MÉTÉOROLOGIE
einpioie dans te sien la combustion du gaz l|ydrogène; M. Achard et M. Seguin se servent du phosphore, dont Faction est prompte, mais tumultueuse; M. PerthoUet préfère les sulfures alcalins , qui pàroissent absorber }e plus complètement, mais qfui agissent avec lenteur : il semble cependant que les physiciens s'arrêtent à reudiométre de Volte , qui a d ailleurs par- dessus tous les autres rayanl^gè de feiire reconnoître la présence et la quantité de l'hydrogène. G est par ces divers moyens , et par les travaux successifs et pénibles de MM. Gavendish , Bed* does, BerthoHet, Hurabojdt, Gay-Lussaç, etci, que l'on est arrivé à ce résultat singulier, que la composition gazettsë dé l'atmosphère est la même sur tout le globe et à toutes les hauteurs.
M. Gavendish a montré qile les ddeurs qui affectent si vîvemetit ijioi^ sens, et les miasmes qui atta* quent si cruellement notre économie , ne peuvent être saisis par aucuns moyens chimiques , quoiqu'il soit bien certain que œs moyens les détruisent. C'est encore une preuve entre mille de cette multitude de substance^ qui agissent à notre insu dans les opérations ^e la nature.
Il est bien à regretter que Ion n'ait pas des oin servations à-larfois assez anciennes et assez sûres pour constater s'il n'y a point, dans toutes ces variations, des périodes phisicmgues que celles qu'on
lU.
l48 SCIENCES PHYSIQUES.
a soupçonnées jusqu'à ce jour. Le magnétisme est peut-être de tous les phénomènes celui pour lequel cette recherche auroit le plus d'intérêt.
Le plus remarquable des faits relatifs à l'atmosphère ^ sur lesquels 1 époque actuelle a donné des lumières nouvelles^ n'appartient J^eut-être pas même véritablement à la classé des météores aériens. Il est bien certain aujourd'hui qu'il tombe quelquefois des pierres de l'atmosphère sur la terre ; que ces piierres , dans quelque lieu qu'elles tombent , sont semblables entre elles, et qu'elles ne ressemblent à aucune de celles (^ue la terre produit naturellement.
L'antiquité et le moyen âge n'ont point ignoré ces chutes de pierres; Plutarque et Albert -le -Grand cherchent même à les expliquer chacun à la manière de son temps. M. Chlaiiny, physicien allemand , est parmi les modernes le premier qui ait osé en soutenir la réalité : M. Howard, chimiste anglois, a le premier montré l'idenlité de composition des pierres tombées en des lieux très différents^ et a dirigé ainsi l'attention générale sur un sujet si curieux. Cette attention a rendu les observations plus fréquentes. Il est tombé de ces pierres en divers lieux de France. M. Biot a fait à l'Ipstitut un rapport très circonstancié sur celles qui sont tombées à l'Aigle , département de l'Orne , rapport qui ne
MÉTÉOROLOGIE. l49
peut laisser de doute qu'aux personnes prévenues * . On en a encore recueilli dans le département de Vauclûse et dans celui du Gard. Les analyses faites par MM. Fourcroy, Vauquelin , Thenard , et Langier , ont confirmé celles de M. Howard. M. Laugier en particulier a reconnu le premier dans ces^ pierres 1 existence du chrome*.
Mais d'où viennent- elles? M. Chladny les croit des corps flottants dans Fespace, des espèces de petites planètes ; M. Delaplace et M. Poisson ont mon« tré qu'il est mathématiquement possible qu'elles soient lancées par les volcans de la lune. Des chimistes, et spécialement M. Vauquelin, ont bien feit voir aussi qu'une partie des éléments de ces pierres peut être suspendue dans l'atmosphère ; mais on ne conçoit guère comment il pourvoit s'en réunir assez pour former, avant la chute, des masses ^ussi considérables^.
Histoire natutelle des Eaux,
L'hydrologie, ou l'histoire naturelle des eaux, a déjà quelque chose de plus facile à saisir que celle
' Mémoires de l'Institut, année 1806, p, 324' ' Anniales duMusëum d^histoire natoreUe, t. VII, p. 39a. ^ On trouvera 4ans la Lithologie atmosphérique de M. Isarn l'expose de la plupart des observations et Fiiidication des Mémoires oà elles sont c^si{p)éesi Paris, i8o3, i vol. in-S**.
i5q sciences physiques.
de latmosphère. On ne désire plus rien sur 1 origine des fontaines et des rivières ; il est prouvé que la pluie et les autres météores aqueux en sont les seules causes. L'analyse des diverses matières qu elles tiennent en dissolution, ou qui s'en précipitent, est faite avec toute la rigueur de la chimie moderne. Celle des eaux minérales, sur-tout, possède aujourd'hui des méthodies aussi exactes qu ingénieus^. Leur importance eu médecine y avoit fait songer dès longtemps. Bergman s'en étoit occupé avec beaucoup de fruit. M. Fourcroy leur a donné une perfection nouyelle dans son livre sur Tanalys^ fie Teau d'Enghien*.
La composition de l'eau de la mer, la force de sa salure, q«i augmente vers le jroidi et diminue vers le nord, ont également été examinées. On s'e^t occupé même de la température de l'eau à d\&^ rentes profondeurs, et de la quantité ainsi que de la qualité de l'air qu elle contient. Les expériences de M. Pérou dans les mers de§ pays chauds, comparées avec celles de Forster vers le pôle sud, et dlrwing vers le pale nord , paroissent prouver que Féau diminue de chaleur à mesure que Ton descend ; et M. Péron pense qifc cette diminuf:ion pourroit bien aller partout jusque la congélation. Sa surface est échauffée par le soleil; elle varie moins que Fat-
' Un vol. in-8°; Pari», 17BS. 9
HYDROLOGIE. l5l
mospbère : elle s'échaufte davantage près des côtes dams les pays chauds ; elle doit s y refroidir vers les pôles.
Ces expériences intéressent sur -tout par rapport à la grande question des sources de la chaleur du globe; question importante eUe^mème pour toutes les branches deThistoire naturelle. On en attribuoit autrefois une partie à quelque feu central , ou à telle autre cause intérieure; mais la comparaison du degré de la^îhaleur des 'caves, aux diverses latitudes, semble se joindre à toutes les autr^ observa^tions pour attester que le soleil seul éch^ufife la ten^.
Histoire naturelle des Minéraux.
Aucune partie de l'histoire naturelle ne aemble offirir plus de facilité que la minéralogie , puisque les corps qu'elle étudie, immobiles et à-peurprès inaltérables par le temps, se laissent aisément recueillir, conserver ei soume<43'e à volonté à touè les genres dexpériencesi
Elle a cependai^t aussi des difficultés particulières , dont la plus grande est peut-être l'absence d'un principe raâbnild, pour y établir cette pi*emière sorte de division que Fon appelle espèce dans les corps organisés.
Dans ceux'-cî , c'est la génération qui ml ce prin-
i5ji 8GIËINGËS PHYSIQUES.
cipe : mais elle n'a pas lieu pour les minéraux ; à son . défaut , on s y contente d'une certaine ressemblance dans les propriétés. Jusque vers le milieu du dixhuitième siècle, on n'eut guère d égard qu'aux propriétés physiques et extérieures, prises assez arbitrairement pour caractères distinctifs. Aussi tous les efforts de Wallerius, et même du grand Linnaeus , qui joignoit encore la figure cristalline aux propriétés employées jusqu'à lui, ne parvinrent -ils à rien de> précis dans cette détermination des espèces minérales. Cron^tedt ouvrit une route nouvelle, en employant le premier la composition chimique comme caractère dominant.
Cest d'après cette idée que Cronstedt, Bergman , Kirwan, Klaprbth, Vauquelin, et d'autres chimistes , ont commencé à mettre ,dans la minéralogie une partie du bel ordre qui s'y introduit ; et en efifet, si la composition étoit la seule cause efficiente de toutes les propriétés minérales , puisqu'eUe les produiroit , il faudroit bien la mettre à leur tête : mais il est bon de se rappeler ici l'influence que des circonstances passagères peuvent avoir sur la formation et sur les quahtés physiques des composés, d'après la théorie de M. Berthojlet; elle peut être telle , qu'à composition égale toutes les qualités sensibles soient changées.
Par conséquent, les caractères physiques , bien
MINÉRALOGIE. l53
appréciés, ne peuvent ni ne doivent être bannis des déterminations minéralogiques; mais il n^est pas permis de les employer indistinctement. Il y en a, comme la couleur et la transparence , qui sont trop variables pour obtenir un rang élevé dans la méthode; mais ceux qui tiennent de près à la composition intime, comme la pesanteur spécifique, et sur-tout le clivage, ou cette disposition des lames qui détermine la forme du noyau et la molécule primitive , sont d'un autre intérêt. Ils restent en gé* néral les mêmes , tant que la comj>osition ne change point: ainsi, considérés uniquement sous ce rapport, ils seroient déjà d'excellents indices propres à suppléer à cette composition quand elle est inconnue.
La forme cristalline, sur-tout, a précédé plusieurs fois l'arfalyse, et a fait prévoir Une composition différente dans plusieurs cas où l'on n'en soupçonnoit point. C'estpar çlle seulement que M. Haiiy a distingué les diverses pierres que l'on confondoit sous le titre de schorl ' , et celles qu'embrassoit le nom commun de zéoUthe'^. Bien avant que la strontiane fût reconnue pour une terre particulière,
' Journal de Physique, t. XXVIII, p. 63; Acadëmie des Sciences,
* Obseryàdons sur les Z^oBthes ; Journal des Mines, brunïaire an 4 9 P* 86.
l54 SCIENGES PHYSIQUES.
M. Hatiy avoit remarqué que les cristaux de sa oombinaison avec Facide sulfurique diffèrent de ceux de la baryte uAÎe au même acide '.
Dans d^autres cas , Tidentité de forme a £siit prévoir Tidentité de composition entre des minéraux qu'on croyoit différents. Il y en a un exemple notable ; celui du beril et de l'émeraude. Ce n*e^t qu'après un examen réitéré quje M. Vauquelin s'est convaincu de la ressemblance chimique de ces deux pierres, que la cristaUogtaphie annonçoit d'avance. Les réunions opérées par la cristallographie entre le jargon, Thyacinthe, et la prétendue vésuvienne de Norwége, entre la chrysolithe, l'apa^ tite, jpt le moroxite, entre le corindon et la tdésie, ont également été confirmées par la chimie ; et il est à croire qu'elle confirmera de même celles de la sibérite avec la tourmaline et d'autres semblables , •que la cristallographie prévoit dès aujourd'hui.
il est arrivé aussi que Tajialyse chimique a rapproché ou écarté des mînérstux , contre ce qu une «tude superficielle de leur forme indiquoit; mais un nouvel examen cristallographî^ue a bientôt tout remis d^accord , en découvrant des différence^ ou des rapports de forme qui avoient échappé.
Il y a cependant certains minéraux où il n^est pas possible encore de metone les deux méthodes en
■ Annales de Chimie, t. XU, p. i.
MINÉRALOGIE. l55
harmonie. Nous avons déjà dit qu'on en trouve dont la forme varie , quoique l'analyse en soit la mente : Tarragonite et le spath calcaire en sont l'exemple le plus célèbre. Il y eu à bien davantage où c'est l'inverse qui a lieu. Une seule et même forme passe par nuances insensibles d'une composition à une autre presque opposée : tel est le fer spathique. Mais il fout considérer que certains minéraux peuvent être plus ou moins pénétrés par des substances étrangères sans varier de forme. Quoique ces substances accessoires changent beaucoup le résultat de l'analyse chimique , elles tife doivent point faire établir d'espèces nouvelles ^ car il est naturel de supposer que la substance principale les a entraînées dans son tissu en se cristallisant; et il arrive souvent
que, dans un même morceau , la substance princir pale pure à une extrémité se change par degrés en se pénétrant de la substance accessoire. Celle-ci peut même, en quelques cas, remplacer entièrement la première, en prenant exactement son tissu le plus intime, comme <m le voit dans les bois changés en agate, qui inontrent encore leurs fibres, leurs rayons médullaires, et leurs trachées. Il faut con^ sidérejp encol-e que, dans plusieurs circonstances. Tétât aciu^l de l'art des analyses est insuffisant pour reconnoitre tdus les principes ; nous avons des exemples récents de découvertes tout -à -fait im-
l56 SCIENCES PHYSIQUES.
prévues sur là composition des minéraux qu*on croyoit les mieux analysés , et rien n'empêche que ces exemples ne puissent se reproduire. Telles sont les causes probables de cette opposition apparente entre les caractères extérieurs et les caractères chimiques.
Ces remarques prouvent qu'il est nécessaire d'étudier avec le plus grand soin les minéraux sous toutes leurs faces , et de comparer sans cesse les résultats de ces diverses sortes d'études. C'est ce qui se fait aujourd'hui de toute part avec d'autant plus de zèle, qu'il existe une sorte de rivalité entre les méthodes, chaque minéralogiste attachant plus d'importance à la face qu'il envisage le plus ; mais on ne doit voir dans leurs discussions à cet égard que des motifs d'émulation qui rendront la minéralogie plus parfaite. La vraie philosophie des sciences demande qu'aucun genre d'observation ne soit négligé.
Ainsi M. Werner de Freyberg et toute son école examinent avec une attention extrême l'ensemble des caractères extérieurs; et leurs observations, saisissant dés nuances déUcates négligées par d'autres minéralogistes, leur ont souvent fait recon- * noître des espèces nouvelles : mais quelquefois aussi des distinctions trop scrupuleuses de propriétés peu importantes leur ont fait r^arder
MINÉRALOGIE. iSy
comme espèces de simples variétés. Nous avons en françois an bon ouvrage ^ rédigé d après les principes de M. Werner , par M* Brochant , ingénieur des mines ' .
M. Haiiy, M. Tonnellier, M. Gillet, M. Lelièvre, M. de Bournon , et en général ceux qui appliquent la méthode cristallographîque du minéralogiste françois , s attachant plus exclusivement à la propriété qui tient de plus près à la nature intime , ramènent d'ordinaire ces variétés à leurs espèces , et leurs résultats sont le plus souvent confirmés par l'analyse.
C'est celle-ci qui couronne l'œuvre quand elle le peut ; et elle y a très souvent réussi dans les combinaisons métalliques et dans les substances acidifères, à quelques nuances près, qui se trouvent dans les proportions de certaines espèces. Aussi at-on pu disposer ces sortes de minéraux en ordres , en genres , et en espèces rigoureusement définies , et leur appliquer une nomenclature analogue à celle des chimistes et indicative de leur composition.
Mais les pierre^'dures , communément dites 5i7tceuses fies magnésiennes , la plupart aussi de celles
' Paris, ans 9 et 11, 2 voL in-S". — L'Allemagne a produit un très (vrand nombre d'ouvrages sur le m^me sujet, teb que ceux de MM. Karsten, Emmerling, Reuss, etc.
l58 SCIENCES PHYSIQUES.
qui sont réunies dans les roches , sont encore loin d^étre si bien connues. Leurs analyses^ fiaûtes par différents auteurs , ne se ressemblent pas ; fst c est sur-tout dans cette classe que le même chimiste trouVe quelquefois , comme nous Favons dit, dans une seconde analyse, «n principe important qni lui aroit échappé dans la première. G^est ainsi que M. Klaproth vient de découvrir Facide fluorique dans la topaze , où il ne Fityoit pas trouvé d'abord , et que M. Vauquelin, répétant cette expérience, Fy a trouvé encore en beaucoup plus ^ande quantité».
En attendant donc qu on en soit venu pour ces sortes d'analyses à des méthodes plus sûres, on laisse ces pierres ensemble sans en former des genres proprement dits , les isolant d'après lieurs pro^r priétés phy^ues les plus eséentielles , et leur donnant des noms arbitraires tirés de quelques unes de ces propriétés,
TePe est la marche actuelle de la minéralogie y marche qui n a été entièrement adoptée que dans la période dont nous rendons compte , et d après laquelle le catalogue des minérauiiL a été non seulement mieux ordonné , mais encore singuUèrement enrichi*.
' Annales de Chimie de 1807.
' Voyez l'ënumération de toutes les dëconverfes, avec llndicatioD
MII9ÉRALOGIE. 1 59
Il a follu y insérer d^abord tous les nouveaux éléments métalliques et terreux reconnus par la chimie^ ainsi que leurs diverses combinaisons. Gomme nous en avons parlé précédemment y il est inutile que nous revenions sur ee sujet.
On y a ajouté un grand nombre de combinaisons doQt les éléments étoient connus , mais dont on ne savoit pas auparavant ^ulls existassent réu-^ nis daps la nature. Ainsi le phosphate de chaux y que Ion savoit depuis long-temps être la matière terreuse des os, s'est trouvé formant des montagnes entières en Espagne et en Hongrie^ et des cristaux isolés ddAs beaucoup dendrœts. MM. Proust, Klaproth , et Vauquelin , ly ont reconnu successivement. Cette même chaux a été découverte, par M. Sdb j unie à lacide de Tarsenic et formant une pierre empoisonnée^
Parmi les ^pses ou sulfates de chaux , on en a reconnu un qui njuanque d'eau de cristallisation et dont les qualités physiques diffèrent du gypse commun. Labbé Poda lavoit indiqué ; M. Rlaproth en' a commencé l'analyse, et M. Vauquelin la terminée.
de leurs auteurs et des Mémoires où ils les ont conngnëes, dans te Traité de Minéralogie de M. Haûy, Paris, 1800; 4 '^o^* in-S** et xtn atlas ; et dans les suppléments joints par M. Lucas fils k Fabrégé qu'il a donné de cet ouvrage : consultez aussi les différents volumes dw Journal des- Mines.
l6o SCIENCES PHYSIQUES.
La baryte unie à Tacide carbonique ^t une autre pierre qui empoisonne; le docteur Withering Ta découverte dans le Lancashire en Angleterre.
Certains cristaux presque cubiques , assez durs , des environs de Lunébourg , ont été reconnus , par MM, Westrumb et Vauquelin , pour un composé de magnésie et d acide boracique. La combinaison de la chaux et de la silice avec le même acide a été découverte en Norwége par M. Esmark, et analysée par M. Klaproth. On a trouvé au Groenland l'alumine combinée à lacide fluorique; M. Abildgaard la fait connoitre.
Parmi les combinaisons métalliques , le cuivre , uni à lacide arsenique , forme des mines très riches en Angleterre. Il y en a ^ dans le pays de Nassau , d uni à lacide phosphorique.
M. Lehévre a fait connoitre un manganèse carbonate y et a découvert à l'île d'Elbe un oxide de fer combiné à celui d^i manganèse, à la silice, et à la chaux , et formant un minéral que ce savant a momméjénite.
Le fer et l'acide du chrome constituent un autre nitinéral récemment découvert en France par M. Pontier , et qui fournit en abondance le chrome devenu nécessaire à nos manufactures d'émaux et de couleurs. On a encore trouvé des combinaisons du fer avec le titane et avec les acides de
MINÉRALOGIE. l6l
Farsenic et du phosphore. M. Fourcroy a fait 1 analyse de cette dernière.
On a mis ensuite à leur véritahle place dans le catalogue plusieurs minéraux que Ton possédoit à la vérité depuis long-temps , mais sur la composition desquels on* n avoit point d'idées justes. La chimie a même oflFert à cet égard les résultats les plus inattendus. Ainsi le corindon et la télésie, qui comprend les rubis , les saphirs , et les topazes d'Orient, ne se sont trouvés que des cristallisations d'alumine presque pure ; à peine lemeril en difieret-il , selon M. Tennant. La diaspore , dont on doit la connoissance à M. Lehévre et l'analyse à M. Vauquelin , et. la wavellite , découverte par le docteur Wavel en Devonshire, et analysée par M. Davy, sont des pierres très différentes des précédentes^ et ne contiennent cependant que ^e l'alumine et de Tèau ; et, eh général , l'eau a été reconnue dans cette période pour un principe souvent très influent de la composition minérale. Le spinelle , ou ruhis octaèdre, est seulement de l'alumine unie à un peu de magnésie et colorée par l'acide chromique. L'émeraude, le beril, se distinguent par la présence de la glucine ; les topazes de Saxe et du Brésil , par celle de l'acide fluorique. L'antimoine a été reconnu pour un des principes de l'argent rouge. Le nickel s'est trouvé être le principe colorant de la
BUFFON. COMPLBM. T. I. Il
l62 SCIENCES PHYSIQUES.
prase ; le chrome , celui de rémeraude , de la diallage , et de la plupart des serpentines.
MM. Klaproth et Vauquelin sont les auteurs de la plupart de ces découvertes importantes ' .
Enfin Ton a déterminé les caractères de plusieurs minéraux dont les propriétés physiques ou la présence de quelque élément particuher exigent la séparation, quoiqu'ils soient de la classe de ceux dont l'analyse chimique n est point encore entièrement satisfaisante. Nous n'en citerons qu'un petit nombre : leuclase , rapportée du Pérou par Dombey, est une gemme analogue à Témeraude en couleur et en composition, mais qui se hrise trop facilement pour pouvoir être taillée. La gadolinite se trouve dans cei'taines roches de Suéde; c'ait elle qui a fourni la terre nouvelle appelée yttria, etc.
C'est par ces addyLtions successives que le nombre des espèces minérales dontCronstedtet Bergman ne comptoient guère qu'une centaine, a été porté à près de cent soixante , sans parler des înnombrableai variétés , des mélanges , et des espèces encore incertaines: et ici les variétés sont très souvent
* Les différents Mé^moires analytiques de M. Vauquelin rràiplîssent le Journal des Mines et lea Annales de Qûmie. Ceux de M. Klaproth ont ëté. recueillis en allemand; Berlin, 1807; 4 ^^^' în-B°; et M. Tassaert fient d'en commencer une traduction fîrançoise ; Paris , 1 807 ; in-S*.
MINÉRALOGIE. l63
d une grande importance , et Ton est obligé de les épumérer toutes dans le catalogue; car c'est par elles que se détermine lusage des substances pier^ reuses. La craie , la pierre à bâtir , les marbres de toute sorte, lalbâtre, les spaths calcaires, par exemple , ne sont que des variétés du carbonate calcaire : et à combien d'emplois difFérents cha-* cune de ces variétés n est-elle pas exclusivement propre !
Il nest pas tj^ins néoessaire de connoitre, de classer et de caractériser les divers mélanges. C'est d après eux que telle argile n'est bonne qu'à mar^ ner; telle autre qua feire des briques ou des poteries communes , t£^ndis qu'une sorte plus pure donne la plus belle porcelaine. Qui voudroit employer indifieremmettt les variétés de schistes, s exposeroit à de terribles mécomptes. Il faut donc qu'elles soient toutes bien déterminées dans les livres.
lies variétés de forme, de leur côté, ont un grand intérêt scientifique : il y a quelque chose d'admirable dans cette prodigieuse multitude de combinaisons d'où résultenftoutes ces facettes disposées avec tant de symétrie. M. Hatiy a donc rendu un vrai service à la philosophie naturelle, en tenant compte de toutes ces difïerences , et en les analysant d'après \m lois de sa théorie. Il a
l64 SCIENCES PHYSIQUES.
donné ainsi à la minéralogie un caractère tout nouveau qui la rapproche beaucoup de lexactitude des sciences mathématiques.
C'est ce que Ton admire sur-tout dans son grand traité sur cette science, magnifique monument des progrès faits dans ces dernières années , et auxquels l'auteur a contribué plus que tout autre \
L'ouvrage que M. Brongniart a rédigé par ordre du gouvernement pour l'usage des lycées a donné de son côté une attention plus suivie aux variétés non cristallines qui fixent les usages , et , sous ce rapport , il est aussi utile aux arts qu a l'instruction publique*.
Géologie.
Mais la formation et l'ordonçance de ce grand catalogue des minéraux , et même l'eiposé le plus complet des propriétés de chacun d'eux, n'est encore qu'une partie de leur histoire : il faut y ajouter la coniioissance de leur position respective , et de leur distribution dans celles des couches du globe que nous^ pouvons percer.
C'est là l'objet de la géologie positive et de la géographie physique. Cdle-ci est une sorte de géologie particulière , base de la géologie générale. On y
» Paris, 1800; 4 ^ol. in-S", et un atïas.
' Traité èlémemairê de Minéralogie; Paris, 1807;' 2 toI. in-^**.
GÉOLOGIE. • l65
examine à fond la structure niinérs^le d un pays déterminé , et la nature des pierres ou des autres minéraux qui composent ses montagnes , ses collines et ses plaines, ainsi que leur position relative ; c'est une science pour ainsi dire toute moderne. Pallas en a donné dé beaux exemples pour la Russie \ , SaùssurQ , pour les Alpes "* , M. Deluc pour certaines régions de la Hollande ^t de la Weçtphalie^. L école de/Werner a fait à cet égard les plus belles recherches en Saxe et dans plusieurs autres contrées de l'Allemagne et des pays voisins^. Les cantons des mines ont été, comme on devoit s'y attendre, examinés avec encore plus de soin que les autres : l'intérêt immédiat le demandoit; et ceux de Saxe et de Hongrie, où l'art des
' Dans ies observations sur là formation des montagnes, Académie de Pétersbourcf y 1777, et dans ses Voyages.
' Voyages dans les Alpes; Neufchâtel, 1779-96; 4 "vol* in-4**.
^ Lettres à la reine d'Angleterre sur l'histoire de la terre et de l'homme ; La Haye, 1768 ; 6 vol. in-8°. . •
* Le^S ouvrages ^géologiques particuliers sortis de Fëcole de M. Werner sont aussi nombreux qu'importants : leur énumération, et l'exposé le plus complet qu'il y ait encore de leurs résultats, se trouvent dans la Géognosie de Reuss; Leipsig, i8o3; 2 vol. iu-8**, en allemand. On distingue dans le nombre ceux de MM. de Buch, Sturl, Leonhard, La^us., Noze, Voigt, Freisleben, Wrede, etc. Nous n'avons pas besoin de citer le plus célèbre des élèves de W^emèr, l'illustre et courageux M. de Hund[)qldt. Il est bon de consulter aussi les ouvrages plus anciens de Charpentier, de Born, etc. ^
l66 • SCIENCES PHYSIQUES.
mines est exercé depuis un temps imméiii<H*ial , ont eu les plus excellents historiens.
La géographie physique de la France n a pas été cultivée dans ces derniers temps avec moins d'ardeur que celle des pays étrangers; leS cours de Rouelle , ceux de Valmont de Bomare , de Daubenton , et de M. Sage , ainsi que leurs ouvrages élémentaires, ont commencé à répandre dans notre nation le goût de la minéralogie , long-temps concentré en Allemagne et en Suéde*
Des cabinets ont été fbrn\és dans nos principales villes, et d^es voyages minétalogiques entrepris dans presque toutes nos provinces. Dès avant Tépoque dont nous rendons compte, Gensanne etSoulavie avoient déèrit le Languedoc , Besson les Vosges : nos mines de fer , principale richesse de la France en ce genre , avoient été examinées par Dietrich ' ; et Picot-la-Peyrouse avoit décrit celles du comté de Foix ^ ; Palassou , et plus récemment M. Ramond , ont fait connoître en détail les Pyrénées^,
Le consal des mines, établi en 1793, lorsque l'interruption de tout rapport avec l'étranger fit
* Description des gîtes de Éftinërai des forges et des salrdbs des Pyrénées, parle B. de Dietrich ; Paris , 1786 ; 4 ▼ol. in-S*.
' TVaité sur les nûnes de fer et les forges du coavté de Foix par de La Peyrouse ; Toulouse^, 1 786; i vol. iû-8°.
^ Es<af sur la Minéralogie des VjTénées ; Paris , 1 7ê^ . Observations faites dans les Pyrénées, par, Ramond; paris, 1789; ivol. in-S*.
GÉOLOpIE. 16-7
sentir le besoin de tirer parti de notre territoire , a donné à ces sortes de recherches une impulsion toute nouvelle. Des ingénieurs, envoyés par ses ordres dans les divers départements , en ont étudié la minéralogie; et les descriptions exactes d'un assez grand nombre , faites sur-tout par MM. Dolomieu, de Gensanne, licfebvre, Duhamel fils, Baillet du Belloy , Héron de Villefosse , Cordier , Rosière , Hericart de Thury , ont déjà été recueillies dans le journal des mines \* Nos mines de houille ont excité une vive attention, et MM. Duhamel père , Lefebvre, Gillet-Laumont , de Gensanne , se sont occupés avec succès de leur gisement , de leurs inflexiohs , des failles ou filons pierreux qui les interrompent , et de tous les détails de leur exploitation et de leur emploi. Les riches mines que le sort des armes a fait tomber au pouvoir de la France dans les départements conquis , ont été examinées et décrites avec soin , et ont enrichi la science en même temps que lempircDans les anciennes provinces on a découvert ou décrit diverses mines de lùétaux utiles aux arts , depuis le mercure et le cuivre jusqu'au chrome et au manganèse, et de nombreuses carrières de pierres propres à tous
' Cette collection a commencé en vendémiaiie an 3, et elle continae avec succès. ^Allemagne en a plusieurs d'analogife^, telles que celles de M. de MoU, de M. de Hof, etc.
l68 SCIENCES PHYSIQUES.
les genres de constructions, depuis les marbres et les porphyres qiii enrichissent nos palais , j usqu aux briques insubmersibles dont on febrique les fours des vaisseaux; et parmi toutes ces recherches, il s'est rencontré une foule de minéraux qui, sans a.voir encore d'utiUté immédiate, appartiennent cependant au grand système de notre géographie physique, et fournissent des matériaux précieux aux recherches de la chimie.
Ainsi Vémeraude a été trouvée près de Limoges par M. Leliévre ; la pinite , au Puy-de-Dôme , par M. Gocq; lantimoine natif et oxidé , à AUemont , par M. Schreiber; lurane oxidé, à Sémur, par M. Ghampeaux, et à Ghanteloup près Limoges.
L'une des plus intéressantes de ces découvertes est celle d'une mine de fer chromaté fsiite dans le département du Var par M. Pontier, et dont nous avons parlé il n'y a qu'un moment ' .
Ges descriptions minéralogiques des diverses contrées ^ rapprochées et comparées, offrent plusieurs points de conformité , qui doivent , par leur conformité même, tenir essentiellement à la structure de de la croûte du globe. La série de ces i^ésultats communs, qui se retrouvent à-peu-près les mêmes par toute la terre , est ce qui constitue proprement
' On trouvera ces Mémoires et plusieurs autres dans le Journal des Mines.
la science de la géologie positive ou générale, laquelle, assignant les lois de la position respective des divers minéraux, est de la plus haute importance pour guider dans leur recherche.
Comme à l'ordinaire, c'est l'intérêt qui a fourni les premiers traits du tableau ; on a d'abord étudié les montagnes riches en filons métalliques , et on les a distinguées de celles dont les couches horizontales sont le plus souvent pauvres en métaux; c'est là qu'on en étoit venu vers le milieu du dix-huitiènïe siècle ; bientôt on s'aperçut que les roches à filons tiennent touj ours de près aux roches plus cotnpactes encore qui composent les chaînes de montagnes les plus élevées; que les unes et les autres sont dépourvues de ces débf is de corps organisés qui remphssent les couches ordinaires; enfin, que celles-ci, posées sur les flancs des premières , doivent avoir été formées après elles.
De là cette distinction fondamentale, en géologie , des terrains primitifs que Ton suppose antérieurs à l'organisation , et des terrains secondaires déposés sur les autres par les eaux , et fourmillant des débris de leurs productions organiques.
Il paroit que Lehman et Rouelle sont les premiers qui aient classé nettement les terrains d'après ces idées * .
' On peut consulter j«ar l'histoire de la géologie, principalement
lyo SCIENCES PHYSIQUES.
Mais il restoit encore beaucoup de développements à leurdonner : les terrains primitifs sont euxmén^es de plusieurs sortes , et probablement de plusieurs .âges ; et Ion peut encore moins méconnoître une longue succession parmi les secondaires.
Le granit et les roches analogues forment le massif qui porte tous les autres terrains , et qui les perce pour s'^ever en aiguilles , en crêtes ou en plateaux , dans kl ligne moyenne des chaînées les plus hautes : sûr leurs flancs sont couchés les gneiss, les schistes, et autres roches feuilletées , réceptacles ordinaires des filons métalliques, que recouvrent à leur tour ou parmi lesquels se mêlent les divers marbres salins*. Les couches de toutes ces substances sont bri sées, relevées , désordonnées de mijle maniées.
Voilà ce que M. Pallas a annoncé pour les moi>tagnés de Russie; ce que MM. de Saussure et Dokv mieu ont confirmé pour celles d'Europe ; ce cpie M. Deluc a développé. *
Les Pyrénées paroissoient faire une exception à la règle; mais M. Ramond ^ montré que cette ex-; ception nest qu apparente, et tient seulement à ce que les schistes et les calcaires, du côté de lIBspagne, sont plus élevées que la crête granitique mitoyenne ' .
dans le dix-huitième siècle, différents articles du Dictionnaire de GéQp> graphie physique de TEncyclopédie méthodique, de M. Desmarets. ' Voyage au Mont-Perdu; Paris, 1801 ; i vol: ih-8°.
GÉOLOGIE. I-yi
M. Wemer et ses élèves ont donné de bien plus grands détails touchant la superposition de ces terrains primitifs; mais peut-être ont-ils trop multiplié les classes , pour que leurs observations soient applicables dans leur entier à d autres pays qu a ceux qu'ils ont observés. M. Werner a donné au^i, daos sa Théorie des filons , un recueil intéressant d observations sur la marche de ùes fissures singulières , et a cherché à déterminer d'une manière précise Fâge des métaux , par la manière dont les filons se coupent; car si, comme il le paroit, les filons ne sont que des fentes remplies après coup , ceux qui traversent les autres doivent leur être postérieurs ' .
Les terrains secondaires sont moins faciles à observer que les primitifs: plus généralement horizontaux, il est plus rare d'en trouver des coupes verticales un peu considérables; et leurs divers arrangements n'ont pas, à beaucoup près, autant d'uniformité* On remarque cependant aussi , dans ce qu'on en connoit , un certain ordre de superposition. Les calcaires durs, remplis de cornes d'ammon^ les schistes et les charbons de terre marqués d'empreintes de fougères ou de palmiers; les craies pleines de silex moulés en oursins ou de bélemnites spathiques , les calcaires grossiers , composés de co-
' Nouvelle Théorie de la formation des filons, etc. , traduite de FaUemand, par M. Daubuis9on; Paris, 1802.
quilles plus semblables à celles de nos mers , se succèdent suivant de certaines lois. Des marnes , des sabler, des gypses, les recouvrent (jà et là, et recèlent pêle-mêle des coquilles roulées et des os de quadrupèdes, ou des empreintes de poissons.
Ces immenses dépôts , sillonnés par les fleuves et par les rivières , interrompus par des traînées de laves ou d'autres produits volcaniques, complétés ou bordés par des terrains d'alluvion , couverts en beaucoup d'endroits d'une abondance de cailloux roulés , portant çà et là des débris évidents des terrains plus anciens , marques infaillibles de grandes révolutions, constituent la partie la plus considérable de nps continents.
Une foule de détails attirent, dans ce grand ensen^hle, les regards et les réflexions de l'observateur.
D'énormes blocs de pierres primitives, telleâ que des granits, sont épars sur les terrains secondaires, comme s'ils y eussent été lancés, et semblent indiquer de grandes éruptions. M. Deluc a beaucoup appuyé sur ce fait^ M, de Buch a observé récemment que les blocs du nord de l'Allemagne ressemblçnt aux roches, de la Suède et de la Laponie, et paroissent veiiir de cette région.
Des amas de cailloux roulés occupent l'issue des grandes vallées , et paroissent annoncer de grandes débâcles. M. de Saussure a pris soin d'en citer plusieurs exemples.
Quelquefois des couches de ces cailloux liés en poudingues sont relevées ; preuve de bouleversements postérieurs à quelques unes de ces débâcles. On en voit des exemples jusqu'en Sibérie : M. Patrin en a décrit; M. de Humboldt en a trouvé en abondance dans la vaste plaine qu arrose le fleuve des Amazones.
En général, les terrains secondaires que Ion est oblige de supposer formés tranquillement et par voie de dépôt ou de précipitation , n'ont pas. tous conservé leur position originaire : on en voit d'inclinés, de redressés, de déchirés, de bouleversés. M. Deluc a aussi le mérite d'avoir bien montré tous ces désordres \
Les volcans sont une cause encore active de changements en certains points de la surface du globe; il étoit intéressant d'étudier leur manière d'agir, la nature et les caractères de leurs produits, le degré de chaleur avec lequel ces produits sortent du cratère, de chercher même à conjecturer la profondeur du foyer d'où ils émanent, les causes qui peuvent y occasioner et y nourrir l'inflammation , et celles qui entretiennent la fusion des laves.
* Les lettres de M. Deluc à M. de La Métherie, recueillies dans le Journal de Physique , années 1789, 1790, 1791, et les Letters géologiques dtt même auteur à M. Blumenbach; Paris, 1798; i toI. in-S", contiennent l'exposé de ses idées particulières sur la Théorie de la terre.
Dolomieu ' et Spallanzani sont ceux qui ont mis, dans ces derniers temps y le plus de suite à ce genre de r^herches ; ils ont recueilli l'un et l'autre, et décrit avec beaucoup de soin les produits du Vésuve et de l'Etna. M. de Humboldt, en revenant de gravir les pics les plus élevés et les volcans plus terribles encore qui hérissent la Gordillière des Andes, a eu l'avantage devoir de près la dernière éruption du Vésuve. Le volcan de l'île de Bourbon a fourni des observations précieuses à MM. Huber et Bory^aint- Vincent.
L'un des faits les plus remarquables qui paroissent avoir été constatés, c'est que le feu dés volcans n'a pas , à beaucoup près , le haut degré de chaleur qu'on lui attribuoit. Dolomieu s en est assuré, en examinant l'action de la lave sûr les divers objets qu'elle enveloppa en 1798 , dans un village au pied du Vésuve; il a expliqué par-là comment elle à pu entraîner, sans les fondre, divers cristaux très fusiblés dont elle est souvent remphe. Cependant la lave est trè$ fluide; elle s'insinue jusque â^ns les jAus
* Voyage aux îles de Lipari, ijSS; Voyage aux îles Popoe»,. «t Catalogue raisonné des produits de FEtna , 1 788 ; et sur-tout ses derniers Mémoires dans les Journaux de Physique et des Mines. Ajoutez à ces ouvrages les Mémoires de M. Fleuriau de Belle¥ue.t Qeux de M. Daubuisson, et FEssai 4e M. de Montlosier sur les voWaos^ de l'Auvergne.
petits interstices des corps: on a, de Tîle de Bourbon , des troncs de palmiers dont toutes les fentis en sont remplies (c'est une des remai^jnes de M. Huber). Lorsqu'elle coule, eBe bouillonne et répand au loin des vapeurs épaisses: lie s enflammeroit-elle qu'au contact de l'atmosphère, et y laisseroit-elle échapper quelque substance qui entretenoit la fusion à ce degré modéré de chaleur, comme Font soup<;oixué Kirwan et Dolomieu?
La quantité de ces laves est énorme. MM. Deluc ont cherché à faire voir que toute la masse des montagnes volcaniques est formée des produits niémes de leurs éruptions ; et le nombre des volcans a été autrefois bien plus considérable qu'aujourd'hui. C'est ce qu'on a reconnu , dès qu'on a eu sur les laves modernes des notions sufEsantés pour pouvoir les comparei* avec les anciennes.
M. Desmarets est un des premiers qui se soient occupés de ce genre de recherches ; il a fait connoître sui^tout les volcans éteints de l'Auvergne ; il est re» monté à leurs cratères j il a suivi les trainées de leurs laves ; il les a vues se fendre en piliers basaltiques ; et c'est d'après ses observations que l'on a attribué long- temps à tous les basaltes , pierres assez semblables à certaines laves , Une origine volcanique.
M. Faujas a fait des travaux sembUhle$ sur les
volcans éteints du Vivarais*; Fortis, sur ceux du ¥icentin^, etc.
Il paroît cependant que les terrains qui ont de la ressemblance avec les laves, n'ont pas tous la même origine. Telles sont les roches nommées ivakés; elles occupent de grandes étendues, dans certaines contrées de TAllemagne ; elles y sont bien horizontales, n y tiennent à aucune élévation que Ton puisse regarder comme un cratère, reposent souvent sur, des houilles très combustibles , qu'elles n'ont point altérées: elles ne sont donc point volcaniques. . M. Werner a bien démontré ces faits ; et une multitude de terrains ont été dépouillés , par suite de ses observatiorfs , de l'origine qu'on leur attribuoit. Tout au plus resteroit-il l'opinion de Hutton et de M. James Hall, qu'ils ont été fondus en place, lors d'un échauffement général et violent éprouvé par le globe.
La ressemblance de la pierre ne suffit donc plus pour faire croire à un volcan éteint; il faut encore des traces d'éruption : mais^ lorsque ces traces sont évidentes, on ne peut réfuser de s'y rendre. Aussi des élèves distingués de M. Werner, MM. de Buch
' Recherches sur les Yolcans léteints du Vivarais et du Velay ; Paris, 1778; I vol. in-foUo. Minéralogie des yolcans; Paris, i vol. in-S*".
' Mémoires pour servir à l'histoire naturelle, et principalement à Toryctographie de l'Italie; Paris, 1802, 2 vol. in-8®.
GÉOLOGIE. I^-y
et Daubuisson, ont-ils reconnu la nature volcanique des pics de l'Auvergne .
C'est en examinant ainsi les diverses contrées du globe que l'on trouve que les volcans ont été autrefois infiniment plus nombreux qu'aujourd'hui : il y en a sur toute la longueur de l'Italie ; et le$ sept montagnes de Rome sont les débris dun cratère, selon M. Breislak ' . Les bords du Rhin en sont hé^ risses; on en voit en Hongrie, en Transylvanie, et jusque dans le fond de l'Ecosse.
L'observation des volcans éteints a même donné
des lumières sur la nature des volcans en général. Ainsi , Dolomieu , en étudiant ceux de l'Auvergne , a cru s'apercevoir que leur foyer devoit être sous un immense plateau de granit , que les produits de leurs éruptions couvrent maintenant. C'est ainsi qu'q^ expUquermt ces pierres inconnues ailleurs, que tant de laves contiennent. Il n'est cependant pas entiè- •rement prouvé qu'il n'aij; pas pu en cristalliser quelques unes pendant que la lave étoit encore liquide. Au reste, quel qu'ait pu être le nombre des anciens volcans , ce ne sont.pas eux qui ont bouleversé les, autres couches. Il paroît bien prouvé, d'après les remarques de MM. Deluc, qu'ils n'ont pu exercer qu'une infli^nce locale, en perçant ces coHches , et en les recouvrant de leurs produits.
' Voyages dans la Gampanie ; Paris, i Soi ; a vol. in-S*".
BUPFOH. GOMPLÉM. T. I. 12
La haute antiquité de quelques uns est démontrée par les couches marines qui se sont formées dessus ou qui alternent avec leurs laves.
Mais comment le feu des volcans peut-il être entretenu à ces profondeurs inaccessihles ? Pourquoi presque tous les volcans hrûlants sont-ils à peu de distance delà mer? Leau salée est-elle nécessaire à ces fermentations intérieures? Est-ce d'elle que viennent les produits salins qui s accumulent sur les bords des cratères , et dont on trouve encore quelques uns dans les volcans éteints, cgpime M. Vauquelin la remarqué en Auvergne?
Voilà des questions qui pourront long-temps encore occuper les physiciens.
Les eaux courantes sont une autre cause de chang^ment moins violente, mais aujourd'hui plus générale que les volcans. Elles eiUrainent les pierres, les sables, et l^ terres des lieux élevés, et vont les déposer dans les lieux bas,^uand elles perdent leur* rapidité. De là les alluvions des bords des rivières , et sur-tout de leuç embouchure ; c'est ainsi que le Delta de l'Egypte s'est formé et sjaccroît encore. La basse Lombardie , une partie de la Hollande , de la Zélande, n'ont point d'autre origine. Les terres ainsi formées sont les plus fertiles du monde : mais les inondations qui les créent les dévastent aussi de temps en temps ; et si on les enceint trop tôt par
GÉOLOÔIE. 1^9
des digues, on les expose à^rester trop au-dessous du niveau du fleuve : c'est lé Cas de la Hollande , qui , en beaucoup d'endroits, ne se desséche qua force de B^achines. L'intérêt le plus pressant exigeoit donc qu'on étudiât cette branché de la géologie , pour trouver à-la-fois les moyens de profitei? de ces terres nouvelles et ceux den éviter 4es inconvénients.
Les philosophes l'ont étudiée par une autre raison: ils ont cru y trouver le plus sûr indice de l'époque où nps continents ont subi leur dernière révolution. En eflfet, ces alluvions augmentent assez rapidement ;et comme, dans lorigine, ils dévoient aller plus vite encore , leur étendue actuelle semble s'accorder avec tous les monuments de l'histoire , pour feire regarder cette révolution , comme assez récente. MM. Deluc et Dolofnieu sont encore ceux qui nous paroissent avoir le mieux développé éet V)rdre de faits. *
Mais ce que les études géologiques ont offert de plus piquant , c'est, sans contredif^ ce qui concerne ces innombrables sestés de corps organisés dont fourmillent les terrains secondaires, et dont* ils semblent même eniièremenfcconiposés en quelques endroits.
Depuis long-temps -on avoit remarqué que les productions de la mer couvrent ainsi la terre ferme de leurs amas jusqu'à des hauteurs infiniment supé^
l8o SCIENCES PHYSIQUES.
rieures à celles quat^eindfoient aujourd'hui les plus terribles inondations.
Un examen plus attentif avoit fait consoître que les productions qui couvrent chaque contre ne sont J)resque jamais Celles des mers voisines , et même qu un grand nonïbre d'entre elles n'ont pu encore être retrouvées dans aucune mer. La même observation s'appliquoît aux débris de végétaux et aux ossements d'animaux terrestres.
Un si grand aiguillon pour la cury)sité a produit son.effet. Les fossiles , les pétrifications , ont été re* cueiUis de toute part ; et leurs descriptions commencent; à former une grande série toute particulière , qui ajoute beaucoup d'espèces à celles des êtres connus pour vivants. M. de Lamarck e^ , dans l'époque actuelle , celui qui siést occupé des *coquilles fossiles avec le plus de suite et de fruit: il en a fait connoître plusieurs centaines d'espèces nouvelles, seulement dans les environs « de Paris'.
Lies poissons fossiles des environs de Vérone 9nt été décrits et gravés avec magnificence par les soins de M. de Gazola^
' Dans les différents» volumes des Annales du Muséum d*hijBtoire naturelle.
* Ittiologia Veronese, in-fol. Il nen a encore |>arn qn^une foible partie^ <pioiqi;^e toutes les planches MJent prêtes.
Les végétaux fossiUs ont été moins étudiés; Il y en a dans des couches récentes d'assez semblables à ceux d'aujourd'hui. M. Faujas en a décrit plusieurs ; mais les houilles et Içs schistes en recèlent d'inconnus. M. le comte de Sternberg a donné récemment un Essai à leur sujet * ; on commence aussi à les recueillir et à les graver en Angleterre et en Allemagne. On peut citer dans ce dernier pays l'ouvrage de M.'deSchlotheim.
Parmi ces étonnaùts monuments des révohitions du globe^ il n'y en avoit point qui dussent fidre espérer des renseignements plus; lumineux que les débris des quadrupèdes , parce<|u'il étoit plus aisé de s'assurer de leurs espèce , et des ressemblances ou des différences qu'elles peuvent avoir avec celles qui subsistent aujourd'hui ; mais comme on trouve leurs os jpresque toujours épars, et le plus souvent mutilés , il falloit imaginer une méthode de reconnottre chaque os, chaque portion d'os, et de les rapporter à leurs espèces. Nous .verrons ailleurs comment M. Guvier y est parvenu. Il a examiné les os en question d'après cette méthode , et il a recréé ait\|t plusieurs grandes espèces de quadrupèdes dont il ne reste plus aucun individu * vivant à la surface du globe. Les plâtrières des environs de
' C'est au^dans les Annales du Muséum que MM. Faujas^et de Sternberg ont publi<^ leurs Mémoires»
l82 SCIENCES PHYSIQUES.
Paris lui en ont seules fourm plus de dix qui forment même des genres nouveaux. Des terrains plus récents ont des os de genres connus , mais d espèces qui ne le sont point. Ge n'est que dansi les alluvions et autres terrains qui ^e forment encore journellement que Ton trouve les os de nos espèces actuelles*.
Presque toujours les os inconnu^ sont recouverts par des couches pleines de coquilles de mer. C'est donc quelque inondation marine qui en a anéanti les espèces ; mais l'influence de cette révolution , à cause de sa nature même,. ne Vest ^peut-être pas exercée sur tous Ui( animaux marins.
Il est cependant indubitable que les couches'les plu§ profondes , et par conséquent les plus anciennes parmi les secondaires , fourmillent de coquilles et d'autres productions qu'il a été jusqu'à présent impossible de retrouver dans aucun des parages de l'Océan ; et comme les espèces semblables à cçUes qu'on pèche aujourd'hui n'existent que dans les couches wperficielles , on est autorisé à croire qu'il y en a eu une certaine succession dans les jFor mes des êtres vi«^aiit8. '4*
Les houilles ou charbons de terre^ paroissent
' Les Mémoires de M. Cuvier sur W réintégration des espèces perdues àe quadrupèdes, ne sont encore .qua dans les Aittnales du Mu^ séum d'histoire naturelle.
GÉOLOGIE. • li^3
aussi être d'anciens produits de la vie : ce sont probablement des restes de forêts de ces temps reculés que la nature semble avoir mis mn réserve pour les âges présents. Plus utiles qu'aftcun autre fossile , elles dévoient naturellement attirer de bonne heure l'attention. Leur profoiideur et la nature des couches pierreuses qui les renferment annoncent leur antiquité ; et les espèces toutes étrangères de plantes qu'elles recèlent ^ accordent avec les fossiles animaux, pour prouver les variations que l'organisation a subies sur la terre.
Il n'est pas jusqu'à l'ambre'jauntf'qui ne recèle des insectes inconnus, et qui ne se trouve quelquefois dans des fentes de bois fossiles qui ne le sont pas moins.
A la vue d'un spectacle si imposant, si terrible même , qiie celui de ces débris de la vie formant presque tout le sol sur lequel portent nos pas , il est bien difficile de retenir son imagination, et de ne point hasarder qtfelques conjectures sur les causes qui oiat pu amener de si grands effets.
Aussi , depuis plus d'un siècle , \â géologie a-t-elle été si fertile en systèmes de ce genre , que bien des gens croient qu'ils la constituent essentiellement , et la regardent comme une science purement hypothétique. Ce que nous «n avons dit jusqu'à présent m(Mitre qu elle aune partie tout aussi positive
l84 SCIENCES PHYSIQUES.
qu aucune autre scie];ice d'observation ; mais nous croyons avoir montré en même temps que cette partie positive n'est point encore assez complète , quelle n'a point encore assez recueilli de faits pour fournir unç basesuffisante aux explications. La géologie explicative , dans l'état actuel des sciences , est encore un problème indéterminé dont aucune solution ne l'emportera sur les autres, tant qu'il n'y aura pas un plus grand nombre de conditions fixées. Les systèmes ont eu cependant le mérite d'exciter à la recherche des faits , et nous devons , à cet égard , de la reconnoissance à leurs auteurs.
On connoît depuis lopg-temps ceux de Woodwards, de Whiston, de Burnet, de Leibnitz, de Scheuchzer : conçus avant qu'on eût aucune potion détaillée de la structure du globe , ils ne pou voient soutenir un examen sérieux. Le premier système de BufFon les éclipsa tous par la manière éloquente dont il fut présenté : il excita un enthousiasme général , et produisit en quelque sorte des observateurs dans chaque coin de la terre. On lui fut donc réellement redevable des observations mêmes qui le détruisirent, Ledeuxièmedu même auteur, présenté avec plus d'art encore dans ses Époques de la nature, vint trop tard pour avoir même un succès* momentané. Le véritable esprit d'observation, la recherche des faits positifs*, animoient tous les naturalistes ; et
GÉOLOGIE. l85
Ton peutdire que dès-lors ceux qui ont proposé leurs idées sur ces grands sujets sont plutôt des génies spéculatifs , de hardis contemplateurs , que des observateurs philosophes. <
Les conséquences les plus incontestables des faits auroient déjà de quoi effrayer les esprits habitués à la marche rigoureuse , ou , si Ton veut , timide , ^ue les sciences suivent aujourd'hui. La diminution primitive des eaux , leurs retours répétés , les- variations des produits qu'elles ont déposés , et qui forment maintenant no6 couches ; celles des êtres organisés, dont les dépouilles remplissent une partie de ces couches ; la première origine de ce5 mêmes ^res: comment résoudre de pareils problèmes avf c les forces (fae nous connoissons maintenant à la nature? Nos éruptions volcaniques, nos atterrissements , nos courants , sont des agents bien foibles pour de si grands effets : aussi n'est-il rien de si violent* qu'on n'ait imagit^. Selon le» uns, dei comètes ont choqué la terre , ou l'ont consumée , ou Font couverte des vapeurs de leur^queue; d^utres ont supposé que la terre est sortie du soleil, ou en verre liquide , ou en vapeur ; on a placé dans son intérieur -des abymes qui se seroient af&issés successivement , ou l'on en a*fait sortir des émanations qui s'en échappoient avec violeriez : on est allé jusque croire que sa masse a pu se former de la »éunion
l86 SCIENCES PHYSIQUES.
des fragments d'autres planètes. Qu^que talent • quelque force d'esprit qu'il ait fallu pour imaginer ces systèmes, et pour les faire cadrer avec les faits, noys ne pouvons les placer daiïs ce tableau des progrès des sciences : ils tendent plutôt à en contrarier la véritable marche , en laissant croire que Ton peut se -dispenser de continuer les observations dans une matière si importante , et cependant à peine efQeucée*.
Histoire naturelle de» corps tnvànts.
L'histoire naturçUe des corps vivants offre encore, des problèmes bien autrement comphqués que cdle des minérauî , quoique les objets en ijioient continuellement sous nos yeux , et que l'esprit n'ait aucune conjecture à former sur leur état précédent., ' . !
Dans les nïinéraux , il n'ei^ste qu'une donnée de forme; celle de la molécule primitive, d'où tput le reste se laisse déduij*e. Dans les corps vivants, il
' L'exposé historique le plus complet qui ait paru en François, des systèmes iiver? imaginés par les géologistes, se ti^ouve dans la Théorie de la terre y de M. de La Métherie ; Pa^s , 1 797 , 5 Vol. in-8° ; ôuyrage qui contient aussi le re(saeîl le plus ntéthodique des faits dont la; Géologie se composoit à Tépo^e où il a été publié. Il faut y joindre cetûL de MM. de Marschall, BertrSkd, Lamarck, André de Gy, Faujas de Saint4^#nds, et autre* qui onèparu depuis cette époque.
GOR»S VIVANTS. 187
faut recevoir cQpime des données indispensables , la forme générale de l'ensemble et les moindres détails des formes des parties : rien n'en explique l'origine , et la génération est encc^ un mystère sur lequel tous les eflforts humains n'ont rien obtenu de plausible.
Les minéraux n'ofirent qu'une composition constante 'tt homogène dans chaque espèce, et des masses qui restent en repos tant qu'elles ne soht point altérées dans l'ordre de leurs éléments. Dans les corps vivants , chaque partie a sa composition propre et distincte; aucune de leurs molécules* ne reste en place; toutes entrent et sortent successive- * ment : la vie est un tourbillon continuel, dontU direction , toute compliquée qu'elle est fdemeure constante, ainsi que l'espèce des molécules qtii y sont entraînées, mais non les molécules individuelles elles-mêpies ; au contraire , la matière actuelle du corps vivant n'y sera bientôt plus , et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme de ces corps leui*est plus essentielle que leur matière, puisque celle-ci change sans cesse, tandis que l'autre êe conserve , et que d'ailleurs ce sont les formes qui constituent les-^fférences des espèces , et non les coi]ibinaisons/de matières , qui sont presque les mêmes dans toutes.
l88 SCIEUCES PHYSIQUES.
En nn Hiot, la forme, dont Finflq^ce étoit nulle dans lliistotre de latmosphère et des eaux, qui n avoit qu'une importance accessoire en minéralogie, devient, dan#letnde d^ corps vivants, la considération dominante, et y donne à Tanatomie un rôle tout aussi important que celui de la chimie; et ces deux sci|ences deviennent les instruments nécessaires et simultanés de toutes les recherches dont il nous reste à parler.
Histoire générale des fonctions et de la stnu^re
des corps vivants.
Le premier poijit qui nous frappe dans Fétude de la vie, c'estHîette force des corps organisés pour attirer dans Içur tourbillon des substances étrangères, pour les y retenir pendant quelque temps après se les être assimilées , pour distribuer enfin ces substances devenues les leurs dans toutes leurs parties , selon les fonctions qui doivent s'y exercer.
Ce pouvoir présente trois objets d'étude. Il faut voir quelles matières cei^ êtres attirent , et ce quils en rejettent. Le résidu formera leur matière propre : c'est la partie chimique du»problème.
Il faut décrire ensuite les voies que ces matines traversent depuis leur entrée jusqu'à leur sortie: c'est la partie anatomique.
PHYSIOLOGIE. iSg
II faut examiner enfin par quelles forées ces matières sont attirées , retenues , dirigées , et expulsées : on peut nommer cette recherche là partie dynamw que, ou proprement physiologique.
La partie chimique na été résolue que dans cette période; mais elle l'a été à-peu-près complet tement.
Les végétaux, essentiellement compo^s de carbone, d'hydrogène et d'oxigène, ainsi que nous^ avons vu que Ta découvert Lavoisier, n'ont besoin que d^au et d'acide carbonique pour se^piourrir: les terreaux et fumiers leur sont plus ou moini utiles, mais non pas nécessaires. Les expériences de MM. Sennebier * , Théodore de Saussure % et Grell ^, le mettent hors de doute. Us ont élevé des plante» dans du sable , avec de l'eaft pure et l'air atmosphérique; et M. Grell a fait porter graine aux siennes. ,
Les plantes décomposent donc l'eau et l'acide carbonique, pour mettre le carbone et l'hydrogène plus ou moiAB à nu, et former par leurs diverses proportions tous leurs principes immédiats. C'est ce qui arrive en effet par l'intermède de la lumière , qui leur enlève leur oxigène surabondant , d'après
, ' I^Jbiy^plogW v^étale, par M. Sennebier; Génère ^ au S, 5 volum. in.8«.
' Ouvrage déjà cité sur la végétation. — ^ à^moi^no maumsorit.
igo SCIEJNGES i>HYSIQUES.
les expériences de Priestley et dlngenhoua^ ' . Sans la lumière, elles restent aqueuses et blanches. Voilà * pourquoi elles exhalent de l'oxigène pendant le jour; mais, pendant la nuit, elles en absorbent, ainsi que M. Théodore de Saussure Fa fait voir: il paroît que c est^our réduire en acide carbonique le carbone qu elles ont pompé en nature, et qui ne peut contribuer à Idlir nutrition qu'après avoir subi cette métamorphose.
M. de Crell% et en France M. Braconnot^^Tont plus loiij» encore dans le pouvoir qu'ils attt&uent Aux plantes ; ils assurent qu'ils en ont feit croître sans leur fournir la moindre parcelle d'acide carbonique. Elles composeroimt donc le carbone de toutes pièces; ce qui seroit une des découvertes les plus importantes qu^ Ton put ajouter à la théorie chimique : mais on est loin de trouver encore les expériences de ces chimistes concluantes.
Le reste des matériaux des plantes, les terres, les âlcahs , etc. , leur est apporté avec la sè^e. M. Théodore d^rSauSsure l'a montré en détaitpour chacun d'eux. 11 a fait voir aussi, par beaucoup de belles expériences, qu'elles absorbent les substances qui ne leur conviennent pas , lorsque celles-ci sont dis-
' Expériences sur Jes yëgéCauz; Paris, 1787 et 1789, 2 voL in-S". ' Méixu)ire manuscrit.
' Annales de CSiiinie.
soutes dans Teau qui les n<iurrit, niais qu'elles les rejettent avec le% parties qui tombent.
La marche géïi,érale dç la végétation consiste donc à reproduire des substances combustibles ; et elje en accumule, en effet, par-tout où ni les animaux ni le feu ne viennent les consommer. De là ces (touches immenses de terreau qui se foriAent dans les îles désertes et dans les forêts npn exploitées.
Lanimalisation suit une marche opposée; elle brûle les substances susceptibles d être brûlées. Le caractère commun des^principes immédiats des animaux est une surabondance d'azote. Us se nourrissent tous de végétaux, ou d animaux qui s'en étoient nourris. Le composé végétal est donc la base du leur; mais Thydrogène et le cqrbone leur sont en partie enlevés par la respiration , au moyen de loxîgène qui agit sur leur sang: leur azote, de quelque part quih l'aient reçu, leur reste; il doit donc prédominer à la longue. Cette marche a été bien développée par M. Halle ' .
Ainsi la végétation et l'animalisation sqnt des opérations inverses: dans l'ut^e, il se défait de Yean et de l'acide carbonique ; dans l'autre, il s'en Kefait. C'est ainsi que la proportion de ces deux composés est maintenue daçs l'atmosphère et à la surface du globe.
* Annales de Gl^imie, t. XI, p. i5B.
192 sgiejngës physiques.
La respiration animale est donc une combustion : aussi produit-elle de la chaleur, quand elle est assez abondante et afsez vive..
Sa théorie , prise ainsi en général ^ est le résultat des vues successives de Mayow, de Willis , de Craw-. ford, et de Lavoisier '.
Sa nécessité, même dans les dernières classes des animaux y. se démontre par les expériences multipliées de Spallanzani ^, de M. Vauquelin ^, et de plusieurs autres physiciens.
Elle ne s'exerce pas deqo^ le poumon 3(sulement : dans tous les points-du corps où des vaisseaifx sanguins sont en contact avec Tair, le sang respire plus ou moins , c'est-à-dire qu'il produit de l'eau et de l'acide carl?o^ique. Les dernières expériences de Spallanzani^t de jM^ Sennebier le prouvent, et nous verrons ailleurs qu'elles donnent ainsi la clef d'une foule* de phénomènes. Il n'est pas jusqu'au canal , intestinal où M. ErmanA vient de montrer que cep-
* Voyez les ouTrages cités à Tarticle des Gaz , le Traité de la respiration de Mayow, le Traité ^e anima bruû>runi de. WiUb, celui de la («lialeur de Cra^ford; et le Mémoire de Lavoisier sur la respiration, Académie des Sciences, année 1777, p. i85, réimpr. dans sa collection posthume.
* Mémoires sur la respiration, et rapports de l*^ir avec les êtres organisés, par SpaUanzani, traduit ^psyr Sennebier; G^èye, i8q3-i8o7, 4 vol. in-8**.*
^ Annales de Chimie, t. XU, p. 273.
* Mémoire manuscrit adressé à riustitut, '
taias poissons exercent aus$i une sorte de respiration.
Le reste des matériaux élémentaires des animaux vient de leurs aliments.
Quant à cette répartition des matériaux élémentaires des corps vivants dans leurs diverses parties , selon certaines proportions, pour former leurs principes immédiats tels qu'ils doivent se trouver dans cHaque organe pour que ceuxH^i puissent remplir leurs fonctions , c est ce que l'on nomme sécrétions.
On ne s'est fait encore de leur mécanisme que des idées très obscures : les uns supposent pour chaque sécrétion une sorte de crible ; les autres , quelque tissu qui attire par voie d affinité : il en est qui , avec plus de raison ^ y font coopérer tout l'appareil des forces vitales. Ge que l'oh peut dire de général , c'est que la sécrétion tient à la forme primitive de chaqiie organe, et par conséquent à celle du corps. Chaque organe a pour sa part, comme le corps entier, le pouvoir d'attirer et de rejeter les substances qui sont à sa portée, comme il convient à sa nature. On peut donc faire, pour chaque organe, ce que l'on fait pour le corps entier. On peut examiner, par exemple^ ce qui entre dans le foie j ce qui en sort, et ce qui y reste : mais il est sensible qu'il faudroit ici connoître avec rigueur , non seulement la composition générale dés principes animaux , mais la
BUFFON. GOMPLÉM. T. I. l3
proportion particulière de chaque principe séparé; et nous avons vu plus haut que , dans ces différence minutieuses , la chimie nous abandonne.
Voilà pourquoi la théorie des sécrétions partielle^ se réduit eacore à des généralités un peu vagues ,
même dans sa partie purement chimique. Au reste , il s'en fait dans les deux régnes : les sucs propres qui occupent des cellules particulières le long des bran-^ ches et des tiges des végétaux , ceux qui abreuvent le tissu des fruits, peuvent être comparés aux diverses humeurs locales des animaux; mais on n en connoit pas si bien lusage.
La partie anatomique du problème général de la vie est résolue depuis long-temps pour les animaux , au moins pour ceux d'entre eux qui nous intéressent le plus. Les voies que les substances y parcourent sont connues; les premières, ou délies de la digestion, depuis bien des siècles; les secondes, ou celles de l'absorption , depuis Pecquet , Rudbeck , et Buysch; les troisièmes, ou (;elles de la circulation , depuis Harvey . Les travaux des anatomistes ang^ois et itaUens sur le système lymphatique, portés à la plus grande perfection dans le bel ouvrage de M. Mascagni * , qui appartient encore à notre période actuelle , ont achevé tout ce qui restoit à dire à cet
* yasorum lymphaticorum corporis^ humani historia et iconogra' phia ; Sbnne, 1789^ ^ ^^ in-fol.
PHYSIOLOGIE. jgS
égard. Les routes du chyle et du sang sont maintenant évidentes ; Tœil en suit tons les détours, et rencontre par-tout des valvules ou d'autres indices qui lui en marquent la direction; il aperçoit aussi comment ces routes , si compliquées dans Thomme , se simplifient par degrés daiis les animaux inférieurs, et finissent par se r^uire à Une spongiosité uniforme. Les recherches de M. CUvier' ont achevé d'assigner à chaque animal sa place dans la grande échelle des complications de structure.
Il n'en est pas entièrement ainsi dés végétaux ; leur structure anatomique laissé quelque incertitude sur les routes de la nutrition , précisément à cause de sa simplicité.
On sait aujourd'hui par les recherches d'Ingèiihouz , de MM. Sennebier, Decandolle, que la fbnction essentielle des plantes, le dégagement del'oxigène^ se fart dans toutes leurs parties vertes, et principalement dans leur cime.
Des recherches plus anciennes ^ et sur-tout celles de Bonnet, avoient montré qu'indépendamment de l'absorption dés racines il s'en fait aussi une par la cime , et particulièrement dans les arbres par la face inférieure des feuilles^ dont la quantité dépend de l'humidité de l'air».
* Dans ses Leçons d*Aiiat. oomp.
' Dans son Traite des usages des feailJes;
Il se fait déjà une préparation lors de cette première entrée; car les séves des diverses plantes sont des liquides assez compliqués et assez différents CBtre eux^ comme M. Vauquelin ' s'en est assuré. M. Théodore de Saussure a vu, de. son côté, que la plante n admet point les parties les plus grossières que contient Feaù dans laquelle on la plonge *. *
On sait, par des expériences assez anciennes aussi , multipliées et constatées par Duhamel , que Faccroissement du tronc et de la racine dans les arbres et les plantes vivaces ordinaires se feit par des couches de fibres ligneuses , qui se développent et s'interposent à Fextérieur entre le vieux bois et lecorce. Il paroît, d'après les observations de M. Link^, qu'il s'en développe également autour dé la moelle, du moins jusqu'à ce que celle-ci ait entièrement disparu par la compression des couches extérieures.
M. Desfontaînes ^ a fait cette découverte. Tune des plus belles et des plus fécondes dont notre période ait enrichi la physiologie végétale, que , dans
' Voyez soD Mémoire cité plus haut, sur l'analyse de la sève.
' Dans ses Recherche^ chimiques sur la végétation; Paris, i8o4v
I vol. in-8*..
^ Éléments de FAnatomle et de la Physiologie végétales , en allemand; Gott., 1807, in-B*.
4 Mémoires de Flnstitut, Sciencéâ «ifiathémati<|ues et physiques, 1. 1, p. 478.
les arbres et plantes monocotylédones, le développement des nouvelles fibres ligneuses se fait par une interposition générale qui a lieu sur- tout vers le centre. Nous verrons ailleurs comment ce fait , ainsi généralisé , est devenu lune des bases les plus solides de la division méthodique des plantes.
On sait que si on lie un tronc ou qu'on enlève un anneau de son écorce, il grossit au-<lessus de la ligature , et non au-dessous ; ce qui montre que 1 accroissement en grosseur se fait par des sucs qui descendent par lecorce et entre l'écorce et le bois. Une branche ainsi préparée fleurit plus tôt et porte de plus beaux fruits, parceque les sucs y sont retenus: c'est une obseryation de Lancrit, devenue fort utile en agriculture.
Il n'en est pas moins certain que la sève monte avec une grande force, sur-tout au printemps; et des expériences récentes de feu Coulomb*, confir-* mées par d'autres de M. Cotta* et de M. Link, ont 'montré qu^ c'est principalement vers l'axe de l'arbrç qu'elle monte , entraînant beaucoup d'air avec elle.
11 semble donc qu'elle doit produire, en mon-
* Jounaal de Physique, t. XLIX, page 393.
' Observations sur les mouyements et les fonctions de la sève dans les végétaux, et. sur-tout dans |^s végétaux ligneux, en allemand; Weimar, 1806, in-4*-
tant ainsi vers Taxe, TaccFoissement en longueur, étendre les feuilles, et, après y avoir subi l'iaction de lair et de la lumière, redescendre sous Técoree pour grossir le tronc en y développant les nouvelles fibres.
Mais, quand on enlève ua morceau d'écorce, le bois mis à nu paroit faire suinter un liquide qu'on a nommé cambium, et que Ion croit donner le nouveau bois. Il y auroit donc aussi une marche des sucs dans le sens bori;Kontal en rayonnant 5 et en effet , les rayons médullaires , ou ces suites de cellules qui vont entre les fibres , du centre vers la circonfiérence, semblfent indiquer cette route.
D'un autre côté, on ne voit point qu'aucune partie de l'arbre soit nécessaire au maintien du reste : il y â des troncs dont les trois quarts du pourtour et tout l'intérieur sont enlevés , et qui n'en pro^ duisent pas moins chaque année des fleurs et des fruits. On peut couper transversalement des porr tion$ de la largeur d'un tronc à difîërentes hauteurs , de manière qu'aucun vaisseau ne reçte entier, et l'on n'arrête pas pour cela la végétation : c'est une expérience très concluante de Duhamel, répétée encore récemment par M. Cotta,
Les recherches intéressantes de M. Mirbel ' sur
« Traité d*Anaroime et de Physiologie ▼égétales; Paris, i vol. in-8®, an 10; et piasieurs Mémoires doiïS les extraits sont imprimés dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle. Comparez à ces ouvrages
lanatomie dea végétaux éclaircissent uoe parfie de ces faits; il a trouvé tout ce que Ton nomme vais-^ ^aoux dans les plantes percé de trous latéraux: toutes les parties du végétal peuvent dppic se communiquer librement leurs sucs. Ainsi, qiioique la direction des vaisseaux de chaque partie ouvre à ces sucs une marche plus facile daii^ un certai{i sens, quoique les vaisseaux soient plus abondants vers Taxe où se fait la. plus forte ascension, quoiqu'ils soient phis nombreux et plus ouverts dans* les parties qui se développent plus vite , comme les fleurs , il est clair aussi que les sucs peuvent se détourner plus ou moins quand ils sont arrêtés par quelque obstacle; pu plutôt, à parler rigoureusement, il n'y a pas de vaisseaux dans le sens ordinaire de ce mot, c'est-àdire parfaitement clos, et qui necommuniqueroient que par des anastomoses : aussi ne sont-ils point divisés en branch/BS et en raipeaux , mais rassemblés en faisceaux parallèles.
IjCs végétaux, même les plus parfaits, ressemble» roient donc, jusqu'à un certain point, aux animaux ^oophytes.
de M. Mirbel cemx de MM. Link et Gotta, que nous yenoD^de citer, celui de M. Treyirauus, intitule de la Structure des végétaux y Gott., 1806, in-8°, et celui de M. Rudo1phi,sur TÂnatomie des plantes; Berlin, 1807, in-8°, tous deux çn allemand. Voyez enfin l'Exposition et Défense de la Théorie de l'organisation ^gétale, de M. Mirbel, en françois et en allemand; la Haye, 1808, r vol. in-^S**.
Il y en a qui leur ressemblent plus exactement encore, en ce qu'ils n ont pas même ces apparences de vaisseaux tracées dans leur cellulosité; ce sont les algues et certains champignons. MM. Mirbel et DecandoUe ont biftn feit connoitre cette extrême simplicité de leur structure.
Comme il y a une recherche chimique particulière à faire sur les sécrétions dç chaque organe , on peut faire aussi 4es recherches anatomiques sur les inflexions particulières qu'y pIsBnnent les vaisseaux , ou les autres éléments généraux du tissu organique; en un mot sur la structure propre de ces organes.
Cette anatomie spéciale des organes laissoit plus à faire dans les deux règnes que Fanatomie générale , et a fourni , dans la période actuelle , des découvertes plus nombreuses.
Le plus grand nombre appartient aux animaux.
L'homme lui-même en a ofFejrt, quoique Ion dût peu s'y attendre après trois siècles de recherches continues sur son anatomie.
M. Sœmmering * a eu le bonheur de trouver dans le centre de la rétine de l'œil une tache jaune, un pli saillant et un point transparent qui avoient échappé à ses prédécesseurs. Op en ignore l'usage;
* Voyez ses excellentes figures de Torgane de la vue ; Francfort, in-folio.
mais on sait déjà que les seuls quadrumanes parmi les animaux partagent avec Fhomme cette singularité.
M. Prochaska ' et M* Reil * ont réussi , par des dissections délicates et des macérations appropriées , à bien démontrer la structure des nerfs et Fhomogéùéité du système médullaii*e dans le corps entier, et à rendre très vraisemblable la nature sécrétoire de toutes ses parties.
Le cerveau , qui avoit été examiné tant de fois , a montré encore, peu d'années avant la période actuelle , des particularités nouvdles à M. Malacarne^ et à Vicq-d'Azir^. Celui-ci en a donné une desjviption plus complète qu aucun de ses prédécesseurs , ornée de planches magnifiques ; mais la méthode des coupes , à laquelle il s'en est tenu , ne pouvoit lui donner autant de lumières que celle des développements.
M. Gall ^ a porté très loin cette dernière. En rap-* pelant plusieurs observations éparses dans des au-
* Opéra minora; Vienne, 1800, a vol. in-S".
* Exercitatio anatomica de structura nervorutn; Halle, 1796, I cahier in-folio.
' Encephalotomia nuova univertale ^ Tonno ^ 1680, in^**.
* Voyez le grand Traita d'Anatomie que la mort Ta empêché d*^chever^ et dont la partie terminée ne concerne que le cerveau et le cervelet de Fhomme.
^ Mémoire ïnanuscrit présenté à l'Institut.
teurs anciens, et en y ajoutant les siennes, il a vu les fibres de la moelle alongée se croiser avant de former les éminences pyramidales ; il les a suivies au travers du pont , des toviches , et dite corps cannelés, jusque dans la voûte des hémisphères; il a montré que leurs faisceaux grossissent à chacun de ces passages , et que*la partie médullaire dans laquelle ils se terminent double l'enveloppe corticale du cerveau , se repliant comme elle et semblant suivre tous ses contours. Il a distingué les fibres qui sortent de cette substance médullaire pour donner naissance aux commissures, que cet anato^ miste appelle nerfs convergents. Plusieurs des ner& que Ton regarde comme sortant immédiateiiieiit du cerveau ont été suivis par lui jiwque dans la • moelle alongée , et il lui paroît vraisemblable qu'ils en sortent tous. Le cerveau proprement dit, ainsi que le cervelet , ne communiqueroient donc avec ie4*este du système que par leurs jambes ; mais leurs deux moitiés communiquenténtre elles par divers faisceaux transverses, tels que le pont de Varole pour le cervelet, le corps calleux, la voûte, et la commissure antérieure pour le cerveau.» M. Gall pense que chaque paire de nér& a aussi une communication transversale entre ses deux portions, et il en montre dans plusieurs.
On a aujourd'hui sur les diverses dégradations
du système nerveux dans le régne animal, 6t sur leur correspondance avec les divers degrés d'intel-^ ligence, des notions aussi complètes que pour le système sanguin. MM. Monro', Camper*, Vicqd'Azir^ , Sœmmering^, et Cuvier^ , y ont successivement travaillé : ce dernier en a fait un tableau général.
M. Guvier, en disséquant deux éléphants, est parvenu à rendre plus sensible la nature veineuse du corps caverneux de la verge ; ce qui ajoute quelque lumière à la théorie de l'érection.
Ces grands animaux lui ont bien fait connottre aussi les organes qui versent Thumeur synoviale dans les articulations, sur la nature desquels on n'étoit point d'accord.
M. HomQ^ a découvert un petit lobe de la glande prostate, qui a voit échappé avant lui à tous les anatomistes.
On s'éjoit beaucoup occupé du labyrinthe os-
* Dans son Trakë da fystèmt nerveux, en anglois; Édimb., 1783, I Tol. in^ol.
* Dans plusieurs observations ëparses dans ses euyrages. ^ Dans les Mémoires de l'Académie des Sciences, 1786.
é Dans son Traite de Basi encephali; Gott., 1778, in'4''* ^^ Voyez aussi une dissertation de M. Ebel, intitulée, Observai, nevrolçg, ex anat, compar.; Francfort-sur4'0der, in- 8*.
^ Dans ses Leçons d'Anatomie #5mparée, t. II.
* Transactions philosophiques.
2o4 SCIENCES PHYSIQUES.
seuxvde loreille; mais on avoit nég^ligé le laby-r rinthe membraneux qui le remplit. M. Scarpa ' et CiomparejLti * ont rappelé l'attention sur cette partie essentielle; cest également ranatx)mie comparée qui les y a conduits.
Le3 nerfs des viscèi^es avoient été admirablement décrits en 17 83 par M. Walther, de Berlin^. M. Scarpa, de Eavie, a fait, en 1794, un travail de la iQème patience sur ceujL de la poitrine , et en particulier $ur ceux du cœur, qu'il a suivis jusque daos la substance dp toutes les parties de cet organe 1
Bicbat a donné à lanatomie un grand intérêt ^ par l'opposition de structure et de forme qu'il a développée , entre les organes de la vie animale , c'est-
' Anatomicat disquisitiones de auditu et olfactu; Paris ^ ^7^9) ' ▼ol. io-folio.
* Observationes anatomicœ de aure interna, Pad., 1789, i volume
* Tabulas nervorum thoracis et abdominis ; BeHin, 1788, i volume in-folio.
* Ta6u/£p nevro/oyic^; Pavie, 1794) fonn9td*atlas. \
N, B. Les planches de ces ouvrages névrolo^ques et de plusieurs autres, tels <{ue ceux des élèves de Haller, de MM. Nèubauer, Bœhmer, Scfamidt, Fischer, Anderscfa, etc. , sont rassemblées avec beaucoup de soiu dans la ^ande collection de planc^ies ana^tomiques de M. Lo(]fer, Weimar, 1794 9 ^ '^ol. in-foL, le meilleur recjueil de ce genre qui existe. La plupart des bonnes dissertations névrologiques ont aussi été recueillies dans les Seriptores nevï^logici minores de Ludwig; Leipz. , 1793 et 1794, 4 vol. i»-4**-
à-dire du sentiment et du mouvement, et ceux de la vie purement végétative'. Les premiers seuls sont symétriques. Cette différence s'étend même jusqu'aux nerfs dont il semble qu'il y ait deux systèmes. M. ReiP a aussi présenté, d'une matiière ingénieuse, les différences de forme de ces deux systèmes , et la nature de leur union , qui , dans l'état ordinaire , les fait paroître entièrement séparés , et , dans les passions ou les maladies , établit une influence plus ou moins funeste de l'un sur l'autre.
L'attention particulière donnée par Bichat au tissu et aux fonctions des diverses membranes , et l'analogie qu'il a établie entre celles de parties très éloignées , ont jeté aussi des lumières nouvelles sur l'anatomie , principalement dans ses rapports avec la médecine^.
M. Chaussier a rendu un service important à l'enseignement dé toute cette science, en cherchant à lui donner une nomenclature méthodique , prise de la position et des attaches des parties^. L'appli-
* Mémoires de la Sociëté mëdicàle d'émulation , t. h
* Archives physiologiques.
* Traité des membranes, Paris, ail 8 , i vol. in-8".
^ Exposition sommaire des muscles; Dijon, 1789, i toI. ih-8^. — MM. Duméiil et DumaS ont aussi publié dés Eséaià de Nomenclature anatomique. Celle de M. Duméril est sur-tout remarquable par les terminaisons caractéristiques qu'il donne aux noms de chaque genre d'organes.
ao6 SCIENCES PHYSIQUES.
cation qu'il vient d'en faire au cerveau est appuyée d une bonne description de ce viscère * .
Il y a aussi plusieurs observations intéressantes sur les détails de Tanatomie v^étale * .
Les petites ouvertures de Técorce, découvertes par Saussure le père , ont été examinées dans toutes les Êimilles par M. Decandoljie : on les observe aux parties vertes dans les plantes qui ne vivent point sous leau ; celles des cryptogames qui n'ont point de vaisseaux manquent aussi de pores corticaux; les plantes grasses en ont moins que les autres ; les feuilles des arbres les ont sur^tout en-dessous. Ces pores s'ouvrent et se ferment dans des circonstances déterminées ^ et paroissent j ouer un grand rôle dans l'économie végétale ; il est probable qu'ils servent alternativement à exhaler et à absorber.
^ Exposition sommaire de la Structure et des différente^ parties de l'encéphale; Paris, 1^08, i vol. in-8°. — Les ouvrages les plus récents où r Anatomie bnmsÀne ioii exposée dans tout son ensemble sont celui de M. Soemmering, en allemand et en latin ^ telnarqitable ffëf son élégance, son érudition, et Tétendue de seâ vues physiologiques; celui de M. Boyer, en françois, où toutes lés parties sont décrites avec beaucoup de détails et d'exactitude; et TAnatomie générale ei descriptt^e de Bichat, ouvrage écrit un peu à la hâte, mais plein d^idées originales.
' Voyez, sur toutes ces questions, les ouvrages cités plus haut de MM. Mirbel, Link, Treviranus, Rudolphi; voyez aussi les Principes de Botani([ue placés en tête de la nouvelle édition de la Flore Françoise par M. Decandolle.
Les tubes qu'on observe dans presque toutes les plantes, formés d*un fil spiral et ressemblant en cela aux trachées qui servent à la respiration des insectes , avoient aussi reçu ce nom de trachées^ et on leur a long -temps attribué Temploi de porter l'ail' dans l'intérieur du végétal. Il est prouvé aujourd'hui , par les expériences de Reichel et par les observations de Link , de Rudolphi , et de plusieurs autr^ botanistes , qu'ils conduisent la sève , en 4a prenant et la rendant au tissu cellulaire qui les entoure, et qui la transmet comme eux, mais plus lentement.
M. Mirbel a distingué dés trachées parfaitetoient en spirale, les fausses trachées qui n'ont que des fentes transversales non continues et les tubes simplement poreux : mais en même temps il a fait voir que ces différents vaisseaux ont les mêmes fonctions , et que souvent un seul et même tube a ces diverses structures en différentes parties de sa lon-^ gueur ; il parott même qu'ils se changent les uns dans les autres.
Beaucoup de plantes produisent des sucs colorés ou autrement caractérisés appelés sucs propres ^ que quelques botanistes ont regardés comme des analogues du sang , et par conséquent comme les véritables fluides nourriciers , considérant seulement la sève comme l'analogue du chyle non encore pré-
2o8 SCIENCES PHYSIQUES.
paré : on supposoit que les vaisseaux qui les contienneut s étendent régulièrement d une extrémité du végétal à lautre, et on leur attribuoit dans ces vaisseaux une marche descendante.
MM. Treviranus et Link ont trouvé que ces sucs résident dans de simples cellules ; et ils ont con* firme par-là lopinion contraire à la précédente, qui en fait des liqueurs particulières produites par sâcrétiqn , et par conséquent extraites du suc nourricier , mais ne le constituant pas. Ces cellules ne sont même pas toujours remplies ni visibles à tous les âges de certaines plantes.
Li moelle , ou cette cellulosité lâche qu'on observe dans l'axe de beaucoup de plantes, avôit été comparée à la moelle des os ou à celle de Fépine. Linndeus lui faisoit jouer un grand rôle dans le développement du végétal. On sait aujourd'hui, par les recherches de Medicus , et plus récemment par celles de M^ Mirbel , que c'est un simple tissu cellulaire dilaté et formant ce que ce dernier botaniste nomme des lacunes , ordinairement remplies d'air. M. du Petit-Thouars l'a considérée comme le réservoir de la nourriture des bourgeons ' ; mais il
' Dans une suite de Mémoires qui yont bientôt paroître , et où l'auteur établit un nouveau système sur la végétation. Son idée principale consiste à regarder les fibres ligneuses de chaque couche comme les racines des bourgeons : selon lui, à mesure que le bourgeon se déve-
pense aussi qu'après leruption des feùâles elle n'a plus de fonction à remplir.
La structure de la fleur a encore été l'objet des recherches de M. Mirbel : il a môntré^comment les vaisseaux passent du jJédoncule dans les différentes enveloppes et jusqu'au placenta, c'est-à-dire aux attaches des graines.
M. Turpin' a cru reconnokre la ^oie par laquelle la fécondation des graines s'exécute. • G'est nn petit canal qui descend du pistil ôt pénétre jusqu'à la graine ; il le nonime micropyle. Nissole avoit anciennement avancé cette opinion ; mais oii l'avoit entièrement oubliée.
L'anatomie particuUère de la graine a été faite avec beaucoup de soin , et presque en même temps , par feu Gaertner' et par M. de Jussîeu^; ils ont sur-tout appelé l'attention sur un corps que le premier nomme albumen y et le second périspermey et qui se trouve dans beaucoup de graines indépen-
loppe^ ses racines descendent et enveloppent le tronc d^une nouTelle couche de bois.
' Annales du Muséum d'histoire naturelle.
' Voyez la Garpologie de Gaértnet, ouvrage éminemment classique, 2 vol. in.-4*9 ^® '® ^^ ^® ^® grand observateur continue avec zélé.
^, Dans don Gênera plantarum ; Paris, 1789^ i vol. in-8°. — Depuis la rédac#oo de ce travail, M. Richard a publié, sur la Structure du fruit, un puvrage ^ù il y a des vues intéressantes; Analyse du fruit; Paris, 1808, { vol.<tn-ia. Nous en rendrons compte dans la seconde paitie de c^e iiistoire.
BUFFON. COMPLÉM. T. I. l4
damment des enveloppes ordinaires et des parties connues du germe. Sa nature varie beaucoup ; c'est lui , par exemple , qui est Êirineux dans les céréales , corné dans les rubiacées y et sur-tout dans le caf!é ^ charnu dans les ombellifères, etc. : mais on n'a sur son usage que des idées incertaines.
Gaertnerdistinguoit encore une petite partie qu'il nommoit vitellus^ Hiais qui n'est, selon M. Gorrea , qu'un, appendice dilaté de la radicule.
Il nous reste à traiter de la partie dynamique du grand problème de la vie , ou des forces qui produisent 1^ mouvements nombreux dont nous avons dit qu'elle se compose. Gest, en effet, s'fen feire une idée fausse que de la considérer comme un simple lien qui retiendroit ensepible les éléments du corps vivant, tandis qu'elle est, au Contraire, un ressort qui les meut et les transporte sans ce$se : ces éléments ne conservent pas un instant les mêmes rapports et les mêmes conncutions , ou, en d'autres terijaes, le corps vivant ne gardç pa$ un instant le même état ni la même composition ; plus Sa vie est active , plus ses échanges et ses métamorphoses sont continuels; et le moment indivisible de repos abtoiu , que l'on appelle la mort Complète ^ n'est '<juc le précurseur des mouvements nouveaux de la putréfaction. . * ,
G'est ici que commence l'emploi raisoi^iable du
terme de forces vitales : pour peu que ron étudie en eflfet les corps vivants , on ne tarde point à s'apercevoir que leurs mouvements ne sont pas tous produits par des chocs ou des tiràillenients mécaniques , et qu'il faut qu'il y ait en eux une source constante productrice de force et de mouvement.
I^'exemple le plus évident est celui des mouvements volontaires des animaux : chaque ordre , chaque caprice de leur volonté , produit à l'instant dans leurs muscles une contraction que le calcul prouve être infiniment supérieure à tous les agents 'mécaniques imaginables.
La chimie moderne nous montre, à la vérité, beaucoup d'exemples de mouvements spofttanés très violents dans les dégagements de chaleur ou de fluides élastiques qui résultent du jeu des affinités; mais tous les efforts des physiologistes n'ont point encore réussi à faire de cet ordre de phénomènes une appUcation positive aux contractions de la fibre. Si , comme on esft presque obligé de le penser, l'entrée ou le déjpatt de quelque agent l'occasione , il faut que cet ageht soit non seulement impondérable , mais encore entièrement insaisissable pour nos instruments et imperceptible pour nos sens. L'espoir qtie pOuVoient donùer à cet égard les expériences galvaniques s'est évanoui , depUî^ qu'oii n'a vu dans
l'électricité qu'un agent d'irritation extérieur.
On peut donc légitimement considérer Firritabilité musculaire comme un fait jusqu'à présent inexplicable, ou qui ne se laisse rédjuire encore ni à Fimpulsion ordinaire ni même à 1 attraction moléculaire, si ce n'est dune manière vague et générale.
On peut donc aussi adopter ce fait comme principe , et l'employer en cette qualité pour l'explication des effets de détail qui en dérivent.
C'est ce que l'on a fait; et l'on n'a point tardé à reconnoître que cette irritabilité dfe la fibre produit non seulement les mouvements extérieurs et volontaires , mais qu'elle est encore le principe de tous les mouvements intérieurs qui appartiennent à la vie végétative et sur lesquels la volonté n a point d'empire, des contractions des intestins, de celles du cœur et des artères , véritables agents de tout le tourbillon vital; elle s'étend même visiblement à une foule de vaisseaux et d'organes , où l'on ne peut apercevoir de fibres charnues proprement dites : la matrice en est un exemple très frappant; et les artères , les vaisseaux lymphatiques , les vaisseaux sécrétoires , des exemples très probables.
Il est cependant resté long-temps des doutes et des dissentiments sur la nature de ces contractions intérieures. Une école célèbre Jvouloit y faire intervenir cette autre faculté animale que l'on appelle
PHYSIOLOGIE. 2l3
la sensibilité^ et persistoit à défendre ce que Stahl nom moi t le pouyoir de Came sur les mouvements communément pris pour involontaires.
, On ose croire que ces oppositions peuvent être conciliées par l'union intime de la substance nerveuse avec la fibre et les autres éléments organiques contractiles , et par leur action réciproque , présentées avec tant de yraisemblance par les physiologistes de 1 école écossaise , mais qui ne sont guère sorties de la classe des hypothèses que par les observations de la période actuelle.
Ce n'est point par elle seule qiiè la fibre se contracte, mais par l'influence des filets nerveux qui s'y unissent toujours. Le changement qui: produit la contraction ne peut avoir lieu sans le concours des deux substances ; et il faut encore qu'il soit occasioné chaque fois par une cause extérieure, par un« stimulant.
La volonté est un de ces stimulants qui a ce caractère particulier, que son conducteur est le nerf, et que c'est du cerveau qu'elle vient, du moins dans les animaux d'ordre supérieur : mais elle excite l'irritabilité à la manière des agents extérieurs, et sans la constituer; car, dans les paralytiques par apoplexie, l'irritabilité se conserve, quoique la volonté n'ait plus d'empire * .
* M. Nysten Ta montré encore récemment par des expériences.
2l4 SCIENCES PHYSIQUES.
Ainsi l'irritabilité dépend bien en partie du nerf ^ sans ^pendrce pour oela de la ^nsibilitè : cette dernière propriété, plus admirable et plus occulte encore , s'il ,est possible ^ que l'irritabilité , ne fait qu'une petite partie des fonctions du système nerveux; et c'est par un abus de mots qu'on en étend la dénomination aux. fonctions de ce système qui ne sont.'point accompagnées de perception.
L'uniformité de structure et la nature sécrétoire de toutes les parties lâéduUaires ou nerveuses ,^résumées en quelque sorte par M. Platnër \ qui en f9isoit«uii emploi ingénieux pour défendre le système de Stahl , et maintenant, à ce qu'il semble, dirjeçîement prouvées par les observations anàtomiqiuesde MM. Prochaska etReib, achèvent de faire concevoir le jeu des forcés du corps vivant , sans obliger dJattribuer, comme Staljil, à l^me raisonnable les mouvements involontaires. Il n'y a qu'à se représenter que .toutes ces parties produisent l'agent nerveux, qu'elles en sont lés seuls conducteurs ; c'est-à-dire , qu'il ne peut être transmis que par elles seules, et qu'il est altéré ou consommé dans ses divers emplois. Alors tout paroît simple : une portion de muscle conserve quelque temps son
' Nouvelle Anthropologie à Fusage des médecins et des plulosophes, en allemand; Leipzig, 1790, in-8°.
' Voyez les ouvrages an atomiques cités plus haut.
irr^l^ilité , à cause de la poi^tion de nerf qu on arrache toujours avec elle. La sensibilîté et TirritabiKté s'épuisent réciproquement par trop d exeroice , parcequ elles coifsoinment ou altèrent le même agent. Tous les mouvements intérieurs de diges-^ tion, de sécrétion, d'excrétion, participent à cet épuiseiiïent , ou peuvent Fainener. Toute excitation locale sur les. nerfs amène plus de sang , en augmentant Firritabilité des artères,» et lafïlux du sang augmente la* sensibilité locale , en augmentant la production de l'agent nerveux^ De là les plaisirs des titillations , les douleurs des inflammations. Les sécrétions particulières augmentent de même et par ks «mêmes causes ; et l'imagination exerce (toujours par le moyen des nerfs) sur les fibres intérieures artérielles ou autres , et par elles sur les sécrétions , une action analogue à celle de la volonté sur les muscles du , mouvement volontaire. L'excitation locale, portée quelquefois à son comble dans les blessures ou dans certaines maladies, et Semblant attirer violemment à son foyer toutes les forces de la vie* épuise le corps entier : de' là ces prétendus efforts de Tame pour repousser une attaque funeste. Comme chsMjnc sens extérieur est exclusivement disposé pour se laisser pénétrer seulement par les substances qu'il doitf percevoir, de même chaque organe intérieur, sécrétoire ou autjre, est aussi plus
2l6 SCIENCES PHYSIQUES.
excitable par tel agent que par tel autre : 'de là, ce qu'on a vo\^lu apeler sensibilité ou vie proppe des organes j et l'influence des spécifiques qui, introduits dtins la circulation géilérale., n afFectent ce* pendant que certaines parties. Enfin , si lagent nerveux ne peut deveni^ sensible pour nous, c'est que toute sensation exige qu'il soit altéré d'une manière ou d'une autre . et qu'il ne pe\it pas s'altérer luimême.
Telle est l'idée sommaire que l'on peut, à ce qu'il nous semble , se fairç aujourd'hui du jeu mutuel et général des forces vitales dans les animaux; mais il seroit difficile d'assigner avec précision ce que l'on doit à chaque physiologiste en particulier^ dans ces éclaircissements de la plus difficile de toutes les sciences.
Reconnoissant le vide des hypothèses tirées d'une mécanique et d'une chimie imparfaites, qui a voient régné pendant le dix-septième siècle, Stahl se jeta dans une extrémité opposée , en e^pgérant les idées de Van-Helmont , et en attribuant , i^on plus à un principe spécial nommé archée ou am^végékitive ^ mais à lame raisonnable , toutes les actions vitales , même celles dont elle s'aperçoit le mo^ns.
Son ingénieux rival, Frédéric Hofman, commença, à-peu-près vers le mêiAe temps , à donner la première indication de la route intermédiaire que
Ton suit aujourd'hui , en cherchant à distingua* les facultés propres de chaque élément organique.
L'immortel Haller précéda plus rigoureuéement à lanalyse de ces facultés ; «^ais , trop occupé de ' cette irritabifité de la fibre, dont il détermina le premier les vrais caractères , il A'accorda point assez à l'influence nervouse , sur laquelle ses sentiments approchèrent peut-être moins du vrai que ceux d'Hofman.
Il eut beauooup d'antagonistes, dont les uns se bornoîent à combattre ses expériences, et les autres prétendirent établir des systèmes nouveaux. En France sur-tout, les idées de Stahl, adoptées par Sauvages , modifiées par Bordeu , par La Case , furent reproduites par Barthez ' sous une forme et avec des termes nouveaux qui les rapprochoîent davantage de celles de Van-Helmont : mais , outre l'espèce de contradiction et l'obscurité métaphysique où devoit nécessairement entraîner une prétendue sensibiUté locale sans perception , admise dans les organes particuliers par toys ces médecins, çt défendue jusqu'à nos jours par quelques uns , on peurt reprocher à plusieurs d'entre eux d'avoir abusé de ce qu'ils appeloient principe vital , en employant cet être occulte d'une manière vague,
* NojUYeaux Éléjqpents de la Science de l'homme, deuxième édition de 1^06^ 2 vol. in-S*".
2l8 SCIENCES PHYSIQUES.
pour lui attribuer, sans*autre développement, tous les phénomènes difficiles à expliquer. «
CyllOQ, Macbride, Grggory, en Ecosse, Gri- ''maud , en France , purent une route plus heureuse , et reindirent aux nerfe leur véritable: rôle, en le limitant avec précision.
La théorie de lexcitation , si renommée dans ces dér^iers temp^ par son influence sur 1a p$tholo^ et sur la thérapeutique , n'est au fond qu'une modification du système écossais, dans laquelle, comprenant sous un nom commun la sensibilité'et TirritabiUté , on se retranche dans une abstraction tçlleque^ si Ion simplifie la médecine, on semble anéantir toute physiologie positive.
Il a fallu que les découvertes de là chimie sur les agents impondérables et sar leur action physique, souvent si prodigieuse, vinssent se joindre à celles de Fanatomie sur là étructure^uniforme dû sj stèmè nerveux, et sur ses dégradations dans Vécbelle des animaux , pour faire concevoir la possibilité dô re^ venir à un classement plus- particulier des phénomènes vitaux , et pour rendrie à l'analyse dtes forcés propres à chaque élément organique ; si bien commencée par Haller, le crédit et l'activité d'où dépend , selon nous , le sort de la physiologie, [
Il nous paroît donc que les véritaUes progrès que cette science a faits dans ces derniers t^împs
sont dus à ceux qui ont combina , avec la théorie de l'action nerveuse , les découvertes modernes de lanatomie. et de la chimie. C'est ainsi que Prochaska , S(femmering , Reil , Kielmeyer, Autenrieth , en Allemagne; Bichat, en France (pour ne point parlpr des*. physiologistes vivants de ce pays, et n'être point obligé d'assigner les rangs entre nos maîtres, nos confrères, et nos amis)j Fontana^ Moscati, Spallanzani, en Italie; Hunter, Home, Carhslë , Cruikshank , en Angleterre , ont , de noti;e temps, développé des idées ou publié des expériences qui resteront toujours comme éléments essentiels de la physiologie générale des animaux , et qu'une foule d'autres hommes de mérite ont enrichi la physiologie particulière des organes ou des diveiises espèces. ' ♦
Plusieurs ouvrages élémentaires et généraux exposent, avec plus ou moins d'étendue , l'état actuel de la science ; nous distinguerons , parmi ceux qu'a vus naître la période dont nous traçons l'histoire, en France , ceux de MM. Dumas * et Richerand * ; et en Allemagne , celui de M. Autenrieth ^ , et celui de
* Principes de Physiologie, première édition ; Paris, 4 v^^* iii-8°; deuxième édition, i6tV. 1806.
* Nouveaux Éléments' de Physiologie, a toL in-8®; \â quatrième édition est de 1807.
Manuel de Physiologie humaine expérimentale, en allemand; 3 vol. in-8% tab. 1 801- 1802.
M. Wiilther de Landshuth ^ qui se distingue par un emploi fréquent de fanatomie comparée , mais qui se livre un peu trop à la marche vague et conjecturale* aujourd'hui si en vogue daijs son pays.
C'est, en efiFet, ici que Ion nous demandera compte des nouveaux systèmes de physiologie qu a produits en Allemagne cette métaphysique appelée philosophie de ta nature, dont nous avons déjà dit quelques mot3 en général; mais nous avouerons que , malgré l'étude que nous avons faite de cette manière de philosopher, nous .ayons encore peine à croire que nous l'ayons bien saisie et que nous soyons en état d'en donner une Mée juste, tant elle nous paroît contradictoire avec le mérite et l'esprit de plusieurs de ceux qui l'emploient.
Partant de cfes anciennes spéculations métaphysiques , où tantôt les phénomènes sont considérés comme de simples modifications du moi, tantôt lés êtres existants sont regardés comme des émanations de la substance «uprême , tantôt enfin l'univers entier est censé, l'être unique dont tous les autres êtres ne sçnt que des manifestations ; portant, ces spéculations à un degré d'abstraction tel que la grande et simple *unité , seule existante par eUe-mêiôc, ne produit (comme* ils disent) les autrès existences qu'en se diflférenciant en Tjuahtés opposées , qui s'anéantissent réciproquement , d'où
PHYSIOLOGIE. 2ai
il résulte que Fexistence suprême ne seroit rien au fond ; les partis^s de cette méthode ont cherché à redescendre de leurs conceptions abstraites aux faits positif pour les en déduire rationnellement ; et , c€>mme on le devine aisément , c'est sur les parties les plus obscures des sciences naturelles qu'ils ont dû le plus s'exercer.
Aussi est-ce principalement en physiologie çt en médecine que cette sorte de philosophie s'est introduite, cherchant sur-tout à faire considérer les organisations partielles comme des membres du grand tout , de la grande organisation , et à les soumettre aux lois imaginées pour celle-ci : mais ce projet imposant ne s'est exécuté jusqu'à présent qu'en passant continuellement et brusquement , sans régie fixe, de la métaphysique à la physique; qu'en appliquant sans cesse un terme moral à un phénomène physique, et * réciproquement ; qu'en employant des métaphores au lieu d'arguments : en un mot cette méthode, qui d'ailleurs n'a feit découvrir jusqu'à présent aucun fait nouveau auquel on n'ait pu arrivée aussi par la marche ordinaire , est telle que l'on a peine à concevoir la fortthie qu'elle a faite dans un pays'renommé par sa raison et par sa logique , et comment elle y a trouvé des partisans parmi des hommes d'un talent réel, et dont les expériences ont d'ailleurs enrichi les
sciences de faits précieux que nous avons cherché à recueilUrdans cette histoire, aux endroits où il con\!enoit' de les placer *.
Pour la physiologie comme pour lanatomie , les végétaux sont enveloppés de plus d'obscurité que les animaux. Les nerfs et la sensibilité leur man* quent ; mais n ont-ils point quelque fbi*ce contractile plus eu moins analogue à lirritabilité?
' Les Archives physioIogi(pies de MM. Reil et Autenrieth ( Halle en Saxe, en allemand), dont il a paru sept volumes in-8^ depuis 1796, sont le recueil le plus intéressant des mémoires, dissertations et autres ouvrages relatifs à la Physiologie, sans acception de système. Mais pour connoître la marche ou plutôt les marches divergentes et souvent très opposées de la Physiologie , dans l'école appelée de la Philosophie de la nature^ il faut lire d'abord Técrit sur tAme du monde, 1798; le premier Essai jT un système de Philosophie de la nature, par M. Schelling; léna et Leipzig, 1799, in-8® j et suivre ensuite les applicaifions de cette doctrihe, faites, soit par Fauteur luimême dans divers autr«s écrits, dans son Journal pour la Physique spéculative, et dans celui qu'il donnç aVec M. Marc.us, sous le titre èi Annales de la médecine, soit par ce^x qui ont plus ou inoins adoipté ses principes, quoiqu'il soit loin de les avouer tous comme ses élèves. Les Physiolqgies de MM. Domling et Treviranus, les idées sur la Pathogénie et sur la Théotie de l'excitation^ par M. Roschlaub, appartiennent plu^ ou moins à ce système. On peut i^/ppter p^rmiles pli^s récents de ses sectateurs , et parmi ceux qui ont mis la hardiesse la plus extraordinaire dans leurs conceptions, M. Steffens, daiis son Histoire naturelle intérieure de la terre, et dans son Esquisse d'uàe Phy-^ sique philosophique ^.M. Oken, dans sa Biplogie, daps ses Matériau:^ pour la Zoologie ^TAnatomie, et la Physiologie comparées;» et dans quelques autres petits écrits, tels que celui qui porte pour titre, tU-^ nivers continiuition du système sensitif; léna, 1808.
Long- temps on a -oru le mouvement de leurs fluides suffisamment expliqué par la succion capillaire d,e leurs «racines et de leur tissu , par l'humidité du. sol où s'enfonce leur partie inférieure , et par l'évapor ation pins ou moins forte qui se fiait à la grande surface deleur cime, au moins pendant le jour ^et il est certain que leurs vaisseaux peuvent transmettre dans tous» les sens les liquide^ qu'ils contiennent, qu'on jieut retéumer un arbre, et feure [donner des bourgeons à sesTaçines et du cheveliu à ses branches, etc. Cependant on a objecté qtie la sève monte avec plus; de force au printemps lorsque les feuilles n'ont pas encore épanoui leur surface; qu'elle monte et jailUt encore en abondance d'une tige donbon a cofupé la cime, ainsi que l'a fait remarquer M. Brugmans * ; que les pleurs de la vigne^sont un phénomène du méme^enre où ni la succion ni l'évaporation ne peuvecrt avoir parti M. Van-Marum a même feit voir tfue rél^ctricité arrête leà ascensions de sève, comme elle détruit Tirrkabilité animale*
t . Tout rendr donc vraisemblable qu'il existe aussi dans le lissu végétal une -force particulière an-*ployéeà en faire ^Aouvoirléi sucs , et que l'on peut croire produite par Ic: développement de quelque
' Brugmans et Vitringa-Goulomb., De mutMa humùtum ihdole in regno organico^ h vivitali vasprum derivanda; Leyde, 1789^ in-S**.
224 SCIENCES PHYêlQUES*
agent impondérable : mais elle doit être foible ; les exeft^ples évidents en paroissent rares , et sa nature et son siège sont également inconnus ; peut-être même n a-t*elle point de tendance fixé vers un point plutôt que vers un autre, et la position du végétal rompt-elle seule l'équilibre.
Cette détermination des forces générales propres aux. corps vivants, de leurs rapports mutuels, de ce qui les entretient ou les affoiblit, constitue la physiologie générale : leur application à chaque fonction, au moyen de la structure découverte par lanatomie dans chaque organe, est Tobjet de la physiologie particulière.
Ici encore l'époque actuelle a été assez féconde»
La respiration se présente à nous la première comme la plus importante des fonctions : le changement chimique qui en fait l'essejice a été exppsé çi-dçssus ; le sang s'y décarbonise et y prend de la chaleur et une couleur vermeille.
La quantité de l'air inspiré, celle de l'oxigène consommé, celle de l'acide carbonique et de Teau • produits, ont été l'objet des recherches longues et p^ibleS de MM. Menziez ' , Seguin ^ , et autres médecins et chimistes: l'action d^ l'oxigène sur du si^g j même au travers du lîssu - membraneux
' Annales de Chimie, t. VIII, p. an.
» Ibid. t. XX, ^. 22^,
PHYSIOiOGIE. 225
d'une vessie, a été Vérifiée par M. Hassenfratz'.
On doutoit du lieu ptécis où ce changement s'opère. Des expériences très ingénieuses de Bichat ont prouvé que c'est au pacage même dès artères dans les veines pulmonaires et d'uïje manière subite que le sang devient rougè*.
On disputoit sur les effets immédiats de ce changement et sur la cause de la mort par asphyxie ; les expériences dé Godwin^ ont eu pour objet de.moritrer que le sang a besoin d^avoir respiré pour e^iciter les contractions du cœur. Des expériences analogues de M. Nysten ont fçdt voir que des différents gaîfc qtie l'on peut injecter dans le cœur ^ l'oxigène est celui qui en ^stimulé le plus puissamment les contractions: l'hydrogène sulfuré^ après les avoir excitées d'abocd mécaniquement ^ les anéantit bientôt. Mais cet effet de la respiration sur le cœiir n'est qu'un (;as particUliier d'une loi générale. Des expériences nombreuses ^ dont la plujpart sont encore de Bichat, ont appris que c'est la respiration qui donne essentiellement âli sanjg le pouvoir d'entretenir par-tout la force musculaire , et par consé*
* Annales de Chimie, t. IX, p. 261.
* Voyez TAnatomie générale de Bichat; Paris /an io-i8oi , 4 yoï, à^S<*.; et son ingénieux Traita de la vie et de la mort; Buis, an 8^ I Toi. iit-8».
^ La Connexion d^ la TÎe a^ec la respiration , en anglois, tràduiè par M. Halle; Londres, 1789.
BUFFON. GOMPLÉM; T. I. l5
226 SCIENCES JHYSIQUES.
quent Ténergie des mouvements volontaires , et de tout le jeu intérieur de la circulation et des sécrétions : mais Bicbat pense que c'est par Fintermède du cerveau et du système nerveux que le saqg exerce ce pouvoir sur la fibre.
La qualité délétère des gaz difiPérents de Foxigène ou de Fair commua a été en quelque sorte mesurée et comparée par des expériences faites à Fécole de médecine de Paris, et auxquelles MM. Chaussier, Th^nard, et Dupuytren ont principalement contribué. Le gaz hydrogène sulfuré est le plus pernicieux de tous , soit quant à 1 étendue du mal , soit quant à sa promptitude, soit quant à la difficulté d'y remédier ; Fhydrogène carboné vient après 5 ensuite Facide carbonique : ils agissent tous les trois comme vrais poisons , et non pas seujement parcequ'ils ne contiennent point d'oxigène libre. L'azote et l'hydrogène pur , au contraire , n'ont qji un efifet négatif, ils se bornent à de point fournir au sang le principe que l'oxigène seul peut lui donner.
Ces premiers gaz ont aussi un efifet funeste quand %a les introduit dans le corps par Fabsorption cutanée , les plaies ou \m premières voies ; M. Chaussier s'en est assuré par des expériences très bien faites. Les expériences de M. Nyàten sur le cœur, dont nous venons dé parler, rentrent dans la règle générale établie par celles-ci.
PHYSlOLOGIï:* 227
Le concours des nerfs qui se distrilment 4ans le poumon et qui animent son tissu , et particulièrement ses artèares , est nécessaire pour que Fair exerce toute son action sur le sang au travers des tuniques de ces vaisseaux. M. Dupuytren la prouvé en coiipant les nerfs de la huitième paire dans des chevaux et dans de^ chiens : le diaphragme et lés côte^ avoient beau coiitinuer leur jeu, le sang restoit iioir.
La chaleur animale, Fun des plus importants résultats de la respiration , est à-peu-près constante pour chaque espèce et m^e pour chaque classe, et se maintient malgré le froid extérieur, comme il étoit naturel de l'attendre, puisque sa source est constamment active ; mais un phénomène plus singulier c est qu'elle se maintient pendant quelque temps même daps un milieu beaucoup plus chaud, comme si la ne^^ation de^renoit alors subitement eapa^e de produire du froid. Cette conclusion , qui sembMt résulter des expériences de Fordice, de CraM^fbrd , etc. , a été soumise à un nouvel exameû par deux jeunes médecins , MM. Delarbdbe et Berger ' . i\% ont rendu très waisemblable que l'augmientatton de transpiration et d evaporation ^ jointe à la qualité •peu conductrice du corps vivant pour la chaleur, est ce qui le met en état de résister ainsi
' Bzpënenoes sar les effets i|a*une forte cliàleiir produit dani Vé^ conomie animale; Paris, 1S06, in-4*. * -
pendant quelque temps aux causes extérieures d'échaufifement.
Au reste il ne faut pas voir seulement dans la transpiration une évaporation d'humidité; elle est aussi , à d autres égards , une fonction analogue à la respiration , et qui enlève le carbone du corps en le combinant à Foxigène de latmosphère. Ainsi la peau tout entière respire jusqu'à un certain point et rentre par conséquent sous la loi générale de toutes les parties vivantes où l'ai r peut parvenir; loi que nous avons exposée ci-dessus d'après Spaltanzaiii.
M; Cruikshank ' l'avoit annoncé dès t'J'jg.
MM. Lavoisier et Seguin Font montré plus rigoureusement par des expériences pénibles et ingénieuses : chacun sait comment uU'i^rime à jamais déplorable les a interrompues. , * •
La digestion , ou cette première préparation des alimén^ pour les rendre propres à fourrfr du chyle ^ ïi'avoit guère commencé à être bien étudiée que par Réàumur. Sjpallan^ani a développé lés expériences de cet ittgénitux physicien , et £i donné au suc gastrique beaucoup de célébrité'. Toutes les
* Expériences sar la transpiration insensible, ponr montrer son affinité avec la respiration , en anglois; Londres, 1 779-1 795.
' Expériences snrJa digestion ^ traduit' par Sennebier^ Geftète,
substances alimentaires se dissolvent dans ce singulier liquide ; et les divers appareils de trituration que Ion remarqiie dans les estomacs de plusieurs animaux ne lui servent que d'auxiliaire, en sup^ pléant à une mastication imparfeite. Les alipents , ainsi réduits en une bouillie homogène, passent dans llntestin où la bile pa^oit opérer une précipitation de la matière excrémentielle et en séparer le chyle propre à être absorbé. Outre cet emploi de la bile, M. Fourcroy a montré quêtant ' formée d une grande partie des principes^ combustibles du sang, elle donne lieu de considérer, sous ce rapport , le foie comme un vériftble auxiliaire du poumon.
La rate est de tous les viscères abdominaux cehii dont les fonctions paroissent les plus obscures , et donnent encore lieu à plus de recherches et de suppositions. Ou ne lui a vu long-temps d'autre emploi que de fournir au foie le sang qu elle reçoit , et qu elle prépare pour augmenter la matière d qù doit sortir ia bile. M. Moreschi, de Pavie *, dans un ouvrage ' plein d'observations exactes d'anatomie comparée , a cherché à montrer que la rate a des rapports plus immédiats avec les fonctions de Festomac ; que son volume est proportionné à la force digestive de plusieurs animaux ; et que c'est proba-
* Del vero eprimario uso delld* milza ; Milan, i8o3.
23o SCIENCES PHYSIQUES.
blemen t parceque la compression de la rate , quand Festomac est plein , fait refluer ver^ ce dernier viscère unq partie du sang destiné au premier, et augmente ainsi la sécrétion du fluide gastrique.
L'estimation mathéix^àtit|ue des forces qui produisent la circulation a beaucoup occupé autrefois les physiologistes. On à reconnu que c'est un pro*blême insoluble dans 1 état actud des sciences : c^ pendant on peut rechercher quels agents y ont part. Les fibres musculaires du cœur sont sans contredit le principal ; mais sont-elles aidées par celles des artères? On la contesté: mais une fQule de phénomènes le rAident vraisemblable, dan^ les animaux voisins de l'homme ; et cependant on en voit aussi où des artères entièrement inflexiblés exigent que l'acdon du cœur s'étende immédia* t^I^ent jusqu'aux plus petits rameaux du système circulatoire.
La nutrition proprement dite , ou le dépôt que le sang fait des molécules nouvelles pour accroître les solides ou pour les entretenir, a aussi été l'objet de grandes recherches. *
M. Scarpa* s'est ofccupé de celle des os, sur laquelle on avoit diverstes opinions depuis Malpighi , Gagliardi , et Duhamel. Il a montré qu'on se faisoit des idées fausses de leur tissu , en se le représentât
* De penitioriùssium structura commentariut ; îj&:ps* y 1799, in-*4'*>
comme composé de lames et de fibres régulières; mais qu'il est toujours cellulaire , et que, ses parties les plus «évidemment fibreuses sont toujours for* mées de fibres ramifiées et réticulaires : c'est en se déposant dans les cellules des cartilages que le phosphate de chaux donne ces apparences au tissli osseux.
L'accroissement des dents«ne se fait pas de la même manière que celui des os. John Hunter* a fait voir que leur substance extérieure esl excrétée par couches de la surface de leur noyau pulpeux, sans conserver de connexion organique avec hii , et qu'en même temps leur émail est déposé sur elles en fibres perpendiculaires par là capsule membraneuse qui les revêt. Une troisième substimce qui enveloppe Témail dans certains animaux est égale* ment déposée après Témàil et par la même membrane. Ce dernier point a été bien développé par M. Blake \
M. Cuvier^ paroit avoir mis hors de doute tous ces phéngménes , en les vérifiant sur les énormes dents de leléphant , où il est très «isé de les suivre. Aussi les dents peuveat-relles être entamées , usées,
' Histoire naturelle des dents , en anglbis ; i vol. in-4".
' Essai sur la stnictare et la formation des depts dans fhomme et divers animaux, en angloisf par Kobert Blalce ; Dublin, 1801 , i vol. in-8".
^ Annales du Muséum d^istoire naturelle , t. VIU, p. 93«
a33 SGIKI^CES PHYSIQUES.
sans éprouver les mêmes accideijits que les os ; il f^ut même que celles des animaux herbivores le soient. M. Tenon ' , dans un grand . et beau trag^il 3iur ce ^ujet, a montré jusqua quel point va cette détritioiv, et comment * à mesure qu elle emporte la cou- ;
ronne de la dent , celle - ci s-alonge de nouveau du côté de sa racine; jusqu a ce que , ce supplément venant à finir, elle s'use et tombe définitivement. 11 a fixé stvec une précision toute nouvelle les époques de l'éruption, de la chute, et du remplacement de chaque dent dans plusieurs animaux y et fait conr noitre une multitude de. changements singuliers que letat variable des dents amène successivement dans lorganisatipn^es mâchoires.
Les dents se trouvent reportées par-là dans la grai^de classe des substances qui recouvrent les parties, extérieures , etHjuî croissent toutes par addir tion de couches nouvelles sous les précédentes ; les poils, les cheveux, les ongles, les cornés, les becs, les écailles , les têts , les coquilles , les corps durs qui arment Fiatérieur de certains estomacs, «sont dans ce cas, et ^ont ^ous imensibles, et susceptibles d'être mutilés sans douleur et sans danger ; c'est le noyau intérieur qui s'enflamme et devient douloureux dans la dent , et non la dent elle - même. Les substances pierreuses des coraux croissent aussi par
' Mi^piplres (le riostitut, Stftences mathëmatiqa^s et physiques, t. T.
couches, mais dont les dernière enveloppent les précédentes , comme dans les arbres.
Les organes extérieurs des sensations sont , de , tout le corps vivant ceux qui se prêtent à tm plus grandnombr^applications^essciencesphysiques.
Tout ce qlli se passe dans Fœil, par exemple, jusqu au moment où l'image visuelle se peint sur la rétine, se réduit à des opérations d'optique, que l'on a comparées avec raison à celles de la chambre pbscure ; mais l'œil a deux propriétés essèntiellfs qui manquent à cetinstrument j celle de rétrécir ou d'élargir son entrée , qui est la pupille , selon l'abondance ou la rareté de la lumière , et celle de rapprocher ou d'éloigner son foyer suivant la distance de l'objet^ju'il ^aut voir. Cette dernière faculté 3ur-tout est très étendue (Jans certaines espèces , et partieuh^rement dans les oiseaux , obligés de voir également bien leur proie du haut de$ nues , pour diriger leur vol sur elle , et t<iut près de terre , pour la saisir.
JLes moyens que la nature emploie pour arriver à ce double but dans les diverses classes ont fait l'objet de longues recherches pour MM. Olbers, Porterfield , Hunter, Home,' et Young ' .
Op peut imaginer' pourxekl, ou que la cornée
' Voyez sur-tout le Mémoire sur Toeil par M. Young , dans les Transaciions p&ilosophiques de 1801.
change de convexité , eu que c est le cristallin , 6u que Taxe de Fœil changée sa longueur, et par consé- • quent la distance de sa rétine , ou enfin que le cristallin change 6a position. Lequel de ces moyens est le vrai? Le premier et le troisième seuls peuvent être les objets d'une mesure immédState. M. Yoùng a montré d une manière ingénieuse qu'ils ne contribuent point sensiblement à Fefiet qu'on désire
exjpUquer ; il a donc recours au deuxième , c'e^t-àdîre à la variation du cristallin : mais l'anationiie nous parott y répugner ; le cristallin est souvent dur comme de la pierrç. Peut-être le quatrième moyen 6iMl le principal ; et il n'est pas nécessaire de supposer de vrais muscler qtii agissent sur le cristallin : on peut penser aussi qu'il est ûiu par un changemant analogue à l'érection qui aUi;pit lieu , soit dans les procljs^iliaires , soit dans une membrane particulière aux oiseaux, qui se nomme le peigne; elle part du fond de l'œil , et s^ttachedans le tissu vitré, non loin du cristallin. Les oiseaux auroient donc le moyen le plus puissant de changer leur foyer, aiçsi que leur genre de vie l'exige.
Comme plusieurs paires de nerfs se distribuent à la langue , on n'étoit pas entièrement certain de celle qui reçoit la lens^tion du ^^t , quoique la facilité de suivre les filets de la cinquième jusqu'aux papilles de cet organe semblât prouvé? belucoup
en sa faveur. Le galvanisme a démontré à M. Du* puytren ce que lanatomie annonçoit, La langue n est entrée en convulsion que p«r l'excitation de la neuvième paire; la cinquième ^ne la mouvant point, doit donc être Torgane de la sensibilité. En effet, quand cette paire se paralyse , la langue ne savoure plus ri«n. *
Nous avons déjà annoncé que les recherches de^ Scarpa et ^e Comparetti ont placé dans la pulpe du labyrinthe membraneux le véritable siège de l'ouïe. On explique par-là l'effet de l'ébranlemeût du crâne par les corps sonores , qui fait entendre les personnes dont la surdité ne vient que de Tobstructioti du canal extérieur de l'oreille. C'est seulement de cette manière qu'entendent les poissons, attendu qu'ils n'ont point de canal externe.
Tout le monde sait que la production d'une perception , ou cette action des corps extérieurs sur le moi , d'où résulte une sensation , u»e image, est un problème à jamais incompréhensible, et qu'il existe
en ce point, entre les sciences physiques et les sciences morales , un intervalle que tous les efforts dé notre esprit ne pourront jamais combler. ,
Les sofenees morales commencent au-delà de cette limite : elles montrent comment de ces sensa* tions répétées naissent les ic^s partiouUères ; de la comparaison de celles-ci, les idées générales; des
ccmibitiaisons d'idées, les jugements; et de ceux-ci, les raisonnements et la volonté.
Mais les scienicûs physiques , de leur côté, ne S'arrêtent pas à beaucoup près à Timpressioa reçue par le sens extérieur; ce nest pas celle-là que perçoit le moi; il faut quelle se transmette plus loin, quelle arrive jusqu'au cerveau; et comme les jugements ^ne s'opèrenfr que sur les idées reproduites par la mémoire , il Êiut que cette action , une ibis reçue dans le cei*veau , y laisse des traces plus ou moins durables. Le cerveau eh donc à-la-fois le dernier terme de l'impression sensible et le réceptacle de^ images que la mémoire et imagination soumettent à l'esprit. Il est, sous ce rapport, l'instrument matériel de Famé ; et le pliis ou moins de facilité qu'il a de recevoir les impressions, de les reproduire promptement, vivement , régulièrement, et abon- . damment,»et d'obéir en cela aux ordres de la volonté , influe de la manière la pliis puissante sur l'état moral de chaque être.
On conçoit donc d'abord que l'état du cerveau, en sa qualité d'organe lié à toute l'éconojnie, dépend jusqu'à un certain point de l'état de tous les autres organes : c'est là l'origine de l'influence du physique sur le moral , dont M. Cabanis a tracé un tableau brillant efanimé'.
' Rapport du physique et du moral de l'homme, par M. Cabanis ; Paris, 3 vol. in-S**. La deuxième édition est de i8o5.
On conçoit encore qu'un dérangement partiel ou total de Forganisation du cerverfu peut altérer ou suspendre en tout ou en partie Tordre des images , et , par conséquent , celui des idées et des opérations intellectuelles ; ce qui explique tous les genres d'aliénation mentale.
Il n est pas moins clair que des cerveaux sains d ailleurs peuvent différer entre eux par une organisation plus ou. moins heureuse, et, présentante lesprit des images plus ou moins vives, plus ou moins abondantes , et plus ou nK>ins bien ordonnées , occasioner des différences , infinies dans la portée de l'intelligence et dans les ressorts de la vo»lonté , et les faire descendre jusqu'à* un degré voisin de l'imbécillité absolue. L'expérience et la comparaison des diffiérents individus et des différentes espèces d'animaux montrent qu'à cet égard le volume, et spécialement celui de la partie supérieure nommée hémisphères , est la circonstance favorable la plus aiy^arente. ^
Enfin , comme Texpérience fait voir aussi qu'en beaucoup d'occasions. l'on ^eut avoir une"^ perception par un mouvement immédiat du c>erveau , et sans que le sens extérieur ait été frappé, on peut se représenter qu'il existe constamment dans certains êtres dé ces perceptions internes qui les déterminent à cet ordre d'actioij^que Uon appelle instincts, telles que sont les diverses industries , souvent très
compliquées , qu'exercent dès leur naissance , sans les avoir apprises de leurs parents ni de lexpérience, et d'une manière toujo«rs constante, des espèces d animaux d ailleurs très stupides et placées fort bas dans réchellCi
Quant à ce que l'on a voulu appeler instincts automatiques y ce sont certains^mou vements voloutaîres qui dérivent de jugements devenus tellement prompts par l'habitude et par l'association plus constante des idées qui en résulte, que nous ne nous apercevons pas de les avoir foits. Qui peut nier que rhorame«qui lit, celui qui touche de l'orgue, celui qui fait' des armes, ne se souviennent, ne voient , ne jugent , et ne raisonnent , à chaque contraction de muscle ? Saris doute , c'est là sur-tout que se montre la rapidité de la pensée? Il n'y a donc point de comparaison , à faire de cej actes prétendus automatiques avec les mouvements intérieurs involontaires, etceux-ci restent expliqués par les forces vitales ordinaires et irrationnelles, coqyne'tious l'avons vu à l'article de la Physiologie générale. ' I^es pertes et les suspensions partielles ou totales de mémoire, les folies fixes qui ne portent qufe sur un.seul objet, et les Visions ou. folies fixes mdtnentanées, les songes et le somnambulisn»^ n offrent aucune difficulté importante d'après ces idées sur Fiilflùence du cerveau , id^^que leç découvertes de
ces derniers temps ont seules pu rendre claires, quoique leur principaux germes se soient déjà présentés à plusieurs bons*esprits, et se trouvent sur^ tout assez nettement indiqués dans les obyrages de Bonnet et de Hartley.
M. Gall " a soutenu récemment que les traces des diyerses impressions se répartissent en différents lieux du cerveau, selon leurs espèces, et que le volume particulier de chacun de ces lieux annonce le degré des dispositions particulières , de la même façon que le volume général des hémisphères annonce la portée générale de Tintelligence; on sait même qull croit ces dififérences assez sensibles pour être aperçues dans l'homme vivant par le moyen des formes du crâne. Mais quoique cette doctrine , réduite aux termes dans lesquels nous venons de l'exprimer 5 n'ait rien de contraire aux notions généralçs delà physiologie, on sent aisément quïl faudroit encore bien des milliers d'observations , aysjit qpe Ton. pût la ranger dans fei série des vérités généralement reconnues. • ^
La théorie générale de la formation des êtres organisés reste toujours, comme nous Tavons dit, le plus profond mystère des sciences naturelles : jusqu'à présent pbur nous la vie ne naît que de la vie ;
' Pfaygiilogie intellectuelle, par J. B. Derntfngeon ;^aris, i8o6,* I voJ» ip-8°. ♦
24o SCIENCES PHYSIQUES.
nous la voyons se transmettre, et jamais se produire j et quoique l'impossibilité d'une génération spontanée ne puisse pas se démontrer absolument , tous les efforts des physiologistes qui croient cette sorte de génération possible, ne sont point encore parvenus à en faire voir une sente. L'esprit, réduit à^boisir entre les diverses bypothèses du développement des germes, ou les qualités occultes mises en avant sous les titres de moule intérieur, d'instinct fbrmcUif, de vertu plastique, de polarité ou de diffé-renciation , ne trouve donc par^tout que nuages et qu'obscurité.
Le seul point qui sôit certain , c est que tiotls ne voyons autre chose qu'un développement, €t que ce n'est pas à l'instant où elles deviennent visibles polir nous c|ue* les parties se forment ; mais qu'oïl nous fait remonter à leur germe toutes les fois qu'on jpéiit aider nos sens par quelque instrument plur|tef feit: aussi , dans presque tous les systèmes de physiologie, commence-t-on jiar supposer l'être vivant tout formé an moins en germe ; et biep peu de physiologistes ont-ils été assez hardis pour vouloir déduire d'un même principe et sa formatioii primitive , et les phénomènes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence : l'admission tacite de cette existience est q|ême s^ nécessaire , que c'est sur la j[^aison réciproque des diverses parties que repose jusqu'à
présent pour nous Tunité de l'être vivant , du moins dans le régne végétal , où Ton ne peut admettre de principe sensitif.
Mais si la génération en elle-même est inaccessible à toutes nos recherches , les circonstances qui l'accompagnent la favorisent ou l'arrêtejit, et les divers organes qui entretiennent dans les premiers tetnps la vie de l'embryon et du foetus, sont susceptibles d'être observés avec plus ou moins d'exacti*^ tude , et ont donné lieu à des découvertes intéressantes dans la période dont nous faisons l'histoire. .
II y a , parmi ces organes propres au fœtus , une vésicule qui communique avec le bas-ventre au travers de l'ombilic par un petit canal , et qui ne se voit dans l'homme que pendant les premières se-^ maines de la gestation : elle porte, dans les animaux^ le nom de tunique érythroïde; dans l'homme, on Ta appelée t^ésicule ombilicale.
M; Blumenbach ' avoit reconnu son analogie avec la membrane qui contient le jaune dans les oiseaux. M. Oken d'Iéna * vient d'annoncer qu'elle n'est qu'un appendice du canal intestinal j placé de manière que,. quand elle s'en sépare. Il reste une
' Dans ses Institutions physiologiques et sod Manuel d'Anatomië comparée.
* Dans ses Matériaux pour la Zoologie, la Zootomie, et la I%ysio-' logîe comparée. 4
BUFFON. COMPLBM. T. t, l6
24^2 SCIEINGES PijLYSlQUES.
portion de son tube qui forme Tintestin cœcum : la liqueur qu'elle contient passeroit donc immédiatement dans les intestins pour nourrir lembryon. Divers anatomistes ont fait une observation assez semblable sur la manière dont le jaune de Fœuf • entre dans l'intestin par ]fi pédicule qui l'y i^nit; cependîmt M. Léveillé * nie que ce pédicule soit creux : la nutrition se feroit donc seulement par les vaisseaux qui vont du mésentère à la mei||J>rane du jaune , et dont les analogues se trpuyuit également sur la vésicule ombilicale. M. Chaussîer les a bien injectés dans l'homme ^
La respiration de loiseau dans l'opuf se fait par une membrane très riche en vaisseaux , qui ^pç^pr nent leur origine , comme ceux du placenta , danâ les mammifères. »
Aussi regarde-t-o^ aujourd'hui l'oxigénation du sang du fœtus comme une des fonctions princij^es du placenta^ laquelle s'exerce par la communication que cet organe étabUt entre le fpetus^t la mère : des observations de conception extra-utérines ont montré que cette communication peut s^établir ailleurs quç dans la matrice ; et des foetus àopt le placenta n avoit pu s'attacher qu'aux intestins ou au mésentère n'ont pas laissé de grosisir.
I Dissertation sur la nutkition du fœtus ; Paria, ao 7, in-8^. ^ Bulletin des Sciences , vendën». an fi.
Le& végétaux n'ofiroieiit pas tdïit d'ckbjets de rêdberches. Leurs fonctions particulières se réduisent aux sécrétions et à la génération , qui sont soumises aux mêmes difficultés générales que dans les animau^<
La fécondation de leurs graines; et leur germination pouvoient principalement prêter à dés décou^ vertes. El^ns les végétaux ordinaires, le mode de k^ fécondation est depuis kmg-^teâips démèntré; Tout le monde reconnoît que le pf^^en des étàmines en est Forgane., ainsi que la prouvé autrefois Vîaillarit, et comme la confirmé Kœlhreuter en produisant des mulets végétaux. Mais les plantes appelées cryptogames ont leurs fleurs et leurs graines si petites et si cachées, que Ion n est point encore du m^e avis sur leur compte. L'opinion domi^ nante aujourd'hui pour les 'mousses est celle de Hedwig % qui prend pour les organes mâles car^ tains filets creux presque imperceptibles., placés tfH:itèt autour du pédicule de lurne, tantôt dans des rosettes de feuilles séparées , et qui regarde Turne elle-même comme la capsule des graines.
M. de Beauvois^ au cwitraire croit que la poussière
* Fundamentum historiée naturalis muicorum frqndosorum ; Lipsis, 1782, in-4*'» ®* Theoria generationis et frucHficationis plantaruni cryptogamicarum ; Pétersboùrg, 1784, in-4*> et Leipsic, 1798.
' Prodrome d'^Ethéogamie ; Paris, i8o5, 3 cah. in-i2.
verte qui reiftplit lurne est le pollen mâle, et que la graii^ est dans une capsule plus intérieure, que les botanistes nomment columelle. Il y a des discussions analogues sur la fëcondation des algues et des champignons : cependant on croit assez généralement que la poussière qui tombe de ces derniers est leur graine. M. DecandoUe * a remarqué que ce qu'on appeloit graine dans les fucus n'iflat que leur capsule, et corftient la véritable graine^ beaucoup plus petite. Rf. Stackhousè l'a feit germer.
Les conditions et les phénomènes généraux de la germination ont été étudiés^ar MM. de Humbôldt , Huber*, et Sennebier. Il feiut aux graines, à peu d'exceptions près, de l'oxigène, pour quelles germent; et sa fonction paroît être, d'après M. Théodore de Saussure ; de leur enlever leur carbone surabondant. M: de Humbôldt, en parlicubet* , a remarqué que le gaz acide muriatique oxigéné accélère singuhèrement la germination , et que tous les oxides où l'oxigène adhère peu lui sont plus âti moins fevorables.
Un des points particuliers les plus embarrassants de l'économie des végétaux Mnsiste dans certains
' Mémoire présenté à l'Insrtitut;
* Mémoires sur l'inflaence de l'air et de diverses sûbstaiices gazeuses dans la germination des différentes graihes ; Gen'ète, iBoi, i Tolànde in.8\
mouvements, en apparence spontanés, qu'ils manifestent dans diverses circonstances, et qui ressemblent quelquefois si fort à ceux des animaux, qu'ils pourroient feire attribuer aux plantes une sorte de sentiment et de volonté , sur-tout par ceux qui veulent encore voir quelque chose de semblable dans les mouvements intérieurs des viscères animaux.
Ainsi les cimes des arbres cherchent toujours la direction verticale , à moins qu elles ne se courbent vers la lumière ; leurs racines tendent vers la bonne terre et rhumidité , et se détournent pour les trouver, sans qu aucune influence des causes extérieures puisse expliquer ces directions , si Ion n'admet pas une disposition interne pr^re à en être affectée , et différente de la simple inertie des corps bruts.
On sait depuis long-temps comment les feuilles de la sensitive se replient sur elles-mêmes quand on les touche. On sait aussi qu'une infinité de plantes fléchissent diversement leurs feuilles ou leurs pétales, selon l'intensité dé la lumière: c'est ce que Linna&us , dans son langage figuré , a nommé le sommeil des plantes, M. DecandoUe a fait sur ce sujet des expériences fort curieuses , qui lui ont montré dans les plantes une sorte d'habitude que la lumière artificielle ne parvient à surmonter qu'au bout d'un
certain temps. Ainsi, pendant les prettiiers jours , djBs plantes enfermées dans une cave , et éclairées continuellement par des lampes , ne laissoient pas de se fermer quand la nuit venoit , et de s'ouvrir le matin*.
Il y a d autres sortes d*faabitudes que les plantes peuvent prendre ou perdre. Les fleurs qui sç ferment à rhumidi té finissent par rester ouvertes quand rhumidité dure trop long-temps. M. Desfontaines ayant mené une sensitive dans une voiture , les cahots la firent d'abord se replier ; elle finit par s'étendre comme en plein repos : c'est qu'encore ici la lumière , l'humidité , etc. , n'agissent qu'en vertu d'une disposition .intérieure paptieiihère qui peut se perdre , s'altérer par l'exercice même de cette action , et que la force vitale des plantes est sujette à des fatigues , à des épuisements , comme celle des animaux/
Uhedysarum gyrans est une plante bien singuhère par les mouvemenls qu'elle donne jour et nuit à ses feuilles , sans avoir besoin d'aucune provocation. S'il y a dans le régne végétal quelque phénomène prepl?e à fs^ire iMusion et à rappeler l'idée des mouvements volontaiires des animaux, c'est bien celui-là. MM. Broussonet , Silvestre , Gels , et Halle,
' Mémoires de» savants étrangers préseût^s à l'Institut , tome î j page 329*
Font décrit en détail j et ont montré que son activité ne dépend que du bon état dfe la plante.
C'est en général dans les organes de la fructification qtie les plantes montrent le plus de ces mouve- HH^nts extérieurs, MM. Desfontaines et Desccmets y ont donné beaucoup d'attentîpn. Les étamines de plusieurs fleurs , ei^e autres celles des épinevinettes, paroi^ent avoir de$ inflexions spontanées, ou en prendre quand on les touche , même légèrement; mais il faut bien- cfetinguer ces mouvements de ceux qui ne dépendent que d un ressort niis en Jiherté, comme sont ceux des ca]î)sules de la balsamine et. des étamines des orties et des pariétaires. JSous ne. parlerons pas ici des oscillatoires, parceque leur nature est en(;ore douteuse. Adansen en a bien- fait des plantes; mais M. Vaucher les considère ^oomme des animaux.
' Cependant ce seroit aller trop loin que de regarder même les mouvements de la sensitive* comme tout-à-fait comparables à ceux que ^irritabilité pixn duit dans les animaux; non seulement il n est point démontré qu'ils tiennent à une cause parfaitement identique., mais il lest même qu'ils nfe sexerôent pas dans des organes semblables. En effet, tout mouvement musculaire est une contraction ; et M. Link a fait voir que lés flexions diverses que prennent les parties des plantes dépendent autant
248 SCIENCES P.H7SIQUES.
des fibres qui s alongent que de celles qui se raccourcissent lors de la flexion , et qu en coupant celles-ci , le mouvement ne laisse pas d avoir lieu .
Ces contractions végétales n en sont pas moiils encore un des faits généraux et non expliqués que l'on p^ut admettre parmi ce qu'on appelle les forces vitales ; et comme la contraction musculaire entre poi^r beaucoup dans les mouvements intérieurs qui entretiennent la vie des animaux ^ il est très probable, ainsi que nous l'avons dit, que cette autre sorte de contraction observée dans quelques parties extérieures des plantes s exerce aussi à l'intérieur, et contribue au mouvement de la sève et à l'entretien de la vie végétale. Comme enfin , dans les anin^aux , le bon état des fonctions influe à son tour sur la force qui les entretient, de même, dans les végétaux, la chaleur, k nourriture, augmentent DU diminuent ces contractions apparentes aussi l^ien que celles qui le sont mpins. En un mot , la vie végétale, comnie la yie animale^ est un cercle contimjuel d'action et de réaction; tout y. est à-la-fois actif et passif, et la moindre partie jouit d'une portion d'ijifluence sur la marche générale de Veur semble.
HISTOIRE NATURELLE PARTICULIÈRE. 2^g
Histoire naturelle parliculière des corps vivants.
Une fois que Fou s'est fait ainsi des idées nettes sur les forces attachées à chaque ordre d'éléments organiques , et sur les fonctions propres à chaque organe, on peut en quelque façon calculer la nature de chaque espèce detre organisé, d'après le nombre de$ organes qui entrent dans sa composition , d'après l'étendue , la figure , la connexion , et la direction de chacun d'eux et de ses diverses parties.
Cette étud^ de l'orgaïusatiôn d'un être vivant , et des conséquences particulières qui en résultent dans son g^nre de vie , dans les phénomènes quISi nianifeste, et dans ses rapports avec le reste de la nature, est ce que l'on nomme l'histoire natureUe de cet être.
Toute recherche de ce genre suppose que l'on a les moyens de distinguer nettement de tout autre l'être dont on s'occupe. Cette distinction est la première base de toute l'histoire naturelle : les vues les plus nouvelles , les phénomènes les plus curieux , perdent tout intérêt, quand ils sont destitués de cet appui ; et c'est pour avoir négl^é ce genre de pré-caution que les ouvrages des anciens naturalistes conservent -aujourd'hui si peu d'utilité. Ainsi les
35o SCIENCES PHYSIQUES.
savants qui s occupent de cette partie de l'histoire naturelle à laquelle on a donné le nom de nomenclature méritent toute sorte de reconnoissance. Leur travail exige non seulement une patience et une sagacité peu communes , quand il s'agit de décrire les objets et d'en saisir les caractères distinctifs ; il leur faut encore une érudition vaste et une critique profonde, pour démêler dans les écrits qui lés ont précédés ce qni appartient aux espèces diverses, pour ne point confondre celles^, ou ne point les séparer mal-à-propos ; et , s'ils ne feîsoient un emploi ingénieux de mille moyens délicats, ils augmenteroient l'obscurité que leur art a pour but de dissiper.
Linmeus a porté dans cette branche de la science un véritable génie , et lui a dontié une impulsion extraordinaire; il est, le premier qui ait étendu la nomenclature méthodique à tout l'ensemble des êtres naturels j tous ceux qu'il conncissoit bien ont été nommés, caractérisés, et classés par lui de la maniéré la plus précise et la plus claire; il a déduit de la nature de la chose les régies qui doivent diriger dans ce genre de travail ; et chacuil de ceux qui s en occupent se considère comme l'un des continuateurs de l'imm^se édifice àixtxt Linnaeus avoît posé les bases.
Nous voulons parler de ce grand catalogue des
êtres existants , auquel on a donné le nom de Systema naturœ. Tous les naturalistes s'empressent dé le compléter ; tous les gouvernements éclairés se sont fait un devoir de leur en procurer les moyens.
Des jardins , des ménageries , ont été établis ; des collections ont été rassemblées dans toutes les grandes capitales; de grands voyages ont été ordonnés, et c est Un dés caractères de notre âge que ces expéditions lointaines et périlleuses , entreprises uniquement pour éclairer les hoinmes et enrichir les sciences.
Pour ne parler que des entreprises et des établissements des Francjois, nous rappellerons que le Muiséum d'histoire naturelle a plus que doublé dans toutes ses parties, depuis l'époque où commence cet aperçu historique sur les sciences , et qu'il surpasse aujourd'hui tous les établissements du même genre par l'ensemble des objets qu'il réunit, autant que par les fiicilités «qu'il oflfre pour l'étude.
La belle réunion des plantes r^^res formée à la Malmaison par l'impératrice Joséphine a déjà procuré à notre pays d'importantes richesses en ce genre, que la munificence de cette auguste princesse s'est empressée de répandre dans les établissements publics et particulierg.
Les jardins et les cabinets des écoles centrales commençoient à être fort utiles pour faire connoître
les productions naturelles des différents départements de la France. U faut espérer que les ordres du Gouvernement pour les réunir et les .soigner dans les lycées auront été exécutés.
Quatre grandes expéditions lointaines ont été entreprises par des François dans cette même époque. Chacun connoît le malheureux sort de celle de La Pérouse ' . Les discordes qui ont mis fin à celle de d'Ëntrecasteaux n ont pas empêché MM. de La Billardière % Lahaye, Biche , d'en rapporter beaucoup de plantes et d animauj^ nouveaux. La premièi'e de Baudin, quoique bornée aux Antilles, n a pas laissé dje prpcurer aussi des plantes nouvelles : mais la seconde , ordonnée par le gouvernement consulaire , et qui s est portée vers la Nouvelle-Hollande et l'Archipel indien , a été la plus fructueuse qu^aucune nation ait jamais exécutée^ ; grâces au zélé infatigable de MM. Pérou , Leschenault de La Tour, et Lesueur, les animaux et les végétanx inconnus en ont été rapportés . par milliers ; et nous pouvons assurer que nous sommes en état de faire connoître les productions de ces parages beaucoup plus com-
' Voyage de La Pcrouse autour du monde , rédigé par Milet-Mareau ; Paris, 1 797, 2 vol. iii-4°9 avec un atlas in-folio.
' Relation du Voyage à la recherche de La Përouse ; Paris, an 8 , 2 Tol. in-4**, et un. atlas grand Dft-folio.
^ Voyage de découvertes aux terres australes; Paris, 1807, in-4% premier vol. avec un atlas.
plétément que les nations européennes qui les habitent depuis tant d'années.
Les naturalistes qui ont suivi l'armée Françoise en Egypte ne laisseront rien à desii'er sur Thisfoire naturelle de cette contrée fameuse : M. Geoffroy en décrit les poissons et les quadrupèdes ; M. Savigny, les biseaux et les insectes ; M. Delile , les^ plantes. Quelques uns de ces objets , présentés au public dans des mémoires isolés , tels que le poisson polyptère, décrit par M. Geoffroy', le palmier doum, par M. Delile *, donnent la plus vive impatience de jouir de la totalité , et de voir bientôt les planches magnifiques dessinées sur les lieux par les plus habiles artistes.
M. Obvier a rapporté beaucoup de choses nouvelles de son voyage au Levant^; M. Bosc, de celui d'Amérique ; M. de Beauvois , des deux qu'il a entrepris en Guinée et à Saint-Domingue. M. Desfontaines avoit fait antérieurement un voyage très fructueux en Barbarie et sur l'Atlas; M. Poiret avoit aussi été en Barbarie ; M. de La Billardière , en Syrie et sur le Liban ^; M. Richard, à Cayennë; M. du Petit-Thouars', à l'île de bourbon ; MM. Poiteau
^ Ballet des Sciences, genninal an lo.
' i&t^. pluviôse an lo.
^ Voyage dané remiiire Ottoman, l*Égypte, et la Perse; Pans, 1 801-1807, 3 Tol. in>4° avec un atlas.
^ Syriœ Plantœ rariores, dec. i et a^^^Pws^ '790» iii-4*.
et Turpin , à Saint-Domingue. Les correspondants du Muséum, à Charles-Town , à Cayenne, à 111e de France , lui ont lait de riches envois : on doit citer avec.éloge dans te nombre, MM. Michaux , Macé, et Martin.
Tous ces voyages, ajoutés à ceux de Sonnerat, de Gommerson, de Dombey, et d autres, mettent certainement les François au premier rang de ceux qui ont enrichi les collections européennes.
Cependant, quoique nous ne connoissions pas tous les voyages des étrangers , nous en savons assez pour dire qu'ils ont rivalisé de zèle avec nous. Seulement , dans la période dont nous rendons compte , la Cochinchine a été visitée par Loureiro * , le Brésil par VeUozo, tous deux Portugais; le Pérou et le Chili par Ruiz et Pavon * , la Terre -Ferme par Mutis, le Mexique par de Sessé et Mocino, tous cinq Espagnols ; l'Inde par Roxhurgh ^ , le Cap par Masson, la Nouvelle-Hollande par un grand nombre dautres Anglois. M. Smith devoit en décrire les plantes^ , et M* Shaw les animaux ^
, ' l'iora Cochinckinensis ; Lisbonuç, ^790» » vol. ii}-4'* » Berlin, 1793, 2 vol. in-8".
' Floia Peruvianaet Chilen9is;^Sidnà^ 1799, 3 vol. m^f^l.
* Plants of the coast of Coromandel ; Londres, 1796 , in-fol. •
♦ ASpecîmen of botany of New^Hùltand ; %Mnàres ^ I793> ' vol.
in.4«.
^ Zoology of New^ffoUat^d ; Lobdret, 1794 9 ûi-4*-
Le voyage dé MM. de Hum^oldt et Bonpland dans les diverses parties de rAnaérique espafjnole , en mên^ temps qu'il est le seul de cette importance dû au généreux dévouement d'un particulier^ s'annonce comme l'un des plus instructil^ que l'on ait jamais faits.pour toutes les branches des sciences physiques.
Botanique.
Il y a cependant, parmi ces^ voyageurs , plus de botanistes que de zoologistes. Le plus grand nombre ont publié ou publient en ce moment les Flores des pays qu'ils ont parcourus.
Celles du mont Atlas par M- Desfontaines ' , de la Nouvelle -Hollande par M. de La Billardière^ , d'OXvare et de Bénin par M. de Beauvois^, des îles de France et d^ Bourbon par M. du Petit-Thouars^, font honneur è la Fraoace et enrichissent la bota-r nique. M. Pallas a continué celle du vaste empire de Russie, sous les auspices de son gouvernement^; l'Espagne a publié avec magnificence celle du Pé-
' Flora AHantiea; Paris, an 6^ 2 vol. m-4°.
' Novœ Bollandiœ plant, specim.; Paris, i8o4-i8o8, 2 vol. m-4°'
^ Flore d*Oware et de Bénin en Afrique; Paris, i8o4, in-fol non terminé.
^ Histoire des végétaux recueillis dans les îles australes d'Afrique ;' Paris , 1 8o6 , 10-4° non terminé. '
* Flora Rossica; Pétersbourg, 1784 et seq., in-fol.
'Jt56 SCIENCES PHYSIQUES.
rou et du Chili ; Michaux a laissé celle des États- Unis , et un ouvrage particulier sur es nombreuses espèces de chênes de ce pays-là ' .
Parmi les Flores européennes on doit remarquer, pour la beauté des figures , celle du Danemarck , commencée par Œder * , et que le gouvernement danois prend soin de faire continuer, ainsi que la zoologie ^du même pays ; celle d'Autriche , entreprise et terminée par M. Jacquin^-', et celle que MM. Kitaibel et W«ldstein ont commencée pour la Hongrie^. Bulliard en avoit aussi entrepris une en figures pour la France ^ Nous en avons du moins une excellente quoique dépourvue de cet ornement : c'est celle dé M. de Lamarck dont M. DecandoUe vient de soigner une nouvelle édition , et pour le perfectionnement de laquelle le gouverrnement a envoyé ce savant botaniste dans les diverses parties de l'empire^. Parmi les Flores de nos provinces celle du Dauphiné , par M. Villars ,
' Flora Boreali'Mmericana^ Paris, l8o3, à vol. in-S*. Histoire des chênes de rAmërique ; Paris , 1801 , 1 yol. in-fol.
' Flora Danica; Hafn., 1764 et seq., in-fol. non terminé.
' Flora Austriaca; Vienne, 1773- 1778, et Miscellanea Austriaca,
^ Plantœ rariores Hungariœ,
^ Herbier de la France; Paris, 1784 et seq., 4 '^^^' in-folio non terminé.
^ Flore Françoist, première édition en trois vol. 1778 ; deuxième édition en 5 toI., i 8o5.
tient un des premiers rangs *. Il y a une très bonne Flore d'Angleterre, par M. Smith ^, et la plupart des états de l'Europe ont aussi les leurs. M. Swàrtz en a donné une des Indes occidentales ^.
Pendant que l'on parcourt ainsi avec beaucoup de peine des pays voisins ou éloignés , les botanistes sédentaires travaillent à faire connoître les plantes des jgrdins et celles ^es herbiers. Lès uns s'attachent a certaines collections particulières ; et , dans ce genre, la France peut citer avec orgueil la description dtt jardin de la Malmaison ^, où les talents du botaniste, M. Ventenat, et ceux de Fartiâte, M. Redouté, ont rivalisé pour ériger un digne monument de la munificence de l'impératrice Joséphine , et de la protection écledrée qu'elle accorde aux sciencest utiles. Le jardin de Gels, par M. Ventenat^, est aussi un produit très honorable d une entreprise privée.
En Autriche M. Jacquin continue depuis long-
' Histoire des plantes du Dauphiné; Grenoble, 1780, 4 volumes in-8°.
' Flora Britannica y par Smith; Londres, 1806, 3 vol. in-8*; et Arrangement of BritishpldniSf pal" Whitering, 4 vol. in-8". , • Flora Indice occid. ; Erlang, 1787, 3 vol. in-8".
* Jardin de la Malmaison ; 1 8o3 et seq., in-fol.
.^ Description des plantes nouvellei et peu connues cultivée^ dans le jardin de M. Gels; Paris, ain 8 ( 1802 ), in-f6lio ; et Ghoix de plantes! dont la plupart sont tirées du jardin de Gels, i8o3.
BOPFON. COMPLBM. T. I. I7
temps de décrire les plantes du jardin de lempereur * ; M. Willdenow a commencé la description de celui de Berlin * ; celui du roi d'Angleterre à Rew ^ a été publié par M. Aiton , et celui d'Hanovre pai^ M. Schrader^.
Parmi ceux qui se sont bornés à donner des espèces de suppléments au système en décrivant des plantes nouvelles de quelque part quelles leur vinssent , nous citerons M. Vahl , dans ses Ecloyœ americanœ ^ et dans ses Symbolœ ^ ; M. Cavanilles , dans ses plantes rares d'Espagne ^ ; M. Smith , dans ses Icônes^. Les Stirpes et le Sertum anglicum de l'Héritier^ méritent aussi d'être cités honorablement dans ce nombre.
D'autres botanistes prennent pour sujets d'étude certednes familles de végétaux. Les Liliacées de
* Hortus Vindohonensis ; Vienne, 1770-1776, in -fol. ; et Hov^us Schœnbrunnensisy ibid. 1797 et seq.
* • Hortus Berolinensis ; Berlin.
' Hortus ^ewensis; Londres, 1789, 3 vol. in-S".
* Sertum Hanoveranum ; Gott., 1795-1796!, in-fol. 5 Hafia., 1796, in-fol.
^ Symbolœ 6otemW ; Hafn., 1790, in-fol.
7 Icônes et descriptiones plantarum quœ autsponte in Hispania crescunt, aut in hortis hospitantur; Madrid, 1791-^801 , 6 vol. in-fpk ^
" Icônes pictœ plant, rar.; 1790-1793; et Plant, icônes hactenus ineditœ; Londres, 1789-1791 , ip-fol.
9 Stirpes novœ; Paris, 1780-1786; et Sertum Anglicum , 1788,
ÎB-fbl.
M. de CandoUe, avec des planchas de M. Redouté, doivent être mises, pour la magnificence , à la tête de tous les ouvrages de ce genre *. M. de CandoUe a aussi donné un Traité sur les astragales et les genres voisins ^ , et une Histoire des plantes grasses avec de belles figures ^. La Monographie des pins , de M. Lambert , est un ouvrage superbe ; celle des saules par Hofman^, celle des carex par M. Schkuhr ^, celle des oxalis par M. Jaccpiin*^, celle des gentianes par M. Frœlich 7 , méritjent des éloges poiur leur exactitude : nous devons aussi remarquer celle des graminées d'Allemagne et de France , par I^. Rœhler , de Mayence^. Il y a une foule d'autres travaux sur des familles particulières publiés dans les Mémoires des sociétés savantes , ou séparément , et qu'il nous est impossible d'énumérer complètement.
' Les liiliacëes ; Paris , 1 802 et seq., grand in-fol. Il y a déjà trois vol. terlnin<^s.
' Astragalogia ; Paris, i8oa, i vol. in fol.
* Plantarum Historia sucùuUntarum ; Paris, an 7 et suiv., in-fol.
* Historia salicum; Leips. 1785-1 791, 2 vol. in-fol. dont le second n'est pas fini.
, ^ Histoire des carex ou laiches, traduite de l'allemand par Delavigne; Leipsick, 1802, in-8°.
* Oxalis Monographia ; Yienne^ '794 9 > vol. in-4'*. 7 mgflUts de gentiana; Ërlang, 1786, in-8^.
' Descriptio graminum in Gallia et Germania sponte crescentium ; Francfort, 1802, in-S".
26o SCIENCES PHYSIQUES.
Les plantes cryptogames ont été étudiées avec une attention toute particulière : des figures et des descriptions des mousses ont été données par Hedwig ' , des lichens par Hofînan ' et par Acharius ^ , des champignons par BuUiard^. MM. Tode^ ^ Persoon^ ont porté très loin l'étude des petits champignons; M. Decandolle y a beaucoup ajouté^. Les algues et conferves ont été observées avec beaucoup de soin par MM. Chantrans et Vaucher^ : le premier croit que plusieurs de ces êtres appartiennent au règne animal. La Nereis britannica de M. Stackhouse^ est une belle monographie des fucus. Il y en a une autre faite avec plus de luxe, par M. Welley : celle de M. Esper est moins soignée "'.
' Descriptio et adumbratio muscorum frondoionan; Leipsick, 1787-1797, 4 voï* in-fol., €t Species muscorum frondosorwn y Leips>, 1801, iii-4°' Voyez aussi Muscologia recentiorumy par M. Bridel; Goth. , 1797-1799» 3 vol. in-4*-
* Descriptio et adumbratio lichenum; Leipsick, 1796, in-fôl. ^ Lichenographiœ Suecicœ prodromus ; Linkiopiog, 1798.
^ Dans THerbier de la France, et à part sous le titre de Champignons de la France.
* Fungi Mecklenburgenses selecti; Lunebourg, 1 790-1 791, in-4*'
* Synopsis methodicafuhgorum, Gott. 1801 , in-8* ; et Icônes pîctœ spec. rar, fungorum ; Paris, i8o3 et suiv.
7 Dans son édition de là Flore Françoise.
' Histoire des conférées d*eau douce ; Genève, i8o3, in-4^«
9 Bath, 1795, in-fol.
'• Jconcs/Mcomm; Nuremberg, 17^7, et 1798, in-4'''
BOTANIQUE. îBi
M. de Beauvois a travaillé sur toute cette classe ' ; MM. Swartz* et Smith ^ se sont occupés plus pitrticulièrement des fougères.
Avec des secours si abondants il a été aisé de rendre les ouvrages généraux de botanique infiniment plus complets que Llnnseus ne les avoit laissés.
Lie Dictionnaire de botanique de l'Encyclopédie, par M. Delamarck , continué par M. Poiret ^ ; le Species plantarum de M. Willdenow % l'énuméralion que M. Vahl** aVoit commencée, porteront à près de trente mille le nombre des espèces de plantes connues et enregistrées dan$ ce grand catalogue de la nature , et chaque jour en ajoute de nouvelles. M. de Jussieu comptoit dix-neuf cents genres en 17.89; ce nombre seroit presque doublé par ceux qu'ont établis MM. Cavanilles, Loureiro, Smith, Lamarck , Ruiz et P: rdière,
Thunberg, Gaertnt iecan-
dolle, Ventenat, et : mais
' PrcHlrome d'£(h£ogan ' Synopsitjiticami Kie!
' Mémoires de ïke»Aéa
* Commencé en 1783. ( Tolnme ;
' Commeocri en 179^ à Berlin. On en est «a huitième et dernier volume: il y eo aura deux de sap{démeDti ia-8°.
* Enumerat. plantar. ; Uafii., i8o5. Il n'y en a que deux volumes.
une partie de ces genres rentreront les uns dans les autl^, ou dans les genres anciens; il en restera toujours huit à neuf cents de nouveaux *.
Il n est pas possible que dans un si grand nombre de plantes il n'y en ait beaucoup dont la société pourra tirer parti.
Sans vouloir, à 1 exemple des anciens, attribuer à toutes les plantes des vertus médicales ^imaginaires, il est certain que la botanique a fourni, même dans ces derniers temps , plusieurs médicaments utiles.
Le tetragonia expansa, rapporté des iles des Amis par le capitaine Cook , se cultive aujourd'hui en Europe comme plante alimentaire et comme.excellent antiscorbutiquc; le chenopodium antlielminthicuniy si utile contre les vers des enfants, s'est répandu des États-Unis dans beaucoup de jardins de l'Europe ; la mousse de Corse {fucus helminthocor-ton ) est suppléée maintenant par plusieurs de nos varecs , suivant les indications de M. Gérard/
Plusieurs plantes médicinales , anciennement connues, mais apportées autrefois de l'étranger, sont actuellement communes dans nos jardins; le
' GoDsuhez aussi sur les plantes nouvelles qui paroissent joui*nellement les divers recueils përiofUques de BotattH|ue, tels que le Journal de Botanique d'Usteri, celui de Sdrader, le Botanist Repository d* Andrews , les Annales du Musëum d'histoire naturelle de Paris , etc.
lobelia syphiliiica de Virginie, le jalap du Mexique (convolvulusjalappa) ^la. rhubarbe de Sibérie {rheum palmatum)^ celle des Arabes (rheum ribes)^ sont de ce nombre.
L'histoire , jusqu'à présent si obscure , de nos plus importants médicaments végétaux , a été singulièrement éclaircie par les botanistes.
MM. Vahl, Ruiz, etPavôn, ont les premiers bien distingué les diverses sortes de quinquina, dont plusieurs égalent en vertu le quinquina rouge du Pérou. ^
M. DecandoUe a montré que l'on confondoit, en pharmacie , des plantes de genres et même de classes différentes , sous le nom commun d^ipécacuanha ' .
Sans toutes ces distinctions , sans la fixation précise du degré de vertu de chaque espèce , il est impossible à la médecine de rien prescrire de certain sur les doses et l'efficacité des médicaments.
Les botanistes n'ont pas mis moins de zèle à propager les plantes aromatiques ou alimentaires qu'ils ont découvertes.
Tout le monde est instruit de leurs succès dans la transplantation à la Guiane des épiceries des Moluques. Ce monopole a été arraché à l'Orient par des François , et la culture de ces plantes pré-
' Bulletin des Sciences, messidor an lO.
cieuses portée dans des contrées d'où le retour en Europe sera beaucoup moins pénible et moins coûteux.
Nos îles de France et de Bourbon , qui ont servi d'entrepôt pour cette grande entreprise, en partagent le bénéfice : elles reçoivent elles-mêmes des espèces nouvelles ; le ravendsara de Madagascar , arbre aromatique , y est maiptenant naturalisé ; rinde et la Chine leur ont fourni le litchi , le ram-
boutan , et le mangoustan dont les fruits sont très agréables.
Les professeurs du Muséum- d'histoire naturelle sont parvenus à faire donner à nos colonies d'Amérique larbre à pain des îles des Ami§. On en fait à présent usage à Cayeune. La canne à sucre violette de Batavia remplacera bientôt la caude ordinaire; elle donne jplus de sucre ett^n moins de temps.
La France , déjà si riche en excellents fruits , a re'çu le mûrier rouge du Canada , le néflier du Japon , et le noyer pacanier de l'Amérique septentrionale. Ces fruits agréables peuvent encorç se perfecT tionner par la culture.
Une variété de la patate. du Mexique, envoyée récen^ment de Philadelphie , se répand et) France : son goût approche de la châtaigne. Ces plante^ alimentaires souterraines , qui craignent peu les intem-
péries , sont une richesse plus' certaine encore que les autres.
Les États-Unis nous ont donné une foule de nouveaux bois de charpente et de menuiserie , principalement des ^péces de chênes y de frênesi , d'érables, de bouleaux, de pins, et de noyers , dont quelque$ unes ont encore des usages accessoires très importants.
JjC tan du chêne rouge est préféré à tous les autres ; le quercitron , ou chêne • tinctorial , aide à teindra les cuirs en un jaune trèa solide ; deux sortes d'érables donnent du sjucre; le tupelo aquatique remplaceroit le liège; le baumier donne un^^uc utile en médecine ; divers sapins et genévriers arofiiétisent la bière. Quelques uns de ces arbres ont lavantaga de bien venir dans des terrains <jui n'en nourrissoient pas d'autres (ie même g^re. Le cy»près chauve veut des maitiis, etc. *
La terre de Diémen nous enverroit de même des eucalyptus et des casuarina excellents pour la marine , #t dont les diverses quahtés s'approprieroient aisément à une fojile d'autres usages particu-
• Uers. he phorrtiium. tenax de la Nouvelle-Zélande ».
peut servir la marine^plus prompten^ent encof e par sa filasse', beaucoup plifs robuste que celle du chanvre; il viendra aisément dans nos provinces méridionales.
Nous ne parlerons pas de ce grand nombre de plantes dagrément qui ornent aujourd'hui nos parterres et nos bosquets , quoique ce soit aussi une utilité que de multiplier ces sortes de jouissances, et que larchitecture et les fabriques en tirent journellement des moyens et des modèles.
C'est en grande partie par cette attention qu ont toujours eue les naturalistes de réunir dans leur patrie les productions étrangères qui peuvent y réussir, que les peuples civilisés sont arrivés à leur prospérité actuelle. Le même moyen peut 'l'augmenter encorç : les pays étrangers nous ofïrent bien d'autres plantes utiles ; nos colonies sur-tout peuvent en recevoir en foule des Indes et des autres pays chauds. Il seroit digne d'un gouvernenuent paternel de les leur donner, et de faire encore, pendant la paix , ces coni|uétes si douces et si peu dispendieuses.
Zoologie.
, Le nombre des animaux existants est infî{|iment supérieur à celui des végétaux, mais oh a commencé plus tard et l'on a long-temps mis moins d'attention à*en dresser l'état. Linnaîtis encore , en portant d^s cette branche de la 'science cette méthode précise qui lui a donné tant de succès en botanique, a eu l'avantage d'y trouver un champ plus neuf et
tÀ
plus fécond , qu'il a effleuré rapidement tout en-
^ tier, pendant que BufFon et Pallas en^cultivoient
quelques parties avec plus de profondeur et d éclat.
Les efforts réunis de ces hommes célèbres ont inspiré plus d'intérêt pour Thistoire des animaux , et lefiFet commence à devenir sensible ; car la période actuelle est plus riche que toutes les autres en travaux sur ce règne.
Les quadrupèdes ont éprouvé peu d'augmentation depuis Pallas et Buffon, si ce n'est par la Zoo-/ logie de la Nouvelle-Hollande de M. Shavr, et par les espèces que M. Schreber ajoute de temps en temps à la grande histoire de cette classe , qu'il publie depuis plusieurs années '. Cependant l'ouvrage d'Au^ debert sur les singes peut être cité comme livre de luxe ^. La description de la ménagerie du Muséum , commencée par MM. deLacépède, Guvier, et Geoffroy, offre aussi de belle? figures de quadrupèdes dessinées par Maréchal et M. de Wailly ^. On attend avec intérêt l'ouvrage que M. Geoffroy prépare sur les animaux à bourse , et dont il a donné séparément de beaux échantillons. M. Pérou a rapporté beaucoup de quadrupèdes nouveaux de laNouvelle-
' Publiée en françois et en allemand, à Erlang, depuis 1776; le quatrième volume est fort avancé.
' Histoire naturelle des sin^jes ; in-fol.
^ Commencée en Tan 10 , in-fol. Il en a paru dix cahiers de quatre planches chacun. ,
l68 SCIENCES PHYSIQUES.
Hollande, et M. Leschenault; de File de Java. Butfon , qui so-proposoit de terminer ses travaux par ' rifistoire des cétacés , fut arrêté par la mort ; M. de Lacépéde a glorieusement rempli ce besoin de la science ^ et ce désir de son illustre maître.
M« Latham est celui qui a le plus ajouté au cata logue des oiseaux ^ La France a produit, sur cette classe, des ouvrages de luxe remarquables par la beauté de leurs planches. Les oiseaux d'Afrique^, par M. Le Vaillant, présentent beaucoup-d'espéces nouvelles et un grand nombre d'observations intéressantes. Les perroquets'^, les oiseaux de paradis , les toucans, etc.^, par le même auteur, avec des figures de M. Barraband; les colibris et autres ciseaux dorés par Audebert et M. Vieillot ^j les tangaras de M. Desmarets fils, avec des figures de mademoiselle Decourcelles 7, sont à-la?-fois de véritables objets de commerce et des recueils dont la science peut tirer parti. On en a aussi commencé de semblables en Allemagne ; les figures des oiseaux
' Histoire des cétacës; Paris, an 12, in-4''-
* Index omithologicus; Londres, 1790, 2 vol. in-4°.
^ Paris, in-fol. et in-4**. Commencé en 1799; il en a paru cinq volumes.
^ Ihid. Commencé en 1801 ; il en a paru deux volumes.
* Paris, i8o6, 2 vol. grand in-fol.
* Paris, 1802, 2 vol. grand in-fol.
7 Paris, i8o5, grand in-fol.
de ce pays, publiées par MM. Wolf et Meyer", et plus encore celles de MM. Borkhausen^ I>ichthamnier, et Becker*, méritent des éloges j mais peut-être vaudroit-il mieux représenter plus simplement des espèces nouvelles que de reproduire ainsi des espèces connues, uniquement pour approcher davantage d une perfection d'images que Ton n atteindra jamais complètement, et qui n'est pas nécessaire au naturaliste. M. d'Azzara , dont on a en François une excellente Histoire des quadrupèdes du Paraguay, traduite par M. Moreau de Saint- Merry^, vient de donner, en espagnol, celle dés oiseaux, qui ne sera pas moins précieuse.
Le luxe des figures a aussi été porté sur une classe qui n'en paroissoit guère susceptible. Daudin, en France, a fait représenter les grenouilles, rainettes , et crapauds ^ , et Russel , en Anglejterre , les serpents de la côte de Coromandel, avec beaucoup de magnificence ^
L'Histoire générale des reptiles , par M. de Lacépéde , qui remonte aux premières années de notre période, a commencé à porter un grand jour dans cette classe auparavant peu étudiée^.
* rflireinberg, grand in-fol. — * Darmstadt, m-£oL •^ Paris, 1801 , 2 vol. in-S". — * Paris, an ii , in-4*'. ^ Londres, a vol. grand in-fol.
^ Histoire naturelje des quadrupèdes ovipares et des serpents ; Paris, 1788 et 1789, a vol. in-4°. ^
Les travaux de ce célèbre naturaliste, continués depuis cette époque , et ceux que Daudin a faits en partie sous ses yeux, ont mis ce dernier en Aat d'en publier récemment une autre ' où le nombre des espèces est plus que doublé. M. Schneider, dans deux ouvrages sur la même classe , a publié aussi des remarques très intéressantes^.
M. de Lacépède est encore celui' qui a publié rhistoire des poissons la plus récente et la plus riche. C'est , par ses vues , par le nombre des faits qui y sont rassemblés , par l'ordre qui y règne , par l'éclat de son style , un digne complément du magnifique édifice commencé par BufFon^.
L'ouvrage de Bloch ^ , qui l'avoit précédé de peu d'années , est remarquable par la beauté de ses figures enluminées et par le grand nombre de ses nouvelles espèces. L'abrégé latin ^ que M. Schneider vient d'en publier , at^ec des additions , contribue à le compléter et à faire connoître avec plus
* Histoire naturelle des reptiles; Paris, ans 10 et 11,8 TiB^umes in-8°.
' Amphibiorum physiologiœ spec. let^J; Zullichow, 1797, ifti-4"î et Historiœ amphibi(0um naturalis et litterarite fascic. I et II ; lena , 1799 et 1801, in-8".
^ Histoire naturelle des poissons ; Paris, ans 9 et 1 1 , 5 Yol.i|ki-4'**
^ Histoire natu^relle des poissons , en françois et en allemand ; i a vol. in-JPol. et in-4**. Commencée en 1782.
^ Systema ichthyologiœ iconibus CX illustratfim ; Berlin, 1801, 2 vol. in-S".
d'exactitude un^rcertain nombre d'espèces ; mais la méthode bizarre que cet éditeuf a suivie , d après le nopibre de* nageoires , en rend l'usage embRrrassant.
La classe^ immense des insectes e(];. celle qui a donné lieu à plus de recherches et à pftis d'ouvrages. Il y en a de ces derniers presque autant que sur les plantes , et l'espace nous manqueroit pour en rapporter seulement les titres.
Nous citerops néanmoins, parmi les descriptions d'insectes de certains pays , la Faune étrusque , de M. Rossi ' ;. celle de Suède, de M. PaykulP; la grande Faune des insectes d'Allemagne, avec de jolies figures, par ftj. Panzer^; l'Entomologie helvétique , de M. Glairville"^; celle de la Grande- Bretagne , par M. Marsham ; la Faune des insectes des environs de Paris, par M. Valckenaer^, qui ajoute beaucoup à celle de MM. Geoffroy et Fourcroy; les Insectes de Guinée et d'Amérique, par M. de Beau vois ^.
' LÎToume et Pise, 1790-17949 4 Wumes in-4°, dont deux de sapplëment.
' Gustavii Paykull Fauna Suecica, Insecta ; Upsal, 1 798, 4 voï* ûi-8".
^ Commencée 60*1793, par feuilles détachées, et se continuant encore.
^ Zurich, 1798, I Tol. in>8°, en François et en allemand.
^ Paris, 1802, 2 vol. iu-8°.
^ Insectes recueillis en Afrique et eu Amérique ; Paris , in-fol. Commencé en i8o5.
Parmi les descriptions d 'insecteirde certaines femilles se distinguent éminemment, par leur magnificence , les descriptions et les Bgures de^ papillons, de Cramer* , d'Angramelle^, d'Espéré, et sur-tout celtes d'Hiibner'^. On doit y ajouter riconograpBie des hémiptères , de Stoll ^ ; celle des crustacés, de M. Herbst ^; les punaises, de Wolf; les diptères , de Schellenberg ^ ; les abeilles d^Angleterre, de Kirby^; enfin THistoire des coléoptères, de M. Olivier 9, qui joint au luxe des figures l'ensemble le pla^ complet sur les mœur^ , et un grand nombre d'espèces étrangère^ observées par l'auteur dans les cabinets de l'Angleterre et de la Hollande.
D'autres ouvrages sur cette classe , quoique dépourvus de nombreuses planches enluminées, sont remarquables par l'exactitude des observa-
*' Papillons exotiques. Commencé en 1779, dbntinuë par Holl jusqu'en 1790.
* Papillons d'Europe ; in-4''- Commencé en 1779, continué jusqu'en 1790.
^ Commencé à Erlang en 1777^ in-4*-
* Huit Tolumes in-4*.
^ Commencée en 1 788 ; Amsterdam , in-4°* ^ Commencée en 1 790 ; Berlin et Strakund , in-4*'' 7 Genres des mouches diptères, en françois ^ en allemalnd ; Zurich, i8o3, in-8".
* Monographie apum Anglite, en anglois; Ipswich, 1802^ 3 vol.
in-8^
9 Commencée en 1.789, et se continuant encore. L'auteur vieiit de terminer le cinquième volume in-4''>
tions qu'ils renferment! Telles sont les Monographies des carabes , des $tapliylius , et des charançons, par M. Paykull* ; celles des fourmis et des abeilles, par M. Latreille"* ; celle des coléoptères à petits élytres , par M. Gravenhorst^.
Pour les descriptions d'insectes nouveaux en général, on a plusieurs recueils périodiques, sur-tout en Allemagne , où ce genre de publication est plus en usage.^Fuessly^, Scriba% M. lUigêr, ont successivement mis leurs noms à la tête de semblables recueils.
Quant au catalogue général des insectes, M. Fabricius® est, depuis long-temps , en quelque sorte en position de le rédiger. Ses éditions successives, de-, puis celle de 1 775 ^ l'ont porté au nombre effrayant de près de vingt mille espèces , recueillies , soit dans les ouvrages que nous venons de citer, soit dans les cabinets que M. Fabricius a soiù de visiter chaque
* Monographia staphylinorum Siieclœ ; Upsal, 1789, in-8*. Monographia caraborum ; ibid, 1790, in-S**.
"Paris, i8o2,în-8°.
' Brunswick, 1802, et Gott. , 1806, 2 vol. in-8?.
♦' Le Journal de Fuessly a commence en 1778. Il a paru soiw différents titres jusqu'en 1794 9 à Zurich et à Winterthur, in-8**.
^ Celui de Scriba, imptimé à Francfort, a paru depuis 1790-1793^ in-S" et in-4°.
^ Ce savant naturaliste n*est mort que depuis la présentation de ce Rapport.
BUFFON. COMPLÉM. T. I. f8
année dans une partie de l'Europe. La France est run des pays qui lui ont fourni le plus de matériaux '.
Nous avons en François un excellent ouvrage sur les insectes , c'est celui que M. Latreille a joint à l'édition de Buffon imprimée chez Dufïart * ; et il y en a en Allemagne un beaucoup plus considérable, commencé par Jablonsky et continué par Herbst^.
Les coquilles et les divers lithophytes n'ont pas manqué de descripteurs ni de dessinateurs. Schroeter^, Drapamaud^ MM. Poiret® et Ferussac^ ont traité des coquilles d'eau douce ; le grand ouvrage de Martini a été continué par Chemnitz ^ , etc. .
' Systema entomologiœ; Flensbourg et Leipsick, 1775, in-8". Spedes insectorum; Hambour{; et Kiel, 1781, 2 vol. in-8*. Mantissa insectorum; Hafn, 1787, « vol. in-8". Entomologia systematica ; Hafb, 1792-1794, 4 "^o^* in-8°. Systema eleuteratorum ; Kiel^ 1801, 2 vol. in-8°. Systema ulonat.; et ainsi de suite pour les autres classes.
' Paris, ans 10 et i3, i4 vol. in-8°. Le même auteur'a publie depois, en latin, les trois premiers volumes de ses Gênera itisectorum; Paris et Strasbourg, 1806 et i8o7,ia-8°.
' Système de tous les insectes connus , commence à Berlin, en 1785, in-4».
^ Svr le» coquilles d*eau douce, principalement de Thuringe; Halle 9 17799 iii^4'*9 ^^ alleicand.
' Histoire naturelle des mollusques terrestres et fluviatil«s de la t'rance ; Paris, 1 806, in-4**.
^ Coquilles fluviatiles et terrestres observées dans le département de l'Aigne; Paris, an 9, in-8°i
^ Essai d'une n^ëthode conchyliologique; Paris, 1807.
^ Nouveau Cabinet systématique de coquilles ; Nurembeiig^ '7^ 1788, 10 vol. in-4*.
Les coquilles fossiles des environs de Paris ont trouvé dans M. Delamarck un descripteur infatigable , qui en a déjà ajouté plusieurs centaines ^ la liste de celles qu'on observe vivantes dans la m«r et dans les eaux douces \
Mais les mollusques nus , ceux qui habitent l'intéi^ieur des coquillages , les vers , et les zoophy tes , ont été trop négligés ; l'intérêt et la variété de leur structure n'ont prévalu qu'auprès d'un petit nombre de naturalistes sur la difficulté de les recueillir et de les conserver.
M. Poli cependant a publié, sur les animaux des coquilles du royaume de Naples, un magnifique ouvrage où il expose et représente leur anatomie avec beaucoup d'exactitude % et répand un jour tout nouveau sur leur physiologie.
M. Cuvier s'occupe de tous ces animaux nus; il en a déjà fait connoître plusieurs nouveaux, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur , et a rectifié , par le moyen de l'anatomie , la plupart des notions que l'on avoit sur les autres^.
Gœtze'*, Werner, Fischer % Bloch, Rudolphi,
* Dans les diffërents Tolnmes des Annales du Mnsëum d'hist. natur.
* Testacea utriusque Siciliœ ; 2 vol. grand in-fol.
^ Dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle. ^ Essai d'une histoire naturelle des vers intestins des animaux ; Blankenbourg, 178a, i vol. in-4°9 ^n allemand.
' Vermium intestincUium brevis ejçpontio, cuict. Werner, Leips. ,
ont donné beaucoup d étendue à la connoissance des vers intestinaux , famille si singulière par la nécessité qui la retient dans Fintérieur des animaux.
Bruguière avoit commencé, dans l'Encyclopédie , une histoire générale de tous ces animau^&i^s vertèbres, qui ne sont pas des insectes, et que Ton confondoit sous le nom commun de vers. Son voyage et sa mort Font interrompue ; et maintenant que la distrU^ution méthodique de cette partie du règne est changée , on ne pourra pas continuer cet ouvrage sur le même plan.
11 y a beaucoup moins d'ouvrages généraux sur le régné animal que sur la botanique , parcequ'il est très difficile qu'un seul homme étudie les espèces innombrables et les formes à-la-fois si compliquées et si diversifiées des animaux. M. Shaw est jusqu'à présent le seul qui ait entrepris d'en écrire un détaillé ' ; mais il est encore loin de l'avoir terminé , et la plus grande partie de ses figures est empruntée d'autres ouvrages. Il y en a au moins plusieurs tableaux abrégés. Les Allemands, accoutumés depuis long^temps à enseigner l'histoire naturelle dans leurs universités , ont sur-tout le Manuel de M. Blu-
1783, I vol. in-S** ;'ejusdem Contin. /, ibid, 178a ; Contin. lia Leonh. Fischer, 1786; Contin, III, auctofe Fischer, 1788.
' General toology^ commencée en 1800, à Londres, in-8*.
ZOOLOGIE. ayy
menbach ' . Le premier écrit méthcMlique de ce genre qui ait paru en France est le Tableau élémen-^ taire de M. Cuvier*, qu'a suivi la Zoologie anafy" tique de M. Duméril , ouvrage qui présente tous les genres distribués d après une analyse rigoureuse, et où l'auteur propose beaucoup de divisions nouvelles^.^
Les animaux uqus offrent moinjs^ souvent des objets nouveaux d'utilité que les végétaux , parceque nous avons moins de moyens de nous en rendre maîtres et de nous consacrer leur existence.
Cependant cette période a fait connottre de nouvelles espèces de gibier que l'oit pouf roit répandre . dans nos bois , comme le phascolome de la Nouvelle- Hollande, etc.; de nouvelles pelleteries propres à alimenter le commerce ou à donner du poil pour la chapellerie, comme le couy du Paraguay , etc.
En revanche les animaux offrent au philosophe,
* La huitième édition est de i8i:>7« Il y en a une traduction françoise, par M. Artaud, faite sur la sixième ëtlition; Metz, i8o3, a vol. in-8^ , ^
' Paris, an 6, in-8°.
* Paris, 1806, in-8°. — Au reste, pour se mettre au courant de toutes les découvertes de détail dont se sont enrichies les diverses branches de l'histoire naturelle, il faut encore parcourir les ouvrages périodiques généraux^ tels que le Nafurforschety le Journal de Voigt, les Annales du Muséum d'histoire naturelle , les écrits de la Société des naturalistes de Berlin, le Naturalisl^s Miseeltany de Shaw, etc. Ce dernier a le défaut de reproduire beaucoup de choses connues.
dans leurs propriétés et dans leur$ diverses industries, des sujets de méditation plus nombreux et plus intéressants.
Leurs mœurs , les procédés de leur instinct , méritent sur-tout lattention et exigent souvent beaucoup de sagacité pour être bien développés.
L'abeille , qui fait depuis si long-temps lobjet de ladmiration àps naturalistes et des hommes in- <rtruits de toutes les classes, n'étoit point encore parfaitement connue ; et il étoit réservé à M. Huber de dévoiler tout-à-fait les secrets du gouvernement des ruches ' .
Il y a peu de propriétés plus remarquables que celle que Spallanzani a découverte.dans les chauvesouris, de pouvoir se diriger dans l'obscurité , de démêler tous, les contours , toutes les fentesdes souterrains , et d'éviter tous les obstacles sans employer le sens de la vue : la déUcatesse du sens du toucher répandu sur 1 énorme surface de leurs oreilles et de leurs ailes , .et Textrême finesse de leur ouïe , peuvent également y contribuer,
La faculté de reproduire les parties coupées, portée à l'extrême dans le polype à bras , si célèbre par les expériences de Trembley , ne se manifeste guère moins fortement dans les actinies et dans
* Nouvelles Observation» sur les abeilles, par François Huber ; Genève^ lyg^-, in-8** .
quelques autres zoophytes, selon labbé Diçquemare ' : on l'a connue de tout temps pour les écre-r visses; on sait, par Spallanzani et Bonnet, à quel point elle va dans les salamandres aquatiques et les limaçons. Dans la période actuelle Broussonnet a constaté qu elle est presque aussi étendue dans les poissons *.
Bonnet avoit découvert dans les pucerons la fa^ culte detre fécondés pour plusieurs générations par un seul accouplement : M. J urine la vue portée encore plus Foin dan^ certains monocles^.
La léthargie plus ou moins profonde dans laquelle certains animaux, comme les marniottes, les loirs, etc., passent la saison froide est encore une propriété bien digne d'attention. La classe en a jÈiit deux fois le sujet d'un prix ; et sa question a produit des travaux intéressants qui ont bien fait connoitre , sinon les causer de ce singulier phénomène, du moins toutes les circonstances qui l'amènent, l'accompagnent, ou l'interrompent.
Les observations de MM. Hérold et Rafn, qui
* Les recherches de Dicquemare ne sont encore connues que par quelques mémoires épars dans le Journal de Physique ; mais le manuscrit existe en entier, avec beaucçup de planches [toutes m^avées dans les mains de mademoiselle Le Masson Le Golft : il est fort à désirer qu'il soit bientôt publié.
* Académie des Sciences, 1786.
^ Bulletin des Sciences, thermidor an 9.
28o SCIENCES PHYSIQUES.
forent couronnés il y a trois ans , et de M. Saissy ' , qui la été cette année , jointes à celles de MM. Mangili* et Prunelle, qui n'ont point jujg[é à propos de concourir, et à celles que Spallanzaxii avoit £dtes sur la fin de sa vie , donnent un corps assez cooiplet de doctrine sur ce sujet,
Ïjsl léthargie parfaite est accompagnée dune suspension totale de la respiration, de la sensibilité , du mouvement , et de la digestion. La circulation est très ralentie , et la nutrition et la transpiration réduites à très peu de chose. Le sang semble quitter les extrémités et engorger les vaisseaux de labdomen.
La seule condition de la léthargie est le froid et l'absetice des causes irritantes. Celles-ci peuvent même contrarier l'action du froid ; et c'est ce qui fait que, dans l'état domestique, plusieurs de/^ animaux ne tombent jamais en léthargie , et que d'autres y ont besoin pour cela de plus de froid, tandis qu'un repos absolu et un air renfermé les endorment plus tôt qu'à l'ordinaire. Un froid trop vif devient lui-même un irritant et lés réveille. Pendant la léthargie leur chaleur naturelle ne s élève guèr^ au-dessus de celle du milieu ; mais si on les
' Recherches expérimentales sur la Physiqne des animaux mammifères hivernants, etc., par M. Saissy; Lyon, i8q8, t Vol. in-8*.
> Essais d'observations pour servir à l'histoire des mammifères sujets à une ]éthar{*ie périodique, en italien ; Milan, 1807, in-S**.
réveille, ils reviennent promptement à leur chaleur ordinaire , quelque froid qu'il fasse : au contraire si on les abandonne au sommeil à quelques degrés au-dessous de zéro, ils périssent gelés.
.On trouve dans ces faits des preuves bien évidentes de l'influence des irritants extérieurs pour entretenir lactivité du tourbillon vital ; mais on y en trouve de non moins remarquables de la possi* bilité que la vie subsiste malgré le ralentissement excessif des mouvements dont elle se compose.
Quan,t à la cause prédisposante , c'est-à-dire aux circonstances particulièiî*es d organisation qui font que certains animaux dorment l'hiver et que d^au^ très de même clause ne dorment point, elles sont encore fort obscures.
Pepuis un temps inunémorial on attribuoit aux vipères et, plus qu'à tout aut^, aux serpents à sQQn,ette la feculté d'étourdir et en quelqtte sorte d'attirer à soi les petits animaux dont ces reptiles se nourrissent. M, Barton a réduit cette faculté dans ses justes bornes en montrant que le serpent à soî>* nette ne prend ainsi que de petits oiseaux ou animaux qui nichent près de terre, et que c'est dani^ les mouvements qu'ils se donnent pour défendre leurs petits qu'ils s'approchent assez de la gueule du reptile pour qu'il puisse s'en emparer ' .
' Mémoire concernant la faculté de fasciner attribuée an serpent à sonnette, en an^ois; Philadelphie, 1796, in-B*'.
Au nombre des émanations nuisibles les plus extraordinaires , doit être comptée Félectricité galvanique que certains poissons manifestent à volonté. M. de Humboldt a fait, connoître le degré prodigieux de celle du gymnote de la Guiane / , .et M. Geoffroy a décrit les organes où elle se produit dans le silure électrique du Nil *.
11 y a aussi des animaux intéressants par leurs formes singulières , et la Nouvelle-Hollande se fait remarquer plus que tout autre pays par ces formes extraordinaires. En général elle a renouvelé ce fait remarquable qui eut déjà lieu lors de la découverte de TAmérique méridionale , c est que tous ses êtres vivants , excepté l'homme et le chien , sont d'espèces et souvent de genres inconnus au reste du globe , comme s'il y avoit eu pour elle une création particulière»
Le Languroo , découvert par le capitaine Cook , haut de six pieds , faisant dés sauts énormes sur ses jambes de derrière disproportionnées , portant ses petits dans une poche ; le phascolome , décrit par M. Geoffroy, et qui réunit la poche des didelphes , ]^ marche lente des paresseux , et les dents des ron-
' Dans les Observations de Zoologie et d'Anatomie comparée qai font partie de sou voyage.
'* Bulletin des Sciences, nivôse an 11 ; Annales du Muséum d'histo^e naturelle.
geurs ; rornithorhynque de M. Blumenbach , dont les pieds ressemblent à ceux d un phoque et le museau au bec d'un canard; lechidné, qui joint un museau tubuleux et une langue extensible de fourmilier à des épines de hérisson , frappent d'étonnement les yeux les plus habitués aux singularités de la nature.
Cette géographie des êtres organisés présente plusieurs autres considérations / et M. de Humboldt lui a donné le plus grand intérêt dans sa Description physique de FAmérique équinoxiale. C'est là que l'on voit, avec le plus de précision, comment chaque plante , chaque animal , sont limités dans leurs migrations par la combinaison du sol , du cUmat , et de l'élévation verticale.
Tant de richesses dans tous les régnes mériteroient bien d'être recueillies dans un ouvrage général. Il est sur-tout nécessaire pour le régne animal , où il n'y en a point qui mérite ce nom : l'édition de Linnaeus , par Gmelin ' , n'est presque par-tout qu'une compilation informe; et sa refonte seroit peut-être une des choses les plus utiles aux sciences naturelles.
L'Europe entière avoueroit sans doute un ouvrage de ce genre, rédigé par les naturalistes fran-
* Leipsick, 1788-1793, trois parties faisant 10 volumes; réimprimée à Lyon.
çois. La collection intitulée Annales du Musénm d histoire naturelle y qui se publie depuis cinq ans * , prouve , en effet , que Paris est peut-être la seulet ville où les objets d'observation et les secours d'érudition s'unissent aux connoissances acquises et aux vues élevées au degré nécessaire pour y fajÉre réussir une -entreprise aussi vaste.
Perfectionnements dans les mélhodes*.
11 a été aisé de sentir , dès les premiers moments , que cette immense quantité dobjets que Thistoire naturelle considéré avoit besoin de quelque ai> rangement pour se logef sans confusion dans la mémoire.
On les a donc , de tout temps, distribués en divisions et subdivisions de divers ordres ; et à mesure que la science, a fait des progrès on a désigné chacun de ces gi^oupes par des caractères distinçtife plus précis.
Linnaeus sur-tout a porté cet art des distributions et des caractères à un tel degré de clarté et de brièveté qu'il est aisé à celui qui s'est rendu son langage femilîer de trouver^ dans son immense catalogue, la place et le npm dun être quelconque qu'il observeroit. C'est à la facilité qui résulte de cet
* Paris, depuis i8o3. On en est au douzième volume, in-4*'.
arrangement , à la commodité de sa nomenclature ^ et sur-tout au soin qu'il a pris de placer dans son système tous les être connus de son temps , que cet homme célèbre a dû Fautorité extraordinaire qu'il a voit acquise de son vivant, autorité qui , toute despotique qu'elle étoit , avoit l'avantage de réunir les naturalistes sous les lois d'une langue commune et intelligible pour tous.
11 faut convenir , en efifet , que , depuis la mort de Linnaeus , une sorte d'anarchie s'est emparée de la partie systématique de l'histoire naturelle , et que les distributions de ^us les degrés , et les noms qui s'y rattachent, ont varié au point de fatiguer les mémoires les plus tenaces et d'exciter des plaintes vives de la part des amateurs superficiels.
Mais ce désordre apparent ne vient que de la tendance naturelle aux bons esprits vers un ordre meilleur, dont la marche de Linnaeus sembloit vouloir nous tenir écartés pour jamais, vers cette distribution des faits dont la science se compose, en propositions tellement graduées et surbordonnées dans leur généralité que leur ensemble soit l'expression des rapports réels des êti'es. ,
Il ne s'agit, pour cet effet, que de grouper les êtres d'a|^rès l'ensemble de leurs propriétés ou de leur organisation , de manière que ceux que le même groupe réunira se ressemblent plus entre
eux qu'ils ne ressemblent à tout autre qui sercnt entré dans un groupe différent. Cette disposition est ce qu'on nomme méthode naturelle : une sorte de sentiment intérieur dirige vers elle tous ceux que la nature frappe; mais comme elle supposeroit, pour être parfaite, une connoissance très détaillée de toutes les parties des êtres , on a été long-temps obligé de s'en tenir à ces systèmes de pure itomenclature établis , comme ceux de Linnaeus , sur quelque organe isolé et choisipassez arbitrairement.
Il en a été imaginé , avant et depuis Linnœus , un très grand nombre, sur-tout en botanique; et ils ont eu au moins l'avantage de porter successivement l'attention sur les divers organes et de les faire étudier : mais , comme ils satisfaisoient peu les esprits éclairés , on a cherché dans tous les temps à leur substituer la méthode naturelle.
Méthode naturelle des plantes,
Morison, Magnol, Ray, Haller, Adanson, Bernard de Jussieu, Linnaeus même dans quelques écrits particuHers, ont cherché à rapprocher les plantes d'après ces principes : mais c'est à la France , et sur-tout à l'époque actuelle , qu'il étoit réservé d'en faire une appUcation générale à tout le régne végétal; et c'est précisément en 1789 qu'a paru le
Gênera plantarum de M. de Jussieu , ouvrage fondamental en cette partie, et qui fait, dans les sciences d'observation, une époque peut-être aussi importante que la Chimie de Lavoisier dans les Sciences d'expérience'.
Exposons, en peu de mots, les principes d'où l'on est parti, et la marche que l'on a suivie pour arriver à cette distribution naturelle des plantes.
Il y a parmi les végétaux quelques familles reconnues universellement pour naturelles, «uivant Tacceplion donnée précédemment à ce terme : les graminées , les ombellifères , les légumineuses , sont de ce nombre. Les botanistes, observant dans chacune de ces familles les organes constants et ceux qui varient , et trouvant que ceux qui sont constants dans l'une le sont aussi dans les aittres, jugent que les premiers sont plus importants, et que l'on doit y donnerplus d'attention dans la formation des familles moins évidentes.
Ayant ainsi classé les organes d'après l'importance qu'ils leur ont reconnue, ils mettent d'abord ensemble toutes les plantes qui s'accordent parles organes de première classe ; ils subdivisent ensuite d'après ceux de seconde, et aipsi du reste.
C'est ce calcul de l'importance des organes, et
' Gênera plantarum secundum jordines naturales disposita; Paris, 1789, m-8\
son application aux divei's végétaux, qui ont guidé M. de Jussieu dans la formation de ses cent familles primitives, et qui le guident encore aujo<n*d^ui , ainsi que ceux qui travaillent, d'après ses vues, à perfectionneTNCe bel édifice.
L ordre admirable qu'il a en quelque sorte introduit dans le régne végétal a en effet changé, en grande partie, la marche de la botanique. Nos plus habiles botanistes françois adoptent la méthode naturelle dans leurs écrits et travaillent à Fétendre. Une partie des ouvrages descriptife dont àous avons parlé plus haut sont disposés selon *es principes : M. Ventenat Ta suivie dans son Tableau du règne végétal * , et M. Desfontaines dans la plantation du jardin du Muséum et dans Far rangement de ses herbiers. M. Jdutee Saint-Hilaire vient de 1 appuyer de dessins des principales évolutions *des graines*. Elle a moins pénétré à Fétraiïger, faute d'un catalogue complet des espèces disposé d'après elle ; et c'est à quoi remédiera, sans contredit, le Systema naturœ dont la pubhcation seroit si importante dans l'état actuel de la science.
Déjà l'on s'attache à examiner en détail chaque
* Tableau du règne végétal, selon la méthcMie de Jussièa; Paris, an 7, 4 vol- in-8**.
* Exposition des familles natureHes et de la germination des plantes ; Paris , 1 8o5 , 4 "^^^^ • '""^° •
famille ^ età mettre de Tordre dans lés genres qui la composent, d'après les principes qui ont présidé à la distribution de Fensemble. M. de Jussieu en donne l'exemple dans plusieurs niémoires récents sur les passiflores , les verbénacées , les laurinées', etc. M. Correa de Serra, en s'occupant de celle des orangers, a donné de belles vues générales sur les raisons qui , liant ensemble certains organes , limitent nécessairement chaque ïamille dans des bornes déterminées*. M. Ventenat a établi une Êimille nouvelle, celle des ophiospermes , qui est voisine des sapotilliers. M. DecandoUe a circoiiscrit celle dés valérianes, et distribué d'une manière nouvelle celle des algues ^ ; et parmi les étrangers , M. Smith a travaillé dans le même genre sur les fougères et sur les myrtes. Ceux même des botanistes françois qui ont encore conservé le système sexuel dans la distribution de leurs plantes, comme MM. Desfontaines et La Billardière, ont soin d'indiquer la place que chacune d'diles doit occuper dans la méthode naturelle , et font pour cela des recherches qui contribuent à la perfectionner.
La méthode naturelle est d'autant plus importante en botanique, qu'elle est le guide le plus sûr pour annoncer les vertus et les propriétés des
' Dans différents yolumeâ des Annales du Muséum. — ' Ibid, ^ Bulletin des Sciences, prairial an 9.