COURSES DIVERSES DES HUGUENOTS (1572-I57J
D'Armagnac, craignant que le massacre de la Saint- Barthélemy, qui eut lieu en pleine paix, le 24 août 1 572, et
(1) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 126, 129, 155, 157; Crespin, fol. 177; Lapise, p. ;88 ; Justin, p. 270-277; Achard, Inventaire, p. 71,
qu'il avait fêté à Avignon par des feux de joie, n'allumât une nouvelle guerre dans le Comtat, demanda des soldats au pape Grégoire XIII, qui lui envoya six cents hommes de pied et cent chevaux sous la conduite de Marc-Antoine Martinengo, comte de Villachiara (Villeclaire), avec le titre de lieutenant général; mais Charles IX, par ménagement pour les huguenots de ses Etats , ne permit pas aux hommes de pied, qui avaient déjà débarqué à Marseille , de traverser la Provence , de telle sorte que ceux-ci furent obligés de se débander et arrivèrent un à un à Avignon. Les cavaliers furent de même arrêtés aux frontières du Piémont et n'obtinrent qu'assez tard le libre passage.
D'Armagnac tenta, avec ces nouvelles troupes, de s'emparer de la principauté d'Orange. Ses soldats, partis à minuit d'Aubres , de Vacqueyras et autres lieux, s'embusquèrent à cent pas de la porte de Courthezon, qu'on ouvrait tous les matins pour laisser passer les chariots qui se rendaient au marché d'Avignon; mais le commandant de la place, Pierre de Merles, ayant découvert l'embûche, fit refermer aussitôt les portes et les soldats comtadins durent se retirer. Une entreprise de ce genre tentée sur Jonquières échoua pareillement.
Vers cette époque le pape envoya en France, en qualité de légat, le cardinal des Ursins. Il devait représenter , entre autres choses , au roi , les dommages que causait au Comtat la présence , sur ses frontières , des huguenots qui avaient fui le royaume après le massacre de la Saint-Barthélemy. Grégoire XIII paraissait néanmoins animé , à ce moment , de sentiments pacifiques à l'égard des huguenots , car il enjoignit à l'évèque de Cavaillon, par un bref du 14 novembre 1572, de recevoir à résipiscence tous les hérétiques dévoyés.
L'année suivante (1573), en avril, d'Armagnac prêta " 5
cinq canons à Damville , gouverneur du Languedoc et déserteur de la cause protestante, pour faire le siège de Calvisson, et neuf cents hommes, commandés par Sainte- Jalle, pour faire celui de Montpellier. Le même mois, les huguenots d'Orange , renforcés par ceux de la Valmasque (vallée d'Aiguës) et de Beaumettes en Provence, firent diverses courses armées dans le Comtat. Ils prirent, entre autre butin, un convoi de soixante mulets, chargés d'épices et de draps de soie, qui allaient de Marseille à Lyon , et quelques sommes d'argent. D'Armagnac s'en plaignit au gouverneur d'Orange, qui s'excusa sur ce qu'il ne pouvait être maître de ses gens, mais restitua tout ce qui avait été pris, biens et personnes.
Peu après, les huguenots du Dauphiné, comm^andés par Montbrun , Saint-Auban et Mirabel, tentèrent de surprendre Vénasque, non loin de Pernes (21 avril), « par la trahison d'un habitant nommé Cahiste , qui avait promis, » dit Justin, « aux ennemis de le leur livrer moyennant une somme convenue. Des cavaliers, ayant des piétons en croupe, s'en approchèrent; mais ils furent découverts et reconnus et se sauvèrent dans les bois, où ils furent poursuivis par les habitants conduits par les capitaines Mourmoiron et Bedoin. Il en périt vingt dans cette poursuite ; les autres passèrent dans la vallée de Sault, pillèrent Brautes et se retirèrent enfin dans le château de Montbrun. Le traître Cahiste fut arrêté et conduit à Carpentras , où il fut roué le 8 mai. Le lendemain , deux autres traîtres du même lieu, découverts à Avignon, y furent condamnés à être pendus. >-
D'Armagnac, voyant la guerre civile recommencer dans sa province, obligea chaque place à se pourvoir de munitions et fit faire la revue générale des troupes du Comtat, qui s'élevèrent à douze mille deux cent
soixante-dix-sept fantassins, quatre mille six cent dixhuit arquebusiers , plus cinquante cavaliers levés à Pernes. Le pape se chargea de leur solde à cause de la misère du pays. Ces précautions n'étaient pas inutiles, car les huguenots d'Orange s'avancèrent en août jusqu'à Monteux, proche Carpentras , et firent prisonnier Anselme le Vieux, d'Avignon, Rostagni , trésorier du Comtat, le capitaine La Madeleine et Bornareau. De là ils se rendirent à Montbrun en Dauphiné en passant par Flassans ; puis, revenant à Orange par Visan, ils firent prisonnier le capitaine Cornachio, qu'ils mirent à mort (commencement d'août). Quelques jours après (15 août), d'autres huguenots, venus de la Valmasque, étant entrés dans le Comtat, pillèrent la Tour-de-Sabran et firent prisonnier Carbonel , contrôleur de Cavaillon. Ajoutons que, le 24 août de cette année 1573, les habitants d'Avignon célébrèrent en grande pompe l'anniversaire du massacre de la Saint-Barthélemy. D'Armagnac et Villeclaire assistèrent en personne à la procession générale (i).
ÉDIT DE BOULOGNE (l 1 juillet I PRISE DE MÉNER-