PAROLES RASSURANTES DU COMTE DE GRIGNAN
Sur ces entrefaites , le comte de Grignan arriva à Orange avec des ordres de la cour. Ayant pris avec lui à Tarascon l'intendant de Provence De Morant et une escorte de deux compagnies, l'une de ses gardes , l'autre de dragons, il entra dans la ville le 23 octobre 1685 et alla loger à l'évêché. Puis il fit appeler les officiers du bureau des domaines et leur déclara qu'il avait ordre de leur signifier de la part du roi de faire sortir les réfugiés , de leur interdire l'entrée des temples et de cesser les services religieux extraordinaires , moyennant quoi ils n'auraient rien à redouter. Les officiers lui répondirent qu'on avait déjà fait ce qu'il demandait et , lui montrant l'arrêt que le Parlement avait rendu à ce propos , ils ajoutèrent qu'on était prêt à le publier une seconde fois et à rechercher de nouveau les réfu-
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giés pour hâter leur départ. Grignan , fort satisfait en apparence de la conduite des officiers et des autres habitants d'Orange , leur promit de rendre un bon témoignage de leur conduite au roi et les assura de sa bienveillance. Il ordonna toutefois aux habitants de rendre leurs armes et partit après avoir passé seulement vingtquatre heures dans la ville. Les événements qui suivirent donnèrent un tel démenti aux paroles de Grignan que plusieurs historiens, n'osant croire à une mauvaise foi si insigne de sa part , ont admis qu'il avait été joué par le roi. Celui-ci faisait en effet écrire par Louvois à Nicolas de Lamoignon dit Bâville, son lieutenant général dans le Languedoc , peu après l'arrêt d'expulsion rendu par le Parlement d'Orange contre les réfugiés : <( Cet arrêt ne doit point vous empêcher d'exécuter ce que je vous ai mandé des instructions du roi à l'égard des troupes dans Orange (6 octobre).
INVESTISSEMENT d'oRANGE , DE COURTHEZON ET DE JONQUIÈRES PAR LES DRAGONS DE TESSÉ (1685).
Dès la nuit qui suivit le départ de Grignan , la ville fut investie par le régiment de dragons de la reine. On l'avait dirigé le jour précédent sur le Pont-Saint-Esprit, mais, à l'entrée de la nuit, on lui fît prendre la route d'Orange. Le comte de Tessé , colonel général des dragons de France, les commandait. C'était (( l'homme au chapeau gris, » dit le duc de Saint-Simon, « caractère liant, poli, flatteur, voulant plaire à tout le monde, fier, ingrat, adroit à merveille , fourbe et artificieux de même. » Tessé ne fut pas plus tôt arrivé devant la ville qu'il en fit le tour lui-même et posa des sentinelles à tous les passages pour empêcher que personne ne sortît. En même temps, il envoya deux détachements de
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dragons à Jonquières et à Courthezon pour occuper ces deux places.
Tout le monde dormait paisiblement à Orange sur la foi des paroles du comte de Grignan. Il y avait même des réfugiés qui, ayant appris son départ, étaient rentrés secrètement dans la ville à la tombée de fa nuit pour y passer encore quelques jours avant de quitter la France. Vers les quatre heures du matin , plusieurs habitants, ayant voulu sortir pour aller à la campagne, rencontrèrent des dragons en sentinelle, qui leur barrèrent le passage et les contraignirent de rentrer dans la ville, ^ oij ils semèrent aussitôt l'alarme. Les habitants se réveillent remplis d'effroi , les réfugiés surtout , dont les uns se sauvent en traversant des fossés pleins d'eau , tandis que d'autres attendent le jour avec impatience pour connaître le sort qui leur sera réservé. Les pasteurs d'Orange, Gondrand, Chion et Petit et un pasteur de Provence, du nom de Villet, veulent aussi prendre la fuite, mais ils sont repoussés par les dragons qui font feu sur eux. Villet seul parvient à s'échapper.