FIN DE LA TABLE DES ABTICLES
DE
Messieurs (i),
Renversée avec l'ancienne monarchie, dont elle fut sans doute l'un des plus précieux débris , l'Académie royale de Chirurgie renaît en ce jour de vos talens, de vos travaux et de votre zèle. Successeurs de ce corps illusti^e,
(i) D'après le conseil de quelques amis, vrais connaisseurs dont les suffrages furent toujours pour lui le gage assuré de ceux du public, l'auteur a conservé ce début oratoire. Le commencement et de nombreux
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qui fut pour la Chirurgie ce que fut Port- Royal pour la littérature, vous vous êtes montrés dignes de ce glorieux héritage, en voulant qu'une voix fidèle vous retraçât les progrès de l'art depuis 1792 jusqu'à nos jours. Ces progrès sont immenses; ils sont réels, quoi qu'en puissent dire quelques esprits chagrins; car s'il n'eût fait des progrès , l'art aurait infailliblement rétrogradé. Dans les choses humaines , en effet , l'état stationnaire n'existe pas plus pour l'espèce que pour l'individu ; et si c'en était ici le lieu , il serait facile de montrer l'esprit humain s'égarant dans la poursuite de la stabilité , et consumant ses forces dans la recherche de cette vaine chimère.
En faisant l'histoii-e des progrès de l'art depois la suppression de l'Académie royale de Gbirurgie , il m'ai^rivera fréquenmi^nt de célébrer vos propres travaux ; mais si votre modestie vient à s'alarmer de ce tribut légitinoe
fragmens de cette Histoire ont été lus à l'ouverture de la première séance publique qu'a tenue , en janvier 1S25, la section de Chirurgie de 1* Académie royale de Médecine.
et me refuse son assentiment , je serai applaudi hors de cette enceinte, pour avoir sacrifie l'ombrageux respect des convenances à l'ardent amour de la vérité. En me continuant, ou, pour mieux dire, en me perpétuant dans des fonctions que le talent des Quesnay (A) et des Louis a rendues, à la fois, si honorables et si difficiles , vous m'avez imposé l'obligation de parler de la science dans un langage simple et élevé comme elle , d'éviter , en traçant le tableau de ses progrès, l'emphase, le verbiage, et la ressource justement dédaignée des lieux communs académiques.
Loin donc de me croire obligé à établir l'utilité ou même l'indispensable nécessité d'une société savante spécialement destinée au perfectionnement de la Chirurgie , laissant aux faits à justifier son existence, sans les appuyer de raisonnemens , à leur défaut, stériles, je me bornerai à quelques réflexions préliminaires sur la différence qui existe entre nos travaux et ceux des autres sections de l'Académie royale de Médecine. Ces réflexions serviront en quelque manière d'exorde à ce discours.
Placée au premier rang parmi les arts utiles ^ la Chirurgie, dans ses progrès toujours subordonnés à ceux de l'Anatomie, s'avance à pas insensibles vers un perfectionnement illimité. Dans sa marche lente , mais assurée , graduée , mais calculable et toujours progressive, on ne la voit point assujettie à ces révolutions qui , si souvent , ont changé la face des autres branches de la Thérapeutique. Je ne sais pour truelle raison, dit Haller, on ne voit point s'élever en Chirurgie d'homme qui fasse époque , fonde une secte j crée une école et laisse entre ses devanciers et lui un long intervalle. Il est toutefois bien facile d'expliquer ce fait aussi constant que singulier. S'occupant d'objets mécaniques, matériels , palpables, impossibles à généraliser, et, pour ainsi dire, rebelles à l'esprit de système , le médecin , qui se livre à l'étude et à l'exercice spécial de la Thérapeutique chirurgicale, est le plus souvent réduit à perfectionner les procédés de ses devanciers, et trop rarement appelé à inventer des méthodes nouvelles. Veut-il , à tout prix , obtenir le renom d'inventeur, il se consumera presque toujours en efforts ridicules, rendra.
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par exeni»ple , convexe le tranchant d'un bistouri auparavant concave, tirera en dedans un membre qu'on se contentait de soutenir en dehors, opérera en plusieurs jours une division qu'auparavant on effectuait d'un seul coup; et pour atteindre un but bien connu, non moins qu'exactement marqué, suivant une route , en réalité , peu différente de la route tracée, il ne pourra tromper des yeux exercés , quelle que soit la vogue qu'il obtienne , quel que soit le prestige dont il fascine les yeux des personnes étrangères à l'art , par des moyens qui lui sont plus étrangers encore.
Si les travaux individuels conduisent difficilement les chirurgiens de notre âge aux inventions et aux découvertes, ce fruit précieux sera-t-il plus aisément obtenu par le secours des académies? L'espérer serait méconnaître l'esprit et le but de ces sortes d'associations. Ce n'est point de cette manière qu'elles contribuent aux progrès des sciences; leur objet est moins de découvrir ou d'inventer que de constater la réalité, le mérite des inventions et des découvertes, et d'en apprécier la valeur. De même que, sous notre ancienne monarchie,
une loi n'était exécutoire qu'après avoir été enregistrée dans les cours souveraines, un fait ne devrait être réputé authentique , une méthode curative , un procédé chirurgical nouveau , ne devraient être adoptés qu'après avoir été soumis à l'examen du corps académique.
Il n'en est pas de la Chirurgie comme de quelques autres parties de la Thérapeutique, où les fondemens de la science étant posés sur .'.m sol mobile, on remet sans cesse en problème jusqu'aux notions premières, aliment éternel de discussion et de dispute. Ainsi ^ par exemple , on révoque en doute l'existence de la jfîèvre , et personne n'en élève sur la réalité d'un calcul vésical ou d'un étranglement herniaire ; et tandis que des médecins également instruits, envoyés dans une province ravagée par une épidémie, traitent la maladie, celuici par la saignée, parce que à son avis elle dépend de l'irritation , celui-là par les évacuans , parce que , selon lui , il y a réplétion , et un troisième par les fortifians , dans l'opinion que le mal dépend de la faiblesse , tous les médecins qui se livrent à la Thérapeutique chirurgicale admettent l'indication que présente
une maladie donnée , €t ne difFèreni que par rapport au meilleur moyen de satisfaire à cette indication. D'accord sur ks «priecipes, nous nous occupons seulement des conséquences ; nous jouissons donc de cet avantage aussi précieux qu'immense ; l'objet de nos recherches et de nos travaux se trouve exactement déterminé, et nous marchons dans une caTri^r<» dont il nous est donné de voir clairement la direction , lors même que nous ne pouvons en apercevoir les limites. Aussi, pendant qu'à chaque révolution la Thérapeutique diététique et pharmaceutique, cette partie de la Médecine qui emploie plus particnilièrenjent le régime «t les médicamens au traitement des maladies, est ramenée aux notions primitives, , la Chirurgie s'avance par un progrès non interrompu : plus humble , mais plus assurée datte sa marche , elle est , par rapport aux autr^ branches de la Thérapeutique , ce que les sciences physiques, si long-temps dédaignées, sont aux sciences métaphysiques. On ne doit donc point s'étonner que d'âge en âge de nouveaux faits, de nouveaux procédés viennent grossir le trésor déjà subsistant, ni que l'Aca-
demie royale de Chirurgie , gardienne vigilante de ce trésor, en ait tant accru la masse , et que depuis la destruction de ce corps célèbre , l'art ait continué à s'avancer dans cette carrière, déjà éclairée par les traits d'une lumière vive et durable.
Le nombre et la réalité de ses progrès, leur importance, durant un si Ion g espace de temps, marqué par l'absence du corps académique, sembleraient , au premier coup d'œil , en infirmer l'utilité; mais deux causes principales, toutes deux suffisantes , ont suppléé à son existence, et, par une véritable compensation, réparé le mal que devait entraîner la suppression de l'Académie royale de Chirurgie. On trouve ces deux causes dans la perfection et l'unité de l'enseignement, bienfait immense d'une époque trop féconde en désastres, et dans la vive impulsion communiquée à tous les esprits. Semblables à ces tempêtes, qui, en l'agitant, épurent l'atmosphère , les révolutions politiques ont , à toutes les époques de l'histoire , exercé sur les sciences et sur les arts utiles une influence le plus souvent heureuse. Comme le plus grand nombre des arts agréables ou né-
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cessaires , durant cette période qui comprend les dernières années du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième , la Chirurgie a grandi au milieu des orages; son flambeau risquerait de s'éteindre dans les langueurs d'une paix oisive , à la honte de la génération présente comme au grand dommage des générations futures, si le Gouvernement , par des institutions habilement combinées, ne savait suppléer à l'absence de ce principe dangereux d'énergie et d'activité.
L'examen des remèdes secrets , moyens prétendus de guérison , qu'invente chaque jour l'ignorance et plus souvent encore la cupidité , telle est la tâche principale imposée à l'Académie royale de Médecine , sorte de grand bureau consultatif, étabH près le Ministère de l'intérieur, qui, chaque jour, le met aux prises avec les charlatans de toute espèce , et consume dans ces luttes ignobles et stériles une trop grande partie de son temps et de son activité. La raison et l'expérience démontrent , en effet, que la crédulité doit être rangée parmi les maladies inhérentes à la nature humaine ; et l'on peut bien dire qu'il est aussi impossible de dé-
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truire ce funeste obstacle à l'amélioration de notre espèce , que d'en changer l'organisation primitive. L'erreur combattue renaît et se reproduit avec une inépuisable fécondité, et, comme l'a dit l'un des membres de cette Académie (i), écrivant dans le but, louable d'ailleurs, mais chimérique, de combattre et de détruire les erreurs populaires relatives à la Médecine : u Lorsque , brûlant d'un saint zèle , » le Christ chassa les vendeurs du temple , il ne » putempêcherque,lélendemainméme, sesau- » gustes parvis ne fussent souillés par ceux que, » la veille, avait dispersés son fouet vengeur. » Heureusement les inventeurs des remèdes secrets sont presque toujours des persontt«fe étrangères à la Médecine, que , le plus souvent, aiguillonne le sentiment du besoin, pauvres hères, auxquels il s'agit d'enlever quelqueJi dupes. L'Académie de Chii-urgic est appelée à d'autres combats et à de plus redoutables adversaires ; elle doit lutter contre le charlatanisme en crédit, usurpant les distinctions et
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(l ) Richfftrand. JD^s JSrteurs populaires relatives à la Médecine j, P«ri«, 1812, pftgfe if\^.
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les avantages dus au mérite modeste et a la véritable supériorité.
Si, par exemple, au nombre des chirurgiens de la capitale , un homme avait conçu le chimérique projet de se donner comme seul capable d'exercer sa profession , et voulait en obtenir le monopole ; si cet homme , doué de quelque talent, mais supérieur surtout dans les arts de l'intrigue, après avoir éloigné ses maîtres en les abreuvant de calomnies et d'outrages, semait la division parmi ses confrères , habile à en profiter , et poursuivait avec une activité infatigable l'entreprise odieuse d'écraser tout mérite naissant, du poids de sa réputation usurpée ; si tout élève qui l'avoue pour maître , restait par là même irrévocablement condamné au rôle de son serviteur; s'il employait incessamment les journaux a vanter les succès d'une pratique frauduleuse et notoirement meurtrière; votre réunion académique arracherait le masque dont se couvre ce charlatan dangereux : elle opposerait à une ambition aussi effrénée et aussi coupable la force, tôt ou tard victorieuse et toute-puissante, de la raison et de la vérité.
Un homme de cette espèce existait a Paris durant la première moitié du dix-septième siècle , et ses honteux succès doivent être comptés au nombre des causes de l'état misérable de la Chirurgie française à cette époque. C'était Simon Pimperneile, homme très disert et consultant fameux, pour traduire mot à mot les termes dans lesquels sa mémoire nous est parvenue, car on pourrait croire ces expressions inventées pour peindi^ quelque Pimpernelle de notre âge (i).
Mais c'est nous arrêter trop long-temps à la peinture, sans doute imaginaire, d'un fourbe consommé; pourquoi, d'ailleurs, après Molière, faire de Tartufe le sujet d'un tableau qui ne peut avoir d'autre mérite que celui de la ressemblance ? Hâtons-nous de passer à des considérations d'un ordre plus élevé , ou plutôt ne tardons pas davantage à commencer l'histoire des progrès de la Chirurgie depuis trente
(i) S. Phiipernelle, vir diseitissimus, ronsullor f a mosuà, societatis cliinirgorum qualer prœlectus, obiit i6 novemb. i658. Petrus Devaux, Index f un ère un c/iinirgontm. Parisienuium j pag. 62.
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années, et comme^ dans l'exposition d'une matière à la fois si riche et si variée, un plan quelconque est nécessaire , adoptons l'ordre topographique, dans lequel les opérations sont classées d'après le lieu sur lequel on les pratique, ancienne classification qui long-temps a reçu le nom de Méthode anatomique , et qui n'exclut point la division rationnelle des opérations de la Chirurgie en trois classes, suivant que ces opérations ont pour but de changer l'état de la vitalité chez l'individu sur lequel on les pratique , de lever un obstacle mécanique à l'accomplissement de ses fonctions, ou de retrancher une partie dont la conservation compromet son existence.
Un tableau historique des progrès de la Chirurgie serv^ira comme de transition et de lien naturel entre la collection si justement renommée des Mémoires de l'Académie royale de la Chirurgie et le Recueil dont vous allez publier le premier volume, monument durable que vous avez dessein d'élever à la gloire de la Chirurgie française (B) , et dont mes faibles mains doivent édifier le portique. Comme il n'est presque aucune opération chirurgicale
qui n'ait été perfectionnée, soit dans la manière d'y procéder, soit dans la détermination plus juste et plus précise des cas oii il convient d' j avoir recours , et qu'en outre l'art s'est enrichi d'une foule d'opérations nouvelles qui ont agrandi son domaine en augmentant le nombre des maladies soumises à sa puissance , nous devrons parcourir le champ presque entier des opérations de la Chirurgie : commençons par celle du trépan.
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En apprenant que, depuis trois années, un seul fait d'opération de trépan, pratiquée à la suite d'une plaie de tête, vous a été communiqué , les personnes étrangères à l'art s'étonneront qu'une opération si importante dans ses fastes, soit, pour ainsi dire, exclue de sa pratique. Le premier volume des Mémoires de l'Académie royale de Chirurgie est, pour la plus grande partie, composé de morceaux relatifs au trépan : c'est par cette opération
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qu'on a long-temps commencé les cours et les traités de chirurgie , comme si , dans le temps où la Médecine en France était l'objet de deux professions distinctes, les chiinirgiens eussent pensé s'élever au-dessus de leurs rivaux et ennoblir leur profession trop long-temps avilie , en s'occupant des lésions qui intéressent l'organe de nos facultés les plus relevées , tandis que les médecins proprement dits, partisans, pour la plupart, de la médecine stercoraire (i), paraissaient plongés dans la dégoûtante contemplation des matières excrémentitielles. De
(i) A cette époque, Chirac tenait à Paris le sceptre de la Médecine j Chirac. dont la maxime etaitde purger au moins de deux jours l'un dans toute maladie : Purgare saltem alternis diebus. Vainement Philippe Hecquet , si plaisamment ridiculisé par Lesage, sous le nom du docteur Sangrado, éorivit-ii contre cette absurde pratique l'opuscule intitulé : De purgandâ medicinâ à curarum sordibus, et voulut-il y substituer la saignée et la boisson fréquente ; la médecine évacuante conserva la vogue dont elle jouissait depuis Molière, jusqa^à ces temps où les purgatifs , dans leur emploi comme mértiode générale du traitement des maladies, durent céder la place aux émétiquca vantés par StoU. Nous
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tels motifs étant bien éloignés de nous , on se demande pourquoi l'opération du trépan, si souvent pratiquée jadis, est, pour ainsi dire, tombée en désuétude.
Il n'est qu'un très petit nombre de cas dans lesquels cette opération se trouve positivement indiquée. Par suite de la configuration du crâne, et des lois qui président à la transmission des mouvemens, le plus grand nombre des fractures arrive à la base de la boîte osseuse , endroit où ses parois doivent , en vertu de leur épaisseur, offrir le plus de résistance, et que sa situation met à l'abri de l'atteinte directe des corps vulnérans , comme elle s'oppose à ce que nos instrumens puissent y être appliqués. Puis, lorsque la fracture existe dans un point du crâne qui leur est accessible , les signes de l'épanchement étant bien déterminés.
avons vu ceux-ci remplacés par les toniques tant prodigués par Brown et les médecins de son école , et les toniques exclus à leur tour par \es antiphlogistiques , dont la vogue se soutiendra aussi long-temps que l'on regardera l'irritation comme la cause générale des maladiett.
il reste sur son véritable siège une multitude de doutes et d'incertitudes. Il existe bien plus souvent dans la propre substance du cerveau qu'entre le crâne et la dure-mère : on ne voit guère d'où pourrait, dans ce dernier cas, provenir la matière de l'èpanchement, à monis que l'artère sphèno -épineuse ou méningée moyenne n'eût été déchirée; alors même l'évacuation du liquide épanché pourrait avonlieu dans l'intervalle des fragmens. Il ne faut donc point s'étonner que l'opération du trépan soit rarementpratiquée , les chirurgiens de nos joui-s se bornant, dans le traitement des plaies de tête , a l'emploi des moyens généraux, tels que la saignée, les évacuans et les épispastiques. Enfin les lumières acquises par les travaux de plusieurs élèves de l'École deMédecme de Paris (C), touchant le mécanisme suivant lequel les épanchemens formés dans la substance du cerveau sont graduellement absorbés,'doivent rendre l'opération du trépan, déjà si rare, encore moins fréquente. Il résulte des recherches de MM. Riobé, Rochoux et Serres, que dans les déchiremens traumatiques ou apoplectiques de l'encéphale, le sang qui s'é-
pauche est bientôt entouré d'une couclie de Ijmphe organisable qui effectue la résorption du liquide. Lorsque ce kiste membraneux spontanément organisé autour de la masse de 1 epanchement , en a opéré l'entière absorption , il se resserre sur lui-même , ses parois adhèrent l'une à l'autre, il se transforme en une cicatrice jaunâtre qui, peut-être à la longue, finit par disparaître sous l'influence du mouvement nutritif. Pour remédier à des lésions aussi graves qu'un epanchement dans la propre substance du cerveau , la nature possède donc une force médiatrice et des ressources ignorées de nos prédécesseurs.
Cependant il est encore des occasions, peu nombreuses , il est vrai , dans lesquelles rien ne saurait suppléer à l'opération du trépan ; et nos collègues MM. Bédard et P. Dubois, nous ont fait connaître un de ces cas où le trépan est institué avec le plus d'avantage. Dans l'observation qu'ils nous ont communiquée, il y avait plaie sans fracture apparente dans la région temporale droite^ la moitié gauche du corps était frappée de paralysie, tous les symptômes de l'épanchement exis-
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talent : trois couronnes de trépan furent appliquées à la partie supérieure de la fosse temporale formée par le pariétal, et par leur moyen on reconnut à la fois la fracture et un épanchement considérable résultant de la lésion de l'artère sphéno-épineuse ; un filet de sang vermeil s'échappait du vaisseau et coulait sur un caillot volumineux et noirâtre; on retira, par les ouvertures, huit onces environ de sang coagulé. Ce fait déjà si précieux par sa rareté et le plein succès dont l'opération a été suivie, nous offre un exemple de l'application heureuse du trépan sur la région temporale, que les anciens, trop timides, prescrivaient de respecter. Il établit, en outre , qu'on n'a pas toujours besoin de signes sensibles pour se décider à l'opération du trépan ; car ici ces signes manquaient, et néanmoins l'applicatioti du trépan a confirmé la justesse du diagnostic établi avec une parfaite sagacité.