‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · PRISE ET REPRISE DE PLACES · texte numérisé non relu

PRISE ET REPRISE DE PLACES

Le 19 février 1577, Entrechaux, situé non loin de Malaucène, fut livrée aux huguenots du Dauphiné par la trahison du capitaine Bernard de Lagnes. Les troupes du Comtat vinrent en petit nombre pour reprendre la place, mais comme elle parut vouloir résister, on réunit dix compagnies de fantassins , auxquelles fut adjointe la cavalerie de Tullio Griffon , formant en tout un corps de quinze cents hommes, dont Villeclaire prit le commandement. La place fut assiégée le 23 mars. Le général comtadin ayant fait creuser des tranchées et élever une redoute, les assiégés demandèrent à parlementer et il fut convenu qu'ils abandonneraient la place moyennant 3,500 écus. Mais, à ce même moment, le célèbre capitaine huguenot dauphinois François de Bonne, seigneur des Diguières (i), accompagné de Gouvernet, de Hector de Mirabel, sieur de Blacons , et de quelques autres capitaines renommés , étant accourus , il ne fut pas donné suite au traité. Les soldats de Villeclaire avaient bien cherché à barrer le passage à ce secours, mais ils furent mis en déroute et obligés de se retirer. La redoute fut incendiée et Lesdiguières entra dans la place.

(i) Habituellement de Lesdiguières.

Villeclaire qui , jusqu'à cette heure , n'avait pas fait preuve de grandes connaissances militaires , se démit un mois plus tard (en mai) de ses fonctions de général des armes au milieu des reproches unanimes de tous les personnages importants du Comtat. Il eut pour successeur le colonel Vicentio Mattheucci, dit Saporoso di Termo, âgé de soixante ans, qui avait commandé sous quatre rois les troupes italiennes mises au service de la France par le pape.

Peu après on découvrit des conspirations huguenotes dans Monteux, Sorgues et Caderousse, pendant que le redoutable Ferrier faisait courir ses gens pour se ravitailler dans les campagnes du Comtat et de la Provence, donnant pour prétexte que, n'ayant point de bois pour chauffer ses fours , il était obligé d'aller chercher du pain cuit ailleurs. Aussi mettait-on à mort ses soldats sans autre forme de procès toutes les fois qu'on pouvait les surprendre.

Les huguenots d'Orange et de Tulette étant entrés en campagne pour faire une diversion en faveur de leurs frères d'armes du Languedoc , serrés de près par le maréchal Roger de Saint-Lary de Bellegarde et par Damville, qui avait abandonné leur parti, le Comtat rappela aussitôt sa cavalerie qui avait suivi Bellegarde en Languedoc. Palazuol, qui la commandait, s'étant porté à Sarrians pour surveiller les huguenots, fit prisonnier, dans une rencontre, la femme de Gouvernet , Isabeau de Montauban, fille du comte de Sault, et ne la relâcha que contre une rançon considérable. Pour s'en venger, Gouvernet, à la tête de cent chevaux, se saisit d'une métairie située sur le territoire de Loriol, prés Carpentras, oij les catholiques s'étaient réfugiés et les fit brûler tout vifs.

A ce moment sept cents huguenots, commandés par

Colombaud , de Puyméras, se saisirent de nouveau des Piles. Mattheucci alla les assiéger avec plus de six cents arquebusiers; mais, apprenant l'arrivée d'un renfort (23 juin), il se retira. Par contre, des soldats de Malaucène , qui étaient dans sa troupe , prirent Bésignan, au nord-est du Buis. Quant à Bernard, qui occupait encore Entrechaux , il évacua la place moyennant 4,500 écus (10 juillet).

SIÈGE INFRUCTUEUX DE MÉNERBES {^^Jj).

Cependant d'Armagnac se mit en devoir, pour la troisième fois, de faire le siège de Ménerbes, dont la garnison était parvenue insensiblement à faire payer des tributs à quarante places des environs. Le pape envoya cinq cents fantassins et quarante cavaliers , commandés par Louis de Fabriano. De son côté, Henri d'Angoulême, grand prieur de France et gouverneur de Provence, se mit à la disposition du colégat avec ses troupes et deux cents charges de munitions. Ferrier ne s'alarma point de ces préparatifs et fit broder sur sa cornette une image d'or de Ménerbes avec cette devise latine : Adversk duro (je résiste aux ennemis). Ses soldats portaient une jaquette noire ornée de bandes de velours jaune et touchaient 1,811 livres de solde par mois. Lui-même recevait 1 50 écus pour le même temps.

En prévision du siège, il fit une grande provision d'eau et ruina les faubourgs de la place situés en dehors des murs et la tour de Beaumettes, où les assiégeants auraient pu se loger. Mais il ôta à Meynard la garde des portes, parce que celui-ci s'était mis à la tète d'un parti de mécontents qui désapprouvaient sa résistance à outrance. Il le remplaça par son neveu Peyre.

L'armée assiégeante , qui comptait dans ses rangs Angoulême en qualité de général en chef, Mattheucci , Dominique Grimaldi , recteur du Comtat depuis le 18 mars, Retz, Jean de Montluc, évêque de Valence, Balagny, son fils, et un grand nombre de hauts personnages de Provence, notamment Pompée de Pontevez , seigneur de Buoux , et Antoine d'Oraison , vicomte de Cadenet (i ), était forte de dix mille hommes et comprenait six régiments de troupes françaises, un régiment de Corses , des milices comtadines et seize gros canons. Le Comtat devait payer un tiers de la dépense et le roi de France le reste fi^*" septembre).

Ferrier, invité tout d'abord à se rendre par le sieur de Cabanes , frère de Cordes , gouverneur du Dauphiné, s'y refusa, et la place fut investie (5 septembre). Les seize canons ayant renversé la tour Tornhille , les troupes catholiques montèrent à l'assaut , précédées de deux capucins portant des crucifix , et purent se loger sur le rocher même où était bâti Ménerbes. Par suite de cette occupation , les assiégés perdirent un puits creusé en dehors des remparts, et, dans la crainte de manquer d'eau , mirent à mort toutes leurs bêtes inutiles. Le sergent-major Jean de Séguirani, qui s'était distingué sous Montbrun en 1 560 et avait embrassé depuis le parti catholique, fut tué dans cet assaut.

Ferrier, exposé à manquer complètement d'eau dans quelques jours et sachant qu'il ne pouvait compter sur aucun secours, demanda à parlementer le 18 septembre, le lendemain du jour oij Henri III signait avec les huguenots la paix de Bergerac. On lui envoya son propre secrétaire Fustéri , qui était pour lors prisonnier;

'(i) Son fils François, baron d'Oraison, servait dans le camp des huguenots, en Provence.

mais le temps s'étant mis à la pluie , Ferrier reprit courage, retint Fustéri, et le siège recommença.

Cependant le camp catholique se renforçait tous les jours de nouvelles troupes , et une galère italienne apporta de la part du pape 1 5,000 écus, deux mille boulets, cent barils de poudre et cent caisses de salpêtre. A partir du 20 septembre, le feu devint à peu près continuel , mais sans produire d'abord de grands résultats , à cause de la rupture de plusieurs canons et de l'état de fraîcheur de la poudre. Les chefs ayant remédié à ces inconvénients, les canons recommencèrent à tonner ; après quoi les assiégeants montèrent à l'assaut , précédés des mêmes capucins , et allèrent se loger aux pieds des murailles. Neuf cent soixante-sept boulets avaient été lancés contre les murailles de la place.

Se voyant serré de près , Ferrier demanda une nouvelle conférence , qu'on lui refusa cette fois ; mais elle fut accordée aux principaux habitants de Ménerbes , qui députèrent au camp catholique Arbaud, ancien prieur de Bonnieux et parent de Ferrier ; Fustéri , secrétaire de celui-ci , et un troisième personnage. Ils s'offrirent en otage et proposèrent de prendre les Orangeois pour arbitres de leurs prétentions. Ils demandaient une certaine somme d'argent, la conservation de leurs vie. armes et bagages, et l'autorisation de vendre les diverses marchandises qu'ils avaient capturées. Les catholiques ayant accepté leur proposition, Thomas Pazzis de Panisse et Joachim de Simiane accompagnèrent les députés ménerbiens à Orange , qui refusa la médiation. Pendant la suspension d'armes, un secours de trente hommes vint pour renforcer la garnison de Ménerbes ; mais Ferrier, qui craignait de manquer d'eau, ne lui permit point d'entrer, et elle repartit avec un

DU COMTAT VKNAISSIN. 9?

sauf-conduit du grand prieur. Cinquante habitants se retirèrent également.

FERRIER CONSENT A TRAITER. SON ARRESTATION PAR SAINT-AUBAN , QUI ENTRE INOPINÉMENT DANS LA

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