HISTOIRE NATURELLE
Nous venons de tracer une légère esquisse des vérités que les sciences expérimentales nous ont révélées dans cette période , touchant les propriétés des corps quelles peuvent isoler et maîtriser dans nos laboratoires. Mais elles n'ont pas borné leurs eflbrts à ces recherches de cabinet ; elles se sont répandues dans un champ plus vaste : armées de ces nombreuses découvertes , elles en ont fait l'application aux divers phénomènes qui nous entourent, et ont jeté sur l'histoire naturelle une lumière que l'on auroij: à peine soupçonnée possible, il y a un demi-siècle.
En efiPet, l'histoire naturelle, qui va faire l'objet de la seconde partie de cette histoire, et dont le pubUc , et même quelques savants , se font encore des idées assez vagues, commence à être reconnue pour ce qu elle est réellement , c'est-à-dire pour une science dont l'objet est d'employer les lois générales de la mécanique, de la physique, et de la chimie, à l'explication des phénomènes particu-
l38 SCIENCES PHYSIQUES.
liers que manifestent les divers corps de la nature^
Dans ce sens étendu elle embrasseroit aussi Fastronomie; mais cette science, éclairée aujourd'hui d une lumière suffisante par les seules lois de la mécanique^ et soumise aux calculs les plus rigoureux, rentre complètement dans les mathématiques , dont elle est la plus belle comme la plus étonnante application.
Le champ de l'histoire naturelle n est encore que trop vaste, en le restreignant aux objets qui n admettent point de calcul ni de mesures précises dans toutes leurs parties.
L'atmosphère et sa composition , les météores ; les eaux , leurs mouvements , et ce qu'elles contiennent ; les divers minéraux, leur position réciproque , leur origine ; les formes extérieures et intérieures des végétaux et des animaux, leurs pror priétés , les mouvements qui constituent les fonc^ tions de leur vie, leur action mutuelle pour maintenir l'ordre et l'harmonie à la surface du globe : voilà ce que le naturaliste doit raconter et expliquer. Quand il caractérise ou analyse les minéraux, on le nomme minéralogiste; s'il expose leur position et leur formation , il devient géologiste; s'il décrit et classe les végétaux ou les animaux, il prend le titre de botaniste ou de zoologiste; s'il les dissèque.
HISTOIRE NATURELLE. 1 Sg
celui d'anatomiste ; il devient physiologiste, quand il cherche à déterminer les phénomènes de la vie et à en fixer les lois.
Mais tous ces travaux , partagés d ordin^aire entre diverses personnes, à cause de leur immensité et des bornes de lesprit humain, tendent au même but et suivent la même marche, qui consiste à fournir à la physique et à la chimie des objets d'application bien déterminés , ou à circonscrire rigoureusement les phénomènes qui échappent encore à ces deux sciences, et à les rapporter à quelques faits généraux qu'on adopte comme principes , et dont on part pour des explications particulières.
D'ailleurs aucune des branches de l'histoire naturelle ne peut plus se passer entièrement des autres , et moins encore des deux sciences plus générales que nous venons de nommer. En vain voudroit-:on maintenant classer les minéraux sans les analyser chimiquement et mécaniquement, ou les animaux^ sans connoître leur structure intime et les fonctions de leurs organes : le physiologiste qui n'embrasseroit pas dans ses méditations les phénomènes de la vie des plantes et de celle de tous les animaux se perdroit bien vite en conjectures illusoires , tout comme il fermeroit volontairement les yeux à la lumière, s'il refusoit d'admettre l'influence des lois physiques dans les fonctions vitales.
l4o SCIENCES PHYSIQUES.
Il est donc visible que la difFëi*ence essentielle entre les sciences générales et Thistoire naturelle, c'est que dans les premières on n'examine, ainsi que nous venons de le feire entendre, que des phénomènes dont on détermine en maître toutes Jes circonstances , et que dans l'autre les phénomènes se passent sous des conditions qui ne dépendent pas de l'observateur. Dans la chimie ordinaire, par exemple , nous fabriquons nos vaisseaux de matières inaltérables; nous les formons, les courbons, les dirigeons comme il nous plaît ; nous n'y plaçons que ce qu'il faut pour avoir des idées claires du résultat. Dans la chimie vitale , les matières sont innombrables; à peine le chimiste nous en a-t-il caractérisé quelques unes : les vaisseaux sont d'une complication infinie ; à peine l'anatomiste nous a-t-il décrit une partie de leurs contours : leurs parois agissent sur ce qu'ils contiennent; elles çn subissent l'action : il vient sans cesse des éléments du dehors en dedans ; il s'en échappe du dedans au dehors: toutes les parties sont dans un tourbillon continuel , qui est une condition essentielle du phénomène , et que nous ne pouvons suspendre longtemps sans larrêter pour jamais, et sans que les éléments et leur mélange forment aussitôt des combinaisons nouvelles. Nous ne sommes pas même les maîtres de retrancher à notre gré quelque partie
HISTOIRE NATURELLE. l4l
pour juger de son emploi spécial : le corps vivant tout entier périt quelquefois par cette suppression: Les branches les plus simples de l'histoire naturelle participent déjà à cette complication et à ce mouvement perpétuel ^ qui rendent si difficile l'application des sciences générales.
Histoire naturelle de [atmosphère.
La météorologie, par exemple, n'a pour objet que les variations de l'atmosphère ; et il semble que les éléments qui composent celle-ci ne sont pas bien nombreux. On sait même aujourd'hui, par les expériences de plusieurs physiciens, et sur- tout de MM. de Humboldt , Biot , et Gay-Lussac ', que ceux de ses éléments gazeux que nous pouvons saisir sont à-peu-près en même proportion à toutes les hauteurs où l'on a pu s'élever; et par celles de MM. Berthollet , Beddoes , etc. , que les pays les plus éloignés ne diffèrent pas non plus à cet égard d'une manière sensible : mais sa masse est immense , sa mobilité infinie; la moindre variation de chaleur y cause des mouvements étendus ; ces mouvements divers se croisent et se contrarient d'une manière que les mathématiques ne peuvent apprécier. L'eau qui s'évapore rend plus légère la portion d'air qui
> Annales du Muséum dliistoire naturëUe, t. II, p. 170 et 32a.
l42 SCIENCES PHYSIQUES.
la contient : de là de$ mouyements nouveaux qui varient en raison composée des deux causes essentielles de la vaporisation , c'est-à-dire de la chaleur et de la surface aqueuse sur laquelle elle frappe. Enfin lelectricité vient encore se joindre à toutes ces causes , pour multiplier les eiltérations du fluide qui nous environne.
Il est aisé de voir qu'il y a déjà assez de ces divers ressorts pour rendre presque infini le nombre des combinaisons possibles : que sera-ce si Ion découvre un jour des agents nouveaux, comme de grands physiciens le soupçonnent déja^ et si le sol^l lui* même varie par l'intensité de sa chalewret de sa lumière, comme M, Herschel se croit en droit de le soutenir ^ ! On peut donc se faire des théoiTCs plus ou moins. générales, plus ou moins vagues, sur les causes des divers météores; mais la preuve de l'im* perfection de toutes ces théories, c'est qu'elles ne conduisent point encore à prévoir ces météoresàvec la moindre précision.
L air qui passe sur de l'eau se charge d'une vapeur d'autant plus abondante, qu'il est plu^chaud ; il la laisse retomber , s'il se refroidit : de là le brouillard ou la pluie. Si le refroidissement est assea grand, l'eau tombera en neige; sî elle ne géte qu'en toni-^ bant , elle deviendra de l» grâe. Le barométi^
' Bibliothèque Britamûqofi.
MÉTÉOROLOGIE. l43
baisse quand quelque partie de lair devient humide ; il a donc des rapports assez constants avec le temps futur : le vent qui vient de la mer apporte plus d'humidité ; il est donc aussi pour chaque lieu un indice du temps. Le vent lui-même dépend en grande partie de la chaleur ; et il est d autant plus régulier, que les circonstances qui déterminent la chaleur sont plus constantes. L'air chaud qui s'élève des plaines échauflfées redissout les nuages qui s'y rendent , et y maintient la sérénité : la fraîcheur des montagnes produit un effet contraire, et semble attirer les nuages. On sait tout cela en gros ' ; mais c'est à-peu-près tout ce qu'on sait sur les météores simplenient aqueux. Les autres sont bien plus irréguliers encore, et nous n'apercevons pas même d'une manière générale leurs causes originaires.
Ainsi l'on en est réduit à de simples descriptions historiques, ou tout au plus à des conjectures, sur les causes immédiates des trombes , des tourbillons , des ouragans, ainsi que de la plupart des météores lumineux: mais ce qui les amène précisément en tel temps et en tels lieux nous échappe presque entièrement.
Nous devons cependant beaucoup de reconnoissance aux hommes laborieux qui observent les variations de l'atmosphère , et cherchent à saisir quel-
' Voyez le Mémoire de M. Monge, Annales de Chimie, t. V, p. i .
l44 SCIENCES PHYSIQUES.
que rapport entre elles et des phénomènes plus constants.
Les mouvements des astres étoient ceux de ces phénomènes auxquels il étoit le plujs naturel de penser; et la lune, comme plus voisine de nous, devoit la première attirer lattention. Le peuple attribue dès long-temps à ses phases quelque influence sur le temps : Toaldo " et M. Cotte ^ ont réfuté cette opinion. M. de Lstmarck cherche, depuis plusieurs années , si le lieu de la lune, sa distance et ses rapportis de position avec le soleil n en auroient pas davantage. La méthode qu'il emploie de former davance des espèces de calendriers ne peut manquer d'exciter les observateurs à noter avec soin tout ce qui arrive; et c'est ainsi qu'on obtiendra tout ce qu'il sera possible d'obtenir de certain^.
Nous devons une reconnoissance non moins grande à ceux qui imaginent et qui emploient avec constance les instruments* propres à mesurer avec quelque précision tous ces genres de variations, et à en donner au moins une histoire exacte ^.
' Journal de physique , t. XXXIX , p. 43 j Essai météorolo^que , traduit de Fitalien de Toaldo, par Daquin ; Chambéry^ 1784; in-4°>
* Ibid.y depuis 1787 jusqu'à présent. Voyez aussi son Traité et ses Mémoires de Météorologie; Paris, 1774-1788; 3 toI. in-4*.
^ Voyez les Annuaires météorologiques de M. de Lamarck.
* Voyez, sur tous ces genres d'observations, TAtmosphérologie de Lampadius, en allemand ; Freyberg, 1806; i vol. in-8^.
M]|TéOROL06IE. l45
Le baromètre et le thermomètre sont déja"iaaciens. On sait aujourd'hui, par des observations répétées presque à llnfinî, tout ce que leurs mouvements peuvent avoir de relatif à la saison , atix heures du jour, à la latitude, à l'élévation verticale, . au voisinage des eaux ou des montagnes, à la position dans des lieux ouverts ou enfoncés, enfin aux météores des diverses sortes.
On n'a pas observé Félectromètre atmosphérique avec moins de patience , pour déterminer les rap^ ports de l'électricité naturelle avec toutes ces circonstances; mais ses accumulations subites dans les orages échappent à toutes les règles.
L'état du magnétisme lui-même a été observé sous ce rapport : il y a des variations diurnes de l'aiguillé; il y en a d'annuelles; il y en a qui correspondent avec certains météores. Les remarques de M. Cassini sur ce sujet sont très précieuses ; mais on n entrevoit encore rien de positif qui explique les liaisons de ces différents phénomènes.
On connoît aussi maintenant par des instruments fort exacts la quantité d'eau qui tombe dans chaque pays et celle qui s'en évapore, ainsi que la direction ordinaire et la force des principaux vents.
L'hygromètre , qui doit nous faire connoître Thumidité de l'air, étoit le plus important de tous ces instruments, parcequ'il aies rapports les plus étroits
BUFFOM. GOMPLÉM. T. I. lO
l46 SCIENCES PHYSIQUES.
avales météores*aqueiix, qui sont ceux qui nous intéressent le plus; chacun sait à quel point il a occupé MM. de Saussure et Deluc* On y emploie, en général, une fibre organique ^ cheveu, filet dlvoire, de plume, tranche d'un fanon de baleiné ou autre ; rhumidité alonge ces corps , la sécheresse , les raccourcit : on peut aussi employer des sels dé^ liquescents , et peser rhumidité qulls ont attirée dans un teinp» donné ; mais aucun de ces moyens ne donne la quantité absolue de Teau, et, malgré tous les soin» de ceux qui ont inventé ou perfectionné ces instruments, ils nV>nt pu encwe les rendre comparables.
Le cyanômétre doit ibesurer la transparence de l'air: c'est une bande colorée de diverses nuances de bleu , que 1 on comparie de lœil avec le bleu du cieL M. de Saussure la imaginé^ mais son emploi n est pas très fréquent.
L'eudiomètre, qui mesure ta pureté de Pair ou la quantité de son oxigène , est au contraire d'un usage journalier, non seulement en météorologie, mais encore dans toutes les opéï^tions relatives à 1 analyse des gaz. On peut y employer toutes lês^ substances qui absorbent loxigène -^ mais il y a dé grandes diffé-r renées dans la perfection de cette absorption;
Le gm nitreux fut d abord propoisé par Priestley ; il fait la base de T^udiométre de Fcml^ana. M. Volta