INTRODUCTION
il serait impossible à l'analyse d'en calculer les effets dans les attractions à petites distances qui déterminent les affinités diverses de ces molécules.
Par conséquent les seuls principes généraux qui paraissent dominer dans les sciences physiques sont aussi ce crai les rend rebelles au calcul, et ce qui les réduira long-temps à l'observation des faits et à leur classement. En d'autres mots , nos sciences naturelles ne sont que des faits rapprochés, nos théories que des formules qui en embrassent un grand nombre ; et par une suite nécessaire, le moindre fait bien observé doit être accueilli , s'il est nouveau , puisqu'il peut modifier nos théories les mieux accréditées, puisque l'observation la plus simple peut renverser les systèmes les plus ingénieux , et ouvrir les yeux sur une inunense série de découvertes dont nous séparait le voile des formules reçues.
C'est là ce qui donne aux sciences naturelles leur caractère particulier, et ce qui , ôtant du champ qu'elles parcourent, tout obstacle et toute limite , y promet des succès certains à tout observateur raisonnable qui , ne s'élevant point à des suppositions téméraires , se borne aux seules routes ouvertes à l'espnt humain dans son état actuel ; mais c'est aussi là ce qui multiphe, conune nous l'avons dit, au-delà de toute mesure, les travaux particuliers qui méritent d'entrer dans cette histoire.
Le genre de certitude qui résulte de l'observation bien faite s'applique , en effet , à tout ce qui est observable ; et comme les tables astronomiques, rédigées seulement d'après les remarques long-temps continuées des astronomes , constitueraient déjà une science très importante , quand même Ne^vton n'aurait pas créé l'astronomie physique , nous avons aussi , sur tous les objets naturels, depuis la simple agrégation des molécules d'un sel , jusqu'aux mouvements les plus compliqués des animaux , jusqu'à leurs sensations les plus délicates , des espèces de tables moins précises à la vérité, et dont surtout les principes rationnels sont encore loin d'être découverts, mais dont la partie empirique, ou purement expérimentale ; ne s'en perfectionne et ne s'en étend pas moins chaque jour.
Au reste, si nous continuons à rapporter ainsi toutes nos sciences physiques à l'expérience généralisée , ce n'est pas que nous ignorions tes nouveaux essais de quelques métaphysiciens étrangers pour lier les phénomènes naturels aux principes rationnels , pour les démontrer a priori y ou , comme ces métapnysiciens s'expriment, pour les soustraire à la conditionnalité.
Il n'entre pas dans notre plan de nous occuper de cette partie générale et purement métaphysique ; nous n'avons à parler ici que des applications particulières que l'on en a faites aux divers ordres de phénomènes , depuis le galvanisme et l'affinité chimique jusqu'à la production des êtres organisés et aux lois qui les régissent : noua
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ne pouTobs nous empêcher de déclarer que nous n*y avons yu qu*un jeu trompeur de l'esprit , où Ton ne semble faire quelques pas qu à l'aide d'expressions figurées, prises tantôt dans un sens et tantôt dans un autre , et où l'incertitude de la route se décèle bien vite , quand ceux qui s'y donnent pour guides , ne connaissent pas d'avance le but où ils prétendent qu'elle conduit. En effet la plupart de ceux qui se sont livrés à ces recherches spéculatives , ignorant les faits positifs , et ne sachant pas bien ce qu'il fallait démontrer, sont arrivés à des résultats si éloignés du vrai qu'ils suffiraient pour faire soupçonner leur méthode de démonstration d'être bien fautive.
Nous n'ignorons pas non plus que la plupart de ces métaphysiciens , faisant abstraction de toute idée de matière , se bornent à considérer les forces qui agissent dans les phénomènes , et que les corps eux-mêmes ne sont à leurs yeux que les produits de ces forces : mais ce n'est au fond qu'une différence d'expression qui n'apporte aucun changement dans les théories spéciales ; et ceux même qui croient ces subtilités métaphysiques utiles pour accoutumer à l'abstraction l'esprit des jeunes gens , et pour l'exercer à tous les artifices de la dialectique , conviennent qu'elles n'ont point d'influence dans l'histoire et l'explication des phénomènes positifs , et que l'emploi du langage ordinaire y est sans inconvénient.
Laissant donc de côté les vains efforts q^ue l'on a faits , dans tous les siècles , pour procurer aux objets qui nous entourent et aux apparences qu'ils manifestent, un autre genre de certitude que celui qui peut résulter de l'expérience , et nous en tenant à celle-ci , autant qu'elle est gouvernée par les lois d'une saine logique , qui seules lui sont supérieures , nous allons parcourir son vaste domaine dans l'ordre de simplicité et de généralilé des feits qu'elle nous présente.
Prenant pour guide celui de tous les phénomènes que nous avons dit être le plus général et exercer sur les autres l'influence la plus universelle , nous considérerons d'abord l'attraction moléculaire dans ses effets les plus simples , dans les lois auxquelles elle est soumise , et dans les modifications qu'elle éprouve de la part des autres principes généraux. La théorie des cristaux et celle des affinités commenceront donc cette histoire , et avec d'autant plus d'avantage que ce sont deux sciences entièrement nouvelles , et nées dans la période dont nous avons à rendre compte.
Passant ensuite aux combinaisons et décompositions que les affinités produisent entre les diverses substances simples , soit dans nos laboratoires , soit au dehors , nous tracerons l'histoire de la chimie , dont la météorologie , l'hydrologie , et la minéralogie sont en quelque sorte des dépendances.
Mais il faudra bientôt après considérer le jeu des affinités dans ces corps d'une forme plus ou moins compliouée , dont l'origine n'est
eint connue , et dont la composition est loin encore de l'être; dans corps organisés , en un mot , où l'action simultanée de tant de
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substances entretient , au milieu d'un mouvement continuel , une constance d'état, objet étemel de notre étonnement , et borne peutêtre à jamais insurmontable pour toutes Tes forces de notre esprit. L'anatomie , la physiologie , la botanique , et la zoologie s'occupent de ces êtres merveilleux , et forment des sciences tellement unies par des rapports nombreux que leurs histoires seront presque inséparables.
Les circonstances les plus favorables au développement , à la propagation , et à la vie des espèces utiles , et les altérations de Tordre de leurs fonctions, c'est-à-dire les maladies , qui elles-mêmes sont soumises à un certain ordre dont on peut saisir les lois , forment , à cause de leur importance pour la société , l'objet de deux sciences particulières , bases de l'agriculture et de l'art de guérir.
C'est par leur histoire et par celle des arts qui en dépendent ipie nous terminerons cet exposé des progrès des sciences naturelles , ajoutant seulement en quelques mots Tindication des principaux avantages qu'ont retirés de ces progrès les arts plus matériels.
La plupart des gouvernements se croient le droit de ne voir et de n'encourager dans les sciences que leur emploi journalier aux besoins de la société ; et sans doute le vaste tableau que nous avons à tracer pourrait ne leur paraître, comme au vulgaire, qu'une suite de spéculations plus curieuses qu'utiles.
Mais les hommes instruits , que n'aveuglent pas de vains préjugés , savent parfaitement que toutes ces opérations de pratique , sources des commodités de la vie , ne sont que des applications bien faciles des théories générales , et qu'il ne se découvre dans les sciences aucune proposition qui ne puisse être le germe de mille inventions usuelles.
On peut dire aussi que nulle vérité physique n'est indifférente aux agréments de la société, comme nulle vérité morale ne Test à l'ordre qui doit la régir. Les premières ne sont pas même étrangères aux bases sur lesquelles reposent l'état des peuples et les rapports politiques des nations : l'anarchie féodale subsisterait peut-être encore , si la poudre • à canon n'eût changé l'art de la guerre ; les deux mondes seraient encore séparés sans l'aiguille aimantée; et nul ne peut prévoir ce que deviendraient leurs rapports actuels , si l'on parvenait à suppléer aux denrées coloniales par des plantes indigènes.
Mais , sans nous jeter dans ces hautes conjectures , en parcourant un moment les procédés des arts , nous verrons aisément c^u'il n'en est aucun qui n'ait ressentijusque dans ses moindres détails , Knfluence bienfaisante des découvertes scientifiques qui ont illustré notre période.
Puissions-nous donc peindre dignement ce grand ensemble d'efforts et de succès ! puissions-nous présenter, dans leur véritable jour, à l'autorité suprême ces hommes respectables sans cesse occupés