trouvée avec soa véritaMç animal , il fait remarquer que le dé&ut d empreinte musculaire serviroit également de motif pour refu* ser cette coquille à tout animal quelconque, et qu^elle ne prouve rien de plus contre le mollusque qui rhabite constamment que contre tout autre.
L'usagedes sangsues est devenu si général qu'elles forment maintenant un article de commerce assez important. La fraude s'est mêlée quelquefois à ce commerce comme à tani d autres , mais il est arrivé aussi que Ton a attribué à la fraude des accidents purement naturels.
MM. Pelletier et lïuzard fils , chargés par le gou^ vernement d'examiner pourquoi certaines sangsues ne prennent pas à la peau, tandis que d'autres y font des plaies difficiles à guérir, ont présenté à FAcadémie le résultat de leurs observations. Ils ont reconnu qu'il y a une espèce de sangsue fort semblaUe à celle quon emploie, mais qui n'a pas de même les mâchoires armées de petites scies tran* chantes et qui ne peut entamer la peau. Cette es* péce de fiiusse 8aii|fftue, si l'on peut l'appeler ainsi, se nourrit d'aliments qu'elle avale , et son estomac est autrement fait que dans la véritable. M. Dutro^ chet avoit déjà décrit cet animal.
Quant au plus ou moins de rapidité de la guéri-
ET PHTSrOLOGlË ANIMALES,
y doit Ifittribuer, selon les auteurs,
pu malade, et aux procédés plus
ables que Ton emploie, soit pour
\es , soit pour leur faire lâcher
On sa voit que les anciens Égyptiens portoient au cou en manière d'amulettes des simulacres de rinsecte connu sous le nom de scarabée sacré; mais nous avions ignoré jusqu'à présent qu'un autre insecte , très différent du précédent et du genre des curculh ou charansons de Linnaeus, et de la division de ceux avec lesquels on a formé depuis celui des brachycères, fût encore de nos jours l'objet d'une pareille superstition. C'est au courageux voyageur M. Cailliaud , de Nantes , qui a rendu des services si importants à la géographie et aux sciences naturelles, que nous devons cette connoissance. Les femmes nègres du royaume de Bertat , contrée située vers la jonction du Nil blanc et du Tourmal , portent ce petit animal au cou. Il paroit, d'après l'individu rapporté par ce voyageur, qu'on arrache d'abord à cet insecte la tète et ifi% pieds, qu'on lui fait ensuite un trou sous le ventre , et qu'après l'avoir vidé on y introduit tme lanière de cuir préparée pour le suspendre. Sous le rapport de la consistance plus solide de son corps et de ses élytres ,
soudés et formant une voûte, cet insecte a sur le scarabée sacré l'avantage de pouvoir se conserver plus long-temps , d'être ainsi plus portatifs Mais on ignore le motif du sentiment religieux que cette peuplade nègre a conçu pour cet insecte ; car ses habitudes, à en juger d après celles de ses congénères, sont très différentes de celles du scarabée sacré. Il n a avec le dernier d'autre analogie que de vivre à terre et d'être très printanier.
M. Latreille a présenté à l'Académie une description de ce brachycère , qui se rapproche par sa taille et ses caractères de quelques espèces du cap de Bonne -Espérance , telles que le globosus, le verrucosuSy etc. Celle-ci paroît inédite , et M. Latreille la désigne aussi par l'épithéte de sacrée , brachycerus sacer. La description qu'il en donne fera partie de la relation du voyage de M* Cailliaud.
Tous les naturalistes connoissent les observations remarquables de Bonnet et de Degeer, par lesquelles il a été prouvé que les pucerons se reproduisent sans accouplement pendant plusieurs générations. Bonnet en a obtenu jusqu'à dix^ M. Duvau a porté son attention sur ce genre singulier d'insectes. Il a constaté comme ses prédécesseurs cette succession d'accouplements par des pucerons vierges , et l'a conduite jusqu'à la onzième génération.
Il croit même qu'avec des précautions on pourroit en obtenir davantage. Il a réusun à £iire vivre une de ces mères jusqu'au quatre-vingt-unième jour, tandis que leur vie ordinaire n'est que de trente* Tantôt les tnères ailées lui ont donné des pucerons sans ailes, tantôt quelques uns de ces derniers lui en ont donnéd ailés, sans qu'il ait pu découvrir de règles dans ces variations de forme; en*sorte qu'il regarde l'histoire des pucerons comme entièoirement à faire.
M. Bory-Saint-Vincent, dont nous avons plusieurs fois cité les travaux sur les animaux micros*^ copiques , vient de publier une méthode complète de leur distribution. Commençant par les plus simples , par ces monades si petites que , grossies mille fois , elles ne paroissent pas encore plus grandes que des piqûres d'aiguille, il passe par degrés à ceux qui ont une organisation plus compliquée , qui montrent des fonhes de vases ou de bourses; qui sont garnis de cils ou de poils soit à letlr sur- £Bice , soit à leurs bords ; qui sont munis de queue, ou même de membres, d'espèces de roues dentées ou vibratiles , et où l'on aperçoit même à l'intérieur une sorte d'estomac; et il niarque pour chaque ordre, pour chaque fiamille, les rapports que ces divisions semblent avoir avec des animaux plus vo« lumineux , et qui peut-être , dit-il , ne nous parois-
sent mieux organisés que parceque leur taille nous permet de mieux distinguer leurs organes. Il porte le riombre de leurs genres à quatre-vingt-deux, et nous regrettons beaucoup qu'une analyse telle qiie la nôtre ne puisse entrer dans le détail de leurs caractères; mais comme l'ouvrage de M. Bory vient d'être imprimé, et que d'ailleurs il en donne le développement dans V Encyclopédie méthodique et dans le Dictionnaire classique d'Histoire naturelle y les naturalistes peuvent recourir à ces écrits. Nous nous bornerons à ajouter que M. Bory révoque fortement en doute que ce soient ces animaux qui donnent à l'eau de la mer cette phosphorescence que l'on cherche depuis si long-temps à expliquer. Il affirme que des eaux très phosphorescentes qull a examinées avec soin ne contenoient aucun de ces animaux , et qu'au contraire des eaux qui en fburmilloient ne donnotent aucune lueur.
Il reconnoît cependant que plusieurs grands zoophytes ou mollusques, les pyrosomes, certaines méduses^ des béroés, etc., sont très Volumineux ; mais la lumière qu'ils font jaillir se distingue aisément de celle qui , dans certains parages , éclaire toute la surface de la mer.
M. Cuvier a donné des observations sur un
BUFFON. OOMPLÉM. T. lY. t3
genre de reptiles découvert autrefois par Garden et nommé ampliiuma, mais qui pendant long-temps a été mis en oubli par les zoologistes : son corps est alongé , nu , porté sur deux paires de pieds très petits, sans ongles; sa bouche a des dents aux mâchoires et au palais; il respire par des poumons semblables à ceux des salamandres ; on ne lui a point encore découvert de branchies à aucun âge, quoique son cou ait un orifice de chaque côté par où Feau qu'il a prise peut s'échapper sans pénétrer dans son œsophage. Outre lespèce anciennement connue {amphiuma means) qui n'a que deux doigts à chaque pied , et qui a été reproduite récemment par MM. Mitchill et Harlan , Fauteur «n décrit une nouvelle dont tous les pieds ont trois doigts , et qu'il nomme amphiuma tridaclylum; on les trouve lune et Fautre dans les marais de la Louisiane, où elles passent Fhiver enfoncées dans la vase. On avoit supposé qu'elles pou voient être les adultes des sirènes, autres reptiles qui n'ont que deux pieds et qui ont aux côtés du cou des branchies en forme de houppe, comme les petits des salamandres; mais il y a des sirènes autant et plus grandes que les am* phiuma; leurs pieds ont quatre doigs; leurs narines, leurs dents, sont tout autrement disposées; en un mot il est certain aujourd'hui que ce sont deux genres distincts d'animaux.
ET ZOOLOGIE. igS
M. Geoffroy-SaiDt-Hilaireest revenu sur un sujet dont nous avons rendu compte dans notre notice de l'année demièi-e; savoir, sur les crocodiles qui étoient élevés par les prêtres de l'ancienoe Egypte, et qui , suivant sa manière de voir, formeroient une
de dix dans la douzième édition du Systema naturœ; mais en soixante ans les recherches successives de Fabricius, de M. Latreille, et des autres entomologistes , les ont augmentés d'une manière bica rapide : Fabricius les porta à vingt-trois, M. Latrieille à cent dix-sept , et M. Meigen à près de quatre cents. M. Robineau ne s'est occupé que d'un seul des genres de Fabricius, celui auquel l'entomologiste de Kiel a voit réservé le nom de musca, et il en a observé et recueilli près de dix-huit cents espèces, dont plus de quatorze cents sont nouvelles; et ce qui est plus remarquable et peut nous donner une idée encore plus grande qu'on ne l'a jamais eue de H richesse de la nature c'est que la plupart de ces espèces ont été recueillies dans un canton assez borné d'un seul département, celui de l'Yonne. Les points de vue sous lesquels il les a considérés ^ les particularités délicates d'organisation qu'il y a reconnues dans toutes les parties, surtout dans la bouche , dans les formes de la tête , et dans la composition des antennes , dans les nervures des ailes, dans la dispositioii de ces petites écailles placées sous la base des ailes, etc., l'ont mis à même d'y établir'des divisions et des subdivisions de plusieurs degrés auxquelles il donne les titres de familles, de sections , de tribus , et de genres ; et il a cherché à tracer ces subdivisions de manière à leur faire em-
brasser des espèces qui s'accordent non seulement par les formes , mais encore par les habitudes , par les matières dont elles se nourrissent et l'es lieux oiï elles déposent leurs larves. Les genres qu'il établit, dans ce seul ancien genre des musca de Fabricius^
U en avoit fait deux des quatre-vingt-six genres de sa classe des insectes; et il ne comptoit dans les deux , lors de sa dernière édition , que cinquantesept espèces. Ce nombre a été successivement augmenté par les recherches des entomologistes, et sur-tout de M. Bonnelli ; M. Latreiiie , dans son dernier ouvrage, les Familles du régne animal, avoit déjà trouvé des caractères suffisants pour les diviser en quatre-vingt-dix-sept genres. Aujourd'hui la seule collection de M. le comte Dejean , à la vérité lune des plus riches qui existent en insectes coléoptères, contient près de deux mille espèces, et les caractères de détail que ce savant entomologiste a reconnus sur de si nombreux animaux Tout porté à les distribuer en huit tribus subdivisées chacune en plusieurs genres. Les quatre premières seulement , que M. Dejean a publiées en deux volumes, contiennent soixante-dix genres. Cet ouvrage n'offre pas seulement une distribution méthodique aussi exacte que le permet Tétat de la science , il contient des descriptions de toutes les espèces , assez détaillées pour que Ton puisse espérer d en fixer la nomenclature , autant du moins que cela est possible sans figures ; des figures même n^ suffii*oient pas , si elles n étoient l'ouvrage d artistes du premier talent, et si elles ne représentoient les objets par toutes leurs faces.
Tout le monde sait que la soie, qui alimeute des indusi;ries si nombreuses et fournit à des emplois si agréables et si utiles, n'est pas originaire des pays qu'elle enrichit maintenant , et que ce fut sous Justinien, en Tannée SSy, que deux moines apportèrent de la Tartarie les œufs de Tinsecte qui la produit; mais on se demande comment Ton obtint le mûrier blanc, seul arbre sur lequel cetinsecte puisse vivre. Il auroit été trop tard d'en apporter les grai* nés ou les plants en même temps que les œufs; il étoit nécessaire que les chenilles qui dévoient sortir de ses œufs trouvassent des arbres propres à les recevoir.
M. Mongez a cherché à répondre à cette question. Il fait remarquer d'abord que l'on n'ignoroit point en Grèce que la soie est le produit d'un insecte , et que cet insecte vit sur un arbre ; il rappelle même à ce sujet un passage de Pline , doù il résulte que l'on recueilloit dans l'île de Cos des soies produites par des chenilles du térébinthe , du cyprès , du frêne , et du chêne , soies que l'abondance et les qualités supérieures de celle du mûrier ont probablement fait tomber en oubli. Il fait souvenir ensuite que , d'après la fable de Pyrame et Thisbé , le mûrier blanc semble n'avoir pas été inconnu aux anciens , puisque ce fut le sang de Pyrame qui teignit les mûres blanches en pourpre :
.... Arbor ibi , niveis uberrima pomis ^
Ardua rnorus erat. ... ,
et plus loin ,
Arboris foetus aspergine cœdis in atram Vertuntur faciem , madefactaque sanguine ladix Puniceo tingit pendentia mora colore.
Cette conjecture prend d'autant plus de vraîsem-' blance que la scène de cette métamorphose se passe auprès des murs de Babylone, et que d après un mot de Pline on voit que FÂssyrie fournissûit une soie précieuse dont on laissoit Tusage aux femmes'. On trouve aussi dans les Géoponiques un passage de Diophane , contemporain de Jules César, où il est dit que si Ton greffe un mûrier sur un peuplier blanc les mûres deviennent blanches ; et , bien que l'assertion n'ait rien de probable, l'on peut en conclure au moins qu'il existoit des mûres blanches du temps de Diophane, c'est-à-dire avant l'ère chrétienne , et dans son pays qui étoit la Bithynie. L'ar-
* Assyria tamen homhyce adhuc fœminis cedimus (Plin., lib. XI, cap. XXIII ). Brothier et d'autres croient même trouver dans le chapitre XXII une description du bombyx qui produisoit cette soie d'Assyrie; mais c'est une erreur. Cet article, tiré d'Aristote ( 1. V, c. xiz), ne se rapporte qu'au bombyx de File de Géos ; on ne Va cru relatif à celui d'Assyrie queparceque, dans le commencement de ce chapitre, Pline parle de frelons d'Assyrie qui font des nids en terre et ne sont autres que nos abeilles maçonnes.
bre put aisément se multiplier dans les environs de Constantinople , lorsque l'on connut ses importantes propriétés: mais il paroit qu'il mit beaucoup de lenteur à se répandre plus loin. Il ne fut très
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tes sous lesquelles il sabrite : si l'on en place un f|[rand nombre sur une feuille de papier recouverte d'une cloche de verre, elles en recouvrent promptemcnt la surface d'une gaze tellement fine que le moindre mouvement de lair, que la seule chaleur de la main, la soulèvent , et cette gaze est en même temps d une grande homogénéité et d'une grande blancheur; mais le peu de consistance de cette étoffe d'un nouveau genre ne permet pas d'espérer que l'on puisse en faire un emploi utile.
MM. Audouin et Milne-Edwards ont découvert sur le homard un petit animal parasite de la classe des crustacés, qui ne présente à la vue simple qu'un corps divisé en quatre lobes ou lanières; k la loupe on s'aperçoit que la première paire de ces lobes est un développement du corselet, et que la deuxième se compose des ovaires. Entre les lobes du corselet est une petite tête obtuse, portant à sa face supérieure deux yeux , deux antennes , et en dessous des mâchoires cinq paires de pattes; entre les deux ovaires est une petite queue articulée et terminée par des soies. Ces jeunes naturalistes ont formé de cet animal un genre qu'ils nomment nicdthoé. Ce parasite est toujours attaché fort étroitement aux filaments qui composent les branchies du homard. Aucune excitation ne lui fait^âcher prise ; on le dé-
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chireroit plutôt; on ploDgeroit le homard dans un liquide délétère sans le faire abandonner par les nicothoés. Même lorsqu'on te détache i! demeure immobile, quoique le mouvement de ses fluides
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bydres ou polypes, qui s^épanouissent sur divers points de cette croûte, et que Ton a pris long-temps pour les fleurs du corail, sont les animaux partiels qui forment par leur réunion lanimal commun , qui ont une nutrition commune, et dont les sensations mêmes se communiquent jusqua un certain point à lensemble. On en a voit conclu que ces animaux partiels dévoient , dans tous les lilhophytes , ressembler à des hydres ; mais il n^en est pas tout-à-fait ainsi : les observations de M. Lesueur, et celles de MM. Eysenbardt et de Chamisso , ont prouvé que les animaux de plusieurs madrépores lamelleux ressemblent pour le moins autant à des actinies qu'à des hydres.
MM. Quoy et Gaymard, auteurs de la partie zoologique du voyage de M. Freycinet, recueil plein des observations les plus intéressantes sur le régne animal, y ont inséré quelques faits relatifs aux lithophytes , dont ils ont préalablement donné connoissance à TAcadémie , et qui ajoutent à nos connoissances sur ce sujet curieux. Les fongies, ou cette subdivision des madrépores composée de grandes lames pierreuses qui se rapprochent vers un centre enfoncé, ou vers un sillon médian, sont simplement enveloppées d'une croûte animale membraneuse rouge, plissée comme les lames, plus épaisse vers le centre ou près du sillon mé-
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d*un beau rouge ; chacun d eux est contenu dans un sac membraneux dont les bords se continuent en se réfléchissant avec ceux du tube pierreux, dans lequel il est enfermé, et l'hydre peut ou s y enfoncer et s'y cacher tout-à-fait , ou se développer et en faire sortir ses tentacules au nombre de huit. Dans le fond du sac pénétrent des filaments chargés de grains qui paroissent être les œufs. Le tube pierreux s alonge par degrés d'espace en espace; il se dilate en un bord horizontal qui^ s'unissant à ceux des tubes voisins, forme des cloisons qui unissent ensemble tous ces tuyaux.
MM. Quoy et Gaymard sont repartis cette année pour une autre expédition scientifique, commandée par le capitaine d'Urville. Un calmé qui les a retenus quelque temps dans la baie d'Algésiras leur a donné occasion d envoyer à Paris les prémices de leurs récoltes , et ils ont adressé à l'Académie un mémoire fort intéressant où , parmi plusieurs objets dignes d'attention, ils font connoitrc une tribu presque eiitièrement nouvelle de zoophytes, dont chaque espèce a des individus de deux formes, qui se tiennent toujours deux à deux, et en partie enchâssés lun dans l'autre. M. Bory-Saint- Vincent a voit déjà décrit, mais fort sommairement, un de ces animaux, et M. Guvier l'avoit rangé
dans son régne animal sous le nom de dipltye. Ils sont transparents comme du verre, et leur corps est plus ou moins pyramidal ou prismatique. Celui qui est reçu dans l'autre par son sommet, et que l'on pourroit nommer rantérieur, n'a qu'une ca-
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Les formes des deux corps et leur grandeur relative sont ce qui caractérise les espèces. Dans celle qu'a voit vue M. Bory (la diphye)^ les deux individus sont pyramidaux, et diffèrent peu pour la taille. Dans une autre que les auteurs nomment calpé lanimal antérieur est plus grand , en pyramide à cinq pans; l'autre, fort petit, est presque cubique. Dans une troisième, nommée abyla, l'animal antérieur est en pyramide à trois pans; le postérieur plus petit est en forme de cloche. La quatrième, qu'ils appellent nacelle y a l'animal an* térieur en cône ou en pyramide à arêtes très mous, ses ; le postérieur, qui lui cède peu pour le volume, peut être comparé étune pantoufle dont la partie du talon seroit fourchue. La cinquième, à laquelle les auteurs donnent le nom d'ennéagone , à l'animal antérieur plus petit que l'autre y de forme à-peu-près globuleuse; son oriHce est entouré de neuf petites pointes : le postérieur est également globuleux , mais plus grand. Enfin dans la dernière, qu'ils nomment cubdide, l'animal antérieur est très petit, à-peu-près cylindrique, et le postérieur beaucoup plus grand et cubique.
Ce genre de zoophytes appartient à la même famille que les physalies et les rbizophores ; mais il présente des questions physiologiques bien particulières. Pourquoi cette réunion constante de deux
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individus seulement , et de deux individus difFérents? Sont-ce des sexes? sont-ce seulement des parties d'un même animal dont nos observateurs n oiU pas aperçu la liaison organique, parcequ elles se tenoient par des membranes trop frêles ? Des observations suivies donneront quelque jour la solution de ces problèmes.
Nous avons présenté en abrégé, dans notre analyse de 1822, les idées de M. Bory- Saint -Vincent sur ces êtres microscopiques qui, selon lui, prennent tantôt les apparences de végétaux, et tantôt montrent les propriétés et sur -tout le mouvement volontaire des animaux ; et dans celle de 1 828 nous avons cité une observation de M. Gai] ion, qui semble rentrer dans le même ordre de faits. M. Bory va maintenant beaucoup plus loin , et il établit une espèce de règne à part, qu'il nomme psychodiaires, et qui réunit , selon lui , certaines j)ropriétés animales à des propriétés végétales. Il le définit des êtres végétants, mais qui ont au-dessus du végétal un sens suffisant pqur y introduire un certain degré d animalité , mais non cette animalité complète qui résulte de l'intellect ajouté à Finstinct. Il y comprend non seulement les arthrodiées sur lesquelles avoient porté ses premières observations , mais les polypes deau douce, et toutes les végétations qui
. BUFPON. GOMPLBM. T. lY. l4
ont une sorte de floraison animée plus ou moins semblable à ces polypes, comme les sertulaires, etc. ; ou une écorce sensible, comme les gorgones; ou enfin ce qu'il appelle une graine agissante, comme il croit Tavoir vu dans ses artbrodiées. Il lé divise en ichnozoaireSy en phyiozoaireSy et en liihozocUres* Les premiers ne se fixent point , les seconds ont une végétation cornée ou celluleuse, les troisièmes en ont une pierreuse, et chaque ordre se subdivise selon qu'il a ou non des hydres, c'est'à-dire des expansions animées analogues aux polypes.
Nous avons parlé plusieurs fois des ornithorinques , de ces animaux singuliers de la Nouvelle-Hollande, qui joignent une espèce de bec semblable à celui d W canard à une conformation d'ailleurs généralement semblable à celle dun quadrupède. <
Parmi les nombreuses sipgularités de leur organisation se trouve celle du défaut de toute mamelle apparente; en sorte qu€| 1 on doute que ces animaux nourrissent leurs petits de lait, et même on a pu voir dans une de nos précédentes analyses que des voyageurs prétendent qu'ils produisent des œufs^ et non des petits vivants. M. Meckel, savant pro-fesseur danatomie à Halle, qui a publié sur lornî* thorinque une discussion anatomique très détaillée et ornée de beaucoup de belles planches, croit en
avoir découvert les mamelles. Il a vu dans une femelle d'ornithorinque, eotre les muscles de labdomen et la peau, de chaque côte, un grand appareil glanduleux presque aussi étendu que ses muscles, et dontles conduits excréteurs aboutissoient tous à un petit disque placé de chaque côté presque à égale distance entre l'extrémité antérieure et postérieure. Cest à cet appareil quil a attribué la fonction de sécréter le lait. M. GeofFroy«Saint-Hilaire a pensé au contraire que ce pourroit être un organe analogue à ceux que Ton voit sur les flancs des musaraignes, qui sont surtout fort développés dans les grandes musaraignes des Indes, et qui sécrètent cette onctuosité odorante qui caractérise ce genre de petits animaux. C est une discussion qui ne pourra guère êtrç vidée que par ceux qui observeront Fanimal vivant et après le part : cependant M. de Blainville a fait remarquer que le mâle n ayant point cet appareil aussi développé que la femelle, cette circonstance pourroit paroître favorable à l'opinion deM. Meckel.
Le mâle de Tornithorinque a le talon armé d'u n ergot osseux et corné très pointu , percé d'un canal par où il paroît qu'il verse dans les plaies que font ses piqûres une liqueur vénéneuse. M. de Blainville avoit décrit ce canal il y a quelque temps; et M. Meckel, dans sa description anatomique, a bien
fait connoltre la glande qui produit cette liqueur: elle est volumineuse, et placée à la face interne de la cuisse au-dessus du genou. Son canal excréteur descend le long de la face interne de la jambe. L*ornitborinque et lechidné sont jusqu a présent les seuls quadrupèdes couverts de poils qui produisent une liqueur empoisonnée, et quelques personnes pourront aussi y trouver une raison de douter que ce soient de vrais mammifères.
On connoit deux variétés d ornithorinque : une plus brune qui a le poil plus rude, et une plus rousse et à poil plus doux, et quelques naturalistes ont voulu en faire deux espèces ; mais M. Geoffroy, examinant plusieurs individus de ce genre extraordinaire, a trouvé des passages et des combinaisons si nombreuses de ces couleurs et de ces natures de poils qu il ne pense pas qu elles aient rien de spécifique.
M. Frédéric Cuvier, occupé depuis long- temps d'une étude approfondie des organes que les zoologistes emploient pour caractériser les mammifères, a pensé que Fexamen du développement des plumes lui donneroit quelques lumières sur le développement des poils ; le nombre et la diversité de leurs parties^ et le volume de lorgane qui les
produit, donnent en effet plus de prise à lobservation.
Malgré leurs variétés de grandeur, de consistance, et de couleur, toutes les plumes se composent dun tuyau, dune tige, et de barbes plus ou moins barbelées elles-mêmes.
L organe destiné à la production de la plume se présente sous la forme d'un cylindre alongé qui tient profondément à la peau de Toiseàu par une extrémité nommée lombilic. Son enveloppe la plus extérieure ou sa capsule est composée de plusieurs tuniques emboîtées , dont la plus extérieure est de la nature de lepidermé; les intérieures sont plus compactes , mais sans organisation apparente. C est par lextrémité de cette capsule opposée à lombilic que la tige et les barbes doivent sortir. Dans Taxe de la capsule est un noyau cylindrique aussi , fibreux et de substance gélatineuse, qui adhère à lombilic, et qui reçoit par ce point d'adhésion des vaisseaux sanguins abondants. Autour de ce noyau, ' ou entre lui et l'enveloppe extérieure, sont deux membranes parallèles ; une interne, l'autre externe, striées obliquement , ou plutôt réunies Tune à l'autre par des cloisons parallèles, et qui se rendent obliquement d'une ligne longitudinale et supérieure vers une ligne également longitudinale et située de l'autre coté du cvlindrc. C'est dans les
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vides longs et étroits qui sont entre ces cloisons que se dépose la matière des barbes de la plume, et qu'elle se moule en barbes et en barbules à-peuprès comme l'ivoire des dents se moule entre la membrane externe de leur noyau gélatineux et la membrane interne de leur capsule. La ligne supérieure et lisse, de laquelle partent les stries, reçoit et moule du côté de la membrane externe l'écorce cornée du dos de la plume, ou cette bande longitudinale aux deux côtés de laquelle adhèrent les barbes , et du côté de la membrane interne la substance même de la tige cornée aussi, qui la revêt à sa face inférieure. La ligne opposée à celle-là n'a d'autre objet que d'établir une solution de continuité entre les barbes d'un côté et celles de l'autre. Ainsi, tant qu'elles restent dans leur étui , ces barbes se courbent autour du noyau gélatineux , et l'entourent des deux côtés. A mesure que cette tige et les barbes prennent de la consistance , elles sortent par l'extrémité de la capsule et se montrent au-dehors, poussées qu'elles sont sur-tout par l'accroissement que prend la base des noyaux gélatineux , et ce mouvement continue jusqu'à ce que toute la partie barbue de la^plume soit sortie. La tige et les barbes sont, comme on voit, des sécrétions des membranes striées qui enveloppent le noyau gélatineux; mais c'est ce noyau lui-même
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qui fournit la matière de cette sécrétion. M. Frédéric Cuvier pense que c'est sup-tout à lui qu'est due cettesubstancespongieusequi remplitla tige. A mesure que le développement de la plume a lieu la sommité dunoyau se vide, et il s'y formeun cône ou une espèce de calotte membraneuse qui sort de la capsule en même temps que la portion de tige et les barbes qui lui correspondent. Plusieurs de ces cônes successif se perdent ainsi , et tombent à me* sure qu'ils sortent, de. façon qu'il n'en ieste point le long de la face interne de la tige. Dans certaines espèces ou dans certaines circonstances la pointe du noya» est double, et alors, la tige prend avec elle une des pointes; ce qui fait qu'elle garde dans son intérieur une suite de cônes qui occupent son \je et y forment des cellules; mais en général cet ^^ se remplit de matière spongieuse , et sa partie ïïi'tieiire seulement pince ou serre dans son sillon un ;ger repli du noyau qni l'a formée. Quand tous ^ s^qhs où dévoient ^e mouler les barbes et la portit» (Je tjge qui les porte ont été repaplis par la matieieornée , et que la partie barbue de la plume est terLuée, cette matière cornée se répand uni-, formem,!; autour du noyau , et forme Je tuyau de laplume^jv progrès de temps, et lôrsquece tuyau a pris la c«$îstance qu'il devoit avoir, le noyau intérieur déi^ujaig épuisé ne laisse pas que de se
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diviser encore en cônes ou en godets enfilés à la suite les uns des autres ; mais ces derniers cônes ne sortent plus au-dehors; ce tuyau qui s'est durci , et que la tige ferme à son extrémité opposée à lombilic, ne leur laisse plus d'issue; ils restent dans son intérieur, et y forment ce qu'on appelle communément [ame de la plume.
On voit que la formation d'une plume ne diffère en quelque sorte de celle d'une dei^t que par ht nature de la substance qui se dépose entre ses deux tuniques : mais une dent est plusieurs années à se former; il n'en nait que deux séries de suite dans une partie de la mâchoire , et une seule dans l'autre partie ; les plumes se développent en quelques jours : elles atteignent dans bien des oiseaux une longueur d un ou de deux pieds et davantage, et elles renais* sent à-peu-près toutes chaque année; dans beaucoup d'espèces elles se renouvellent même deux fois par an ; on conçoit donc quelle énergie l'rfconomie de cet oiseau doit exercer , et tous les daifgers que peut avoir pour lui une époque aussi critique que celle de la mue.
M. Magendie a reconnu par de nombreuses observations qu'il existe un liquide entre le cerveau, la moelle épinière et les enveloppes membraneuses de ces organes, particulièrement entre la pie-mère
^taM
et l'arachnoïde; que ce liquide n est point, comme on Fa cru, un produit de maladie, qu'il est au contraire un caractère essentiel de l'état sain ; que dans l'homme adulte il n'y en a jamais moins de deux onces ; que souvent dans les individus d une stature élevée sa quantité se porte à cinq onces. Il distend pendant la vie le sac membraneux qui le contient; mais , semblable aux humeurs de l'œil, il s'évapo«e ou s absorbe par degrés après la mort, et disparoit en assez peu de temps. M. Magendie le nomme le liquide céphalo-rachidien.; il pense que son premier usage est de remplir les. vides soit du crâne, soit du canal de l'épine , que ni le cerveau ni la moelle épinière ne remplissent pas toujours, à beaucoup près. En effet il y a d'abord un vide constant et bien connu dans la partie inférieure de l'épine; mais le cerveau lui-même, dans les sujets vieux et maigres, est souvent moins volumineux que la cavité destinée à le contenir. M. Magendie a même observé qu'à cet âge les anfractuosités s'écartent les unes des autres, et qu'il se forme quelque- ^is à la surface des creux d'un pouce et plus de profondeur. Lorsqu'il arrive au contraire que le cerveau augmentebrusquementde volume, comme dans les apoplexies, les membranes se distendent, les circonvolutions se pressen t etle liquide disparoit, soit en s'absorbant, soit en se refoulant vers l'épine.
2l8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES,
Lorsqu'on enlève ce liquide à un animal vivant au moyen d'une petite ouvertui'e à son crâne, et que Ton referme la plaie , il ne tarde pas à reparoître , semblable encore en cela aux humeurs de l'œil. En vingt-quatre heures il est reproduit aussi abondant que la veille; M. Magendie la vu sourdre distinctement de la surface de la pie-mère. On comprend en général que son usage doit être de faciliter les mouvements du racbis dans l'épine lorsque le corps se courbe; mais il est d'une nécessité encore plus générale. L animal que Ton a privé de ce liquide, quelque vigoureux qu'il ait été auparavant, tombe aussitôt dans un état d'hébétement et d'inactivité qui dure jusqu'à ce que le liquide se soit reproduit: quelquefois il a pris une sorte de fureur. Si au contraire on augmente beaucoup sa quantité, en injectant par exemple celui d'un individu dans un autre,» on produit, comme par toute autre compression, une apoplexie et une paralysie.
La maladie connue sous le nom de spina bifide est une sorte de hernie produite par le liquide céphalo-rachidien , et c'est aussi à sa surabondance que tiennent l'apoplexie séreuse et l'hydrocéphale aiguë ou chronique. Quand on lui substitue d'autres liquides , tels par exemple que de l'eau ou de Falco* hol, ils produisent sur le système nerveux leur effet connu, mais avec moins de rapidité que lorsqu'on
les introduit dans la circulation. Un fait très remarquable c'est qu'en très peu de temps du prussiate de potasse avalé par un animal a manifesté sa présence dans le liquide spino-rachidien ; par où Von peut juger de la rapidité des communications qui ont lieu dans le corps animé.
M. Magendie s'est assuré que ce liquide s'étend jusque dans les ventricules du cerveau , et que leur cavité communique avec celle de l'épine par une ouverture percée vis-à-vis la fin du quatrième ventricule, à l'endroit que les anatomistes nomment le bec de plume. Cette ouverture, dont aucun anatomiste n avoit parlé , et que M. Magendie nomme Centrée des cavités cérébrales , est arrondie de deux à trois lignes de diamètre, et percée entre les deux artères cérébelleuses postérieures. Dans l'hydrocéphale cet orifice est très dilaté, ainsi que ceux par lesquels les ventricules communiquent les uns avec les autres. Ce n est point seulement dans l'état maladif que ces cavités sont remplies de liquide, elles en contiennent au contraire toujours, et peuvent en renfermer dans Fhomme jusqu'à deyx onces sans que la santé en soit altérée. Tout annonce qu'il existe en certain cas une sorte de flux et de reflux de ce liquide des ventricules vers Fépine , çt réciproquement. M. TVIagendie a vu dans un cadavre qu'un fluide purulent produit dans l'épine avoit
pénétré dans les ventricules ; il a vu même dans ces cavités une sérosité sanguinolente qui y étoit venue de la surface du cerveau. Dans tous les individus qui avoient succombé à un épanchement séreux dans les ventricules, il a trouvé ïaquéduc de Sylvius dilaté, et par conséquent la communication entre les cavités cérébrales et lepine très libre. Une observation curieuse lui a appris que le vice des chevaux connu sous le nom d immobilité y et qui les empêche sur-tout de faire aucun mouvement en arrière, tient à une surabondance du liquide dans les ventricules, surabondance qui met les animaux dans un état semblable à celui que dans d autres expériences M. Magendie a vu amener par Vablatioii des corps cannelés. Un cheval dans cet état fut heureusement traité par l'application du moxa ; et, d après cette indication, Fauteur a fait plus d'une fois disparoître des symptômes d'épanchements séreux dans la fièvre cérébrale des enfants, par de larges vésicatoires entre les deux épaules et le long de 1 épine.
La rétine à tapis musculaire dans leqpc;! presque tous les anatomistes ont placé le siège essentiel de la vue sembleroit devoir être d'une sensibilité exquise pour tous les corps, puisqu'elle est sensible à la lumière, le plus délié de tous; mais l'expérience
prouve qu'il h en est pas ainsi. M. Magendie, dans des opérations de cataracte, a plusieurs fois touché et même piqué la rétine sans que la personne qu'il opéroit s'en soit aperçue.
Depuis que M. GeofFroy-Saint-Hilaire a été conduit à considérer leà faits relatifs aux monstres comme des expériences en quelque sorte préparées à lavance par la nature pour montrer aux physiologistes les moyens qui donnent lieu aux compositions organiques, il a multiplié ses recherches sur ces déviations de l'organisation, et elles ont reçu de nouveaux aliments par de fréquents envois de sujets monstrueux que les hommes de l'art de différents pays ont faits à l'auteur. Il s'est demandé d abord si tant de richesses. seroient susceptibles d'être énumérées et classées comme on est dans lusage de le faire pour les êtres réguliers; et il s attache à prouver que le procédé des naturalistes , considéré dans son ensemble , convient très bien aux êtres monstrueux , sauf quelques modifications. Ne se bornant point à traiter cette question théoriquement, il met en pratique les vues qu'il a signalées. Ainsi nous avons vu qu'il a établi des genres de monstruosités qu'il nomme anencéphales, hyperencéphales , notencéphàles , aspalasomes^hypognathes, thlidsencéphales, acéphales, rhinencéphales, podencé-
phales, tiétéradelphes,polyopSj agèneSy etc. C'est une sorte de zoologie nouvelle que l'on pourroit appeler zoologie anormale, et placer sur une ligne parallèle à côté de la zoologie des êtres réguliers. Les formes linnéennes, la nomenclature binaire, et généralement tous les moyens d'ordre imaginés par les naturalistes, ont été reconnus applicables par l'auteur à la classification des monstres.
Mais M. Geoffroy ne s'en tient point à ce catalogue méthodique ; son but est de s'en servir pour pénétrer plus avant dans le labyrinthe de Fanatomie physiologique. C'est ce qu'il fait connoître dans un article historique, où il raconte ce qui a été fait avant lui , et montre ce qui reste à faire.
C'est en effet, suivant l'auteur, un spectacle très instructif que celui de l'organisation étudiée dans ses actes irréguliers , de la nature surprise coimne dans des moments d'hésitation et d'impuissance. Quiconque, ajoute-t-il, s'est rendu compte de toutes les modifications possibles de l'organisation reconnoît que les formes diverses sous lesquelles elle se manifeste sortent d'tin même type; il ne rer garde donc pas ces monstres , ^vec Aristote , comme des exceptions aux lois générales; il ne croit pas, comme Pline, que la nature les produit pour nous étonner et pour se divertir ; mais il les considère comme des ébauches qui ne seroient point ache-
vées, comme représentant des degrés divers d'organisation.'
L'auteur avoit traité, ]'année précédente, des monstres de son genre anencépbale , caractérisés
or il ne vit rien de plus hétérogène en soi, il n aperçut pas de conditions plus propres a provoquer les méditations, que les deux systèmes organiques qu il a nommés hypognathes et héiéradelphes ; ilsappartiennent aux monstres doubles. L un des deux sujets est complet, et jouit d'une vie propre; et lautre n est qu'un fragment enté sur son frère, et tenu de vivre comme un parasite. L'individu entier est donc pleinement pourvu de toute l'organisation propre à son espèce, quand Findividu imparfait ne consiste que dans une portion tégumentaire avec les os qui lui correspondent.
L'auteur n'a vu des hypognathes que dans l'espèce du bœuf. Il a trouvé au contraire des hétéradelphes dans les espèces de Fhomme, du chat, du chien, de la poule, du canard, etc. L'anatomie montre comment le système circulatoire au moyen d'un seul centre d'impulsion parvient à porter ia nourriture dans les deux sujets greffés l'un sur l'autre; mais l'auteur pense qu'il en est autrement durant la vie embryonaire.
La monstruosité qu'il a nommée hypognathé se compose d'une tête incomplète adhérente à la tète bien organisée du monstre ; les deux têtes sont portées par de longs pédicules, qui sont les mâchoires inférieures. Ces pédicules , par une de leurs extrémités , s'articulent avec leurs têtes , et par l'autre
ils établisseut les relations des deux systèmes organiques ; la tète imparfaite est contractée au plus haut degré, étant privée de toutes les choses ordinairement contenues dans une tète comme organes des sens et masse médullaire, et ne possédant que celles qui servent de cloisons et d'enveloppes, telles que les parties osseuses et tégumentaires. Les formes et conditions propres à ce genre de monstruor site sont répétées, moins quelques légères différences, dans trois espèces que Fauteur nomme hypognatlie capsule , bypognathe rçchier, ^t kypognatlie monocéphale.
Les hétéradelphes , frères jumeaux très dissemblables , sont des monstres formés de deux individus dont Fun ayant déjà subi toutes les transformations de la vie utérine est entré dans le monde atmosphérique, où il s est définitivement enrichi de tous les organes que les progrès successifs des âges développent chez les animaux parfaits , et dont Vautre, retenu et persévérant dans une 4es formes de la vie utérine , étçnt de plus privé d'une ou de plusieurs parties, quelquefois seulement de la tète et d^autres tronçons adjacents, semble sortir du centre de la région épigastrique de son grand frère. Ce second individu est un parasite qui n a point ou fort peu de viscères, qui n existe point par lui-même, qui consiste en téguments, et dont les téguments
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sont nourris par les vaisseaux cutanés du sujet adulte. On en voit des exemples pris de Vespéce humaine dans des ouvrages anciens ; et tout récemment les officiers de la Thétis ont rapporté le portrait en relief d'un Chinois nommé Ake qui se faisoit voir à Canton , et qui appartenoit à ce genre. L auteur en a étudié l'organisation dans des répétitions de la même monstruosité qu'il a ot^servées chez des individus de l'espèce du chat et de celle du poulet. L'attention de M. Geoffroy s'est aussi portée sur une autre sorte de monstruosité qu'on désigne sous le nom très impropre (ïéventratioriy par où l'on entendoit exprimer des viscères formant hernie hors de la cavité ahdominale. L'auteur avoit déjà traité ce sujet, savoir quand les viscères sont entraînés du côté de la poitrine , circonstance qui en vicie les organes; ou quand ils sont abaissés, autre influence qui modifie légèrement les organes urétro-sexuels. Ce premier système organique fut décrit sous le nom dihypérencéphcdey et le second sous celui d'rw* palasome. Il a fait connoitre 1 année dernière un troi«> sième arrangement , plus riche en faits singuliers , qu'il nomme agène {être entièrement dépourvwdt organes sexuels) ; mais on voit distinctement daus^tous le fait primitif de ces déviations* Lorsque les intestins sont encore logés en partie dans le cordon ombiMcal , des brides qui les attachent au cordon et le
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cordon aux membranes placentaires empêchent leur refoulement vers Tabdomen, et la monstruo* site qui s*est ainsi emparée du sujet pendant sa vie i^nbryonaire continue durant la vie fœtale , et pai^ vient à setendre d^nvantage. Les organes urétro sexuels y deviennent de plus en plus soumis. La vessie est refoulée sur son col et sur le méat uri* naire, lesquels s^élargissent indéfiniment, et cela au point d'en laisser arriver le fond renversé audehors, et de la soustraire à ses usages; car alors les orifices des uretères se ferment , et ces canaux grandissent par laccumulation de lurine. L'intestin rectum est aussi , à un moment donné et pat Tentrainement de la vessie , violemment déchiré. 8a liouvelle terminaison aboutit dans llntervalleautre^ fois circonscrit par le col de la vessie , et son méat externe est alors transformé en un largef cloaque oommun. Les organes de la génération ont disparu ; les vertèbres sacrées et coccygiennes sont ouvertes ; une chambre spacieuise existe entre leurs branébés; et la moelle ^inière , au lieu de s'y tefminefi^ea fu^ seau , est au contraire renflée , ramenant en ëe lien a quelques égards les formes globuleuses de la par^ tie cérébrale.
D'autres recherches ont occupé M. Geoffroy- Satnt-Hilaire au printemps de l'année dernière; toujours dans la vue d'éclaircir les que^ti^tts ,dê k
monstruosité. Il a profité des facilités que lui offroit un établissement où Ton fait couver des poulets par la chaleur artificielle , pour reprendre d'anciennes recherches sur la nature essentielle des organes , tur leur facilité à se métamorphoser, sur ce qui peut produire les différences dans les formes, les couleurs, et quelques dispositions naturelles des espèces. Il s appliquoit donc à faire dévier Forganisation en entravant sa marche. par des obstacles , et il étudioit le nouvel ordre qu elle suivoit dans les déviations qu'il provoquoit en tenant Fœuf dans certaines positions. Le poulet quittoit le centre de sa coquille ppur aller contracter des adhérences aux membranes qui la revêtent à l'intérieur ; et alors ou toute la masse intestinale ne rentroit point dans la cavité abdominale ; ou les vertèbres sacrées étoient sour mises à \xn spinorbifida et restoient ouvertes; ou. le cerveau faisoit hernie au-dehors de la boite crânienne ; ou bien encore les mâchoires supérieures acq^éroient une grandeur démesurée , et le bec prenoit alors la forme de celui des perroquets; ou c^étoientles inférieures, d'où résultpit une autre forme, celle qui caractérise l'éléphaiit. Ces recherches ont été entreprises pour essayer d'introduire quelques éléme^nts d'observation directe dans une des plus grandes questions de la philosophie , la préeir istence des germes. M. Geqffroy-Saint-Hilaire a résumé ces
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difFérentes recherches et celles qu'il avoit faites les années précédentes dans divers articles qu*il a communiqués à TAcadémie, et qui ont été réunis et publiés sous le titre de Considérations générales sur 4es monstres.