ÉVACUATION DE MÉNERBES. PACIFICATION DU COMTAT
La place fut livrée le jour de la signature définitive de la paix, c'est-à-dire le 7 décembre. Dés le matin, des charrettes et des bêtes de somme emportèrent les meubles et les provisions des habitants, et le déménagement ne se termina que le lendemain. Alors commença le défilé. Les femmes sortirent d'abord avec les enfants, puis les soldats en armes, enseignes déployées et tambour battant, Saint-Auban à leur tête. Ils allèrent tous coucher à Murs, à deux grandes lieues plus loin, escortés de deux cents cavaliers italiens, qui portaient les 1 2,000 livres dues encore à Saint-Auban, les 2,500 écus accordés aux habitants d'Oppède, Bonnieux et Cabrières, dont Meilhe eut la plus grosse part ; les 800 livres destinées à solder la garnison pendant le temps qu'avaient duré les négociations; enfin les 2,000 livres données en présent à la princesse de Salerne, qui s'était entremise en faveur de la paix auprès de Saint-Auban, son gendre. Les huguenots avaient occupé Ménerbes cinq ans, deux mois et huit jours. Ils y célébrèrent leur culte durant tout ce temps sous le ministère du pasteur Julianis, qui était pour sûr à Ménerbes en 1579. Des sommes immenses
(i) Articles de la paix conclue à Nismes le VII novembre 1598, etc. Die, 1615, in-8»; Traité de Nîmes de 1578, etc., édité par G. Charvet ; Ménard, Hist. cil/, eccl. et lilt. de la ville de Nîmes (éd. 18741, t. V, p. 156; Cottier, Notes historiques , p. 214, 215, 216.
DU COMTAT VENAreSIN. IO9
avaient été dépensées inutilement pour les déloger. Au moment de la retraite du grand prieur, le siège avait déjà coûté au pape 95,000 écus, et aux communes de Provence et du Comtat, 322,108 livres. Le Comtat était grevé de 800,000 écus de dettes, sans compter les dettes particulières de chaque communauté, et une telle famine avait régné dans le pays, que l'on vit des hommes brouter l'herbe des champs, faute de nourriture.
Saint-Auban, comme on l'a dit, s'était fait adjuger la part du lion ; aussi de graves querelles s'élevèrent-elles entre les défenseurs de Ménerbes, dès qu'ils furent installés à Murs. Ils en vinrent même aux mains, et, sans l'intervention de l'escorte italienne , le sang eût coulé. Colombaud, seigneur de Puyméras, évacua aussi Les Piles, moyennant 2,000 livres, et le château fut rasé. Gouvernet, de son côté, quitta Tulette , qu'il occupait depuis longtemps ; mais la garnison y demeura encore jusqu'au mois de juin de l'année suivante, époque où elle fut chassée à main armée par les habitants.
Le traité de Nîmes mit fin, pour plusieurs années, aux guerres de religion proprement dites du Comtat. Il y eut encore, il est vrai, quelques complots tramés contre la sûreté d'Avignon, et d'autres places, mais aucune lutte armée n'ensanglanta le pays. En 1579, un certain Molini voulut se saisir du château de Mornas, et fut découvert , conduit à Avignon , et exécuté avec ses complices. Des tentatives sur Oppède, Brantes et la Chartreuse de Bompas , non loin de Parnes , n'eurent pas plus de succès. Ceux qui voulurent livrer ces places furent pris et exécutés.
S'il faut en croire une lettre de Grimaldi, du 24 avril 1 579 (i), adressée au nonce du pape, à Paris, le roi de
(i) Dans les lettres autographes vendues à Paris le 12 mai 1882, salle Drouof
Navarre n'aurait pas été étranger à ces complots. II prétend savoir, par des révélations directes, que Saint- Auban avait reçu de ce dernier l'ordre de se saisir de Brantes, et il parle des « menées sourdes » des huguenots du Comtat. Lui-même se montre très animé contre ces derniers, et il déplore les articles de la conférence de Nérac, du 28 février 1579, qui confirmaient et étendaient ceux de l'édit de Poitiers de 1577 (i).
SEPTIÈME GUERRE DE RELIGION (février i';8o-26 novembre mSo)
CONSPIRATIONS DIVERSES (l^So).
Cette nouvelle guerre de religion, dite des Amoureux, dans laquelle les huguenots obtinrent de grands succès en France, incita vraisemblablement ceux de Nyons en Dauphiné à recommencer leurs menées pour s'emparer, par intelligence, de quelques places du Comtat. Ainsi, un caporal de la garnison d'Avignon et deux artisans de Vénasque avaient traité avec eux pour leur livrer la première de ces places. Les artisans furent arrêtés et pendus ; mais on ne parvint point à découvrir le caporal.
(i) Pérussis, dans d!Aubais, t. I, p. 196, 197, 201-217, 221-225; Honoré Bouche, t. II, p. 665, 666; Nostradamus, p. 814; Gaufridi, t. II, p 570-573; Boze, Hist. d'Apt. p. 279-282; Justin, p. 362-408; De Thou, t. V, p. 544-545; d'Aubigné, t. III. coi. 1026-1029; IVIénard. Hist. cw.,ecc. et litt. de la ville de Nîmes, t. V, p. 156; Lucien Gap, Tentative des prot. sur Séguret, en 1598 {Ballet, de la Soc. d'arcli. de la Drôme, t. IX, p. 393-408); Sommaire de toutes les délibérations des trois Etats, etc. (ms.).
Nisan fut également préservé par l'arrestation des traîtres. Pour éviter toute surprise, le nouveau général des armes, Pirrho Malvezzi, de Bologne, fit défendre à tous les Comtadins de traiter et même d'avoir aucun commerce avec les hérétiques, sous peine de mort.
Malgré cela, Louis Pouët, de Châteauneuf-du-Pape, capitaine d'une compagnie de soldats àGadagnes, traita avec les Orangeois pour leur ouvrir les portes de cette dernière place, de concert avec le meunier du lieu, qui était secrètement huguenot, et un nommé Chaix, qui contrefaisait le fou. Craignant toutefois d'être découvert, Pouët alla se dénoncer lui-même à Avignon, mais il ne sauva pas ses jours , et fut exécuté avec deux de ses complices.
Les huguenots du bas Dauphiné, encouragés par le succès de l'entreprise sur Orange de Chabert, beaufrère de Blacons, firent quelques mouvements ; mais Oddi, avec sa cavalerie légère, les battit près de Nyons. Verdelin, gouverneur du Thor, leur donna aussi la chasse.
TRAITÉ DU FLEix (26 novembre 1 580). procès et exécution DES CONJURÉS DE 1578. INTERCESSION ET