‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 9 sur 69 · J6 HISTOIRE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

J6 HISTOIRE DES PROTESTANTS

Durance , il traversa cette rivière à gué et, fondant à l'improviste sur eux, en tua deux cents et mit le reste en fuite. Il eût dû dès lors marcher sans désemparer au secours de Sisteron , car à ce moment il était à la tète quatre mille cinq cents piétons , neuf cents chevaux et sept pièces d'artillerie; mais, soit qu'il ne le voulût ou qu'il crût avoir assez de temps devant lui, il se mit à faire le siège de la ville d'Apt, contre les remparts de laquelle il tira inutilement cent cinquante coups de canons. Pendant ce temps , Montbrun était battu à Lagrand , près Orpierre (2 septembre) , et Sisteron tombait au pouvoir de Sommerive (5 septembre).

Des Adrets, ayant appris la chute de ce boulevard des huguenots de Provence, battit en retraite le plus rapidement qu'il put (6 septembre), mais non sans perdre en route un certain nombre de ses gens. Il continuait du reste son système barbare et dévastait tous les lieux qu'il rencontrait sur son passage. Arrivé au Pont-Saint- Esprit , il distribua son infanterie dans les garnisons de Bollène, Bagnols , Roquemaure et Pierrelate , et ramena sa cavalerie à Valence. « Ce fut un très grand dommage, » dit de Bèze, « tant pour la Provence que pour le Dauphiné , d'avoir laissé perdre cette ville de Sisteron, servant de clé à deux provinces... Mais il y a encore à considérer en ce fait quelque chose de plus grand poids, à savoir, l'insolence et dissolution des soldats, lesquels peu à peu, depuis la reprise de Grenoble, s'étaient merveilleusement débordés en pilleries, cruautés, brûlements et autres excès non tolérables, même en la guerre, sans une extrême nécessité. »

La chute de Sisteron fut fêtée par des illuminations dans la capitale du comtat Venaissin. Suze, qui avait pris part au siège, y rentra triomphalement avec ses troupes ; mais comme on redoutait toujours quelque

surprise, on fit publier l'ordre que tous les voyageurs, sous peine d'être emprisonnés et astreints à payer la taille, eussent à porter une croix blanche sur leurs vêtements pour être reconnus comme de vrais catholiques. Le pape Paul IV loua beaucoup « la ville d'Avignon de de ce qu'elle s'était portée avec tant de prudence et de courage contre les entreprises et embûches des huguenots, et l'exhorta à continuer toujours de mieux en mieux et faire ce que leur dira de sa part M. F'abrice Serbelloni, général des armes » (septembre 1562) (i).

NOUVEAUX EXPLOITS DE DES ADRETS. REPRISE DE QUELQUES PLACES PAR SERBELLONI (1562, 1563).

Une trêve de douze jours , du 26 novembre au 6 décembre, conclue entre Des Adrets et le duc de Nemours, qui commandait les troupes royales en Dauphiné, permit au premier de descendre de nouveau dans le Comtat, où il se saisit des places de Montdragon, Piolenc et Valréas , que Suze avait reprises.

Pendant ce temps , les huguenots de Mérindol de Dauphiné attiraient dans leurs murs les capitaines Tolon , du Thor et L'Isle et plusieurs autres, et les maltraitaient grièvement. Ils firent même prisonnier le capitaine Vénasque, qui avait été blessé.

Au commencement de l'année suivante (1563), l'armée papale fit de grandes courses dans le Comtat. Plusieurs huguenots du pays furent faits prisonniers et

(1) Crespin, Recueil des choses /aides durant les troubles, p. 547; — de Serres, Comment. Il" pars, fol. 69-71 ; De Bèze, t. III, p. 167, 168, 170-174 ; Recueil des choses mémorables, p. 264 et suiv. ; De Thou, t. III, p. 228, 229, 241- 245 ; d'Aubigné, t. I , p. 206-210; Pérussis , p. 48-85 ; Pérussiis, dans d'Aubais, t. I, p. 32; Lapise, p. 298, ;oo, 302; Justin, p. 134-157; Lambert, t. I, p. 169-175 ; Mémoires de Soubise, dans le Bulletin, efc., t. XXVIII, p. 500, 501.

exécutés à Avignon. Le capitaine Joffred, de Bonnieux, étant sorti de Villedieu avec ses argoulets , battit les huguenots de Visan près de l'Aigues. En revenant sur ses pas, il rencontra, sur le territoire de Vinsobres, cent paysans armés qui conduisaient leur ministre, les mit en déroute et tua ce dernier (13 février).

Plusieurs jours après (i" mars), Serbelloni alla faire en personne le siège de Camaret avec trois canons. Les huguenots de la place , commandés par le capitaine Raymond, de Bollène , et, renforcés par soixante soldats, se défendirent vaillamment ; mais la poudre leur ayant manqué, il firent échapper de nuit, par une poterne, les femmes et les enfants. Après cela (c'était le quatrième jour du siège), ils sortirent en masse et, à la faveur de la crainte qu'ils inspiraient, ils purent se sauver en partie. Les vainqueurs pénètrent alors dans la place et tuent une femme et deux enfants, ajoutant que « si lors n'eût été jour de vendredi , ils eussent mangé leur foie. ') Quelques autres femmes furent violées, les maisons saccagées et certaines d'entre elles brûlées.

On apprit pendant ce temps, à Avignon, l'assassinat du duc François de Guise par Jean Poltrot de Méré (18 février). Un huguenot, qui ne put contenir sa joie, ayant crié imprudemment par la fenêtre : « Voilà la figue pour les papistes, car leur maître est mort, » fut aussitôt massacré par une bande de jeunes gens qui envahirent sa maison,

La prise de Camaret facilita celle de Sérignan. Antoine de Crussol, successeur de Des Adrets, s'en était emparé par intelligence. La place ouvrit ses portes à Serbelloni à la première sommation ; mais ce dernier eut à déplorer la perte de son parent Maurice Trivulce, qui, étant allé remplir un message dans les environs avec quelques soldats, fut enveloppé par un parti de hugue

nots et tué. Par contre, le seigneur de Clerc, beaufrère de Montbrun , fut blessé et fait prisonnier. Les 400 écus qu'il offrit pour sa rançon ne purent fléchir Serbelloni, dont le mauvais vouloir fut du reste inutile, car De Clerc mourut quelques jours après des suites de ses blessures.

A la suite de ces exploits, qui n'avaient rien d'extraordinaire, les Avignonais frappèrent, en l'honneur de leur général des armes, une médaille qui portait ces mots : REIP. AVENION. SERVATORI AC LIBERA- TORI, « au conservateur et libérateur de la république d'Avignon. »

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