PoLLBIf SOLIDE
A. Masses composées de deux niassettes.
a. Loges de l'anthère simples.
Calypso, Uparû, Malaxis.
b. Loges de Tanthère bilocellées.
Coraliorkiza.
Il donne ensuite au caractère de chaque section tout le développement dont il est susceptible.
Il termine son travail par Tindication des espèces de chaque genre.
Une planche , où les principales modifications de la structure des organes sexuels sont figurées avec exactitude , en rend Tintelligence plus facile et plus claire.
Quoique le mémoire de Richard ait principalement pour but d'éclairer les orchidées d'Europe, les botanistes y trouveront des principes généraux applicables à celles de toutes les parties du monde ; et il y a lieu d'espérer que ce travail , résultat de nombreuses et difficiles recherches , les excitera à coopérer au perfectionnement de cette famille intéressante par des descriptions plus complètes et plus exactes qu'elles ne l'ont été jusqu'à ce jour.
Il n'est presque aucune des subdivisions de nos analyses que nous ne puissions enrichir des observations que de Humboldt a recueillies dans son grand voyage , et qu'il a toujours l'attention de communiquer à l'Académie à mesure qu'il les rédige. Ses observations astronomiques , son nivellement barométrique des Gordilières , sa géographie des plantes, son tableau des répons équinoxiales , ses recherches sur les monuments des peuples indigènes de l'Amérique , et une partie de ses observations de zoologie et de la relation historique de son voyage , ont été annoncés dans leur temps par
TOIE I. 26
nous OU par notre collègue , et sont maintenant livrés au public; mais parmi toutes ces belles acquisitions , celles qui se distinguent peut-être le plus par leur magniEcence sont celles qui se rapportent à la coonaissance spécifique et systématique des plantes.
Le choix de plantes équinoxiales , les monographies des rhexias et des mélastomes, en nous faisant connaître tout l'éclat dont la nature a embelli la végétation des pays cbauds , nous font admirer le zèle et la sagacité des deux voyageurs qui en ont recueilli les productions, et le talent des artistes qu'ils ont chargés de les représenter.
Mais Tun des naturalistes, Boupland, est retourné dans le pays qui lui a procuré de si riches récoltes. Il veut y en faire de nouvelles, et enrichir encore une fois nos jardins et nos musées ; et pour accélérer la publication du nombre immense d'espèces qui restaient à faire connaître , Humboldt a dû chercher un autre collaborateur. Kunth, professeur de botanique à V université de Berlin , s'est chargé de décrire les genres et les espèces nouvelles ou peu connues, rapportées par Humbolt et Bonpiand. Le nombre en sera de quatre mille, dont trois mille au moins sont entièrement nouvelles pour les botanistes. Elles occuperont cinq ou six volumes in-folio , dont le premier, qui renferme les monocotylédones , au nombre de huit cents , est déjà publié ; le deuxième sera bientôt terminé. On imprimera en même temps le quatrième qui sera entièrement consacré & la famille des composées.
Kunth , en décrivant un si grand nombre d'espèces , a été conduit à envisager les familles des plantes d'après des vues générales. Il les a soumises à une nouvelle révision , et a établi des sections nouvelles et de nouveaux genres en grand nombre; il a revu et rectifié les caractères des genres anciens.
A la fin de chaque section, Humboldt Fait connaître, dans des notes spéciales, la variété de formes , qui abonde le plus sous chaque latitude, et l'influence de la lumière, de la chaleur et de l'humidité , sur la multiplication de chaque tribu de végétaux.
Le plus anciennement connu et le plus utile des palmiers est sans contredit le dattier, l'une des principales richesses de la Barbarie et de l'Egypte , et qui se cultive aussi avec avantage dans plusieurs contrées de L'Europe méridionale. Delile, qui en a observé la culture avec soin pendant qu'il était attaché à l'expédition d'Egypte , l'a décrite avec détail , dans un mémoire qu'il a présenté à l'Académie. Cet aii)re vient de graines , de drageons , et même de boutures. L'opération de la bouture, qui consiste à replanter le sommet après l'avoir séparé de son tronc, avait déjà été mentionnée par Théophrasteet par Pline; et Delile a entendu des Arabes
£T PHTSI0L06IE VÉf.ÉTÂLE. 400
)ui assurer qu*oo la pratique encore. On sait que le dattier a tes sexes séparés sur des individus différents; les drageons de chaque arbre produisent des individus do même sexe. Les habitants , pour tirer le plus de parti possible de leur terrain , ont soin de ne replanter que le petit nombre de mâles nécessaires pour la fécondation artificielle des femelles; et lorsque des causes quelconques empêchent que Ton ne place , en temps convenable, les régimes de ces dattiers mâles à portée de répandre leur poussière fécondante sur les fleurs femelles, les fruits ne mûrissent point et la récolte est perdue.
Une espèce de palmier, beaucoup moins connue que le dattier, est le nipa qui croît spontanément dans l'Archipel des Indes , le long des bords de la mer, et dont Rumphius et Thunberg ont donné des descriptions incomplètes; on en mange les jeunes amandes confites. Son régime , coupé avant son développement , donne une liqueur douce qui , en fermentant , devient spiritueuse et agréable à boire. On fait avec ses feuilles des paniers, des nattes , et d'autres menus ouvrages.
Houtou La Biilardière en a observé et décrit avec soin la fructification ; il a rectifié sur plusieurs points les idées que l'on s'en faisait. La fleur femelle a trois stigmates, et le jeune fruit trois ovules ; l'embryon est placé à la base de la graine ; ses chatons mâles à fleurs sessiles , ses anthères portées sur un seul filet, quoique non ramifié, ses fleurs femelles dépourvues de calice, et ses fruits agglomérés, lui donnent des rapports sensibles avec les /Mmdanuê. Mais ses spnthes, le calice à six divisions de ses fleurs mâles, ses feuilles pennées, le rapprochent encore davantage des vrais palmiers.
Les anciens parlent beaucoup d'un arbre de l'Egypte , auquel ils donnent le nom de persea , qui ressemblait à un poirier, mais dont les feuilles duraient toute l'année , dont le fruit à noyau était très doux et très sain, et dont le bois, dur et noir, avait une grande valeur. On trouve encore dans les auteurs arabes du moyen âge, des descriptions d'un arbre qu'ils appellent Uback , et qui offre tous tes caractères attribués par les anciens à \e\iv persea; mais aujourd'hui cet arbre est devenu si rare, au moins dans la Basse-Egypte, que les botanistes ne l'ont pas reconnu avec certitude : les uns , comme Lécluse , et Linnsus d'après lui , ont donné le nom Ae persea à une espèce de laurier; opinion d'autant moins- admissible que ce laurier vient d'Amérique. D autres, comme Schréber, ont cru le retrouver dans le sébestier {cordia mixa)^ dont le fruit visqueux est tout différent. Delile a été plus heureux; ayant observé dans un jerdin du Caire un individu de l'arbre appelé par Linnaeus ximenia cegyptiacoy il lui trouva la plupart des caractères du persea : une hauteur de dix-huit à vingt pieds, des branches épineuses, des feuilles ovales, persistantes, longues d'un pouce à dix-huit lignes , traits qui ont pu donner lieu à la comparaison avec le poirier ; un
404 BOTAIXIQUE
fruit de la forme d'uiie datte, doux lorsqu*il est mûr. contenant un noyau un peu ligneux , etc. Parvenu dans la Haute-Egypte, Delile en rencontra deux autres , et il apprit , par les habitants des contrées supérieures , que l'espèce est commune en Nubie et en Abyssinie , et très estimée dans le Darfour ; cependant il na pu savoir si le cœur du bois est noir comme le disent les anciens de leur per^ea.
Cet arbre se nomme aujourd'hui en Nubie eglig. Delile lui trouve des différences assez marquées pour le séparer des autres ximenta , et il en fait un genre sous le nom de baianites.
Parmi les végétaux d'où découle un suc d'apparence laiteuse , l'un des plus remarquables est celui que les colons espae^ols ont nommé \ arbre de la vache ^ parce que son lait, loin d'avoir, comme celui des euphorbes et de la plupart des autres plantes laiteuses, des qualités acres et malfaisantes, fournit au contraire une boisson saine et agréable. De Humboldt a lu à TAcadémie une description de cet arbre , et des expériences sur le suc qu'il fournit. Ce célèbre voyageur, n'ayant pu le voir en fleur, n'en détermine pas le genre ; mais d*après son fruit il paraît appartenir à la famille des sapotilliers : son port est élevé , ses feuilles longues de huit à dix pouces , alternes , coriaces , oblongues , pointues , marquées de nervures latérales et parrallèles. Quand on y fait des incisions, il en découle un lait gluant , d'une odeur de baume très agréable, dont les Nègres mangent beaucoup en y trempant du pain de maïs ou de manioc, et qui les engraisse sensiblement. A l'air il s'y forme k la surface des pellicules qui prennent , en se desséchant , quelcjue chose de l'élasticité du caoutchouc , et il se sépare un caillot qui s'aigrit avec le temps , et auquel le peuple donne le nom de fromage.
De Humboldt s'est livré, à ce sujet, à des considérations générales sur les différents laits végétaux dont les qualités malfaisantes dépendent de certains principes vénéneux qui s'y trouvent assez abondants pour se manifester par leurs effets , tels que la morphine dans l'opium ; mais dans les familles même les plus délétères , il existe des espèces dont le suc n'est pas malfaisant, telles qa^Xeuphorbia balsamifera des Canaries, Vasclepias lacHfera de Geylan.
De Humboldt et Bonpland ont continué la publication de leur grand, ouvrage de botanique, intitulé Nova gênera et species plantamm œquinoctialium (1). Le troisième volume, qui sera achevé dans quelques mois , et le quatrième , qui est déjà imprimé , mais non encore publié, compléteront la série des plantes à corolle monopé-
^J) ■ Nova çenera et species plantarum quas in peregrinatione ad plagam «quinoctialem Orbis novi collegerunt, descripserunt et partim adumbraverunt Am. Bonpland et Al. de liumboldt; ex schedis auiographis A. Bonplandii in ordînem digeasit C» S Kunih. *
taie. Ces quatre volumes renferment plus de trois mille espèces nouvelles réparties en six cent vingt-trois genres , dont près de cent nouveaux. Kuntb, correspondant de rAcadémie, auquel la publication de cet ouvrage est confiée , a décrit , dans la famitle des composées , près de six cents espèces rangées d'après une méthode qui lui est propre. Des uotes ajoutées par de Humboldt offrent les hauteurs auxquelles croissent les plantes des Gordilières, et des considérations sur les distributions des formes végétales sur le globe. Il reste encore deux volumes à publier, consacrés aux familles des. plantes à corolle polypétale.
Mais comme le plan adopté pour les IVbva ffenera ei spectes De permet pas de donner les figures de toutes les plantes rappoi^tées par les voyageurs , Kunth a commencé d^ donner, dans un ouvrage particulier, sous le titre des Mimoses et autres plantes du nouveau continent de la famille d4i légumineuses , le choix des espèces les
{)lus belles. Les dessins , exécutés avec tout le luxe auquel se prête 'iconographie française, seront accompagnés d'un travail général sur les légumineuses. Les dessins appartenant au premier cahier de cette monographie ont été présentés à l'Académie.
Pour assigner à chaque genre sa place dans Toitire naturel , Kunth a été obligé d'étudier particulièrement toutes les familles des planles, d'examiner l'immense nombre de genres et d'espèces conservés dans les herbiers , et de compulser tous les différents auleurs qui ont traité les mêmes objets avant lui. C'est à la suite de ces recherches qu'il nous a donné , dans des mémoires particuliers , des observations générales sur les familles des graminées , des cypé • racées, des pipéracées, des aroïdées, et encore dernièrement la révision de la famille des bignoniacées. Ces travaux ont pour objet, ou d'indiquer les groupes ou sous-divisions qu'on peut établir dans ces familles , ou de circonscrire avec plus de précision les caractères de leurs genres.
En même temps, le savant auteur de la Monographie desjungermannta , Hooker, continue à Londres la publication des plantes cryptogames que de Humboldt lui a confiée. Il a réuni ces plantes à celles qui ont été rapportées par Menzies. L'ouvrage de Hooker porte le titre de Musci exotici.
De Beauvois continue toujours, avec la même persévérance,! la publication des plantes recueillies dans ses voyages; et il a fait paraître cette année la dix-septième livraison de sa Flore d'Otoare et de Bénin, dont nous avons déjà plusieurs fois entretenu nos lecteurs.
Une des plus belles entreprises de l'histoire naturelle philosophique dans ces derniers temps a été celle de faire voir qu'un grand
406 BOTINIQUE
]K>inbrc d'organisaliojis, en apparence très difiFéreutes, se laissent ramener cependant à un plan commun , et se composent de parties de même nalure , variant par les proportions seulement.
Turpin vient de faire , en ce genre , un heureux essai dans sou mémoire sur riiiflorescence des graminées et des cypéracées, mémoire où il étend ses vues au règne végétal presque entier^ Les bouquets si variés dont la nature couronne les végétaux , ces épis , ces chatons, ces grappes , ces ombelles , les Heurs composées ellesmêmes, ne sont 4 selon Turpin, que des dispositions semblables, dont l'apparente diversité ne tient qu*au plus ou moins de prolongement de la tige commune et des pédicules particuliers de chaque fleur. En réalité toutes les flienrs sont solitaires, et presque toutes sont axilliakes ; ce qui veut dire qu'elles soilent des aisselles des feuilles , ou de parties analogues aux feuilles, quelque nom qu'elles portent d'ailleurs dans la langue de la botanique.
L'auteur, pour appliquer sa théorie aux graminées, considère leur fleur comme une fleur nue , c'est-à-dire sans corolle et sans calice, et composée seulement du pistil et des étamines« Cette écaille qui l'enveloppe à l'exténeur, et que les botanistes , qui la nomment valve extérieure de la balle , regardent comme une pièce de la corolle, n'est pour Turpin qiïune bractée. Il nomme spathelle l'autre pièce plus mince qui est du côté de la tige , et qui s'ouvre au moment de ia floraison pour laisser paraître les fleurs proprement dites; mais ces bractées et ces spatbelles ne sont jamais que des feuilles. Le mémoire de Turpin contient d'ailleurs beaucoup d'observations intéressantes sur les parties intérieures de la fleur , et notamment sur ces dourrelets ou parties analogues, qui entourent la base du pistil , sur les cotylédons qu'il dit être au nombre de deux dans certaines graminées , telles que le froment ou l'avoine, et principalement sur la disposition des bourgeons qui , selon lui , ont toujours dans les monocotylédons leur première écaille adossée à la tige , tandis que dans les dicotylédons elle est ou latérale , ou , ce qui est plus rare, opposée à la tige et adossée à la feuille dans l'aisselle de laquelle naît le bourgeon.
Loiseleur-des-Lonchamps, médecin de Paris, a présenté à l'Académie un traité botanique des plantes usuelles, à la suite du<{uel se trouvent plusieurs mémoires sur les plantes de notre pays, qui pourraient être substituées aux végétaux étrangers pour l'usage de la médecine.
D'après ses expériences on pourrait substituer à l'ipécacuanha diverses espèces de tithymales ^ le cabaret ou azarum europeum , la denlelaire ou plumbago^ etc. Il donne la préférence aux titliyniales. Le séné pourrait être remplacé par le globularia alypum , qui croit en Provence, par Vanagyrts fœtida ^ par le camelea cneorum, et même par les rameaux et les feuilles de quelques daphnés.
ET PHYSIOLOGIE VEGETALE. 407
réputés jusqu'à présent caustiques et hydragogues , mais queLoiseleurprouve u*ètre que drastiques, kujalap il substitue assez naturellement d'autres espèces de liserons, et surtout le convolvulu^ soldaneila , qui habile les bords de la mer , la racine de concombre sauvage ( momordica elaterium ) , et même les pétales de quelques rosiers, dont l'action est cependant plus faible. Quant à l'opium , qui se tire aux Iodes et dans le Levant d'une variété du grand pavot à graines blanches et à capsules rondes , Loiseleur montre comment on pourrait l'extraire de notre pavot ordinaire des jardins, à gi*aiae$ noires, qui en fournirait abondamment. Il traite aussi de quelques autres narcotiques, tels que la siranunne et la laitue vireuse.
Les grands ouvrages de botanique, entrepris par quelques uns de nos confrères, se continuent avec ardeur. Palisot de Beauvois» qu'une mort prématurée vient d'enlever à la science, avait conduit sa Flore d'Otoare et de Bénin jusqu'à la dix-neuvième livraison.
De Humboldt , aidé de Runtn, avance chaque année à grands pas dans son immense Histoire des plantes de r Amérique équinoariale.
Le troisième volume de ses Nova gênera et apecies plantarufn œquinoctialium a été achevé \ le quatrième, qui complète les deux tiers de l'ouvrage , est imprimé en entier ; on y trouvera les descriptions de trois mille espèces , parmi lesquelles il en est un grand nombre qui appartiennent à des familles trop long- temps négligées par les botanistes voyageurs. Il a paru trois cahiers de^s Mimoses^ ouvrage spécial, consacré à l'une des plus belles familles des plantes de la zone torride , et pour la représentation desquelles les auteurs ont cherché à employer les artistes les plus distingués dans ce genre de travail.
De Humboldt a fait paraître la première partie du second volume de la Relation historique de son voyage , avec un atlas où se trouvent les cartes des côtes de Caraccas, des landes de Venezuela et des rives de TOréneque. L'auteur y traite de plusieurs objets relatifs à la zoologie , tels que la puissance électrique des gymnotes , la récolte des œufs de tortue , les mœurs du jaguar et du caïman , etc.
Kunth en particulier a présenté une révision de la famille des bîgnom'acées.
De Humboldt, qui avait publié en 1816 un ouvrage particulier dont nous avons rendu compte sur la distribution proportionnelle des espèces de végétaux de difiFérenles familles dans les différents climats , et sur les rapports de cette distribution avec la chaleur moyenne annuelle de chaque pays , ou ce que ce grand physicien a nommé les lignes isothermes, est revenu cette année sur le même sujet, riche d'une foule d'observations nouvelles , qui, pour la plu-
part, ont confirmé de la manière la plus frappante, les règles qu'il avait établies. Ces questions se lient intimement à toute l'histoire des hommes ; l'abondance des graminées , celle des palmiers ou des conifères , ont influé sur l'état social des peuples , sur leurs mœurs, et le développement plus ou moins rapide de leurs arts ; mais le nombre relatif des espèces de chaque famille n'exprime pas l'importance réelle de la famille , de l'aspect qu'elle donne à un pays , de l'influence qu'elle exerce sur les habitants. Souvent une espèce d'une famille peut occuper è elle seule plus de terrain que de nombreuses espèces d'une autre famille. Le détail de cette étude fait voir qu'il y a des genres et des familles qui appartiennent exclusivement à certaines zones , à des conditions spéciales de climat , mais qu'un plus ^rand noùibre a des représentants dans toutes les zones ; la proportion n'est pas répartie de même pour les espèces ; dans la zone glaciale et sur les hautes montagnes, la yariété des formes génériques ne diminue pas au même degré que celle des espèces. Il y a d'ailleurs des différences qui tiennent aux communications des continents , et â leur population végétale primitive. Ainsi l'on croit déjà pouvoir distinguer dans la zone torride quatre systèmes de végétation, savoir, ceux du nouveau continent, de l'Afrique occidentale, de l'Inde et de la Nouvelle -Hollande. Malgré toutes ces complications , de Humboldt ne pense pas que l'on doive renoncera une étude aussi importante, pas plus que l'on n'a renoncé à dessiner des cartes , lorsque l'on s'est aperçu des sinuosités infinies des rivières et des côtes. II a même dressé une table de ses observations , qui offre les résultats les plus intéressants; Ton y voit dans quelle proportion , chaque famille de plante , dans chaque zone et dans chaque continent , se trouve avec la masse entière des plantes phanérogames ou à fructification connue , et si cette proportion diminue en allant vers le nord ou vers le midi.
Ces faits, donnés par la géographie des végétaux, se lient en quelque sorte à toutes les branches de la physique du globe.
Ainsi un habile ingénieur anglais , Webb , ayant mesuré trigonométriquement les plus hauts pics de cette grande chaîne de l'Himalaya, qui borne l'Inde au nord , en avait trouvé qui s'élèvent au-dessus de tout ce que l'on connaissait de plus élevé sur la terre. H en est un par exemple de 7820 mètres de hauteur, qui surpasse autant le Chimborasso que le Mont-Blanc surpasse le Mont-Perdu ; mais on attaqua la justesse de ces mesures , principalement parce que au revers septentrional de la chaîne la neige perpétuelle ne descend pas aussi bas qu'on devrait le croire d'après la latitude , et parce qu'il y croît des plantes qui ne viendraient nulle part ailleurs à cette hauteur ; et l'on avait soupçonné que la réfraction avait été pour quelque chose dans l'erreur dont on accusait ces évaluat'ons.
■ De Humboldt a présenté à l'Académie des calculs qui prouvent
ET PHISIOLOGIE YÊG£T\L£. 409
que pour rabaisser ces montagaes seulement au niveau du Ghimborasso il faudrait supposer que le coefficient de la réfraction est de 0,3 au lieu de 0,08 , quantité qui n'est pas admissible dans une zone aussi méridionale.
Il est bien vrai que dans* les passages et au revers de rHimâlaya qui regarde les plateaux de la Tartarie, la nei^e fond en été à la hauteur de cinq mille soixante-dix-sept mètres , hauteur où sous l'équateur même elle est certainement éternelle. Webb n'en a pas trouvé à trois cents pieds encore plus haut , quoi(^u'il fit cette observation au 31 <* de latitude nord. A cette même latitude , au nord de la crête de THimâlaya , on trouve des pâturages , du froment , une belle végétation à quatre mille cinq cent quarante-neuf mètres de hauteur, tandis que sur la pente méridionale de ces mêmes montagnes les phénomènes ne sont pas très différents de ce que l'on observe dans les autres contrées du globe.
Des circonstances aussi remarquables ne pouvaient manquer d'attirer l'attention de Humboldt. Il fait remarquer à ce sujet que la limite des neiges perpétuelles est un des résultats les plus compliqués des causes physiques; qu'elle suit moins la loi des lignes isothermes ou d'égale chaleur moyenne de l'année que celle des lignes isothères ou d'égale chaleur extrême de l'été , deux sortes de lignes qui sont loin d'être parallèles. On sait en outre que dans l'intérieur des grands continents la chaleur d'été , à latitude égale , sont plus fortes que sur les côtes à cause du rayonnement du sol. On conçoit donc que sur les montagnes adossées à de grands plateaux^ les neiges perpétuelles doivent être plus reculées vers les hauteurs ; on observe des effets semblables jusque dans la chaîne du Caucase.
De Humboldt analyse et apprécie plusieurs autres causes qnai contribuent à ces variations , et confirme ce qu'il en dit par les mnombrables observations qu'il a faites à ce sujet dans toutes les parties de l'Amérique.
L'abbé Rigaud , directeur du séminaire de Meaux , ayant remis à du Petit-Thouars une fleur de pavot oriental, d'un aspect très singulier , ce botaniste reconnut de suite que les étamines s'y trouvaient changées en pistil , et que , prodigieusement renflées par cette métamorphose, elles formaient une couronne de plusieurs rangs, qui avait quelque ressemblance avec celle de certaines anémones.
Le calice et la corolle étaient tombés , mais , suivant le rapport de Rigaud, ils n'avaient rien de remarquable.
A la base se trouvaient quelques filets plus menus ; c'étaient des étamines , approchantes un peu de leur forme ordinaire , mais elles s'altéraient de plus en plus.
Enfin venaient plusieurs rangs où elles étaient entièrement dénaturées.
A la partie extérieure il se trouvait une sorte de pédoncule vert
410 BOTAMQUË
et renflé à sou milieu : c*était le filameat ; sa partie postérieure était recouverte par une membrane miace et rabattue , contig^uë au sommet , de forme triangulaire ; deux aréles velues le bordaient jusqu'au sommet ; en retournant cette partie , on voyait que Vinlérieur était aplati, et sur son milieu se trouvait une coucbe de erains détachés. Du Petit-Tliouars les reconnut pour des ovules » mais qui se trouvaient à nu. Quant à la membrane et à ses sillons , il n'eut pas de peine à voir que c*était une portion analogue au stigmate rayonné du vrai pistil.
Ces filaments se réunissaient à la base , mais en se groupant eu plus ou moins grand nombre. C'est ce qui était plus facile à apercevoir en écartant le rang supérieur de l'ovaire qu'ils entouraient ; ainsi ils formaient une sorte de monadelphie tendante vers la polyadelphie.
L'auleur avait déjà observé une monstruosité semblable dans la joubarbe : on peut les regarder comme une interversion de Vordre dans lequel se font d'ordmaire ces sortes de métamorphoses.
Mais du Petit-Thouars , liant ces phénomènes à d'autres , espère arriver à prouver sous peu de temps ,
V Que la fleur n'est que la transformation d'une feuille et du bourgeou qui en dépend ;
2" Que la feuille donne les étamines , et en outre le calice , la corolle , quand il y en a ;
3"" Que le bourgeon devient le pistil , ensuite le fruit et la graine;
4" Que le pislil étant la concentration d'une ou de plusieurs feuilles , il doit donner naissance à une réunion successive de bourgeons dont les feuilles deviennent les ovules destinés à recevoir l'embryon.
Mais à ces propositions , qui se déduisent en effet assez naturellement de la transformation dont nous venons de parler, il en ajoute d'autres qui ne paraissent pas y tenir d'aussi près; savoir:
Que l'embryon est formé par la réunion de deux molécules détachées , l'une ligneuse , Tautre parenchymateuse , dont il parait probable que l'une est fournie par Tétamine, l'autre par le pistil;
Que dès qu'une fois l'embryon est perceptible aux sens il est détaché , ne présentant jamais d apparence de cordon ombilical; ainsi il ne croit que par intussusception ;
Enfin que , dans ce cas, l'embryon est renversé , les cotylédons faisant la fonction des racines , et la radicule celle de tige ou de partie aérienne.
Dutrochet a adressé, pour le concours de physiologie expérimentale fondé par de Montjon , un ouvrage de première importance sur laccroissement et la reproduction des végétaux.
Tout en convenant avec Mirbel que les fibres ligneuses ne sont qu'un tissu cellulaire différemment modifié, il pense néanmoins qu'on doit les considérer comme des organes particuliers destinés à conduire la sève. 11 regarde le parenchyme de l'écorce et la
moelle de la tige comme des substances analogues disposées eo sens inverse. Il donne à l'une le nom de médule corticale, et à lautre celui de médule centrale , et il en prouve l'analogie par des X)bservations nouvelles. On sait que les pédoncules des fruits mûrs se séparent du rameau avec lequel ils sont articulés, et que la plaie <^ui en résulte, se cicatrise très promptement. Dutrochet voulut voir SI , en coupant une petite tranche d'un rameau de poirier , un peu au-dessous de la plaie du pédoncule qui s'était détaché naturelle* meut avec son fruit, celte plaie nouvelle se cicatriserait. Il reconnut, après avoir répété plusieurs fois la même expérience, qu'il est con^ stamment arrivé qu'une portion du rameau ainsi tronqué s'était desséchée au-dessus de la section ^ et qu il s'était produit de l'écorce entre cette partie desséchée et la partie restée vivante , en sorte qu'il y aurait eu encore ici une cicatrisation, sans que l'écorce extérieure ni les fibres ligneuses y eussent participé. Cette formation de nouvelle écorce est évidemment, selon lui, une métamorphose de médule centrale en médule corticale , et la preuve de l'identité de ces deux substances; mais la cicatrisation ne peut avoir lieu que sur des rameaux très jeunes, qui n'ont que peu de fibres ligneuses et dont la médule centrale est encore humide. Enfin l'auteur regarde la médule comme la partie essentiellement virante du végétal.
Ainsi toutes les parties qui composent la tige des végétaux dicotylédoDS ont de l'analogie entre elles. La médule corlicale est analogue à la médule centrale ; les couches de fibres corticales sont analogues aux couches de fibres ligneuses, mais elles sont disposées en sens contraire; l'écorce et le bois ne sont que contigus sans avoir entre eux de communication. L'auteur donne à l'écorce le nom de système coriical , et aux parties qu'elle entoure celui de système central. Ces deux systèmes ont chacun leurs rayons médullaires qui ne sont point continus, comme ou l'a cru , paais seulement juxtaposés par leurs extrémités.
L'accroissement en diamètre s'opère suivant deux directions diffé* rentes : V dans le sens de l'épaisseur, par la formation de couches successives ; 2*' dans le sens de la largeur par l'augmentation d'am* pleur des couches.
Dutrochet pour étudier l'accroissement en largeur du système ■cortical, choisit, pour exemple, des racines de Yechium vulgare et du dipsacus fullonufiiy où l'on en voit clairement le mécanisme. Ces racines, coupées transversalement, offrent un système cortical composé de festons concentriques; extérieurement elles sont cannelées dans leur longueur , et ce sont ces cannelures dont la coupe transversale se présente sous la forme de festons. Ces festons sont des Faisceaux de fibres longitudinales , séparés les uns des autres par des lignes de tissu cellulaire qui sont les rayons médullaires corticaux. Une ligne du même tissu cellulaire se montre au milieu de chaque feston. Bientôt après un nouveau feston ou faisceau de
fibres, apparaît dans lë milieu de cette ligne de tissu cellulaire qui occupe le centre du premier feston. Le nouveau feston se développe et divise par le sommet celui dans lequel il est né. Alors les deux fragments latéraux du feston divisé forment encore chacun un feston nouveau par la naissance, dans leur milieu, d'une ligne nouvelle de tissu cellulaire. Il résulte de là qu'un feston simple primitivement se trouve en faire trois , ce qui augmente dans la même proportion le nombre des rayons médullaires corticaux. Cette observation nouvelle et intéressante offre deux faits très remarquables : le premier est la tendance des fibres longitudinales à développer dans leur milieu de nouveaux rayons médullaires; le deuxième est la tendance
a n'ont les rayons médullaires à développer aussi dans leur milieu es faisceaux de fibres longitudinales. C'est ce que Dutrochet appelle production médiane.
L'auteur traite ensuite de l'accroissement en largeur du système central. Il choisit pour objet d'éludé une jeune pousse du clematts vitalba dont la coupe est une aire à six angles saillants et à six rentrants ; les angles saillants sont formés par des faisceaux de fibres longitudinales , et la coupe transversale offre des festons analogues à ceux du système cortical de Vechtum vulgare. Les faisceaux saillants du ciematîs appartiennent au système central ; ils sont séparés les uns des autres par des rayons médullaires centraux ,'et ces rayons, ainsi que les faisceaux de fibres interposés entre eux , se multiplient comme ceux du système cortical de la racine de Vechtum vulgare ; d'où il résulte que le système cortical et le système central ont le même mode d'accroissement en largeur.
L'accroissement des deux systèmes en épaisseur s'opère par la formation de couches successives. L'opinion de la transformation du liber en bois a long -temps prévalu; d'autres systèmes ont encore été proposés sur la formation des couches ligneuses ; mais aucun d'eux , suivant Dutrochet , n'est admissible ; la couche de liber et celle d'aubier n'ont aucune liaison organique entre elles, elles ne sont que juxta-posées; la nouvelle couche de liber est une extension du Jiber ancien, et la nouvelle couche d'aubier est une extension de l'ancien aubier.
La couche de liber et d'aubier de nouvelle formation , est séparée de l'ancienne par une couche mince de tissu cellulaire ; c'est ce qu'on peut observer facilement sur la coupe transversale d'une tige du rhus typhinum; on y voit distinctement les couches ligneuses séparées par des couches d'un tissu cellulaire roussâtre , parfaitement semblable à celui de la moelle centrale , et les vaisseaux qu'on observe dans les couches de ce tissu sont analogues à ceux de l'étui médullaire.
Dutrochet confirme encore les mêmes faits, par des observations qui lui sont propres. Il a remarqué que la moelle des bourgeons du sommet des branches et de ceux qui naissent dans les aisselles
ET PÏITSIOLOGIE VÉGÉTALE. 413
des feuilles, correspond toujours à la moelle centrale et à son étui, et que la moelle des bourgeons adventifs correspond à la couche médullaire, placée au-dessous de la couche extérieure d'aubier, et il a TU de même que les vaisseaux de l'étui médullaire de ces bourgeons adventifs tirent leur origine de la même couche médullaire. Ces observations prouvent évidemment que les couches ligneuses sont séparées les unes des autres par des couches de moelle, accompagnées chacune d'un étui médullaire.
C est par cette régénération de la moelle et de son étui que la végétation commence au printemps; la couche d'aubier vient ensuite, et recouvre en dehors cette couche médullaire que Ton n'aperçoit pas dans un grand nombre de végétaux, à cause de son peu d'épaisseur , mais que l'on distingue facilement sur la coupe transversale des tiges du rhus typhinum. Ainsi ce n'est point , suivant Dutrochet , une simple couche d'aubier qui se forme chaque année, il y a une reproduction complète de la moelle , de son étui , et des fibres liseuses. C'est un système central tout entier qui enveloppe l'ancien. Le même phénomène a lieu dans le système cortical : ce ne sont point de simples couches intérieures d'écorce qui se forment annuellement; chacune de ces couches est un système cortical complet , composé extérieurement d'une couche de parenchyme ou médule corticale, et intérieurement d'une couche de fibres.
L'auteur compare ensuite l'accroissement en épaisseur avec l'accroissement en largeur y en rappelant que ce dernier s'opère par des productions médianes , que des faisceaux de fibres naissent dans le milieu du tissu cellulaire , et qu'il naît aussi du tissu cellulaire dans le milieu des faisceaux de fibres ; il pense que les couches concentriques se forment suivant les mêmes lois. Il voit les deux couches nouvelles de fibres naître entre les deux couches de médule , Tune centrale , l'autre corticale , par la production desquelles commence la végétation au printemps ; il voit réciproquement les deux nouvelles couches de nbres corticales et centrales juxta- posées donner naissance à de nouvelles couches médullaires; ce qui se rattache au phénomène général de la reproduction médiane , et la manière dont s'opère l'accroissement dans ces diverses circonstances , où l'analogie est évidente , a convaincu l'auteur que les couches ne sont point produites par le cambium , mais bien par un véritable développement du tissu, comme Mirbel l'avait déjà dit.
L'auteur jette ensuite un coup d'œil général sur l'accroissement en diamètre des dicotylédons.
L'accroissement en épaisseur a lieu tant quedure la vie du végétal, mais l'accroissement en largeur s'arrête dans les parties qui deviennent solides; ainsi le bois ne prend plus d'accroissement, mais l'écorce , dont la texture a peu de densité, continue de s'élargir , et la partie fibreuse des végétaux herbacés continue également de s'étendre en largeur.
414 BOTA?nQU£
A la suite de ces obserrations Fauteur dit un mot des rapports variables de volumes qui existent entre le système cortical et le système central. Le premier en a presque toujours moins; quelquefois cependant il Temporte en volume : celui de la racine de Yechtum vulgare a environ huit fois plus d'épaisseur que le système central; et (Uns la racine de Xeryngium campcêtre le premier est au second dans le rapport de 21 à 4.
Enfin il explique la formation des bourrelets d'après les principes établis dans sa théorie.
Dans la seconde partie de son travail Dutrochet traite de Faccroissèment des monocotylédons. Leur accroissement en long^uenr s*opère de la même manière que chez les diootylédons; mais comme ils sont privés de rayons médullaires , et que Taccroissement par couches successives est essentiellement lié à l'existence de ces rayons, l'augmentation en diamètre des monocotylédons, lorsqu'elle a Heu , ne se fait pas suivant les mêmes lois. Ainsi l'existence des rayons médullaires, dans les dicotylédons , est le caractère essentiel qui les distingue des monocotylédons.
Dans sa troisième partie Fauteur donne quelques vues sur la cause qui détermine la tige à se lever au-dessus de la terre, et la racine k y descendre. Il ofPre des observations sur l'origine et Faccroissement en longueur des racines du nymphœa luiea et du typha laiifotia.
La tige souterraine du nymphœa est composée d'un système cortical fort mince et demi-transparent , et d'un système central dont le tissu cellulaire , d'une couleur blanche , renferme des fibres jaunes, fléchies irrégulièrement. Lorsqu'une de ses fibres, en se ployant , forme un coude qui s'approche du système cortical, il se manifeste dans ce dernier une production hémisphérique , concave en dessus et convexe en dessous; c'est le système cortical de la racine naissante dont la fibre coudée doit former le système central. Cette fibre , d'aboi*d séparée de la poche corticale , s'en approche , appli* que le sommet de sa courbure contre la surface concave de cette poche, et s'en fait une enveloppe en forme de coiffe; puis la racine naissante se produit au dehors, en déchirant Fécorce de la tige audessous de laquelle s'est formée celle qui l'enveloppe.
Il résulte de cette observation , 1° que le système cortical et le système central de la racine sont primitivement isolés , mais que Fun et l'autre existent avant de former un tout organique par leur assemblage ; 2"* que le système central pénètre dans le système cortical ; 3* que le système cortical de la racine se forme au-dessous de Fécorce de la tige d'où elle prend naissance , et qu'elle perce cette êcorce pour se produire au dehors.
Le sparyantum erectum , ainsi que plusieurs autres plantes , a deux sortes de tiges : les unes aériennes, les autres souterraines; les bourgeons qui produisent les dernières naissent dans les aisselles des feuilles qui enveloppent la base de la tige aérienne; ils se présentent
ET PHYSIOLOGIE YÉGÉTALE. 415
d'abord à la surface de l'écorce sous la forme d'une petite calotte hémisphérique composée de couches superposées. C'est le système cortical du bourgeon naissant. Une saillie du système central de la tige s'approche peu à peu de cette calotte corticale, s'introduit dans son intérieur , et s'en enveloppe ; la calotte s'alonge et ses couches deviennent de petits cônes creux emboîtés les uns dans les autres. L'auteur leur donne le nom de piléoles. Le bourgeon , en se développant en longueur , déchire la piléole terminale qui devient une feuille engainante ; la seconde se déchire ensuite , puis la troisième ; elles deviennent des feuilles comme la première , et leurs scissures sont alternes. Ces observations prouvent que le système central et le système cortical des tiges et des racines sont primitivement isolés »
3ue le système central pénètre dans le système cortical , que celui e la tige prend son écorce à la surface extérieure de la tige qui lui donne naissance , et que la racine au contraire la preud à la surface intérieure de lecorce; qu'ainsi les tiges et les racmes opposées par leur direction , le sont aussi par le mode de leur origiue. Celles du iypha latifolzuy observées de la même manière et dans les mêmes circonstances , ont offert les mêmes résultats.
L'auteur observe que la pointe des bourgeons est composée de couches oui sont les rudiments des feuilles.
Il termme cette partie par un coup d'œil général sur l'élongation des tiees et des racines.
L'élongation des tiges et des racines se fait par un développement suc^ïessif des fibres qui sortent du centre d'un bourgeon , en sorte que les plus nouvelles sont plus voisines du centre de la tige que les plus anciennes ; ainsi la production centrale n'appartient point uniquement aux monocotylédons , mais les dicotylédons forment des couches qui sont indépendantes de l'élongation .
Les pétioles des feuilles reçoivent de l'étui médullaire des vaisseaux qui pénètrent dans leur tissu ^ ainsi les feuilles communiquent dans l'origine avec le centre du végétal, par où arrive la sève ascendante^ d'après l'observation de Coulomb. La formation de la première couche d'aubier donne en outre à ces feuilles une nouvelle communication vasculaire ) et , comme cette première couche d'aubier est continue avec la couche d'aubier la plus intérieure du végétal, il en résulte que la feuille a également des communications vasculaires avec la couche de nouvelle formation par laquelle s'opère la descente de la sève^ ainsi la feuille a des vaisseaux adducteurs issus de l'étui médullaire qui conduisent la sève ascendante , et des vaisseaux réducteurs, continus avec la couche d'aubier, qui conduisent la sève descendante.
Les observations de l'auteur sur l'origine des tiges et des racines lui ont appris que leurs extrémités sont terminées par des fibres coudées , et c'est par le développement médian de ces fibres, dans l'endroit où elles sont coudées, qu'elles s'allongent; mais il y a aussi
416 BOTAKIQUE
une élongation dans toutes les parties des tiges naissantes jusqa*à ce qu'elles soient devenues ligneuses.
Dutrochet s*est proposé aussi de découTrir l'origine et la nature de Tembryon de la graine, de connaître ses enveloppes et les autres organes qui l'accompagnent. Dans cette vue il a examiné, arec beaucoup de soin, les ovules de plusieurs espèces de végétaus, depuis le moment où Von commence à les apercevoir jusqu'à leur maturité. Les ovules qu'il a étudiés sont ceux au phaseolus cammunis, dupUum saHvum, du fagus castanea, du galium aparine, du spinacia oleracea, du mirabilis j'a/appot du lathyrus latifoliuSy et du nymphœa luiea.
Il serait trop long de rapporter ici toutes les observations de l'au teur , et difficile de les faire entendre sans le secours des figures. Mous sommes obligés de renvoyer au mémoire et aux dessins des divers organes (|ue Dutrochet a observés et décrits avec beaucoup de soins et de détails.
Cet ouvrage offre une théorie nouvelle de l'organisation végétale fondée sur des observations dont plusieurs ont été vérifiées par les juges du concours ; et il a paru digne du prix pour lequel il avait concouru.
Mous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de leur en avoir donné dès à présent une idée un peu complète.
Du Petit-Thouars a soumis à l'Académie un grand travail sur les orchidées, famille non moins célèbre, en botanique, par la beauté des plantes qu'elle renferme que par les singularités de la structure de ses fleurs. Ce travail commence dans l'Inde, et avant que l'auteur pût prévoir tout ce que l'étude des orchidées devait faire de progrés par les travaux de Swarlz et Robert Brown , est déjà connu par un tableau publié il y a quelques années , et qui offre vingt-un genres et plus de quatre-vingts espèces ; toutes ces plantes ont été observées, analysées et décrites sur le frais. Du Petit-Thouars a mis sous les yeux de l'Académie trente-six planches déjà gravées , et appartenantes au genre qu'il appelle angorchis.
Nous avons parlé , dans notre analyse de 1816, de la famille des boopidées, formée par de Gassini de quelques plantes à fleurs composées, mais où les anthères réunies seulement par leur partie inférieure, n'ont point d'appendices dans le haut, et où la graine, suspendue au sommet, à la voûte de la cavité de l'ovaire, contient un albumen épais et charnu.
Robert Brown, qui travaillait de son côté sur les mêmes plantes, leur donnait le nom de calycérées , et Richard vient d'en faire l'objet d'un grand travail , où il donne la description la plus détaillée des espèces qu'il a pu observer, avec une analyse très exacte de leur fructification. Cette famille placée entre les synanthérées ou composées, et les dipsacées, se rapproche davantage des premières; leur involure est d'une seule pièce; leur réceptacle garni de petites bractées; leur
calice divisé en cinq lanières souvent inégales ; leur corolle régulière à très lonç tube; ses lanières ont chacune trois nervures. De petites glandes alternent entre les bases des étamines , le style est lisse et terminé par un stigmate renflé et simple. Après que la fleur est tombée les lanières du calice se durcissent et se changent en épines ou en sorte de cornes. La semence, comme nous l'avons dit, est renversée et contient dans son axe un embryon droit.
Jaume Saint-Hilaire a présenté une monographie des froments , c'est-à-dire une description particulière des espèces et des variétés de ce genre de graminées si important dans l'histoire de la civilisation. Il en porte le nombre à .soixante. Le même botaniste a donné un nouveau travail sur les genres aspalathus^ borbonta, etliparia^ qu'il avait déjà décrits en 1818 ; mais un voyage qu'il a fait en Angleterre lui a procuré vingt-deux espèces nouvelles ; il a d'ailleurs rectifié quelques erreurs de synonymie d'après l'herbier de Linnaeus qu'il a eu l'occasion de consulter, et apporté diverses corrections aux caractères des deux derniers de ces genres.
Richard fils a lu une monographie des hydrocotyles^ genre dont il n'existe en France qu'une espèce , et dont on en connaît maintenant cinquante-neuf. Sur ce nombre , vingt-sept ont été découvertes par l'auteur en visitant seulement les herbiers des botanistes de Pans.
Richard les divise en sept tribus, établit leurs caractères, et cherche à fixer plus exactement ceux qui distinguent ce genre des genres les plus voisins.
L'Académie a vu avec intérêt des figures de plantes exécutées par les procédés lithographiques de Guyot ; il lui a paru que ces procédés
Seuvent, avec quelques légers perfectionnements, arriver au point e précision nécessaire à l'iiistoire naturelle, en même temps qu'ils o£Eriront leurs secours à cette science à bien meilleur marché que la gravure en taille-douce.
Le quatrième volume des nouvelles plantes équinoxiales de Humboldt, Bonpland, et Eunth, a été publié en entier dans le courant de cette année; avec lui se termine une des grandes divisions du règne végétal, celle des dicotylédones à corolles monotopétales ; les quatre volumes renferment les descriptions de trois mille espèces nouvelles , et les figures de quatre cent douze ; les deux derniers volumes que Humboldt et Kunth espèrent mettre au jour, dans le courant de 1 821 , contiendront encore plus de douze cents espèces des familles à corolles polypétales, et ces infatigables naturalistes ont donné en outre six fascicules de leur magnifique ouvrage qui a pour objet spécial les mimoses et les genres voisins, et qui en représente les espèces par de très belles figures en couleur