‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 16 sur 69 · SUITE DES COURSES DES HUGUENOTS · texte numérisé non relu

SUITE DES COURSES DES HUGUENOTS

Cependant les huguenots de Ménerbes mettaient à profit leur forte position pour faire de fréquentes excursions dans le voisinage. Dans l'une d'elles, aidés par les huguenots de Joucas, commandés par Tracheti, d'Aix, ils s'emparèrent par intelligence de La Roquesur-Pernes (9 décembre). Huit jours après, ils l'abandonnèrent sur la nouvelle que d'Aubres s'avançait pour les obliger de fuir; mais avant de partir, ils saccagèrent la place et emportèrent un butin considérable , dont ils chargèrent cent ânes ou mulets, sans compter soixante bœufs et deux cents porcs, dont ils se saisirent. Quelques jours auparavant, des fantassins italiens, destinés à renforcer la garnison de Sainte-Cécile, furent attaqués à Sérignan par la cavalerie de Glandage , qui les battit.

Les huguenots de Nyons, défaits à la fin du mois de novembre, comme on l'a vu plus haut, n'en devinrent que plus animés. « Ils allèrent, » dit Justin, « assiéger une seconde fois Saint-Romain-en-Viennois au nombre de cinq cents hommes de pied et de trois cents chevaux. Les habitants , qui n'avaient que quelques soldats avec eux , se défendirent avec une valeur extraordinaire , les femmes autant quB les hommes. Les assiégeants se retirèrent honteusement et avec précipitation , laissant leurs échelles, quelques mantelets et les machines qu'ils avaient apportées pour abattre les murailles » (14 décembre).

Glandage, mal guéri de sa blessure, voulut faire une nouvelle expédition contre Camaret , Châteauneuf-du- Pape, le Pont-de-Sorgues et le monastère des Cèles-

tins de Gentilli ; mais il échoua contre ces diverses places (5 1 décembre).

Vers le même temps, le pape envoya dans le Comtat un renfort de six cents soldats italiens. Débarqués à Marseille le 27 novembre, le comte de Carcès, gouverneur par intérim de la Provence, ne voulut pas les laisser traverser en corps les Etats du roi , et ils durent se rendre à Avignon un à un , mais non sans essuyer des pertes sensibles de la part des huguenots de Lamanon, Sénas et Ménerbes, qui en tuèrent plusieurs. Un corps de cavalerie italienne fut retenu également trois mois à la frontière de Nice.

L'année suivante (1574), les huguenots d'Orange, en compagnie de ceux de Nyons et du Gapençais , voulurent s'emparer de Bédarrides ; mais ayant appris que la garnison avait reçu des renforts, ils se bornèrent à ravager la campagne jusque sous les murs de Carpentras et revinrent à Orange chargés de butin (5 janvier). La garnison catholique de Caderousse , sortie pour se ressaisir d'une partie de ces dépouilles , ne réussit qu'à se faire battre.

Le 6 janvier, Montbrun, qui dirigeait toutes ces courses, écrivit à d'Armagnac qu'il était disposé à conclure une trêve; mais il ne demandait pas moins de 10,000 livres pour déposer les armes, et rien ne fut décidé. Les huguenots de Nyons, se remettant en campagne, ravagèrent Modène , près Mormoiron (14 janvier), et les campagnes de Vaison et de Villedieu. La garnison de Visan , ayant voulu les poursuivre, fut presque anéantie dans une embuscade qui lui fut tendue.

Au commencement du mois suivant, cinquante cavaliers d'Orange, embarqués dans une église près de BoUène, enlevèrent un convoi de marchandises ; mais Roquart le jeune, gouverneur de ce^te place, renforcé par une par-

tie de la garnison de Sérignan , put le leur reprendre. Un fils de Jacques Pape, de Saint-Auban, périt dans la mêlée (2 février). Deux jours après, ils furent plus heureux et parvinrent à faire rentrer dans Orange un nouveau convoi de marchandises dont ils s'étaient saisis. Plus tard , ils ravagèrent l'île de La Piboulette et pillèrent Sérignan (18 février) ; mais ils échouèrent dans une tentative sur Beaumes.

Les huguenots de Ménerbes continuaient aussi leurs excursions. Ils enlevèrent à Lagnes et à Maubec du bétail, que Caumont, gouverneur d'Oppède , put leur reprendre. Le lendemain . ils se présentèrent devant Oppède pour s'en emparer et furent repoussés. Une tentative sur Cavaillon ne leur réussit pas mieux , et ils furent également battus près de Mérindol. Il y eut aussi divers faits de guerre à Bonnieux , Buisson , Villedieu et Visan.

RÉSISTANCE DE MÉNERBES (1574).

A la mort de Charles IX (30 mai 1574), le baron d'Allemagne, Nicolas du Mas de l'Isle, chef des huguenots de Provence , nomma gouverneur de Ménerbes Jean-Baptiste Ferrier , de Bonnieux. C'était un homme « d'obscure condition, » dit Nostradamus, « mais soldat et homme de fer (i). » Valavoire lui céda la place et rejoignit le baron. A dater de ce moment, Ferrier se fit un grand renom d'habileté et d'audace, et pendant cinq ans il tint en échec les forces combinées du Comtat et de la Provence.

Villeclaire, ayant décidé de faire le siège de Méner-

(1) Barjavel {Dict. hist., t. I , p. 484) le dit père du pasteur Jérémie Ferrier, de Nîmes : fait révoqué en doute par La France protestante (t. V, p. 9? et 94)-

bes après avoir reçu du pape de nouveaux secours d'hommes et d'argent , prit à sa solde quelques compagnies corses congédiées de France. Le 14 juin, il était à Cavaillon avec sa cavalerie légère, composée de soixante et dix salades et quelques argoulets, et s'apprêtait à prendre ses dispositions pour le siège quand il apprit que deux cents cavaliers et quelques fantassins dauphinois , commandés par Pontevès et Thaddée de Baschi, seigneur d'Estoubion, capitaines huguenots de Provence , venaient , à la sollicitation de Ferrier, secourir Ménerbes menacée, en passant par Séderon , Murs et Joucas. S'étant porté à leur rencontre et les rejoignant à la descente d'Oppède, il fondit sur eux à l'improviste et les débanda ; mais ceux-ci , qui étaient plus nombreux , n'ayant pas tardé à se rallier , reprirent l'offensive et mirent en fuite les troupes de Villeclaire , qui perdit dans la mêlée son mestre de camp Grillon. Pontevès et Estoublon entrèrent après cela à Menerbes au milieu des chaleureux transports de joie de la garnison , et le siège de la place fut différé. Pontevès prit aussitôt le commandement des troupes et menaça de mettre tous les lieux des environs à feu et à sang, s'ils ne lui payaient les contributions requises ; mais les soldats de Villeclaire firent si bonne contenance qu'il ne put opérer aucune sortie. Il réussit seulement à attirer par ruse dans un ravelin ou demi-lune, qui faisait partie des fortifications de Ménerbes , le mestre de camp de L'Isle, établi à Oppède, qui y laissa un certain nombre de ses gens. Après ce fait d'armes, les soldats dauphinois repartirent pour le Dauphiné , où leur présence était nécessaire (9 juillet).

Une seconde troupe, commandée par René de La Tour, seigneur de Gouvernet , entra quelques jours après dans le Gomtat par Barret-de-Lioure , et, conti-

nuant par Murs, Joucas, Ménerbes et La Vallée-d'Aigues, se saisit du port de Pertuis et de Cadenet et pilla Ansouis et Lauris en Provence (vers le 14 juillet). Un autre détachement de huguenots , caché dans les bois de Taillades, fit des prises considérables sur les passants ; mais, ayant été vigoureusement attaqué par des soldats de la garnison de Cavaillon et de Robions , il en fut entièrement dépouillé.

Au nord du Comtat, les troupes papales remportèrent quelques avantages. La garnison de Valréas reprit sur les huguenots de Nyons La Baume-de-Transit en Dauphiné. Ceux-ci, par contre, se saisirent de Saint-Ro man-de-Malegarde et de Bouchet, qu'ils ruinèrent : ce qui décida Villeclaire à envoyer dans cette région sa cavalerie légère pour donner la chasse aux huguenots de Salles , Vinsobres , Nyons et autres lieux du bas Dauphiné. De son côté, le capitaine Espiart surprenait un détachement huguenot, sorti de Joucas, et le brûlait tout vif dans une cassine où il s'était retiré ( i ).

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