‹ Histoire des progrès récens de la chirugieChapitre 30 sur 32 · o HISTOIRE · texte numérisé non relu

o HISTOIRE

Le toucher seul ne suffit point pour con-^ stater l'engorgement, la dureté, l'ulcération du museau de tanche; des élancemens douloureux, un flux sanieux, semblable à deja lavure de chairs et fétide^ ne sont pas même le signe infaillible du caractère cancéreux de la maladie ; il faut encore examiner à la lumière et voir la partie malade. On y réussit par l'emploi d'un spéculum , gros tuyau conique en étain poli, dont notre confrère M. le professeur Récamier, a rappelé l'usage. Sa face interne, faisant l'office d'un réflecteur, éclaire d'une vive lumière le museau de tanche, lorsqu'on place une bougie à l'orifice inférieur du tuyau, lequel a, dans cet endroit, vingt-deux lignes de diamètre et seize lignes seulement vers son sommet , dans lequel est reçue la partie saillante du col, dont on fait ainsi parfaitement l'exploration.

L'introduction du spéculum préliminaiix'mcnt graissé avec du beurre frais ou du cérat doux, est plus facile qu'on ne le croirait d'après son calibre, principalement chez les femmes qui ont eu des enfans, et qui n'ont aucune ulcération soit à la vulve, soit dans

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les parois du vagin. Le spéculum introduit, la femme e'tant couchée et placée de la même manière que s'il s'agissait d 'opérer un accouchement artificiel, le chirurgien confie le manche de l'instrument à un aide, et porte lui-même sur le museau de tanche , qu'il découvre en son entier, soit un pinceau auparavant trempé dans le nitrate de mercure, soit un porte-crajon armé d'un morceau de potasse caustique. Le canal métallique introduit dans le vagin sert encore à défendre les parois du canal contre l'action con^osive de ces médicamens. Pour que leur action soit exactement bornée au museau de tanche, avant de retirer le spéculum, ce qu'on fait seulement au bout de quelques minutes, et après avoir suffisamment réitéré l'application du caustique , on termine par des injections d'eau tiède qui en enlèvent jusqu'à la moindre parcelle. Enfin d-^ injections émollientes, des demi-bains seront prescrits après qu'on aura retiré le spéculum , dans la vue d'obvier aux inconvéniens d une irritation excessive.

Elle serait trop forte si l'on essayait de dé-

truire la totalité du museau de tanche en une seule application : il y faut donc revenir à plusieurs reprises et jusqu'à ce que toute la portion du tissu qu'on croit malade soit totalement consumée. Mais comment déterminer avec exactitude les limites du cancer? comment empêcher qu'il ne s'exaspère et ne jette de plus profondes racines à mesure qu'il s'irrite par l'effet des cautérisations répétées. Étaient-ce de vrais cancers , ces exa'oissances ulcéreuses du col de l'utérus que l'on dit avoir guéries de cette manière? La non-reproduction du mal natteste-t-elle pas qu'il n'avait pas encore revêtu ce f^icheux caractère?

L'excision du museau de tanche pratiquée à la faveur de la pince incisive d'Osiander, de ciseaux , de bistouris courbes ou de tout autre instrument analogue, se faisant d'un seul coup, n'a point l'inconvénient de ces irritations répétées. Un saignement abondant dégorge l'utérus, et le plus léger tamponnement, exercé par le moyen de l'agaric, suffit pour l'arrêter lorsqu'il devient trop considérable; mais lors même qu'il est possible d'emporter tout ce qui a déjà éprouvé l'altération cancéreuse,.

la récidive est ici à peu près infaillible comme à la suite de toutes les opérations de la même espèce; et quand elle n'arrive point, il est presque certain qu'on s'était trompé sur la véritable nature du mal.

C'est toutefois un progrès bien réel qu'avoir osé porter sur le col de l'utérus soit l'instrument tranchant, soit les caustiques dont nos devanciei-s avaient fait une si heureuse application aux ulcères carcinomateux du visage, malgré l'opinion des anciens qui leur avaien t donné pour nom le précepte de n'y point toucher : Noli me tangere.

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