‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 43 sur 69 · II I · texte numérisé non relu

II I

lyV, HISTOIRE DES PROTESTANTS

Le nouvel évêque d'Orange, Philippe de La Chambre, s'était mis en route pour prendre possession de son diocèse ; mais ayant appris que les protestants étaient les maîtres de la ville et occupaient toutes les églises , il se retira à Avignon , d'où il écrivit à Guillaume , le I) février 1562, pour s'excuser de ne pas s'être rendu à son poste. Il le priait en même temps d'avoir pitié de ses diocésains et se plaignait , après avoir raconté tous les événements qui s'étaient passés, de ce qu'il n'était pas permis aux trois mille catholiques de la ville d'avoir un prêtre pour dire la messe et aux religieux de porter le costume de leur ordre.

Le gouverneur Causans,qui revenait de Nice, témoin des changements considérables survenus dans la principauté, adressa de son côté à Guillaume un rapport dans lequel il lui disait que, depuis le 20 décembre dernier, il ne s'était dit aucune messe à Orange, à Courthezon et à Jonquières, parce que les protestants s'étaient emparés de toutes les églises.

A ce moment, Parpaille, devenu fougueux huguenot d'ardent catholique qu'il était, s'étant mis à la tête d'un certain nombre de bannis comtadins, tenta, pour isoler et affaiblir Avignon , de se saisir de Châteauneuf-du- Pape au moyen d'un pétard. Il échoua, mais fut plus heureux devant Saint-Laurent-des-Arbres, situé en Languedoc et ressortissant à l'archevêché d'Avignon. Il le prit et laissa démolir l'église par ses soldats. Après ce fait d'armes , il rejoignit l'armée du comte Antoine de Crussol, qui s'apprêtait à faire le siège de Barjols (i).

Qjuant au prince d'Orange, qui se laissait guider, dans les affaires de la principauté, par la politique de la cour de France plutôt qu'il n'avait une politique personnelle

(i) Voy. t. I, p. 157.

LA PRINCIPAL' rt D ORANGt. l 79

sur ce point, il voulut faire bénéficier Orange des avantages du célèbre édit de janvier 1562, qui proclamait le principe de la liberté de conscience et l'exercice du culte réformé dans certaines limites, et il chargea son écuyer Latour de le faire exécuter dans la principauté.

Arrivé à Orange aux environs de Pâques, et ayant convoqué en assemblée générale les trois ordres du pays, Latour décla-'a que son naître voulait suivre la politique du roi de France et permettre dans la principauté l'exercice des deux religions. Les Etats ayant acquiescé au vœu de leur prince, les protestants abandonnèrent les églises qu'ils détenaient, à l'exception de celle des Dominicains, qu'ils conservèrent pour faire leurs exercices. Le culte catholique, interrompu complètement depuis le 20 décembre 1561 , fut rétabli, et i'évèque de La Chambre donna en personne dans la cathédrale d'Orange des conférences où ii attaqua violemment les doctrines luthériennes.

Ces prédications ayant engendré des troubles, I'évèque se retira à Caderousse, en Comtat, qui ressortissait à son diocèse , avec ses chanoines et son clersré séculier et régulier. Après soi départ, les Orangeois se mirent en devoir de démolir sept églises et abattirent le clocher et la voûte de la cathédrale. Le Parlement prononça ensuite le bannissement de l'évêque fugitif, la confiscation des biens du clergé et l'interdiction du culte catholique. A dater de ce moment, La Chambre ne revit plus qu'une seule fois en passant son diocèse, le 21 décembre 1564, et finit par se démettre de ses fonctions ( 1 571 ). Ce ne fut, du reste, qu'en 1609 <^u'un de ses successeurs, Jean de Tulles, l'oncle, reprit le siège épiscopal d'Orange.

Quant à Latour, il demeura à son poste jusqu'au 2; avril 1 ^62, alors qu'informé du meurtre de La Motte-

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Gondrin survenu à Valence le même jour, il prit peur et se réfugia à Avignon. Des députés lui furent envoyés pour l'assurer que ni sa personne, ni ses biens ne couraient aucun risque et l'engager à rentrer à Orange ; mais rien ne put lui faire changer de sentiment (ij.

DEMANDE d'uN PASTEUR A GENÈVE. JUSTIFICATION DU DIACRE CHASTEIN ^1562).

Lacombe ne séjourna pas à Orange au delà de l'année 1561. Le synode, tenu à Lyon le 25 novembre de cette même année (2) , décida qu'il demeurerait à la tête de l'Eglise de cette ville jusqu'à la fin de décembre et qu'il reprendrait son ancien poste de Romans. Privé de pasteur, Orange s'adressa à la compagnie des pasteurs de Genève pour en obtenir un et lui écrivit à ce propos la lettre suivante :

« Grâces et salut par Jésus-Christ.

» Seigneurs , du temps que Dieu voulut dresser son église en cette ville, pour ce que peu de gens se voulaient déclarer nous élûmes entre autres diacres un qui, nommé Jehan Chasteing (3), natif du pays de Forez , espérant avoir quelque instruction de lui à la conduite de notre église, ayant-il demeuré quelque temps à Genève et vu l'état des églises réformées. Et pour autant qu'il y allait dernièrement pour y acheter quelques livres, lui donnâmes des lettres pour vous présenter, afin qu'il vous plût nous envoyer quelque ministre bien versé aux Saintes Lettres et au ministère , eu égard à l'importance de notre église constituée au milieu des terres du grand ennemi de l'Evangile, en attendant le

(1) Pérussiis, Discours des guerres, p. 45 ; — Lapise, p. 289, 290 ; — Bastet, p. 219-223 .

(2) E. Arnaud, D ocaments protestants inédits, p, 50.

(3) Il signe Cliastein.

dl; la principauté dorangiï. i8i

retour de Monsieur De Villa (i), qu'avons envoyé devers vous pour se dresser au saint ministère. Toutefois nous avons entendu au retour dudit Chasteing, qu'il n'avait pas voulu comparoir devant vous sur quelque cas duquel il a été accusé, duquel nous n'avons pas encore vrai notice , et sommes ébahis que les parties n'en ont fait aucune plainte ou poursuite par deçà. Par quoi si aviez aucunes informations et preuves dudit affaire , vous prions les nous envoyer avec les parties , afin d'y faire telle procédure qu'il appartiendra selon la Parole de Dieu et pour le devoir de notre église , en laquelle ne voudrions souffrir gens reprochables qui deviendraient scandale et occasion aux malins de médire. Au surplus , ce en quoi l'a voulu charger qu'il dit d'avoir écrit contre un chrétien accusé d'hérésie devant les juges infidèles et de s'être pollué aux idolâtries depuis qu'il eut fait la cène , à Genève , nous vous assurons que ce n'a été en cette ville, car depuis qu'il est habitant en icelie l'avons vu toujours converser fidèlement quant aux apparences extérieures , sans donner aucun scandale ni mauvais exemple aux enfants de Dieu. Lequel Chasteing nous a môme envoyé un ministre de votre part, appelé monsieur Patac , lequel, pour sa jeunesse, ne peut encore satisfaire entièrement à notre Eglise , bien qu'il soit formé de bon savoir, à laquelle serait requis comme bien consommé pour attirer les personnes ignares à la connaissance de Dieu : ce qu'il pourra bien faire avec le temps pour les dons que Dieu lui a départis. Cependant s'il y avait moyen nous pourvoir de quelqu'un dès longtemps institué au ministère , ayant le don d'éloquence de bien dire, nous vous prions , au nom de Dieu , le nous envoyer ou faire entendre pour le mander

(i) Ailleurs, Matthieu de Villa. Il signe : Laville.

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quérir avec ledit De Ville, car notre église a besoin de trois ministres expérimentés , tant en la prédication qu'à la conduite d'une église; non seulement pour la nôtre, mais aussi pour en dresser de circonvoisines , afin de conserver la frontière que Dieu a voulu dresser au grand ennemi.

» Cependant nous prions le Seigneur vous continuer ses grâces, vous priant nous avoir pour recommandés à vos bonnes oraisons. D'Orange, le xii Avril 1562.

» Vos frères , serviteurs et amis . les anciens de r Eglise d'Orange et pour la compagnie, Delange , diacre (i). »

Avant d'aller plus avant dans notre récit, nous dirons que l'église d'Orange , à ses débuts , fut rattachée aux synodes du Lyonnais et du Dauphiné réunis, comme on le voit dans les actes de ces assemblées :

« Item , ceux d'Orange ont été adjoints avec ladite province touchant la doctrine et police ecclésiastique, comme ils Tont requis par procureur » [Syn. de Lyon du 13 avril i)6ij. — a Que la province du Dauphiné et autres conjointes à icelles seront divisées et ordonnées en cinq classes (colloques), à savoir... S. Paul- Trois Châteaux, Orange et son principauté, le Comté de Venise en Provence , à savoir les places et lieux qui sont entre le Dauphiné et le Comté d'Orange, une autre classe » (Syn. de Montélimar du 6 mars 1^62) (2).

SACCAGEMENT ET INCENDIE d'oRANGE. MASSACRE DE SES HABITANTS (l)62j.

L'état prospère du protestantisme à Orange, qui fai-

(») Dans Gaberel, Hist. de l'église de Gencive, t. I, (éd. i8ç8), pièces justificatives.

'3; E. Arnaud, Documents protest, inédits, p. i8 et 57).

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGL. 183

sait de cette place, située entre le Languedoc, le comtat Venaissin , la Provence et le Dauphiné , une sorte de forteresse de la Réforme et était un centre de ralliement et un lieu de refuge assuré pour les opprimés de ces quatre provinces . ne pouvait qu'exciter la colère et Tenvie du parti catholique . resté tout-puissani dans le Comtat et devenu tel en Provence depuis la nomination de Honorât de Savoie, comte de Sommerive , comme gouverneur de ce dernier pays.

Le commandant des troupes du Comtat, Fabricio Serbelloni, sachant que ce dernier avait une armée toute prête à faire le siège de Sisteron , occupée pour lors par les huguenots 'la première guerre de reli^^ion avait commencé en avril en France) , lui écrivit, à la requête de La Chambre, évêque fugitif d'Orange, qu'il accomphrait une œuvre de la plus haute importance s'il marchait incontinent contre la \ iile d'Orange , où se réfugiaient chaque jour un grand nombre de huguenots qui, à moins qu'elle ne fût écrasée, pouvait causer des dommages considérables , non seulement à Avignon et au Comtat, mais encore à la Provence. Sommerive, étant entré dans ces vues , se dirigea vers Orange après avoir fait sa jonction avec les soldats du Comtat, campés à Cavaillon. Les deux chefs, qui disposaient de sept à huit mille hommes, de deux pièces de batterie et de quelques moyennes , s'abouchèrent avec Latour et lui firent part de leur dessein d'exterminer tous les huguenots d'Orange et de les remplacer par de bons catholiques. L'écuyer de Guillaume de Nassau l'approuva à condition que le gouvernement d'Orange lui serait maintenu. Ils le lui promirent, et ils se rendit à leur camp.

Les habitants d'Orange , ayant été prévenus de l'attaque projetée contre eux , songèrent aux moyens de se défendre. Parpaille el ses collègues du Parlement

firent appel aux églises voisines, qui leur envoyèrent sept à huit cents hommes avec la promesse de les secourir plus efficacement encore si c'était nécessaire. Serbelloni et Sommerive , l'apprenant , suspendirent pour le moment l'exécution de leur dessein et se tinrent sur l'expectative dans leur camp de Cavaillon. Pendant ce temps, et pour pouvoir payer leur nombreuse garnison, les Orangeois se saisirent du trésor des églises (celui de la cathédrale seule valait 800 marcs d'argent) , et le viguier Chabert, accompagné de B. de La Baume, le portèrent à Lyon pour le vendre et acheter des armes (25 mai). Parpaiile , qui désirait conférer avec les chefs huguenots du Dauphiné et du Lyonnais, se joignit à eux. A leur retour, Chabert prit la voie de terre et Parpaiile et La Baume celle du Rhône avec l'argent qu'ils avaient retiré. Arrivé au Bourg-Saint-Andéol , sur la rive droite du Rhône , à cinq lieues d'Orange , Parpaiile fut trahi par le batelier qui le conduisait , livré à Sommerive à Montdragon et réclamé aussitôt par le vice-légat comme sujet du pape, parce qu'il avait porté les armes contre son souverain légitime en assiégeant Châteauneuf-du-Pape. Le roi, consulté par Sommerive sur cette extradition , y consentit et adressa au vice-légat des lettres confirmatives.

Dans l'intervalle , les Orangeois , vivement désireux de délivrer Parpaiile, envoyèrent au Bourg-Saint-Andéol leurs meilleurs soldats sous la conduite du capitaine Saint-André. Serbelloni et Sommerive , qui en furent avertis sur-le-champ par les catholiques d'Orange , se dirigèrent vers la ville en marchant de jour et de nuit, et, renforcés par un certain nombre de soldats catholiques du Dauphiné, commandés par François de La Baume de Suze, se trouvèrent aux pieds de ses murailles le jeudi. 4 juin, vers le matin. Sur le conseil de ces

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mêmes catholiques , ils établirent leurs canons dans la vigne du Prince, au quartier de Saint-Eulrope, d'où l'on pouvait battre la courtine, qui protégeait le donjon du château , et le gros de l'armée campa au pied de la montagne qui domine la ville, vers la tour ronde, autrement dit vers les bains antiques, au quartier de Granouillet. Sans désemparer, Serbelloni fit crier dans le camp, au son du tambour, que « la ville d'Orange était donnée au sac et au pillage et qu'il était permises chacun d y aller pour faire son profit. En présence du péril, les Orangeois s'assemblèrent en armés sur la place du Cirque; mais il ne s'y trouva pas un nombre suffisant d'hommes pour garnir la moitié des murailles . encore la plupart d'entre eux étaient-ils catholiques.

Les assiégeants ayant sommé la ville de se rendre six députés sortirent de ses murs pour parlementer ei on leur posa pour conditions que Latour serait reçu comme gouverneur avec une garnison de dix compagnies de soldats , que les étrangers quitteraient promptement la ville, que les habitants déposeraient toutes leurs armes dans le grand temple . enfin qu'on remettrait les des de la place à Latour. Les Orangeois, qui n'avaient aucune confiance dans ce dernier, préférèrent la mort a l'acceptation de pareilles conditions, et le siège commença le jour même (jeudi, 4 juin). Le canon se mit à battre la courtine du château, à l'angle qui regardait la pente de la montagne, au quartier de Fourtoules; mais ceux qui dirigeaient le feu, étant exposés aux coups des arquebusiers du château , commandés par le capitaine Lacoste le jeune, originaire de Provence, changèrent leur canon de place et l'établirent du côté de la porte des Moulins. « battant si furieusement, ditCrespin, « qu'après avoir tiré huit vingts coups de canon, il fit brèche raisonnable de 6 pieds de large et de 8 à 10 de haut.

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Cependant les soldats, qui étaient allés délivrer Parpaille , avertis de l'arrivée de l'armée ennemie par le messager de La Rays , d'Orange, et quelques autres, et également par le bruit du canon qui , favorisé par le temps, s'entendait de dix ou douze lieues à la ronde, revinrent sur leurs pas et, renforcés le long de la route de plusieurs soldats huguenots , se trouvèrent à Sèrignan à la tombée de la nuit au nombre de douze cents hommes. Quelques habitants de la ville , qui avaient réussi à s'échapper, vinrent les rejoindre en exagérant les forces de l'ennemi. Plusieurs même dirent que la ville était déjà prise. La nuit s'écoula ainsi dans l'inaction et la peur. Le jour ne leur donna pas plus de courage, et ils n'osèrent avancer de crainte d'être enveloppés par la cavalerie de Serbelloni.

Quant aux habitants d'Orange , plusieurs d'entre eux, voyant la brèche ouverte, se sauvèrent par les murailles et allèrent se réfugier à Sérignan avec leurs femmes et leurs enfants. Les plus hardis seuls se mirent en devoir de fermer la brèche. Un certain nombre de femmes y charrièrent du fumier. Les défenseurs de la place étaient du reste si peu nombreux qu'on ne put en poster que trois ou quatre sur chaque tour. Ils avaient pour chefs le premier consul de Caritat et le capitaine Lacoste , dont il a été déjà parlé.

Le surlendemain, samedi, 6 juin, jour de Sainte- Claire , les catholiques de la ville trahirent leurs concitoyens. S'étant emparés de la porte de Pontillard, fermée par un treillis de fer, ils en enfoncèrent la serrure et sortirent en appelant l'ennemi , qui se hâta d'entrer , tant par cette ouverture que par des maisons attenant aux remparts et par les autres portes de la ville qui furent incendiées. Les défenseurs des tours de Tourres et de Saint-Martin , voyant cela, se cachent et

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quelques-uns d'eux se réfugient au château , tandis que les soldats catholiques, s'avançant dans la ville au cri de « tue, tue, pague Barjols ! » et proférant d'horribles blasphèmes, massacrent tous ceux qu'ils rencontrent sur leur passage. Les défenseurs de la brèche se sauvent également ; mais peu d'entre eux réchappèrent. Les soldats catholiques, voyant la brèche libre, s'y précipitent et , entendant les cris de leurs compagnons d'armes, se répandent dans la ville. L'un d'eux, voulant aller plus vite, sauta même du haut du rempart dans la place et se tua sur le coup.

Une fois maîtres de la ville , les soldats de Serbelloni, Sommerive et Suze pillèrent et saccagèrent toutes les maisons sans s'informer de la religion de leurs propriétaires. Une seule fut exceptée , qui appartenait à un personnage dont un parent servait dans l'armée catholique. Un grand nombre de dames de qualité, qui s'étaient réfugiées dans la maison de Caritat avec Teurs effets les plus précieux , virent venir vers elles les chefs de Tarmée catholique qui leur assurèrent, de la façon la plus formelle, que leur présence dans la maison n'avait d'autre but que de la préserver du pillage; mais c'était une feinte, car ils arrêtèrent incontinent Caritat, La Rays et Lacoste , qu'ils firent conduire sous bonne escorte à Tarascon. Puis, cherchant un prétexte pour s'emparer des effets précieux apportés dans la maison . ils y mirent le feu. Affolés, les femmes et les enfants sortirent en hâte , et les ravisseurs purent accomplir leurs déprédations sans difficulté. Ceux qu'on fit prisonniers furent conduits au camp, où d'autres femmes de la ville cherchèrent aussi un refuge. Quelques habitants, usant de ruse, se chargèrent de butin et, feignant de le porter au camp, se sauvèrent sans être reconnus. Le ministre Patac , qui était fort jeune et s^iis barbe et qui

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avait pris un costume de femme pour échapper aux meurtriers , s'était joint aux femmes réfugiées chez Caritat ; mais il fut reconnu à sa claudication et massacré sans pitié, ainsi qu'un frère de ce dernier, privé de raison.

Du reste , « la furie des soldats fut si étrange , » dit La Pise , a qu'elle n'épargna aucun âge, sexe, qualité, ni condition de personne. Il y eut des hommes de soixante et dix et quatre vingts ans qui perdirent la vie en cette sanglante exécution. Tous les pauvres qui gisaient dans l'hôpital passèrent par le même traitement , qui n'épargna que quelques paralytiques attachés dès longtemps en leur lit. » La plupart, des catholiques, ceux-là même qui avaient ouvert les portes de la ville à Tennemi , s'étant assemblés sur la grande place'du Cirque tout armés avec leurs femmes et leurs enfants dans la pensée d'être reconnus et remerciés , furent au contraire passés au fil de l'épée parce qu'on crut qu'ils voulaient faire de la résistance. Tous ceux d'ailleurs qui voulurent s'en remettre à la miséricorde de l'ennemi furent tués à petits coups de dague ou d'épée afin qu'ils se sentissent mourir. Si quelqu'un s'écriait qu'il était catholique, on lui promettait de le dépêcher sans le faire souffrir, pourvu qu'il consentît à renier Dieu pour montrer qu'il était bon catholique. Que s'il refusait, on le faisait mourir à petits coups d'épée. Il y en eut qui eurent les lèvres fendues jusqu'aux oreilles et qu'on laissa dans ce misérable état. D'autres furent pendus par le menton au crochet des crémaillères des cheminées, les mains attachées derrière le dos et brûlés à petit feu. D'autres , empalés de diverses manières, sciés ou précipités par les fenêtres et les toits des maisons et reçus sur la pointe des épées et des hallebardes. Tous les boiteux, sans en excepter un seul , furent tués parce

que les soldats avaient appris que Patac était atteint de cette infirmité. Des vieillards valétudinaires, qui depuis longtemps n'avaient pas quitté leur lit. furent traînés sur la place publique pour donner un plus horrible attrait à ce sanglant spectacle.

Le mot du guet était : « Je renie Dieu par trois fois. » Ceux qu'on voulait sauver étaient contraints à porter des patenôtres au cou . des croix ou des plumes à leur chapeau et de blasphémer et renier Dieu à chaque mot. Il y eut des catholiques qui, se faisant un scrupule de jurer, se virent en danger de périr, bien qu'on les connût depuis longtemps comme des ennemis déclarés des huguenots. En divers endroits de la ville , plusieurs filles et femmes furent pendues aux fenêtres et aux portes. Il y en eut de ces dernières qui virent leurs enfants massacrés dans leurs bras : d'autres subirent les derniers outrages: d'autres, qui étaient enceintes, furent arquebusées et leurs enfants arrachés de leur sein et écrasés contre les murailles; trois ou quatre autres, fort âgées et ferventes catholiques , furent massacrées sans égard pour leur religion. Nous passons sous silence de plus grandes horreurs que la plume se refuse à décrire.

Cependant . comme on avait publié à Avignon et dans tout le Comtat que chacun pouvait prendre part au sac d'Orange , beaucoup de gens sans aveu et des prêtres de mauvaise vie s'y rendirent dans ce but et se rendirent coupables de toutes sortes d'excès. Un jeune mauvais sujet, nommé Jean Jeune, qui avait été chassé d'Orange pour avoir battu sa mère, y rentra et se mit en devoir de piller et d'incendier la maison d'un ami qui lui avait sauvé les jours en décidant, par ses instances, ses juges à commuer la peine de mort à laquelle il avait été condamné. Il fit plus : il massacra tous ceux de ses voisins qu'il put rencontrer , fit tourmenter sa

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