‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 42 sur 69 · IJO HISTOIRE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

IJO HISTOIRE DES PROTESTANTS

but de le supplier de faire intercéder quelque grand personnage auprès de Guillaume de Nassau en faveur de ses sujets. « Je vous prie, » lui disait-il à ce propos, (( me faire tant de bien de nous mander si vous nous pourriez donner quelque adresse à quelque prince d'Allemagne qui fût évangéliste et familier de Monsieur le comte de Nassau , lequel est prince souverain de cette principauté d'Orange, pour nous donner plus grande liberté par un intérim ; car nous avons toute la noblesse et la plupart des magistrats qui sont de l'Eglise. Les moines et prêtres ont dépêché un homme en Flandre, vers ledit seigneur de Nassau, et l'Eglise en a mandé un autre au nom du plus de la ville. Pourtant, vous prie, au nom de Dieu , nous faire quelque faveur envers quelque bon seigneur, vous qui avez crédit avec plusieurs princes , et le Seigneur Jésus, qui est mort pour son Eglise, vous récompensera du bien que, par votre moyen , pourrait avoir. Faisant fin , après avoir prié le Seigneur Jésus vous maintenir en sa grâce et toute prospérité (i). »

Depuis le départ de Cornelli de Puimichel , cette église était restée sans conducteur spirituel , quoique celle d'Orange, qui s'était engagée à demander pour elle un autre pasteur à Genève, eût tenu sa promesse ; mais son messager n'avait pas su remplir sa commission. C'est pourquoi , craignant que Cornelli ne fût redemandé par son ancienne église , elle écrivit cette lettre à Calvin :

« A Monseigneur, Monsieur Calvin, ministre en l'Eglise à Genève. La grâce et la paix de par Dieu. S[alut].

(i) Cabitii opéra, vol. XIX, n° Les éditeurs placent, à tort, cette

lettre non datée en 1562.

» Monseigneur, étant venu par deçà M® George Corneille, naguère ministre au pays de Messieurs de Berne, pour servir en l'église de Puimichel, en Provence , et ayant connu le peu de fruit qu'il y pouvait faire pour la petitesse du lieu et petit nombre des habitants , le mandâmes prier de venir en cette ville oij , grâces à Dieu, y a église dressée en grand nombre, pour y administrer la Parole de Dieu. Ce que l'église d'illec nous accorda en condition de leur faire venir un autre ministre au lieu dudit M® George. A quoi nous avons fait diligence et, à ces fins, mandé homme exprès là-haut ces Pâques derniers, lequel n'a su faire sa charge, de sorte que ceux dudit Puimichel poursuivent de nous ôter ledit M® George, que serait chose grandement dommageable et scandaleuse en cette ville et en notre église, où il est connu dès longtemps et aimé (i ). Qu'est cause qu'il fait plus de fruit et édification que ne ferait un autre. Et pour ce vous supplions, à l'honneur de Dieu , dresser et envoyer un autre ministre audit Puimichel , afin que ledit M® George ne départe de nous. Et nous satisferons à touts dépens raisonnables. Priant sur ce notre bon Dieu vous maintenir en sa grâce, nous recommandant très humblement à la vôtre. D'Orange, ce second de juin 1561.

» Vos humbles serviteurs et anciens de l'Eglise d'Orange : Demontagu, Lange, Decange, Ballary (2). »

Le 1 1 juin suivant les anciens du consistoire d'Orange renouvelèrent à Calvin la même demande dans une lettre signée au nom de tous par le diacre Chastein et portée par de Mercurins, pasteur de Lourmarin (3). Cette troisième démarche n'aboutit pas à faire trouver

(1) Cornelli avait été moine augustin à Camarct, non loin d'Orange.

(2) Cabini opéra, vol. XVIII, n° mo9- (5) M., ibid., n" î-

un pasteur pour Puimichel ; mais, comme on le verra plus loin, Cornelii fut obligé, par les circonstances, de reprendre son ancienne église.

DÉPUTATIONS AU PRINCE d'oRANGE (1561)

En présence des divers courants d'opinion qui se manifestaient à Orange , la ville avait député à Guillaume de Nassau (février 1561) le viguier Chabert et le premier consul de Langes (i). La Tour, écuyer du prince, leur remit une lettre pour ce dernier, où, prenant le parti des catholiques , il disait que le corps de la ville était coupable d'avoir secouru Montbrun , que les deux députés passaient , non sans raison , pour y avoir prêté la main et qu'il fallait punir les habitants d'Orange et expulser les hérétiques étrangers.

Chabert et de Langes ne furent pas reçus par le prince d'Orange ; mais le notaire Jean Travail^ qui avait été député par les officiers de la principauté pour obtenir la délivrance du conseiller Pelet et la restitution des deux mille écus réquisitionnés par La Motte-Gondrin , lui fut présenté. Après avoir rempli sa mission , Travail s'enhardit à demander la liberté de conscience pour ses concitoyens.

Sa démarche ne produisit pas tout l'effet désirable. Le successeur de Prunier, Guillaume de Vincens, sieur de Causans, apporta des Pays-Bas des lettres-patentes du prince , conçues dans le même esprit que la lettre de cachet du roi Charles IX du 28 janvier 1 561. Elles pardonnaient à ceux qui avaient envoyé des secours à Montbrun et faisaient aussi grâce aux Luthériens, mais à la

(1) On vient de voir, par la -lettre de Cornelii, que les moines et les prêtres avaient aussi envoyé un député au prince.

DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGR.

condition que désormais ils vécussent catholiquement. Travail, néanmoins, reçut la mission secrète de faire savoir au roi de France que Guillaume voulait que ses sujets jouissent de la liberté de conscience.

Les lettres-patentes du prince furent enregistrées par le Parlement le 6 juillet. Après quoi eut lieu la convocation des Etats de la principauté. Le président Parpaille et le gouverneur Causans opinèrent avec force pour qu'on s'en tînt à la teneur des lettres-patentes. Le consul de Langes exprima, au contraire, l'avis qu'il fallait laisser à chacun la liberté de ses croyances. Le président et le gouverneur ayant parlé de nouveau dans le sens d'une obéissance stricte aux ordres du prince, leur avis prévalut.

PRÊCHES DE JOUR. DÉNONCIATIONS DE PARPAILLE ET DE CAUSANS. ÉDIT DE BRÉDA. FUITE DE CORNELLI (1561)

Sans s'arrêter au sentiment de la majorité des Etats , les protestants, devenant de plus en plus nombreux dans la principauté, firent prêcher de jour leurs ministres dans des maisons particulières, à Orange, cà Courthezon et à Jonquières. Cornelli, croyant désormais que sa position était assurée, fît venir auprès de lui sa femme et ses enfants et dressa publiquement l'église d'Orange selon la forme de Genève. Les habitants de Courthezon et de Jonquières, de leur côté, embrassèrent presque tous en masse la Réforme.

Causans et Parpaille dénoncèrent ces faits à Guillaume. Baussanc fit de même, mais en termes plus mesurés. Les consuls, à leur tour, dénoncèrent Parpaille, qui, venu fraîchement de Rome avec le titre de chevalier de l'Ordre du Pape, ne cachait pas sa haine con-

tre les luthériens et menaçait de les faire tous périr. Sans attendre la réponse de Guillaume , Causans et Parpaille lui adressèrent de nouvelles lettres pour obtenir l'autorisation de choisir à leur gré des Juges dans le Parlement , à l'effet de châtier trois ou quatre factieux. Le prince n'accéda pas à leur demande , qu'il jugeait (( chose malséante, injurieuse et scandaleuse ; » mais il ordonna au Parlement de faire observer ses dernières lettres-patentes, de punir les trois ou quatre factieux susdits et d'arrêter le premier consul de Langes. Peu après, il publiait un édit, daté de Bréda, 6 juillet 1561, qui défendait les prêches et généralement l'exercice de la religion réformée, sauf l'approbation du gouverneur, du président du Parlement et du Parlement luimême ; interdisait le port d'armes , expulsait du pays , dans les trois jours, les étrangers, à peine de 500 livres d'amende, et punissait ceux qui s'injurieraient d'une amende de 25 livres pour la première fois et de 100 pour la seconde.

L'édit fut vérifié et enregistré le 6 août par le Parlement ; mais il ne fit qu'irriter les adeptes de la nouvelle religion sans les effrayer. Cornelli, « plus instrument de guerre que de paix, » dit Lapise, a de trouble que de repos, » alla jusqu'à en appeler au conseil du roi (i) de i'édit du prince, et continua ses prêches comme par le passé ; mais, quatre jours après la publication de I'édit, pendant qu'il présidait un service religieux dans la maison de Colin Mujoul , on ferma les portes de la ville pour se saisir de sa personne. Averti à temps et assez heureux pour s'échapper, il alla reprendre son

(0 Charles IX avait promulgué, en juillet, un édit inspiré par L'Hospital qui, sans permettre encore le libre exercice de la religion, amnistiait le passé et faisait disparaître le bûcher et les échafauds.

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ancienne église de Puimichel, où il se trouvait au commencement d'août.

CONVERSION DE PARPAILLE , DU PARLEMENT ET DE BAUSSANC. MINISTÈRE DE LACOMBE. PRÊCHES PU- BLICS DANS LES ÉGLISES. CÉLÉBRATION DE LA PRE- MIÈRE CÈNE. RÉCLAMATION DE l'ÉGLISE DE ROMANS

Sur ces entrefaites, Parpaille, qui s'était montré jusque-là si hostile à la Réforme, en embrassa lui-même le parti avec la plupart des conseillers du Parlement et le procureur général Baussanc (i ). Ils permirent Fexercice public de la religion réformée sans contrevenir, du reste, à Tédit de Bréda, qui les laissait juges de l'autoriser ou de le proscrire. Les prêches se firent dès lors ouvertement et d'une manière régulière dans l'église de Saint-Martin, qui fut dépouillée de tous les ornements de Tancien culte, en même temps que dans des maisons particulières. Le pasteur Siméon de Lacombe , ancien carme, fut appelé pour remplacer provisoirement Cornelli. Il desservait pour lors Téglise de Romans, en Dauphiné, qui, persécutée par le gouverneur La Motte- Gondrin, put le prêter pour quelque temps à Tèglise d'Orange.

Les moines eux-mêmes entrèrent dans le mouvement. Tous ceux du couvent des Jacobins (Frères prêcheurs), se convertirent et, l'église de Saint-Martin étant devenue trop petite, cédèrent leur chapelle pour les prédications. Tous les objets servant au culte catholique furent

(i) Baussanc se fil pasteur dans la suite, et occupa le poste de Courihezon, où il mourut, en 1597, après avoir rempli diverses missions politiques, et être intervenu, notamment, comme on Ta vu pages çO et 105, dans la reddition de Ménerbes et la conclusion du traité de Nîmes de i>78.

enlevés de nuit de cette chapelle, et, le lendemain matin, 2 novembre, Lacombe y prêcha au son des cloches et donna la sainte Cène pour la première fois, au grand étonnement des catholiques, qui n'avaient jamais assisté à une cérémonie de ce genre. Presque tous les conseillers du Parlement, les officiers du prince, les consuls et les habitants notables y prirent part, au nombre d'environ quinze cents. Deux cents d'entre eux étaient armés d'arquebuses ou de pistolets pour prévenir toute agression. Les autres églises catholiques, à l'exception de la cathédrale de Notre-Dame, furent ensuite dépouillées de leurs images et statues et Ton y fit régulièrement le prêche tous les jours. Les vestiges du culte catholique furent aussi détruits dans tous les lieux de la principauté et, consommant le divorce entre l'ancien culte et le nouveau, Lacombe se maria avec Antoinette Bernard, fille d'un notaire de ce nom, d'Orange, et fit bénir son mariage dans l'église des Jacobins le dernier dimanche de novembre par le pasteur du Pont-Saint-Esprit.

La cathédrale subit peu après le sort des autres églises et fut ouverte au nouveau culte le dimanche 20 décembre. Les chanoines, effrayés, s'assemblent pour prendre un parti, quand les notables protestants de la ville, Lacombe à leur tête, se présentent devant eux, leur déclarent qu'on n'en veut pas à leurs biens, leur offrent de les aider pour la garde de l'église, mais leur recommandent de secourir les pauvres. Les chanoines feignent d'adhérer à ces propositions, mais la plupart d'entre eux se sauvent à Avignon, qu'ils font retentir du bruit de leurs doléances , et adressent une plainte au prince d'Orange. Ce dernier qui, dès son bas âge, avait montré du penchant pour la Réforme, s'étant marié sur ces entrefaites avec la princesse luthérienne Anne , fille du grand Electeur Maurice , duc de Saxe ,

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laissa aller les choses , quoiqu'il ne fît pas encore profession ouverte de protestantisme

Cependant l'église d'Orange , satisfaite du ministère de Lacombe, n'avait pas hâte de se pourvoir d'un autre pasteur, bien qu'elle n'eût reçu ce dernier qu'en prêt. Lacombe , de son côté, se plaisait à Orange. C'est pourquoi les anciens et les diacres de l'église de Romans prièrent Calvin de leur faire rendre leur ancien pasteur. •( Je suis contraint de soupirer avec eux, » disait pour eux Bise, pasteur à La Côte-Saint-André le i6 décembre 1^61, et me complaindre à vous du tort qu'il me semble leur être fait par lesdits d'Orange et Lacombe contre l'intention du synode tenu à Die et la permission des Etats de Romans; car si ceux d'Orange ne se sont voulus pourvoir de ministre , comme le leur avait été enjoint, regrettant encore leur Georg. Cornellius, reçu par eux sans vocation et ordre légitime , et si ledit Lacombe, n'ayant résisté audit Romans jusques à la prison et au sang, se trouve plus commodément et à son aise avec lesdits d'Orange ; si sa femme nouvellement épousée lui est un empêchement ou lui est plus chère que l'Eglise du Seigneur, de laquelle, par nécessité il a été en charge , qu'en peut mais le pauvre troupeau affamé et désolé duquel il rendra compte. Je vous supplie donc, au nom du Seigneur, leur tendre la main, de sorte qu'ils aient occasion d'être au double redevables envers vous '2). »

PLAINTES DE CAUSANS ET DE l'ÉVÊQUE. l'ÉDIT DE JANVIER APPLIQUÉ A ORANGE. DÉPART OF ' '-^VÊQUE ET DE CAUSANS (i;62).

! i) Perrat, p. 119, 120, 122-124: — Lapise, p. 28>-287; — Honoré Bouche, i. II, p. 6^ 5 : — Justin, p. 1 1 i-i 12 : — Bastet, p. 21 >-. (2) Calvini cp<ei\i. vol. XIX, n° ^.6^4.

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