‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 46 sur 69 · H HISTOIRE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

H HISTOIRE DES PROTESTANTS

sur les revenus des terres que les Comtadins possédaient dans la Principauté, par représailles contre pareille mesure ordonnée par le vice-légat sur les biens des Orangeois situés dans le Comtat (i).

BARCHON RECUEILLE LES FUGITIFS DE LA SAINT-BAR- THÉLEMY ET TRAITE AVEC LE VICE-LÉGAT (1572).

Barchon , en apprenant la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy (24-28 août 1572), redoubla de vigilance et renforça les garnisons d'Orange et de Courthezon. Les riverains du Rhône, apercevant les nombreux cadavres charriés par le fleuve depuis Lyon, où la boucherie avait été épouvantable, furent glacés d'épouvante. Ils <( étaient éperdus, » dit Crespin, u de voir tant de corps flottants sur l'eau si inhumainement mutilés , plusieurs attachés ensemble à de longues perches et d'autres qui, venant à bord, avaient les yeux crevés, le nez , les oreilles , les mains coupés , dagués et percés en infinis endroits, tellement que plusieurs n'avaient aucune forme humaine. »

Le gouverneur d'Orange recueillit un grand nombre de protestants du Dauphiné et de la Provence qui , à la première alerte, s'étaient enfuis, de crainte d'être enveloppés dans la proscription générale. Le roi (22 octobre), le cardinal de Bourbon, le premier président au Parlement de Dauphiné, Claude de Bellièvre, et quatre

(i) Mémoires de l' Estât de France, vol. Il, fol. 174, 175; — De Serres, III. partis commentar., fol. 20; — La Popelinière, Uv. XXIV, fol. 8; — De Thou, t. IV, p. 484, — Pérussis, dans d'Aubais, t. I , p. ij6; — Livre contenant les édits, Lois, etc. (ms.); — Lapise, p. 584-388; — Justin, p. 276 et 277, explique ces condamnations d'une façon singulière. Il prétend que les Orangeois voulurent décharger leur fureur sur quelques prisonniers catholiques, parce qu'un complot, qu'ils avaient tramé contre Avignon pour les fêtes de Noël, échoua par la vigilance du vice-légat.

autres grands personnages écrivirent à Barchon de les expulser; mais il n'en fit rien. Bellièvre allait jusqu'à lui faire un devoir de bannir les ministres , de faire cesser les prêches et généralement d'interdire l'exercice de la religion protestante dans la Principauté. Le roi lui écrivit une seconde lettre, le 14 décembre, pour qu'il permît aux bannis et aux fugitifs de 1571 de rentrer à Orange. Sur tous ces points, Barchon déclara vouloir s'en référer au prince , son seul souverain légitime.

Le vice-légat, voyant sa fermeté, demanda à traiter avec lui la question des revenus possédés soit par les Comtadins dans la Principauté, soit par les Orangeois dans le Comtat. Les pourparlers eurent lieu à Beaucaire entre le lieutenant Mutonis, qui représentait Barchon, et Labeau , avocat fiscal du pape. Damville et le duc Guillaume de Joyeuse, selon le vœu de Charles IX, qui jouait le rôle de médiateur, assistaient également à la conférence. Il fut convenu que d'Armagnac « permettrait la jouissance des biens aux vrais et naturels sujets de la Principauté... et moyennant ce le S"" de Barchon ôterait la mainmise des fruits de ceux dudit Comté. » Labeau demanda en outre que l'évèque, qui était pour lors Jean de Tulles Toncle, les chanoines, les moines et les catholiques , bannis ou fugitifs à la suite du massacre de 1571, pussent rentrer dans la ville, que leurs biens leur fussent rendus et qu'ils ne pussent être troublés dans l'exercice de leur religion. Barchon accorda ces divers points , sauf celui qui était relatif au retour des massacreurs de 1571 condamnés au bannissement. Les ecclésiastiques d'Orange, établis à Caderousse depuis plusieurs années, ne voulurent pas profiter de la liberté que leur laissait le traité de paix, de telle sorte que le culte catholique demeura suspendu à Orange pendant longtemps encore faute de prêtres pour le cclébrer.

Le vice-légat , qui ne pouvait se contenir longtemps dans la voie de la modéralion et de la justice , défendit bientôt à tous les Orangeois , sous peine de mort , de mettre les pieds dans le Comtat et réciproquement aux Comtadins d'entrer dans la Principauté sous la même peine. Ce n'était pas là le moyen d'entretenir la paix entre les deux pays, et Barchon, par mesure de représailles, édicta une ordonnance semblable : ce qui décida d'Armagnac à revenir à des sentiments plus pacifiques et à consentir à ce que les habitants des deux pays pussent librement circuler de l'un à l'autre.

Vers ce même temps, les massacreurs d'Orange, condamnés par contumace à la confiscation de leurs biens, implorèrent la protection de Charles iX pour rentrer en possession de ceux-ci. Le roi se borna à prier Barchon de tenir la main à ce que les catholiques d'Orange (( fussent dorénavant mieux et plus humainement traités et assurés en leurs biens et possessions qu'ils ne l'avaient été par le passé. » Se voyant déboutés de leur requête, les massacreurs recoururent à l'appui de Durand de Pontevès, seigneur de Flassans, frère de Jean de Pontevès, comte de Carcès , lieutenant général pour le roi en Provence. Ce cruel personnage avait trempé dans le premier massacre d'Orange de 1562 (i). Ils s'adressèrent aussi à La Bruyère, d'Avignon, qui écrivit en leur faveur au même Flassans ; mais la lettre fut adroitement interceptée à Sénas par le notaire Laigneau. Elle portait que les Comtadins projetaient de se saisir par ruse de Courthezon sans, perdre un seul des leurs et que , pour Orange , on pouvait la prendre avec deux cents hommes et devenir maître du château huit jours après. La Bruyère se plaignait du vice-légat et de Car-

(i) Avec Serbell'jiii, Sommcrivc cl Sii/c

DE LA PRINCIPAUTÉ d'oRANGE. 2}l

ces lui-même , qu'il trouvait trop modérés. Barchon communiqua un double de cette étrange lettre à d'Armagnac en lui laissant le soin de se défendre lui-même contre les attaques de ses administrés f i ).

REFUS DE BARCHON DE PRENDRE PART A LA NOUVELLE GUERRE DE RELIGION. RÉTABLISSEMENT DE l'uNI- VERSITÉ d'oRANGE (1)72, l')^}}.

Une quatrième guerre de religion s'étant déclarée en France (novembre 1572) à l'occasion de la Saint-Barthélemy, Montbrun , le vaillant chef des huguenots du Dauphiné , pressa beaucoup Barchon de se mêler à la lutte en lui représentant que jamais il n'aurait une meilleure occasion de prendre sa revanche des injures qu'il avait reçues du cardinal d'Armagnac. Le gouverneur d'Orange répondit qu'il attendait les ordres de son maître. Or, le comte Ludovic fut loin de se montrer favorable à la participation de la Principauté à la levée de boucliers du parti huguenot en France. Il enjoignit à Barchon de vivre en paix avec tous ses voisins, notamment avec les sujets du roi de France , et d'indemniser ceux de ces derniers qui avaient eu à souffrir des courses armées des Orangeois sur leur territoire , a attendu , » disait-il, « qu'il avait reçu des plaintes de la cour à ce sujet. » Barchon communiqua ses ordres à d'Armagnac et à Damville et convint avec eux que la Principauté et le Comtat vivraient en bonne intelligence et s'avertiraient réciproquement des complots tramés contre leur sûreté particulière 14 septembre 1573). Les parties contractantes furent d'autant plus disposées à s'entendre

(i) Crespin, fol. 79;; — Lapise, p. 588-590; — Ba^tel , Essai historique, 224-227.

que la paix avait été conclue en France depuis deux mois [édit de Boulogne du ii juillet 1573).

Ludovic profita de la tranquillité dont jouissait la Principauté pour rétablir l'université d'Orange, fermée depuis 1562. Dans les lettres patentes de réorganisation du 28 août 1 573 , il déclare que son frère Guillaume avait désiré depuis longtemps le rétablissement de cette institution; mais que la guerre s'y était toujours opposée. Agissant maintenant au nom de son prince souverain et après avoir pris l'avis de ses conseillers, il publie les présentes lettres patentes pour « l'élection et création d'un collège en la ville et principauté d'Orange. » Viennent ensuite les détails d'organisation , dont voici le résumé :

Le collège sera composé d'un principal, M'"® Antoine de Bessods, qui enseignait déjà à Orange depuis une année à ses dépens, et de quatre régents. Le principal « fera une leçon en quelque langue ou science pour l'avancement de ceux qui auront désiré plus d'intelligence. )> Ses émoluments seront de 250 livres par an, ceux du premier régent de 150, ceux du deuxième de 125 , ceux du troisième de 100 et ceux du quatrième de 60. Le portier, chargé du soin d'empêcher les enfants de sortir pendant les leçons, touchera 28 livres. Quatre élèves pauvres, principalement u instruits en théologie, » seront entretenus aux frais du prince et toucheront 50 livres par an pendant quatre ans, à la condition qu'ils exerceront leur ministère dans la principauté. Le recteur sera élu de trois ans en trois ans par le gouverneur et les consuls réunis, le Parlement entendu. Il aura la mission de défendre les droits et privilèges de l'université devant le Parlement et sera le dépositaire du sceau. A l'université sera adjoint une imprimerie , qui comprendra un compositeur , un presseur aux gages de 50 livres par année, et un correcteur. Les honoraires

DE I.A PRINCIPAUTÉ d'ORANGE. 2]}

du compositeur et du correcteur ne sont pas indiqués. L'université sera installée dans la maison de Tancien premier consul de Condes , dont les biens avaient été confisqués, et 300 livres seront employées à la réparer après avoir pris l'avis du Parlement.

Par de secondes lettres patentes, datées du même jour, Ludovic rattache les pasteurs d'Orange à l'université. « Annexons et incorporons, » dit-il, a à ladite université et collège d'Orange tous les ministres |de la Parole de Dieu par nous établis en ladite Principauté et leurs successeurs; à ce que, selon leurs charges, ils soient vigilants , considérateurs de la vie de la jeunesse , et l'avertissent souvent et soigneusement de son devoir : la réprimant en ce qu'ils la verront commettre contre l'honneur de Dieu et lui mettant devant les yeux toutes actions honnêtes pour la divertir de l'inclination naturelle qu'elle a au vice et l'attirer par gracieuses remontrances à l'amour de la vérité. »

Enfin , par de troisièmes lettres patentes , datées également du même jour, Ludovic de Nassau affecte les biens provenant des communautés catholiques à l'entretien du collège et des ministres protestants d'Orange.

En prévision de ce rétablissement de l'université d'Orange, le synode national de Nîmes de 1572 fut consulté sur la question de savoir si , dans ladite université, des docteurs en théologie pourraient être « créés et admis à leurs dignités et offices par les docteurs en droit assistés d'un ministre de la Parole de Dieu. » Le synode répondit que « les avocats et les médecins pouvaient être reçus de cette manière , mais non les théologiens, et que T Eglise réformée avait expressément pourvu à de pareils abus (1). ^>

1 Pcni.ssis, dans d'Aubais. t. I. p. ; — Lapise, p. 412, 41; : — Aymon,

GLANDAGE s'eMPARE DU CHATEAU d'oRANGE ET EN EST DÉPOSSÉDÉ QUATRE MOIS APRÈS (I573, l574).

Un lieutenant de Montbrun , le jeune Hugues de Laire de Glandage , gentilhomme dauphinois fort entreprenant, qui, quoique catholique, tenait le parti des huguenots, résolut de s'emparer d'Orange, sous prétexte que Barchon avait reçu de l'argent du cardinal d'Armagnac pour conclure un traité secret à l'avantage du Comtat et qu'il ne remplissait pas loyalement ses fonctions de gouverneur; mais en réalité parce qu'il n'avait pas voulu s'associer à la dernière prise d'armes des huguenots du royaume. Il se présenta de bon matin, le 5 novembre 1573 , devant les portes d'Orange avant qu'elles fussent ouvertes avec treize cavaliers et demanda à se rafraîchir. Barchon, sans défiance, lui ouvre les portes et le reçoit avec cordialité. Le lendemain, Glandage se saisit en un tour de main du château , où il avait été invité à dîner par le gouverneur , qui , fait prisonnier sur l'heure , essaya de résister et tira son épée; mais Glandage la lui fit rendre en colorant son action du prétexte qu'il avait voulu prévenir les catholiques qui méditaient de surprendre le château d'Orange. Après cela, il fit faire de la fumée sur le Belvédère et aussitôt quatre-vingts cavaliers , qui étaient cachés dans la campagne de La Rays , à proximité de la ville, pénétrèrent dans la ville. Quant à Barchon, il parvint à s'échapper et alla s'enfermer dans Courthezon. De là il adressa ses plaintes à Damville, qui n'en tint aucun compte, non plus que les synodes de Nîmes et de Mi-

t. I, p. 121 ; — Justin, p. 289 ; — Li'jre contenant les cdits, lois, etc. (ms.) ; — Arch. municip. d'Orange, GG, 79.

DE I.A PRINCIPAUTÉ DORANGE. 2}^

ihau , qui ne le trouvaient pas assez zélé pour la cause.

Deux mois après (9 janvier 1574], Montbrun , étant venu visiter Glandage , se rendit à Courthezon pour engager Barchon à céder cette place; mais ce dernier ne voulut pas y consentir, et, le même jour, un de ses officiers , le capitaine Lacroix de Caderousse , qui était sorti avec trente-deux cavaliers pour faire une reconnaissance du côté d'Orange, fut chargé par la nouvelle garnison de cette ville, qui lui tua vingt-trois hommes et le blessa lui-même grièvement.

Quelques jours après, le cadet d'Alleins, gentilhomme d'Arles (ij, qui servait sous Ludovic de Nassau, et que ce dernier avait dépêché à Montbrun et à Glandage, se présenta devant Orange, chargé par son maître de la mission d'occuper la ville et le château au nom de Guillaume et de rétablir Barchon dans son gouvernement ; mais les deux capitaines dauphinois n'accédèrent pas à son vœu. Glandage toutefois ne resta en possession d'Orange que quatre mois. Le notaire Jacques de La Pise (2) , l'ami particulier de Barchon, profita de l'absence de l'usurpateur pour prendre avec de la cire l'empreinte des clés du château et en fît fabriquer de nouvelles à Avignon avec l'agrément du vice-légat. Ce stratagème lui réussit. Quelques partisans du gouverneur s'introduisirent dans le château et lui-même y entra le lendemain avec un certain nombre de soldats, qu'il avait fait cacher pendant toute une nuit dans les cavernes situées du côté de Saint-Martin (fin février 1574;. Ainsi fut dépossédé à son tour Glandage qui, depuis le suc-

(1) Peut-être le lils de Jacques Reynaud, seigneur d'Alleins, Tami de Thumaniste Baduel et le protecteur des Vaudois (Voy. page 9, et t. I, p. >'45).

(2) Gardien des archives et secrétaire du prince d'Orange, greffier du Parlement et le père de l'historien Joseph de La Pise, qui hérita de toutes ses charges et dignités.

cés de son entreprise, n'avait cessé de faire des courses armées dans le comtat Venaissin, de piller le pays et de voler les marchands (1), procédés qui lui avaient attiré la haine de tous les esprits modérés. C'était, du reste, un personnage assez étrange. Il répétait sans cesse qu'il n'approuvait en aucune façon la religion réformée et que le tranchant seul de son épée était religionnaire. C'est sous l'inspiration de cette politique qu'il n'avait pas craint de prendre les armes contre son propre pére en Dauphiné. Plus tard, néanmoins, comme on l'a vu (2), il rentra dans les rangs du parti catholique (3).

HOSTILITÉ DES ORANGEOIS CONTRE BARCHON. SON EX- PULSION. MERLES, QUI LE SUPPLANTE, EXPULSÉ A SON TOUR PAR CHABERT, QUI CÈDE SA PLACE A BLACONS

La défiance que les habitants d'Orange avaient à l'endroit de leur gouverneur se manifesta l'année suivante (1575) d'une façon fort grave, car ils ne tentèrent rien moins que de se saisir du château par escalade. C'était pendant la cinquième guerre de religion (septembre 1 574)1 qui se termina par Védit de pacification de Beauiieu (mai 1576). La force resta à Barchon ; mais l'hostilité dont il était l'objet alla croissant. La mission pacificatrice dont furent chargés les deux commissaires du prince d'Orange, Jacques de Tayard et Gilbert Roy, jurisconsultes éminents , ne produisit qu'un résultat temporaire. Pendant la sixième guerre de religion (janvier^

(1) Voy. pages 70 et suiv,

(2) Voy. page 84.

(3) De Serres, III, partis commentar., fol. 120, 135 ; — De Thou , t. V, p 21, 3,' ; — D'Aubigné, l. II, col. 684; — Pérussis, dans d'Aubais, i. I. p. i57-i>9 ; — Lapise, p. 4i3 '4i) ; — Justin, p. 29^-297.

DK LA PRINCII^AU TJÎ UORANGh. 1]~

1 577), suivie bientôt de Ycciil de pacification de Poitiers 17 septembre 1577), les Orangeois firent même des courses armées malgré Barchon (17 juin), et après la mort du régent de la principauté , Ludovic de Nassau , survenue en 1578, Antoine de Colla (i), sieur de la Magdeleine, président du Parlement d'Orange, se mit à la tête du parti hostile au gouverneur et y fit entrer le Parlement avec lui. C'était, au jugement de Lapise , un « grand justicier, docte jurisconsulte et bon formaliste , ') qui avait quitté le Parlement d'Aix pour cause de religion et que Ludovic avait rappelé de Genève, où il s'était réfugié. Les protestants trouvaient Barchon trop modéré, parce qu'il ne voulait pas se mêler des querelles de ses voisins et prendre les armes pour soutenir la cause des huguenots du royaume. Ils projetèrent donc de le chasser d'Orange et gagnèrent à leur cause Pierre de Merles, gentilhomme de Courthezon , dont il a été question plus haut (2) , et qui pour lors était le lieutenant du gouverneur. Le pasteur d'Orange, Sébastien de Julien, (( véritable antipape , » dit Lapise , contribua beaucoup à l'entraîner en lui représentant qu'il devait et pouvait contribuer à la chute de Barchon.

Là-dessus les deux partis députent leurs avocats respectifs à Guillaume, qui envoie deux commissaires à Orange pour pacifier la Principauté. Ceux-ci se divisent à leur tour. L'un se range du parti du gouverneur, l'autre de celui du Parlement. Le prince d'Orange, ne sachant plus que faire, investit Damville de l'intendance

(1) 11 est appelé, ailleurs, Décolle (c'est, croyons-nous, le vrai nom), et fut proposé par le duc d'Alençon, frère de Henri III, pour être le président de la chambre tripartie du Dauphiné (i" août 1576), qui n'exista que de nom, Voy. E. Arnaud, Hist. des prot. du Dauph., t. I , p. 548 et ?49' France protestante croit à tort, selon nous (t. IV, p. i et 2), à l'existence simultanée de deux Colla (Antoine et Jacques).

(2) Voy. page 224.

générale de la Principauté avec de pleins pouvoirs , et Damville se prononce contre le gouverneur. Barchon , averti de ce qui se passe par son ami Jacques de La Pise , qui revenait de chez Damville pour des affaires d'Etat, se rend au château et trouve <( visage de bois, » comme on disait au seizième siècle. Merles s'était en effet saisi des portes du château, le 3 avril 1578, pendant que Barchon assistait au sermon au temple de la ville. Cruellement désappointé , le gouverneur quitta sur-le-champ Orange et se rendit auprès des chefs protestants du Dauphiné réunis à Nyons , où il essaya en vain de se former un parti. Sa femme fut chassée d'Orange et lui-même retourna en Hollande pour rendre compte de son administration à Guillaume . qui lui exprima ses regrets de la marche qu'avaient prise les événements. Lapise , qui avait pour lui une véritable amitié, mourut de chagrin de sa chute.

Merles fut nommé par Damville commandant du château avec 600 livres d'appointements et Moissac gouverneur de la Principauté avec 1,200 livres. Le premier reçut l'année suivante , de la part du roi Henri de Navarre, après la conférence de Nérac (28 février 1579), qui ratifia et compléta l'édit de Poitiers, la mission de faire exécuter ce dernier dans la Principauté : ce qui donnerait à entendre qu'il en avait à ce moment l'administration générale et que Moissac ne demeura pas longtemps à son poste. Quoi qu'il en soit , Merles , après une année de gouvernement, fut expulsé du château par de Chabert , gentilhomme d'Orange, qui lui portait envie et avait contre lui une haine de famille (i®"" juillet 1579). Au bout de peu de temps, Chabert céda sa place à Hector de Mirabel, sieur de Blacons , grand capitaine huguenot du Dauphiné , en échange de la main de sa sœur ; mais ce dernier lui laissa le corn-

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mandement de la ville. Blacons ne parvint pas toutefois à faire reconnaître son autorité par le prince d'Orange, quelque peine qu'il y prît; mais il eut la gloire de défendre vaillamment la Principauté contre tous ses ennemis du dehors ( i).

NOUVEL ÉDIT EN FAVEUR DE l'uNIVERSITÉ d'oRANGE. MORT DE GUILLAUME DE NASSAU. RÉGENCE DE SON FILS MAURICE 1 I 580- I 585 ).

Quand Guillaume eut connaissance de l'entreprise de Chabert et de Blacons , il envoya le sieur de Mimet (2 ; dans la Principauté pour en prendre le gouvernement ; mais les deux usurpateurs ne voulurent pas le recevoir, et Mimet fut obligé de se réfugier à Courthezon , où le ministre du lieu introduisit secrètement Blacons, qui fit prisonnier l'envoyé de Guillaume et s'empara ensuite de la place (février 1 580 1. En août, la garnison d'Orange fut renforcée de cinq cents huguenots étrangers, à cause de l'entrée de Charles de Lorraine , duc de Mayenne , dans le Dauphiné , avec quinze mille hommes de troupes et onze canons. C'était pendant la septième guerre de religion, qui commença en février 1 580 et se termina, le 26 novembre de la même année, par le frjité de Fleix.

Autrement l'usurpation de Blacons, qui vivait dans les meilleurs termes avec le Parlement, assura la tranquillité d'Orange pendant plusieurs années. Les habitants en profitèrent pour réorganiser leur collège. Théodore de Bèze , à la demande du Parlement , envoya de

(1) Pérussis, dans d Aubais, t. I, p. 174, 201, 214, 225 ; — Lapise, p. 448- 450 ; — Justin, p. 590-410; — Bastet, Histoire de la ville, p. 119, et Essai historique, p. 228 et 220, 506 et 507; — La France protestante, t. 7, p. îOç.

(2) Selon d'autres, Justin Meynei.

Genève le professeur Thomas Scheneur pour en être le principal. La lettre de remerciement du Parlement est du 28 avril 1583. Quelques mois plus tard (3 novembre), le prince d'Orange , avec la collaboration du président De Colla , publia un édit remarquable « contenant règlement sur le fait de la justice, police, domaine, collège et université d'Orange. » Voici la substance des articles qui ont trait au collège et à la religion réformée, intimement unis depuis l'édit du 28 août 1573 :

Prélèvement , sur les revenus ecclésiastiqués , d'une somme de 1,200 livres pour entretenir les trois pasteurs de la Principauté (deux à Orange et un à Courthezon) , soit 400 livres pour chacun, et d'une seconde somme de 1,200 livres pour l'entretien du collège; présence du président du Parlement ou d'un de ses conseillers aux séances du consistoire , conformément à l'arrêt de cette Cour de l'an 1574; réunion du bureau du collège le 1®^ samedi de chaque mois sous la présidence du président du Parlement , avec l'adjonction des pasteurs, des ministres et des régents; réunion, tous les dimanches, du bureau des pauvres et de l'hôpital, composé du président du Parlement, ou d'un de ses conseillers, d'un pasteur, d'un consul, d'un des recteurs de l'hôpital et d'un diacre ; interdiction de la mendicité ; entretien des pauvres par les revenus de l'hôpital et , à leur défaut, par des collectes particulières.

Sept mois après , l'illustre Guillaume de Nassau n'était plus de cette terre. Il périssait de la main d'un émissaire du parti espagnol, le 10 juillet j 584. Il avait régné quarante ans et laissait ses Etats à son fils aîné Philippe-Guillaume, âgé de trente ans. Ce dernier avait été enlevé par Philippe II d'Espagne, le 10 septembre 1567, et ne fut délivré que dix ans après la mort de son père, en 1594, après une captivité de dix-huit

DE LA PRINCIPAUTK d'oRANGE. 24I

ans , pendant laquelle il suça les principes du catholicisme. En son absence, la régence de la Principauté fut dévolue à son frère cadet, le fameux capitaine Maurice de Nassau. Le nouveau régent confirma dans leurs libertés et privilèges le Parlement , les officiers de la Principauté, les divers ordres de l'Etat et les communes. Seul Blacons ne fut pas reconnu comme gouverneur. Sa confirmation se fit attendre encore quatre ans ; mais il n'en demeura pas moins fidèle à la maison d'Orange et continua à administrer la Principauté à la satisfaction de tous (i).

GUERRE AVEC LE COMTAT. BLACONS SÈME LA DIVISION A ORANGE ET MEURT (l 585-I 596).

La naissance de la Ligue, qui inspira les plus vives alarmes aux protestants, surtout lorsqu'ils virent Henri lll s'allier avec elle, décida Blacons à sortir de sa neutralité pendant la huitième guerre de religion (mars 1585)^ qui dura jusqu'à l'alliance des deux Henri (26 et 30 avril 1589), et à entrer dans le comtat Venaissin. Allié à ses coreligionnaires du Dauphiné , du Vivarais et du Languedoc, il se met en campagne (i 586), après avoir établi de bonnes garnisons dans les places de la Principauté, se saisit d'Aubignan et d'Entraigues, près d'Avignon, fait trembler cette dernière cité, pille et dévaste toutes les campagnes , pendant que quatre officiers des plus hardis de sa compagnie d'hommes d'armes, Vigouroux, Compan , Mazeran et Bringues, dont les noms devinrent redoutables dans le pays, poussent des pointes audacieuses jusqu'aux portes de Mar-

(i) Pérussis, dans d'Aubais. t. I, p. 2î2-25î ; Lapisc, p. 450, 4>i ; — Justin, p. 410, 411-; — Liurc contenant les cdits, lois, etc. (ms.'' ; Gnl^ercl , ffi.<;f de l'église de Genève^ t. Il, pièces iustiiîcat., p. ,'4,

242 mSTOlRF. DKS PROTIiSTANTS

seille, passent et repassent à leur gré la Durance. Blacons garda assez longtemps les places qu'il avait prises, notamment Entraigues, que Dominique Grimaldi, devenu archevêque d'Avignon et vice-légat, ne put recouvrer qu'avec le concours et les contributions du Comtat.

Après cette campagne victorieuse , et comme enivré de ses succès , Blacons se départit de la mesure qu'il avait apportée jusque-là dans l'administration des affaires intérieures de la Principauté et, pour accroître son pouvoir , fomenta des divisions entre le Parlement et les consuls. Ces derniers accusaient le Parlement de rendre mal et chèrement la justice, de porter atteinte à leurs privilèges et le président de Colla d'être d'une sévérité excessive dans ses jugements. Blacons se rangea de leur parti et s'attira ainsi la haine du Parlement (i 587).

L'année suivante , il parvint à se faire reconnaître comme gouverneur d'Orange par Maurice de Nassau , à qui ses partisans firent observer que Blacons était un « brave et galant gentilhomme , ^) qu'il tiendrait tout ce qu'il promettrait et surtout qu'il n'était pas possible de lui ôter son gouvernement. Le régent se décida donc à lui confirmer ses pouvoirs et, pour éviter des conflits et des abus , accompagna sa nomination d'un nouveau règlement en forme d'édit sur l'administration de la justice, police et finances de la Principauté (14 octobre 1588).

A cette époque, les ligueurs du Dauphiné songeaient à se saisir d'Orange, qui interceptait leurs communications avec le comtat Venaissin. Pour éviter toute surprise , le célèbre François de Bonne, seigneur des Diguières , chef des huguenots du Dauphiné, introduisit sous divers prétextes , dans la ville , environ quatre cents de ses meilleurs soldats, sur l'ordre du roi de Navarre . qui avait pris sous sa protection la Principauté.

Une fois pourvu de son gouvernement par Maurice de Nassau, Blacons continua malheureusement à semer la division entre les consuls , dont il avait épousé le parti , et le Parlement , et , à cette occasion , répétait souvent à ses familiers cette maxime favorite des despotes : « Pour bien régner, il faut entretenir la division dans l'Etat. ^ La lutte fut surtout vive à partir de 1 589, et dura jusqu'en 1 594, époque où le président de Colla, « assez rude en ses mœurs , » dit Lapise , <( et d'humeur rébarbative, pourvu néanmoins de suffisance, d'intégrité , de courage , ne voulut rien démettre de son autorité , » et , obligé de quitter Orange , se retira à Courthezon , où plusieurs conseillers ne tardèrent pas à le rejoindre. Maurice de Nassau , informé de leur retraite, donna gain de cause au Parlement et ordonna à Blacons d'en rappeler les conseillers et de les réintégrer dans leurs fonctions. Le célèbre capitaine ne survécut pas longtemps à cet événement et mourut deux ans après des suites de son incontinence (24 mai 1 596).

BLACONS LH: fils USURPE LE GOUVERNEMENT d'oRANGE. GRANDES DISSENSIONS QUI EN SUIVIRENT ( I 596-

Blacons laissa par testament le gouvernement de la principauté d'Orange , comme si c'était une propriété de famille, à son fils, Alexandre de Mirabel-Blacons , sous la tutelle du seigneur d'Aramon. C'était porter une atteinte audacieuse aux droits du prince d'Orange. Aussi , le Parlement se hâta-t-il de casser le testament de Blacons et de destituer Chabert , qui avait conservé le commandement de la ville depuis 1579. Il chercha même à chasser d'Aramon du château ; mais ayant échoué dans son entreprise, il dut se retirer à Cour-

thezon , d'où il ne voulut pas sortir, malgré les sommations du nouvel usurpateur. Alexandre avait pour lui les consuls et réglise, dont les deux pasteurs, Sébastien de Julien et le célèbre pasteur Jean de Serres, se déclarèrent ses partisans. Ce dernier même composa un libelle « faux , » au dire de Lapise , sous le nom de la « Communauté de la ville d'Orange, » contre Philippe de Marnix, baron de Sainte-Aldegonde , que le prince d'Orange, Philippe-Guillaume, sorti de sa longue captivité , avait envoyé dans la Principauté pour pacifier les esprits. Le régent Maurice, frère de Philippe-Guillaume, fit poursuivre le libelle en Languedoc, où il avait été publié , et l'auteur, Timprimeur et le libraire qui l'avait mis en vente furent condamnés à de fortes amendes, quoique l'assemblée politique du Dauphiné , siégeant à Gap, se fût prononcé contre Sainte-Aldegonde, et que celle du bas Languedoc, réunie à Uzès, eût également donné tort à Broderode , qui avait remplacé Sainte-Aldegonde.

La mission successive des deux commissaires ayant échoué, Philippe-Guillaume chargea Lesdiguières de se rendre à Orange pour terminer les différends à l'amiable. Le célèbre capitaine , chargé pour lors de commander une expédition contre le duc de Savoie, délégua ses pouvoirs , à la demande des députés de la maison commune d'Orange, à son ami, Arthus Prunier de Saint- André, l'un des présidents du Parlement de Grenoble. (( Les consuls d'Orange, » dit Chorier, a et Bellujon, leur principal député, Ten prièrent et, pour l'obtenir, ils avaient une raison à laquelle il lui aurait été mal avisé de résister : c'était la vénération que Ton y avait pour la mémoire de son père , qui y avait eu , durant plusieurs années , toute l'autorité d'un gouvernement souverain. Ce démêlé fut depuis décidé, comme le

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prince le désirait, pour l'honneur de son autorité, après que le roi l'eut appuyé de la sienne. Le prince, étant à Paris, en écrivit à Saint-André, qui persuada aux consuls de ménager leurs intérêts d'une manière qui ne les éloignât point de leur devoir (i). »

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