‹ Histoire des protestants de Provence, du comtat Venaissin et de la principauté d'Orange (volume 2)Chapitre 8 sur 69 · U HISTOIRE DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

U HISTOIRE DES PROTESTANTS

son casque, il marche au combat et force ses gens à se remettre en bon ordre.

Cependant les soldats de Des Adrets , dont l'impétuosité ne connaissait point de bornes, franchissaient, sans prendre un seul moment de repos ni être au complet (car deux mille hommes n'étaient pas encore arrivés), le chemin creux qui protégeait le camp de Suze, et gravissaient avec une telle furie la colline sur laquelle il était établi , que l'enseigne de la compagnie suisse tomba suffoqué par la chaleur. C'est pourquoi le baron ne laissa pas les siens s'engager plus avant, car, arrivés hors d'haleine au haut de la colline , ils eussent été. repoussés avec perte par les troupes catholiques , nombreuses et reposées. Il prit un chemin plus long, à proximité des remparts de la ville , et gravit la colline par ses flancs. Il criait et faisait crier victoire. Les troupes de Suze furent, en effet, bientôt culbutées et taillées en pièces , et lui-même , malgré sa vaillance , eut son cheval tué sous lui et se vit contraint de fuir sur un autre à toute bride et sans casque pour ne pas être fait prisonnier. Ce nouveau cheval fut aussi blessé , « de telle sorte qu'après avoir porté son maître à deux lieues de là, en une sienne maison, il tomba mort à l'entrée de la porte. » Suze perdit, dans cette bataille, plus de huit cents hommes , toute son artillerie et quelques gentilshommes et capitaines de marque , français et italiens. Les vainqueurs firent peu de prisonniers , parce qu'ils n'avaient presque point de cavalerie , et perdirent cinq à six cents hommes dans cette « âpre et rude bataille , » comme dit Crespin , parce que Suze disposait d'une « grande et forte cavalerie. » Quelques compagnies de gens de pied de Des Adrets firent même assez mal leur devoir, « de manière, » dit Soubise, a que ledit sieur de Suze, en se sauvant en sa maison, les rencon-

tra , et, avec la cavalerie qu'il avait avec lui, les rompit et prit quelque nombre d'enseignes et même le bagage du baron Des Adrets, avec tout l'argent qu'il avait pour le paiement des soldats. Cela fut cause qu'il écrivit au duc de Guise avoir gagné la bataille et qu'on le tenait certain à la cour (i). »

A la suite de ce fait d'armes, qui eut lieu le 25 juillet, Valréas tomba de nouveau au pouvoir des huguenots , et son église réformée paraît y avoir été rétablie sous le ministère de Jean Pelet, ancien conseiller au Parlement d'Orange. Il existe du moins une lettre de ce pasteur, datée de Valréas, des calendes de septembre, sans indication d'année, et adressée à Calvin pour lui soumettre un cas de mariage embarrassant (2).

Dès le lendemain de sa victoire , Des Adrets , descendant plus avant dans le Comtat , expulse les garnisons italiennes qui occupaient Sarrians, Piolenc, Orange, Caderousse, Courthezon , Châteauneuf-du-Pape et Bédarrides; emporte d'assaut les villes et château du Pontde-Sorgue (28 juillet), et répand la terreur dans Avignon ; « et le craignait-on, » dit Brantôme (3), <( plus que la tempête qui passe par de grands champs de blé, jusque-là que dans Rome on appréhendait qu'il armât en mer, qu'il vînt la visiter : tant sa renommée , sa fortune et sa cruauté volaient partout. » Le baron ne mit pas toutefois le siège devant la capitale du comtat Venaissin, que Serbelloni avait puissamment fortifiée, et, faisant volte-face , vint camper à une portée de canon de Carpentras fi" août), près du pont de l'Auzon , sur

(1) Pérussis prétend que les catholiques eurent quinze cents hommes tués et les huguenots dix-sept cents. C'est très exagéré.

(2) Calvini opéra, vol. XX, n° 4252. Pelet était pasteur à Lyon en juin 1565, et y mourut peu après (de Bèze, t. III, p. ij)).

(5) Vie des grands capitaines.

lequel passaient les fontaines de la ville. Il espérait s'emparer de la place par intelligences, mais celles-ci lui firent défaut. Les assiégés opérèrent même une sortie, dans laquelle il perdit beaucoup de ses gens. « Cet événement, » dit Justin, a avait étonné le baron. Un autre le déconcerta tout à fait. Il croyait le lieu où il avait établi son camp à l'abri du canon, et, en effet, on n'avait pu l'atteindre d'un seul coup. Mais un canonnier ayant remarqué une tour d'oii , avec une hausse d'une demi-toise , les assiégés étaient à découvert , on y fit transporter une couleuvrine que le canonnier pointa luimême de nuit, et qui, à la première volée, donna dans la tente du baron, dans le temps qu'il soupait et qu'on lui versait à boire. Il faillit être emporté. Il disait encore, étant déjà vieux , que Carpentras lui avait laissé souvenance. » Se voyant déçu dans son attente , et comme son armée était harassée de fatigue et que la rapidité de ses mouvements le faisait manquer quelquefois de vivres, il repartit dés le lendemain (2 août) pour Valence en passant par Courthezon, mais non sans perdre en route beaucoup de ses trainards, qui furent tués par les habitants des places qu'il avait saccagées. Le huguenot Delmas, qui avait voulu introduire Des Adrets dans Valréas, fut condamné à mort et exécuté (i).

Cependant Sisteron, menacée d'un second siège par Sommerive , gouverneur de Provence , que Suze rejoignit avec ses soldats après le départ de Des Adrets , demanda du secours à ce dernier. Sénas et Mauvans, qui étaient auprès de lui, lui rappelèrent qu'ils l'avaient aidé à reprendre Grenoble. Mais , soit que le baron gardât rancune à son parti de ce qu'il n'avait pu obtenir le gouvernement de Lyon , soit que la valeur de

(i) Barjavel, Le seizième siècle.

Mauvans lui portât ombrage et qu'il désirât l'échec de ses partisans en Provence , il fit traîner les choses en longueur. Son lieutenant, Montbrun, partit seulement le 1 5 août pour Sisteron avec l'artillerie prise à Valréas. Encore ce dernier dut-il prendre le chemin le plus long, c'est-à-dire passer par Grenoble, Aspres, Serres et Orpierre : ce qui lui prit plus de quinze jours. Des Adrets lui promit de le rejoindre par les Baronnies ; mais il ne se mit en route que plusieurs jours après.

Il força Saint- Laurent -des -Arbres et Roquemaure '26 août) en Languedoc, et trois jours après il prit le magnifique château du Pont-de-Sorgues, qu'il brûla avec une petite garnison italienne qui le gardait. Il faillit même se saisir de Villeneuve-lès-Avignon et du fort Saint-André y attenant (29 août). Le lendemain, Serbelloni lui tendit un piège, auquel il se laissa prendre lui-même. Il envoya quelques frégates en amont du Rhône pour occuper le baron pendant qu'il l'attaquerait lui-même par la voie de terre avec toute la noblesse d'Avignon et trois cents fantassins d'élite. Des Adrets combattit bien -les frégates en personne , comme le pensait son ennemi ; mais en même temps il lança contre lui le vaillant capitaine Claude de Mirabel, de telle sorte que Serbelloni, qui croyait tomber sur les huguenots à Fimproviste, se vit attaquer avec tant d'impétuosité par ceux-ci qu'il ne put échapper de leurs mains que grâce à la vitesse de son cheval. Sa cavalerie se sauva de la même manière , mais il perdit une partie de son infanterie.

Prenant ensuite le chemin de la Durance, Des Adrets saccagea tous les lieux qu'il rencontra sur son passage et entra sans coup férir à Cavaillon, dont il trouva les portes ouvertes (i*'' septembre). Apprenant dans ce lieu qu'un certain nombre de cavaliers et de fantassins d'Arles se rendaient à Orgon, sur la rive gauche de la

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