‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 54 sur 69 · ARRESTATION DES MINISTRES · texte numérisé non relu

ARRESTATION DES MINISTRES

A l'heure du dîner, Tessé donna ordre qu'on lui amenât tous les pasteurs présents à Orange . tant ceux de la Principauté que les étrangers , faute de quoi la ville serait mise au pillage et les temples abattus. Des Vignoles, Petit, Gondrand et Reynaud, ancien professeur de théologie à Die , arrivèrent les uns après les autres ; mais Chambrun , retenu au lit par la goutte et une fracture du fémur, ne put se rendre à l'appel. Quant à Chion, sa femme, qui ne l'avait pas trouvé, demanda quelque temps pour découvrir sa retraite. Tessé, fort en colère, déclara que, si on ne l'amenait pas dans un quart d'heure , il ferait démolir le temple. Avec les pasteurs vinrent aussi une foule de personnes , dont les unes avaient été mandées par Tessé et dont les autres avaient accompagné par curiosité ou par sympathie leurs con-

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ducteurs spirituels. Ce fut en présence .de tout ce monde que le colonel général des dragons dit aux pasteurs : « Messieurs, vous avez eu le malheur de déplaire à Sa Majesté, vous surtout, monsieur Petit; vous avez prêché séditieusement, vous avez fait cinquante actions plus impertinentes les unes que les autres; je perdrai tout mon crédit ou je vous ferai pendre. En attendant, allez en prison. » Se tournant ensuite vers le viguier Thibaud et, s'adressant aux consuls, il leur dit : « Messieurs les consuls, je vous défends de la part du roi de faire jamais aucun exercice de la religion dans toute l'étendue de la Principauté sous peine de la vie. » Il répéta les mêmes paroles un moment après d'un ton plus élevé et ajouta : « Quand même il n'y aurait que deux personnes qui fissent ensemble l'exercice de la religion, on les punira de mort. ^> Puis il ordonna à un officier d'enfermer les quatre pasteurs « dans l'endroit le plus caché de la prison sous l'écrou du roi » et , s'adressant une nouvelle fois aux ministres , il leur dit : u Allez, messieurs, six dragons devant et six derrière. »

L'officier obéit , et les quatre ministres traversèrent les rues de la ville au milieu d'une double haie d'habitants , dont la plupart fondaient en larmes, ils furent jetés dans le cachot de la prison du Cirque, et Tessé envoya des dragons dans la maison de Chambrun , pour le garder à vue. Chion , informé de ces faits , voulut partager le sort de ses collègues , et se rendit auprès de Tessé, de qui il obtint un excellent témoignage, mais qui ne l'envoya pas moins rejoindre le quatre autres pasteurs.

Le détachement dirigé sur Courthezony exerça beaucoup de ravages. Les dragons se saisirent d'un habitant, nommé Garaignon, qu'ils conduisirentgarrotté àOrange. Ils arrêtèrent aussi le pasteur Aunet , que Tessé fit jeter

DE LA PRINCIPAUTE d'oRANGI-. ] \()

dans le cachot où étaient détenus ses collègues. A la tombée de la nuit il consentit pourtant à ce qu'on plaçât les six pasteurs dans un lieu de la prison moins incommode : ce qui permit à Des Vignoles , d'écrire à ses parents de Nîmes, qui firent ausitôt les démarches nécessaires auprès du duc Anne-Jules de Noailles, ancien lieutenant général du roi en Languedoc , pour qu'on le transférât à Nîmes. Le duc écrivit dans ce sens à Tessé . qui laissa partir le prisonnier.

DÉMOLITION DES TEMPLES d'oRANGE ET DE COUR- THEZON (1685).

Le lendemain, 26 octobre, à deux heures de l'aprèsmidi, le premier bataillon d'infanterie de Du Plessis- Bellièvre entra à Orange, et, le surlendemain, fut suivi du deuxième. Tessé se fit alors apporter la clé du grand temple et y entra accompagné de l'évêque , qui dit en se raillant : « Adieu, pauvre Jérusalem! » Les Bibles et les Psaumes furent lacérés , ainsi que les armes des princes d'Orange, le mausolée de Christophe de Dhona détruit, la chaire profanée par des discours licencieux, et les troncs pillés. Quant aux bancs , il furent transportés , en partie dans la cathédrale , en partie dans réglise du couvent des capucins; après quoi on démolit le petit temple de Saint-Martin. Relevons en passant l'acte héroïque d'un soldat protestant, qui aima mieux souffrir mille coups de bâton et être traîné par les rues que de participer à cet acte de vandalisme. 11 déclara môme à son capitaine qu'il souffrirait plutôt la mort que d'obéir à un commandement si injuste. La démolition du grand temple , qui était un fort bel édifice, suivit de près celle du petit.

Pendant ce temps les dragons de Courthezon abat-

talent aussi le temple que les protestants y avaient construit, et Ton vendit ses matériaux 1200 livres, qui servirent à affermir dans leurs convictions de fraîche date les nouveaux convertis pauvres du lieu.

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