‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 12 sur 69 · SEPTEMBRE I 567- 20 MARS · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE I 567- 20 MARS

SUCCÈS DES TROUPES CATHOLIQUES. MARTYRE DE GUERS (l 567 , I 568).

Au commencement de cette deuxième guerre, les

(1) Barjavel, Le seizième siècle. *

huguenots s'étant saisis de Mornas (30 septembre), les autorités du Comtat , prises au dépourvu, se mirent en devoir de lever des troupes, dont ils confièrent le commandement à Suze, et envoyèrent en même temps des députés au pape et au roi de France pour demander des secours. Charles IX promit son appui et donna ordre à Bertrand Raimbaud de Simiane, baron de Cordes, Sommerive et Joyeuse, ses lieutenants généraux en Dauphiné, Provence et Languedoc, de se concerter avec Suze pour la défense du Comtat. L'entrevue eut lieu à Barbentane et aboutit à la conclusion d'une alliance offensive et défensive entre les trois provinces.

Suze ne fut pas heureux dans ses premières opérations , car il ne put parvenir à se saisir du Pont-Saint- Esprit, qui était au pouvoir des huguenots (18 et 19 novembre). Le même mois, une rencontre indécise eut lieu à Valréas entre les troupes des deux partis.

Après avoir fait reposer ses soldats un mois , le général comtadin se remit en campagne et s'empara de Courthezon par stratagème (3 janvier). Il assura aux habitants qu'ils pourraient « vivre en liberté de conscience , » dit Lapise , « ou bien qu'ils sortiraient vies et bagues sauves. Cela leur fut promis ; mais Suze les emprisonna tous, puis il rançonna les riches, envoya les autres à Avignon , et les pauvres furent mis dans une basse-fosse à Courthezon. Jean Cuers , leur ministre, fut conduit à Avignon et condamné à être brûlé vif. Comme il exhortait le peuple sur son bûcher, les bourreaux lui mirent un gros os dans la bouche. Alors il prêcha du geste et du regard, et montra que la mort lui était précieuse. Là-dessus on lui fit des brûlures en forme de croix sur le visage ; mais ces tourments ne l'empêchèrent pas un moment de lever les mains et les yeux au^îiel. Finalement, étouffé par la flamme, il ren-

dit l'esprit. » Jonquières, autre ville de la principauté d'Orange, se rendit également sur le faux bruit que Suze fit courir que Courthezon avait été canonnée. Gigondas , qui ressortissait également à la principauté > succomba de la même manière. Des huguenots, venus du Pont-Saint-Esprit et de Pierrelate, voulurent, en revanche, se saisir de Bollène ; mais ils furent repoussés et battus près du Lez, pendant que le baron de Lagarde les empêchait de reprendre Beaucaire , qu'ils avaient perdu.

Cependant le cardinal d'Armagnac, sentant qu'il serait débordé sous peu par ses ennemis , pria les gouverneurs de Provence , de Dauphiné et de Languedoc de lui' prêter main-forte , conformément au traité de Barbentane. Sommerive, à la tête des troupes provençales , Georges de Ferrus dit La Casette et Claude de Laire de Glandage , commandant celles du Dauphiné , arrivèrent dans le Comtat presque en même temps. Suze , réunissant ses forces aux leurs et disposant de neuf canons, prit Tulette, dont toute la garnison fut passée au fil de l'épée , et où l'on trouva de grands approvisionnements (19 février 1568). Vinsobres et Mirabel-lès-Baronnies , effrayées , se rendirent sans coup férir. Ces trois places ressortissaient au Dauphiné et étaient situées sur ses frontières. Les deux tours qui défendaient l'entrée du Pont-Saint-Esprit furent emportées de vive force ; mais la ville demeura au pouvoir des huguenots. Plusieurs tentatives des troupes d'Orange sur Sorgues et son château échouèrent.

Joyeuse, arrivé sept jours après (24 février) avec douze enseignes, cinquante pionniers, dix chevaux et quatre canons, rejoignit Suze à Bollène, après avoir eu un engagement avec une partie de la garnison d'Orange, qui avait poussé une reconnaissance jusqu'à Courthe-

zon. Les forces alliées, formant un effectif de dix mille hommes, prirent Mornas de vive force (20 marsj ; mais son château ne succomba que le troisième jour. Cent cinquante soldats de la garnison , qui avaient pris la fuite du côté de la Tnontagne , s'étant perdus dans les neiges , furent tués en partie. On ramena les survivants au château , d'où on les précipita pour venger la tragique journée du 8 juillet 1562 (Voy. p. 29). C'étaient des bannis d'Avignon et du Comtat, « tous des brigands et gens de mauvaise foi, » au dire du Puget de Saint-Marc. La Pierre , de Carpentras , un de leurs chefs, fut conduit à Avignon et étranglé (1). La prise de Mornas coûta, du côté des catholiques, la vie au mestre de camp Louis fou Georges) d'Urre, seigneur de Venterol , et aux capitaines Caille et Rousset , officiers estimés pour leur valeur.

Après ce fait d'armes, les troupes catholiques se partagèrent en plusieurs corps et prirent diverses directions. Elles passèrent en Languedoc et s'emparèrent d'Aramon. Les compagnies dauphinoises avaient été préalablement congédiées par Suze , à cause de leur indiscipline et de leur soif du pillage.

ÉDIT DE PARIS (23 marS 1568). TRÊVE CONCLUE AVEC ORANGE.

On crut, dans le Comtat, que la paix signée à Longjumeau par le roi de France avec les huguenots , le 20 mars t 568, et suivie, quelques jours après, de l'édit de Paris , serait de longue durée. « On fit cesser les impôts, » dit Justin, « on congédia une grande partie

(i) Barjavel, Le sei\ième siècle.

des troupes, et Suze (i), se voyant libre, se mit en route, presque seul, pour visiter les places les plus importantes de la haute province. » Mais on avait trop présumé de l'état des esprits , car les huguenots des frontières de Provence et du Dauphiné firent des incursions du côté de Mourmoiron et Mazan, dans le voisinage de Carpentras. Suze, de son côté, empêchait Orange de s'approvisionner et ne restituait pas à la Principauté les places de Courthezon , Jonquières et Gigondas. Les quarante-cinq prisonniers de la première de ces villes étaient toujours détenus dans les basses-fosses , oij Suze les avait fait jeter , et les cachots d'Avignon renfermaient encore quatorze huguenots de la Principauté. Le gouverneur d'Orange s'en plaignit au roi, qui écrivit à ce propos, ainsi que le cardinal de Bourbon, légat d'Avignon, à Suze et à d'Armagnac. Des pourparlers de paix furent alors engagés; mais ce dernier émit de telles prétentions qu'on convint seulement d'une trêve. Il fut stipulé « que les prisonniers seraient élargis de part et d'autre, que la récolte des fruits se ferait sans acte d'hostilité , qu'il ne serait donné empêchement au receveur général de la principauté en la perception du prince à Courthezon, Jonquières et Gigondas, et liberté de commerce accordée aux sujets des deux Etats , tant par eau que par terre, sans quitter les places occupées. » Mais les trois villes orangeoises continuèrent à être tenues par les troupes papales (2).

(1) Suze n etail pas encore comte à cette époque. Ce titre ne lui fut dévolu qu'en 1572. C'est donc à tort que Justin le lui donne.

(2) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 84. 86-91 ; du Puget de Saint-Marc, p. 717, 718; Lapise, p. 5JO-357 ) Justin, p. 236-249; Lambert, t. I, p. 243-246.

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