FISTULE LACRYMALE
Dès que J. L. Petit eut imaginé de pe'nétrer dans les voies lacrymales obstruées, à la faveur de l'incision du sac lacrymal , l'esprit inventif de ses confrères , membres de l'Académie royale de Chirurgie, n'eut à s'exercer que sur la détermination du meilleur procédé a mettre en usage pour dilater le canal nasal. A la simple bougie dont se servait J. L. Petit, ceux-ci proposèrent de substituer une corde à boyau ^ ceux-là une tente de plomb, d'autres une canule métallique : parmi ces derniers, Foubert em ployait une petite canule d'or, longue comme le canal nasal , comme lui légèrement courbée dans le sens de sa longueur, taillée en bec de plume à son extrémité inférieure , tandis que la supérieure présentait un contour arrondi et comme un bourrelet mince et large d'une demi-ligne. Cette canule, imitée depuis, existe dans la collection des instrumens légués par l'Académie royale de Chirurgie à la Faculté de
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Médecine de Paris. Les tentatives de Méjean et de Laforest pour substituer à l'incision du sac lacrymal l'introduction d'un stylet par le point lacrymal supérieur , ou celle d'une sonde par l'orifice inférieur du canal nasal , ne furent point imitées. Desault, empruntant à Méjean l'idée d'un séton introduit de bas en haut dans le canalnasal, prétendity trouver l'avantage d'une dilatation progressive , avantage bien mince quand on le compare aux extrêmes difficultés qu'on éprouve pour ramener par la narme le fil introduit. Qui de nous n'a vu les praticiens les plus habiles s'efforcer, pendant des heures entières, à faire sortir le fil par le nez, soit en commandant au malade de se moucher avec force , soit en se servant , au lieu d'ini sunple fil, d'une corde à boyau , d'un stylet à ressort , soit enfin en introduisant par la narine de petites pinces ou des crochets mousses destinés à ramener le fil auquel le séton devait être attaché? L'emploi de la canule de Foubert abrège et simplifie l'opération de la fistule lacrymale , au point qu'en moins d'une minute le sac est incisé, la canule introduite, et la petite plaie réunie au-dessus d'elle. Il al'avan-
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tage d'éviter les pansemens longs et doulou-^ reux qu'exige la dilatation progressive opére'e par le moyen du sétoii renouvelé et grossi chaque jour. Enfin la méthode de J. L. Petit, exécutée suivant le procédé de Foubert, met tout aussi bien, ou, pour mieux dire, tout aussi mal à l'abri des récidives ; car , il fiaut l'avouer, ce danger des rechutes est l'inconvénient le plus grave dans le traitement des fistules lacrymales, comme à la suite du traitement de toutes les fistules produites ou entretenues par la perforation d'un conduit excréteur.
Au rétablissement des voies naturelles , Scarpa préfère la méthode qui consiste à ouvrir aux larmes une route nouvelle par la perforation de l'os unguis au moyen du cautère aciuel. Cette opération douloureuse nécessite un traitement consécutif, long et pénible. Vainement le célèbre chirurgien d'Italie, pour établir l'excellence du cautère actuel dans le traitement de la fistule lacrymale, prétend-il que, dans le plus grand nombre des cas , cette maladie provient d'une affection de la membrane muqueuse du sac lacrymal, ou dépend même
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d'une altération de l'os unguis; son étlologie a eu parmi nous le même sort que sa pratique" empruntée à Co\vper(i) , célèbre anatomiste et chirurgien anglais du dix-septième siècle. 11 n'en a pas été tout-à-fait de même des opinions du docteur Béer.
La théorie suivant laquelle cet oculiste regarde la fistule et le plus grand nombre des maladies qui surviennent aux voies lacrymales comme l'effet de l'irritation inflammatoire de la membrane muqueuse dont ces voies sont tapissées, a< trouvé dans les idées aujourd'hui dominantes en médecine, un plus solide appui.
Adoptée et soutenue par quelques-uns de nos confi"ères, cette manière de voir se fortifie surtout du peu de solidité des guérisons obtenues par les méthodes adoptées pour le traitement des fistules lacrymales. Peut-être cette affection a-t-elle été jusqu'à présent envisagée sous un point de vue trop exclusivement mécanique , et la vérité se trouve-t-elle, comme
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il arrive presque toujours, à une égale distance des opinions généralement admises et de celles qu'on propose de leur substituer. Quoi qu'il en soit, n'oublions point qu'en Thérapeutique chirurgicale une opinion nouvelle , ou même un système nouveau , n'est point un progrès véritable.