TO» I
2t6 PBISiQOE, GUIIIE
déposant la moitié de son charbon , et le gaz des marais soumis aux mêmes actions se décompose entièrement ; et si avant d'être arrivé à cette entière décomposition on obtient un gaz oarticulîer, ce gaz est un mélanse d'hydrogène avee le gaz carburé des marais.
Berthollet a répété ces expériences avec rélectricîté, mais elles ne Vont pmnt conduit aux résultats annoncés par Dalton : une partie seulement du gaz a été décomposée, et celle qui est restée indécomposée a résisté à la plus forte action de l'électricité. Berthollet conclut aussi, conti*e 1 opinion de Dallon, ^e la petite quantité d'azote qui se trouve dans le gaz fait une partie constituante de cette combinaison; car ce gaz, recueilli dans des marais k des époques éloignées, a toujours donné la même quantité d'azote.
Enfin Berthollet, ayant soumis à l'action de la chaleur le gaz oléfiant , n'a pas obtenu davantage les résultats annoncés par laiton; et, bien loin de n'avoir trouvé que deux combinaisons entre le gaz hydrogène et le carbone , il a vu au contraire que ces substances peuvent s'unir dans des proportions indéfiniment variables, selon le plus ou moins de chaleur qu'on leur a fait éprouver.
Berthollet a aussi exposé au feu le gaz oxycaii>uré , et a obtenu des résultats analogues à ceux dont il vient d'être question. Ce gaz a déposé du charbon , et sa légèreté spécifique a augmenté* Du çaz oxyde de carbone a été exposé dans un tube incandescent à Vaction de l'hydrogène sans éprouver de décomposition; ce qui est opposé à l'idée de Dalton, qui regarde le gaz oxycarburé comme un mélange de gaz oxyde de carbone et de fi^az hydrogène carburé: car, pour expliquei* cette expérience par l'hypothèse de Dalton , il fiiiHlrait attribuer tous les changements que la chaleur opère dans le gaz oxycarburé au gaz hydrogène carburé qu'il contiendrait ; ce <^ui est fort difficile , Berthollet ayant prouvé par une expérience directe que Vhydrogène n a aucune action sur le charbon.
Tbénard a fait sur le gaz ammoniac des expMences bien singulières et à peu près inexplicables dans l'état actuel de la chimie.
Si l'on expose ce fluide bien pur à une haute chaleur dans un tube de porcelaine bien imperm^ble, il s'en décompose à peine quelques parcelles; au contraire la décomposition va très vite si l'on met dans ce même tube du fer , du cuivre , de l'aient , de l'or , ou du platine : ces métaux éprouvent un changement dans leurs qualités physicjues; mais ils n'augmentent ni ne diminuent de poids, n'enlèvent ni ne cèdent au gaz rien de pondérable. Le fer possède cette pro^ priété au plus haut degré ; les métaux différents des cinq que nous avons cités n'en jouissent point du tout. Le gaz décomposé par ce singuUer moyen donne trois parties d'hydrogène contre une d'azote. Le soufre et le charbon le décomposent aussi, mais en formant avec ses éléments de nouvelles combinaisons; ce qui rentre dans les phénomènes ordi naires .
Un métal ne peut se dissoudre dans wa acide sans être oxydé, et
£T BTÉOILOI.M». 311
c'est tantôt è l'adde même» taotôt à l'eau, go*il prend l'oxygène nécessaire : mais il arrive aussi quelquefois qu'une dissolution saturée d'un métal dans un acide, si elle est aidée par là chaleur, peut encore dissoudre une nouvelle portion de métal ; et c'est ce que Proust a découvert pour le nitrate de plomb. Dans ce cas est-ce l'acide ou l'oxyde métallique de la dissolution qui fournit l'oxygène à cette nouvelle portion de métal? Proust , et Thomson , qui a répété ses expériences, ont pensé que l'oxygène vient de l'oxyde^ d'où il résulterait que la totalité du plomb ainsi dissous , aurait proportionnellement moins d'oxygène, ou, en d'autres termes, qu'il serait moins oxidé que celui qui entre dans une dissolution faite à froid , et qui est connu sous le nom S oxyde jaune.
Hais Ghevreul, ayant examiné de nouveau cette question, a trouvé qu il se dégage du gaz nitreux quand on dissout ainsi de nouveau plomb; ce qui ne peut se faire sans que Vacide nitrique perde de son oxygène: d*où ce chimiste conclut que c'est Tacide qui fourmt l'oxygène au nouveau plomb, et que la dissolution définitive n'est plus un nitrate, mais bien un nîtrile, c'est-à-dire que l'acide est A un moindre degré d'oxydation.
Une propriété remarquable qui sert à distinguer les nitrites de plomb des nitrates, c'est de former dans les nitrates de cuivre un précipité composé d'une certaine quantité d'hydrate de cuivre et de plomb.
D'après ces expériences Chevreul rend à l'oxyde jaune de plomb son rang de protoxyde , c'est-à-dire celui où il entre le moins d'oxygène.
Le travail de ce chimiste l'a conduit à examiner d'une manière générale les sels que forme le plomb avec l'acide nitrique; et il a prouvé qu'il peut exister deux nitrates et deux nitrites , dont Tun , dans cbaqjue espèce , contienl^deux fois plus d'oxyde que l'autre. Il soupçonne même qu'il existe un troisième nitrite contenant quatre fois moins d'oxyde que le premier.
Les corps poreux absorbent des gaz dans diverses proportions , et le charbon est un de ceux qui en absorbent le plus. La connaissance précise des limites de cettç absorption étant fort importante dans les opérations de la chimie , de Saussure s'en est occupé récemment avec beaucoup de soin et de succès.
Tous les charbons n'ont pas oelte propriété au même degré, et tous les gaz ne se laissent point absorber en même quantité. Le même charbon absorbera quatre-vingt-dix fois son volume de gaz ammoniac et à peine 1,75 de gaz hydrogène.
Thénard a répété ces expériences avec quelques variations, et en a obtenu à peu près les mêmes résultats, dont il a dressé une table. Il ax>bservé, ainsi que de Saussure^ et comme le comte de Rumfort l'a aussi remarqué dans d'autres expériences , que le gaz oxygène se diaxige en acide carbonique, quoique la température soit peu élevée.
Le gaz nitreux se décompose en partie, et dégage du gaz acide carbonique et de Tazote. Mais rhydrogène sulfuré est le gaz dont l'absorption offre les phénomènes les plus intéressants : il se détruit en peu de temps , et donne de l'eau, du soufre , et assez de calorique pour que le charbon s'échauffe beaucoup.
Lampadius , chimiste et physicien allemand , en distillant des pyrites ferrugineuses avec du cuarbon , avait obtenu une substance liquide et volatile dont la nature était encore douteuse.
Lampadius lui-même et Amédée BerthoUet la considéraient comme un composé de soufre et d'hydrogène. Clément et Desormes comme une combinaison de soufre et de charbon.
Clusel , préparateur de chimie à l'École polytechnique , ayant voulu fixer les opinions sur la nature de cette substance, a d'abord essayé de la décomposer en la faisant passer sur des lames de cuivre dans des tubes chauffés : mais ce moyen ne lui ayant pas entièrement réussi, il a cherché à en opérer l'analyse par la pile de Yolta; et après de nombreuses tentatives, des précautions délicates et multipliées , et un emploi savant de l'action chimique des différents corps, il a cru y reconnaître, sur 100 parties, près de 69 de soufre, 20 de charbon, 6 d'hydrogène, et 7 d'azote : mais il trouvait dans ses produits plus de soufre et de charbon qu'il n'en avait mis en expérience.
Thénard a repris le premier moyen de Clusel , qui, étant beaucoup moins compliqué, promettait des résultats plus décisifs; et en faisant passer avec plus de lenteur le liquide de Lampadius sur le cuivre aans des tubes chauffés, il lui en a fait éprouver plus profondément l'action, et il l'a complètement décomposé en 86 ou 86 centièmes de soufre et 14 ou 16 centièmes de charbon , sans azote ni hydrogène. ^
On a vu dans les rapports précédents que Delaroche s'étoit occupé de résoudre, par de nouvelles expériences, les phénomènes que les animaux présentent lorsqu'on les expose à une haute température.
Il fit voir que Tévaporation cutanée et pulmonaire était une des causes qui empêchaient les animaux de prendre complètement la température qui les environnait , mais qu'ils ne conservaient pas absolument la leur, comme on l'avait dit, et qu'ils s'échauffaient aussi par degrés.
Cependant on observa que si la température du corps animal s'élevait comme celle des milieux environnants, et que leur respiration continuât d'agir comme auparavant, ils devaient arriver â une chaleur bien plus élevée encore, parce qu'à celle du milieu ils devaient joindre celle qui est produite par la respiration.
Delaroche a donc voulu examiner la différence que le résultat de la respiration ou, en d'autres termes, l'absorption de l'oxygène peut éprouver dans un air phis ou moins échauffé, et il Ta trouvée si faible qu'il est difficile d'en rien conclure ; elle est dans le rapport de 6 à 6.
ET HÉTÉOROLOaiE. 213
Delaroche a pensé qu il n'y avait aucane connexion nécessaire entre la fréquence des mouvements respiratoires et ractivité des phénomènes chimiques de la respiration ; car dans Tair chaud les mouvements de la poitrine étaient très accélérés.
Une remarque intéressante est celle que les animaux à sang froid montrent une différence beaucoup plus marquée que les autres , et que la chaleur augmente sensiblement l'activité de leur respiration ; feit qui peut aider à expliquer plusieurs des phénomènes de leur écononue.
Les calculs €|ui se forment quelquefois dans la vésicule du fiel , et qui ont été jusqu'à présent si rebelles aux secours de l'art, sont composés d ordinaire ae cette substance nommée adipocire par les chûnisteSt parce ^'elle tient par ses caractères à la cire et au suif : mais il parait qu'ils sont aussi sujets à varier dans leur nature ; car Orfila, docteur en médecine, en a analysé de tout différents , où il n'existait point d*adipocîré , mais du principe jaune , une résine verte, et une petite quantité de cette matière découverte par Thénard et nommée par lui picromel^ parce qu'elle d(mne une saveur douxamer.
Yauquelin, continuant ses recherches sur lies principes des végétaux , a soumis à dé nombreuses expériences le dapAne alpina , arbuste connu par l'excessive âcreté de son écorce, que l'on emploie en naédecine comme rubéfiant, et dont l'extrait, combiné à des carps gras , forme une pommade qui remplace en beaucoup de cas celle de canthartdes.
En traitant cette écorce par l'alcohol et par l'eau » il y a reconnu deux principes nouveaux et très remarquables par leurs caractères.
Le premier, que Vauquelin nomme principe àcre^ est de nature huileuse ou résineuse ; ne devenant volatile qu'à une chaleur supérieure i celle de l'alcohol bouillant , il ne s'élève point avec ce liquide, mais on peut le distiller avec l'eau.
Le second principe^ nommé amer , se dissout dans l'eau bouillante, et donne, par leipcfroidissement, des cristaux blancs et en forme d'aiguilles.
L'écorce du daphne a fourni en outre, comme celle de beaucoup d'autres plantes, une résine verte, un principe colorant jaune, une matière brune qui contenait de l'azote, puisqu'elle donnait de l'ammoniaque, enfin des sels à base de potasse de fer et de chaux.
Yauquelin termine son mémoire par cette observation importante, que les substances végétales acres et caustiques sont huileuses ou résineuses, et ne contiennent point d'acide développé , en ouoi elles ressemblent aux plantes vénéneuses : d'où il conclut qu'il faut se défier des plantes qui ne sont point acides.
Réaumur a annonoé il y a plus d'un siècle que certaines dents fossiles prennent une teinte bleuâtre plus ou moins semblable i celle de la turquoise, quand on les expose avec précaution à une chaleur
{p*aduée. Sage, ayant reconnu qo'on obtient de Facide prussique en torréfiant un mélange de potasse et de la substance gélatineuse des dents, et que le barreau aimanté tire du fer de la poudre des dents calcinées, pense que cette couleur bleue des turquoises occidentales est due à un yéritable bleu de Prusse.
On a vu , dans notre analyse de 1811 , comment, en accélérant réraporation par le vide et par la présence d'un corps très absorbant , Leslie, d'Edimbourg, était parvenu à foire congeler Tenu en toute saison. Ce physicien a imaginé depuis un appareil qui a été montré à l'Institut par Piotet, son correspondant, et où l'on peut à Tok>nté , et instantanément , faire congeler l'eau ou lui rendre sa liquidité. Pour cet effet on place de l'eau sous la cloche pneumati-
Sue, dans un rase dont le couvercle se lève ou s'abaisse au moyen 'une tige aui traverse le haut de la cloche ; lorsqu'on découvre cette eau, cédant à l'action des causes qui la vaporisent, elle se gèle; et quand on la recouvre , la chaleur environnante la rend en peu d'instants à son premier état.
Gay-Lussac, qui a répété devant l'Institat l'expérience de Leslie, a rappelé un fait bien connu, qui rentre dans le même 6rdre : c'est le frond qui se produit dans certaines machines d'oà on laisse échapper de l'air condensé ; il a protivé qu'en toute saison il suffit que l'air ait été condensé du dounle pour donner de la glace ; et il croit qu'on pouirait s'en procurer aisément ainsi dans les pays chauds , en condensant l'air au moyen d'une chute d'eau.
On peut, en employant des corps plus évaporables que l'eau, arriver à des degrés de froid véritablement étonnants , et à fidre geler non seulement le vif argent, mais Tespril-de-vin le plus pur ; c'est à quoi est parvenu Hutton , d'Edimbourg , qui a remarqué à cette occasion que , dans l'alcohol le plus rectifié , la congélation séparait encore des matières assez différentes. Gonfigliacehi, professeur à Pavie, a congelé le mercure par la seule évaporation de l'eau. Nous devons également la première communication de ces expériences à Pictet.
On croyait que cette pression de l'air, dont l'influence est si puis^ santé pour retarder l'evaporation des liquides , retardait aussi la dissolution des sels, ou, ce qui revient au même, accélérait leur cristallisation quand ils étaient dissous ; et en effet une dissolution saturée de sel de Glauber, ou sulfate de soude, qui conserve sa liquidité quand elle refroidit dans le vide, cristallise aussitôt qu'on lui donne de l'air 5 mais Gay-Lussac s'est assuré qu'il s'en faut oeaucoup qu'il en arrive autant i tous les sels, et que même , pour le sulrate de soude , le phénomène ne tient point à la cause qu'on alléguait. Quand on intercepte le contact de l'air par une couche d'huile, par
ET UTÉOROLOGH. 216
esemjple, la cmlallîsatkm se retarde comme loi^squ'on suppiîme sa pression en faisant le yide ; tandis (|u'au contraire la pression d'une colonne de mercure n'accélère en nen cette cristallisation. Une dissolution qui trayerse du mercure dont Tair a été chassé par Tébullition ne cristallise point ; et, si elle traverse du mercure ordinaire, elle se [urend aussitôt* Des secousses, l'introduction d'un petit cris« tal, et beaucoup d'autres causes, déterminent la cristallisation, quelle que soit la pression. Ainsi Gay-Lussac conclut que ce n'est point par sa pression que l'air diminue le pouvoir dissolvant de l'eau. Il s'est assuré aussi que ce n'est point en absorbant de l'air ave l'eau perd ce pouvoir; mais il pense que c'est un phénomène plus ou moins analog^ à celui de l'eaù pure, qui , comme on sait, reste liquide à quelques degrés au-dessous de son vrai point de congélation toutes les fois que l'on peut empêcher qu'elle ne soit agitée, et qui se prend aussitôt qu'on peut lui imprimer le plus léger choc.
La source la plus évidente de chaleur sur le globe consiste dans ks rayons du soleil ; mais on a remarqué depuis longtemps que ces rayons, divisés parle prisme, ne donnent pas tous une chaleur égale, et Herschel, le oélèbre astronome, reconnut, il y a quelques années,
Sue leur pouvoir d'échauffer va en augmentant du violet au rouge; assure même qu'en dehors du spectre il se trouve encore des rayons qui, sans être lumineux, jouissent d'un pouvoir échauffant plus fort que celui des rayons rouges. Bitter, fioeckman et WoUas* ton, annoncèrent, peu de temps après, que le pouvoir des rayons lumineux, pour opérer certains changements chimiques , est distribué dans un ordre inverse, et s'exerce surtout dans le rayon violet et en dehors de ce rayon.
Berard, chimiste de Montpellier, qui a répété avec beaucoup de délicatesse et de précision ces deux genres d expériences , en a reconnu l'exactitude à plusieurs égards ; il a même trouvé que le pouvoir chimique de la lumière va en diminuant à mesure qu'on se rapproche du milieu du spectre, et qu'il s'évanouit au-delà. Mais, selon lui, c'est â l'extrémité du rayon rouge que réside le maximum du pouvoir échauffant, et en dehors du spectre il diminue. Berard a constaté encore que ces propriétés appartiennent à la lumière réfléchie par les glaces, et à celle qui a été divisée par le spath d'Islande, comme & la lumière directe.
On n'a pas obtenu des résultats aussi décisifs sur le pouvoir d'aimanter le fer , attribué au rayon violet par Morichini , savant chimiste romain. Quoique les aiguilles exposées à ce rayon aient paru s*aimanter dans certaines expériences, elles n'ont point éprouvé cet effet dans une infinité d'autres, sans que l'on puisse jusqu'à présent se rendre compte des raisons de cette différence, car, dans les deux
pas
sérénité
De tous les phénomènes que la chaleur présente, la dilatation qu elle produit dans les corps est celui dont les lois se laissent le plus naturellement exprimer par des formules mathématiques ; et la connaissance de ces lois, qui fait une partie essentielle de la physique, est encore très importante dans une fouie d'expériences cnimiques. Biot s'en est beaucoup occupé, et, prenant pour terme de compa» raison la dilatation du mercure, il trouYC que la dilatation Traie des autres liquides peut toujours se rendre par la somme de cette dila* tation, de son carré, et de son cube, en multipliant chacun de ces trois termes par un coefficient particulier, qu'il faut déterminer
r)ur chaque liquide, mais qui , une fois déterminé, reste le même tous les degrés. Comme la substance du thermomètre qui contient le liquide qu on observe, se dilate aussi, la dilatation apparente est di£Férente de la vraie ; néanmoins Biot montre qu'elle se fait selon une loi semblable. Il calcule ensuite, après les expériences de Deluc, les coefficients convenables pour huit des liquides dont il est le plus nécessaire de bien connaître les lois, et fait voir que, ces coefficients une fois obtenus, sa formule donne la dilatation de chaque degré aussi bien que l'expérience. Enfin il en a fait l'application aux dilatations combinées du vase et du liquide, et a fait voir que l'on peut démêler les effets qui appartiennent au liquide et à son enveloppe , et apprécier leur influence avec assez d'exactitude pour retrouver, par le seul calcul, tous les résultats observés ; en sorte que le calcul pourra désormais dispenser, dans une infinité de cas, de l'observation immédiate, et que Von pourra faire entrer avec confiance ses données dans les éléments des phénomènes. C'est un avantage d'autant plus grand que ces sortes de recherches sont d'une délicatesse excessive, et que, si l'on n'y met la plus grande attention, une foule de causes aisées à reconnaître , et presque impossibles A écarter, y troublent continuellement l'observateur.
C'est ce qu'a fait observer Charles dans une belle suite d'expériences qu'il a faites avec un instrument de son invention, pour rendre sensible et mesurable le maximum de dilatation de l'eau, et qui, se trouvant répondre exactement aux formules de Biot, ajoutent à la confiance qu'on leur doit, et achèvent de faire voir qu'elles pourront être employées avec sûreté.
II existe depuis longtemps une discussion entre les chimistes sur le moment où l'alcohol se forme dans le vin : le plus ^nd nombre pensait autrefois que l'alcohol ou esprit-de-vin était un produit essentiel de la fermentation ; mais Fabbroni , correspondant de l'Institut, a soutenu une opinion contraire. Selon lui, ce n'est qu'ac* cidentellement et lorsqu'elle excite trop de chaleur que la fermentation engendre de l'alcohol , mais dans les vins ordinaires on ne produit 1 alcohol que par la chaleur qu'on leur imprime pour les distiller ; et la principale preuve qu'il en donne, c'est qu'on ne peut pas le retirer de ces vins par la potasse , quoiqu'elle y fasse recou*
ET nBTÊOEOLOGIE. 2l7
naître la moindre parcelle d*alcohol qu'on y aurait introduite exprès.
Gay-Lussac a cherché à faire revenir à Fopinion ancienne, en
faisant Toir que la potasse démontre aussi l'alcohol naturel au vin ,
iquide spirituel:
de quinze degrés, laçiuelle est inférieure de beaucoup à celle de la fermentation ordinaire.
Cependant on pouvait craindre que Gay-Lussac n*eût opéré sur des vins où la fermentation aurait primitivement développé de l'alcohol, comme il convient lui-même qu'elle le fait quelquefois ; ou sur des vins dans lesquels des marchands infidèles auraient mis de l'eau-de-vie. Pour prévenir cette objection il a fait lui-même du vin avec des raisins, et en a conduit la fermentation. Il y a trouvé de l'alcohol comme dans tout autre.
Gay-Lussac a aussi fait voir que l'on peut obtenir l'alcohol absolu de Richter, en employant la chaux vive , ou mieux encore la baryte au lieu de muriate de chaux.
Le savon est, comme chacun sait, la combinaison d'un alcali avec un corps gras; mais on n'avait point assez examiné quelle altération le corps gras éprouve dans cette union.
Chevreul s'est occupé de cette recherche et a été conduit à plusieurs observations nouvelles et curieuses. Ainsi le savon de potasse et de graisse de porc dissous dans l'eau laisse un dépôt nacré qui , séparé des substances salines qu'il contient encore, donne une matière douée de propriétés fort particulières et que Chevreul a nommée margarine, à cause de sa couleur de perle. Insoluble dans l'eau, cette matière se dissout abondamment dans l'alcohol chaud; elle fond à 56® et cristallise par le i*efroidissement en aiguilles du blanc le plus pur : elle se combine à la potasse, et reprend alors le caractère du aépôt nacré ; son affinité avec cet alcali est plus grande que celle de l'acide carbonioue qu'elle chasse de son carbonate de potasse, quand on l'aide de 1 ébuUition : elle enlève aussi la potasse au tournesol, qu'elle fait passer à la couleur rouge.
On conçoit que les combinaisons qui se trouvent ordinairement dans la nature sont celles à qui la grande affinité de leurs principes donne une certaine stabilité, et que des circonstances peu communes ont seules le pouvoir de disjoindre ; tandis que celles qui n'ont pas cette propriété ne peuvent être que des productions momentanées du hasard, ou des tentatives des chimistes; et plus les combinaisons que ceux-ci découvrent se multiplient, plus celles qui leur restent à trouver doivent être fugitives et sujettes à être détruites par la moindre cause étrangère : c'est ce qui a occasionné les accidents dont Vhistoire de la chimie offire tant d'exemples, et contre lesquels on doit prendre d'autant plus de précautions que les recherôhes dont on s'occupe sont plus élevées et plus difficiles.
218 PKTSIQUE, CHlftlE
Dnlong , professeur de chimie à Alfort , a pensé derenir Tannée dernière une de ces tictimes du zèle pour la science; mais son danger a été récompensé par une belle découverte, celle d une combinaison de l'azote avec Vacide oxymuriatif^ue , qui présente les propriétés les plus singulières. Pour Tobtemr il faut présenter à racide ozymunatiqne, ou au chlorme j comme l'appellent aujourd'hui les chimistes anglais, de l'azote, non point â 1 état de gaz, mais à une combinaison quelconque, dans un sel ammoniacal par exem-
Sle, pourvu que l'acide de ce sel ne soit pas assez volatil pour être éplacé par l ozymuriatique. Dulong fait passer un courant de gaz oxymuriatique dans une dissolution d'un tel sel , et il obtient une sorte d'huile d'un jaune fauve, plus pesante que l'eau, même salée, qiû s'évapore promptement à l'air, et qui détonne par la chaleur, k lair Ubre, avec un bruit plus fort que celui d'un mousquet. Le cuivre la décompose en s'emparant de l'acide et en dégage l'azote , d'où l'on voit assez quels en sont les principes. Mais ce qui en rend l'étude e£Firayante, c est que la moindre paroelle que l'on en met en contact avec une substance combustible, avec le phosphore par exemple, produit une explosion violente, et brise tous les appareils. C'est un nouvel exemple, et, à ce qu'il parait, le plus énergique de
!u aucun autre. Dulong se proposait de déterminer la proportion es deux principes de cette nouvelle matière , et sa manière d'agir sur d'autres corps, et notamment sur les métaux; mais les accidents que ce chimiste a éprouvés à deux reprises , et dont le second l'a privé d*un œil , ont dû retenir son ardeur de savoir ; et par l'intérêt même des sciences qu'il peut encore si bien servir, l'Institut l'a engagé a porter sur d'autres objets la sagacité dont il a fait preuve.
Cette même substance a pensé priver la chimie de l'un de ses plus illustres soutiens, Humphry Davy, secrétaire de la Société royale, qui, jeune encore, a déjà fait des découvertes nombreuses et brillantes, et particulièrement celle de la métallisation des alcalis et des terres, qui ouvre un nouveau champ à tant de branches de sciences naturelles.
Une matière également bien remarquable est celle qui s'est offerte récemment à Courtois. Clément et pesormes l'ont montrée à llnstitut, et Gay-Lussac a fait sur elle des expériences instructives. On la retire des eaux-mères de la soude du varech par l'acide sulfurique et la distillation. Refroidie et condensée, elle a le grenu, le brillant et la couleur grisâtre, de la plombagine. Tant qu'elle n'a pas été purifiée, elle se fond à soixante-dix degrés de chaleur; mais quand ou l'a purifiée en la dissolvant en excès par la pousse et en la distitlant , elle ne fond qu'à une chaleur beaucoup plus forte. Sa propriété la plus frappante est de s'élever en une vapeur ou plutôt en
Kt MËTtOROLOGIE. Il9
un nz do plas beau violet, parfiiitement homogène et transparent. La chaleur rouge, roxygéne, ni le charbon, n'agissent sor elle ; elle s'unit aux métaux et à leurs oxides, et ces combinaisons se dissolvent dans Teau : arec rammoniaqne elle produit une poudre fulminante; l'hydrogène sulfuré la décolore, et en forme un acide puissant, d'où en la précipite de nouveau par Tacide oxymuriatique, le sulfurique, ou le nitrique. En un mot, sa manière de se comporter aveé les réactifs est tellement comparable à celle de l'acide oxymuriatique , on chlorine, que Ton peut lui adapter de même une double théorie, c'est-è-dire que Ton peut considérer la nourelle substance comme une combinaison d'un acide particulier et indécomposable avec une quantité surabondante d'oxygène; on, d'après la nouvelle manière de voir de Davy, la regarder, ainsi que le chlorine , comme une substance simple, qui donnerait un acide en se combinant avec l'hy* drogèue. Dans le premier système il faut supposer, comme on le fait aussi par rapport à l'acide oxymuriatique, que l'hydrogène s'unit à l'oxygène surabondant, et forme avec lui de l'eau qu'aucun moyen ne pent enlever à Pacide ainsi désoxygéné. En effet ce qui a engagé
on le croyait, il n'avait fait qu'enlever l'oxygène â Tacide oxymùriati€[oe. Dary applique une théorie analogue et fondée sur le^ mêmes raisons aofx composés fluoriques.
Ce savant chimiste , a présenté i l'Institut, un mémoire sur cette même substance , où il insiste sur ses rapports avec l'acide oxymuriatique , et sur les motifs qui l'engagent à les regarder l'un et l'autre comme des corps simples, capables aussi bien que l'oxygène de brûler et d'acidifier les substances combustibles. Ainsi lorsque la nouTelle matière (que l'on parait être convenu de nommer iode d'après la couleur de son gaz) se combine avec le potassium ou métal de la notasse , il se montre une belle flamme bleue , mais il ne se dérefoppe aucun gaz ; si au contraire on. dissout le potassium dans l'acide d'iode , il se développe de l'hydrogène; et il en est de même des autres métanx. Davy attribue la formation de cet acide par le phosphore i l'humidité qui adhère toujoui-s à l'iode, et qui se décompose ; il n'est d'ailleurs parvenu par aucun procédé à retirer de l'oxygène de l'iode , ni de son acide , ni à faire agir l'oxigène sur l'un ou sur Fautre , ni à les faire agir eux-mêmes sur le carbone , ni à décomposer riode par la pile : mais l'iode, comme le chlorine, forme avec les alcalis des composés ternaires ; savoir, d'iode, du métal de l'alcali, et d'oxygène , lesquels détonnent avec le carbone , et pourront être employés aux mêmes usages que le nitre.
La poudre détonnante que Clément et Desormes ont obtenue de riode par Fammoniaque est, selon Davy, un composé d'iode et d'azote, en sorte que ce serait TanAlogue de cette matière terrible produite par Dulong en combinant l'azote au chlorine.
220 PHYSIQUE, GHiailE
Un autre fabrioaot , éclairé par les lumières de la diimie , Tassaert , a fait une remarque qui peut deyenir importante pour les arts : ayant construit depuis quelque temps, le sol de ses fours à soude avec du g^rës , il a observé en le démolissant une matière bleue que Ton n*y voyait point quand ils étaient faits en brique , et dans laquelle Vauquelin a trouvé presque tous les principes et toutes les pi-opriétés de l'outremer; en sorte que notre savant confrère ne désespère point qu'en suivant cette indication Von ne puisse parvenir quelcpje jour à imiter la nature dans la formation de cette couleur précieuse. Pelletan fils a fait remarquer à ce sujet qu'il se manifeste, en beaucoup de circonstances, dans la fabrication de la soude , un bleu plus ou moins intense que la calcination ne détruit point , el que cette couleur apparaît principalement lorsque du fer se trouve en contact avec de la soude non encore endettement débarrassée d*acide sulfurique.
Le platine brut , tel qu'on l'apporte du Pérou , est un corps très composé; outre le platine pur, métal noble, plus pesant, et aussi inaltérable que l'or , il contient du fer, du cuivre, du mercure ; et les recherches successives de WoUaston, Tennant, Descostils, Four* crdy , et Vauquelin , y ont démontré , depuis dix ans , la présence de quatre métaux distincts de tous ceux que l'on connaissait auparavant : on les a nommés paliadium y rhodium, oimium^ et iridium.
Vauquelin a repris cette année l'étude de ces substances , et a lii un mémoire sur les méthodes les plus convenables pour obtenir le paUadium et le rhodium dans leur état de pureté.
Après avoir précipité la plus grande partie du platine de sa dissolution nitro-muriatique par l'ammoniaque , il met dans le résidu des lames de fer qui en précipitent les autres métaux ; employant successivement à froid 1 acide nitrique et le muriatique , et sublimant ensuite , il enlève au précipité la plus grande partie du cuivre , du mercure, et de Yosmium, qui le forment, ainsi que du fer qui s'y trouve mêlé. Un pendu platine restant, du palladium , et même du rhodium , est aussi enlevé par ces acides , parcequ il s'en est précipité è l'état d'oxyde , car à l'état métallique ils n'auraient pu être dissous ; d'un autre côté il reste encore du cuivre et du fer dans le précipité, pahrcequ'ils y sont unis intimement aux autres métaux , et protégés par eux. Pour enlever tous les reste de platine, Vauquelin dissout de nouveau par l'acide nitro-muriatique , et précipite par l'anamoniaque; il obtient alors un sel de platine d'un jaune assez pur. Évaporant le résidu jusqu'à siccité, et le traitant par l'eau, il reste un sel rouge encore en grande partie formé de platine , et la liqueur se trouve ainsi à peu près débarrassée de ce métal. On étend alors la solution aqueuse, on y ajoute un peu d'acide, on y verse assez d'ammoniaque pour ne pas saturer entièrement , on affite , et l'on voit paraître à l'instant une grande quantité d'aiguilles brillantes et d'un beau rose. C'est un muriate d'amiàoniaque et de palladium ,
qu'il suffit de chauffer au rouge pour avoir le palladium. S'il s'y est joint uu peu de fer et de rhodium , on l'en débarrasse par la digestion dans l'eau légèrement aiguisée d'acide muriatiaue. Le résidu de la liqueur contient le rhodium et quelques restes ae palladium, de cuirre , et de fer : pour avoir le premier on fait cristalliser, on broie les cristaux, on les débarrasse, par des lotions répétées d'alcohol , des sels de cuivre , de fer , et même de palladium. Celui de platine , s'il en reste encore quelque parcelle , se sépare en dissolvant dans l'eau légèrement aiguisée d'acide muriatique. Enfin, par uoe dernière évaporation , il reste le sel de rhodium d'un rouge magnifique, qu'il suffit de chauffer au rouge pour avoir ce métal.
On ne pouvait arriver par une méthode plus ingénieuse ni plus simple è séparer tant de substances diverses et retenues ensemble par des liens si puissants. On voit qu'elle se fonde principalement sur ce aue le munate d'ammoniaque et de palladium est insoluble dans 1 eau 9 même acidulée , et qu'il se précipite aussitôt qu'il se forme, et sur ce que l'alcohol , qui dissout le muriate de cmvre et celui de fer, ne dissout point le muriate d'ammoniaque et de rhodium.
Pendant que Yauquelin étudiait ainsi deux des métaux unis au platine, Laugier s'occupait d'un troisième et peut-être du plus curieux de tous , Vosmium , dont l'oxyde se volatilise à la chaleur de l'eau bouillante , ne donne aucune couleur A l'eau distillée , n'en diffère même point à l'œil , mais répand une odeur piquante, et agit sur le nerf olfactif de manière à altérer pour plusieurs joura le sens de l'odorat. Ces propriétés et d'autres non moins singulières faisaient regretter aux chimistes qu'il fût si difficile d'obtenir ce métal en quantité un peu considérable , et Laugier a satisfait à leur vœu jusqu'à un certain point. Quand on a dissous le platine dans l'acide nitro-muriatique , il reste une poudre noire composée d'iridium et d'osmium, et jusqu'à présent c'était cette poudre seulement qui fournissait de Yosmium aux chimistes : mais Laugier s'étant aperçu que l'acide qui a servi à dissoudi*e le platine, et que l'on en sépare de nouveau par la distillation , répand une forte odeur d'osmium, a supposé qu'il contenait de ce métal , et il a trouvé en effet qu'en saturant 1 acide par des alcalis caustiques, mais surtout par la chaux, et en distillant le mélange, on obtient à peu de frais une dissolution chargée d'une quantité notable d'osmium, qui auparavant était entièrement perdue.
Nous avons parlé, en 1806, des essais heureux que l'on a faits dans les mines des environs de Liège pour en obtenir en grand le zinc à l'état malléable , et de l'avantage que l'on pourrait en tirer pour remplacer le plomb dans les couyertures, et dans quelques autres de ses emplois. On aurait youIu aussi pouvoir le substituer au cuivre étamé dans lequel on prépare les aliments , et à l'étain qui sert pour les mesures des liquiiites ; mais les ministres de l'intérieur et de l'administration de la guerre ayant consulté l'Institut à ce sujet , les
222 PHYSl<}Ufi, GSIKE
sections de cbimie et de médecine ont trouvé que le aûnc egt trop dissoluble par les acides les plus légers , par les graisses , et même par l'eau pure , et que les sels qu'il forme sont trop ^cres, et dans certains cas excitent trop les intestins, pour qu'on puisse employer ce métal sans inconyénients A ces divers genres de service. Sage a fait en son particulier des expériences qui lui ont donné â connaître que l'eau distillée tenue dans des vases de zinc y prend une saveur styptique très marquée , et que des sucs de fruits cuits dans ces mêmes vases en dissolvent une piirtie et forment des sels assez abondants qui en rendent le goût désagréable; ce qui est d'autant plus fâcheux que les mines dont il est. question ne contiennent pomt d'arsenic comme il y en a dans quelques autres , et que sous ce rapport il n'y avait rien à en redouter. On en a eu une nouvelle preuve dans l'ana«lyse que Sage a faite de cette mine et qu'il a lue à l'Institut.
Yauquelin et Thénard ont donné une analyse de l'eau minérale de Provins , d'où il résulte qu'elle contient par litre :
Carbonate de chaux • 0,554
Fer oxydé 0,078
Magnésie 0,086
Manganèse 0.017
Silice 0,026
Sel marin. 0,0^
Acide carbonique, 27 pouces «/„
IlOf
et une quantité inappréciable de muriate de chaux et de matière grasse, mais que l'acide sulfurique, que Tony avait soupçonné, n'y existe point du tout.
Thénard a fait paraître le premier volume d'un Traité élémentaire de Chimie où cette science qui fait journellement tant de progrès, et à qui Thénard lui-même en fait faire de si grands, se trouve exposée dans son état du moment. L'auteur y range les faits d'après le degré de simplicité des corps auxquels ils appartiennent ; après y avoir
Sarlé des agents impondérables, il traite de l'oxygène et de la théorie e la combustion, et passe ensuite aux corps combustibles, à leurs combinaisons entre eux , et à celles qu'il contractent un à un avec l'oxygène. Ces dernières se divisent, selon leurs propriétés, en oxydes et en acides ; et les acides fluorique et muriatique y sont rangés d'après les idées ordinaires qui en font des corps oxygénés. C'est à eux que s'arrête cette première partie d'un ouvrage que la marche rapide de la science a rendu nécessaire sitôt après d'autres ions ouvrages sur le même sujet, et dont on ne peut que désirer vivement la pi*ompte terminaison.
L'une des plus curieuses substances dévoilées dans ces derniers temps est Y^)de, cette matière si longtemps cachée dans le varec, qui
ET Htr&OROLOaiZ. 223
«'élère, parla chaleur, ea une vapeur d*ua beau violet, et qui , se comportant avec les autres corps a'ujie manière analogue à celle du chlore , ou de ce qu on appelait ci-devant eaz muriatique oxygéné, a donné une nouvelle force aux idées que l'hydrogène sulfuré avait fait naître , et sur la voie desquelles on avait été remis par le chlore; idées qui tendent à introduire dans la théorie chimique cette modification importante, que l'oxyjg;ène n'est pas à beaucoup près le seul principe capable d opérer l'acidification.
En effet BerthoUet avait montré, il y a près de trente ans , que l'hjdrogène sulfuré , où il n'entre point d'oxygène , a toutes les pro<priétés des addes , et les chimistes allemands avaient fort insiste sur ce Sait pour combattre une partie delà théoiie française. Thénanl et Gay-Lussacfirent, au commencement de 1809, des expériences d'où il résultait qu'il est impossible d'extraire l'oxygène de ce que l'on appelle conmiunément acide muriatique oxygéné, et que, pour continuer à i»'oire qu'il y existe , il faut supposer que dans tous les cas où cet acide se convertit en acide muriatique ordinaire il se forme de l'eau qui s'unit indissolublement à l'acide produit , ou du moins que les éléments de l'eau y entrent comme parties intégrantes ; tandis qu'en regardant le soi-disant acide muriatique oxygéné comme une substance simple dont la combinaison avec l'hydrogène donnerait l'acide muriatique ordinaire, on est dispensé de cette suposition. Mais, tout en énonçant ces deux manières de voir, nos deux chimistes s'en tinrent À la premièi*e , qui était plus analogue à ce qui se passe dans le grand nombre des acidifications.
Bavy , qui avait été conduit aux ménaes conclusions, mit plus de hardiesse dans son choix; il adopta décidément la deuxième tnéorie, et donna en conséquence à l'acide muriatique oxygéné un nom partieulier , celui de chloré^ duquel il dériva ceux des deux autres acides dans lesquels il entre. L'un (ie muriatique), où il esten combinaiscm avec l'hydrogène, fut aj^lé hydrochlorifm; l'autre {le euroxygéné), qui résulte de sa combmaison avec l'oxygène , reçut le nom àHaaiie chiartque,
Bientàt les expériences sur l'acide nommé jusqu'ici /ftfortgtfe donnèrent lieu de penser, et ce fut Ampère, nouvellement nommé membre de la secûon de géométrie, qui eut le premier cette idée , que sa composition est analogue k celle de l'hydrochlorique , c'està-dire qu'il est composé à'hydrogène et d'un corps simple d'une nature partieuUère , que l'on dut alors désigner par le nom de fiuare.
Ainsi la propriété d'acâdifiter l'hydrogène ou de devenir acide par son moyen fiiit reoonoue admisaiMe dans trois substances: le ^ufire, 4e chlore, et le fluoré. L'iode en est venu offrir une ^a^ trième.
Nous avons dit , dans notre analyse des travaux de l'année dernière, que l'iode avait été découvert par Courtois. Cet habile fabricant
224 PHYSIQUE, CHODC
parait TaToir obtenu dès la fin de 181 1 , mais il ne Tayait communiqué qu'à Clément , son ami , qui lui-même ne le fit connaître que vers la fin de 1813. Cependant ce retard fut bientôt réparé; et en peu de jours Gay-Lussac et Dary eurent constaté les principales propriétés de cette substance, et spécialement Tanalogie suivie qu elle présente avec le chlore, et les deux acides qu'elle forme comme le chlore avec l'oxygène et avec l'hydrogène. Davy présenta celte analogie comme un nouvel appui pour la théorie qu'il avait adoptée.
Depuis lors on s'est occupé de l'iode avec l'intérêt dont il est digne. Colin a examiné ses combinaisons avec le mercure et l'ammoniaque, et reconnu qu'il se forme de l'acide iodicpie ou une combinaison d'iode et d'oxygène toutes les fois qu'on traite l'iode avec des oxydes où l'oxyeène est faiblement condensé. Il a bien expUqué la génération de la poudre fulminante d'iode, découverte, ainsi que Tiode lui-même , par Courtois. Le gaz ammoniacal est absorbé par l'iode , et forme avec lui un liquide visqueux, lequel mis dans l'eau change de nature : l'hydrogène d'une partie de l'ammoniaque forme , avec une partie de 1 iode, de l'acide hydriodique, qui se combine avec le reste de l'alcali , et l'azote de cette première portion d'ammoniaque forme avec l'autre partie de l'iode la poudre fulminante.
Le même Colin a travaillé avec Gauthier Claubry à déterminer la manière dont l'iode se comporte avec les substances organiques. Ces deux chimistes ont constaté que les substances où l'oxygène et l'hydrogène sont dans les mêmes proportions que dans l'eau , se mêlent simplement à l'iode; que celles où il y a plus d'oxygène s'y combinent intimement ; mais que ni les uns ni les autres ne 1 altèrent tant qu'on n'emploie pas une chaleur capable de les décomposer ; au contraire celles où l'hydrogène abonde convertissent l'iode en acide hydriodique, et il en arrive autant aux premières quand on les échauffe assez pour dégager leur hydrogène. Ces ei^riences leur ont présenté plusieurs phénomènes curieux; un mélanjg;e d'iode et d'amiaon trituré prend une couleur rouge, bleue, ou noire, selon que l'iode y est plus abondant, etc.
Mais celui qui a travaillé sur l'iode avec le plus de soin et d'étendue c'est notre confrère Gay-Lussac , dont l'ouvrage a été imprimé dans les Annulée de Chimie. Il y considère l'iode lui-même , ainsi que ses combinaisons et celles de ses deux acides avec les divers corps , ou ce que , d'après les règles reçues de la nomenclature chimique , on aevra nommer les ioduree , les iodates , et les hydriodates. A l'occasion de l'iode , il revient sur le chhre , et donne plusieurs remarques nouvelles sur ses combinaisons , oui n'avaient pas toutes été appréciées avec justesse; puis, considérant l'acide prussique comme essentiellement formé d'azote, d'hydrogène, et de carbone, il conclut que l'azote doit aussi être ajouté A la liste des substances qui peuvent produire des acides sans oxygène , ce qui l'amène à regarder racioité et l'alcalinité comme des propriétés intrinsèques
de certains corps et de certaines combinaisons , sans rapport nécessaire avec leur composition , tels que nous pouvons les découvrir, et ce qui le rapproche par conséquent des idées de Winterl et de quelques chimistes allemands. Ce mémoire est rempli d'ailleurs de recherches délicates et d'indications ingénieuses dont il ne nous est
Sas possible de rendre compte , mais qui ne manqueront pas de onner un nouvel essor à la partie de la chimie la plus profonde et la plus importante.
Théodore de Saussure, qui avait rédigé, en 1807, un mémoire sur la composition de l'alcohol et de Tacide sulfurique, d'où il résultait que l'éther est plus chargé de carbone et d'hydrogène que l'alcohol , a repris l'année dernière cet objet important de recherches, et, y appliquant des procédés à la fois plus simples et plus rigoureux , il est arrivé à un résultat plus précis. En faisant passer ces deux liquides par un tube de porcelaine incandescent, il a obtenu de l'eau et un çaz dont l'analyse n'offrait aucune difficulté ; et il a reconnu que l'alcohol et l'éther sont formés chacun d'une proportion de carbonate et d'hydrogène identique , et dans le même rapport où ils sont dans le gaz oléfiant , mais combinés avec des proportions différentes d'eau réduite à ses éléments.
Dans l'alcohol les éléments de l'eau forment le tiers du total , et dans l'éther ils en forment le cinquième ; en sorte que l'action de l'acide sulfurique sur l'alcohol, pour produire l'éther, ne consisterait qu'à enlever une portion de son eau , et que ce même acide, en plus grande quantité , produirait le gaz oléfiant , en enlevant la totalité de cette même eau.
Les résultats analytiques de Saussure s'accordent avec ceux qu'a obtenus le comte de Rumfort sur la quantité de chaleur produite par la combustion de l'alcohol et de l'éther.
Une des grandes difficultés de l'analyse des substances organiques consiste en ce que la chimie ne dispose que d'un petit nombre de réactifs propres à en séparer les principes immédiats sans les détruire. Ghevreul , chimiste au Muséum d'histoire naturelle , a cherché à multiplier les partis que l'on peut en tirer , en les employant à des degrés de chaleur très divers, et en fesant varier ainsi leurs forces dissolvantes.
Pour cet effet il a imaginé une machine , qu'il appelle digesteurdistii/atoire , et qui consiste en une marmite de papm, fermée par une soupape que maintient un ressort : la force du ressort, que Ion change à volonté, détermine le degré de chaleur que le liquide doit recevoir pour s'échapper. On recueille successivement le produit de chaque de^ré au moyen d'un tuyau qui conduit dans un récipient. La matière solide que l'on examine est retenue dans le digesteur par un diaphragme mobile , qui peut aussi la comprimer et en entraîner tout le liquide restant.
Ghevreul a opéré sur le liège par sa méthode ; il l'a soumis vingt
TOMt I. 15
fois à Taclion de l'eau et cinquante à. celle de Talcohol , et après avoir détaché ainsi des matières très diverses, il lui est resté un tissu cellulaire qu*il nomme subérine , et qui , traité par Tacide nitrique, se convertit en acide subérique. Parmi ces matières retirées du liége il ea est une qu'il croit nouvelle et qu'il nomme cértne, parce qu'elle a plusieurs des propriétés de la cire.
Le même chimiste a appliqué sa méthode au succin ou ambre jaune, et a reconnu que l'acide succinique y existe tout formé.
Il a aussi continué ses recherches sur la saponification dont nous avons donné l'analyse Tannée dernière, et en comparant la graisse naturelle à celle qui a été saponifiée, il a conclu que les propriétés de cette dernière ne viennent point de 1 élimination ni de l'acquisition de quelques substances , mais d'un nouveau mode de combinaison occasionné par l'action de l'alcali , et qui donne A la graisse une analogie avec les acides, indépendante de toute oxygénation.
Pelletier, fils , a fait l'examen des matières colorantes que 1 on retire du bois de santal et del'orcanette, et que l'on regardait jusqu'ici comme de simples résines. La première joint à la plupait des propriétés des résines celles d'être dissoluble dans l'acide acétique, même très faible , de se comporter alors avec la gélatine comme les substances dites astringentes, de donner de l'acide oxalique par l'acide nitrique : elle montre encore quelques autres caractères qui paraissent devoir en faire un nouveau principe végétal. La matière retirée de l'orcanette se dissout dans l'éther, l'alcohol, et tous les corps gras. Par l'acide nitrique elle donne de l'acide oxalique et une matière amère; les alcalis et l'eau lui font changer diversement de couleurs ; en un mot l'ensemble de ces phénomènes lui donne aussi un titre, selon Pelletier, à prendre un rang particulier parmi les principes immé* diats des végétaux.
Nous avons vu dans le temps que le platine brut, tel qu'on le retire de sa mine, contient plusieurs substances étrangères, et entre autres quatre métaux particuliers, qu'on a nouvellement distingués; et . nous avons exposé l'année dernière par quels moyens Vauquelin est parvenu à séparer de la dissolution du platine , dans l'acide nitromuriatique , et à obtenir dans leur état de pureté deux de ces nouveaux métaux appelés palladium et rhodium, qui se dissolvent en même temps que le platine. Nous avons dit aussi comment Laugier, s'étant aperçu que cette dissolution contient une quantité notable d'un troisième métal remarquable par sa volatilité , qui lui a fait donner le nom d'oMuttim, avait indiqué une manière facile de le recueillir.
Il restait à examiner une poudre noire qui ne se dissout point dans l'acide nitro-muriatique, et qui par conséquent forme le résidu de la dissolution du platine. Elle se compose principalement de ce même osmium , et d'un quatrième nouveau métal , que les couleurs vivesret variées de ses combinaisons ont fait nommer iridium.
Ces deux métaux y sont unis à du chrome, à du fer, à du titane, à de la silice, et même à un peu d'alumine : et la difficulté était de les séparer nettement de ce mélange , et de les obtenir complètement isolés.
C'est à quoi Yauquelin a réussi , mais par des opérations pénibles et compliquées*
De simples lavages divisent cette poudre noire en deux parties ; Tune plus déliée , plus brillante , contient plus d'iridium et d'osmium, et presque pas de chrome; l'autre, plus brune et plus grossière, contient moins des deux premiers métaux et plus des autres. Comme celle-ci est la plus difficile à analyser, nous nous bornerons k ce qui la regarde.
Yauquelin la triture d abord avec le double de son poids de nitrate de potasse, Toxygène de l'acide oxyde l'iridium et l'osmium , qui se combinent ayecla potasse deyenue libre. La chaleur fait sortir ensuite une grande partie de l'acide et de l'osmium, qu'on reçoit dans de l'eau de chaux; le résidu délayé et saturé par l'acide nitrique donne un précipité d'iridium , de titane , de fer , d'alumine , et d'un peu d'oxyde de chrome; et il reste une liqueur composée de potasse unie à de l'acide de chrome et à de l'osmium. On en sépare ce dernier, en ajoutant de l'acide nitrique, en distillant et en recevant l'osmium dans un flacon entouré de glace; on verse dans l'eau qui l'a reçu un peu d'acide muriatique , et on y place une lame de zinc, qui précipite l'osmium. Pour l'avoir bien pur on le lave avec de l'eau un peu aiguisée d*acide sulfurique.
Il faut ensuite retirer le chrome; pour cet effet on fait évaporer , on redissout dans l'eau , on filtre pour avoir la silice qui peut rester, on verse du nitrate de mercure au minimum; il se produit un préci-
Sité de chrômate de mercure au minimum , lequel séché et calciné onne de l'oxyde vert de chrome. Reste le premier précipité d'iridium, de chrome et d'alumine. Il y a encore un peu d'osmium qu'on enlève en traitant par l'acide muriatique , distillant et précipitant par le zinc , comme la première fois. S'il reste des parties non dissoutes on les triture avec le nitre , comme dans le commencement ; et on observe que plus on répète cette opération , plus les dissolutions deviennent bleues, parcequ'elles contiennent de moins en moins de fer et de titane , qui , comme plus faciles à dissoudre , sont d'abord saisis par l'acide, et laissent une plus grande proportion d*iridium.
Or l'iridium a cette propriété qu'à cet état d'oxydation où ses dissolutions dans les acides sont rouges il ne précipite que par le muriate d'ammoniaque, et sous forme de sel triple. On l'amène donc à cet état^ en faisant bouillir sa dissolution muriatique avec de l'acide nitrique ; on neutralise la liqueur par de l'ammoniaque; l'ébullition en précipite le fer et le titane ; ou précipite ensuite l'iridium par le muriate d'ammoniaque ; et le sel triple qu'on obtient donne , par une chaleur rouge, 1 iridium métallique très pur.
22B PHTSIQUE, CHIMIE
. Ce métal, si difficile à retirer du singulier alliage qui le cachait à tous les yeux, a des propriétés remarquables. Sa couleur et son éclat ressemblent assez à ceux du platine ; il est plus difficile à fondre , insoluble dans les acides simples, difficilement soluble dans le nitromuriatique; mais la potasse et le nitre Toxydent, et se combinent avec lui en une poussière noire qui donne des dissolutions bleues; avec Tacide nitro-muriatique bouillant il donne une dissolution rouge; ses dissolutions bleues elles-mêmes deviennent rouges par Fébullition ; mais les bleues et les rouges sont décolorées par le sulfate de fer, rhydrogène sulfuré, le fer, le zinc , et l'étain ; elles reprennent leur couleur par l'acide muriatique oxygéné ; c*cst Firidium qui colore en rou^e les derniers précipités de sel triple de platine, tandis que les premiers, où il n'entre point, sont jaunes.
Les propriétés de l'osmium ne sont pas si aisées à constater, à cause de sa facilité à s'oxyder et à se volatiliser aussitôt. Son oxyde est blanc et très caustique ; il répand une odeur insupportable : flexible et fusible comme la cire , dès qu'il touche une malière animale il la noircit. Sa dissolution dans l'eau devient bleue par la noix de galle , etc.
Mongez, dans un mémoire sur le bronze des anciens , a prouvé, d'après les expériences de Darcet , que ce n'est point par la trempe ou l'immersion dans l'eau froide que le bronze se durcit , comme il arrive à l'acier ; mais qu'il obtient au contraire sa dureté lorsqu'après avoir été rougi on le laisse refroidir lentement à l'air. Darcet a tiré parti de cette propriété pour faire des cymbales , instrument qui ne se fabriquait jusqu'à présent qu'en Turquie, et, à ce qu'on prétend, par un seul ouvrier de Gonstantinople, qui en a le secret.
Nous avons parlé depuis deux ans de ces acides sans oxygène, ou, comme on les appelle maintenant, de ces hydracides qui sont venus faire une brèche si considérable à l'imposant édifice de la théorie chimique de Lavoisier. Les travaux de Gay-Lussac ont constaté cette année qu'il y en a un de plus à ranger aans cette classe, celui que de Morveau avait appelé acide prussique , parce qu'il entre dans la composition du bleu de Prusse, et q^ue son radical n'étant pas connu il n'était pas possible alors d'en dériver sa dénomination.
Les expériences de Marcgrave , de Bergman , et de Scheele , ne permettaient pas de douter que dans le bleu de Prusse le fer ne fût uni avec une substance qui jouait le rôle d'un acide: cependant BerthoUet avait soupçonné depuis longtemps qu'il n'y entrait point d'oxygène, mais seulement du carbone, de l'azote, et de l'hydrogène, dans sa composition ; et c'est ce soupçon que Gay-Lussac vient de changer en certitude.
En décomposant avec des précautions qu'il indique, le prussiate de
mercure par l'adde hydrocblorique (autrement murialique)^ il obtient l'acide pnissîqne pur; et nous avons déjà parlé dans un de nos rapports précédents des propriétés singulières qu'il lui a reconnues dans cet état, et principalement de son extrême volatilité. Brûlant ensuite la vapeur de cet acide par l'oxygène et l'étincelle électrique, il obtient des quantités déterminées d'eau, d'acide carbonicpie, et d'azote; il défalque l'oxygène consommé dans la production des deux premières de ces suostances , et il arrive à cette conclusion qu'un volume de vapeur d'acide prussique résulte de la combinaison et de la concentration d'un volume de vapeur de carbone, d'un demi-volume d'azote, et d'un demi- volume d'hydrogène, ou , en exprimant ces volumes en poids d'après la densité de chacune de ces vapeurs, que cent parties d'acide contiennent :
44,30 de carbone , 51,71 d'azote, 3,90 d'hydrogène.
Ainsi l'acide prussique renferme plus d'azote et moins d'hydrogène que les autres substances animales, dont il se distingue surtout par l'absence totale d oxygène.
C'est le premier hydracide connu dont le radical soit décom-
Sosable; et ce radical Gay-Lussac est aussi parvenu à l'obtenir ébarrassé de son hydrogène. Ne pouvant conserver cette épithèledc prussique, qui ne tient qu*à un accident, il lui a donné le nom de cyanogène {c'esi-k-Sxve produisant du bleu). L'acide prussique prendra donc désormais la dénomination A'kydrocyanique^ ses combmaisons avec les bases celle Shydrocyanates , et les combinaisons de son radical celle de cyanures.
Nous voudrions pouvoir rendre compte des expériences aussi nombreuses que délicates par lesquelles Gay-Lussac a rapporté à l'une ou à l'autre de ces classes les divers produits de l'action de l'acide prussique sur les corps, et toutes les propriétés qu'il y a fait connaître ; mais l'espace ne nous le permet pas. Qu'il nous suffise de dire que le bleu de Prusse en particulier lui parait plutôt un cyanure cfe /èr qui aurait retenu de l'eau qu^un hydrocyanate , ou, comme on le disait autrefois, unprussiate.
Ce cyanogène, considéré isolément , a offert lui-même des pro-
{>riétés fort remarquables; c'est un fluide élastique permanent dont a densité est a celle de l'air comme 1,8064 à 1 , d'une odeur particulière et très vive, qui donne à l'eau une saveur piquante, et brûle avec une flamme purpurine. L'eau en absorbe quatre fois son volume, et Valcohol vingt-trois fois. Son analyse directe a donné le même résultat que celle de l'acide hydrocyanique, c'est-à-dire un volume de vapeur de carbone pour un demi-volume d'azote.
Gay-Lussac a aussi présenté à l'Académie des mémoires sur le froid qui résulte deVévoporation, et sur l'évaporation dans l'air à différents
230 PUTSIQUE, CHIMIE
degrés de teaipératare et de pression, où il exprime par une formule les résultats de rexpérience. 11 a fait suivre le dernier d'un mémoire sur l'hygrométrie , qui en offre les conséquences immédiates ; mais ces ouvrages n'ayant point encore acquis à son gré cette précision et cet ordre qu'il est accoutumé de donner à tout ce qu'il publie, Fauteur a cru devoir en différer Timpression.
Dulong , professeur d'Alfort , a présenté sur Tacide oxalique quel* ques expériences qui , sans former encore un ensemble complet , ouvrent cependant des vues intéressantes pour la science. En saturant cet acide de baryte , de strontiane , ou de chaux , l'on obtient 'des sels qui représentent toujours l'acide employé , même après qu'on les a exposés à une chaleur supérieure à celle de l'eau bouillante; mais avec de l'oxyde de plomb ou de zinc on perd toujours vingt pour cent de Vacide par la dessiccation. En poussant ensuite au feu ces oxalates métalliques desséchés, il ne se montre point d'eau ; mais on obtient de l'acide carbonique, du gaz oxyde de carbone , et il reste des oxydes des métaux employés , dont celui de plomb offre des propriétés particulières. Les oxalates de cuivre, d'argent , et de mercure , donnent au contraire toujours de l'eau dans leur décomposition, quelque desséchés qu'ils aient été, en même temps que de l'acide carbonique, et le résidu est à l'état métallique. Il y a détonnation pour l'oxalate d'argent, et l'on sait d'ailleurs qu'il détonne par le choc aussi bien que les oxalates de mercure.
Quant aux oxalates de baryte, de strontiane, et de chaux, ib donnent, en se décomposant par la chaleur, de l'huile empyreumatique, de l'eau, de Toxyde de carbone, de l'hydrogène carboné, de Tacide carbonique, et il reste un mélange de sous-carbonate et de charbon.
On pourrait expliquer ces phénomènes de deux manières.
Ou l'acide oxalique serait composé seulement de carbone et d'oxygène dans des proportions intermédiaires entre celles de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, mais il contiendrait de l'eau que ccrtams oxalates, comme ceux de plomb et de zinc, abandonneraient par le dessèchement, tandis que les autres la retiendraient; ou bien il serait composé d'acide carbonique et d'hydrogène. Ce dernier avec l'oxygène de l'oxyde formerait de l'eau que ces premiers oxalates laisseraient encore échapper , et il ne resterait que l'acide carbonique et le métal, combinaison nouvelle en chimie; car on y regardait comme un principe général que les métaux ne peuvent s'unir aveclesacidesqu'aprèsavoirétéoxydés.Duloog, qui penche pourcette dernière explication, pense donc que ces oxalates de plomb et de zinc desséchés ne sont pas de vrais oxalates ; et il propose de leur donner, ainsi qu'aux combinaisons du même genre qu'on pourrait découvrir, le nom de carbonides. Quant aux oxalates qui ne donnent point d'eau par le dessèchement, ils contiendraient l'acide oxalique dans soninté- {^rilé; et, comme d'après sa composition on le nommerait désormais hydrocarbonique. les sels mêmes s'appelleraient hydrocarbonales.
ET HÉTÉOaOLOGIE. 231
Dulongest conduit par l'ûnalogie à des conclusions très générales, par lesquelles il fait rentrer sous les mêmes lois doq seulement les acides ordinaires, mais encore les hydracides; nous en rendrons un compte plus détaillé lorsque lui-même aura remis les mémoires plus étendus qu'il promet.
L'action chimique de la lumière solaire sur les corps est digne de toute raltention des savants par son influence sur la plupart- des phénomènes de la nature vivante , et cependant elle a été peu exa-
l'agissentpointl'un surTautredâns Tobscurité, dégagen solaire du gaz hydrogène phosphore, et déposent une poudre noire composée de phosphore et d'ammoniaque intimement combinés. Il en est à peu près de même du phosphore avec la potasse. L'action des divers rayons n'est pas toujours semblable ; les rouges ne produisent pas d'effet sur une dissolution de sublimé corrosif dans l'étber, tandis que les bleus et la lumière complète y opèrent une décomposition mutuelle. Les muriates métalliques très oxydés sont ramenés parla même voie au minimon d'oxydation.
Kous arons dit quelques mots les deux années précédentes des recherche» de Cheyreul , sur le savon et sur ce qui se passe lors de la saponification. Cet habile expérimentateur a reconnu que l'action de la potasse produit entre les éléments de la graisse de nouveaux modes de combinaisons d'où résultent des substances qui n'y existaient pas toutes formées auparavant, et dont deux , la margarine et une sorte d'huile ou de graisse fluide, acquièrent toutes les propriétés des acides. L'auteur, poursuivant son travail, s'est assuré que les mêmes effets sont produits par la soude , les terres alcalines , et divers oxydes métalliques, et que les substances résultantes sont en même proportion , de quelque agent qu'on se soit servi : la magnésie et l'alumine se bornent au contraire à contracter avec la graisse une certaine union , mais sans en repartir ainsi les éléments en divers composés. La quantité d'alcali nécessaire pour convertir en savon une quantité donnée de graisse est précisément celle qui peut saturer la margarine et l'huile que cette graisse produit. Notre laborieux chimiste a terminé ses mémoires sur cette matière en assignant la capacité de saturation de la margarine et de la graisse fluide, et en faisant connaître les propriétés de plusieurs nouvelles combinaisons savonneuses qu'il a produites par le jeu des affinités doubles, en mêlant une dissolution chaude de graisse fluide et de potasse avec différents sels terreux ou métalliques. Il est parvenu ainsi à rendre les savons , dont I étude avait été négligée jusqu'à présent, presque aussi connus que les sels dont les chimistes se sont le plus occupés.
Fourcroy avait fait connaître sous le nom à'adipocire une substance que l'on sépare, par le moyen des acides , de la matière grasse dans laquelle se convertissent les corps des animaux enfouis dans la terre,
et il ravait regardée comme iadentique a?ec celle que Ton retire à rétat cristallin des calculs biliaires de l'homme , et avec le spermacéti ou blanc de baleine qui se trouve en grande abondance dans certaines cavités de la tête du cachalot.
Chevreul, conduit par ses recherches sur les corps gras à examiner ces matières , a trouvé que celle des calculs biliaires ne donne point de savon , tandis que le spermacéti en fournit aussi aisément que la graisse , mais en s*altérant un peu autrement , dans d'autres proportions, et avec des propriétés particulières. Le gras de cadavres est bien plus composé que ne le croyait Fourcroy , et Ton y trouve différents corps gras combinés avec Tammoniaque, la potasse, et la chaux. C'est une graisse qui a déjà subi l'action des alcalis.
Chacun a pu observer une excrétion résineuse d'un jaune orangé oui sort des crevasses de l'écorce des bûches de hêtre exposées à 1 humidité , sous forme de lames ou de filets contournés comme du vermicel. Bidault de Yilliers a fait sur cette matière quelques expériences chimiques. Il s'en dissout une partie dans l'eau , une autre dans Talcohol , et le résidu a plusieurs des propriétés du gluten. L'acide nitrique la convertit en acide Oxalique, en matière jaune amère très abondante et en un corps gras , mais n'y produit aucun acide muqueux. Elle donne au feu beaucoup de carbonate d'ammoniaque et une huile fétide ; en sorte que les commissaires de l'Académie ont dû la regarder comme tenant de près à la nature des substances animales. Il sera intéressant de faire des recherches sur les causes de sa production.
Une des époques où la chimie se soit montrée plus brillante et plus utile a été sans contredit celle où la France, séparée pendant vingt ans des contrées dont les productions étaient devenues depuis si longtemps pour nous de véritables besoins , a été obligée d'y suppléer par des produits de son sol. Les arts connus ont été perfectionnés; des arts nouveaux ont été créés. Nous avons vu successivement extraire la soude du sel marin, former de toutes pièces l'alun et la couperose, rendre fixes des couleurs que l'on regardait comme faux teint, l'indigo du pastel remplacer celui de l'auil , la garance suppléer à la cochenille , et le sucre de betterave tenir lieu de celui de canne.
Ce dernier article , le plus important de tous , n'a pas perdu à beaucoup près son intérêt dans les circonstances actuelles. Il est vrai que beaucoup de fabriques sont tombées : mais celles qui ont été dirigées avec intelligence subsistent et prospèrent encore; et , selon le comte Chaptal , leur produit pourra toujours rivaliser avec le sucre des colonies. Ce savant chimiste donne une preuve sans réplique de son assertion , puisqu'il continue de fsibriquer avec profit : il est vrai que dans tous les détails de la culture, de la récolte, et de la préparation, ainsi que dans l'emploi des divers déchets , il s'est éclairé des lumières de la science et de celles de
ET KÉTÉOROLOGIB. 233
l'expérience , au point de ne rien rejeter qui puisse sei^vir, et d'employer à d'autres usages tout ce qu'il est obligé de rejeter. Il a décrit ses procédés d'une manière assez claire pour qu'ils puissent être saisis par tous les fabricants , et nous devons espérer que son ouvrage aidera à conserver à la France une industrie précieuse , et dont mille événements pourraient faire de nouveau une industrie nécessaire.
Dans le troisième volume de sa Chimie élémentaire y Thénard traite avec le plus grand détail et d'après les découvertes les plus modernes , parmi lesquelles il en est un si grand nombre que la science lui doit , des principes immédiats des corps organisés , des divers produits de leurs décompositions , et de leurs emplois dans les arts. Nous analyserons ce volume a^ec le reste de l'ouvrage.
On sait que les divers corps , et spécialement les divers liquides , se dilatent par la chaleur selon des proportions très différentes.
Gay-Lussac a cherché à découvrir quelque loi qui indiquât la rèçle de ces rapports; pour cet eflFet , au lieu de comparer les dilatations des divers liquides au dessus et au dessous d'une température uniforme pour tous , il est parti d'un point variable quant à la température , mais uniforme quant à la cohésion des molécules ; du point où chaque liquide entre en ébullition sous une pression donnée, et parmi ceux qu'il a essayés il en a trouvé deux qui , à partir de ce point, se dilatent également; ce sout l'alcohol et le sulfure de carbone qui bouillent, le premier à S?"" 41, le second à 46*" 60, tandis que d'autres liquides ne présentent pas, à cet égard, la même ressemblance. Cherchant alors les autres analogies des deux liquides en question , Gay-Lussac a reconnu qu'ils se ressemblent encore en ce point qu'un même volume de chacun d'eux , à la température qui te fait bouillir , donne , sous la même pression , un même volume de vapeur , ou , en d'autres termes , gue les densités de leurs vapeurs sont entre elles comme celles des liquides à leurs températures respectives d'ébuUition.
Gay-Lussac promet de donner suite à ses expériences , et de présenter bientôt des recherches plus complètes sur la dilatation des liquides et sur leur capacité pour le calorique , comparées à celles de leurs vapeurs.
Parmi les questions délicates dont s'occupe aujourd'hui la chimie, on doit ranger principalement celle des proportions selon lesquelles les éléments peuvent s'unir pour former les combinaisons des divers degrés. On a cru remarquer dans ces derniers temps qu'il y avait certaines limites affectées de préférence par la nature , et exprimées par des termes généralement simples ; et , d'après les recherches de
Gay-Ltt96ac, cela est suitout vrai pour les combinaisons des gaz, quand on a ^ard non pas à leur poids absolu , mais à leur yolumc sous une pression égale.
Ces sortes de recherches sont sujettes à de grandes difficultés , parce qu*il n'est pas toujours possible d'obtenir les combinaisons isolées , et que , lorsqu'on veut les extraire des sels dont elles font partie , elles se décomposent ou s'altèrent par le mélange des antres principes de ces sels , ou de l'eau qui y entre presque toujours.
C'est ainsi que Ton peut expliquer les différences notables des résultats de Davy , Dalton, et Gay-Lussac , touchant les combinai* sons de l'azote et de l'oxygène.
Des expériences présentées cette année à l'Académie par Gay- Lussac il résulterait que le gaz nitreux contient un volume d'azote et un volume égal d'oxygène sans condensation ; que dans certaines circonstances il se forme une combinaison d'un volume et demi d'oxygène , à laquelle Gay-Lussac donne le nom diacide pemiireux; que l'acide nitreux ordinaire se compose d'un volume d'azote contre deux volumes d'oxygène; enfin qu'il y a dans l'acide nitrique un volume d'azote et deux volumes et demie d'oxygène.
Parmi ces différentes variétés , si l'on peut s'exprimer ainsi , des oxydes ou acides qiii ont l'azote pour radical, il s'en trouve une que l'on obtient de la distillation du nitrate neutre de plomb préalablement desséché. C'est un liquide très volatil, de couleur orangée. Gay-Lussac le regardait comme l'acide nitreux dont les éléments seraient maintenus par l'action de Teau qui en ferait partie ; mais Dulong s'est assuré , par des procédés d'analyse fort exacts , qu'il ne contient point d'eau , et le nomme par cette raison ' acide nitreux anhydre. Son résultat a été confirmé par la synthèse. Un volume de gaz nitreux , et un peu plus de deux volumes de gaz oxygène , soumis k un froid artificiel de vingt degrés , donnent cet acide qui entre autres propriétés change de couleur non seulement par son mélange avec l'eau , mais par la chaleur ; incolore à 20* au dessous de zéro , il devient orangé à 16* au dessus, et presque rouge à 28*». Quatre parties de gaz nitreux et une partie de gaz oxygène , condensés de même par le froid , ont donné un liquide d'un vert foncé beaucoup plus volatil que le précédent, que Dulong regarde comme un simple mélange d'acide nitreux et d'un autre acide où la proportion du gaz nitreux serait beaucoup plus forte.
Dulong a examiné aussi les proportions selon lesquelles l'oxygène se combine avec le phosphore pour former des acides. Avant lui on n'en admettait que deux ; ses recherches lui font penser qu'il en existe quatre. Cefle où il entre le moins d'oxygène s'obtient en jetant dans l'eau un phosphore alcalin; il se dégage de l'hydrogène phosphore , et l'oxygène de l'eau forme avec le phosphore restant un acide qui reste combiné avec l'alcali , et qu'on en expulse par l'acide sulfurique. Dulong le nomme hypophosphoreux ^ mais il croit que son radical se compose en partie d'hydrogène.
ET HÉTÉOROLOGIE 235
Un second acide, auquel Dulong transfère le nom dephasphoreua:^ s'obtient au moyen de la décomposition de Feau par la combinaison de chlore et de phosphore au minimum , décomposition d'où il résulte deux acides , savoir Thydrochlorique ou muriatique , et celui dont nous parlons. Dulong le juge composé de 100 parties de phosphore et de près de 76 d'oxygène.
Le troisième acide est celui qui se produit par la combustion lente du phosphore dans l'air. 11 se décompose lorsqu'on le sature en acide phosphorique et en acide phosphoreux , et donne à la fois des phosphites plus solubles et des phosphates qui le sont moins. Toutefois Dulong ne le regarde pas comme un simple mélange, mais plutôt comme une combinaison de ces deux acides , qui aurait quelque ressemblance avec les combinaisons salines , et où l'acide phosphoreux ferait fonction de base. D'après cette opinion il propose de le nommer phosphatique pour rappeler l'analogie qu'il aurait avec les phosphates.
Le dernier terme de l'oxygénation est l'acide phosphorique : la
Froportion du phosphore à l'oxygène y est de 100 à 124. On obtient de la combustion vi?e du phosphore , ou de la décomposition de l'eau par le chlorure de phosphore au maximum , et en* core de plusieurs autres manières. Il est identique avec celui (ju'on retire des os des animaux.
Trois chimistes hollandais, Yan-Marum , Deyman , et Paëts-Van- Troostwick , firent connaître en 1 796 un gaz composé d'hydrogène et de carbone , qu'ils nonmièrent (faz oléfiant^ par la raison que sa propriété la plus singulière était de former un liquide huileux par son mélange avec le gaz muriatique oxygéné. D'après la théorie que l'on avait alors sur le gaz acide muriatique oxygéné , on devait croire que son oxygène s'unissait à l'hydrogène carboné , et donnait ainsi une sorte d'huile ; mais aujourd hui que l'on est venu à regar- • der ce gaz comme un corps simple , auquel Davy a donné le nom de chlore , on est obligé de chercher une aulre explication. Robiquet et Colin s'en sont occupés. Ils ont reconnu qu'en faisant arriver lentement dans un ballon un volume de gaz oléfiant et deux volumes de chlore , ils se convertissent entièrement et sans résidu en liquide huileux , lequel , décomposé par le feu , donne de l'hydrogène non saturé de carbone , un dépôt de carbone , et beaucoup de gaz muriatique, c'est-à-dire, d'après la théorie nouvelle, de gaz hydrochlorique : le chlore entre donc en substance dans le liquide huileux. Hais y est-il comme chlore et uni directement à l'hydrogène surcarboné, ou bien s'y trouve-t-il uni à l'hydrogène et comme acide hydrochlorique , ou , autrement, muriatique? C'est à la première de ces conclusions que les auteurs sont conduits par des inductions tirées de la pesanteur spécifique des composants et du composé , tandis que l'éther muriatique , qui a de nombreux rapports avec ce liquide huileux , leur naratt au contraire formé de l'union du gaz hydrochlorique avec l'hydrogène carboné.
GheFreul continue toujours de travailler avec le même zèle h son Histoire chimique des corps gras. Nous avons dit d'après lui , dans le temps , comment la graisse de porc se compose de deux principes, l'un plus consistant, Vautre plus liquide; comment l'action des alcalis en altère la combinaison , en sépare un principe nouveau analogue au corps doux de Scheele, et y occasionne la formation de deux autres principes de nature acide, avec lesquels l'alcali se combine pour former le savon ; nous avons exposé l'affinité diverse des alcalis et des terres avec ces deux acides , et les capacités de saturation de ces derniers ; enfin nous avons rendu compte de l'examen comparatif fait par Ghevreul de divers corps plus ou moins analogues à la graisse , tels que le calcul biliaire , le spermacéti , l'adipocire des cadavres et des dififérences essentielles qui les caractérisent. Dans un mémoire présenté à l'Académie cette année, ce laborieux cbimiste a commencé à rechercher les causes auxquelles sont dues les consistances , les odeurs , et les couleurs particulières à quelques huiles et à quelques graisses; et il s'est occupé des graisses d'homme, de bœuf, de mouton, de jaguar, et d'oie. Les variétés de consistance tiennent à la proportion des deux principes généraux des corps gras; mais les autres difEérences dépendent de principes paiticuliers et étrangers. Chrevreul propose un système de nomenclature analogue au reste de la nomenclature chimique , tant pour les principes qu'il a découverts que pour leurs combinaisons salines. Les deux principes de la graisse devront se nommer stëatine et élaïne , d'après les mots grecs qui signifient suif et huile. Son principe acide le plus consistant, ou sa margarine, sera l'acide margarique , l'autre, l'acide élaïque. Le spermacéti aura le nom de cétine , etc. Sans doute ces noms chargeront la mémoire; mais c'est un inconvénient inséparable des progrès de la science , et des périphrases (jui alougeraient le discours sans le rendre plus clair auraient des inconvénients non moins graves.
Les physiciens savent aujourd'hui , par les travaux d'un grand nombre de leurs plus ingénieux prédécesseurs , que les effets de la distribution de la chaleur dans l'intérieur des corps solides se rapportent à trois qualités variables selon les corps, mais déterminables et fixes pour chacun d'eux : leur capacité pour le calorique, c'est-àdire la quantité qu'il en faut à chacun pour passer d'un degré de chaleur à un autre ; leur conductibilité intérieure , c'est-à-dire le plus ou moins de facilité avec laquelle la chaleur parvient à s'y distribuer également ; et leur conductibilité extérieure, c'est-à-dire le plus ou le moins de facilité avec laquelle ils se mettent à l'unisson de chaleur avec l'air ou les corps environnants.
La première de ces qualités est appréciée depuis longtemps pour
ET HÉT£OROLO(H£. 237
chaque coi^ps ; la troisième dépend beaucoup de Tétat de la surface; et il est nécessaire , dans une théorie exacte , de la distinguer soigneusement de la seconde , qui tient sans doute à la disposition mutuelle des molécules des corps.
Le Comte de Rumfort avait fait de nombreuses expériences sur la conductibilité extérieure d*un même corps , selon qu'il est plus ou moins poli , ou revêtu de diverses enveloppes.
Desprets vient d'en faire pour comparer celle des corps différents dans des états de surface semblables pour tous. Il emploie des sphères assez petites pour que leur conductibilité intérieure n'influe point trop sur l'extérieure; ses thermomètres ont leur réservoir au milieu de chaque sphère , et les surfaces sont ou simplement polies , ou enduites d'un vernis et d'un nombre de couches de ce vernis , reconnu par l'expérience le plus favorable au refroidissement.
Desprets a rédigé ainsi une table des temps que mettent à se refroidir , au même degré , les principaux métaux employés dans les arts; et en combinant convenablement cette table avec celle des capacités , il obtient celle de la conductibilité extérieure ; c'est le plomb qui la possède au plus haut degré , ensuite la fonte, puis le fer, rétain, le zinc, et enfin le laiton.
Les bains du Hont-Dor, près Clermont , fournissent une eau à 42 ou 43° centrigades de température , contenant quelques matières salines, mais exhalant surtout une grande quantité d'acide carbonique. On observe de très grandes différences dans leur action sur ceux qui les prennent et dans le malaise qu'occasionne leur vapeur; et lorsque ces effets sont beaucoup plus marqués qu'à l'ordinaire , que les bains sont ce qu'on appelle soufrés^ on peut être assuré (ju un orage est prochain , et qu'il sera d'autant plus violent que ces signes précurseurs ont été plus manifestes.
Bertrand , médecin de ces eaux , attribue ces phénomènes à l'électricité qui , dans ses communications de la terre k l'atmosphère , ou réciproquement , doit , selon lui , suivre de préférence les ramifica^ tions tortueuses des eaux minérales ; mais les signes d'électricité qu'il a obtenus n'ont pas paru assez constants ni assez évidents pour servir de preuve à son hypothèse, et l'on n'a peut-être besoin de recourir qu'au plus ou moins de différence de chaleur au dedans et au dehors du bain , et i la plus ou moins grande abondance d'acide carbonique résultant de la plus ou moins grande difficulté que l'état de l'atmosphère extérieure oppose à sa dissipation.
Chacun sait que les alcalis fixes s'unissent au soufre , et forment avec lui cette combinaison à laquelle sa couleur a fait donner très anciennement le nom de foie de soufre , et que la nouvelle chimie place dans la classe générale des sulfures ; mais depuis que l'on a appris, par les brillantes expériences de Davy , (jue les alcalis fixes ne sont autre chose que des oxydes métalliques , il devenait intéressant de savoir s'ils entrent dans le sulfure comme oxyde ou connue
238 PflTSIQUE, CHIMIE
métal , c'est-à-dire s'ils conservent ou s'ils perdent , en y entrant , l'oxygène auquel ils sont unis.
Vauquelin avait présenté des motifs plausibles d'adopter la pre^ mière de ces opinions pour le sulfure fait à une haute température; et Gay-Lussac vient en quelque sorte de la démontrer.
En effet Vauquelin avait fait observer que le sulfure fait i une haute température, lorsqu'on le dissout dans l'eau, donne du sulfate, dont l'acide sulfurique contient précisément autant d'oxygène que la potasse employée; et si cet acide existait dans le sulfure avant la dissolution, il ne peut avoir pris son oxygène qu'à la potasse ; mais on pourrait objecter qu'il ne se forme qu'au moment de la dissolution et en décomposant l'eau.
C'est à quoi répond maintenant Gay^Lussac. En formant le sulfure à une température douce on n'obtient point de sulfate lor» de la dissolution , mais seulement de l'hyposulfite. La simple dissolution dans l'eau ne produit donc pas de l'acide sulfurique, et, s'il y en a, il a dû se former en même temps que le sulfure, et dans un moment où la potasse seule avait de l'osygène à lui fournir.
L'oxyde noir de manganèse, traité à chaud avec de la potasse caustique, se fond en une matière verte, dont la dissolution, d'abord de la même couleur, passe ensuite au bleu» au violet et au rouge. Scheele , qui a le premier observé ces variations , avait donné à la combinaison qui les présente le nom de canUléon minéral.
Ghevreul a remarqué qu'elle peut passer par toutes les teintes des anneaux colorés, et que l'on y produit alternativement les diverses nuances, soit en ajoutant petit à petit de l'eau , de l'acide carbonique, de la potasse, etc., soit en mêlant, dans diverses proportions, les deux couleurs extrêmes ; on peut enlever toute couleur par certains acides, etc.
Chevillot et Edwards , s'étant occupés de cette singulière substance, ont constaté d'abord qu'il ne peut se former de caméléon sans le concours de l'air; qu'il s'en forme dans l'oxygène plus aisément que dans l'air, et qu'il absorbe de l'oxyçène en se formant plus que ne ferait la potasse seule. Variant ensuite les proportions des composants, ils ont vu que le caméléon est d'im vert d'autant plus clair et plus pur qu'on y a employé moins de manganèse et plus de potasse, et qu'en aifgmentant le premier composant et diminuant l'autre, jusqu'à ce qu'ils soient en parties égales, on arrive à faire immédiatement du caméléon rouge , qui , dissout et évaporé , donne de beaux cristaux comparables au carmin, inaltérables à l'air; et capables décolorer une grande quantité d'eau. L'alcali y est pariFaitemenl neutralisé. Ces chimistes se proposent de suivre ces expériences, et espèrent en déduire les causes des phénomènes remarquables qu'offre le caméléon minéral..
La médecine emploie tous les jours des racines , des graines , ou d'autres parties déplantes et d'animaux auxquelles on a reconnu une
ET KÉTË0R0L06IE. 239
action bienmarquée sur Téconomie animale , et des vertus précieuses contre diverses maladies ; mais ces vertus n'appartiennent pas à la totalité des principes immédiats qui composent les substances , elles sont au contraire ordinairement l'apanage exclusif de l'un d'entre eux; et lorsque la chimie parvient à discerner ce principe privilégié et à découvrir les moyens de l'extraire , elle rend à la médecine un service d'autant plus grand que souvent les autres principes auxquels il est uni affaiblissent son action, et produisent même des inconvénients qui restreignent l'usage de la substance dans laquelle il entre.
Ainsi l'on connaît depuis longtemps le pouvoir de l'ipécacuanha pour exciter le vomissement, et les heureux effets de ce remède sur les suites de la dyssenteric; Ton sait ausu , par les travaux récents de De Gandolle , que les racines employées en pharmacie, sous le nom diipécacuanhay proviennent de plantes assez diverses et dont la force n'est pas toujours égale; savoir, d'un p^chotria^ d'un calù cocca, et d'une violette; mais il s'agissait de déterminer auquel des principes immédiats de ces racines appartient la vertu qui les a ren dues SI précieuses, ce qui seul pouvait donner les moyens d'assigner avec précision leurs degrés respectifs de puissance , et de fixer les meilleures méthodes de les préparer pour leur emploi en médecine. C'est ce que Magendie et Pelletier ont essayé de faire par une analyse chimique très soignée, et par des expériences sur les animaux et sur les hommes.
Après avoir enlevé, par l'éther, une matière huileuse^ d'une odeur désagréable, ils traitent l'ipécacuanha par l'alcohol, et en obtiennent de la cire et une substance particulière qu'ils séparent de cette cire au moyen de l'eau. Le résidu ne contient plus que de la gomme, de l'amidon, et du ligneux.
C'est à la substance dissoluble dans l'alcohol et dans l'eau qu'appartient le pouvoir de faire vomir; ce qui Ta fait nommer émétine. Elle se présente sous forme d'écaillés transparentes, brun rougeâtre, presque sans odeur, légèrement acres et amères ; elle est déliquescente à l'air, et offre plusieurs autres caractères qui paraissent lui être particuliers. A dose convenable, de 2 à 4 grains, elle a les effets de l'ipécacuanha, mais non pas son odeur nauséabonde, qui réside dans la matière huileuse. Le vomissement qu'elle occasionne est suivi de fortes envies de dormir. A dose plus élevée, de 6 à 12 grains par exemple, elle a fait périr les chiens, après des vomissements violents et plusieurs heures d'un assoupissement profond.
La racine d*ipécacuanha brun {psychotria emettcà) contient 16 centièmes d'émétine; mais la partie ligneuse intérieure de la même racine n'en possède qu'un peu plus a un centième. Il y en a 14 centièmes dans l'écorce d'ipécacnanha gris (caUicocca ipecacuanha) et 6 dans la totalité de la racine d'ipécacuanha blanc (viola emettcà).
L'opium, ou le suc de tète de pavots, dont l'usage est devenu si
général dans la médecine moderne, est aussi un composé de plusieurs principes ; et, malgré les travaux dont il a été l'objet, Serlurner, pharmacien d'Eimbeck, en Hanovre, a découvert dans l'opium un acide, et, ce qui est plus extraordinaire, un alcali nouveau, ou du moins une substance qui a toutes les propriétés générales des bases salifiables. C'est à elle qu'il attribue le pouvoir somnifère et vénéneux de Topium ; et il lui a donné , par cette raison , le nom de morphine. Amère , cristallisable , fusible, peu soluble dans l'eau même bouillante, mais beaucoup dans l'alcohol et dans l'éther, elle forme, avec la plupart des acides , des sels neutres remarquables , dont elle est précipitée par l'ammoniaque ; elle se résout au feu en oxygène, en carbone, en hydrogène, et peut-être en un peu d'azote. L'acide auquel elle est unie dans l'opium a reçu de Sertiirner le nom de méconique ; mais ce chimiste n'a pas eu le loisir d'en faire un examen assez approfondi.
Robiquet a repris et vérifié les découvertes de Serturner par rapport à ces deux substances ; il a reconnu que l'acide méconique est très soluble dans l'alcohol et dans l'eau; qu'il forme des sels diversement solubles avec les alcalis ; qu'il donne au sulfate de cuivre une belle couleur d'émeraude, etc.; mais Robiquet s'est assuré, contre lopinion de Serturner , que le sel essentiel extrait de l'opium par Derosne, en 1813, n'est pas la morphine, ni une combinaison de la morphine avec l'acide méconique; c'est, selon lui, une troisième substance qui existe dans lopium, en même temps que ces deux-là.
Sertiirner avait éprouvé de la morphine dissoute dans l'alcohol, des effets délétères assez violents ; mais quand on la donne seule elle agit peu . Orfila en a fait prendre sans eâet à des chiens, à une dose où l'extrait aqueux d'opium aurait produit un empoisonnement violent. Tous les sels solubles de morphine agissent au contraire avec la même intensité que l'opium, et en déterminant les mêmes symptômes , tandis que l'opium dont on a séparé la morphine perd son efficacité.
C'est donc la morphine qu'il faut tâcher de retrouver dans les végétaux indigènes, si l'on veut y découvrir quelque succédané de l'opium.
Sage a publié , dans le courant de l'année, quatre mémoires sur l'eau de mer ; il y admet un gaz particulier, auquel il donne le nom de gaz neptunien, oléagineux, akalin^ et inodore^ qui, selon lui, doit empêcher que la distillation ne puisse extraire de l'eau de mer une boisson salubre. On saura bientôt à quoi s'en tenir, d'après les expériences que le capitaine Freycinet a été chargé de faire dans le grand voyage qu'il a entrepris.
La chimie s'est enrichie cette année de deux nouvelles substances
£T ]IÉTÉOROLOGI£. 241
doublement intéressantes, en ce que l'une est à la fois métallique et alcaline 9 c'est-à-dire que son ozide est un nouvel alcali fixe , et en ce que l'autre est métallique et acidifiable, et en même temps plus analogue au soufre qu'à aucune autre matière.
On doit la première à Arf^edson, chimiste suédois; il l'a découverte dans une pierre nommée péudite, où il n'en a trouvé que de 8 à 5 centièmes; mais il en a reconnu ensuite jusqu'à 8 centièmes dans une autre pierre appelée triphane.
Cette substance donne, avec la plupart des acides, des sels très fusibles ; son carbonate en fusion attaque le platine presque aussi fortement que les nitrates des autres alcalis, et se dissout difficilement ; son muriate est très déliquescent: son sulfate cristallise sans eau de saturation. La capacité de cet alcali pour saturer les acides est plus grande que celle d'aucun autre , et il entre en plus grande quantité dans les sels qu'il forme avec eux.
L'auteur de la découverte a donné à sa nouvelle substance le nom de lahion^ pour rappeler qu'elle a été découverte dans une pierre, tandis que les deux autres alcalis fixes ont été d'abord 'tirés des végétaux.
La seconde substance a été découverte par Berzélius lui-même dans une fabrique d'acide sulfurique de Falun, en Suède. Il se dépose au fond de la chambre où l'on brûle du soufre retiré des pyrites une masse rougefttre, qui n'est elle-même en grande partie que du soufre, mais qui donne en brûlant une odeur acre de raifort. Cette odeur étant l'un des caractères d'un métal découvert depuis quelques années par Klaproth, et nommé tellure ^ on pouvait croire qu'elle était due au mélange de ce métal avec le soufre. Cependant Berzélius et Gahn, qui examinèrent d'abord cette matière rouge, ne purent en retirer de tellure. Le premier en emporta à Stockholm pour l'examiner de plus près, et il y trouva une substance très volatile, très aisément réductible, et ne se laissant point précipiter par les alcalis. Sa couleur est grise, avec un grand éclat; elle est dure, friable, et sa cassure ressemble à celle du soufre. Sa pesanteur spécifique est de 8,6. Elle donne une poudre rouge par la trituration, se ramollit à la température de l'eau bouillante, se fond un peu audessus, et reste quelque temps, à mesure qu'elle se refroidit, molle, pétrissable, et filante comme de la cire d'Espagne. A un peu plus de chaleur encore elle bout , se sublime en un gaz jaunâtre , et se fixe en forme de fleurs d'un beau rouge, qui cependant ne sont point oxidées. Dans l'air elle s'évapore en fumée rouge , ou brûle avec une flamme bleue , en donnant une si forte odeur de raifort qu'un 50* de grain suffirait pour la conununiquer au plus vaste appartement. Berzélius a donné à cette substance le nom de sélénium , d'après le nom grec de la lune, et pour rappeler le rapport qu'elle a avec le tellure ; rapport qui pourrait au reste ne tenir qu'à la présence même du sélénium dans les tellures examinés jusqu'à présent.
TOIB I. 16
242 PHTSIQUE, CHIIUE
Les nouvelles de ces découvertes ayant été annoncées à TAcadémie par Gillet-Laumont, et bientôt après par une lettre de Berzélius luimême adressée à BerthoUet, Vauquelm s'occupa aussitôt de vérifier ce qui concernait l'alcali ; et ses observations ajoutèrent quelques détails à celles qu'avait données Arfvedson. Quoique Yauquelin n'ait eu qu'une petite quantité de pétalite à sa disposition, il y a trouvé jusqu'à 7 pour cent de lithion.
Berzélius a suivi avec tout le soin qu'elle méritait sa belle découverte du sélénium. Il a soumis sa substance à la plupart des agents de la chimie , et reconnu comment ils se comportent avec elle ; et, étant venu à Paris cette année, il a donné lui-même son travail avec le plus grand détail dans les annales de Chimie. Sous tous les rapports il montre dans le sélénium une sorte d'intermédiaire entre les substances combustibles et les substances métalliques.
Il en fait surtout une comparaison, d'une part , avec le soufre et le tellurium, de l'autre, avec le chlore, le fluor, et l'iode ; substances
Jue beaucoup de chimistes ont voulu placer, dans ces derniers temps, ans la même classe que le soufre, parce qu'elles donneraient, comme le soufre, des acides en se combinant avec l'hydrogène. On peut se rappeler ce que nous avons dit à ce sujet dans nos analyses de 1813 et de 1814, en rendant compte de la nouvelle théorie du chevalier Davy, sur les acides qu'il croit formés sans oxygène.
Berzélius trouvant que les combinaisons, soit du soufre, soit du tellurium, soit du sélénium, avec les métaux et les substances combustibles, ont entre elles une grande analogie, et trouvant d'un autre côté que les combinaisons de l'iode et du chlore avec les mêmes matières sont aussi très analogues entre elles et avec celles des acides oxygénés , mais ne ressemblent point du tout aux précédentes ; ce savant chimiste en conclut que ce sont deux ordres bien distincts de substances, et il laisse entrevoir par-là qu'il ne regarde pas encore comme démontrée la théorie de Davy.
Ce sélénium est singulièrement peu abondant; 500 livres de soufre brûlé à la fabrique de Falun n'en donnent qu'un tiers de gramme. Combien doit^il être en proportion moins considérable encore dans la pyrite d'où ce soufre est extrait ! Berzélius l'a trouvé depuis formant environ le quart d'un minerai d'argent et de cuivre extrêmement rare, que l'on avait regardé, à cause de son odeur, comme un minerai de tellure, et que l'on tirait autrefois d'une mine maintenant abandonnée de la province de Smolande eu Suède. Il ena trouvé aussi quelques parcelles combinées avec du cuivre sans argent. Plus on réfléchit sur ces éléments chimiques , qui seraient ainsi jetés comme au hasard par la nature en petites parcelles de si peu d'effet dans l'univers que l'art le plus délicat, la science la plus profonde suffisent à peine pour les mettre au jour, plus on est porté à croire qu'une science plus profonde encore leur arrachera oientôt leur qualité d'éléments.
Gay-Lassac a fiiit en 1811 sur le principe colorant du bleu de Prusse, ou ce que l'on nomme depuis quelque temps Yacide prusnque^ des recherches qui ont fait reconnaître à cette substance, dans son état de pureté, des propriétés fort remarquables, et jusqu'alors entièrement ignorées; telles, entre autres, que la petitesse de Fintervalle qui sépare pour elle le point de la congélation et celui de réraporation, et son épouvantable influence sur l'économie animale. Ce savant chimiste, continuant ses recherches sur cet important sujet, a découvert, en 1814, que ce principe est un hydracide, c'est^ à-dire un de ces corps semblables aux acides quant à leur action extérieure, mais où Ton ne peut démontrer la présence de l'oxy* gène , et qui paraissent résulter de la combinaison de Vhydrogène avec un radical. L'acide prussique est même le premier hydracide dont on connaisse le radical quant à ses éléments, et Gay^Lussac a trouvé qu'il se compose de carbone et d'azote en proportions peu différentes. II a nommé ce radical cyanagèney et l'acide qu'il fournit hydrocyanique, à cause de sa propriété de teindre l'oxyde de fer en bleu. Nous avons annoncé toutes ces découvertes dans nos analyses de 1811 et de 1814.
Yauquelin a travaillé de nouveau sur cette matière en suivant, comme il le dit avec sa modestie ordinaire, la route que Gay-Lussac lui avait frayée ; mais cette route avait des embranchements qui ne pouvaient échapper à un homme tel que Yauquelin.
Le cyanogène gazeux se dissout dans environ quatre fois et demie son volume a eau, et lui donne une odeur et une saveur très piquante, mais sans la colorer. Après quelques jours cette dissolution se teint en jaune, puis en brun, dépose une matière brune, prend l'odeur d'acide hydrocianique , et développe de l'ammoniaque quand on y met de la potasse. Cependant elle ne peut encore donner du bleu de Prusse. Des expériences ultérieures montrent qu'elle contient de l'hydrocyanate , du carbonate d'ammoniaque , et de l'ammoniaque combinée avec un troisième acide que Yauquelin nomme cyanique, sans avoir absolument déterminé la composition de son radical.
Il y a donc décomposition de l'eau : son hydrogène s'unit à une partie du cyanoe;ène pour former de l'acide hydrocyanique ; une autre partie s'unit à de l'azote du cyanogène pour former l'ammoniaque ; l'oxygène de cette même eau avec une partie du carbone du cyanogène forme de l'acide carbonique. Le troisième acide résulte de quelque combinaison du même genre ; et il reste cependant encore du carbone et de l'azote que cet oxygène ne suffit pas pour convertir en acide, et qui donnent la matière brune du dépôt.
Les oxydes alcalins produisent des effets semblables , mais bien plus rapidement.
Une multitude d'autres applications du cyanogène aux oxides, aux métaux , aux substances combustibles , ont donné à Yauquelin des résultats non moins curieux. La question la plus intéressante
qu'elles pouyaient résoudre était de savoir si le bleu de Prusse est un cyanure ou un hydrocyanate , c'est-à-dire une combinaison de Toxide de fer avec le cyanogène, ou bien avec son hydracide. Vauquelin ayant constaté que Teau imprégnée de cyanogène peut dissoudre le fer sans le changer en bleu de Prusse , et sans qu'il y ait dégagement d'hydrogène, mais en laissant du bleu de Prusse dans la portion non dissoute, et que l'acide hydrocyanique convertit le fer ou son oxide en bleu sans le secours ni des alcalis ni des acides ; il en conclut, contre l'opinion de Gay-Lussac, que le bleu de Prusse est un hydrocyanate, et que, lorsqu'on expose du fer à l'eau imprégnée de cyanogène , il s'y forme à la fois de l'acide cyanique qui dissout une partie du fer, et de l'acide hydrocyanique qui en convertit une autre en bleu.
n établit même une règle générale, laquelle serait que les métaux qui, comme le fer, peuvent décomposer Peau & la température ordinaire forment des hydrocyanates ; et que ceux qui n'ont pas cette acuité, comme l'arguent et le mercure, ne forment que des cyanures.
Tout le monde sait que la plupart des acides résultent des combinaisons de l'oxygène avec certaines substances auxquelles on a donné le nom de radicaux, et que, suivant qu'il entre dans la combinaison une quantité plus ou moins grande d'oxygène, l'acide formé est différent en propriétés, et prend des noms auxquels les chimistes modernes ont donné une certaine régularité , en indiquant le degré d'oxygénation par le moyen de la terminaison.
C'est ainsi que l'azote produit, par des additions successives d'oxygène, le gaz nitreux, l'acide nitreux, l'acide nitrique; et nous avons parlé, dans notre analyse de 1816, de combinaisons encore différentes dans leurs proportions découvertes par Gay-Lussac et Dulong.
Thénard vient de faire des expériences d'où il résulte que plusieurs acides peuvent admettre des proportions d'oxygène bien supérieures à celle que l'on regardait jusqu'à présent comme constituant leur état le plus oxygéné. En dissolvant avec précaution de la baryte suroxidéepar de l'acide nitrique, et en la précipitant par l'acide aulfiirique, son excès d'oxygène reste uni au premier acide qui devient ainsi de Pacide nitrique oxygéné. Par des moyens que Thénard indique on peut le concentrer assez pour qu'il donne par la chaleur onze fois son volume d'oxygène ; et, d'après les calculs de ce savant 'chimiste, il serait une combinaison d'un volume d'azote contre trois Tolumes d'oxygène. L'acide hydrochlorique s'oxygène par le même
Frocédé, et prend alors des propriétés singulières. Appliqué à oxide d'argent , il forme de l'eau et un chlorure , et son oxygène devenant libre produit une effervescence aussi vive que si Ton versait un acide sur un carbonate alcalin.
L'acide sulfurique, le fluorique, peuvent être oxygénés de même, et on peut suroxygéner encore tous ces acides une ou plusieurs fois. Il en est auxquels Thénard a ajouté de cette manière jusqu'à sept et
même jusqu'à quinze doses successires d'oxygène. Il a contraint ainsi de l'acide hydrochloriaue à en absorber jusqu'à trente fois son Tolume. Rien n'égale alors FefferTescence qu'y occasionne le contact de l'oxide d'argent. Par le moyen de ces acides ainsi surchargés d'oxygène, et par des procédés analogues, on peut aussi suroxygéner des terres et des oxides métalliques. Thénard a même suroxygénè l'eau en versant peu à peu de Teau de baryte dans de l'acide sulfurique oxygéné ; l'acide sulfurique s'unit à la baryte, se précipite avec elle, et laisse à l'eau son excès d'oxygène. Ainsi oxygénée l'eau dans le vide se congèle ou s'évapore sans perdre son oxygène ; il s'y concentre au contraire au point qu'elle en a absorbé jusqu'à quarante ou cinquante fois son volume : mais l'ébullition le lui enlève ; le charbon, l'argent, l'oxide d'argent, et ceux de plusieurs autres métaux, le font jaillir avec une vive e£Eer?escence; et, ce qui est singulier , un passage si rapide à l'état de gaz d'une quantité considérable de matière , loin de produire du froid, échauffe la liqueur à un degré très sensible. Thénard soupçonne qu'il y a quelque chose d'électrique dans ce phénomène.
On sait aujourd'hui , par les célèbres expériences galvaniques du chevalier Davy^ que les alcalis fixes ne sont autre chose que des oxides de métaux excessivement combustibles ; et par celles de Thénard et Gay-Lussac que l'on peut les ramener à l'état métallique au moyen du carbone et d'une très haute température. Nous avons parlé de ces grandes découvertes dans notre analyse de 1808.
Vauqueiin, ayant réduit dernièrement de l'antimoine par des flux alcalins, s'est aperçu que ce métal, mis dans l'eau, donnait une grande quantité de gaz hydrogène, et que l'eau devenait alcaline. D'autres métaux, réduits de la même manière, lui ont offert le même phénomène. Il en a conclu qu'une partie de l'alcali qu'il avait employé s'était, pendant l'opération , combinée à l'antimoine sous forme métallique, et décomposait l'eau pour revenir à l'état d'oxide ; mais il a été obligé d'en conclure aussi que la présence d'un métal est favorable à la réduction de l'alcali : car, autrement, l'alcali n'aurait pu prendre la forme métallique par une chaleur si faible.
Nous avons parlé l'année dernière des expériences de Chevillot et Edouard sur ^cette singulière combinaison d'oxide de manganèse et de potasse, que l'on a nommée caméléon minéral à cause de sa facilité à prendre successivement des couleurs diverses.
Ces chimistes ont donné suite à leur travail ; ils ont reconnu que la soude, la baryte, et la strontiane, peuvent produire, comme la potasse , différentes sortes de caméléons en s'unissant à l'oxide de manganèse et en absorbant de l'oxygène. Mais, s'attachant principalement à l'espèce de caméléon de potasse dans leauel l'alcali est parfaitement neutralisé, celle qui est d'une belle couleur rouge, ils ont observé que les corps très combustibles agissent sur elle avec beaucoup d'énergie ; qu'ils la décomposent, et s'enflamment souveu|t
réfi^arddes acides minéraux anciennement connus, le nitrique, le sulfurique, etc.
La cochenille , cet insecte singulier qui par la matière colorante qu'il fournit est deyenu un article si important de commerce, n'ayait point été encore étudiée par les chimistes ayec l'attention dont elle est digne. Pelletier et Gaventou en ont fait l'objet de leurs expériences : ils ont reconnu que la matière colorante si remarquable qui en fait la partie principale y est mêlée à une matière animale particulière , à une graisse semblable à la graisse ordinaire et â différents sels. Après avoir enleyé la graisse par l'éther et traité le résidu par l'alcohol bouillant, ils laissent refroidir ou lentement éyaporer l'alcohol , et obtiennent ainsi la matière colorante , mêlée seulement encore d'un peu de graisse et de substance animale , qu'on en sépare en dissofyant encore par l'alcohol â froid qui laisse la matière animale , et en mêlant à la dissolution de l'éther qui en précipite la matière colorante dans un grand état de pureté. Chacun sait qu'elle est du plus beau rouge , et les chimistes dont nous parlons lui donnent le nom de carmtne. Elle se fond à 50^, se boursoufle ensuite, et se décompose sans donner d'ammoniaque ; elle est très soluble dans l'eau , peu dans l'alcohol , et point dans l'éther sans l'intermède de la graisse. Les acides la font passer successivement du cramoisi au rouge yif et au jaune ; les alcalis au contraire , et en général tous les protoxydes y la font yirer au violet ; l'alumine l'enlève à l'eau.
Ces expériences expliouent plusieurs des procédés de l'art du teinturier et de celui du fabricant de couleurs , et particulièrement ce qui se passe dans la teinture en écarlate et dans la fabrication du carmin et de la laque.
La laque n'est formée que de carminé et d'alumine; elle a la couleur naturelle de la carminé , qui est le cramoisi. Le carmin est un composé triple de matière animale , de carminé , et d'acide qui en rehausse la teinte ; c'est l'action de l'acide muriatique qui convertit le cramoisi de la cochenille en belle couleur d'écarlate.
Les causes les plus apparentes des phénomènes atmosphériques , la densité de l'air, son humidité, sa chaleur, et son électricité, sembleraient devoir principalement dépendre de l'action du soleil : mais l'irrégularité de leurs effets dans nos climats prouve assez qu'elles éprouvent encore d'autres influences , et qu'elles se compliquent avec des causes encore inconnues; et c'est ce qui fait que jusqu'à nos jours la météorologie semble être de toutes les branches de la physique celle qui s'est le moins rapprochée de ce degré de certitude qui pourrait la faire considérer comme une science positive.
Humboldt fait remarquer que , si l'on peut espérer d'en jamais déterminer les lois, c'est en l'étudiant dans les climats où ces phénomènes offrent le plus de simplicité et de régularité ; et c'est
• ET IKÉTiOROIOGIE. 249
incontestablement la zone torride qui doit , à ce titre, fixer le choix de l'observateur.
Déjà c'est entre les tropiques qu'il a été possible de reconnaître les lois des petites variations horaires du baromètre ; c'est dans la zone torride que la sécheresse et les pluies , que la direction des ▼ents dans chaque saison, sont soumis i des règles inyariables.
Hnmboldt a porté son attention sur le rapport de la déclinaison du soleil avec le commencement des pluies dans la partie nord de la zone. A mesure que le soleil s'approche du parallèle d'un lieu , les brises du nord y sont remplacées par des calmes ou des vents du sud-est. La transparence de l'air diminue ; l'inégale réfringence de ses couches fait scintiller les étoiles à 20^ au-dessus de l'norizon. Bientôt les vapeurs s'amassent en nuages ; l'électricité positive ne se manifeste plus constamment dans le bas de l'atmosphère ; le tonnerre se fait entendre; des ondées se succèdent pendant le jour ; le calme de la nuit n*est interrompu que par des vents impétueux du sud-est.
Humboldt explique ces faits par le plus ou moins d'inégalité qui se trouve entre cette partie de la zone torride et la zone tempérée voisine. Lorsque le soleil est au midi de l'équateur, c'est l'hiver de l'hémisphère Doréal. L'air de la zone tempérée est le plus différent qu'il soit possible de celui de la zone torride. Il s'y écoule sans cesse en brise fraîche et uniforme qui reporte l'air chaud et humide dans le haut de l'atmosphère , d'où il retourne vers cette même zone tempérée , y rétablit l'équilibre, y dépose l'humidité : aussi la chaleur moyenne est-elle toujours moindire de 5 à 6*" dans le temps de sécheresse que dans le temps des pluies ; mais les vents de sud-est n'agissent point comme ceux du nord , parce qu'ils viennent d'un hémisphère beaucoup plus aquatique , et sur lequel le courant d'air supérieur ne se disperse pas de la même manière que dans l'hémispnère boréal.
Moreau-de-Jonnès a communiqué quelques extraits de sa correspondance sur le coup de vent qui a causé tant de dégâts aux Antilles, le 21 septembre dernier ; il a été précédé d'un calme plat : le vent est passé par le nord au nord-ouest , et c'est de ce point qu'il a soufflé avec violence. Jonnès remarque à ce sujet que l'année précédente le coup de vent du 20 octobre venait du sud-est, et quMl existe entre ces deux points un espace de 90® au sud et au nord d'où il ne souffle jamais de courant d'air. L'agitation de l'air a été suivie d'un ras de marée violent qui a entraîné des navires ; mais on n'a observé aucun mouvement extraordinaire dans le baromètre. Une remarque assez triste c'est que l'effet communément attribué à ces ouragans d'assainir l'air des pays qu'ils dévastent ne s'est pas vérifié dans cette occasion , et que la fièvre jaune n'a pas cessé d'exercer ses ravages.
Le même observateur a donné aussi une notice des tremblements
230 PHYSIQUE, CHIXIE •
de terre éprouvés aux Antilles oette année , et qui ont eu cela de remarquable qu'ils ont affecté une sorte de périodicité. 11 y en a eu huit depuis le mois de décembre jusqu'au mois de mai , un chaque mois , excepté en avril , où il y en a eu deux , et tous entre neui et onze heures du soir.
Le séjour que Berzélius a fait à Paris pendant une partie de cette année nous a valu une traduction française de son intéressant ouvrage sur la Théorie des proportions chimiques et sur l'influence chimique de F électricité^ ouvrage où il cherche à fixer les idées sur les deux points fondamentaux de la doctrine chimique; savoir, la disposition relative des particules élémentaires des corps, lorsqu'elles sont arrivées à une combinaison fixe , et la force impulsive qui les conduit â c«t état , ou qui les contraint â en changer et à se réunir en combinaisons nouvelles , soit entre elles , soit avec des particules d'autres espèces.
L'auteur part des lois récemment reconnues par les chimistes sur les proportions d'après lesquelles se font les combinaisons diverses des mêmes substances.
Il était si naturel de croire que l'identité dans les qualités chimiques de chaque substance composée tient à l'identité d'espèce et de proportion des éléments qui la composent , que cette opinion avait été adoptée bien avant que l'on pût en donner des preuves rigoureuses. On fut même longtemps sans chercher ses preuves, parce que Ton se contentait de cet aperçu vague et général.
Cependant les expériences de Bergman sur la précipitation des métaux les uns par les autres, celles de Wenzel, et surtout celles de Richter sur la décomposition mutuelle de différents sels par double affinité , commencèrent à donner de la précision à cette manière de concevoir la composition des corps ; elles prouvèrent
2ue certains oxides, que certams sels neutres, n'arrivent à un état xe et caractérisé que par des proportions fixes de leurs parties constituantes; mais un peu plus tard la plupart des chimistes, exclusivement occupés des discussions que la nouvelle théorie de la combustion avait occasionnées, négligèrent ce genre de recherches. Berthollet fut le premier parmi nous qui s'en occupa sérieusement dans son célèbre ouvrage de la Statique chimique. Il reconnut bien le principe qui résultait des expériences de Wenzel et de Richter, que les acides et les bases salifiables possèdent, chacun dans son espèce, des capacités constantes de saturation, et que si une base, par exemple, sature deux fois plus d'un certain acide que ne fait une autre base, elle saturera aussi deux fois plus de tout autre acide , et réciproquement. Mais Berthollet ne pensa point que deux substances dussent toujours s'unir d'après des proportions
fixes : « Si ces proportions sont fixes dans certains cas , disait-il , c'est qu'il survient aes circonstances qui interrompent l'aclion chimique , telles que la tendance à se solidifier ou à prendre la forme gazeuse ; hors de là cette action continue à combiner les corps , et rien n'empêche qu'elle ne les tienne unis dans toutes les proportions imaginables. »
II s'éleva , à ce sujet , une discussion animée entre ce savant chimiste et un autre de nos confrères , Proust. Ce dernier soutint qu'il n'en est ainsi que pour les simples solutions , telles que celles d'un sel neutre dans l'eau , mais que les vraies combinaisons entre deux mêmes substances n'ont lieu que dans des proportions fixes; que si le contraire semble quelquefois résulter des analyses, Tillusion vient d'un mélange qui se fait de l'excédant de l'un des éléments avec la masse véritablement combinée ; mélange très différent d'une combinaison proprement dite , et qui s'en laisse aisément distinguer. Il alla même jusqu'à soutenir que chaque métal ne pouvait se combiner qu'en deux proportions avec 1 oxygène; proposition trop exclusive , et qui fut combattue , en même temps que celle de BerthoUet, parThénard.
Les idées de Dalton sur la manière dont les molécules peuvent se combiner ayant excité en Angleterre à des recherches encore plus précises , les belles expériences de Wollaston établirent en quelque sorte d'une manière définitive, non seulement que les diverses combinaisons caractérisées entre des substances données ont lieu dans des proportions fixes , mais que les quantités de l'une , qui peuvent s'unir successivement à l'autre pour former ces combinaisons , se laissent exprimer par des nombres entiers et par des nombres assez petits.
Peu de temps après , Gay-Lussac prouva que tous les gaz se combinent en volume dans des rapports simples , et de telle manière , que leur contraction apparente est aussi en rapport simple avec leur Tolume primitif. Si les volumes sont en rapports simples , il en est de même des poids. D'une autre part, comme on peut gazéifier plusieurs liquides et plusieurs solides , et qu'on les gazéifierait tous en les exposant à une chaleur assez forte , il est tout naturel de penser que les lois de composition s'appliquent aussi à ces sortes de corps. Ainsi de la découverte de Gay-Lussac l'on pourrait conclure toute cette doctrine des proportions multiples.
Berzélius, qui a beaucoup contribué par ses propres expériences , à augmenter le nombre des faits sur lesquels repose maintenant cette doctrine , a cherché , dans l'ouvrage dont nous rendons compte, à en conclure une théorie, ou , ce qui revient au même , à les représenter par une théorie ; car dans ces matières les théories ne peuvent être que la représentation des faits recueillis.
Adoptant à cet effet lé langage de la philosophie c<»rpusculaire , il suppose les substances homogènes formées d'atomes ou de parti-
252 PHYSIQUE, CUIXIE
cules de matières , non pas, sans doute, absolument ou métaphy* siquement indivisibles , mais sur lesquelles aucune force mécanique ne pourrait produire de division ultérieure.
Lorsque les forces chimiques sont également impuissantes, l'atome est ce que Berzélius appelle simple; ce qui veut dire que c'est non seulement une particule de matière insécable , intriturable , mais encore indécomposable pour nous dans toute l'étendue du mot. Des atomes chimiquement simples , mais d'espèces diverses, en se combinant ensemble forment des atomes composés.
Dans le règne inorganique , le premier ordre de composition ne résulte que de l'union d atomes de deux espèces ; dans le règne organique au contraire il y en a toujours au moins trois. Les atomes composés du premier ordre s'unissent à leur tour en atomes composés du second , et ceux-ci en atomes du troisième et même du quatrième ; mais la tendance des atomes à s'unir diminue à mesure
3ue leur composition augmente. Il lui faut même pour continuer 'agir, passé un certain degré de composition, des circonstances dont l'homme n'est pas le maître; et bien que la nature ait formé autrefois et forme peut-être encore dans les entrailles du globe des minéraux d'une composition extrêmement compliquée , et cependant chimiquement homogènes , nous ne sommes en état de rien produire de semblable dans les opérations rapides de nos laboratoires.
On comprend que cette manière de se représenter les éléments des corps , ces atomes divers , supposés d'ailleurs , chacun dans leur espèce, de figures et de grandeurs semblables, se groupant deux à deux, trois à trois, en un mot, formant des réunions dans lesquelles ils entrent en nombre déterminé par Tespace qu'ils peuvent occuper d'après leur figure, s'accorde assez bien avec la rèçle des proportions multiples y et en donne même une sorte d'expbcation générale; mais on comprend aussi que la rè^le des proportions multiples elle-même , et par conséquent la théone qui s'y rapporte, dépend de la détermination de l'atome simple , laquelle ne peut avoir lieu sans quelque mélange d'hypothèse. En ^et on prend pour base de cette détermination celle de toutes les combinaisons connues où l'élément dont on veut déterminer l'atome simple existe dans la moindre qualité relative ; et l'on trouve généralement alors que les quantités additionnelles de celte substance gui produisent des composés fixes ont lieu d'après la règle des multiples par nombres entiers. Dans quelques cas rares, où Ton rencontre des nombres fractionnaires, on est obligé , pour ne pas faire d'exception â la règle, d'admettre qu'il existe des combinaisons inconnues, où la substance fractionnaire se trouve en quantité encore plus petite que dans aucune de celles qu'on connaît. On établit ainsi un atome hypothétique dont les diverses combinaisons fixes rentrent en effet alors dans les multiples par nombres entiers. Parmi les combinai-
sons que le gaz azote forme avec l'oxygène , par exemple , il y en a , telles que Tacide nitreux et l'acide nitrique, où il entre pour 1 ^ et 2 7 ; mais si l'azote était un corps composé , qui contint déjà moitié de son Yolume d'oxygène , ces nombres fractionnaires se changeraient dans les nombres entiers 4 et 6. Or, pour ce cas particulier, on est bien autorisé , à beaucoup d'égards , â admettre cette composition : car plusieurs autres expériences, et nommément celles par lesquelles on décompose l'ammoniaque au moyen de U pile galvanique , semblent annoncer que l'azote est , comme les alcalis fixes , un oxide métallique.
Du moment où l'on est convenu de la combinaison dans laquelle on doit trouver l'atome simple de chaque substance, et en admettant qu'ils sont tous de même volume , il est aisé de déterminer la pesanteur relative des atomes de chaque espèce , et même celle des atomes composés.
Berzélius en a dressé une table , où il prend pour unité l'atome d'oxygène, et dans le langage de laquelle il ne lui est pas difficile de traduire toutes les analyses connues. Presque partout il trouve alors des confirmations de la règle des proportions multiples.
Dans le reste de son livre Berzélius cherche à se rendre compte des causes qui rapprochent les atomes ou qui les séparent , c'est-à-dire qu'il essaie de remonter au principe même de l'action chimique.
Il n'est personne aujourd'hui qui ne sache que toute la chimie se laisse ramener aux affinités , dont la plus puissante , la plus importante , est celle qui produit la combustion. Chacun sait également que la théorie de Lavoisier , qui domine depuis trente ans , attribue toute combustion à une combinaison de l'oxygène avec les corps ; et la chaleur qui s'y produit au dégagement du calorique latent qui maintenait cet oxygène à l'état de gaz avant sa combinaison : explication qui . pour être parfaitement juste, exigerait que le produit de la combinaison eût perdu précisément autant de calorique latent qu'il s'en serait mamfesté sous forme libre.
Or il s'en faut beaucoup que l'expérience soit conforme à ce calcul.
Dans plusieurs combustions la chaleur qui se manifeste , et celle qui reste latente dans le produit de la combustion, forment ensemble une quantité très supérieure à celle que contenaient et Toxygène et le corps brûlé. Il arrive même quelquefois , comme dans la combustion du gaz hydrogène , que le produit de la combustion, c'està-dire l'eau , contient à lui seul presque le double du calorique latent que possédaient à la fois les deux gaz dont l'union la compose. Cette combustion , d'après l'explication reçue , aurait donc dû produire du froid; et cependant chacun sait qu'elle développe une immense quantité de chaleur.
Berzélius rapproche ces phénomènes d'une multitude d'autres dans
lesquels une combinaison chimique quelconque produit une chaleur considérable , sans qu'il y ait fixation d'aucun gaz , ni aucun changement d'état , ou aucune autre des causes que l'on reconnaît aujourd'hui comme propres à mettre en liberté quelqiies parties de calorique latent. La magnésie , par exemple , en s'unissant à l'acide sulfu rique concentré , s'échauffe souyent au rouge ; l'union du soufre avec les métaux produit du feu , aussi bien que celle des métaux et que celle du soufre lui-même avec l'oxygène.
La théorie de Lavoisier admettait aussi l'oxygénation comme la cause générale de la production des acides ; et à ce sujet Berzélius rappelle , ce que beaucoup d'expériences prouvent maintenant, que Foxygénation non seulement n'est pas nécessaire pour produire des acides , mais qu'avec un grand nombre de corps elle donne au lieu d'acides des bases salifiables; qu'avec un seul et même corps elle peut donner, soit un acide, soit une base, selon la quantité d'oxygène qui se fixe.
On ne peut donc se dispenser , selon lui, de rechercher , soit pour la production de la chaleur dans les expériences de chimie , soit pour l'acidité, des causes plus générales et d'un ordre plus élevé que celles qui ne tiendraient qu'à la fixation de l'oxygène ; causes dans la dépendance desquelles les combustions et les acidifications
Ear l'oxygène retomberaient elles-mêmes comme des cas particuers.
C'est par la découverte de l'action chimique de l'électricité, découverte à laquelle Berzélius a eu lui-même tant de part, qu'il croit avoir été conduit à reconnaître ces causes. La pile galvanique résout, comme on sait , toute combinaison chimique en ses éléments , en repoussant l'un d'eux vers le pôle positif, et l'autre vers le pôle opposé. L'oxygène, les acides , les coips qui agissent comme eux, vont se déçager vers le pôle positif; c'est le pôle négatif qui les repousse : ils se comportent donc , au moment où ils se dégagent , comme s'ils étaient électrisés négativement. Berzélius appelle ces substances électro-néjatives. C'est l'inverse pour l'hydrogène , pour les alcalis, pour les bases salifiables, que Berzélius nomme électropositives. Assez généralement ces effets se marquent d'autant mieux dans chaque substance que ses afiEinités sont plus énergiques dans le sens de la classe à laquelle elle appartient ; et comme un même oxide peut jouer alternativement le rôle d'acide ou d'alcali, selon les corps à l'action desquels on l'expose , de même une substance peut être électro-positive par rapport à une autre, et électro-négative par rapport à une troisième. L oxygène , dont les affinités sont si générales et si fortes , est aussi le corps dont la qualité électro-chimique est le plus marquée; et il se montre électro-négatif par rapport à tous les autres corps.
Pour expliquer cette dispositionconstante éprendre un caractère électrique déterminé , Berzélius a recours à un phénomène observé
ET UÊTÉOROLOGIE. 2S5
il y a quelque temps par Erman , et que Ton peut appeler une partialité électriaue. Il arrive quelquefois que la polarisation de l'électricité se fait aune manière inégale , et que l'un des pôles l'emporte sur l'autre.
C'est de cette supériorité d'un pôle sur l'autre dans les molécules de cette unipolarité, comme la nomme Berzélius, que dépendraient et leur manière de se comporter par rapport à la pile et leur tendance à s'unir entre elles, c est-à-dire leur action chimique.
Ainsi la combinaison, ou en d'autres termes la neutralisation mutuelle des agents chimiques , ne serait pas seulement analogue , ressemblante à celle des deux électricités : selon Berzélius , elle en serait un effet direct ; la chaleur , l'ignition que la combinaison produit, seraient de même nature que celles que produisent l'éclair ou la commotion électrique, et ce qu'on appelle affinité chimique plus forte, ne serait qu'une intensité plus grande de polarisation.
Dans les corps oxygénés le caractère électro-chimique dépend d'ordinaire du radical , et non pas de l'oxygène ; et ?oili pourquoi l'oxygénation ne produit pas nécessairement des acides; voilà pourquoi même avec certains radicaux, tels que ceux de la potasse et de la soude, le plus haut degré d'oxygénation n'arriverait pas jusqu'à l'acidité; enfin voilà pourquoi il existe des combinaisons très intimes de substances qui se comportent réciproquement comme feraient des acides et des bases , bien que ni Tune ni l'autre ne montre séparément les qualités ordinaires d'un acide.
Il y a dans cette manière de voir quelque ressemblance avec les idées que feu Winterl , chimiste hongrois , avait mises en avant vers le commencement de ce siècle , dans ses Prolusiones ehimÙB secuit XIX; mais Winterl ne s'appuyait que d'expériences fausses ou de spéculations métaphysiques vagues, et qui n'étaient pas de nature à lui concilier les suffrages des hommes accoutumés à une marche rigoureuse dans les sciences.
Berzélius a établi sur des principes dont nous venons de rendre compte une classification des corps chimiques , à laquelle il a adapté en même temps une nomenclature perfectionnée. Ce travail assez difficile pour les corps simples ne l'était pas autant pour les corps composés.
On sait que la nomenclature chimique française , devenue aujourd'hui à peu près universelle , représentait la composition des corps telle qu'on la supposait à l'époque où l'on en créa ^s dénominations. Depuis lors les découvertes chimiques ont apporté de grands changements aux idées reçues. Des corps que l'on croyait simples se sont trouvés composés; d'autres, dans lesquels on ne distinguait entre les éléments qu une ou deux variations de proportions, que l'on désignait par la terminaison , ont offert des proportions nombreuses , toutes très caractérisées , très fixes , diçnes de porter des noms particuliers : ainsi les substantifs et les terminaisons adjectives ont dû être mul-
256 PHYSIQUE, CttlMlE
tipliés. Il a fallu trouyer pour les sels deis dénominations qui indiquassent non seulement 1 espèce de leur acide et de leur base , le degré d'oxygénation de Tun etde l'autre, mais encore leur proportion mutuelle. Des moyens semblables ont dû être imaginés pour les combinaisons des corps combustibles.
Thomson avait déjà entrepris un semblable travail ; Berzélius en présente un nouvel essai qui lui parait plus méthodique : il fait remarquer cependant que, lorsque le nombre respectif des atomes de chaque élément sera connu, on y trouvera pour les composés un principe de nomenclature encore plus simple et plus rigoureux.
Berzélius a fait une application plus importante encore de ses principes à la classification des minéraux.
La silice et différents oxidesune fois considérés comme participant au rôle des acides , toutes les combinaisons terreuses viennent comme d'elles-mêmes se ranger dans la classe des sels; et, d'un autre côté, les lois des proportions multiples viennent donner une sorte de régulateur et de pierre de touche aux analyses minéralogiques, en aidant à disting^uer les parties essentielles d un minéral des mélanges accidentels qui troublent sa pureté.
Berzélius divise les substances qui composent la masse du globe en celles qui sont formées , suivant la loi de la nature inorganique, de l'union de plusieurs composés binaires, et en celles qui se forment de composés ternaires « suivant la loi de la nature organique. Toutes les circonstances accessoires semblent en effet prouver que les substances de cette dernière classe doivent leur origine à la vie.
La liste des substances chimiquement simples comprend trois ordres: loxygène, les corps combustibles non métalliques, au nombre de huit, .et les métaux actuellement au nombre de quarante-deux , y compris ceux des alcalis et ceux des terres.
Berzélius range toutes ces substances d'après leur degré d'intensité électro-négative, en sorte que chacune d'elles est électro-négative par rapport à celles qui sont au-dessous, et électro-positive par rapport à celles qui sont au-dessus dans la liste. Elles deviennent les chefs d'autant de familles minéralogiques que l'on peut former, soit en prenant toutes les combinaisons dans lesquelles celle que l'on fait chef de famille joue le rôle de base , c'est-à-dire où elle est électro-positive, ou celles dans lesquelles elle joue le rôle d'acide ou électro-négatif.
L'auteur a fait connaître sa méthode dans un second ouvrage, qu'il a également fait traduire en français pendant son séjour à Paris sous le titre àe Nouveau système de Minéralogie ; et il y donne, outre ses vues générales et son tableau méthodique, quelques échantillons de la manière dont il se propose de traiter chacune des familles.
De pareils écrits , quelque peu étendus qu'ils soient , prennent
une grande importance lorsqu'ils ouvrent une carrière aussi nouvelle, et qui peut devenir aussi féconde. C'est pourquoi nous avons cru de notre devoir d'en donner l'analyse avec quelque détail.
Gay-Lussac et Welther viennent d'ajouter à la liste des substances dues aux diverses combinaisons que les éléments peuvent produire, en suivant la règle des proportions multiples.
Ils ont découvert un acide formé par l'union du soufre et de Toxygène , et cependant différent et de racide sulfurique et de l'acide sulfureux entre lesquels il est intermédiaire. Aussi ces chimistes le nomment-ils adde hypo-sulfurique y et ses sels hypo-sulfates. Il se forme quand on fait passer du gaz acide sulfureux dans de l'eau qui tient en suspension du peroxyde de manganèse. On obtient ainsi du sulfate et de l'hypo-sulfate de manganèse ; on décompose ces sels par la baryte , et l'on a de l'hypo-sulfate de baryte, qui est un sel soluble, en£n on fait passer dans la solution de l'acide carbonique qui s*unit à la baryte et se précipite avec elle.
Cet acide est inodore; le vide, la chaleur, le décomposent en acide sulfureux et en sulfurique; ses sels, avec la baryte, la chaux, etc., sont solubles. La chaleur en dégage de l'acide sulfureux, et les convertit en sulfates neutres. Son analyse donne deux proportions de soufre , cinq d'oxygène , et une certaine portion d'eau qui paraît essentielle à son existence.
Ainsi le soufre , avec une proportion d'oxygène , donne l'acide hypo-sulfureux; avec deux le sulfureux; avec deux et demi l'hyposulfurique ; avec trois le sulfurique.
Nous avons annoncé, l'année dernière, dans notre analyse, les ingénieux procédés par lesquels Thénard est parvenu & augmenter considérablement la quantité d'oxygène que les acides et l'eau peuvent absorber. Les résultats de cet habile chimiste sont principalement intéressants en ce qui concerne l'oxygénation de l'eau. En multipliant les précautions et les opérations délicates, il a fait absorber à ce liquide six cent seize fois son volume de gaz oxygène , et â l'en saturer ainsi entièrement. L'eau , dans cet état , contient une quantité d'oxygène double de celle qui entre essentiellement dans sa composition. Elle est de près de moitié plus dense que l'eau ordinaire; et quand on en verse dans celle-ci , bien qu'elle s'y dissolve aisément, on la voit d'abord couler au travers comme une sorte de sirop; elle attaque Tépiderme, le blanchit, et cause des picotements; la peau même serait détruite par un contact prolongé : au goût elle produit une sensation qui se rapproche de celle de l'émétique; chaque goutte jetée sur l'oxide d'argent sec éprouve une violente explosion , avec dégagement de chaleur et de lumière; beaucoup d'autres oxides, divers métaux , lorsqu'ils sont très divisés, produisent des effets analogues : il y a toujours alors dégagement
TQHI I. 17
de roxyçène ajouté à Teau ; et quelquefois une partie de cet oxygène se combine avec le métal , lorsque celui-ci est aisément oxydable. Plusieurs matières animales^ entre autres la fibrine et le parenchyme de quelques viscères, possèdent , comme les métaux nobles, la faculté de dégager l'oxygène de Veau sans éprouver d'altération , surtout quand leau oxygénée est étendue d'eau ordinaire.
Cette dernière observation n'appartient pas seulement à la chimie ordinaire; elle est d'une grande importance pour la physiologie, puisqu'on y voit des solides, tels quil en existe beaucoup dans les corps animes, agir sur un liquide par leur seul contact ^ et le transformer en des produits nouveaux , sans en rien absorber , sans lui rien céder, sans éprouver, en un mot, aucun changement de nature propre. Un esprit exercé aperçoit sur-le-champ toute l'analogie de ce phénomène arec ceux des sécrétions , lesquels embrassent pour ainsi dire l'économie vivante tout entière.
Nous avons parlé, dans notre analyse de 1817, de la nouvelle base salifiable ou alcaline découverte dans l'opium par M. Sertûrner, et à laquelle ce chimiste a donné le nom de morphine, parce que c'est par elle que l'opium exerce sa vertu soporifique.
Pelletier et Ce veiitou, jeunes chimistes qui se livregtit avec un zèle soutenu à reconnaître ceux des principes immédiats des substances pharmaceutiques dans lesquels résident leurs propriétés médicales, ont découvert cette année deux autres matières du même genre, et qui doivent également être placées dans la liste des alcalis.
La première , qu'ils ont appelée strychnine, a été trouvée d'abord dans la fève de saint Ignace , fruit d'une espèce du genre strychnos; et nos chimistes l'ont reconnue ensuite dans la noix vomique, qui est une autre espèce de ce genre, ainsi que dans le bois d'une troisième espèce, nommée communément bois de couleuvre. On l'obtient en traitant ces matières par Talcohol bouillant, et en précipitant par la potasse caustique, ou même en laissant refroidir l'alcohol après l'avoir étendu d'eau , et l'abandonnant à lui-même. Elle se montre sous forme de cristal en petites écailles. Elle est presque insoluble dans l'eau froide, très soluble dans l'alcohol; sa saveur est d'une amertume excessive; elle ramène au bleu les sucs végétaux rougis par les acides, et jouit de toutes les propriétés générales des alcalis. Sa décomposition donne de l'oxygène, de l'hydrogène, et du carbone; on n'a pu y découvrir d'azote. Dans les v^étaux dont nous parlons elle se trouve unie à un acide particulier, comme la morphine Test dans l'opium.
Pelletier et Caventou ont décrit avec soin les sels neutres que la strychnine forme avec divers acides; mais ils se sont attachés surtout à observer son action sur Téconomie animale. Cette action est de même nature que celle de la noix vomique , mais portée k une intensité épouvantable : les plus petites quantités avalées ^u
ET IGÊTÉOROLOGIE. 259
insérées sous la peau tuent en peu de minutes, avec tétanos et convulsions. Ce sont les mêmes effets que ceux du suc d^upas^ autre strychnos célèbre par Tusage qu'en font les habitants de Java pour empoisonner leurs armes, et sur lequel Leschenaud, Magendie et J)elile, ont fait usage, en 1811, des expériences que nous avons rapportées dans le temps.
La seconde de ces substances , de nature alcaline , découverte par Pelletier et Caventou, s'extrait de Tançusture (brucea anHdys^ êenterica). L'action de ce végétal ressemblant beaucoup à celle de la noix vomique, nos jeunes chimistes y recherchaient la strychnine; mais la substance qu'il en retirèrent se trouva un peu différente. Elle se dissout beaucoup plus aisément dans l'eau ; sa saveur amère est mêlée d'âcreté; son énergie est moindre. Nos chimistes ont nommé ce nouvel alcali brucine; et les expériences qu'ils ont faites sur les sels neutres dans la composition desquels il entre ne sont pas moins exactes ni moins remarquables que celles qu'ils ont faites sur la strychnine.
Nous regrettons de ne pouvoir les mettre en détail sous les yeux de nos lecteurs ; mais nous ferons du moins remarquer combien ce nouveau genre d'alcalis pk-oduits par la végétation, et composés d'oxygène, d'hydrogène et de carbone, est une acquisition impor* tante pour la chimie , même sous le rapport de sa théorie générale. On voit par-li que la nature peut arriver à des effets semblables par les moyens les plus opposés. La potasse, la soude, la baryte, peut-être toutes les bases salifiables minérales, sont des oxides métalliques; l'ammoniaque est une combinaison d'hydrogène et d'azote ; et voici maintenant des bases salifiables où il n'entre ni azote ni métal , mais seulement de l^hydrogène , du carbone et de l'oxygène , les mêmes éléments qui entrent , sans doute en d'autres proportions, dans vingt autres genres de principes végétaux qui n'ont nulle ressemblance avec les alcalis.
Aux trois espèces bien constatées, la morphine, la strychnioe et la brucine, il faudra ajouter encore le principe extrait de la coque du Levant par BouUai, et celui que Vauquelin avait aperçu dans le bois-joli {daphne mezereum)) car on doit dire ici que Vauquelin est le premier qui ait eu quelque soupçon d'une substance de celte nature, et que , s'il avait un peu plus insisté sur la pensée qu'il conçut alors^ ce serait encore à son nom que se rattacherait cette nouvelle classe de composés.
Chevreul continue avec une constance inaltérable ses longues recherches sur les corps gras. Cette année il a examiné le beurre que l'on obtient du lait de vache.
En le tenant fondu à une température de 60 degrés, on en $épare encore des portions analogues au petit-lait; la partie supérieure , qui est d'une transparence parfaite , est le vrai beurre à l'état
260 PHYSIQUE, CHIliaE
de pureté ; il se coagule à 32 degrés. L'alcohol en dissout un peu , et prend quelquefois alors un caractère acide. La saponification le change, comme la graisse de porc , mais dans des proportions un peu différentes , eu acide margarique , eu acide oléique et en principe doux. Ce savon a de plus une odeur désagréable et tenace qui lui est particulière, et dont on peut enlever le principe par des lavages. Chevreul y a reconnu deux acides spéciaux.
De la nombreuse suite d'expériences qu'il a recueillies Chevreul arrive déjà â une sorte de classification des divers corps gras. Les uns, comme la cholesterine , n'éprouvent point de changement par l'action des alcalis; d'autres, comme la cétine, n'en sont acidifiés
?[u'en partie; d'autres, tels que la stéatine et l'élaïne, sont transbrmés en principe doux , en acide margarique et en acide oléique. Enfin il en est comme le beurre et l'huile de dauphin, qui donnent en outre des acides volatils.
On a observé plusieurs fois dans les Alpes de la neige teinte d'un rouge plus ou moins vif, et l'on a beaucoup varié sur les causes qui lui donnent cette couleur.
Ce phénomène s'étant reproduit sur les côtes septentrionales de la Baiede-Baffiu, visitée l'année dernière par les Anglais sous les ordres du capitaine Ross , on a rapporté en Europe une certaine quantité d'eau provenant de cette neige. Elle était teinte d'un rouge foncé : on y voyait au microscope de petits globules de cette couleur ; et DecandoUe , qui en a présenté un flacon à l'Académie , l'a soumise à des expériences d'où il croit pouvoir conclure que sa couleur est due à une matière animale.
Moreau de Jonnès , qui considère les Antilles sous tous les rapports , a occupé cette année l'Académie de plusieurs objets relatifs à la météorologie de ces îles.
En prenant un terme moyen de six ans , on trouve qu'à la Martinique et à la Guadeloupe le nombre des jours de pluie est de 230, dont 35 ou 40 de pluies excessives. Ce nombre est à celui des jours de pluie qui ont lieu à Paris comme 5 à 3. Si l'on fiiisait entrer toutes les Antilles dans la comparaison , leur nombre de jours de pluie serait à celui de Paris comme 7 à 4. La quantité moyenne d'eau à la Guadeloupe et à la Martinique est de 216 centimètres (80 pouces), distribuée assez irrégulièrement entre les diverses régions et entre les divers mois de l^nnée. Il pleut davantage dans les parties élevées , ce que de Jonnès attribue moins à l'élévation en elle-nième qu'au voisinage des forêts. C'est sous le vent de leurs montagnes qu'il tombe le plus de pluie , parce que ces montagnes ne sont point assez élevées pour intercepter les nuages.
La MartiBÎque a éprouré le 16 octobre un tremblement de terre plus remarquable par sa durée que par sa force , et qui est arrWé au milieu d'un coup de Tent yiofent. Il n'a point causé d*accident; mais l'on a pu s'assurer à cette occasion que la fièvre jaune n'est point occasionnée, comme on l'a dit assez souvent, par des vapeurs qui s'exhalent lors des tremblements de terre.
Sainte-Lucie , qui est séparée de la Martinique par un canal très profond et de sept lieues de largeur, a participé à ce tremblement. En même temps des pluies abondantes, qui avaient duré pendant les trois jours précédents, ont produit de grands éboulements, fait glisser le long des pentes des terrains entiers avec les cannes dont ils étaient plantés, et détaché d'énormes blocs de basalte dont la chute a fait périr plusieurs individus.
Quoique le nombre des pierres tombées de l'atmosphère soit assez grand, et que l'on ait constaté ce phénomène avec assez de soin pour en mettre hors de doute la réalité , les observations de détail que ces pierres ont offertes ne suffisent point encore pour qu'on puisse assigner exactement toutes les circonstances qui accompagnent leur chute.
Fleurieu de Bellevue, ayant eu occasion d'examiner celles qui tombèrent au mois de juin 1819 dans les environs de Jonzac , département de la Charente-Inférieure, a présenté à l'Académie un mémoire où , après les avoir décrites avec beaucoup de détails et rapporté tout ce que l'on a observé au moment où elles ont paru , il cherche à expliquer les faits intéressants qu'il rapporte; ce qui le conduit à combattre quelques-unes des idées théoriques des pnysiciens qui se sont le plus occupés de cette matière.
Le ciel était serein et le soleil levé depuis deux heures lorsqu'on entendit plusieurs détonations qui partaient d'un météore lumineux de forme irrégulière, mais allongée, qui parcourait rapidement une ligne droite du N. N. O. au S. S. £., et qui paraissait élevé de 50 à 80° au-dessus de l'horizon. Au même instant une chute de pierres eut lieu dans un espace de plusieurs milliers de toises. L'une de ces pierres pesait six livres , et toutes avaient des formes plus ou moins angulaires. Leur pesanteur spécifique était un peu moindre que celle des autres pierres météoriques, et elles en différaient encore par l'absence de nikel , comme Laugier, qui en a fait l'analyse, l'a constaté. Elles se composent d'une agrégation cristalline de deux substances, l'une généralement d'un blanc mat et fort tendre, l'autre d'un gris verdàtre, opaque, plus dure, et en moindre quantité que la première, dans laquelle elle est assez uniformément disséminée. On n'y aperçoit aucune parcelle de fer, et elles ne sont que très peu attirables à l'aimant. Leurs caractères sont donc les mêmes que ceux de l'aérolithe tombé à Stannern en Moravie , et elles lui ressemblent encore par la couche vitreuse et brillante dont elles sont revêtues. Cette espèce de vernis présente même des par-
262 PITSIQUE, CHIMIE
ticularités importantes qui font nattre quelques idées sur le mourer ment dont ces pierres étaient animées dans lear chute; ce sont des stries qui paraissent naître d'un point commun, s'étendre en diyer-r géant, et s'arrêter sur les bords d'une des plus larges faces, nommée par Fleurieu grande face ou face inférieure, où elles se réunissent pour former une arête uniforme et saillante. On croirait voir un liquide épais qui s'est desséché après avoir coulé le long des pentes que les faces obliques de la pierre lui présentaient , et après s'être arrêté où ces faces s'arrêtaient elles-mêmes. C'est principalement sur ce fait que Fleurieu s'appuie pour établir la direction du mouvement de ces pierres. Il pense, 1" que la croûte qui les enveloppe n'a pu prendre sa disposition que lorsqu'elles étaient en mouvement; 2° que ce mouvement était simple; 3^ qu'il était perpendiculaire à la grande face.
Examinant ensuite l'origine de ces pierres , il est conduit à combattre l'idée de Ghadni , qui suppose que les aérolithes éprouvent en parcourant notre atmosphère un degré plus ou moins grand de fusion; celle de Léman, qui attribue les effets du feu que leur croûte vitreuse démontre à la combustion des substances combustibles qu'ils contiennent; et celle de Isarn, qui suppose les aéroli-^ thés produites par la condensation subite de certains gaz. Il pense que ces corps arrivent sur la terre dans toute leur intégrité; que le feu qui les accompagne résulte de l'inflammation de l'atmosphère dont ils sont environnés ; qu'ils éclatent par l'action inégale de ce feu ; que le nombre des détonations qui accompagnent ordinairement leur chute prouve qu'ils ne se divisent que successivement par l'efFet de causes extérieures, et non point par une cause unique et centrale, et que chaque portion de l'aérolithe, éprouvant à son tour l'effet du feu, se vitrifie à sa surface; d'où résultent ces stries dont nous avons rapporté l'explication plus haut.
Nous avons entretenu plusieurs fois nos lecteurs des belles découvertes de Gay-Lussac sur l'acide du bleu de Prusse et sur ses combinaisons. Ce sujet intéressant est loin d'êti*e épuisé, et chaque jour il enrichit la chimie de vérités nouvelles.
Un chimiste anglais, Porrett, a découvert que le sel connu sous le nom depntssiaie triple dépotasse, que l'on regardait comme composé d'acide prussique, d'oxide de fer, et de potasse, est réellement une combinaison binaire formée de potasse et d*un acide particulier qui renferme les éléments de l'acide prussique et de l'oxide de fer; acide dont les affinités énergiques enlèvent le péroxide de fer aux acides les plus puissants pour donner immédiatement le bleu de Prusse.
Robiquet est parvenu par un procédé nouveau à obtenir pur et à l'état solide cet acide , que Porrett n'avait eu que dissous dans beaucoup d'eau : en effet l acide hydrochlorique concentré décom-
£T HÊTÉO&OLOaK. 263
pose le bleu de Prusse en retenant le fer, et laisse précipiter Tacide de Porrett sous forme de poussière blanche, que Ton purifie encore par de nouveaux lavages avec l'acide hydrochlorique.
Les expériences multipliées et ingénieuses auxquelles Robiquet a soumis cet acide de Porrett ont prouvé qu'il ne contient pas d'oxygène , et que le fer y est par conséquent à l'état métallique ; l'auteur le considère comme formé d'acide hydrocyanique et de cyanure de fer, et c'est son union avec le peroxyde de fer qui est le bleu de Prusse.
Pelletier et Caventou, continuant leurs recherches sur l'analyse végétale, ont fait une découverte de la plus grande importance : c est celle du principe fébrifuee du quinquina , qui appartient à cette nouyelle classe d'alcalis végétaux composés d'oxygène , d'hydrogène et de carbone , dont nous avons déjà annoncé cinq espèces dans notre analyse de Tannée dernière. Ce principe avait été aperçu par Gomès , chimiste portugais , qui cependant n'en avait pas reconnu la nature alcaline; il se trouve dans la matière colorante du quinquina uni à un acide qui le rend soluble. En lavant cette matière avec de l'eau légèrement alcalisée ^ui s'empare de l'acide, on fait précipiter le principe fébrifuge, qui ne conserve fias qu'un peu de matière grasse , dont on le délivre en le dissolrant dans l'acide hydrochlorique faible et en précipitant par un alcali. Ou peut aussi traiter immédiatement la matière colorante par l'acide hydrochlorique et précipiter par la magnésie. Les auteurs nomment ce principe cinchonme. Il est blanc, cristallin, amer comme le quinquina sans en avoir la qualité astringente, indissoluble dans l'alcohol et dans l'eau , mais faiblement dissoluble dans l'èther ; il forme des sels solubles avec la plupart des acides, si ce n'est avec le gallique , l'oxalique et le carbonique.
La cinchonine existe dans le quinquina gris; le quinquina jaune contient un principe presque totalement semblable, que les auteurs ont nommé quinine; enfin le quinquina rouge les contient tous deux dans une proportion considérable.
On conçoit aisément toute l'importance d'une seoiblable découverte, surtout pour la recherche d'un succédané de quinquina dans les végétaux indigènes ; le mémoire de Pelletier et Caventou offre d'ailleurs plusieurs autres résultats intéressants, surtout relativement à deux matières colorantes rouges qui se trouvent dans le quinquina, et dont l'une est soluble dans l'eau et l'autre insoluble.
Les mêmes chimistes ont examiné divers végétaux de la famille des colchiques, très employés en médecine, tels que le veratrum album f le verairum tabadilia et le colchique fmlgaire lui-même; et ils y ont trouvé une septième substance alcaline composée, qu'ils ont appelée vératrine.
264 PfiTSIQCE, CHIMIE
Elle est blanche , acre , et à petite dose produit des éternameats et des vomissements violents. Elle fond à la chaleur , et prend par le refroidissement l'apparence de la cire. Sa décomposition ne donne point d'azote ; elle a peu de faculté saturante , et elle donne avec les acides des sels non cristallisables.
Les plantes d'où on l'a tirée fournissent d'ailleurs d'autres substances intéressantes à connaître , mais pour le détail desquelles nous sommes obligés de renvoyer à l'ouvrage même, qui est imprimé dans les Annales de Chimie.
Gay-Lussac a donné communication d'un procédé qui empêche les toiles sinon de brûler, du moins de jeter une grande flamme en brûlant, ce qui peut avoir de grands avantages pour les décorations des théâtres et arrêter une infinité d'incendies. Il consiste à les enduire de sels neutres très fusibles , tels que le phosphate d'ammoniaque et le borate de soude.
Goldsmith a fait connaître un procédé par lequel on applique sur le verre des espèces de dendrites métalliques qui ne sont pas sans agrément. On place sur le verre quelques grains de limaille de fer et de cuivre , sur chacun desquels on verse une goutte de nitrate d'argent. L'argent se précipite à l'état métallique; en même temps le fer et le cuivre s'oxydent , et on arrange selon l'effet qu'on veut produire les ramifications de ces différentes matières au moyen d'une petite tige de bois. Enfin on expose le verre au-dessus d'une bougie, qui en évaporant la liqueur noircit le dessous de la plaque, et relève ainsi l'éclat des dendrites appliquées à la face opposée.
ANiNÉE 1821.
Moreau de Jonnès, toujours occupé de Y Histoire physique des Antilles, a présenté de grandes suites d'observations sur leur climat, et particulièrement sur leur température. Les variations journalières en sont renfermées d'ordinaire dans une échelle de dix degrés , et leur terme moyen est de cinq. Les variations annuelles ne donnent pas plus de vingt degrés de différence; et à la Martinique elles n'en donnent pas quinze. La plus grande chaleur n'y surpasse point celle du milieu de la Russie ; du reste les causes des variations, soit régulières , soit irrégulières , les époques de leur maximum et de leur minimum , sont à-peu-près les mêmes qu'ailleurs ; mais comme les causes irrégulières , telles que les vents , les mouvements des flots, les nuages , les pluies subites , ont une grande activité , les mutations, quoique peu étendues , y sont fréquentes et rapides; en sorte que leur action sur le corps vivant ne laisse pas que d'être violente. L'auteur décrit une partie de ses effets, et entre aussi dans de grands
détails sur les relations relatives aux différentes hauteurs , ainsi que sur la température des caves , des puits et des sources.
Une bouteille vide jetée à la mer parles 6° 12' de latitude sud, et par les 26" 60' de longitude, à l'ouest de Paris, a été portée en dix mois par les courants entre la Martinique et Sainte-Lucie; ce qui fait conclure à Moreau de Jonnès quil existe un grand courant qui vient du sud de la ligne , et qui pénètre jusque dans la mer des Antilles , au travers de ces nombreux détroits qui séparent les iles du vent ; et c'est ainsi qu'il conçoit que des plantes propres à l'Afrique se trouvent aussi dans les lies , où leurs graines auront été portées par la mer.
Les tremblements de terre ont aussi été étudiés dans ces lies par de Jonnés. Ils tiennent en général à des causes d'une nature volcanique ; bien que souvent la terre tremble sans qu'il y ait d'éruption, chaque éruption est accompagnée d'un tremblement. Leur propagation a lieu quelquefois à des distances immenses et de la manière la {)lus rapide. Celui qui renversa Lisbonne , en 1765 , se fit sentir moins de huit heures après à la Martinique et à la Barbade , qui en sont à plus de onze cents lieues , par des mouvements subits des eaux de la mer ; c'est une vitesse six fois plus grande que celle du vent le plus violent. Mais d'autres fois cette propagation se trouve restreinte par des circonstances inconnues , et le mouvement n'affecte qu'une lie ou un petit nombre d'entre elles. Le désastre de Venezuela, en 1812, dans lequel cinq villes considérables furent détruites, ne fîit pas ressenti dans les îles. Ces tremblements de terre des Antilles sont aussi désastreux que ceux d'aucune autre contrée, et plusieurs de ceux qu'elles ont éprouvés ne l'ont cédé qu'aux horribles catastrophes de Lisbonne et de Messine. Ils sont moitié moins communs à la Martinique, dont les volcans sont depuis long-temps éteints, qu'à la Guadeloupe, où les foyers souterrains conservent encore quelque activité. Ni les saisons, ni l'heure du jour , ni les phases de la lune , n'ont de rapports appréciables avec ces terribles phénomènes, et le baromètre n'en est pas non plus affecté. C'est le plus souvent d'un ouragan que le tremblement de terre est accompagné , et avec qui il s'unit pour le malheur des habitants; mais une augmentation d'électricité s'y manifeste aussi presque toujours , et ils sont généralement annoncés par le mugissement des bestiaux , par l'inquiétude des animaux domestiques, et dans les honunes par cette sorte de malaise qui , en Europe , précède les orages dans les personnes nerveuses.
Parmi les pierres tombées de l'atmosphère, depuis le petit nombre d'années que les physiciens s'occupent sérieusement de ce phénomène , il n'en est point qui approche de celle qui est tombée dans le déparlement de l'Ardèche , le 15 juin 1821 . Le temps était serein. Cette chute fut annoncée par une détonation qui dura vingt minutes,
266 PHYSIQUE, CIUMIE
et qui fut eutendue à hait et dix lieues de distance , au point d*y faire croire qu'elle provenait de quelque tremblement de terre, La pierre s'était enfoncée à cinq pieds dans le sol , et pesait 92 kilo^ grammes (184 lîv.); à côté d'elle en était une de même nature, mais beaucoup plus petite, d*ua kilogramme et demi. Malheureusement les paysans qui recueillirent les morceaux brisèrent le premier en plusieurs pièces. Ils sont du reste semblables pour Tessentiel à toutes les autres aérolithes. Le préfet de TArdèche et quelques amis des sciences ont envoyé à l'Académie des échantillons de ces pierres, qui ont été analysés et déposés au Cabinet du roi.
Nous avons parlé plusieurs fois, depuis sept ou huit ans, des études de Chevreul sur les corps gras , et particulièrement du beau résultat de ses recherches sur la saponification ou sur la formation du savon ; opération qui ne consiste pas seulement dans l'union de l'alcali avec la graisse ou avec deux de ses principes immédiats , la stéatine ou l'élaïne , mais où les éléments primitii^ de ces principes, pour pouvoir contracter cette union , se combinent entre eux d'une manière nouvelle, et forment des composés qui n'existaient pas auparavant, savoir, un principe doux, et les acides que Chevreul a nommés margarique et oléique.
L'auteur a fait , cette année , un grand travail pour déterminer avec précision les détails de cette métamorphose, et savoir dans quelle proportion les éléments primitif^ , l'oxygène , le carbone , l'hydrogène , se trouvent avant et après l'opération , soit dans la graisse entière , soit dans ses principes immédiats. Il a employé pour cet effet les beaux procédés imaginés par Gay-Lussao pour analyser radicalement les substances organiques , en les brûlant par le péroxide de cuivre.
Le soin avec lequel il indique toutes les précautions que ces procédés exigent donne l'idée la plus avantageuse de l'emploi qu'il en a fait.
La graisse d'iiomme et celle de porc , prises en masse , donnent à-peu-près les mêmes proportions d'oxygène , de carbone et d'hydrogène ; mais celle de mouton a moins d'oxygène. Dans toutes les trois le carbone est à l'hydrosène à-peu-près comme dix à dix-huit en volume ; ce qui approche ne leur rapport dans l'hydrogène percarburé.
L'analyse particulière des deux principes immédiats, la stéatine et l'élaïne , donne encore à-peu-près le même rapport pour là première , mais il est plus faible dans la seconde.
La somme des poids de la graisse saponifiée et du principe doux , qui sont le résultat de la saponification , est plus forte que le poids de la graisse employée; ce qui prouve que dans l'opération il s'est fixé de l'eau.
Il y a moitié plus d'oxygène dans l'acide margarique de l'homme
IT MÉTÉOROLOOIE. 267
et du porc que dans celai du mouton; en sorte que Chevreul pro* pose d'appeler ce dernier acide margareux. Les acides oléiques de ces espèces ont plus d'oxygène que leurs acides margariques respectifs ; et leur composition pourrait être représentée par l'hydrogène percarburé, plus Toxide de carbone.
De ces analyses comparatives il résulte que» dans l'action des alcalis sur les graisses , la plus grande partie du carbone et de l'hydrogène, en proportion très rapprochée de celle où ils sont dans l'hydrogène percarburé, retient une portion d'oxygène pour constituer les acides margarique et oléique, tandis que le reste de Thy* drogèneetdu carbone, avec une portion d'oxygène égale à la moitié de ce qu'il faudrait pour brûler l'hydrogène , forme le principe doux en fixant une certaine quantité d'eau.
Ici , comme dans plusieurs autres phénomènes chimiques , c'est la forte ajB&nité de l'alcali pour les acides qui provoque cette rupture d'équilibre dans les éléments de la graisse, et les oblige de se réunir de manière à former des acides. Aussi toutes les bases salifiables douées d'une certaine énergie, la baryte, la chaux , et même des oxides métalliques, sont-elles capables de produire la saponification; et , moyennant certaines précautions , Chevreul est parvenu à la
f)roduire aussi par la magnésie et l'ammoniaque , qui s'y étaient ong-temps refusées. C'est une opération inverse de la dissolution du fer et du %inc dans l'acide sulfurique étendu d'eau, dissolution où la forte aifi^iité de l'acide pour des bases salifiables détermine la formation de ces bases par 1 union de l'oxygène de l'eau avec le métal.
Lorsque les alcalis sont à Tétat de sous-carbonate, c'est-à-dire
lorsqu'ils ne sont point saturés par l'acide carbonique , ils n'agissent que par une de leurs portions, -laquelle, pour s'unir aux acides qui se forment , commence par céder son propre acide carbonique à l'autre portion ; et ce surplus d'acide saturé se change en carbonate. Vadipooire, ou cette célèbre matière blanche et savonneuse , découverte par Fouroroy, et dans laquelle se convertissent les cadavres ensevelis dans des lieux humides , est due , selon l'auteur , à l'action du sous<;arbonate d'ammoniaque , produit de la putréfaction sur la partie grasse du cadavre.
De savants chimistes avaient cru reconnaître que l'alcohol et l'éther pouvaient convertir en partie toute substance animale azotée en adipocire ; mais Chevreul prouve que relativement à la fibrine cette opinion n'est pas exacte , et que l'adipocîre , ^ui sy trouvait formée, en est simplement extraite. On peut l'en retirer au moyen de l'eau; et, après qu'elle a été enlevée, la fibrine n'en donne plus à l'acide nitrique.
Nous avons dit précédemment par quelle analyse soignée Chevreul a enseigné à distinguer cette adipocire du blanc de baleine et des calculs biliaires que Fourcroy avait long-temps cru être des
268 PHYSIQUE, CHIXIE
substances identiques avec elle. Le principe du blanc de baleine, ou la matière nommée cétine , donne par la saponification beaucoup d'acide margarique, un peu d'un aciae assez semblable àl'oléique, et un corps gras particulier. La cbolestérine ou le principe des calculs biliaires , à cause d'un excès de carbone , ne produit point d'acide margarique quand on l'expose à l'action des alcalis. L'auteur vient encore de découvrir une substance de ce genre dans la fibrine desséchée. Elle se dissout par l'alcohol et par l'éther, dont elle se sépare sous forme de lames et d'aiguilles; elle se fond à la chaleur de l'eau bouillante, n'est ni acide ni alcaline, et, ce qui est surtout remarquable, ne subit aucune altération par une longue ébuUition dans une solution alcoholique de potasse. Cette substance existe aussi dans le sang d'homme et de bœuf, et Chevreul lui trouve de l'analogie avec la matière grasse du cerveau.
Chevreul, s'élevant à des considérations générales sur la nature des substances organiques, pense qu'au lieu de les regarder comme composées de trois ou quatre principes élémentaires ou primitifs , il faudrait se les représenter comme résultantes de la comuinaison de deux principes plus ou moins composés , et unis entre eux comme un acide à un alcali, ou comme un comburant à un combustible, à peu-près à la manière dont Gay-Lussac a représenté l'éther sulfurique comme de l'hydroçène percarburé uni à de l'eau.
Ces observations ont beaucoup d'importance, et en acquerront davantage à mesure qu'elles dirigeront les regards vers les effets de cette loi chimique par laquelle une substance énergique est en état d'amener, en quelque sorte de force , la formation de substances opposées avec lesquelles elle puisse s'unir. II n'est guère douteux que non seulement la chimie générale, mais encore la physiologie des corps vivants, n'en puisse tirer beaucoup de lumières.
Le même chimiste a fait , sur l'influence mutuelle de l'eau et de plusieurs substances azotées , des expériences qui ne deviendront pas moins fécondes. C'est l'eau qui donne aux tendons frais leur souplesse et leur éclat nacré. Les tendons desséchés reprennent ces propriétés après quelques heures de séjour dans l'eau. Le tissu jaune élastique qui forme plusieurs ligaments du corps animal reprend aussi par ce moyen son élasticité après plusieurs années de dessèchement. L'expression mécanique de l'eau produit sur ces substances des effets fort analogues à ceux du dessèchement.
Chevreul pense que cette eau est retenue dans l'intérieur des organes par des forces analogues à celles qui font monter les liquides dans les tubes capillaires ; il présume qu'elle joue un ^rand rôle dans l'état de vie, et appuie sa conjecture sur les expériences où Edwards a fait voir que les poissons mis à sec périssent par la seule transsudation de l'eau nécessaire au jeu de leurs organes.
Une pierre météorique est encore tombée cette année en France, aux enTiroDS d'Épinal , et plusieurs fragments en ont été déposés au Muséum d'histoire naturelle. Sa chute a offert tous les phénomènes accoutumés.
Celle dont nous parlâmes Tannée dernière, et qui tomba le 16 juin 1821 à Juvenas, département de l'Ardèche , a été analysée par Yauquelin et par Laugier. Elle diffère des autres seulement en ce que le nickel y manque, et qu'elle contient une petite quantité de potasse qui Tient d'un peu de feldspath disséminé dans sa masse* Les pierres de Jonzac et de Lontola lui ressemblent sous ce rapport et sous d'autres ; elles manquent de nickel , mais contiennent du chrome, peu de soufre, peu de magnésie, et au contraire beaucoup de chaux et d'alumine.
Un globe de feu , vu à Sens et à quinze lieues aux environs , avec une détonation qui ressemblait à un violent coup de canon , et dont Thénard a communiqué la relation à TAcadëmie, pouvait aussi faire croire à une chute d'aérolithes; mais, quelque recherche que Ton ait faite, il n'en a été recueilli aucun.
Moreau de Jonnès a rendu compte d'un météore lumineux vu à la Martinique, le 1*' septembre, à huit heures du soir. D*une grandeur considérable, il se mouvait rapidement vers l'est, produisant un bruit semblable au roulement du tonnerre , et a éclaté avec une détonation violente. On peut croire que c'était un aérolithe, ce qui serait le premier phénomène de cette espèce dans l'Archipel des Antilles : malheureusement il n'en a point été recueilli de produits; et, en fût-il tombée il serait difficile qu'on espérât les découvrir dans une lie profondément découpée par la mer, et plus qu'à moitié couverte de forêls-
Danâ la même lie il y a eu un tremblement de terre, le 1*^ août, à huit heures du matin ; c'était le premier depuis près de deux ans.
Moreau de Jonnès a réuni toutes les notices ^u'il a présentées à l'Académie depuis plusieurs années, et, les ennchissant de grands développements, en a composé une Histoire physique des Antilles dont le premier volume a paru. L'auteur y traite de la structure géologique de ces lies , de leur climat , et des minéraux particuliers
Ju'pUes renferment. On y pourra remarquer des chapitres pleins 'intérêt sur les variations locales de leur température , sur l'état hygrométrique de leur atmosphère, et sur les ouragans qui les dévastent si cruellement. L'auteur parlera dans un autre volume de leurs végétaux et de leurs animaux , et il a déjà préludé à ce travail par un mémoire sur le nombre des plantes de la flore caraïbe , et sur la proportion numérique des familles qui la composent. La multitude et la diversité de ces plantes sont d'autant plus étonnantes
270 PHYSIQUE, GBIMI£
qu'elles contrastent avec le petit nombre des animaux, et que les courants de ces mei^ , étant è-peu-près invariables , ont dû apporter toujours les mêmes gpraines ; mais la force de la végétation est si grande que tout ce qui arrive réussit et se propage. Elle oppose même de ^ands obstacles aux travaux des agriculteurs; et encore aujourd'hui , après deux siècles d'efforts, remplacement des villes et les champs cultivés n'occupent que Tinlervalle pratiqué péniblement entre les grandes forêts des montagnes et les palétuviers des rivages. Le feu seul peut détruire momentanément ces forêts épaisses qui renaissent pour peu que le terrain soit négligé. Les sentiers peu fréquentés sont bientôt envahis par des arbustes; chaque année on est obligé d'extirper les végétaux qui couvrent les glacis des forteresses; pour peu qu'une habitation soit abandonnée, une forêt en occupe promptement les cours et les toits et en cache les murs. Souvent, pendant la saison des pluies, il sort des agarics et d'au^ très champignons des parois des appartements. Moreau de Jonnès a observé jusqu'à mille huit cent vingt-trois espèces de végétaux phanérogames dans Tarchipel caraïbe, et il estime qu*il peut s'y trouver six cents cryptogames. Lui-même a reconnu plus de cent soixante espèces de fougères. L'auteur se livre à de grands développements pour déterminer quelles proportions prennent dans ce nombre les principales familles de végétaux, dans la vue d'étendre ainsi, en ce qui concerne ces iles, les belles recherches de de Humboldt sur la distribution géographique des familles végétales.
Lorsque l'on met en contact avec le chlore, soit de l'alcohol, soit de l'éther sulfurique , soit de l'hydrogène percarboné , on obtient des composés liquides , dont l'analyse n'a point encore été ftite complètement.
Le produit du troisième de ces rapprochements découvert par les chimistes hollandais, et particulièrement étudié par Robiquet et Colin , passait pour être composé de parties égales en volume de chlore et d'hydrogène percarboné, et cette détermination était fondée sur ce que la densité du liquide est égale à celle des deux gaz.
Quant au produit de l'action mutuelle du chlore et de l'alcohol , on ne se faisait point d'idée arrêtée de sa composition. Despretz a prouvé , par des expériences, qu*il doit être formé d'un volume de chlore et de deux volumes d'hydrogène percarboné.
L'éther sulfurique traité par le chlore donne deux liquides d'apparence huileuse et de densité différente, et l'un et l'autre moins volatils que le liquide produit par le chlore et l'alcohol.
Despretz a aussi essayé d'en faire l'analyse ; et sans être encore extrêmement satisfait de ses résultats, il conclut qu'un de ces deux liquides 9 au moins , est un nouveau composé de chloire et d'hydrogène percarboné : cette conclusion ne sera confirmée que par une analyse complète , lorsqu'elle aura pu être faite avec vigueur.
Dans cette recherche Despretz a fait quelques observations intéressantes en mettant en contact de Thydrogène percarboné avec les chlorures de soufre et d*iode.
Le chlorure d*iode ainsi traité lui a donné un liquide incolore d'odeur et de saveur agréables , qui se congèle à du thermomètre en lames cristallines; et lorsque la quantité du ^az percarboné a augmenté, il s'est formé un solide blanc et cristallin.
Le chlorure de soufre ne donne avec le gaz en question qu'une seule substance visqueuse, plus fixe que Teau ,' difficilement combustible , et d'une odeur désagréable.
Ces observations mettent sur la voie de recherches ultérieures qui compléteront sans doute l'histoire de toutes ces transformations.
Depuis les travaux de Cra"wfurd et de Lavoisier les physiologistes ont fait revivre les opinions avancées dès le dix-septième siècle, par Mayow et par Willis, et ont attribué généralement la chaleur animale à la fixation de l'oxygène absorbé pendant la respiration , ou , en d'autres termes , à l'espèce de combustion qui a lieu dans cet acte. En effet, dans les belles expériences de Lavoisier et de Laplace , le charbon faisait fondre en se brûlant plus de quatrevingt-seize fois son poids de ^lace; et la liquéfaction de même ^enre que produisait un animal à sang chaud répondait à la quantité d'acide carbonique que sa respiration produisait, ou plutôt à celle de l'oxygène que sa respiration combinait avec le carbone de son sang, sauf un léger excédant que les auteurs attribuaient à la combustion d'une partie de son hydrogène.
l'état des animaux , le plus ou moins de pureté ou de chaleur de l'air où ils respirent, produisent des différences très considérables. Pour donner k ces recherches toute la rigueur dont elles sont susceptibles , Dulong , que l'Académie vient récemment d'acquérir , s'est servi d'un appareil où l'on mesure tout-à-la-fois et sur le même individu la chaleur produite et l'oxygène absorbé. Il emploie le calorimètre à eau , de 1 invention de De Rumfort, dont nous ayons parlé en 1814 ^ et où l'eau en commençant l'opération est autant au-dessous de la température atmosphérique qu'elle est au-dessus en fijtiissant. Il enferme l'animal dans une boite de métal doublée d*une cage d'osier , et plongée dans l'eau du calorimètre , mais où cette eau ne peut pénétrer, tandis que l'on y renouvelle l'air à volonté au moyen dun gazomètre à pression constante ; et cet air , dont on ménage le courant de façon que l'absorption ne passe pas cinq centièmes , ressort , après avoir été respiré , par des tuyaux qui transmettent sa chaleur à l'eau qu'ils traversent ; ils le portent etisuite dans un autre gazomèti-e où une lame de liège , enve-
loppée de taffetas imperméable , le sépare de la surface de Teau et empêche qu'elle n absorbe son acide. On ménage à volonté la pression dans chacun des deux gazomètres ; et l'on peut facilement , et à chaque instant, déterminer le volume, la température et la composition, soit de Tair que Ton donne à respirer, soit de celui qui sort après avoir été respiré.
Quand Teau du calorimètre a acquis autant de degrés au-dessus de l'atmosphère qu'elle en avait au-^dessous en commençant à faire respirer l'animal , il ne reste qu'à analyser l'air expiré et à comparer la chaleur acquise par l'eau à la quantité d'oxygène qui a été absorbée.
Dulong a trouvé que le volume de l'acide carbonique produit était toujours moindre que celui de l'oxygène absorbé ,• d'un tiers dans des oiseaux et des quadrupèdes carnassiers, d'un dixième dans les herbivores.
Il a observé encore qu'il y avait toujours exhalaison d'azote, et si forte que dans les herbivores le volume de l'air expiré surpassait celui de l'air inspiré , malgré la diminution de volume du gaz acide carbonique.
Enfin il a trouvé que la portion de chaleur correspondante à celle de l'acide produit ne fait guère que moitié de la chaleur totale donnée par l'animal dans les carnassiers, et va à peine aux trois quarts dans les herbivores ; que si on prend pour base la quantité d'oxygène absorbé , au lieu de la quantité d'acide carbonique pro^ duit, supposant qu'une partie de cet oxygène a été employée à former de l'eau , on trouve une différence en plus ,mais qui n'équivaut jamais, à un cinquième près, à la chaleur produite par l'animal.
En supposant exactes les évaluations de Lavoisier et de Laplace , sur la chaleur donnée par le carbone et l'hydrogène, il ne reste pour apprécier parfaitement les résultats de Dulong qu'à s'assurer que la combustion de ces substances , lorsqu'elles font partie de certains composés , donne la même chaleur que lorsqu'on les brûle séparément et isolées; mais l'incertitude qui pourrait subsister à cet égard n'irait pas jusqu'à la proportion que nous venons d'annoncer, et il n'est guère douteux qu'il n'y ait à chercher encore une autre cause que la fixation de l'oxygène pour expliquer la totalité de la chaleur animale.
ANiNÉE 18Sa.
Vauquelin a présenté un travail sur les combinaisons de l'acide acétique avec le cuivre , si connues dans le commerce sous les noms de verdet et de vert-de-çris , ou plutôt verdet-gris. Il résulte de ses expériences que'ces combinaisons se présentent dans trois proportions différentes : P un sous-acétate insoluble dans l'eau, mais qui,
ET MÉTÉOROLOaiE. 273
plongé dans ce Ii(piide , s'y décompose à froid , et s'y convertit en peroxide et en acétate ; 2* un acétate neutre , dont la solution ne se décompose point à froid , mais par Fébullition , et se change alors en peroxide et en sur-acétate; et enfin 3** un sur-acétate dont la dissolution ne se décompose ni à froid ni à chaud , et qu'on ne peut obtenir cristallisé qu'en le laissant évaporer à froid ou dans le vide. Le verdet gris du commerce est un mélange , ordinairement en proportions égales , d'acétate et de sous-acétate.
Une grande et utile découverte est celle qui vient d'avoir lieu dans le département de la Heurthe, d'immenses dépôts souterrains de sel gemme. Les sondages déjà faits et l'exploitation commencée font connaître leur étendue sur plus de trente lieues carrées, et leur profondeur de plus de trois cents pieds , ainsi que les diverses couches dont ils se composent. On y trouve du sel blanc, des sels gris diversement mélangés , et du sel coloré en rouge par le fer.
La pureté en est extraordinaire : le sel blanc ne contient au plus que sept millièmes de substances étrangères ; mais il y en a aussi d'absolument pur. Les variétés les moins pures de sel gris ne contiennent que cinq centièmes d'argile bitumineuse , d'oxide de fer, et de sulfate de soude , de chaux et de magnésie. Le sel rouge est coloré par deux centièmes d'oxide de fer.
Aucun de ces sels étrangers n'étant déliquescent , le sel gris conviendra aux salaisons ; tous les arts qui emploient le sel pourront en faire usase. Le sel blanc offrira pour la table une denrée plus pure que celle d'aucune autre saline ; et le consommateur y trouvera d autant plus de bénéfice qu'il n'attire point l'humidité de l'air.
L'argent et le mercure fulminant sont des substances que l'on ne connaît que trop depuis que , répandues dans le commerce à cause de l'usage qu'on en fait pour amorcer les armes à feu , elles ont causé tant d'accidents funestes. On les forme en rapprochant l'argent ou le mercure de l'acide nitrique et de l'alcohol. Ces trois substances , dont deux sont composées , réagissent les unes sur les autres, et le composé définitif que l'on obtient détone avec violence par la chaleur ou par un choc léger. Mais en quoi consiste-t-il ? quels éléments des corps employés à le former y sont-ils restés? comment et dans quelles.proportions s'y sont- ils combinés?
Le docteur Liebig s'est occupé de ce problème. En mettant de la potasse dans la dissolution de mercure fulminant il a précij)ité de Toxide de mercure , et obtenu , par l'évaporation , un sel cristallisable et fulminant dans un moindre degré que le premier : toutes les bases alcalines en ont agi de même. Ainsi la propriété de fui* miner appartient non pas au mercure > mais à une combinaison qui peut s'unir avec diverses bases-, en les neutralisant plus ou moins complètement, comme ferait un acide.
Il en est de même pour l'argent fulminant; on peut en précipiter ton u ' 18
274 PUYSIQCE, CHIMIE
une grande partie de Taisent en y substituant un alcali ou un autre oxide métallique.
Liebig , après avoir employé comme base l'eau de chaux et l'avoir reprise par l'acide nitrique, est parvenu à isoler, à peu de chose près , le principe qu'il soupçonnait , et Ta vu se précipiter sous forme de poudre blanche soluble dans l'eau bouillante , rougissant la teinture de tournesol ; en un mot de nature manifestement acide, mais se distinguant par la propriété de détoner , dont il jouit au plus haut degré.
Liebig a tenté l'analyse de cet acide, et a pensé payer chèrement son zèle pour la science ; car les détonations ont lieu même dans l'eau , et au moindre choc. Il a réussi enfin , en le mêlant de beaucoup de magnésie, à le décomposer sans accident. Les produits sont un reste du métal par l'intermède duquel on l'avait formé, du çaz acide carbonique , de l'ammoniaque et de l'eau. C'est la composition la plus complexe que la chimie ait encore créée , puisqu'elle offre une substance métallique et les éléments ordinaires des matières animales , savoir : de l'ozigène , de l'hydrogène et de l'azote. Mais il restait à savoir comment ces éléments y sont combinés entre eux; si l'ammoniaque et l'eau y sont toutes formées ; si le métal y est à l'état d'oxide , et de quel oxide , etc.
I>e nouvelles expériences fSaites cette année par l'auteur et par Gay-Lussac nous ont appris que cet acide, qu'on avait d'abord nommé fulminique , lorsqu'on le débarrasse du reste de métal qu'il contient, est de l'acide cyanique , c'est-à-dire une combinaison de l'oxygène avec cette combinaison d'azote et de carbone qui a été nommée cyanogène.
Bœbereimer, professeur à Jéna, est l'auteur d'une observation bien curieuse sur la propriété dont jouit le platine précipité de sa solution nitromuriatique (ce qui lui donne une forme et une consistance spongieuse) , sur la propriété qu'il a, disons-nous, lorsqu'on fiait passer sur lui un mélange d'oxigène et d'hydrogène , d'opérer la combinaison de ces deux eaz et de produire une chaleur qui le porte lui-même au rouge. Thénard et Dulong ont répété et vérifié ces expériences. Ils ont reconnu de plus que le palladium et le rhodium îouissent de cette propriété comme le platine à la température ordinaire; que l'iridium s'échauffe fortement à cette même température; que l'osmium rougit , mais seulement quand on l'a un peu échauâe d'avance ; enfin que pour donner au nickel et au cobalt la propriété de produire la combinaison, il faut les chauffer à 800 degrés ; ils ont de même reconnu que , dans cet état, le platine , à la température ordinaire , décompose le protoxide d'azote.
Ghevreul , qui par sa découverte des acides qui se produisent lors de la saponification a fait faire de si grands pas à la .théorie de cette
£T lÊTÉOROtOGIE. 275
opération et onrert uii oouyeao champ à l'élude des substances organiques, a continué ses recherches et déterminé les caractères de plusieurs de ces acides , qui varient selon les diverses graisses avec lesquelles la saponification se fait , et qui sont les principes des odeurs des savons formés avec ces c^raisses et d'une partie de ces graisses elles-mêmes. Le beurre en fournit deux , le buHrique et le capriquB ; la graisse de dauphin un , le phocéntque; et la e^raisse de mouton un autre , le hircique. Ils sont tous incolores , plus légers que Teau , mais de moins a un dixième , diversement odorants , et donnent une saveur brûlante. Le caprique se solidifie à 15 degrés au-dessus de 0; les autres sont encore liquides à 9. Ils varient davantage par leurs capacités de saturation et les propriétés de leurs sels.
Le nombre des alcalis ou bases salifiables organiques et composées de plusieurs principes combustibles ou gazeux augmente rapidement, surtout depuis les recherches de Pelletier et Caventou; et les propriétés remarquables dont ces substances sont douées rendaient intéressant de connaître les compositions distinctives de chacune d'elles.
Pelletier et Dumas leur ont appliqué la méthode d'analyse ima ginée par Gay-Lussac , qui consiste k en brûler une quantité déter minée avec une quantité , également déterminée , d'oxide de cuivre, et à recueillir les produits. Par les proportioos de leurs éléments ces substances ressemblent beaucoup aux résines; elles ont un peu d'azote de plus ; on doute même qu'il y en ait dans la morphine; la caféine seule en contient jusqu'à un cinquième , et plus , de son poids. La plupart ont une capacité de saturation (une alcalinité) à-peu-près proportionnelle à leur quantité d'azote ; mais la morphine en a plus que n'indiquerait l'excessivement petite quantité de ce principe qu'elle parait contenir.
Ces expériences , faites avec toutes les précautions qui pouvaient en rendre les résultats rigoureux et précis , conduisent à des vues importantes, et qui intéressent toute la chimie organique non moins que la matière médicale.
Une espèce particulière et très rare de calcul de la vessie , découverte par Wollaston, et nommée par lui oside urique, s'est retrouvée pour la première fois en France, dans le calcul d'un chien. Lassaigne en a donné la description et les propriétés caractéristiques. Il l'a trouvée composée de 36 parties de carbone, 34 d'azote, 17 d'oxigène et 12 d'hydrogène.
Le dahlia , grande et belle plante dont nos parterres ont été récemment enrichis , a des racines tubéreuses comme le topinamhmr , qui est de la même famille qu'elle. Payen a cherché si ces bulbes ne contiendraient pas aussi un principe alimentaire de bonne qualité, et pour cet effet il en a fait Fanaiyse. Il en a retiré un sucre incristallisable; un arôme ressemblant à celui de la vanille;
275 PHYSIQUE, OIIfflE
une haile Yolatile; une huile fixe; plusieurs sels i base de chaux; et une substance nouyelle qu'il a nommée dahlme^ et dont les bulbes de dahlia contiennent un dixième de leur poids : elle a de l'analogie avec Tamidon et la gélatine , mais elle en diffère surtout par la propriété de se précipiter en masse grenue , lorsque l'eau qui la lient en dissolution est éyaporée jusqu'à former une pellicule. Sa pesanteur spécifique est de 1356 ; l'acide sulfurique la couTertit en sucre incristallisable, plussapide que celui qui proyientde l'amidon.
A la suite de la celée qui fit périr tant d'oliviers dans ThiTer de 1821 à 1822, le ministère de l'intérieur « désirant connattre si le climat de la France ou de quelques unes de ses parties avait subi des changements, et les causes auxquelles ils pouvaient être dus, demanda aux préfets des mémoires sur l'étendue des défrichements qui ont eu lieu dans les forêts depuis 1819 , et sur l'influence que l'opinion de leurs départements attribue au déboisement des montagnes relativement à la température , à la diminution des eaux , à la force et à la fréquence des vents.
On a obtenu successivement des réponses de cinquante-six de ces magistrats; et, comme on pouvait s'y attendre , les questions y sont traitées sous des points de vue fort divers , et les résultats n'en sont
Sas toujours bien concluants. Cependant il parait ceitain , par des ocuments écrits, par le souvenir des vieillards , que dans des lieux où l'on cultivait autrefois l'olivier, la vigoe, le châtaignier, et d'autres végétaux sensibles à la gelée, cette culture ne s'est pas maintenue ou est même devenue impossible.
Des défrichements n'ont pas été aussi généraux qu'on s'est plu k le répandre. Dans trente-quatre départements qui possédaient ensemble 8,439,943 hectares de bois, il n'en a été arraché que 204,092; mais ce n'est pas d'après retendue seule, mais par la nature des bois supprimés que les effets de ces défrichements doivent être jugés : les forêts d'arbres résineux, les plus importantes comme abris, ont diminué plus généralement ; les futaies de chênes, de hêtres, de nos montagnes de second ordre, ont presque toutes été transformées en taillis , et il faudrait des lois sévères et exécutées pendant un siècle pour que les grands arbres propres aux constructions civiles et navales redevinssent aussi abondants qu'ils l'étaient en 1789.
Ce n'est au reste que dans quatorze départements que l'on a pensé que le déboisement des montagnes a causé le refroidissement de l'air ou du sol; Topinion contraire a été exprimée dans trente-neuf. On a reconnu dans trente-deux que les hivers sont moins froids et plus longs , et lésâtes plus courts et moins chauds qu'il y a soixante ans; dans vingt-un autres on ne regarde pas ce fait comme constant
ET MËTÉOROLOGH. 277
Bans Tingt-sept départements ou est persuadé que les vents sont devenus plus violents, et dans vingt-six on soutient le contraire. ' La dénudation des montagnes n'est mise en doute dans aucune des réponses, et il y a aussi beaucoup d*accord sur ses conséquences actuelles et futures. L'une des plus généralement reconnues est la diminution des sources, parce que Feau des pluies, au lieu de s'infiltrer dans le sol avec lenteur, s'écoule rapidement, et entraine les terres que les bois et les herbes ne retiennent plus; toutefois, sur ce point même, il s'en faut beaucoup que les rapports soient una* nimes. 11 n'y a que vingt-huit départements où l'on affirme la diminution des eaux permanentes , et que vingt-cioq oà Ton ait reconnu que les inondations sont plus fréquentes qu'en 1789.
Nous ne parlerons pas des autres articles de météorologie, tels que la neige , la grêle , etc., sur lesquels les réponses ont été encore plus vagues et plus contradictoires. Les données fournies par ce premier travail ne peuvent être considérées que comme un essai encore assez imparfait; et pour arriver à quelque chose de plus positif, il serait nécessaire de poser des questions plus précises et de tracer avec plus de rigueur la méthode à suivre pour les résoudre. • Néanmoins les mémoires fournis à l'Académie contiennent des renseignements précieux sur la statistique de plusieurs parties de la France, et sous ce rapport au moins leur utilité ne peut être méconnue.
JMoreeu de Jonnès , qui a soin d'entretenir l'Académie de tous les phénomènes remarquables qui se manifestent aux Antilles , lui a fait part de deux tremblements de terre arrivés dans ces lies , et qui ont été assez forts pour exciter l'effi^oi parmi la population de la Martinique.
Le premier a eu lieu le 11 novembre, à cinq heures quarantecinq minutes du matin.
Le deuxième s'est fiait sentir le 13 décembre suivant, à une heure du matin.
Chacun de ces tremblements a consisté en deux secousses; celles du premier ont été les plus fortes et les plus prolongées.
Il n'est personne un peu au fait des travaux des chimistes qui ne connaisse les grandes discussions auxquelles ils se sont livrés dans ces derniers temps sur les causes et le mode précis des combinaisons, et particulièrement sur la question de savoir si elles se font en toutes
{proportions et pour ainsi dire en toutes nuances, ou si elles n'ont ieu que dans certaines proportions fixes qui puissent s'exprimer par des nombres entiers et assez petits.
Celle dernière opinion semble prévaloir aujourd'hui , malgré la longue opposition que lui a montrée ce grand chimiste feu Berthollet ; cependant l'opmion contraire a encore des défenseurs , et Long* champ a essayé de l'appuyer par de nouveaux arguments.
II les cherche dam l'analyse de l'acide phosphorique et de ses sels, genres de substances qui offrent de grandes difficultés , puisque deux chimistes aussi célèbres que Davy et Berzélius sont arrivés à leur sujet à des résultats très différents.
Il a d'abord acidifié le phosphore par l'acide nitrique , et saturé l'acide phosphorique par la cnaux caustique. L'augmentation de
Soids de cette dernière substance lui fait connaître la quantité 'acide phosphorique correspondante au phosphore employé, et par conséquent la quantité d'oxigène qui entre dans l'acide phos«phorique ; mais ce procédé donne des résultats fort discordants. Les écarts sont moins considérables quand on emploie Toxide de cuivre au lieu de la chaux.
Quant aux phosphates, l'auteur commence par déterminer la quantité d'acide que contient le phosphate d'ammoniaque cristallisé en le calcinant avec un excès de carbonate de chaux; calculant ensuite les proportions des phosphates qui se forment quand on calcine avec celui d'ammoniaque les différents sels à base de baryte, de soude , ou de chaux , il en déduit la quantité d'acide phosphorique que prennent les divers alcalis , et il arrive pour chaque base à des proportions très variables et peu d'accord avec la théorie des combinaisons fixes et à proportions simples. La même conclusion se déduit, selon lui, des opérations dans lesquelles on décompose les sels solubles de chaux et de baryte par le phosphate de soude cristallisé ; mais les commissaires de l'Académie ont fait observer que dans ces sels liquéfiés par la chaleur il manque la circonstance la plus essentielle pour produire des proportions fixes , la cristallisation: le terme où s'arrête la décomposition varierait probablement encore avec la température.
Nous avons parlé dans le temps des belles découvertes de l'iode et du cyanogène, deux substances dont l'une est jusqu'à présent indécomposable, et se distingue éminemment par la couleur violette de sa vapeur , et dont l'autre , formée d'une combinaison de carbone et d'azote , donne , en s'unissant à l'hydrogène , le principe colorant du bleu de Prusse. Ces substances peuvent s'unir quand on les présente l'une à l'autre à l'état de gaz naissant , ce qui arrive quand on chauffe un mélange de deux parties de cyanure de mercure et d'une partie d'iode; il se produit alors du prot-iodure de mercure et du cyanure d'iode. Cette dernière combinaison, qui est très volatile y s'élève sous la forme d'une fumée épaisse , et se condense en aiguilles extrêmement légères. Elle a une odeur très piquante , une saveur des plus caustiques , mais ne participe en rien des caractères des acides ni des alcalis. Elle se dissout dans l'eau et dans l'alcohol , mais n'éprouve aucune action du chlore ni de l'acide sulfureux quand ils sont à l'état sec : au contraire l'acide sulfureux liquide et (es alcalis l'attaquent , et il en résulte divers composés.
Serullas, quia le premier produit et étudié cette combinaison remarquable, n'a pu encore en déterminer les proportions que d'une manière approximative ; il y trouve 82,8 sur 102 d*iode, et 17,2 de cyanogène.
Les accusations d'empoisonnement dont les tribunaux ont retenti l'année dernière ont tourné les efforts de plusieurs chimistes vers la recherche des marques auxquelles on peut reconnaître dans les intestins la présence de quelques uns des poisons nouvellement découverts. Si malheureusement les progrès des sciences fournissent quelquefois au crime des instruments nouveaux , ils donnent en général aussi les moyens d'en prévenir les effets , ou du moins ceux d'en apprécier les causes et d'assurer la punition des auteurs.
C'est avec Tiotention de remplir cette espèce de devoir imposé en quelque sorte aux chimistes , par leurs propres découvertes , que Lassaigne a cherché à saisir, dans une masse alimentaire, les momdres traces de morphine ou d'acide hydrocyanique.
Pour la morphine , il traite les matières qui la contiennent par Talcohol : après que l'alcohol a dissous ce qu'il peut dissoudre^ il l'évaporé , et traite le résidu par l'eau pure ; il laisse évaporer cette eau spontanément, et si elle recèle de l'acétate de morphine cette substance délétère se cristallise en prismes divergents , que l'on reconnaît à leur saveur amère , à leur décomposition par l'ammoniaque , au dégagement d'acide acétique qu'y produit l'acide sulfîirique , enfin à la couleur rouge orangée qu y fait nattre le contact de l'acide nitrique.
Quand c'est dans un corps solide que l'on soupçonne la présence du poison , il faut le faire bouillir dans l'eau et opérer sur la décoction comme il vient d'être dit.
Si la matière était alcaline , il faudrait ajouter à l'eau et à l'alcohol une petite (|uantité d'acide acétique pour rétablir l'acétate de morpnine qui aurait pu être décomposée.
Lassaigne a retrouvé par ce procédé cette substance vénéneuse dans les vomissements , dans 1 estomac et dans les intestins d'animaux morts après en avoir pris seulement 12 et 18 grains. Les matières Tomies en contiennent même des quantités considérables , mais il ne parait point qu'il en passe dans le sang , et même on n'en a plus retrouvé de traces dans celui des chiens et des chevaux , dans les veines desquels on en avait injecté , et qui avaient survécu à l'opération; en sorte que dans les cas où l'animal résiste à l'action du poison la morphine se décompose ou est expulsée de quelque manière.
Pour mettre encore plus de précision dans ses procédés , et craignant que quelque matière animale dont on n'aurait pu entièrement débarrasser la morphine ne contribuât à la couleur orangée qu'y produit l'acide nitrique , il est parvenu à supprimer cette
cause d'incertitude en versant dans la solution aqueuse de l'extrait alcoholique de sous-acétate de plomb, qui précipite les matières animales , mais non l'acétate de morphine.
Dublanc , pharmacien à Paris , a trouvé un procédé très utile
Sour reconnaître les plus faibles traces de morphine quand c'est ans de l'eau pure que cet alcali ou quelqu'un de ses sels est en dissolution 9 mais qui n'a pas le même avantage lorsqu'elle est mêlée à des matières animales comme elle l'est toujours dans les intestins. Ce moyen est fondé sur l'indissolubilité de la combinaison que la morphine forme avec le tannin. Une dissolution d'acétate de morphine , qui eu contient seulement un quinze-milhème , est sensiblement troublée par Vinfusion alcoholique de noix de galle saturée à froid. L'auteur croyait pouvoir distinguer les tannâtes de morphine de ceux des matières animales , parceque les premiers seraient plus solubles dans l'alcohol ; mais à l'expérience cette propriété ne s'est pas trouvée leur être aussi exclusivement propre qu'il le croyait , en sorte que son moyen pourrait conduire à des erreurs funestes pour des accusés innocents.
L'acide hydro-cyanique ou prussique, délétère à si petite dose, et que des scélérats savaient employer bien long-temps avant que les chimistes en eussent constaté la nature . était plus difficile à reconnaître que la morphine. Cependant Lassaigne est parvenu aussi à en saisir de bien faibles traces.
Cet acide a la propriété , lorsqu'on verse du persulfate de fer dans sa dissolution saturée de potasse , de produire une belle couleur bleue , qui , lorsque la proportion de l'acide hydrocyanique est très faible , ne se montre qu'après quelques heures ; ce qui donnerait déjà la possibilité de le découvrir dans un liquide où il n'y en aurait qu'un dix-millième : mais une autre de ses propriétés permet d'arriver encore â une précision double , et d'en saisir jusqu'à un vingt-millième. C'est celle, découverte par Yauquelin, de former avec le deutoxide de cuivre hydraté un composé jaunâtre qui devient blanc par l'addition de l'eau chaude , et qui est parfaitement insoluble dans ce liquide.
Pour appliquer cette propriété è la solution du problème , on alcalise légèrement par la potasse le liquide qu'on éprouve ; on y verse quelques gouttes de sulfate de cuivre , et ensuite assez d'acide hydrochlorique (muriatique) pour redissoudre l'excès d'oxide de cuivre précipité par Talcali. Si le liquide contient de l'acide hydro* cyanique , il prend un aspect laiteux qui disparaît souvent au bout de quelques heures.
Ainsi les signes de poison que donne le sulfate de fer disparaissent avec le temps , et le temps développe ceux que fournit le sulfate de cuivre ^ en conséquence il sera toujours avantageux d'employer comparativement les deux méthodes.
Lassaigne , par leur moyen , a retrouvé l'acide dans les intestins
ET METEOROLOGIE. 281
d'animaux qui eo étaient morts depuis dix*huit et même quarantehuit heures; mais les autres organes , le cerveau , la moelle épinière , le cœur , malgré l'odeur qu'ils répandaient , n'en offraient aucune trace.
On sait en effet que les corps empoisonnés par l'acide hydrocyanique , surtout leur cerveau et leur moelle épinière , répandent une odeur d'amandes amères , et que cette odeur peut mettre sur la Yoie de ce genre d'empoisonnement. Mais ce premier indice ne suffit point, car Itard a observé que, dans certaines maladies inflammatoires, il se développe une odeur semblable.
Il s'agira d'examiner si , dans ces circonstances , c'est de l'acide hydrocyanique qui se produit par l'effet même de la maladie ; alors les moyens d'en reconnaître la présence , loin de servir la justice , ne pourraient que l'égarer en lui signalant le crime lorsque la nature seule aurait agi.
Quand on traite par l'acide nitrique ou par l'alcohol les substances organiques où il entre de l'azote , ou même quand on les laisse dans la terre humide ou sous l'eau , on en obtient une matière grasse , et c'est une question assez importante de savoir si cette matière y préexistait , ou si elle est produite par les opérations auxquelles on les soumet.
Ghevreul , que son grand travail sur les matières grasses , en général , conduisait naturellement à désirer une solution de cette question 9 a fait de nombreuses expériences dans l'espoir de se la procurer. En soumettant des parties égales de tendons d'un animal à l'action de l'alcobol , à celle de l'acide nitrique ou à celle de l'acide hydrochlorique , il en a obtenu des quantités égales d'une graisse semblable à celle de l'animal auquel les tendons avaient appartenu; en les exposant sous l'eau pendant un an on en retire de l'adipocire formée d'acide margaricjue et oléique , en quantité correspondante à la proportion de graisse que fournissent l alcohol et les acides; enfin en les dissolvant par la potasse, la liqueur dépose des subitiargarates de potasse , comme si Ton y avait dissous de la graisse.
Le tissu jaune élastique qui forme certains ligaments a offert les mêmes phénomènes , si ce n'est que la proportion de la graisse y est plus abondante.
La fibrine du sang donne aussi une matière grasse , mais d'une autre nature , formant avec de l'eau une sorte d'émulsion, et, ce qui est très remarquable , présentant les mêmes caractères , les mêmes propriétés que celle qu'on extrait du cerveau et des nerfs.
De ces expériences Ghevreul conclut que les matières grasses font partie constituante des substances d'où on les extrait.
Les enfants nouveau-nés sont sujets à une maladie presque tou^
jours fatale à oeux ^u elle atteint , et qui consiste en une induration et une coloration en jaune de la peau. Lorsqu'on incise la peau des enfants morts de cette maladie , il s'en écoule un liquide que Chreyreul a trouvé formé d'albumine , d'un principe colorant orangé, et dun autre principe colorant vert; et examinant le sérum de leur sang, il y a reconnu une composition chimique semblable. L'un et l'autre de ces liquides , abandonné k lui-même , se prend en partie en une gelée membraneuse , et les principes colorants demeurent dans les portions qui restent liquides. C'est à cette disposition du sérum du sang à se coaguler que Ghevreul attribue la cause directe de la maladie.
Payen, qui avait présenté Tannée dernière à l'Académie une analyse des racines de dahlia , s'est occupé plus récemment de celle du topinambour. Il y a trouvé une huile analogue à celle de l'artichaut , et qui contribue à la ressemblance de saveur dans ces deux végétaux ; cette huile qui ressemble encore à celle de l'orge, se eone pose de deux principes gras , dont l'un forme un savon soiuble avec la potasse , et l'autre un savon presque insoluble. Les tubercules contiennent de plus : une huile volatile; le principe nommé dahline, qui se dissout dans Teau bouillante et se précipite par le refroidissement en une matière grenue qui forme avec les acides sulfiirique et phosphorique un sirop très sucré ; lafunfftne , sorte de substance ligneuse signalée dans les champignons par Braconnot ; une matière gélatineuse; un sucre cristallisable , mais qui fermente aisément et tournit de i'eau-de-vie analogue à celle de grain; enfui l'acide gailique, auquel probablement le topinambour doit, comme l'artichaut , la propriété de bleuir à l'air quand il est cuit.
Selon Payen, la quantité de matière sucrée ferait le cinquième du tubercule , bien que la saveur en soit moins douce que celle de la betterave ou de la canne. Si cette assertion se vérifie , le topinambour serait le végétal qui donnerait le plus d'eau-de-vie, propriété de nature à attirer l'attention des cultivateurs , d'autant que sa tige a aussi l'avantage de donner beaucoup de potasse , et que sa feuille nourrit bien les moutons.
On emploie avec avantage le charbon pour décolorer les sirops et autres solutions que l'on veut rendre plus limpides ; et les substances charbonneuses minérales, telles que les empelites, les schistes bitumineux , jouissent de ce pouvoir dans la proportion du charbon qu'elles contiennent : mais Payen, ayant essayé à cet ée;ard certains charbons fossiles môles de pyrites , trouvés dans la plaine de Grenelle , s'aperçut que les sirops en étaient brunis au lieu d'en être décolorés ; ce ne fut qu'après avoir été traités par uo grand excès d'acide hydro-chlorique et par l'eau bouillante que le résidu calciné reprit ses propriétés naturelles. Payen cherche la
ET HÊTÉOROLOGIE. 283
oause de cette di£Eéreiice dans le protosulfure formé par la calci nation de la pyrite , et que l'on enlève par Tacide hydrochlorique.
Od a beaucoup parlé pendant quelque temps de certains grès trouTés dans la forêt de Fontainebleau , et qui offraient une ressemblance extérieure, mais assez grossière » avec un corps humain et une tète de cheval encore revêtus de leur chair et non réduits en squelette , comme le sont toujours les restes fossiles ou pétrifiés d'animaux ; et l'on avait annoncé que l'analyse chimique confirmait la supposition que c'étaient en effet des corps qui avaient eu vie.
Vauquelin et Thénard se sont donné la peine de répéter cette analyse sur des fragments pris de divers points de ces pierres figu-* rées ; ils n'ont trouvé de phosphate de chaux que dans le fragment pris à la partie que Ton considérait comme une main , et sa propor* lion n'était que d'un ou deux centièmes ; le reste de la masse n'était formé que de grès , mais donnait à la distillation quelque peu de produits acidea et ammoniacaux , qui ne paraissent venir que des matières dont la surface était enduite. Les parties du rocher qui entouraient ces concrétions donnaient les mêmes produits. Quelques personnes ont conjecturé que cette portion minime de phosphate de chaux trouvée dans un seul point pouvait venir de ce' que des abeilles maçonnes avaient fait leur nid dans cette partie.
Une des applications les plus utiles que l'on ait faites dans ces derniers temps des connaissances chimiques à l'économie publique et domestique est bien celle de l'éclairage par le gaz hydrogène , retiré de la distillation de la houille ou de l'huile; mais quelques explosions arrivées dans des endroits fermés où il s'était introduit de ce gaz, et où il s'était mêlé à l'air atmosphérique dans la proportion nécessaire à la détonation , avaient inspiré des craintes contre lesquelles il convenait de rassurer le public, et qu'il importait surtout d'empêcher de se réaliser. L'Académie a été chargée de s'occuper d'un objet aussi intéressant , et c'est d'après le rapport qu'elle a soumis au gouvernement qu'a été rendue l'ordonnance royale qui fixe les précautions à suivre dans la disposition des ateliers où Ton produit le gaz et où on le débarrasse des principes qui nuiraient à son emploi, des réservoirs où on l'emmagasine, et des tuyaux par lesquels on le conduit aux différents points où il doit être consommé.
On est parti, dans ce trayail, du fait que le gaz hydrogène seul peut bien brûler comme toute autre substance combustible , mais non pas détoner; et que , pour qu'il puisse s'y faire une explosion , il est nécessaire qu'il soit mêlé d'air atmospnérique dans une proportion au moins quadruple de la sienne , mais qui ne soit pas plus que dodécuple.
Il est physiquement impossible , à moins que tous les employés d'une usine ne conspirent pour un pareil forfait , que cette propor-
284 PHYSIQUE, GUIMIE
tion se réalise dans le réservoir, et ce n'est que dans le lieu où aboutissent les conduits et où s'ouvrent les robinets qu'elle pourrait avoir lieu; mais dans ces endroits même il faudrait qu'il n'y eût aucune ouverture , aucun courant d'air pour qu'il pût s'y accumuler une quantité de ce mélange détonaat, suffisante pour produire des effets considérables.
Nous n'entrerons pas dans le détail des précautions prescrites relativement aux autres parties de l'opération, attendu qu'elles sont suffisamment connues du public par l'ordiMinance qui les concerne.
Il se forme sur l'eau minérale de Vicby une matière verte dont Yauquelin a cherché à reconnaître la nature. Étendue sur le papier, elle devient bleue à l'air : l'alcali caustique fait disparaître sa couleur; mais l'acide nitrique affaibli la restitue, et après quelque temps la change en rose. Il précipite de sa dissolution alcalme des flocons verts, qu'un léger excès d'acide rend bleus, et qui se comportent à-peu-près comme l'alumine. Le chlore et l'acide nitrique concentré changent le vert en jaune. Il se produir dans cette matière de l'acide acétique et des acétates de soude et de potasse. Tous ses éléments sont si compliqués et leur nature est tellement fugace que ce serait une vaine tentative que de vouloir en imiter la combinaison; aussi Yauquelin est-il bien éloigné d'accorder ce que quelques chimistes prétendent, que l'art de fabriquer les eaux minérales est devenu un émule panait de la nature.
Moreau de Jonnès a lu une notice sur les derniers tremblements de terre qui ont eu lieu aux Antilles.
Le 8 octobre 1824 il y eut à la Martinique, à une heure du matin, deux secousses assez fortes pour éveiller les habitants des villes de Saint-Pierre et du Fort-Royal.
Le 80 novembre 1824 , à trois heures trente minutes après midi , après plusieurs jours d'une chaleur extraordinaire qui cessa subitement, il y eut une secousse très violente accompagnée d'un bruit très grand. Des pluies diluviales commencèrent immédiatement, quoiqu on fût dans la saison sèche; et il y eut un raz de marée très fort.
Le 13 janvier 1826, à une heure trente minutes du matin, deux secousses se firent sentir à Saint-Pierre; la température était demeurée très élevée jusqu'au moment de ce phénomène.
Le 26 août l'ouragan qui a dévasté la Guadeloupe , et dont on ne connaît que trop les affreux détails , se fit sentir à la Martinique, mais sans y causer de grands ravages. Le vent souffla fortement dès six heures du matin; une pluie prodigieuse qui tomba jusqu'à deux
heures après midi sembla diminuer sa violence. 11 y eut de grands débordements de toutes les rivières.
Les beaux résultats obtenus par Ghevreul de ses recherches sur les coi|)s gras ont excité les chimistes à examiner ces corps sous d'autres rapports et par d'autres moyens.
Dupuy , de Bussy et Le Ganu y ont appliqué l'action de la chaleur. On avait cru jusqu'à présent que la distillation les transformait en eau, en acide carbonique, en acide acétique ou sébacique, en charbon , et en huile altérée et très odorante; mais Dupuy a obtenu par la distillation lente des huiles de pavot et de lin un produit solide qui ne rentrait dans aucun de ceux que nous venons de nommer ; et de Bussy et Le Ganu , ayant poussé l'examen plus loin , ont constaté qu'outre ces produits .on en obtient plusieurs autres, et surtout ces acides que Ghevreul a nommés margarique et oiétque. En opérant sur le suif on retire plus des trois dixièmes de son poids d'acide margarique, et les auteurs ont cru cette observation susceptible d'applications assez utiles pour se l'approprier par un brevet d'invention. Ils pensent qu'il se passe quelque chose de semblable dans la distillation du succin , et que l'acide succinique est produit par l'opération même.
On savait, par les expériences de Priestley et de quelques autres physiciens, que les charbons faits avec le même bois, mais à divers degrés de température , n'ont pas les mêmes propriétés physiques ; celui qui a été chauffé très fortement, par exemple, devient un bien meilleur conducteur de l'électricité que celui qui a été fait à un feu doux.
Gheuvreusse , professeur de chimie à l'École royale d'artillerie de Metz , a repris ce sujet , et l'a traité d'une manière beaucoup plus étendue. Non seulement il a refait avec beaucoup de précision les expériences relatives à la qualité conductrice de l'électncité, mais il a reconnu et constaté des propriétés toutes semblables relativement au calorique : le charbon fortement chauffé en est un bon conducteur ; ce n'est que le charbon fait à une basse température qui le conduit mal; et l'on se trompait beaucoup lorsque, pour empêcher le refroidissement d'un appareil, on se contentait de l'envelopper de charbon sans distinguer de quelle manière ce charbon avait été fait.
11 sera aisé à l'avenir d'éviter cette faute en essayant auparavant le charbon relativement à l'électricité , puisque la faculté de la conduire est concomitante à celle de conduire le calorique.
La propriété hygrométrique du charbon est en raison inverse. Moins il a été chauffé , plus il absorbe d'eau ; et s'il a été préparé avec un bois tendre, s'il est en morceaux et non en poudre, sa faculté absorbante se renforce encore. La combustibilité mi charbon, qui est sa qualité la plus importante pour les arts, ne peut manquer
de dépendre aussi beaucoup du mode de carbonisation; mais Tao-^ teur réserve ce sujet pour un autre mémoire dans lequel il examinera également l'influence de la température sur les propriétés chimiques du charbon.
Il sera intéressant de rechercher de quelle façon la chaleur pro^ duit ces diversités, et si c'est par le plus ou moins de dissipation de l'hydrogène, par une réaction des sels contenus dans le charbon, ou seulement par une autre disposition des molécules charbonneuses.
La production de l'alcohol, ou ce que Ton nomme fermentation Tineuse, s'établit dans un mélange de matière sucrée et d'eau par le moyen d'agents d'une nature particulière , connus sous le nom de levures; mais on savait aussi (pie le gluten pouvait y exciter ce
Senre de mouvement, et Segum a découvert la même propriété ans l'albumine.
Gollin vient d'établir par des expériences suivies que toutes les matières animales peuvent produire le même efiEèt; mais elles n'agissent que faiblement , au bout d'un temps assez long , et à une température de 26 degrés et plus, tandis que la levure de bière produit son effet presque instantanément et à la température de 10 degrés. Cependant, lorsque cette première fermentation est amenée par une matière animale quelconque, il se forme un dépôt beaucoup plus actif, et qui a quelquefois tous les caractères de la levure ordinaire. On soupçonne même que Faction des matières animales pourrait bien n'être pas immédiate, mais provenir de ce qu'en se décomposant elles auraient produit de la levure.
Gollin, ayant observé que la pile galvanique accélère beaucoup la fermentation, croit que c'est à laide de l'électricité que les matières animales exercent leur action.
Horeau de Jonnès a communiqué i l'Académie la notice des tremblements de terre qui ont eu heu aux Antilles en 1826.
Le premier s'est fedt sentir à la Martinique le 7 janvier, à sept heures du matin; il s'est formé de deux secousses consécutives; la dernière a été très violente.
Le second a eu lieu le 2 mai, à minuit trente-cinq minutes; le mouvement d'oscillation du sol a été long et assez fort.
Le dernier tremblement de terre est arrivé le 12 août, à cinq heures du matin. On n'a ressenti au Fort-Royal qu'une seule secousse très prolongée.
Des vents de nord de la plus grande force ont commencé à souffler en janvier 1826 dans la mer des Antilles , et leur domination a duré plus de deux mois et demi. Us ont tellement abaissé la température que l'Archipel a éprouvé un hiver singulièrement froid.
Nous avons parlé , l'année dernière , des expériences de Bussy et Le Ganu sur la distillation des corps gras, et qui leur ont fait connaître que Ton obtient par ce moyen, comme par la saponification , les acides margarique et oléique. Cette année ils ont généralisé leurs obseryations, et sont arrivés è ce résultat remarquable que les corps gras, susceptibles d'être changés en savon par les alcalis, sont aussi ceux qui donnent des acides par la distillation , et que ceux qui ne peuvent être saponifiés ne donnent point d'acides par cette voie.
Bans un travail particulier sur l'huile de ricin ils ont reconnu qu'elle donne des acides, et même qu'elle en donne de trois sortes, et en la saponifiant ils les ont retrouvés ; mais les acides leur ont paru différer de ceux de tous les autres corps gras. Le premier, qu'ils nomment rtcintgue, est fusible à 22** au-dessus de la congélation de l'eau; un autre, qu'ils appellent stëarthricinique, se cristallise en belles paillettes, et ne se fond qu'à 130^; le troisième, qu'ils appellent oléo^icinique y demeure au contraire liquide à plusieurs degrés au-dessous du point de la congélation de l'eau. Les acides sont volatils , plus ou moins solubles dans l'alcohol , et complètement insolubles dans l'eau. Ils forment avec diverses bases, surtout avec la magnésie et l'oxide de plomb, des sels dont les caractèi^es sont très distincts. L'huile de ricm, qui ne donne ni acide oléique ni acide margarique, ne contient donc ni oléine ni stéarine, et elle est d'une nature particulière.
En effet, soit qu'on la distille ou qu'on la convertisse en savon , elle donne des résultats qui lui sont propres. Lorsqu'on l'a distillée , par exemple après que les huiles volatiles et les acides ont passé dans le récipient, il reste dans la cornue un acide solide équivalant aux deux tiers de son poids, blanc jaunâtre, boursouflé, semblable à de la mie de pain, qui brûle aisément sans se fondre, qui n'est soluble que dans les alcalis, et qui forme avec eux une sorte de savon. Les auteurs croient qu'on pourrait en tirer un vernis propre à être employé sur les tôles qui doivent subir une assez forte chaleur.
On se souvient de la découverte de l'iode faite en 1813 dans le varec par Courtois , et des propriétés remarquables que Gay-Lussac et Humphry*Davy ont reconnues à cette substance.
Balard , préparateur de la faculté des sciences de Montpellier, en traitant par le chlore la lessive des cendres de fucus et l'eau-mère des salines, et en y ajoutant de la solution d'amidon, comme on le fait pour y reconnaître l'iode , s'aperçut qu'outre la matière bleue produite par l'union de l'iode et de la solution d'amidon , il se montrait une matière d'une odeur vive et d'un jaune orangé d'autant plus intense que le liquide qu'il observait était plus concentré. En versant sur le mélange de l'acide sulfurique étendu d'eau, en recueillant les vapeurs qui se dégagent, on aperçoit un changement qui semble annoncer un principe particulier. On peut obtenir sépa-
rément cette matière , soit en distillant l'eau-mère après Taclion du chlore et en condensant, par le froid, les vapeurs rutilantes qu'elle fournit, soit par un procédé plus compliqué , mais plus productif, en l'enleyant à l'eau par Télher, à Véther par la potasse, en mêlant cette potasse avec du peroxide de manganèse. En masse elle parait d'un rouge foncé ; sa liquidité se conserve jusqu'à IS"" au-dessous du point de 4bngélation ; elle est très volatile et bout à 47* ; son odeur ressemble beaucoup à celle du chlore ; sa densité est triple de celle de l'eau; dissoluble dans l'eau , dans l'alcohol , dans l'éther, elle détruit les couleurs comme le chlore, et se comporte de même avec l'hydrogène, avec l'oxigène et avec les oxides alcalins. Combinée avec le gaz hydrogène percarburé, elle produit un liquide oléagineux d'une odeur éthérée très suave.
L'auteur lui a donné le nom de brame, tiré de fi/^/»i9 mauvaise odeur. Il l'a soumise à des essais analogues à ceux que Gay-Lussac a faits sur l'iode.
Dumas a obtenu des composés dans lesquels entre cette substance; ils sont de nature assez semblable à ceux que l'on obtient de l'iode, des brômites métalliques et des hydrobrômates alcalins.
Sérullas , continuant à suivre la même marche, a obtenu de l'hydrocarbure de brome et de l'éther hydrobrômique.
Liebis a retiré cette même substance de l'eau-mère de quelques salines d Allemagne, et en a aussi fait l'objet de quelques expériences.
En 1813 , è l'époque où Gros entreprit de décorer la coupole de Sainte-Geneviève de la magnifique composition dans laquelle il a déployé un talent si admirable , Thénard et Darcet furent consultés sur la méthode à suivre pour fixer la peinture à l'huile sur la pierre et préserver des chef-d'œuvre d'une prompte destruction : ils jugèrent que le moyen le plus sûr était de faire pénétrer dans la pierre un corps gras liquéfié par la chaleur, qui, en se refroidissant, rem-
{ dirait tous les pores et offrirait au pinceau de l'artiste un fond de a même nature que les couleurs qu'il avait à y appliquer. Ils composèrent cet enduit d'une partie de cire jaune et de trois parties d'huile cuite avec un dixième de son poids de litharge. On chauffe successivement et fortement toutes les parties de la coupole au moyen d'un grand réchaud de doreur, et Tony appliqua le mélange chauffé lui-même à la température de l'eau bouillante. A mesure que la première couche s'imbibait, elle était remplacée par une autre, jusqu'à ce que la pierre refusât d'en absorber : les murs une fois bien imprégnés , bien unis et bien secs , furent recouverts de blanc de plomb délayé dans l'hirile, et c'est sur cette couche blanche que le grand peintre a exercé ses pinceaux. Onze années d'existence ont prouvé que les vues de ces chimistes avaient été heureuses : leur enduit ne met pas seulement la peinture A Vabri de l'humidité , il prévient encore Tembu, ou cette inégalité d'éclat qui est occasionnée par le
plus OU moins d'absorption deThuile , et il dispense ainsi le peintre de vernir son tableau. On a préparé de même les quatre pendentifs de la coupole inférieure qui doivent être peints par Gérard. L'enduit les a pénétrés à trois et quatre millimètres et demi. • Ce procédé peut être employé sur le plâtre comme sur la pierre, et il le préserve même , lorsqu'il est exposé au-debors , de l'action de l'air et de l'humidité. Un bas-relief en plâtre, enduit à moitié de la composition de Tbénard et Darcet, a été exposé pendant très longtemps sous des gouttières ; tout ce qui était enduit s'est conservé » tuais que le reste a été rongé, dissous; les figures même y sont devenues méconnaissables.
On a parfaitement assaini par des enduits semblables des appartements au rez-de-chaussée, que le salpêtre avait rendus inhabitables même en été; on y a employé de la résine au lieu de cire , ce qui rend le mélange beaucoup moins cher.
En mêlant à l'enduit des savons métalliques on peut donner au plâtre telle couleur que l'on veut. Il n'est pas douteux que l'on pourra s'en servir pour des statues de plâtre , et les rendre presque aussi inaltérables par les éléments que si elles étaient de marbre ou de bronze.
Une des industries les plus profitables qui aient été données à la France par les chimistes est celle d'extraire la soude du sel marin : toutes nos fabriques de savon, nos verreries, obligées autrefois d'importer pour beaucoup de millions de soude tirée de plantes mannes qui croissent sur les côtes d'Espagne , l'obtiennent maintenant de fabriques placées à côté d'elles, et qui exploitent le produit inépuisable de nos mers.
A la vérité l'impôt dont est chargé le sel qui se consomme dans l'intérieur, aurait anéanti cette industrie dès sa naissance , puisque le sel lui-même avant toute préparation aurait été plus cher que la soude étrangère; aussi le gouvernement livre-t-il depuis long-temps en franchise aux fabricants de soude les sels qui leur sont nécessaires : on comprend que des hommes peu délicats ont dû être tentés d'abuser de cet avantage ; l'énormité de l'impôt fait qu'il y a plus de profit à revendre en fraude ce sel qu'à l'employer è sa destmation; et l'administration aurait voulu obtenir un moyen qui, sans empêcher que le sel qu'elle livre ne fournit de la soude , le rendît cependant impossible à détourner pour la consommation ordinaire , et la dispensât ainsi de la surveillance qu'elle est obligée d'exercer sur ceux auxquels elle l'a livré.
Il y avait une autre question fort intéressante pour l'art de la verrerie.
On peut employer pour faire le verre le sulfate de soude résultant de la première opératioa que l'on fait sur le sel marin au moyen de l'acide sulfurique , et sans avoir besoin de décomposer ce sulfate et d'en extraire la soude , extraction qui exige des travaux compliqués