TOMI I. S
La Flore cFChoare et de Bénin, de feu notre confrère de Beauvois, s'est close à la ringtiëme livraison, qui termine le deuxième volume.
Dans un ouvrage intitulé Flore médicale des Antilles, Desconrtils, qui a long-temps exercé la médecine dans les îles, a cherché â &ire connaître les plantes usuelles qui s'y trouvent, ainsi que les propriétés que l'expérience a constatées pour chacune d'elles dans le traitement des maladies, et à rattacher ces propriétés aux principes immédiats que l'analyse chimique y découvre. L'auteur décrit six cents plantes distribuées en vingt-cinq classes, d'après Tactton thérapeutique qui leur est attribuée, et les représente par autant de figures coloriées. Il traite aussi de leur culture et des services qu'elles rendent aux arts et à l'économie rurale.
Delessert, associé libre, qui seplatt à faire servirune grande fortune aux progrès des sciences utiles, en même tenops qu'il l'emploie avec tant de zèle au soulagement de l'humanité souffrante, vient de publier un premier recueil de plantes rares, choisies dans les herbiers les plus considérables de Paris, et surtout dans le sien.
Ce volume contient cent planches exactement gravées au trait d'après les dessins de Thabile artiste Turpin , avec des caractères extraits du Système des végétauœ de DecandoUe. Les espèces qui y sont représentées sont presque toutes du nombre de celles que ce savant botaniste a décrites pour la première fois ; elles appartiennent aux familles naturelles des renonculacées , dés dilléniacées, des magnoliacées , des anonacées , et des ménispermées : plusieurs sont fort remarquables par leur beauté ou la sin^larilé de leurs caractères. Les botanistes ne peuvent que désirer vivement la continuation d'un ouvrasfe aussi intéressant.
De Humboldt travaille sans relftche à compléter la publication de ses immenses Recherches sur F Amérique équinasiale. Les Nota gênera et spccies, que Kunth rédige pour cette grande collection , sont arrivés au dix-neuvième et au vingtième cahiers, qui sont les premiers du cinquième volume ; la série des plantes polypétales commence dans cette partie de l'ouvrage. Kunth, en suivant génélement l'ordre établi par de Jussieu dans son Gênera, y traite successivement les am/Û7c^6«, les omhellifàres j les renonculacées, les anones, ]es cruci/eres et les capparidées. Toutes ces familles ont éprouvé une augmentation très considérable par les espèces découvertes par de Humboldt etBonpland. Les botanistes, qui s'occupent plus particulièrement de la distribution des formes v^étales , y remarqueront avec intérêt que la chaîne des Andes offre un grand nombre d'ombellifères et de crucifères , quoique ces deux familles appartiennent presque exclusivement à la zone tempérée.
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Les mimoses et autres légumineuses, qui forment dans le recueil général de Humboldt une collection particulière, exécutée avec plus de magnificence, en sont à leur huitième livraison.
De Humboldt lui-même a fait imprimer dans le Dictionnaire des Sciences naiureiies ses nouvelles recherches sur la distribution des formes végétales à la surface du globe, d'après les climats et les autres influences physiques dont nous avons déjà donné une analyse Tannée dernière, et qui rectifient beaucoup d'idées peu exactes que Ton s'était faites sur ce sujet compliqué.
DecandoUe s'est aussi occupé de ce sujet dans un mémoire imprimé depuis dans le Dictionnaire des Sciences naturelles. Il y analyse
Crticulièrement l'influence des éléments extérieurs sur les végétaux ; ) modifications qui résultent pour chaque espèce du besoin qu'elle a des diverses substances, et des moyens par lesquels elle peut échapper à leur action ; et l'effet de ces diverses combinaisons sur ce que les botanistes nomment les habitations des plantes et sur leurs stations , c'est-à-dire sur les pays où elles se propagent et sur les lieux déterminés qu'elles occupent dans chaque pays. Ainsi , parmi les plantes de France, parmi les plantes d'une province de France , les unes cependant ne viennent que sur les hauteurs, les autres que dans les marais ou sur les bords de la mer, etc. L'étude des stations est en quelque sorte la topographie, et celle des habitations la géographie botanique; et une {>artie de la confusion qui a régné dans cette branche de la science vient de ce qu'on n'a pas assez distingué ces deux sortes de rapports. L'espèce de guerre que se font les végétaux en se disputant l'espace, les circonstances qui, en favorisant la multiplication d'une espèce, ou en arrêtant celle des autres, donnent à la première l'empire exclusif d'une certaine locaUté, sont encore en cette matière d'importants objets d'étude auxquels DecandoUe a donné toute son attention. En quelques endroits ces circonstances sont tellement impérieuses qu'elles rendent sociales en apparence des plantes qui partout ailleurs vivent éparses.
DecandoUe, dans ce mémoire, estime à cinquante-six mille le nombre des espèces végétales déjà observées ou rassemblées dans les collections des botanistes, et peut-être à cent vingt mille celles qui existent sur le globe; ce qui laisse encore un vaste champ aux recherches, et indique en même temps l'absolue nécessité depei^fectionnerles méthodes.
Coquebert de Montbret, associé libre , a contribué à donner de la précision à un point important de cette géographie végétale, par une carte de la France où il a porté avec exactitude , et d'après des renseignements officiels , les limites de quatre de nos principales cultures; savoir, de la vigne, du maïs, de l'olivier et de l'oranger. Les lignes fort irrégulières que ces cultures ne dépassent point sont déterminées par des causes qui rentrent toutes dans Tordre de celles que nous venons d'indiquer.
Plusieurs fois nous avons cherché à donner quelcjue idée de la manière dont du Petit-Thouars envisage la végétation. Ce savant botaniste a lui-même présenté à l'Académie une sorte de résumé de sa doctrine, dont nous allons essayer de reproduire le tableau.
Le bourgeon, selon du Pelit-Thouars, est le premier mobile de la végétation ; il en existe un à l'aisselle de toutes les feuilles : il se nourrit aux dépens des sucs contenus dans le parenchyme intérieur du végétal , et c'est là ce qui fait passer ce parenchyme à l'état de moelle ; on le prouve en faisant voir que les changements dans la consistance de ce parenchyme correspondent à ceux qui arrivent au bourgeon. Dès que le bourgeon se manifeste il obéit à deux mouvements généraux, l'un ascendant ou aérien, l'autre descendant ou terrestre : du premier résultent les embryons de feuilles, du second la formation de nouvelles fibres ligneuses et corticales; et ce nouveau théorème se démontre de même parla coïncidence dans l'accroissement des parties intérieures et extérieures du végétal ; et c'est ainsi que du Petit-Thouars établit l'indépendance de la formation du liber et de celle du bois.
Il ajoute que les nouvelles fibres se forment aux dépens du cambium, c'est-à-dire de la sève produite par les fibres plus anciennes, et déposée entre le bois et l'écorce. Ces fibres nouvelles apportent elles-mêmes la matière nécessaire à leur prolongement vers le bas , et c'est ce que l'on nomme la sève descendante. Ainsi sefaitFaccroissement des arbres en épaisseur ; et du Petit-Thouars assure qu'il est une époque de l'année où la plupart des arbres peuvent être dépouillés de toute leur écoree, et la reproduire en moins de quinze jours, sans qu'il soit nécessaire de leur appliquer aucun enduit. Ce sont aussi les fibres nouvelles qui sollicitent et qui apportent la matière de leur prolongement en hauteur, ou la sève montante. Deux substances résultent de cette sève : le ligneux formé de fibres qui, une fois complètes, ne varient plus; et le parenchymateux , composé d'abord d'un amas de petits grains qui se gonflent enutricules. Le parenchymateux peut s'étendre en tout sens, et est seul susceptible de prendre la couleur verte. Les parties ligneuses se forment ensemble depuis le sommet de l'arbre jusqu'à sa base. L'auteur a vu dans l'hélianthe annuel ou grand àoleil des fibres d'une sorte de liber se montrant à l'extérieur sous Tépiderme, se formant en correspondance parfaite avec l'étui médullaire, et se laissant suivre de même de la racine jusqu'aux feuilles ou réciproquement.
La sève est l'aliment des plantes ; les racines la pompent sous forme humide; elle va dans les feuilles recevoir l'action de Tair; elle ne se rend qu'aux points où elle est attirée par l'organisation; et, comme elle contient à-Ia-fois les éléments du ligneux et du parenchymateux partout où elle produit des fibres, il faut qu'elle dépose du parenchyme dans le voisinage. Du Petit-Thouars a développé ce dernier théorème dans un mémoire sur la sève, publié il y a aéjà quelques années.
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Comme c'est particulièrement sa manière d'envisager la moelle, qui a éprouTé des contradictions d^ la part des autres botaniste», l'auteur a cru devoir s'attacher de préférence à e:cposeret à démontrer sa doctrine sur ce sujet.
La moelle est une des trois parties du système parenchymateux du végétal , qui n'est séparée d'abord d'une autre partie , celle qui forme le parenchyme cortical , que par ce que l'on nomme Tétui médullaire et la première couche du liber; mais à mesure qu'il se forme de nouyelles couches de fibres ligneuses et corticales , il se montre une troisième partie de parenchyme qui entretient la communication entre les deux premières, en traversant les fibres; c'est cequ'on appelle les rayons médullaires. La moelle se distingue par sa position dans l'axe de la partie aérienne du végétal, par son îxomogénéité , qui n'admet aucune fibre. Il n'y a point de moelle dans les monocotylédones, parce que tout le parenchymateux est répandu entre les fibres sans distinction. La moelle, d'abord à l'état granuleux, puis gonflée en utricules polyèdres, prend sa consistance définitive lorsque le bourgeon qui est toujours placé sur elle, et dans lequel il s'en montre déjà un prolongement, en absorbe les sucs; dès-lors elle n'a plus qu'une existence passive, et peut même être enlevée par la pourriture et par d'autres causes, sans ^ue la vitalité du végétal en souffre ; mais naturellement elle ne disparait ni ne diminue. Chacun sait qu'elle est légère, compressible et élastique; et qu'après avoir été desséchée, elle reprend du volume en absorbant de Veau.
Tout, dans la nature organisée, jusqu'aux phénomènes les plus communs, les plus journaliers, est rempli de mystères. Depuis des siècles les botanistes recherchent pourquoi^ lorsqu'une graine germe, dans quelque position qu'on l'ait placée, la racine descend et la tige monte toujours. On a attribué ces effets à Fhumidité, à la lumière , à l'air ; mais aucune de ces cause» ne les explique. Dutrochet a placé des graines dans des trous percés au fond d'un vase rempli de terre humide, et suspendu au plafond d'unechambre. Il semblait qu'elles dussent pousser la tige en bas; il n'en fut rien. Les racines descendaient dans l'air, et les tiges se prolongeaient dans la terre humide jusqu'à ce qu'elles pussent percer sa surface supérieure.
Cest, selon Dutrochet, par un principe intérieur que les végétaux se dirigent, et nullement par l'attraction des corps vers lesquels ils se portent. Une çraine de gui qu'on faisait germer, attachée à la pointe d'une aiguille parfaitement mobile sur un pivot, et à proximité de laquelle on avait mis une petite planche, dirigea bientôt ses racines vers la planche, et la leur fit atteindre en cinq jours, mais sans que l'aiguille sur laquelle elle était éprouvât le moindre mouvement.
Les torsions des feuilles et des autres parties des plantes vers la
lumière se font aussi par un principe interne. Si on remplace leur pétiole par un cheveu, elles ne se tordent point sur le cheveu, mais leur partie supérieure se tord sur Tinférieure.
Des tiges d'ognon et de poireau , couchées dans l'obscurité arec leur bulbe, se redressent, bien que moins vite qu à la lumière : elles se redressent même lorsqu'on les couche dans l'eau , ce qui prouve bien que ce n'est ni Tair ni l'humidité qui leur impriment cette direction.
Ce mémoire, rempli d'un grand nombre d'autres expériences intéressantes sur ce sujet, avait été présenté pour le prix de physiologie, et l'Académie a dû regretter que ce prix fût restreint dès cette année à la physiologie animale : toutefois elle a arrêté qn'il serait fait du travail de Dutrochet une mention honorable à la séance publique.
Depuis long-temps les physiciens recherchent quelle est la cause qui dirige toujours la racme des plantes vers la terre y et leur tige vers le ciel , dans quelque position que leur semence ait été placée; et nous avons fait connaître , dans notre analyse de l'année dernière , dés expériences très ingénieuses de Dutrochet , qui tendent à, prouver que c'est une force intérieure, qui leur imprime cette direction. Il vient d'en faire de nouvelles sur la direction de ees parties, quand la semence que l'on fait germer est en mouve* ment.
Si l'on fixe des graines en germination sur les rayons d'une roue que l'eau fait mouvoir continuellement, les deux caudex séminaux se dirigent dans le sens du rayon de la roue ; la plumule se porte vers le centre , et la radicule vers la circonférence. Cette expérience, qui, comme on le sait , est due à Knight , a été répétée par Dutrochet, en employant un procédé particulier, qui lui a donné le moyen d'arriver à de nouveaux résultats. Il place des graines, avec une suffisante quantité d'eau , dans des ballons de verre, au centre desquels ces graines sont fixées par des fils métalliques. Ces ballons de verre sont ensuite attachés sur une roue qui est mue par unmouvement d'horlogerie , avec une vitesse que l'observateur peut régler à volonté. Dutrochet est parvenu par ce moyen aux résultats suivants.
Lorsque lesgraines, dans leur mouvement de rotation, parcourent plus de trois mètres par minute, les deux caudex séminaux prennent toujours la direction du rayon ; la plumule se dirige vers le centre , et la radicule vers la circonférence. Lorsque les graines parcourent moins de trois mètres par minute, les deux caudex séminaux prennent toujours la direction de la tangente ; la plumule se dirige en arrière, et la radicule en avant. Dans le premier cas les deux caudex
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séminaax affectent une direction perpendiculaire à celle du mouvement ; dans le second cas la direction de ces mêmes caodex est parallèle à celle du mouvement.
Lorsqu'on fait tourner des graines sur elles-mêmes, et que Taxe de leur rotation est incliné , même fort légèrement par rapport à l'horixon, les deux caudex séminaux prennent la direction de cet axe ; la plumule se porte vers la plumule ascendante, et la radicule vers la partie déclive. Lorsque Taxe est parfaitement horizontal, les deux caudex séminaux prennent la direction de la tangente au très petk cercle décrit par l'embryon.
Dutrocbet ayant fait tourner sur lui-même un ballon de Terre, au centre duquel des graines en germination étaient fixées, fit en sorte que ce ballon recevait en tournant de petits coups de marteau sur un point toujours le même de la périphérie. Toutes les plumules se dirigèrent vers le point frappé; toutes les radicules se portèrent vers le point diamétralement opposé. Ici les deux caudex séminaux étaient dirigés parallèlement à la direction du mouvement de secousse. Ayant augmenté, dans une proportion déterminée, le nombre et la force des coups du marteau , les deux caudex séminaux prirent une nou- ▼elle direction ; ils se placèrent perpendiculairement à la directiom précédente, c'est-à-dire qu'ils affectèrent une direction perpendiculaire à celle du mouvement de secousse.
Ainsi la ligne suivant laquelle se disposent les deux caudex séminaux considérés dans leur ensemble , est parallèle à la direction du mouvement lorsque la force de ce mouvement est inférieure à un certain degré moyen déterminé par l'observation ; cette ligne est perpendiculaire à la direction du mouvement lorsque la force de ce mouvement est supérieure à ce même degré moyen. Dans chacune de ces deux circonstances , la radicule se dirige dans le sens de la tendance à laquelle elle est soumise, et la plumule dans le sens diamétralement opposé à celui de cette tendance.
Dutrocbet a également soumis à la rotation des tiges garnies de feuilles, et renfermées dans des ballons de verre avec un peu d'eau. Les feuilles soumises à cette expérience ont dirigé leur face supérieure Ters le centre de la rotation , et par conséquent leur face inférieure ▼ers la circonférence. Gela s'est opéré au moyen de la torsion des pétioles, c'est-à-dire de la même manière que s'opère le retournement des feuilles dans l'état naturel.
Du Petit-Thouars , en continuant à donner la solution des huit problèmes dans lesquels il a résumé sa manière de considérer la fleur comme une transmutation de la feuille et du bourgeon qui en dépend, a présenté plusieurs observations qui lui paraissent importantes jpoor la physiologie végétale. Il a cherché à prouver, par des exemples faciles à se procurer, que la partie qu'on nommait depuis Grew radicule^ dans les embryons dicotylédones, est une véritable
tige 00 tigelle \ yérité déjà annoncée par Rnigbt en 1809. Cela est évident, selon Du Petit-Thouars , pour le plus grand nombre de ces
Slantes, puisque, lors de la germination, les cotylédons sont soulevés epuis le point où reposait la graine jusqu'à une distance plus ou moins grande au-dessus du sol , ce qui ne peut avoir lieu que par rélongation ascendante de la prétendue radicule qui s'exécutait tout en montant. On distingue par l'épithète iXépigëe ce mode de germination par opposition à celui ^hypogée qu'on donne aux germinations beaucoup moins nombreuses où les cotylédons restent à la place où la graine avait été placée ; dans le plus ^rand nombre de ces germinations la radicule prend une direction oblique et s'arrête brusquement à peu de distance ; tandis que dans d'autres elle s'enfonce perpendiculairement en formant un pivot. Cette considération , qui semblerait majeure, est pourtant de peu d'importance, puisque des plantes rapprochées comme genre , telles que le hêtre et le cb&laigûier, ou comme simple variété, comme le haricot commun et Xécarlate^ sont, l'une épigëe, et l'autre hypogée. Aussi cela tient-il à une légère cause ; car, suivant du Petit-Thouars, cela provient uniquement du plus ou moins de pesanteur des cotylédons. Leur masse devient telle que la tigelle ne peut plus les soulever : alors elle est obligée de s'échapper latéralement , ou de s'enfoncer perpendiculairement en pivot, et celui-ci porte toujours intérieurement la preuve de son origine aérienne , l'existence de la moelle jusqu'à une certaine profondeur. C'est ce fait mal observé qui avait été allégué contre l'opinion généralement établie, que les racines se distinguaient des tiges parce qu'elles n'avaient pas de moelle. Du Petit-Thouars a cherché à prouver directement son assertion : fixant des graines épigéeê, il a vu leur radicule se diriger latéralement et s'arrêter brusquement comme dans le plus grand nombre des hypogées y tandis que dans celles-ci , en diminuant le poids de leurs cotylédons par le retranchement d'une partie, il lésa vus soulevés au-dessus du sol par l'élongation de la radicule.
Pour appuyer sa manière d'envisager la fleur comme provenant de la feuille , Du Petit-Thouars a cité des observations générales, avant d'en venir à de particulières. Ainsi, suivant lui , les ^ des monocotylédones présentent le nombre 3 dans leur fleur, tandis que dans les dicotylédones les ^ dépendent du nombre 5 : il a fait remarquer que, dans celles-ci, on trouve assez fréquemment que leurs feuilles présentent cinq nervures principales qui partent de leur base, et qu'assez ordinairement elles vont se rendre chacune à un lobe plus ou moins prononcé : la vigne en donne un exemple; que dans la fleur, assez ordinairement aussi, le nombre des étamines est en rapport simple ou composé avec celui du calice ou de la corolle. Ceci pourrait donc être regardé comme un type primordial qui se trouve plus ou moins déguisé; et c'est à le démêler à travers ses altérations que l'on doit porter son attention. Ainsi ramener une
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anomalie à une règle générale est une Téritable découyerte. Du Petit-Thouars a été doublement heureux de ce côté ; car il a tu deux irrégularités que lui présentait une famille très circonscrite, s'expliquer Tunç par l'autre. Dans toutes les cucurbitacées les feuilles ont cinq lobes plus ou moins prononcés ; cependant de la base il ne part
Sue trois faisceaux : le principal et deux latéraux ; mais on remarque éjà que, contre l'ordinaire, ceux-ci sont les plus renflés ; aussi à une distance plus ou moins grande ils se bifurquent , en sorte qu'ils reviennent au nombre cinq : yoilà la première singularité. Voici la seconde : dans la fleur le calice et la corolle sont de même à cinq divisions; au centre il n'y a que trois filaments réunis par leurs anthères; mais on s'aperçoit facilement que deux des anthères qu'ils portent sont beaucoup plus grosses, ce qui mène à découvrir que les deux filaments qui les portent sont aussi plus larges , et laissent facilement voir qu'ils sont la réunion des deux faisceaux de fibres intérieures. Il est donc certain que, dans la fleur, le nombre de trois filaments dans les étamines n'était qu'apparent comme celui des nervures primordiales de la feuille, d'où u résulte ^ue par-là se manifeste la plus grande analogie entre ces deux parties : la feuille et la fleur.
Du Petit-Thouars ne s'est pas borné à considérer la moelle des plantes comme partie essentielle de la végétation, il a voulu l'observer intrinsèquement : il lui a reconnu des propriétés physiques qui lui ont paru très remarquables , et il a découvert entre autres qu'elle est douée d'un genre particulier à' élasticité. Si l'on détache sur une branche plus ou moins ancienne, l'espace qui se trouve entre deux feuilles , ce que l'auteur nomme méritha/le, qu'on prenne le sureau pour exemple, attendu que c'est l'arbuste de nos climats dont la moelle est la plus ample; qu elle ait six pouces de long; que par le moyen d'une broche tenue du même calibre que la moelle on presse celle-ci, elle cédera facilement en se tassant jusqu'à ce qu'elle soit réduite au sixième de sa longueur, d'un pouce par conséquent : parvenue là, elle résiste davantage à la pression ; mais avec un peu d'effort elle cède tout-à-coup, et on la voit sortir par une sorte d'explosion en un cylindre de cinq pouces. Continuant la pression elle sort tout entière, et se retrouve juste de sa longueur primitive , celle de six pouces. Dans cet état, quoique déjà très légère, on s'aperçoit qu'elle contient encore une certaine quantité a humidité ; elle ne tarde pas à la perdre, et parvient à un maximum de siccité; alors si on la soumet de nouveau à la pression, soit sur sa hauteur, soit sur sa largeur, elle y obéit facilement jusqu'à un certain point; c'est àpeu-près le même que celui qu'on avait trouvé lorsqu on l'a chassée de son mérithalle-; lorsqu'on l'abandonne à elle-même , elle reste dans cet état de dépression ; mais si on la plonge dans l'eau elle revient plus ou moins promptement, suivant le degré de chaleur de celte eau , à son premier volume ; si on la soumet de nouveau à la
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pression elle revient tout de suite à son volume primitif, comme la
firemière fois. On Toit facilement que c est parce qu'elle a repris de humidité ; aussi redeyient-elle susceptible de conserver la compression lorsqu'elle l'a perdue.
Le plus grand nombre des autres moelles , assez larges pour être soumises à ces épreuves, présentent les mêmes effets, notamment celles de vigne, d'hippocasiane, ^hydranye, etc.
Mais celle de figuier se comporte différemment. D'abord elle est plus susceptible de pression , car ce n'est que lorsqu'elle est réduite au douzième de son volume qu'elle s'échappe du mérithalle ; mais elle reste dans cet état de compression : on peut la ramener à son volume primitif en la tirant légèrement avec le doigt ; mais dans l'eau elle revient plus facilement, et toujours d'autant plus promptement que l'eau est plus chaude. C est en se gorgeant du liquide qu elle reprend son premier volume, à tel point qu elle devient plus lourde que l'eau, puisqu'elle y plonge.
Ici se trouve un point de recherche important pour la physique : le volume de cette moelle, dans cet état, ne devait être que de l'eau plus la petite rondelle provenant de la compression du cylindre ; mais celle-ci, quoique réduite an douzième de sa masse, était encore plus légère que l'eau. D'où provient donc le lest qui fait plonger le total ?
Dans les derniers jours de gelée de cet hiver , du Petit-Thouars a coupé des jeunes branches de figuier pour voir si elles n'avaient pas souffert; après les avoir examinées sous ce point de vue, et s'être tranquillisé pour la future récolte, il a voulu en tirer parti pour renouveler ses expériences précédentes sur la moelle ; mais , à sa grande surprise , celle-ci est sortie quoiqu'elle fût à peine réduite au tiers de son volume ; en l'examinant il s'est aperçu que c'était parce qu'elle contenait une plus grande quantité d'humidité : placée dans l'eau elle a repris son premier volume , et a plongé comme les précédentes.
Ayant placé ensuite le mérithalle, ou la portion de branche d'où il avait retiré la moelle , dans l'eau, il l'a vu plonger ; tn sorte qu'il était plus lourd que l'eau, ce qui l'a surpris. Le dégel étant survenu, il n'a pu réitérer ces épreuves, ni les étendre à d'autres plantes; mais cela luia donné les moyens de constater que par l'adoucissement de température la moelle de figuier était redevenue telle qu'il l'avait observée précédemment, c'est-à-dire ne se dégageant par la pression que lorsqu'elle était réduite au douzième de son volume, et qu'elle revenait de même à son premier point de dilatation.^ Quant au mérithalle privé de moelle il ne plongeait plus , et restait en équilibre à la surface de l'eau. Il suit de là que , pendant la gelée , il y avait dans les branches de figuier, soumises à l'examen, une plus grande quantité de liquide, soit lymphe, soit sève, qu'il n'y en a lorsque le thermomètre est au-dessus de zéro.
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Du Petit-Thottars a trouvé que cela s'accordait avec quelques unes des observations qu'il a consignées dans son mémoire sur les efiFets de la gelée dans les plantes, où il dit positivement que toutes les circonstances qu'il avait exposées semblaient prouver qu'il y a plus de liquide dans les plantes pendant la gelée qu'avant on après. Du Petit*Thouars a déjà annoncé plusievrs fois à l'Académie que, par un procédé aussi simple qu'expéditif , il a fait un examen approximatif du rapport de pesanteur spécifique des différentes parties 3ui composent le corps ligneux des arbres, suivant qu'il est plus près e la circonférence ou du centre , c'est-à-dire qu'il fait partie de Vaubier ou du c€eur. Il a trouvé, hors quelques cas extraordinaires, que la coucheétait d'autant plus lourde qu'elle approchait davantage de l'écorce, en sorte que, très souvent, la seule couche annuelle plongeait, et que les autres étaient en équilibre ou surnageaient plus ou moins. Ce fait se trouve d'accord avec ses principes, puisque suivant lui cette couche extérieure est la réunion des racines des nouveaux bourgeons, et la seule qui soit en pleine végétation ; mais il est contraire à l'opinion générale qui, regardant le cœur comme le bois dans son état de perfection, le juge comme le plus lourd.
Il a profité de l'occasion d'uue palissade de thuia d'Orient qu'on a été obligé d'abattre pour multiplier ses recherches à ce sujet ; mais il a trouvé que dans cet arbre où le cœur était bien distingué par une couleur fauve de l'aubier qui était blanc , celui-ci plongeait comme étant gorgé de sucs, tandis que le cœur non seulement surnageait de plus d'un tiers de sa longueur, mais était tellement sec qu il brûlait rapidement en flambant et répandant une odeur très agréable, en sorte qu'il était à l'état de bots mort. Il a constaté que cela avait lieu dans toutes les saisons de l'année, été comme hiver. Ces observations l'ont conduit à expliquer comment un de ces thuias à qui Ton avait enlevé une ceinture complète d'écorce a pu végéter pendant dix ans ; la couleur blanche de l'aubier maintenue sous une couche fauve de bois mort indiquait la route de la sève.
Malgré les exemples nombreux recueillis par tous ceux qui ont écrit sur la physiologie végétale, beaucoup de personnes répugnent à croire que non seulement les arbres écorcés peuvent , comme ce thuia, vivre plusieurs années, mais que, dans des circonstances particulières , ils peuvent réparer complètement leur écorce. On avait rangé parmi les fables, ce que Frisch racontait dans les MUcetlanea de Berlin , an 1723, qu'un seigneur qui aimait à soigner lui-même les arbres fruitiers n'hésitait pas à leur enlevertotalement leur écorce, ^uand elle devenait trop raboteuse , depuis l'origine des branches jusqu'à celle des racines, sûr que, sans mettre aucun enduit, elle se réparerait, pourvu qu'il prit une saison favorable, le milieu de l'été : cette assertion avait été peu répandue à cause de la répugnance qu'on avait à y croire ; en sorte que ce n'est qu'après avoir réussi que du Petit-Thouars a appris qu'il ne faisait que confirmer cette découverte :
mais il a multiplié les expériences à ce sujet pi y a des arbres qu'il a écorcés trois années de sUite sans qu'ils aient paru en souffrir. Jus qu'à présent ce n'est qu'un objet de curiosité , mais il deviendrait très important si le chêne était du nombre de ceux qui renourellent leur écorce. MalheureuMment c'est jusqu'à présent presque le seul sur lequel du Petit-Thoaars ait tenté cette expérience inutilement. L'auteur a multiplié ses recherches pour expliquer cette réparation de l'écorce. Il a vu d'abord que le premier travail de la nature, pour effectuer la réparation, était de dessécher la vSuperficie du nouveau bois en formant un épiderme à l'abri duquel il se reformera une nouvelle couche de liber et d'aubier; et, conséquent à ses principes, il a regardé ces deux couches comme étant produites par les bourgeons du sommet. Pour s'en assurer, non content d'écorcer totalement plusieurs espèces d'arbres , il les a ététés , en sorte (Qu'ils n'étaient plus que des bâtons enracinés. Sur tous il a vu paraître l'affLuence du parenchymateux, devenant vert, et se recouvrant d'un nouvel épiderme; mais c'était une sorte d'effervescence locale, qui n'a pas duré long*temps, et tous les arbres ont péri excepté un seul : c'était un orme. S'étant préparé comme les autres, il se manifesta sur son nouvel épiderme des protubérances qui prirent une teinte verdâtre; bientôt on put les reconnaître comme des bourgeons adventifs; l'hiver survenant, ils disparurent presque tous, mais au printemps suivant, il en reparut un assez grand nombre pour recommencer un nouvel arbre. Il aura pour souche un chicot desséché, et voilà la troisième année qu'il continue de végéter. Du Petit-Thouars n'a pas été surpris de voir que ce fût un orme qui eût réussi, parce que c'est l'espèce qui produit le plus habituellement des bourgeons adventifs. Cependant l'hippocastane, qui est à-peu-près dans le même cas, a succombé dans cette opération.
Fodera a fait des expériences sur l'extension des effets que l'attouchement produit sur les feuilles de la sensitive. Si l'on en touche légèrement une foliole, elle se fermera seule; si l'on en touche plusieurs, ensemble ou successivement, elles se fermeront encore, sans Îrue le mouvement se communique aux autres ; mais si on pique une oliole , ou si on la brûle au moyen des rayons du soleil concentrés par une lentille, non seulement la foliole, mais toutes celles du même rameau de la feuille se fermeront très promptement. et bientôt celles des autres rameaux se fermeront aussi , et la feuille tout entière s'abaissera. Si l'on porte la piqûre ou la brûlure sur la tige de la
f>lante, si l'on en coupe une branche avec des ciseaux sans en agiter es feuilles, celles-ci ne se ferment point: mais si on applique à celte tige une goutte d'acide nitrique ou vilrioliquc toutes les feuilles s'abaissent et se ferment promptement, ainsi que Desfontaines l'avait déjà observé il y a nombre d'années.
A propos de ces faits Fodera en rappelle d'autres que Decandolle
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a constatés autrefois ; c'est que la sensitive a en quelque sorte des habitudes qu'elle ne perd qu'arec le temps. Si on l'enferme, par exemple, dans un lieu obscur, elle continuera, pendant quelque temps, de fermer ses feuilles, seulement quand le soleil est au-dessous de l'horizon, même si on l'éclairé , dans ces moments-là, par une lumière artificielle ; mais avec de la persévérance on parvient à lui faire prendre des habitudes contraires, et elle finit par s'épanouir, même pendant la nuit, si on lui fournit une lumière artificielle très vi?e.
Desfontaines a constaté aussi qu'une sensitive , transportée dans une voilure rapide, se contracte d'abord, mais que peu à peu elle se fait à ce mouvement, et reprend son épanouissement ordinaire comme dans l'état tranquille.
Fodera cherche à se rendre compte de ces faits, en les comparant à ces mouvements que, dans les animaux , on a nommés sympathiques, et dans lesquels , selon son opinion particulière , le cerveau ni les centres du système nerveux n'interviennent point. Cette dernière thèse deviendrait en ejGEet très facile à prouver s'il était prouvé que les mouvements de la sensitive sont de même nature , puisque la sensitive, ainsi que les autres végétaux, manque entièrement de système nerveux.
Tout le monde connaît la cannelle , et depuis bien des siècles : l'arbre qui la produit , espèce particulirèe de laurier {laurus cinnamomum. L.), a été décrit aussi depuis bien des années parles botanistes; mais ses variétés et les détails de sa culture avaient besoin de recherches nouvelles, devenues d'autant plus nécessaires que, grâce aux efforts suivis de l'administration, nous avons aujourd'hui, dans nos colonies, des plantations de cannelliers , et qu'il importe de ne rien négliger pour les faire prospérer.
Leschenault de La Tour, dans son voyage à Ceylan, a soigneusement étudié celte partie de l'agriculture indienne.
Il n'existe qu'une espèce de cannellier^ mais son écorce varie selon l'âge de l'arbre , son exposition , sa culture , et la nature du sol ; ce qui lui a fait donner plusieurs noms relatifs aux propriétés que les circonstances lui impriment.
Dans un bon terrain cet arbre s'élève à vingt-cinq ou trente pieds, et son tronc prend de quinze à dix-huit pouces de diamètre; mais l'écorce en est alors trop épaisse pour entrer dans le commerce.
Les corbeaux et les pigeons sauvages , très friands de son fruit , contribuent beaucoup à eu disséminer les graines ; mais on en fait aussi des semis et des plantations. C'est à l'âge de six à sept ans que l'on commence à couper, pour les écorcer, les jets les plus forts,
{parvenus à huit pieds de hauteur. Il faut les prendre entre dix-huit ignés et deux pouces de diamètre : on choisit pour cela le temps des pluies , et Von s'assure d'abord par une petite entaille que l ecorce
se détache aisément. On Tenlève sur le plus de longueur qu'il est possible, et on la met pour vingt-quatre heures en paquets, où elle éprouve une légère fermentation qui en détache l'épiderme ; elle se roule sur elle-même , et après un jour de dessiccation à l'ombre, et un autre au soleil , elle est bonne à mettre en vente.
Les débris se distillent dans de Feau salée , et donnent deux sortes d'huiles fort recherchées : Tune légère , l'autre pesante et qui brûle avec un parfum agréable ; on en tire aussi des feuilles , mais de beaucoup moins précieuse. Les racines donnent beaucoup de camphre , et le bois en contient en si grande quantité qu'à quinze ou dix-huit ans on en tirerait un meilleur parti pour le camphre que pour la cannelle.
Une partie de ces détails s'accorde avec ce que Seba et Burman avaient déjà publié sur le même sujet.
Leschenault a envoyé à l'Ile de Bourbon plusieurs pieds de cannellier, qui y réussissent fort bien, et qui, traités d'après les procédés qu'il indique , seront plus productifs que ceux qui y avaient été transportés en 1772. Les rejetons de ces derniers, multipliés à Cayenne, y donnent depuis long-temps de la cannelle^ mais il parait que l'humidité du climat lui a fait perdre beaucoup de ses qualités.
Rafeneau-Delile , professeur de botanique à Montpellier, et correspondant de l'Académie, a décrit une plante singulière de la famille des courges. Elle diffère des genres voisins qui ont en général deux sexes séparés , parce qu'elle porte des fleurs hermaphrodites sur les mêmes tiges que les fleurs mâles. Son fruit , long de près de deux pieds et gros à proportion , se couvre d'une poussière résineuse et inflammable , asses abondante pour se laisser recueillir en la raclant, et que l'auteur suppose analogue aux diverses sortes de cires qu'exhalent des végétaux d'autres familles , tels que le myrica cerifera de l'Amérique septentrionale , et le ceraxylum andicolay découvert dans les Cordilières par de Humboldt et Bonpland.
Cette plante , dont les graines ont été adressées à Delile par Jacquin , est nommée par ce savant botaniste benincaza cerifera.
Les grands ouvrages de botanique se continuent avec une courageuse persévérance. De Humboldt, qu'aucune difficulté n'arrête aans la vaste entreprise à laquelle il consacre depuis vingt-cinq ans ses talents et sa fortune , a conduit pendant cette année à la dixième livraison sa superbe collection de mtmases, et à la vingt-deuxième celle des genres et des espèces nouvelles de la zone torride , qu'il publie avec Kunth.
Kunth a donné en un volume in-8^ le Synopsis ^ ou tableau général où Ton voit d'un coup-d'œil tous les genres et les espèces produits des immenses recherches de Humboldt.
ET PHYSIOLOGIE VEGETALE. 43i
Du Petit-Thouars a fait paraître cent planches et le commencement d'une histoire des plantes de la famille des orchidées y qui doit fiiire partie de la Flore des {les de France et de Bourbon y à laquelle ce savant botaniste travaille depuis long-temps.
Kunth a publié le premier volume d'un traité où il reprend et examine de nouveau les caractères des genres de la famille des malpocées, et de celles des bytlnértacées et des tiliacées; et feu Richard, que l'Académie a perdu dans le courant de cette année, avait laisséun écrit sur la ramille des balanophorées ^ qui n'a pu nous être présenté que par son fils , Achille Richard , digne héritier d'une famille qui depuis près d'un siècle a rendu de si grands services è la science des végétaux.
Ce serait avec grand plaisir que nous entretiendrions avec plus de détail nos lecteurs du contenu de ces ouvrages importants; mais ils sont à-la-fois si riches et si concis qu'il faudrait pour en rendre un compte utile les copier presqu'entièrement. Nous ne pouvons donc qu'y renvoyer les amis de la botanique.
Dutrochet vient de réunir en un seul volume les longues et importantes recherches qu'il a faites sur les forces motrices qui agissent dans les corps organisés; ses expériences sur la sensitive , dont nous avons déjà donné quelque idée dans nos analyses précédentes , occupent une partie essentielle de cet ouvrage. Un procédé nouveau qu'il a employé pour Tanatomie végétale l'a conduit à des résultats qui tendraient à infirmer une théorie célèbre. Il assure que tous les organes élémentaires des plantes, c'est-à-dire les cellules et les tubes dont leur corps est composé , ont une existence indépendante et forment des organes circonscrits, en sorte que ces organes n'auraient entre eux que des rapports de voisinage et ne fiDrmeraient point par leur assemblage un tissu réellement continu. Il affirme qu'il n'y a' ni pores ni fentes visibles au microscope dans le tissu cellulaire , non plus que sur les tubes des végétaux. On voit seulement sur les parois de ces organes de petits corps glanduleux demi-transparents et des corps linéaires qui deviennent opaques par l'action des alcalis. Dutrochet considère ces petits corps comme les éléments d'un système nerveux difFus. Aux analogies de structure intime et de nature chimique qu'il met en avant pour étayer cette opinion , Fauteur joint des considérations physiologiques prises d'expériences qui lui sont propres , et qui prouvent, selon lui , que les mouvements des végétaux sont spontanés, c'est-à-dire qu'ils dépendent d'un principe intérieur, lequel reçoit immédiatement l'influence des agents du dehors. Toutefois répugnant à reconnaître de la sensîbiliié chez les végétaux , Dutrochet substitue à ce nom celui de nerpimoHlité,
432 BOTâHIQUE
Il s'agissait de déterminer quel est Vprg^ane du mouvement dans les feuilles de la sensitive; Dutrochet a prouvé , par des expériences décisives , que cet organe consiste dans un renflement du parenchyme ou de la mëduUe corticale qui est situé à la base du pétiole , à la base de chacune des pinnules et de chacune des folioles dont la feuille de la sensitive est composée. Il a vu que cet organe , auquel il a donné le nom de bourrelet , est spécialement composé de cellules globuleuses disposées en séries longitudinales et remplies d'un fluide coagulable. Ce n'est point par le moyen d'articulations que la sensitive, non plus que les autres végétaux irritables, meut ses parties mobiles ; c'est par le moyen d'une courbure imprimée à ces parties dans l'endroit où se trouve Torgane du mouvement. Ainsi , chez la sensitive, ce sont les seuls bourrelets çpx^ en se courbant, produisent la plicature des feuilles. Dutrochet a vu que cette courbure est le résultat d'une force élastique vitale qui se manifeste même dans les tranches minces que l'on enlève à ces bourrelets , il a donné à ce phénomène le nom ^incurvation. Ainsi l'irritabilité végétale ne consiste que dans une incurvation élastique , laquelle est tantôt fixe et tantôt oscillatoire. Par exemple cette incurvation élastique est fixe dans les vrilles des végétaux , dans les valves de Tovaire de la balsamine , etc. ; elle est oscillatoire chez les végétaux que l'on nomme irritables par excellence , végétaux qui offrent dans leurs parties mobiles un état d'incurvation et de redressement alternatifs.
On sait depuis long-temps que la sensitive offre un phénomène de transmission sympathique. Il suffit de brûler légèrement une seule des folioles de cette plante avec un verre ardent pour que toutes les feuilles qui appartiennent à la même tige se ploient les unes après les autres. Ce mouvement de transmission sympathique méritait d'être étudié avec soin. Il s'agissait de déterminer quelle est la partie de la tige par laquelle s'opère cette transmission. Pour résoudre ce problème Dutrochet a fait plusieurs expériences fort délicates, desquelles il résulte que cette transmission ne s'opère ni
i)ar la moelle ni par l'écorce , mais qu'elle a lieu exclusivement par a partie ligneuse du système central. Recherchant ensuite quels sont , dans cette partie ligneuse , les organes spéciaux de cette transmission , il arrive à cette conclusion qu'elle s'opère par l'intermédiaire de la sève contenue dans les tubes qu'il nomme corpusculifères. Il a trouvé que le maximum de la vitesse de ce mouvement de transmission est de quinze millimètres par seconde dans les pétioles des feuilles , et seulement de trois millimètres par seconde dans le corps de la tige. L'état de la température ne parait point influer sur sa vitesse.
La lumière exerce sur l'irritabilité de la sensitive une influence très remarquable et dont l'observation appartient également à Dutrochet. Si on place une sensitive dans une obscurité complète, en la couvrant avec un récipient opaque , cette plante perdra entière-
ET PHÏSTOLOGIE VÉGÉTALE. 433
ment son irrilabilité , et cela dans un temps plus ou moins long , suivant un certain état d'abaissement ou d'élévation de la température environnante. Ainsi , par une température de + 20 à 25 degrés R. , il ne faut que quatre jours d'obscurité pour anéantir complètement l'irritabilité d'une sensitive, tandis qu'il faut quinze jours d'obscurité pour produire le même effet lorsque la température environnante est dans les limites de + 10 à 15 degrés; en sorte qu'en prenant seulement les degrés de température dans lesquels la sensitive peut vivre, on peut établir que l'extinction de l'irritabilité de cette plante dans l'obscurité s'opère dans un temps dont la durée est en raison inverse de l'élévation de la température.
Dutrochet a observé que la sensitive privée de son irritabilité par le moyen de l'obscurité la récupérait par l'exposition à la lumière , et que cette réparation des conditions de l'irritabilité était plus rapide par l'exposition de la plante à la lumière directe du soleil que par son exposition à la simple lumière du jour, telle qu'elle existe à l'ombre. Fondé sur ces observations , Dutrochet considère la lumière comme l'agent extérieur dans l'influence duquel les végétaux puisent le renouvellement des conditions de leur irritabilité , ou plus généralement de leur motilité ^ conditions qui sont sujettes à déperdition dans l'état naturel, et qui, en conséquence, ont besoin d'être continuellement réparées.
Nous reviendrons un peu plus bas sur les expériences de l'auteur concernant la motililé des animaux.
Une plante dicotylédone peut-elle être distinguée dans tous les cas d'une monocotylédone par la seule inspection de sa structure intérieure? Cette question s'est présentée à du Petit-Thouars à l'occasion de deux tronçons isolés qu'une sorte de hasard avait fait tomber entre ses mains. Au premier aspect ils paraissaient avoir beaucoup de ressemblance : car l'un comme l'autre était un cylindre de matière fongueuse ou médullaire traversé dans sa longueur par des filets isolés ; de là on pouvait présumer qu'ils étaient tous les deux monocotylédones , mais dans l'un on voyait que ces filets étaient des faisceaux composés de différents tubes et surtout de trachées spirales , tandis que dans l'autre ils étaient de la plus grande simplicité. Cela suffisait pour constater qu'ils avaient appartenue des végétaux très différents; mais l'écorce, qui existait sur le dernier et qui manquait au premier, a permis d'aller plus loin. Par elle seule ce botaniste a pu prononcer que c'était une plante dicotylédone, et même qu'elle appartenait aux ombellifères ; enfin que c était une espèce de genre ferula^ tandis que la première était réellement monocotylédone. Mais quelle était l'origine et la nature de ces filets disséminés dans la substance de la moelle? C'était une nouvelle question et très importante dont on pouvait tirer des conséquences contre une des principales bases de la méthode naturelle, Toîii 1. 28
mais ce n'éiait que par l'inspection d'une plante vivante de ce genre qu'on pouvait en espérer la solution. Du Petit-Thouars s'en est procuré une quelques mois après : c'était une tige du ferula ferulago; et elle lui a donné une pleine satisfaction ; car ayant coupé net par k milieu un de ses entre-nœuds, il a vu de nombreuses gouttelettes d'une liqueur blanche suinter de toutes les parties de la tranche. Il a donc reconnu que ces filets n'étaient autre chose que des vaisseaux destinés à renfermer un suc propre très abondant dans quelques ombellifères , mais surtout dans les férules. Ce seraient des lacunes formées aux dépens de la substance même du parenchyme médullaire , et qui ne dépendent en rien du corps ligneux. Ainsi cette singularité ne porte aucune atteinte aux principes sur lesquels repose maintenant l'étude des plantes : les rapports naturels. Il est donc certain qu'on peut distinguer plusieurs grandes séries de végétaux aussi bien par leur structure intérieure que par l'extérieure. Cependant on voit, par cet exemple, qu'il est besoin d'ajouter quelques nouvelles considérations i celles qui avaient été employées jusqu'ici.
Si le second tronçon eût été dépouillé de son enveloppe comme le
Êremier, on n'eût tr04jvé de différence que dans la simplicité des lamente interposés dans l'un , tandis qu'ils étaient fascicules dans l'autre, et c'est justement dans cette foiciculation que du Petit- Thouars trouve aes caractères solides pour distinguer les grandes séries de végétaux. Suivant lui, ces fasciculations paraissent isolées dans les monocotylédones , tandis qu'elles se combinent d'une manière déterminée dans les dicotylédones. De li suit une différente combinaison des deux substances primordiales qui constituent les végétaux : le ligneux et le parenchymateua;. Mais, par la manière dont ces substances s'entremêlent, le parenchymateux y quoique toujours continu , paraît former trois parties distinctes dans les dicotylédones, qui sont, la moelle, les raYons tnédullaires , et le parenchyme extérieur, tandis qu'il semble homogène dans les monocotylédones.
Les bornes de cet extrait ne nous permettent pas de suivre l'auteur dans les développements qu'il donne à cette idée. Nous nous contenterons de dire qu'il a observé plusieurs modifications de ce principe qui peuvent souvent le masquer. Il trouve qu'il y a peut-être autant de différence entre la structure intérieure des graminées et celle des autres monocotylédones qu'entre celle-ci et celle des dicotylédones. Il annonce que les fougères, que l'on regarde comme absolument semblables aux monocotylédones , quant à leur structure intérieure, en diffèrent prodigieusement.
Il est bien vrai que le stipe des fougères présente s«ir sa tranche des faisceaux isolés comme dans les monocotylédones; mais on en trouve de semblables dans de véritables dicotylédones. C'est par le grand nombre et le petit volume de ces faisceaux qu'on distingue
ET PUTSIOLOGIE VÉGÉTALE. 435
les monocotylédones , tandis qu'au contraire les fougères sont remarquables pour Tordioairey parce que leurs faisceaux sont très gros et peu nombreux. Ils y forment sur leur tj'auche des figures conslantes. On connaît celle de la fougère femelle qui représente en quelque sorte un aigle déployé , ce qui lui a valu le nom de pterisaquilina. Du Petit-Thouars a fait une étude particulière de ces tranches pen-^ dant son séjour dans nos colonies africaines; il croit pouvoir certifier
au'il aurait été à même de distinguer les cent vingt espèces qu'il a e^sinées par ce seul caractère, et il lui a suffi pour reconnaître comme identiques quelques unes d'entre elles qui croissent aussi bien dans les environs de Paris que dans ces contrées éloignées.
Entre plusieurs remarques qu'il afaites pour distinguer ces grandes séries végétales il expose celles-ci, que dans les dicotylédones lea feuilles croissent simultanément en tous sens, en sorte qu'elles foriDent toujours une figure semblable à celle qui existait dans le bourgeon ; que dans les monocotylédones elles croissent du sommet i la base , en sorte qu'elles sont souvent sèches an sommet et tendres à la base; enfin que dans les fougères elles croissent de la base au sommet : quelques unes même se développent si lentement q^u'il leur faut plus d'une année pour parvenir à leur maximum , et il y en a qui périssent avant 4 y arriver.
Lesliboudois , botaniste à Lille, a présenté un mémoire sur la nature de la tige des plantes monocotylédones. Il pense qu'elle ne grossit que par les fibres qui naissent dans son intérieur, en sorte qu'il la considère comme analogue seulement à l'écorce de la tige clés dicotylédones. 11 cherche à établir sa proposition en soutenant que les feuilles et les rameaux sortent toujours du centre. On lui a opposé cette foite objection , que de grands arbres de cette classe , dont le tronc a son centre entièrement détruit par la pourriture , ne laissent pas de produire encore des rameaux et des feuilles. C'est ce que du Petit-Thouars et de La 3illardière ont observé souvent sur les dracœna des forêts de l'Ile-de-France.
Ordinairement le style est placé sur l'ovaire , et quand il y a plusieurs ovaires chacun a son style. Mais il arrive aussi quelquefois me plusieurs ovaires ou plusieurs loges distinctes adhèrent autour ae la base d'un style commun, et reçoivent par cette voie leur lécondation.
Cette partie de l'ovaire se nomme alors gynobase. Auguste de Saint-Hilaire , qui lui a donné une attention particulière , a constaté «t décrit les mocUfications qu'elle éprouve dans les diveis genres où on l'observe. U présente comme résultat général de ses observadons qjtie le gynohase n'e&t autre chose qu'une columelle oeotrala déprimée.
Adrien de Jussieu , fils de notre célèbre confrère , entre sous des auspices favorables dans la carrière que sa famille a parcourue, avec tant de gloire, depuis un siècle «t demi. Il a repris l'examen de la famille des eupharbtacëes , dont son illustre père avait fixé les caractères dans son Gênera plantarum, mais que les découvertes des voyageurs, depuis trente ans, ont troublée, et dans laquelle on connaît aujourd'hui plus de mille espèces.
On sait qu'en général elles montrent des propriétés délétères qui se concentrent surtout dans leur embi7on ; mais elles ne sont pas non plus sans utilité. Les graines de plusieurs donnent de l'huilej le suc laiteux qu'elles répandent prend dans quelques unes , en se desséchant, la consistance de la gomme élastique: il en est qui possèdent un principe colorant.
Certaines euphorbiacëes n'ont à leurs fleurs qu'une enveloppe qui est un calice. D'autres en ont deux , et il s'agit alors de savoir si la seconde est une corolle ou un calice intérieur. Ce dernier nom lui avait été donné par une autorité particulièrement respectable pour l'auteur : mais comme cette enveloppe intérieure est souvent colorée, et qu elle se flétrit et tombe avant l'extérieure , Adrien de Jussieu se permet d'énoncer l'opinion qu'elle mérite alors le nom de corolle; et toutefois , comme elle manque très souvent , il ne croit pas que Ton doive y attacher dans cette famille grande importance. Il examine avec un détail et une attention singulière toutes les formes et les dispositions que prennent les parties de la fleur et du fruit dans les différents genres qu'il décrit au nombre de quatre-vingt-trois , dont quinze sont nouveaux pour la botanique.
Les sexes séparés ; les loges de fi'uit distribuées autour d'un axe central ; les graines au nombre d'une ou deux suspenduesau sommet de chaque loge; le périsperme charnu, les cotylédons planes, la radicule supérieure, sont les caractères généraux de lafamile.
Adrien de Jussieu la divise d'abord en deux croupes , dont le premier comprend les genres qui ont deux grames dans chaque loge, et se subdivise en deux sections , selon que , dans les flem*s mâles , les étamines adhèrent immédiatement au centre de la fleur ou à la base d'un rudiment de pistil : le second comprend ceux qui n'ont qu'une graine par loge ; et pour subdiviser ce groupe , qui est de beaucoup le plus considérable, l'auteur est obligé de tirer ses caractère^ de l'inflorescence, qui tantôt est pourvue d'un involucre, tantôt est en épi avec ou sans feuilles florales , tantôt enfin est en panicule ou en bouquet. Ce sont là les caractères des quatre sections de ce second groupe.
Ce travail très précis, plein de faits nouveaux et de vues ingénieuses , accompagné de dessins soignés de la main de l'auteur , vient d'être publié : il ne peut qu'annoncer bien avantageusement ce botaniste dans le monde savant.
Poiteau a présenté la description de cinq genres d'arbres de la famille des myrtes , dont les botanistes n'avaient encore les caractères que d'une manière incomplète : le lécytts , le bertholletia , le couroupitOy Xegustavia et le couratari.
Le plus remarquable est le lëcytiSy dont l'espèce la plus connue, à cause de son grand fruit ligneux en forme de vase ouvert et rempli de graines que les singes aiment beaucoup , porte dans nos colonies le nom de marmite de singe. Poileau en décrit trois espèces nouvelles dont une est un arbre de haute futaie, mais ne porte que d'assez petits fruits. Le bertholletia est un des arbres les plus utiles du Nouveau-Monde. Haut de plus de cent pieds, il porte des fleurs jaunes et larges de deux pouces , disposées en grappes à l'extrémité des rameaux, suivies de fruits gros comme des têtes d*enfants, contenant douze ou quinze amandes d'un goût exquis , et qui donnent une bonne huile. C'est un objet considérable de commerce, et on en expédie du Brésil à la Guiane, en Portugal et en Angleterre.
La partie botanique du grand ouvragedede HumboldtetBonpland avance rapidement vers sa fin. Kuntn a terminé cette année le cinquième, et la plus grande partiedu svù^m^yoXixme àe% Nova gênera etspeciesplantarumAmericœ œquinoctialis. Toutes les familles àcorolle polypétale, à l'exception des légumineuses, des térébinthacées et des rhamnées , se trouvent comprises dans ces deux volumes. Les trois dernières familles restent encore à publier. Mais Kunth a fait connaître, dans la partie de l'ouvrage de tlumboldt qui est déjà entre les mains des botanistes , plus de quatre mille espèces dont les neuf dixièmes au moins sont nouvelles , et appartiennent à cent trente-sept familles et huit cent soixante-cinq genres. Il n'existe aucun autre ouvrage qui présente à-la-fois un si grand nombre de plantes exotiques , rangées d'après la méthode naturelle , décrites et figurées jusque dans les moindres détails de leur fructification. Parmi les Flores de l'Amérique méridionale , celle de Swartz , par exemple , ne renferme que mdie espèces.
Il ne reste à publier qu'un cahier des mimosa. Cet ouvrage , exécuté avec le luxe et la beauté de gravure que l'habileté des artistes français a pu seule atteindre jusqu'ici, sert de supplément au grand ouvrage. Kunth a publié en outre trois volumes in-S" d'un extrait raisonné des Nova gener^a , sous le titre de Synopsis plantarum œquinoctialium orbis nom. Dans ces différents ouvrages il a établi plusieurs familles nouvelles , en a mieux circonscrit d'autres , institué cent vingt-huit genres nouveaux, et déposé un grand nombre d'observations sur des plantes étrangères à son premier travail. Quelques unes de ses idées ont été développées dans des mémoires particuliers qu'il a présentés successivement à l'Académie, et dont nous citerons seulement une Notice sur le myrtus et l'ougenia, deux genres qu'il propose de réunir en un seul , et la Rt^vi-
438 BOTAI^IQUE
sian des familles des malvacées, des bûUnerùicées, et des tiliacëes. Ce dernier travail a été adopté en entier, par Decandolle , dans son Synopsis regni vegetabilis. Dafts une notice historique sur Richard , Kunlh a donné une analyse raisonnée des travaux carpologiques de cet illustre botaniste décédé en 1821 , et dont nous lirons bientôt l'éloge historique.
La Monographie des mélûstâmes et deè rhexias, ouvrage rédigé en plus grande partie par Bonpland , a été terminée par Kunth dans le courant de cette année.
Visoetes lacustris est Une plante que Ton range aajoUrd*hui auprès des lycopodes , et qui croît dans le limon des eaux stagnantes. D'une base bulbeuse à trois lobes , elle pousse une touffe de feuilles étroites , pointues , tiibuleuses , et plus ou moins longues , suivant le degré d'humidité dont elles jouissent , aux l)ases desquelles sont de petits boucliers membraneux qui couvrent chacun une pelite cavité, et servent de réceptacles, les uns, ceux des feuilles les plus intérieures, à la poussière mâle; les autres, ceux des feuilles extérieures, aux semences. On n'avait point encore suffisamment observé ces semences ni leur manière de germer; et Raffeneau Delile , professeur de botanique à Montpellier , profitant de l'abondance de l'isoète dans un petit lac des environs de cette ville, vient de les soumettre à un examen très attentif. Elles sont très petites , et contiennent sous un double tégument , marqué de trois arêtes, un petit corps vésiculaire, que Delile considère comme un embryon sans cotylédon. Les téguments s'otivrent en trois valves dans le haut pour laisser passer la première feuille, en môme temps que la première radicule les perce dans le bas ; les autres feuilles et les autres radicules poussent ainsi successivement; et pendant ce tempsle tubercule qui est entre elles grossit et devient le bulbe ou la souche qtii les portera toutes. Les feuilles se dessèchent quand la plante est privée d'eau; mais le bulbe conserve long-temps sa vitalité, et repousse même après deux ans quand on l'humecte.
Les lichens sont une famille de plantes cryptogames dont le nombre est prodigieux , mais dont la classification et la distinction sont accompognées de grandes difficultés, à cause du peu de parties qu'ils présentent, et du peu de caractères auxquels ces parties donnent prise. Cependant les travaux de HofFman et d'Acharius ont ouvert de nouvelles voies et excité une grande émulation pour ce travail.
Delise, de Vire, département du Calvados, se propose d'eu donner Thistoire générale, et en a déjà recueilli à cet effet plus de mille espèces. Il a présenté à l'Académie, comme échantillon de son travail, l'histoire particulière du genre *^«c/£?, Tun des trente-
eînq qu'il conserve ou qu'il établit dans la famille. Ce frugment est fait pour donner une idée très avantageuse de Fensemble , dont il est fort è désirer que les amateurs de cette partie du règne végétal puissent bientôt jouir.
Les écorces employées en médecine nous arrivent des pays étranvs dans leur état brut, et souvent encore chargées des lichens et ^es autres ciTptogames qui croissent naturellement sur elles. Fée s'est attaché k étudier ces espèces de parasites ^ et en a découvert et décrit un grand nombre que les voyageurs , occupés dans leurs courses d'objets plus sensibles, n'avaient pas remarquées. Les lichens surtout lui ont donné lieu d'établir dans cette famille une distribution nouvelle. Il la fonde premièrement sur les diversités de formes du corps même du lichen , ou de ce que les botanistes nomment thalius^ et ne prend que pour caractère secondaire les organes variés qui naissent sur ce thalius ^ et que les botanistes, qui les nomment apothecium , ont supposé assez légèrement , à ce que pense Fée, appartenir à la génération.
Gomme il arrive dans les pays étrangers aussi bien que dans le nôtre que certains cryptogames se fixent de préférence sur certaines écorces , les descriptions de Fée , toutes très exactes et très détaillées et accompagnées de figures fort soignées failes par Poiteau , indépendamment de l'accroissement (ju'elles fournissent à la bolanique, pourront encore aider en certams cas les pharmaciens à distinguer avec plos de précision les écorces que leur apporte le cora nierce.
Moreau de Jonnès, qui suppose que les terrains, soit calcaires, soit volcaniques des Antilles, ont été mis à découvert plus tard que les grands continents , a dû rechercher l'origine de leur population végétale , et par quels agents et de quels pays chacune de leurs plantes y a été transportée.
Pour cet effet il a préparé pendant qu'il séjournait à la Martini- <jue des mélanges de terre propres à la végétation , et dans lesquels il s'est bien assuré qu'il ne subsistait point de germes de plantes. Il les a exposés . avec les précautions convenables et séparément , à l'action des pluies orageuses , à celle des différents vents , à celle 4es oiseaux de passage, à celle des divers courants, et compté, autant qu'il lui a été possible , le nombre des espèces que chacune de ces causes a amenées. Il a aussi cherché à apprécier ce que les communications des hommes peuvent apporter de semences et de germes déplantes avec les eaux prises en d'autres pays pour l'approvisionnement des navires, avec les matières qui servent à emballer des marchandises étrangères, avec les bois et les fourrages, et jusauc dans le lest ries vaisseaux et parmi les poils des bestiaux que l on importe dans les îles.
440 BOTA?riQUE
Le plus puissant et le plus constant des agents naturels lui a para être le grand courant équatorial de TAtlantique. Il assure avoir reconnu qu'en deux mois il apporta des graines de cent cinquante espèces différentes ; mais toutes les semences ne se laissent pas également transporter par tous les agents ; et pour pouvoir arriver dans une direction et à une distance données , encore en état de reproduire leurs espèces , elles doivent réunir certaines conditions de légèreté , de mobilité , de résistance à la destruction , de difficulté de la germination , et autres semblables ; ainsi parmi les cent cinquante espèces de semences apportées par le courant , il ny en a que vingt-six qui germèrent.
Quant à Faction des hommes , de Jonnès la croit bien supérieure à celle des açents naturels, et pense qu'elle peut en quelques siècles changer entièrement les rapports établis par ces derniers depuis Vorigme d'un pays.
De La Billardière avait présenté à l'Académie en 1802 un mémoire sur le lin de la Nouvelle-Zélande, plante nommée par les botanistes phormtum tenax , où il annonçait la possibilité de cultiver cette plante en France , et faisait voir que ses fils surpassent de moitié ceux du chanvre pour Texpansibililé et pour la force, deux qualités également précieuses dansla fabrication des cordes. Ces fils sont en même temps de la plus grande finesse, en sorte que l'on pourra les employer aux ouvrages les plus délicats.
Gachin, inspecteur-général des ponts et chaussées, est parvenu en effet à élever le phormium tenax à Cherbourg, et à \u\ faire porter des çraines qui, semées par plusieurs cultivateurs, ont germé avec facilité ; et Gillet de Laumont a rendu compte à l'Académie d'un succès qui promet à notre pays une nouvelle richesse végétale.
L'un des Nestors de la botanique en France , le docteur Paulet , de Fontainebleau , si connu par ses travaux sur les champignons , s'est occupé depuis long-temps de reconnaître les plantes et les animaux dont les anciens ont parlé , et a présenté cette année à l'Académie un grand commentaire sur l'histoire des plantes de Théoparaste , et un autre ouvrage de moindre volume intitulé Flore et Faune de Virgile. C'est une des matières les plus difficiles et les plus sujettes à controverse de toute la critique classique.
Vhyacinthus , par exemple , est aux yeux de Linnaeus le pied d'alouette {delphinium ajacis); Sprengel soutient que c'est le glaïeul {gladiolus communis); Dodoens veut que ce soit le martagon (Itltum martagon) , et Martin le lis orangé (Jilium croceum).
Il n'est guère de plantes , si l'on en excepte les plus communes , celles gui ont toujours été des objets d'agriculture et d'économie domestique, qui ne puissent exciter de semblables contentions. Paulet apporte donc aussi des conjectures plutôt que des résultats
décisifs; mais plusieurs de ces conjectures sont heureuses, et réunissent de plus grandes probabilités en leur faveur que celles de ses adversaires.
De Humboldt a fait connaître il y a plusieurs années les propriétés de l'arbre dit de la vache y dont le suc ressemble au lait non seulement par sa couleur , mais parce qu'il est nourrissant , et non pas vénéneux, comme le sont la plupart des laits végétaux. Rivero et Boucingault en ont fait l'analyse. Il s'y forme des pellicules conmie sur le lait de vache , et elles ressemblent à la frangipane. Dessous reste un liquide huileux , dans lequel nage une substance fibreuse
3ui se racornit par la chaleur et répand alors une odeur caractérisée e viande frite. Ce lait donne de la cire , de la fibrine semblable à celle des animaux , et un peu de sucre et d'un sel magnésien.
Romain Féburier, de Versailles , connu par plusieurs recherches de physiologie végétale , a soumis à l'Académie un petit traité sur cette matière , destiné à éclairer les cultivateurs , qui a été imprimé, et Qi\ il combine les résultats des auteurs qui l'ont précédé, avec ses propres expériences.
Il décrit la moelle comme un amas de cellules polyèdres, séparéespar des cloisons toujours communes à deux d'entre elles. Dans certaines espèces leur ensemble, en se déchirant, produit tantôt des sortes de cloisons transversales, tantôt un vide continu. Les filets vasculaires qu'on y voit quelquefois lui paraissent des vaisseaux détachés de l'étui médullaire. Cet étui enveloppe la moelle. Il est composé de plusieurs vaisseaux, tels que trachées , fausses trachées, tubes poreux et simples , entremêlés d'un peu de tissu cellulaire. Selon l'auteur, c'est la manière dont le fil élastique des trachées est enroulé qui dans les plantes grimpantes détermine la direction selon laquelle elles s'entortillent autour des appuis. Il regarde l'étui médullaire comme la base de l'organisation de l'embryon , et croit que c'est lui qui détermine le genre et l'espèce du végétal. Chaque année ses vaisseaux s'allongent , et des faisceaux s'en séparent pour traverser l'écorce et produire des bourgeons, les feuilles, et les boutons. Ces faisceaux fixent la position des gemmes et le nombre des angles saillants qui donnent la forme à la moelle. Des suites de cellules allongées s'étendent horizontalement en rayonnant du centre à la circonférence : c'est ce qu'on nomme les rayons médullaires. A mesure qu'il se forme de nouvelles couches annuelles de bois qui grossissent le tronc , il se forme de nouveaux rayons qui se placent entre les autres sans atteindre jusqu'au centre. La dernière des couches du bois et la plus extérieure est Vaubier; il est enveloppé
par Vécorce , formée aussi par oouolies , mais dont la plas nourelle et la plus intérieure se nomme liber. C'est à Técorce qu'appartiennent les vaisseaux propres, ainsi nommés des sucs particuliers qu'ils contiennent et qui ont été primitivement élaborés par les feuilles. La partie superficielle du parenchyme prend à la lumière une couleur verte, qui Ta fait appeler tissu herbacé , et il est enveloppé d'un épiderme que Féburier ne croit pas simplement formé )ar la dernière et la plus extrême couche de ce parenchyme , comme e pensent la plupart des auteurs de physiolome végétale. Les racines ressemblent aux tiges et aux branches par leur organisation^ mais leur position les empêche de devenir vertes; les dernières ramifications de leurs faisceaux de fibres , au lieu de se réunir pour former des feuilles , s'isolent et ne donnent que du chevelu. L'au* teur n*adopte pas l'opinion presque générale que les racines n'ont pas de moelle ; seulement , dit-il , elle est plus mince. Certaines espèces produisent indépendamment des racines des filets garnis ou terminés par des tubercules remplis de substance amilacée ou mucilagineuse.
Les feuilles ne sont que l'épanouissement des filets médullaires, à leur sortie du pétiole ; ces filets en composent les nervures , dont le réseau est rempli d*un parenchyme semblal)le à celui du tissu herbacé , et revêtu de même d'un épiderme. C'est de la distribution des nervures que dépend surtout la figure de la feuille.
Après deux ou trois mois d'existence on s'aperçoit que la feuille a, dans ses principales nervures, un plus grand nombre de fibres, et Ton parvient à séparer les fibres nouvelles des anciennes qui étaient venues de Tétui médullaire; elles forment une couche analogue A celle du bois; on peut les suivre jusqu'à la tige, et elles s'y continuent jusqu'aux racines ; c'est de la réunion de toutes ces nouvelles fibres quese forme l'aubier ou la couche ligneuse la plus nouvelle , celle qui bientôt se durcira et deviendra une couche de bois.
Le bourgeon est, comme le pétiole, une émanation de relui médullaire; il en reçoit une production qui se distribue aux nouvelles feuilles comme avait fait le premier élui.
Le bourgeon à fleur ne diffère pas essentiellement du bourgeon A feuilles ; car, ainsi qu'on le sait depuis long-temps , et surtout par les expériences de Linnaîus , toutes les parties de la fleur ne sont que des feuilles transformées par un développement précoce; elles peuvent toutes se changer les unes dans les autres ou même devenir des feuilles^ et un bourgeon à bois peut devenir un bouton A fleur ou réciproquement. Aussi Féburier fait-il remarquer que toutes ces parties , calice , corolle , étamines , pistils , ont leurs filets médullaires , leur couche fibreuse , leur épiderme ; et par-là il combat cette autre opinion de Linoaeus que le calice vient de l'écorce , la corolle du liber , les étamines du bois , et le pistil de la moelle.
Fapfréft ce$ eonèidérâtions Tauteur regarde Tétui médullaire eommeVorgane principal des Tég^étaux, et si par lapetiséeon dépouillait un grand arbre de son écorce et de ses couches ligneuses , il ne resterait que l'étui médullaire augmenté en diamètre et ramifié au point de représenter le squelette de cet arbre jusqu'à ses dernières extrémités , à ses feuilles et à ses fruits.
Féburier assure avoir fait des expériences d'où il résulte que les anthères sont électrisées positivement et que le pistil l'est négativement , et que c*est la raison pour laquelle le pollen des antbèrea est attiré par le stigmate.
Du Petit-Thouars a continué de son côté à entretenir l'Académie de ses recherches sur la physiologie végétale , et a traité spéciale^ ment de la composition des nervures principales des cotylédons , ainsi que de celle des racines de quelques plantes , surtout des cucurbitacées , composition qui lui paraît en relation directe avec sa théorie générale du développement des végétaux.
D'après celte théorie ^ telle que l'auteur l'expose aujourd'hui , toutes les fibres qui ^e manifestent dans une feuille sont continues jusqu'à l'extrémité d'une racine , en sorte que , partant d'un point productif, soit d'un bourgeon , soit d'une graine , elles ont été simultanément montantes et descendantes ; que dans leur partie montante elles sont soumises à une loi d'association ou de fascicuiation^ que c'est dans les différentes modifications numériques des faisceaux qu'il faut chercher la source de toutes les différences qui caractérisent les groupes comme cldsses , genres, et espèces.
Un des arguments qui lui paraissaient les plus propres à justifier cette assertion , c'était de voir que certains nombres sont beaucoup plus souvent employés que d'autres dans la structure des plantes.
C'est un auteur anglais , Thomas Brown , qui , dans un petit traité peu connu , cherchant à prouver que la nature semble avoir plus de propension à employer le nombre cinq que tout autre , tirant ses principales preuves du règne végétal, annonça en 1655 que dans le plus grand nombre des fleurs on trouve ce nombre simple ou multiple dans la distribution de leurs parties. Effectivement il appartient au moins aux -^ des plantes dicotylédones, tandis que le nombre trois ou ses multiples appartient peut-être aux -^des monocotylédones. D'un autre côté, Brown faisait aussi remarquer que dans le plus grand nombre des plantes à feuilles alternes, celles-ci se trouvent disposées de manière à former autour de la tige une spirale tellement régulière que la sixième revient constamment au-dessus de la première , et la onzième au-dessus de celle-là , en sorte qu'elles forment autour de la tige cinq séries régulières.
La première de ces observations paraissait être une des preuves les plus spécieuses de la proposition de du Petit-Thouars , que la fleur n'est qu'une transformation d'une feuille et du Injurgeon qui
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ea dépend. Effectivement le nombre cinq se trouve évidemment dans les nervures palmaires d*un grand nombre de feuilles ; de la vigne , par exemple. Rapprochez-en les deux bords et supposez-les soudés en cornet , vous avez une fleur à cinq divisions , par conséquent à cinq étamines, tandis que dans le marronier dinde , qui a sept folioles, vous avez sept étamines. Ainsi, suivant l'auteur, la fleur n'aurait été composée que d'une seule feuille . tandis qu'il peut y en avoir plusieurs dans le fruit , ce qu'il faisait dépendre de leur arrangement primordial.
Cette théorie paraissait séduisante; mais du Petit-Thouars ne dissimule pas que dans plus d'une occasion l'observation lui a semblé contraire ; et cependant il a été assez heureux pour démêler , dans beaucoup de cas , la cause d'anomalies apparentes. C'est ainsi qu'il trouvait difficile de découvrir la source du nombre 2 et de ses puissances , comme 4,8, etc. , dans les fleurs , attendu que les nervures des feuilles doivent toujours être impaires. Pour lever cette difficulté il eut recours à l'examen de trois plantes annuelles qu'il prit dès le moment de leur germination ; de la rave pour représenter les crucifères, du grateron pour les rubtacées, et du lamiutn pour les labiées. Il trouva entre autres que la nervure principale ou médiane est double dans ces plantes , que par conséquent le nombre total devient pair ; et ce qui le satisfit beaucoup, pour le moment, ce fut de trouver pareillement la nervure principale des cotylédons ou protophylles double ; mais quelque temps après , ayant observé avec le même soin l helianthus annuus ou soleil y il trouva que, dans ses cotylédons, la nervure médiane est pareillement double , quoique sa fleur soit à cinq divisions comme toutes celles des composées.
Il a même constaté que, dans le plus grand nombre des dicotylé dones, la nervure médiane des cotylédons est évidemment double : mais elle parait simple dans les ombellifères , et l'auteur croit que c^est sa ténuité seule qui lui donne cette apparence , car il est porté à croire que même dans les plantes adultes elle est originairement double. Mais il remet à une autre occasion d'appuyer cette opinion par des preuves matérielles.
Il s'est contenté de donner comme résultat de l'examen de la germination des dicotylédones , que leur plantule est composée de deux plantes aussi complètes que possible , ayant un entre-feuille ou mérithalle et une feuille ; que de leur réunion résulte le bourgeon primordial ou la plumule ; que c'est elle qui détermine les fiarties montantes ou aériennes , et qu'en même temps elle forme es racines qui partent de la base \ mais on ne les reconnaît pour telles que lorsqu'elles sont parvenues à l'abri de l'écorce au point où commence la partie enfouie. La différence entre les deux parties aérienne et terrestre viendrait de ce que dans la première les fibres inlégrantes seraient soumises à une sorte de fasciculation régulière,
tandis que dans l'antre elles tendraient à s'éparpiller irrégulièrement. Ainsi les racines ne présenteraient d'agrégation fasciculaire que par une sorte de contrainte qu'elles éprouveraient dans le corps de l'arbre , et il serait de leur essence de devenir simples dès que les circonstances le leur permettraient. Du moins du Petit-Thouars était porté à le croire , lorsqu'un exemple remarquable est venu lui apporter de nouvelles lumières sur ce sujet. Ce sont les cucttrbiia^ cées qui les lui ont procurées : il a reconnu que dans le grand nombre de ces plantes le corps intérieur ou ligneux de la racine est composé de quatre faisceaux intégrants , formant un cylindre qui se divise sans efiFort en ({uatre quartiers. C'est de leur suture que partent les nouvelles racines ou les secondaires. On voit facilement que de chacun des deux <]^ui se trouvent contigus il sort deux faisceaux pour former ces racines. Il faut remarquer que , par suite du développement de la plumule , la tigelle des cucurbitacées devient pentagonale, étant composée de cinq faisceaux ; que c'est par conséquent de ce nombre cinq que se compose celui de quatre qui appartient aux racines.
Dans le momordica elaterium , la racine forme une sorte de navet plus renflé que la tigelle. Par l'examen seul de son extérieur on voit qu'elle présente quatre lobes arrondis ; si on la coupe en travers , on découvre au centre un noyau ou une sorte de mèche quadrangulaire , entourée de quatre lobes distincts qui paraissent s'y être ajoutés. La bryone présente aussi quelque chose de particulier.
qui
trouve pas quelque chose d'analogue dans la structure de leurs racines ; il a seulement reconnu qu'elles ont au moins beaucoup de propension à se séparer longitudinalement en deux portions égales. Cela se remarque entre autres dans la bourrache , la rave , le haricot , et toujours c'est des sutures qui s'y trouvent que sortent les racines souvent en séries très rapprochées , notamment dans le haricot. Il est porté à croire que cette séparation ou suture provient de la disposition binaire des cotylédons. Ces deux genres d'observations prennent un plus grand degré d'intérêt par la nouvelle relation qu'elles tendent à établir entre les deux parties qu'elles concernent, les cotylédons et les racines.
Les grands ouvrages de botanique , dont nous avons successivement annoncé les livraisons, se continuent avec la même assiduité et les mêmes soins.
Toujours infatigables dans un travail d'une immense étendue, de Humboldt et Kunth ont porté à trente-un fascicules leurs Nova gênera et species plantarum cequinocttalum , et ils ont fait paraître le tome troisième de leur Synopsis plantarum œquinoclialium orbis
novi, Kunth , en particulier , a exposé dans un ouvrage spécial les caractères des genres de la famille des térébinthacées.
Delessert a publié le second Tolume de ses Icônes selectœ.
Auguste de Saifit*Hilaire a donné quatre cahiers de ses Plantes usuelles des Brastliens , et quatre de son HisttnrA des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.
La première partie du Sertum austro^caledonioum^ de La Billar* dière , a été imprimée.
Paulet , ce respectable vieillard qui a consacré sa ?ie à la botanique utile , a donné la seizième et la dis-huitième livraisons de ses Chawp^fnons. Il a aussi fait imprimer sa Flore de VirgUe^ dont oous avons parlé Tannée dernière.
Le nombre des espèces nouvelles que ces divers ouvrages font connaître, celui des genres que les auteurs établissent, sont tels que leur simple catalogue excéderait les bornes d'une analyse comme la nôtre ; c est à peine s*il nous sera possible d'indiquer les remarques générales que ces savants observateurs présentent, relativement aux caractères et aux limites des feuilles, quelque intéressantes quelles soient pour la science de la botanique.
En examinant cette modification d'organe qu'on a appelée gymh' base, Auguste de Saint-Hilaire avait discuté les rapports des ochna* cëes , des simaroubëes et des rutacées. Pendant qu'il rédigeait son mémoire quelques savants étrangers se sont aussi occupés de cette dernière famille , et ont cru pouvoir la diviser en différents groupes. De Saint -Hilaire examine leur travail; il établit quelques lois carpologiques très importantes ; il passe en revue les différents genres compris dans la famille des rutacëes; et après avoir donné une analyse très détaillée de leur ovaire et de leur semence , il prouve que ces genres se nuancent entre eux d'une manière trop insensible pour pouvoir être séparés. Il démontre qu'on ne peut
Es même éloigner des autres rutacëes les espèces a fleurs irrégures , qui étaient peu connues avant ses voyages , et il conclut qu'il faut laisser subsister la famille des rutacëes telle qu'elle a été formée par de Jussieu.
Dans un mémoire, qu'Auguste de Saint-Hilaire avait lu plus anciennement à l'Aeadémie , il avait discuté les rapporta des plantes qui forment aujourd'hui les quatre familles des drosëracëest des violacées, des cistëes ei, àe% frankeniëes, et il avait démontré que ces familles composent un vaste groupe de plantes à jamais insépara*
qui vieiît' d'être rappelé. Il passe chaque Çenre en revue ; il examine l'oi^anisation des plantes qui y appartiennent ; il, discute leurs caractères et leurs affinités ; il les eoo-
sidère sous le rapport géographique , et donne une description complète des espèces.
Dans un travail particulier sur les genres sauvagesia et iavradia, Saint-Hilaire fait connaître des faits qui , s*ils viennent à être constatés, appporleront quelques modifications à des règles que Ton croyait générales.
On ne pensait pas qu'aucune plante dicotylédone fût commune aux deux mondes. L'auteur n'a trouvé aucune différence entre des individus de êouvagena erecla, cueillis dans presque toutes les parties chaudes de l'Amérique , et ceux que l'on a reçus de Guinée et de Madagascar ; et cependant il ne croit pas qu'une plante peu remarquable , qui n'est d'aucun usage , et dont les graines jaa sont ni ailées ni accrochantes , ait pu être transportée par les hommes ni volontairement ni accidentellement.
C'est surlout lorsqu'on s'attache à l'étude spéciale de quelque famille de corps organisés , et particulièrement des plus petits , que l'on parvient à se faire une idée de l'inimaginable richesse de la nature, et du nombre incalculable des espèces qu'elle a produites.
Les confervesj ces êtres aquatiques d'une nature ambiguë , qui semblent ne consister qu'en filets membraneux et articulés, remplis de grains verdâtres , lorsqu'elles ont été examinées en détail par les botanistes modernes , ont offert tant de différences dans les formes de leurs articulations , dans la manière dont elles s'unissent , dans celle dont leurs filaments se groupent, et dans une multitude d'autres circonstances , que d'un genre seul ^ où LinnaBus les avait classées , on a été obligé de former une famille entière qui contient déjà plus de cinquante genres , et qui en voit établir chaque jour de nouveaux. C'est ce qui arrive aussi pour les lichens, ainsi que nous l'avons dit l'année dernière en parlant du travail de Delise , botaniste., demeurant à Vire , et de celui de Fée , pharmacien de Paris.
Les conferves font aujourd'hui Tobjet d'une étude assidue de la part de Bonnemaison , qui , demeurant à Quimper , est placé de manière à observer avec une égale facilité celles de mer et celles d'eau douce. Il a déjà présenté à FAcadémie le commencement de son travail. Selon lui, les conferves forment une classe entière qu'il nomme hydrophytes loculés. Dans ce premier chapitre il ne traite que d'une de leurs familles , celle qu'il nomme «^dermée , et qu'il divise en genres nombreux dont quatre sont établis par lui , et fondés sur ses observations , ou démembrés de ceux de ses prédécesseurs.
Chacun a entendu parler du mani$c ( Jatropha maniot. L. ) , de cet arbuste dont les racines , après qu'on en a extrait un suc
vénéneux, donnent une fécule nourrissante et salubre nommée cansave, qui est le principal aliment des peuples de la partie chaude de l'Amérique , et des nègres qui y remplissent les colonies européennes. Raynal a cru quil était originaire de l'Afrique, et qu'il avait été. transporté aux Antilles avec les nègres , auxquels il devait servir de nourriture. « Les sauvages , dit-il , qui offirirent à nos premiers navigateurs des bananes , des ignames , des patates , ne leur présentèrent point de manioc. » Horeau de Jonnès a prouvé au contraire , par des témoignages contemporains, qu'ils ne présentèrent point de bananes, mais bien une racine qui, sous le nom de juca, ne différait point du manioc, et sa fécule nommée cassabi ou cassave comme aujourd'hui ; ce sont les Portugais qui ont porté le manioc en Afrique avec le maïs. De Jonnès a recherché avec beaucoup de soin l'origine primitive et Thistoire des irradiations de cet utile végétal. Colomb , Drake , Newport , l'ont trouvé dès le quinzième siècle chez les sauvages des diverses Antilles. Améric Yespuce l'a vu servir de nourriture ordinaire à la Guiane ; Bartidans dans la province de Sainte-Marthe ; Cabrai et Pigafetta au Brésil; mais^ par une singularité remarquable, il était inconnu dans l'Amérique septentrionale et dans toutes les
f)rovinces situées sur la mer du Sud ; c'est parce qu'on a transporté e nom de juca à Varum vtrginicum que Ton a cru le manioc cultivé par les habitants de la Floride.
Comme le manioc, venu de graines, n'a pas de racines tubéreuses, il n'est pas probable quHl se soit répandu dans le vaste espace qu'il occupe, par les agents naturels; ce sont plutôt les peuples qui se le sont transmis les uns aux autres.
Une ancienne tradition des Haïtiens , rapportée par Pierre Martyr, pourrait faire croire qu'il était primitivement naturel de Saint-Domingue; mais aujourd'hui on ne Ty trouve plus à l'état sauvage; et de Jonnès ayant comparé les dénominations par lesquelles les différentes peuplades désignent le manioc et ses préparations, les a trouvées plus nombreuses au Brésil qu'ailleurs , et a reconnu que celles dont on se sert plus au nord et en moindre nombre dérivent de celles du Brésil : d'où il conclut que c'est ce dernier pays qui est la vraie patrie du manioc , et la contrée où il a d'abord été cultivé et employé par les hommes. Ce qui le confirme dans cette idée, c'est que c'est aussi au Brésil que le manioc a produit le plus grand nombre de variétés , et qu'il y en avait déjà vingt-trois du temps de Marcgrave , tandis que les Galiris de la Guiane n'en ont jamais eu que six ou sept, et les Caraïbes que quatre; Saint-Domingue n*en possédait que deux quand on le découvrit. Selon de Jonnès , c'est dans la chaîne des Andes et dans le peu de communication des habitants des Antilles avec le Mexique et la Floride (ju'il faut chercher les causes qui ont limité la propagation du manioc à lespace où il se trouvait répandu lors de la découverte de l'Amérique , c'est-à-dire
entre le fleuve de la Plata au midi , les Cordilières à l'ouest , et le canal de Bahama au nord.
Les auteurs latins parlent beaucoup d*un certain bois qu*ils appelaient citrui ou cttrumy et dont ils faisaient des meubles , et surtout des tables d'un prix qui, aujourd'hui, paraîtrait extravagant , même aux hommes dont le luxe est porté le plus loin ; Pline en cite des tables vendues une valeur de plus de 200,000 francs de noire monnaie actuelle , et une qui le fut 287,000 , quoique les plus ^grandes n'eussent pas en une seule pièce quatre de nos pieds de diamètre. Ce n'était pas à beaucoup près notre citronnier d'aujourd'hui , qui est le malus medica des anciens , et dont les caractères sont tout différents. Mongès, membre de l'Académie des Belles- Lettres , a cherché à déterminer la véritable espèce de citrus des Romains. A cet effet il a recueilli et comparé tous les passages des anciens où il en est question. Pline est à cet égard son auteur principal. On trouvait, dit-il, le citrus dans l'Atlas; c'était avec les loupes ou excroissances de son tronc et de ses branches , mais surtout avec celles de ses racines , que l'on fabriquait des tables précieuses. La beauté en consistait dans des veines ou des taches qui rappelaient celles de la peau du tigre, ou celles de la panthère, ou les yeux delà queue du paon, ou d'autres figures variées ; le fond de la couleur ajoutait à leur prix ; on estimait de préférence celles qui imitaient la couleur du moût de vin : des taches d'une autre nature , des parties autrement colorées que la mode ne l'exigeait , y étaient des défauts. On employait différents procédés pour mettre ce bois à l'état qui plaisait le plus aux acheteurs. On l'enfouissait dans la terre , on le mettait dans le blé ; on l'enduisait de cire ; quelque séjour dans l'eau de mer le durcissait ; il se polissait par la main de l'homme. Ce citrum était l'arbre qui avait les plus grosses racines ; il surpassait à cet égard le platane et le chêne ; malgré sa beauté on lui aurait préféré l'éranle s'il avait fourni des pièces aussi grandes. On en tirait de l'huile , qui , ainsi que celle du cyprès , avait les mêmes vertus que celle du myrte. A ces détails Pline ajoute que le citrus est le thuion d'Homère et de Théophraste, et cela est en effet très vraisemblable , au moins pour ce dernier , selon lequel (liv. V, ch. 6) « le thuion , appelé aussi thuia , croit )> auprès du temple de Jupiter Ammon , et dans le territoire de » Cyrène ,• ressemble au cyprès , et surtout au cyprès sauvage par » les branches , par les feuilles , par le tronc , et par le fruit; a le » bois incorruptible , et des racines très crépues , dont on fait des >• meubles précieux. »
Mongès croit aussi pouvoir rapporter au même arbre un passage
de Pline , liv. Y , chap. 1 , où il n'est pas fait mention de son nom ,
mais où il est dit : qu'au rapport de Suétonius Paulinus le pied de
l'Atlas est couvert aépaisses forêts d'un arbre inconnu , remarqua-
lOHt I. 29
ble par l'élévation de son tronc luisant et sans nœuds , dont les feuilles ressemblent à celles du cyprès , d*une odeur forte , et couvert d'un duvet léger, dont Tart pourrait faire des vêtements comme il en fait avec la soie du bombyx.
Mongès après avoir passé en revue les différents arbres qui ont été considérés par divers botanistes , comme le citrum ou le muium des anciens , et n'en trouvant parmi ceux de TAtlas aucun qui réponde à son gré à ce que Pline et Théophraste en ont dit , suppose que l'espèce en a été détruite sur cette chaîne de montagnes, conmie celle du cèdre le sera probablement bientôt sur le Liban ; il croit que si le citrum existe encore quelque part , on doit le chercher dans une espèce de genévrier , improprement appeléy»ittjD«r»^ thtnifera par Liimœus, et que Tournefort et Olivier ont observé sur le mont Taurus.
Desfontaines pense que c'est plutôt le tamaris orierUaliSy ou Yaltéê des Egyptiens modernes; mais il n'est, selon Mongès, ni assez grand ni assez précieux pour répondre aux descriptions du citrum : il n'arrive pas à la fi^rosseur du corps d'un homme ^ et c'est le bois de chauffage et ue menuiserie le plus commun en Egypte.
Spren^el, dans ses notes sur Théophraste imprimées en 1822, voit le citrum dans le thuia arttculaUs de Yahl ; arbre fort semblable au cyprès , de vingt-quatre à trente pieds de haut, sur douze à quinze pouces de diamètre , que Desfontaines a observé près de Tripoli , et que Dellacella a surtout trouvé en grande abondance dans la Gyrénaïque. Mongès le regarde aussi comme trop petit, mais peut-être n'est-il pas nécessaire de beaucoup s'arrêter aux difficultés prises de la grandeur. Il n'en est question que dans le passage tiré de Suétonius Paulinus , qui n'est pas très évidemment relatif au citrum. D'ailleurs il serait possible , et Mongès lui-même semble le penser , que ces grands morceaux si recherchés pour des meubles de luxe ne fussent pas les produits ordinaires de l'arbre , mais des excroissances , des monstruosités , peu communes ; et même cette circonstance expliquerait mieux que toute autre leur énorme cherté. Il faudra donc retrouver parmi les arbres assez nombreux , auxquels conviennent plus ou moins les descriptions vagues données par les anciens de leur thuion ou de leur citrum , quel est non pas celui qui devient le plus grand , mais celui qui est le plus sujet à ces sortes d'excroissances dont les veines et les taches pourraient produire un effet agréable.
C'est aux voyageurs qui visiteront de nouveau l'Atlas et la Cyrénaïque qu'il appartiendra de résoudre complètement ce problème.
Bory Saint- Vincent a rendu un service réel aux botanistes , en imaginant un appareil au moyen duquel les plantes destinées à entrer dans leurs nerbiers se dessèchent plus vite et sans être autant altérées dans leurs couleurs que par les procédés ordinaires.
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Ces! une planchette percée de trous à laquelle s'altache d'un c6té une toile garnie à son bord libre d'une petite tringle de fer , et <}ui , au moyen de deux courroies , serre contre la planchette les feuilles de papier et les plantes que Von place entre elles après leur avoir fait subir une première compression. La circulation de Tair accélère la dessiccation , et empêche la fermentation qui noircit les couleurs ; on réussit par -là à conserver des orchidées , des liliacéea et d'autres plantes qui sont communément fort défigurées dans les herbiers.
Chacun a pu remarquer que les vieux arbres peuvent perdre leur moelle sans en périr , et il n*est personne qui n'ait vu des troncs d*ormes ou de saules creusés par la pourriture de tout leur intérieur, et n'en produisant pas moins chaque année des feuilles et des branches. Mais du Petit*Thouars désirait de savoir s'il en était de même dans les jeunes pousses dont la moelle est encore verte et enveloppée seulement d'une couche ligneuse tendre , et il éprouvait quelque embarras sur la manière la plus concluante de faire cette expérience, lorsqu'un petit insecte, le callidium pùpuleum^ lui a donné une solution du problème. C'est un coléoptère dont la larve se loge dans l'épaisseur des jeunes pousses du peuplier blanc, en dévore la moelle et en écarte les parois ligneuses et corticales, de manière à produire dans la pousse un renflement dont les traces subsistent pendant quelques années. Ces pousses nesou£Erent pas sensiblement de l'altération que cet insecte leur fait éprouver dans une partie que Ton pouvait croire si essentielle.
On sait depuis long-temps que plusieurs des parties des végétaux sont essentiellement de même nature et peuvent se changer les unea dans les autres ; que les étamines se changent en pétales dans les fleurs doubles ; que les pétales se changent en feuilles; que les pistils eux-mêmes pennent cette forme; et Linnaus, dans une belle dissertation , a établi , sur ces faits , une théorie d'après laquelle la fleur tout entière n'est que le développement simultané de toutes les parties d'une branche , et le bourgeon à fleur ne diffère du bourgeon à bois que par une vie plus prompte et plus concentrée.
Raspail, dans un grand travail sur les graminées, a été conduit k étendre cette théorie jusqu'à la graine elle-même. Selon lui l'em" bryon ne serait qu'une sommité jde rameau que l'action du fluide du pollen a détachée du cône qui le supportait, et laissé renfermé dans fa cavité de la feuille, à l'aisselle de laquelle il appartenait , feuille dont le tissu cellulaire en se gonflant lui sert de périsperme ; le style et le stigmate ne sont qu'un développement incomplet du chaume de ce bourgeon. La fécondation, dans les végétaux, n'est qu'un isole-
ment ; tout bourgeon contient Téquivaleut d'une graine; et toute la plante se réduit primitivement à un cône ascendant, à un cône descendant, et à une articulation qui est le foyer et le centre de leur action et de leur existence.
Cette théorie repose sur des observations nombreuses et curieuses, relatives aux parties de la fleur dans les graminées, et sur des hypothèses ingénieuses par lesquelles Fauteur cherche à expliquer leur origine et les particularités de leur structure.
Ainsi la paillette supérieure de ces fleurs a tantôt les nervures en nombre pair, tantôt en nombre impair; et, dans le premier cas, Tépillet auquel elle apportient, a toujours plusieurs fleurs. Au contraire, dans le second cas, il n'y a qu'une fleur : d'où Raspail conclut que cette nervure impaire est le pédoncule d'une fleur avortée. Il a trouvé une confirmation sensible de cette conjecture dans cette variété de l'ivraie que l'on appelle lolium compositum, et dont Vépi est changé en partie en panicules. Les axes des épillets, ainsi surajoutés , y sortent de la base des paillettes , et ne sont que des développements de leurs nervures médianes.
L'auteur suit cette idée dans la graine qui germe. Le cotylédon lui paraît jouer à l'égard de la première feuille le même rôle que le chaume à l'égard de la première feuille du bourgeon , ou que le pédoncule de la seconde fleur à l'égard de la paillette à nervures paires de la première : il en est la nervure médiane détachée; il représente, au milieu du périsperme farineux, le chaume encore renfermé dans la feuille qui lui sert de spathe.
Les filaments des étamines paraissent à Raspail les nervures des valves du calice , et les anthères des portions de ces valves remplies de pollen, lequel ne consisterait lui-même qu'en cellules injectées et isolées. Les petites écailles placées entre les étamines, et que plusieurs ont nommées pétales, seraient les débris de ces mêmes valves du calice.
Gaudichaud , l'un des naturalistes qui ont accompagné Freycinet dans son expédition autour du monde, et qui est chargé de rédiger, dans la relation de ce beau voyage, la partie botanique, a présenté à l'Académie une flore des îles Halouines.
Situées entre le SI"" et le 62* degré 30 minutes de latitude sud , ces îles sont sujettes à des hivers très longs et très rigoureux , pendant lesquels la terre est chargée d'une neige épaisse. Le climat en est extrêmement humide. Les côtes sont bordées de rochers et de dunes, et l'intérieur composé de montagnes peu élevées et de plaines couvertes de lacs et de marais. Le sol est une tourbe spongieuse qui s'étend sans interruption sur les plaines et les montagnes , et qui se refuse à toute culture ; aussi les diverses colonies européennes crui ont tenté à diverses reprises de s'établir dans ces îles se sont-elles vues obligées de les abandonner. Néanmoins ce sol produit beaucoup
de plantes , mais qui appartiennent à des espèces peu nombreuses. Il n'y Tient pas un arbre ; et l'arbrisseau le plus élevé , la veronica decussata de Willediiow, ne s'y élève pas au-dessus de six pieds. L'une des plantes les plus remarquables est une graminée {festuca flabellata de Lamarck), dont les feuilles s'étalent en éventail comme celles des vHs , et dont la tige vers sa base a le goût savoureux du ohou-palmiste.
Gaudichaud annonce que, malgré la pauvreté de leur végétation, les Malouines possèdent plus de quarante espèces qui n'ont pas encore été trouvées aJleurs.
Les familles dominantes sont les lichens, les fougères, les mousses , les cypéracées , les graminées , les synanthérées et les renonculacées.
Nous regrettons que les bornes prescrites à notre travail ne nous
fermettent pas d'entrer dans les détails des espèces décrites par auteur , et des particularités qu'il en rapporte : mais les botanistes trouveront bientôt ces résultats intéressants dans la suite du bel ouvrage où sont consignés tous ceux de l'expédition de Freycinet.
Nous regrettons également de ne pouvoir donner assez d'étendue à l'analyse du grand travail d'Adrien de Jussieu sur la famille des rutacdes. L'examen qu'il a fait du plus grand nombre des espèces connues, les dessins exacts qu'il a donnés de leurs fleurs et de leurg fruits , et les rapports nombreux qu'il a saisis entre leurs différents groupes, donnent une grande importance à cette dissertation. L'auteur y divise les rutacées en cinq groupes généraux.
Celui des zygophyllées est composé d'arbres, d'arbrisseaux, et de plantes herbacées, à feuilles composées et accompagnées de stipules. Les fleurs, toutes hermaphrodites, ont un calice à quatre ou cinq divisions, autant de pétales ; des étamines hypogynes en nombre double des pétales ; un ovaire à deux ou cinq loges renfermant deux ou un plus grand nombre d*ovules ] une capsule également à deux ou cinq loges ; autant de valves ) une ou plusieurs graines dans chaque loge ; l'embryon vert ; les cotylédons foliacés ; la radicule supérieure.
Celui des rutées se distingue des zygophyllées par ses fruits divisés en lobes; par l'embryon entouré d'un périsperme charnu ; par les feuilles , alternes , sans stipules , et parsemées de glandes , si l'on excepte cependant le paganum dont le fruit est entier , et dont les feuilles non glanduleuses sont accompagnées de stipules. Ce genre intermédiaire entre les deux groupes établit le passage, presque insensible , de l'un à l'autre.
Le groupe des diosmées, le plus nombreux en genres et en espèces, réunit des arbres et des arbrisseaux. Leurs fleurs, hermaphrodites, réguUères et irrégulières , ont un calice à quatre ou cinq divisions, quatre ou* cinq pétales libres ou soudés j les étamines hypogynes, en nombre égal ou double de celui des pétales, quelquefois moindre;
un OU cinq ovaires, deux OYuIes dans chaque loge ; la capsule com-
Eosée de coques réunies ou distinctes ; 1 endocarpe cartilagineux , iTalve, se séparant du sarcocarpe à la maturité ; une ou deux graines dans chaque loge ; les feuilles parsemées de glandes. De Jussieu divise les diosmées en quatre sections.
Les zanthoxylées , qui forment le quatrième groupe , sont des arbres et arbrisseaux à feuilles alternes ou opposées , simples ou composées , souvent parsemées de points glanduleux. Leurs fleurs , régulières et unisexuelles, ont un calice à quatre ou cinq divisions , des pétales en pareil nombre , quelquefois nuls ; quatre ou cinqétamines dans chaque fleur mâle, avec un rudiment de pistil. Les fleurs femelles ont souvent des étamines stériles. L'ovaire est simple, A deux ou cina loges, surmonté dun style, ou bien multiple, arec autant de styles que d'ovaires; deux ovules dans chaque l(>ge, dont un avorte souvent; le fruit capsulaire ou charnu, la graine entourée d'une enveloppe cassante, un périsperme, la radicule supérieure.
Le cinquième groupe , celui des simaroubées , a pour caractères des fleurs hermaphrodites, rarement unisexuelles, des calices à quatre ou cinq divisions , autant de pétales et d'étamines , dont la base de chaque filet s'élargit en forme d'écaillé; quatre ou cinq ovaires contenant chacun un ovule, la graine recouyerte d'une enveloppe membraneuse , les cotylédons épais , la radicule supérieure , point de périsperme: les tiges ligneuses; les feuilles le plus ordinairement composées et non ponctuées.
L'auteur rappelle quelques genres dont l'affinité avec lesrutacées lui parait encore douteuse , et qui doivent être soumis à un nouvel examen.
On voit , d'après ce qui vient d'être exposé , que la famille des rutacées , formée d'un grand nombre de divisions et sous-divisions liées les unes aux autres par des affinités réciproques, a peu de caractères communs à tous les genres dont elle se compose, et f^u'on ne peut conséquemment la définir avec une grande précision.
Il n'est pas possible non plus de ranger ces genres à la suite les uns des autres, dans une série linéaire, et c'est ce qui a déterminé l'auteur à tracer une sorte de réseau sur lequel, autour du principal
ffenre de chaque division générale, il a placé ceux qui ont avec lui e plus d'affinité, mais de manière à indiquer aussi les rapports qu'ib ont avec d'autres genres.
Ce qui est très remarquable c'est que ces divisions et subdivisions établies sur des caractères botaniques se trouvent en rapport avec la distribution géographique des plantes dont elles se composent.
Les subdivisions des diosmées, par exemple, habitent l'une exclusivement dans l'Amérique équatonale, l'autre à la Nouvelle-Hollande, une troisième au cap de Bonne-Espérance, et une quatrième au midi de l'Europe. Cette dernière est celle qui a le plus de rapport avec
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les rutacées, et les rutacées habitent également le midi deVEurope. Lessimaroabées sont indigènes de TAmérique équatoriale, et c'est de la division des diosmées américaines qu elles se rapprochent le plus. Plusieurs plantes médicinales, mais dont les propriétés sont fort variables , appartiennent à cette famille. Tels sont le gaiac , la ruê , le zantoxylumy le cusparia febrifuga^ dont Técorce est connue dans les pharmacies sous le nom d'angusHira; le simarouba, le qutusia amara; et elle réunit aussi des plantes d'agrément, comme la fraxi* nelle et plusieurs dîosma du Gap y remarquables par Télégance de leurs formes et de leurs fleurs.
Le cjfcas est un arbre des Indes , très remarquable par sa moelle qui donne une sorte de sagou très nourrissant, et par ses fruits qui, mangés sans précaution, sont un puissant vomitif, mais qui deviennent un aliment salubre par la macération, et sont la nourriture obligée des Malais pendant les funérailles de leurs proches. Ses feuilles ressemblent à celles des fougères, mais ses organes de reproduction sont tellement singuliers que Ion hésite depuis long* temps sur la place que Ton doit lui assigner dans le règne végétal.
Robert Brown en fait une famille particulière qu'il range entre les monocotylédones et les dicotylédones. Du Petit-Thouars, qui l'a beaucoup étudié à l'Ile-de-France , lui trouve beaucoup d'analogie avec les osmondes.
Cet arbre a été le sujet des observations de Gaudichaud.
Il nous apprend qu'il repousse non seulement de boutures , mais par de simples ronaelles ou des fragments coupés sur les têtes des jeunes plants, et qu'il n'est pas même nécessaire d'enterrer, mais qui, disséminés à la surface du terrain, poussent promptement des racines. Ce sont des sortes de bourgeons. Le tronc se ramifie comme celui du dracœna et du palmier-doum. Les naturels de certaines lies à qui le sagou de cycas sert de principal aliment, après l'avoir extrait de l'arbre, le macèrent dansTeau, et ensuite le font sécher sur des feuilles de palmier. Les spadices des individus femelles sécrètent une espèce de gomme très semblable à celle que l'on nomme adra-
Sant, et qui sort d'un astragale ; et, selon Gaudichaud, il est tel arbre ont on en retirerait cinq et six livres pesant.
L'auteur croit en conséquence que le cycas pourrait être cultivé avec avantage dans nos colonies.
Du Petit-Thouars a annoncée ce sujet que, dans son opinion , le sagou est une production commune à beaucoup de fougères et de palmiers, et peut-être à toutes les plantes monocotylédones.
Il croit même qu'on pourrait trouver un sagou indigène dans le blanc de l'asperfire.
Cette moelle diffère de la fécule des dicotylédones, de celle des pommes déterre, par exemple, principalement à cause de la présence de ce gluten animal qui caractérise aussi la farine des céréales.
Lamourôux, professeur à Gaen , que les sciences ont perdu cette année, avait présenté peu de jours avant sa mort à VAcadémie, dont il était correspondant, un grand travail sur la distribution géographique des plantes marines. Elles sont réparties d*après des règles fort semblables à celles qui régissent la distribution des plantes terrestres. Celles des côtes de 1* Amérique méridionale, par exemple, diffèrent de celles de TEurope et de TAfrique tout autant que les plantes de la surface de ces deux continents.
Il y a dans la mer comme sur la terre de grandes contrées qui ont chacune en propre son système de végétation. Ainsi VOcéan septentrional, depuis le pôle jusqu'au 40^ degré de latitude nord, la mer des Antilles , y compris le golfe du Mexique, les côtes orientales de TAmérique du sud, celles de la Nouvelle-Hollande, celles de la mer des Indes , la Méditerranée et ses divers golfes, la mer Rouge , etc., offrent autant de grandes régions marines à végétation particulière.
Les plantes marines sont ainsi confinées dans certaines régions,
f)ar des causes analogues à celles qui limitent ou qui favorisent 'extension des plantes terrestres, la nature du sol et des roches, les proéminences des terres , la profondeur de l'eau , les courants , la quantité de l'eau douce que les fleuves jettent dans certaines plages. Les stations de ces végétaux aquatiques sont encore très dignes de remarque. Il y en a, par exemple, qui s'établissent constamment dans les lieux que la marée couvre et découvre chaque jour, d'autres dans ceux qu'elle ne découvre qu'aux syzygies ou même qu'aux équinoxes; il en est enfin qui veulent toujours être cachés sous les eaux.
Dans certaines espèces les individus vivent rapprochés en société et couvrent de grands espaces ; dans d'autres les individus vivent épars et mêlés parmi des espèces différentes.
Les plantes marines que la même saison voit naître et mourir, se plaisent dans la zone polaire ; les plus ligneuses sont plus multipliées entre les tropiques.
Au reste l'auteur ne donne pas encore ces règles comme immuables ; et en effet l'on ne connaît pas à beaucoup près l'histoire des plantes marines autant que celle aes plantes terrestres; on n a décrit jusqu'à ce jour que mille six cents espèces des premières, et il s'en faut beaucoup que l'on ait pu suivre chacune d'elles dans tous les lieux où elle peut exister.
Delile a continué l'histoire des lichens, dont nous avons annoncé les premières parties en 1823. Il traite, dans un deuxième mémoire, du genre rocceiloy auquel appartient Torseille des teinturiers. Ses espèces ne croissent que sur les rochers des bords de la mer, et se rapprochent des fucus par la forme allongée de leurs rameaux et par
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l'empâtement qui les fixe à la pierre. Elles sont biea moins nombreuses que celles du genre sHcte^ et Fauteur n'en connaît que sept qu'il décrit avec beaucoup de soin.
Delile , a fait connaître un accident arrivé à Montpellier, et qui prouve de plus en plus, combien il faut se défier des champignons sauvages. Deux personnes y sont mortes pour avoir mangé des champignons pris dans une quantité dont le reste fut mangé sans inconvénient par une autre famille. L'agaricus bulbostis, espèce très dangereuse, se trouvait dans les deux portions; et ceux qui l'avaient fourni en faisaient usage depuis long-temps sans en souffrir. Delile attribue cette différence à celle de la préparation; le sel, le vinaigre, rébuUition, la pression , neutralisent quelquefois dans un champi-
{;non ses qualités vénéneuses, et font illusion sur le danger qu'il peut aire courir si on le mange sans avoir au préalable employé les mêmes moyens.
Les belles collections qui enrichissent la botanique ont continué avec le même succès. Les JVova gênera et species de Humboldt et Kunth sont terminés avec le septième volume. Les trois collections que publie Auguste de Saint-Hilaire, se continuent heureusement : sa Flore du Brésil en est au quatrième ftscicule ; son Histoire des plantes les plus remarquables de ce pays au cinquième , et il y en a déjà huit de ses Plantes usuelles des Brasiliens. Le respectable Paulet, le doyen des botanistes, a dooné encore deux cahiers de ses Champignons ; et Je chevalier Smith , correspondant, a pubhé le troisième volume de sa Flore anglaise. Je n'ai pas besoin de dire qu'il m'est impossible d'indiquer même en abrégé toutes les observations neuves dont, par leur nature , de tels ouvrages sont remplis. Il me suffira donc a en avoir rappelé les titres.
Les végétaux dont les racines doivent être plongées dans la terre, dirigent vers le centre du globe la radicule de leur embryon ; et depuis long-temps les physiciens recherchent la cause déterminante de ce mouvement^ qui tient sans doute, à quelques égards, à la gravitation, mais dans lequel il entre nécessairement aussi quelcjue autre action de la part du végétal lui-même. La radicule du gui ne présente pas ce phénomène : elle se dirige vers les corps sur lesquels la graine de cette plante parasite est collée ; en sorte qu'en fixant des graines de gui sur la surface d'une sphère on voit toutes les radicules se diriger vers le centre de cette sphère. Dutrochet a établi, pardes expériences dont nous avons rendu compte en 1821 , que cette direction spéciale est le résultat d'une action vitale; et il pensait que l'attraction des corps sur lesquels la graine du gui se trouve fixée
en était la oauae déterminante. Hais plus récemment» en plaçant it& graines de gui dans une obscurité complète, il s'est aperçu que leurs radicules n observaient plus aucune direction fixe vers les corps sur lesquels elles étaient attachées ; et il en a conclu que leur direction Ters ces corps a pour seule cause déterminante la tendance que ma* nifeste la radicule du gui à fuir la lumière. Fixé sur un corps opaque, lembryon du gui dirige sa radicule vers ce corps, parce que c'est de ce côté seulement que ne lui arrive point la lumière afflueote de tous les autres côtés*
Le même naturaliste a fait des expériences d*un intérêt encore pi usgénéral et propres à éclaircir non seulement la physiologie végétale, mais celle de tous les corps organisés; leur objet était surtout de trouver à l'ascension de la sève une cause qui ne ttkt [loint susceptible des mêmes objections que celles qui ont été imaginées jusqu'à ce jour, telles que la capillarité des vaisseaux, la contractililé de leurs parois, Tévaporation à la surface, et autres semblables, dont le peu de fondement lui paraissait démontré, parce qu'il n'en est aucune dont on ne puisse prouver l'insuffbance. Le hasard lui fit remarquer que les capsules de certaines moisissures se remplissaient d'eau an travers de leurs parois, pendant qu'elles expulsaient par leur orifice une substance plus dense qu'elles conteuaient auparavant. Ce (kit éveilla aussitôt ses idées, et il chercha à le reproduire plus en grand. Des cœcums d'oiseaux plongés dans* l'eau , quoique liés au bout ouvert , se remplirent de ce fluide ; ouverts , Feau y pénétra par leurs parois en chassant devant elle les matières qaih pouvaient contenir, telles quedu chyme ou du lait; et ces phénomènes durèrent tant que ces matières résistèrent à la putréfaction : alors l'inverse eut lieu , l'eau intérieure fut chassée au dehors , et le petit intestin devint flasque.
Dutrochet eut alors l'idée de fermer, au moyen d'un des coecums, l'extrémité inférieure d'un tube rempli d'eau gommée , et de le plonger à demi dans l'eau. Le liquide ambiant suivit la route accoutumée : il pénétra dans l'intestin, et avec assez de force pour soulever l'eau gommée, et la faire monter jusqu'à ce qu'elle s'écoulât par l'extrémité supérieure du tube.
En variantcesexpériences, Dulrochetest arrivéà cette conséquence générale, que toutes les fois que deux liquides de densité différente sont séparés pnr une membrane organique, le moins dense se porte avec force du côté où est le plus dense, et que la cavité où était ce dernier se remplit et devient ce qu'en physiologie l'on nomme turgide; à moins toutefois que la nature chimique des liquides ne s'y oppose , l'alcalinité en certains cas produisant le même effet que la moindre densité. Dutrochet nomme endosmose cette tendance d'un liquide à pénétrer dans l'intérieur d'une cavité organique, etexosmose la tendance contraire; et Ton comprend aisément que par le moyen
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des impulsions et des expulsions que ces tendances doivent produire il lui est aisé de donner des explications plausibles des mouvementsqui ont lieu dans les fluides des végétaux; il les applique même aux sécrétions des animaux.
Mais Tendosmose et l'exosmose avaient elles-mêmes besoin d^une explication , et l'auteur la trouve dans l'observation faite il 7 a quelque temps par Porrett , que lorsque deux fluides sont séparés par une membrane organisée, si l'on électrise l'un des deux, il se porte arec force du côté de celui qui n'est pas électrise ; et dans la loi générale de l'électricité galvanique , qu'aussitôt que deux corps de densité différente sont en contact, l'un des deux s'électrise positivement et l'autre négativement.
C'est ainsi qu'il est conduit à conclure que l'électricité est Vagent fmm^ta/ des mouvements vitaux.
Il fait des applications ingénieuses de sa théorie aux mouvements du sang dans les vaisseaux capillaires , à ceux de la lymphe , et aux sécrétions ; l'inflammation et la turgescence érectile sont pour lui des endosmoses portées à un plus haut degré , des hyperendosmoses : il voit, par exemple, la cause de l'inflanmiation que produit un corps étranger dans l'hyperendosmose amenée par la densité de ce corps supérieure à celle du sang environnant; et l'action antipblogistique des cataplasmes et des autres substances humides lui parait dépendre de l'atténuation qu'elles produisent dans les matières dont la densité excitait une endosmose extraordinaire.
Nous ne suivrons pas l'auteur dans tous les développements de sa doctrine ; mais on en trouvera un exposé complet dans l'ouvrage qu'il vient de publier, et qui est intitulé : PÙigent immédtai du mouvement vital dévoilé dans sa nature et dans son mode d'action chez les végétaux et chez les animaux; 1 vol. in-8^, Paris , 1826.
Depuis long-temps les botanistes ont remarqué dans la végétation des changements à-peu-près semblables quant au nombre des plantes, et quant aux genres et aux espèces auxquels elles appartiennent , lorsqu'ils se sont rapprochés du pôle, ou qu'ils se sont élevés vers les sommets des hautes montagnes. Le refroidissement progressif de la température dispose les végétaux à se ranger sur les divers étages des chaînes , comme aux différentes zones de la terre , et l'une de ces échelles représente l'autre en petit. On comprend néanmoins que cette conformité ne peut pas être complète. Ni la succession des jours et des nuits, ni la nature des météores, ni les facilités ou les diffi* cultes de la dissémination des plantes , ne sont les mêmes ; et par ces raisons il reste toujours intéressant d'étudier sous ce rapport la végétation des montagnes , surtout celle des pics isolés , dont , par beaucoup de causes, les caractères doivent être plus prononcés.
C'est ce qui avait engagé Ramond , à s'occuper, avec une suite toute particulière, de la végétation du pic du Midi de Bagnères, sommité de la lisière septentrionale des Pyrénées, élevée de pi us de
3,000 mètres au-dessus de la mer, et qui se trouve séparée des sommets semblables, les plus voisins, par des intervalles rabaissés et longs de deux et trois lieues. Ramond y est monté trente-cinq fois en quinze années différentes, et n'a rien négligée pour constater tous les points de sa constitution physique, aussi bien que pour en recueillir tous les végétaux, quelque microscopiques qu'ils soient. La chaleur de l'air s'y porte rarement en été au-dessus de 16 ou 17* ; mais son sol schisteux et noirâtre s'échauffe bien davantage , et il élève quelquefois le thermomètre à 35"* lorsque l'air libre ne le fait monter qu'à 4 ou 5^. A cet échauffement du sol se joint la vivacité de la lumière, la transparence de l'air. L'évaporation que celte transparence provoquerait vivement contraster la froideur des nuits avec la chaleur des jours ; les neiges n'y sont nulle part perpétuelles, et toutefois ce n'est guère qu'après le soislice qu'il commence à s'y montrer des fleurs : la floraison devient générale pendant le mois d'août, et se soutient pendant celui de septembre ; passé le 15 octobre il n'y a plus rien ; l'automne y finit quand le nôtre commence. Tout le reste de l'année appartient à l'hiver; mais pendant un été si court la température varie encore souvent et brusquement, par l'influence des plaines environnantes : souvent au milieu du plus beau jour on voit le sommet du pic s'entourer de nuages, et sa surfece se couvrir d'une gelée blanche ; et c'est surtout par ces vicissitudes que le climat des montagnes doit se différencier de celui des régions arctiques, où tout concourt à donner aux phénomènes atmosphériques une conti nuité qu'ils ne peuvent avoir dans nos montagnes.
Tel est un résumé fort court du tableau animé que Ramond a traeé de ce site singulier. Il le fait suivre de l'énumération des plantes qu'il y a recueillies. Malgré le peu d'étendue de l'espace , elles sont au nombre de cent trente-trois espèces : soixante-onze plantes phanérogames et soixante cryptogames; encore l'auteur ne se flatte-t-il pas de n'en avoir pas laissé échapper quelqu'une de ces dernières, d'autant que la facilité que la plupart ont de croître partout les rendait moins importantes pour 1 objet qu'il se propose. Parmi ces crypto-
?;ames il y a cinquante-un lichens ; les hépatiques, les mousses , les ougères , n'ont fourni que onze espèces. Parmi les autres plantes que Ramond croit avoir à- peu-près toutes recueillies une seule a la consistance d'un arbrisseau ,• c'est un très petit saule , salix rettisa : des arbres ne pourraient résister aux ouragans de ces cimes; rien n'y subsiste^ dit Ramond , que ce qui rampe, ce qui se cache ou ce qui plie. Parmi les herbacées il nen est que cinq d'annuelles, toutes les autres sont vivaces. Les plantes annuelles n'ont qu'une existence précaire dans une région dont les intempéries compromettent tourà-tour la fécondation des germes , la maturation des fruits, la germination des graines ; les plantes vivaces au contraire peuvent attendre les jours favorables. Ces plantes appartiennent à cinquante genres et à vingt-trois familles. Les composées seules forment un sixième
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du total ; les cypéracées et les graminées un septième ; les crucifères, les caryopnyllées , chacune un douzième; les lysimachies, les joubarbes, les saxifrages , les rosacées , les légumineuses, autant de dix-buitièmes. A l'exception de quelques espèces communes , ces plantes sont généralement étrangères aux contrées limitrophes, mais il s'en retrouve une partie sur les Alpes; une autre partie est propre à la chaîne des Pyrénées , et il en est plusieurs que l'on ne revoit que dans les régions polaires; il y en a jusque dans File Melville, découverte récemment par le capitaine Parry ; la Flore de cette lie n'offre que cent dix-sept espèces , mais qui y sont dans des rap* ports très différents: les cryptogames en font les deux cinquièmes ; les cypéracées et les graminées prennent plus du quart du restant.
Turpin a présenté des vues générales sur la composition élémentaire des plantes : il n'admet point ces alternatives de vie végétale et animale, ni surtout ces réunions d'êtres séparés pour en former un seul, que les observations de Girod-Chantrans, Bory Saint-Vincent, Gaillon , et autres naturalistes , semblent indiquer dans certaines espèces d'une organisation inférieure; il ne pense pas qu'un être organisé qui a eu son centre particulier d'organisation puisse s'unir à d'autres pour former par juxtaposition un être plus compliqué; et il considère les faits dans lesquels ces apparences de réunion ont eu lieu comme des cas particuliers d'une théorie générale qu'il établit sur la végétation. Tout végétal lui parait composé de vésicules ; le végétal le plus simple, formé d'une vésicule unique, ou ce qu'il nomme fflobuiine, lui parait se trouver dans ces croûtes légères et vertes qui se montrent sur les murs humides, sur les verres de l'intérieur des serres chaudes, et que les botanistes ont nommées lepra. Elles ne se composent que d'une agrégatioA<te vésicules qui, bien que rapprochées , ont chacune leur existence indépendante, et qui se reproduisent par des vésicules plus petites, formées dans leur intérieur , et qui en sortent lorsqu'elles ont atteint le développement nécessaire. D'autres de ces lepra offrent des globulines attachées et comme enchaînées à des filaments : les moniiiee, les con/erves^ ne sont que des globulines attachées les unes au boutdes autres, et dont chaque vésicule devient une capsule, une prison, pour de la globuline plus petite qui naît dans son intérieur; c'est ce que l'auteur nomme de la globuline captive. L'intérieur du péridion des lycoperdons, les capsules des jungermannes et des marchantia, ne contiennent que de ces globulines captives. Il en est de même du pollen et des anthères : ce que l'on a nommé aura semtnalis consiste dans ces globulines captives qui s'échappent . Le tissu cellulaire tout entier des végétaux ne se compose que de globulines qui en contiennent d'autres, ou, selon Turpin, de vâicules- mères dont chacune est une sorte d'ovaire rempli d'ovules ; ce sont toujours ces petits
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OTules qui constituent la matière verte des feuilles, et qui prodùiseat en général toutes les couleurs dont se parent les diverses parties des végétaux. C'est par le développement continuel , par le sur-ajoute^ ment de ces jeunes vésicules, que le tissu végétal s'accrott sur tous les points et dans tous les sens. £n soudant côte à côte par la pensée plusieurs conferves simples on aura une lame d'ulva : la feuille réduite a sa partie essentielle n'est qu'une lame, une écaille, qui en s articulant, en se découpant, en se repliant, donne toutes les parties du végétal ; les papilles, les poils simples et cloisonnés, ne sont que des extensions des vésicules placées à la surface. Ce sont des extensions pareilles du pollen, favorisées par l'humidité du stigmate, qu'Adolphe Brongniart a considérées comme des pénis végétaux , et dont il vient de donner une histoire si curieuse. Lorsque l'on a cru voir la matière verte de Tintérieur des articulations des conferves s'a^éger pour former ces globules qui en sortent et qui les reproduisent, c'est qu'une vésicule avait grandi aux dépens des autres qui s'étaient oblitérées ; et lavortement de tant de corps reproducteurs n'a rien d'improbable , puisque nous en voyons sans cesse des exemples en grand, dans les fruits de tant d'arbres et déplantes. On a désigné trop vaguement sous le nom de matière verte ces substances qui se montrent dans les eaux croupissantes; ce sont tantôt des globulines, tantôt de véritables animaux microscopiques, et non une matière sans forme et sans limites. Enfin , dans l'idée de l'auteur , c'est parce que la globuline comme corps reproducteur existe dans l'intérieur de tous les tissus végétaux que ces tissus donnent naissance à ce que l'on nomme des embryons adventift; qu'il peut naître des bulbes , des bourgeons sur des feuilles ; et que ces embryons , détachés des feuilles-mères , peuvent devenir des végétaux en tout semblables à ceux qui les ont produits. On comprend qu'il restera toujours à demander comment chacune de ces vésicules isolées emporte toujours avec elle le type de la plante dont elle est sortie , et par quelle force les vésicules qui naissent de celle-là, ou, comme dit l'auteur, qui s'y sur-ajoutent , sont toujours contraintes de se ranger dans un ordre et de se renfermer dans un espace semblable à ceux de cette première plante \ mais c'est là le mystère de la génération, qu'aucune de nos théories n'est encore parvenue à percer.
Depuis vingt ans et plus du Petit-Thouars a publié, presque chaque année, les observations qu'il a iBeiites sur la physiologie v^^é* taie; mais ses résultats contrariant quelques unes des opinions reçues , ils n'ont pas été répandus autant que l'auteur pouvait l'espérer , et il s'en est présenté de semblables à d'autres observateurs qui les ont crus nouveaux et qui les ont publiés comme tels ; miiis il est arrivé plus d'une fois que l'on n'en a rencontré qu'une partie, en sorte que, suivant du Petit-Thouars , on a raélé des erreurs aux vérités qu'il avait précédemment reconnues.
C'est ]>our détruire ces erreurs , plutôt que pour réclamer la priorité de ces découvertes , qu'il a entrepris de faire un résumé de ses travaux.
Il a rappelé que dès 1805 il avait annoncé que les pousses du tilleul se trouvent arrêtés par le dessèchement subit du sommet de la jeune branche et par sa séparation , qui arrive six semaines ou deux mois après le premier développement du bourgeon qui lui avait donné naissance; que, poursuivant cette idée il Ta étendue à toutes les plantes , et en a fait le sujet d'un mémoire , lu le 7 octobre 1816, où , sous le titre de Terminaison des plantes^ il a fait voir que le bourgeon est une série de feuilles qui parait avoir la faculté de se développer indéfiniment ; qu'une série pareille existe aussi bien dans une plante annuelle que dans Tarbre le plus vivace; qu'on peut l'observer dans le mouron par exemple , aussi bien que dans le <^kéne ; mais que par des causes qui paraissent accidentelles , quoiqu'elles aient toujours lieu , elles se trouvent arrêtées dans leur carrière : dans les herbes annuelles en périssant en entier ; dans les arbres , tantôt par une décurtation comme dans le tilleul et le lilas, tantôt par la formation d'un nouveau bourgeon terminal comme dans le chêne et le marronier d'Inde , tantôt enfin parceque leur extrémité est saisie par les premières gelées.
Les palmiers et quelques autres monocotylédones donnent , selon l'auteur , l'exemple de ce que pourrait produire un seul bourgeon parla perpétuité de son développement.
Mais pour établir cette proposition il lui a fallu étendre la signification du mot bourgeon en l'appliquant à toutes les nouvelles pousses qui paraissent dans l'aisselle des feuilles , qu'elles soient enveloppées d'écaillés à leur base ou qu'elles en soient privées.
Un naturaliste distingué par de nombreux et d'excellents travaux, Vaucher, a observé de nouveau cette décurtation du tilleul et d'autres arbres , et il en a fait le sujet d'un mémoire; mais en même temps , s'en tenant i l'ancienne définition du bourgeon donnée par Ray et Linnaeus, non seulement il a refusé des bourgeons aux herbes , aux arbres des pays équatoriaux , il en a refusé même aux conifères, parce qu'il a pensé que les écailles qui couvrent leurs nouvelles pousses n'ont rien de commun avec celles des autres arbres.
Sans s'arrêter à discuter ce point du Petit-Thouars s'est borné A fieiire connaître une particularité de la végétation des pins qui peut être utile pour leur culture : c'est que, contre l'opinion vulgaire, lorsque le sommet du scion terminal ou de la flèche est supprimé , du milieu des couples de feuilles les plus voisins de la plaie il sort une proéminence ou un véritable bourgeon qui donne de nouveaux scions; mais au lieu d'écaillés il s'y montre des feuilles vertes et acérées , de Vaisselle desquelles sortent de nouveaux couples de
feuilles. Oq a donc eu raison de regarder ces couples de feuilles ou les pinceaux du pin du nord comme de véritables bourgeons.
Du Petit-Thouars avait suivi l'opinion la plus généralement répandue parmi ses prédécesseurs pour la sortie des racines en soutenant que les nouvelles racines sortent indifféremment de toutes les parties des anciennes, sans qu'il y ait de lieu déterminé pour leur sortie; mais divers naturalistes ont avancé depuis qu'il existe des parties prédestinées à la manifestation des racines , des sortes de bourgeons souterrains.
Dans un mémoire plus récent on a annoncé qu'il se trouve des organes semblables , non seulement dans les parties enfouies , mais sur les branches les plus élevées. On les voit dans ce qu*on nomme les pores corticaux , ou ce que Guettard nommait des lenticelles.
On a montré que lorsque l'on plonge dans l'eau une bouture de saule , ses pores se crèvent en laissant apercevoir Vîntérieur de l'écorce qui est d'un blanc éclatant et comme farineux. C'est de là que sortent invariablement les nouvelles racines.
Mais du Petit-Thouars fait remarquer qu'il avait déjà signalé ce phénomène en 1807, dans son sixième essai ; il avait reconnu qu'il sort effectivement des racines de ces points. Il en avait vu sortir indifféremment d'autres parties , même sur les saules; mais dans le plus grand nombre les autres arbustes, dont il avait mis des boutons en expérience , tels que le sureau et la vigne , les racines sortaient de la partie inférieure ou de la plaie. Il avait donc pensé que, dans les saulexy ce n'est que pour obéir à la loi de moindre résistance que ces racines sortent par ces pores ou lenticelles. Cependant il a trouvé récemment un arbuste qui appuie singulièrement l'assertion contraire.
C'est le solanum dulcamara ou la douce amère. Sa lige est parsemée de tubercules blancs qui paraissent absolument semblables aux lenticelles , mais qui ne s'ouvrent pas. Si l'on enlève l'écorce , on trouve vis-à-vis de chaque mamelon, une radicelle détachée du corps ligneux , et qui semble prête à sortir , et cela lui arrive immanquablement au bout de vingt-quatre heures, si on en forme une bouture en la plongeant dansTeau.
Il est certain que dans ce cas , qui parait unique à l'auteur , cette nuiicelle est prédestinée à sortir par le mamelon : on ne voit aucune trace d'une partie semblable dans les saules , quelque promptitude qu'ils mettent à pousser des racines ; mais du Petit-Thouars présume que c'est ce plus grand développement qui caractérise le solanum radicans.
C'est encore en citant ses travaux précédents que du Petit-Thouars a entrepris de traiter de l'origine de la couleur verte des végétaux. Il se trouve principalement en opposition avec ceux qui , récemment , ont agité cette question , parce qu'il soutient toujours que deux substances, distinctes dès leur origine, composent les végétaux : le
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ligneux et le parenchymateux. Il arait déjà placé riodiridaalité ▼égétale dans les fibres ligneuses; il parait qu'il voudrait aussi l'accorder à chaque molécule détachée qui doit y par suite de la végétation 9 former les utricules du parenchyme. Il place la vitalité végé* taie dans Faction réciproque de ces deux parties. Gela le conduit naturellement à traiter cette autre question : Que doit-on nommer organes dans les végétaux ? Il entre en matière en citant une tentative curieuse : ayant détaché les embryons ou eculeUes de plusieurs grains de maïs, encore laiteux, pour reconnaître quels étaient leur poids et leur volume en comparaison du reste, après avoir satisfait sa curiosité sur ce point, Tidée lui est venue de les planter dans cet état , c'est-à-dire privés de téguments et surtout de périsperme , et à sa grande surprise il les a vus presque tous germer et pousser aussi vigoureusement que les autres ; et ce qui lui a paru singulier c es( que le scutelle a été soulevé au-dessus du sol. Il est donc devenu ce qu'on nomme épigëe au lieu d'être hypogée , ce qui est le mode
Sénéral de toutes les graines monocotylédones. Ce résultat a été 'abord pour du Petit-Thouars une nouvelle preuve que ce scutelle est un véritable cotylédon , ensuite que le périsperme n'eet pas un aliment indispensable pour la plantule, du moins lors de la germination ; car il était déjà porté à le regarder comme le superflu de la substance déposée dans le test de la graine, pour fournir la nourriture de cette plantule. Aussi prétend-il qu'if ne s'y trouve pas de fibres ligneuses ni de parenchyme en état utriculaire , ce qui est en opposition avec une nouvelle doctrine.
bu Petit-Thouars connaissait cette opinion nouvelle; mais il n'a voulu , dit-il , l'attaquer que par des faits constants. Il examina successivement des graras de maïs à mesure qu'ils avançaient vers la maturité \ les écrasant entre deux verres il a toujours vu des granules suspendus dans un liquide; mais leur volume s'augmentait en même temps que le test grossissait. Lorsq^ue celui-ci fut parvenu à son maximum , l'intérieur était une émulsion visqueuse ; à mesure qu elle se séchait , il voyait paraître des filaments ; quelques-uns semblaient se réunir en formant des hexagones. Mais lorsque la dessiccation a été complète ^ au lieu de ces figures régulières , il y a vu des ramifications ; elles ont pris la forme ramifiée , semblable à celle des agates arborisées ou à une sorte d'arbre de Diane. Il s'est persuadé que c'était la partie glutineuse qui avait pris cette forme ; il en a conservé des échantillons qui ne lui labsent pas le moindre doute sur ce point.
C'est donc par une opération artificielle que du Petit-Thouars est conduit à regarder le périsperme comme un résidu étranger à la végétation; mais il n'abandonne pas l'observation du cours ordinaire de la nature sur les plantes les plus répandues. C'est ainsi qu'il tire de la comparaison de la feuille de capucine avec sa fleur, dans l'état ordinaire, une nouvelle preuve de l'une de ses propositions, que la
fleur n'est qu'une transformation de la feuille et du boai^eon qui en dépend. Il retroure parla conformité des faisceaux ligneux dans les deux parties, soit dans leur nombre, soit dans leur conformalion , l'origine de toutes les anomalies que présentent leurs fleurs ; la nature est venue lui offrir une pleine confirmation de tout ce qu'il arait aperçu à l'apparition d'une chlorantie de cettte fleur , c'est à-dire d'une altération par laquelle toutes ses parties sont changées en feuilles vertes, Dutrochet l'avait déjà découverte et annoncée, mais du Petit-Thouars étant à même de la suivre pendant deux mois a pu saisir toutes ses phases. Ce qui lui a paru le plus remarquable c'est qu'une pointe ou mucro qui termine la nervure principale ou médiane seule devient V anthère dans l'étamine y et le style et le stigmate dans chacune des trois feuilles qui composent le pistil ou l'ovaire. Il a pu suivre encore plus long-temps des changements d'une autre chlorantie, celle de la fraxinelle; c'est une des Elus anciennement connues , car elle a été décrite et figurée aussi ien que possible, par Marchant, dans les mémoires de l'Académie pour 1706.
La rencontre de ces déviations organiques a été pour du Petit- Thouars l'événement le plus heureux qu'il pût éprouver. Il regardait comme très important d'en observer au moins une dans chaque grande famille naturelle. Il en possède trois dans les ombellifères qui lui paraissent des plus instructives , surtout pour la théorie des insertions. Il a continué ses rechercbes sur les geiminations et il a trouvé une pleine confirmation de ce qu'il avait annoncé précédemment, que^ dans tous les protophylles ou cotylédons développés des plantes dicotylédones, la nervure médiane est composée de deux faisceaux distincts et parallèles. Cela est manifeste dans plusieurs espèces , telle que la mercuriale , par la bifurcation constante qu'éprouve cette nervure à son sommet. Cela arrive aussi par accident. Ainsi il a trouvé sur le seandix pecten ou peigne de f^énus, qu'un de ses protophylles était profondément bifurqué au sommet; ce qui lui a donné le moyen de confirmer ce qu'il ne faisait que soupçonner, que, dans les ouibellifèrcs, les nervures sont aussi doubles.
Du Petit-Thouars s'est encore trouvé dans le cas de réclamer la priorité d'une idée par laquelle il terminait l'exposition de sa manière d'envisager l'action réciproque des deux substances composant suivant lui tous les végétaux phanérogames, le ligneux et leparenchymateux ; il demandait aux physiciens si on ne pouvait pas y reconnaître un appareil galvanique bien combiné , capable d'exercer une action directe sur la marche de la sève. Laissant entrevoir toutes les conséquences théoriques qu'on pourrait déduire de cette action pour expliquer une de ses assertions , la sève arrive ait elle est demandée, il se borne pour le moment à attirer l'attention sur cette portion du parenchymateux qui, se trouvant à l'extérieur, forme totalement 1 enveloppe qu'on connaît sous le nom d'épiderme. Ayant rempli toutes les phases de la végétation c'est un corps inerte
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OU impassible. On pourrait, à l'imitation des chimistes, le dire brûlé; il sert donc k préserver tout l'intérieur du contact des actions extérieures : de là il résulte que cet intérieur est un monde à part , où toutes les lois physiques , qui le régissent , sont dirigées dans le but de la conservation de l'individu.
Dans toutes les parties de l'histoire naturelle il s'est trouvé des genres qui sont demeurés pendant quelque temps isolés, et ne se ratlacnaient que faiblement aux familles les plus voisines , mais presque toujours ils ont été des indices de familles nouvelles que les découvertes graduelles des voyageurs ont complétées peu à peu.
Tel a été le genre bruniade LmnsBus , que de Jussieu avait placé d'abord à la suite des rharanées. Les staama , les linconia^ Yérasma, le tamnea^ sont venus successivement s'y rattacher, et Brown et Secandolle ont composé de ce groupe leur famille des bruniacées.
Adolphe Brongniart vient de soumettre cette famille à un nouvel examen ; il y ajoute des genres nouveaux qu'il nomme berzeiia , raspalia , berardia , et auduinia , et il en trace le caractère général. On y admettait des pétales attachés sous le limbe d'un calice adhérent inférieurement à l'ovaire, et des étamines insérées au même point ; suivant Adolphe Brongniart les pétales et les étamines sont insérés non au calice , mais à la partie supérieure et latérale de l'ovaire , un peu au-dessus du point où il s'est séparé du calice. C'est ce qu'on nomme en botanique insertion épigyne; et il en résulte que, dans la distribution adoptée jusqu'à ce jour, elles ne peuvent plus rester près des rhamnées , auxquelles elles ressemblent cependant pour le port. Ce serait près des ombellifères et des araliacées, qui leur ressemblent fort peu, qu'elles devraient se ranger; mais il faut se souvenir que la distribution des familles et des classes , d'après les caractères tirés de l'insertion et de la présence ou de la division de la corolle , n'est pas autant fondée en nature que les familles elles-mêmes.
Duvau prépare un grand travail sur le genre des véroniques , l'un des plus nombreux et des plus répandus du règne végétal , remarquable d'ailleurs par les beautés délicates de ses fleurs et des bouquets qu'elles composent. Il a présenté un mémoire où il passe en revue avec un grand détail toutes les modifications que présentent leur calice , leur corolle , leurs étamines , leur ovaire , leur stigmate, leur fruit et leurs graines. La longueur relative des étamines, le nombre et la forme des graines , le nombre des panneaux dans lesquels se fendent les coques de leur péricarpe , aonnent des carac^ tères d'après lesquels leurs nombreuses espèces peuvent être réparties en certains groupes dont Duvau a donné le tableau. Il n'est pas jusqu'aux nervures de la corolle qui ne varient pour le nombre , et cela diversement dans chacun de ces lobes. Ces observations délicates forment une introduction piquante à la description détailla ou
monographie de oe genre que Tauleur fait «spérer , et qui , daprès cet exposé préliminaire , intéressera infailliblement les botanistes.
Parmi les productions marines d*une nature ambiguë , que Ton a rangées tantôt dans le règne animal, tantôt dans le règne végétal, il s'en trouve une de substance presque crétacée , remarquable par dés tiges grêles , surmontées de chapiteaux en forme de disques minces , ra^'onnés, et un peu concaves dans leur centre : c'est Vocetabulum de Tournefort, le corallina androsctce àe Pallas, le iubulartà acetabuium de Gmelin , Vacétabulaire ffiédiierranéen de Lamarck, Vaceiabularia intégra de Lamouroux. dette seule énumération de quelques uns de ses noms, montre que les naturalistes les plus récents ia regardent comme un polypier. Rafeneau-Delile , aui Ta suivie avec soin dans les étangs salés des environs de Montpellier, eu a pris une autre opinion. On Ty observe souvent en touffes épaisses , soit sur des coquilles, soit sur des tiges à demi décomposées de zostera. A Tétat de vie sa couleur est ver le, les cellules rayonnantes de son disque renferment des séries de globules visibles sans microscope. Elle se montre d abord comme de petits tubercules ou des mamelons verts, dont la racine n'est qu'un cal un peu épaissi ] elle devient tubuleuse et s'élève quelquefois à trois ou quatre pouces de hauteur, sans développer encore son disque; mais le plus souvent > dès leur premier allongement , ses tubes présentent des nœuds séparés par de légers étranglements, et l'on voit sur le contour des parties dilatées, de petites saillies qui sont comme des ébauches de bourgeons disposés en anneaux ; et ces bourgeons se développent quelquefois en rameaux divisés en deux , trois ou quatre fois de suite ; les parties ramifiées ne diffèrent point des couferves marines ordinaires : ce sont des tubes fermés à leurs points de jonction et qui renferment une matière verdâlre. A mesure que les tiges s'allongent elles produisent de nouveaux cercles de rameaux, et en même temps les cercles précédents et inférieurs se détruisent ; leurs points d'attache mêmes cessent de pan'aître. Il arrive enfin que les tubes d'un de ces cercles sont soudés , et forment ainsi un plateau celluleux , à compartiments disposés en rayons, qui est d'abord transparent et qui s'élargit jusqu'à la maturité. Souvent il s'élève du ceutre de ce plateau une houppe de ramifications flottantes , qui ne diffèrent point de celles qu'avait produites la jeune tige. Donati, qui avait aussi obsei-vé cette production à l'état de vie, avait considéré ces filaments comme des étamines. La pulpe de l'intérieur des cellules du disque se distribue par degrés en globules qui demeurent renfermés jusqu'à ce que ce disque se rompe par accident ou par vétusté j ils tombent alors au fond de l'eau , sans montrer aucun mouvement spontané. Delile soupçonne que ces globules sont les moyens de reproduction de l'acétabulaire, et il espère s'en assurer par de nouvelles expériences. D'après ces ÎFaits il pense que Yacétabularia est un végétal de la famille des conferves. L'analyse chimique faite à sa prière , par
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Balard, lui a paru confirmer cette classification. Après avoir dépouillé Yacélabularia de sa partie calcaire , par Tacide hydrochtorique, étendu d'eau, il en a retiré une matière verte, analogue à celle qui colore les feuilles^ une gomme et une matière ligneuse. A la distillation Ton en retire à peine une trace sensible d'ammoniaque. Sa cendre se compose presque en totalité de carbonate de cuaux , mêlé seulement d'un peu de carbonate de magnésie, d'alumine et d'oxide de fer.
Aux grands ouvrages de botanique que les membres et les correspondants de l'Académie continuent de publier, tels que les Plantes usuelles des Brastliens et le Flora Brasilit» mertdtonalis d'Auguste de Saint-Hilaire, parvenus, le premier à la dixième, le seconda la cinquième livraison , sont venus se joindre les Mémoires sur les légumineuses par DecandoUe , dont il a paru sept cahiers, et la Partie botanique du Voyage de Freycinet, par Gaudichaud , qui est déjà à sa quatrième livraison.
La seconde partie du Sertum austro-caledonicum^ de La Billardière, a paru dès 1825 ; mais nous croyons devoir en faire mention ici, parce que nous avions involontairement négligé d'en parler Tannée précédente. La première partie du même ouvrage a été annoncée dans notre analyse de 1824.
Achille Richard a mis au jour les deux ouvrages laissés par soa père , sur les familles des conifères et des cycadées , et les a complétés par ses propres observations.
Ces deux ouvrages, qui forment un volume in-folio accompagné de trente-deux planches dessinées par Richard père, avec l'exactitude et la supériorité que tous les botanistes s'accordent à reconnaître dans ses dessins , contiennent non seulement les caractères de ces deux familles et des genres qui les composent , mais encore des développements et des discussions sur leurs différents organes , et les modifications nombreuses qu'ils éprouvent dans ces genres. Voici la classification des genres que Richard a adoptée pour la famille des conifères :
l"* tribu. Taxii«éE8.
a. Fleurs renversées.
PodocarpHs. Dacrydium.
b. Fleurs dressées.
Phyllocladua. Taxua. Salishuria Ephedra,
2*^ tribu. CuPBBSStKftES.
Juniperus, Tkuya. CalUirU. Capressus. Taxodium.
t'' tribu. ABiiTiniBS.
Pinus. Abigs. Cunninghamia. Agnthis. Araucaria.