‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 15 sur 69 · BES. INCURSIONS DIVERSES DES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

BES. INCURSIONS DIVERSES DES HUGUENOTS

La paix de La Rochelle du 24 juillet 1573, suivie de l'édit de pacification de Boulogne , fut publiée sur ces entrefaites à Avignon (fin août), mais n'arrêta pas les hostilités. Le 16 septembre, les huguenots de la Valmasque revinrent de nouveau à la Tour-de-Sabran et pillèrent des marchands qui étaient de retour de la foire de Briançon. De là ils allèrent à Joucas, puis à Chorges en

(i) Pérussis, dans d'Aubais, t. I, p. 14Ç-147, 151, 152; Lapise, p. 588, 412; Justin, p. 278-289.

Dauphiné et se saisirent de Saint-André-de-Rosans dans la même province. Il y eut aussi une conspiration dans Avignon. Les huguenots devaient s'en emparer le 20 septembre ; mais Joyeuse , ancien gouverneur du Languedoc , averti du complot par cinq lettres différentes, en révéla le secret à d'Armagnac, qui pourvut à tout.

Du côté de la principauté d'Orange, les événements au contraire tendaient à la paix. Le gouverneur Guillaume de Barchon ayant demandé l'avis du régent , le comte Ludovic de Nassau , sur l'attitude qu'il devait prendre pendant cette nouvelle guerre (car Montbrun et les autres capitaines huguenots le pressaient d'entrer en campagne), reçut l'ordre de vivre en paix avec tous ses voisins et de faire cesser les courses des Orangeois sur les terres du pape , attendu que le roi lui avait adressé diverses plaintes sur ce sujet. Barchon fit connaître ses ordres à d'Armagnac et à Damville , gouverneur du Languedoc , et il fut arrêté entre eux que la Principauté et le Comtat vivraient en bonne intelligence et s'avertiraient mutuellement des complots tramés contre leur sûreté respective (14 septembre 1573)- Ces clauses furent exactement remplies , de sorte que le Comtat put licencier une partie de ses soldats.

Au moment où d'Armagnac commençait à croire à une paix solide, il fut informé de la prise de Ménerbes par les huguenots. Cette place ne possédait que cent cinquante maisons ; mais elle était construite sur des rochers à pic, dans une assiette formidable, et elle passait pour une des plus^fortes du Comtat. Le Provençal Scipion de Valavoire s'en empara, grâce à la connivence de Serron, vicaire de sa terre de Vaux, élève et parent de Jean de L'isle, curé de Ménerbes. Ce jeune ecclésiastique, muni des instructions de Valavoire, qui

lui promit de grands biens , feint de chercher une retraite auprès du curé qui , apitoyé par le récit de ses infortunes imaginaires, l'accueille avec bonté, le nomme son vicaire et, sur son conseil, donne un grand dîner pour fêter sa venue. Un nommé Brunei, qui l'accompagnait en qualité de domestique, enivre tous les convives et, lorsqu'ils se sont retirés chez eux, se rend à la poterne de la place avec trois conjurés, tue les gardes et ouvre à Valavoire, qui pénètre dans la place avec cent arquebusiers, massacre tous ceux qui veulent s'opposer à son passage et jette l'épouvante parmi la garnison, qui s'enfuit. Pour en finir en une seule fois avec Serron, nous dirons qu'il fut fait prisonnier plus tard dans une sortie et que, pendant qu'on le conduisait à Avignon, Il se jeta dans la Durance pour échapper au dernier supplice et s'y noya.

Vers le même temps, deux cents cavaliers huguenots de Nyons pénétrèrent dans le Comtat , échouèrent sur Camaret et Caderousse , malgré les Intelligences qu'il y avait nouées et, s'étant arrêtés un jour à Orange, passèrent sous Carpentras , puis à Saint-Didier, à Mallemort, oia ils brûlèrent le château de Saint-Félix, qui appartenait à l'évêque de Carpentras , et entrèrent enfin à Ménerbes par la campagne de Vénasque et de Murs. Une trêve conclue avec les huguenots, à Montpellier, par Damville, et qui devait durer du lo octobre au 1 5 novembre et s'étendre au Languedoc, au Dauphiné, à la Provence et au Comtat, ne put empêcher d'Armagnac de faire des armements .à cause de la prise de Ménerbes; c'est pourquoi il retint, pour la garde d'Avignon et la sienne propre, cent douze Suisses, sur les quatre mille que Damville avait fait venir dans le Languedoc et qui , retournant dans leur pays , avaient été arrêtés au Pont-Saint-Esprit.

Une seconde troupe de huguenots de Nyons entra de nouveau dans le Comtat (jo octobre), attaqua sans succès Saint- Romain-en-Viennois au-dessus de Vaison, mais incendia Vaucluse , près L'Isle , et faillit faire subir le même sort à Lagnes , situé non loin de là.

Le succès de ces diverses bandes était dû en partie à la négligence des garnisons du Comtat. C'est pourquoi d'Armagnac établit, de concert avec Villeclaire , des gouverneurs dans chaque place avec un nombre suffisant d'officiers et de soldats pour les mettre à l'abri de toute surprise. Il s'enquit également des moyens de traiter d'un accord avec Montbrun, qui dirigeait de son château toutes ces incursions (3 novembre).

FAITS d'armes de GLANDAGE LE JEUNE (1573).

Peu après, Hugues de Laire de Glandage le fils, qui, quoique catholique, avait épousé par ambition la cause des huguenots et faisait des courses dans le bas Dauphiné , pénétra dans le Comtat et mit à contribution Mornas, Piolenc, Caderousse, Châteauneuf-du-Pape et Sorgues. Il se saisit ensuite d'Orange (5 novembre 1 573), dont il ne trouvait pas le gouverneur Barchon assez ardent , et fit de cette place sa base d'opération. Montbrun , dont il était le lieutenant , le rejoignit bientôt (8 novembre) , et reçut deux fois en députation le chevalier de Noguier, qui vint lui demander, de la part de d'Armagnac, pourquoi les huguenots avaient pris Ménerbes : à quoi il répondit que c'était pour contraindre le colégat à restituer aux Comtadins fugitifs les biens qu'il leur avait ôtés.

Les armes de Glandage ne furent pas toujours heureuses. C'est ainsi qu'il fut surpris dans Venterol, près

Nyons, par Favier, lieutenant du gouverneur du Valréas, battu et blessé. Il perdit un butin considérable, et l'action parut si importante à d'Armagnac que ce dernier envoya en reconnaissance à Favier une chaîne d'or. Montbrun, accouru pour venger Glandage, trouva Venterol évacué (i 6. novembre).

De retour à Orange, Montbrun écrivit aux habitants de Camaret , Piolenc et Sorgues , déjà rançonnés par ses soldats , de lui envoyer des vivres et de l'argent. Ils lui répondirent de venir les chercher. Brûlant du désir de venger cet affront , il sollicita le secours des huguenots de Nyons, qui tentèrent inutilement de s'emparer avec lui de Mornas et de Piolenc (fin novembre). Malgré cet échec, ils descendirent dans le Comtat jusqu'au moulin d'Aiguilles, près Védènes, non loin d'Avignon , firent quelques prisonniers et, continuant à butiner le long de leur route, rentrèrent à Orange par la campagne de Bédarrides. Fusconi, gouverneur de Sainte- Cécile , qui guettait leur retour en Dauphiné , parvint à les disperser et leur enleva leur butin. Seguin, gouverneur de Villedieu , situé 'non loin de là, remporta un pareil avantage sur une autre troupe.

L'édit de Boulogne restait donc lettre morte dans le Comtat, quoique le roi de France eût déclaré qu'il entendait comprendre les terres du pape dans les divers traités de paix ou trêves qu'il concluait avec les huguenots de ses Etats. L'occupation de Ménerbes lui ayant déplu, il mit à la disposition de d'Armagnac, pour reprendre cette place , trois compagnies d'ordonnance. Suze, à qui le commandement en fut confié, se rendit d'abord pour négocier auprès de Montbrun, qui déclara ne le pouvoir seul, A son retour, Glandage tomba sur lui à l'improviste et lui enleva une partie de ses bagages. Le général comtadin entra alors en campagne , renforcé

des cavaliers des seigneurs d'Aubres et de Javon, mais Glandage s'enferma dans Orange et refusa le combat.

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