I06 HISTOIRE DES PROTESTANTS
Il fut encore stipulé que les jugements rendus contre les protestants établis dans le Comtat seraient annulés ; qu'on élargirait les prisonniers de guerre sans rançon ; que les fugitifs qui possédaient des offices dans le Comtat pourraient les vendre; que chacun, du reste, aurait la faculté de se défaire de ses biens, et que les procès civils et criminels des protestants du Comtat seraient portés en première instance devant la sénéchaussée de Nîmes, et, en appel, devant la Chambre mi-partie du Languedoc.
Telles furent les clauses principales de l'important traité de Nîmes qui restitua au pape Ménerbes et Les Piles. Il fut signé le 7 novembre 1578. Le 18, le roi, par lettres patentes datées d'Olinville , ratifia le traité , qu'il fit suivre de cette clause importante : « Nous avons pris et mis, prenons et mettons... en notre protection et sauvegarde spéciale tous ceux de la R. P. R. des Archevêchés d'Avignon et Comté de Venisse comme nos propres sujets , et iceux, comme tels, voulons être maintenus et conservés en toute sûreté. » Dans une seconde ratification de même date, Henri III ordonne que ceux de la R. P. R. ne seront pas troublés et empêchés dans la jouissance de leurs biens , et qu'en cas d'injustice de la part des officiers du pape , il leur octroie des lettres de marque et de représailles , comme les articles secrets de l'édit de Poitiers de 1 577 l'avaient déjà stipulé (Voy. plus haut, p. 96).
Une trêve provisoire fut publiée le 12 novembre à Avignon , au camp catholique devant Ménerbes , et à Ménerbes même. Saint-Auban, vers la fin du mois, retourna dans la place, oij ses partisans commençaient à murmurer contre lui, car il s'était fait adjuger, pour sa seule part, 13,000 livres d'indemnité. Un exprès apporta ensuite de Paris les lettres patentes du roi qui ratifiaient le traité, et la paix fut définitivement signée le
7 décembre et publiée le 15. Les Etats de la province avaient accepté le traité le 30 novembre à Carpentras, et le pape l'approuva le 7 février 1 579. De plus , Jean de Verot, Jean de Seguins et Charles de Patris eurent commission de D'Armagnac, le 15 décembre, de faire restituer aux calvinistes les biens qui leur avaient été confisqués. Les Ménerbiens demandèrent, il est vrai, comme surcroît de garantie, que les lettres royales fussent enregistrées par les Parlements de Grenoble et d'Aix, et que les noms et surnoms de tous les habitants de la place fussent mentionnés dans l'acte : savoir, cent vingt hommes et cent dix femmes , filles ou enfants ; mais, sur les représentations qui leur furent faites, ils se contentèrent des visa et pareatis du Parlement d'Aix.
« Voilà, » dit De Thou, « tout ce que le public sut de ce traité. Il y avait encore un article dont le duc de Damville s'était rendu garant, et qui fut tenu secret afin qu'il ne parût pas qu'on forçât le pape à passer des conditions trop déraisonnables. Il portait qu'en réparation des dommages que ceux d'Orange avaient reçus dans cette guerre, et pour les soulager en partie de l'entretien de la garnison qu'ils étaient obligés d'avoir dans leur ville, les bourgeois d'Avignon leur paieraient, tous les ans, 6,000 écus d'or : ce qui s'exécuta assez longtemps fort exactement. » Ce traité aurait pu se conclure certainement plus tôt, et, comme dit encore de Thou, « on ne pouvait en attribuer la faute qu'aux lenteurs des ministres du pape. Ils auraient cru se déshonorer en accordant aux protestants quelque chose qui pût être favorable à leur religion, et, plutôt que d'y consentir, ils laissèrent pendant longtemps ces provinces exposées à toutes sortes de malheurs. »
Pour justifier la remarque de De Thou, il suffira de faire remarquer que, quoique le traité de Nîmes eût été
signé le 7 novembre, Jean de Verot et Charles de Patris , chargés, comme on l'a vu, par le colégat et la recteur Grimaldi, de restituer aux protestants du Comtat les biens qu'on leur avait confisqués, n'avaient pas commencé leurs opérations le 3 mars suivant et ne les terminèrent pas de sitôt (i).