LES PASTEURS DE JULIEN ET DE SERRES
Le pasteur Sébastien de Julien, qui desservait l'église d'Orange depuis l'an 1571 au moins, ne pouvant plus, en 1 593, (( à cause de son infirmité, » satisfaire à toutes les exigences de son ministère, le Consistoire, uni aux chefs de famille, aux membres du Parlement et au Conseil communal de la ville, dont les consuls, depuis les élections du 5 mai 1587, étaient tous protestants, pria instamment, le 5 novembre 1593, les ministres de Genève de leur accorder pour pasteur Simon Goulard, a le tant vertueux et saint personnage. » Nous ne savons la réponse qui lui fut faite , mais il est très vraisemblable que l'église de Genève ne consentit pas à se dessaisir d'un personnage aussi éminent et aussi utile.
Nous pensons que le célèbre pasteur Jean de Serres, qui avait fait deux années au moins de prison à Apt, en Provence, pour (( la vraie doctrine, » en sortit à cette époque, et vint à Orange seconder Julien. Il rêvait la réunion des deux religions qui se partageaient la France et scandalisa fort ses ouailles, dans les premiers mois de Tannée i 595, par une prédication où il émit sans doute ses idées favorites. Le colloque des Baronnies, auquel ressortissait l'église d'Orange , informa aussitôt contre lui, et sa procédure reçut l'approbation du synode de la province du Dauphiné, assemblé à Orange le 24 avril
(i) Lapise. p. 554, 55;. 560,-75 : — Justin, p. 421, 422 ; — Bastet, p. 122 -, — Chorier, Vie d'Arthtis Prunier .ic S^iint-Andrc\, p. 142. 14;.
1595. De Serres, repris par ses collègues dans ce synode , se conduisit avec modestie , sans toutefois se rétracter. « Il fit entendre de vive voix que son intention n'avait jamais été ni ne serait à l'avenir de dire ni d'écrire un seul mot contraire à la pureté de la doctrine des églises réformées , ni aussi différent de leur discipline , mais qu'il se soumettrait toujours et en toutes choses au jugement desdites églises et de celle de Genève. Le synode n'osa point le condamner, et décida , avec son agrément, qu'il se rendrait le plus tôt possible à Genève pour prendre l'avis des ministres et professeurs de cette ville. Nous ne savons si De Serres accomplit son voyage, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne renonça pas à son projet de réunir les deux communions rivales, et qu'il l'exposa dans un opuscule imprimé à Paris en 1597 et intitulé : De fde cathoUca swe principes rcligionis christianœ , commiini omnium christianonim consensu scnpcr et ubique rafis^ etc. Ce n'était que le programme d'une Harmonie, à laquelle il travaillait depuis 1594, et dont il présenta le manuscrit à Arthus Prunier de Saint-André , dont il a été parlé précédemment, dans une visite qu'il fit à ce magistrat l'année même de sa mort, survenue à Orange en 1598 (i;.
RECONNAISSANCE DE LA SOUVERAINETÉ DE PHILIPPE- GUILLAUME. CONFIRMATION DE BLACONS. RÉTABLIS- SEMENT DE LA RELIGION CATHOLIQUE. MAINTIEN DE LA RELIGION PROTESTANTE. DEMANDE d'uN PAS- TEUR A GENÈVE (1598-1599).
VEdit de Nantes , octroyé aux protestants de France
(i) Bastet, p. 121. 122 : — Chorier, Vie d'ArtIius Prunier de Saint- André, p. 14*'), 147; GahcrcI , Hi^t. de l'égalise de Genhjr , t. II, pièces justificatives, p. 46, 47; — Ch. DarJici'. h\in de Serres, dans l Encyclopédie des sciences relii:ieiises, i. II. p. ;(<2-U,i); — Ms. iVanç Je la bibl. de Genève, n^' i<)6.
DE LA PRINCIPAUTI- U OKAN(JK. 247
en avril 159B, ne contenait aucune clause relative à Orange; mais comme il mettait un terme aux guerres de religion et qu'il fut suivi de la paix de Vervins ( 2 mai 1 598;, que Henri IV conclut avec Philippe II d'Espagne, et qui donna le coup de mort à la Ligue , il assura la paix extérieure à la Principauté , sinon la paix intérieure. Philippe-Guillaume, qui fut réintégré officiellement dans sa principauté par le traité de Vervins, reçut la soumission d'Alexandre de Blacons. L'usurpateur fit le voyage des Pays-Bas et se jeta aux pieds de son prince, qui le reçut avec bonté et le confirma dans son gouvernement. Ce dernier, se rendant en Espagne peu après , visita Orange et chargea les commissaires De Zeelen ^ et J. Scharron d'y installer un Parlement mi-partie, c'est-à-dire composé d'un nombre égal de conseillers des deux religions , et d'y rétablir la religion catholique sous l'autorité du prince, qui était lui-même catholique,, comme on Ta dit plus haut.
Depuis rhorrible massacre de 1571, dans lequel le clergé avait joué un rôle si condamnable , la religion catholique était en effet proscrite à Orange , quelques instances que ses partisans eussent laites auprès de Henri III pour en obtenir le rétablissement. Ce dernier avait bien écrit deux lettres en sa faveur à Guillaume de Nassau '1573 et 1583), mais sans succès. « Ne pensez pas, mon cousin, » disait-il dans Tune d'elles, « que vos sujets catholiques se soient adressés à moi comme à leur souverain; ils m'ont prié d'intercéder auprès de vous, afin qu il vous plaise de rétablir leur religion dans votre Principauté . et c'est en qualité d'intercesseur que je vous écris. »
Les protestants d'Orange , connaissant les tendances de Philippe-Guillaume, dévoué à l'Espagne, jugèrent prudent de s'assurer de ses intentions à leur égard et
lui présentèrent un cahier en ;sept articles , auxquels il acquiesça et qui portaient reconnaissance de leurs droits. En voici le texte :
(( I. Que l'exercice de la religion réformée demeurera du tout entier et, qu'en toute sainte liberté, les suppliants se pourront assembler sous l'obéissance de Son Excellence en leurs consistoires, colloques et synodes, pour la conservation de leur discipline ecclésiastique , tout ainsi qu'ils avaient accoutumé de faire auparavant sans y rien changer ou innover;
» 2. Que le temple de Saint-Martin, auquel lesdits suppliants ont accoutumé de faire leur exercice , leur demeurera en la même condition et possession de laquelle ils ont auparavant joui et sont maintenant jouissants ;
» 3. Que le payement des 2,400 livres, ordonnées ^ar feu d'immortelle mémoire , Monseigneur le Prince, père de Son Excellence, pour l'entretenement des pasteurs, du collège et autres œuvres pies, leur sera continué et distribué par le même ordre qui a été observé jusqu'à présent;
» 4. Que les cimetières seront communs à tous sujets de Son Excellence sans aucune différence de religion, et y pourront lesdits suppliants librement enterrer leurs morts ;
» 5. Que les religieux mendiants ne seront aucunement réintégrés pour avoir été atteints , convaincus , condamnés et exécutés en effigie par la souveraine Cour de Parlement de Son Excellence , comme criminels de lèse-majesté et comme auteurs et fauteurs du dernier massacre perpétré en la présente ville d'Orange;
» 6. Que l'exercice de la religion romaine ne pourra se faire qu'en une seule part de la ville d'Orange ;
>' 7. Que ce qui avait été ordonné pour le payement
de celui qui fait les prières à Jonquières sera continué » (il touchait vingt écus).
« Julien , ministre , pour tous ainsi signé » (9 février 1 599). » Les commissaires du prince étaient R. de Àloens et J. Scharron.
Le rétablissement de la religion catholique à Orange fit sentir aux protestants la nécessité de posséder un pasteur de talent qui pût seconder Julien, déjà avancé en âge et infirme. Le consistoire et les consuls de la ville, qui appartenaient tous à la religion réformée, n'ayant pu, depuis la mort de Jean de Serres, réussir à trouver dans les provinces voisines un pasteur bien qualifié pour leur église, prièrent les pasteurs et professeurs de Genève de leur en procurer un. Les seconds (i) disaient : « Nous avons bien voulu joindre nos très humbles supplications à celles qui vous sont faites par messieurs de notre consistoire à ce qu'il vous plaise nous obliger de tant que de nous faire retourner quelque bon personnage qui puisse assister cette église en la nécessité que nous avons maintenant d'un pasteur* : vous connaissant aussi bien que nous combien il nous est important qu'il soit accompagné de doctrine , en^ bonnes moeurs , puisque Dieu a voulu que la papauté se soit approchée de nous. Nous espérons bien que ^ par sa sainte grâce elle ne prendra pas plus grande racine , pourvu qu'il vous plaise nous secourir selon notre nécessité. »
Une lettre à peu près semblable fut adressée par les mêmes à Théodore de Bèze.
Les membres (2) du consistoire insistaient sur ce qu'il était « du tout nécessaire de s'opposer aux erreurs de
(1) Langes-Montmirail, Vigorons, Bernard, J. Convenent.
(2) De Gallcsl . diacre ; Chappon, ancien; Vallier, diacre; Laigueau , ancien cl secrétaire.
la religion romaine, » que Philippe-Guillaume avait rétablie à Orange . « et courageusement et avec une capacité requise. » Le pasteur Julien ajoutait dans une lettre particulière qu'il adressa à De Bèze : Ce pasteur « sera reçu avec tout l'honneur, l'entretenement et respect que le mérite de sa charge requiert de nous , et, en particulier, je vous supplie l'assurer de ma part que je l'aimerai et honorerai de toute ma puissance. »
Ces trois lettres portaient toutes la même date du 4 mars 1599. Jean Jacquemot répondit sans délai au nom de ses collègues les pasteurs et professeurs de l'Eglise de Genève : « Nous n'avons, pour le présent, rien pu trouver ni parmi nous ni ailleurs , dont nous sommes très marris. » 11 leur donna, toutefois, (( quelque avis, lequel si vous suivez, » ajoutait-il, « il nous semble qu'en recevrez quelque bonne consolation : c'est qu'en votre si grande nécessité, ne pouvant trouver secours ailleurs, vous vous adressiez à Son Excellence ( i) , au Pays-Bas, où il y a plusieurs bons et français personnages de notre langue, desquels vous pourriez être fort proprement assistés , quand il lui plairait s'employer pour vous , suivant la grande créance qu'il y a de la bonne affection qu'il vous a toujours portée et qu'il vous porte encore pour le jour d'hui (2). »
RÉVOLTE DE BLACONS , APPUYÉE PAR LES SYNODES, ET SA SOUMISSION. INTERVENTION DE HENRI IV EN FA- VEUR DE PHILIPPE-GUILLAUME. MISÈRE DE l'ÉGLISE
d'orange (1598-1605).
La confirmation de Blacons dans sa charge par Phi-
(1) Maurice de Nassau, le frère de Philippe-Guillaume.
(2) Lapise, p. 57J ; — Pineton de Chambrun, Les larmes, p. 97; — Ms. de la bibl. de Gen., n° 197*% portef. 4 et if. — Voy. aussi Ms. de Carpentras,
XXX, vol. I, p. 17.
f)E I.A PRINCIPAUTÉ D ORANGE. l'y \
lippe-Guillaume et la démission du président au Parlement de Colla, son adversaire, ne mirent pas fin aux troubles intérieurs qui déchiraient Orange. Le gouverneur devint si despote et si arrogant qu'il s'érigea presque en souverain. C'est pourquoi le prince résolut de le révoquer et se rendit dans ce but à Orange (1602). Il ordonna à Blacons de réduire de vingt-quatre à six les hommes qui formaient la garnison du château; mais ce dernier s'y refusa. Les pasteurs, qui redoutaient plus encore la religion de leur prince que l'ambition de Blacons , vinrent de leur côté le supplier de maintenir la garnison sur l'ancien pied et le gouverneur dans sa charge , et , au cas où il viendrait à mourir , à laisser aux Orangeois le choix de son successeur. Philippe- Guillaume, ne voyant pas d'issue à cette affaire, prit le parti de demander à Lesdiguières (2 avril 1603 ) d'écrire aux protestants d'Orange de se fier aux assurances qu'il était prêt à leur donner, attendu qu'il n'avait eu (( intention ou pensée d'attenter ou innover la moindre chose qui fût au préjudice de ladite religion. » Il protestait en même temps devant Dieu qu'il maintiendrait les droits qu'il avait accordés à tous et à chacun. Lesdiguières lui répondit qu'il ajoutait foi à sa parole; mais qu'il ne devait pas trouver étrange que ses sujets et leurs voisins de la religion entrassent a en ombrage et défiance de perdre la sûreté » qu'ils avaient depuis si longtemps à Orange ; et il lui conseillait « de laisser les choses en l'état qu'elles étaient, sans altération , » rassurant qu'il ne se ferait en Dauphiné aucun remuement ni levée d'armées sans la permission du roi. )> Lesdiguières écrivait en même temps à Henri IV en parlant du prince : H II est à Orange où il veut faire des changements; il y a trouvé de l'opposition , et encore qu'il semble n'en \ouloir qu"à la personne de Monsieur de Blacons, peut-
être que ses desseins passent plus outre. Votre Majesté a un grand intérêt que ce petit Etat soit ès mains de quelqu'un des vôtres, qui vous en puisse répondre, car vous savez que celui-là à qui il appartient est nourri et porte ses affections chez un prince qui n'a l'œil ouvert que pour votre ruine. Votre Majesté y pensera et me donnera sur cette occurrence ses commandements » (9 avril 1603) (i).
Pendant ce temps, Blacons , qui occupait la ville tandis que Philippe-Guillaume tenait le château , augmenta la garnison d'Orange et déclara qu'il avait répondu de la place au roi de France et qu'il ne la céderait que sur son ordre. Après cela, il se mit en devoir de bloquer le prince. Ce dernier parvint néanmoins à s'évader et se réfugia à Courthezon, d'où il gagna Paris pour implorer le secours de Henri IV, qui ne consentit à lui venir en aide qu'à la condition qu'il épouserait Eléonore de Bourbon , fille du prince Henri de Condé. Il le promit et le roi donna l'ordre à Blacons de sortir d'Orange ; mais celui-ci, qui était soutenu par le fameux capitaine dauphinois Renè-de La Tour, sieur de Go^ vernet, son beau-père; par René de La Tôur-Gouvernet, seigneur de Chambaud et de Privas, son beaufrère (2), et secrètement par Lesdiguières, n'obtempéra pas au commandement du roi.
Blacons avait également Lappui des synodes du Lan-
(1) Nous ne pouvons donner l'analyse de toutes les lettres échangées à l'occasion de cette affaire ; nous nous bornerons à dire que Philippe-Guillaume écrivit lui-même au roi (lo avril 1605) , le roi à Blacons et à Gouvernât (12 avril). Blacons au roi (18 avril), le roi à Blacons et à Gouvernet (26 avril), Philippe-Guillaume au roi (^o avril) , Blacons au roi (2 mai), Gouvernet au roi (5 mai\ Blacons au roi (7, jomai; 6, 27 septembre, avec un Mémoire justificatif), Gouvernet au roi (jo septembre), etc.. etc. "Voy. bibl. nation., fonds français, n^" 23197, 25198.
(2) C'était le sixième enfant des dix-sept qu'avait eus ce dernier. Epoux de Paule de Chambaud, il avait pris son nom à la mort du père de celle-ci.
DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 2^3
guedoc et du Dauphiné , qui craignaient que son départ , étant donnés les sentiments espagnols et catholiques de Philippe-Guillaume , ne causât un grand préjudice aux intérêts protestants dans Orange et dans les provinces environantes. C'est pourquoi , lorsque Maurice, pasteur d'Orange, Galle et Châteauneuf, députés de l'Eglise , demandèrent au synode d'Embrun du 2 juillet 1603 qu'on a départît quelque personnage qui eût charge de leur donner des lettres de la part de tout le corps selon les occurrences et affaires qui leur surviendraient , soit qu'il fallût écrire au roi ou à M. le prince Maurice, à MM. nos députés en Cour ou au synode national ou ailleurs , » la compagnie accéda à leur désir et chargea MM. Caille et Cresson, pasteurs de Grenoble, a d'écrire les lettres qui seraient nécessaires et toutefois par l'avis de Monseigneur de Lesdiguiéres et de MM. du conseil de nos églises, qui seront priés, de la part de cette assemblée, d'y apporter tout ce qui sera de leur zélé, prudence et charité. »
Le synode national de Gap, réuni quelque mois après le synode particulier d'Embrun (i^"" octobre 1603) , ratifia l'union de l'Eglise d'Orange avec celles du royaume et chargea les députés généraux en Cour a de s'employer aux affaires de ladite église en tout ce qui serait nécessaire, » et décida pour cet effet qu'on leur écrirait de travailler à la mettre en sûreté. »
Il paraît que ces décisions ne furent pas exécutées, car, l'année suivante (1604), Rossel. pasteur d'Orange, requit le synode provincial de Die d'écrire en faveur de l'église d'Orange à M. le prince Maurice, à MM. nos députés en Cour. » La compagnie délibéra « qu'on ne trouvait pas à propos d'écrire au prince ; bien écrira-t-on à M M . nos députés en Cour pour ladite église d'Orange. » L affaire fut encore portée devant le synode
de Grenoble du 2 mai 1605 , à qui les députés de Provence demandèrent qu'on s'occupât de la conservation d'Orange « comme importante aux églises. » L'assemblée politique générale de Châtellerault de juillet 1605 s'occupa également du sort d'Orange et intercéda auprès du roi en faveur de Blacons; mais Henri IV répondit que ce dernier devait perdre son gouvernement parce que sa personne n'agréait pas à Philippe-Guillaume. Il ajouta toutefois qu'il ferait en sorte que la place fût défendue par une garnison et un commandant protestants. Lesdiguières le promit même formellement de la part du roi. Le commandant devait être le sieur de La Chesnaye.
Henri IV s'était en effet aperçu que Blacons, malgré la recommandation de l'assemblée politique de Châtellerault , n'était pas soutenu par la masse des députés ; aussi donna-t-il à* Lesdiguières l'ordre de l'expulser d'Orange. A la première sommation, le gouverneur répondit qu'il ne remettrait la place qu'au roi. Henri IV lui dépêcha en conséquence un sergent de ses gardes pour recevoir sa soumission, pendant que Lesdiguières, à la tête de deux mille hommes et de trois canons, s'emparait de la ville et du château au nom de Philippe- Guillaume. Chambaud s'apprêtait bien à secourir son beau-frère avec sept à huit cents hommes du Vivarais ; mais il fut devancé par le capitaine dauphinois. Blacons acculé fit sa soumission au prince, qui était à Montélimar avec Lesdiguières et qui lui pardonna, mais sans vouloir lui donner audience.
Lesdiguières reçut une lettre de remerciements de Henri IV pour le service qu'il lui avait rendu (30 septembre 1605), laissa à Orange une garnison de Français et de Suisses sous les ordres de la Chesnaye, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi (5 sep-
DE I.A PRINCIPAUTH D ORANGK. 2^^
lembre iôOvn La Chesnaye se montra tout aussi rebelle que Blacons aux ordres de Philippe-Guillaunie. il obéissait en cela à des ordres secrets de Henri IV qui, trouvant que ce prince ne se hâtait pas de conclure son mariage avec Eléonore de Bourbon , voulait le contraindre par ce moyen à tenir sa promesse. Le mariage ayant enfin eu lieu (1606), Philippe-Guillaume fut remis en pleine possession de la souveraineté d'Orange , et Lamon , exempt des gardes du roi , remplaça La Chesnaye.
Ces troubles portèrent un rude coup à la paix intérieure de l'Eglise d'Orange , car nous voyons le synode national de Gap (1603 ), qui fut informé des dissensions qui la déchiraient, charger, « après avoir pris connaissance des lettres que ladite église et Blacons lui avaient écrites, » les pasteurs et anciens Sonis, Jossion, Chauffepied, du Bourg et Lagarde « de passer par ladite ville d'Orange en se retirant dans leurs provinces pour apaiser les troubles suscités en ladite ville et dans son église. »
La fortune de l'église subit également une grave atteinte, car, dès le début de la lutte, elle fut privée du secours de 1,200 livres, que Philippe-Guillaume avait promis de lui octroyer par les règlements de ses commissaires du 9 février 1599. Aussi voyons-nous Maurice, son pasteur, Galle et Châteauneuf, ses députés au synode d'Embrun de 1503 , représenter à la « compagnie l'extrême nécessité et affliction de ladite église » et demander aux églises du Dauphiné « de les recommander particulièrement à leurs prières publiques et particulières, et leur assister en quelque somme d'argent pour pourvoir à leurs affaires urgentes. » Le synode répondit <( qu'on ne pouvait que participer à l'affliction de leur église comme étant membres d'un même corps
et d'abondant proches voisins; qu'on les a déjà recommandés aux prières depuis l'accident qui leur est survenu et qu'on continuera à le faire par après ; qu'on n'a point d'argent et ne sait-on où le prendre pour le leur prètpr. »
Au synode de Die de l'année suivante (1604), Rossel, pasteur d'Orange, ayant demandé à la compagnie d'accorder à ses paroissiens « leur part tout entière des deniers de la subvention du roi , » celle-ci agréa sa demande et décida en outre de supplier le synode national « d'assister à une si importante et si calamiteuse église (i) »
REQUÊTE DES PROTESTANTS d'oRANGE A LEUR PRINCE. DÉLOYAUTÉ DE CE DERNIER. INTERVENTION DES SY- NODES (1605-1607).
Les protestants d'Orange profitèrent de la présence de Lesdiguières dans leur ville (1605) pour le charger de présenter à Philippe-Guillaume un cahier en vingt articles, qui énumérait les droits nouveaux qu'ils désiraient d'obtenir de lui et ceux dans lesquels ils demandaient d'être maintenus. Ces articles étaient tirés, pour la plupart, des cahiers ou édits antérieurs ; mais les réponses ne furent pas toutes favorables.
Ainsi le prince n'acquiesça pas aux articles portant que tous les consuls et les membres du Parlement seraient réformés comme autrefois ; que les arrêts rendus contre les massacreurs de 1571 seraient irrévocables;
(i)'Lapise, p. 573-587; — Chorier, Vie d'Artus Prunier de Saint-André , p. 198, 203, 204; — Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, t. I, p. 457-460, 463, 502, 504; — Videl, Histoire du connestable de Lesdiguières, p. 448-455 ; — Aymon, t. I, p. 284 ; — Benoit, t. I, p. 4; — Bastet, p. 122, 123; — Registre... de tous les synodes... du Dauphiné (ms.); Ms. de Carpentras, n" XXXI, vol. I, p. 231.
que le séjour de la Principauté serait interdit aux jésuites ; que, suivant le traité de Nîmes de 1578, aucun officier du pape ne pourrait exercer de magistrature dans la Principauté ; que le conseil politique de Courthezon serait composé d'un nombre égal de protestants et de catholiques. Par contre, le prince renouvela l'autorisation qu^il avait déjà donnée, le 9 février 1 599, aux églises réformées de la principauté d'Orange de « continuer leur union, tant en doctrine qu'en toutes les parties de leur discipline, avec celles du royaume de France et, en conséquence d'icelle, jouir de la faculté de tenir leurs consistoires, colloques et synodes qui seront assignés tant en Dauphiné que même en cette Principauté ou ailleurs. »
Les articles qui suivent étaient nouveaux et furent approuvés :
(( Que dans Courthezon soit continué aux réformés la possession qu'ils ont de la maison de ville pour y faire leurs exercices sans qu'ils y puissent être troublés par les consuls ou autres, comme il est advenu souvent; que mêmement il soit défendu d'y faire les assemblées de la jouissance pour leurs abbayes et reynages comme ils ont fait par le passé; » — que, dans la même ville, (( le cimetière dont les réformés jouissent ce présent leur soit confirmé : étant défendu à tous d'y faire aucune insolence ; même qu'aux frais communs il soit clos de murailles, à ce qu'on ne puisse d'ores en avant y faire, comme on a voulu, une voirie. » Le prince exigea que ce mur fût fait entièrement aux frais des réformés.
Le quinzième article, qui était de grande conséquence, portait : a Et pour ce qu'il y a plusieurs des sujets de Son Excellence qui ont des biens dans le Comtat, plusieurs aussi, originaires du Comtat, réfugiés dans la Principauté, qui ont un grand intérêt à l'observation du
traité de Nîmes, qu'il plaise à Son Excellence trouver bon que lesdits aient dans ladite Principauté même droit de marque et de représailles qu'ont ceux qui habitent dans le royaume de France en cas de contravention , déni de justice ou iniquité, de jugement, comme il est porté par ce trente-sixième article dudit traité , et comme il a été octroyé par les rois de France. » Philippe-Guillaume répondit par ces mots : « Nous agréons que nos sujets de la religion réformée' et autres jouissent du contenu au traité de Nîmes et nommément au trente-sixième article d'icelui, pour raison duquel nous nous réservons l'octroi des lettres de marque et représailles. »
Le cahier tout entier fut signé par le prince le 3 septembre 1605.
L'année suivante, l'Eglise d'Orange, dont les ressources étaient encore fort précaires, demanda au synode de Saint-Marcellin d'être déchargée de la subvention que chaque église de la province était obligée de fournir pour l'entretien de l'Académie de Die. La compagnie ne jugea pas équitable d'agréer cette requête en présence de la décision du synode de Gap de 1603 qui avait attribué à l'Eglise d'Orange « trois portions égales à celles des autres pasteurs de la province. »
Cependant , Philippe-Guillaume , qui était venu s'établir pour quelque temps à Orange après son mariage (1606), se montrait peu empressé à tenir les promesses qu'il avait faites aux protestants de la principauté le 9 février 1599, et, en dernier lieu, le 3 septembre 1605. Il voulait spécialement « désunir ladite église de celles du royaume, et particulièrement de celles de cette province [de Dauphiné], auxquelles elle était jointe en synode selon le département des synodes nationaux. » Le synode de Montélimar du 20 juin 1607,
DE LA PRINCIPAUTÉ DORANGR. 2iQ
danger que courait leglise d'Orange par suite du manque de parole du prince , décida d' <, embrasser afîect.onnément cette affaire. „ Précédemment , des lettres consolatoires et exhortatùires avaient été adressées à l'église, et une députation, envoyée à Jean Du Puy- Montbrun , le fils de l'illustre capitaine de ce nom, et à Daniel Charnier, le savant pasteur do Montélimar' qui « chargés de lettres et mémoires exprès , s'étaient rendus auprès de Philippe-Guillaume. Les deux députés, de retour de leur mission, remirent au synode de Montéhmar une lettre du prince remplie de promesses « mais parce qu'on a jugé, disent à ce propos les actes de la compagnie. « qu'on ne se peut ni doit contenter des promesses dudit prince , il a été arrêté de députer de la part de cette assemblée un pasteur qui aille saluer monseigneur Des Diguières et le prier d'assister en cette affaire à ladite église de son conseil et autorité, vu nommément que ça a été par son entremise et sur l'assurance qu'il donna aux églises que le château d'Orange fut rendu ; qu'il sera aussi écrit à nos frères du synode du bas Languedoc à ce qu'il leur plaise se joindre à nous en cette poursuite , et députer aussi de leur part, par le moyen d'une assemblée qu'ils convoqueront expressément, à ce que leur député et celui de cette compagnie se transporteront par-devers ledit sieur pnnce d'Orange pour le prier d'observer de point en point ses promesses et édits, et lui représemer généralement tout ce qui sera contenu ès mémoires qui leur seront donnés, et s'adresseront même à Sa Majesté SI ledit sieur prince ne donne un entier contentement à ladite Orange et voisines, vu que, par la communion que nous avons ensemble , l'intérêt de ladite E-lise d Orange est le nôtre ; à ce qu'il plaise à Sa Majesté se souvenir des promesses qu'il fit aux églises lors de la
reddition dudit Orange. » C'est le pasteur de Die, Jean Vulson , sieur de La Colombière , qui fut chargé par le synode de « la négociation des affaires d'Orange. » Il lui fut alloué pour ses frais la somme de 300 livres.
Les églises de France prirent aussi en main la cause de leur sœur d'Orange, qu'elles regardaient comme leur propre cause. Dans une requête, qu'elles adressèrent au roi, le 26 septembre de cette même année 1607, elles se plaignirent de la non-exécution de toutes les conventions consenties par Philippe-Guillaume le 3 septembre 1605. Ainsi, Jean de Grispère , seigneur de Cocquelmond , commandant de la garnison d'Orange , était catholique, aussi bien que ses soldats ((); le collège, entièrement protestant, avait été créé mi-partie; le prince venait d'envoyer à Rome le président de Châteauneuf pour obtenir l'établissement des jésuites à Orange ; l'union de doctrine et de discipline des églises de la Principauté avec les églises réformées de France , notamment avec celles du Dauphiné, avait été suspendue : le prince ayant interdit, depuis le 3 septembre 1605 , la tenue des colloques convoqués à Orange, et défendu à ses pasteurs d'assister aux synodes du Dauphiné et du bas Languedoc ; le second consul seul , sur trois , était réformé ; dans le Parlement, avaient été introduits plusieurs sujets du pape , de sorte que <( les vies et biens des réformés étaient à la discrétion de juges mal affectionnés, » etc. Henri IV se borna à renvoyer la requête des protestants orangeois à Henri de La Tourd'Auvergne , duc de Bouillon, beau-frère de Philippe-
(1) Ce furent d'abord deux compagnies entretenues par l'archiduc de Flandre, « catholique romain, mal affectionné à tous les Français , et surtout aux Français de la religion réfonjiéc ; » puis des Suisses du canton catholique de Fribourg, « qui commirent beaucoup d'insolences. »
DE LA PRINCIPAUTÉ D ORANGE. 26l
Guillaume par sa seconde femme, Elisabeth de Nassau, fille de Guillaume (i).
ÉDIT DE PHILIPPE-GUILLAUME (lOoyj.
Il est vraisemblable que ce furent toutes ces instances qui décidèrent Philippe-Guillaume à promulguer l'important édit du 23 août 1607, qui fut enregistré par le Parlement le septembre, et dont voici les principaux articles :
Egalité complète des deux religions et protection égale accordée à leurs ministres ; maintien des rentes , dîmes et revenus des ecclésiastiques romains ; défense aux ministres des deux religions de s'enlever mutuellement les enfants pour les faire baptiser; l'église de Saint- Martin laissée aux réformés moyennant le remboursement de 500 livres aux catholiques pour les réparations qu'ils y ont faites ; obligation imposée aux réformés de chômer les jours de fête catholique ; le cimetière d'Orange divisé en deux parties égales aux frais communs des deux religions; le cimetière protestant de Courthezon maintenus aux réformés , 'qui le cloront à leurs frais ; les conseillers au Parlement et les quatre consuls nommés mi-partie; prohibition des injures, querelles, libelles diffamatoires, chansons, prières à l'occasion des troubles passés et des ligues, pratiques, intelligences avec l'ennemi; interdiction de la mendicité; présence obligatoire d'un conseiller du Parlement aux réunions du consistoire et autres assemblées protestantes; prestation du serment de fidélité imposée à tous les ministres et anciens de l'Eglise réformée à chaque re-
(i) Livre contenant les édits , lois, etc. (ms.); — Registre... de tous les synodes... du Dauphiné (ms.; . — Voy. aussi ms. de Carpentras. n" XXXI, vol 1 , p . 2 5 1 .
nouvellement du consistoire ; autorisation accordée aux réformés de lever sur eux des deniers et d'accepter des legs et donations pour l'entretion de leur culte, de leurs régents et de leurs écoliers ; règlement des degrés prohibés du mariage ; mariages des prêtres et des religieux déjà consommés non poursuivis; confirmation de « l'institution de l'université aux sciences des lois, médecine et philosophie, » et de celle du collège ; les quatre régents institués mi-partie, mais non le principal, qui sera toujours protestant ; expulsion de tous les étrangers établis à Orange depuis vingt ans qui ne pourront fournir des témoignages de leurs bonne vie et mœurs.
Le consistoire d'Orange, dans la personne de son syndic, Perrotet, adressa, le 1 8 avril 1608, à Philippe- Guillaume, de « très humbles supplications et remontrances » sur quelques-uns des articles de son édit. Il réclama, en particulier, contre l'article qui obligeait les protestants de chômer les jours de fête catholique, et le prince consentit à y apporter la restriction suivante : (( Il est toutefois permis à ceux de la Religion de prendre et donner jour dans leurs boutiques , pourvu qu'ils n'y soient vus travailler de la rue...; étant aussi enjoint aux charpentiers et autres voisins des églises catholiques de s'abstenir de mener bruit durant l'office auxdits jours de fête. »
Comme les étrangers établis à Orange, surtout les protestants émigrés du comtat Venaissin , ne pouvaient toujours se procurer des attestations de leurs bonne vie et mœurs , le prince stipula que si les magistrats et consuls des lieux d'où les protestants étaient originaires se refusaient à leur délivrer lesdites attestations , ils n'auraient qu'à se présenter devant les magistrats de la Principauté, qui y pourvoirait selon les besoins.
Quant à la présence obligatoire d'un conseiller du
Dh: LA PRINCIPAUTÉ DORANGE.
Parlement aux réunions du consistoire et autres assemblées protestantes, elle fut rendue simplement facultative.
Le syndic du consistoire adressa aussi au prince des réclamations sur des points que Tédit avait passés sous silence. C'est ainsi qu'il demanda l'abolition des confréries, abbaye de Malgouvert et autres réjouissances qui donnaient lieu à des scandales. Le prince fit droit à cette requête, mais lorsque le syndic le pria de faire exécuter toutes les sentences rendues par le Parlement contre les massacreurs de 1 5 7 1 , il se borna à répondre : « Nous y pourvoirons lorsque le cas arrivera. »
Il fit la même réponse sur un article important relatif aux vexations que les Comtadins ne cessaient d'exercer contre les Orangeois, et que le syndic exposait ainsi : « Et d'autant que ceux du Comtat ne font point grande difficulté de vexer vos dits sujets en haine de la religion, si les occasions s'en présentent, lesquelles ils font naître sous le moindre sujet, comme il s'est vu clairement aux personnes de M. de Raphélis et Etienne Coux, lesquels, sur des occasions frivoles, ont été mis en prévention , et ce dernier fort cruellement vexé et ruiné : lui ayant été prises toutes les marchandises qu'il portait; sont interdits du Comtat et ici confinés, ne pouvant aller ailleurs où leurs affaires le requièrent , d'autant qu'il est impossible de sortir de votre Etat sans entrer dans les terres du pape ; — Votre Majesté est très justement et très humblementt suppliée leur vouloir être garant contre telles injustes et indues vexations, contraires à la liberté que les bénéfices de la paix ont acquise à chacun ; et qu'ils puissent avoir révocation des sentences qui sont, à ces fins, données contre eux ; et, afin que vos autres sujets de la religion ne soient contraints de souffrir sous leurs injustices, leur vouloir aussi pourvoir, selon l'édit de Nîmes, de tels autres moyens pro-
près et raisonnables, ainsi que Votre Excellence jugera selon les nouvelles occurrences et circonstances. »
Des lettres-patentes du prince , données le dernier jour du même mois d'août 1607, peu après l'édit, réorganisèrent le Parlement mi-partie, qui fut ainsi composé :
Un président : Esprit Dallemand, de Carpentras;
Neuf conseillers : Jean César le père, Jean Chambarut , Christophe de Servant, d'Orange; André Aiguillonnet, de Nîmes; Pierre de Villard, de Nîmes; Jean de Barry, d'Orange, docteur en droit; Pierre de Payen, Joseph de Suarès le fils, Jean Reynaud (ces trois derniers d'Avignon et docteurs en droit).
Un procureur général : Ulysse d'Isnard.
Un greffier : Jacques de La Pise.
Deux huissiers : Jacob Félix et Pierre Salvajon.
Les officiers du Parlement dont les noms suivent furent destitués pour avoir abandonné le service du prince pendant les derniers troubles : André Sibert, procureur général; Imbert Bruneau , de Bagnols, et Claude Masclary, du Pont-Saint-Esprit. Quatre officiers étaient nouveaux : Barry, Payen, Suarès et Reynaud (i).
COCQUELMOND GOUVERNEUR. ENTRÉE DE l'ÉVÊQUE JEAN DE TULLES. COLLECTE EN FAVEUR DE GENÈVE. RÉCLAMATIONS DIVERSES DE l'ÉGLISE d'oRANGE (1608-16 17).
Après avoir réglé toutes les affaires de ia Principauté, Philippe-Guillaume partit pour la Hollande, en laissant sa femme comme gouvernante (1608). Celle-ci partit elle-même l'année suivante après avoir confié à Cocquelmond le gouvernement de la Principauté.
(T; I apisc, p. C87: — Livre contenant les cdit;,, lois... (ms ).
L'année suivante (1609), en août, de La Veuve, pasteur de Courthezori, conduisit son (ils à Genève a afin de l'avancer aux bonnes et saintes lettres et servir à la gloire de Dieu , » et il emmena avec lui un écolier , nommé Jacques JVÎeyraud , natif de Marseille, qui venait de terminer ses études à Avignon. Ce jeune homme désirait « se retirer des abus et superstitions de la papauté, » et avait, pour ce fait, subi de mauvais traitements de la part de ses parents. Après avoir passé quelque temps à Orange, il se rendait à Genève pour continuer ses études , muni d'une lettre de recommandation des pasteurs Maurice et Rossel, d'Orange, du 18 août 1609.
Cette même année, Jean VI de Tulles, évêque d'Orange , fit son entrée solennelle dans la capitale de son diocèse , que ses prédécesseurs avaient abandonnée depuis 1562. 11 y trouva très peu de catholiques, mais n'en fit pas moins célébrer la messe. Une relation fut publiée à cette occasion (i), qui décrit le cortège qui accompagna le prélat depuis Avignon jusqu'à Orange , ainsi que les noms et qualités des principaux personnages catholiques qui en firent partie. Quant aux protestants, ils « se tinrent fermes et cois. »
La mort de Henri ÏV fi4 mai 1610) ayant réveillé les espérances ambitieuses que le duc de Savoie nourrissait sur Genève, cette ville, qui craignait pour son indépendance , fit appel à ses amis et sollicita d'eux des secours pour se mettre en état de défense. Les églises réformées de France, qui lui étaient redevables de tant de services, lui envoyèrent des sommes considérables. Le consistoire d'Orange ne resta pas en arrière et lui an-
(1) Relation véritable de l'ordre tenu à l'entrée de Monsei^i^neur Réj'érendissime Jean de Tulles, évesque d'Orenges, en la ville et en son Eglise cathédrale diidicf Orenges; Avignon, 1609. in-4". — Justin, p. 450.
nonça sa collecte en ces termes, le 28 avril- 161 1 : a La cause commune de la religion et la gloire de Dieu nous obligent tellement à contribuer tout ce qui est notre pouvoir la conservation de votre chère église , à laquelle toute l'Europe est si redevable, que ce serait une par trop remarquable ingratitude quand nous y manquerions. Nous avons déjà pourvu pour la collecte et n'attendions que le retour de nos députés du synode [de Veynes] pour savoir quelle voie la province aurait prise pour le recueil de cette subvention, ayant délibéré dès dimanche sans attendre leur retour d'y faire procéder, car nous ne voudrions être des derniers à un tel devoir , tendant cependant nos mains au ciel pour implorer son secours à votre délivrance et confusion des adversaires de son église. » Signé : J. Rossel, ministre de la Parole de Dieu ; Vigourous, ancien; Saint- Laurent, ancien ; De Loulle, ancien; J. Gallest, diacre; J. Benoît, ancien ; A. Reinaud ; C. Bastide, ancien ; Chasse, ancien.
Le gouverneur d'Orange Cocquelmond était catholique, contrairement aux promesses que Henri IV avait faites à l'assemblée politique de Châtellerault de 1605 et que l'assemblée politique de Gergeau de 1609 lui rappela. Celle de Saumur de 1611 (art. XLIX de son cahier) demanda à Louis XIII de s'entremettre auprès de Philippe-Guillaume pour qu'il confiât le château d'Orange aux mains d'un réformé comme le roi défunt l'avait promis ; mais Louis XIII se borna à répondre que son père avait restitué Orange à son prince légitime et contraint ce dernier à faire une déclaration en faveur des réformés de cette ville, dont ceux-ci avaient été satisfaits. C'était assez donner à entendre qu'il se souciait fort peu d'accomplir des promesses que son père lui-même n'avait pas respectées. Pour en finir avec ces réclamations , nous ajouterons que l'assemblée po-
litique générale de Grenoble de 1615 se plaignit des entraves apportées à Texercice du culte réformé à Orange ; que le synode provincial de Mens du 7 mai de la môme année unit ses efforts à ceux des protestants orangeois pour empêcher la nomination d'un conseiller catholique au Parlement , et que le synode de Dieulefit du 9 juin 1616 s'opposa à la rupture de l'union des églises de la Principauté d'avec celles de France que l'on voulait encore tenter, et exhorta les pasteurs desdites églises à redoubler de diligence , de jeûnes , de prières et de protestations, « et, en somme, témoigner toute vigueur avec le respect dû au prince. »
En 161 1 , les députés de l'Eglise d'Orange au synode national de Privas se plaignirent à cette compagnie de ce que ladite église avait été exclue des assemblées politiques du Dauphiné, province à laquelle elle ressortissait ecclésiastiquement. Le synode « les renvoya à la première assemblée politique générale pour y faire leurs plaintes si bon leur semblait. » En 1614 , l'Eglise d'Orange reaouvela ses plaintes au synode national de Tonneins, ajoutant qu'elle avait été exclue des assemblées politiques du Dauphiné par le synode de Veynes de 161 1 , c'est-à-dire par un corps ecclésiastique qui ne pouvait en connaître. Le fait ayant été confirmé par les députés du Dauphiné présents au synode national, la compagnie décida que les églises de la Principauté d'Orange devaient être remises dans leur premier état. C'était une grave imprudence, car le prince d'Orange, qui voyait déjà d'un mauvais œil l'union ecclésiastique de l'église d'Orange av-ec celles du Dauphiné et du reste du royaume , ne pouvait que concevoir de l'ombrage de sa participation aux assemblées politiques d'un pays dont les monarques avaient souvent porté atteinte à sa souveraineté.
Philippe-Guillaume fit une nouvelle visite dans sa Principauté en i6i 5 et destitua le gouverneur Cocquelmond (i) , parce qu'il avait épousé le parti du Parlement contre les consuls d'une manière trop ouverte et pris des allures hautaines. Il fut remplacé par De Croëser.
Nous ne savons à la suite de quel événement et à quelle époque précise les sieurs Julien, Alamy et leurs familles furent bannis d'Orange; mais les églises de France attachaient , paraît-il , une importance particulière au retour des exilés, puisque le synode général de de Vitré de 1617 daigna s'occuper de leur état. Il pria Charlotte Brabantine de Nassau , fille de Guillaume et veuve de Claude , duc de La Trémoille , d'écrire à Philippe-Guillaume, son frère, « d'user de support » envers eux pour qu'ils pussent rentrer dans leurs foyers. La compagnie la pria également de faire agir en leur faveur son fils Henri de La Trémoille et décida enfin d'écrire dans le même but au duc de Bouillon , beaufrère de Philippe-Guillaume.
Pour terminer cette époque, nous rappellerons un arrêt important du Parlement du 16 août 1614, qui permettait aux catholiques d'Orange de se réunir pour s'occuper des affaires de leur religion, à condition toutefois qu'ils ne traiteraient que des questions d'ordre purement ecclésiastique et qu'un conseiller du Parlement assisterait toujours à leurs délibérations. L'arrêt leur permettait en outre de dresser des rôles d'impositions pour subvenir aux dépenses de leur culte sous le contrôle du Parlement (2).
(1) Il s'était marié avec Marie de Chabert, d'Orange.
(2) Registre... de tous les synodes... du Dauphiné (ms.) ; — Ms. français de la bibl. de Genève. n° I97*\ portef. 6; — Edits, lois, ordonnances, etc. (ms.) ; — Aymon, t. I, p. 410 : t. II , p. n 2 ; — Benoit, t. II , p. 69 : — Lapise, p. Ç97.
DE LA PRINCIPAUTÉ d'ORANGE.