ABLATION DES CANCER S
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La plupart des opérations qui consistent dans le retranchement d'une partie nuisible à l'existence de^'iwdividu:, le plusgrand nombre des ablations, est rïéo8ft6ttftpaffttaxidftence des
remède. Mais cette affection inconnue «Uns sa nature intime et dans, la manière d'agir <le prochaines t, maladie
contre laquelle le régime de vivre et les médicaiheas ne jouissent d'aucune; efficacité bien! (évidente > jestellt? wsceptible d'une curation chirurgicale? Les cancers peuvent^ être considérés > dans certains cas , comme une affection rarement locale et dont la guérison est possible, en enlevant la p&rtie affectée? Enfin, dans .lét cas où cette dernière question serait résolue par la négative, doit-on renoncer Ma. pratique de cette multitude d'opérations i^mmeptitofta^ qui
ont pour but l'ablation dès cancers? Voilà autant de problèmes qui méritent de noua occuper , et dont la solution paraîtra , sans doute, d'Une importance extrême; car I on peutbien dire que le tiers , peut-être, des opérations sanglantes d* la (Chirurgie, consiste jen des opérations de ce genre. . •> ' ; : : ■ .' » ■ .
Vers le milieu du siècle dernier , Alexandre Monro v professeur d'Edimbourg 4 et dernièrement un de nos collègue*,' M« le professeur JBoyer , ont émis la doctrine qué les cancers devaient être regardés comme une maladie incurable , et que leur ablatook chirurgicale était constamment suivie de la» récidive, Je puis ajouter mon» témoignage à ceM de «es deux praticiens , étayant mon opinion: d'un phat grand nombre de faits encore, car sur plus de trois cents opérations de cancers des mamelles, des testicules, de ia verge et des lèvres, je ne saurais citer qu'un très-petit nombre de cas où la guérison ne s'est point démentie ; et lorsque sur vingt-cinq^ opérés un seul à peine échappe au retour de la maladie, est-il bien sûr qu'il était atteint d'une affection véritablement cancéreuse? Les cancers dont' on s'applaudit d'avoir procuré la guérison radicale, n ctaient-iis pas de simples engorgemens chroniques? On sent de sutite combien la détermination des caractères propre* aux lancers est importante». - «uoiJx J«
Le cancer présente» m tiss» morbide particulier + mais qui nes'ofcp»'tertijotfrsso«s le même aspect. En effet ^ien que l'apparenee iardacée soit celle sous laquelle il se présente le plus souvent y - on le voit quelquefois ' semblableJ à' une sorte d'éponge sanguine^ a la substance du cerveau, ou bien encore à une lie nwrdet -demHfluide. -Ces deux derniers étala du tissu ctnoéreùr on* été désignés par les termes de ¥neianoses et àfencéphaloïdes. Quelle {pic soit la forme du cancer, il» altère si complètement et si profondément les organes où il a son siège > qu'il feit disparaître leur texture primitives les convertît
DE LA CHIRURGIE. m «*4utetance caiieéitraSè, et rend semblabfes , entre elles, le* parties dont l'organisation est la phis duférente. C'est ainsl> qu'il serait impossible de distinguer d'où proviennent des portions cancéreuses enlevées au cerveau, aux mamelles, aux testicules, a un os ou à tout autre organe, tant la maladie lest a rendues semblables les unes aux autres , malgré la nature si diverse de ces organes.
' Un second fait général dans l'histoire du cancer , est sa double origine ; tantôt il est produit par l'altération- d'un tissu préexistant dont l'organisation primitive est remplacée par L'état cancéreu*; d'autres fois il s'établit spontanément au sein des parties vivantes , sans que leur organisation paraisse d'abord participer à la maladie. C'est ainsi que des tubercules cancéreux naissent et se développent spontanément dans l'intervalle des lobes de la glande mammaire au mi^eu des graisses qui les unissent , étrangers dans leur principe aux tissus que bientôt ils doivent envahir, n , luihrSx irai. :>* :.:, .' i i*J
B'auUe part , consécutif ou spontané , le cancer occasionne bientôt des douleurs lancinantes dont le caractère annonce la n dilure.de de mal redoutable d'une manière presque aussi certaine que l'examen anatomique des parties cancéreuses , après qu'on en a feit l'ablation. Une "fluxion s établit autour de co hoyan douloureux r s'éftcndant bientôt et se compliquant d'une inflammation ulcératrre, (dont les progrès conduisent les malades à la nloct, à travers tous les accidens du marasme et de la fièvre hectique. .
Enfin , l^ulcération de la partie cancéreuse n'est pas toujours consécutive ; il est une classe nombreuse de cancers commençant par l'ulcération superficielle des tissus, qui se durcissent èt éprouvent la dégénératîàn cancéreuse au-dessous de l'ulcéra*tion ; mais il ne convient pas de faire la pathologie du cancer dans un ouvrage principalement consacré à l'histoire des pro-
taa HISTOIRE
grès d'iine portion de Uihérapeutique.. Toutefois , nous devons dire encore que la question de savoir si le cancer est constamment une affection locale à l'époque de «on apparition est loin» d'être décidée, et ne lésera pas de sitôti En effet, si, chez plusieurs individus , un engorgement cancéreux se manifeste au milieu de la santé la plus florissante , et si chez eux, d'abord local, du moins en apparence, le mal s'étend et se généralise suivant une progression observable, il en est chez lesquels les signes généraux de la diathèse cancéreuse précèdent l'affection locale. L'hérédité bien constatée du cancer est surtout favorable aux partisans de l'opinion des personnes suivant les- 1 quelles cette maladie est toujours le: résultat d'un vice général des humeurs et des solides. 11 est inutile de prouver longuement que l'adoption de cette dernière opinion relative aux cancers ferait rejeter , comme inutiles , tous les procédés chirurgicaux jusqu'à présent imaginés pour leur destruction. f
La récidive des affections cancéreuses est d'autant plus assurée et d'autant plus prompte que Vaffèctkm était plus ancienne et occupait une étendue plus considérable; il est également avéré que l'affection cancéreuse une fois établie , rien ne peut la faire rétrograder ; aucun moyen diététique ou pharmaceutique n'est capable de rétabGr l'organe dans sa structure intime et de le rappeler à sa texture primitive, état «normal remplacé par l'état cancéreux, jc'eK-ànlire par w substance nouvelle douée d'une organisation particulière, dans laquelle 1 tout diffère essentiellement, propriétés, couleur, densité, «tructure. Le petit nombre de . guérisons solides .et . durables obtenues nar l'ablation des narties affectées de cancer suffit-il pour nous décider à pratiquer ces opérations ? Là question nous semble devoir êtrerésolue par l'affirniàtive- CBîn'est point ici le cas de se Conformer à l'axiome ? partout ailleurs, à tsage ët si philosophique: dans le .doute aàstiens-toi. Des considéra-
DE LA CHIRURGIE. ia3
fions plutôt morales , il est vrai , que médicales nous prescrivent la conduite que nous devons suivre.
Bien convaincu que l'ablation du cancer sera inévitablement suivie de sa récidive , le chirurgien doit-il s'abstenir de toute opération chirurgicale , se borner à de simples palliatifs et bercer lès malades de l'espoir d'une guérison chimérique? Telle est l'opinion de quelques médecins ; mais trop éclairés sur une chose pour eux si importante, et bientôt convaincus de l'inefficacité des remèdes employés, on voit les malades recourir à d'autres conseils , invoquer des secours plus efficaces ; et qui voudrait les détourner des moyens extrêmes , ou n'en serait point écouté, ouïes livrerait infailliblement au désespoir. C'est surtout pour les dérober à cette terrible extrémité que nous croyons le chirurgien autorisé à opérer , à l'exception des cas oh , la guérison étant évidemment impossible , l'opération ne ferait) que rendre la situation des malades pms déplorable encore et hâter la fin de leur triste existence.
La' guérison est le plus souvent douteuse et la récidive presque certaine ; mais la plaie résultant de l'opération se cicatrise dans le plus grand nombre des cas , et il n'est point vrai , comme on l'a dit , que le mal , exaspéré par cette tentative , sévisse avec plus de férocité , en sorte que la fin des malades en soit évidemment hâtée. Il n'existe aucun signe de l'affection cancéreuse générale ; le mal paraît borné , son entière ablation est possible : la rechute sans doute est à craindre ; mais si l'affection , comme il arrive souvent , ne se reproduit qu'au bout d'un certain nombre d'années , lies malades doivent à la Chirurgie le bienfait d'une existence prolongée , et que d'atroces douleurs auraient abrégée ou rendue insupportable.
Le petit nombre de succès réels et solides obtenus du traitement chirurgical des cancèrs , ne doit donc point nous décourager; et dans le dombre presque infini des variétés
sou» lesquelles cet maux peuvent s'ofifrir , il est deux espèces de cancers où la destruction du mal est plus rarement suivie de sa reproduction , dans lesquelles du moins celle-ci est ordinairement plus tardive. Ge sont le* cancers superficiels,, ôetuc dans lesquels l'ulcération carcinomateuse de la peau ou de* membranes muqueuses, précède la dégénérescence des tissus sous-jacens ; et aûssl les cancers enkystés , même tes phi* volumineux. Je crois être le premier qui ait signalé cette variété des cancers mammaires dans laquelle la niasse cancéreuse est enveloppée d'une poche ou kyste cellulaire dans lequel elle est contenu© comme dans un sac. Cette poche cellulaire semble garantir dé son influén ce les tissus voisins ; aussi la récidive est-elle bien moins à craindre que dans les cancers à pattes, oîi la masse cancéreuse, au lieu d'Être ren« fermée et isolée , se prolonge en divers sens , par un grand nombre d'appendices semblables aux pattes d'un crabe ; disposition d'où a été. tiré , comme on sait, le nom de la maladie.
Les sigries de l'infection cancéreuse générale, la certitude d'exaspérer: lel mal et de faire une plaie qui , ne se cicatrisant point, épuisera le malade et le conduira à une mort plus ou moins prompte, contre-indiquent toute opération. C'est ainsi que certains carcinomes du visage, dans lesquels les deux mâchoires sont entreprises, les chairs adhérentes aux os et les limites du mal non déterminées , attaqués avec le couteau et la scie, nécessitent la destruction d'une grande partie de la face ;ide là résulte une plaie vaste et liideuse dont la suppuration éntraîne > au bout de quelques semaines , les malades à la tombe. Plus de trente malades, admis à l'HotéUneu, depuis une vingtaine d'années, ont été traités de cette manière ; tous , s ans exception, sont morts des suites de l'opération; aucun n'a échappé. La résection non de la face , mais seulement de la mâchoire inférieure , dans des cas de cancer adhérent à cet os .
DE LA CHIRURGIE. ia5 a été tentée deux fois à l'hôpital Saint-Loms ; les malades ont succombé au bout de deux mois , épuisés par l'abondance de la suppuration et la perte de la salive. Un de nos collègues a, comme «nous le dirons , pratiqué avec succès la résection de la mâchoire inférieure pour une tumeur fongueuse d'un caractère suspect, sorte d'épulide que la cautérisation actuelle aurait, peut-être, réussi à détruire; mais les parties mottes étaient saines, et de ce quHm individu, sur un si grand nombre de victimes , n'a pas succombé , faut-il , sur un cas unique , établir des préceptes chirurgicaux ? autant vaudrait , parce que de cent personnes jetées par les croisées d'un second étage , une seule a tombé saine et sauve dans la rue , dire que désormais pour sortir d'un appartement les portes et les escaliers sont inutiles !
Il résulte de ces considérations préliminaires que la guérison des cancers , par l'opération chirurgicale , n'est point radicale dans le plus grand nombre des cas, et doit néanmoins être tentée toutes les fois que l'étendue de l'affection locale et les signes nou«kruivoques de l'infection cancéreuse générale n'y mettent point obstacle ; mieux vaut un remède douteux qu'une mort certaine. Tel est le sentiment des malades , partagé par les chirurgiens d'autant plus entreprenans qu'ils sont plus jeunes et que leur ardeur a été tempérée par moins de revers. Ce sont de jeunes professeurs de Chirurgie qui , de nos jours , en France , en A ngleterre, en Allemagne, ont essayé l'extirpation de cancers que leur situation semblait mettre hors de la portée des instrument. Cest par leurs efforts , inspirés par l'ardeur et soutenus par là confiance de leur âge , que des cancers , réputés jadis inaccessibles , ont été poursuivis jusque dans la profondeur des plèvres et l'excavation du bassin ; tentatives hardies qu'a rarement couronnées un succès durable. Mais la faute n'en est point à l'art , dont les bornes ont , comme on va voir , été évidemment reculées.
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L'extirpation complète de la parotide cancéreuse était presque impossible avant que la ligature de l'artère carotide externe fut devenue une opération facile et , pour ainsi dire , vulgaire. En effet, l'ablation entière de ce corps glanduleux supposait la lésion du tronc artériel , blessure grave et presque nécessairement mortelle , lorsqu'on ignorait l'art d'en prévenir les suites en faisant la ligature du vaisseau derrière et au-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure. Rassuré contre le danger de l'hémorragie , le chirurgien pratique alors , avec sécurité , l'éradication totale de la glande.
Le grand nombre des cancers , ulcères ou boutons chancreux des lèvres , et spécialement de la lèvre inférieure , reçus chaque année à l'hôpital Saint-Louis , m'a suggéré l'idée d'un nouveau procédé pour leur extirpation ; les succès que j'ai obtenus de son emploi , et les conseils de plusieurs de mes confrères > m'ont engagé à le faire connaître dans l'Annuaire des hôpitaux
Jusqu'à ces derniers temps , la seule méthode usitée pour l'extirpation des cancers aux lèvres consistait à circonscrire la partie malade , au moyen de deux incisions obliques qui , réunies à angle aigu au-dessous d'elle , la comprenaient dans un lambeau triangulaire dont on faisait l'ablation ; après quo 1 l'on réunissait les bords de la plaie par quelques points de sutur entortillée. Cette opération, à laquelle on emploie le bistouri pour enlever la. tumeur, et des aiguilles pour réunir les lèvres de la division , quoique d'une exécution facile , est assez longue et très-douloureuse. La guérison qu'elle procure n'est pas exempte de difformité , aux cas surtout où l'on a été obligé d'emporter la plus grande partie de la lèvre. On hésite à pratiquer une semblable opération , dans les cas d'ulcérations
1 Paris, 1819, tome 1er, in.40. «
DE LA CHIRURGIE. ia 7 superficielles des lèvres, lorsque la maladie s étend à peine au delà de leur bord libre. Le cautère actuel et les caustiques <pie l'on peut substituer alors à l'opération sanglante, manquent presque toujours leur effet, et souvent même aggravent le mal. Le fer rougi à blanc effraie la plupart des malades , et il en est peu qui puissent endurer l'application assez prolongée àu cautère pour que le tissu affecté soit entièrement consumé , destruction complète absolument indispensable au succès de l'opération. D'un autre côté, il est difficile de fixer sur le bord libre et mobile des lèvres la poudre ou pâte arsenicale , qui , de tous les caustiques , est le mieux approprié au traitement des cancers du visage : le malade court le risque d'être empoisonné s'il en avale quelque parcelle ; la salive qui bientôt détrempe l'appareil en émousse l'activité; le cancer, imparfaitement détruit , s'exaspère et jette des racines plus profondes.
L'ablation du cancer aux lèvres, au moyen de ciseaux courbes sur leur plat , est un procédé si simple et tellement expéditif , qu'on aurait lieu de s'étonner qu'on n'y ait pas eu recours , si l'on ne savait que dans le dernier siècle , l'Académie royale de Chirurgie avait en quelque sorte proscrit les ciseaux dans la pratique des opérations chirurgicales. S'il fallait en croire plusieurs de ses plus illustres membres , cet instrument aurait le désavantage de couper moins nettement que le bistouri , de confondre les tissus qu'il divise , de figurer à la surface de la section un double talus , résultat inévitable de la manière dont les deux branches agissent ; mais tous ces inconvéniens si longuement détaillés et sur lesquels le célèbre Louis , entre autres , s'étend avec tant de complaisance , s'évanouissent entièrement dans la pratique. Sans doute ces reproches faits aux ciseaux seraient fondés , si nos tissus étaient comparables à des substances inertes , et si les chairs , semblables à du bois ou à des métaux , conservaient exactement
.Les traces de l'instrument qui agit sur elles 4 mais, extensibles, saignantes et, palpitantes sous le fer qui k elles obéissent aux propriétés dont elles sont Animées - 9 et l'a* pect de la plaie indique à peine la nature du corps qui Ta faite. Des ciseaux courbes , dont les lames sont courtes , fortes et bien é vidées» emportent, d'un seul coup, les cancers aux lèvres , même vohimineux ; et quand la tumeur est ù considérable qu'on ne peut l'exciser d'un seul coup , l'opération est néanmoins achevée en quelques secondes. Le mal enlevé , on lie avec un fil ciré les deux artères labiales ; après quoi l'on applique, sur toute la surface de la plaie, un morceau. d'agaric. Un plumasseau de charpie et quelques compresses longuettes complètent l'appareil, que l'on fixe au moyen bandage en fronde.
A la levée du premier appareil , qui se fait ai ou quatrième jour , on trouve la suppuration établie et la plaie déjà rapetissée. L'inflammation en a diminué la surface; la peau et ta membrane muqueuse de la bouche se sont rapprochées ; et lorsqu'au bout de dix à douze jours la est achevée , une cicatrice linéaire indique le heu de leur nion. La couleur rouge du tissu de la lèvre se laisse apercevoir au travers de cette cicatrice , et la difformité est à peu près nulle , surtout si l'on a eu la précaution de t ailier en croissant alongé le lambeau des parties molles. J'ai montré, dans le temps, à mes confrères MM. Béclard, Breschet, J. Qoquet et Ribes , venus à l'hôpital Saint-Louis pour assister à une opération insolite , un malade auquel j'avais enlevé la totalité de la lèvre inférieure, en allant d'une commissure à l'autre : l'ablation était à peine apercevable. Cependant, au moment même de l'opération , l'aspect du malade était hideux; et, ai l'avais eu moins l'expérience des ressources de la nature dans des cas semblables^ j'aurais craint que la mâchoire ne restât
DE LA CHIRURGIE. I29 à découvert , et que la salive s écoulant involontairement de la bouche, le malade ne fut mort d'épuisement. L'étendue du. cancer m'avait obligé à détacher préliminairement la lèvre , en incisant la membrane interne de la bouche , à l'endroit ou elle se porte de la lèvre à la mâchoire inférieure. A la levée du premier appareil , je vis avec satisfaction que cette partie de la lèvre avait remonté ; puis , cédant à l'action organique des tissus, elle couvrit par degrés le bord alvéolaire inférieur et les dents qui le garnissent. Pour obtenir la guérison avec le moins de difformité possible, il importe de prolonger les branches du croissant que représente la plaie , lors même que le bouton ch an creux n'occupe qu'un point limité du bord libre des lèvres.
Je crois donc , fondé sur l'expérience , pouvoir établir en principe que les ciseaux courbes sont préférables au bistouri, et suffisent pour l'extirpation de toutes espèces de cancers aux lèvres. J'en excepte seulement ceux ou l'étendue du mal est telle , que l'on serait obligé de faire la résection de l'os ; mais alors l'engorgement des glandes lymphatiques voisines , ou les signes de l'infection cancéreuse générale, cOntre-indiquent le plus souvent l'opération. Dans ces cas , on est obligé de se servir du bistouri 'pour détacher les parties molles , et de pratiquer la suture pour réunir les bords de la division.
Les cancers de la mâchoire inférieure naissent rarement de l'os lui-même ; presque toujours ils s'y sont étendus par l'adhérence des parties molles d'abord cancéreuses : d'autres fois c'est du tissu des gencives que s'élève l'excroissance cancéreuse dans son origine , ou l'étant devenue consécutivement par suite de l'application imprudente et réitérée des cathérétiques. Cependant la substance osseuse elle-même peut leur donner naissance ; mais , nous le répétons , ces cancers , nés primitivement de l'os mandibulaire , sont certainement les moins communs.
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Quoi qu'il en soit , la résection de la portion de la mâchoire d'où s'élève la fongosité cancéreuse, ou bien à laquelle adhè. rent les parties molles primitivement affectées de cancer , peut être substituée avec avantage à l'emploi du cautère actuel, de la rugine et des autres moyens à l'aide desquels on effectuait jadis la destruction de la portion malade de i'os.
En effet , la portion d'os brûlée s'exfolie avec lenteur ; et , dans les cas ou le mal ne reparaît point , le traitement se prolonge d'une manière fatigante. Si l'on a ruginé l'os , quoiqu'on ait enlevé la plus grande partie de son épaisseur, le cancer repullule de la portion d'os conservée, M. le professeur Dupuytren a le mérite d'avoir le premier assujetti à des règles, et pratiqué avec succès , il y a douze années environ , l'opération dont il s'agit. Répétée depuis , elle n'a point obtenu la même réussite, parce qu'une condition à peu près indispensable, c'est l'intégrité des parties molles dont la mâchoire inférieure est couverte , ou du moins l'absence de tout germe cancéreux dans ces parties. En supposant donc les parties molles parfaitement saines et le cancer exclusivement borné à l'os de la partie alvéolaire duquel s'élève une fongosité cancéreuse libre d'adhérences avec les parties voisines, on commence par détacher les parties molles du corps de la mâchoire vis-à-vis la tumeur, en pratiquant une incision longitudinale qui , du bord libre de la lèvre inférieure , descend jusqu'au niveau de la saillie thyroïdienne. Pour isoler complètement la partie d'os malade, on incise en dedans la membrane de la bouche ; on coupe le muscle mylo-thyroidien qui seul s'attache le long de la face interne du corps de l'os , dans la portion qu'il s'agit d'enlever ; on glisse au-dessous une plaque de carton ; puis avec une petite scie à main on enlève , par deuxtraits de scie, la portion quadrilatère d'où naît la tumeur , qui ne se reproduit point , car on a eu l'attention de ne scier de
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DE LA CHIRURGIE. i3i
chaque coté que dans les parties cTos parfaitement saines.
La tumeur ainsi enlevée avec la portion dos d'où elle prenait naissance , on rapproche et l'on ajuste les deux portions restantes; on y applique le large lambeau des parties molles et saines qu'on a fabriqué aux dépens des chairs et des tégumens qui couvrent l'os et la partie latérale et supérieure du col. Les emplâtres agglutinatifs , aidés du bandage unissant , suffisent à cette réunion. Le mécanisme de la réunion et le traitement sont les mêmes qu'à la suite des fractures compliquées. Nous n'hésitons pas à proclamer ce mode de résection de la mâchoire inférieure , dû à M. Dupuytren , comme un procédé réellement ingénieux et nouveau ; bien que les cas d 'y recouru* avec avantage soient infiniment rares , car il ne peut réussir que dans les cancers bornés à l'os. Il faut même que l'étendue du mal n'oblige point à enlever une trop grande partie delà mâchoire. Si le corps tout entier est emporté, comme je l'ai fait sur deux malades , il est impossible de rapprocher -les branches de l'os, la plaie ne se ferme point et les malades périssent au bout de quelques mois , épuisés par une suppuration abondante , mais surtout par la perte continuelle de la salive et l'impossibilité de s'alimenter convenablement , car ils ne peuvent vivre que de bouillies, la mastication est devenue impossible et la déglutition très-pénible , la langue et le larynx ne tenant plus au menton par suite de la section totale des muscles implantés à l'apophyse géni. Le spectacle de ces malheureux est si déplorable, que l'on doit renoncer à la résection de la mâchoire toutes les fois que les parties molles sont malades , et qu'il est impossible de les réunir immédiatement après l'ablation de la portion d'os affectée.
La résection des côtes n'avait jamais été tentée 1 , et jusqu'à
(i) Un chirurgien d'Arezzo a publié, en 1820, l'histoire d'une résection des côtes, qu'il pre'tend ayoir faite en i8i3? mais il suffit de
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nos jours les opérateurs les plus entreprenans s'étaient bornés à ruginer et à cautériser ces os , lorsqu'en pratiquant l'extirpation des tumeurs cancéreuses de la poitrine , ils trouvaient que l'affection allait jusque là. Aucun chirurgien n'avait admis la possibilité d'erciser la plèvre malade : une large ouverture avec perte de substance , faite aux parois de la poitrine, semblait devoir être nécessairement suivie de la suffocation , d'un épanchement sanguin, ou de l'inflammation mortelle des organes vers lesquels l'air extérieur trouve alors un libre accès. L'observation suivante prouve que ces craintes sont au moins exagérées. Lue à l'Académie royale des Sciencesle 39 avril 1818, elle a reçu une publicité qui m'oblige à la retracer dans tous ses détails.
M. Michelleau , officier de santé à Nemours , portait , depuis trois ans , sur la région du cœur , une tumeur cancéreuse, dont, au mois de janvier , un chirurgien du voisinage pratiqua l'extirpation. A la levée du premier appareil, un fongus sanglant parut au centre de la plaie : cautérisé àchaque pansement , il repullulait avec activité. Une seconde opération fut tentée; l'on pénétra plus profondément ; après avoir mis les côtes à nu , on alla jusqu'à la plèvre : cependant de nouvelles fongosités se montrèrent , et se reproduisirent malgré les cautérisations répétées à l'aide desquelles on essaya de les réprimer. Désespéré de ne retirer aucun fruit de tant d'opérations si douloureuses , le malade vint à Paris vers la fin de mars , bien décidé à tout souffrir , dans l'espoir d'être délivré d'un mal horrible , et d'échapper à une mort inévitable.
A cette époque , un énorme fongus s'élevait de la plaie. De cette végétation brunâtre et mollasse suintait une sanie abon-
parcourir ce qu'il raconte à ce sujet, pour se convaincre que l'académicien di Petrarca s'est permis une pantalonnade ridicule.
dante, rougeâtre, et tellement fétide , qu'il était impossible de rester un quart d'heure auprès du malade sans renouveler l'air de l'appartement. Les douleurs néanmoins étaient modérées , il n'y avait ni sueurs ni diarrhée colliquative ; et quoique tourmenté par une toux> ancienne et habituelle, le malade , âgé de quarante ans , d'une complexion robuste . présentait les dispositions morales les plus encourageantes.
Dans cet état de choses , il fut décidé que l'on pratiquerait la résection des cotes , d'où l'on pensait que le cancer avait pris originairement naissance. Chargé de cette opération, je ne cachai point au malade que très-probablement je serais obligé d'exciser une portion de la plèvre. U n'hésita point de se soumettre à cette opération , dont on ne lui dissimula pas et dont il était capable d'apprécier toute la gravité.
Tout étant disposé , j'y procédai le 3i mars, encouragé dans cette entreprise hardie par l'assistance éclairée autant qu'active de plusieurs de mes confrères, qui voulurent bien m? aider de leur coopération» Le malade s'offrit de lui-même à l'instrument, refusant d'être contenu par les aides , et promettant .une fermeté qm ne s'est pas démentie. ,
Je commençai par agrandir la. plaie , en lui donnant une forme cruciale : je découvris ainsi la sixième côte , qui me parut gonflée et rugueuse dans quatre pouces environ de sa longueur. Avec un' bistouri boutonné , dont je conduisis la pointe le long de ses bords supérieur et inférieur, je coupai les muscles intercostaux ; puis, avec une scie en tout semblable Jl une peth> ( hache qui, au lieu de tranchant, aurait un bord dentelé (ce hoid dentelé n'offrait pas plus de quinze lignes de longueur) , je sciai l'os aux deux extrémités de la portion malade. Cela fait, je détachai de la plèvre le fragment ainsi isolé , en y employant une simple spatule : j'y trouvai une facilité inespérée , facilité qui provenait de l'épaississement de la membrane au-dessous de l'os , comme l'a prouvé la suite de l'opération.
La septième côte fut découverte clans la nfceme étendue, isolée et détachée de la même manière , mais avec beaucoup phis de difficulté , et non sans un léger déchirement. La plèvre s'offrit alors évidemment malade , épaissie , fongueuse , et donnant naissance à la végétation dans l'espace qui séparait les deux portions des côtes enlevées. L'état cancéreux se prolongeait au-dessus de la sixième ' côte * eh sorte que la membrane paraissait malade dans Huit pouces carrés environ de son étendue. Ne point en faire l'excision^ c'était laisser incomplète lime opération qui durait depuis vingt minutes , et jusqu'à ce mpment heureuse* Chacun des assistàns s'arma d'un mojfai capable d'arrêter rtiémorrhagie foudroyante] que "nous devions redouter au moment oh jè ferais la section des artères intercostales, J'excisat là plèvre avec des ciseaux à lames recourbées sur leur tranchant ; et soit que la section opérée par cet instrument , qui coupe moins en sciant qn^en pressant, et froisse les tissus qu'il divise , eût déterminé k rétraction des vaisseaux, soit tfaè le calibre de ceux-ci eàt diminué par suite des cautérisations antécédentes , il ne coula pas une goutte de sang : mais à ce montent l'air extérieur fit irruption dans la poitrine , refoulant avec violence et comprimant le poumon gauche , qui , avec lé cCetir enveloppé du péricarde , se portait Vers louverture. * Je cherchai, en y portant fe main gauche, à modérer l'entrée de l'air > et à prévenir la suffocation , qui paraissait imminente , tandis qu'avec la main droite f appliquai sur la plaie une large compresse enduite de cérat. L'entrée dél'air fut tout à c^p empêchée par cette toile grasse, assez large pour couvrir non-seulement la plaie , mais encore tout le côté correspondant de la poitrine. Je plaçai par-dessus un large 'et épais plumasseau dë charpie ; je le recouvris de quelques «mtpresses , et soutins tout f appareil avéc un bandage roulé, médiocrement serré.
DE LA CHIRURGIE. i35
les douze heures qui suivirent l'opération. Le malade passa la nuit entière assis sur son séant. Vers le matin , des sinapismes appliqués à la plante des pieds et à la face interne des cuisses, rendirent la respiration plus facile. Dès cet instant , 'le pouls se releva * le* forces se ranimèrent. Le malade prii , pour toute frisanp ft nour tout aliment . une infusion de lleurs de tilleul
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et de violettes, aromatisée avec quelques gouttes d'eau distillée de fleurs d'oranger, et sucrée avec le sirop de gomme arabique. Trois jours se passèrent ainsi; la fièvre était modérée, et l'oppression assez forte pour priver le malade de sommeil. Le riremier amoareil fut levé quatre-vingt-seize heures après l'opération. Le péricarde et le poumon avaient contracté adhérence avec le contour de l'ouverture quadrilatère , sorte de fenêtre pratiquée au devant du cœur. L'adhérence , heureusement n'était pas complète entre le péricarde et le poumon ; car, du sixième au douzième jour, à la faveur de ce défaut d'adhérence , une sérosité abondante put couler de la poitrine et ruisseler à chaque pansement. On peut évaluer à une demipinte environ la sérosité qui coulait par4à dans l'espace de vingt-quatre heures. Au quinzième jour , cette sérosité , produit de l'inflammation des surfaces, cessa de couler, et au dixhuitième jour l'adhérence était achevée entre le poumon et le péricarde. L'air cessa dès lors de s'introduire par la plaie , le malade pouvait se coucher sur ce côté , le sommeil et l'appétit se rétablirent dans leur intégrité.
La plaie , quoique pansée jusqu'alors avec un linge gras immédiatement appliqué à sa surface , diminuait rapidement et présentait le meilleur aspect. Au vingt-unième jour , on supprima le linge graissé , et l'on pansa comme une plaie simple cette surface couverte de bourgeons charnus, qui s'élevait du poumon et du péricarde.
i36 ïilSTOIRE
Le malade , qui faisait depuis quelques joui* l'essai de ses forces dans un jardin attenant à la maison qu'il habitait, ne put résister à l'envie de parcourir en voiture les rues de la capitale. Une course de cinq heures , dans laquelle il visita l'École de Médecine, et se fit montrer les portions de ses côtés et de sa plèvre, déposées dans les cabinets de cet établissement, ne l'ayant aucunement fatigué, rien ne put l'empêcher de partir le vingt-septième jour après l'opération, et de retourner au lieu de son domicile, où il est arrivé heureusement , -muni d'une plaque de cuir bouilli pour recouvrir la, cicatrice , quand elle sera' achevée. . i . /: : . i 4 ,
Lorsque j'avais l'honneur d'entretenir en ces termes l'Académie des Sciences d'une opération chirurgicale dont tar fastes de l'art n'offrent aucun exemple, opération nouvelle, commandée par la nécessité et justifiée par le succès , je n'ignorais point que ce succès pouvait n'être pas durable. L'opération avait malheureusement été pratiquée à l'occasion d'une maladie cancéreuse , et quel homme ignore que dans ces sortes de maladies on est exposé aux phis fréquens et aux plus cruels retours ? Le chirurgien de Nemours , revenu dans ses foyers , et pansant lui-même sa plaie , dont la tendance à la cicatrisation et les chairs vermeilles le remplissaient d'espoir ; vit , au bout de quinze jours environ après son départ de Paris , des bourgeons charnus , d'une espèce équivoque , surgi* du fond de la plaie, et, tout effrayé , vint en poste les soumettre à mon examen. Quoique indolentes, les fongosités me parurent de nature cancéreuse , et je ne doutai point de la récidive du cancer , qui , au bout de trois mois , a amené la mort du malade , dont le courage héroïque méritait un autre destin. On imagine bien que Ton me rendit responsable de l'événement, et que plusieurs très-chers confrères, qui sans doute possèdent l'heureux secret de prévenir le cancer et d'en em-
pêcher Je retour, ameutèrent contre moi la tourbe des folliculaires et des gazetiers , espérant, mais en vain , que des Uiatribes calomnieuses me feraient oublier toute dignité ; et descendre: dans l'arène de la polémique avec de pareils ad-
versaires. .4 ; Quoi qu'a en sait, a reste, je pense, solidement établi, et demonstrativement prouve , que , considérées comme operatkms , la résection des côtes et l'excision, de la plèvre ont en un plein succès sur le malade dont j'ai rapporté l'histoire , et je n'hésiterais point à les pratiquer pour toute autre maladie qu'une affection cancéreuse. Dans une hydropisie du péricarde , par exeim^le, existant
l'âge ou par la maladie, il serait , ce me semble , plus expédient et.plud sûr de pratiquer une large fenêtre au devant du coeur , et d'inciser sa poche remphe d'eau, alors mise A- découvert, que de plonger au hasard la pointe d'un trois-qùart , 'qui peut percer le cœur déplacé, pèc l'effet de 1 hydropisie. On pourrait se flatter .d'obtenir, «par cet procédé, lagnérison radicale d'une maladie mortelle , avectà'autant plus de raison , qu'il suffit du contact de l'air pour décider l'inflammation adhésive des surfaces après l'évacuation du liquide , et qu'ici comme dans l'opération de lhjdraoèle , on ne serait point obligé a injecter un liquide pour déterminer l'adhérence. '- ir • ">ytn
Si, dans l'ablation d'une tumeur cancéreuse , on prévoyait la nécessité d'une résection ides cotes et de l'excisiôn 'de la plèvre, la presque certitude cW^ récidive devrait en gager à s'abstenir de ces opérations , à snpins qu'on n'eût aftaire à un malade semblable à celui Oui nous a fourni l'occasion de les pratiquer , connaissant comme lui la' nature de sa maladie, son incurabilité, et prêt à tout braver pour éloigner la perspective d'une mort certaine. . ï *
Si le témoignage de ma conscience n'eût point suffi pour me
persuader que j'avais , en pratiquant le premier la résection des côtes et l'excision de la plèvre , tenté une chose utile aux progrès de l'art , j'eusse obtenu cette conviction des suili-ages de plusieurs chirurgiens qui, en diverses contrées de J'Europe , tiennent le sceptre de leur art, et des éloges que m'ont donnés «oit les commissaires nommes par l'Académie des Sciences, soit les rédacteurs du premier et sans contredit du plus recommandable de tous les journaux scientifiques , VEdimburg Rcview, qui a parlé dans le temps de la résection des côtes et de l'excision de la plèvre , sous le titre de Richcrand^s Opération,
L'amputation des testicules cancéreux , c'est-a-dire , l'opération du sarcocèle ou de la castration , a été récemment simplifier par l'un de mes élèves les plus distingués, M. le docteur Aumont, chirurgien en chef de la maison militaire du Roi. Au lieu d'inciser sur la partie antérieure de la tumeur, M. Aumont relève les bourses et Tattaque par sa partie postérieure , ta taisant sortir de même entre les lèvres d'une incision longitudinale qui présente l'avantage de ne point intéresser les artères scrotales ou honteuses externes , dont la ligature indispensable prolongerait la durée de l'opération ; en outre le pus s'écoule par son propre poids, il ne stagne point vers l'angle inférieur de la plaie comme il arrive souvent lorsqu'on suit le procédé ordinaire. Si l'on adopte ce procédé , on fera , également d'un seul coup ^ la ligature du cordon des vaisseaux spermatiques , en ayant soin de la serrer avec un degré de force tel que les nerfs soient à l'instant désorganisés , afin que l'irritation se propageant suivant leur trajet ne décide pas la formation d'abcès dans la fosse iliaque , comme il arriverait si une constriction modérée laissait subsister la sensibilité de la corde nerveuse. Le procédé de M. Aumont abrège donc non-seulement la durée de l'opération, mais accélère encore la guérison de la plaie qui succède à l'amputation du testicule cancéreux. Malheureusement
DE LA CHIRURGIE. i3g
il nous partit seulement appbcabte aux cas où les bourses ne sont j»oiht ulcérées ; c'est presque toujours en avant qu'existe l'adhérence et que s'ouvre l'abcès fistufcux ; c'est de ce côté qu'on est obligé de pratiquer la double* incision pour enlever avec le testicule cancéreux la portion des tégument qui participe à l'affection. ; : ;* t »' ..
iLe^cisrbinomes de l'utérus , naissant le plus souvent du col de «et organe, et rjro cédant alors communément- à l'instar des cancers cutanés du visage, c'est-à-dire , l'érosion ulcéreuse précédant ta de%énératron des tissus, Osiander, professeun è l'Université de*GoatingUe , proposa , il y a jviht^cinq années , défaire la résection de « cette partie, et: pour cela imagina une pince où tenaille mcisive.qut saisit et retranche d'un seul coup la •partie malade saillante ,dans ; le haut dù vagin. Le procédé d'Osiander a depuis été niis en pratique, < dans les diverses contrées «de l'Europe y. avec des succès variés^ Des médecins français y ont (substitué avec avantage la«autéris4tion du col de l'utérus , faite avec les précautions que ndus aurons soin d'indiquer ; mais il oon vient , avant tout , :'de< dire comment il «est possible de s'assurer du véritaHe état dé l'organe dont *Jn * propose d'opérer k résection Ou la cautérisation. En effet , des
de tanche , ont été faites pour desimpies en gorgemenSi inflammatoires chroniques , pour des. cas de simple allongement, sorte de végétation dont notre savant collègue., M. le professeur Latteinent, chirurgien én chef de l'hôpital de la Sslpétrière , a , le premier , que cette partie était susceptible chez ks dont les menstrues ont cessée etriemde plus facile alors que de concevoir la complète réussite d'une opération; alors inutile , et la non-reproduction d'un cancer qui n'existait poérit.
Le toucher seul ne suffit point pour constater l'engorgement , la dureté, l'ulcération du museau de tanche; des élanosmens
i4o HISTOIRE
douloureux, un. flux sanieux, semblable à de la lavure dé chairs et fétide, ne sont pas même le signe infaillible du caractère cancéreux de là maladie ; il faut encore examiner à la lumière et voir la partie 'malade. On y réussit par l'emploi d'un spéculum , gros tuyau conique en étain poli , dont notre confrère M. le professeur Récaraier , a rappelé l'usage. Sa face interne, faisant l'omce d'un réflecteur, éclaire d'une vive lumière le museau de tanche, lorsqu'on place une bougie à l'orifice inférieur du tuyau , lequel a , dans cet endroit , vingt deux lignes de diamètre et seize lignes seulement vers son sommet, dans lequel est reçue la partie saillante du col, dont on fait ainsi parfaitement l'exploration.
L'introduction du spéculum préliminarrement graissé avec du beurre frais ou du cérat doux , est plus facile qu'on rie le croirait d'après son calibre , principalement chez les femmes qui ont eu desènfans, et qui n'ont aucune ulcération soit a la vulve , soit datis les parois du vagin. Le spéculum introduit , la femme étant couchée et placée de |a même manière que s'il s'agissait d'opérer un accouchement artificiel , le chirurgien confie le manche de l'instrument à un aide, et porte lui-même sur le museau dé tanche, qu'il découvre en son entier, soit un pinceau auparavant trempé dans le nitrate de mercure, soit un porte-crayon armé d'un morceau dépotasse caustique. Le canal métallique introduit dans le vagin sert encore à défendre les parois du canal contre l'action corrosivé de ces médicamens* Pour que leur action soit exactement bornée au museau de tanche, avant de retirer le spéculum t ce qu'on fait seulement au bout de quelques minutes , et après avoir suffisamment réitéré l'application du caustique , on termine par des injections d'eau tiède qui en enlèvent jusqu'à la moindre parcelle. Enfin des injections émollientes , des demi-bains seront prescrits après qu'on aura retiré le spéculum, dans la vue d'obvier aux inconvéniens d'une irritation excessive.
uiyinzea
Elle serait trop forte si l'on essayait de détruire la totalité du museau de tanche en une seule application : il y faut donc revenir à plusieurs reprises et jusqu'à ce que toute la portion du tissu qu'on croit malade soit totalement consumée. Mais comment déterminer avec exactitude les limites du cancer r comment empêcher qu'il ne s'exaspère et ne jette de plus profondes racines , à mesure qu'il s'irrite par l'effet des cautérisations répétées. Etaient-ce de vrais cancers, ces excroissances ulcéreuses du col de l'utérus que l'on dit avoir guéries de cette manière ? La non-reproduction du mal n'atteste-t-elle pas qu'il n'avait pas encore revêtu ce fâcheux caractère ?
L'excision du museau de tanche pratiquée à la faveur de la pince incisive d'Osiander , de ciseaux , de bistouris courbes ou de tout autre instrument analogue, se faisant d'un seul coup , n'a point l'inconvénient de ces irritations répétées. Un saignement abondant dégorge l'utérus , et le plus léger tamponnement , exercé par le moyen de l'agaric , suffit pour l'ai*-, rêter lorsqu'il devient trop considérable ; mais lors même qu'il est possible d'emporter tout ce qui a déjà éprouvé l'altération cancéreuse, la récidive est ici à peu près infaillible comme à la suite de toutes les opérations de la même espèce ; et quand elle n'arrive point, il est presque certain qu'on s'était trompé sur la véritable nature du mal.
C'est toutefois un progrès bien réel qu'avoir osé porter sur . le col de l'utérus soit l'instrument tranchant , soit les caustiques dont nos devanciers avaient fait une si heureuse application aux ulcères carcinomateux du visage, malgré l'opinion des anciens qui leur avaient donné pour nom le précepte de n'y point toucher : Noli me tangere.
S xxix. • '
DE QUELQUES AUTRES PERFECTIONNEMENS DE LA THÉ- RAPEUTIQUE CHIRURGICALE , ET DE L'iNFLUENCE QU'ONT EUE SUR SES PROGRÈS LES NOUVELLES THÉO- RIES PATHOGÉNIQUES. •->;:-;•;
La contraction spasmodique et persévérante des muscles, soit aiguë, soit chronique, est quelquefois rebelle à tous les moyens diététiques ou pharmaceutiques , et réclame l'emploi des secours chirurgicaux. Tel serait , par exemple, un resserrement habituel du sphincter de l'anus , qui s'oppose invinciblement à la sortie des matières fécales et des gaz intestinaux. L'usage interne et topique des préparations opiacées, les bains , les saignées ne réussissant pas à le vaincre , on pratique avec avantage la section des muscles convulsés ; elle résout le spasme comme par enchantement et fait cesser les intolérables douleurs dont il s'accompagne. C'est presque toujours l'ulcération superficielle, la gerçure des tégumens au pourtour de l'anus, qui donne naissance à l'état dont nous parlons, et dont M. le professeur Boyer a le premier, selon nous , indiqué le véritable remède. La cautérisation de la fissure, la dilatation progressive de l'ouverture inférieure du rectum , moyens vantés par quelques chirurgiens , nous ont paru d'un effet douteux, tandis que l'incision de l'anneau musculeux , pratiquée à l'aide d'un bistouri et d'une sonde cannelée ordinaires , sur l'endroit même où la fissure existe , est toujours suivie d'un plein succès.
On a voulu généraliser cette méthode et l'étendre, par exemple, aux cas de roideur convulsive de l'un ou de l'autre
des muscles sterno-cléido-mastoïdkiM. Une jeune fille avait un torticolis dépendant de cette cause, et l'un de mes confrères, glissant sous le muselé durci une aonde cannelée , l'incisa dans la plus grande partie de son épaisseur à deux pouces environ au-dessus do son attache à la clavicule « 11 en résulta un soulagement momentané ; quelques journaux vantèrent la cure comme complète « louèrent surtout l'originalité de la méthode. Un an après le mal durait encore , plutôt aggravé qu'amoindri, La jeune .fille entra à l'hôpital Saint-Louis , où je pratiquai , pour la seconde fois , la section du musle contracté j le soulagement fut instantané» L'usage continué des bains d'étuve et surtout la révolution menstruelle par son accomplissement , ont achevé ,1a §uérison« • %
Les personnes qui ont puisé leur instruction dans les dictionnaires et pour qui tout livre , à l'exception de ceux imprimés depuis vingt-cinq années , est lettre close , nous reprocheront sans doute d'avoir omis dans cette Histoire des progrès récens de la Thérapeutique chirurgicale, cette foule d'inventions et de découvertes dont l'annonce fastueuse excite si souvent clies elles le sentiment de l'adnuration et de la surprise* Nous nous sommes efforcé de ne rien omettre de ce qui était véritablement nouveau; et si nous méritons quelque reproche , c'est moins pour avoir omis des choses vraiment neuves et utiles que pour avoir donné comme nouvelles des pratiques simplement renouvelées. Toutefois il manque à notre article relatif à la htbotomie l'indication d'un mode opératoire réellement nouveau , et qui appartient à l'un de nos honorables maîtres , M. le professeur Ant. Dubois, Il est relatif à la taille des femmes, et consiste dans l'incision de la partie supérieure du canal de l'urètre substituée à l'incision de ses parties latéraies. Ce procédé nous paraît préférable en ce qu'il n'expose point à blesser le vagin ou l'artère honteuse , et par conséquent
aux fistules urin aires vaginales ou à l'hémorrhagie. Ce dernier accident ne peut résulter de la blessure du clitoris , que Ton ramène en haut au devant de la symphyse du pubis. Gomme l'arcade que forment ces os est plus large et plus arrondie chez la femme que chez l'homme , elle se prête plus aisément à l'extraction des calculs volumineux , et c'est une dernière raison de préférer l'incision de la paroi supérieure du canal à l'incision obliquement latérale; aussi le procédé de M. le professeur Dubois est-il généralement adopté. Pour qui le met en usage , une sonde cannelée ordinaire et un bistouri dont la pointe est émoussée suffisent pour ouvrir la voie par laquelle on fait l'extraction du calcul. La plaie est plus large et l'incision plus facile qu'en suivant le précepte donné par Celse et reproduit par M. Lysfranc , d'inciser entre l'urètre et le pubis : t' Afutieri vero y inter urinœ iter et os pubis incidendum est n sic, ut utroque loco plaga transversa sit f . On s'éloigne plus sûrement encore du vagin , dont la lésion suivie de fistules urinaires presque incurables est si justement redoutée.
Ces fistules urétro et surtout vésico-vaginales sont de toutes les infirmités auxquelles la femme est sujette , les plus désagréables à traiter. La cautérisation actuelle de l'orifice fistuleux , assez facile à pratiquer en se servant du spéculum brisé , dont on écarte les deux moitiés de manière à laisser la fistule à découvert dans leur intervalle , ne réussit presque jamais ; surtout si , la fistule étant vésico-vaginale , l'écoulement goutte à goutte, le stillicidium de l'urine , est continuel. Peut-être qu'un siphon aspirateur soutirant les urines de la vessie à mesure qu'elles sont déposées dans ce réservoir , et les forçant à sortir par le canal d'une grosse sonde de gomme élastique placée dans l'urètre , empêcherait le liquide de passer par l'orifice fistuleux ;
* A Corn. Celai Medicina ; lib. vu, cap. 26.
surtout m, remplissant lé Vagin de charpie, on exerçait une sorte de compression. Cest au moins ce qu'il est permis d'es» piérer d'après un essai que M. Jules Cloquet et moi avons tenté à l'hôpital Saint-Louis sur une jeune femme que des insinuations étrangères firent renoncer à ce moyen de guérison. Déjà la charpie placée dans le vagin en était retirée à peine humide , lorsque la malade , prétendant éprouver des douleurs intolérables , demanda sa sortie. Une nouvelle occasion ne s'est point encore offerte dè recommencer cette tentative. On saft que les suites de là taille des femmes , pratiquée au dessous du pubis , ont paru tellement graves à un célèbre hthotomiste, frère Cosme, qu'elles l'avaient engagé à faire toujours sur elles la taillé au haut appareil.
Tenninons ce discours par l'examen d'une question susceptible de controverse. Les nouvelles théories médicales ont-elles eu quelque influence sur les progrès de la Chirurgie , et en ce cas quelle est la nature de cette influencé ? «h\
La Médecine, et surtout la Médecine française , a subi, de nos jours , une suite de révolutions et de réformes quir tendent à la placer au ràng des autres sciences physiques et à l'élever à leur niveau. Elle est devenue une science de faits, du moment 011 les médecins, comme les physiciens, ont été convaincus de cette vérité , que toute idée nous vient par les sens et que nous ne devons rien admettre au delà de ce qu'ils nous démontrent ; alors s'est écroulé ce vain échafaudage de raison, nemens subtils , tantôt ingénieux et plus souvent absurdes , en lequel consistait la médecine des Stajil, des Hofimaii, des Boerhaave et de leurs disciples. Tinel , empruntant aux sciences naturelles le secours de leurs méthodes , chercha à débrouiller le chaos dans lequel un petit nombre de faits bien observés se trouvait mêlé et comme enseveli au milieu d'opinions mensongères. Il ne*e borna point à classer les objets; matérialisant en
i46 HISTOIRE
<juelque sorte la science , jusque là trop métaphysique , il s'efforça de localiser , si Ton peut ainsi dire , chaque maladie ou de lui assigner un siège spécial, c'est-à-dire de déterminer le lieu de son existence primitive. Cette idée se montre évidemment dans les nouvelles dénominations imposées aux fièvres qu ? il continuait d'appeler essentielles, comme pour rendre un dernier hommage aux opinions jusque là dominantes ; mais assignant à chacune un siège particulier , faisant consister , par exemple, les fièvres bilieuses et pituiteuses des auteurs dans l'irritation spéciale de certaines parties du tube intestinal ; nul , du reste , si j'ose le dire , sous le rapport thérapeutique , envisageant son objet moins en médecin qu'en naturaliste.
Tel était l'état de la science et la tendance des esprits , lorsque , parmi ies nombreux élèves de M. le professeur Pinel , M. Broussais , particularisant davantage et fixant avec plus d'exactitude le siège primitif des affections fébriles, appela du nom de gastrites et de gastro-entérites les fièvres méningo* gastriques et adéno-méningées ; enseigna que, dans les fièvres du quatrième ordre , l'adynamie était le simple résultat d'une irritation plus vive , d'une affection plus profonde des surfaces intestinales ; et , se laissant entraîner par degrés à exagérer une heureuse idée, regarda par degrés tout mouvement fébrile comme l'effet dë l'irritation d'une portion de la surface digestive ; innovant moins encore sous le rapport pathologique que sous le point de vue thérapeutique , car' la conséquence rigoureuse de sa doctrine est la diète et les émissions sanguines, regardées comme remèdes généraux et presque exclusifs de toutes les maladies.
Si \e me suis bienfait entendre , le lecteur doit suivre cette filiation naturelle des idées, suivant laquelle M. le docteur Broussais s 'est trouvé conduit au delà du terme où le professeur Pinel s'était- arrêté. Jusque là rien de plus conforme à la marche progressiv e de l'esprit humain dans la carrière de*
sciences , rien de plus naturel et de plus louable ; mais ce qui l'est moins , et doit être blâmé sans mesure , c'est le ton dogmatique et vraiment injurieux du disciple envers son maître, déjà trop vengé; car les élèves du docteur Broussais lui faisant subir la peine du talion , l'ont , à leur tour , injurié , et dépassé , à son égard , toutes les bornes de la décence , sans avoir , comme lui , le talent pour excuse ; si le talent , loin de les excuser , n Aggravait encore • de semblables torts.
Il n'en est point dans l'étude des science» et des arts utiles comme dans la carrière des lettres et des beaux-arts. Ici les succès et les travaux des devanciers , bien loin de favoriser les efforts de leurs successeurs , rendent , pour ceux-ci , la carrière plus ingrate et les succès plus difficiles. Qu'un poète entreprenne t un poème épique, une tragédie, etc. etc., il a devant lui les modèles d'une perfection désespérante, auxquels on ne manque pas de le comparer : il en sera de même de l'auteur d'un tableau , d'une statue ; sera-t-il peintre ou sculpteur plus habile parée qu'il a existé des Phidias et des A pelle? Pour nous , au contraire , partant du point auquel ont conduit la science ceux qui nous ont précédés , il sera bien difficile que même avec un . médiocre talent elle ne nous doive quelque chose ; un nain monté sur les épaules d'un géant découvre un horizon plus étendu que le géant lui-même ; un fort écolier en mathématiques en sait plus que le grand Newton. Cela devrait peut-être diminuer notre vanité : quel grand mérite d'aller un peu plus loin dans une route déjà tracée ? 11 est de l'essence des choses que cela soit ainsi , à moins que des hommes de talent n'aient des successeurs à peu près stupides. Quant à la prétention si commune et si ridicule d'avoir entièrement changé la face d'une science quelconque , de l'avoir créée, semblables choses sont tout au plus admissibles dans un éloge académique et dans la bouche d'un rhéteur.
Mr le docteur Brolusôis a bien mérité dé la Médecine en démontrant que le plus grand nombre des fièvres nommées ju& qu'à présent essentielles , n'étaient que des irritations à divers degrés de telle ou telle partie de la surface digèstive , et qu'une thérapeutique adoucissante, débilitante, rafraîcbissante pour parier l'ancien langage, leur convenait généralement; mais ce servie* serait pins qu^ftacé s'a parvenait à faire prévaloir la doctrine que toutes les maladies ne sont que des irritations à divers degrés , que l'irritation est lé seul élément morbide. Heureusement le temps n'est plus où un fait particulier, quelle que soit son importancê , généralise et rédirit en système, f&mtt révolution dans la Médecine et en retardait pour longtemps les progrès. M; Broussais aura rendu à la science un notable service r en déterminant mieûx le siège primitif d'affections importantes par leur gravite et par leur, fréquence ; et aussi pour avoir rendu les médecins plus- circonspects dans l'eknpk» d|és remèdes stimulons et des médications excitatrices. C'est 1 par -là surtout ique ta théorie médicale nouvelle a exercé uhe. heureuse influence sur la thérapeutique chirurgicale*
Noiis n'abandonnerons point ce sujet sans qiielques réflexions sur, le titre de Médecine physiologique, donné, on ne sait pourquoi , à la théorie pathologique de l'irritation* A toutes lesléjioquès 4e la science , la Médecine a suivi le sort de la Physiologie,; (es acides et les alcalis , aux temps de Sylvius, faisaient tout clans , l'état de santé et dans les maladies ; l'âme des Stanhens: présidait .aux phénomènes physiologiques: comme aux phénomènes pathologiques. Tout clans le corps humain , sain ou malade , selon l'école de Boerhaave *. suivait Je* lois de la mécanique. Pourquoi b «doctrine de l'organisme , née parmi nous des iraVaux de Bordeu et de l'École de Médecine de Paris, ne régneraifeelle pdint de nos jours en Pathologie comme en Physiologie?
DE LA CHIRURGIE. tfo
A ce propos, de quelques progrès récens que puisse s'enorgueillir la science de la vie, la Physiologie est bien éloignée do pouvoir servir d'unique fondement en médecine. Tant que nous ne saurons point exactement quel rôle joue , datas les phénomènes de la santé, cet agent invisible dont les nerfe sont les conducteurs, comment expliquer l'origine et la succession des phénomènes morbtâques ? Il existe évidemment dans le corps des animaux et de l'homme un système de parties destinées à les mettre en rapport avec le principe d'action , le plus puissant , le plus actif et le plus répandu dans la nature. Les appareils médullaires et nerveux , si divers dans les différentes espèces animales , agissent par l'entremise du principe de l'électricité, comme le récipient pulmonaire au moyen de l'oxigène atmosphérique , comme le tube digestif en élaborant une foule de substances qui nous sont étrangères. Bien que nous ignorions l'essence de la digestion et de la respiration , et que le mécanisme intime de ces fonctions nous échappe , nous possédons néanmoins une foule de données du problème; le phénomène nous est connu dans le plus grand nombre de ses circonstances.
Il en sera quelque jour de même par rapport à l'innervation, et la plupart des phénomènes de la sensibilité nous seront alors révélés; on peut même dire que sous ce rapport nous sommes sur la voie , et peut-être à la veille d'une grande découverte (G), découverte qui , par son importance . changera véritablement la face des sciences physiologiques et par conséquent de la Médecine. Alors , les théories, les explications qui nous frappent aujourd'hui par leur apparente évidence seront regardées du même œil que les théories physiologico-pathologiques imaginées avant la découverte de la circulation , et descendront au même niveau que les systèmes géographiques antérieurs à la découverte du Nouveau-monde. La plupart des sciences , et avec
i5o HISTOIRE DE LA CHIRURGIE.
elles la Médecine, subiront une révolution véritable dont l'influence s'étendra, n'en doutons point, jusqu'à la portion mécanique ou chirurgicale de la thérapeutique. Quoique puissamment modifiée, ses procédés demeureront; car les formes, la situation , les conditions physiques des organes ne changeront point , et c'est aux altérations de ces qualités que la Chirurgie est principalement destinée à porter remède.