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DE QUELQUES AUTRES PERFECTIOS^NEMENS DE LA THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE , ET DE l'iN- FLUENCE qu'ont EUE SUR SES PROGRÈS LES NOUVELLES THÉORIES PATHOGÉNIQUES.
La contraction spasmodique et persévérante des muscles, soit aiguë, soit chronique, est quelquefois rebelle à tous les moyens diététiques ou pharmaceutiques, et réclame
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l'emploi des secours chirurgicaux. Tel serait, par exemple, un resserrement habituel du sphincter de l'anus , qui s'oppose invinciblement à la sortie des matières fécales et des gaz intestinaux. L'usage interne et topique des préparations opiacées, les bains, les saignées ne réussissant pas à le vaincre, on pratique avec avantage la section des muscles convulsés; elle résout le spasme comme par enchantement et fait cesser les intolérables douleurs dont il s'accompagne. C'est presque toujours l'ulcération superficielle, la gerçure des tégumens au pourtour de l'anus, qui donne naissance à l'état dont nous parlons, et dont M. le professeur Boyer a le premier, selon nous, indiqué le véritable remède. La cautérisation de la fissure, la dilatation progressive de l'ouverture inférieure du rectum, moyens vantés par quelques chirurgiens , nous ont paru d'un effet douteux , tandis que l'incision de l'anneau musculeux , pratiquée à l'aide d'un bistouri et d'une sonde cannelée ordinaires, sur l'endroit même où la fissure existe , est toujours suivie d'un plein succès.
On a voulu généraliser cette méthode et l'étendre, par exemple, aux cas de raideur contulsive de l'un ou de l'autre des muscles sterno-cléido- mastoïdiens. Une jeune fille avait un torticolis dépendant de cette cause, et l'un de mes confrères, glissant sous le muscle durci une sonde cannelée , l'incisa dans la plus grande partie de son épaisseur à deux pouces environ au-dessus de son attache à la clavicule. Il en résulta un soulagement momentané; quelques journaux vantèrent la cm-e comme complète, louèrent surtout l'originalité de la méthode. Un an après le mal durait encore , plutôt aggravé qu'amoindri. La jeune fille entra à l'hôpital Saint-Louis, où je pratiquai, pour la seconde fois, la section du muscle contracté ; le soulagement fut instantané. L'usage continué des bains d'étuve et surtout la révolution menstruelle par son accomplissement ont achevé la guérison.
Les personnes qui ont puisé leur instruction dans les dictionnaires et pour qui tout livre, à l'exception de ceux imprimés depuis vingtcinq années , est lettre close , nous reprocheront sans doute d'avoir omis dans cette His-
toire des progrès rëcens de la Thérapeutique chirurgicale , cette foule d'inventions et de découvertes dont l'annonce fastueuse excite si souvent chez elles le sentiment de l'admiration et de la surprise. Nous nous sommes efïbrcé de ne rien omettre de ce qui était véritablement nouveau j et si nous méritons quelque reproche , c'est moins pour avoir omis des choses vraiment neuves et utiles que pour avoir donné comme nouvelles des pratiques simplement renouvelées. Toutefois il manque à notre article relatif à la lithotomie l'indication d'un mode opératoire réellement nouveau, et qui appartient à l'un de nos honoraliles maîtres, M. le professeur Ant. Dubois. 11 est relatif à la taille des femmes, et consiste dans l'incision de la partie supérieure du canal de l'urètre substituée à l'incision de ses parties latérales. Ce procédé nous paraît préférable en ce qu'il n'expose point à blesser le vagin ou l'artère honteuse, et par conséquent aux fistules urinaires vaginales ou à l'hémorragie. Cç dernier accident ne peut résulter de la blessure du clitoris, que l'on ramène en haut au-devant de la symphyse
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du pubis. Comme l'arcade que forment ces os est plus large et plus arrondie chez la femme que chez l'homme, elle se prête plus aisément à l'extraction des calculs volumineux , et c'est une dernière raison de préférer l'incision de la paroi supérieure du canal à l'incision obliquement latérale; aussi le procédé de M. le professeur Dubois est-il généralement adopté. Pour qui le met en usage , une sonde cannelée ordinaire et un bistouri dont la pointe est émoussée suffisent pour ouvrir la voie par laquelle on fait l'extraction du calcul. La plaie est plus large et l'incision plus facile qu'en suivant le précepte donné par Celse et reproduit par M. Lysfranc, d'inciser entre l'urètre et le pubis: « Mulieri vero, inter urinœ iteret » os pubis incidendwn est sic ^ ut uiroque » loco plaga transversa sit (i). On s'éloigne plus sûrement encore du vagin, dont la lésion suivie de fistules urinaires presque incurables est si justement redoutée.
Ces fistules urétro et surtout vésico-vagi-
(i) A. Corn. Celsi Medicina^ lib. vu, cap. 26.
nales sontjde toutes les infirmités auxquelles la femme est sujette, les plus désagréables à traiter. La cautérisation actuelle de l'orifice fistuleux, assez facile à pratiquer en se servant du spéculum brisé, dont on écarte les deux moitiés de manière à laisser la fistule à découvert dans leur intei'valle , ne réussit presque jamais ; surtout si, la fistule étant vésicovaginale, l'écoulement goutte à goutte, le stilUcidium de l'urine, est continuel. Peutêtre qu'un siphon aspirateur soutirant les urines de la vessie à mesure qu'elles sont déposées dans ce réservoir, et les forçant à sortir par le canal d'une grosse sonde de gomme élastique placée dans l'urètre, empêcherait le liquide de passer par l'orifice fistuleux; surtout si, remplissant le vagin de charpie, on exerçait une sorte de compression. C'est au moins ce qu'il est permis d'espérer d'après un essai que M. Jules Cloquet et moi avons tenté à l'hôpital Saint-Louis sur une jeune femme que des insinuations étrangères firent renoncer à ce moyen de guérison. Déjà la charpie placée dans le vagin en était retirée à peine humide, lorsque la malade, prétendant éprou-
ver des douleurs intole'rables , demanda sa sortie. Une nouvelle occasion ne s'est point encore offerte de recommencer cette tentative. On sait que les suites de la taille des femmes, pratiquée au dessous du pubis , ont paru tellement graves à un célèbre lithotomiste, frère Cosme, qu'elles l'avaient engagé à faire toujours sur elles la taille au haut appareil.
Terminons ce discours par l'examen d'une question susceptible de controverse. Les nouvelles théories médicales ont-elles eu quelque influence sur les progrès de la Chirurgie, et en ce cas quelle est la nature de cette influence ?
La Médecine , et surtout la Médecine française, a subi, de nos jours, une suite de révolutions et de réformes qui tendent à la placer au rang des autres sciences physiques et à l'élever à leur niveau. Elle est devenue une science de faits, du moment où les médecins comme les physiciens ont été convaincus de cette vérité , que toute idée nous vient par les sens et que nous ne devons rien admettre au-delà de ce qu'ils nous démontrent ; alors s'est écroulé ce vain échafaudage de rai-
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sonnemens subtils, tantôt ingénieux et plus souvent absurdes, en lequel consistait la médecine des Stahl, des Hoffman, des Boerbaave et de leurs disciples. Pinel, empruntant aux sciences naturelles le secours de leurs méthodes , chercha à débrouiller le chaos dans lequel un petit nombre de faits bien observés se trouvait mêlé et comme enseveli au milieu d'opinions mensongères. Il ne se borna point à classer les objets; matérialisant en quelque sorte la science, jusque-là trop métaphysique, il s'efforça de localiser, si l'on peut ainsrdire, chaque maladie ou de lui assigner un siège spécial , c'est-à-dire de déterminer le lieu de son existence primitive. Cette idée se montre évidemment dans les nouvelles dénominations imposées aux fièvres qu'il continuait d'appeler essentielles, comme pour rendre un dernier hommage aux opinions jusque-là dominantes ; mais assignant à chacune un siège particulier, faisant consister, par exemple , les fièvres bilieuses et pituiteuses des auteurs dans l'in'itation spéciale de certaines parties du tube intestinal; nul, du reste, si j'ose le dire, sous le rapport thérapeatiqne , envisageant son
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objet moins en médecin qu'en naturaliste. Tel était l'état de la science et la tendance des esprits , lorsque , parmi les nombreux élèves de M. le professeur Pinel, M. Broussais, particularisant davantage et fixant avec plus d'exactitude le siège primitif des affections fébriles, appela du nom de gastrites et de gastro -entérites les fièvres méningo- gastriques et adéno-méningées, enseigna que, dans les fièvres du quatrième oixlre , Tadjuamie était le simple résultat d'une irritation plus vive, d'une affection plus profonde des surfaces intestinales; et, se laissant entraîner par degrés à exagérer une heureuse idée , regarda par degrés tout mouvement fébrile comme l'effet de l'irritation d'une portion de la surface digestive; innovant moins encore sous le rapport pathologique que sous le point de vue théi-apeutique , car la conséquence rigoureuse de sa doctrine est la diète et les émissions sanguines , regardées comme remèdes généraux et presque exclusifs de toutes les maladies.
Si je me suis bien fait entendre, le lecteur doit suivre cette filiation naturelle des idées ,
suivant laquelle M. le docteur Broussais s'est trouvé conduit au-delà du terme où le professeur Pinel s'était arrêté. Jusque-là rien de plus conforme à la marche progressive de l'esprit humain dans la carrière des sciences, rien de plus naturel et de plus louable; mais ce qui l'est moins, et doit être blâmé sans mesure, c'est le ton dogmatique et vraiment injurieux du disciple envers son maître, déjà trop vengé ; car les élèves du docteur Broussais lui faisant subir la peine du talion, l'ont, à leur tour, injurié, et dépassé, à son égard, toutes les bornes de la décence , sans avoir , comme lui , le talent pour excuse ; si le talent , loin de les excuser, n'aggravait encore de semblables torts.
Il n'en est point dans l'étude des sciences et des arts utiles comme dans la carrière des lettres et des beaux-arts. Ici les succès et les travaux des devanciers, bien loin de favoriser les efforts de leurs successeurs, rendent, pour ceux-ci, la carrière plus ingrate et les succès plus difficiles. Qu'un poète entreprenne un poème épique, une tragédie, etc., etc.', il a devant lui les modèles d'une perfection déses-
përaiite, auxquels on ne manque pas de le comparer : il en sera de même de l'auteur d'un tableau , d'une statue ; sera-t-il peintre ou sculpteur plus habile parce qu'il a existe' des Phidias et des Apelle? Pour nous, au contraire, partant du point auquel ont conduit la science ceux qui nous ont précèdes , il sera bien difficile que même avec un médiocre talent elle ne nous doive quelque chose j un nain monté sur les épaules d'un géant découvre un horizon plus étendu que le géant lui - même ; un fort écolier en mathématiques en sait plus que le grand Newton, Cela devrait peut-être diminuer notre vanité : quel grand mérite d'aller un peu plus loin dans une route déjà tracée ? Il est de l'essence des choses que cela soit ainsi , à moins que des hommes de talent n'aient des successeurs à peu près stupides. Quant à la prétention si commune et si ridicule d'avoir entièrement changé la face d'tine science quelconque , de l'avoir créée , semblables choses sont tout au plus admissibles dans un éloge académique et dans la bouche d'un rhéteur.
M. le docteur Broussais a bien mérité de la Médecine en démontrant que le plus grand
nombre des fièvres nommées jusqu'à présent essentielles , n'étaient que des irritations à divers degrés de telle ou telle partie de la surface digestive , et qu'une thérapeutique adoucissante , débilitante , rafraîchissante pour parler l'ancien langage , leur convenait généralement ; mais ce service serait plus qu'effacé s'il parvenait à faire prévaloir la doctrine que toutes les maladies ne sont que des irritations à divers degrés , que l'irritation est le seul élément morbide. Heureusement le temps n'est plus où un fait particulier, quelle que soit son importance, généralisé et réduit en système, faisait révolution dans la Médecine et en retardait pour long-temps les progrès. M. Broussais aura rendu à la science un notable service en déterminant mieux le siège primitif d'affections importantes par leur gravité et par leur fréquence; et aussi pour avoir rendu les médecins plus circonspects dans l'emploi des 'remèdes stimulans et des médications excitatrices. C'est par là surtout que la théorie médicale nouvelle a exercé une heureuse influence sur la thérapeutique chirurgicale.
Nous n'abandonnerons point ce sujet sans
quelques reflexions sur le titre de Médecine physiologique , donné , on ne sait pourquoi , à la théorie pathologique de l'irritation. A toutes les époques de la science, la Médecine a suivi le sort de la Physiologie ; les acides et les alcalis , aux temps de Sylvius , faisaient tout dans l'état de santé et dans les maladies ; l'âme des Stahliens présidait aux phénomènes physiologiques comme aux phénomènes pathologiques. Tout dans le corps humain sain ou malade, selon l'école de Boerhaave, suivait les lois de la mécanique. Pourquoi la doctrine de l'organisme , née parmi nous des travaux de Bordeu et de l'Ecole de Médecine de Paris, ne régnerait-elle point de nos jours en Pathologie comme en Physiologie ?
A ce propos, de quelques progrès récens que puisse s'enorgueillir la science de la vie , la Physiologie est bien éloignée de pouvoir servir d'unique fondement en médecine. Tant que nous ne saurons point exactement quel rôle joue, dans les phénomènes de la santé, cet agent invisible dont les nerfs sont les conducteui's, comment expliquer l'origine et la succession des phénomènes morbifiques ? Il
existe évidemment dans le corps des animaux et de l'homme un système de parties destinées à les mettre en rapport avec le principe d'action , le plus puissant , le plus actif et le plus répandu dans la nature. Les appareils médullaires et nerveux , si divers dans les différentes espèces animales , agissent par l'entremise du principe de l'électricité comme le récipient pulmonaire au moyen de l'oxigène atmosphérique, comme le tube digestif en élaborant une foule de substances qui nous sont étrangères. Bien que nous ignorions l'essence de la digestion et de la respiration , et que le mécanisme intime de ces fonctions nous échappe, nous possédons néanmoins une foule de données du problème ; le phénomène nous est connu dans le plus grand nombre de ses circonstances.
Il en sera quelque jour de même par rapport à l'innervation , et la plupart des phénomènes de la sensibilité nous seront alors révélés; on peut même dire que sous ce rapport nous sommes sur la voie, et peut-être à la veille d'une grande découverte (G) , découverte qui , par son importance , changera véritablement
la face des sciences physiologiques et par conséquent de la Médecine. Alors, les théories, les explications qui nous frappent aujourd'hui par leur apparente évidence seront regardées du même œil que les théories physiologicopathologiques imaginées avant la découverte de la circulation, et descendront au même niveau que les systèmes géographiques antérieurs a la découverte du nouveau monde. La plupart des sciences, et avec elles la Médecine , subiront une révolution véritable dont l'influence s'étendra, n'en doutons point, jusqu'à la portion mécanique ou chirurgicale de la thérapeutique. Quoique puissamment modifiés, ses procédés demeureront; car les formes, la situation, les conditions physiques des organes ne changeront point , et c'est aux altérations de ces qualités que la Chirurgie est principalement destinée à porter remède.