‹ Histoire des progrès récens de la chirurgieChapitre 6 sur 24 · PERFORATION DU TYMPAN · texte numérisé non relu

PERFORATION DU TYMPAN

Les causes d'où la surdité peut dépendre étant aussi nombreuses qu'obscures, l'art est le plus souvent réduit dans le traitement de cette maladie , à l'emploi des remèdes généraux, comme la saignée générale ou locale , les évacuans , les épispastiques. L'usage de ces moyens est rarement efficace ; on ne saurait donc trop multiplier les tentatives de guérison contre un mal presque toujours' incurable. Sous ce rapport , la perforation de la membrane du tympan , opération imaginée par sir Astley Cowper, est' une invention précieuse. Malheureusement elle doit réussir seulement dans le cas où la perte de l'ouïe dépend ddfi'épaississement de la membrane du : tympan ou de l'obstruction de la trompe d'Eustache. La membrane , épaissie par suite de fluxions répétées , devient par-là moins vibratile et moins capable de recevoir et de transmettre les ébranlemens sonores : d'un autre côté , la trompe d'Eustache étant oblitérée , l'air dont la caisse est naturellement remplie, man-

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que faute d'être renouvelé; les vibrations ne peuvent être transmises, au travers du vide, du conduit auditif à 1'oreiMe interne ; la surdité devient donc la suite nécessaire de ces deux. états , ordinairement produits par des causes analogues , et dont les catarrhes fréquens de la gorge et de l'oreille peuvent faire soupçonner l'existence. On perce, à l'aide d'un petit troisquarts , la partie inférieure de la membrane du tympan : l'accès est rendu à l'air extérieur ; le son alors se propage avec facilité au travers de la caisse , et l'ouïe est recouvrée au moyen d'une opération facile , et qui s'exécute sans danger comme sans douleur» Elle échoue , il est vrai , dans le plus grand nombre des cas , parce qu'on s'est trompé sur la véritable cause à laquelle la surdité doit être attribuée ; mais , ne fut-elle heureuse que sur le cinquantième des malades , il faut , dans toutes les occasions où l'on soupçonne que la perte de l'ouïe peut dépendre soit de l'épaississement de la membrane du tympan , soit de T*Mitération des conduits gutturaux de l'oreille , tenter une opération qui ne peut avoir d'autres inconvéniens que son inutilité.

RHYMNOPLASTIQUE. .

Les progrès de la Thérapeutique chirurgicale ne sont pas toujours dus aux méditations du génie , la nécessité, quelquefois y conduit. C'est ainsi que l'art s'est réceminent enrichi d'un précédé curieux pour réparer la perte du nez. L'ablation de, cette partie du visage est, comme on sait, un supplice usité dans l'Indostan ; en sorte que dans ces contrées on rencontre aussi souvent des individus. privés de leur nez, qu'en Europe,

au seizième siècle , il était ordinaire de voir des personnes ainsi

DE LA CHIRURGIE. ai

mutilées par suite des ravages de la syphilis. A cette époque , Taillacot , chirurgien de Bologne, imagina de procurer la réunion des bords de l'ouverture rendus saignai», à une plaie faîte par incision sur la partie antérieure de l'avant-bras. La réunion étant opérée dans cette sorte de greffe animale , Tait lacot excisait les chairs de l'avant-bras , et fabriquait à leurs dépens un nez toujours informe ; car le moignon , composé de peau , de tissu adipeux et de chairs musculaires , devait offrir une masse irrégulière , non moins hideuse que la difformité primitive.

Au rapport du docteur Carpue , les Indiens corrigent cette difformité par un procédé plus ingénieux et plus efficace. Après avoir rendu saignant le contour de l'ouverture nasale, ils rabattent sur elle un lambeau triangulaire , taillé sur la partie moyenne du front. Ce lambeau de parties molles a sa base tournée en haut , tandis que son sommet est en bas , correspondant à la racine du nez. En rabattant le lambeau , on retourne sur lui-même ce sommet tronqué , en sorte que la base du lambeau ainsi renversé vient former le contour des nouvelles narines , que Ton maintient dilatées. Lorsque l'adhérence est établie entre le lambeau et le contour de l'ouverture , on incise son sommet tordu sur lui-même ; et comme on a rapproché les bords de la plaie triangulaire avec perte de substance, faite au milieu du front, e'est par-là que la cure s'achève. Quoique les nouvelles narines , dépourvues de cartilages , doivent rester affaissées et le bout du nez aplati , l'horrible difformité qu'entraîne la perte de cet organe , se trouve jusqu'à un certain point corrigée. Toutefois , une cicatrice au milieu du front résultant nécessairement de la dissection du lambeau qu'on rabat sur l'ouverture antérieure des fosses nasales pour leur servir d'opercule , bien des malades préféreraient à la méthode indienne , un nez de carton , d'une forme et d'une cou-

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leur le plus rapprochées possible de la forme et de la couleur naturelles.

M. le professeur Grœfe , de Berlin , a publié un cas où il a réussi par l'emploi du procédé que nous venons de décrire. Les occasions de le mettre en pratique se présentent rarement; car ; outre qu'il est peu commun de rencontrer des malades disposés à s'y soumettre , il faut , pour entreprendre l'opération avec quelque espoir de succès, que la perte du nez résulte d'un accident , d'un coup de sabre par exemple. En effet , le nez détruit par suite des ravages d'une dartre ou d'un cancer, offre , à la suite d'une semblable érosion , une peau épaissie et rougeâtre , et tellement disposée à l'ulcération , que , rendue saignante, elle suppure au lieu de contracter, Inflammation adhésive.

§ vi.

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